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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

CETA: ce Wallon défie le monde entier

Paul Magnette, le ministre-président wallon (si, si, ça existe!), est en train de donner une drôle de leçon de démocratie aux Européens. Son parlement vient en effet de refuser, malgré les pressions internationales (et notamment européennes) qui s’exercent sur cette minuscule région (dont le PIB est équivalent à celui de l’ancienne région Aquitaine), son consentement à un texte négocié dans des conditions opaques. Et, contrairement à ce qui se passe en France (et ailleurs), chez les Wallons, le ministre-président obéit au Parlement.

L’affaire mérite d’être décryptée par le menu, car elle souligne une fois de plus l’absurdité de l’eurolatrie en vigueur en France, notamment à gauche, et plus précisément encore à l’Elysée. Elle nous rappelle aussi que la France retrouverait la voix de sa grandeur en s’élevant à un standard supérieur de démocratie.

Pourquoi un front wallon du refus?

On regardera utilement la vidéo où Paul Magnette, ministre-président wallon, explique pourquoi la Wallonie n’autorise pas le gouvernement fédéral belge à ratifier le CETA:

L’analyse, sur le fond, est simple: l’opacité dans lesquelles ce traité est négocié, jointe à des manoeuvres d’intimidation pour obtenir une ratification avec des débats au mieux purement formels, n’est pas compatible avec les valeurs qui inspirent prétendument ce texte. Paul Magnette s’est livré, au passage, à une tirade tout à fait intéressante sur l’échec du multilatéralisme et sur le retour du bilatéralisme qui vaut la peine d’être écoutée.

Les Wallons proposent aujourd’hui une négociation bilatérale sur une déclaration interprétative qui dissiperait leurs doutes.

Une vraie délibération démocratique

Au passage, le Parlement wallon a utilisé une méthode, pour préparer son avis sur ce traité, qui constitue une véritable délibération démocratique dont le parlement français ferait bien de s’inspirer. De nombreuses séances de discussions, de réflexions, d’auditions, ont eu lieu pendant deux ans avant de passer au vote. Au final, les débats ont opposé les partisans de la signature à ceux qui ont refusé le principe d’équivalence des normes.

Majoritairement, les députés wallons souhaitent que le libre-échange intègre des valeurs environnementales et sociétales fortes (notamment l’exception culturelle). On s’étonnera de ne pas voir les gauches européennes à l’unisson de ces revendications.

Nos ancêtres les Wallons

Les Wallons forment-ils aujourd’hui le dernier village gaulois en Europe? En les écoutant, on peut le croire, et soudain, les Wallons nous rappellent leur véritable identité. Autant dire que la Wallonie est une invention des anglo-prussiens de 1815 qui ne s’appuie sur aucune rationalité historique autre qu’un goût prononcé pour le communalisme dont les racines sont profondes.

Tous les petits Wallons apprenaient en effet à une époque cette phrase célèbre de la Guerre des Gaules de César:

« Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples, parce qu’ils restent tout à fait étrangers à la politesse et à la civilisation de la province romaine, et que les marchands, allant rarement chez eux, ne leur portent point ce qui contribue à énerver le courage : d’ailleurs, voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin, ils sont continuellement en guerre avec eux. »

Durant l’Antiquité, l’indépendantisme wallon constituait donc déjà une légende.

Les Wallons et leur projet impérial

Les Français oublient trop souvent, d’ailleurs, qu’à ce peuplement gaulois mais non celte selon César (ce qui se discute scientifiquement) s’est mélangé, à la fin de l’empire romain, un peuplement franc dont le plus illustre fut Charlemagne. Une petite carte pour se rafraîchir la mémoire de l’état de la France à la fin de l’époque gallo-romaine n’est pas inutile:

Wallon

Comme on le voit, les Francs, qui ont donné leur nom à la France, ont créé leur premier royaume occidental (très décentralisé) sur le territoire actuel de la Belgique et de l’Allemagne de l’Ouest. L’unification de la France s’est faite sous les auspices de ce peuple initialement originaire d’Allemagne de l’Ouest dont les descendants directs ont eu, au tournant de l’an 800, l’ambition de reconstruire un empire européen avec un empereur appelé Charlemagne.

Charlemagne était né à Herstal, commune de la banlieue de Liège, et son trône se trouvait à Aix-la-Chapelle, dont Martin Schulz, président du parlement européen, est aussi originaire. On ne peut rien comprendre à la construction européenne et à ses antagonismes internes, si ces petits accidents de l’histoire ne sont pas présents à l’esprit. Ils éclairent en profondeur la capacité de résistance aux pressions internationales que les « Wallons » sont capables d’endurer.

L’absurdité hollandienne démontrée

On entend régulièrement François Hollande et ses amis politiques vanter les bienfaits de l’Europe, de l’intégration européenne, du fédéralisme européen. En quelques jours, les Wallons ont démontré l’impasse politique de ce projet.

Si le parlement wallon (2,5 millions d’électeurs inscrits), institution improbable et burlesque au demeurant, détient le pouvoir de bloquer un traité qui concerne plus de 500 millions de personnes, il faut y voir l’une des conséquences des choix tant vantés par les eurolatres aujourd’hui. Le parlement wallon tient en effet son pouvoir de la constitution fédérale belge.

On se délectera donc de ce savoureux paradoxe dominant dans les milieux de gauche, où il n’est pas un jour sans l’éloge d’une Europe fédérale, d’une vision girondine et anti-jacobine de la société, où un maximum d’autonomie devrait être donné aux régions. Tous ces beaux discours ont une conséquence immédiate: la fin du multilatéralisme dont ils se prétendent les meilleurs amis, et le retour en force du bilatéralisme diplomatique tant méprisé depuis cinquante ans.

Vers un tour de force wallon?

Avec un peu de persévérance, le ministre-président Paul Magnette devrait parvenir à faire une superbe clé de bras à ses partenaires européens et rappeler le bon temps où le siège de l’empire se trouvait en Wallonie. Les Wallons imposeront probablement, en échange de leur ralliement au traité, une déclaration interprétative qui remettra en cause les principes mêmes du traité.

Cet arrangement bâtard, dont les Belges sont spécialistes, constituera la meilleure démonstration du naufrage européen. Même dans les pays membres historiques de l’Union, les particularismes locaux imposent leur loi. Et c’est sur le faux peuple wallon, imposture de 1815, que butera cet avatar débile et toxique de l’Europe de Vienne appelé Union Européenne.

Preuve est faite, une fois de plus, que si l’Europe veut se construire, ce n’est pas l’héritage de 1945 dont elle doit tourner la page, mais bien celui de 1815.

CPA: un prélèvement nouveau de plusieurs milliards sur les entreprises

Le CPA, c’est le compte personnel d’activité dont un décret d’application est paru cette semaine. Il entre en application le 1er janvier 2017, dans des conditions chaotiques. Et sa mise en oeuvre dévoilera un coup fumant pour les comptes des entreprises: un prélèvement nouveau de plusieurs milliards annuels au bénéfice de la Caisse des Dépôts et Consignations.

Présenté en son temps par François Hollande comme la « grande oeuvre sociale du quinquennat », le CPA devrait donc coûter (très) cher aux employeurs. Mais personne n’a jugé utile de traiter clairement la question aujourd’hui. Une belle surprise devrait donc tomber sur la table… en janvier 2017.

La grande oeuvre sociale du quinquennat

En avril 2015, François Hollande avait prononcé un discours fumeux (un de plus!) sur la sécurisation de l’emploi où il avait déclaré:

Avec l’ensemble de ces droits, il y a la possibilité de se constituer ce que j’appelle « un Compte personnel d’activité », ce qu’on a accumulé tout au long de sa vie, que l’on peut utiliser tout au long de sa vie professionnelle, mais à une condition, que l’on puisse garder ce compte lorsque l’on change d’emploi, d’entreprise, de région, cela peut arriver. Donc, cela appartiendra, ce sera le capital des salariés, ce sera à eux et ils en disposeront comme ils le voudront tout au long de leur vie professionnelle. Je pense que c’est une belle perspective, même si elle doit forcément être garantie dans le temps.

Personne n’avait bien compris de quoi il s’agissait. Certes, il devenait clair que ce « compte » regrouperait les droits acquis dans les différents comptes existants (pénibilité et formation), mais l’utilité concrète du dispositif n’avait pas alors été expliquée en détail.

L’influence de la CFDT

Pour François Hollande, la création du compte personnel d’activité n’était pas seulement une façon commode de donner le sentiment de s’intéresser au bon peuple des salariés qu’il connaît si mal et auprès de qui il a tant de peine à se faire entendre. Il s’agissait aussi de faire un joli cadeau à la CFDT, syndicat en passe de devenir une annexe de l’Elysée où elle a ses entrées permanentes (en particulier auprès du conseiller social Michel Yahiel).

La CFDT n’a jamais caché son attachement à ce dispositif qui constitue probablement le fil rouge de sa stratégie d’influence depuis le début du quinquennat. La CFDT n’a pas non plus caché le poids qu’elle a mis dans la balance pour obtenir cette mesure:

Le dispositif s’inspire largement, dans l’esprit, du compte social personnel voté par la CFDT au congrès de Marseille, à défaut d’en reprendre l’intégralité des ambitions : la CFDT réclamait en effet la généralisation du compte épargne-temps à l’ensemble des bénéficiaires du CPA, afin de permettre à chacun d’être acteur non seulement de son parcours mais aussi de l’articulation des temps de la vie.

Comment passe-t-on d’une résolution dans un congrès syndical à une mesure législative qui entre en vigueur au 1er janvier 2017? Quelques explications s’imposent ici.

Une histoire vieille de plusieurs années

Dans la pratique, le compte personnel d’activité est une vieille histoire. Depuis plusieurs années, les organisations syndicales se battent pour obtenir la « transférabilité » de certains droits en contrepartie d’une flexibilité accrue sur le contrat de travail. L’idée est simple: il faut limiter le traumatisme que constitue un licenciement simplifié en garantissant le maintien d’un certain nombre de droits attachés au contrat de travail.

Cette notion sous-tend de nombreuses accords interprofessionnels depuis plus de 10 ans, mais son application intégrale a toujours buté sur un obstacle: qui doit payer le maintien de ces droits?

Ainsi, quand un salarié est licencié et retrouve un emploi, est-ce l’entreprise qui vient de le recruter qui doit supporter le coût des droits acquis dans l’entreprise précédente? La réponse à cette question agite les partenaires sociaux depuis une quinzaine d’années.

Transférabilité des droits, créance des salariés

La transférabilité des droits acquis par les salariés dans l’entreprise consiste, en fait, à leur reconnaître une créance sur celle-ci. Et la reconnaissance de cette croissance suppose, d’une façon ou d’une autre, sa monétisation.

Lorsque les organisations syndicales évoquent la transférabilité des droits comme un grand progrès social, elles évitent bien entendu de préciser ce point. Transférer les droits suppose pourtant que l’entreprise s’acquitte d’une dette au moment du départ du salarié, dette qui ne fait l’objet d’aucune inscription comptable aujourd’hui, puisque ces droits sont, à ce stade, attachés au contrat de travail et non à l’individu.

Ainsi, lorsque le sabir de la CFDT glisse sur les mots « transférabilité » ou « reconnaître des droits à la personne », il faut automatiquement entendre le financement de ces droits… par les entreprises qui se séparent d’un salarié pour un motif volontaire ou non. Astucieusement, le silence maintenu savamment sur cette question a permis d’enfumer les politiques les moins avertis sur la vie de l’entreprise (et ils sont nombreux), qui adorent flatter leur ego en imaginant les nouveaux droits qu’ils vont accorder aux salariés, sans jamais se préoccuper du coût collectif de ce petit caprice personnel.

L’échec de la négociation interprofessionnelle

Dans la foulée du discours présidentiel, la CFDT avait obtenu du gouvernement que soit imposée une négociation interprofessionnelle sur le sujet. Celle-ci s’est ouverte en décembre 2015 et a duré trois mois à peine. Elle s’est conclue par une position commune qui sonnait comme un échec.

Extrait de la position commune de février 2016
Extrait de la position commune de février 2016

Ni la CGPME, ni l’UPA n’ont voulu souscrire à un texte signé par le MEDEF qui constitue un premier doigt dans un engrenage dont la CFDT s’était félicitée en son temps:

Si, au final, la négociation « n’a pas accouché d’un gros bébé, le texte laisse tout ouvert », a réagi la secrétaire générale adjointe de la CFDT, Véronique Descacq.

Le pire était donc à venir.

La coupable légèreté du MEDEF

Il s’est donc trouvé une organisation patronale pour prêter son concours, même de loin, à un dispositif aussi coupable, débouchant sur autant de toxicité: le MEDEF. Au moment du lancement de la négociation, son « permanent », Antoine Foucher, déclarait notamment:

« Pour la première fois depuis 2012, nous n’étions pas demandeurs d’une négociation interprofessionnelle sur un tel sujet, explique Antoine Foucher, directeur général adjoint du Medef, chargé des affaires sociales. Le CPA nous paraît être, en l’état, un objet social non identifié à vocation électorale, pour lequel il y a autant de définitions que d’acteurs impliqués dans ce dossier. »

Mais pas du tout, Antoine! le CPA n’est pas un objet non identifié. C’est une vieille lune que le MEDEF avait toujours bloqué, jusque-là, pour ne pas s’exposer à la question de la transférabilité, rebaptisée fongibilité, qui signifie dette sociale nouvelle des entreprises. Manifestement, les techniciens du MEDEF ont peiné à identifier les risques auxquels ils s’exposaient en s’asseyant à la table de négociation.

Le piège de la CFDT fonctionne à merveille

La CFDT peut en tout cas se targuer d’avoir joué un très joli coup dans ce dossier, en obtenant une position commune qui « laisse tout ouvert », et qui ne mentionne pas noir sur blanc que le patronat s’oppose à toute forme de « fongibilité ». Forte de ce texte, la CFDT a pu avancer ses pions, notamment à l’occasion du débat sur la loi Travail, en expliquant à François Hollande que les assouplissements qu’il pratiquait dans le droit du travail se feraient oublier avec une mise en oeuvre du compte personnel d’activité sur le sujet duquel le patronat avait lâché le manche.

Et voilà comment cette loi qui devait servir les entreprises ne les a pas servies, mais au contraire totalement desservies. Elles se retrouvent désormais avec un texte (la fameuse loi travail du 8 août 2016) qui prévoit, dans son article 39, cette petite phrase mortelle pour les entreprises:

Art. L. 5151-3.-Les droits inscrits sur le compte personnel d’activité, y compris en cas de départ du titulaire à l’étranger, demeurent acquis par leur titulaire jusqu’à leur utilisation ou à la fermeture du compte.

La fermeture du compte, dans la pratique, c’est le décès ou le départ à la retraite.

Et pof! dans le baba!

Un parfait enfumage idéologique

Pour l’instant, personne n’a véritablement compris quelle pilule allait devoir traverser le tube digestif des entreprises. Pour maintenir cet état de lévitation, le gouvernement et la CFDT ont utilisé une ruse vieille comme le monde: ils ont limité leur communication aux seuls bienfaits du compte personnel d’activité, en détaillant la façon dont le salarié allait pouvoir s’en servir.

Le sujet du « qui va payer » n’a pas encore été abordé, et on reprochera volontiers aux organisations patronales leur cécité ou leur mutisme sur un sujet qu’elles connaissent bien: la fongibilité des droits sociaux coûte cher, on le sait depuis longtemps.

5 milliards par an pour la Caisse des Dépôts?

Dans la pratique, à chaque départ des salariés, les entreprises vont devoir monétiser les droits acquis et non consommés par les impétrants. Au moment de la remise du solde de tout compte, l’entreprise devra donc s’acquitter du versement d’une somme nouvelle, équivalent à ces droits non consommés, éventuellement majorés (par l’Etat, pour l’instant).

À ce stade, la loi prévoit que ces versements seront faits au bénéfice de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui jouera le rôle de banquier du CPA pour le compte des salariés.

Combien la Caisse des Dépôts ramassera-t-elle dans l’opération? Personne ne le sait, et d’ailleurs aucune étude d’impact n’a été diligentée. Toutefois, avec deux hypothèses simples, on peut approcher le montant que la Caisse encaissera chaque année. En effet, si l’on admet que les salariés quittent leur employeur tous les 7 ans environ avec un droit acquis d’un mois de congé formation, non consommé, on arrive à une somme d’environ 5 milliards € chaque année versée au titre de la fongibilité.

Et voilà la baisse du taux d’IS sera compensée par un prélèvement nouveau, ni vu ni connu.

Rendez-vous en janvier 2017 pour la banque du temps

Pour que ce dispositif prenne forme, il faut désormais se pencher sur la question de son financement. Le rapport sur le paritarisme écrit par deux députés en juin 2016 (un frondeur et l’ancien lobbyiste… de la CDC) a commencé à mettre les pieds dans le plat: il faut créer une banque du temps, gérée par la Caisse des Dépôts. On notera qu’avec celle-ci, le circuit entre le lobbying et la décision politique est encore plus court que celui qui sépare l’égorgeur et le consommateur dans les fermes porcines de notre enfance à l’approche de Noël: ce sont les mêmes qui agissent.

Bref, une loi, en janvier 2017, devrait régler cette question et montrer au bon peuple que la gauche sait faire rendre gorge au entrepreneurs pour financer de nouveaux droits à l’usage des prolétaires.

Entrepreneurs, préparez les chéquiers! vous allez douiller.

Compte personnel d’activité: la CFDEtat jouit, les patrons s’en vont

Le compte personnel d’activité (CPA), l’une des délirantes inventions de la bureaucratie syndicale qui règne en maître à la CFDT, consacré par l’absurde loi travail du 8 août 2016 tout entière au service des grandes entreprises, vient faire l’objet de son superbe décret d’application. Le texte fera, à n’en pas douter, l’objet de nouveaux cris d’orfraie chez les employeurs. D’une loi qui devait libérer les entreprises, la redoutable CFDEtat et son phagocytage permanent du pouvoir exécutif ont fait une nouvelle contrainte qui donnera du travail aux services des ressources humaines des grandes entreprises et encouragera un peu plus les petits patrons à s’exiler vers des cieux moins réglementant.

Le compte personnel d’activité pour ceux qui prennent le train en marche

Dans les violentes mobilisations contre la loi travail, la CFDEtat a peiné à promouvoir et faire reconnaître sa nouvelle grande conquête sociale: le compte personnel d’activité ou CPA. Il faut dire que ce dispositif est d’une complexité tellement byzantine que seule une élite, parmi les salariés (et spécialement ceux qui tirent au flanc dans les délégations syndicales), est capable de le comprendre.

Voici comment le nouvel article L5151-1 du Code du Travail le présente:

Le compte personnel d’activité a pour objectifs, par l’utilisation des droits qui y sont inscrits, de renforcer l’autonomie et la liberté d’action de son titulaire et de sécuriser son parcours professionnel en supprimant les obstacles à la mobilité. Il contribue au droit à la qualification professionnelle mentionné à l’article L. 6314-1. Il permet la reconnaissance de l’engagement citoyen.

C’est beau comme un discours de Laurent Berger. Dans la pratique, ce compte est une sorte de regroupement monétisé de jours de « congé », décrit comme suit par le L5151-5 du Code du Travail:

Le compte personnel d’activité est constitué :
« 1° Du compte personnel de formation ;
« 2° Du compte personnel de prévention de la pénibilité ;
« 3° Du compte d’engagement citoyen.
« Il organise la conversion des droits selon les modalités prévues par chacun des comptes le constituant.

Elle est pas belle la vie? Comme l’invention du compte pénibilité (qui est tout sauf un compte de prévention) ne suffisait pas, il a fallu l’épaissir, l’alourdir, le compliquer avec d’autres comptes tout aussi mystérieux. Un jour, il faudra mobiliser Lacan et Freud pour mesurer le degré de perversion à l’oeuvre dans les esprits qui pondent ces textes.

Les problèmes que le CPA pose

L’objectif de ces inventions baroques est assez simple: quand un salarié quitte une entreprise pour une autre, quel qu’en soit le motif ou le facteur déclenchant, il doit pouvoir embarquer avec lui, dans sa nouvelle entreprise, les droits acquis dans la précédente et non consommés.

Cette mécanique flatte l’esprit. Elle est belle, elle est séduisante, elle nourrit le fantasme d’une sécurité sociale professionnelle, qui garantirait aux salariés le respect de droits attachés à leur personne et non à leur contrat de travail (ce qui illustre bien, au passage, la façon dont le salariat se transforme progressivement en Graal de la soumission et comment la désaliénation marxiste est aujourd’hui consciencieusement balayée par les syndicats réformistes).

Sans examiner le sujet sur le fond, on notera simplement que le raisonnement syndical porte ici en germe une difficulté que seuls des salariés peuvent passer sous silence: on fait entrer dans les comptes d’une entreprise des dettes sociales contractées dans une autre. Le contournement de cet obstacle oblige à des complications qui font les délices des bureaucrates syndicaux (leur inventivité en matière de procédures administratives peut ici se déployer sans aucune limite, d’où la fameuse banque du temps sur laquelle nous reviendrons) et le désespoir de ces petits patrons qui n’ont déjà pas le temps de répondre aux innombrables courriers des services fiscaux et doivent désormais se transformer en acrobates juridiques du cirque syndical Pinder.

Un cadeau empoisonnant aux copains de la Caisse des Dépôts

Depuis des années, ces vues cfdétiennes sur la portabilité et la transférabilité des droits butent sur la question délicate de l’inscription comptable de ces droits. Les connivences qui font la loi dans les arcanes socialistes ont permis de trouver une solution géniale: ce sont les petits copains de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) qui vont, en tant que fonds souverain français qui ne dit pas son nom, prendre en charge la gestion et l’exécution du bastringue.

La loi Travail en dit ceci:

« Art. L. 5151-6.-I.-Chaque titulaire d’un compte personnel d’activité peut consulter les droits inscrits sur celui-ci et peut les utiliser en accédant à un service en ligne gratuit. Ce service en ligne est géré par la Caisse des dépôts et consignations, sans préjudice de l’article L. 4162-11. La Caisse des dépôts et consignations et la Caisse nationale d’assurance vieillesse des travailleurs salariés concluent une convention définissant les modalités d’articulation des différents comptes et de mobilisation par leur titulaire.
« II.-Chaque titulaire d’un compte a également accès à une plateforme de services en ligne qui :
« 1° Lui fournit une information sur ses droits sociaux et la possibilité de les simuler ;
« 2° Lui donne accès à un service de consultation de ses bulletins de paie, lorsqu’ils ont été transmis par l’employeur sous forme électronique dans les conditions mentionnées à l’article L. 3243-2 ;
« 3° Lui donne accès à des services utiles à la sécurisation des parcours professionnels et à la mobilité géographique et professionnelle.
« Le gestionnaire de la plateforme met en place des interfaces de programmation permettant à des tiers de développer et de mettre à disposition ces services.
« III.-Un décret en Conseil d’Etat, pris après avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, détermine les conditions dans lesquelles les données à caractère personnel afférentes au compte personnel de formation et au compte personnel de prévention de la pénibilité, ainsi que celles issues de la déclaration sociale nominative mentionnée à l’article L. 133-5-3 du code de la sécurité sociale, peuvent être utilisées pour fournir les services mentionnés aux I et II du présent article.

Autrement dit, et vu de l’autre côté de la feuille, c’est la Caisse des Dépôts qui va gérer ce nouveau livret ouvrir grâce auquel il sera possible de tout savoir sur un salarié. Comme les employeurs ne sont pas aujourd’hui capables de récapituler toute une carrière comme peut le faire un régime de retraites, la Caisse des Dépôts le fera.

Encore un effort, messieurs de la CFDT, et bientôt c’est la banque du salarié qui pourra gérer le compte personnel d’activité et, en consultant son compte en banque, le salarié aura aussi accès à son contrat de travail, son dossier de notation ou d’évaluation, et au décompte de ses droits sociaux.

La réglementation renforce la complexité administrative du dispositif

Peu à peu, les décrets s’empilent pour donner vie à cette usine à gaz. Le décret simple (juridiquement) paru ce matin apporte une couche de complexité (technique) supplémentaire, puisqu’il prévoit les règles de majoration de droits et la meilleure façon de les régler.

On y lira ainsi cette phrase candide:

Afin de bénéficier de la majoration de ses droits au compte personnel de formation prévue à l’article L. 6323-11-1, le titulaire du compte déclare remplir les conditions prévues à cet article par l’intermédiaire des services dématérialisés mentionnés à l’article L. 5151-6 et au I de l’article L. 6323-8. Cette déclaration peut être effectuée selon les mêmes modalités par son conseiller en évolution professionnelle ou le financeur de sa formation.

Il y a donc bien toute une nouvelle bureaucratie créée par la loi (notamment celle des conseillers en évolution professionnelle) qui sera chargée de commettre à la place du salarié toutes les actions obscures indispensables au bon fonctionnement de ce système incompréhensible. Là encore, l’imagination de la bureaucratie syndicale, complaisamment relayée par celle de la bureaucratie étatique, s’en est donné à coeur joie et s’est accordé du bon temps en concevant un dispositif qu’il faudra dix ans pour expliquer aux salariés.

Le CPA, cette affaire de gros sous

Pour l’instant, le compte personnel d’activité est un vrai cheval de Troie. Tant que les Troyens sont éveillés, on ne parle que des choses qui font plaisir: les nouveaux droits des salariés, les déclarations en tous sens, les papiers à remplir et les outils numériques développés par la Caisse des Dépôts. Mais dès que les Troyens dormiront, la banque du temps sortira dans l’arène.

Car le gouvernement n’a pas encore dit clairement que tous ces droits ont un prix, pour les entreprises, en espèces sonnantes et trébuchantes. Concrètement, quand un salarié donnera sa démission d’une entreprise sans avoir « consommés » les quinze jours de formation auxquels il a droit, l’entreprise devra verser l’équivalent de quinze jours de salaires à la banque du temps installée à la Caisse des Dépôts.

Le compte personnel d’activité n’est donc pas seulement un droit et une complexité en plus. Si tout cela passe par la Caisse des Dépôts, c’est parce qu’il va falloir faire des chèques à chaque mouvement de personnel.

Le CPA alourdit le coût du travail

Concrètement donc, le compte personnel d’activité va se traduire par des versements d’argent au moment du départ du salarié à destination de la Caisse des Dépôts. Personne ne vous l’avait dit? Pourtant, c’est bien cela, le sujet qui fâche. Le gouvernement, pour faire plaisir à ses précieux amis de la CFDT, est en train, sans l’avouer clairement, d’alourdir le coût du travail.

C’est vrai qu’avec un million de chômeurs en plus depuis 2012, Hollande est bien légitime à punir un peu plus ceux qui commettent l’erreur morale de créer de l’emploi.

Primaire des Républicains: la surprise NKM

À l’issue du premier débat pour la primaire des Républicains, le rapport de force entre les candidats est manifestement rééquilibré. La proposition des médias subventionnés, qui avaient installé Nicolas Sarkozy et Alain Juppé comme les seuls compétiteurs de la primaire, est désormais obsolète.

Une mention spéciale mérite d’être accordée à deux idées apportées par Nathalie Kosciusko-Morizet au cours de ce débat, dont la fraîcheur a un peu surpris au milieu d’une série d’arguments somme toute assez classiques.

La retraite par points

Elle a osé! alors que tous les candidats républicains proposent de rester sagement dans le cadre oppressant de la sécurité sociale, NKM a osé se démarquer en proposant un système de retraite par points, dont on appréciera l’audace. Le sujet, ingrat par sa technicité, vaut d’être relevé, car la réforme de la retraite par points est incontestablement un sujet d’avenir.

La réforme par points permet à chaque Français de cumuler tout au long de sa vie un capital théorique convertible en rente dont le montant varie avec l’âge de liquidation. Ce système permet de supprimer l’âge légal de départ à la retraite et autorise chacun à choisir l’âge où il arrête de travailler.

L’inconvénient de ce système est sa complexité de mise en oeuvre. Une réforme de ce genre met à peu près 40 ans à aboutir…

Supprimer le statut pour les enseignants

Autre idée divertissante de NKM: supprimer le statut de la fonction publique pour les enseignants. Enfin, quelqu’un qui se décide à mettre les pieds dans le plat.

Tous les Français ont au moins une fois rencontré dans leur vie l’un de ces enseignants protégés par le statut, et qui, fort de cette protection, se lamente sur son sort insupportable et satisfait le moins possible aux obligations qui pèsent sur lui (rencontres avec les parents, correction de copies, etc.) Tous ceux qui ont fait le choix d’envoyer leurs enfants dans des écoles hors contrat sont par ailleurs obligés de payer, au titre des impôts, pour l’école des autres, et d’ajouter au pot commun pour celle de leurs enfants.

Seules une remise en cause de ces privilèges permettra de rénover l’école en France et de la replacer sur la voie de la réussite. On dira d’ailleurs la même chose de l’hôpital et des personnels soignants.

Un peu d’innovation dans ce monde rétrograde

On se félicitera donc des initiatives prises par NKM, même si nous avons tous bien compris que l’intéressée à peu de chances de se retrouver à l’Elysée en mai 2017…

À Cannes, le capitalisme de connivence se fait des frayeurs

Le capitalisme de connivence, encore lui, toujours lui!

À Cannes a lieu en ce moment le discret congrès de l’assurance collective de personnes, activité mal connue des Français mais qui dépasse pourtant aujourd’hui les 20 milliards d’euros de chiffres d’affaires annuels (épargne retraite comprise) et gère des centaines de milliards d’actifs. L’événement donne l’occasion de quelques épanchements sur les clés de bras que les acteurs du secteur attachés à la libre concurrence ont imposé aux groupes paritaires co-gérés avec les organisations syndicales.

Un marché discret mais qui a le vent en poupe

Peu de Français le savent, mais les nouvelles « protections » accordées aux salariés dans le cadre du contrat de travail sont autant de normes qui nourrissent le marché de l’assurance collective de personnes. Ainsi, quand les partenaires sociaux ont négocié, en 2013, un accord interprofessionnel généralisant la complémentaire santé aux salariés avec un co-financement par l’employeur, c’est bien le marché de l’assurance collective de personnes qu’ils ont modifié et accru.

Les contrats d’entreprise sont en effet souscrits par l’employeur pour l’ensemble de ses salariés. Toutes ces normes nouvelles, en apparence conçues pour le bien-être des salariés, ont donc un impact économique majeur. Si l’on se souvient que la masse salariale des salariés du secteur privé pèse environ 550 milliards €, toute mesure portant sur 1% de la masse salariale génère un marché de 5,5 milliards, ce qui n’est pas rien.

Assurance collective et capitalisme de connivence

Une partie du marché de l’assurance collective est historiquement détenu par ce segment si particulier du capitalisme de connivence appelé les « groupes paritaires de protection sociale » dont les principaux sont AG2R, Malakoff-Médéric, Pro-BTP et Humanis. Ces groupes sont co-gérés par les organisations patronales et salariales. Leurs administrateurs sont désignés par les grandes confédérations nationales. Et leurs clients sont souvent ces mêmes confédérations.

Lors de la négociation de l’accord interprofessionnel généralisant la complémentaire santé, beaucoup d’organisations syndicales avaient caressé l’espoir de réserver ce marché aux groupes paritaires. Finalement, le Conseil Constitutionnel, à l’issue d’une bataille épique, exclu ce mécanisme et imposé la libre concurrence dans ce secteur.

Assurance collective et financement syndical

Pour les organisations syndicales (y compris patronales), cette décision fit l’effet d’un coup de tonnerre. Beaucoup d’organisations (en particulier FO) comptaient en effet sur ce marché nouveau pour améliorer leur finances. Les groupes paritaires accordent en effet des financements plus ou moins avouables aux organisations syndicales en contrepartie de l’attribution des marchés. La liberté de choix des entreprises dans une branche tue ce système.

On notera à l’époque que la bureaucratie syndicale, très friande de ces canaux de financement détournés, avait reçu le soutien massif du frondeur Jean-Marc Germain, député rapporteur de la loi de 2013 sur le sujet, et accessoirement très imbriqué dans la vie du Parti Socialiste. Comme on dit chez les bobos, « charité bien ordonnée… »

Les premiers effets de la concurrence

La montée en charge progressive de la généralisation de la complémentaire santé a débouché sur une concurrence féroce entre les acteurs, qui a un effet bénéfique sur les prix. Pour les groupes paritaires de protection sociale, et singulièrement pour AG2R, qui ont l’habitude de mener grand train grâce aux confortables marges de profit apportées par ces contrats négociés entre amis au nom de la solidarité, le choc est rude. Soudain, le prix des équipes de cyclistes, des catamarans qui traversent les océans, pèsent fortement sur les comptes.

Ce sujet est dans tous les esprits et toutes les conversations, à Cannes, où les mauvais esprits comptent les points et les pertes affichées dans les comptes des uns, et les bénéfices dans les comptes des autres.

La connivence politique, dernière bouée de sauvetage

Beaucoup misent donc, encore et toujours, sur les petits arrangements entre amis pour éviter la déroute financière dans les mois ou les années à venir. La loi Sapin 2 en fournit une preuve. Elle crée des fonds de pension à la française qui permettent à AG2R de desserrer la contrainte réglementaire sur ses fonds propres liés à ses prises de risque dans l’épargne retraite salariale. La création d’une filiale commune avec la Caisse des Dépôts dans ce secteur sera juste le prix à payer pour ce petit cadeau adressé entre anciens des cabinets de gauche.

Ces petits cadeaux iront-ils jusqu’à revenir, en loi de financement de la sécurité sociale, sur la jurisprudence du Conseil Constitutionnel du 13 juin 2013? Certains adoreraient que le gouvernement fasse un cadeau à ses amis du paritarisme avant 2017, en déclarant le marché de l’assurance collective de personnes chasse gardée pour les organisations syndicales et les groupes financiers qui les financent sur le dos des salariés… au nom de la solidarité, bien sûr.

Affaire à suivre.

La France en plein naufrage démocratique

C’est le naufrage démocratique dans toute son horreur, et peut-être même jusqu’à plus soif, jusqu’à convaincre les Français que l’obsession du pouvoir chez les uns et chez les autres, qui s’exprime à l’occasion des procédures électorales, est contraire à l’intérêt général.

Le naufrage démocratique avec Hollande

Dans ce domaine, François Hollande fait très fort, avec la sortie d’un énième livre de confidences à des journalistes qui constitue une nouvelle torpille contre la coque du bateau républicain. Hollande voudrait donner le sentiment que son désastreux bilan est d’abord dû à un manque d’intérêt pour les problèmes du pays, et à une forme de paresse, il ne s’y serait pas pris autrement.

Mais, à force de parler à tous les journalistes de France, à longueur de journées, pour raconter la brillante place qu’il occupe dans l’histoire, où Hollande trouve-t-il le temps de travailler? Encore un, en tout cas, qui croit qu’il pourra donner du sens à sa politique (si tant est qu’elle en ait) en papotant à tout va.

Reste que, pour le citoyen ordinaire, ce spectacle désolant est une sorte de plaidoyer pour l’arrivée au pouvoir d’une personnalité forte qui ne sera pas obsédée par sa réélection (puisque le livre de confidences aux journalistes du Monde vise bien à préparer celle-ci), et qui agira en se plongeant dans les dossiers, au lieu de recevoir le gotha médiatique parisien à longueur de journées.

Le naufrage démocratique avec les Républicains

Face à ces forfanteries, le débat chez les Républicains prend une mauvaise tournure. Les candidats ont-ils des projets différents? Se dessine aujourd’hui une tendance « molle » autour de Juppé qui refera du Chirac, et une tendance « dure » autour de Sarkozy dont on ne sait s’il fera mieux. Au total, les Républicains donnent le sentiment de rejeter la ligne identitaire de Sarkozy, et de se balancer des horreurs quotidiennes à la figure.

Pour les Français, le spectacle n’est pas forcément plus réjouissant que les rodomontades hollandiennes. L’étripaillage qui devrait avoir lieu ce soir nourrira une fois de plus l’idée que les élus s’intéressent plus au pouvoir qu’au pays. Qui plus est, les Républicains cachent mal leur conviction que le vainqueur de la primaire sera automatiquement président de la République. A moyen terme, cette suffisance se révélera désastreuse pour l’opinion, car elle va accroître le sentiment que la voix du peuple est marginalisée par l’appareil des partis politiques.

Les soutiens que Juppé engrange font ici mauvais genre: tout se passe comme si les notables allaient décider de la primaire des Républicains à la place des électeurs, et qu’en bout de course ce jeu de parrainage allait remplacer le vote de mai 2017.

Les présidentielles bloquent désormais l’action publique pendant plus d’un an

Petit à petit, la mécanique des primaires dévoile son effet pervers: elle accroît la longueur de la campagne électorale jusqu’à la faire durer plus d’un an. Les premiers candidats se sont déclarés… au mois de mars 2016, pour une campagne qui se finira en juin 2017, avec les législatives.

Cette dérive ne manquera pas, là encore, d’agacer et d’inquiéter les électeurs au chômage, en difficulté, ou plongés dans l’inquiétude. Pendant que les citoyens ordinaires rament pour survivre, les politiciens sont obnubilés par le poste qu’ils occuperont un plus tard.

Et que ressort-il au juste de cette interminable confrontation? On cherche désespérément le projet que tous ces candidats partagent effectivement avec le peuple français.

Complémentaire santé: 5 conseils pour se défendre face aux assureurs

La généralisation de la complémentaire santé est en vigueur depuis le 1er janvier 2016. Elle oblige toutes les entreprises à couvrir ses salariés avec un contrat collectif et obligatoire financé à au moins 50% par les employeurs.

Depuis le 13 juin 2013, les branches n’ont plus le droit d’imposer un assureur unique aux entreprises qu’elles regroupent, ce qui est un bien! Beaucoup d’entreprises subissaient en effet des tarifs très élevés pour des garanties médiocres ou des gestions défaillantes. Très souvent d’ailleurs, ces contrats de branche étaient négociés par les grandes entreprises et servaient à faire endosser aux plus petites les déficits de leur régime.

C’est par exemple le cas dans la branche hôtels, cafés, restaurants, où les petits restaurants paient aussi cher que le groupe Accor, mais consomment beaucoup moins de prestations que les salariés du géant hôtelier. De là à dire que le petit cafetier du coin paie pour l’absentéisme de la multinationale, il n’y a qu’un pas que nous franchirions volontiers…

Faut-il pour autant que les entrepreneurs abordent le choix de leur contrat santé d’entreprise avec une parfaite ingénuité face aux assureurs? Certainement pas, et voici quelques conseils à retenir pour ne pas se faire « piller ».

Méfiez-vous des bonimenteurs de la complémentaire santé

Premier point: il faut se méfier des assureurs qui jouent exclusivement sur les tarifs. On trouve, sur le marché, des contrats à très bas prix qui peuvent paraître alléchants. Certes, ils couvrent généralement le strict minimum imposé par la réglementation et la faiblesse de leur tarif s’explique donc.

Néanmoins, certains assureurs ou courtiers ont cassé les prix pour attirer le chaland… en prévoyant de redresser méchamment leur tarif un ou deux ans plus tard. Ces assureurs savent qu’ils perdront à cette occasion une partie de leur clientèle… mais certains (une majorité) auront la paresse de résilier leur contrat. Tout ce qui est pris n’est plus à prendre…

Pour éviter ces mauvaises surprises, mieux vaut chercher directement le bon contrat.

Vérifiez bien les obligations imposées par la branche

Deuxième conseil: ne jouez ni avec le feu ni avec la réglementation. Des décrets imposent des garanties minimales (et maximales!), notamment pour bénéficier de l’exonération fiscale sur les cotisations (mécanique dite du contrat responsable). Mais les branches peuvent ajouter des garanties supplémentaires ou améliorer les garanties prévues par la réglementation.

Le chef d’entreprise a tout intérêt à respecter les règles imposées par la branche, même si elles ne sont pas contrôlées par l’URSSAF. En cas de contentieux prudhommal, le salarié peut en effet demander à l’employeur le remboursement des prestations mal couvertes (sur les lunettes ou les prothèses dentaires, ça peut faire très mal, surtout si le chef d’entreprise est confronté à un salarié mauvais coucheur…).

Faites systématiquement jouer la concurrence

Deux devis valent mieux qu’un. N’hésitez pas à confronter les prix de plusieurs assureurs, en examinant bien les garanties qu’ils proposent. Les salariés sont généralement attentifs à trois types de prestations: le remboursement des actes chirurgicaux à l’hôpital, le remboursement des lunettes et celui des prothèses dentaires. Le rapport qualité-prix peut fortement varier d’un contrat à l’autre.

Souvenez-vous que la moyenne des prix du marché se situe autour de 42 euros par mois et par tête, soit un investissement moyen de 500 euros annuels par salarié. Pour ce prix-là, on peut s’offrir des garanties très correctes…

La complémentaire santé peut faire plaisir aux salariés

La complémentaire santé n’est pas qu’une obligation de plus imposée par la loi. Elle peut aussi être vécue (et elle l’est généralement) comme un bienfait apporté par l’entreprise et dont une partie importante est prise en charge par l’employeur. Pour le dialogue social interne, elle est donc un élément précieux, qui peut être transformé en véritable opportunité par l’employeur.

De ce point de vue, faire le choix d’un contrat plus favorable que celui requis par la branche peut se révéler un investissement très positif. Pour quelques centaines d’euros annuels dans une entreprise, l’employeur peut « gagner des points » vis-à-vis de ses salariés.

Attention à la qualité de gestion des contrats

Après avoir signé un contrat, vous n’êtes pas toujours au bout de vos peines. La gestion des prestations peut s’avérer désastreuse: remboursements tardifs, pertes de document, erreurs dans les calculs des sommes dues. Ces petits détails peuvent rapidement empoisonner la vie de l’entreprise. C’est notamment le cas lorsque le salarié fait l’avance de sommes importantes pour ses lunettes ou ses prothèses dentaires, et que l’assureur le rembourse tardivement sans jamais répondre aux coups de téléphone de relance de l’assuré.

Vérifiez donc bien, au moment de la négociation, la qualité de gestion du contrat et faites-vous expliquer comment ce contrat sera géré par l’assureur.

Dans tous les cas, vous pouvez de toute façon résilier votre contrat à son échéance annuelle.

Sécurité: la droite prépare-t-elle la revanche de la technostructure?

Dans le débat sur la sécurité, thème favori des présidentielles, opportunément relancé par l’opération de guérilla menée à Viry-Chatillon, la droite a commencé à dévoiler ses intentions véritables pour 2017: la revanche de la part de technostructure écartée du pouvoir en 2012. Certains imaginaient qu’une petite cure d’opposition avait permis aux esprits de prendre du recul et de réinventer des paradigmes obsolètes. Pas du tout! le logiciel de 2007 (celui présenté avec mordant par Buisson comme une vaste arnaque) est resté intact et ne demande qu’à reprendre du service.

Péchenard, meilleur exemple de la revanche?

Dans cette espèce de grand remake auquel les Républicains nous préparent, Frédéric Péchenard, bras droit de Sarkozy et ancien directeur général de la Police Nationale, se propose de jouer le rôle principal. Son numéro sur BFM TV hier a laissé pantois:

On a bien compris: les problèmes de délinquance, en France, sont dus aux défauts de la justice, au manque d’arsenal répressif pour les policiers. Mais en aucun cas, les problèmes d’organisation interne de la police ne sont en cause, et en aucun cas le management de la police ne doit être passé au crible. On dirait du Cazeneuve sans Cazeneuve! circulez y a rien à voir!

Et pourtant, la police a des problèmes à régler

Dans l’affaire de Viry-Chatillon, il est pourtant évident que les problèmes structurels de la police nationale sont aussi en cause. La cité de la Grande Borne est parfaitement connue comme une zone de non-droit (n’en déplaise à Péchenard et à sa langue de bois, ces zones existent, et le seul fait d’en nier l’existence en dit long sur le déni revanchard dont les Républicains sont porteurs), et ça ne date pas d’hier. S’agissant de la caméra protégée par les policiers brutalement attaqués dimanche, depuis plusieurs semaines des opérations à la voiture bélier avaient eu lieu sur place.

Pourquoi a-t-on envoyé des effectifs mal préparés et mal protégés en faction, donc comme cibles faciles, en plein état d’urgence, dans un coupe-gorge aussi dangereux, comme attachés à un poteau au milieu d’un désert survolé par les vautours? La question mérite d’être posée à la hiérarchie locale.

La police et ses choix d’organisation sous Péchenard

Tout ceci oblige à revenir à l’état dans lequel Péchenard et le gouvernement Fillon ont laissé la police en 2012. Un bref rappel s’impose, manifestement: les impétrants avaient taillé dans le vif des effectifs sur le terrain, spécialement sur les terrains les plus criminogènes, tout en affirmant que la sécurité était leur priorité. Pendant ce temps, l’administration centrale de l’Intérieur se gavait.

Certes, la gauche a non seulement continué cette politique mais l’a même aggravée, portant à 7.000 fonctionnaires les effectifs de la place Beauvau proprement dite (soit plus d’effectifs que l’administration centrale de l’Education Nationale pour dix fois moins de fonctionnaires).

Il n’en reste pas moins que Péchenard a été l’homme d’une gestion aristocratique, imposant une cure d’austérité au tiers état pour mieux engraisser les courtisans qui l’entouraient. En l’écoutant hier, on a compris que, pour lui, 2017 était l’année d’une continuité assumée dans un parisianocentrisme que le pays rejette.

Les Républicains tous en coeur pour continuer la réaction nobiliaire

Dans le petit débat improvisé entre candidats à la primaire que BFM a organisé hier sur son plateau, il ne s’est d’ailleurs trouvé personne pour mettre à plat le sujet. Unis comme un seul homme, tous ont expliqué, en regardant le bout de leurs chaussures, qu’il n’y avait pas de problème d’effectifs policiers sur le terrain. Il suffit pourtant de passer une heure dans un quartier difficile et une heure dans un beau quartier de Paris pour le vérifier soi-même: n’importe quel Français peut observer qu’on voit dix fois moins de policiers là où les délits sont commis que là où ils sont rares.

Mais qu’à cela ne tienne! personne, chez les Républicains, n’a envie de se livrer à son droit d’inventaire sur la politique de Sarkozy, et il vaut mieux nier les évidences, comme la gauche l’a fait depuis 5 ans, en assénant que tout fonctionnait parfaitement dans la police nationale.

La droite a déjà vendu la peau de l’ours

La campagne pour la primaire devrait confirmer l’horreur du spectacle auquel nous avons assisté hier sur BFM. Les Républicains sont des fainéants repus. Ils sont tous convaincus que le vainqueur de la primaire sera le vainqueur facile et naturel de la présidentielle. Cette grave erreur d’analyse dispense donc de tout effort de remise à plat, en particulier de réflexion approfondie sur la réforme de l’Etat.

Or, on voit mal comment les promesses sur la diminution des dépenses publiques pourront être tenues sans un réexamen en profondeur de l’Etat et de son fonctionnement. Mais, beaucoup à droite ont sans doute l’illusion qu’en échange d’une baisse d’impôts les Français accepteront sans broncher une réduction des services publics, et qu’il ne faut pas chercher plus loin…

Macron a-t-il déjà fait pschitt?

Emmanuel Macron peut-il encore apparaître comme une candidature crédible, ou a-t-il déjà fait « pschitt », pour reprendre l’expression de Jacques Chirac à propos de l’une de ses affaires judiciaires? La semaine qui s’est écoulée laisse à penser que le champignon Macron, poussé brutalement après la pluie gouvernementale, a fini sa croissance et qu’il pourrait bien entamer une pente de déclin.

Macron n’a pas atteint ses objectifs

En lançant son mouvement En Marche, le jeune Macron avait annoncé des objectifs de production et de diagnostic dignes de l’Armée Rouge. En particulier, il promettait 100.000 questionnaires aux Français pour comprendre les sujets qui les intéressent. Dans la pratique, il aura recueilli 25.000 réponses, affichant de nombreuses autres « conversations ».

Ce chiffre fait un peu mauvais genre, dans la mesure où il laisse entendre que la mayonnaise Macron n’a pas vraiment pris sur le terrain.

Une méthode digne d’un consultant du BCG

Pour mener à bien son opération de candidature, Macron a développé une sorte de matrice piochée dans les diaporamas des cabinets de conseil: un diagnostic partagé, une restitution, un programme. La méthode en elle-même interroge, dans la mesure où le candidat donne le sentiment de ne pas avoir de vision, et de chercher simplement à dire ce que les Français ont envie d’entendre.

Pour l’instant, Macron en est à la phase de diagnostic. On croirait une adaptation fidèle d’une démarche RGPP.

Tout ça pour ça?

Au final, Macron a produit, lors de son discours de Strasbourg, un diagnostic extrêmement décevant sur l’état de la France et de ses envies, au point qu’on se demande pourquoi il a mobilisé autant d’énergie pour redire ce que tout le monde sait depuis longtemps. Le pire est que tout cela est formulé dans un sabir fastidieux:

Des propositions obsolètes

Comble de malheur, non seulement Macron a retiré des énergies qu’il a mobilisées un diagnostic pauvre, mais il n’a formulé aucune proposition novatrice. Pour répondre à la méfiance profonde des Français vis-à-vis de la politique, il a simplement milité en faveur d’une introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives, et d’une commission citoyenne tirée au sort telle que l’avait proposée Ségolène Royal en 2007.

C’est bien court, jeune homme, au vu des attentes que vous aviez soulevées!

La catastrophe de la laïcité revancharde

Autre sujet de discorde (il fallait bien qu’il vînt tôt ou tard): la laïcité. Dans une interview tonitruante à Marianne, Macron a commencé à s’aventurer sur des terres glissantes où sa légitimité est moins spontanée. Voici un résumé des formules qui fâchent, qu’il a pu utiliser:

Même chose sur le voile à l’université. Je suis contre l’interdiction. (…) Au titre d’une laïcité revancharde, on en vient à sortir des citoyens des lieux de la République et à les confiner à l’écart, sans enrayer la montée du fondamentalisme, ni conforter la laïcité. (…)

La laïcité n’a pas vocation à promouvoir une religion républicaine. La République est ce lieu magique et unique qui permet à des gens de vivre dans l’intensité de leur religion. C’est pour ça que je dénonce les considérations qui demandent à des citoyens d’être «discrets», parce que les précédents historiques où l’on a demandé la discrétion en matière de religion ne sont pas à l’honneur de la République. Et qu’on demande à des gens d’être des musulmans modérés ! Demanderait-on à des catholiques d’être modérés ? Non !

Macron est donc entré dans le vif des débats, et a commencé à décevoir non seulement par la timidité de ses propositions, mais par leur conformisme « bobo ». Alors qu’il touche largement à un électorat « orléaniste » de gauche, attaché à la modération religieuse, sa sortie sur la « laïcité revancharde » et sur l’intensité religieuse risque de lui coûter cher (surtout auprès des catholiques appelés depuis des décennies à la modération).

L’orléanisme français à bout de souffle?

La plausible faillite de l’opération médiatique Macron risque de soulever quand même quelques questions de fond sur la capacité de l’orléanisme français à se réinventer. Consumé comme un fétu de paille, Macron ne laissera derrière lui qu’Alain Juppé, qui n’incarne pas la modernité à proprement parler, et apparaît même comme un spectre venu d’un autre siècle.

Cela signifie-t-il qu’à un tournant du régime frappé par une profonde crise nobiliaire, l’aristocratie française n’a plus les forces internes pour se renouveler et pour affronter l’avenir? Probablement, oui.

Recomposition politique en Hongrie

Ces articles sont initialement parus sur le site Hulala.

La situation politique en Hongrie se modifie en profondeur. Les observateurs européens prendront garde aux risques de choc politique interne qui se profile dans ce pays.

La Coalition démocratique de Gyurcsány boycotte le Parlement

En Hongrie, les quatre députés de la Coalition démocratique (DK), dont l’ancien Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány, ont décidé lundi de ne plus siéger dans l’hémicycle en riposte à la suspension du journal d’opposition Népszabadság.

Budapest – Il s’agit de la première riposte parlementaire d’un parti d’opposition suite à la suspension brutale du plus grand quotidien hongrois, Népszabadság, par son propriétaire la société Mediaworks. Les quatre députés de la Coalition démocratique (DK), élus en 2014 à la faveur d’une alliance progressiste avec le MSzP, PM, Együtt 2014, MLP et MoMa, ont décidé ce lundi de ne plus siéger jusqu’à nouvel ordre à l’Assemblée hongroise et de ne plus participer au travail parlementaire. Le boycott ne s’appliquera pas aux votes requérant les deux tiers de la représentation nationale, de façon à bloquer notamment des modifications de la Loi fondamentale, comme l’envisage notamment Viktor Orbán au sujet des quotas européens de réfugiés.

Le boycott de l’Assemblée peut être sanctionné par des mesures de rétorsion financière à l’encontre des députés «absentéistes». Plus risqué encore, la possibilité d’une exclusion pure et simple du Parlement en cas d’absentéisme prolongé, excédent un an. Les députés DK ont déclaré à ce sujet prévoir participer à au moins un vote sans grand intérêt à intervalle régulier de façon à ne pas perdre leur siège.

Les députés DK sont Ágnes Vadai, László Varjú, Lajos Oláh et l’ancien Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány. Ce dernier a appelé tous les partis d’opposition au boycott de l’Assemblée lors de la manifestation de samedi soir sur Kossuth tér.

Hongrie : le mouvement 4K! arrête la politique active

Réuni en congrès ce week-end, le mouvement «Quatrième République !» (4K!) a annoncé arrêter la politique active et cesser son existence en tant que parti. L’organisation de gauche déclare vouloir consacrer son énergie à lutter contre Viktor Orbán et le «régime d’entente nationale» (NER) que ce dernier cherche à imposer en Hongrie.

Dans un communiqué publié dimanche 9 octobre sur son site Internet, le mouvement 4K! déclare s’autodissoudre afin de pouvoir s’investir là où c’est utile, afin de lutter contre le «régime d’entente nationale» (NER) voulu par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Le NER est l’acronyme choisi par l’exécutif suite aux élections législatives de 2010 pour qualifier l’avènement d’une nouvelle ère politique incarnée par le Fidesz, fondée entre autres sur la recherche de la cohésion nationale et le rejet des formes contemporaines de démocratie libérale.

Selon 4K!, «cela ne sert à rien de rester statique dans la sous-démocratie que Viktor Orbán a installé dans le pays», estimant qu’en Hongrie,  «un régime autoritaire se met en place, lequel, à l’instar de ce qui se passe en Russie ou en Turquie, semble respecter les institutions démocratiques, alors que dans le même temps, il abolit la véritable compétition démocratique ainsi que l’indépendance de toutes les branches du pouvoir». Partant de là, le mouvement ne souhaite plus concourir aux élections, considérant que cela participe de la légitimation du système.

L’organisation de gauche, connue pour un positionnement original entre radicalité politique et attachement au modèle scandinave, appelle les partis d’opposition à ne plus siéger à l’Assemblée hongroise, l’unique chambre du Parlement. Coïncidence, lundi matin, la Coalition démocratique (DK) de l’ancien Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány a en tout cas décidé de boycotter les travaux parlementaires pour une durée indéterminée.

 

Fondé en avril 2012, le mouvement «Quatrième République !» est l’un des débouchés politiques des manifestations pour la liberté de la presse – «Milla» – du mois de mars de la même année. Coordonné entre autres par András Istvánffy, le parti qui se dit «patriote de gauche» n’est pas parvenu à présenter de liste nationale aux élections législatives de 2014, seulement quelques candidatures dans les circonscriptions en partenariat avec LMP (Une autre politique est possible).

Jobbik se pose en challenger du Fidesz pour les élections 2018

Le parti d’extrême-droite se pose en  principal challenger de la coalition Fidesz-KDNP et entame une «consultation nationale» en vue des élections législatives du printemps 2018, a annoncé son président Gábor Vona lors d’une conférence de presse vendredi à Gyöngyös.

Le Jobbik se définit comme la principale force d’opposition au gouvernement de Viktor Orbán et a l’intention d’occuper les terrains délaissés par le Fidesz trop absorbé par sa campagne anti-migrants. Le parti qui espère être le réceptacle de l’électorat déçu par le Fidesz dans les mois à venir a définit trois axes majeurs : santé, éducation et corruption.

Le Jobbik enverra des questionnaires aux ménages hongrois dans les jours à venir concernant ces trois thèmes sur lesquels le Fidesz est le plus critiqué, que ce soit par son opposition à gauche et à droite.

Selon des analystes, le concept de «nouvelle unité» martelé par le Premier ministre Viktor Orbán depuis le référendum du 2 octobre cacherait sa volonté de phagocyter l’électorat du Jobbik.