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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

La RATP face au fait religieux en entreprise

Article publié sur Décider & entreprendre.

La RATP est l’entreprise française qui compte, parmi ses rangs, le plus grand nombre de « fichés S », c’est-à-dire de musulmans radicalisés. L’un d’eux, employé pendant 15 mois jusqu’en 2012, Samy Amimour, faisait partie des kamikazes qui ont commis le pire le soir du 13 novembre. Comme beaucoup d’entreprises, la RATP semble désarmée face au fait religieux.

Une montée en puissance du phénomène

C’est Le Parisien qui a consacré hier un article sur le sujet. Plusieurs observateurs soutiennent que le fait religieux devient un problème à la RATP. Ce constat est notamment dressé par des délégués CFDT, dont nous citons ici quelques propos:

« Cela a commencé il y a cinq à six ans, se souvient cette employée qui souhaite garder l’anonymat. Quelques-uns à qui je faisais la bise ont refusé de m’embrasser, puis de me saluer. Et pourtant, je suis musulmane. D’autres refusaient de conduire un bus qui avait été précédemment conduit par une femme. »

Selon le délégué CGT:

« Oui, il y a des problèmes, mais ça reste un épiphénomène, insiste Jacques Eliez, son secrétaire général. Il n’y a pas plus ou pas moins de radicalisation qu’ailleurs. La RATP n’est pas imperméable à ce qui se passe dans la société. »

De fait, beaucoup d’entreprises en France, et singulièrement celles qui emploient des salarié peu qualifiés, sont touchées par la montée des revendications religieuses en entreprise. Celles-ci portent notamment sur les menus à la cantine, sur le droit de prier dans les locaux ou sur l’aménagement des horaires ou des congés pour des raisons confessionnelles.

La tentation du déni

Pour la direction de l’entreprise, il est souvent tentant de réagir dans un premier temps en opposant un déni à la réalité. C’est le cas de la direction de la RATP, où l’ampleur du phénomène fait l’objet d’un démenti plus ou moins vigoureux.

Ainsi, la présidente de la RATP, Elisabeth Borne, ancienne directrice de cabinet de Ségolène Royal, qui assure qu’aucun écart de conduite ne lui a été signalé depuis son arrivée à la tête de l’entreprise en mai 2015. A l’en croire, tout va bien dans l’entreprise et le problème n’existe pas.

Son directeur de cabinet a toutefois tenu des propos un peu différents au Parisien:

« Des personnels ont été sanctionnés pour des faits religieux, reconnaît Jérôme Harnois, directeur de cabinet d’Elisabeth Borne, PDG de la RATP. Nous avons mis en place une charte de la laïcité en 2013. Sur les fiches S, nous n’avons aucune information. Mais dès que les autorités nous informent, nous prenons les décisions qui s’imposent. »

Cette cacophonie illustre bien la difficulté, pour les entreprises, de prendre un compte un problème sociétal qui dépasse très largement le cadre normal du dialogue social et de la gestion des ressources humaines. Face à la sensibilité du sujet, la tentation première consiste forcément à amoindrir l’enjeu et à le nier autant que possible.

Insuffisante jurisprudence Baby-Loup

A la décharge des comités de direction, les entreprises sont encore bien seules pour traiter le problème dans sa complexité. A ce stade, seule la jurisprudence Baby-Loup de la Cour de Cassation donne un éclairage sur les limites juridiques applicables au traitement du fait religieux en entreprise. Contrairement aux affirmations péremptoires sur le sujet, cette jurisprudence place les entreprises dans une situation inconfortable.

En effet, si elle affirme d’une part:

ayant relevé que le règlement intérieur de l’association Baby Loup, tel qu’amendé en 2003, disposait que « le principe de la liberté de conscience et de religion de chacun des membres du personnel ne peut faire obstacle au respect des principes de laïcité et de neutralité qui s’appliquent dans l’exercice de l’ensemble des activités développées, tant dans les locaux de la crèche ou ses annexes qu’en accompagnement extérieur des enfants confiés à la crèche », la cour d’appel a pu en déduire, appréciant de manière concrète les conditions de fonctionnement d’une association de dimension réduite, employant seulement dix huit salariés, qui étaient ou pouvaient être en relation directe avec les enfants et leurs parents, que la restriction à la liberté de manifester sa religion édictée par le règlement intérieur ne présentait pas un caractère général, mais était suffisamment précise, justifiée par la nature des tâches accomplies par les salariés de l’association et proportionnée au but recherché

La Cour de Cassation a donc validé le licenciement d’une employée au motif que le règlement intérieur qui fondait cette décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à la liberté religieuse. La Cour a en particulier relevé que cette les restrictions imposées ne présentaient pas un caractère général et absolu qui aurait été illégal.

Dans le même temps, la Cour a considéré:

le règlement intérieur fût ce dans une entreprise dite de tendance ou de conviction ne peut contenir des dispositions apportant aux droits des personnes et aux libertés individuelles des restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir, ne répondraient pas à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et ne seraient pas proportionnées au but recherché

Il existe donc un très vaste champ d’appréciation qui ne peut que laisser les entreprises perplexes sur leur droit à restreindre ou non les libertés religieuses des salariés.

Les cas concrets qui posent question

Concrètement, les entreprises peinent aujourd’hui à répondre aux questions soulevées par l’orthopraxie musulmane. Celles-ci se concentrent autour de deux sujets essentiels.

Premièrement, un salarié peut-il interrompre son travail pour prier dans les locaux de l’entreprise? Cette question simple ne devrait pas tarder à devenir un enjeu réel pour le juge français. Dans certaines entreprises de transport public, il se murmure par exemple que les machinistes mettent leur véhicule à l’arrêt pour pouvoir prier. Dans certaines usines, des salariés interrompent la chaîne pour les mêmes raisons. Comment l’entreprise peut-elle réagir, dans la mesure où elle doit prouver que l’atteinte à la liberté religieuse qu’elle pourrait décider ne doit pas être disproportionnée et doit répondre à une « exigence professionnelle essentielle ».

Deuxièmement, un salarié peut-il exiger que l’entreprise endosse son orthopraxie? Les demandes peuvent ici être variables: horaires aménagés durant le Ramadan, acceptation du voile, repas de substitution à la cantine, etc. Là encore, le sujet est délicat et la jurisprudence de la Cour de Cassation prohibe les interdictions générales et absolues. Le juge est supposé, en cas de contentieux, vérifier l’adéquation des mesures avec les missions de l’entreprise.

Légiférer ou négocier?

Ces sujets de société posent de vrais problèmes dont on voit mal comment ils pourraient être simplement abandonnés au dialogue social interne. Si leur règlement suppose souvent une négociation dans les entreprises avec les partenaires sociaux concernés, la nature du débat relève du législateur qui ne peut ici se défausser de ses responsabilités.

Le bon sens consisterait donc à proposer à échéance un texte de loi fixant les droits et les devoirs des entreprises dans le traitement du fait religieux.

Journal de guerre: le procès du déni commence

Les attentats de vendredi sont-ils la conséquence directe d’un long déni collectif sur la question de la radicalisation qui touche une partie de la communauté musulmane en Europe? La question fait son chemin dans les esprits, et les langues se délient.

Le déni à la RATP

Il y a quelques mois, en prenant le bus 96 avec ma fille, j’avais été frappé par une scène étonnante. Le bus était bondé et j’avais demandé à un quinquagénaire de me céder sa place pour éviter que ma fille ne tombe. Il se trouve que ce quinquagénaire avait un physique maghrébin. Il refusa catégoriquement de se lever en m’indiquant que les places pour handicapés, c’était plus loin dans le bus. Comme le bus était bondé je ne pouvais y accéder. Le ton est monté. Le chauffeur de bus, lui aussi maghrébin, a arrêté l’autobus pour m’interpeller en m’indiquant que le passager n’avait pas à me céder sa place.

Je découvre aujourd’hui que la RATP est l’entreprise de France qui emploie le plus grand nombre de « fiches S », selon l’expression désormais consacrée. Elle affecte ces profils aux quartiers difficiles, dont le mien. Je ne suis pas étonné…

Il semblerait que les signalements sur ce genre de cas aient fortement augmenté ces derniers mois. Mais la présidente de la RATP, Elisabeth Borne, ne voit rien, n’a rien vu, ne comprend pas où est le problème. Peut-être devrait-elle de temps à autre utiliser les transports publics à Paris.

La technostructure et le déni

Le déni d’Elisabeth Borne me paraît emblématique du mal français. Issue des grandes écoles d’ingénieurs, elle a été directrice de cabinet de Ségolène Royal au ministère de l’Ecologie. Elle appartient à cette caste de bourgeois de gauche qui vivent dans les beaux quartiers, tous ces petits marquis qui donnent des leçons de mixité sociale à tout va mais se gardent bien de les mettre en pratique. Cette caste fonctionne sur un schéma économique simple: ne jamais s’avouer à soi-même que l’on vit à rebours des principes que l’on défend. Le déni est le maître mot de l’existence.

Lorsqu’un membre de la caste rencontre quelqu’un qui lui parle de la vraie vie des quartiers, il répond forcément: c’est du populisme, vous faites le jeu du Front National, etc. Cette dialectique bien rodée, imperméable à la raison, a coûté des centaines de vie cette semaine.

La SNCF et le déni

Il n’y a pas qu’à la RATP où le déni triomphe. La SNCF, pour des raisons encore plus coupables, n’échappe pas à ce scandale. Ce matin, j’ai pris le TGV pour me rendre à Grenoble. Ensuite, je l’ai pris au retour de Lyon à Paris. Je l’ai vu: la SNCF s’offre le luxe de n’organiser aucun contrôle des voyageurs avant le départ, alors qu’une tentative de massacre a eu lieu dans le Thalys il y a quelques mois. Pour des raisons budgétaires et de paix sociale (surtout ne pas mettre les contrôleurs au travail), Guillaume Pépy, le PDG de la SNCF, a décidé que ces contrôles ne se feraient pas.

Qui peut affronter Guillaume Pépy dans l’appareil d’Etat? Le bonhomme mériterait cent fois son départ de l’entreprise, dans des conditions plus ou moins bonnes. Entre le déraillement d’un TGV d’essai rempli d’enfants du personnel ce week-end, les catastrophes ferroviaires jamais expliquées, les déficits de l’entreprise, son manque de rentabilité, il est évident que ce grand commis empêche la modernisation du rail français.

Mais il est au Siècle, il fait partie des puissants réseaux homosexuels, il est influent à gauche, il dispose d’un trésor de guerre pour assurer sa promotion personnelle. La France est malade de ces combinazioni où les influences passent avant la compétence, où une élite avaricieuse vit dans un entre-soi dont elle tire un profit égoïste, dans l’oubli total de l’intérêt général.

Puissions-nous gagner le droit de le dire et de le faire entendre avant que d’autres morts n’en soient victimes!

Molenbeek et le déni

La France n’est pas la seule à souffrir de ce déni imposé par les puissants. En Belgique, le fils du ministre Charles Moureaux, Philippe Moureaux, fut bourgmestre de Molenbeek, désormais surnommé Molenbeekistan, tout en enchaînant des postes de ministres comme la Belgique peut en avoir le secret. Pendant 20 ans, il va s’employer, pour des raisons électoralistes, à transformer sa commune en ghetto arabo-musulman, finançant au passage des associations qui ont fait le jeu de la radicalisation.

Aucun des terroristes qui a frappé en France depuis plusieurs années n’a échappé à un petit stage préalable à Molenbeek. Mais aborder le sujet était interdit, sauf à être taxé de racisme ou d’islamophobie.

Là encore, le déni a tué, en nourrissant une hydre dont nous n’arrivons pas à couper toutes les têtes.

Zemmour et le déni

Assez absurdement, Eric Zemmour a suggéré de bombarder Molenbeek. Le trait d’humour vaut ce qu’il vaut et il suscite une polémique. Au-delà de la boutade, Zemmour ne semble pas avoir compris que le problème n’est pas la présence de musulmans à Molenbeek, mais l’absence de Molenbeek à la France. La Belgique est une imposture. Son territoire est un élément indispensable à la sécurité nationale française. Les coalisés le savaient en 1815: c’est pour cette raison qu’ils ont imposé la partition belgo-hollandaise à la France.

La France ne retrouvera sa pleine sécurité qu’en réparant cette usurpation historique et en reprenant ses droits sur ses fiefs fondateurs, et singulièrement sur la Flandre, à laquelle Molenbeek appartient géographiquement.

Démonstration est faite, en tout cas, que les Belges, et tout spécialement les Flamands, ne sont pas capables d’être indépendants.

Le parti socialiste et le déni

Ce que le sénateur Destexhe reproche à Philippe Moureaux est simple: avoir préparé sa réélection par une paupérisation de sa commune sous égide musulmane. Les socialistes bruxellois ont préféré encourager une immigration de masse qui leur assurait leur réélection plutôt que de défendre l’intérêt général au péril de leur carrière politique individuelle.

Voici une description qui pourrait s’appliquer à bien des élus français. On pourrait interroger, par exemple, Claude Bartolone, sur son action en Seine-Saint-Denis. On n’y trouverait pas un autre carburant que celui-là. Et au-delà, la politique fiscale de Manuel Valls participe de la même logique: encourager les pauvres à rester pauvres, pour conserver les meilleures chances de se maintenir au pouvoir.

Dans ce système, le déni est essentiel: toujours parler de solidarité mais n’y jamais penser, toujours penser à sa réélection mais n’en jamais parler.

Le déni et les fiches S

Le blabla politique est revenu et Laurent Wauquiez préconise d’interner ceux qui sont « fichés S ». Sa détermination m’étonne. J’entends la question posée depuis plusieurs mois. Pour être exact, lors d’un déjeuner avec JB, début août, le sujet est venu sur le tapis. Il m’était présenté comme une question posée dans une loge du Grand Orient composée de policiers. Manifestement, dans la police, le principe de l’internement est acquis. Il est amusant de voir Laurent Wauquiez agiter une idée qui vient de la gauche mais que la gauche n’a pas officiellement développée.

Pour l’instant, le déni règne sur ce sujet. Mais il est manifeste que la décision d’interner les suspects est déjà prise. Tout ne sera que question de temps et de méthode pour y arriver.

Le déni et la démocratie

La démocratie française fonctionne aujourd’hui sur le déni. Il ne faut jamais parler des problèmes, et il faut les régler sans le dire, ou les laisser péricliter en affirmant qu’on les règle.

Cette méthode du déni s’appelle le mal governo et la saine réaction populaire à l’issue des attentats consistent à refuser l’hypocrisie généralisée. Pourvu que le peuple français tienne bon et parvienne à restaurer la transparence politique, dans les discours et dans les actes, dont nous avons besoin.

 

 

Journal de guerre: la défaite des munichois?

Quatre-vingts ans plus tard, l’esprit munichois ressurgit chez certains, avec son joli lot de prétextes et d’excuses pour ne pas prendre les armes. Un fossé est apparu, au retour du week-end, entre eux et les bellicistes, qui ne cachent plus leur appel à des mesures expéditives. Nul ne sait où cette scission s’arrêtera. Elle constitue peut-être le nouveau grand clivage entre les Français.

Les munichois s’expriment

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que l’appel à la paix fasse entendre sa voix. Dès samedi, on lisait un peu partout cette théorie étrange selon laquelle la France serait la première responsable des attentats qui l’ont frappée. Parce que nous avons attaqué la Syrie, nous avons récolté les fruits de notre action.

Ce matin, F.D., proche de Lutte Ouvrière, m’envoie ses amitiés en me reprochant mes articles « qui y vont trop fort », notamment parce que je propose de rompre avec la bienveillance vis-à-vis des Etats du Golfe. Selon lui, la bourgeoisie occidentale n’acceptera jamais ce « lâchage » des Etats qui financent ou soutiennent Daesh. Ce n’est pas faux. Je lui soutiens que, dans six mois, mes propositions paraîtront à l’eau de rose quand l’opinion sera excédée par les attentats qui viennent. Il ne le conteste pas.

C’est la grande défaite des Munichois: ils savent déjà l’inutilité de leur cause. La majorité des Français ne veut plus de ce laxisme moralisateur, culpabilisant, qui insinue que nous sommes responsables de tout, même de nos propres souffrances.

Les munichois perdus dans la foule

A midi, je suis place de l’Etoile et j’y participe à la minute de silence. Des caméras de télévision parsèment la petite foule qui s’est rassemblée sous la surveillance des compagnies de sécurité. La tombe du Soldat Inconnu est ceinte d’un cordon de badauds sous le grand souffle guerrier qui avait parcouru la France en 1914.

Une fois la minute achevée, un jeune Allemand s’adresse à la foule en anglais pour dire tout le mal qu’il pense de la logique guerrière de la France. Il est chassé par la foule. Le discours de la paix n’a plus sa place en temps de guerre.

Les munichois et Maurras

Près de l’avenue Carnot, je croise par hasard J-L F, éminence grise du monde social. Il est favorable à une ligne guerrière. Pour lui, l’indulgence de la France vis-à-vis des excès commis par la communauté musulmane tient d’abord au discours lénifiant de réécriture historique sur l’Algérie Française. Les Benjamin Stora et autres ont fabriqué a posteriori un récit où la France ne tient pas la part belle. C’était la première préparation au pire.

Il considère que je ne suis pas assez chrétien. Nous parlons de Maurras qui pratiquait sans croire, parce que la religion était affaire de raison et non de révélation.

Les munichois et le Grand Orient

A midi, je déjeune avec des frères du Grand Orient. Ils ne mâchent pas leurs mots sur leurs désirs de revoir l’Etat laïque prendre la main. Les lignes sont radicales, à l’unisson d’un message reçu le matin d’une soeur bien connue qui appelle au combat. Le procès des dirigeants socialistes vient rapidement sur le tapis: ils sont accusés de tergiverser avec la communauté musulmane.

Je sens en eux une profonde détermination, sans état d’âme, à revenir aux fondamentaux de la lutte contre l’obscurantisme. En l’espèce de l’obscurantisme musulman.

Mine de rien, les soutiens à la logique munichoise s’amenuisent. Dans le pays, une majorité belliciste se dessine.

Les munichois face au sursaut national

Le sursaut national a bien eu lieu, et c’est peut-être le principal étonnement que nous ayons aujourd’hui, en particulier au sein de la jeunesse. Nos enfants aiment la France. Ils chantent la Marseillaise pour dire qu’ils sont forts, et qu’ils ne molliront pas.

A mesure que les heures passent, c’est bien ce sentiment d’unité dans la volonté de combattre qui domine. On ne retrouve point le sentiment de janvier 2015, un tantinet bêlant, d’un amour universel qui domine tout. L’idée de la guerre a pénétré les esprits et beaucoup commencent à trouver de bonnes raisons de la gagner.

Les munichois et l’ordre

Une autre bonne surprise arrive: la police a réinvesti les quartiers qu’elle avait abandonné de longue date. Dimanche, une première descente aurait lieu rue de Belleville pour contrôler des gamins qui stagnaient dans les rues. Ce lundi, ils ne sont pas tous partis, mais leur nombre a diminué. L’Etat semble décider à faire respecter l’ordre.

Des dizaines de perquisitions et d’arrestations auraient eu lieu en France.

Les munichois et la fiche S

Face à cette montée de l’ordre, les munichois ont un sujet d’inquiétude: il faut protéger les suspects de terrorisme renseignés par la « fiche S » et surtout ne pas violer leurs libertés. La polémique enfle. Nicolas Sarkozy et Laurent Wauquiez proposent des mesures d’assignation à résidence ou d’internement. Le débat n’est pas mûr. Il durera et rebondira.

Nous avons tous le pressentiment que, tôt ou tard, des mesures radicales seront prises, et seront justes.

Hollande et les munichois

Au Congrès de Versailles, François Hollande n’a pas pris de position sur le sujet. Il a annoncé des renforcements des mesures de police, un changement de la constitution, une prorogation de l’état d’urgence et une déchéance de la nationalité pour les terroristes. Il veut une grande coalition internationale contre les 20.000 soldats de l’Etat islamique.

Mais de mesures intérieures pour faciliter l’intégration des immigrés, point. Une vision durable? non plus. Une position sur les fiches « S »? encore moins.

Hollande et le pacte de sécurité

Hollande est-il le bon cheval pour mener cette politique? Personne n’en est convaincu, mais il est trop tôt pour répondre à la question. En attendant, on fait « comme si » et on enregistre que l’effort de diminution des dépenses publiques est désormais bien compromis par la nécessité de recruter cinq mille policiers supplémentaires.

La guerre emporte avec elle un torrent d’engagements européens que nous ne croyons plus et auxquels nous ne demandions qu’à nous soustraire. Voici bien une raison supplémentaire pour la mener.

Journal de guerre: l’absurde tentation de la dictature

La guerre! Depuis plusieurs années, beaucoup s’attendaient à une implosion de la société française. Ce lent déclin, ce blocage systématique face à l’histoire, ne pouvait pas durer. Qui pouvait imaginer que le basculement viendrait à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, de l’Etat Islamique au Moyen-Orient et d’actions terroristes sur notre sol?

La Révolution qu’il nous faut n’avait probablement pas ce visage hideux dans l’esprit de ceux qui la souhaitaient ou la craignaient.

La guerre après l’angoisse du Grand Soir

Le Grand Soir n’est pas venu.

Il y avait ceux qui le voulaient. Le Front de Gauche, à coup sur, même si on ne sait plus trop si le Parti Communiste partageait encore cette espérance. Les mouvements révolutionnaires d’extrême gauche.

Il y avait ceux qui le craignaient. Le gouvernement par exemple, obsédé par la transformation de la pétaudière française en champ de foire incontrôlable.

Finalement, les prolétaires français n’ont pas bougé. Ce sont les prolétaires issus de l’immigration, fixés dans les banlieues, qui passent à l’action. Le drapeau vert a vaincu le drapeau rouge.

La guerre et ses grandes peurs

Paris est à cran. Le moindre coup de pétard est comme une ombre projetée sur un mur lointain: il se transforme en canonnade immense, et la foule s’enfuit. On l’a vu place de la République aujourd’hui. La ville bruissait de fantasmes qu’on croyait impossibles de nos jours. La RATP elle-même a fait courir la rumeur de tirs dans le métro.

L’émotion est partout. L’émotion a pris le pouvoir. Tout est désormais possible, même le pire.

La guerre face à une France hébétée

La guerre est dans nos rues, mais personne n’a d’idée claire sur la façon de la gagner. François Hollande décrète l’état d’urgence mais pour quoi faire? Il laisse les policiers agir. Et après?

La France reste sur son absurde politique arabe, qui consiste, depuis plusieurs années, à remplacer les régimes laïques par des régimes musulmans sunnites. Nous avons commis cette folie en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Syrie. Nous en payons le prix fort aujourd’hui. Non seulement aucun bilan critique n’est dressé, mais l’inversion complète de logique qu’il faudrait désormais n’est pas prête d’arriver.

La guerre et la dictature

Demain, François Hollande devrait annoncer devant le Congrès son intention de proroger pendant trois mois l’état d’urgence. Il aurait l’intention de changer la loi de 1955 qui lui donne pourtant beaucoup de pouvoir. La tentation autoritaire triomphe, sans aucune idée claire sur la politique à mener.

Il ne vient à l’esprit que de peu de personnes de constater le naufrage de la politique menée depuis les attentats de janvier: la surveillance généralisée des communications n’a servi à rien. Et comme le soulignait le commissaire Marion sur une radio publique, l’enquête avance vite grâce aux méthodes policières traditionnelles. Comme disait les Shadoks: plus on rate, plus on a de chance de réussir.

La guerre contre la majorité

Une fois de plus, la réaction de François Hollande touche la majorité: l’état d’urgence remet en cause les libertés de tous les Français. En revanche, il ne semble pas vouloir s’intéresser aux groupes spécifiques qui servent de terreau au terrorisme. Rien sur la montée de l’islamisme. Rien sur le rappel aux règles dans les quartiers où la haine du pays se transforme en doctrine officielle. Rien sur cette France des faubourgs qui remue aujourd’hui.

Le souci de François Hollande est-il de contrôler le pays, gens honnêtes compris, ou de gagner la guerre qui s’engage?

La guerre aux fiches « S »

La question du sort à réserver aux radicaux musulmans marqués du « S » de la surveillance tarde à être discuté. Que faire de ces 3.000 ennemis de l’intérieur qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu dans la crainte d’un nouvel attentat?

Nicolas Sarkozy propose de leur passer un bracelet électronique et de les assigner chez eux. C’est un début. Tôt ou tard, l’internement, ou la déportation comme pour les communards en 1871, viendra sur le tapis. L’urgence est de nous forger une doctrine du respect des libertés en temps de guerre.

La guerre en Syrie, mais pour quoi?

Faute d’idée, faute de vision, la France entre dans la guerre en Syrie à reculons et avec un esprit de défaite. Il nous faudrait une idée du Moyen-Orient de demain, une cible à atteindre. En dehors de chasser le dictateur Bachar El-Assad et de mener des frappes aériennes, François Hollande n’en a aucune, semble-t-il.

L’intervention au sol est pourtant inévitable. Rien ne serait pire que de la déclencher avec aussi peu de certitudes sur la conduite à tenir. Il y a quarante ans, la main de la France tremblait moins: nous savions les bienfaits (et les inconvénients) du Baas et des mouvements laïcs en Syrie, en Irak, ou en Egypte. L’excès d’atlantisme nous a égaré sur une mauvaise pente.

La guerre et ses petits secrets

Les attentats de Paris ont eu une vertu: ils ont accéléré l’alliance russo-américaine pour intervenir en Syrie. Tout n’est pas encore réglé, en particulier le sort immédiat de Bachar El-Assad. Mais le reste devrait suivre: il y a aura bien cause commune pour écraser l’Etat Islamique.

La guerre et la Belgique

Plusieurs terroristes vivaient à Molenbeek, ou avaient des liens avec cette commune de la banlieue bruxelloise. La communauté musulman y est importante, et relativement coupée du monde. Les services de renseignement belge ne la contrôlent. Le grand désordre belge y est à l’oeuvre. Jusqu’à quand la France pourra-t-elle abandonner cet espace sécuritaire naturel à un Etat incompétent et lymphatique?

Les mois à venir montreront l’imbrication grandissante entre les Musulmans de Belgique et la sécurité de la France. Il faudra bien réagir tôt ou tard.

Revenir à la vie normale

Dans ce déluge de mauvaises nouvelles, qui rappellent que nous avons mangé notre pain blanc, qui laissent augurer des années noires après soixante-dix ans d’insouciance, il faut essayer de reprendre une vie normale et vaincre la peur de laisser derrière soi les siens qu’on ne reverra peut-être pas le soir venu.

Quel sursaut national et républicain pour gagner cette guerre?

La France est en guerre! dans une guerre protéiforme certes, mais pas si nouvelle. La guerre de 14, déjà, avait commencé par une phase de terrorisme avant de se transformer en conflit militaire ouvert. La particularité de la guerre qui vient est d’être à la fois intérieure (par des actions terroristes dont on sait maintenant qu’elles peuvent être vastes, meurtrières, bien plus aveugles encore que le 7 et le 8 janvier), et extérieure, avec des opérations directes sur le terrain, au Mali, en Syrie, et probablement ailleurs dans les mois qui viennent.

Certains continuent le déni et attendent le prochain attentat encore plus meurtrier, encore plus dévastateur pour se poser la question de la bonne réaction à avoir. Au nom de la lutte contre le fascisme, d’ailleurs, ceux-là sont les meilleurs alliés du fascisme: ils refusent toute action pour précipiter la décomposition de notre régime (qui n’en avait guère besoin) dans les pires conditions qui soit. Le vide politique qu’ils prônent de fait constitue la meilleure préparation à un coup autoritaire qui aura définitivement raison de nos libertés.

Pour éviter ce suicide de la démocratie, il faut gagner cette guerre qui nous est déclarée. Pour gagner cette guerre, seul un sursaut national et républicain sera capable d’inverser la spirale de l’impuissance sur laquelle nous déclinons depuis plusieurs années. La question que beaucoup se posent est de savoir en quoi doit consister ce sursaut. Voici quatre idées pour orienter l’action.

Lancer un pacte laïque

On en pense ce qu’on en veut, mais la laïcité constitue un socle de cohésion nationale simple à comprendre et à pratiquer, qui a le mérite d’avoir fait ses preuves. Encore faut-il avoir le courage politique de l’adapter au contexte nouveau et de le mettre en oeuvre sans mollir, mais sans excès.

Pour remettre les pendules à l’heure sur un sujet qui a connu des interprétations glissantes depuis plusieurs années, il est à mon sens indispensable de formule un nouveau pacte laïque expliquant clairement que la religion est une affaire privée et qu’elle n’a pas sa place dans les affaires publiques.

Ceci implique d’une part l’interdiction de porter un signe religieux extérieur dans la rue, surtout lorsqu’il est sexuellement discriminant. Si le port du voile, en particulier, pouvait s’envisager dans un univers pacifique, il est aujourd’hui le symbole d’une affirmation religieuse qu’il faut se décider à passer à l’as. De même, les prières de rue, ou dans les parcs publics, doivent être interdites. Les imams qui prêchent le terrorisme doivent être expulsés.

Sur le fond, il faut expliquer, sans hargne mais sans faiblesse, avec respect et empathie, à l’ensemble des communautés religieuses en France que leur liberté de pratique s’arrête là où la vie publique commence.

En contrepartie, toute discrimination, notamment dans l’orientation scolaire ou dans l’accès à l’emploi, doit être durement pénalisée.

Refranciser la France

La France n’est pas le pays ringard, coupable, raciste, odieux, que les bobos nous dépeignent à longueur de journée. La France a produit la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. La France porte une construction européenne où elle laisse de plus en plus de plumes. La France offre la santé gratuite à des nouveaux arrivants qui n’en ont pas le dixième chez eux. La France ouvre des bibliothèques gratuites, des musées gratuits, des écoles gratuits dans des quartiers habités par des gens venus de pays où ces biens collectifs n’existent pas.

Nous n’avons pas à rougir de cette politique d’accueil et nous ne devons pas accepter qu’elle soit minorée par ceux pour qui elle est faite, où par ces éternels pénitents, ces pharisiens modernes qui se complaisent dans une culpabilité collective qui ne repose que sur leurs fantasmes.

Puisque cette politique d’ouverture ne fonctionne pas, nous devons remettre en marche le creuset français. Il faut refranciser la France. Cette politique de long terme doit commencer par deux mesures d’état-civil simple:

  • faciliter le changement de nom pour que tous ceux qui portent un patronyme étranger puissent facilement (et librement) le franciser
  • imposer le port d’un premier prénom indo-européen pour tous les enfants qui naissent sur le sol français

Réorienter notre politique extérieure

Depuis plusieurs années (sous Chirac déjà…), la France mène une politique extérieure de rapprochement avec les Etats fantoches du Golfe, ces inventions pures de l’Occident qui, comme le Docteur Frankenstein, voit aujourd’hui ses créatures lui échapper. Tout le monde sait que les Etats du Golfe financent largement les mouvements terroristes qui saignent nos rues. Cette politique absurde doit s’arrêter.

Vis-à-vis des Etats du Golfe, le moment vient de forger une doctrine durable, qui soit indépendante de la vision américaine ahurissante. Sur le fond, on voit mal pourquoi une minorité de princes bouffons, qui n’auraient pas figuré dans des opérettes de province il y a cent ans, accapare la rente pétrolière née de la consommation des autres pays du monde. Le bon sens consiste à mutualiser cette rente pour la mettre au service d’un développement des pays les moins riches.

Il devient urgent d’adopter cette politique et de ne plus financer le terrorisme international par la rémunération (à nos dépens) de la rente pétrolière.

Plus profondément, la France doit revenir à sa politique arabe traditionnelle, fondée sur une recherche du consensus avec ses partenaires méditerranéens, et sur une protection des chrétiens dans le monde musulman.

Assumer notre destin militaire

La France n’est la France que par son rayonnement. Le rayonnement de la France est indissociable de sa présence militaire dans le monde, et de sa capacité à la faire valoir pour être entendue des nations. Cette composante militaire est au coeur de notre destin avant même la présence romaine en Gaule.

Accepter ce destin implique deux conséquences immédiates.

D’abord, il faut immédiatement cesser la politique de réduction des moyens militaires entreprises depuis Jacques Chirac. Nous devons disposer d’un outil militaire crédible, moderne, efficace, et capable de restaurer la voix de la France dans le monde.

Ensuite, nous devons désormais nous doter d’une doctrine militaire adaptée à une nouvelle vision de notre politique étrangère. J’ai dit plus haut ce que celle-ci emporte comme conséquences dans notre conception du Moyen-Orient. Ajoutons qu’il nous faut une doctrine de sens équivalent en Afrique, mais aussi en Europe. Nous ne pourrons durablement accepter l’appauvrissement du pays que nous impose l’Allemagne et son instrument communautaire, sans réagir.

Ces choix, nous le savons tous, sont aussi cruciaux que difficiles. Ils sont longs, coûteux, ne se feront pas par un coup de baguette magique, et imposeront aux Français de lourds sacrifices. Mais nous avons une seule responsabilité: laisser la France, lorsque nous partirons, dans un meilleur état que celui où nous l’avons trouvé. Et sans le sursaut national évoqué ici, c’est le contraire qui se produira.

Nous devons aujourd’hui faire preuve de courage pour gagner la guerre qui est portée sur notre sol. Ce courage est la seule voie pour que nous continuions à dire: vive la République! vive la France!

La France à l’eau tiède est morte ce soir

Depuis plusieurs mois, avant même les attentats de Charlie Hebdo, la France à l’eau tiède agace ceux qui, comme moi, habitent les quartiers difficiles. Il est évident, pour nous, que la cohésion sociale se dégrade à vue d’oeil et qu’un étrange fossé, sourd, tabou, discret, tu, se creuse de façon constante entre une majorité silencieuse qui subit les affronts, et une minorité triomphante qui s’est proclamée « victime » du système et considère qu’elle a un droit permanent à la vengeance.

Ici, le quadragénaire célibataire refuse de céder sa place dans l’autobus à une femme enceinte ou à une maman qui porte son bébé, et le chauffeur de la RATP soutient le quadragénaire plutôt que la maman. Là, la cantine de la crèche ne sert plus de porc et les Chrétiens doivent pratiquement demander un repars de substitution. Ailleurs, un voyou dévalise une vieille sans défense et prend le temps de faire un selfie devant sa victime pour célébrer son exploit.

Ces comportements insupportables s’ajoutent à ceux que l’on connaissait déjà: ces jeunes désoeuvrés qui roulent en voiture de sport à vive allure sur les passages piétons, ces gens qui essuient leurs chaussures sur les sièges des autobus ou du métro sans la moindre vergogne ou qui fument ouvertement dans les couloirs sans que personne n’intervienne.

Face à ces incivilités, la France à l’eau tiède pousse sans cesse à la surenchère et à l’irréparable. On veut bien de l’ordre, mais on ne veut forcer personne. On veut bien une vie agréable, mais il faut être gentil avec tout le monde. On veut bien de la liberté de la presse ou d’opinion, mais il ne faut pas en vouloir à ceux qui se réjouissent de la mort de la Charb. On veut bien défendre la démocratie, mais il ne faut pas tuer le mythe des gentilles minorités opprimées par les méchants capitalistes.

On a même entendu un intellectuel toxique soutenir à la télé que l’identité française était un piège à cons. Quand un islamiste tue un journaliste en criant « Allah est grand », ce n’est pas un islamiste qu’i faut voir en lui, mais une victime de la misère.

Cette France de l’eau tiède stigmatise toutes les alertes qu’elle reçoit. Tous ceux qui ont, depuis plusieurs mois, signalent les problèmes sont systématiquement taxés, par les bien-pensants, de populisme ou de démagogie. Dire les choses, c’est faire le jeu du Front National.

Comme les attentats de janvier n’ont pas permis d’ouvrir les yeux, les mêmes mensonges, les mêmes atermoiements, ont produit cette fois des effets bien plus violents. Plusieurs dizaines de victimes ont payé de leur sang le prix de l’aveuglement et de la parole officielle sur les bons issus des minorités et les méchants qui appartiennent toujours à la majorité.

A l’issue de l’horreur de ce soir, une seule certitude est acquise: la politique de l’eau tiède nous mène au drame. De vraies décisions doivent être prises, et de vraies politiques doivent désormais être menées.

 

Baisse de la CSG: du pain et des jeux

Jean-Marc Ayrault a obtenu de l’Assemblée la baisse de la CSG pour les salariés payés moins de 1,3 SMIC. Cette mesure d’un populisme imbécile illustre bien, dans le domaine fiscal, la conception de la démocratie qui domine: du pain et des jeux, comme on disait à Rome – façon commode d’endormir la conscience des citoyens peu à peu privés de leurs libertés de choix et d’agir.

Les objectifs d’une baisse de la CSG

L’amendement porté par Jean-Marc Ayrault et Pierre-Alain Muet est issu de leur ouvrage publié cet été à la fondation Jean-Jaurès. La particularité de cet opuscule est de ne jamais interroger le sens de l’impôt et de considérer celui-ci comme acquis: il faut baisser l’impôt des revenus les moins aisés (sans s’interroger sur ce qu’il finance, ni sans s’interroger sur la limite fiscale haute acceptable), il faut favoriser les familles où les deux conjoints travaillent et pénaliser celles où la femme ne travaille pas, il faut créer un impôt unique qui soit progressif.

Cette doctrine repose sur une série de non-dits qui dissimulent un projet global d’étatisation de la société: la dépense publique est bonne par principe et ne doit pas avoir de limite.

Il est urgent de retrouver ce qui fonde l’adhésion à l’impôt pour financer nos priorités : l’éducation, les services publics, la solidarité, l’accès à l’emploi, les investissements d’avenir…

On découvre donc que l’accès à l’emploi ou les investissements d’avenir sont par nature des dépenses publiques, non limitatives, bien entendu. Les trois petits points qui suivent l’énumération soulignent que la logique à l’oeuvre dépasse largement les dépenses régaliennes classiques.

L’objectif sous-jacent de l’amendement Ayrault consiste bien à baisser les impôts des moins favorisés pour rendre acceptable une expansion permanente du domaine de l’Etat.

Baisse de la CSG et sécurité sociale

En baissant la CSG pour les revenus inférieurs à 1,3 SMIC, la logique de Jean-Marc Ayrault comporte un puissant impact sur l’étatisation de la sécurité sociale. Dans la pratique, l’amendement de l’ancien Premier Ministre porte en germe un impôt « citoyen » où l’impôt sur le revenu et la CSG seront fusionnés. Autant dire que cette mesure prépare une étatisation en bonne et due forme, actée, définitive, de la sécurité sociale. Dans la pratique, le financement de celle-ci ne se distinguera plus de l’impôt classique.

C’est d’ailleurs ce point qui soulèvera probablement des questions sur la constitutionnalité du dispositif. Jusqu’ici, le Conseil Constitutionnel a toujours considéré que la progressivité de la CSG était inconstitutionnelle dans la mesure où elle transformait la CSG en un impôt lié aux capacités contributives de chacun sans évaluer celles-ci. L’amendement Ayrault se propose de remédier à cet inconvénient.

L’effet immédiat de ce dispositif, s’il était validé, reviendrait donc à étatiser la sécurité sociale de façon totalement officielle.

Cette étatisation passerait par une baisse de la contribution des ménages les plus modestes au financement de la dépense. La sécurité sociale, inventée initialement comme système contributif, c’est-à-dire apportant des prestations en échange de cotisations, deviendrait alors un système de solidarité financé par l’impôt.

Sécurité sociale et solidarité

Le passage d’un système contributif à un système de solidarité pose deux problèmes majeurs.

Premièrement: il n’est nullement discuté et s’opère par une manoeuvre d’arrière-cour sans aucun débat démocratique. La technique pose quand même un sérieux problème de transparence. Il serait pourtant tout à fait possible d’imaginer une fiscalisation de la sécurité sociale encadrée par une logique d’objectifs qui responsabilise les Français. Mais il faudrait que le sujet soit mis sur la table, et non préempté en catimini.

Deuxièmement: à la différence de tous les systèmes de solidarité existants dans le monde (notamment en Grande-Bretagne), il va prendre une dimension extrêmement intrusive. D’ordinaire, les systèmes de solidarité se contentent d’assurer un minimum de prestation pour les plus pauvres. En France, la sécurité sociale prétendra bientôt instaurer une dégressivité complète sur l’ensemble des prestations qu’elle délivre.

Autrement dit, de la naissance à la mort, les assurés les plus pauvres pourront bénéficier d’une assistance de vie, d’un revenu de solidarité, totalement financé par les classes moyennes: allocations familiales, prestations hospitalières, retraites, minima sociaux.

A la différence du système anglais, le système français verse se fonde sur des assiettes englobant l’ensemble des revenus. Il consistera donc à forcer ceux qui produisent de la valeur à financer l’existence et les besoins de ceux qui n’en produisent pas. Ce saut vers l’inconnu, qui produit de fortes désincitations à l’effort et au travail, a toujours été refusé par les concepteurs de la sécurité sociale.

Une mécanique injuste

Ce faisant, l’amendement Ayrault va introduire une profonde injustice dans son mécanisme.

Lorsque les prestations de sécurité sociale sont financées par des cotisations proportionnelles au revenu du travail, elles permettent une ouverture de droit: pour percevoir une retraite, il faut avoir cotiser. Pour percevoir des indemnités journalières en cas de maladie, la contrepartie est la même.

La mécanique introduite par Jean-Marc Ayrault rompt avec cette logique de contributivité des prestations. C’est le propre de la fiscalisation de la sécurité sociale, qui suscite déjà, dans certaines portions de la société française, un important agacement vis-à-vis de la CSG. Ceux qui y sont soumis ne perçoivent aucune prestation en contrepartie. C’est tout particulièrement le cas de la CSG sur les revenus du capital, qui diminue fortement la rentabilité de l’épargne sans ouvrir aucun droit spécifique aux assujettis.

La fiscalisation de la sécurité sociale aggravera cette distorsion: l’accès à la sécurité sociale aussi invasive et protéiforme que nous la connaissons aujourd’hui sera déconnecté de son financement. Plus que jamais, la sécurité sociale, et singulièrement la santé, apparaîtront comme un bien gratuit pour ceux qui paient peu. En revanche, les quotients fiscaux les plus élevés seront assommés par des prélèvements exorbitants.

Les dangers de ce choix sont bien connus.

D’un côté, les ménages qui financent le moins la sécurité sociale et qui en seront donc les bénéficiaires nets seront totalement déresponsabilisés dans leurs actes de consommation dans la mesure où chaque acte constituera pour eux un gain net. C’est la porte ouverte à la visite incessante chez le médecin et à la lutte obstinée contre un relèvement de l’âge de départ à la retraite pour équilibrer le système.

D’une autre côté, les ménages qui seront les contributeurs nets du système seront désincités à produire de la richesse pour le financer, ou bien quitteront progressivement un système qui les asphyxie: le coût de la santé deviendra, pour eux, prohibitif, et leur taux de remplacement de revenus au départ à la retraite deviendra ridiculement bas.

Du pain et des jeux

La logique de Jean-Marc Ayrault est bien connue. Elle repose sur un grand troc. D’un côté, les citoyens abandonnent tout principe de responsabilité et acceptent d’entrer dans un système de soumission à l’Etat. De l’autre, l’Etat leur garantit sécurité matérielle et distraction. N’allez plus travailler pour vous nourrir! du pain vous sera distribué gratuitement dans les arènes.

Télévision et sécurité sociale sont les mamelles du déclin français.

Pourquoi il faut rémunérer les fonctionnaires au mérite

La rémunération des fonctionnaires au mérite est revenue sur le tapis des polémiques. Il a suffi d’une phrase anodine d’Emmanuel Macron pour que le débat s’enflamme. On en reste coi: la réprobation des organisations syndicales contre tout mécanisme d’individualisation des salaires dans la fonction publique relève d’une démagogie très éloignée de notre cadre institutionnel et constitutionnel. Celui-ci impose en effet une évaluation individuelle des fonctionnaires dont la modulation de la rémunération est une conséquence naturelle.

Les fonctionnaires et la Constitution

Evaluer individuellement les fonctionnaires est une démarche imposée par la Constitution. L’article 15 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen prévoit en effet que « l’administration » doit rendre compte à tout moment au citoyen, selon la formulation bien connue:

La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

Cet article pose un principe général d’évaluation individuelle, qui doit être publique et transparente. L’ordre démocratique français lie juridiquement l’exercice de la citoyenneté au rendu compte de ses fonctionnaires.

S’interroger sur la mesure de l’administration, c’est-à-dire sur l’évaluation de sa performance, relève donc, de la part des pouvoirs publics, d’une véritable régression en matière démocratique. Celle-ci dévoile très largement le fossé qui s’est creusé entre les « Français » qui travaillent dans le secteur privé et produisent de la valeur marchande, d’un côté, et les fonctionnaires de l’autre. Manifestement, les obligations des premiers (notamment le financement de la dépense publique) ne s’accompagnent plus des droits dont ils disposent sur les seconds. Alors que l’évaluation de la performance est la base du contrat de travail, le statut de la fonction publique l’ignore superbement, malgré les prescriptions fondamentales en vigueur depuis 1789.

L’obstruction des organisations syndicales sur cette question ajoute à ce sentiment de décalage: la CFDT, comme FO, déploient, dans la fonction publique, un discours corporatiste saisissant. Une fois de plus, on se demande dans quelle mesure il est possible pour une même confédération de défendre légitimement et sincèrement des salariés du privé et du public, tant les syndicats proposent un « deux poids deux mesures » entre les deux catégories.

Les fonctionnaires et l’intérêt général

Une des mauvaises raisons mises en avant pour résister à la rémunération au mérite dans la fonction publique tient à l’intérêt général. C’est un point soulever par Emmanuel Macron, qui soutient:

«la performance, quand on est fonctionnaire, ne se mesure pas forcément comme dans une entreprise.»

La performance des fonctionnaires supposerait des critères spécifiques d’évaluation, très différents du secteur privé.

Cette idée est absurde et dissimule la volonté de ne pas mettre en place une véritable logique de performance dans le secteur public.

Il suffit d’examiner quelques exemples pour mesurer l’hypocrisie de l’argument.

Une masse importante de fonctionnaires est constituée d’enseignants. Pour quelle raison les enseignants publics ne pourraient-ils être évalués sur leurs performances, quand les enseignants du secteur privé pourraient l’être? Toute la difficulté ne consiste pas, ici, à concevoir une technique d’évaluation différente pour le secteur public, mais bien à déterminer des critères d’évaluation qui permettent de mesurer l’apport réel de l’enseignant à l’élève, qu’il appartienne au secteur public ou non.

Le même raisonnement peut être suivi pour les personnels hospitaliers. On comprend mal pour quelle raison une infirmière du secteur public ne pourrait être évaluée comme l’une de ses homologues du secteur privé. Là encore, ce n’est pas la nature publique ou privée du statut du salarié qui compte, mais la pertinence des critères d’évaluation retenus.

Un raisonnement du même ordre peut être tenu pour les fonctionnaires des « bureaux ». Ceux-ci ressemblent fortement aux services support des entreprises, et l’on voit pour quelle raison ce qui est possible dans celles-ci ne peut l’être dans ceux-là.

Les fonctionnaires régressent peu à peu

Le débat sur la rémunération des fonctionnaires au mérite ne manque pas d’inquiéter. L’existence de primes au mérite n’est pas nouvelle et a toujours visé à introduire des éléments d’individualisation dans la rémunération. Sur ce point, la majorité arrivée au pouvoir en 2012 prend des positions qui paraissent totalement anachroniques.

Après avoir supprimé, dès son arrivée, le jour de carence qui avait permis de juguler l’absentéisme dans les services, la majorité socialiste a supprimé la prime de fonctions et de résultats destinée à récompenser les mérites individuels des fonctionnaires. Cette politique de rémunération a envoyé des signaux extrêmement démotivants et mis en avant des logiques collectives dont on connaît les limites: prime donnée aux résistances face au changement et incitation à ne prendre aucune initiative qui dérange l’ordre établi.

De façon durable, la logique à l’oeuvre depuis 2012 dans le service public a freiné les gains de productivité, la réduction des déficits, et l’indispensable mue des services à l’ère du numérique. Plus que jamais, cette conception des ressources humaines a favorisé la politisation des nominations, en remplaçant peu à peu les managers qui restaient encore dans les services par des thuriféraires du collectif obsédés par l’idée de ne pas faire de vagues.

Seul un renversement en profondeur de cette logique permettra de reprendre le contrôle des dépenses publiques.

La mixité sociale et le sanglot de l’homme blanc

Najat Vallaud-Belkacem a produit, sur la mixité sociale au collège, un nouveau discours à la Pimprenelle qui a évidemment fait froid dans le dos de tous les parents désormais appelés à sacrifier leurs enfants sur l’autel d’une idéologie culturaliste de plus en plus débilitante. On se demande jusqu’où le sanglot de l’homme blanc sera poussé pour justifier l’injustifiable: l’abandon du mérite républicain au profit d’une idéologie où l’égalitarisme dissimule l’échec de l’Etat et un conservatisme aristocratique bien senti.

Mixité sociale ou conspiration des cancres?

Il faut lire le « discours » de la ministre pour comprendre l’intention véritable de sa politique en matière de mixité sociale:

Lorsque la ségrégation scolaire tire vers les <sic> bas les élèves fragiles, lorsque la ségrégation sociale éloigne les valeurs républicaines de la vie quotidienne de trop d’élèves, la résignation n’est pas de mise.

La lutte pour la mixité sociale ne vise pas à assurer la réussite des meilleurs élèves (les méritants) issus de milieux modestes. La politique ministérielle vise au contraire à aider les élèves fragiles et à diminuer la ségrégation qui éloigne des valeurs républicaines.

L’antienne est bien connue: on sauvera les cancres en freinant la progression des meilleurs. Il fut un temps où l’école de la République voulait fabriquer une élite ouvrière pour donner aux autres l’envie de s’en sortir. Le mot d’ordre est aujourd’hui radicalement inverse: il faut fabriquer une sorte de ventre mou de la médiocrité scolaire pour faire oublier aux élèves nuls qu’ils sont nuls.

Mixité sociale et valeurs républicaines

A ce renversement des valeurs, on ajoute désormais un couplet sur les valeurs républicaines qui s’adresse, sans le dire clairement, à tous ces gamins qui faisaient des rondes de joie dans les « quartiers » le soir de l’attentat contre Charlie Hebdo. Si une quantité non négligeable de petits Beurs s’est réjouie, le 7 janvier au soir, de la mort de Charb, ce n’est évidemment pas un problème d’appartenance religieuse. C’est parce que ces adolescents sont victimes de ces méchants Français qui pratiquent la ségrégation.

Il faut, une fois de plus, que l’homme blanc verse une larme sur sa culpabilité. L’homme blanc est responsable de tout: des crimes qu’il a commis et des crimes que les autres commettent.

Car la République se fonde sur un principe de responsabilité différentielle: quand un autochtone commet une faute, il en porte la responsabilité. Quand un immigré commet une faute, il peut la rejeter sur les autochtones, qui ont forcément dû faire quelque chose qui a conduit l’immigré à se mettre en tort.

La mixité sociale consiste donc à réparer nos torts apparents et cachés. Bien entendu…

Mixité sociale et communauté arabo-africaine

Si le discours ministériel est resté très châtié sur le sujet, il faut revenir à la note (produite 15 jours après les attentats de janvier) du Conseil national de l’évaluation du système scolaire (CNESCO) présidé par l’incontournable Nathalie Mons (en charge de l’évaluation globale des expérimentations que Najat Vallaud-Belkacem a lancées ce matin) pour en comprendre le sens.

Cette note est intéressante parce qu’elle produit des analyses ethniques sur la « ségrégation sociale » en France.

Je livre ici quelques-unes des conclusions du document:

Globalement, les enfants d’immigrés sont plus souvent sans diplôme que la population autochtone : 18 % d’entre eux ne décrochent pas un diplôme du second cycle du secondaire, contre 12 % des natifs. Si, pour les élèves immigrés d’Asie du Sud-Est, ce taux de non-diplomation avoisine celui des enfants qui ne sont ni immigrés, ni enfants d’immigrés, il dépasse la barre des 20 % pour les jeunes d’origine algérienne (24 %), d’Afrique Sahélienne (20 %), du Maroc ou de Tunisie (20 %).

Autrement dit, s’il existe des différences de réussite scolaire selon de critères ethniques, celles-ci ne concernent que les Africains et les Arabes. Les Asiatiques ne sont pas plus frappés par l’échec scolaire que les autochtones.

La note ajoute ce point intéressant:

Près de 15 % des descendants d’immigrés déclarent « avoir été moins bien traités» lors des décisions d’orientation soit trois fois plus que la population majoritaire dans l’étude. Les élèves originaires du Maghreb (en particulier d’Algérie avec un élève sur cinq) ou de l’Afrique centrale ou de Turquie (30 %) sont ceux qui déclarent le plus ressentir ce sentiment d’injustice, les garçons dans une plus forte proportion que les filles.

Manifestement, les populations venues de pays à majorité musulmane (et singulièrement les Algériens) sont souvent en échec scolaire et se considèrent largement comme victimes de racisme.

La politique de mixité sociale lancée par la ministre vise, sans le dire clairement, à s’attaquer à ce problème.

Mixité sociale et ségrégation d’Etat

Ce sentiment de ségrégation se nourrit de trois causes majeures contre lesquelles la ministre a décidé de ne pas lutter, bien au contraire.

Première cause: ces grandes barres de logements sociaux, souvent à la périphérie des centres, dans lesquelles se concentrent des populations immigrées plus ou moins abandonnées à elles-mêmes ou aux fraternités religieuses. Alors que le gouvernement pourrait décider de les dynamiser en favorisant, chez les locataires, l’accession à la propriété, c’est le choix inverse qui domine. Les bailleurs sociaux vont bénéficier d‘exemptions fiscales fortes à partir de 2016 pour pouvoir construire encore plus de barres et de grands ensembles sans aucune obligation de mixité!

Deuxième cause: l’orientation scolaire, qui donne à des conseillers incompétents et amortis le pouvoir de détruire des destins individuels en toute impunité. Ces conseillers sont des fonctionnaires de l’Education Nationale, mais la ministre évite savamment de remettre en cause leur toxicité et fait l’impasse sur leur responsabilité. C’est tellement plus facile d’invoquer des responsabilités collectives, que dis-je, des fautes collectives! plutôt que de débusquer les vrais coupables.

Troisième cause: la carte scolaire, qui constitue un puissant élément d’aménagement du territoire. Chacun le sait: le prix du mètre carré à Paris est directement lié au collège de rattachement des enfants. Sur ce point également la ministre évite soigneusement de prendre le taureau par les cornes.

Mixité sociale et réforme des collèges

On notera au passage que certains collèges avaient sorti leur épingle du jeu en créant des classes de niveau ou des options discriminantes: c’était une façon acceptable de maintenir de bons élèves dans de mauvais collèges, dans la mesure où il pouvait bénéficier d’un enseignement renforcé qui participait de fait à une mixité sociale de bon aloi.

La réforme du collège a évidemment prohibé ces scories du libéralisme capitaliste maintenues de façon anachronique dans le monde merveilleux du sovkhoze éducatif qui nous est promis. La réforme des collèges se traduit donc par une réduction à court terme de la mixité sociale, dans la mesure où les familles qui en ont les moyens choisiront massivement de déménager pour rejoindre une zone dotée d’un collège de compétition.

Tant pis pour les pauvres qui n’ont pas les moyens. Il leur est maintenant explicitement demandé de revenir à l’enfer des classes violentes dont ils ont eu l’outrecuidance de vouloir s’extirper. Dans le monde socialiste, les pauvres restent pauvres, et les riches restent riches. Aucune passerelle ne doit exister entre les deux mondes.

Mixité sociale et sens du sacrifice

On l’a vu, la question de la mixité sociale se pose en effet essentiellement autour de la communauté arabo-africaine, et c’est elle que la ministre a en tête lorsqu’elle aborde le sujet. C’est cette communauté-là que la technostructure éducative identifie comme la source des problèmes.

Une politique intelligente pourrait consister à ramener l’ordre dans la communauté, en adoptant les principes qui sont en vigueur pour les autres communautés immigrées, notamment asiatiques: acceptation des règles en usage en France, renoncement au voile, sanctions pour les récalcitrants et francisation dans notre creuset culturel. Cette sage politique a permis d’intégrer sans difficulté les Italiens, les Polonais, les Belges, les Portugais, les Chinois, les Cambodgiens, les Viêtnamiens et même les Libanais en leur temps.

Au lieu de ce rappel à la loi de la République, c’est le sacrifice individuel qui nous est demandé: soyez bons et généreux, messieurs et mesdames. Sacrifiez vos enfants! envoyez-les dans ces collèges sans avenir où les enseignants eux-mêmes convoquent les parents pour les inviter à changer leurs enfants d’établissement.

Car la ministre ne le dit pas clairement, mais les parents qui n’ont pas trouvé de « filière » pour éviter les collèges difficiles sont d’ordinaire convoqués par les enseignants soucieux de la réussite des meilleurs. Et le discours officiel est alors: changez vite d’établissement!

Mixité sociale et logique aristocratique

Ce que ne dira jamais Najat Vallaud-Belkacem, bien entendu, c’est que la mixité sociale doit s’arrêter là où l’aristocratie parisienne commence. Personne n’a idée de demander au collège Henri-IV de faire de la mixité sociale avec les pires collèges parisiens. Comme d’habitude, les prêchi-prêcha égalitaires et culpabilisants seront limités aux quartiers défavorises, mais la ministre se garde bien, curieusement, de donner l’exemple en inscrivant ses enfants dans une école de la Goutte d’Or.

Et c’est bien ce qui est agaçant dans ce discours de la mixité sociale: il est porté par ceux qui ne le mettront jamais en pratique, et il ne stigmatise que ceux qui y sont contraints. Et comme d’habitude, la mixité sociale n’est vantée que par ceux qui y échappent.

La CGT peut-elle éviter un nettoyage interne?

Certains avaient un peu trop rapidement cru que la CGT serait sauvée de sa crise rampante par l’arrivée de Philippe Martinez. Placé au secrétariat général par Thierry Le Paon, l’ancien délégué central de Renault ne donne pourtant aucun signe de véritable reprise en main. Sa ligne radicale dissimule de moins en moins bien son absence de vision et de hauteur face aux enjeux que la confédération doit affronter. En s’appuyant sur une forme de syndicalisme obsolète, il se coupe du nécessaire mouvement de modernisation dont son mouvement a besoin.

La CGT est-elle encore dirigée?

En lisant le blog de Michel Noblecourt, on mesure l’étendue des dégâts. Philippe Martinez est jugé en interne à la fois autoritaire et léger dans la prise de décision. Ainsi, l’absence à la conférence sociale d’octobre n’a été décidée que par une courte majorité d’une voix. Le journaliste du Monde aurait pu noter les noms de ceux qui se sont abstenus ce jour-là: sans ce retrait prudent, le secrétaire général aurait été mis en minorité. Ce genre de fragilité sur des décisions aussi importantes laisse augurer quelques problèmes futurs dans le déroulement de son mandat, au cas où il serait réélu au prochain congrès.

Noblecourt révèle en outre le bras de fer entre le gouvernement et la CGT sur la composition de la délégation syndicale au Conseil Economique, Social et Environnemental. Selon toute vraisemblance, la CGT renoncera à un poste qui lui revient, parce que Philippe Martinez ne veut pas désigner un homme pour respecter les critères de parité. Tous les regards se tournent vers Eric Aubin, qui fait ici l’objet d’une vendetta depuis la fin de règne de Bernard Thibault. On peut se demander jusqu’où les règlements de compte porteront la confédération.

La CGT entre les mains des lambertistes

La faiblesse de Martinez, toujours selon Noblecourt, donne des ailes aux contestataires de toutes sortes, et notamment aux lambertistes. Ceux-ci ont pris le contrôle de la fédération de Seine-Maritime. Des craintes apparaissent sur les unions départementales: dans les Bouches-du-Rhône comme dans le Nord, deux unions « faiseuses de secrétaire général », des collectifs transitoires ont pris le pouvoir contre des secrétaires jugés trop « loyalistes » vis-à-vis du secrétaire général.

Nul ne sait jusqu’où cette radicalisation peut aller, ni les intérêts de qui elle servira, mais il est à peu près acquis qu’elle ne fait pas le jeu de l’actuel secrétaire général.

Des affaires comme s’il en pleuvait

Dans le même temps, l’image extérieure de la CGT ne s’améliore pas. Au-delà des incidents d’Air France, l’actualité fourmille de révélations qui obligeront tôt ou tard la direction confédérale à donner un coup de balais dans des formes révolues de syndicalisme.

En Champagne par exemple, deux délégués syndicaux CGT de la maison Krug sont convoqués en correctionnelle en janvier pour harcèlement moral et harcèlement sexuel vis-à-vis des salariés de l’entreprise. Une enquête interne avait montré que ces délégués se livraient à des insultes, des menaces, des humiliations diverses… La confédération ne semble pas s’en être inquiétés.

Cette semaine, le Parisien pointait du doigt le salaire annuel de 40.000 euros versés à un délégué « fantôme » par l’Opéra de Paris. Le bénéficiaire de ce salaire est totalement inconnu dans l’entreprise.

Ces pratiques anciennes sont de moins en moins acceptées… tôt ou tard, la CGT aura besoin d’un secrétaire général fort pour faire évoluer les habitudes.