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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Le Conseil d’Etat vide l’état d’urgence de son contenu

L’état d’urgence doit-il devenir le mode normal de gouvernement? L’argumentation, au Conseil d’Etat, du rapporteur public Xavier Domino dans l’affaire Domenjoud a un mérite: elle annonce la réduction massive de ses effets en cas de prorogation et rend donc celle-ci parfaitement vaine.

L’état d’urgence à géométrie variable

Rappelons rapidement les faits:  Cédric Domenjoud est un militant écologiste qui, comme six autres de ses amis, a fait l’objet d’une mesure d’assignation à résidence dans le cadre de l’état d’urgence. Il se présentait devant le Conseil d’Etat en appel contre une décision en première instance du tribunal administratif de Melun qui avait rejeté son reféré liberté, en considérant que la décision du ministre ne constituait pas une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale. Dans son appel contre cette décision qui protégeait le ministère de l’Intérieur, Cédric Domenjoud a par ailleurs soulevé une question prioritaire de constitutionnalité sur la loi instaurant l’état d’urgence.

Dans les six autres dossiers, les tribunaux administratifs respectifs ont eu l’audace de ne pas rejeter les recours des militants écologistes également assignés à résidence non sur des raisons de fond, mais de forme. Comme Cédric Domenjoud, ils avaient lancé un référé-liberté, c’est-à-dire une procédure d’urgence pour atteinte à la liberté. Les juges ont considéré que l’urgence ne se justifiait pas!

Ainsi, lorsque l’état d’urgence est instauré, et que, à ce titre, des citoyens libres sont assignés à résidence, il existe en France des juges qui considèrent qu’il ne s’agit pas d’une situation d’urgence! S’il fallait trouver un nouveau motif pour dénoncer le manque d’indépendance de la justice administrative à l’égard du pouvoir exécutif, celui-là seul mérite d’être conservé dans les annales.

L’état d’urgence et la restriction de liberté

Je ne reviendrai pas ici en détail sur les 23 pages intéressantes rédigées par le rapporteur public, qui préconise le renvoi de la QPC devant le Conseil Constitutionnel. Je me contenterai de la résumer en disant qu’il s’agit d’un coup de semonce envoyé par le Conseil d’Etat, comme celui-ci en a le secret. Pour ne pas déjuger Bernard Cazeneuve, le Conseil d’Etat n’a pas annulé l’assignation en résidence, mais il a rédigé un petit manuel de sa bonne utilisation qui intime à la police l’ordre de revenir au bon sens avant de futures annulations en bonne et due forme.

De ce point de vue, Xavier Domino insiste sur le fait que l’assignation à résidence n’est pas une mesure de privation de liberté, mais de restriction de liberté. Si, à ce titre, elle exclut le référé liberté (qui est réservé aux mesures de privation), elle est néanmoins placée sous le coup d’une « présomption d’urgence » qui légitime ce référé.

L’état d’urgence et la proportionnalité

Xavier Domino pose de façon claire les limites dans lesquelles une mesure restrictive de liberté telle qu’une assignation à résidence doit être prise dans le cadre de l’état d’urgence: il lui faut être nécessaire, adaptée et proportionnée à la menace sérieuse (et non seulement plausible) que la personne représente pour l’ordre public, mais aussi limitée dans le temps.

Domino a considéré que l’assignation à résidence décidée à l’occasion de la COP 21 se justifiait car, selon les notes blanches des services de renseignement, l’intéressé aurait pu troubler l’ordre public et donc faciliter une menace terroriste contre laquelle l’état d’urgence a été instauré. Le gouvernement n’a donc pas, selon le Conseil d’Etat, profité d’un effet d’aubaine pour restreindre toutes les libertés du fait de la terreur. Néanmoins, on sent poindre ici la mise en garde contre le gouvernement.

Domino a en outre eu l’intelligence de préciser que, saisi en première instance dans le cadre d’un référé-liberté, le juge administratif a la faculté de valider l’assignation à résidence, mais en supprimant certaines modalités qui ne paraissent ni proportionnées ni nécessaires à l’objectif poursuivi…

L’état d’urgence bientôt inutile?

Dans la foulée de cette décision, le ministre de l’Intérieur a donc annulé son arrêté d’assignation à résidence de l’imam de Montpellier, qui avait également intenté un recours devant le Conseil d’Etat. Heureusement que le Conseil d’Etat est là pour protéger le gouvernement! en faisant le choix de prévenir le ministère de l’Intérieur par une décision portant sur des écologistes avant d’examiner le recours d’un imam, il a évité un désastre à Bernard Cazeneuve. On voit en effet mal comment le ministre pourrait se relever d’une annulation systématique, par la justice administrative, des décisions « chocs » prises par la police pour faire croire aux Français que le gouvernement agit contre le terrorisme.

On peut donc prendre les paris: sauf événement majeur, l’état d’urgence ne sera pas renouvelé.

 

RSI: Hollande et son étonnant bruit de bottes

Pour ceux qui imaginent, à force d’écouter France Inter et Patrick Cohen, que l’état d’urgence n’est pas liberticide et sert à lutter contre les attentats, voici une petite vidéo qui explique comment on peut, au fin fond d’une province, rassembler 40 gendarmes avec des armes de guerre pour intimider un chef d’entreprise qui n’a rien à voir avec le terrorisme. Pendant ce temps, Salah Abdeslam est toujours en fuite…

Pepy et le naufrage de la SNCF

Hier, je voyageais avec la SNCF entre Paris et Lyon, siège de mon entreprise. Encore une fois, j’ai trouvé le fonctionnement de cette entreprise sur une ligne emblématique totalement hallucinant. Il est vraiment temps que la SNCF tourne la page Pépy.

La SNCF et ses prix hors concurrence

Comme à mon habitude, j’ai prix mon billet à la dernière minute sans aucune carte de réduction. La veille, la très médiocre application SNCF m’avait indiqué que le prix du billet était à 75€ « seulement » pour un aller à Lyon en 2è classe. En arrivant à la gare, l’automate m’indique que le train est complet en 2è classe. Il ne reste plus de place qu’en surbooking en première à… 133€. Le prix, en lui-même, ne me gêne pas. Simplement payer 133€ pour rester debout (sans Internet) pendant deux heures jusqu’à Lyon, ça justifie que les autres services soient irréprochables. C’est curieusement très loin d’être le cas.

La SNCF et son insoutenable légèreté face au terrorisme

Deuxième mauvaise surprise de la journée: à l’entrée de chaque voiture (en tout cas en première classe), la SNCF a posté un contrôleur qui fait le pied de grue dans une manifeste lassitude. L’agent est là, debout, mais absent: aucun bonjour, aucun contrôle des bagages, ni même aucun contrôle des billets. Entre qui veut dans le train, au nez et à la barbe des personnels chargés de sa surveillance.

Dans le train, un contrôleur me fait un aveu: il n’a reçu aucune consigne ni aucune formation en cas d’attentat dans le train. « J’ai cherché sur Internet comment réagir si un gars monte avec une Kalachnikov et traverse le train en tirant. » Rassurant, non?

Un sujet sur lequel Guillaume Pépy maintient un black out total.

La SNCF et son code de la paresse

Un contrôleur m’informe par ailleurs qu’un préavis de grève était déposé à Montpellier le matin même. Il faudra un jour étudier le taux de grève dans la région Sud-Est de la SNCF, qui me semble extrêmement élevé. Les grèves à Montpellier un vendredi, on va bien entendu nous expliquer que c’est pour le bien des voyageurs, certainement pas pour rallonger le week-end des cheminots.

La SNCF et la restauration dans les trains

Finalement, je voyage souvent avec la SNCF, et l’un de mes plaisirs est de humer les effluves d’un bon café chaud en regardant, au bar, le paysage défiler. Avec le temps, je suis devenu un vrai connaisseur de ces bars, spécialement dans le TGV. Il faut dire que les autres lignes n’en ont plus. C’est le cas du Paris-Clermont-Ferrand, que j’emprunte de temps à autres, où il faut interminablement attendre le passage du chariot de ravitaillement (là encore, l’expérience montre qu’on est toujours assis dans la voiture servie en dernier). Je ne parle même pas du Paris-Lille où aucune restauration n’existe.

A l’usage, tous les « barristas » de la SNCF me confient toujours la même chose: « on ne mélange pas les torchons et les serviettes. Nous ne sommes pas SNCF et la SNCF nous traite mal. On ne peut même pas garer notre voiture dans les parkings, même vides, des personnels SNCF ».

La CGT Cheminots nous fera, après ça, de grands laïus sur la solidarité de tous les prolétaires.

La SNCF et sa rentabilité

Depuis 15 ans, Guillaume Pépy chouchoute les TGV: le résultat est fascinant. Les TGV sont, en période de risque terroriste, peu sûrs, chers, souvent en retard, avec des services annexes médiocres. Bref, une grande réussite managériale à mettre à son actif.

On pourrait se consoler en se disant que la qualité est sacrifiée au profit de la rentabilité. Mais c’est le contraire qui se produit: le TGV perd des clients et sa rentabilité s’effrite, selon les aveux de la SNCF elle-même.

SNCF

Depuis 2007, la marge opérationnelle du TGV stagne, et les redevances à RFF augmentent.

La SNCF et son manque de professionnalisme

Le 14 novembre 2015, 11 personnes mouraient dans le déraillement d’une rame d’essai de la SNCF en Alsace. Parmi eux, plusieurs enfants qui n’avaient rien à faire à bord. La tolérance vis-à-vis des « petits arrangements » du personnel avec les règles a encore frappé. C’était, l’occasion, pour le président de RFF, Jacques Rapoport, de redire, en ménageant la chèvre et le chou, ce que tout le monde voit mais que personne ne dit:

« le diagnostic, ce sont les trois accidents en un peu moins de trois ans (Brétigny, Denguin, et Eckwersheim, NDLR), ce sont quatre rapports d’expertise », et plusieurs incidents, comme un TER devenu incontrôlable sur 20 kilomètres, en Normandie. Il « ressort en fil rouge de tout ça, que parfois on manque un peu de rigueur dans le respect et la mise en oeuvre des bonnes pratiques professionnelles », a-t-il continué, assurant qu’il ne s’agit pas d’une « mise en cause du personnel, de son professionnalisme, c’est un contexte général plutôt systémique, qui est d’ailleurs en partie lié à l’extrême complexité de nos réglementations et de nos organisations ».

Traduction: le personnel manque de rigueur et n’est plus très professionnel, mais on ne le met pas en cause, ni lui, ni son professionnalisme.

La SNCF et Pépy ou l’art de mentir

Une rapide anatomie de la catastrophe de Brétigny, en 2013, montre comment, face à cette évidente agonie de la vieille dame française, Guillaume Pépy se maintient en recourant systématiquement à une propagande mensongère. Quelques jours après la catastrophe, la SNCF s’est en effet précipitée pour rendre son propre « rapport d’expertise » sur les causes de l’accident. Curieusement, ce rapport la blanchissait complètement.

Le BEA-TT, Bureau d’enquête des accidents de transport terrestre, s’interrogeait pour sa part sur les raisons pour lesquelles le personnel de maintenance n’avait pas détecté la fissure du rail qu’il considérait à l’origine de la catastrophe. Sur ce sujet, la SNCF est restée muette.

Un an après la catastrophe, un rapport d’experts judiciaires posait pour sa part les questions qui fâchent:

le procureur d’Evry a confirmé lundi à la presse que l’examen de l’aiguillage « fai[sai]t apparaître 211 “faits remarquables” dont une centaine de défauts qui ne sont pas la conséquence de l’accident ».S’appuyant sur le rapport des experts, Eric Lallement a affirmé que tout acte de malveillance était écarté et que la cause principale de l’accident mortel de Brétigny était un « déficit de la qualité de maintenance ».

« Dès 2008, les TJD [traversées-jonction double, autrement dit les aiguillages] de Brétigny-sur-Orge préoccupaient manifestement les ingénieurs de la SNCF », ajoutent-ils. Or, le passage de Brétigny-sur-Orge « est connu des services techniques de la SNCF comme une zone à risque et de ce fait classée en zone d’évolution rapide nécessitant le traitement rapide des anomalies ».

Autant de particularités locales négligées par l’entreprise de transport public. Pour les experts, cela « aurait logiquement dû conduire la SNCF à une surveillance accrue, et surtout adaptée ».

Malgré ces évidentes défaillances dans le fonctionnement de la SNCF, aucun ministre ne semble avoir sommé le président de la SNCF de tirer toutes les conséquences du désastre…

À quoi tient l’impunité de Pépy?

On lira avec intérêt le Richie de Raphaëlle Bacqué pour comprendre les raisons de l’impunité dont Pépy tire profit aujourd’hui pour rester en fonction alors qu’il saborde consciencieusement, année après année, l’entreprise monopolistique qu’il dirige. Entre un entrisme à tous crins et une utilisation systématique du réseau homosexuel qui gangrène l’appareil d’Etat, Pépy peut s’affranchir allègrement du principe de responsabilité.

De ce point de vue, il est une illustration du mal français. La technostructure de notre pays est défaillante, médiocre, arrogante, mais elle a organisé un système aristocratique qui lui permet de préserver ses rentes comme un parasite suce le sang du zébu dans un marais malgache.

À nous de savoir pendant combien de temps nous accepterons ce système qui nous mène à la catastrophe…

Du mouron à se faire pour le RSI

Article paru sur Tripalio.fr

En prononçant en début de semaine sa petite phrase sur l’intérêt d’une absorption du RSI par le régime général, Emmanuel Macron n’imaginait sans doute provoquer le tollé qu’il a subi. Il faut reconnaître que, en dehors des indépendants, rares sont celles et ceux qui comprennent combien la calamité que représente le RSI est douloureuse. Emmanuel Macron, qui a toujours été salarié (dans le public comme dans le privé) n’échappe pas à cette règle d’ignorance.

On ne dira jamais assez le séisme économique que les dysfonctionnements du RSI produisent sur le tissu de TPE et de PME françaises. Les rappels de cotisation souvent farfelus imposés par le RSI sont une plaie pour les chefs d’entreprise, dont certains sont obligés de renoncer à leur activité du fait d’une couverture sociale ubuesque. C’est le comble: les indépendants, qui ont toujours refusé le système de sécurité sociale obligatoire imposé à la société française en 1945, sont comme asphyxiés par les métastase d’un cancer qu’ils ont toujours combattus.

Face aux errances du RSI, dont les tares sont bien connues (notamment le sous-dimensionnement initial de l’informatique), tout le sujet est de savoir désormais « comment en sortir? » Sur ce point, deux grands scénarios coexistent désormais.

Le scénario de l’absorption

Ce scénario consiste, évidemment, comme l’a proposé Emmanuel Macron, à fondre les indépendants dans une catégorie spécifique du régime général et a ainsi achevé le projet de régime universel conçu en 1945. Dès 1946, la mobilisation des indépendants avait bloqué ce projet et forcé le gouvernement de l’époque à maintenir des régimes spéciaux pour les indépendants. On voit bien comment la technostructure a désormais l’ambition de triompher de ces résistances ancestrales…

Pour les indépendants, cette normalisation sera très coûteuse, dans la mesure où elle les diluera dans une masse de salariés dont les préoccupations sont très différentes.

Le scénario de l’émancipation

Un autre scénario est envisageable: celui de l’émancipation, qui consisterait à lever l’obligation d’affiliation pour les indépendants. La loi pourrait revenir à « l’état de l’art » prévalant à 1940: les indépendants auraient l’obligation de s’assurer, mais ils seraient libres de choisir les garanties qui leur conviennent et l’opérateur d’assurance porteur de risques. Juridiquement, cette liberté reste à construire, mais elle est politiquement à portée de main, pourvu que les indépendants se mobilisent.

Poutine prêt à un conflit nucléaire?

Poutine a-t-il demandé, comme l’annoncent les Iraniens, au sous-marin lanceur d’engin Rostov-sur-le-Don de préparer des charges nucléaires? L’affligeante campagne des régionales occulte, on le voit, quelques nouvelles bien plus importantes et bien plus graves venues de Russie et de Turquie, ce membre de l’OTAN qui joue double jeu et se transforme à la vitesse grand « V » en foyer de conflit futur.

La Turquie et son casse-tête énergétique

Premier problème: la Turquie ne dispose d’aucune énergie fossile digne de ce nom, en dehors du charbon, et importe donc l’essentiel des ressources énergétiques dont elle a besoin. On ne rappellera jamais assez que la Turquie est la plus grande acheteuse mondiale de gaz russe…

Dans le cadre de la COP 21, le Centre Politique Turc vient de rendre un rapport qui souligne la cherté grandissante de l’utilisation du charbon en Turquie. Le même problème avait été souligné auparavant par Standard’s and Poor. Dans le même temps, Erdogan a annoncé qu’il allait limiter sa dépendance à la Russie en cherchant d’autres fournisseurs de gaz.

Alors que la Turquie abat des avions de guerre russes tout en étant dépendante des fournitures en gaz de Poutine, on imagine l’état des relations entre ces deux pays quand leurs liens énergétiques seront rompus.

La Turquie et l’Europe: ça coince

Les Turcs, dans ce contexte, ont beaucoup apprécié les propos du président tchèque à propos des négociations d’admission de la Turquie dans l’Europe:

“The Roman Empire, before it collapsed, also paid tribute money to barbarians for them not to pilfer its territory” (L’empire romain, avant de s’effondrer, a aussi payé les barbares pour qu’ils ne pillent pas son territoire »).
Ambiance, ambiance!

Bientôt une guerre entre la Turquie et l’Irak?

La Turquie a déployé 300 soldats à Mossoul, en Irak.

Turquie

L’initiative a moyennement plu aux autorités irakiennes qui ont demandé aux Turcs de plier bagage immédiatement. En réponse, le gouvernement turc demande à ses ressortissants de quitter l’Irak, sauf la partie kurde, bien entendu. Voilà une démarche qui ne promet rien de bon quant aux relations entre les deux pays.

La Turquie et la Russie: ça frite toujours

Parallèlement, les relations entre la Russie et la Turquie ne s’améliorent pas. Lundi, les Turcs ont crisé en accusant les Russes de faire passer un navire de guerre dans le Bosphore avec un missile sol-air sur le pont, prêt à partir. On se demande évidemment pourquoi les Russes pourraient craindre une attaque aérienne de la part de la Turquie: ce n’est pas le genre d’Erdogan.

 

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La Turquie arme sa frontière avec la Syrie

Parallèlement, les Turcs ont demandé à la société européenne Eurosam de préparer une livraison de missiles sol-air anti-missiles pour sa frontière avec la Syrie. Ces missiles dits SAMP-T devraient se substituer à l’équipement chinois dont la Turquie a finalement décidé de se passer.

<!–L’Iran prête à acheter des chars russes

Dans ce contexte réjouissant, l’Iran vient d’annoncer qu’elle achèterait volontiers quelques chars russes T-90. Ces chars sont des modèles lourds, comparables à nos chars Leclerc, ou aux Abrams américains. Petit problème, l’accord sur le nucléaire iranien interdit à l’Iran, pendant 5 ans, de développer son potentiel offensif.

L’idée d’équiper l’armée iranienne avec des chars russes risque de donner grande satisfaction aux Israéliens…

Poutine prêt à une guerre nucléaire?

Selon le site iranien d’information AWD, Poutine aurait par ailleurs demandé l’armement de l’arsenal nucléaire russe, considérant que les conditions d’un conflit sont désormais réunies. Très précisément, c’est le sous-marin lanceur d’engin Rostov-sur-le-Don qui aurait reçu pour instruction de se préparer à un conflit de type nucléaire du côté de la Syrie. On notera que c’est ce sous-marin qui a frappé Daesh avec des missiles classiques mardi dernier.

Et pendant ce temps, la France est paralysée par la question cruciale des désistements ou non au second tour d’élections régionales qui n’ont aucun impact sur la réalité ni des Français, ni du monde!

Régionales: éloge des prolos et des serre-têtes

La campagne des régionales en Ile-de-France donne la nausée. Alors que le séisme du Front National s’est ajouté au séisme du terrorisme, Valérie Pécresse et Claude Bartolone se livrent à un duel à la mode ancienne, hors sol, minable, sourd aux nouveaux défis que la France doit relever, où se dévoilent deux visions du monde dont aucune ne donne envie de vivre à Paris.

Vive les prolos

C’est avec les accents les plus crispants de la bourgeoisie méprisante et réactionnaire que Valérie Pécresse fait ses meetings.

Son porte-parole, Geoffroy Didier, s’est senti obligé de qualifier Bartolone de « prolo« . Il aurait même pu dire « prol », expression que j’avais découverte, lorsque je suis arrivé à Paris en 1986, dans la bouche d’une copine de khâgne qui se proclamait de gauche et dont les parents étaient chercheurs au CNRS. Le « prolo », ou le « prol », pour l’élite parisienne (qu’elle soit de droite ou de gauche, et même plutôt de gauche), c’est un peu l’équivalent autochtone du colonisé: il pue, il est vulgaire, il est sale, il est simple d’esprit, mais c’est une victime du capitalisme et donc il faut le plaindre et le défendre.

J’ai toujours été révulsé par cette expression: non pour ce qu’elle dit, mais pour ce qu’elle ne dit pas, ce qu’elle évoque à mots couverts. Dans ce mot, il y a une couche immense de mépris social, de racisme qui ne dit pas son nom (et qu’on niera la main sur le coeur en proclamant: « comment peut-on me soupçonner de racisme? »), il y a une profonde moue de dégoût pour le pauvre, pour le gagne-petit qui fait du camping et qu’on ne veut surtout pas à dîner chez soi, pour celui qu’on reçoit sur le pas de porte, ou dans la cuisine, celui à qui on ne fera jamais les honneurs du salon.

Le « prolo » en dit long sur la propre représentation sociale que les Républicains se sont forgées d’eux-mêmes: celle d’une élite sociale que les Pécresse, Koscziusko-Morizet et consors incarnent et veulent préserver au fil des élections. Après le raz-de-marée du Front National, les Républicains n’ont décidément rien compris aux leçons des urnes.

Vive les serres-têtes!

Même obsolescence (non seulement programmée, mais réalisée!) du côté de Bartolone, qui accuse de façon stupéfiante Valérie Pécresse d’incarner l’Ile-de-France des serre-têtes. L’expression est un vrai pousse-au-crime. Que n’aurions-nous entendu, que n’entendrions-nous pas si Pécresse accusait Bartolone de faire le jeu des voiles islamiques, des djellabahs ou des chapeaux chinois? Là encore, la majorité démographique doit avaler des humiliations que les minorités n’accepteraient pas?

Régionales

Qui plus est, l’occasion m’est ici donnée de faire l’éloge du serre-tête. C’est un très bel objet qui participe d’une rigueur féminine souvent pleine de sous-entendus. Si je faisais une petite statistique personnelle, je pourrais prouver que la femme en serre-tête est souvent bien plus libérée, sensuelle, voluptueuse, que la femme qui n’en porte pas.

Mais ce n’est pas, bien évidemment, le sujet. Notre problème tient plutôt aux mensonges éhontés de Bartolone, une fois de plus. D’un côté, il explique que le Front National est une abomination parce qu’il divise les Français. De l’autre, pour faire campagne, Bartolone n’a aucun scrupule à stigmatiser les jeunes femmes qui portent des serre-têtes, avec cet horrible sous-entendu selon lequel il ne gouvernera pas pour elle.

Continuez comme ça, mes amis, continuez à ne pas voir le fossé qui s’ouvre sous vos pieds, continuez vos disputes ancestrales… et vous achèverez de précipiter la France dans la fange où vous lui avez fait plier le genou.

La laïcité et l’Islam, entre modernité et post-modernité

Je présente ici la trame de mon intervention à l’institut historique allemand pour la commémoration du cent-dixième anniversaire de la loi sur la laïcité.

La loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat apparaît rétrospectivement comme une loi de la modernité française. Elle constitue le sommet d’un mouvement séculaire par lequel l’Etat s’émancipe de toute signification religieuse pour devenir l’espace d’un vivre ensemble profane. Cent dix ans plus tard, cette loi semble prise dans la tempête des relations complexes que l’Europe est obligée de nouer avec un Islam post-moderne.

Une loi de la modernité

Rappelons une évidence: la loi de séparation vise bien à désacraliser l’espace public. Elle est, en ce sens, la consécration politique d’une vision homérique, celle d’Ulysse préférant à l’immortalité la construction d’une cité mortelle mais heureuse parmi les hommes. La loi de séparation, c’est Ithaque transformée en modèle français.

Peu de pays ont pris la voie suivie par la France à l’époque. Les Etats-Unis, l’Allemagne, se sont montrés beaucoup plus réticents dans la construction d’un espace public sans référence à Dieu. On soulignera avec étonnement qu’un partenaire inattendu épousa la logique française. Il s’agit de la Turquie d’Ata-Turk, qui proclama une laïcité intégrale au point d’interdire le port du voile par les femmes.

Ce parallèle mérite d’être noté car il souligne l’étendue des dégâts que les mauvais choix politiques européens vis-à-vis de la Turquie entraînent aujourd’hui.

Les esprits malicieux rappelleront qu’un troisième pays méditerranéen avait fait le même choix que la France, mais plus tardivement: la Tunisie, où la prohibition du voile était aussi importante qu’en France. Une bonne lecture d’Homère montre que la Méditerranée est restée, à travers les siècles, un espace profane attaché aux libertés religieuses et à la construction d’un espace politique laïque.

Israël, première entorse française à la laïcité

Contrairement aux illusions répandues en France sur la laïcité, la loi de 1905 n’a pas durablement consacré une vision profane de l’espace politique dans le monde. Dès 1948, la France a soutenu la création d’un Etat religieux au Moyen-Orient. Sans entrer dans l’interminable débat sur la légitimité de cette création, il est un fait qu’en soutenant la résolution des Nations-Unies créant l’Etat d’Israël, la France a fait violence aux dispositions sur la laïcité.

Pour la première fois depuis longtemps, en effet, ce n’était pas la volonté d’un peuple de disposer de lui-même qui fondait la reconnaissance d’un Etat indépendant, mais plutôt une loi religieuse du Retour qui servait de justification et de canevas à la création d’un Etat. Si la France (comme l’Union Soviétique) ne furent pas les plus actifs sur ce sujet, il n’en demeure pas moins qu’elle a donné son consentement à ce projet qui contrevenait à nos principes de laïcité.

Ce petit rappel montre l’enjeu que le Proche-Orient, depuis de nombreuses années, constitue pour la laïcité.

A titre anecdotique, il est étrange de noter que les voisins d’Israël ont, au cours des années 50, été marqués par des révolutions laïques hostiles au sionisme. Le parti Baas, en particulier, dans ses extensions irakiennes, égyptiennes et syriennes, ont structuré la résistance plus ou moins intensive à Israël.

L’Islam, la laïcité et la post-modernité

Si la laïcité a incarné la modernité française, son application dans des pays où l’Islam sunnite est majoritaire a constitué une violence forte contre les courants historiques de pensée dans le monde arabe. Comme l’a montré Albert Hourani, l’Islam depuis le dix-huitième siècle ne pense pas sa modernité à travers l’Etat, mais à travers la religion. De ce point de vue, les régimes baasistes ont constitué une anomalie, une sorte de verrue qui explique pourquoi ces régimes se sont souvent appuyés sur les communautés chrétiennes plutôt que sur le sunnisme.

On peut dater de la révolution iranienne, c’est-à-dire de 1978, le mouvement de reflux dans le monde musulman. L’éviction du Shah et l’arrivée d’un régime religieux a constitué un point de rupture. A partir de 1978, le monde musulman aspire à vivre sa modernité dans une orthopraxie religieuse publique. C’est ce que nous pouvons appeler la post-modernité arabo-musulmane.

Cette évolution a trouvé de nombreuses traductions politiques. Le printemps arabe a, en Egypte comme en Tunisie, favorisé l’émergence de partis islamistes traditionnels qui ont entendu redonner une place plus ou moins forte à la religion au sein de l’Etat. En Turquie, l’arrivée au pouvoir de l’AKP a profondément remis en cause la tradition laïque que Mustafa Kemal avait installée.

La réaction européenne à la post-modernité islamiste

Désormais, c’est avec cette post-modernité que nous devons composer.

Pour l’instant, les pays occidentaux ont volontiers joué avec le feu (sous l’égide des Etats-Unis) en soutenant massivement la création d’un bloc sunnite au Moyen-Orient. Les déstabilisations de Kadhafi, de Bachar Al-Assad, de Saddam Hussein avant eux, ont constitué les manifestations les plus spectaculaires de cette politique d’alliance avec les Etats du Golfe.

Nous commençons à vivre les dommages collatéraux de cette vision stratégique qui a rompu avec notre tradition culturelle. Le frissonnement islamiste dans les communautés musulmanes d’Europe et des Etats-Unis oblige l’Occident à interroger le sens de sa diplomatie golfo-atlantiste depuis près de 30 ans. Avons-nous vendu aux Etats sunnites la corde qui servira à nous prendre?

Dans tous les cas, la laïcité ne peut plus faire l’économie d’une interrogation en politique étrangère.

Macron, petit lobbyiste de la technostructure

Emmanuel Macron, qui s’est enrichi lorsqu’il était salarié d’une banque d’affaires et qui n’a jamais travaillé à son compte, défend une idée toute sociale-démocrate de l’entreprise. Dans son esprit, l’entreprise, ce sont d’un côté des capitalistes héritiers qui possèdent une structure juridique et la rentabilisent, de l’autre des salariés qui lui prêtent leur force de travail à des coûts plus ou moins élevés. Mais de la prise de risque et de la création de valeur par un travail indépendant, ce que nous appelons historiquement l’entreprise, cette idée-là, il l’ignore superbement et n’en soupçonne peut-être pas l’existence.

On ne peut évidemment entendre autrement les propos qu’il a tenus sur le RSI dont il faut ici décoder le sens.

Le RSI, ce hold-up du siècle

Peu de Français comprennent le RSI. Il faut donc bien commencer par en rappeler succinctement le sens et l’origine.

Dans les années 30, la France avait développé une protection sociale obligatoire pour les plus bas salaires, et une liberté de couverture et d’affiliation pour les autres, notamment pour les artisans. En pleines séquelles de la crise de 1929, ce choix comportait une certaine dose de courage malgré les « trous dans la raquette » qu’il maintenait.

En 1945, Alexandre Parodi et Pierre Laroque, conseillers d’Etat, mirent en place la sécurité sociale qu’ils avaient, en vain, proposée à Vichy durant les premiers mois du régime de Pétain dont ils furent (ils l’ont dissimulé par la suite) de zélés collaborateurs. Ce système bureaucratique rendait obligatoire l’affiliation de tous les personnes actives à un régime unique de protection sociale. Vichy en avait repoussé l’idée à l’époque par crainte d’un « collectivisation » de l’économie. Les technocrates du gouvernement provisoire profitèrent des circonstances de la Libération pour la mettre en pratique.

Pierre Laroque proposa à Pétain la création de la Sécurité sociale dès 1940
Pierre Laroque proposa à Pétain la création de la Sécurité sociale dès 1940

Contrairement à la légende forgée de toutes pièces depuis cette époque par les idéologues du solidarisme bureaucratique, la mise en place d’un régime unique de sécurité sociale suscita dès 1945 des réactions et des résistances très virulentes au sein de la société française. Les premières marques d’hostilité vinrent d’ailleurs de la CGT: celle-ci refusa catégoriquement la suppression de ce qui fur appelé par la suite les régimes spéciaux, beaucoup plus favorables que le régime général.

Dès 1947, les cadres créèrent l’AGIRC et l’ARRCO et, surtout, les indépendants refusèrent d’être absorbés par le régime général, pour des raisons qui sont, mot pour mot, celles qui nourrissent la haine des indépendants contre le RSI aujourd’hui. Egrenons-en quelques-unes: obligation d’affiliation à une couverture unique qui ne correspond pas aux choix libres des individus, taux de cotisations usuraires destinés à financer l’assistanat, rigidité d’un système qui épouse mal les fluctuations d’activité de l’entreprise, subordination à une caste de bureaucrates appelés « inspecteurs URSSAF » qui ne sont rien d’autres que des fonctionnaires rentiers de la solidarité, faibles performances sociales d’un système qui coûte cher et qui indemnise mal.

Bref, le régime unique de sécurité sociale pour les indépendants est une idée aussi idiote et mortifère pour l’entreprise que l’engagement dans la Légion Etrangère pour un artiste, ou la pratique quotidienne de la boxe pour un pianiste.

Le RSI, la revanche haineuse de la technostructure sur les indépendants

En 1947, les indépendants remportèrent une grande victoire en échappant à leur intégration dans le régime général de la sécurité sociale. La France de l’époque avait du bon: malgré l’émotion de la Libération, les forces sociales étaient encore en position de résister aux logiques hégémoniques de la technocratie. Certes, à cette époque, les présidents de la République en tartinaient moins sur le dialogue social, sur la démocratie sociale, sur les grandes conférences sociales et autres balivernes qui dissimulent tant bien que mal la rupture profonde entre le pouvoir politique et la société. En revanche, ils évitaient de violer le corps social en imposant sans mollir des réformes inventées dans les couloirs hors sol des ministères dont le premier résultat est de braquer ceux qui créent de la valeur.

Depuis 1947, la technostructure n’a jamais pardonné aux indépendants cette espèce de victoire aux Camp des Eperons d’Or remportée sur l’idéologie solidariste. Il fallait bien que cette humiliation historique fût, tôt ou tard, payée amèrement.

C’est à cette oeuvre de vengeance que deux conseillers d’Etat devenus ministres se sont employés en 2005. L’ordonnance de Philippe Bas et Renaud Dutreil, sous l’autorité de Jean-Pierre Raffarin, constitua une première réparation du dommage de guerre. En fusionnant les trois caisses existantes pour les indépendants en une entité unique, ces technocrates revanchards ont créé les conditions d’une future fusion avec le régime général.

Jean-Pierre Raffarin a fossoyé le statut d'indépendant
Jean-Pierre Raffarin a fossoyé le statut d’indépendant

Pour y parvenir, la logique était double. D’une part, le gouvernement créait une unité dans un système disparate, ce qui était une étape préparatoire à une future absorption par la sécurité sociale. D’autre part, il dégradait délibérément les conditions de gestion du régime en sous-dimensionnant la structure de portage, pour rendre sa survie impossible à long terme.

De façon très logique, Emmanuel Macron se propose aujourd’hui de « finir » le travail en réalisant l’étape ultime d’un projet quasi-séculaire: l’intégration des indépendants dans une sécurité sociale de salariés.

Détruire le travail indépendant, une obsession de la technostructure

Pour bien comprendre les motivations de la technostructure dans ce projet à long terme, il faut reprendre quelques statistiques économiques.

En 1970, la France comptait encore 4,5 millions de travailleurs indépendants contre 17 millions de salariés. Le travail indépendant, il y a près de cinquante ans, représentait 20% de l’économie française. En 2015, la France ne compte plus que 2,5 millions d’indépendants pour 23 millions de salariés. Le travailleur salarié s’est donc, proportionnellement et en valeur absolue réduit de moitié dans la société française.

Pareil mouvement démographique ne tient ni du hasard ni de l’échec. Il répond à une tendance longue justifiée par une logique économique, dont les formes historiques sont évidentes.

La tendance longue est celle d’une caporalisation grandissante de la société par la technostructure d’Etat, d’une instrumentalisation politique du salariat au service d’une vision bureaucratique hégémonique. Contrairement aux grotesques idées reçues sur un prétendu triomphe du néo-libéralisme dans nos sociétés, l’histoire de la société française depuis cinquante ans est celle d’une lutte sans merci de l’appareil d’Etat contre l’esprit d’entreprise.

Les formes historiques de cette lutte sont d’ailleurs bien connues.

La première est celle de l’instabilité et de l’inflation réglementaire qui rendent impossibles l’exercice normal du métier de chef d’entreprise. On oublie trop souvent de dire que le changement permanent des lois et des règlements est la première restriction apportée à la libre concurrence: elle pénalise lourdement les petites structures pour lesquelles les coûts d’acquisition des connaissances réglementaires sont très élevés.

Les incessants changements de règles, vécus sous Ayrault, participent d'une logique de pénalisation des entreprises
Les incessants changements de règles, vécus sous Ayrault, participent d’une logique de pénalisation des entreprises

La deuxième forme de lutte contre l’esprit d’entreprise est la pénalisation grandissante des décisions de gestion. L’ubuesque réglementation sur les abus de biens sociaux, sur le harcèlement moral, sur le délit d’entrave syndical, la complexité des règles applicables dans ce domaine, transforment le chef d’entreprise en délinquant permanent qu’il est facile de « coincer » quand il n’obéit pas assez.

Une troisième forme historique de la lutte contre l’esprit d’entreprise est fiscale: le chef d’entreprise est soumis à une véritable confiscation de son chiffre d’affaires par les pouvoirs publics. Pour dégager 25.000 euros de revenus, il faut 100.000 euros d’excédent brut d’exploitation. C’est évidemment intenable.

Bas, Dutreil, et bientôt Macron, ont ajouté à cet impressionnant arsenal la lutte sociale. Elle s’appelle aussi la quadrature du cercle ou le RSI. Son objet est de bureaucratiser la vie privée du chef d’entreprise en l’obligeant à adhérer à un système de sécurité sociale qui l’assomme de prélèvements souvent indus (parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros sans raison) et de taux de cotisations prohibitifs pour un résultat médiocre.

Le projet politique de la technostructure

Derrière ces éléments tactiques se cache bien entendu une stratégie. La technostructure entend bien mener à terme son projet de domination sociale.

D’un côté, la technostructure souhaite tout savoir de tout le monde, de tous les Français. Dans ce dessein, la sécurité sociale tient une place essentielle, puisqu’elle permet de donner un visage positif, « solidaire » à un grand système de collecte très intrusif de données sur les individus. Certes, vous n’avez rien demandé, mais comme on vous aime, on va vous soigner, prévoir votre retraite, et en contrepartie vous allez tout nous dévoiler sur vos petits secrets.

D’un autre côté, la technostructure entend bien s’exonérer, pour ce qui la concerne, des obligations « universelles » qu’elle impose aux Français. La technostructure conserve son propre régime de retraites, dont le déficit est financé à guichets ouverts par l’impôt, avec ses règles de calcul hyper-favorables et ses taux de remplacement hallucinants quand on connaît la réalité du secteur privé.

Un projet de domination globale par les hauts fonctionnaires: c’est cela qu’il faut entendre dans la bouche d’Emmanuel Macron. La question qui reste est de savoir si la technostructure agit pour son propre compte, ou si  elle agit pour le compte d’autrui. Une chose est sûre: elle oeuvre à la servitude de la société française comme un tanneur travaille son cuir. Avec patience mais détermination.

Le FN et le care affinitaire

Dans le flot de raisons qui expliquent la montée du Front National, l’une d’elle est régulièrement passée sous silence: le FN a développé une vision du « care », une conception sociale protectrice, qui lui attire de nombreux soutiens dans les milieux populaires. Cette dimension, dénoncée par ses détracteurs comme « racistes » car fondée sur la préférence nationale, mérite pourtant d’être analysée avec attention, dans la mesure où elle est au coeur d’une manifeste rencontre entre ce parti d’extrême droite et une part importante des milieux populaires.

L’Etat et le « care »

L’une des principales caractéristiques du FN est de défendre une vision de la société où l’Etat est en charge du care. A la différence des partis d’extrême gauche où l’Etat joue le rôle de producteur, pour le FN, son rôle est d’abord articulé autour d’une sorte de conception du bonheur, où la protection des citoyens contre les « gros » est centrale. Cette protection se déploie face à l’Europe, face aux intérêts financiers, face à la cupidité des grandes entreprises. L’enjeu repose moins sur la méthode à suivre (la nationalisation, l’étatisation ou la taxation du capital) que sur des objectifs à atteindre: garantir un niveau de vie, une sécurité matérielle et sociale, qui font feu de tout bois sans forcément s’appuyer sur une vision idéologique du monde.

Très régulièrement, cette approche n’est pas prise au sérieux et volontiers vilipendée comme n’étant qu’un prétexte à développer le discours affinitaire des « Français d’abord ». Cette perception est probablement faussée, voire fautive: le succès du FN dans les milieux populaires tient largement à cette adresse sociale qui n’est pas sans rappeler « la gauche du travail, la droite des valeurs » en vogue dans certains milieux d’extrême droite.

Le care contre la régulation

Lorsque Pierre Gattaz s’est livré à une charge en règle contre le programme du Front National, il a dit tout haut ce que Laurence Parisot avant lui n’avait pas osé écrire crument: le programme du FN percute les intérêts capitalistiques en France. En levant le tabou, Pierre Gattaz a d’ailleurs apporté, à sa manière, sa pierre au raz-de-marée électoral de dimanche.

Qu’a dit en effet Pierre Gattaz dans la presse? que le programme du Front National est socialement protecteur et qu’il coûtera cher en termes de compétitivité. Cette évidence, proclamée haut et fort, souligne bien le poids du « care » dans le programme de Marine Le Pen. De façon plus ou moins sincère d’ailleurs, son enjeu consiste bien à redonner au tissu sociétal français une dimension de cohésion mise à mal par les politiques d’austérité menées depuis plusieurs années.

C’est probablement la grande leçon à retenir des résultats de dimanche: les partis politiques traditionnels ne s’intéressent pas assez aux dégâts de la remise à l’équilibre des finances publiques et aux dommages collatéraux produits par la crise de 2008. En développant des propositions concrètes sur ces points, le FN réinvestit un champ plus ou moins abandonné par ses concurrents.

Le care affinitaire

Pour répondre au reproche formulé sur le manque de réalisme économique de ses propositions, le FN a coutume d’opposer un contre-argument: il réservera ses dépenses sociales aux « Français », autour d’une logique de préférence nationale. En réalité, les contours de cette préférence sont extrêmement flous et ne manqueront pas de soulever de nombreuses questions juridiques qui en pervertiront le sens. Mais l’essentiel du discours frontiste n’est pas là. Il ne porte pas sur les détails de sa réalisation. Son essence est de poser un principe générique: là où l’Etat de droit pose des règles universelles, le FN veut proclamer un droit affinitaire, un droit à la préférence. Les règles peuvent changer selon la proximité des individus avec un corpus spécifique de valeurs ou de critères.

Le « care affinitaire » est souvent stigmatisé au nom du racisme ou de la xénophobie par l’ensemble des défenseurs de la pensée critique. Ceux-là ne prennent pas forcément le temps de discerner l’originalité politique du discours frontiste. Dans un monde où les jeunes (notamment) s’identifient de plus en plus à une « tribu », dans un contexte où l’identité sociale se rattache de plus en plus à des expressions affinitaires volontiers déployées dans les réseaux sociaux, le FN propose une traduction politique à ce tribalisme: la communauté doit protéger ses propres membres avant de protéger les autres.

Si cette conception affinitaire du champ social est en rupture majeure avec la conception universaliste de la citoyenneté, elle présente la particularité d’être en « phase » avec la pensée émergente dans la jeunesse. C’est donc sans surprise que 35% des moins de 24 ans votent Front National.

 

Le PS parisien, coupable ami du billard à 15 bandes

Dans la tectonique des plaques accélérée par la victoire écrasante du Front National dimanche, l’évolution des forces internes au Parti Socialiste constitue probablement l’un des dommages collatéraux les plus inattendus. En annonçant leur désistement dans trois régions « risquées », Valls et Cambadélis viennent en effet de révéler au grand jour une fracture béante entre le PS parisien au sens large, moins menacé qu’ailleurs, et des régions où les militants locaux se sentent floués par les décisions nationales. De là à dire que les bouleversements politiques français sont d’abord un combat de la province contre Paris, il n’y a qu’un pas.

Le PS parisien aux premières loges

L’ironie du sort, et peut-être la crise la plus profonde à gauche, tient d’abord au poids de Paris dans ses instances décisionnaires aujourd’hui. Jean-Christophe Cambadélis est député de la capitale, d’une circonscription où il donne libre cours à des logiques communautaristes telles qu’il en existe à Molenbeek, et telles qu’elles sont combattues par le Front National. S’il existe un Premier Secrétaire peu légitime pour imposer des désistements dans les régions face au Front National, c’est bien lui: le PS en Ile-de-France se porte électoralement plutôt mieux qu’ailleurs, et les renoncements du Premier Secrétaire n’engagent pas sa fédération.

La même remarque mérite d’être formulée à propos de Manuel Valls: élu francilien, ancien maire d’Evry, membre du microcosme parisien, le Premier Ministre peut difficilement se vanter d’être un bon connaisseur de la province. On comprend le ressentiment des militants locaux face aux décisions expéditives qu’il peut prendre.

Le PS parisien et les parachutés

Les mauvais esprits noteront d’ailleurs que l’annonce du désistement au second tour au titre du « front républicain » s’est faite sans bronchement de la part des élus « parachutés ». Martine Aubry dans le Nord, mais parachutée parisienne, n’a manifestement guère de problème pour endosser le discours bobo de la lutte à tous crins contre le FN. Christophe Castaner, qui a commencé sa carrière politique comme directeur de cabinet de Tony Dreyfus, maire du 10è arrondissement de Paris, non plus.

En revanche, Jean-Pierre Masseret, que les états-majors parisiens ne tiennent pas, fait de la résistance. Là encore, le combat entre Paris et la province est éclatant.

Le PS parisien et la cohérence face au FN

Pour justifier leur décision de ne pas prendre part au second tour dans trois régions (mais pas dans les autres), Valls et Cambadélis invoquent le principe du front républicain. C’est un choix conforme à la doctrine officielle. Selon la formule consacrée, et dont le sens paraît de plus en plus dérisoire et vain, « il faut faire barrage au Front National ». Cette obsession justifie que les hiérarques socialistes appellent publiquement à voter pour les ennemis d’hier contre les ennemis de demain.

Soit dit en passant, cela fait quand même bizarre d’entendre le Premier Secrétaire du Parti Socialiste dire solennellement: « J’appelle à voter Xavier Bertrand », et plus encore: « J’appelle à voter Christian Estrosi ». Il est parfois des mots simples qu’on prononce parce qu’ils semblent évidents, mais dont on mesure mal la portée. En l’espèce, le « barrage contre le Front National » se justifie au nom de la démocratie. Mais c’est quoi une démocratie où Manuel Valls s’écharpe avec Christian Estrosi à l’Assemblée Nationale, en échangeant régulièrement des noms d’oiseau, et où ils font alliance au moment des élections.

Les responsables des partis de gouvernement ont-ils clairement mesuré que cette pratique de combinazioni constitue un cancer aussi grave que le mal dont ils prétendent nous prémunir? En tout cas, ils voudraient décrédibiliser la parole politique qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

Le PS parisien et ses deux poids deux mesures

Selon la tradition du PS parisien, les lignes avancées au niveau national sont forcément à géométrie variable. On se désiste dans le Nord, en Provence et en Lotharingie, mais pas dans le Centre, ni en Franche-Comté, ni dans le Languedoc, ni ailleurs. Vérité en-deçà de la Loire, erreur au-delà.

Inévitablement, ces ruptures d’égalité interrogent le citoyen qui voit bien que, derrière les apparences de cohérence, le calcul politicien a repris ses droits. Pendant un moment, on a sorti les mouchoirs et porté la main sur le coeur en signe de respect. Mais réflexion faite, la manoeuvre est puante: elle constitue un énième calcul dont le PS parisien est coutumier, et dont il asperge désormais les puissantes fédérations du Nord et des Bouches-du-Rhône qui furent à une époque des faiseuses de rois. Et l’on se dit: indécrottablement, le PS parisien agit avec des plans compliqués, des intentions cachées qui font la fortune du FN.

Le PS parisien et 2017

A long terme, on devine la logique qui est à l’oeuvre ici. Le PS parisien sacrifie trois régions pour mieux demander, en 2017, la réciproque aux Républicains. La machination est ici vue de longue date. François Hollande a laissé la désunion à gauche s’installer depuis plusieurs mois, histoire de montrer à ses troupes les risques encourus en cas de persévérance dans l’erreur. Continuez comme ça et 2017 sera un remake de 2002. Vous voyez bien que le bon sens est de se rassembler dès le premier tour.

Dans cette seule hypothèse, Hollande se dit qu’il a une chance d’être au second tour face à Marine Le Pen. S’il veut gagner face à elle ce jour-là, il aura bien besoin du soutien des voix de droite. Il le sait et il prépare d’ores et déjà le terrain face à un Sarkozy bien décidé à ne pas s’en laisser compter.

Dans ce bel ordonnancement machiavélique, François Hollande oublie une seule donnée: ce que les Français rejettent, c’est d’abord cette façon-là de faire de la politique. Et rien ne lui prouve qu’une éventuelle consigne de vote donnée par Sarkozy en 2017 sera mieux suivie que celle que ses sbires donnent à ses troupes aujourd’hui.

Mais parfois on se demande si les dirigeants socialistes ont encore une claire conscience de ce qu’est le billard à 15 bandes, leur sport favori.