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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Attentats: la version officielle vacille

Même la presse subventionnée bat de plus en plus en brèche la version officielle sur les attentats du 13 novembre. Une fois de plus, le ministère de l’Intérieur fait pourtant régner le black-out sur les informations qui entourent ces événements tragiques. On voit mal l’enjeu de ces silences… sauf à dissimuler les failles béantes des services de renseignement.

Les attentats et les mystères de l’assaut du RAID à Saint-Denis

C’est le Monde qui choisit de consacrer un article particulièrement limpide à l’assaut donné par le RAID à Saint-Denis. Les journalistes du quotidien ont en particulier pu consulter les rapports internes du RAID sur l’assaut. Manifestement, la police ne se fatigue pas pour expliquer vraiment ce qui s’est passé ce jour-là, ni les raisons exactes pour lesquelles l’opération a duré si longtemps.

Selon les informations recueillies, les policiers français ont tiré 1.500 cartouches et 4 grenades. Les lieux qu’ils ont laissés derrière eux ressemblaient à un champ de ruines:

La chaussée est jonchée de débris. Du verre et du bois provenant des fenêtres de l’immeuble de Saint-Denis où a eu lieu l’assaut. De nombreux écrous, probablement contenus dans une ceinture d’explosifs actionnée par l’un des hommes retranchés. Mais aussi plusieurs bouts de corps. Ici, « une tête humaine à laquelle demeure attaché un morceau de colonne vertébrale ». Là, « une partie de visage » sur la peau duquel apparaît une barbe naissante. Plus loin, une dent humaine, un trousseau de clés, un livre en langue arabe et un clavier d’ordinateur brisé.

On évitera donc de lire ce rapport au petit-déjeuner. En revanche, comme le souligne le quotidien, aucune lumière n’est faite dans ce rapport sur les difficultés que les policiers ont eues à faire exploser la porte. On se souvient ici des explications gênées des responsables policiers qui avaient commencé par soutenir que la porte avait résisté parce qu’elle était blindée, avant d’affirmer le contraire et de reconnaître que les charges utilisées étaient défaillantes.

Surtout, le point d’ombre majeur reste entier: le déferlement de feu qui s’est abattu sur les occupants de l’appartement ce jour-là est difficile à comprendre dans la mesure où seul un revolver a été retrouvé du côté des défenseurs. Manifestement, ceux-ci ne disposaient certainement pas d’armes de guerre et n’étaient donc pas armés pour riposter à l’arrivée des policiers.

Salah Abdeslam reconnu par des victimes des attentats

Selon la version officielle, Salah Abdeslam était chargé de convoyer les trois kamikazes de Saint-Denis. Il n’aurait donc pas participé aux fusillades de Paris.

Même FranceTV émet des doutes extrêmement sérieux sur cette version. Rappelons que la presse belge a pu consulter les procès-verbaux d’audition des deux « amis » d’Abdeslam qui sont venus le chercher un urgence à Paris pour l’exfiltrer vers la Belgique. Selon eux, Abdeslam a fait clairement état de sa participation aux fusillades tragiques et a affirmé qu’il était le « 10è terroriste » (quand la version officielle n’en compte que neuf).

Selon Le Point, des témoins visuels ont certifié reconnaître Salah Abdeslam comme l’un des auteurs de la fusillade de la Belle Equipe.

Certes, les témoignages humains sont fragiles, mais après le carnage commis par le commando mené par Abdelhamid Abaaoud contre les clients de plusieurs bars des 10e et 11e arrondissements, Salah Abdeslam est formellement reconnu sur des planches photographiques présentées par les enquêteurs aux rescapés comme étant un des membres du commando des terrasses.

On notera avec amusement la phrase: « Certes, les témoignages humains sont fragiles », qui en dit long sur la peur que la presse subventionnée peut avoir lorsqu’elle fait son travail d’investigation. On voit en effet mal pourquoi les témoignages des victimes seraient plus fragiles que ceux des policiers… Sachant que le travail de la police consiste précisément à recueillir aujourd’hui ces témoignages pour faire progresser l’enquête!

Après son forfait rue de Charonne, où est allé Salah Abdeslam? La fusillade s’est terminée vers 21h40. A 22h, Abdeslam est retrouvé dans le dix-huitième arrondissement, près de la porte de Clignancourt, où il gare la Clio Noire véhiculée la veille par Mohamed Abrini, toujours en fuite. On rappellera en outre que la police a identifié Abaaoud au volant de la Seat noire qui a sévi au Petit Cambodge dans les rues du XIè arrondissement jusqu’à 22 heures.

Les lecteurs de ce blog le savent: je trouve douteuse la version selon laquelle l’équipe du Petit Cambodge ait été la même que celle de la Belle Equipe. Tout concorde en tout cas à dire que la version officielle sur les fusillades est encore pleine de mystères. Une hypothèse vraisemblable consiste à penser qu’il y avait, ce soir-là, dix terroristes, dont deux équipes chargées des fusillades sur les terrasses.

Un important réseau logistique en Belgique

Plus le temps passe, mieux on comprend que les terroristes du 13 novembre ont reçu un appui extrêmement important des réseaux islamistes installés en Belgique, et spécialement à Molenbeek. Il ne se passe désormais plus un jour sans que l’épaisseur et l’intensité du réseau ne prenne forme.

En début de semaine, le Parisien et la presse belge annonçaient que la police fédérale cherchait activement le probable coordonnateur des attentats, qui ne serait donc ni Abaaoud ni Abdeslam, et qui serait en fuite.

Les deux commandos de terroristes ayant attaqué le Bataclan et les terrasses des restaurants parisiens étaient en relation avec un ou plusieurs interlocuteurs restés en Belgique juste au moment de préparer leurs attaques. (…)

« Le Parisien » cite le SMS connu qui a été découvert sur le GSM jeté dans une poubelle à proximité du Bataclan. Ce SMS « On est partis, on commence » a été envoyé à 21 h un premier numéro de téléphone en Belgique.

Le même soir, un deuxième téléphone en Belgique a reçu un appel d’un des terroristes qui a fait feu à la Kalachnikov sur les clients des cafés des Xe et XIe arrondissements à Paris. Les deux numéros, précise « Le Parisien », ont été utilisés par une ou deux personnes qui se trouvaient dans le même périmètre géographique en Belgique.

De plus, l’homme non identifié qui a été filmé avec Abdelhamid Abaaoud à Paris a également été en relation le soir des attentats avec un autre numéro en Belgique.

Jawad Bendaoud, le logeur de Saint-Denis qui a hébergé Abaaoud, a également été en contact, dix jours avant les attentats, avec un autre numéro en Belgique. Et l’utilisateur de ce téléphone a été en relation avec un GSM belge à Charleroi dont le propriétaire a quitté Bruxelles, le jour des attentats vers 18 h 15 pour se rendre en France. A 21 h 10, il était à Saint-Denis et à 21 h 30, entre les lieux de deux des attaques des terrasses.

On y vient, donc! il y avait bien un terroriste en plus, sur place, dans Paris, ce soir-là.

En outre, les enquêteurs savent désormais qu’Ali Oulkadi, qui a retrouvé Abdeslam le 14 novembre à Bruxelles, avait eu des relations intensives avec lui avant les attentats: plus de cents conversations téléphoniques en deux mois…

Le dossier est loin d’être clos…

Déchéance de nationalité: mon Noël républicain

Avec la grotesque polémique sur la déchéance de nationalité, François Hollande offre aux Français, et plus particulièrement à certains d’entre eux (dont je suis) un cadeau de Noël tout à fait particulier.

On n’ironisera jamais suffisamment sur l’emballage minable qui l’entoure. Annoncée le 16 novembre 2015 à Versailles devant un Parlement qui avait applaudi comme un seul homme, la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux nés français a mijoté dans son cuiseur pendant plusieurs semaines avant de devenir la pétaudière qu’on connaît aujourd’hui. Je sais maintenant qu’à l’issue de l’arbitrage rendu in extremis par le Président, je suis susceptible de perdre un jour ma nationalité française au profit d’une nationalité à laquelle (mes lecteurs le savent) je ne crois pas: ma nationalité belge.

Ce petit cadeau méritait un commentaire spécifique.

Déchéance de nationalité, déchéance de la nation

Le hasard veut que cette mesure n’intervienne pas dans n’importe quel contexte ni selon n’importe quelle méthode.

Après les attentats du 13 novembre, la République avait besoin d’une proclamation forte, et elle l’a trouvée dans cette mesure proposée en son temps par le Front National. Désormais, ce ne sont plus seulement les étrangers devenus Français et qui ont conservé leur ancienne nationalité qui sont visés par la mesure, mais les Français qui cumulent depuis leur naissance une autre nationalité. Personnellement, cette extension ne me choque pas puisqu’elle manifeste une vivacité dans l’attachement à la République et à la France elle-même.

En revanche, elle fait de moi, de fait, un Français inférieur en quelque sorte. Je sais que sur moi plane la possibilité d’une mesure pénale qui ne plane pas sur d’autres Français rencontrés si souvent au hasard de mes jours. J’aurais aimé que le sens de cette mesure soit clairement expliqué et défendu par le Président de la République.

À la place de cette explication franche dont j’estime que la France m’est redevable, j’ai seulement eu droit à un gloubi-boulga politicard, à un calcul sordide pour savoir si, dans la perspective de 2017, de la réélection de François Hollande, cette mesure était ou non un élément positif. Il est de plus en plus évident que, lorsque François Hollande l’a proposée le 16 novembre, son objectif n’était pas de réagir au terrorisme mais d’instrumentaliser les attentats pour éviter une débâcle aux régionales et pour diviser la droite.

Je n’irai évidemment pas par quatre chemins: si je pense que la déchéance de nationalité pour fait de terrorisme est une bonne chose, la façon dont elle est amenée nourrit mon sentiment d’écoeurement sur l’utilisation minable qui est faite de la démocratie par la classe politique française actuelle. Soyons francs! ce qui me gêne dans cette affaire, ce n’est pas la déchéance de nationalité, mais la déchéance de la nation dont François Hollande et sa majorité deviennent chaque jour un peu plus le symbole – eux qui transforment le destin républicain en une sorte d’immense course au salon du cuir où le premier arrivé au rayon des canapés gagne 10% de réduction sur son achat final.

Me déchoir de ma nationalité ne m’enlèvera jamais mon immense amour pour la France

Pourquoi ne pas le reconnaître? Qu’un François Hollande, qui n’est pas à la hauteur de sa fonction mais ne pense qu’à briguer un second mandat, que cette clique de canailles incapables de dépasser les petits calculs partisans, s’arroge le droit de toucher à mes droits fondamentaux et mette en doute mon amour de la France est une blessure personnelle et une souffrance.

C’est idiot à dire, la larme au coin de l’oeil, mais mon attachement à la République, à la France, avec un grand « F », n’a jamais molli, n’a jamais faibli, et n’a jamais été pris en défaut.

Avant d’être reconnu comme Français, je connaissais jusque dans les moindres détails tous les uniformes de la Grande Armée – je veux dire jusqu’aux éléments distinctifs de chaque régiment. Je connaissais les maréchaux de l’Empire, et, à la manière de Fabrice Del Dongo, je vibrais en les imaginant, partis sur les champ de bataille, proclamer la liberté des peuples. Je fêtais le 14 Juillet et, dans nos villages de la principauté de Liège, nous sortions les drapeaux bleu blanc rouge pour dire notre amour de la République. J’étais incollable sur la Comédie Humaine, Julien Sorel était mon confident et il me semble bien que je pouvais réciter pas mal de tragédies de Racine.

Quand je suis arrivé à Paris, à 17 ans, ma grande surprise fut de découvrir que pas un Français « authentique » ne nourrissait pour la France et pour ce qu’elle était le dixième de l’amour que je lui vouais. Ceux-là même qui, au lycée Henri-IV, pratiquaient quotidiennement le « patriot bashing » viennent aujourd’hui de m’expliquer qu’ils sont plus Français que moi, ces bobos qui n’avaient pas de mots de mépris assez durs pour les milieux populaires, pour le petit peuple, pour la valetaille qui fait la France au jour le jour.

Depuis cette époque, pourtant, que n’ont-ils fait de la France, ces aristocrates de la République? En trente ans, le pays s’est transformé en un champ de dévastation. Les usines qui faisaient notre prospérité sont parties. Le chômage est devenu un mal endémique. La dette publique est devenue toxique. L’école maintient un jeune sur sept dans l’illettrisme. Et du sens de la responsabilité qui fit la grandeur républicaine, il ne reste plus qu’une mentalité d’assisté où l’Etat doit tout et l’individu ne peut rien.

J’ai encore en mémoire ce membre du Conseil d’Etat (proche de la majorité actuelle) qui passa un déjeuner à Bruxelles, devant un représentant de la Commission Européenne, à « casser » son pays. Quelques mois plus tard, je le vis boire du Champagne le soir où les petits capricieux de l’équipe de France nous déshonoraient en faisant grève en Afrique du Sud. Oui, j’avais honte! Honte de voir que certains portaient les épaulettes du régime pour mieux enfoncer la patrie.

Et aujourd’hui, ces traîtres à la cause publique viennent de se donner de nouvelles lettres de noblesse en se déclarant plus Français que moi… Il en faut beaucoup, de l’amour, pour ne pas partir séance tenante en claquant la porte – de cet amour inextinguible pour un pays qui fut si grand, et que de petites gens diminuent chaque jour.

Le doigt dans l’engrenage du droit du sang

François Hollande a l’esprit probablement trop préoccupé par son prochain mandat pour avoir vu que la constitutionnalisation de la déchéance de la nationalité est un vilain doigt mis dans le droit du sang au détriment du droit du sol. Là encore, cet engrenage ne me gêne pas, à condition qu’il soit clairement choisi, expliqué et maîtrisé. Il est manifeste que, pour François Hollande, ce choix est tout sauf le produit de la raison.

Soyons donc tous bien d’accord! Petit à petit, nous entrons dans un régime très « germanique » où la loi distinguera (sans le dire clairement) ceux qui ont des ascendants français et ceux qui en ont moins voire pas du tout. Cette question d’origine deviendra un critère (même sur une toute petite portion) de distinction entre les individus. Et ceux qui, comme moi, invoquent leur amour de la France pour compenser le défaut de leurs origines, le feront en vain. Leur naissance primera leur volonté d’être français.

Encore une fois, ce choix se défend et je puis l’imaginer, à condition que chacun l’ait bien compris et l’assume en tant que tel. Sur ce point, on ne m’empêchera pas d’avoir un vrai doute, mais enfin…

L’ironie hollandaise veut que cette référence implicite au droit du sang soit arbitrée la veille de Noël. Les vieux païens comme moi y voient forcément de la malice. J’aime à rappeler que l’origine étymologique de Noël est probablement plus celtique que chrétienne. En réalité, la France est le seul pays de la chrétienté à conserver une référence pré-chrétienne dans la désignation du 25 décembre. Partout ailleurs, ce jour est désigné par une référence explicite au Christ et à la Nativité. Noël fait plutôt référence à la Fête de la Lumière, qui suit le solstice d’hiver, dans le calendrier gaulois.

C’est donc le jour de la Fête de la Lumière, celle qui laisse planer un doute sur l’identité chrétienne profonde de la France, celle qui laisse entrevoir l’attachement encore plus profond des Français au monde celte, que Hollande choisit pour introduire dans la constitution un principe racial dans la construction nationale. Certains Français sont plus citoyens que d’autres parce qu’ils ont eu plus de parents français que les autres. Cette remarquable rupture avec la tradition républicaine pour laquelle l’appartenance à la nation résulte de l’expression d’une volonté ne manque pas de piquant, puisqu’elle vient d’une majorité parlementaire qui avait été élue sur la reconnaissance du droit de vote aux étrangers – promesse qu’elle s’est empressée de ne pas tenir.

Le jour où François Hollande réunira le Congrès pour faire adopter ce texte, je lui suggère de remplacer les faisceaux de licteurs républicains, hérités de notre belle Révolution, par des croix runiques. Le cortège des parlementaires pourrait même être conduit par des druides portant du gui cueilli dans la forêt des Carnutes.

Le populisme imbécile de la majorité

On voit bien que la déchéance de la nationalité est un simple coup électoraliste qui touche à des vérités fondamentales de la Nation, sans prendre la mesure de ce que signifie ces déplacements tectoniques. Lorsque, le 16 novembre, Hollande l’a évoquée, il n’a manifestement pas compris qu’il commençait à jouer dangereusement avec le feu de la démocratie. Le fait qu’il inscrive cette mesure dans la Constitution en même temps que l’état d’urgence montre que, pour être réélu, il serait prêt à tout, y compris à balayer les libertés publiques.

Cette attitude clownesque est le propre d’une caste qui se prend au sérieux. Hollande et sa majorité n’ont jamais de mots assez durs contre le populisme. En réalité, tout dans cette majorité transpire, suinte, exsude le populisme du plus bas étage. Non seulement, le gouvernement fait l’éloge de l’exonération d’impôts pour flatter un peuple qu’il méprise, mais il est aujourd’hui prêt à servir les pires soupes idéologiques, les pires ragoûts raciaux pour garder le pouvoir.

Je ne sais aujourd’hui qu’une vérité sur ce pays que j’aime tant: il est trop grand pour les gens qui le gouvernent, trop éternel pour les ludions qui lui sucent le sang comme la vermine sur le dos des zébus dans les rizières, trop mystérieux pour ces marchands de tapis qui le coulent jour après jour.

Les derniers coups de force européens passés inaperçus

Un Conseil européen s’est tenu à Bruxelles jeudi et vendredi dernier. Il a amené son lot de surprises dans une actualité surchargée. Plusieurs coups de force sont passés inaperçus. Ils méritent pourtant bien d’être signalés, tant le divorce est béant entre l’apparente désillusion des peuples et les décisions prises en catimini dans contrôle démocratique.

Le texte du Conseil européen

Commençons par le commencement: voici le texte à décoder.

Ce texte relativement foisonnant et long procède à quelques coups de forces retentissants.

La Turquie, kapo suprême du stalag européen

Le Conseil européen rappelle et réitère l’absurde stratégie dite de « hotspots », c’est-à-dire de camp de réfugiés, en Turquie et en Grèce. Alors que la Grande-Bretagne fait majoritairement le choix d’aider les camps de réfugiés près de la frontière syrienne, l’Europe incite ces réfugiés à se rendre en Turquie où ils seront enregistrés, identifiés (vaille-que-vaille) puis triés pour les commandos de travail. Cette politique donne un rôle essentiel et même critique dans la maîtrise des flux migratoires vers l’Europe. On sait, dans la foulée de l’enquête sur les attentats du 13 novembre, que ces flux servent aussi à déstabiliser les démocraties, et spécialement la France, puisqu’ils facilitent l’acheminement de tueurs islamistes dans l’espace Schengen. Les nombreux voyages d’Abdeslam vers les frontières où les migrants passaient l’ont prouvé.

européens

Pourquoi l’Europe persévère-t-elle dans cette politique dangereuse (et dénoncée comme telle par ce blog depuis 4 mois)? Parce que l’Allemagne a besoin de son lot de main-d’oeuvre qualifiée mais peu chère, et elle a délégué à la Turquie le rôle de recruteur du camp, comme, en leur temps, les kapos.

La création de garde-côtes européens

Le même Conseil européen décide de créer un corps européen de garde-côtés, chargé du contrôle des frontières de Schengen. On est heureux d’apprendre la création de cette force auxiliaire sans aucun débat avec les populations européennes. Dans la pratique (et pour que les choses soient bien claires) ce corps de garde-frontières transfère à une force dirigée par Bruxelles le contrôle des frontières nationales pour les pays des marches continentales.

Voici un beau transfert de souveraineté qui n’émeut personne, semble-t-il.

Mise en place du PNR

Le Conseil européen a également décidé d’accélérer l’adoption et la mise en oeuvre de la directive PNR, ainsi que son extension à l’ensemble des vols intra-européens. Plus un passager ne pourra voyager entre Berlin et Vienne ou entre Amsterdam et Paris sans faire l’objet d’un fichage international, qu’il soit soupçonné de terrorisme ou non.

Le retour des contrôles aux frontières

Le Conseil Européen a préconisé le retour des contrôles systématiques d’identité aux frontières, y compris pour les ressortissants de l’Union Européenne. Voilà qui sent le roussi pour Schengen.

L’Europe de la finance

Le Conseil a également réaffirmé sa volonté d’achever l’Union Economique et Monétaire par la mise en place de l’Union bancaire, ainsi que par la mise en place d’une gouvernance budgétaire de l’Union. Un point d’étape devrait être réalisé sur ce sujet en juin 2016.

Le TTIP

Le Conseil a réaffirmé son intention d’aboutir rapidement sur le TTIP. L’objectif affiché est d’aboutir à un accord dans les meilleurs délais.

Discussion sur le Brexit en février 2016

Le texte prévoit une discussion au conseil de février sur les aménagements que les Européens accepteraient pour éviter un referendum sur le « Brexit ». L’Allemagne serait à la manoeuvre sur ce sujet et s’opposerait toujours à l’interdiction des allocations en Grande-Bretagne pour les migrants ayant moins de 4 ans d’ancienneté sur le territoire.

Soutien à la politique américaine en Syrie

Le texte se termine par un appel au départ de Bachar El-Assad et un soutien de fait à la politique américaine en Syrie.

North Stream suspendu

On notera que les anciens pays d’Europe de l’Est se sont opposés à la validation du projet North Stream, qui vise à alimenter l’Allemagne en gaz russe sans passer par chez eux. Ce projet est perçu comme une main tendue à la Russie et comme une mise en cause de l’indépendance énergétique (très théorique) de l’Union.

européens

Bruits de bottes et sédition en Pologne

Enfin, on rappellera que ce sommet s’est tenu dans un contexte de tension avec la Pologne et en Pologne elle-même. Le gouvernement nouvellement élu suscite en effet des scissions internes avec sa politique de reprise en main du Tribunal Constitutionnel. En outre, l’armée polonaise semble avoir délogé par la force un centre de renseignement de l’OTAN.

Les tensions sont donc extrêmement fortes dans les pays de l’Union, avec des gouvernements qui font la sourde oreille à la situation et imposent en catimini de nouveaux transferts de souveraineté.

Hollande va-t-il cacher ses échecs sous le Tapie?

Bernard Tapie a eu la bonne idée d’annoncer son retour en politique. Voilà enfin un vent de fraîcheur sur la pays, dont le pays a bien besoin: Tapie, 72 ans, formé sous Mitterrand, ministre sous Mitterrand, l’homme du vingtième siècle par excellence, nous la joue Juppé et consors sur le mode du « je suis indispensable pour le pays ». Ce n’est évidemment pas comme si la France croulait sous ces vieilles barbes qui ont, année après année, construit la dette, le déficit, l’abandon de l’esprit public, à force d’immobilisme et de foutage radical de gueule vis-à-vis du Français moyen qui est forcément poujadiste et raciste. Vu le nombre de jeunes en politique, et spécialement de jeunes qui renouvellent le débat public avec une vision différente, le retour de Tapie ne pouvait sonner que comme une bonne nouvelle.

Tapie et le retour des emplois aidés

Pour assurer son come-back, Tapie propose une solution de derrière les fagots: rendre illégal le chômage des moins de 25 ans. Miam! voilà une idée qui sent déjà le déficit public, le contrat aidé, la subvention financée par les entreprises qui créent de la valeur pour cocooner des gamins qui trouvent que les salaires sur le marché du travail sont trop bas et l’exigence de l’employeur trop élevée.

La recette pour ces emplois est bien connue, et fut en son temps abondamment utilisée par Martine Aubry: on crée des postes plus ou moins bidons mais subventionnés par le contribuable. Au bout de cinq ans, le jeune peut se prévaloir d’une expérience professionnelle où il a de fait acquis des compétences. Malheureusement, il n’a rien de vu de ce qui fait la difficulté du marché de l’emploi: la concurrence et la compétitivité, deux sujets qui sont au coeur du défi auquel les entreprises sont confrontées.

Il faut l’insoutenable légèreté du vieillard, du vieux beau égo-centré, pour imaginer que les vieilles casseroles feront les bonnes soupes des générations à venir.

Tapie et François Hollande

On s’étonnera forcément du calendrier que Bernard Tapie a choisi. Quelques jours après l’annulation de son arbitrage, et quelques jours après des régionales qui furent, quoiqu’on en dise, un sacré avertissement pour la gauche. Il est de plus en plus évident que, pour François Hollande, l’exercice de rassemblement à gauche n’aura de sens (pour sa réélection) qui si et seulement si il est accompagné d’un ratissage à droite, notamment en prévision du second tour des présidentielles.

Dans l’hypothèse d’un second tour qui opposerait Marine Le Pen à un candidat de droite, il est à peu près acquis que Marine Le Pen serait battue. Dans l’hypothèse où François Hollande se retrouverait au second tour, la donne serait très différente. Soit Hollande devrait affronter un candidat de gauche, et il sait que la réserve électorale se trouve à droite. Le soutien d’un Bernard Tapie serait alors bien utile. Soit Hollande se trouve face à Marine Le Pen, et le soutien du gouailleur Bernard Tapie serait bien utile aussi. Dans tous les cas, un François Hollande aurait bien besoin du soutien de Bernard Tapie.

Un Tapie, deux possibilités

Restent donc deux hypothèses pour comprendre la très improbable annonce de Tapie.

Hypothèse n°1: Tapie est parti tout seul et la joue Matamore. Le calcul peut être simple: « je vais les emm… tous » et leur piquer des voix. Dans ce cas de figure, on se dira forcément que Tapie se dit que Hollande pourrait lui tendre la main pour qu’il retire sa candidature – calcul courant à gauche. Une contrepartie pourrait concerner un arbitrage favorable sur son dossier personnel.

Hypothèse n°2: le deal est déjà passé, et Tapie y va avec le soutien de Hollande qui refait le pari de Mitterrand.

L’avenir nous le dira et ne tardera pas à le dévoiler. Avec une seule inconnue: Tapie est-il de taille à faire gagner ou perdre qui que ce soit en 2017…

 

Bataclan, Abdeslam: encore des failles dans les services français

L’attaque du Bataclan, durant ce funeste 13 novembre, était-elle prévisible et évitable? Après les révélations du Canard Enchaîné  sur la préparation d’un attentat contre cette salle de spectacle, Mediapart vient d’en rajouter une louche en montrant clairement les liens intimes entre les inspirateurs de 2010 et les exécuteurs de 2015.

2010: la mouvance radicale, déjà!

En 2010, des menaces pèsent sur le Bataclan. Elles donnent lieu à l’incarcération préventive d’un certain Farouk Ben-Abbes décidée par le juge anti-terroriste Teissier en octobre 2010. Les circonstances de cette mise sous écrou sous extrêmement claires et ne laissent planer aucun doute sur les intentions de la mouvance qui a frappé en 2015.

Tout commence, selon Mediapart, par l’attentat du Caire de 2009 qui vise un groupe de lycéens français en vacances. Une jeune fille décède. La police égyptienne arrête sept suspects, dont le belgo-tunisien Farouk Ben-Abbes et une franco-albanaise du nom de Dude Hoxha. Celle-ci tient un journal intime où elle expose longuement le projet d’attentat de Ben-Abbes contre le Bataclan.

Dès 2010, la justice anti-terroriste sait donc que le péril existe.

Le 26 mai 2011, les services belges de renseignement transmettent aux services français une note indiquant que Farouk Ben-Abbes s’est installé en 2007 en Egypte pour apprendre l’arabe. Il y a rencontré les frères Clain, dont l’un a prêté sa voix à la revendication des attentats du 13 novembre. En 2008, il s’est rendu à Gaza pour rencontrer le responsable d’Al-Qaïda en Palestine.

Quelques semaines après son incarcération en Belgique, la justice française savait donc que Ben-Abbes était un élément d’une mouvance radicale qui préparait des attentats sur le sol français, dans la configuration du 13 novembre.

Encore des ratés des services

Finalement, Ben Abbes bénéficiera d’un non-lieu. L’affaire montre en tout cas, une fois de plus, que les services français disposaient d’éléments très précis sur la préparation des attentats du 13 novembre. Dans le cas du Bataclan, l’opération se justifiait aux yeux des islamistes par la confession du propriétaire de la salle. Plus qu’aucun autre endroit, les services français pouvaient donc imaginer que, après l’attentat contre Charlie Hebdo, le Bataclan constituerait une cible potentielle.

Selon les témoignages recueillis sur la soirée du 13, les services de police ont pourtant découvert ce soir-là non seulement la configuration des lieux, mais la vocation même de la salle. Un témoin de la rue du Faubourg-du-Temple interrogé par mes soins m’a même dit avoir entendu le commissaire qui intervenait à la Bonne Bière demander à ses troupes si le Bataclan était une discothèque.

Abdeslam contrôlé trois fois le 14 novembre

On rappellera par ailleurs l’information déjà relayée sur ce blog: Abdeslam, après ses forfaits, est rentré en Belgique par l’autoroute. Durant son voyage, il a subi trois contrôles de police, dont un où les agents l’ont trouvé suffisamment suspect pour lui faire confesser qu’il était sous l’emprise de la drogue, et un autre où il a décliné son identité. Autrement dit, le contrôle aux frontières mis en place dans la foulée des attentats n’a pas empêché le « dixième » terroriste, selon ses dires, de quitter le territoire.

Les medias subventionnés adorent répéter que, à cette occasion, Abdeslam n’était pas signalé comme suspect. Il était donc normal que la police le laisse circuler. Personnellement, j’ai du mal à avaler l’argument, du même ordre que le contrôle de Coulibaly une semaine avant les attentats de Charlie Hebdo, à l’issue duquel il a pu repartir sans être inquiété. Il est troublant de voir qu’à de si nombreuses reprises les terroristes avérés ont eu affaire aux services de police sans que rien ne se passe.

Nous avons tous bien entendu dans la bouche de Bernard Cazeneuve, soucieux d’avoir la paix avec ses troupes, que les services n’avaient commis aucune faute et que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous l’avons même entendu dire que, en espionnant tous les Français, tout irait encore mieux. Mais, tôt ou tard, les incantations ne suffiront plus. Il se trouvera bien une famille pour attaquer l’Etat, et spécialement la police, sur son défaut de responsabilité dans le suivi des terroristes.

Depuis l’abandon de la surveillance permanente de Charlie Hebdo jusqu’à l’échappée d’Abdeslam, sans compter les dysfonctionnements antérieurs, on ne compte plus les situations où le renseignement a échoué à protéger la sûreté de la République. Tout cela mériterait une enquête indépendante comme celle que Cazeneuve avait réclamé en son temps sur l’affaire Karachi.

Abdeslam confirme la piste de la 4è équipe le 13 novembre

Salah Abdeslam confirme, au nez et à la barbe de la police française, la piste de la 4è équipe dont les lecteurs assidus de ce blog sont désormais familiers. Reste à savoir pour quelle raison la lumière n’est pas faite sur ce point.

Abdeslam et les 10 terroristes

Selon le Parisien, Abdeslam a tenu des propos éloquents auprès de ceux qui l’ont ramené en Belgique dans la nuit qui a suivi les attentats du 13 novembre.

Salah se vante d’avoir abattu des gens à la kalachnikov, ajoutant que son frère Brahim s’est fait exploser et que lui, le seul survivant, est le « dixième » terroriste. Soucieux d’éviter les contrôles policiers, Salah Abdeslam enjoint à ses convoyeurs d’emprunter les petites routes, mais le trio se perd et retrouve l’autoroute de Belgique. Ils n’évitent donc pas les barrages et subissent pas moins de trois contrôles, en France.

Alors reprenons nos calculs.

3 terroristes se font exploser au Stade de France.

3 terroristes attaquent le Bataclan.

Il reste donc, de l’aveu d’Abdeslam à ses amis, 4 terroristes qui agissent. Cela nous fait bien 2 tueurs pour le Petit Cambodge et la Bonne Bière, et deux autres tueurs pour la Bonne Equipe.

Deux terroristes encore en liberté

Le problème est évidemment que, selon les calculs officiels, il n’y a que 8 terroristes morts: les trois du Stade de France, les trois du Bataclan, Brahim Abdeslam qui s’est suicidé au Comptoir Voltaire, et Abaaoud, qui a été abattu dans l’assaut de Saint-Denis.

Restent donc Salah Abdeslam et un deuxième terroriste toujours en fuite.

Qui était-il?

Précisons que, selon l’information ci-dessus, Salah Abdeslam se vante d’avoir participé aux fusillades. Ceci exclut donc là encore la version officielle retenue à ce stade selon laquelle Salah aurait convoyé les terroristes de Saint-Denis et serait revenu ensuite à Paris déposer la Clio place de Clignancourt. Si l’on se fie aux témoignages des comparses qui ont convoyé Abdeslam, celui-ci était, à cette heure-là, dans Paris, en train de tirer sur la foule.

Il était donc probablement accompagné du terroriste manquant.

Cette affaire est décidément loin d’être élucidée.

Hollande, le dangereux pyromane de la démocratie

Hollande voudrait saper définitivement les institutions de la Vè République qu’il ne s’y prendrait pas autrement. À moins qu’il ne soit complètement aveugle et que, jusqu’au dernier jour, il ne vive dans l’illusion que les détestables pratiques acquises sous Mitterrand puissent continuer indéfiniment comme si rien ne changeait dans le pays.

Hollande et la nationalité

On se souvient qu’à Versailles, le lundi suivant les attentats, François Hollande avait réuni le Parlement en Congrès pour faire un discours qui apparaît aujourd’hui comme un vaste bla-bla. À trois semaines des élections régionales, le Président de la République avait profité de l’émotion suscitée par la Terreur pour endosser des propositions qui faisaient et font frémir la gauche, comme la déchéance de nationalité pour les auteurs binationaux d’actes terroristes.

Il est très probable que ce discours salué par ses opposants aient modifié la donne aux régionales. En reprenant notamment cette proposition du Front National, François Hollande a coupé l’herbe sous le pied de la droite et envoyé un signal fort aux électeurs nationalistes.

Hollande et son calcul à trois balles

Rétrospectivement, on comprend clairement que cette annonce était purement hypocrite et que François Hollande comptait bien sur le Conseil d’Etat pour lui faire barrage. Le calcul était simple: convaincu, comme beaucoup à gauche, que la Constitution est l’ennemie des propositions du Front National, il n’avait aucun doute sur le refus que ses fidèles juges administratifs, dont ses cabinets regorgent, ferait le sale boulot.

Le coup ressemble à un succédané de mitterrandisme: je dis politiquement oui, mais je sais que techniquement ce sera non. Donc je promets de raser gratis.

Hollande ne tient pas le Conseil d’Etat

Patatras! Il y a des limites à tout, même à l’instrumentalisation politique du Conseil d’Etat. Après avoir rendu une réponse à une question prioritaire de constitutionnalité sur les assignations à résidence pleine d’avertissements sur la fin de la plaisanterie, le Conseil d’Etat s’est rebellé contre le mauvais usage que le Président fait de lui. Ses membres ont en effet considéré, dans le cadre de l’avis qu’ils doivent donner avant tout vote d’une loi, que le déchéance de nationalité était conforme aux principes constitutionnels dès lors qu’elle était inscrite dans la Constitution (ce qui était l’objet même du texte), mais que l’état d’urgence ne pouvait être prolongé automatiquement, comme le proposait le gouvernement.

Le petit calcul de François Hollande a donc échoué: voilà notre Président obligé de faire face à ses responsabilités et contraint à faire ce qu’il a dit.

Hollande et le rétropédalage

En homme d’Etat, Hollande pourrait expliquer (et il y trouverait un écho populaire) que la déchéance de nationalité pour fait de terrorisme est un symbole fort qu’il envoie aux enfants issus de l’immigration dont une minorité est tentée par un soutien à l’Etat Islamique, voire par une participation active au Jihad. Il pourrait choisir de dire: on ne peut être Français et combattre la France.

Mais François Hollande n’est pas un homme d’Etat, c’est un homme de calcul. Il a proposé la déchéance de nationalité pour éviter une déroute aux régionales, légitimer sa candidature à sa propre succession en 2017 et affaiblir la droite traditionnelle à l’approche du scrutin. Face au passage à l’acte, il ne cherche pas à porter le flambeau d’une mesure qui indispose son camp, il rétropédale. Tous les arguments sont désormais utiles pour expliquer que la déchéance de nationalité, ce n’est pas si bien que ça. Vérité le lendemain des attentats, erreur le surlendemain.

Hollande et les mesures efficaces

Le principal argument utilisé pour justifier l’abandon en rase campagne de la déchéance de nationalité est celui de l’efficacité: pas la peine de faire une révision constitutionnelle pour quelques gugusses à peine. Cela ne serait pas convenable. Il faut bien entendu comprendre, derrière cet argument: pas la peine de mettre la majorité parlementaire (qui représente désormais moins de 20% des électeurs réels) à feu et à sang à un an et demi des présidentielles pour quelques terroristes dont tout le monde se tamponne.

Les familles, amis, proches, des 130 victimes du 13 novembre apprécieront. Les 7 millions de Français qui défilaient le 11 janvier, s’ils se souviennent encore du pourquoi de leurs défilés, aussi.

Hollande et la fin de la parole politique

Ce que François Hollande (pas plus que son entourage d’ailleurs) ne semble pas mesurer, c’est l’extrême lassitude de l’opinion vis-à-vis de ces calculs minables. Si une leçon est à retenir des élections régionales, c’est que l’opinion est totalement désabusée par la politique, et exaspérée par ces effets d’annonce totalement étrangers à l’intérêt général.

On dit que François Hollande, pour échapper à la solitude du pouvoir, s’invite régulièrement dans des dîners en ville, chez des journalistes du microcosme. C’est probablement son principal problème. François Hollande n’est pas le Président de la République française, il est le Président du microcosme parisien, celui qui peut passer un dîner entier à débattre de choses futiles pour le plaisir du débat, celui qui est obsédé par les principes de la bonne éducation bourgeoise: ne pas parler trop fort, ne pas être trop radical, ne pas être populiste, mépriser les pauvres mais en dire du bien, mépriser les travailleurs manuels mais en dire du bien, mépriser les immigrés mais en dire du bien, toute cette épaisse couche de conventions qui dissimulent un immense égoïsme et une rupture profonde, savamment cultivée, avec le pays.

François Hollande est trop coupé des réalités, comme Lionel Jospin le fut en son temps, pour comprendre que ce mal-là lui jouera un vilain tour… un tour qui pourrait bien entraîner des dommages collatéraux pour la parole politique et pour la démocratie elle-même.

Poutine impose l’ordre russe au Moyen-Orient

Poutine est-il le véritable maître du monde? Les dernières évolutions en Syrie montrent, en tout cas, que la Russie est parvenue à imposer sa vision du monde aux Etats-Unis et à l’Arabie Saoudite. Derrière les vociférations anti-Poutine des médias subventionnés, c’est bien une défaite en rase campagne que l’Occident vient d’essuyer en Syrie.

Poutine a finalement sauvé Assad

On se souvient que Barack Obama n’avait, en Syrie, qu’une seule idée en tête: remplacer Bachar Al-Assad par un régime sunnite piloté depuis l’Arabie Saoudite. Dans sa grande vision diplomatique digne des plus grands rois de France et du général De Gaulle, François Hollande avait d’ailleurs épousé cette même vision, stimulé par quelques ventes de Rafale aux Etats du Golfe. Que ne vendrait-on pas pour enrichir la famille Dassault?

Poutine

Les mauvaises langues soutiennent d’ailleurs que les Etats-Unis et la France n’ont pas hésité à armer l’Etat Islamique, à ses débuts, pour tailler des croupières au président syrien. Là encore, cette politique très inspirée a permis de nourrir un monstre qui a fini par arracher les barreaux de sa cage.

Cette nuit, le Conseil de Sécurité a voté une résolution prévoyant des pourparlers de paix entre Assad et l’opposition, sauf les mouvements terroristes. Si, officiellement, la Russie se dit ouverte à un départ d’Assad après une période transitoire, les Etats-Unis et la France ont manifestement abandonné le préalable, posé jusqu’il y a encore quelques semaines, d’un départ de Bachar.

Poutine piétine l’Arabie Saoudite

Depuis plusieurs semaines, John Kerry s’agite à Vienne pour recoller les morceaux entre tout le monde. Cette agitation a donc servi à quelque chose: la voie est ouverte pour un règlement négocié à la question syrienne. En même temps, elle illustre la perte d’influence de l’Occident au Moyen-Orient: les Etats-Unis veulent négocier avant que la Russie n’ait définitivement imposé, sur le terrain, un rapport de force qui lui est favorable et qui permette de rétablir le régime d’Assad par une défaite militaire complète de « l’opposition ».

Le grand perdant de cette opération est évidemment l’Arabie Saoudite, qui tente désespérément de sauver ses billes sur le terrain. Non seulement les Saoudiens ont cherché à unifier l’opposition syrienne hors Daesh en organisant une conférence à Ryiad, mais ils ont tenté de monter une alliance militaire islamiste de bric et de broc pour résister à la reprise en main du territoire par l’armée syrienne épaulée par les Russes.

Poutine

Pour Poutine, la prochaine étape consiste bien entendu à étouffer les mouvements islamistes soutenus par l’Arabie Saoudite et la Turquie pour créer un rapport de force totalement favorable sur le terrain et ainsi mieux négocier. La manoeuvre est triple. Premièrement, l’aviation russe bombarde sans relâche l’opposition syrienne (80% des raids russes les visent, 20% seulement visent Daesh). Deuxièmement, les négociateurs russes et iraniens ont d’ores et déjà indiqués qu’ils refuseraient que les mouvements terroristes islamistes participent aux négociations de paix. Cet anathème devrait notamment viser le mouvement Ahrar al Cham qui a jugé que la conférence de Ryiad n’avait pas assez mis en avant « l’identité musulmane » du peuple syrien, et qui est le mouvement le plus puissamment armé sur le terrain. Troisièmement, la Russie devrait couper les bases arrières de ces mouvements en exigeant la fermeture de la frontière turco-syrienne.

Poutine profite de l’affaiblissement militaire de Daesh

Ces évolutions n’auraient évidemment pas été possibles sans un affaiblissement militaire manifeste de Daesh.

L’Etat Islamique vient de rater coup sur coup deux contre-attaques lancées récemment. L’une avait lieu dans le nord du pays. Ce sont les Kurdes qui l’ont repoussée. L’autre avait lieu du côté irakien, à Ramadi.

Après avoir semé la destruction partout où il est passé, notamment à Mossoul où toute présence chrétienne a disparu, l’Etat Islamique commence à envisager sérieusement sa défaite totale. Son installation à Syrte, en Libye, est bien connue. Face à la possible résistance occidentale à cet essaimage, il commence à préparer le terrain en Afghanistan.

Tout ceci annonce donc un balayage en beauté et explique largement que, face à la débâcle de l’EI, manifestement appauvri, l’alliance contre-nature arabo-occidentale cherche à négocier rapidement une sortie par le haut face à un Poutine qui avance sur le terrain et menace de ruiner tous les efforts anti-Assad menés depuis cinq ans.

Poutine face à l’Europe

Dans ce contexte d’évidente victoire russe, l’Europe joue les toutous vassaux des Etats-Unis. L’Union a annoncé l’absurde prorogation des sanctions économiques contre la Russie dans l’affaire ukrainienne. Rappelons que ces sanctions frappent durement la filière viande française au profit des filières allemande, irlandaise et hollandaise. Mais le poids de l’agriculture française ne semble pas soucier le gouvernement français. Seuls les Italiens cherchent à tempérer la lutte anti-russe en Europe.

L’Allemagne a d’ailleurs décidé de pousser son avantage dans les relations avec la Russie, en proposant la réalisation du gazoduc North Stream, qui lui profite, après avoir bloqué la projet South Stream, qui profitait à l’Italie. Décidément, Angela Merkel est vraiment incapable de pousser l’intérêt européen au-delà du bout de son Lebensraum.

Le naufrage français grâce à Hollande

Pour François Hollande, cette trame d’événements constitue un naufrage complet. Non seulement il n’est pas parvenu à monter sa coalition anti-Daesh, mais la France n’existe plus en Europe sur le dossier russe.

Nous sommes décidément tombés bien bas. Vivement que ce régime disparaisse…

 

Attentats du 13 novembre: les infos qui vous manquent

L’enquête sur les attentats du 13 novembre continue. Voici quelques informations peu ou mal relayées en France. Un petit rappel n’est donc pas inutile.

Les Belges ont-ils raté Salah Abdeslam?

La polémique n’en finit pas après les propos maladroits du ministre de la Justice belge, le flamand Koen Geens, qui a glissé que la police fédérale avait raté Salah Abdeslam le lundi suivant les attentats. Selon toute vraisemblance, l’affaire tient de l’ubuesque typique de la Belgique.

Il est très probable ou plausible que Salah Abdeslam se soit réfugié, après les attentats, dans une maison laissée vide par une famille partie faire le Jihad en Syrie. Cette maison se trouvait au 47, rue Delaunoy à Molenbeek (commune de la proche banlieue bruxelloise désormais mondialement connue comme zone de non-droit occidental). Les enquêteurs auraient « logé » le suspect la veille au soir, mais ont respecté la législation belge en matière de perquisition: rien avant 5 heures du matin.

La police belge s’est ensuite livrée à un calcul d’une complexité impressionnante: sachant que les terroristes ont coutume de se réveiller à 4h50 pour pouvoir riposter en cas de perquisition, qu’à 5 heures la mosquée située dans la même rue accueillerait des fidèles qui risquaient de prendre des balles perdues, qu’aux alentours de 8 heures, les enfants se rendraient à l’école… la police n’a perquisitionné qu’à 10 heures du matin.

Entretemps, Salah Abdeslam se serait fait la malle (dans tous les sens du terme!), probablement dans une simulation de déménagement et dans une camionnette conduite par Lazez Abraimi, toujours en détention en Belgique. Selon des médias belges, toutefois, la camionnette a été fouillée ce jour-là, et la police n’y a rien trouvé!

Bien joué, les Belges!

Combien de migrants Abdeslam a-t-il convoyé?

La police autrichienne a procédé à deux arrestations la semaine dernière. Manifestement, ces deux suspects, l’un pakistanais, l’autre algérien, disposant de faux passeports syriens, avaient pénétré l’Union Européenne le 3 octobre par l’île grecque de Léros en même temps que les deux kamikazes du stade de France dont l’identité est toujours inconnue.

On apprend à cette occasion que Salah Abdeslam a effectué une véritable noria entre les Balkans et la Belgique pour convoyer des migrants. Il est sûr qu’il a effectué un voyage entre la frontière serbo-hongroise et la Belgique le 9 septembre. Durant le même mois de septembre, il aurait effectué une autre rotation entre la gare de Budapest et la Belgique.

Combien de voyages a-t-il exactement effectué? Combien de migrants a-t-il ramené avec lui?

L’attaque du Bataclan enregistrée

La police française dispose désormais d’un enregistrement sonore complet de l’attaque du Bataclan par les trois terroristes se revendiquant de l’Etat islamique. Cette pépite « glaçante » montre que les tirs sur le public se sont arrêtés à l’arrivée de la BRI. Voilà qui nuance donc fortement les reproches adressés à la police sur ses retards dans l’intervention et dans l’assaut.

Les terroristes semblent d’être appelés par leurs prénoms durant l’assaut.

L’impunité d’Abdelilah Ziyad

Le mentor de l’un des kamikazes du Bataclan, un imam de 57 ans appelé Abdelilah Ziyad, continue à prêcher dans les mosquées, sous des identités différentes. Selon France 2, l’intéressé prêchait à Troyes sous le nom d’Abdelkrim. Mis en examen par le juge Trévidic pour sa participation à un attentat au Maroc, l’intéressé semble bénéficier d’une véritable impunité en France.

On se souvient qu’il entraînait militairement un groupe de jeunes du côté de Chartres, tous mis sous surveillance… sauf celui qui est devenu terroriste.

 

Comment Bartolone a encore roulé la République dans la fange

Bartolone est, avec Cambadélis, une incarnation de ce que la politique comporte de pire, et de ferments génétiquement modifiés pour un basculement de la démocratie vers un autre chose répugnant. Si Manuel Valls veut donner quelque crédit à l’extension de son domaine politique au-delà des frontières du PS, il lui appartient désormais de retirer au président de l’Assemblée Nationale les investitures qui lui permettent de faire campagne.

Bartolone démissionne du conseil régional

Bartolone a annoncé hier qu’il démissionnait de son poste de conseiller régional. Autant ce geste aurait eu « de la gueule » si Bartolone avait gagné et cédé la place à des plus jeunes, autant il ressemble aujourd’hui à un geste de mépris supplémentaire pour la démocratie: j’ai perdu, donc je m’en vais pour ne pas perdre mon temps dans un poste secondaire.

Il sera en tout cas parti juste avant l’élection de Valérie Pécresse à la présidence de région.

Officiellement, la démission de Bartolone permet à Corinne Bord, vice-présidente sortante et en 8e position sur la liste de Seine-Saint-Denis, de reprendre un poste d’élue. Mais là encore, l’argument est navrant: dans la démocratie selon Bartolone, les postes d’élus s’échangent comme à la foire aux bestiaux de Brive-la-Gaillarde.

Bartolone l’imposteur absolu

Faut-il rappeler que Bartolone est sorti du bois il y a six mois pour éviter une primaire entre les candidats socialistes en Ile-de-France, et spécialement entre Marie-Pierre de la Gontrie et Jean-Paul Huchon, tous deux sortants. À l’époque, Bartolone s’était présenté comme le candidat du rassemblement (entendez: celui qui évite aux militants de choisir leur tête de liste, on voit bien à quoi fait référence la notion de rassemblement) donnant une chance aux socialistes de garder la région.

En fait de rassemblement, on sait que Bartolone ne l’a pratiqué qu’au second tour des régionales en rattrapant des candidatures qui se sont montrées très virulentes à l’encontre du PS, qu’il s’agisse des écologistes ou du Front de Gauche. Cette manoeuvre de dernière minute ne lui a guère permis d’être élu.

Qui plus est, le rassemblement ne s’est pas seulement arrêté aux portes du PS. Il s’est aussi arrêté aux portes de la laïcité. Durant la campagne, Bartolone a multiplié les petites phrases communautaristes qui donnent une large image de la République pratiquée par l’intéressé pour des motifs purement électoralistes.

Bartolone et la farce de l’acclamation

Mimant la vertu en politique, Bartolone s’est même offert le luxe, après sa défaite dimanche dernier, de faire semblant de démissionner du perchoir en remettant son mandat entre les mains des députés socialistes! Quelle grosse blague! On apprenait hier les résultats d’une procédure cousue de fil blanc: les députés socialistes ont réélu Bartolone par acclamation. On rêve…

Selon une députée anonyme, l’acclamation dispense d’un vote formel.

Là encore, les postures de Bartolone ne sont qu’une façon de traîner la République dans la boue. Je vous fais croire que je suis un démocrate, mais j’esquive un vote à bulletin secret.

Valls doit clarifier les positions

Comment, dans ces caricatures de démocratie, peut-on imaginer un seul instant que les déclarations officielles sur « le message de dimanche est entendu », « nous allons faire de la politique autrement », soient un minimum sincères? Il est évident que les grandes sérénades gouvernementales (présidentielles comprises) sur la lutte contre le chômage main dans la main avec Raffarin et Xavier Bertrand ne sont qu’une dissimulation. Elles cachent une simple volonté de garder le pouvoir pour faire « comme avant ».

Sans une prise de distance claire et carrée avec ces pratiques anciennes, le Premier Ministre ne réussira rien d’autre qu’à accroître le rejet du système.

Le symbole malheureux de la fraternisation

Hier, François Hollande et Xavier Bertrand se sont retrouvés à Neuville-Saint-Vaast, pour l’inauguration d’un monument célébrant la fraternisation entre les soldats français et leurs ennemis allemands en 1915, durant les fêtes de Noël. Le symbole est particulièrement cruel, puisque cette fraternisation n’a non seulement pas permis d’éviter la guerre, mais la défaite de l’Allemagne qui s’en suivit a ouvert la voie au nazisme.

Et c’est bien le sujet que nous avons aujourd’hui: la fraternisation à laquelle on assiste est-elle juste une posture pour se donner bonne conscience autour du volcan, ou l’expression d’une volonté sincère de changer le système?

Chacun connaît déjà, malheureusement, la réponse.