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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Krach boursier: faut-il avoir peur des 4 sorcières?

Peu de gens le savent, mais vendredi 18 septembre sera une journée de 4 sorcières à la bourse. Les circonstances de ce petit moment de stress sont d’ailleurs amusantes: la veille, la FED aura indiqué aux marchés si elle relève ou non ses taux après des années de Quantitative easing, c’est-à-dire de soutien appuyé à l’activité. Selon les analystes, ce sont les décisions de la FED qui rendent les marchés nerveux cette semaine (les bourses ont clôturé en baisse hier). Mais la perspective des 4 sorcières est au moins aussi anxiogène pour la finance.

Les 4 sorcières, c’est quoi?

J’avais consacré dans Jusqu’ici tout va bien un chapitre entier à la question des 4 sorcières qui expliquent pourquoi les grandes crises ont souvent lieu en octobre. Je reprends rapidement ici ce que j’avais développé à l’époque.

D’abord les « 4 sorcières » ou « 4 witching days » en anglais. Dans la pratique, à chaque troisième jeudi des fins de trimestre (mars, juin, septembre, décembre), les marchés débouclent les 4 types de produits dérivés existant sur les places: les contrats à terme sur les actions et sur les indices, et les options sur les actions et les indices. Je n’entre pas ici dans le détail de chacun de ces produits. Il faut juste retenir que les produits dérivés sont des sortes de paris à trois mois (d’où le débouclage trimestriel) sur les cours de « sous-jacents » (par exemple des matières premières, des indices boursiers, etc.) que l’on n’achète jamais. Ces sous-jacents peuvent porter sur des volumes (dits notionnels) qui équivalent à dix fois la richesse produite dans le monde chaque année.

Pour donner un ordre d’idée, peu avant la crise de 2008, le volume de ces sous-jacents avait atteint un pic de près de 700.000 milliards de dollars. Ce record a été battu fin 2013 avec un en-cours de 710.000 milliards de dollars. Selon la Banque des Réglements Internationaux, ce volume est retombé courant 2014 à 630.000 milliards de dollars, et l’on ne dispose pas de chiffre plus récent sur le sujet à ma connaissance.

L’impact des 4 sorcières sur les krachs boursiers

Tous les trois mois, les traders qui spéculent sur les marchés des produits dérivés doivent réaliser leur position et vendre leurs options à un cours plus ou moins élevé que le cours prévu. Cet enjeu d’anticipation est fondamental pour comprendre l’effet dépressif des 4 sorcières.

Exemple: un trader a acheté début juillet des options sur la bourse de Shangaï en hausse de 5%. Courant juillet, la bourse de Shangaï s’effondre: le trader se dit qu’il est ruiné. Son objectif est de limiter les dégâts autant qu’il le peut jusqu’au prochain débouclage, fin septembre. A ce moment-là, il va réaliser des pertes et anticiper une nouvelle déculottée boursière. Il va donc éviter de remettre des sous dans la machine, d’abord parce qu’il n’en a plus (ou beaucoup moins) et ensuite parce qu’il se dit que ce sera encore pire trois mois plus tard.

Les jours qui suivent les 4 sorcières peuvent donc s’avérer terribles: par un phénomène moutonnier (tel que celui qui s’est produit en 2008), les conséquences peuvent en être cataclysmiques, parce que les traders anticipent une chute des cours et n’ont aucune raison de la stopper (puisqu’ils n’ont plus de contrats à terme à préserver).

Toute la question est de savoir si ce phénomène va se produire dans les jours à venir ou pas…

Y a-t-il une bulle spéculative aux USA?

Pour répondre à cette question, il faut évidemment essayer d’anticiper les comportements des traders (même si je sais qu’il est désagréable, pour un citoyen contribuable lambda, de remettre son destin entre les mains d’un individu aussi peu fréquentable que le spéculateur boursier!). La première question de ceux-ci consiste évidemment à savoir si le marché actions est trop bien positionné ou pas.

Incontestablement, beaucoup de traders ont ce graphique simple en tête, qui représente l’évolution du Dow Jones depuis 10 ans:

4 sorcières

Le graphique montre clairement que, depuis 2009, le Dow Jones ne progresse que grâce au Quantitative Easing alimenté par la Réserve Fédérale. Le phénomène est tel que, depuis 2013, la bourse de New York a surpassé sont plus historique de 2007 d’environ 3.000 points.

Pourtant, rien ne justifie cette évolution: la croissance américaine est flageolante, et l’emploi stagne malgré les statistiques officielles.

Tout laisse à penser qu’il existe une bulle spéculative, que la politique de la FED peut maintenir légèrement gonflée. Mais les cours de la bourse ne sont certainement pas soutenus par des fondamentaux sains.

L’enquiquinement chinois

Parallèlement à cette faiblesse de l’économie américaine, l’économie chinoise a donné des signes de faiblesses traités sur ce blog fin août, et qu’on connaît.

Les analystes financiers n’en donnent pas une image plus rose aujourd’hui.

Les exportations (de marchandises) ont reculé de 5,5% a/a en août. C’est tout de même mieux que le mois précédent ; elles avaient alors baissé de 8,3%. Et mieux que ce qu’anticipait bon nombre d’observateurs ; le consensus Reuters tablait sur un recul de 6%. Côté importations, la baisse est plus marquée, de 13,8%. Et elle est aussi plus forte qu’en juillet ; les importations avaient diminué de 8,1% ce mois-là.

Ces commentaires tirés d’une note de conjoncture du Crédit Agricole ont un mérite: ils montrent le désarroi des financiers face à la crise chinoise, et l’anticipation négative qu’ils font sur les semaines à venir. Je complète cette lecture, donc, par un autre extrait de la note:

Une trajectoire des importations étayant l’idée que la demande chinoise est en train de s’effondrer et que la croissance n’est pas aux alentours de 7% (comme l’indiquent les chiffres officiels), mais très nettement en dessous ? Ce serait sans doute sous-estimer l’effet prix. Le cours du pétrole, matière première que la Chine importe en grande quantité, a par exemple lui-aussi reculé de presque 14% en août. Et ce serait probablement oublier encore que les importations chinoises restent en large partie composées d’inputs (dont le prix, en outre, est lui aussi orienté à la baisse, dans le sillage des cours des matières premières) servant à la production de marchandises ensuite exportées ; donc que leur dynamique est très liée à celle des exportations, malgré le rééquilibrage en cours de l’économie chinoise et l’accroissement (très progressif) de la part de la consommation des ménages dans le PIB. Gare, donc, à ne pas sur-interpréter ces chiffres du commerce extérieur ; et la baisse des réserves de change de 94 Mds USD en août (un record), en dépit de la taille de l’excédent commercial, le dit encore.

Les inquiétudes de la BCE

Pour compléter ce tableau sombre, on signalera les inquiétudes de la Banque Centrale Européenne, qui vient de mettre sous surveillance une centaine de banques supplémentaires.

« Il y en a plus ou moins 100 que nous avons identifiées comme les plus risquées ou les plus interdépendantes et nous gardons (sur elles) un oeil attentif », a dit la source.

La BCE constate par ailleurs l’échec de sa politique d’assouplissement quantitatif.

Il ressort de tout cela un suspens étrange: comment en 2008, le destin du monde ne tient qu’à un fil et personne ne sait trop qui peut le couper ou le renouer.

A une différence près: les dégâts causés par un nouveau big one risquent vite de créer de sérieuses tensions politiques dans le monde.

Réfugiés: la radicalisation de l’Allemagne s’accélère

La question des réfugiés laissera probablement dans la vie politique allemande des traces durables que nous pourrions regretter longuement. Alors que la presse française s’est esbaudie face à la prétendue générosité allemande (oubliant d’un coup la position tenue en juillet par Mutti Merkel face à une réfugiée palestinienne), sur le terrain, la réalité semble un peu différente.

Orban attendu en Bavière

Assez curieusement, la très conservatrice CSU allemande (un jour, on reprendra l’ensemble des propos tenus par ses dirigeants et on aura froid dans le dos) a lancé une invitation amicale à Viktor Orban, premier ministre hongrois qui provoque régulièrement des chutes de cheveux chez les technocrates bruxellois. Pour les conservateurs bavarois, Orban participe activement à la sécurisation de l’espace Schengen. On va s’amuser parce que, au-delà des déclarations gnangnan sur ces formidables Allemands accueillants, on aperçoit bien le mouvement qui se dessine: la radicalisation d’une aile conservatrice qui préfèrerait fermer les frontières illico.

Le fait que la Bavière soit le point d’entrée des réfugiés en Allemagne n’aide pas: c’est la zone la plus politiquement sensible qui doit aujourd’hui gérer les flux d’arrivée les plus importants.

Le ministre allemand de l’Intérieur veut sanctionner les récalcitrants

A l’issue de l’infructueux sommet européen sur les migrants, le ministre allemand de l’Intérieur Thomas de Maizière a commencé à grogner: « l’UE devrait réfléchir à des mesures de rétorsion financière pour faire pression sur les Etats membres, essentiellement les pays d’Europe centrale, qui s’opposent à des quotas nationaux de prise en charge des migrants et réfugiés », a-t-il déclaré. Voilà une excellente façon de préserver la collégialité des décisions au sein de l’Union: tous ceux qui ne sont pas d’accord avec l’Allemagne doivent payer. Excellent!

L’Allemagne a envahi la Pologne pour moins que ça.

Merkel rétropédale dans la choucroute

Mutti Merkel, brutalement devenue chouchoute des gauchistes, a décidé de taper tous azimuts pour cacher son trouble. Après avoir clamé qu’elle accueillerait 800.000 réfugiés en un an, elle a en effet mis le holà! en rétablissant le contrôle à la frontière avec l’Autriche. Avec ces palinodies, tout le monde s’est finalement dit que Hollande avait plus déteint sur elle qu’on ne l’avait cru. L’explication qu’elle a donné de ce revirement colle assez avec ce soupçon de contamination:

Cette décision était « juste ». « Elle a aidé beaucoup de personnes » a dit la chancelière, alors que ses alliés de la CSU bavaroise considèrent que c’était« une erreur ».« Si nous devons commencer à nous excuser d’aider des gens en situation de détresse, alors ce n’est plus mon pays » a-t-elle avancé.

Manifestement, entre la Berlinoise Merkel et les conservateurs bavarois, y a de la friture sur la ligne. Maintenant, si Merkel travaille pour les bonnes oeuvres…

Le groupe de Visegrad fait de la résistance

Ce n’est donc pas par hasard si les conservateurs bavarois invitent Viktor Orban. Le bonhomme conduit de fait le groupe de Visegrad qui s’oppose à une communautarisation de la politique migratoire. La Slovaquie, la République Tchèque, la Pologne et la Hongrie, qui ont pris plaisir à envoyer leurs nationaux à travers l’Europe, se battent aujourd’hui pour conserver la maîtrise de leurs flux migratoires. Ces quatre là ont l’air bien décidé à faire exploser l’Europe après avoir assisté à l’explosion du bloc soviétique.

Terrible ironie de l’histoire…

L’Allemagne va trier ses amis

Néanmoins, le sommet européen a débouché sur une mesure qui sera sans doute saluée officiellement! L’Italie et la Grèce vont mettre en place des « hotspots », c’est-à-dire des centres de tri pour réfugiés. L’Allemagne pourra donc aller faire son marché entre ceux dont elle a besoin, et les indésirables abandonnés à leur triste sort. Sur le tri des personnes déplacées, on peut faire confiance à une vieille tradition allemande.

Ruralité: encore un discours martien de François Hollande

J’ai découvert le mot « ruralité » à l’occasion du comité interministériel qui lui était dédié, hier, à Vesoul. Je mets d’ailleurs au défi quiconque de donner à ce mot une définition ayant un quelconque rapport avec la choucroute servie par François Hollande et sa dream team en Haute-Saône – car Vesoul est la préfecture de la Haute-Saône!

Cette façon d’utiliser la novlangue technocratique pour parler de nos campagnes était en soi tout un programme et un terrible aveu. Il paraît que les habitants de ces campagnes se sentent abandonnés. Je suis convaincu que, s’ils avaient encore un doute sur le sujet, celui-ci est parti en fumée lorsqu’ils ont vu, à la télévision, le ballet de limousines avec chauffeurs et escorte policière envahir Vesoul pour parler de « ruralité ». A ce moment-là, ils ont compris que la Cour ne parlait pas du tout la même langue qu’eux, et ne vivait pas du tout dans le même pays, même lorsque la Cour s’intéresse (ou fait mine de s’intéresser) à ses manants.

Celui qui a décidé d’appeler cette réunion « comité interministériel de la ruralité » mérite, de ce point de vue, la Légion d’Honneur: il a permis, grâce à son bon mot, à une quantité phénoménale de Français de comprendre que leur isolement n’était pas géographique, mais socio-culturel.

Ruralité et mise en scène

Il était amusant de voir que ce énième comité théodule cherchait sa place dans un monde qu’il ne parvenait pas à déchiffrer. Chacun en effet avait la faculté de faire une petite visite officielle sur le « terrain » avant de commencer la palabre devant le président de la République.

François Hollande a fait fort en allant visiter l’usine de papa Parisot (vendue à un acquéreur) qui fabrique des meubles. Il aurait voulu donner l’impression de vouloir se sentir à Paris même quand il est en province qu’il ne s’y serait pas pris autrement. La ministre de l’Education a visité un « pôle éducatif » et la ministre de l’Emploi a regardé comment faire un CV en ligne. Le ministre de l’Agriculture a rencontré des paysans et la ministre de l’Ecologie a visité une chaufferie pour logements étudiants.

C’est marrant, la ruralité, ça n’a pas l’air de beaucoup changer d’une visite urbaine: des invités triés sur le volet, un cortège officiel qui fend l’air sur une route entre un aéroport privatisé et des lieux clos d’où sont écartés tous les emmerdeurs. Tel est le secret du pouvoir. Il isole des réalités et propose un spectacle interchangeable, totalement hors sol. Qu’un ministre visite une ville ou une campagne, la mise en scène ne change jamais, et il dit: j’ai rencontré un rural comme il dit j’ai rencontré un urbain. Pour lui, il n’y a aucune différence: la pièce à jouer est toujours composée de figurants qui lui sont de parfaits étrangers.

L’un des ratages majeurs de François Hollande, Président normal, aura consisté à ne pas sortir de cette rupture avec les vraies gens. Un homme normal aurait pu parler à des gens normaux. Mais Hollande a conservé le style Ancien Régime où le Roi ne descend pas de son carrosse pour parler à ses sujets, si ce n’est autour d’une étiquette minutieuse dont personne n’est plus dupe.

Ruralité et Front National

Pour François Hollande, la ruralité a surtout donné l’occasion de prononcer un discours d’une platitude alarmante (et pour ainsi dire habituelle chez lui), dont la démagogie est hallucinante.

Le chef de l’Etat a dit vouloir délivrer un « message d’égalité » entre tous les territoires à l’issue d’un comité interministériel sur le thème de la ruralité, qui avait pour l’occasion été décentralisé à Vesoul (Haute-Saône).

C’est « d’avoir les mêmes droits, les mêmes devoirs aussi, selon qu’on habite dans un grand ensemble, dans un bourg rural, dans un logement social, dans un pavillon de banlieue et que la solidarité puisse s’exercer de la même manière », a-t-il dit.

« Il faut en finir avec l’expression de jalousie qui a saisi une partie de notre pays, de penser que c’est toujours les autres qui bénéficient des soutiens, des subventions, des prestations », a ajouté le président de la République, entouré du Premier ministre et de onze membres de son gouvernement.

 

Merci, monsieur l’Instituteur, de cette belle leçon de morale sur la mauvaise jalousie qui anime tous ceux qui demandent des comptes sur la gestion publique. On suggère quand même au Président de réaliser une petite étude sur la différence de moyens entre la Haute-Saône et la Corrèze. Cela nous intéresserait de savoir, entre la gestion Chirac et la gestion Hollande, quels avantages la Corrèze a tirés des moyens de l’Etat par rapport aux Vosges…

Evidemment, il est tellement plus facile de faire croire que tout va bien, que l’Etat est égalitaire, etc. Pour le fun, on regardera la carte des aéroports régionaux ci-dessous:

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Je glisse en même temps la carte des résultats du Front National:

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C’est marrant, mais, globalement, les régions où les scores du Front National sont les meilleurs sont aussi celles où l’on trouve le moins d’aéroports régionaux (hors Rhône-Alpes). Voilà un signe qui ne trompe pas: l’Ouest du pays (dont la Corrèze) bénéficie d’investissements publics massifs qui expliquent en partie la faiblesse des scores du FN.

Mais, comme le dit François Hollande, il faut arrêter d’envier son voisin!

L’Etat ne s’engage plus à rien

Au demeurant, en dehors d’un fonds bidonné pour l’investissement local à hauteur d’1 milliard, l’Etat n’avait rien à apporter ni à dire sur le sujet de la ruralité. L’essentiel des mesures a consisté en deux annonces: la couverture 4G (financée par les opérateurs privés) sera renforcée, et 700 médecins généralistes seront formés aux soins d’urgence.

Tout ça pour ça?

François Hollande voudrait donner le sentiment d’un pouvoir à bout de souffle, il ne s’y prendrait pas autrement. Déplacer toute cette Cour pour si peu d’annonces, alors que la filière de l’élevage est en crise et que Manuel Valls parlait d’apartheid sur le territoire il y a quelques semaines encore, alors que des centaines de milliers de réfugiés cherchent une terre pour s’installer – tout ce manque d’inspiration est à la limite de l’hallucination.

Mais les courtisans sont contents. Ils se sont baladés, ils sont passés à la télévision, dans les journaux locaux, et ils se sont donnés bonne conscience. C’est peut-être à cela que sert un comité interministériel.

 

Briefing: 4 sorcières, vieillissement, santé

L’actualité de la semaine est marquée par la reprise de travaux parlementaires, qui animera plusieurs discussions d’actualité (notamment sur les réfugiés et la Syrie) et bouclera la première lecture du projet de loi sur le vieillissement. La question des réfugiés devrait continuer à dominer le débat public.

Réfugiés: une nouvelle crise pour l’Union

L’actualité de lundi sera dominée par un sommet européen consacré aux réfugiés. L’Allemagne, après avoir annoncé le traitement attendu de 800.000 demandes d’asile cette année, a fait machine arrière en rétablissant le contrôle aux frontières avec l’Autriche. Dans la pratique, la survie de la logique de Schengen est en jeu.

Crise agricole: de nouvelles mesures?

Lundi matin, le comité interministériel dédié aux ruralités se tient en Haute-Saône. Il devrait donner l’occasion de nouvelles annonces après plusieurs manifestations de colère cet été dans le monde agricole. Pour l’instant, le gouvernement n’a guère convaincu dans sa réponse à la crise de l’élevage.

Vieillissement: début de la première lecture

Le projet de loi déposé par Marisol Touraine et Laurence Rossignol sur l’adaptation de la société au vieillissement commence à être débattu à l’assemblée nationale ce mardi 15 septembre 2015. Il comporte diverses mesures d’importance relative, comme l’élargissement des missions de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) ou la création du Haut Conseil de l’Âge. L’article 1 du projet de loi précise que: « L’adaptation de la société au vieillissement est un impératif national et une priorité de l’ensemble des politiques publiques de la Nation ».

Le débat doit durer deux jours.

Sécurité sociale et paritarisme

La semaine parlementaire sera par ailleurs émaillée de plusieurs événements liés à la sécurité sociale. On notera en particulier, dans la journée de mercredi, la première réunion de la mission d’information relative au paritarisme, l’audition de Jacques Toubon sur la gestion du régime obligatoire par la LMDE, et l’audition de Didier Migaud sur le rapport annuel sur les comptes de la sécurité sociale.

Santé: première lecture au Sénat

Dès lundi, le Sénat commence sa première lecture du projet de loi santé de Marisol Touraine. Ce texte qui prévoit notamment la généralisation du tiers payant suscite des polémiques parmi les médecins de ville dont le principal syndicat, la CSMF, a appelé à la désobéissance civile. D’une manière générale, la loi Touraine appelle à une « nationalisation » de la santé par la création du service public hospitalier.

Vendredi des 4 sorcières

Ce vendredi est un jour d’envol pour les 4 sorcières. Les marchés pourraient se trouver sous pression, alors que les indices américains sur l’emploi ont fait craindre un relèvement des taux de la FED, et alors que la crise chinoise crée un trou d’air dans la croissance mondiale. L’économiste en chef de la BCE a considéré, la semaine dernière, que les effets du quantitative easing de la BCE étaient amoindris par la conjoncture mondiale. Ce pronostic peu engageant pourrait donner le signal d’éclatement d’une nouvelle bulle.

 

Secret défense sur les armes de Coulibaly

Qui a fourni des armes à Coulibaly? L’attentat de Charlie Hebdo et celui de l’hypercasher ont-ils livré tous leurs secrets? C’est évidemment un sujet délicat sur lequel règne non seulement une omerta mais aussi une véritable terreur: l’accusation de complotisme n’est jamais loin et, par un extraordinaire retournement des valeurs démocratiques, la recherche de la vérité est volontiers discréditée par une obscure préférence pour le secret et le mensonge. Le blocage de l’enquête sur le trafiquant d’armes Claude Hermant en donne un nouvel exemple.

L’affaire Claude Hermant

Récapitulons. Le 7 mai 2014 (8 mois avant les attentats, donc), le parquet de Lille ouvre une information judiciaire contre Claude Hermant, soupçonné de remilitariser des armes. Le gaillard est une figure du milieu identitaire, ancien paracommando. Il est aussi le dirigeant de la société Seth Outdoor, installée à Haubourdin, dans la banlieue de Lille, recommandée par le Petit Futé pour la vente en ligne de produits paramilitaires.

Dans la pratique, la justice soupçonne Seth Outdoor de servir de couverture à des activités de trafic d’armes. Dans ce cadre, un juge d’instruction lillois délivre, le 18 décembre 2014, une commission rogatoire internationale pour éclaircir le dossier. Manifestement, Hermant travaille beaucoup avec des Belges et le juge lillois aimerait en savoir plus.

Claude Hermant et la police

A cette époque, Hermant est tout sauf un inconnu pour les services de police. Proche des milieux nationalistes flamands, il fonde à Lambersart la Vlaamse Huis, où il croise un certain Yoann Mutte, impliqué dans l’attaque d’un bar gay à Lille. Il a en outre fait partie du service d’ordre du Front National.

Plus étonnant, et plus gênant, semble-t-il, il connaît bien les services de sécurité français. Il a fait de la prison au Congo pour avoir trempé dans une affaire coup d’Etat.

Dans le dossier instruit par le juge lillois, quelques mails suscitent très vite des interrogations sur le rôle « d’indic » que jouerait Hermant.

De nombreux mails échangés entre le prévenu et L.B., un gendarme, permettent de le penser. Le 7 mai 2014 à 17 h 35, Claude Hermant écrit (1) : « En bossant, je suis tombé sur un fusible à nous… Ce fusible même (sic) à des très gros poissons (Serbie et autres)… Tiens-moi au courant de ce que vous faites avec ces infos… Voilà les deux immatriculations… » Suivent… trois numéros de plaque. Claude Hermant demande que des vérifications soient faites. « Y-a-t-il des casiers jud au bout de ses immats », interroge-t-il le 9 mai 2014 ? La réponse de la gendarmerie tombera le 26 mai : « … Je regarde tes infos et reviens vers toi au plus vite, sinon tout va bien, nous sommes pris sur un autre dossier très important d’où la longueur des investigations ».

Un autre mail d’Hermant à un gendarme,  du 27 octobre 2014, sème le trouble:

« J’espère que vous avez eu le temps de travailler un peu sur les infos données… C’est une petite usine de remise en état qui est en place. Un dénommé R… propose du matériel sur Lille sud et bd… Cela va du scorpion à la kalach et autres 9 mn para… »

En novembre 2014, le gendarme lui répond:

« Salut Claude, nous avons vu avec notre hiérarchie, nous sommes partants pour les deux dossiers que tu nous as présentés (armes-Charleroi) », répondent les gendarmes, en novembre.

Autrement dit, pendant que le juge lillois s’affaire sur les trafics d’Hermant, la gendarmerie du Nord semble parfaitement informée de ses activités et maintient avec lui les meilleures relations du monde.

Claude Hermant et Coulibaly

Tout se corse après les attentats de janvier 2015. Selon Mediapart, dès le 14 janvier les renseignements slovaques ont identifié les armes de Coulibaly, sans susciter la moindre réaction des services français. Les renseignements des Slovaques incriminent Claude Hermant, qui auraient acheté les armes, avant de les remilitariser, à la société slovaque AGF Security.

Selon les expertises techniques consultées par Mediapart, il s’agit bien des armes des crimes : un fusil d’assaut VZ 58 Compact, de marque CZ (Kalachnikov) – numéro de série 63622F –, et deux pistolets semi-automatiques Tokarev TT33 – numéros de série RK07 et O2027 –, retrouvés près du corps d’Amely Coulibaly, le 9 janvier, dans le supermarché Hyper Cacher. Avec ces armes, le terroriste a tué quatre personnes et en a blessé gravement quatre autres dans le magasin, mais l’expertise balistique montre qu’une victime a aussi été blessée à Fontenay-aux-Roses avec l’un de ces Tokarev, et que la policière de Montrouge a été touchée par les balles de l’un de ces fusils d’assaut. Deux autres Tokarev – numéros de série TE1035 et EB1574 – achetés par l’entreprise lilloise ont aussi été retrouvés dans l’appartement du terroriste à Gentilly. Ces armes neutralisées en Slovaquie ont été reconditionnées pour tirer, sans que l’on sache précisément qui dans le réseau, ou les clients du réseau, opérait la remise en état.

Pourquoi les juges antiterroristes n’ont-ils pas opéré à ce moment-là? Pourquoi ne se sont-ils pas intéressés à Seth Outdoor, qui semble la cheville ouvrière du trafic?

C’est en effet la justice lilloise et non la justice anti-terroriste qui neutralise le 20 janvier 2015 Claude Hermant, en le mettant en garde à vue puis en détention provisoire après une mise en examen pour « trafic d’armes en bande organisée ». Une série de perquisitions est alors lancée en France et en Belgique, dans l’espoir de découvrir notamment une cache d’armes et d’explosifs:

Ces investigations, sur commission rogatoire internationale d’un juge lillois, ont ainsi débouché sur une spectaculaire descente de la police belge, mardi soir, à Comines-Belgique : une trentaine d’habitations situées le long de la Grand-Rue ont été évacuées en urgence. D’après les premiers éléments recueillis sur les lieux, il s’agissait d’une « importante opération » visant à « sécuriser » un domicile pouvant servir de cache d’arme. Sur place, de nombreux policiers belges ainsi que leur service de déminage étaient présents.

Les juges lillois décident d’entendre les « contacts » qu’Hermant balance depuis sa prison, notamment un gendarme du Nord. Celui-ci oppose alors le secret défense aux juges d’instruction.

Cazeneuve impose le secret défense

Le 10 avril 2015, les juges demandent à Bernard Cazeneuve de lever le secret sur les éléments détenus par les gendarmes. Le ministre saisit la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) le 1er juin, qui rend sa réponse le 18 juin: les documents ne peuvent pas être déclassifiés…  Le ministre suit l’avis de la commission et décide de bloquer, de fait, l’enquête des juges lillois.

La décision est évidemment fâcheuse, dans la mesure où l’on aimerait comprendre comment un personnage aussi sulfureux, roulant manifestement pour la gendarmerie, a pu, en même temps, approvisionner en armes l’un des terroristes de janvier 2015.

Les autres intermédiaires de Coulibaly

Mediapart a par ailleurs la bonne idée de fournir quelques renseignements sur ceux qui ont aidé Coulibaly à faire son attentat.

On notera en particulier un proche du PKK, Metin Karasular, garagiste à Charleroi, qui a racheté, en novembre 2014, l’Austin Mini de la femme de Coulibaly, Hayat Boumedienne (l’intéressée, au chômage, aurait bénéficié d’un prêt bancaire pour acheter quelques semaines auparavant cette voiture à 27.200 euros). Perquisitionné dès le 12 janvier, l’intéressé est connu pour ses activités de trafic d’armes. Il aurait pu approvisionner les Coulibaly en échange de cette voiture. La police retrouve d’ailleurs chez lui des listes d’armes, dont une correspondrait à l’arsenal de Coulibaly. Mais la justice n’a pas suivi cette piste, et le bonhomme a retrouvé sa liberté.

Un autre intermédiaire pourrait être Patrick Hallveht, toujours selon Mediapart.

Dès le mois de janvier, le numéro de série (21038 M) d’un deuxième fusil d’assaut VZ 58 Compact retrouvé dans le supermarché de la porte de Vincennes permet aussi d’identifier un ingénieur belge de 52 ans, Patrick Hallveht. Selon les informations transmises par les autorités slovaques, Hallveht a acheté ce fusil, le 13 janvier 2014, en passant par la même société slovaque AGF Security. Or cet homme, jusque-là inconnu des services de police, fait précisément partie des contacts livrés aux gendarmes de la section de recherche de Villeneuve-d’Ascq par Hermant, courant 2014.

Mais de tout cela, nous ne pourrons entendre parler, car le tout est classé « confidentiel défense ».

La crise des réfugiés n’en est qu’à ses débuts

Au moment où je publiais cet article, l’Allemagne annonçait le rétablissement des contrôles aux frontières avec l’Autriche. Après avoir réclamé 800.000 réfugiés cette année, Merkel fait un nouveau revirement! L’Europe de Schengen meurt sous nos yeux.

Le duo Merkel-Hollande pensait avoir réglé la question des réfugiés en tordant le bras à l’Union avec sa politique de quotas imposés. En réalité, le sujet n’en est probablement qu’à ses débuts: l’appel d’air de l’Allemagne avec ses 800.000 réfugiés attendus donne un essor impressionnant au mouvement migratoire qui provoque des tensions grandissantes sur le continent.

Merkel appelle les réfugiés en Allemagne

En publiant urbi et orbi le chiffre de 800.000 réfugiés attendus cette année, Mutti Merkel a évidemment donné une ampleur maximale à un mouvement déjà sur une pente fortement ascendante. Rappelons qu’on estime fin août que 430.000 réfugiés ont traversé la Méditerranée en huit mois. En affichant le chiffre de 800.000 réfugiés dans l’année pour la seule Allemagne, Merkel a donc tout simplement appelé unilatéralement à une amplification du phénomène, dont, rappelons-le, la Grèce, la Macédoine et la Hongrie sont les pays de frontline. Pour tenir l’objectif affiché par l’Allemagne, il faudrait donc doubler le rythme d’arrivées connu au premier semestre!

Assez curieusement, la même Merkel demandait la même semaine des efforts à la Grèce et à la Turquie pour le contrôle de leurs frontières:

« La Grèce doit aussi prendre ses responsabilités » dans la protection des frontières extérieures de l’UE qui n’est « actuellement pas assurée », a estimé la dirigeante lors d’un congrès de son parti conservateur, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) consacré au numérique, à Berlin.

Les Grecs sont vraiment les têtes de Turcs des Allemands!

Merkel trie les réfugiés sans aucun scrupule

Lors de cette réunion de la CDU, Angela Merkel a par ailleurs fait toute la lumière sur la politique migratoire allemande:

Elle a en outre réaffirmé que seuls les migrants qui ont besoin d’une protection, car ils fuient la guerre ou les persécutions par exemple, pourraient rester en Allemagne.

« Celui qui en revanche n’a pas besoin de protection, celui qui vient pour des raisons économiques –aussi compréhensibles soient-elles– ne peut pas avoir de perspectives de rester chez nous », a souligné la chancelière. « Et nous devons le dire clairement sinon nous ne pouvons pas apporter la protection nécessaire à ceux qui en ont besoin ».

Sans les nommer explicitement, Angela Merkel faisait allusion aux nombreux demandeurs d’asile venus des pays des Balkans.

Troquer des Balkaniques contres des Syriens, c’est pas beau! mais ça s’explique.

« Pourquoi est-ce que tout le monde ne veut que des Syriens ? Moi, je peux vous le dire car j’ai vécu cinq semaines avec eux : ce sont des gens comme nous, j’ai rencontré des avocats, des médecins, des dentistes, ils sont souvent éduqués, souvent ils ont de l’argent, ils arrivent après un parcours bref, en pleine capacité de leurs moyens »

Les grands perdants de ce marché aux réfugiés sont les Afghans…:

« les Afghans qui ont déjà subi quatre mois d’humiliations (pour arriver jusque-là, ndlr) et qui sont d’une culture très éloignée de la nôtre », s’aggrave durant leur séjour à Lesbos, selon elle. Il s’y développe des « maladies de la faim » ou des épidémies de gale, et « certains vont repartir encore plus fragilisés en Europe du Nord »

… et les ressortissants des Balkans qui représentent aujourd’hui 40% des demandes d’asile. On ne devrait pas tarder à assister à un mouvement croisé sur les routes d’Europe centrale: les Syriens allant vers le Nord et les Roms et autres tribus de la zone redescendant vers le sud.

Réfugiés

La Grèce submergée par les réfugiés

L’appel d’air lancé par l’Allemagne est en train de submerger certaines îles grecques.

A Lesbos par exemple, 22.500 migrants sont arrivés en une semaine, soit le quart de la population de l’île. Ce flux donne lieu à des scènes apocalyptiques que l’Europe avait oubliées depuis longtemps:

Des milliers de personnes ont ainsi été contraintes de camper dans les rues dans des conditions précaires alors que des heurts éclataient régulièrement entre la police et la foule de migrants qui tentaient de monter à bord des ferries.

La Macédoine mise hors service par les réfugiés

De son côté, la petite Macédoine perdue dans ses montagnes a mis un genou à terre face à ces marées humaines pour qui elle constitue un pays de transit et auxquelles elle n’est absolument pas préparée. Le pays ne dispose pas d’infrastructures de transport, ni d’équipement suffisant pour assurer la logistique d’une telle population en errance. On parle à titre d’exemple de 7.600 arrivées en douze heures, dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, pour une population totale de 2 millions d’habitants, c’est-à-dire l’équivalent de Paris centre.

« Le dernier train est parti dans la nuit (de mercredi à jeudi). Et sans train, on a été obligé de s’organiser avec des autobus », a expliqué à l’AFP Alexandra Krause, chargée de la communication auprès du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). (…)

« Si la Grèce envoie d’un seul coup plusieurs milliers de personnes, nous allons être facilement débordés », met-elle en garde. Le HCR gère le centre d’accueil côté macédonien de la frontière, quelques conteneurs en tôle pouvant accueillir à peine plusieurs centaines de personnes.

Les réfugiés qui n’avaient plus de place dans les conteneurs s’entassaient jeudi sur un plateau avec, pour seule protection, des grandes bâches en plastique frappées de l’emblème de l’UNHCR qu’ils tenaient au-dessus de leur têtes.

C’est « une tragédie humaine », admet la porte-parole de l’ONU.

Les Macédoniens commencent à évoquer l’idée d’une frontière étanche sur le modèle hongrois, pour juguler le flux de migrants.

42.000 réfugiés attendus en Serbie

Etape suivante après la Macédoine, la Serbie devient elle-même un espace de tensions. Les réfugiés ont en effet besoin de traverser le pays pour rejoindre la frontière hongroise.

Environ 42.000 personnes supplémentaires pourraient arriver en Hongrie depuis la Grèce, la Macédoine et la Serbie dans les dix prochains jours, selon le HCR.

Pour faire face à cet afflux, la Hongrie a par ailleurs érigé une clôture provisoire de barbelés le long des 175 km de frontière avec la Serbie, doublée d’un mur haut de quatre mètres qui devrait être terminé avant fin octobre.

La Hongrie absorbe l’essentiel du choc

L’ironie de l’histoire veut que l’essentiel du « goulot » frontalier organisé par Schengen soit tenu par le gouvernement le plus radical qui existe en Europe, celui de Viktor Orban et de son parti, le Fidesz, assez peu férus de droits de l’homme. Les Hongrois s’attendent à un flux de 500.000 réfugiés cette année, alors que le pays ne compte que 10 millions d’habitants. Toutes proportions gardées, un afflux similaire en France représenterait 3 millions de personnes à faire transiter dans le pays…

Pour la Hongrie, le phénomène des réfugiés cause des troubles grandissants. Après la construction en urgence d’une mur de barbelés de 175 kilomètres pour empêcher (de façon illusoire) tout passage depuis la Serbie, le gouvernement hongrois multiplie les manoeuvres politiques pour contrer la politique allemande d’ouverture, dont la Hongrie est le principal théâtre. Le pays pourrait prochainement se déclarer en état de crise.

La situation y donne déjà lieu, comme on le voit,  à de nombreuses scènes hallucinantes.

L’Autriche suspend ses liaisons ferroviaires

Face à ces arrivées massives, l’Autriche a elle aussi dû tirer toutes les conséquences d’une situation d’exception qui ne devrait pas s’apaiser.

Des dizaines de milliers de personnes sont passés depuis en Autriche, d’où la plupart ont poursuivi leur route vers l’Allemagne. Mais les autorités autrichiennes et la compagnie ferroviaire autrichienne ÖBB, qui assure une large part de ces mouvements de populations, ont dû temporairement interrompre les liaisons avec la Hongrie, incapable de faire face à la surcharge du trafic. « Toujours plus de gens arrivent chaque jour », a expliqué un porte-parole des Österreichische Bundesbahnen. « Cela excède de loin nos capacités. » « C’est la raison pour laquelle nous voulons ralentir le flux en provenance de Hongrie. Ce n’est pas la solution, mais il serait irresponsable de notre part de laisser des gens continuer à arriver et d’être obligés de passer la nuit dans des gares. » On ignorait en milieu d’après-midi si le service pourrait reprendre vendredi.

Le blocage des frontières dans l’Union, objet tabou depuis Schengen, rendu de fait obligatoire par les marées humaines qui les submergent.

Munich en situation explosive

Angela Merkel donne le sentiment d’avoir joué aux apprentis sorciers en décidant depuis Berlin d’un appel au refuge qui est supporté par la Bavière, tenue par des chrétiens conservateurs traditionnellement peu amateur d’immigrations. C’est le secret de l’Allemagne: le Nord fait des promesses qui n’engagent que le sud (pour l’essentiel en tout cas).

Dès aujourd’hui, Munich (sous direction sociale-démocrate) considère avoir atteint ses capacités maximales d’accueil:

Dieter Reiter, le maire social-démocrate de Munich, s’est dit « très préoccupé par l’évolution de la situation ». « Nous ne savons plus comment faire avec les réfugiés », a-t-il déclaré. Munich se plaint du manque de soutien des autres régions allemandes face à l’afflux record. Toute prise en charge par d’autres régions de quelques centaines de réfugiés « nous aiderait à éviter le chaos », a-t-il dit à la gare.

Depuis le 31 août, Munich aurait accueilli 63.000 réfugiés:

de l’avis de l’administrateur bavarois Christoph Hillenbrand, Munich ne pourra pas indéfiniment faire face à un tel afflux.

« Il n’est pas viable pour nous d’accueillir chaque jour l’équivalent de la population d’une petite ville. Sur un plan logistique, ce n’est tout bonnement plus tenable », ajoute-t-il.

Le Danemark ferme ses frontières

Le voisin septentrional de l’Allemagne, et méridional de la Suède (favorable à l’accueil de migrants), le Danemark a manifesté quant à lui son opposition à cette politique migratoire en interrompant ses liaisons ferroviaires avec l’Allemagne!

La compagnie ferroviaire danoise DSB a annoncé avoir suspendu, sur ordre de la police, toutes les liaisons avec l’Allemagne après le refus de centaines de migrants en transit vers la Suède de descendre de train à leur arrivée au Danemark. «C’est la police qui nous a demandé de le faire», a indiqué à l’AFP un porte-parole de DSB. Au moins deux trains transportant 200 réfugiés étaient bloqués à Rødby, port à 135 km au sud-ouest de Copenhague relié par ferry à l’Allemagne. Comme ils refusaient de demander l’asile au Danemark, les autorités leur ont expliqué qu’ils risquaient de cette manière d’être refoulés vers l’Allemagne. Certaines de ces personnes ont tenté de s’enfuir, mais la plupart ont été rattrapées par la police, qui les a envoyées dans un centre pour réfugiés.

Par ailleurs, l’embarquement des trains sur les ferries rapides entre Puttgarden (Allemagne) et Rødby, ainsi que le passage des trains à la frontière terrestre à Padborg, dans l’extrême sud du pays, sont suspendus jusqu’à nouvel ordre dans les deux sens.

Il n’est pas sûr qu’on ait assisté à de telles scènes en Europe depuis 1945…

Le groupe de Visegrad opposé aux choix migratoires allemands

Le choix unilatéral de l’Allemagne d’ouvrir ses frontières (qu’elle n’a pas en commun avec la Syrie…) ne plaît pas à tout le monde en Europe. La réunion extraordinaire des ministres de l’Intérieur qui s’est tenue vendredi 11 septembre a permis de le vérifier.

En pratique, l’opposition est menée par le groupe de Visegrad: Pologne, République Tchèque, Slovaquie et Hongrie, qui ne se sent pas d’attaque, dirait-on, pour accueillir de nouveaux venus.

les pays « doivent avoir le contrôle sur le nombre de réfugiés qu’ils sont prêts à accepter », a martelé devant la presse le chef de la diplomatie tchèque Lubomir Zaoralek.

Une position déjà défendue jeudi par la Roumanie, rejointe par le Danemark.

Ces réticences, maintenues malgré la visite du ministre allemand de l’Intérieur, soulignent bien le dilemme actuel de l’Union: comment améliorer la gouvernance de la zone euro et renforcer l’intégration communautaire quand plusieurs Etats membres se considèrent d’ores et déjà comme au bout des transferts de souveraineté qu’ils sont prêts à accepter. L’empressement de l’Allemagne à élargir l’Europe dans les années 90 est en train de se payer cash.

Les réfugiés et leurs conséquences durables pour l’Union

Pour l’ensemble de l’Union, cette arrivée massive de réfugiés, largement nourrie par l’Allemagne, constitue un nouveau défi après la crise grecque. Dans la pratique, la libre circulation des personnes est devenu un sujet polémique et tout laisse à penser que, dans les prochains mois, la question de Schengen sera à nouveau sur la table. L’Europe peut-elle indéfiniment laisser son espace intérieur ouvert quand ses frontières extérieures sont devenues des passoires?

Une réponse négative à cette question constituerait un antécédent: pour la première fois, un acquis communautaire serait remis en cause par une décision politique. Les prochaines semaines devraient constituer un bon test sur la capacité de résistance de l’Union à la pression qui s’installe.

La guerre pour sortir de la crise

Sans grande surprise eu égard à notre vieille tradition militaire, c’est peut-être l’opinion française qui indiquera la principale voie de sortie de crise: la guerre contre Daesh. Un sondage d’opinion vient d’indiquer qu’une majorité de Français était favorable à une intervention terrestre en Syrie. La guerre comme continuation de la politique par d’autres moyens, c’est bien connu.

 

Comment la tyrannie des minorités nourrit le FN

L’an dernier, j’avais consacré un article à cette étrange tyrannie des minorités qui a inversé le jeu démocratique. Dans un Etat de droit, en effet, la loi protège les minorités autant que la majorité. Une étrange subversion bobo de ce principe veut désormais que la loi ne protège que les minorités et qu’elle musèle la majorité. Une affaire racontée par France Inter, qui n’est pas connu pour être un organe droitiste, en donne une parfaite illustration.

La tyrannie des minorités et les Roms

Des Roms avaient monté un juteux réseau de vol à la tire dans divers musées parisiens. Officiellement, ces gens volaient pour nourrir leurs enfants miséreux. Dans la réalité, le trafic était d’une toute autre nature:

entre 2005 et 2013, l’un des groupes a ainsi opéré 414 transferts d’argent vers la Roumanie, pour près de 700 000 €. La plupart avaient acheté là-bas terrains, maisons, voitures de luxe, et menaient grand train. Sur Facebook, l’un des prévenus avait même posté la photo de son bébé pataugeant dans les billets de 500 €…

C’est en filant le gang de Cinca que les enquêteurs sont remontés jusqu’à Sandra Baciu, chef du second groupe. Née Hamidovic — du nom du réseau ayant formé des générations de pickpockets dans le métro — l’affriolante jeune femme de 36 ans s’est payé un chalet, des jet-skis et une nouvelle poitrine grâce à ses rapines. Du haut de ses vingt ans d’ancienneté, elle distillait volontiers ses conseils à sa copine Cinca. Surnommée la Reine des voleuses, elle se targuait au téléphone de pouvoir amasser jusqu’à 100 000 € en deux semaines.

Cette histoire ne signifie bien entendu pas que tous les Roms vivent de cette façon. Elle montre en revanche que, parmi les enfants qui courent les rues dans Paris, certains sont effectivement entre les mains de réseaux structurés qui n’hésitent pas à les exploiter pour s’enrichir. Cette forme d’esclavagisme moderne manifestement admise dans la communauté Rom soulève assez curieusement peu d’indignation dans le monde de l’antiracisme.

La tyrannie des minorités et la question du racisme

Le gang des Roumains présentait une particularité: il pratiquait les statistiques ethniques et la discrimination raciale. Les voleurs s’attaquaient en particulier aux Asiatiques supposés transporter plus de liquidités que les autres. Cette circonstance a justifié qu’Aude Groualle, procureure de la République, retienne dans son réquisitoire une circonstance aggravante de racisme.

Le point est intéressant: il montre que le parquet a aujourd’hui pris conscience que les minorités ethniques sont aussi productrices de comportements racistes et que l’appartenance à une minorité n’absout pas de tout délit. Pour tous ceux qui, au jour le jour, notamment dans les quartiers, vivent des situations où ils doivent s’excuser d’appartenir à la majorité, cette information sera évidemment relevée avec intérêt.

Seuls les Français peuvent-ils être racistes?

La circonstance aggravante de racisme a suscité, dans la défense, l’une de ces réactions qui fait les choux gras du Front National:

« Cette circonstance aggravante est là pour punir le caractère discriminatoire de violences ou de vols commis par des Français sur d’autres Français du fait de leur appartenance à une minorité. C’était pour renforcer le pacte républicain, pas pour que ça tombe sur des Roumains sans papiers qui s’attaquent à des touristes ! »

Quelle étrange remarque! Ainsi, la loi française pourrait-elle pratiquer des discriminations ethniques. Elle devrait ne s’appliquer qu’aux Français majoritaires, et ne pas s’appliquer aux minorités! Autrement dit, seul le racisme des Français vis-à-vis des étrangers est condamnable, alors que le racisme des étrangers vis-à-vis des Français devrait rester impuni…

Comme le note France Inter:

Le tribunal l’a entendue.

La circonstance de racisme n’a en effet pas été retenue.

Comment les bobos font le jeu du Front National

L’histoire du réseau Rom est bien évidemment une affaire anecdotique de corne-cul qui n’intéresse pas grand monde. Le sujet principal est ailleurs: il est dans cette justice à deux vitesses qui ne traite pas les mêmes faits de la même façon selon qu’ils sont commis par un membre de la majorité ou un ressortissant minoritaire. Ce genre de discrimination négative vis-à-vis des « Français » constitue aujourd’hui le plus puissant ferment de la montée des extrêmismes.

Je sais pertinemment que la doctrine officielle et la tyrannie du discours imposée par les idéologues des beaux quartiers culpabilise tout débat sur le sujet. Les mêmes qui trouvent « populiste » d’aborder la question des communautés en France sont généralement les premiers à se lamenter face à l’expansion du Front National. Il est pourtant manifeste que le puritanisme bobo sur la question des droits de la majorité est aujourd’hui le principal facteur de ralliement des classes moyennes au Front National.

Tôt ou tard, le silence imposé au nom d’une morale pharisienne sur les sujets qui préoccupent les citoyens se paiera très cher.

 

Des migrants dans nos villages abandonnés?

A la suite de mon post sur les migrants et la crise identitaire, j’ai reçu cette contribution de mon ami Eric Verrax, ancien vice-président de la Fédération de Promoteurs Immobiliers.

Mon cher Eric,

Tes derniers propos m’ont réjoui à la mesure de la liberté de ton que tu t’autorises, et que tu nous proposes d’adopter…

Oui la France a trouvé les Italiens trop catholiques, les Maghrébins trop peu chrétiens, les Espagnols trop républicains, les rapatriés trop différents quoique blanc et chrétiens, et les Russes blancs trop monarchistes… La tradition du refus a priori est bien ancrée de même qu’une certaine capacité, historiquement démontrée, à intégrer/assimiler au fil du temps.

Pourquoi faudrait-il concevoir à nouveaux frais notre rapport à l’arrivée massive de migrants/immigrants ?

D’abord avons nous le choix ? nous pouvons bien tenter de nous replier, de mettre en place des procédures et des centres de détention, le flot ne cesse pas. Une organisation positive de ces arrivées est sans doute sans effet sur les politiques frontalières à maintenir, mais on peut aussi penser qu’elle les facilite.

En tout cas une posture déterminée et positive – prévoir plutôt que subir – ne peut qu’apporter des idées, pratiques et solutions nouvelles.

Nous ne savons pas comment sortir d’une forme de léthargie, de renoncement, de peur de l’avenir unique au monde, tous les sondage et l’expérience quotidienne le démontrent surabondamment. Une arrivée significative de populations désireuses de s’installer, de croître, de partager, ne pourra que développer un esprit nettement plus entreprenant.

Ces dizaines de milliers de demandeurs d’asile nous parlent de nos valeurs, et parce qu’ils y croient, nous invitent à les faire vivre. Que signifie « être le pays des droits de l’homme » et ratiociner sur le nombre de demandeurs d’asile acceptés ?

Très égoïstement de plus, nous avons besoin d’urgence de 500 000 migrants pour repeupler la France. Oui, nous regorgeons de villes et de villages de moins de 50 000 habitants voués à une mort lente car à la fois la jeunesse s’en va, les actifs ne veulent plus s’y installer et la certitude de leur fin inéluctable rend leurs habitants moroses, amers, défaitistes. L’arrivée, toujours sur accord du maire et d’au moins deux familles référentes, permet à la fois d’occuper des centaines de milliers de logements vides, d’imaginer un élan vital dans la commune en remobilisant les énergies.

Nous savons aussi que c’est uniquement en intégrant dans le cœur des familles et des territoires ces hommes et ces femmes qu’ils vont adopter les valeurs et les comportements qui sont nôtres, comme l’ont fait avant eux des millions de migrants. Ce ne sont ni de lieux d’accueil collectifs et publics, ni de barres HLM en périphérie des plus grandes villes dont nous avons besoin, mais de micro-insertions dans trente mille villes et villages. N’oublions pas que toutes les professions, toutes les histoires et toutes les envies sont présentes dans cette migration d’un nouveau genre.

Le coût ? 50 000 migrants l’an, pour vivre dans un village, le temps de s’installer et travailler, cela représente sans doute moins de 500 millions par an. La dépense n’est pas invraisemblable, le quart de la baisse d’impôts cosmétique annoncée hier. Comme l’on sait, plus de la moitié de ces dépenses revient automatiquement en recettes sociales et fiscales.

Pendant une période à déterminer, chaque famille des villes et villages concernés pourrait employer en emplois de proximité ces migrants avec un chèque emploi service un peu plus souple et peut-être bonifié ou hors plafond. 10 millions de familles qui emploient une heure par semaine un migrant, cela fait 500 000 emplois à mi temps, soit dix fois plus que nécessaire…

Nous avons autant besoin d’eux que l’inverse.

Quand le Conseil d’Etat piétine la déontologie du fonctionnaire

La déontologie du fonctionnaire ! on s’était déjà payé une bonne tranche de rire sur le sujet au moment du procès Pérol. Le secrétaire général adjoint de l’Elysée, en charge des dossiers bancaires, avait expliqué au juge, la main sur le coeur et le regard perdu d’un enfant naïf, qu’il n’avait eu aucun pouvoir de décision quand il était sous les lambris de la République. Pas de conflit d’intérêt, donc, en étant nommé à la tête d’une banque qui venait de se créer sous les auspices du pouvoir (en l’espèce, la fusion des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires) dont il occupait l’un des principaux postes.

Au passage, lors de l’audience, Pérol avait reçu le soutien appuyé de Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France qui devrait être avantageusement remplacé par l’ancien directeur général de la BNP, Villeroy de Galhau, grâce à une opération d’exfiltration de l’inspecteur général des finances Jean-Pierre Jouyet, accessoirement secrétaire général de l’Elysée (un poste où, comme le disait Pérol, on n’a évidemment aucun pouvoir de décision). Le monde est petit.

A quoi sert la commission de déontologie?

Il existe pourtant une commission de déontologie qui est supposée donner un avis sur tous ces sujets… et qui doit être réformée par une loi soumise pour avis au conseil d’Etat.

C’est vrai que cette commission, présidée de droit par un conseiller d’Etat, est quand même un tantinet brinquebalante. D’abord parce qu’elle ne donne d’avis que sur les sorties de la fonction publique vers le privé. Ensuite parce qu’elle n’évoque pas les doubles missions (par exemple professeur d’université et avocat dans le privé) à temps complet ou à temps partiel. Enfin parce qu’elle est opaque et prend des décisions parfois surprenantes. Mais supposons…

Il fallait donc bien lui donner un petit coup de fraîche pour la remettre au goût du jour.

Le Conseil d’Etat marche allègrement sur la déontologie

Quelle ne fut pas ma surprise, hier, lorsque des camarades m’ont signalé, sur un réseau social, ce document drôlatique:

déontologie

Cette retape ne manque pas d’amuser: alors que le projet de loi est soumis pour avis au Conseil d’Etat, un maître des requêtes manifestement en charge de la rédaction de l’avis, organise des formations privées et lucratives sur le sujet.

Ce scandale ahurissant appelle une première remarque: le Conseil d’Etat, dernière institution opaque de la République, ne publie jamais ses avis. D’où vient que ce secret soit levé par l’un de ses membres dans une activité payante? Toi, pauvre con de citoyen, tu imagines que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen t’a donné les moyens de contrôler l’administration? Que, nenni, tu n’as qu’à payer si tu veux connaître les motifs des décisions publiques. Et ce n’est pas l’Etat que tu paieras, mais bien les fonctionnaires, façon république bananière.

Deuxièmement, on a quand même un vrai sujet, une fois de plus, sur l’impartialité du conseil d’Etat: comment un fonctionnaire qui fait un cumul d’emploi sur les sujets qu’il traite en tant que magistrat peut-il donner un avis objectif sur la loi sur laquelle il est sollicité?

Troisièmement: bonjour, une fois encore, la violation du secret des délibérations par le Conseil d’Etat.

Mais il est vrai que nous, les manants, ne sommes pas dignes de nous exprimer sur ce sujet.

 

Hollandisation du régime: un discret durcissement

Pendant que l’opinion est distraite par des écrans de fumée comme le rapport Combrexelle, la hollandisation du régime se poursuit discrètement. Deux informations passées inaperçues ou presque le confirment.

La Banque de France et la république exemplaire

Comme je l’avais annoncé sur ce blog, Jean-Pierre Jouyet a proposé la candidature de François Villeroy de Galhau, ancien directeur général de la BNP, a la tête de la Banque de France. La proposition était attendue: Villeroy est un strauss-kahnien bien connu, exfiltré de la banque il y a six mois pour préparer un rapport sur le financement de l’économie. J’ai souligné que ce rapport était une longue liste de remerciements à tous les gens que Villeroy de Galhau a croisé dans sa carrière, et en particulier pour les banquiers français qui « l’ont fait ».

Grâce à ce rapport, on sait que la Banque de France défendra, sous les auspices de son futur gouverneur, un assouplissement des règles prudentielles applicables aux banques et reprendra à son compte l’éloge de la titrisation, qui précipita pourtant la planète dans la terrible crise de 2008. Ce merveilleux entêtement à répéter indéfiniment les mêmes erreurs jusqu’à extinction définitive des feux ne manque pas de faire sourire: elle caractérise bien l’agaçante arrogance des élites françaises qui passent en boucle un même disque depuis leurs sortie de Sciences-Po, que le monde change ou pas.

Mais ce n’est pas ce point-là qui fâche. La difficulté vient plutôt du conflit d’intérêt qui caractérise cette nomination. L’une des prérogatives de la Banque de France est en effet de contrôler le respect des règles financières par les banques françaises. Comment ne pas soupçonner Villeroy de réserver un traitement de faveur à la banque dont il était encore salarié il y a six mois?

La question est d’autant plus cruciale que Villeroy sera président de l’Autorité de Contrôle (ACPR) qui a infligé l’an dernier une amende de 10 millions à la BNP pour des histoires de contrats d’assurance-vie en déshérence. Autant confier le ministère de la Justice à Bernard Tapie, ce ne serait pas plus choquant. L’affaire de Jean-Pierre Jouyet éloigne en tout cas une fois de plus le système Hollande de la République exemplaire tant vantée.

Valls prend en main les relations entre partenaires sociaux

De son côté, Manuel Valls a commencé à hausser le (men)ton dans la négociation sur les retraites complémentaires AGIRC-ARRCO. Ouvertes en début d’année 2015 pour rétablir les comptes des régimes au bord de l’effondrement, elles n’ont toujours rien donné. Une séance doit avoir lieu le 16 octobre, et le MEDEF (enfin Pierre Gattaz…) a annoncé par avance qu’il refuserait toute forme d’augmentation des cotisations. Il faut dire qu’après avoir réclamé des baisses de cotisations de la part de l’Etat, il serait politiquement compliqué pour lui d’appliquer une orientation contraire dans les régimes dont il a la maîtrise.

La ligne dure de Gattaz pose deux problèmes.

Premièrement, elle le condamne à ne pas signer avec FO, qui a posé comme condition de base pour toute signature un geste de la part des employeurs. Comme la CGT ne signera pas non plus, et que la CGC a réservé sa signature… le MEDEF risque de ne trouver autour de la table que la CFDT et la CFTC pour signer, ce qui ne fait pas une majorité.

Deuxièmement, le déficit des régimes complémentaires est intégré au déficit public selon Maastricht, ce qui fait de l’Etat le décisionnaire final dans le dossier.

Assez logiquement, Manuel Valls a donc déclaré:

« Un accord doit être trouvé pour sauvegarder ces régimes et préserver le caractère paritaire de leur gestion »

La séance du 16 octobre risque donc d’être un peu chahutée, car personne ne sait quel partenaire social va déclencher l’étatisation du régime AGIRC-ARRCO en refusant de signer un texte qui sauverait le paritarisme. Au total, c’est une nouvelle phase d’expansion de l’Etat qui peut commencer.