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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

L’Afrique est-elle vraiment le berceau de l’humanité?

L’Afrique est-elle le berceau de l’humanité, comme le répètent inlassablement les grands discours officiels sur l’universalité de l’Homme? Des découvertes récentes bouleversent cette théorie habituelle selon laquelle l’espèce humaine serait née en Afrique et se serait ensuite répandue à la suite d’un événement climatique qui aurait asséché la savane il y a deux millions d’années. C’est à ce moment que les premiers humains auraient cherché refuge en Asie et en Europe.

L’Afrique berceau de l’humanité: théorie ou idéologie?

On mesure évidemment la sensibilité extrême du sujet qui affleure dans cette théorie. L’idée que l’humanité soit apparue en Afrique, quelque part dans les gorges d’Oldupaï, dans l’actuelle Tanzanie, fonde une anthropologie post-moderne tout à fait saisissante: l’Africain constitue en quelque sorte l’homme universel et les Européens en sont un simple dérivé.

Après leur sortie d’Afrique de l’Est, les hommes de la première vague auraient emprunté les plaines du couloir levantin, l’actuel Proche-Orient. Ainsi, ils seraient parvenus en Italie, en Espagne et en France, il y a environ un million d’années. Cette première vague migratoire, dont les archéologues ont retrouvé de nombreux sites, est caractérisée par un outillage essentiellement constitué de galets taillés et d’éclats peu retouchés.

Selon cette même théorie, une deuxième vague aurait eu lieu vers 500.000 avant Jésus-Christ, passant peut-être par le détroit de Gibraltar. Puis, vers l’an 100.000 avant Jésus-Christ, l’homo sapiens serait venu d’Afrique vers l’Europe.

Le problème de ces théories est qu’elle sont assez peu étayées par les apports des études génomiques dont les Africains sont les grands absents. Il a fallu attendre ces derniers mois pour qu’une étude ambitieuse commence à cerner ou discerner les origines des populations africaines.

L’Afrique et sa très grande diversité de peuplement

Une étude menée par l’institut Sanger (Grande-Bretagne) a montré l’an dernier que la diversité génomique en Afrique était très large.

Pour commencer, les chercheurs retrouvent dans leurs données la trace de l’expansion bantoue. Cette expansion d’une population paysanne originaire du Cameroun et du Nigéria actuels vers l’Afrique forestière puis orientale et australe se serait produite il y a 3 000 à 5 000 ans. Elle est à l’origine des quelque 450 langues nigéro-congolaises apparentées en Afrique.

Plus surprenant, les chercheurs ont aussi mis en évidence un flux de gènes entre l’Eurasie et l’Afrique de l’Est, survenu entre 7 500 ans et 10 500 ans. Particulièrement évident chez les Éthiopiens, ce métissage entre Eurasiens et Africains traduit ainsi un « retour » dans le berceau de l’humanité des gènes dispersés hors d’Afrique des dizaines de milliers d’années plus tôt lors des vagues successives de sortie d’Homo sapiens hors d’Afrique successives. En masquant dans les données les gènes d’origines eurasiatiques, les chercheurs ont constaté que la diversité génétique africaine décroît fortement, ce qui prouve que les gènes eurasiatiques y ont contribué de façon considérable. Deux interprétations sont possibles : soit la genèse des ethnies découle du mélange à grande échelle de composantes génétiques différentes, dont la composante eurasiatique ; soit plusieurs petits groupes eurasiatiques se sont dispersés en Afrique, où ils ont ensuite été chacun soumis à une forte sélection, qui a accru la diversité de l’apport eurasiatique global. Ainsi, la fondation du groupe Niger-Congo (bantou), qui représente aujourd’hui la majorité de la population africaine, semble résulter de la contribution d’un très grand nombre d’individus, dont des Eurasiatiques, à l’époque de l’expansion bantoue.

Autrement dit, si l’on admet l’hypothèse que l’Afrique est à l’origine du peuplement humain, deux remarques au minimum doivent être faites.

Premièrement, l’Afrique fut le théâtre de nombreux brassages entre tribus ou populations et l’idée d’un peuplement unique qui aurait « rayonné » à partir d’un centre commun mérite donc d’être fortement nuancée. Incontestablement, les diversités génomiques sont intenses.

Deuxièmement, 10.000 ans avant Jésus-Christ, les Européens et les Asiatiques n’avaient aucun problème pour revenir en Afrique avec des pratiques « coloniales ». S’il est vrai que l’Afrique est à l’origine de l’humanité, elle avait connu bien des métissages avec les Européens (à qui elle aurait donné naissance…) dans les millénaires qui ont suivi cette expansion d’origine.

L’Afrique et les génomes européens

Une découverte encore plus récente confirme l’idée que le mouvement traditionnellement décrit comme « ascendant » de l’Afrique vers l’Europe est probablement un peu plus compliqué qu’on ne le croyait. L’étude d’un génome d’un Africain vieux de 4.500 ans a en effet montré que jusqu’à 7% de son génome est d’origine moyen-orientale.

Son analyse a d’abord montré que Mota, ainsi qu’il a été surnommé, avait été très proche des Aris, un groupe ethnique qui vit toujours aujourd’hui sur les hauts plateaux d’Ethiopie. Elle a révélé qu’il avait la peau sombre et les yeux marrons, qu’il était dépourvu d’une mutation qui permet la bonne digestion du lait chez l’adulte – ce qui était attendu pour un chasseur-cueilleur –, mais qu’il en possédait trois qui favorisent encore aujourd’hui l’adaptation à la vie en altitude chez les habitants de ces hauts plateaux éthiopiens.

La comparaison de ce génome avec ceux d’Africains actuels et de fossiles d’Europe s’est montrée aussi très éclairante sur l’histoire des migrations. On soupçonnait en effet que l’Afrique avait reçu il y a environ 3 000 ans un flux de populations en provenance du Croissant fertile, au Moyen-Orient. Comme attendu, Mota, plus ancien, ne portait aucune trace de cet apport génétique. Mais cela faisait de lui un point de référence unique pour déterminer ce qui, dans l’hérédité des populations africaines actuelles, pouvait provenir d’Eurasie.

Le résultat est impressionnant : il suggère que 4 % à 7 % de leur génome a une source eurasiatique, et pas seulement dans la Corne de l’Afrique. C’est aussi le cas pour les Yoruba (7 %) à l’ouest du fleuve Niger et pour les pygmées Mbuti (6 %), souvent considérés comme des populations africaines de référence, c’est-à-dire peu métissées. Cité par Science, le généticien des populations David Reich (Harvard) se dit frappé par l’ampleur de ces mélanges. « On soupçonne depuis longtemps une vaste migration depuis la Mésopotamie vers l’Afrique du Nord, dit-il. Mais une telle migration, visible dans chaque population qu’ils ont étudiée en Afrique y compris les pygmées et les Khoisan [Afrique australe] ? C’est surprenant et nouveau. »

Conclusion: il est très probable que les invasions européennes ou asiatiques se soient multipliées au cours du temps, dans des proportions importantes. Ceci n’infirme pas forcément l’idée d’un peuplement initial de l’Europe par les Africains, mais il est de plus en plus évident que cette théorie ne peut être présentée comme un dogme indépassable.

Dans tous les cas, les peuples installés en Europe n’ont jamais hésité à revenir en Afrique et à se métisser avec les indigènes.

Les études génomiques permettront d’éclaircir tous ces points, mais rien n’exclut que plusieurs foyers de peuplement n’aient existé sur la planète. La théorie de l’Afrique comme origine de l’Homme mérite en tout cas d’être prise avec des pincettes.

L’efficace lobbying parlementaire des promoteurs immobiliers

Le débat budgétaire a commencé mercredi à la commission des finances de l’Assemblée Nationale. Sa première partie a permis l’adoption de plusieurs amendements favorables aux promoteurs immobiliers. On saluera ici le lobbying efficace auquel leur fédération s’est livrée.

Combien coûtent les niches fiscales?

Après quelques échanges sur le taux de croissance potentielle, le débat s’est ouvert sur le montant exacte des niches fiscales. Le président de la commission, Gilles Carrez, a noté: « même hors CICE, la dépense fiscale augmente depuis 2012 : de 70 milliards d’euros, elle est passée à 73 ou 74 milliards d’euros ».

Les indemnités de départ seront fiscalisées au-dessus de trois PASS

Le député Grandguillaume (PS, Côte d’Or) a déposé un amendement destinéà limiter les parachutes dorés et proposant de « réduire de moitié l’avantage fiscal dont font l’objet les indemnités de départ : l’exonération fiscale des indemnités serait limitée à un montant fixé non plus à six fois, mais à trois fois le plafond annuel de la sécurité sociale ». Le gouvernement a rejeté l’amendement mais annoncé sa réécriture et son adoption lors du débat en séance publique.

Débat sur l’universalité de l’impôt

La commission a rapidement débattu des amendements de Razzy Hammadi visant à instaurer une participation minimale et universelle à l’impôt sur le revenu. Les amendements ont été retirés, mais ont donné lieu à des interventions intéressantes.

La rapporteuse Valérie Rabault a déclaré: « Je rappelle que chaque Français acquitte la TVA, pour un montant total de 139 milliards d’euros par an, et que nos concitoyens s’acquittent également de la CSG, pour un montant total de 90 milliards d’euros par an. Accréditer l’idée que certains Français ne paieraient pas d’impôt me paraît donc dangereuse. »

Le président Carrez a indiqué pour sa part: « Razzy Hammadi soulève ici un problème auquel de nombreux maires sont confrontés, à savoir l’importance du lien fiscal dans l’expérience de la citoyenneté. Il est vrai que le fait que certains ménages ne paient ni l’impôt sur le revenu ni la taxe d’habitation engendre des comportements qui posent problème, ce qui conduit en effet à penser qu’une contribution explicite ne peut que contribuer à renforcer le sentiment de citoyenneté.

Dominique Lefebvre a confirmé la charge du PS contre l’idée issue de ses propres rangs:

« La vie politique est pavée de bons sentiments, dont il convient de se méfier car ils sont rarement conformes à la réalité. En l’espèce, les amendements défendus par Razzy Hammadi sont motivés par l’idée qu’un certain nombre de Français ne paieraient pas l’impôt. Or c’est faux, tout comme est fausse l’idée que serait mal perçue la contribution fiscale de chacun au financement des charges publiques, ce qui revient à dire qu’il y aurait un bon impôt, celui qui est identifié lorsque l’on signe son chèque au Trésor public, et un mauvais impôt, celui qui est indirect ou prélevé à la source.

Quant aux classes moyennes et supérieures, qui ont le sentiment de payer davantage que ce qu’elles reçoivent en retour, elles se trompent également. Un couple avec deux enfants qui paie la taxe d’habitation et la taxe foncière à Cergy-Pontoise est ainsi plus que remboursé de sa contribution dès lors qu’il inscrit ses deux enfants au conservatoire municipal !

Il n’est donc pas responsable d’alimenter ces confusions en posant mal les problèmes, d’autant qu’il s’agit de questions fort anxiogènes pour nos compatriotes. J’aimerais donc que la majorité se concentre sur le fait que nous baissons les impôts de manière équitable en privilégiant les contribuables relevant des premières tranches, auxquels d’importants efforts ont déjà été demandés. Pour les tranches supérieures, qui ne bénéficient pas de cette baisse, nous considérons, malgré les reproches de l’opposition, que leur capacité à supporter les efforts reste aujourd’hui plus importante. »

Les amendements seront redéposés dans l’hémicycle.

Abrogation de la condition de mixité des programmes immobiliers

La commission a adopté un amendement déposé par Christophe Caresche (PS, Paris) destiné à abroger la condition de mixité des programmes immobiliers pour bénéficier du dispositif d’investissement locatif. « Selon les professionnels que nous avons reçus, certaines opérations peinent à aboutir car cette condition serait compliquée à satisfaire », a-t-il déclaré. KArine Berger (PS, Hautes-Alpes) a exprimé son opposition à cette disposition, mais l’amendemant a été voté.

Assouplissement de la réduction du taux de TVA pour l’accession sociale

La commission a également adopté un amendement permettant l’application du taux réduit de TVA aux opérations d’accession sociale à la propriété dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville durant l’année de la signature du contrat de ville et non avant cette signature. Certains contrats de ville ont en effet pris du retard incompatible avec les contraintes de la promotion immobilière.

Taux de TVA réduit à 10% pour les opérations de construction de logements intermédiaires

Le député Pupponi (PS, Val d’Oise), rapporteur pour avis de la commission des affaires économiques, a obtenu l’adoption d’un amendement prévoyant que dans les territoires comportant plus de 50 % de logements sociaux ou faisant l’objet d’un programme de rénovation urbaine, il soit possible de construire des logements intermédiaires au taux réduit de TVA sans avoir à réaliser des logements sociaux supplémentaires.

 

L’Allemagne a-t-elle mangé son pain blanc?

Après plusieurs années de triomphe économique, l’Allemagne envoie plusieurs signaux négatifs qui marquent peut-être une transition vers des années un peu moins rutilantes.

L’Allemagne et le traumatisme VW

Chronologiquement, c’est probablement le scandale Volkswagen qui manifeste le mieux la transition qui commence. Les Allemands imaginaient disposer de l’industrie automobile la plus performante du monde: ils découvrent aujourd’hui que, pour respecter les normes environnementales, leur champion a triché dans les grandes largeurs et qu’il pourrait entamer de lourdes déconvenues.

Cette découverte est brutale, non seulement pour des raisons psychologiques, mais aussi pour des raisons financières: la capitalisation de Volkswagen en bourse s’est évaporée et le constructeur devra affronter des amendes importantes qui lui coûteront cher. Certains estiment que l’opération pourrait se solder par une perte de 80 milliards d’euros!

Pour l’ensemble de l’industrie allemande, le scandale Volkswagen est un choc à absorber.

A peine 600.000 migrants, et c’est la crise

Parallèlement, l’Allemagne aurait déjà accueilli plus de 570.000 migrants depuis le début de l’année, un chiffre encore loin des 800.000 voulus par Angela Merkel. La chancelière n’en est probablement qu’au début des problèmes sur ce dossier: absorbé un tel choc démographique devrait demander au pays d’importants efforts dans un temps très court et dans un climat qui n’est pas le plus favorable. On parle pourtant de 1,5 million de migrants à accueillir cette année, deux fois plus qu’attendu…

En cas de retournement économique pour l’Allemagne, cette vague migratoire risque quand même de susciter un regain de tensions sur un sujet volontiers occulté par les médias allemands: la persistance de mouvements très hostiles aux immigrés. Cet environnement pourrait être dégradé par la tension existant entre les migrants eux-mêmes:

Allemagne : les bagarres se multiplient dans les camps de migrants

L’excédent commercial s’érode

Sous l’effet de la crise chinoise, l’excédent commercial allemand manifeste des signes de fatigue. Il a reculé de 3 milliards € en septembre.

« C’est une forte baisse, de celles qu’on ne voit pas tous les jours », a commenté Holger Sandte, économiste en chef de Nordea. « La faiblesse de la Chine, du Brésil, de la Russie et d’autres marchés se fait ressentir. »

Pour l’instant, les perspectives de croissance ne sont pas remises en cause, mais l’Allemagne pourrait être rapidement contaminée par une inflexion qui touche les grandes économies mondiales.

Un plan social de 5.000 emplois dans le rail allemand

Dans cette ambiance déjà très noire, une première mauvaise nouvelle est intervenue hors de l’automobile. La Deutsche Bahn (les chemins de fer allemands) devrait supprimer 5.000 emplois, notamment dans le fret. Cette information, qui n’est pas encore confirmée, montre tout l’effort que les grands réseaux allemands doivent fournir pour affronter la concurrence internationale.

23.000 suppressions de postes à la Deutsche Bank

Parallèlement, la Deutsche Bank, plus importante banque allemande, est en train de boire le bouillon:

Deutsche Bank s’attend à une perte avant impôt de six milliards d’euros pour le troisième trimestre en raison de dépréciations massives dans ses activités de banque d’investissement et au sein de sa filiale Postbank, dont le groupe entend se séparer.

Les comptes trimestriels incluront aussi une dépréciation de la participation du groupe dans la banque chinoise Hua Xia Bank et des provisions liées aux litiges auxquels il est exposé, a précisé le numéro un allemand du secteur bancaire dans un communiqué publié mercredi soir.

Officiellement, l’avenir de la banque n’est pas menacé et ses rations de solvabilité restent bons (bien sûr, bien sûr…). Il n’empêche: la banque devrait liquider un quart de son effectif, soit 23.000 postes, pour limiter les dégâts.

Il faudra attendre la fin octobre pour connaître le détail de la situation. On peut toutefois imaginer que si la principale banque allemande a essuyé des pertes massives dans ses activités d’investissement, elle n’est pas la seule concernée dans le monde… et cela reste quand même le genre d’information qui peut toujours avoir un impact systémique.

Une inflexion de la puissance allemande

Ces différents indicateurs convergents sont peut-être épisodiques. A moins qu’ils ne marquent une véritable inflexion, le début d’un cycle négatif pour l’Allemagne. La tendance sera à suivre dans les prochains mois.

 

France: cette crise identitaire qui monte, qui monte…

La France vit une profonde crise d’identité, occultée par les médias officiels, dont qu’on sent enfler, gonfler, se répandre sans cesse et dont personne ne sait où elle se terminera. Entre l’affaire Morano et la passe d’armes entre Marine Le Pen et François Hollande au Parlement européen, l’actualité témoigne des caps que cette crise sous-jacente franchit jour après jour, et avec laquelle François Hollande joue un jeu extrêmement dangereux.

Morano et la mort du rationalisme français

Depuis la Révolution, l’identité française est fondée sur le projet républicain ou péri-républicain hérité de Rousseau: est français celui qui en exprime le désir et qui participe à la volonté générale. En dehors de l’épisode de Vichy qui est revenu à la loi du sang, et même à la loi raciale, aucun gouvernement n’a jamais remis ce principe en cause. Il y a bien eu, notamment avec les décrets Crémieux de 1870, des interprétations plus ou moins extensives de cette idée, mais, dans la pratique, elle a traversé deux siècles sans susciter (moyennant l’exception de 1940) de modification majeure.

La sortie de Nadine Morano sur la « race blanche », et surtout la réception de cette sortie, a montré le malaise d’une partie grandissante de l’opinion publique face à la définition rationaliste de la Nation, cette définition héritée des Lumières et qui semble aujourd’hui difficile à maintenir intacte. Dans une part grandissante du territoire, être Français ne se rattache plus à un concept rationnel, mais à une définition beaucoup plus proche du droit du sang.

On notera l’impossibilité, dans le climat actuel, d’avoir une discussion éclairée sur le sujet, tant les positions sont clivées.

Hollande rajoute de l’huile sur le feu de Marine Le Pen

Il a fallu un détour au Parlement Européen pour que Marine Le Pen, donnée en tête au premier tour de la présidentielle dans les sondages, puisse interpeller directement le Président de la République. Cette seule circonstance illustre l’inadaptation de nos institutions au débat démocratique réel.

Au cours de cette passe d’armes, Marine Le Pen a tenu à François Hollande des propos que je peinerais à démentir:

De façon très inquiétante, François Hollande a rejeté le souverainisme dans le refus de la démocratie et a joué front contre front (sans jeu de mot!). On voit bien la stratégie partisane et à courte vue qui sous-tend son discours: entre le Front National et la majorité parlementaire, il n’y a plus rien.

L’argumentation manichéenne de Hollande n’a qu’un seul but: convaincre les eurosceptiques « modérés » et les partisans d’un autre ordre européen que leur seule possibilité est de rejoindre Marine Le Pen pour exister. On comprend bien le calcul sous-jacent: François Hollande organise une victoire de Marine Le Pen dans le Nord-Pas-de-Calais en clivant au maximum autour de lui, pour pouvoir convaincre ses partenaires de gauche de renoncer à une candidature au premier tour de 2017.

François Hollande parie sur la crise identitaire

D’une certaine façon, François Hollande parie sur la crise identitaire pour rallier au maximum autour de lui dès le premier tour. C’est un calcul à court terme: sa seule obsession est d’atteindre le second tour parce qu’il pense gagner confortablement face à Marine Le Pen. On appelle ça jouer avec le feu.

Structurellement, la carrière de François Hollande ne peut durer que si la crise identitaire s’aggrave. Bien entendu, cette stratégie sacrifie l’intérêt durable du pays à son intérêt personnel immédiat. Mais après lui le déluge…

Toute la folie de son calcul consiste à croire que les électeurs des Républicains voteront pour lui plutôt que pour Marine Le Pen au second tour, et cela, je ne le parierai vraiment pas.

Quand la mutualité luttait contre la sécurité sociale

La célébration des 70 ans de la sécurité sociale donne libre cours à une réécriture en bonne et due forme de l’histoire française. François Hollande y a consciencieusement apporté sa pierre mardi… à la Mutualité française, en prononçant un discours où il a fait l’éloge de la « Carte Vitale à vie ». Comme il est d’usage, le Président a commencé son discours en affirmant que la mutualité est à l’origine de la sécurité sociale. L’occasion était trop belle pour ne pas rappeler quelques éléments d’histoire: la mutualité est évidemment une forme de protection sociale antagoniste à la sécurité sociale.

Etat ou liberté mutualiste de choix, deux modèles ennemis

Le débat sur la forme française de protection sociale est ouvert dès la Révolution Française et l’interdiction des sociétés de secours mutuel par la loi Le Chapelier. On a trop souvent oublié que si, dès 1791, les corporations sont abolies au profit d’une législation d’Etat qui donnera naissance au Code du Travail, le principe assurantiel est aussi, à l’occasion, rattaché à l’Etat. Les mutuelles affinitaires sont alors suspectes et rigoureusement interdites.

L’Etat-Providence contre la liberté de s’assurer: le débat est ancien! et va hanter tout le dix-neuvième siècle. C’est finalement Napoléon III qui tranche le débat par la loi du 26 mars 1852, dont le principe est assez simple: la mutuelle oui, le syndicat non! Durablement, le Second Empire bâtit un modèle social où la mutualité se construit à l’écart des organisations syndicales et où elle propose des couvertures assurantielles fondées sur la liberté d’adhésion.

La mutualité et le modèle social de 1930

Contrairement aux fantasmes distillés par le prêt-à-penser officiel, la France d’avant 1945 est loin d’être le désert de la protection sociale que la sécurité sociale étatique arrache à l’obscurité. Les lois de 1928 et 1930 posent un principe simple: obligation de s’assurer en prévoyance, mais liberté de choix de l’assureur. Un long débat a précédé ce choix, tenu autour de la commission parlementaire Grinda qui, au début des années 20, se demande s’il faut étendre au territoire français ou non la sécurité sociale qui existe en Alsace-Moselle.

A l’époque, le débat est tranché en toute connaissance de cause. Grinda plaide pour une sécurité sociale gouvernée paritairement, avec une conviction qui dominera en 1945: la gestion de la sécurité sociale est la meilleure façon de dissoudre le syndicalisme révolutionnaire. C’est en confiant des mandats de gestion aux syndicalistes les plus remuants que la conflictualité sociale diminuera.

Le choix collectif de l’époque est de préserver la liberté de choix des salariés au risque de maintenir une forte conflictualité sociale. On l’a oublié, mais la France fut à une époque un pays attaché à la liberté individuelle!

Grâce à ce choix, la mutualité connaît un développement rapide: elle maîtrise les métiers de la protection sociale et se pose donc aisément comme l’acteur majeur de la protection sociale libre dans les années 30.

Quand la mutualité s’opposait à la Sécurité Sociale

Lorsque Pétain prend le pouvoir en 1940, son équipe, dont l’un des collaborateurs s’appelle Pierre Laroque (qui conseille le ministre du Travail jusqu’en décembre 1940), plaide pour la mise en place d’une sécurité sociale étatique. Pour la FNMF, ce projet est une catastrophe, puisqu’il risque de ruiner les efforts de commercialisation et de développement déployés avant la Guerre. Avec l’aide la Caisse des Dépôts et Consignations, qui gèrent les fonds de la retraite par capitalisation mise en place en 1930, la FNMF va se livrer à un important jeu d’influence pour que Vichy renonce au projet de sécurité sociale qui sera finalement mis en oeuvre en 1945.

Si Vichy cède finalement aux sirènes de la mutualité, c’est par ralliement à un argument de fond: une sécurité sociale universelle, obligatoire, sans liberté de choix de l’assureur prépare la société française à une logique collectiviste dangereuse. Vichy limitera finalement son oeuvre à la mise en place de l’assurance vieillesse des travailleurs salariés, que la Libération reprend intacte en 1944 sous le nom de CNAVTS.

Ce n’est qu’en 1945 que la FNMF se rallie au principe de la sécurité sociale. A cette époque, l’assurance maladie ne rembourse que 40% des frais de santé…

Economie: avalanche de mauvaises statistiques

L’économie mondiale est en plein ralentissement, et l’attention de l’opinion publique est habilement détournée de cette situation inquiétante par une actualité très émotionnelle mais aussi très superficielle. Un petit point de situation n’est donc pas inutile.

L’économie du Japon en mauvaise posture

Au Japon, on apprenait lundi que la croissance dans le secteur des services avait considérablement ralenti en septembre par rapport au mois précédent en raison notamment d’un tassement des nouvelles affaires, montre lundi l’enquête PMI Markit/Nikkei. L’indice est tombé à 51,4 en septembre, contre 53,7 en août.

L’économie de l’Asie de l’Est sous pression

Le même jour, la Banque Mondiale abaissait ses prévisions pour l’Asie de l’Est pour 2015 et 2016.

Selon les nouvelles projections de la Banque mondiale, publiées lundi, l’économie chinoise devrait afficher une croissance de 6,9% cette année et 6,7% en 2016, après 7,3% en 2014. Dans ses précédentes prévisions, l’institution tablait sur une croissance de 7,1% en 2015 puis de 7% en 2016.

La croissance du bloc hors la Chine devrait se maintenir stable à 4,6% cette année pour accélérer à 4,9% en 2016, à comparer aux taux de 5,1% pour 2015 et 5,4% pour 2016 de la précédente prévision.

 

L’économie de la zone euro en panne

Toujours lundi, l’indice Markit indiquait des entrées de commandes plus faibles que prévu et des créations d’emplois à leur plus bas niveau depuis janvier, dans la zone euro.

L’indice des services est revenu à 53,7 contre 53,9 en première estimation et 54,3 en août. L’indice manufacturier, publié jeudi, était ressorti pour sa part à 52,0 contre 52,3.

L’économie des USA en panne

Après de mauvais chiffres de l’emploi la semaine précédente, l’économie américaine a encore porté son lot de mauvaises nouvelles. L’Institute for Supply Management (ISM) a annoncé que son indice des services avait fléchi à 56,9 en septembre, au plus bas depuis juin, contre 59 en août. Les économistes interrogés par Reuters anticipaient un indice de 57,5.

L’économie mondiale en panne

Mardi soir, le FMI a abaissé ses prévisions pour la croissance mondiale en 2015 et 2016.

Les économistes du Fonds ne tablent plus que sur 3,1% de croissance dans le monde cette année et 3,6% en 2016, soit dans les deux cas 0,2 point de moins que dans leur évaluation intermédiaire de juillet.

Le mois dernier, l’OCDE avait lui aussi revu à la baisse ses prévisions pour 2015 et 2016 à respectivement 3,0% et 3,6% après 3,4% en 2014.

Tous ces éléments commencent à peser de façon inquiétante. Attention aux marchés financiers en octobre!

 

Air France: encore un cordonnier mal chaussé de Hollande

La restructuration d’Air France a subitement pris une autre tournure, lundi, avec le recours à la violence par les organisations syndicales. Déjà, la longue grève des pilotes au printemps dernier avait envoyé un signal fort sur la difficulté, pour une entreprise privatisée mais prisonnière de son ancienne culture du monopole public, de s’adapter à la concurrence internationale. Avec les intimidations brutales auxquelles les syndicats contestataires se sont livrés, c’est le problème même du syndicalisme politique et de la capacité de l’Etat à leur imposer l’ordre public qui est posé.

Air France, ou l’anti-dialogue social?

L’ironie veut que cette ténébreuse affaire intervienne au moment où paraît un livre préfacé par François Hollande sur les vertus du dialogue social. Pendant que le Président vante la culture de la négociation dans le secteur privé, c’est à un vrai exercice d’autorité que les administrations et les entreprises publiques se livrent. Coup sur coup, Manuel Valls a annoncé la semaine dernière le passage en force du gouvernement sur les salaires dans la fonction publique (l’accord était rejeté par FO et la CGT), avant qu’Air France ne sorte de sa manche un plan social qui a mis le feu aux poudres (avec toujours les mêmes: FO et la CGT, en tête de proue).

On pourrait ici enfiler les dictons: les conseilleurs du dialogue social ne sont visiblement pas les payeurs de l’addition, et il n’y a pas plus mal chaussé que les cordonniers publics dans l’art de l’accord majoritaire.

Au-delà de l’agacement des chefs d’entreprise qui reçoivent à longueur d’années des leçons moralisatrices sur la gestion des relations collectives, données par des fonctionnaires et des élus qui n’acceptent pas pour eux-mêmes le dixième des contraintes qu’ils trouvent nécessaires pour le privé, la question qui est posée est celle de la capacité du gouvernement à réussir la baisse des dépenses publiques et à garantir la survie des grandes entreprises anciennement nationalisées.

La politique d’économie annoncée par le gouvernement n’en est pourtant qu’à ses débuts, et on voit mal comment son issue pourrait être heureuse.

Remettre les syndicats contestataires dans le droit chemin

Au-delà de l’incapacité structurelle de l’Etat et de sa sphère à piloter et à réussir les restructurations, c’est l’autorité de l’Etat face aux organisations syndicales contestataires qui est en  jeu.

Mettons les pieds dans le plat, le sujet est de savoir jusqu’où il faut pousser la calinothérapie vis-à-vis de la CGT et de FO, qui sont des confédérations moribondes maintenues à bout de bras par des réglementations protectrices et par l’argent du contribuable. Comme par hasard, ce sont ces organisations-là qui sèment le trouble et qui refusent le jeu démocratique.

Le cas de la CGT est bien connu. Cette confédération est subrepticement revenue à l’esprit des années 30 où la purge et la paranoïa étaient les seuls arguments politiques internes. Entre Thierry Lepaon qui occupe toujours un appartement à Vincennes aux frais de son organisation tout en criant au complot, et Philippe Martinez qui s’appuie sur les fédérations du public pour écarter tous les gêneurs et éteindre la voix des salariés du privé en son sein, on voit mal quel avenir cette organisation peut encore réserver, sinon une crispation sur des mots d’ordre aussi populistes que ceux du Front National.

Qu’on régularise les moyens accordés à la CGT par les collectivités locales, par les services de l’Etat, qu’on applique les règles de la comptabilité au CE d’Air France, de la SNCF, d’EDF, et l’on s’apercevra très vite que la CGT est comme un village Potemkine: une structure tenue à bout de bras par le contribuable et par des élus qui ne comprennent rien à la classe ouvrière et qui font leurs bonnes oeuvres en protégeant un décor de carton pâte.

Le cas de FO est moins connu mais tout aussi choquant. La confédération de Jean-Claude Mailly n’existe que par les financements paritaires et les protections dont elle bénéficie de la part des pouvoirs publics. Livrée à une simple logique d’adhésion, condamnée à se financer par la représentation qu’elle assume effectivement auprès des salariés, FO disparaîtrait. D’ailleurs, ce syndicat passe plus de temps à mener des contentieux pour préserver les entorses à la concurrence qui abondent ses caisses qu’à défendre les intérêts des salariés.

Ne se murmure-t-il pas, par exemple, que FO a signé la dernière convention chômage, très défavorable aux salariés et d’ailleurs annulée par le conseil d’Etat, pour obtenir la prochaine présidence de l’UNEDIC? Ces combinazioni sont inadmissibles de la part d’un syndicat qui ne joue pas le jeu du dialogue en entreprise et qui préserve le mythe d’un capitalisme de connivence géré par quelques accords nationaux dont les employeurs et les salariés sont les simples exécutants et jouets.

Combien de temps l’Etat acceptera-t-il de nourrir ces enfants terribles qui se gavent de moyens publics et de règles protectrices comme des cocaïnomanes snifent leur rail de poudre? Car plus la dépendance dure et moins les réformes seront faciles à pratiquer. Le moment de la cure de désintoxication vient, sauf à condamner nos fleurons industriels.

Assurance chômage, assurance sans responsabilité?

L’assurance chômage vient de vivre un nouveau moment désagréable, n’en déplaise aux signataires de la dernière convention qui tentent de minimiser la portée de l’événement. Le Conseil d’Etat a en effet annulé les dispositions de cette convention qui avait déjà fait couler beaucoup d’encre en son temps, notamment à cause des restrictions qu’elle apportait au système des intermittents du spectacle. Les partenaires sociaux ont jusqu’au 1er mars 2016 pour adapter le texte, sans quoi l’ensemble du dispositif chômage sera annulé.

Le chômage et le différé de rémunération

Le motif d’annulation est assez attendu. Il porte sur le différé de rémunération, qui, dans la pratique, aggravait le délai de carence de versement des allocations chômage lorsque le salarié avait bénéficié d’une indemnité excédant le minimum conventionnel. Ce différé pouvait courir jusqu’à 180 jours pour les licenciements non économiques.

Dans la pratique, ce système revenait à récupérer d’une main ce que l’employeur lâchait de l’autre: tous ceux qui négociaient une « bonne » indemnité de départ perdaient le bénéfice de leur pactole par un allongement des délais d’indemnisation. On se demande pour quoi un syndicat contestataire comme FO avait pu signer une disposition aussi défavorable pour les salariés. Et aussi illégale!

Une négation du principe de responsabilité

Le Conseil d’Etat a annulé cette disposition, dans la mesure où elle intégrait, dans le calcul du montant des indemnités, les réparations accordées par le juge au titre du préjudice subi en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse:

Le Conseil d’État reconnaît qu’il est possible aux partenaires sociaux de prévoir un tel système de « différé d’indemnisation », limité dans sa durée, dans le but d’équilibrer le régime d’assurance chômage. Mais il considère que, si un tel système peut prévoir, de manière forfaitaire, la part d’indemnité à prendre en compte dans le calcul du différé d’indemnisation, pour tenir compte de ce que l’indemnité couvre la perte de revenu du salarié qui ne peut pas normalement se cumuler avec les prestations d’assurance chômage, il ne peut pas, sauf à porter atteinte au droit à réparation des salariés, aller jusqu’à tenir compte de la totalité de l’indemnité octroyée au salarié, qui répare aussi d’autres préjudices que la perte de revenu.

Le « droit à réparation du salarié » était bel et bien méconnu par la convention. Le fondement de la décision est le même que l’annulation par le Conseil Constitutionnel du plafonnement des indemnités de licenciement. Selon ce principe, le responsable d’une faute doit la réparer, c’est un principe général du droit qu’aucune loi ni aucune règle ne doit entraver.

Le Conseil d’Etat a jugé ici que les partenaires sociaux avaient enfreint ce principe en limitant la réparation en cas d’une faute. Autrement dit, les partenaires sociaux ont mis en place un système qui déresponsabilise l’employeur en lui permettant de commettre des fautes qu’il ne réparerait pas.

La sécurité sociale n’aime pas la responsabilité

Faut-il rappeler ici que, de longue date, la sécurité sociale française est fâchée avec le principe de la responsabilité individuelle? On peut même dire que le fond de commerce de la sécurité sociale consiste à déresponsabiliser les individus, qu’ils soient employeurs ou salariés.

Ainsi, dans la branche accidents du travail, le principe général de la loi consiste à absoudre l’employeur de toute forme de faute, et à limiter la réparation dont la victime peut bénéficier. La logique de cette branche imprègne l’ensemble de notre machinerie prétendument solidaire et protectrice pour les salariés: dans le cadre de l’exécution du contrat de travail, la faute n’est pas réparée aussi généreusement que dans les procédures civiles. La réparation se borne à verser un revenu d’existence sans évaluer le montant véritable du préjudice.

Que la sécurité sociale soit une grande machine à déresponsabiliser par un système de troc: je te donne de quoi vivre, en échange tu renonces à tes droits et à tes libertés, c’est ce que le Conseil d’Etat vient de rappeler de façon salvatrice.

Les partenaires sociaux n’aiment pas les salariés responsables

On pourrait à assez logiquement comprendre que des employeurs soutiennent cette voie, puisqu’elle leur permet d’économiser des dépenses en échange d’une quasi-impunité. Si le raisonnement n’est pas moral, il est cohérent économiquement.

Le plus étonnant est qu’une majorité de syndicats de salariés se soit retrouvée pour signer un accord qui déresponsabilise autant les employeurs. La CFDT, la CFTC et FO avaient à cette époque signé un texte fortement décrié et dont la CGT vient d’obtenir l’annulation.

Peut-être la clé de ce mystère tient-elle à l’anthropologie que cette signature permet de dessiner en creux. Et si les syndicats de salariés signataires aimaient autant que les mouvements patronaux négociateurs de la convention un système baptisé sécurité sociale qui achète, au nom de la solidarité, une paix sociale où la responsabilité individuelle est perçue comme un facteur de perturbation, de dissidence dangereuse pour l’ordre collectif?

Air France: un faux pas de trop pour FO?

Les violences physiques au cours du comité central d’entreprise d’Air France posent un vrai problème sur la posture de certains syndicats, dont Force Ouvrière, face à la réalité de la concurrence internationale.

Air France, victime de ses rentes

Depuis plusieurs années, la direction d’Air France (et les organisations syndicales de l’entreprise) sous-estiment les risques liés aux acteurs low cost de l’aviation civile. Au lieu de mener un travail de fond pour améliorer sa productivité et réduire ses coûts, la compagnie a retardé le moment décisif où elle s’adapterait à la concurrence en prônant des demi-mesures dont les dégâts sont immenses aujourd’hui.

Faute d’agir dans les temps, elle se trouve désormais dans une situation chaotique. Tous les passagers qui ont le choix, pour un Paris-Nice, par exemple, entre Air France et EasyJet, l’ont bien compris: d’un côté, des prix élevés pour des départs souvent en retard et une prestation incertaine, quand l’organisation EasyJet fait son oeuvre pour un prix et une flexibilité défiant toute concurrence.

Dans ce retard à l’adaptation, les syndicats portent une lourde responsabilité: qu’il s’agisse des pilotes, de la CGT ou de FO, le refus du changement est passé avant la prise de conscience des risques économiques qui pesaient sur ce fleuron de l’économie française.

Au fond, Air France a vécu sur sa rente et n’a pas voulu voir qu’une sorte d’inflation en érodait la valeur année après année. On pourrait dire la même antienne à propos de la SNCF, d’EDF, de la RATP…

Air France et la violence syndicale

Les syndicats de salariés ont évidemment dérapé aujourd’hui en se livrant à des violences qui ont conduit un vigile aux urgences, en état de coma. Comme d’habitude, les violences commises au nom de la lutte des classes n’ont pas touché les riches, mais ces bataillons de petits qui vivent comme ils peuvent.

Tout laisse à penser que la majorité des manifestants est venue avec des intentions pacifiques et que ces violences sont le fait de quelques ultras. On lira quand même avec étonnement ces phrases relevées dans Le Figaro:

Quand certains syndicalistes accusent FO de « tout gâcher encore une fois », d’autres salariés d’Air France, présents sur les lieux au moment de l’agression, assurent que les responsables de ces actes sont des personnes en marge de la manifestation, qui ne sont « même pas concernés » par les licenciements annoncés.

Une fois de plus, c’est le rôle des syndicats contestataires qui est mis en cause.

FO et le denier public

Ce qui pose quand même problème, c’est que FO bénéficie aujourd’hui des largesses des pouvoirs publics, et que la stratégie conflictuelle de ce syndicat créé en 1947 avec le soutien financier de la CIA pour affaiblir la CGT ne paraît pas très compatible avec tous les cadeaux qu’il reçoit sur le dos du contribuable ou du salarié.

Rappelons par exemple que FO détient plusieurs présidences paritaires, comme celle de la CNAV, de la branche Accidents du Travail ou de l’ARRCO, alors même que le syndicat est minoritaire en France. Officiellement flanqué de 16% des voix dans le secteur privé et de 18% dans la fonction publique, FO bénéficie donc largement d’un système paritaire qui lui donne un poids supérieur à sa réalité.

Peu d’adhérents mais beaucoup de pouvoir: FO a goûté à ce sirop qui le pousse à sans cesse défendre des combinazioni très éloignées de l’intérêt des salariés. C’est ainsi que le syndicat lutte à coups de recours juridiques devant toutes les institutions européennes qui lui tombent sous la main pour conserver la mainmise sur des systèmes paritaires permettant des financements discrets mais efficaces. L’action menée par le syndicat pour défendre les clauses de désignation dans le domaine de la santé et la prévoyance, grâce auxquelles de généreux financements accompagnent très opportunément la conclusion des accords de branche, au mépris de l’intérêt des salariés, en constitue une preuve.

Le pouvoir politique doit remettre FO sous contrôle

Comme d’habitude, sous prétexte de faire du dialogue social, l’Etat accepte par mollesse, par politesse, par incompréhension du monde ouvrier, de ses valeurs, de ses lois, les incartades de ce syndicat dont aucun dirigeant n’a jamais connu la condition de prolétaire, et dont les mots d’ordre corporatistes sont très politiques, mais très peu sociaux.

Le bon sens qui incombe au pouvoir est de rappeler aujourd’hui à Jean-Claude Mailly les réalités de son syndicat: sans les artifices post-corporatistes appelés paritarisme qui lui permettent de prospérer, FO n’existerait pas ou pèserait à peine plus que des syndicats non-représentatifs. L’Etat doit maintenant, pour sauver Air France, pour réformer comme ce pays en a besoin, rappeler à certains dirigeants syndicaux qui les a fait comtes.

A moins que chacun ne s’entende sur l’idée que la corde peut indéfiniment être tirée. Jusqu’à ce qu’elle lache.

Air France, Sécu, compte d’activité: le briefing de la semaine

La semaine devrait essentiellement être marquée par l’actualité sociale, l’actualité politique marquant le pas.

Plan social chez Air France

Ce lundi, la direction d’Air France devrait dévoiler un plan de restructuration de l’entreprise touchant 3.000 emplois. Il s’agit du « plan B » présenté après le rejet du plan « Perform 2020 » par le seul syndicat des pilotes de ligne. Ce plan prévoyait diverses mesures acceptées par le personnel au sol, et un allongement de 100 heures de la durée annuelle du travail pour les pilotes.

FO et la CFDT ont reproché aux pilotes leur manque de solidarité avec le personnel de l’entreprise.

70 ans de la Sécurité Sociale

Mardi, le président de la République célèbrera à la Mutualité les 70 ans des ordonnances de 45 créant la sécurité sociale. Ce déplacement devrait donner l’occasion d’un hymne rebattu aux bienfaits d’une institution qui n’en finit pas d’accumuler les déficits. Dans le même temps, Marisol Touraine continuera à amortir le choc des protestations diverses contre le PLFSS 2016.

Le président du Sénat devrait, toujours à la Mutualité, célébrer les valeurs de la sécurité sociale.

PLF: début du débat à l’Assemblée

Mercredi, la commission des Finances commencera à débattre du PLF 2016, donnant ainsi le coup d’envoi d’un cycle législatif qui occupera l’actualité jusqu’à la fin décembre. On suivra avec attention le détail que le gouvernement devrait donner sur les réductions de dépense (très énigmatiques à ce stade) et la réaction des « frondeurs » à la mise en place du pacte de responsabilité. Le projet de 2 milliards de baisse d’impôt sur le revenu devrait en partie calmer leurs ardeurs.

Loi santé: commission mixte paritaire

Le même jour, une commission mixte paritaire se réunit sur la loi santé. La procédure accélérée devrait permettre une adoption rapide de cette loi qui suscite la colère des médecins généralistes, opposés au tiers payant.

Droits et obligations des fonctionnaires

Le même mercredi débutera la discussion, à l’Assemblée Nationale, du projet de loi sur les droits et obligations des fonctionnaires, qui devrait notamment remanier les dispositions applicables à la déontologie et au pantouflage. Dans un contexte où les nominations de Georges Pérol et de François Villeroy de Galhau ont suscité des polémiques, il sera intéressant de suivre les éventuels aménagements apportés par l’exécutif à ces situations.

Compte personnel d’activité

Vendredi, France Stratégie remettra au Premier Ministre son rapport sur la mise en place du compte personnel d’activité, dispositif encore flou mais promu par la CFDT, dont l’objectif est de sécuriser la carrière du salarié même en cas de chômage. Ce rapport devrait permettre de mieux comprendre le contenu exact de ce projet.

Situation budgétaire de l’Etat

Vendredi, le ministère des Finances publiera par ailleurs la situation mensuelle du budget de l’Etat au 31 août. Ces statistiques permettront de faire un point sur la tenue des objectifs budgétaires et tout particulièrement sur l’état des recettes de l’Etat.