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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

RSI: torture chinoise pour les indépendants

Le RSI ne fonctionne pas, et Manuel Valls ne bouge pas le petit doigt pour remédier à la situation. Alors qu’une réforme était annoncée la semaine dernière… finalement, le Premier Ministre s’est contenté, parallèlement à la mise en place d’un comité bidon pour observer la dégradation de la situation, d’annoncer quelques mesurettes qui équivalent à un statu quo.

Les mesurettes du RSI

L’inaction du gouvernement face au sinistre qui menace les indépendants est très impressionnante à voir!

Les mesures annoncées en conseil des Ministres, cette chambre d’enregistrement digne de l’Ancien Régime dont l’obsolescence est dépassée de longue date, se situent toutes à la périphérie des problèmes: suppression de la pénalité pour déclaration erronée, amélioration de l’accueil téléphonique, accélération des régularisations, etc. Bref, on resserre les boulons de la machine, mais on ne touche surtout pas au moteur.

Pourtant, les scénarios de réforme sont connus, dont un, la liberté d’affiliation, effraie forcément le gouvernement.

L’inaction comme principe de gouvernement

Tributaire de la vieille doctrine selon laquelle il n’est de problème qu’une absence de solutions ne permette de résoudre, Manuel Valls a préféré freiner les ardeurs de son ministre Macron sur le sujet en bottant en touche. Ni libération des entrepreneurs, ni absorption par le régime général. On se contente d’attendre, en espérant que ça aille mieux demain et que la crise se tasse d’elle-même. Il y a peu de chances pour que ça marche, mais essayons quand même.

Il faut dire que, dans l’équipe gouvernementale, peu de gens doivent vraiment comprendre de quoi il s’agit, et peu de gens doivent avoir de l’empathie pour les souffrances endurées par ces petits patrons partis de rien.

L’hécatombe des entrepreneurs

Si Manuel Valls adore faire l’éloge de l’entreprise, il se montre beaucoup moins attentif à la question des entrepreneurs, à moins, bien entendu, qu’il s’agisse de hauts fonctionnaires susceptibles de jouer à nouveau dans la cour des grands. C’est l’immense fantasme du pouvoir que de confondre la classe des entrepreneurs qui crée de la valeur avec leurs dix doigts, et la classe des pantouflards qui prennent la tête d’une grande entreprise nationale pour y donner des instructions sans savoir vendre le moindre produit.

Rappelons qu’en quarante ans, la France a perdu 2 millions d’entrepreneurs, lassés par l’augmentation constante des règles à appliquer sur tout et n’importe quoi, par la pression fiscale, par les tracasseries en tous genres dont le RSI constitue une sorte d’apogée.

Comment retrouver sa liberté?

Le seul conseil à donner aux entrepreneurs consiste bien entendu à ne pas attendre que l’Etat règle les problèmes qui se posent, mais à anticiper les solutions. Au premier chef, on rappellera que la Cour de Justice de l’Union a rendu plusieurs jurisprudences qui permettent d’étayer un dossier de sortie de la sécurité sociale. En outre, l’Union reconnaît le principe d’une obligation d’affiliation à un régime unique de sécurité sociale du bout des lèvres seulement. En aucun cas, il n’est conforme à la réglementation européenne d’imposer des affiliations à un système qui ne marche pas et qui ne repose pas sur une juste contributivité.

En revanche, il ne suffit pas de le dire, il faut encore savoir le plaider.

En attendant, les indépendants français restent soumis à la torture chinoise: jour après jour, les gouttes nauséabondes du RSI percutent leur front jusqu’à les rendre fous.

Score du FN: l’aubaine de la gauche plurielle

On les a entendus, au vu du score du FN, dimanche soir, tous ces émules de la gauche plurielle, se féliciter, la main sur le coeur, devant les caméras de télévision, du sursaut républicain qui avait permis de garder le fromage des régions entre les habitués de la gamelle. C’était touchant. Mais cet étalage de bons sentiments cachait une toute autre logique et un tout autre calcul qui commence dès cette semaine à déployer ses ailes peu reluisantes.

La gauche plurielle et Hollande le petit Machiavel

On se souvient que, depuis septembre, Hollande se réjouissait dans les alcôves de l’Elysée d’une victoire probable du Front National dans le Nord. Cette perspective a justifié qu’il ne pousse pas Martine Aubry à prendre la place de Saintignon dans le rôle du mort. Le Nord constituait un excellent laboratoire pour prouver à l’ensemble de la gauche qu’un excès de candidatures plurielles au premier tour des présidentielles conduirait à son élimination séance tenante, et à une défaite cinglante de la gauche aux législatives. C’en serait fini des accords électoraux qui permettent aux parasites de tous poils de se prendre une place au chaud à l’Assemblée Nationale: tout ce petit monde devrait retrouver un boulot fissa.

Au soir du second tour des régionales, cet argument s’est retourné contre son auteur! Tout le monde a compris, au vu des résultats du FN, que Hollande paierait cher pour « rassembler » la gauche au premier tour. C’est le moment de revendre chèrement sa place de concert au marché noir! Pour tous ceux qui se sont fait laminer aux régionales (les écologistes, le Front de Gauche), la vague FN s’est transformée en aubaine: elle fait mécaniquement monter les enchères pour une neutralité dès le premier tour.

Décidément, Hollande n’a vraiment pas les épaules d’un Machiavel. Il avait par avance acheté la corde qui servira à le pendre.

Cécile Duflot à la manoeuvre

Côté Duflot, il est déjà à peu près acquis que le marché est simple. Soit elle se dispense de se présenter au premier tour, et le PS lui laissera sa circonscription à Paris. Soit elle fait de la résistance et la Fédération PS de Paris, spécialisée dans l’exécution des basses oeuvres (une sorte de GIGN de la magouille politicienne en quelque sorte), se chargera de lui coller dans les pattes une candidature socialiste dont il est sûr qu’elle la fera perdre.

FN

La Fédération PS n’aura pas à charger bien loin pour trouver des candidats bien décidés à faire perdre la belle Cécile. Sa suppléante, Danièle Hoffman-Rispal, qui fut députée du coin en son temps, n’aura pas besoin de se faire prier pour prendre sa revanche sur la gourou des Verts.

Les mois à venir devraient donc confirmer l’excellente image de probité et de sincérité de Cécile Duflot dans son engagement politique…

La stratégie du Front de Gauche

De son côté, le Grand Méluche n’est pas encore complètement acquis à l’idée de ne pas se présenter au premier tour de la présidentielle. Si l’énorme flop de sa campagne aux régionales relativise l’enjeu de cette candidature pour François Hollande, rien ne garantit que l’intéressé ne recommence pas l’exploit de son premier tour. Mélenchon le sait et compte bien négocier chèrement son éventuel ralliement à un Parti Socialiste qu’il déteste autant qu’il l’a trahi, et à un Hollande dont il sait tout le mépris social et politique qu’il lui porte.

FN

Il semblerait que le Front de Gauche ait d’ores et déjà commencé à réfléchir aux candidats qu’il pourrait aligner dans certaines circonscriptions sensibles pour faire battre le candidat socialiste. Si, à ce jeu-là, personne ne sait jamais qui est le dindon et qui est la farce, plusieurs noms de cibles potentielles circulent déjà, avec une possibilité de billard à plusieurs bandes où Alexis Corbière serait chargé de tenir la queue.

Le mouvement est intéressant: il montre que le Front de Gauche risque bien de garder sa réponse sur sa participation ou non au premier tour de la présidentielle jusqu’à la dernière minute. Il pourrait donc y avoir du sport, à gauche, d’ici à avril 2017…

À quelque chose FN est bon

Les téléspectateurs naïfs qui ont vu la gauche plurielle se lamenter des résultats du FN ont donc mal compris le scénario. En réalité, l’excellent score de Marine Le Pen en réjouit plus d’un à gauche: il permet de monnayer au prix fort un soutien à un François Hollande très affaibli qui ne pourra probablement faire la fine bouche. On peut même craindre, d’ici 2017, des revirements économiques, à moins que Valls ne décide d’ouvrir du champ à sa droite.

D’ores et déjà, les états-majors sont en pleine suractivité et se lancent dans des danses endiablées autour du volcan, avec la conviction profonde que le FN ne peut remporter la présidentielle.

Smart et le syndicalisme censitaire

Chez Smart, on a la volonté tenace. Après un referendum où une majorité de salariés avait voté pour le retour aux 39 heures payées 37, en septembre, la direction a habilement contré l’opposition que les syndicats majoritaires avaient formée contre ce scrutin, en proposant des avenants individuels au contrat de travail, que 90% des salariés ont accepté.

Du coup, c’est la conception censitaire du syndicalisme qui est en cause.

Le syndicalisme, une affaire d’élite?

L’affaire Smart a révélé une dimension essentielle du syndicalisme français: les grandes confédérations qui ont la faculté de désigner des délégués syndicaux en entreprise ne sont pas liées par une forte adhésion des salariés. Elles peuvent vivre sur leur quant-à-soi, sans élargir leur base. C’est la conception élitiste du syndicalisme à la française: le syndicat ne représente pas les salariés, il montre la voie, il porte la lumière vers un au-delà prolétarien.

Syndicalisme

Fortes de ces constats, les sections syndicales majoritaires de Smart n’ont guère eu de scrupule à barrer la voie au dispositif proposé par referendum. Dans l’esprit des confédérations, leur rôle consiste largement à expliquer aux salariés quel est leur intérêt, sans forcément respecter le résultat des votes.

Le syndicalisme censitaire

En ce sens, il existe bien un syndicalisme censitaire en France, qui consiste à confisquer la voix des salariés lorsque la doctrine des confédérations est en jeu. C’est même un mode de fonctionnement habituel: le syndicat sait mieux que le salarié ce qui est bon pour le salarié, et s’estime en droit de lui dicter la conduite à tenir et, au besoin, de le contraindre à respecter des positions contraires à ses choix libres.

C’est pourquoi on peut parler de syndicalisme censitaire. Le dialogue social tel qu’il est conçu dans le droit français reconnaît en effet des droits spécifiques aux syndicalistes, à ceux qui sont investis d’un mandat couvert par la réglementation. Le syndicaliste est tout puissant pour négocier avec les patrons, sans en référer, s’il le souhaite (rien ne l’y contraint) à sa base pour savoir si ces propositions recueillent le soutien des salariés.

Syndicalisme

La fameuse démocratie sociale dont parle le gouvernement, est une démocratie censitaire et non universelle. L’affaire Smart l’a montré comme avant elle l’affaire Sephora. Seule une minorité y a un droit d’expression.

Le syndicalisme et les salariés

Combien de salariés, en France, sont régulièrement agacés par la façon dont se passent les négociations en entreprise? Récemment encore, une salariée me parlait de la façon dont son entreprise avait opéré ses choix en matière d’intéressement et d’avantages annexes. Les décisions se sont prises entre la direction et les syndicalistes sans que les salariés ne soient consultés. Pourtant, un certain nombre d’entre eux aimeraient avoir une influence directe sur un grand nombre de sujets, et pas seulement sur les cadeaux de fin d’année ou les lieux de vacances choisis par le CE.

Pourquoi réserver la discussion de ces sujets aux seuls syndiqués? Et pourquoi confier aux syndicats le monopole des négociations?

Incontestablement, la forme censitaire du dialogue social ne correspond plus au besoin d’expression directe des salariés, que soit dans l’entreprise ou hors de l’entreprise.

Quand le syndicalisme met les salariés en risque

Dans le cas de Smart, ces dysfonctionnements propres au dialogue social français posent un problème majeur pour les salariés.

Que les syndicats s’opposent à l’accord que l’entreprise leur a soumis après avoir recueilli une majorité à un referendum, augmentant la durée du travail en échange d’une promesse de maintien de l’emploi, est une chose. Ils montrent ainsi clairement la rivalité qui existe entre l’expression directe des salariés et leur stratégie d’appareil. Cette distorsion peut être légitime. Elle a en tout cas permis de bloquer le scrutin et ses effets.

En revanche, que les syndicats désignent à cette occasion, aux employeurs, qui sont les salariés récalcitrants sans protection en est une autre. En forçant la direction à procéder par avenants individuels au contrat de travail, la direction a pu démasquer les opposants qu’une action syndicale aurait permis de cacher.

10% seulement des salariés ont refusé de modifier leur contrat de travail comme le proposait l’employeur. Que faire de ceux désormais qui refusent l’évolution de l’entreprise? Leur sort est forcément menacé, la direction connaît forcément leur identité aujourd’hui. Le refus des syndicats de négocier l’accord a placé les salariés qui le refusaient dans une position extrêmement compliquée.

Le syndicalisme face aux mêmes tourments que les politiques

On le voit, à travers cette affaire, c’est la contestation sourde des syndicats par les salariés qui est en jeu et les dangers d’une stratégie où les syndicalistes protégés profitent de leur protection pour prendre des décisions avec un impact fort sur le reste de l’entreprise. En politique, les citoyens se plaignent de l’inutilité de leur vote, qui est foulé aux pieds par les magouilles et autres plaisirs. Dans le monde syndical, la désillusion est la même.

Le recours au referendum constitue, de ce point de vue, une arme redoutable entre les mains des employeurs. Celui de Smart l’illustre: il permet de mettre à nu la distance qui sépare les salariés et les syndicats internes. Jusqu’à rendre intenable, à temre, la position des syndicats.

La formation, un remède contre le chômage?

En réaction à la montée du Front National, Manuel Valls a annoncé un vaste plan de formation pour les chômeurs. La réaction peut paraître curieuse: elle repose sur la conviction que le chômage de masse et de longue durée s’explique par le manque d’adaptation des chômeurs aux compétentes attendues sur le marché du travail. Mais en est-on si sûr?

Une théorie néo-classique

L’idée selon laquelle le chômage de masse procède d’une « friction » entre les compétences des travailleurs et les compétences attendues sur le marché s’appelle la théorie des appariements. Elle est particulièrement nourrie par la révolution numérique, où les emplois demandent des compétences nouvelles que les publics les plus fragiles n’ont pas acquises. En ce sens, face à une révolution disruptive comme celle imposée par le numérique, l’ambition de former massivement les chômeurs peut avoir du sens, à condition qu’elle vise à délivrer de véritables compétences et pas seulement des « stages occupationnels » qui ont un effet à court terme sur les statistiques, mais qui n’équipent pas durablement les bénéficiaires des stages face aux exigences du marché.

Une vieille idée de François Hollande

Au demeurant, la conviction selon laquelle la formation est une arme magique pour lutter contre le chômage est très ancrée chez François Hollande. De longue date, et bien avant d’être président de la République, il a défendu l’idée selon laquelle il ne servait à rien d’interdire les licenciements, ni même de chercher à les endiguer, mais qu’il valait mieux prévoir des formations pour les chômeurs afin de les aider à sortir le plus rapidement du chômage.

On retrouve donc, dans la logique de Manuel Valls, une inspiration politique fondée sur l’idée que l’Etat doit aider à fluidifier le marché du travail par l’accès à la formation plutôt que le rigidifier par le développement d’une réglementation défavorable.

La tarte à la crème de la formation des chômeurs

En proposant de former les chômeurs, Manuel Valls ne surprend donc personne. Il est dans la droite ligne de la politique lancée en son temps par Nicolas Sarkozy. En 2009, le gouvernement Fillon avait notamment demandé aux partenaires sociaux de négocier un accord interprofessionnel dont l’ambition essentielle était de financer la formation des chômeurs avec les fonds des entreprises. Cette politique avait débouché sur la mobilisation d’un milliard d’euros pris dans les fonds de la formation professionnelle au bénéfice des chômeurs. Elle avait justifié la construction d’une nouvelle usine à gaz: le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels.

Six ans plus tard, Manuel Valls remet donc sur la table un sujet déjà traité avant lui. C’est le drame français: au lieu de se battre pour faire fonctionner ce qui existe, chaque gouvernement préfère créer une couche nouvelle de réglementation dont il peut revendiquer la paternité.

Qui doit payer la formation des chômeurs?

Valls se heurte ici aux mêmes difficultés que la majorité précédente.

D’une part, les entreprises mobilisent près de 20 milliards pour former leurs salariés (soit 3% de la masse salariale environ). Le problème est qu’elles entendent bien faire profiter leurs propres salariés de cet effort, et n’ont que peu d’inclination à en faire bénéficier les chômeurs. Qui plus est, les salariés les plus formés en entreprise sont généralement les salariés les mieux formés à l’extérieur de l’entreprise, et plus spécifiquement les cadres.

D’autre part, les chômeurs sont ceux qui ont le plus besoin de se former pour s’adapter au marché du travail, mais ce sont ceux dont la formation est la moins financée.

La tentation est donc forte d’obliger les entreprises à financer la formation des chômeurs… ce qui, intellectuellement, paraît séduisant, mais, pratiquement pose quelques problèmes pour un gouvernement qui assure baisser la pression fiscale sur les entreprises.

La formation sert-elle aux chômeurs?

Toute la question est de savoir si cette politique de formation permet de lutter efficacement contre le chômage. Le débat porte bien entendu sur la validité de la théorie des appariements dans le cas français. Le chômage en France baissera-t-il avec des chômeurs mieux formés? Le débat est ouvert…

La théorie néoclassique préfère souvent souligner que le chômage existe parce que le marché est trop rigide, notamment du fait d’une indemnisation ou d’une protection accordée aux chômeurs trop généreuse. C’est sous ce prisme que l’on peut analyser la permanence de plusieurs centaines de milliers d’offres d’emplois qui ne trouvent pas preneurs aujourd’hui sur le marché du travail.

Intuitivement, les employeurs savent que les candidats qui se présentent à eux lorsqu’ils ouvrent une annonce posent des problèmes qui ne relèvent pas forcément de la formation. C’est le cas du chômeur qui est orienté sur une offre d’emploi mais qui entend bien maximiser sa situation salariale en obtenant les avantages horaires ou sociaux les plus importants. C’est aussi le cas du chômeur qui a perdu son employabilité en éprouvant de vraies difficultés à exécuter loyalement son contrat de travail. Sur ce point, la contestation du rapport de subordination prévu par le contrat est un grand classique.

Une difficulté majeure tient à l’absence de statistiques sur ce sujet. Les problèmes de recrutement font partie des grands tabous de la société française et ils ne sont pas documentés. C’est dommage, car il est très probable que le énième de plan de formation des chômeurs que le gouvernement prépare n’ait qu’un impact très limité sur le chômage….

Coulibaly, l’extrême-droite et la police

Comme le révèle La Voix du Nord, les juges anti-terroristes chargés de l’enquête sur l’affaire Coulibaly ont finalement mis en garde à vue Claude Hermant, ce trafiquant d’armes lillois qui semble bien avoir équipé Coulibaly pour la prise d’otage de l’Hyper-Cacher de Vincennes. Après plusieurs mois d’hésitation, et des refus répété de Bernard Cazeneuve de déclassifier les données défense sur cet étrange individu, les enquêteurs franchissent donc une étape majeure dans le dossier.

Coulibaly et Claude Hermant

Les lecteurs de ce blog le savent: il est quasiment attesté depuis plusieurs mois que Coulibaly avait acheté les armes de l’attentat auprès d’une société d’importation détenue par un certain Claude Hermant. Le personnage ne manque pas de soulever quelques questions majeures.

Ce n’est pas seulement son passé d’extrême-droite (membre du service d’ordre du FN, notamment) et ses activités identitaires qui gênent (il semble notamment adepte du mouvement flamand). Le noeud du dossier est évidemment logé dans les activités « d’indic » de la gendarmerie nordiste qui lui sont prêtées. De ce point de vue, les juges d’instruction qui détiennent Hermant depuis plusieurs mois dans le cadre d’une enquête de droit commun ont mis la main sur des mails compromettants, échangés entre l’impétrant et la gendarmerie. L’un de ces mails fait allusion à deux opérations que la gendarmerie auraient validées… en novembre 2014. Personne ne semble savoir de quoi il s’agit.

Coulibaly et l’extrême droite identitaire

Cette affaire tortueuse montre en tout cas que, contrairement aux théories invraisemblables servies à partir de janvier par Cazeneuve et Valls, selon lesquelles les terroristes seraient des loups solitaires, tout montre que les attentats de janvier, comme ceux de novembre, sont le fruit d’un réseau aussi large qu’une toile de mygale.

Dans le cas de Coulibaly, rappelons que l’enquête avait rapidement montré quelques scènes de genre étonnantes. Par exemple, la copine du terroriste, la fameuse Hayat, avait vendu sa voiture en novembre 2014 à un garagiste kurde installé près de Charleroi, et manifestement en relation avec Claude Hermant. Coulibaly était à cette époque fiché S, et passait le permis. C’est au volant d’une voiture de location qu’il fut arrêté quelques jours après l’obtention de son permis, le 30 décembre à 18 heures, par hasard semble-t-il, une semaine avant les attentats, par des motards de la police en plein Paris. Ceux-ci furent sans doute intrigués par l’originalité de cette rencontre, mais reçurent l’ordre de leur hiérarchie de laisser filer l’impétrant.

A ce moment, Coulibaly avait acquis son arsenal, très probablement grâce à Claude Hermant. La police était-elle informée de cette livraison? Pourquoi un personnage issu du milieu identitaire a-t-il fourni des armes à un salafiste?

Nul ne sait si ces questions trouveront un jour leurs réponses. Rappelons que Bernard Cazeneuve avait conduit une mission d’enquête parlementaire sur l’attentat de Karachi, à l’occasion de laquelle il avait beaucoup grogné contre le manque d’empressement des services de renseignement à communiquer des documents utiles aux membres de sa commission. Arrivé au pouvoir, il s’empresse d’agir comme ceux qu’ils dénonçaient hier.

Cela s’appelle sans doute « faire de la politique autrement. »

 

La politique autrement, dernière blague à la mode

« Il faut faire de la politique autrement! ». C’est la dernière blague à la mode dans les partis de gouvernement, et aucun d’entre eux n’a hésité à se rouler par terre les mains bien accrochées à la cage thoracique en prononçant ces mots qui ne veulent bien entendu rien dire à force d’être répétés avec une parfaite hypocrisie et foulés aux pieds sans le moindre état d’âme.

La politique autrement au Front de Gauche

L’un des plus beaux exemples du mensonge tout entier contenu dans l’expression « faire de la politique autrement » est porté par Clémentine Autain, nièce d’un sénateur socialiste et fille d’un chanteur proche du Parti Communiste, qui fait activement carrière dans les salons parisiens. Après avoir été adjointe de Bertrand Delanoë sous une étiquette communiste, mais en alliance avec le Parti Socialiste, elle s’est cherché un point de chute en banlieue.

Sa liste Front de Gauche en Ile-de-France a péniblement dépassé les 6%. Voici ce qu’elle disait au lendemain du premier tour:

Clémentine Autain, candidate Front de gauche en Ile-de-France, a jugé que le score élevé du FN au 1er tour des régionales dimanche était «un désastre qu’il faut d’abord imputer à la politique gouvernementale», mais estimé «possible» une fusion des listes de gauche pour le 2e tour.

Je me plante aux élections, j’explique que c’est la faute du gouvernement, mais je m’allie à lui pour être élue et mieux le dénigrer! c’est ça, faire de la politique autrement! Ah quelle est bonne la sou-soupe à la grimace servie par Manuel Valls.

La politique autrement au Parti Socialiste

Du côté du Parti Socialiste, Manuel Valls a expliqué qu’il fallait écouter ce que les Français avaient à dire.

« Tout cela nous oblige à entendre davantage les Français »

Entendre davantage… tout est dit! quel aveu de surdité et quel enthousiasme pour réparer le handicap…

politique

L’attitude de Claude Bartolone, battu en Ile-de-France, au soir du second tour, en dit long sur l’incapacité de la gauche à remettre en cause son esprit aristocratique et son mépris pour la démocratie. En annonçant qu’il remettait son mandat de président de l’Assemblée Nationale entre les mains de ce grotesque Bruno Le Roux, lui-même parangon de la politique à l’ancienne, il a signé un aveu: non, bien entendu, rien ne changera dans la majorité.

On notera, d’ailleurs, que Bartolone est en roue libre et que personne à gauche ne s’est offusqué de voir le président de l’Assemblée continuer à considérer le groupe dont il est issu comme seul décisionnaire, alors qu’il représente désormais un petit 12,5% du corps électoral.

La politique autrement chez les Républicains

L’acmé du mensonge a probablement été atteinte par Nicolas Sarkozy en personne, qui a annoncé l’éviction de Nathalie Kosciusko-Morizet pour divergence d’appréciation dans la stratégie électorale. Ce n’est pas que j’apprécie particulièrement cette héritière coupée des réalités et qui sent bon le mépris social des beaux quartiers. Mais il est assez surprenant d’entendre Nicolas Sarkozy déclarer:

« Cette mobilisation ne doit sous aucun prétexte faire oublier les avertissements qui ont été adressés à tous les responsables politiques, nous compris, lors du premier tour, égrène-t-il. L’unité dans la famille des Républicains, l’union avec le centre, le refus de toute compromission avec les extrêmes ont permis ces résultats. Ces principes doivent rester les nôtres dans l’avenir. »

Manifestement, la leçon qu’il a retenue des Français n’est pas exactement celle que la plupart des Français ont entendue. L’ancien président a l’air bien décidé de faire le ménage dans son parti, à l’ancienne, et de le mettre à feu et à sang à l’approche des prochaines présidentielles.

politique

L’unité dans la famille des Républicains devrait être une belle réussite.

En France, rien de nouveau

En réalité, « faire de la politique autrement » est une sorte de mantra répété inlassablement par ceux qui se partagent le pouvoir sans compter et sans limite depuis des décennies. C’est un alignement de mots qui ne veulent rien dire. On prend les paris: dans six mois, tout sera rentré dans l’ordre et la même prévarication tiendra lieu d’idéologie.

Le sujet de la France n’est plus de faire de la politique autrement avec les mêmes élus, mais bien de faire de la politique avec d’autres élus.

L’Europe provoque dangereusement la Russie

L’Europe est en voie d’implosion, elle n’a plus de projet politique, elle est menacée par un terrorisme sunnite invasif, mais elle semble bien décidée à continuer sagement son suicide en provoquant dangereusement la Russie. Mais quelle mouche pique la classe politique européenne?

L’Europe et les sanctions contre la Russie

On se souvient que, avant la COP 21, François Hollande avait accéléré le rythme de son pédalo avec l’intention affichée de constituer une grande coalition contre Daesh, incluant la Russie. Patatras! non seulement le génialissime Obama l’avait envoyé bouler en lui rappelant que les deux pays ne jouaient pas dans la même catégorie, mais Erdogan, l’islamiste allié des Américains, avait choisi ce moment pour abattre un avion russe en action sur le sol syrien. Hollande se retrouvait seul dans son slip face à Poutine pour faire ami-ami contre les terroristes.

En toute logique, et au vu du poids important de la France dans l’Union, nos alliés européens ont annoncé qu’ils décideraient en fin de semaine de proroger les sanctions économiques prises contre la Russie du fait de son attitude en Ukraine. On se rappelle que ces sanctions ont appelé un embargo sur la viande européenne en Russie… qui a torpillé la filière porcine en France.

Une fois de plus, le talent diplomatique de François Hollande éclate au grand jour. Sa crédibilité internationale est manifeste.

L’Europe fait des ponts d’or à la Turquie

L’Europe ne se contente pas de fâcher les Russes. Elle tend la main à Erdogan le scélérat, qui emprisonne des journalistes à tour de bras et protège de façon plus ou moins ouverte l’Etat Islamique au Levant. Après avoir habilement utilisé la bombe humaine des migrations venues de Syrie, Erdogan obtient ce qu’il voulait de longue date: la reprise des négociations d’adhésion.

Europe

L’Union vient d’ouvrir les négociations sur le chapitre 17, c’est-à-dire sur la politique économique et monétaire. Il est vrai que la zone euro se porte très bien et que la prospérité en Europe est telle que le bon sens recommande forcément de l’élargir économiquement à la Turquie, dont la politique budgétaire et le modèle économique ajouteront un peu plus de désordre au désordre ambiant.

Encore un incident entre la Turquie et la Russie

Il y a deux jours, on a évité de justesse une collision entre une navire de guerre russe et un bateau de pêche turc en mer Egée. Le navire russe a tiré des coups de semonce… suscitant un incident diplomatique dont chaque protagoniste se rejette la responsabilité. On se demande jusqu’où dérapera la situation entre les deux pays.

Il est en tout cas évident que la tension s’est installée entre les deux puissances d’Europe Orientale, les héritiers de l’empire ottoman, contre les héritiers de l’empire byzantin.

La Russie bande les muscles

Du coup, la Russie fait monter la pression dans ses relations avec l’Europe et les Etats-Unis. L’agence Sputnik multiplie les articles sur les chances que l’OTAN auraient de remporter un conflit armé contre la Russie.

On lira avec intérêt l’analyse américaine sur l’état des forces armées russes. Citant un éditorial du magazine Forbes (dans sa version en ligne), Sputnik souligne quelques remarques bien senties des experts US:

the alliance’s entire eastern flank is vulnerable to invasion given the proximity of Russian forces and the absence of natural barriers to a quick advance (…).  In the aftermath of the Ukraine invasion, Western military planners no longer think they can predict how Russian leaderVladimir Putin might react to perceived provocations or opportunities.  So the possibility of war in Europe is back on the table as a priority concern, and that means land warfare in which the U.S. Army would have to carry most of the burden.

<la totalité du flanc oriental de l’alliance est exposé à l’invasion du fait de la proximité des forces russes et du l’absence de barrières naturelles empêchant une poussée rapide (…). Dans la foulée de l’invasion en Ukraine, les spécialistes militaires occidentaux n’imaginent plus pouvoir prédire les réactions du leader russe Vladimir Poutine aux provocations réelles ou aux opportunités. C’est pourquoi la possibilité d’une guerre en Europe est à nouveau débattue comme un sujet prioritaire, et elle implique un conflit terrestre dans lequel l’armée américaine porterait l’essentiel du fardeau.>

En outre, Sputnik annonce que l’armée russe a mis au point un nouveau drone de combat et a doté sa flotte en Mer Noire de missiles Kalibr, capables de frapper Daesh.

Bref, peu à peu, l’Europe, sous la houlette des Etats-Unis, rassemble tous les ingrédients pour lutter contre la Russie qui lutte contre Daesh, et pour soutenir la Turquie qui soutient Daesh. Une très belle politique étrangère!

L’électorat français s’extrême-droitise-t-il?

À l’issue des élections régionales de dimanche, certains ont affirmé que l’électorat français « s’extrême-droitisait ». Il n’était donc pas inutile de faire un petit rappel des voix collectées par le Front National depuis les élections de 2002.

Voici le graphique que ce petit historique donne:

Extrême-droite

 

Le graphique montre l’évolution des suffrages recueillis par le Front National depuis 2002. Avant l’arrivée à la présidence de Marine Le Pen, le parti n’avait jamais dépassé les 5,25 millions de voix (premier tour de la présidentielle).

Depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la présidence, le parti améliore globalement ses scores, et flirte avec la barre des 6 millions de voix, voire la dépasse. Toutefois, il n’est pas évident de distinguer « l’effet Hollande » et « l’effet Marine » dans cette évolution. La hausse globale des scores constatée depuis 2012 peut tenir de ces deux effets cumulatifs.

Au vu des courbes, en tout cas, il est difficile d’évoquer une radicalisation massive de l’électorat qui reste, notamment aux municipales, régulièrement réticent vis-à-vis d’une « contamination » globale par le FN.

L’électorat d’extrême-gauche

Parallèlement, il est impressionnant de constater que l’électorat d’extrême gauche s’est effondré durant ces dix dernières années, et tout spécialement depuis 2012.

En 2007, les listes d’extrême gauche avaient obtenu au premier tour des présidentielles environ 3,3 millions de voix. En 2012, ce score était monté, au premier tour des présidentielles, à 4,6 millions de voix (soit 1 million de voix de moins que le FN). Au premier tour des législatives de 2012, le score de l’extrême gauche était ramené à 2 millions de voix environ (le Front de Gauche n’atteignant même pas les 1,8 millions de voix). Au premier tour des municipales de 2014, l’extrême gauche n’avait pas atteint le million d’électeurs, et aux européennes, les listes Front de Gauche et d’extrême gauche avaient plafonné à 1,5 million d’électeurs, quand le FN s’approchait des 5 millions…

Aux régionales de 2015, la gauche de la gauche est passée au laminoir. L’agrégat de l’extrême gauche, du Front de Gauche et du Parti Communiste a plafonné à 1,2 millions de voix.

Le paradoxe de l’extrême gauche

Tout le paradoxe de la situation repose bien entendu dans la différence de représentation politique entre les deux forces. S’il est faux de soutenir que l’électorat français soutient massivement l’extrême droite, il est en revanche vérifiable que la dynamique électorale du FN n’a aucune commune mesure avec celle de l’extrême gauche. Pourtant, le Front de Gauche dispose d’un groupe à l’Assemblée Nationale et d’un autre au Sénat.

C’est le paradoxe français: le système électoral y surreprésente les forces les moins vivaces, et y sous-représente les plus dynamiques.

Il faut peut-être se demander si cette distorsion n’est pas, à terme, porteuse de risque.

Le FN, vrai vainqueur des élections régionales?

Les résultats du second tour des élections régionales tombent, et beaucoup brocardent la défaite du Front National, première force politique au premier tour, mais qui ne remporte aucune région ce dimanche. Une analyse volumétrique des résultats conduit à nuancer très fortement cette perspective, jusqu’à se demander si le Front National n’est pas le grand vainqueur du scrutin.

Une poussée du FN partout au second tour

Une comparaison, région par région, des résultats entre le premier et le second tour, montre que le FN n’a pas souffert d’une augmentation de la participation au vote, bien au contraire. Partout, le nombre de voix remportées par le Front National a augmenté.

Ainsi, dans le Nord, Marine Le Pen a gagné 100.000 voix, soit la moitié des nouveaux votants au second tour. En Lotharingie, Florian Philippot a gagné 150.000 voix, soit 40% des nouveaux votants. Dans le Sud-Est, Marion Maréchal-Le Pen a gagné 70.000 voix, alors que le nombre de votants a globalement stagné. Dans le Midi, Louis Aliot gagne 150.000 voix, soit, là encore, la moitié des nouveaux votants.

Autrement dit, l’augmentation du taux de participation n’est pas due, comme par le passé, à des électeurs « traditionnels » qui se sont déplacés pour faire barrage au Front National. Les résultats montrent que partout le parti d’extrême droite en « a sous la pédale » et dispose d’un réservoir de sympathie qui déborde le score qu’il a réalisé dimanche dernier, et probablement ce dimanche.

Le naufrage des partis de gouvernement

Logiquement, cette incontestable dynamique électorale affaiblit la légitimité des présidents élus, y compris grâce à un front républicain.

Ainsi, dans le Nord, Xavier Bertrand est élu grâce à 32,5% des inscrits. L’appel de la gauche en sa faveur ne lui vaut donc pas plus d’un suffrage sur trois électeurs… En Lotharingie, Philippe Richert fait pire avec 27% des inscrits. Dans le Rhône, Laurent Wauquiez n’en représente pas 23%. En Bourgogne, l’inconnue Marie-Guite Dufay en représente moins de 21%. Dans le Val-de-Loire, le socialiste Bonneau en représente tout juste 20%. Dans le Midi, l’addition des voix de Carole Delga et de Dominique Reynié n’atteint pas les 39%.

Une mention toute particulière revient à Christian Estrosi qui atteint péniblement les 30% des inscrits. Dans une région qui brille par sa faible inclination pour la gauche, et alors même que la gauche s’était désistée en sa faveur, ce proche de Nicolas Sarkozy découvre tout à coup son extrême faiblesse électorale.

L’effet 2002 est bien mort

On se souvient que, le 21 avril 2002, la défaite de Lionel Jospin au premier tour des présidentielles avait produit un électro-choc dans l’opinion grâce auquel Jacques Chirac avait été largement réélu. Le même phénomène ne s’est manifestement pas reproduit en 2015: la stratégie de front républicain n’a guère permis aux candidats de l’union de réaliser des scores importants.

C’est un événement politique majeur. A l’approche de 2017, il est évident que le candidat qui affronterait Marine Le Pen au second tour des présidentielles, si cette configuration devait se présenter, ne bénéficierait pas forcément d’un report massif des voix « républicaines » et devrait mener une campagne beaucoup plus dure que Jacques Chirac en son temps.

Cette donnée est particulièrement vraie pour un candidat de gauche, dont il n’est pas évident qu’il se présenterait en bonne posture face aux électeurs.

Vers une ligue du Nord?

Reste que la France est désormais clairement divisée entre le sud de la Loire, où la gauche est globalement majoritaire, et le Nord et l’Est de la Loire, où la droite et l’extrême droite effectuent d’importantes percées. Cette césure n’est pas indifférente à l’effet « banane bleue » européenne. Les régions qui sont incluses dans le périmètre de prospérité européenne inclinent à droite, alors que les zones les plus étrangères à cet effet balancent à gauche.

FN

Le phénomène risque de s’accentuer dans les années futures. Il témoigne de la virulence des érosions dont souffrent les logiques de solidarité dans un espace de plus en plus concurrentiel.

On observera avec attention l’impact de cette logique centrifuge sur la cohésion française dans les mois à venir.

Vers une victimisation du FN

A cette segmentation géographique s’ajoute un effet à retardement qui pourrait déstabiliser le paysage politique français. Le fait que le FN soit la première force politique en France aujourd’hui et qu’il ne décroche aucune région, notamment du fait des désistements, nourrit forcément le sentiment qu’il existe une collusion entre les partis du gouvernement pour éviter tout renouvellement politique. Pour les partis de gouvernement, cette donnée risque de se révéler très dangereuse. Elle sonne en effet comme un ultime avertissement: si ces partis ne parviennent pas à changer la donne, ils risquent de perdre fortement en crédibilité, en donnant le sentiment de s’unir pour conserver leurs avantages sans se soucier de l’intérêt général.