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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Qui est Abdelilah Zyad, le mentor de Mostefaï?

Je reproduis ici un extrait de l’excellent article de Mediapart consacré à la (non)surveillance du kamikaze Mostefaï, l’un des terroristes du Bataclan.

« L’homme le plus intéressant est évidemment leur chef, Abdelilah Ziyad. Cet islamiste marocain de 57 ans, vieux routier de la guerre sainte, a été condamné à huit ans de prison pour avoir organisé l’attentat contre l’hôtel Atlas Asni de Marrakech, qui a fait deux morts en août 1994. « Le djihad commande de répondre à la violence par la violence », théorisait-il en 1996 lors de son procès à Paris, au cours duquel il marmonnait des versets du Coran et cessait d’écouter les débats à heures fixes pour faire sa prière (lire ici,  et ).

Ziyad s’est engagé à 18 ans dans le Mouvement de la jeunesse islamique marocaine (MJIM), qui voulait fomenter une révolution pour instaurer un régime islamiste dans le pays. Au début des années 1980, il convoie des armes au Maroc en provenance d’Algérie, ce qui lui vaut d’être condamné à la perpétuité par contumace. Car Ziyad est parvenu à fuir en France avant son procès. Il dit avoir appris que lors de l’enquête, sa mère « est morte en garde à vue » et son frère est devenu fou « après avoir été torturé ». Il en tire une haine immense envers le régime d’Hassan II.

Expulsé de France en 1984, Ziyad s’installe en Libye puis en Algérie (le grand ennemi et rival du Maroc), où il est soupçonné d’avoir été assisté, voire manipulé, par les services secrets. C’est en tout cas grâce à ses nouveaux papiers algériens qu’il a pu revenir dans l’Hexagone en 1986 et obtenir une carte de séjour. Il s’installe dans les années 1990 à Mainvilliers, en banlieue de Chartres, où il fréquente la salle de prière locale, la seule de l’agglomération à l’époque. Mais il travaillait dans le quartier parisien de Clignancourt, où il a ouvert une librairie.

À l’époque, Ismaël, futur kamikaze du Bataclan, n’était encore qu’un jeune écolier. Pendant ce temps-là, entre Paris et la région Centre, Abdelilah Ziyad, alias « Rachid », prépare secrètement une vague d’attentats visant à « déstabiliser le Maroc ». Il parvient à embrigader plusieurs jeunes Français originaires de la cité des 4000 à La Courneuve et de la banlieue d’Orléans. Il organise pour ses recrues des entraînements sportifs dans le sud de la France, puis les convoie en Afghanistan pour achever leur conditionnement et les former au maniement des armes.

Le mode opératoire prévoyait que quatre commandos frappent de manière coordonnée : mitrailler la foule sur une plage, tuer un agent de police, attaquer une synagogue, assassiner des touristes. Une seule opération a réussi : le 24 août 1994, trois des Français recrutés par Abdelilah Ziyad tirent dans le hall de l’hôtel Atlas Asni de Marrakech, tuant deux touristes espagnols et blessant grièvement une Française.

Ziyad est arrêté en août 1995 à la frontière austro-allemande et transféré en France, où il est jugé en 1996. Après avoir nié pendant l’enquête, il finit par avouer sa responsabilité à l’audience. Il est condamné en janvier 1997 à huit ans de prison pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », peine assortie d’une interdiction du territoire pendant dix ans. Libéré en 2001, il disparaît des radars. Selon un livre paru en 2004 sur la mouvance islamiste au Maroc (Du 11 septembre 2001 aux attentats de Casablanca du 16 mai 2003, d’Ahmed Chaarani), il aurait d’abord vécu clandestinement en Belgique après sa sortie de prison. Joint par Mediapart, l’intéressé dément.

En 2008, l’antenne locale de la DGSI (alors appelée DCRI) repère un groupe salafiste à Chartres. Surprise : son leader, que la dizaine de membres considèrent comme leur « maître », n’est autre qu’Abdelilah Ziyad. « Je n’étais présent dans aucun groupe », proteste l’intéressé. Selon nos informations, il se présente comme un imam et se fait toujours appeler « Rachid ». Les services découvrent dans la foulée qu’il vit depuis des années sous de fausses identités à Migennes, dans l’Yonne, en violation de son interdiction de territoire. (…)

Abdelilah Ziyad, qui vit toujours à Migennes et continue de se rendre à Chartres « de temps en temps », indique en tout cas n’avoir jamais été informé des attentats du 13 novembre. « J’ai la maladie de Parkinson, je peux à peine bouger. La police sait où je bouge, toutes mes connaissances, tout le monde me voit. Je ne suis pas dans la préparation de toutes ces choses », a-t-il répondu à Mediapart. Il affirme même condamner les attaques survenues à Paris : « Je suis contre ces attentats-là, je suis contre ce massacre des foules, c’est des choses qui me dépassent à 100 %. C’est pas de l’islam, c’est pas de la tolérance. » Lui-même a pourtant organisé les attentats de Marrakech de 1994, dont un seul avait abouti. Mais vingt ans après l’avoir avoué à l’audience, il réfute curieusement son rôle : « C’était pas préparé, j’étais dans une affaire. Et ça fait vingt ans. »

Briefing: retour à une séquence économique?

Après une semaine terrible marquée par une série d’attentats et par un climat de terreurs, avec une masse de perquisitions et un assaut en règle à Saint-Denis, l’actualité devrait à nouveau s’intéresser aux problématiques économiques, même si les préoccupations diplomatiques resteront essentielles.

Le périple diplomatique de Hollande

François Hollande consacrera une bonne partie de sa semaine à parcourir le monde pour constituer une alliance diplomatique et militaire contre Daesh. Il se rendra notamment aux Etats-Unis mardi, en Russie jeudi et au sommet du Commonwealth à La Valette vendredi. Dimanche prochain, il rencontrera Ban-Ki-Moon, le premier ministre canadien et le président chinois. Ce marathon pourrait déboucher sur une intervention militaire au sol coordonnée en Syrie.

Encore une séquence parlementaire

De son côté, Manuel Valls continuera à répondre aux questions de parlementaires, à l’Assemblée nationale comme au Sénat. Une séance de questions est prévue mardi, mercredi et jeudi, à l’Assemblée ou au Sénat. Le Parlement se prononcera notamment sur la prolongation de l’engagement de nos forces aériennes en Syrie.

Deuxième lecture du PLFSS

L’Assemblée entamera la deuxième lecture du PLFSS 2016. Ce parcours devrait permettre de rétablir le texte d’origine, notamment l’article 21 sur la généralisation de la complémentaire santé aux retraités, que la Sénat a supprimé.

Deuxième lecture du projet de loi santé

L’assemblée examinera également le projet de loi santé, fortement amendé par le Sénat. Cette lecture devrait également permettre de rétablir le texte du gouvernement. On suivra en particulier les dispositions sur la généralisation du tiers payant.

Le retour de l’économie?

Progressivement, les questions économiques devraient revenir au centre des préoccupations. Le G20 a constaté le ralentissement économique mondial. La perspective d’un relèvement des taux de la FED prend toutefois forme de façon inquiétante pour l’Europe. Un test sur ces perspectives aura lieu mardi, puisque ce jour paraîtront les statistiques sur le PIB américain au troisième trimestre. La réaction des marchés et des autorités américaines permettra de « sentir » le contexte dans lequel devraient se dérouler les prochains moins.

 

Journal de guerre: des tireurs blancs en Mercedes noire?

Ce texte est la traduction d’un témoignage publié par le Daily Mirror sur la fusillade de la rue de Charonne, au bar La Belle Equipe. Il pourrait confirmer la thèse d’une quatrième équipe de tireurs.

Le Daily Mirror publie le témoignage de Mahoud Admo, 26 ans, qui logeait à l’Armée du Salut le soir où l’attentat a été commis. Voici son verbatim:

“J’étais juste dans ma chambre et j’avais la fenêtre ouverte sur la rue en bas.

Je pouvais voir toute une foule assise à l’extérieur du bar, en train de dîner ou de prendre un verre. La place était bondée de gens qui s’amusaient.

Vers 21h30 un Mercedes noire neuve a remonté la rue avec des fenêtres teintées à l’arrière, et les fenêtres du passager et du conducteur baissées. J’ai pu distinctement voir le visage du passager parce qu’il ne portait ni chapeau ni masque.

Dès que la voiture s’est arrêtée il a calmement ouvert la porte et il est sorti juste en face du restaurant.

C’est à ce moment que je l’ai vu tenir une arme automatique qui reposait sur sa hanche. Je n’arrivais pas à croire ce que je voyais.

Les gens en terrasse ont repéré le tireur qui s’approchait avec son arme et ils ont essayé de se réfugier à l’intérieur mais il les a abattus sur le pas de la porte.

Alors les gens à l’intérieur se sont avancés pour voir ce qui se passait et il les a aspergés de munitions. J’ai essayé d’attraper mon téléphone pour filmer mais le tireur a vu la lumière de mon téléphone et j’ai dû me baisser derrière le mur quand il a tiré sur l’hôtel. Le tireur a rechargé son arme calmement à plusieurs reprises. Il a alors tiré sur les fenêtres dans la rue pour être sûr que personne ne puisse filmer ou prendre des photos. Cela a duré plus de six minutes.

Il a tiré énormément de munitions. Il était blanc, rasé de près et avait des cheveux noirs bien coiffés. Il était habillé tout en noir avec une écharpe rouge.

Le tireur avait environ 35 ans et un corps extrêmement musclé, ce qui se voyait à la taille de ses bras. Il ressemblait à un haltérophile.

Il ne portait pas de gants et son visage était impassible quand il marchait en direction du bar.

Le conducteur a ouvert sa porte un peu avant que la fusillade ne commence et il s’est levé, le bras et une arme automatique posés sur le toit de la voiture. Il est resté comme ça, un pied dans la porte comme s’il faisait le guet.

Je le décrirais comme grand, avec des cheveux sombres et aussi très musclé.

On aurait dit des soldats ou des mercenaires et ils semblaient tout faire comme dans une opération militaire. C’était évident qu’ils étaient tous les deux très lourdement armés et que le tireur portait plusieurs chargeurs sur lui.

Ils se sont ensuite calmement assis dans la voiture et ont démarré en trombe en direction du théâtre du Bataclan.

Au bout de cinq minutes la police et les ambulances sont arrivées. Il y avait environ 20 corps gisant sur le sol à l’extérieur du bar et toutes les fenêtres autour étaient criblées de balles. C’était terrible. On pouvait voir où les gens avaient été blessés.

Vers 5 heures du matin, les cadavres étaient couchés dans la rue sous des couvertures jaunes jusqu’à ce que des ambulances les emmène. »

On le voit, ce témoignage donne une version très différente de la fusillade, l’attribuant notamment à un tireur blanc, en Mercedes. La fusillade aurait duré plus longtemps que dans la version officielle. En revanche, le témoin donne une arrivée assez rapide des secours…

Rappelons ici que seule une confrontation des témoignages permet de garantir une compréhension approchée de ce qui s’est réellement passé ce soir-là.

 

Journal de guerre: l’histoire secrète du 13 novembre

Mis à jour le 31 décembre à 9h.

 

Le lecteur trouvera ici une fiche que je tâcherai de mettre à jour régulièrement sur l’histoire secrète du 13 novembre.

 

2010, Belgique

Salah Abdeslam, l’ennemi public n°1 après les attentats de Paris, est incarcéré en Belgique pour des affaires de braquage. En prison, il rencontre Abdelhamid Abaaoud, considéré comme le cerveau de ces attentats.

2010, France

Début de la radicalisation d’Ismaël Omar Mostefaï, l’un des assaillants du Bataclan, qui rentre dans le club fermé des « fiches S ». L’intéressé totalise cette année-là 8 condamnations sans aucune incarcération pour des faits de délinquance. Il est né à Courcouronnes, mais vit dans une zone pavillonnaire de Chartres. Il est en contact avec Abdelilah Ziyad, l’un des cerveaux d’un attentat qui a ensanglanté Marrakech en 1994. Cet émir, qui vivait clandestinement en France, a dirigé à Chartres un groupe radical d’une dizaine de personnes (dont Mostefaï), adepte des entraînements façon commando.

2012, Turquie

Installation d’Ismaël Omar Mostefaï en Turquie avec sa femme et son enfant de 2 ans.

Mars 2012, Toulouse

Attentat de Mohammed Merah contre des militaires puis contre une école juive. 

Juin 2012, Drancy

Samy Amimour (l’autre assaillant du Bataclan), machiniste à la RATP, démissionne et présente tous les signes de la radicalisation. Il fréquente activement un certain Charaffe el-Mouadan, benjamin d’une famille de huit enfants, à Bondy. Ce dernier semble avoir un ascendant sur lui et un troisième comparse, Samir B. Le groupe est en contact avec Abdoul M’Bodji, lié à la cellule niçoise Forsane Alizza. 

Septembre 2012, Belgique

Début de la radicalisation d’Abaaoud, à sa sortie de la prison de Forest.

Septembre 2012, Tombouctou

Abdoul M’Bodji a rejoint la police religieuse d’Aqmi, au Mali. Il propose à Charaffe el-Mouadan de l’y rejoindre, accompagné de Samy Amimour. 

15 octobre 2012, Drancy

Arrestation et mise en examen de Samy Amimour pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste », comme deux autres jeunes. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu rejoindre le Yemen pour faire le djihad. La justice les place sous contrôle judiciaire. 

En compagnie de Charaffe el-Mouadan et de Samir B., Amimour a emprunté 20.000 euros pour acheter du matériel de camping et de voyage préparant au jihad. Ils sont simplement allés à Tataouine, en Tunisie, pendant quelques jours. 

Février 2013, Syrie

Abdelhamid Abaaoud part en Syrie avec six autres Belges. Il y reste plusieurs mois et s’y fait appeler Abou Omar al-Baljiki (le Belge). Il crée une page Facebook appelée « La katiba al-muhajireen » qui lui permet de correspondre avec ses connaissances belges.

Septembre 2013, Belgique

Abdelhamid Abaaoud revient en Belgique. Il est vu à Molenbeek avec un homme qui est ensuite parti en Syrie.

11 septembre 2013, France

Samy Amimour, Charaffe al-Mouadan et Samir B. s’affranchissent de leur contrôle judiciaire et rejoignent Raqqa, en passant par Marseille, puis l’Italie et la Turquie. Selon les services turcs, il franchissent la frontière en même temps qu’Ismaël Omar Mostefaï.

Décembre 2013, Creutzwald

Hasna Ait Boulahcen, cousine d’Abaaoud, abandonne son emploi de gérante d’une entreprise de construction à Creutzwald, et revient en banlieue parisienne. 

Décembre 2013, Strasbourg

Foued Mohamed Aggad part pour la Syrie. Il fait partie d’un groupe de dix Strasbourgeois, âgés de 23 à 26  ans, originaires du quartier de la Meinau, qui s’exilent tous en même temps. Ces dix copains de ce quartier populaire de Strasbourg avaient leurs habitudes dans un bar à chicha de Kehl, sur l’autre rive du Rhin, en Allemagne. Ils reçoivent l’aide de Mourad Farès, soupçonné d’être l’un des principaux recruteurs français — il a été mis en examen et placé en détention provisoire à son retour de Syrie.

Certains reviendront à partir de février 2014. 

Janvier 2014, Molenbeek

Un frère de Mohamed Abrini, probablement lié aux attentats de novembre 2015, Souleymane, part en Syrie faire le Djihad. Il est tué huit mois plus tard. Il appartient vraisemblablement à la cellule d’Abaaoud. 

20 janvier 2014, Cologne

Abdelhamid Abaaoud, qui est en contact avec Mehdi Nemmouche, auteur de l’attentat au musée juif de Bruxelles (24 mai 2014), est contrôlé à l’aéroport de Cologne, où il s’embarque pour Istanbul, avec son frère Younès (13 ans) qu’il vient « d’enlever » à la sortie de l’école, et un Malien (mort au combat depuis lors).

Mars 2014, Syrie

Abdelhamid Abaaoud apparaît dans une vidéo en Syrie, où il « tracte » des cadavres derrière une voiture. Il menace la France d’attentats massifs.

Avril 2014, France

Retour d’Ismaël Omar Mostefaï et de sa famille.

Printemps 2014

Les services de renseignement surveillent le groupe de Chartres auquel appartient Mostefaï. Mais cette surveillance s’arrête en janvier 2015. 

Août 2014, Belgique

Mandat d’arrêt belge et international contre Abaaoud.

Novembre 2014, Turquie

Les services de renseignement turcs informent les services secrets français de la présence concomitante de Mostefaï et d’Amimour en Syrie l’année précédente. Cette information ne déclenche aucun processus spécifique de surveillance de la part de la police française. 

Janvier 2015, Turquie

Brahim Abdeslam est arrêté à la frontière syrienne, en Turquie. Il est renvoyé en Belgique où il est arrêté par les services de renseignement belge, en compagnie de son frère Salah, aujourd’hui recherché activement. Le parquet les relâche finalement en arguant: « nous n’avions pas de preuve qu’ils participaient aux activités d’un groupe terroriste ». Ils ne font l’objet d’aucun signalement. Ils sont longuement interrogés sur leurs relations avec Abaaoud, à propos de qui Salah Abdeslam déclare: « En dehors du jihad, c’est quelqu’un de bien. « 

15 janvier 2015, Belgique

Abdelhamid Abaaoud est probablement en Belgique lorsque la police belge déjoue un attentat en préparation dans un groupe installé à Verviers. Il quitte la Belgique à ce moment-là. Un attentat était programmé pour le 16 janvier. Le jour même, son troisième frère, Yassine Abaaoud, est libéré de la prison d’Audenaerde où il était détenu pour des faits de délinquance.

Février 2015, Belgique

Bilal Hadfi, étudiant à l’Institut Anneessens de Bruxelles (et kamikaze du stade de Seine-Saint-Denis), quitte la banlieue de Bruxelles pour la Syrie. Il revient probablement en juillet. L’équipe pédagogique de son école rédige un rapport sur les signes inquiétants de radicalisation qu’il présente. Ce rapport est bloqué par l’administration et n’est pas transmis à la Justice. 

Février 2015, Pays-Bas

Salah Abdeslam est arrêté lors d’un contrôle routier. Il est en possession de cannabis. 

Avril 2015, Bruxelles

Mohammed Abrini (voisin d’Abdeslam à Bruxelles dont le frère est mort en Syrie en 2014) est finalement condamné par la Cour d’Appel de Bruxelles à une peine de travail pour des larcins commis entre 2007 et 2010, alors qu’en premier instance il avait été condamné à une peine de prison.

Mai 2015, USA

Un rapport de la CIA met la France et la Belgique en garde contre des attentats plus élaborés de Daesh. Le rapport attire l’attention sur la personnalité d’Abaaoud. 

Juin 2015, Belgique

Un rapport des services de renseignement contenant une liste de 85 habitants à surveiller, dont les frères Abdeslam et Mohamed Abrini (qui conduit le 11 novembre la Clio ayant servi aux attentats), est remis à la bourgmestre de Molenbeek, qui n’intente aucune action. 

Juin 2015, Turquie

Mohammed Abrini est conduit à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem par Abdeilah Chouaa et Ahmed Dahmani. Il se rend en Turquie. Nul ne sait s’il est passé en Syrie, même si les services de renseignement le soupçonnent de s’y être rendu. Il est de retour en Belgique en juillet, ramené par Abdeilah Chouaa qui l’a retrouvé porte de Clignancourt, après l’atterrissage d’Abrini à Roissy. 

Juillet 2015, Syrie

Les services de renseignement pensent reconnaître Younès Abaaoud, le plus jeune frère du cerveau des attentats, sur une vidéo le montrant en train de décapiter un officier syrien.

29 juillet 2015, Bruxelles

Le tribunal correctionnel condamne Abdelhamid Abaaoud par contumace à 20 ans de prison.

1 août 2015, Italie

Salah Abdeslam embarque le 1er août avec Ahmad Dahmani, djihadiste belge de 26 ans, à bord d’un ferry à Bari, un port du sud de l’Italie, à destination de Patras, en Grèce.

3 août 2015, Aulnay

Hasna Aït Boulahcen, cousine d’Abaaoud, affiche sur sa page Facebook un portrait d’Hayat Boumedienne armée d’une arbalète, la compagne d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage de l’Hyper Cacher en janvier. Hasna écrit vouloir partir comme elle. Cette publication ne semble toutefois pas avoir alerté la police française, qui découvre l’existence de cette cousine après le signalement par les services marocains, le 14 ou le 15 novembre. 

4 août 2015, Grèce

Salah Abdeslam et Dahmani sont contrôlés à Patras, en Grèce. Parallèlement, commence une intense relation téléphonique entre Salah Abdeslam et Ali Oulkadi, un habitant de Molenbeek qui exfiltrera Salah de France le 14 novembre au matin.

5 août 2015, Bari

Salah Abdeslam est contrôlé par la police italienne, de retour de Grèce. 

6 août 2015, Conegliano

Salah Abdeslam verbalisé par la police italienne à Conegliano, au nord de Venise.

11 août 2015, Paris

Reda Hame, djihadiste français, est interpellé à son retour de Syrie. Il reconnaît s’être entraîné pendant six jours à Raqqa.

Cette fois-ci, le nom d’Abdelhamid Abaaoud apparaît de façon explicite. Il est désigné comme le commanditaire qui aurait demandé à Reda Hame de passer par Prague, pour éviter d’être repéré, avant de frapper la France. Il aurait remis au jeune homme une clé USB contenant des logiciels de cryptage et 2 000 euros en lui demandant de viser une cible « facile », telle une « salle de concert », pour « faire un maximum de victimes ».

Interrogé durant sa garde à vue sur l’existence d’autres projets d’attaques, Reda Hame avait prévenu les enquêteurs : « Tout ce que je peux vous dire, c’est que cela va arriver très bientôt. Là-bas, c’était une vraie usine, et ils cherchent vraiment à frapper la France et l’Europe. »

Mi-août 2015, Molenbeek

La police fait une descente au bar tenu par Brahim Abdeslam à Molenbeek: les Béguines. Elle y découvre des preuves manifestes de consommation de drogue.

Septembre 2015, Autriche

Salah Abdeslam est contrôlé par la police autrichienne au volant d’une voiture de location après qu’il a passé la frontière allemande. Il est avéré qu’il s’est rendu au moins deux fois en Hongrie en septembre.

9 septembre 2015, Hongrie

Salah Abdeslam récupère deux individus portant une fausse carte d’identité belge aux noms de Samir Bouzid et Soufiane Kayal à la gare de Budapest et les ramène en Belgique. Il est contrôlé à la frontière austro-hongroise en leur compagnie le 9 septembre. Il conduit une Mercedes de location. 

Septembre 2015, Paris

Abaaoud arrive en France, probablement avec d’autres migrants syriens.

Septembre 2015, Val d’Oise

Salah Abdeslam achète une dizaine de détonateurs dans une société de pyrotechnie du Val-d’Oise, Les Magiciens du Feu, à Saint-Ouen l’Aumône. Il présente son permis de conduire pour authentifier son identité. Le responsable du magasin revient toutefois, peu de temps après, sur sa version des faits.

30 septembre 2015, Molenbeek

Salah et Brahim Abdeslam cèdent leurs parts dans le café des Béguines et cessent leur activité. 

3 octobre 2015, Grèce

Deux des trois kamikazes qui meurent au stade de France sont enregistrés comme migrants et réfugiés syriens en Grèce.

10 octobre 2015, Agadir

Yassine Abaaoud, le frère d’Abdelhamid, est extradé par la police turque à Agadir. Il est détenu à la prison de Salé (près de Rabat), réputée pour ses conditions difficiles.

12 octobre 2015, Paris

Renouvellement de la fiche S d’Ismaël Omar Mostefaï.

5 novembre 2015, Molenbeek

La police ordonne la fermeture administrative du bar de Brahim Abdeslam pour « consommation de substances hallucinogènes prohibées ».

6 novembre 2015, Molenbeek

Salah Abdeslam réserve, avec sa carte de crédit, pour une semaine, deux chambres dans un appart-hôtel d’Alfortville (Val-de-Marne), la Polo noire ayant conduit le commando du Bataclan ainsi que la Clio retrouvée place Albert-Kahn, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. La somme totale dépasse 3.400 euros. Brahim loue la Seat.

11 novembre 2015, 19 heures, Ressons

Salah Abdeslam et Mohammed Abrini sont filmés à bord d’une Clio noire (finalement retrouvée dans le 18è arrondissement) en route pour Paris, dans la station essence de Ressons. Il pourrait s’agir d’un voyage de reconnaissance.

12 novembre 2015, 3 heures, Bruxelles

Salah Abdeslam et Mohammed Abrini sont de retour à Bruxelles.

12 novembre 2015, Paris

La DGSE signale à la DGSI un appel d’Hasna Ait Bouhlacen annonçant l’imminence d’un attentat à Paris. La DGSI effectue une vérification et prévoit de rencontrer la DGSE à ce sujet le 16 novembre.

12 novembre 2015, 20h, Bruxelles

Les frères Abdeslam sont à Molenbeek. Ils se disputent dans la rue.

« Moi j’irai pas si j’ai pas l’argent! » Et l’autre il lui dit: « Non, tu vas y aller! » Il lui dit: « Moi si j’ai pas le pognon, je bouge pas. Sans pognon, j’y vais pas! » Et ça, ça s’est passé jeudi soir. »

Ce témoignage laisse penser qu’au moins un des deux frères Abdeslam commet les attentats en échange d’une promesse financière. Une telle motivation paraît peu compatible avec une logique de kamikaze.

13 novembre 2015, matin, Paris

Le SAMU organise un exercice de préparation à une attaque terroriste multiple. « Le scénario d’une fusillade sur différents sites avait été testé par les équipes du Samu de Paris ».

13 novembre 2015, Istanbul

La police turque procède à cinq arrestations. Les suspects sont soupçonnés d’avoir prévu de commettre un attentat majeur ce jour-là dans la capitale turque. L’un d’eux serait « Jihadi John », le Britannique accusé d’être l’un des bourreaux de Daesh.

13 novembre, 18h, Bobigny

La Clio quitte Bobigny pour Roissy. Elle reste garée une heure au terminal 2C entre 18h20 et 19h20. 

13 novembre 2015, 19h30, Paris

Une Polo noire immatriculée en Belgique avec au moins deux hommes à son bord se gare rue de Crussol, près du Bataclan. Un témoin affirme qu’elle était occupée par les terroristes qui ont attaqué le Bataclan. Ils auraient attendu plus de deux heures dans leur voiture avant de passer à l’acte. « Je suis allé les voir pour leur dire qu’ils étaient mal garés. Ils n’ont pas ouvert la fenêtre et m’ont regardé méchamment. On aurait cru des morts-vivants, comme s’ils étaient drogués. »

13 novembre 2015, 20h, Paris

Le frère d’Ismaël Omar Mostefaï, probablement stationné à cette heure-là rue de Crussol en attendant l’assaut du Bataclan, se rend au spectacle de Dieudonné, au théâtre de la Main d’Or. Il ajoute: « Je ne suis pas du tout antisémite. Je prône l’amour de son prochain. C’est juste pour me divertir. »

13 novembre 2015, 21h20, stade de France

Une première explosion a lieu à Saint-Denis, à hauteur de la porte D. Un kamikaze vient de se suicider: Bilal Hadfi, un jeune (20 ans) de Molenbeek. Il a semble-t-il actionné sa ceinture d’explosif, composée de TATP (explosif artisanal) et de boulons. Il tue un passant: Manuel Colaco Dias, 63 ans, chauffeur d’autocar portugais, installé depuis quarante-cinq ans à Paris. Les circonstances de cette explosion sont encore mal connues.

13 novembre 2015, 21h25, Paris

Une Seat Leon noire s’arrête à l’angle des rues Bichat et Allibert, près de l’hôpital Saint-Louis. Des tireurs en sortent et mitraillent les clients attablés au bar Le Carillon et au restaurant le Petit Cambodge. Certains affirment que l’un des tireurs a commencé par crier « Allah Akbar ». Une centaine de douilles est retrouvée sur place.

Des témoins affirment avoir vu deux tireurs, d’autres trois.

Les témoins indiquent que la voiture est ensuite repartie. Ils donnent toutefois peu de précisions sur la direction prise par les terroristes. Cette fusillade a fait 15 morts.

13 novembre 2015, 21h30, stade de France

Un deuxième kamikaze se fait exploser à hauteur de la porte H du stade de France, avenue Rimet. Il ne fait pas de victime. Le terroriste n’est pas encore identifié.

13 novembre 2015, 21h32, Paris

Une fusillade éclate rue de la Fontaine-au-Roi, d’abord à la terrasse du café la Bonne Bière, puis à la terrasse de la pizzeria Casa Nostra, à quelques centaines de mètres, des rues Bichat et Allibert. Selon un témoignage, un homme armé est arrivé seul, à pied, et a fait feu pendant une minute sur la terrasse du restaurant Casa Nostra, au coin de la rue de la Folie-Méricourt. Un autre témoignage soutient que c’est une Ford Focus noire qui s’est arrêtée à proximité.

La vidéo diffusée par le Daily Mail  ne montre qu’un tireur à la Casa Nostra.

Un médecin arrivé sur place donne ce curieux témoignage:

J’habite à quelques dizaines de mètre de la rue de la Fontaine au Roy. J’ai tout de suite reconnu le staccato des fusils d’assaut et sans perdre une minute je me suis précipité pour porter secours. La Casa Nostra n’avait pas encore été attaquée et 4 corps gisaient à la terrasse de la « Bonne Bière ». (…)

Que le temps a semblé long d’attendre l’arrivée des camions de sapeur ! 20 minutes c’est une éternité ! J’ai demandé d’urgence le renfort du médecin. Il n’y en avait pas. Le brigadier m’a dit que le SAMU arrivait. Alors j’ai demandé du matériel pour commencer le déchocage de la petite : pour la perfuser et l’intuber afin de la mettre sous assistance cardio-respiratoire. Il n’y avait rien ! Seulement de l’oxygène, des couvertures de survie et des garrots pour les membres. Même pas de morphine pour les blessés qui hurlaient de douleurs ! La petite a alors lâché et est partie entre mes mains… La fusillade à la Casa Nostra a commencé et il a fallu en catastrophe se replier à quatre pattes dans la brasserie en tirant les corps des morts et des blessés graves dans les éclats de verre et le sang comme des sacs de pommes de terre.

Ce témoignage (qui infirme la théorie d’une excellente préparation du SAMU à la séquence terroriste) laisse donc penser que vingt minutes au moins auraient pu séparer la fusillade de la Bonne Bière et celle de Casa Nostra, distants d’une cinquantaine de mètres à peine…

Un témoignage alternatif, donné par Paris Match, raconte ces circonstances curieuses:

On est passé faire quelques courses à la supérette qui se trouve le long du canal Saint Martin…En remontant vers le Faubourg du Temple, au niveau du Mac Donald, on a senti qu’on nous tirait dans le dos. On ne sait pas d’où ça venait, s’il y avait un ou plusieurs tireurs, c’était surréaliste. Je dirais qu’ils étaient à cinq mètres. Une ou des armes automatiques. Trente à cinquante coups de feu. (…)

Ca s’est passé au même moment qu’ils tiraient sur le Carillon et le petit Cambodge, rue Bichat, de l’autre côté du pâté de maison. On entendait les tirs au loin.

Si ce témoignage devait se confirmer, cela signifierait que les fusillades ont éclaté en même temps et sont le fait de deux équipes différentes.

Officiellement, cette fusillade qui donne lieu à des témoignages discordants, est le fait du commando en Seat noire, qui aurait comporté les deux frères Abdeslam et peut-être un troisième tireur (peut-être Abaaoud). Elle a fait cinq morts.

13 novembre 2015, 21h36, Paris

La Seat noire met, selon le Procureur Molins, 4 minutes pour parcourir le chemin qui la sépare de la rue Fontaine-au-Roi et de la rue de Charonne, ce qui, un vendredi soir, paraît une véritable gageure difficile à concevoir (les habitués du quartier savent combien il est pénible d’assurer la traversée d’Oberkampf le vendredi soir…). Elle s’arrête devant la Belle Equipe, au 92. Assez curieusement, c’est la séquence qui a donné lieu au moins grand nombre de témoignages. Si les tirs se concentrent sur le bar La Belle Equipe (19 personnes y laissent la vie), il semble que toute la rue soit mitraillée, y compris le Palais de la Femme où des passants se sont réfugiés. Un témoin reconnaît formellement Salah Abdeslam comme l’un des tireurs de la Belle Equipe. 

La voiture repart ensuite vers le boulevard Voltaire. Les policiers mettront un quart d’heure pour arriver sur les lieux, alors que le commissariat se situe à un jet de pierres des événements.

Selon certains témoins, la voiture ayant servi à conduire les tireurs n’était pas une Seat, mais une Mercedes. Ces témoins donnent une description différente des terroristes. 

13 novembre 2015, 21h40, Paris

Manuel Valls, qui habite le 11è arrondissement, à proximité des faits, est exfiltré vers la place Beauvau par un convoi de six voitures.

Au même moment, Brahim Abdeslam se fait exploser au comptoir Voltaire, près de la place de la Nation. Il blesse une serveuse.

Au Bataclan, une prise d’otage commence. Elle est menée par Ismaël Omar Mostefaï, Samy Amimour, de Drancy, et Foued Mohamed Aggad, originaire de Strasbourg. L’un d’eux envoie un SMS à un numéro de téléphone identifié en Belgique: « On y va, on commence ». La tuerie fait l’objet de nombreux témoignages. Elle cause la mort immédiate de 89 personnes qui assistaient à un concert. L’assaut est donné à 0h20 par les forces de l’ordre.

13 novembre 2015, 21h53, stade de France

Un troisième kamikaze se fait exploser au stade de France. Il s’est curieusement isolé dans une impasse, rue de la Cokerie. A côté de lui est retrouvé un passeport syrien au nom de Ahmad al-Mohammad, du nom d’un soldat de l’armée officielle mort plusieurs mois auparavant. Son identité n’est donc toujours pas confirmée.

13 novembre 2015, 22h, Paris

Salah Abdeslam est probablement celui qui gare une Clio noire près de la porte de Clignancourt. Son frère est mort 20 minutes plus tôt boulevard Voltaire. Il appelle le fils d’un imam radical de Molenbeek, Abdeilah Chouaa, et des amis bruxellois, Mohammed Amri, 27 ans, et Hamza Attou, 20 ans pour leur demander de l’exfiltrer en Belgique. Ceux-ci viennent le chercher en Golf.

Un peu plus tard, Salah Abdeslam semble repéré à Montrouge où il se serait débarrassé, rue Chopin, d’une ceinture d’explosifs.

La Clio est retrouvée mercredi, avec un papier sur lequel il est écrit « Roissy-Saint-Martin-République ».

Ce point précis de la chronologie pose en réalité problème, dans la mesure où Salah Abdeslam ne peut à la fois avoir conduit le commando du stade de France sur place comme l’indique la presse, avoir participé aux fusillades du centre de Paris et avoir amené la Clio porte de Clignancourt à 22h.

13 novembre 2015, 22h14, Montreuil

Abaaoud est filmé au métro Croix-de-Chavaux. Selon toute vraisemblance, il vient de déposer dans une rue de Montreuil la Seat noire qui a servi aux attentats et dont il aurait été le conducteur. Les localisations de téléphone portable laissent à penser qu’il a tourné pendant 15 minutes dans le 11è arrondissement après les attentats avant d’abandonner la voiture. Il est attesté qu’il a manipulé une des Kalachnikov retrouvées dans la voiture. 

Il est probablement accompagné d’un homme qui serait le troisième tireur. 

La justice identifie son téléphone portable sur les lieux des fusillades, Bataclan compris, entre 22h30 et 0h30.

14 novembre 2015, 5h, Paris

Salah Abdeslam entame son voyage de retour vers Bruxelles. 

14 novembre 2015, 9h10, Cambrai

Salah Abdeslam et ses deux compagnons de route sont contrôlés trois fois par la police française, dont une fois à Cambrai. Abdeslam, qui porte un gilet d’explosifs, n’est pas encore signalé comme suspect dans les attentats. Il n’est pas arrêté. 

14 novembre 2015, matin, Maroc

Yassine Abaaoud est tiré de sa prison de Salé pour un interrogatoire qui dure cinq jours. Selon toute vraisemblance, cet interrogatoire permet aux services français de localiser Abaaoud à Saint-Denis. Ce sont probablement les services marocains qui signalent aux services français le cas d’Hasna Ait Boulahcen, cousine d’Abdelhamid déjà mise sur écoute pour des affaires de stupéfiants, et identifiée par la DGSE.

14 novembre 2015, 13h, Bruxelles

Ali Oulkadi, un habitant de Bruxelles, vient chercher Salah Abdeslam à la station de métro Bockstael, à Bruxelles, et le conduit à Schaerbeek, dans la banlieue nord de la ville. Il le dépose rue Royale Sainte-Marie, près d’un dépôt de bus. 

14 novembre 2015, Antalya

Arrestation du Belge Ahmad Dahmani à Antalya. L’homme vient d’arriver d’Amsterdam. Il est soupçonné d’avoir effectué des repérages à Paris, en préparation de l’attentat.

16 novembre, 6h, Molenbeek

La police belge a « logé » Abdeslam à Molenbeek, au 47 rue Delaunoy, mais elle s’interdit de perquisitionner avant 10 heures du matin. Abdeslam parvient à s’exfiltrer discrètement du logement, grâce à l’aide probable de Lazez Abraimi.

17 novembre 2015, 18h00, Saint-Denis

Hasna Aït Boulahcen reçoit un virement par Western Union de 750 euros, depuis un bureau situé dans la banlieue bruxelloise, de la part de Samir Bouzid. A 22h, derrière un entrepôt d’Aubervilliers, elle récupère son cousin Abaaoud en compagnie d’un deuxième homme. Elle l’installe dans le logement de Saint-Denis proposé par Jawad Bendaoud, avec qui elle est entrée en contact par l’intermédiaire de Mohamed S., habitant des Hauts-de-Seine. 

18 novembre 2015, 4h20, Saint-Denis

Début de l’assaut contre l’appartement occupé notamment par Hasna Aït Boulahcen et son cousin Abdelhamid Abaaoud. Les deux intéressés y laissent la vie, ainsi qu’un troisième homme, un kamikaze que la police n’a toujours pas identifié.

18 novembre 2015, soirée, Aulnay-sous-Bois

L’appartement de la mère d’Hasna est « visité » par une dizaine de personnes venues dans des voitures immatriculées en Belgique. S’agit-il du frère d’Hasna, qui vit à Maasmechelen, près de la frontière hollandaise, et qui est donné comme parti en France après la mort de sa soeur? Les individus auraient « nettoyé » l’appartement avant la perquisition de la police, le jeudi après-midi.

19 novembre 2015, soirée, Bruxelles

Abraimi Lazez, habitant de Jette (banlieue de Bruxelles) est arrêté à Laeken au volent de sa Citroën. Les policiers y retrouvent une arme chargée et du sang, dont l’origine est inconnue. Il est interrogé pendant deux jours avant d’être inculpé. Durant son interrogatoire, il reçoit un texto: « Le Juif n’est pas là ». Il nie avoir vu Salah Abdeslam depuis les attentats. Considéré comme un personnage-clé dans l’enquête, son frère vit en Syrie. 

Journal de guerre: nouvelles interdites de Belgique

La Belgique est en état d’alerte, mais il est assez impressionnant de voir que la presse subventionnée en France ne relaie pas le dixième des informations qui en proviennent. Voici donc quelques compte-rendus de ce que vous n’avez pu savoir en France… à propos de ce qui se passe en Belgique.

La Belgique et Salah Abdeslam

Avec stupéfaction, je lis dans la presse belge des témoignages répétés selon lesquels Salah Abdeslam aurait été vu à Bruxelles, tout spécialement jeudi dernier, chaussée de Ninove à Anderlecht, dans la proche banlieue de la capitale européenne (soit une distance équivalente à celle qui sépare Montmartre et le Châtelet à Paris). La police belge s’est alors employée à sécuriser les lieux publics, mais n’a pas l’air très encline à retrouver l’homme le plus recherché du monde.

Au passage, les langues se délient sur la famille Abdeslam qui va bien finir, on suppose, par éveiller les soupçons de la lymphatique police belge. Alors que le frère de Salah Abdeslam, Mohammed Abdeslam, a fait l’objet d’une couverture médiatique-extrêmement complaisante où, la main sur le coeur, il jure appartenir à une famille de musulmans gentiment pratiquants qui n’a rien vu venir, quelques petits secrets sur cette famille commencent à émerger.

Pour un peu, on donnerait le bon Dieu sans confession à ce garçon qui affirme n’avoir pas eu de nouvelles de son frère depuis l’attentat, alors que celui-ci a été vu à un quart d’heure à pied de la maison familiale le jeudi suivant…

Il faut lire la presse belge pour comprendre qu’en réalité les frères Abdeslam étaient connus des services de renseignement, notamment pour avoir tenté de rejoindre la Syrie en janvier 2015… Il avait alors été intercepté par la police turque. On voit évidemment mal comment sa famille aurait pu ne pas soupçonner ses activités puisque, c’est bien connu, quand deux frères partent pour la Syrie et se font arrêter par la police turque, puis sont interrogés par les services de renseignement, la famille n’a aucune raison de se poser des questions…

La Belgique et les armes chimiques

Dans la foulée, la police belge a décidé de sortir de son coma éthylique pour entamer quelques perquisitions à Molenbeek ce samedi. On apprend à cette occasion que la police y a retrouvé des explosifs et des produits chimiques, information passées sous silence en France. Pourtant, Paris a commencé à s’équiper d’atropine pour faire face à une attaque chimique. Officiellement, tout ceci est lié à la préparation de la COP 21. Entre la fermeture du métro à Bruxelles et ces mesures à Paris, on peut quand même se poser quelques questions élémentaires.

La Belgique et les convois sur l’autoroute

Plus stupéfiant encore, la presse française a totalement occulté cette nouvelle qui scotche les esprits: le frère de la fausse kamikaze de Saint-Denis, Hassan Ait Boulahcen, cousin d’Abdelhamid Abaaoud, l’ennemi public numéro un abattu à Saint-Denis, aurait quitté la Belgique jeudi avec un convoi de véhicules comptant sept ou huit personnes.

Selon le quotidien, des témoignages, qui restent à vérifier, sont parvenus jeudi à la police évoquant le départ d’Hassan Ait Boulahcen prendre la tête d’un convoi de véhicules avec « sept ou huit individus qui semblaient bien décidés ». Ils auraient pris la direction de la France. Le parquet fédéral a lancé un avis de recherche.

Cette disparition laisse quand même très perplexe sur la capacité de la police belge à assurer la sécurité des citoyens…

La Belgique et le Maroc

Autre nouvelle tout à fait curieuse, la police turque a arrêté un Belgo-Marocain qui tentait de passer en Syrie. Ahmet Dahmani aurait effectué des repérages pour préparer les attentats de Paris. On se demande bien qui a pu prévenir les Turcs, sinon les services marocains, qui semblent désormais les mieux à même à garantir l’intégrité et la sécurité du territoire belge.

La Belgique et la Charia

Enfin, là encore la presse française n’a rien dit, mais la Belgique était, ironie de l’histoire, agitée cette semaine par le procès en appel des fondateurs du site Sharia4belgium. L’accusé « vedette » du procès est un certain Fouad Belkacem, garçon charmant qui appelait à exécuter tous les homosexuels et à établir la Charia en Belgique. Lui et quelques prévenus ont écopé de peines de prison qui reposent la question du « que faire de nos ennemis? »

L’Europe et le grand désordre belge

On se gaussera, bien entendu, de cet étonnant paradoxe européen tout entier contenu dans Bruxelles. Dans la capitale belge, on trouve d’un côté des quartiers européens totalement hors sol. A quelques centaines de mètres de là, Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek, Saint-Gilles, Saint-Josse, sont des terres de non-droit où l’Etat ne contrôle plus rien.

En réalité, la fédéralisation de la Belgique constitue un exemple impressionnant d’une dislocation progressive d’un Etat devenu incapable d’assurer sa sécurité.

Paris ralentie par la peur

Au demeurant, les Parisiens, même sans ces inquiétantes nouvelles de Belgique, s’inquiètent et ont raison. Je déjeunais hier au Gorille Blanc, à côté de la Bastille. Depuis les attentats, la consommation s’est effondrée et hier soir, à 23h, les rues étaient aussi vides que les terrasses.

Molenbeek et le déni belge

Cette tribune d’Alain Destexhe, sénateur libéral belge, est initialement parue sur La libre Belgique

Suite aux attentats de Paris, Molenbeek est devenue mondialement célèbre en un week-end. Du Brésil à la Chine, du Canada à l’Afrique du sud, les journalistes découvrent ce foyer de radicalisme situé au cœur de la capitale de l’Europe. Pourtant, rien de neuf sous le soleil. Pour celui qui voulait s’informer, cette situation n’était que trop connue.

Depuis le début des années 2000, Molenbeek est régulièrement citée dans la plupart des affaires terroristes concernant notre pays. Parmi, les plus connues, citons l’assassinat du commandant Massoud en Afghanistan deux jours avant le 11 septembre 2001, le pittoresque cheikh Bassam et son Centre islamique belge, les attentats de Madrid en 2004 et plus récemment l’attentat de Nemmouche au Musée Juif, la cellule de Verviers, ou encore l’attaque du Thalys, …

Au pays des aveugles, les borgnes sont rois, dit l’adage. Pas en Belgique. Ceux qui ont tenté de soulever le voile l’ont fait dans une grande solitude. En 2008, le livre, « En sous-marin dans le petit Maroc », d’une journaliste flamande d’origine marocaine, Hind Fraihi, montrait déjà la radicalisation des jeunes molenbeekois. Dès 2004, le site djihadiste assabyle.com du Centre islamique belge nous avait amené avec Anne Marie Lizin à déposer une proposition de loi visant à interdire l’apologie du terrorisme. En 2009, dans « Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac », avec Claude Demelenne, un journaliste de gauche, nous tirions la sonnette d’alarme. Plus récemment, dans son livre « L’iris et le croissant », le sociologue Felice Dassetto utilisait le terme de « Molmuslim » pour résumer la situation à Molenbeek.

Vingt ans d’omerta

Pendant vingt ans, une sorte d’omerta a régné. Ceux qui tentaient de la briser étaient traités d’islamophobes ou de racistes. Au cœur de ce système figurait le puissant Philippe Moureaux, coqueluche des médias, qui a longtemps exercé un véritable magistère moral et politique sur la politique bruxelloise. A la fois Bourgmestre de Molenbeek, Président de la Fédération socialiste de Bruxelles et Vice-Président du PS national, il faisait régner un climat de terreur intellectuelle contre lequel peu osaient se lever. Bien avant que le think tank « Terra Nova », proche du Parti socialiste français, ne le théorise, Philippe Moureaux avait compris que l’avenir du socialisme (bruxellois) passait par les immigrés qui allaient devenir, symboliquement, le nouveau prolétariat, remplaçant une classe ouvrière autochtone en rapide diminution.

« Nous sommes totalement incapables d’intégrer une nouvelle vague d’immigration » (1993)

Moureaux devient bourgmestre en 1992. En 1993, il pouvait encore dire ceci : « les clandestins sont en train de détruire complètement notre modèle social. (…) Le CPAS de Molenbeek ne peut pas être le CPAS du quart de la Roumanie, du tiers du Pakistan » (Le Vif L’Express, 17 septembre 1993) ou encore « je le dis clairement et durement : nous sommes totalement incapables d’intégrer une nouvelle vague d’immigration. On va arriver à des situations conflictuelles ». (Vlan, 29 septembre 1993). On peine à croire que c’est lui qui a prononcé ces phrases. Par la suite, il se transforma en grand inquisiteur de quiconque osait tenir de tels propos.

Communautarisme

Changement radical de discours et de politique, donc. L’immigration légale (et clandestine) est encouragée. Le regroupement familial est facilité par les services de la commune. Celle-ci ferme les yeux sur les mariages blancs qui permettent de légaliser des centaines de clandestins. Au niveau fédéral, le vigilant sénateur Moureaux est aux premières loges pour simplifier la législation sur le regroupement familial et l’acquisition de la nationalité (qui devient quasi automatique), accorder le droit de vote aux étrangers et, à son initiative, la lutte contre le racisme est érigée en nouveau paradigme du discours politique.

Molenbeek connait alors la plus forte augmentation de population de la Région bruxelloise et de Belgique. La population recensée (les clandestins sont très nombreux) a augmenté de 12% en 5 ans et de 30% en 15 ans. 30% de plus depuis le prophétique « nous sommes totalement incapables d’intégrer de nouvelles vagues d’immigration » ! Et ce n’est pas fini…

Parallèlement à cet accroissement incontrôlé, qui se déroule sans que l’on sache si ces nouvelles générations d’immigrés et leurs enfants partagent nos valeurs (le PS s’opposant jusqu’à récemment à un parcours d’intégration obligatoire), un modèle communautariste se met en place. Visites fréquentes dans les mosquées (qui appellent à bien voter lors des campagnes électorales), subventions d’associations musulmanes, mise à disposition des locaux de la commune pour des écoles coraniques, placement sur la liste PS de proches des mosquées, participation visible aux Fêtes de l’Aïd El Kébir ainsi qu’à des défilés anti-israéliens où l’on scande des slogans antisémites.

« Le charme des impératifs des mollahs »

L’héritage historique laïc et anticlérical (au sens large) du PS est jeté aux orties au grand dam de quelques socialistes historiques. Pour Jean-Maurice Dehousse, un ancien bourgmestre de Liège : « le sympathique Philippe Moureaux, pour avoir adoré en son jeune temps les icônes staliniennes et fermé les yeux sur le goulag ne se convertit-il pas aujourd’hui certes progressivement mais néanmoins profondément aux charmes des impératifs des mollahs de Molenbeek ? » Dans ses mémoires « L’ami encombrant », Merry Hermanus, un ex-cacique du PS bruxellois raconte son engueulade par Philippe Moureaux :  » J’en ai marre, laïcard, sale laïcard, tu veux minoriser une population fragilisée alors que tes amis juifs, eux, peuvent tout se permettre !  »

La RTBF comparée à … Goebbels

Pendant vingt ans donc, Philippe Moureaux a, avec succès, intimidé des médias complaisants et l’ensemble du monde politique, y compris au MR, véritablement tétanisé par l’idée d’être taxés de racistes. En témoigne spectaculairement l’affaire Deborsu. En avril 2012, Frédéric Deborsu, journaliste à la RTBF, réalise pour « Questions à la Une », un reportage inédit – jusque-là, la RTBF n’a jamais vraiment abordé ces sujets dans un long reportage – dans lequel il montre les dérives communautaristes dans des communes bruxelloises dont Molenbeek et le double discours de certains élus d’origine étrangère pris en flagrant délit de mensonges. Philippe Moureaux compare alors les méthodes du journaliste à celles de… Goebbels, le chef de la propagande d’Hitler ! Depuis, la RTBF n’a plus abordé ces questions en profondeur, pas plus que la plupart des autres médias belges.

Zones de non droit

Lors du tournage, le journaliste et moi-même nous pûmes constater que la loi sur l’interdiction de la burqa n’était pas respectée sur le marché local, en présence de la police. Des quartiers de Molenbeek sont ainsi devenus progressivement des zones de non-droit où la police ne va plus qu’en force, où les agents des services de l’eau ou de l’électricité doivent se faire accompagner par la police pour couper les compteurs, où presque tous les restaurants sont fermés lors du Ramadan, où « sale juif » est devenu une insulte courante, où les écoles sont désertées lors de la fête de l’Aïd qui n’est pourtant pas un jour de congé légal, et où les blondes et celles qui oseraient porter des jupes trop courtes se font régulièrement traiter de putes ou de salopes. C’est dans ce climat que des organisations radicales comme le Centre islamique belge et d’autres ont pu prospérer toute liberté, sans que la police locale s’en mêle.

La responsabilité de cette situation n’incombe évidemment pas qu’à Philippe Moureaux. La presse et le monde politique (tous partis confondus, même si certains sont plus responsables que d’autres) ont longtemps préféré se voiler la face.

Clientélisme …

Moureaux n’est plus dans le jeu politique. Inutile de lui tirer dessus. Le mal est fait. Le problème est que les racines mentales du système Moureaux sont toujours bien présentes parmi nombre d’élus du PS, qui ont aussi pu émerger grâce au copinage et au clientélisme (sans parler des liens familiaux) qui constituent son second pilier, à côté du communautarisme. Et pour cause, puisque ce système est désormais la clé des victoires électorales du parti à Bruxelles. Philippe Moreaux a réussi à transformer en profondeur une région historiquement libérale, celle du temps pas si lointain où Hervé Hasquin, qui en fut ministre-président, claironnait que le MR, désormais dans l’opposition, était « incontournable ».

Aujourd’hui, la marmite explose. Comme le dit la bourgmestre Françoise Schepmans, on a longtemps vécu dans le déni. Le déni nous explose aujourd’hui à la figure et nous avons la gueule de bois.

Journal de guerre: des complots comme s’il en pleuvait

L’odeur de la poudre règne encore dans les rues de Saint-Denis et déjà les complots y pleuvent sans fin et sans limite d’imagination. Ils laissent présager un virage profondément antisémite dans les « quartiers ».

Les complots français

Ce matin, un internaute a déposé sur ce blog un commentaire que je n’ai pas publié, citant un article (d’un site spécialisé dans ce genre d’informations) selon lequel les attentats du 13 novembre étaient un coup monté des services secrets français pour justifier un Patriot Act. La tentation était grande, évidemment, de confondre la cause et la conséquence. Cette confusion est le propre de la démarche complotiste, qui explique le début de l’histoire qu’on ne connaît pas encore par la fin qu’on lui connaît déjà.

Au fond, le complotisme renverse la chaîne d’explication: on ne passe pas une loi sécuritaire pour répondre au terrorisme, on crée le terrorisme pour faire une loi sécuritaire.

Encore faut-il le prouver. La théorie que j’ai lue est piquante: les services secrets voulaient faire peur sans tuer. Ils ont manipulé de pauvres âmes de banlieue, leur ont fait croire qu’ils portaient des ceintures d’explosifs, mais avaient dissimulé de micro-charges explosives dans leurs gilets, actionnées à distance. Les fusillades de Paris? une vengeance commise par les amis de ces victimes innocentes.

Il fallait oser.

Saint-Denis et les complots français

Cette après-midi, je rencontre pour affaires un employé de banques, jeune et sympathique, qui m’avoue avoir grandi à Saint-Denis. Il me certifie que la presse a dissimulé des rafales de Kalachnikov à Saint-Denis après les explosions du Stade de France, et me soutient que personne à Saint-Denis ne croit à la thèse officielle sur les attentats. Non, ceux-ci n’ont pas été commis par des musulmans. Les vrais auteurs sont… les services secrets français. Cette fois, il ne s’agit pas de justifier un Patriot Act, mais de permettre des frappes en Syrie.

Nous avons tout de même un sérieux problème sur le consensus républicain: comment le bâtir quand le constat sur les faits n’est même plus possible? Car, en supposant qu’il existe des inspirateurs qui ne soient pas l’Etat Islamique, les attentats ont quand même bien été exécutés par des musulmans qui criaient « Dieu est grand » au moment de tuer ou de mourir. Mais ce point-là est nié en bloc.

Le complot juif

Une autre piste volontiers suggérée ou évoquée est celle du complot juif. Les attentats de vendredi dernier donnent lieu à une sorte de résurrection du protocole des Sages de Sion, sous une forme modernisée et actualisée. Les services secrets israéliens auraient diffusé dès le matin l’annonce des attentats qui allaient être perpétrés le soir. Démonstration est donc faite qu’ils sont à l’origine du carnage.

Cette idée me rappelle les propos, entendus au parc où j’emmenais ma fille, dans la bouche d’adolescents arabo-musulmans qui buvaient bruyamment de l’alcool au milieu des enfants: « Vous, les Français, vous êtes contrôlés par les Juifs et vous ne le savez pas. Vous êtes tous des pédophiles. Nous, les musulmans, nous avons fait la France. »

Les complots et la transparence

L’idée d’un complot juif devrait cristalliser les passions dans les semaines à venir. La meilleure façon de lutter contre elle reste le dévoilement des faits. On voit bien que ces suicides aux abords du stade, loin de tout, ne peuvent rester sans une explication crédible, sauf à susciter des fantasmes. Mais qui pourra la donner?

L’assaut à Saint-Denis, ce matin, devraient lui aussi nourrir des théories lunaires. Les terroristes étaient retranchés dans un immeuble lépreux présenté comme un squatt. Mais la porte de l’appartement présentait un blindage suffisant pour ne pas céder sous la charge que les policiers spécialisés ont posée. Ils disposaient également d’une sorte de sarcophage blindé à l’intérieur de l’appartement. Ce n’était donc pas de la petite bière. L’assaut, dans cet appartement de petite surface, a duré plusieurs heures et a donné lieu à des tirs continus.

Il est indispensable d’expliquer comment, dans un appartement loué pour quelques jours, semble-t-il, les terroristes ont eu le temps d’ajouter à la porte blindée une sorte de bouclier lui aussi blindé, et de réunir un arsenal de plusieurs milliers de cartouches.

Les complots et la diplomatie

L’équipement des assiégés de Saint-Denis pose vraiment question. Quel groupe terroriste peut disposer d’une telle réserve de munitions et d’un tel équipement de protection sans éveiller l’attention? Sans un puissant appui étranger, on voit mal comment les terroristes auraient pu accéder à ce degré de professionnalisme. Nous ne sommes plus seulement face à de petits délinquants devenus des monstres. Ces gens-là ont bénéficié d’une expertise et surtout d’un financement évident, très loin des loups solitaires régulièrement décrits jusqu’ici.

L’Etat Islamique les a équipés certes. Mais l’Etat Islamique a-t-il agi seul ou d’autres services, mieux structurés en Europe, ont-ils prêté main forte à ces réseaux?

La France et la Russie se retrouvent

Après des mois de disputes, la France et la Russie décident de faire la paix et d’agir militairement ensemble en Syrie. C’est la conséquence directe de ces attentats, qui a prouvé à François Hollande qu’il avait plus à partager avec Poutine qu’il ne le croyait jusqu’ici. La vieille alliance entre les deux puissances revient à l’honneur, comme si l’équilibre des forces en Europe était une réalité tenace, profonde, qu’aucune puissance terrestre ne peut facilement remettre en cause.

Pour Hollande, c’est un camouflet. Après avoir mené une politique de toréador en Ukraine contre Poutine, après avoir fait le bras de fer sur l’avenir d’Assad, la France plie. Que de temps perdu…

Turquie, Israël, et autres convives

Mais qui d’autre aurait pu prêter son concours aux terroristes de l’Etat Islamique?

La Turquie vient d’expulser huit Marocains pour des liens suspects avec l’Etat Islamique. Mais Erdoggan ne s’est pas toujours montré aussi pointilleux avec cet Etat. Lorsqu’une bombe a ravagé le cortège d’un parti kurde, en septembre, beaucoup ont pensé que les services turcs avaient plus ou moins aidé à la réalisation de l’attentat. Toutefois, il semblerait que les services turcs aient averti plusieurs les services français de l’arrivée de terroristes, sans grande réaction française.

Les attentats bénéficient-ils à Israël? Dans la pratique, l’Etat Islamique, mis en difficulté par les Russes, sert plutôt la cause israélienne qu’il ne la dessert. Les Israéliens ont un intérêt objectif à l’affaiblissement de la Syrie, pas à sa remise en ordre. Et l’intervention possible d’une coalition contre Daesh ne sert pas la cause de la faiblesse.

Il faudrait ici examiner la stratégie des Etats du Golfe, de l’Egypte, du Maroc, pour comprendre comment s’entremêle géopolitique et terrorisme.

Dans tous les cas, les événements du 13 novembre profitent au « régime syrien », qui a pu surseoir de quelques mois à son imminente disparition.

 

Terrorisme: le gâchis français

Article rédigé pour Atlantico.

Après les attentats de janvier, et après cette fameuse marche du 11 janvier où un Français sur dix est descendu dans les rues pour dire son engagement à vaincre, la France a perdu un temps terrible – un temps d’indécision où ce qui devait être fait pour lutter contre le terrorisme ne l’a pas été.

L’illusion technocratique

Immédiatement après les attentats contre Charlie Hebdo, la riposte française s’est limitée à autoriser la surveillance cybernétique de tous les citoyens. Déployons des outils nouveaux qui permettront d’écouter tous les Français et le problème sera réglé. Dix mois plus tard, le constat est accablant: non seulement ces méthodes ultra-modernes n’empêchent pas le pire, mais les auteurs des attentats étaient, au moins pour partie, connus des services de renseignement.

La France s’est donnée l’illusion qu’une guerre pouvait se gagner en achetant des armes, mais sans combattant pour s’en servir. Preuve est faite que la technique ou la technologie ne suffisent pas à vaincre.

Un gâchis politique

François Hollande n’a pas voulu admettre que la guerre menée par Daesh est d’abord une guerre politique, fondée sur une propagande habilement menée auprès de nos jeunes déstructurés dans nos banlieues. La marque « Daesh » est devenue le symbole d’une résistance au prétendu racisme français, ou à notre prétendue islamophobie.

Dix précieux mois ont été perdus pour un travail politique de reconquête. Non, nous ne sommes ni racistes, ni xénophobes. L’impôt des Français finance des soins gratuits pour les migrants, la sécurité sociale bénéficie autant aux arabo-musulmans qu’aux autres, les écoles sont gratuites pour tous, les collectivités locales offrent des bibliothèques gratuites, des équipements peu chers pour tous ceux qui en ont besoin. Je passe ici sous silence les musées parisiens qui sont gratuits, où l’on voit curieusement très peu de visiteurs issus de l’immigration, ou encore les festivals d’été dans les parcs de la Ville, là aussi gratuits, mais curieusement boudés par les immigrés.

Ajoutons que, dans certaines communes, ou dans certains arrondissements parisiens, les classes moyennes (où les autochtones sont fortement représentés) sont souvent assommés pour financer la solidarité vis-à-vis des nouveaux venus qui accèdent au service public gratuitement. C’est le cas dans le 19è arrondissement, le quartier des Kouachi, où les tarifs des crèches sont prohibitifs pour les revenus moyens (proches de 1.000 euros mensuels), et gratuits pour des populations qui sont majoritairement immigrées.

Depuis janvier 2015, au lieu de souligner la solidarité des Français avec les nouveaux venus, le gouvernement tient le discours inverse: ceux qui financent la solidarité sont des méchants qui « ont les moyens », donc quelque chose à se reprocher. Seuls ceux qui bénéficient de la solidarité sont des gentils. A force de flétrir les autochtones, François Hollande a fait le lit du mensonge selon lequel nous serions de perfides racistes qui doivent collectivement expier leurs péchés.

Un gâchis diplomatique

Depuis janvier 2015, François Hollande, qui ne laissera décidément pas le souvenir d’un grand diplomate, a une obsession monomaniaque: chasser Bachar Al-Assad du pouvoir. Cette stratégie est affligeante. Alors que notre ennemi de l’extérieur et de l’intérieur n’est autre que l’Etat Islamique contre lequel combat Assad, la France déploie une stratégie consistant à soutenir l’ennemi et à affaiblir l’allié.

Certes, Assad est un dictateur. Mais faut-il rappeler que le mouvement baasiste dont il est issu est laïc et garant d’un équilibre socio-politique en Syrie, favorable à l’Occident? Le combattre, on le sait, fait le jeu de l’islamisme fanatique.

Ces derniers jours, Hollande semble avoir effectué un virage à 180 degrés dans l’affaire syrienne. Ce retard est une lourde faute politique. Combien de morts eussions-nous pu éviter en portant le fer dès janvier contre Daesh en concertation avec la Russie, notre allié naturel et historique au Moyen-Orient?

Reste maintenant à pousser le raisonnement jusqu’au bout. L’armée irakienne a trouvé 160 clés USB contenant les comptes de Daesh. Une grande partie des financements de cet Etat terroriste provient de particuliers du Golfe. Combien de temps accepterons-nous l’existence de ces Etats fantoches, créés par les Anglais pour veiller sur la manne pétrolière dans les années 30, et devenus des créatures dangereuses pour les consommateurs de pétrole?

Un gâchis policier

Avec la croyance absurde dans un « tout technologie » telle que la loi sur le renseignement nous l’a montrée, la France a perdu un temps précieux pour identifier les derniers développements de la mouvance islamique sur le terrain. Les dizaines de perquisitions de ces derniers jours auraient dû avoir lieu dès janvier. Il est ahurissant que les cerveaux des attentats de novembre aient pu louer des appartements autour de Paris, des voitures, retirer de l’argent, acheter des téléphones, avec le soutien probable d’un nid de serpents, sans que personne ne s’en aperçoive.

Pendant plusieurs mois, une intense propagande a accrédité la thèse des loups solitaires. Nous découvrons aujourd’hui que ces « loups » étaient en réalité des abeilles échappées d’une ruche en plein développement. Mais pourquoi avoir attendu dix mois pour commencer à l’enfumer?

Un gâchis judiciaire

Stupeur! l’un des terroristes avait fait l’objet d’une condamnation… pour terrorisme en 2012. Entretemps, il a pu se rendre en Syrie pour suivre un petit stage de perfectionnement, et revenir impunément en France pour commettre ses forfaits.

Pour moins que ça, on a vu une ministre de la Justice démissionner. Mais Christiane Taubira, dont le passé indépendantiste en Guyane constitue une manifeste paire de menottes dans le sursaut national dont nous avons besoin aujourd’hui, est toujours en place. Nous avons pourtant, à ce poste, besoin d’une personnalité qui aime la France, qui croit en ses bienfaits, qui ne chante pas la Marseillaise du bout des lèvres, mais au contraire l’entonne avec coeur pour prendre les mesures qui s’imposent: l’arrestation préventive de tous les fichés S.

Journal de guerre: déjà le bruit des bottes

Aux aurores, la police, soutenue par l’armée, a investi le centre de Saint-Denis pour déloger des suspects. L’assaut ne s’est terminé qu’en fin de matinée. Visiblement, les explosifs posés en catimini avant cinq heures du matin sur la porte blindée de l’appartement n’ont pas suffi à la défoncer et les occupants ont pu organiser leur défense. Ils semblaient préparer un attentat à Nanterre, aux Quatre Temps et sur la dalle. Ils étaient lourdement armés et manifestement préparés à des assauts de ce genre.

Le bruit des bottes dans les rues

Sans que nous ne nous en rendions compte, le bruit des bottes devient une habitude. Il se répète et choque de moins en moins les oreilles. Plusieurs milliers de coups de feu ont été tirés à Saint-Denis durant la matinée. Les images de ces fusillades, qui commencent à avoir tout de la scène de guérilla à la libanaise, ont circulé sur les réseaux sociaux.

Dans les rues de Paris, même dans l’est parisien, l’atmosphère était pourtant calme, quasi-indifférente. Avec une rapidité étonnante, cette guerre est entrée dans la vie quotidienne comme l’élément hideux d’un paysage auquel on s’accoutume même s’il fait horreur. Personne ne la souhaite, mais tout le monde au fond se disait qu’elle arriverait tôt ou tard.

Scène presque cocasse dans le métro: deux indiens se sont quasiment battus à coup de bouteilles, l’un soutenant, si j’ai bien compris, le terrorisme de Daesh, l’autre le vomissant. Les Parisiens ont vécu l’incident avec une sorte d’indulgence que je ne leur connaissais pas jusqu’ici.

Le bruit des bottes au Parlement

Après la séance de questions, hier, où l’opposition a ferraillé sous les caméras contre le gouvernement, le peuple français a hurlé. Certes, François Hollande ne paraît pas le meilleur jockey pour conduire la jument France à la victoire, mais de là à laver son linge sale sous les yeux du monde! Ces bons vieux Français toujours, quoiqu’ils disent, attachés au protocole et aux usages, n’ont pas aimé et l’ont fait savoir à ces députés remuants.

Ceux-ci reviennent donc à l’entente cordiale et donnent désormais le spectacle faux et hypocrite d’un soutien au gouvernement. Si certains avaient imaginé ou espéré que les événements profitassent à la droite, le doute n’est plus permis. La seule certitude que les Français acquièrent est celle d’une indispensable purge politique pour régénérer la démocratie.

Certains députés l’ont bien compris. Popelin, socialiste de Livry-Gargan, a proposé d’ajouter à l’état d’urgence la possibilité de censurer la presse qui ne relate pas les événements sous l’angle que le gouvernement souhaite. La tentation autoritaire prend forme.

Le bruit des bottes demain

L’amendement Popelin n’est pas passé et l’état d’urgence se limite à des assignations à résidence et des fouilles d’ordinateur en cas de perquisition. Mais on a bien senti l’envie qui pointait, au sein de notre classe politique corrompue et dépassée par les événements, d’utiliser le terrorisme pour faire taire l’opinion publique. Le gouvernement s’y oppose aujourd’hui, mais les premières répétitions de la pièce qui se jouera demain ont eu lieu.

L’anecdote est amusante. Je me suis souvent demandé comment la Révolution de 1789 avait pu dégénérer en un bain de sang. Sous nos yeux, le même film commence. Des députés proposent isolément des mesures dont, implicitement, on sent bien que l’objectif est de conserver le pouvoir en remettant tout le monde au pas, et spécialement ces Français éduqués à qui il ne faut plus en conter. Peu à peu émergera l’idée que cette remise au pas est l’étape indispensable pour conserver les privilèges acquis au bénéfice de la décadence républicaine.

Entre l’aspiration populaire à une autre culture politique et une autre gouvernance, d’un côté, la détermination des élus à conserver leur siège et leur régime coûte-que-coûte, de l’autre, le frottement est inévitable. Nous en voyons les prémisses. Nul ne sait qui gagnera.

Bruit des bottes et bruit des fêtes

Une autre particularité m’a toujours étonné dans la Révolution Française. Il est connu que la vie à Paris, au plus fort de la Terreur, était restée festive et insouciante. En dehors de quelques journées d’émeute, la Révolution n’a concerné qu’un dixième des Parisiens. Le reste était occupé à survivre et à faire la fête.

La même fracture apparaît aujourd’hui. Partout fleurissent des appels à résister en buvant des verres aux terrasses des cafés ou en allant au théâtre. La mort rode et la joie est dans les coeurs. Plus la tragédie gronde, plus les esprits sont légers.

Le bruit des bottes cache l’orage

Les Parisiens ont bien raison de boire des canons tant qu’ils le peuvent. Comme l’actualité est monopolisée par les attentats, le pire ne leur est pas dit. Ainsi, le G20 s’est terminé dimanche sur le constat d’un ralentissement économique général. Aujourd’hui, et contre les conclusions du G20, la Réserve fédérale a quasiment annoncé le relèvement de ses taux en décembre. La nouvelle ne pouvait pas plus mal tomber. Dans un monde en crise, inquiété par le terrorisme, le fait que les Etats-Unis se remettent à rémunérer l’épargne va créer un appel d’air. Les liquidités qui circulent dans le monde vont être magnétiquement attirées vers New-York et Los Angeles.

La décision de la Réserve fédérale devrait assécher les économies mondiales, en tout cas toutes celles qui ont structurellement besoin des capitaux américains pour se développer. Pour l’Europe le coup sera rude à encaisser: les pays qui vivent d’un endettement à bas prix, comme la France, vont passer un sale quart d’heure. Mécaniquement, les taux d’emprunt devraient remonter et le gouvernement se trouvera dans la même position que Louis XVI finançant le corps expéditionnaires en Amérique: des caisses vides, un immense besoin d’argent et personne pour le dépanner.

Je ne parle pas ici de l’industrie financière qui peinera à suivre le mouvement. L’ère des risques systémiques approche.

Le bruit de Diesel

Mais ces nuages sont loin. Plusieurs attentats peuvent être commis d’ici là. Les Français sont pour l’instant occupés par l’immédiat. Ils se sont passionnés aujourd’hui pour la mort du berger malinois Diesel, tué par les terroristes alors qu’il cherchait la présence d’explosifs dans l’immeuble assiégé. Que de probables habitants de Molenbeek tuent un chien de Malines à quelques encablures de la demeure des rois de France, voilà qui ne manque pas de piquant.