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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Le gouvernement à reculons sur l’open data

L’âge de l’open data n’est pas encore arrivé en France. En lisant la prochaine loi très pompeusement (et injustement) affichée « pour une République numérique », ceux qui attendent avec impatience l’ouverture des données publiques ne manqueront pas d’être déçus. Cette loi longue et compliquée ne pose pas les principes d’une République numérique (avec quelques idées simples et faciles à respecter ou à comprendre), mais apparaît plutôt comme un fourre-tout où la ministre Lemaire a tenté de tirer au maximum toutes les marges que lui laissaient les administrations dans le développement du numérique.

L’open data par exception

Le principal inconvénient de la loi est de ne pas modifier la rédaction de l’ahurissant article L 312-1 du mystérieux Code des relations entre le public et l’administration (CRPA), qui pose une règle dont on ne se lasse pas:

Les administrations « peuvent rendre publics les documents administratifs qu’elles produisent ou reçoivent. »

Alors que le droit communautaire pose le principe simple d’une libre réutilisation gratuite de toutes les données publiques sauf exception, le droit français pose une règle inverse: l’administration dispose toujours de la faculté de ne pas communiquer ses données. C’est évidemment une conception très décalée de la « République numérique » où les fonctionnaires sont libres de communiquer ou non les données dont ils sont détenteurs. Le droit administratif appelle cette faculté le pouvoir discrétionnaire de l’administration.

Vers un open data élargi?

On aurait pu imaginer que la loi sur la « République numérique » balaie ces restrictions d’un autre âge et proclame un principe général de transparence, avec des exceptions listées. Le bon sens voulait que le gouvernement mît fin au pouvoir discrétionnaire sur la communication des données publiques. Malheureusement, il n’en est rien, et la France devra continuer à faire avec cette limitation exorbitante au droit communautaire.

La loi se contente en effet de lister les documents qui doivent à l’avenir faire l’objet d’une communication de droit:

1° Les documents qu’elles communiquent en application des procédures prévues par le présent titre, ainsi que leurs mises à jour ;

« 2° L’ensemble des documents qui figurent dans le répertoire mentionné à l’article 17 de la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 portant diverses mesures d’amélioration des relations entre l’administration et le public et diverses dispositions d’ordre administratif, social et fiscal ;

« 3° Les bases de données qu’elles produisent ou qu’elles reçoivent et qui ne font pas l’objet d’une diffusion publique par ailleurs, ainsi que le contenu de ces bases ;

« 4° Les données dont l’administration, qui les détient, estime que leur publication présente un intérêt économique, social ou environnemental.

Cette énumération constitue donc un solide frein au principe de l’open data, même si la loi précise que la communication doit se faire selon des standards aisément réutilisables. C’est mieux que rien, mais la France, à l’issue de cette loi, restera loin de l’open data en tant que tel.

L’open data et le fichage public

Dans le même temps où les administrations préservent leur pré carré, la loi instaure un étonnant principe: elle élargit aux administrations le droit d’accès aux documents administratifs. Autrement dit, le droit réservé aujourd’hui au public d’avoir à des documents administratifs sera élargi… aux autres administrations.

La communication des données publiques d’une administration à l’autre sera obligatoire. En principe, la communication devra répondre aux prescriptions en matière d’anonymat, mais on voit bien que, sous couvert d’instaurer un open data, c’est à une interopérabilité entre fichiers numériques que le gouvernement ouvre la voie.

Le Conseil d’Etat, dans l’avis qu’il a rendu sur le sujet, n’a d’ailleurs pas manqué de souligner les risques liés à cette idée en termes de libertés publiques:

le Conseil d’Etat rappelle que l’obligation ainsi créée de transmission de telles informations entre administrations doit s’exercer dans le respect des prescriptions de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés lorsque les données en cause présentent un caractère personnel. En particulier, et alors même que le traitement de ces 4 données a fait l’objet des déclarations ou autorisations requises par cette loi à l’initiative de l’administration d’origine, l’administration bénéficiaire doit, si nécessaire, procéder à de telles formalités afin de rendre effectives, à son niveau, les garanties consacrées par cette loi en matière, notamment, de finalité du traitement et de droit d’accès et de rectification. Par suite, le Conseil d’Etat a estimé nécessaire d’ajouter une mention renvoyant aux obligations résultant de la loi du 6 janvier 1978 précitée.

L’open data face à la stratégie publique de ralentissement

La loi qui sera prochainement débattue à l’Assemblée Nationale devrait donc amener son lot d’insatisfactions et de retards. On le regrettera. Manuel Valls, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, avait évoqué une police 3.0 à l’horizon de 2020. Il est acquis qu’à l’horizon de 2016, la France ne sera toujours pas dotée d’une administration 2.0 digne de ce nom.

Et pendant ce temps, le pays prend du retard dans l’économie de la donnée.

Vers une ère de répression syndicale?

Article paru sur DÉCIDER & ENTREPRENDRE.

La France est-elle entrée dans une ère de répression syndicale? La condamnation à des peines de prison ferme pour les syndicalistes CGT de Goodyear peut en donner le sentiment. Dans le même temps, les transformations profondes dans l’action syndicale, freinées par les grandes confédérations représentatives, montrent que le syndicalisme peut être plus utile sans recourir aux grands conflits collectifs.

Répression syndicale et réquisitions du Parquet

Le tribunal correctionnel n’y est pas allé de main morte: deux ans de prison, dont neuf mois fermes, pour huit syndicalistes CGT de Goodyear qui avaient séquestré le directeur des ressources humaines et le directeur de la production à l’occasion d’un conflit social. La peine est légèrement inférieure aux réquisitions du Parquet, mais elle reste sévère: la prison ferme reste une sanction exceptionnelle dans les conflits sociaux.

La décision du siège soulève d’ailleurs quelques sections, puisque l’entreprise avait retiré sa plainte. Dans le cadre du règlement pacifique du conflit, plusieurs années après, les passions éteintes, chacun imaginait un jugement plus clément. Dans la foulée de l’affaire Air France, le tribunal a-t-il voulu faire un exemple?

La position du Parquet ne manque pas d’étonner. On imagine mal que le procureur ait pu requérir des peines aussi lourdes (2 ans de prison, dont un ferme) sans avoir reçu l’aval du ministère de la Justice. Une fois de plus, c’est l’ambiguïté de Christiane Taubira et de son engagement à « gauche » qui sont au coeur des interrogations.

Répression syndicale et justice de classe

Pour les organisations syndicales, il s’agit bien d’une série noire. Dans la foulée de la jurisprudence Goodyear, le tribunal correctionnel de Paris condamnait deux militants de la CGT Energie à 1.000 euros d’amende (avec sursis) pour entraves à la liberté de travailler. Ceux-ci avaient, en février 2008, occupé pendant deux jours une agence EDF et ERDF dans le cadre d’un conflit collectif. La direction d’EDF avait porté plainte contre les responsables du syndicat.

Forcément, la CGT y voit une forme d’acharnement, qui tranche avec la relative clémence dont les représentants des employeurs ou les employeurs eux-mêmes peuvent bénéficier. Incontestablement, la sanction d’exclusion de six mois fermes contre Agnès Saal, accusée d’avoir utilisé à titre personnel plusieurs dizaines de milliers d’euros, paraît beaucoup plus légère par rapport aux sanctions infligées par la justice. Certains ne manqueront pas d’opposer la dureté du siège face aux syndicalistes, et l’indulgence de la présidence face aux hauts fonctionnaires à propos de qui le pouvoir exécutif n’attend même pas la conclusion de l’enquête judiciaire.

Les soupçons d’une justice de classe seront nourris par ces coïncidences.

Répression syndicale et action collective

En même temps, la répression judiciaire (réelle) contre le conflit collectif est aussi un signe des temps: il existe aujourd’hui une véritable désaffection pour les méthodes d’action syndicale habituelles. Le fantasme du Grand Soir issu du mouvement social, l’espoir de voir les prolétaires se soulever en bloc pour mettre en place une dictature avec des lendemains qui chantent, est passé de mode. La société française admet de moins en moins ce mode de revendication hérité de l’anarcho-syndicalisme, consistant à aller directement au rapport de forces et à la contrainte pour obtenir satisfaction.

Le procès d’Amiens, de ce point de vue, a ressemblé au procès de l’anarcho-syndicalisme. Alors que les syndicats des pays industrialisés sont globalement convertis à la culture de la négociation, les syndicats français restent encore fortement attachés aux formes traditionnelles de la lutte: les grands rassemblements extérieurs à l’entreprise, les grandes manifestations, et le rapport de force direct et brutal dans l’entreprise chaque fois qu’un combat doit être mené.

Cette conception-là de la défense des salariés est de moins en moins admise, et c’est la forme même de l’action syndicale qui est mise en question.

Répression syndicale et action juridique

L’ironie du sort veut que, parallèlement à ces actions en correctionnelle, d’autres formes d’action syndicale tirent mieux leur épingle du jeu. C’est par exemple le cas à la FNAC, où l’entreprise serait prête à tripler les salaires le dimanche. Cette offre impressionnante montre une fois de plus que l’action menée dans le commerce par l’intersyndicale CLIC-P fonctionne… et même fonctionne très bien.

Clic-P est exemplaire des mutations en cours et montre probablement l’avenir du syndicalisme français.

Premièrement, Clic-P (suscitant d’ailleurs une haine féroce de la part des confédérations) a mis de côté les divisions syndicales et mise sur l’unité d’action pour gagner.

Deuxièmement, Clic-P ne recourt qu’exceptionnellement à la grève, et mise avant tout sur l’action en justice pour bloquer les employeurs.

Troisièmement, Clic-P développe une véritable expertise sur les questions de droit du travail, qui lui permet de contrer les offensives patronales dans le domaine de la communication.

Ces atouts, qui font cruellement défaut au syndicalisme français, apparaissent de plus en plus comme les formes futures de la représentation syndicale en France.

Istanbul face au terrorisme

L’attentat qui vient de se produire à Istanbul n’est pas prête de livrer tous ses secrets, tant le régime Erdogan nourrit un rapport ambigu, voire d’instrumentalisation, avec le terrorisme. Les explications officielles dans la foulée de l’attentat l’ont d’ailleurs montré. Dans des temps record, le régime a annoncé que l’attentat avait été commis par un Syrien né en 1988 (information allègrement reprise par les médias français), avant de se raviser et d’expliquer que le kamikaze de Sultanahmet était en fait un Saoudien appelé Nabil Fahdli.

Plus encore qu’en France, les circonstances de l’attentat font l’objet d’un verrouillage officiel qui laisse peu de place à la compréhension critique. Les opinions publiques doivent se satisfaire des explications données par le parti au pouvoir, sans possibilité de distinguer le bon grain et l’ivraie.

Istanbul et Daesh

Selon le gouvernement, l’attentat d’Istanbul serait orchestré par l’Etat Islamique. On notera qu’il a frappé dans un quartier touristique de la ville et n’a tué aucun citoyen turc. De façon très symbolique, la place Sultanahmet se trouve à l’entrée du palais de Topkapi, qui a succédé au palais des empereurs byzantins, entre l’église Sainte-Sophie (église d’époque romaine qui fixait le centre de l’Empire) et la mosquée bleue, construite par les Ottomans pour rivaliser avec le patrimoine gréco-romain qu’ils avaient hérités, et qu’ils n’ont jamais surpassé. Sultanahmet, c’est au fond le symbole de l’européanisation des Turcs, l’expression de leur attachement aussi intense à l’Europe qu’à l’Islam.

C’est pour cette raison, aussi, que l’Etat Islamique y a perpétré deux attentats en un an. Il ne s’agissait pas seulement de viser des touristes plutôt que des Turcs (le bazar d’Istanbul se prête mieux à ce genre d’expérimentation), mais bien de s’attaquer à un symbole fort de l’ancrage européen du pays.

Istanbul et les mises en scène terroristes en Turquie

Au passage, lorsqu’un attentat doit faire des morts en Turquie, ce n’est pas à Istanbul qu’il se déroule, mais dans une manifestation d’opposants à Ankara. Ce fut le cas en octobre 2015, au coeur d’une manifestation du HDP où près de cent personnes laissèrent la vie et 500 furent blessées.

À cette occasion, la mise en scène d’Erdogan fut la même: interdiction pour les médias turcs de couvrir l’événement et blocage des informations sur le sujet postées sur les réseaux sociaux. Si, dans le cas d’Istanbul, l’Etat n’a pas bloqué les réseaux sociaux, il a de fait savamment jugulé les appétits que la presse aurait pu avoir dans la couverture de l’événement.

Lors de l’attentat d’Ankara, l’opposition avait dénoncé une manipulation du pouvoir qui se serait appuyée sur l’Etat Islamique pour mettre le pays sous tension et favoriser le maintien de l’AKP (menacée lors des précédentes élections) au pouvoir. Rien n’exclut que l’attentat d’Istanbul ne soit encore une vilaine opération télécommandée dont les visées politiques sont incertaines. Erdogan a-t-il besoin d’un prétexte pour rompre avec l’Etat Islamique et changer d’alliance? Ou bien veut-il accroître l’isolement de la Turquie et accélérer l’islamisation d’un pays qui fut longtemps le plus laïque d’Europe?

Istanbul de plus en plus coupée de l’Europe

Dans la pratique, la politique d’Erdogan consiste à couper de plus en plus la Turquie de ses alliés européens, et à l’enfermer de plus en plus dans le bloc sunnite dont l’Arabie Saoudite constitue l’autre tenant. Les dernières informations qui circulent sur le sujet le confirment.

Par exemple, Erdogan a ordonné d’abattre un avion russe qui violait son espace aérien, mais, selon le ministère grec de la Défense, des avions turcs ont commis 1.300 violations de l’espace aérien grec en 2015, et 2.200 en 2014. Cette stratégie de la tension vis-à-vis d’un autre membre de l’OTAN illustre bien les affres dans lesquelles la politique d’Erdogan plonge petit à petit son pays.

Certes, la Turquie bénéficie encore du soutien béat de la France, qui emboîte le pas à l’allié historique allemand. Mais rien n’indique qu’à l’issue de l’attentat d’Istanbul qui a surtout touché des… Allemands, cet axe continue dans le temps aussi solidement qu’il n’a pu fonctionner jusqu’ici.

Istanbul et la crise des migrants

Le torchon a une bonne raison de brûler entre l’Allemagne et la Turquie. Si la Turquie a permis de délivrer la téméraire promesse d’Angela Merkel sur le « million de migrants » à accueillir, ce petit geste généreux cause quelques dommages collatéraux.

Tout d’abord, il est de plus en plus évident que l’immense colonne de fuyards qui serpente l’Europe depuis plusieurs mois n’est pas constituée que de civils Syriens fuyant la guerre. Parmi eux, des combattants de Daesh ont trouvé une bonne place, et des réfugiés économiques algériens ou marocains ont trouvé une façon commode de contourner le blocus continental. Les événements de Cologne l’ont prouvé.

La Turquie a obtenu une promesse de plusieurs milliards d’euros en échange d’un engagement à stocker les migrants sur son territoire. Ce choix absurde (dénoncé depuis plusieurs mois sur ce blog) qui transforme la Turquie en digue de l’Europe, et donc en puissance capable de la submerger, montre aujourd’hui toutes ses limites: la Turquie encaisse l’argent et ne bouge pas le petit doigt pour exécuter ses obligations.

Bref, Erdogan est une planche pourrie à laquelle il ne faut surtout pas se fier et, une fois de plus, la politique étrangère française semble dans un corner à force de parier sur le pire cheval du Moyen-Orient.

Mais qui a tué l’esprit du 11 janvier?

La faible affluence aux cérémonies de commémoration du 11 janvier a créé un malaise diffus. Certains ont jugé indispensable de nous rassurer sur l’absence de signification politique de cet événement. Mais il est manifeste que la désertion de la place de République le 10 janvier 2016 dissimule mal la mort de ce que l’on avait pu appeler « l’esprit du 11 janvier« . Reste à savoir comment la France a pu passer, en douze mois, d’une mobilisation spontanée de plusieurs millions de Français à ce silence glacial qui entoure désormais le souvenir de ce 11 septembre français. Mais qui peut bien être coupable de ce gâchis?

L’esprit du 11 janvier et Charlie Hebdo

Dans les grandes désillusions qui ont tué l’esprit du 11 janvier, les polémiques internes à Charlie Hebdo ont rapidement fait planer un soupçon sur le désintéressement du journal.

On se souvenait déjà de la polémique Siné qui, en 2008, avait montré que Charlie Hebdo se sentait plus libre dans le blasphème anti-chrétien ou anti-musulman que vis-à-vis d’autres religions. Avec les déchirements entre la rédaction et les actionnaires, l’opinion publique découvre soudain que la mobilisation financière en faveur de l’hebdomadaire satirique, l’aide de l’Etat et les ventes massives des numéros qui ont suivi l’attentat suscitent les appétits et les convoitises. Ou comment une émotion se transforme en attrape-couillon.

L’esprit du 11 janvier et Jeannette Bougrab

Dans la même veine, l’omniprésence médiatique de Jeannette Bougrab qui dévoile sa vie privée avec Charb, romancée ou non, sur le mode larmoyant du grand amour perdu sème très vite le doute. La famille de Charb s’insurge contre cette impudeur et la vraie compagne de Charb finit par donner une autre version des jours avant l’Etat qui interrogent sur le rôle exact de Jeannette Bougrab dans cette affaire

Au passage, la même Jeannette Bougrab disparaît rapidement des écrans radar et part vivre en Finlande, aux frais du contribuable. Parallèlement, les pires rumeurs circulent sur le « suicide », le 7 janvier 2015, soir de l’attentat de Charlie Hebdo, du commissaire Heldou, chargé, à Limoges, d’enquêter sur Jeannette Bougrab.

Pour une partie de l’opinion publique, cette accumulation d’affaires dans l’affaire nourrit le sentiment que l’attentat de Charlie Hebdo prête le flanc à des manipulations.

L’esprit du 11 janvier et la police nationale

Assez rapidement, les questions enflent sur les défaillances policières dans la lutte contre le terrorisme. Pourquoi la surveillance des Kouachi s’est-elle arrêtée cinq mois avant les attentats? Pourquoi la protection de Charlie Hebdo a-t-elle été allégée quatre mois avant l’attentat? Pourquoi le trafiquant qui a fourni les armes de Coulibaly dans l’attentat de l’Hyper-Casher est-il un « indic » de la gendarmerie mis au secret par la justice depuis les attentats, ou presque? Pourquoi Bernard Cazeneuve oppose-t-il le secret défense aux juges anti-terroristes sur tous les documents qu’il possède sur cette question?

La survenue de nouveaux attentats le 13 novembre n’en finit pas de soulever les mêmes questions: la police française cache-t-elle obstinément ses défaillances? au lieu de procéder à un indispensable retour d’expériences sur ses échecs qui lui permettrait d’améliorer sa prévention contre de futures attentats, protège-t-elle des incompétents et des commissaires qui ont failli?

L’esprit du 11 janvier et François Hollande

Autre point, le plus fondamental sans doute, qui met le public mal à l’aise: la classe politique, François Hollande en tête, a-t-elle pris la mesure du mandat qui lui était donné le 11 janvier, lorsque 7 millions de Français sont descendus dans la rue pour dire leur attachement à la République et à la liberté d’expression? Là où les Français disaient au pouvoir politique: nous vous faisons confiance pour défendre l’intérêt général, la classe politique a pensé intérêts immédiats et réélection. François Hollande a naïvement cru qu’il disposait désormais d’un blanc-seing pour continuer sa politique à la petite semaine. Incontestablement, le bonhomme n’est pas parvenu à se hisser à la dignité du peuple français. Ses calculs minables à l’occasion des régionales et de la déchéance de nationalité l’ont prouvé à ceux qui avaient encore des doutes.

L’esprit du 11 janvier et les musulmans

Dès le 11 janvier, beaucoup de Français ont vécu un trouble. Avenue de la République, les pavés des rues étaient battus par des autochtones. Les allochtones préféraient majoritairement rester sagement sur le pas des magasins du quartier, où l’on vend des voiles islamiques et des djellabahs. Combien de jeunes Musulmans ont refusé la minute de silence qui a suivi l’attentat? Combien ont manifesté une préférence collective pour la France et la démocratie? Combien, au contraire, ont décidé de porter le voile ou de manifester leur satisfaction de voir des blasphémateurs massacrés à l’arme de guerre?

Les attentats du 13 novembre ont accru le sentiment d’un divorce entre les minorités musulmanes et la majorité autochtones. L’incapacité des musulmans de France à structurer une réponse identitaire forte, affirmant clairement qu’une pratique religieuse islamique peut être respectueuse de la République, de la France, de la démocratie et de la laïcité, nourrit incontestablement le doute, pour une majorité de Français, sur ce sujet.

Pour toutes ces raisons, l’esprit du 11 janvier est derrière nous. Nul ne sait l’esprit qui le remplacera.

 

Supprimer les charges dans les TPE?

Faut-il supprimer les charges pour les nouveaux recrutements dans les petites ou très petites entreprises? C’est la proposition formulée par le Medef, l’Association française des entreprises privées (Afep), Croissance plus, Ethic, EDC (patronat chrétien), le Cercle de l’industrie et le mouvement des entreprises de taille intermédiaire, à l’approche de la journée de consultation organisée par le Premier Ministre sur le plan d’urgence économique annoncé par François Hollande lors de ses voeux.

Le patronat et les TPE

La proposition ne manquera pas de surprendre, dans la mesure où elle est formulée sans le soutien de la CGPME et de l’UPA, dont les petites entreprises sont pourtant le coeur de cible. C’est au demeurant une heureuse surprise: pour une fois, les mouvements représentant les grandes entreprises ne demandent pas des allègements de cotisation aveugles dont le principal résultat consiste à augmenter les distorsions entre les « petits » et les « grands ».

De ce point de vue, le CICE reste probablement la plus grande erreur du quinquennat, puisqu’il profite aux grands canards boîteux, comme la Poste, et profite beaucoup moins aux acteurs de croissance et d’avenir. Le fait que le patronat s’intéresse enfin aux mesures ciblées sur les entreprises d’avenir est un signe extrêmement encourageant.

On regrettera juste que la même idée avait été combattue par le MEDEF de Laurence Parisot, dans les débats internes, à l’époque. Que de temps perdu!

Le gouvernement donnera-t-il un coup de pouce aux TPE?

En publiant leur lettre ouverte la veille de la consultation par Manuel Valls, les mouvements patronaux ont toutefois souligné la difficulté pour le gouvernement de prendre en compte des demandes tardives à tous les égards. Le gouvernement est pressé d’agir parce que le quinquennat se termine et qu’il ne reste plus beaucoup de mois pour prendre des mesures qui auront un impact sur le chômage.

L’enjeu du plan d’urgence n’est évidemment pas d’apporter une réponse structurelle aux problèmes économiques français, mais de délivrer la promesse de François Hollande sur « l’inversion de la courbe du chômage ». Après de nombreux plans depuis son arrivée au pouvoir, suivis d’une augmentation régulière du chômage, François Hollande devrait logiquement privilégier un traitement statistique du problème et tourner le dos aux stratégies à plus long terme.

Très malheureusement donc… François Hollande devrait tourner le dos à des propositions formulées par des organisations dont l’une d’elle avait promis de créer 1 million d’emplois, sans tenir ses promesses.

Les TPE échapperont-elles au compte personnel d’activité?

Reste un espoir, pour les très petites entreprises: que le compte personnel d’activité, qui se superpose au compte pénibilité et à une multitude de mesures toujours plus favorables aux droits des salariés, entre en vigueur le plus tard possible. Le combat à retardement a d’ores et déjà commencé.

Les mouvements patronaux ont par exemple annulé la séance de négociation prévue sur le sujet la semaine dernière. Officiellement, ils ne parviennent pas à définir une ligne commune sur le sujet. Dans la pratique, on devrait assister à un tir de barrage contre une nouvelle couche de réglementation stratosphérique alors que les dernières réformes tardent déjà se mettre en place.

L’Europe dans un climat de guerre civile?

L’Europe, dans la foulée des attentats et des événements de Cologne, glisse-t-elle progressivement vers un climat de guerre civile? La mauvaise tournure de la polémique, en Allemagne, sur les violences de la Saint-Sylvestre, soulève quand même de nombreuses questions sur l’impact de la vague migratoire dans les opinions publiques européennes.

L’Europe face à des violences organisées?

Alors que plus de 500 plaintes ont, à ce stade, été déposées à Cologne pour des faits de violence, le ministre allemand de la Justice, le social-démocrate Heiko Maas, a brisé le tabou:

« Quand une telle horde se rassemble pour enfreindre la loi, cela paraît sous une forme ou une autre planifié. Personne ne me fera croire que cela n’a pas été coordonné ou préparé »

Voilà la phrase qu’on redoutait… immédiatement suivie d’une autre: qui a planifié une opération aussi vaste, impliquant plusieurs centaines de coupables? Comment la police allemande (ah… le mythe de l’efficacité allemande en prend encore un coup…) a-t-elle pu passer à côté d’un tel acte de banditisme?

L’Europe n’a pas bien compris l’effet Cologne

Pour bien comprendre ce qui s’est passé à Cologne, je recommande la lecture d’un billet paru dans la presse belge, écrit par des victimes liégeoises présentes cette nuit-là dans la capitale rhénane:

« Nous avons été, dès notre arrivée sur place, choquées par l’absence de contrôles, le manque de sécurité et la très faible présence de forces policières. Nous avons aussi été victimes de l’utilisation d’une bombe lacrymogène par un policier dont aucun article de presse ne parle. En fin de soirée lorsque nous essayions de rentrer, nous avons été agressées de manière très violente et avons été victimes d’un ‘guets-apens’, et il n’y avait aucun policier aux alentours. Nous avons cru pendant un instant que nous allions y rester. »

Violence, guet-apens… tout ce vocabulaire montre combien l’Allemagne a sous-estimé la gravité de la situation interne, et les dangereux déséquilibres auxquels la candide Angela Merkel a exposé son pays.

L’Europe déstabilisée par l’Allemagne?

Au passage, la presse n’a pas manqué de révéler que l’agresseur du commissariat à Barbès venait d’un foyer de migrants à Recklinghausen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie… à une centaine de kilomètres de Cologne. Manifestement, l’Allemagne ne va pas tarder à découvrir qu’elle porte en son sein une sorte de ruche d’où des centaines, peut-être des milliers d’abeilles bien peu recommandables. Après l’épisode Molenbeek, nous voici donc confrontés à un nouveau défi.

Le plus inquiétant tient à l’apparente impréparation allemande face aux problèmes de sécurité qui se posent désormais à elle. Si l’on admet l’hypothèse que la vague migratoire qui s’est répandue depuis cet été sur l’Europe n’est pas seulement l’opération du Saint-Esprit, mais résulte aussi (et surtout) d’un accord au moins tacite entre l’Allemagne et la Turquie pour drainer une main-d’oeuvre syrienne formée vers le marché de l’emploi germanique, alors on peut se dire que le gouvernement allemand a fait preuve de légèreté en ne voyant pas que cette arrivée massive ne se résumait pas à des hordes de gens bien élevés décidés à remercier le pays hôte, mais qu’elle charrierait avec elle des bandits de plus ou moins grand chemin dont les liens avec la Syrie restent à prouver.

L’Europe et l’hospitalité bafouée

Comme l’Europe est encore et toujours submergée par une mauvaise conscience aux origines obscures, elle a du mal à faire face à cette violation manifeste des principes de l’hospitalité. De ce point de vue, les précautions prises par les politiques allemands sur le « pas d’amalgame » sont à côté de la plaque. Personne ne doute que les réfugiés syriens, les victimes civiles de la guerre, sont des gens honorables. Le problème tient à l’impossibilité de quantifier leur volume exact dans la masse des arrivants en 2015.

Combien de réfugiés économiques se sont-ils fait passer pour des Syriens sans papier victimes de la guerre? Combien de combattants ou de sympathisants de l’Etat Islamique ont-ils profité des événements en Syrie pour s’infiltrer en Europe? Les allers et venues des Abdeslam et autres entre la Grèce, la Hongrie et la Belgique ou la France, pour convoyer des complices, ont montré que la vague migratoire était à la fois un geste d’hospitalité de l’Europe envers ceux qui fuyaient la guerre et envers ceux qui venaient la porter en Europe.

Il suffit que l’hospitalité soit trahie par l’un d’eux pour que les opinions publiques commencent à être habitées par le doute. Et personne ne sait où ce doute peut mener.

L’Europe et sa prochaine guerre civile

Nous savons maintenant que l’Europe est occupée par des ennemis de l’intérieur, dont le nombre, le visage, les motivations, sont opaques. Cette opacité est la pire des situations: elle est anxiogène et, malheureusement, l’angoisse mène à tout, et souvent au pire. L’ironie de l’histoire veut que le sparadrap de la migration mal maîtrisée et impossible à contrôler soit aujourd’hui collé sur les doigts allemands. Les manifestations de Pegida constituent probablement un simple avant-goût du réveil national allemand qui va suivre.

On voit mal comment Angela Merkel va pouvoir réagir et, sans se discréditer politiquement, mener une politique de renvois des migrants qu’elle a fait venir. Le ver est dans le fruit, pourrait-on dire. Le drame séculaire des Allemands est de ne pas aimer l’impureté dans la nourriture, et le pire est à craindre dans les mois à venir.

La France elle-même n’est pas exempte de ces craintes. Les réactions vives, dont certaines extrêmement virulentes vis-à-vis de l’Islam, après l’incendie d’une église de Fontainebleau, laissent songeur. Dans l’émotion de ce genre d’événements, tout peut survenir, même l’irréparable.

 

 

Les start-up, le capital et la sous-traitance de l’innovation

Les start-up et, au sens large, la disruption technologique, font l’objet d’un engouement très romantique: on admire le pouvoir de l’invention, on spécule sur ce que sera, avec leur apport, le monde de demain. Malheureusement, la société française, gouvernement compris, obnubilés par ce romantisme, oublie les deux questions majeures que pose la révolution numérique. D’abord, qui sera le maître des innovations de demain? Ensuite, quelle stratégie développer pour y maximiser notre rôle?

Les start-up américaines maîtresses du monde?

De temps en temps, la presse française aime se donner l’illusion que nos start-up peuvent concurrencer leurs grandes soeurs américaines. C’est évidemment placer le débat, encore une fois, sur le plan romantique: personne n’a jamais douté qu’il existait suffisamment de Français innovants, intelligents, brillants, novateurs, pour créer des entreprises capables de développer des technologies qui changent le monde.

Le problème est que le sujet n’est pas là, mais plutôt dans la capacité à donner une taille mondiale aux innovations. Inventer n’est pas tout, il faut savoir produire, diffuser, développer, et surtout doter le monde entier de sa technologie ou de son produit. C’est ce que Google est parvenu à faire, aussi bien que Facebook et Twitter, et c’est ce que l’Europe, dont la France, peinent à faire.

Cette difficulté tient à plusieurs facteurs: la taille immédiate du marché, d’abord, qui est plus importante aux Etats-Unis que dans chaque pays d’Europe pris individuellement, mais aussi, qu’on le veuille ou non, dans la rémunération du risque que prend l’entrepreneur lorsqu’il développe son entreprise.

De ce point de vue, la grande force des Etats-Unis est de disposer d’un véritable marché capitalistique, capable de financer des opérations de capital-risque sans intervention de l’Etat, et capable de rémunérer les entrepreneurs qui créent de la valeur. La grande faiblesse d’un pays comme la France est d’avoir réglementé et étatisé son capital, de telle sorte que les innovations sont d’une façon ou d’une autre bridées par une caste de rentiers qui manifeste une véritable aversion au risque.

Les start-up et les réseaux sociaux de vidéos

Pour illustrer ce dernier propos, je ne vois pas de meilleur exemple que les destins parallèles de Youtube et Dailymotion, réseaux sociaux de vidéos en ligne bien connus.

On ignore trop souvent que Dailymotion et Youtube sont nés à peu près en même temps. C’est en février 2005 que trois anciens employés de PayPal lancent Youtube, dont la première vidéo est mise en ligne en avril suivant. Les fondateurs de Dailymotion imaginent dès mars 2005 la start-up qui prend forme en France en août de la même année.

Chronologiquement, les deux jeunes pousses sont donc contemporaines et suivent très vite des destins qui en disent long sur le fossé qui existe entre le capitalisme anglo-saxon et le capitalisme de l’Europe continentale. Dès octobre 2006, les deux entreprises sont en effet « revendues » de fait. Youtube est racheté pour 1,65 milliard de dollars par Google, et Dailymotion lève… 7 millions d’euros de fonds auprès de deux sociétés de capital risque toutes les deux à moitié américaines.

En novembre 2009, l’Etat français monte au capital de Dailymotion pour un montant de 7,5 millions d’euros. En 2011, Orange valorise l’entreprise à 120 millions d’euros et engage un processus d’acquisition majoritaire.

Les start-up et le capitalisme d’Etat en France

La comparaison succincte entre ces deux trajectoires nous renvoie aux tristes réalités du capitalisme français.

Premièrement, lorsqu’il s’est trouvé, aux Etats-Unis, des acteurs qui ont parié sur l’avenir de Youtube, ceux-ci ont mis sur la table une somme deux cents fois supérieure à leurs homologues européens. La différence dans la capacité à valoriser le risque pris par les start-up est ici flagrante. On pourra dire tout ce qu’on voudra sur les « méchants exploiteurs capitalistes », mais on ne pourra nier qu’il était plus honnête de la part de Google d’acheter Youtube 1,6 milliard que de la part d’Orange d’acheter Dailymotion pour une somme dix fois moindre.

Deuxièmement, ceux qui ont parié sur Youtube aux Etats-Unis étaient eux-mêmes nés de l’économie du Net. En France, les « parieurs » ont d’abord été des sociétés de capital-risque euro-américaines, avant d’être l’Etat lui-même, puis une ancienne nationalisée (Orange) dont l’Etat est actionnaire, et qui a fait sa fortune dans les anciens monopoles des télécommunications.

Ces deux questions sont au coeur de la problématique des start-up: quelle valeur le capital leur accorde-t-il? le capitalisme d’Etat que nous connaissons est-il armé pour financer le développement de l’innovation disruptive aujourd’hui?

Les start-up et la question de leur valeur

Pourquoi Youtube valait-il, en octobre 2006, 1,65 milliard de dollars, quand Dailymotion levait 7 millions €? À cette époque, les deux concurrents avaient à peine un an d’existence et pouvaient donc sérieusement rivaliser sur leur avenir. Rien ne justifiait une telle distorsion dans la valorisation des entreprises, ni dans les besoins de financement de chacune.

La réponse à cette question est au fond assez simple: le capitalisme américain oriente l’ensemble de sa stratégie de développement sur le financement des innovations disruptives, alors que le capitalisme européen, et singulièrement français, reste un capitalisme d’avant-garde extrêmement frileux vis-à-vis de l’innovation. Cette différence de valeur dans les stratégies et d’abord dans les esprits explique pourquoi les Etats-Unis deviennent les maîtres de l’Internet et de l’économie de demain: ils misent sur l’innovation.

À titre d’exemple, Uber a levé, début 2014, plus que la totalité du capital-risque français pour l’année 2013. Là où la France investit moins de 1 milliard par an, une entreprise qui a moins de cinq ans d’existence aux Etats-Unis lève d’un seul coup 1,2 milliard de dollars.

Les start-up et le capitalisme d’Etat

Le capitalisme français est aujourd’hui plombé par l’origine et la nature socio-professionnelles de ses capitalistes. En dehors de la famille Mulliez, la France ne compte que très peu de « tycoons » qui ont fait fortune sans des liens privilégiés avec l’intervention publique. Au premier de ses corsaires qui ont privatisé les bénéfices des coups de pouce publics, on mettra les Arnault, les Lagardère et les Dassault.

Dans le cas de Bernard Arnault, le développement colossal de sa fortune a commencé, rappelons-le, avec les subventions publiques au groupe Boussac qui ont permis de transformer une fortune familiale en fortune mondiale. Il n’est pas besoin, pour le reste, de rappeler la dépendance des Lagardère et Dassault aux investissements ou aux commandes publiques. Pourquoi ces familles prendraient-elles le risque de détruite des valeurs créées par des rentes en prenant des risques inconsidérés sur l’obscur marché de l’innovation technologique?

Toute la difficulté de la France est là: à force de détester la valeur privée, elle s’empêche d’intégrer le train de l’innovation mondiale, en mégotant systématiquement sur le moindre centime placé dans le risque d’avenir. Le capitalisme français est largement composé de rentiers réassurés par l’Etat, qui détestent la prise de risque « en fonds propres ».

Les start-up et la sous-traitance de l’innovation

Avec Dailymotion comme avec Youtube, une nouvelle économie des start-up est apparue, qui limite la start-up à une phase d’amorçage de l’innovation, préparant à un rachat immédiat destiné à industrialiser une technologie prometteuse. Dans cette division globale du travail, la start-up sert juste à incuber une idée ou une technologie nouvelles. Dès que celle-ci est formalisée et mise en état, un grand acteur la rachète pour permettre son industrialisation.

Dans ce modèle, la start-up devient une forme d’externalisation de l’innovation pour les grands acteurs du marché. En quelque sorte, les acteurs matures et dominants développent peu à peu une logique de sous-traitance souple de leur innovation en rachetant des jeunes pousses qui leur apportent une solution d’avenir ou un possible relais de croissance. Plutôt que de financer un improbable département « recherche et développement », les grands acteurs préfèrent aujourd’hui ne pas s’embarrasser de développements internes et acquérir des produits clés en main inventés par des acteurs extérieurs à l’entreprise.

Autrement dit, la start-up devient une solution d’externalisation de la recherche et du développement.

La différence entre le capitalisme anglo-saxon et le capitalisme continental sur ce point tient à la valorisation de cette fonction.

L’exemple d’Orange est illustratif. Avec un fonds de 20 millions d’euros destiné à financer les start-up, Orange cherche à acquérir à bon compte des technologies qui trouveront leur place dans la mutation de cet acteur semi-public héritier de l’époque du fil de cuivre.

C’est la particularité du modèle français de capitalisme. Les grands rentiers du passé imaginent qu’ils pourront survivre en achetant à bon compte des technologies qui sont développées par d’autres. L’avenir dira si ce pari est gagnant. En tout cas, ils témoignent d’une stratégie d’adaptation de l’élite française à un nouveau modèle économique en limitant au maximum les disruptions sociales qui risquent de suivre les disruptions technologiques.

Pour l’instant en tout cas, la suprématie de l’Internet américain, au sens large, laisse perplexe sur la soutenabilité du modèle français.

 

 

Attentats de Paris: les grands délires des « révélations »

La presse subventionnée n’en finit pas de changer de « version définitive » sur les attentats du 13 novembre, pendant que la police s’efforce d’étouffer les polémiques sur l’attentat de Charlie Hebdo. Voici un petit condensé des grands délires auxquels nous assistons.

Les attentats du 13 novembre et les ceintures d’explosifs

Je lis dans le Figaro un article divertissant sur l’origine bruxelloise des ceintures d’explosifs qui ont servi au stade de France. En voici le best of:

Composés d’un bouton pressoir servant de détonateur, de TATP (peroxyde d’acétone) utilisé lors des attentats de Londres en 2005 ainsi que d’une charge primaire pyrotechnique de quelques grammes placée dans un détonateur, ces engins très instables, susceptibles de détoner au contact de la chaleur humaine, ont été confectionnés dans un appartement de Schaerbeek, quartier populaire du nord de Bruxelles. Là, dans un bâtiment situé rue Henri-Bergé, les policiers ont retrouvé le 10 décembre dernier du matériel destiné à la préparation d’explosifs, des traces de poudre suspectes ainsi que trois ceintures «qui pourraient avoir été destinées à transporter des explosifs».

Lors de la perquisition de ce laboratoire clandestin, les policiers ont aussi découvert une empreinte digitale de Salah Abdeslam, unique rescapé des commandos du vendredi sanglant et plus que jamais désigné comme «objectif prioritaire» de toutes les polices.

Nous sommes très contents d’apprendre cette information de premier ordre, manifestement donnée par la police. Son seul problème est de contredire une autre version policière donnée il y a quelques jours par le Monde.

On y lisait en particulier que les ceintures d’explosifs ayant servi à Saint-Denis avaient été confectionnées la veille de l’attentat dans la maison que les terroristes avaient louée à Bobigny. On aurait même retrouvé des rouleaux de scotch dans la maison, pour preuve de cette intense préparation.

Allez comprendre!

Les attentats du 13 novembre et l’incompréhensible agenda des terroristes

Dans sa grande enquête tirée des procès-verbaux de l’enquête, Le Monde avait par ailleurs affirmé que les terroristes avaient quitté Bruxelles le 12 novembre au matin, pour Charleroi, puis pour Paris. Ils auraient dormi à Bobigny et à Maisons-Alfort, la nuit précédant leur forfait. J’avais souligné l’invraisemblance de cette relation des faits, dans la mesure où Abrini et Salah Abdeslam avaient été filmés en route pour Paris au volant de la Clio de location le 11 novembre à 19h, et que des témoins très précis affirmaient avoir vu les frères Abdeslam à Molenbeek le 12 novembre au soir.

Résultat: une autre version est désormais donnée sur l’emploi du temps de Salah Abdeslam et de Mohamed Abrini, qui ont été filmés partout entre la France et la Belgique avant le 14 novembre à 10 heures (moment où Abdeslam franchit trois barrages de police destinés à arrêter les coupables du 13 novembre), et qui sont introuvables depuis ce jour.

Le 13 novembre, retour en Belgique. A 3h01, la Seat quitte la ville de Molenbeek. Elle arrive à Bruxelles quelques minutes plus tard. Derrière elle, un autre véhicule, qui semble être la Clio noire louée par Salah Abdeslam. Les deux voitures s’arrêtent. Trois hommes en descendent. A 4h20, la Seat quitte Bruxelles à destination de Charleroi (Belgique).

Le véhicule se gare vers 5h25 à Charleroi, rue de la Garenne, d’où il ne repartira pas avant plusieurs heures. Que font les trois hommes durant ces 10 heures ? C’est une zone d’ombre pour les enquêteurs.

Les terroristes ne sont donc pas partis pour Paris le 12 novembre (avec nuit dans la maison de Bobigny qu’ils ont louée sur Airbnb semble-t-il), mais le lendemain, 13 novembre, au matin. Le véhicule aurait quitté Charleroi vers 15h50 pour rejoindre Bobigny où la Seat est repérée à 19h37. Dans cette version, il n’est pas fait mention de la Clio, qui aurait passé une heure à Roissy entre 18h20 et 19h20.

Si l’on en croit les derniers éléments qui sont fournis par ces versions manifestement non contenues dans les 6.000 procès-verbaux compilés par la police durant les six premières semaines de l’enquête, les terroristes ont donc préparé leur ceinture d’explosifs à Bruxelles, ont reçu des armes à Charleroi le 13 novembre, pour commettre des attentats le soir même. Comme ce sont des kamikazes, ils n’avaient pas l’ambition de survivre au 13 novembre, mais ils ont quand même loué une maison à Bobigny, qu’ils n’ont pas occupée, mais où ils se sont rendus entre 19h et 21h.

On le voit, on est encore loin d’avoir un récit cohérent de ce qui s’est passé… et on n’en a pas fini avec les « révélations » tonitruantes de la presse subventionnée.

Les attentats et les cerveaux belges

Entretemps, il semblerait que les condés belges aient identifié les cerveaux des attentats, ceux qui suivaient par SMS depuis Bruxelles le déroulement des opérations à Paris. Ils s’appelleraient Samir Bouzid et Soufiane Kayal.

Les deux suspects ont aussi transféré le 17 novembre, dans une agence de la Western Union en région bruxelloise, la somme de 750 euros à Hasna Ait Boulahcen, la cousine d’Abdelhamid Abaaoud, tous les deux tués lors de l’assaut de Saint-Denis. De là sont tirées les images de surveillance.

Enfin, le rôle central des deux hommes apparaît encore dans le fait qu’ils ont été contrôlés à la frontière austro-hongroise bien avant les attentats, le 9 septembre, dans une Mercedes où avait pris place également Salah Abdeslam, en provenance de Budapest.

Ces deux mystérieux cerveaux sont en fuite.

Là encore, on est loin de tout savoir sur ces gens dangereux et fichés qui ont traversé les frontières de l’Union au vu et au su de la police à plusieurs reprises depuis plusieurs mois sans que personne ne semble s’en inquiéter particulièrement.

La police cherche à tuer dans l’oeuf la plainte Brinsolaro

Dans l’affaire Charlie Hebdo, on se souvient que l’épouse du garde du corps de Charb reproche au ministère de l’Intérieur un homicide involontaire aggravé. Elle considère en effet que les services de renseignement n’ont pas traité avec diligence le signalement d’un homme qui ressemble à l’un des Kouachi, surpris en train de faire une planque devant le siège de Charlier Hebdo fin octobre 2014.

Avec une rapidité déconcertante, l’inspection générale de la police nationale (dont l’indépendance et l’impartialité sont forcément au-dessus de tout soupçon) vient de rassurer le Ministre en lui expliquant que tout va bien, et que cette affaire ne tient pas debout.

Une première accusation, concernant l’éventuelle défaillance de Patrick Hacgeman, le deuxième policier en charge de la protection de Charb, a été levée. Sylvain Louvet, un journaliste de Premières lignes, l’agence de presse située sur le même palier que Charlie Hebdo, avait appelé l’autre officier de sécurité de Charb, qui était de repos, lorsqu’a débuté la tuerie. Selon le journaliste, le policier lui aurait répondu qu’il était en congés, mais que la police n’allait pas tarder à intervenir. Mais d’après le rapport de l’IGPN, il s’avère qu’il ne serait pas resté inactif, mais aurait passé plusieurs appels, à Franck Brinsolaro et à sa hiérarchie. (…)

Le rapport de la DGPN répond à une deuxième accusation, concernant une voiture suspecte aperçue au mois de septembre 2014 à proximité de Charlie Hebdo. Le même journaliste dePremières lignes avait alerté les policiers du Service de la Protection de la présence d’un individu suspect proférant des menaces contre Charlie Hebdo qui aurait «insulté le prophète». Il avait transmis les coordonnées du véhicule aux policiers, qui avaient fait un rapport à leur hiérarchie. Il s’était avéré que le propriétaire du véhicule n’était connu des services que pour une affaire de droit commun. Pourtant, Sylvain Louvet, lorsqu’il aperçoit la photo des deux terroristes au lendemain des attentats, croit reconnaître dans Chérif Kouachi l’homme vu dans la voiture en septembre, ce qui pourrait faire croire à un éventuel repérage des Kouachi sur les lieux du drame, et surtout à une défaillance des services de protection. Mais devant les enquêteurs de l’IGPN, le journaliste était moins sûr de lui, et semble avoir reconnu le propriétaire de la voiture sur une photographie. Ce dernier serait un déséquilibré, ayant passé plusieurs mois en hôpital psychiatrique. «On est sûr à 99 % que l’homme dans la voiture n’était pas Chérif Kouachi», résume une source proche de l’enquête.

Ce n’était pas un Kouachi, qui était en planque, mais un déséquilibré, et le témoin oculaire n’est pas sûr de reconnaître le gaillard. Ah! tous ces témoins oculaires à qui on ne peut décidément pas se fier… Surtout que la présence du Kouachi est visée, dans la plainte de l’épouse Brinsolaro, fin octobre 2014, et que l’incident évoqué par la police a lieu en septembre.

La conclusion de cette enquête est évidemment ailleurs:

«Ces conclusions de l’IGPN, indique-t-on de source policière, ainsi que les investigations, ne permettent pas de démontrer les éléments constitutifs de l’infraction de non-assistance à personne en danger».

L’objectif était bien là: non pas comprendre la vérité, mais s’assurer que la plainte Brinsolaro serait classée sans suite. Le rapport de l’IGPN doit déjà être entre les mains du zélé procureur Molins, qui pourra classer en toute bonne conscience.

Cologne, Mein Kampf et les tabous allemands

Les incidents de Cologne, avec ses 170 plaintes de femmes victimes de violences sexuelles collectives, constituent un redoutable test nerveux pour le nationalisme racial allemand, mis sous le boisseau depuis 1945. Cet épisode a l’intérêt de placer au centre du débat la question du déni et des tabous – c’est un sujet freudo-lacanien au fond – au moment même (ironie de l’Histoire!) où les librairies allemandes vont mettre en vente la première réédition de Mein Kampf depuis la défaite du Reich.

Parler de Cologne sans tabou

On s’amusera d’abord des monstrueuses contradictions des féministes à propos des incidents de Cologne. Anne-Cécile Mailfert, par exemple, président d’Osez le féminisme, a osé affirmer sans rire:

La manipulation nationaliste des crimes de Cologne est dangereuse pour les femmes

Ainsi va le bobo parisien. Quand un Français « gaulois » tient des propos machistes, c’est un horrible exploiteur qui mériterait dix ans de bagne, quand un millier de migrants investit un centre ville pour se livrer à des exactions en bande organisée, c’est une manipulation nationaliste. L’incapacité de mettre des mots sur la réalité, cette mise sous le tabou des événements qui dérangent, est la caractéristique même de la pensée unique qui favorise la radicalisation politique.

Au passage, la pitoyable Anne-Cécile Mailfert a le mérite de montrer comment le tabou de la pensée bobo est indissociable d’un complotisme mal assumé. Remettre en cause la tyrannie des minorités en s’avouant qu’il y a au moins autant d’ordures chez les migrants que chez les autochtones, que le fait d’appartenir à une minorité ne suffit pas à transformer un coupable en victime, n’est évidemment pas possible. Si certains faits nous y contraignent, c’est forcément parce qu’il s’agit d’un coup monté de ceux qu’on n’aime pas: les nationalistes, les extrémistes, les homophobes, les mysogines,… la liste évolue au gré des complots.

Toute la difficulté du temps présent, sur l’affaire de Cologne comme sur bien d’autres, est d’arriver à mettre des mots sur les choses, à violer les tabous en quelque sorte.

Quand un attentat est commis au nom d’Allah, on n’a pas le droit de dire que le terrorisme musulman tue (puisque, vous comprenez, ce ne sont pas des musulmans qui ont fait ça). Quand, selon la police, au moins un millier d’Arabes et de Maghrébins verrouillent le quartier de la cathédrale de Cologne pour passer des centaines de femmes à la casserole, on n’a évidemment pas le droit de dire que, dans la représentation musulmane, une femme qui n’est pas voilée est perçue comme une prostituée qui ne mérite pas le respect.

Et pourtant, c’est un fait: les Musulmans n’ont majoritairement pas de respect pour les femmes qui ne sont pas voilées, sauf lorsqu’ils ont accepté d’entrer dans un processus d’assimilation des valeurs indo-européennes.

Cologne et le tabou allemand du viol collectif

Dans le cas allemand, l’aventure est encore plus piquante, puisque l’histoire du nationalisme allemand est étroitement liée au viol collectif. Les Français sont assez éloignés de ces contingences, mais l’Allemagne (et spécialement la Prusse) vit toujours sous le fait d’un terrible tabou: en 1945, l’Armée Rouge s’est livrée à des viols massifs sur les femmes allemandes, qui payaient ainsi les 20 millions de morts infligés, souvent dans des conditions atroces, à l’Union Soviétique par leurs maris. Les historiens affirment notamment que la moitié des Berlinoises a fait l’objet de ce traitement dégradant au moment de l’occupation de la ville.

Traduit en 2006 en français sous le titre: Une femme à Berlin, le récit de Martha Hillers est très éclairant sur ce traumatisme longtemps occulté du fait de la défaite et des crimes nazis.

Mêlant lucidité et cynisme à une précision rigoureuse, Marta Hillers y rend compte, jour après jour, des viols qu’elle subit comme si elle-même n’en était pas l’objet. Comme si la glace qui envahit son corps au moment où il est violenté habitait le récit en entier.

Les viols qui ont eu lieu à Cologne (et dans d’autres villes allemandes) font évidemment écho à cette histoire qui continue à nouer les tripes teutonnes: l’occupant étranger constitue une menace collective pour les femmes allemandes, mais le dénoncer est un crime de nationalisme insupportable.

A Hambourg, 50 plaintes ont été déposées dont 38 pour des agressions sexuelles. A Düsseldorf, 40 femmes se disent également victimes. Le scénario est souvent le même : des groupes d’hommes apparemment arabes ou nord-africains les encerclent, parfois à 20 ou 30. Munich, Stuttgart, Berlin, Nuremberg et Francfort ne sont pas épargnées.

On voit bien comment l’opinion allemande balance entre dénoncer le crime au risque d’assumer les vieux démons, ou proscrire ces vieux démons en niant le crime.

Cologne et la fin du tabou allemand

L’ironie de l’Histoire veut que ces incidents extrêmement graves, qui ont mis la police en difficulté, surviennent au moment où Mein Kampf fait l’objet de sa première réédition depuis 1945. Les pages de l’histoire collective se tournent parfois de façon plus criante et polémique qu’on ne croit.

Dans la pratique, et contrairement à ce qui est souvent dit ou imaginé en France, les Allemands ne sont pas du tout au clair avec leur héritage nazi. Officiellement, bien sûr, tout cela est de l’histoire ancienne. En réalité, derrière l’apparent sommeil nationaliste allemand, les démons sont toujours prêts à ressurgir. Il faudrait être naïf pour croire que vingt ans d’exacerbation égotiste collective ancrée dans les profondeurs de l’esprit germanique peuvent être rayés d’un trait de plume.

Jusqu’ici, le nationalisme allemand post-1945 a eu le bon goût de s’exprimer de manière détournée. Par exemple, l’obsession nazie de la pureté a trouvé un utile dérivatif dans l’idéologie des Grünen, et l’anti-libéralisme viscéral du peuple de la forêt s’est longtemps exprimé dans l’anti-américanisme des pacifistes allemands. Contrairement à ce que les Français croient, la résurgence nationale allemande s’est plus facilement faufilée, après 1945, dans les discours de la gauche allemande (notamment alternative) que dans ceux de droite (même s’il faut ici accorder une mention spéciale à la CSU, dont le militant de base est difficile à distinguer du petit propagandiste de la race aryenne sous le format 1932).

La question qui se pose au moment où l’Allemagne remet en vente officielle Mein Kampf et au moment où l’arrivée brutale d’un million de migrants non-Européens constitue un choc pour le pays, est de savoir si le nationalisme allemand continuera à prendre des chemins détournés pour s’affirmer, ou si les Allemands vont l’assumer comme tel. Autrement dit, les incidents de Cologne sont-ils le début d’un processus qui va transformer l’offre politique allemande et favoriser l’émergence des Pegida et de l’Alternative für Deutschland?

Nous le saurons dans les prochains mois, mais, à coup sûr, la prise de risque incommensurable pour l’Europe qu’a constitué l’appel à un million de migrants de la part d’Angela Merkel se transforme de plus en plus en bombe à retardement pour le nationalisme tudesque.

Cologne et les tabous français

Les incidents de Cologne n’ont pas seulement un impact en Allemagne. Ils interrogent aussi les bobos français toujours prompts à nier chez les autres ce qui leur semblent évidents chez les Français. Répétons-le: alors que la sélection du festival de la BD à Angoulême donne lieu à des généralisations hâtives sans aucun complexe (tous les amateurs de BD sont machistes, c’est bien connu), oser dire que la culture musulmane est misogyne pose en revanche un problème insupportable.

Les raisons de ce problème sont bien connues: l’homme blanc incarnant la majorité dominante est forcément taxable de tous les maux, en revanche l’homme maghrébin est un ancien colonisé, en position de faiblesse, qu’il est exclu de critiquer même lorsque, d’une ville à l’autre, le même mode opératoire regroupant les mêmes segments de population montre qu’il ne s’agit pas d’un accident individuel mais d’un fait collectif.

Le sujet qui se pose est évidemment celui de la riposte possible à l’infériorisation de la femme dans la culture musulmane. Il ne s’agit pas de dire que tous les musulmans sont des violeurs potentiels. Il s’agit de reconnaître que l’Islam a un problème massif avec le statut de la femme, et que le moment vient de le traiter de façon claire et déterminée.