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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Karine Le Marchand, cette grande prêtresse de la subversion

Article écrit pour Atlantico.

J’ai découvert l’existence de Karine Le Marchand à l’occasion des polémiques qui sévissent autour de son émission Ambition Intime, qui a tout de même réuni près de 14% de parts de marché, soit mieux que l’Emission politique de France 2. Elle s’est immédiatement attiré les foudres pleines de mépris social de ses collègues forcément beaucoup plus intelligents qu’elle:


7/9 intime – Le Billet de Sophia Aram par franceinter

Peopolisation de la politique…

Comme tous les bons gros snobs parisiens, j’ai, en regardant des extraits de cette émission, commencé par mobiliser toute la doxa inculquée par les meilleurs lycées de la capitale sur la majesté de l’art politique. Bien sûr, il ne faut pas transformer la politique en théâtre, ni en spectacle. Bien sûr, l’homme politique n’existe pas pour ce qu’il est mais pour les idées qu’il porte. Etc.

On connaît tous cette petite musique qui court les beaux quartiers, et qui soutient que la politique est forcément une chose très sérieuse et surtout pas une affaire de people où l’on met sa vie privée ou son surmoi profond en scène.

… ou tiers-étatisation de l’aristocratie?

Mais pourquoi les Français préfèrent-ils regarder leurs politicien(ne)s parler de leur chat que de leur programme ou de leurs idées? Certains souligneront que le spectacle des idées qui habitent nos élus peut donner le vertige, tant il expose au vide. Et ce n’est pas complètement faux.

Mais le problème n’est probablement pas là. L’intérêt de l’émission de Karine Le Marchand se révèle, à l’usage des Français, majeur par des temps de réaction nobiliaire. La présentatrice a eu la bonne idée de briser les étiquettes protocolaires et de rendre humains les élus désincarnés, déshumanisés, que la mise en scène médiatique a l’habitude de magnifier, de placer dans une sorte de constellation supérieure qui semble inaccessible aux Français.

Avec Karine Le Marchand, tous nos aristocrates de la République paraissent subitement conformes à leurs origines: ils ne sont guère que des roturiers, avec leurs petits malheurs et leurs petits bonheurs quotidiens. C’est cette humanisation-là que les Français veulent voir.

L’émission très française de Karine Le Marchand

D’ailleurs, il n’y a qu’en France (et dans quelques pays anglo-saxons) que l’émission de Karine Le Marchand peut avoir du succès. Pour que le concept fonctionne et fasse de l’audience, il faut en effet que les téléspectateurs aient l’impression d’une distance infranchissable entre eux et leurs élus (propre d’un système qui n’est pas démocratique).

Dans un pays germanique ou nordique, la proximité entre les élus et la population viderait l’émission de tout son intérêt. Là où les élus vivent au milieu de la population, prennent les transports en commun, boivent un verre à la terrasse des cafés populaires, n’ont pas de garde du corps et ne se sentent pas obligés de vivre entre eux, les téléspectateurs n’ont pas besoin d’allumer leur poste de télévision pour savoir quelle vie vivent leurs élus.

Les chiens de garde de l’establishment sont en colère

Sans surprise, la matinale de France Inter a donc tiré à boulets rouges sur ce concept qui remet en cause l’éloignement des élus, l’aristocratisation de la République, dont ils sont les grands admirateurs et les plus grands bénéficiaires. Comment ce repère de chiens de garde en bonne et due forme de l’establishment pourrait-il survivre à une constitution vraiment démocratique en France? Telle est la question majeure qui explique pourquoi France Inter, comme d’autres médias publics ou subventionnés, doivent forcément saper cette émission à rebours du style habituel.

Dès lors que la politique n’est plus une mise en scène rassemblant quelques grands de la Cour occupés à se disputer le pouvoir, dès lors que l’élu est descendu de son piédestal pour apparaître humain (trop humain?), ceux dont la profession se résume à une glose sur l’élite sont en danger.

Karine Le Marchand, prêtresse de la subversion

Avec ses airs de chatte sortie d’un film de Disney, Karine Le Marchand a au fond fait beaucoup plus pour la démocratie et l’implosion de la réaction nobiliaire que n’importe quel autre journaliste avant elle. Elle a prouvé aux Français que, même dans l’élite, on met ses pieds sur la table basse du salon et on se raconte des babioles insignifiantes, comme dans n’importe quelle famille. Les Français en ont assez des élus « anormaux »: Karine Le Marchand leur a fait toucher du doigt l’extrême normalité des personnages pour qui ils sont appelés à voter.

Viry-Châtillon: les carabistouilles du ministère de l’Intérieur

Après l’opération de guérilla urbaine de Viry-Châtillon, où un policier a failli trouver la mort et se trouve toujours dans un état critique, l’heure des carabistouilles politiciennes arrive. La novlangue a ses raisons que la raison ne connaît pas. Dans la bouche d’un Cazeneuve, cela donne:

Les quatre agents « ont été confrontés à une bande de sauvageons qui ont agi avec lâcheté », a déclaré le ministre, faisant sienne une expression de l’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement pour parler des jeunes délinquants. »Dans ‘sauvageon’ il y ‘sauvage' », a expliqué M. Cazeneuve, sans pouvoir préciser s’il y avait des mineurs parmi les agresseurs. « C’est une véritable attaque barbare, sauvage, qui était destinée à tuer ».

La formule renvoie donc à des actes individuels et « sauvages » et occulte la dimension organisée de ce crime, qui constitue la face émergée d’un iceberg très structuré contre lequel le ministre ne semble pas décidé à lutter.

Dans la bouche de Manuel Valls, cela donne cet autre déni:

« Il n’y a pas de zone de non-droit », a affirmé le chef du gouvernement.

L’exécutif continue donc sa stratégie de refus des réalités sur la gravité de la situation sécuritaire en France. Tous les gens qui vivent dans des quartiers difficiles savent pourtant que ces zones de non-droit existent.

Les carabistouilles sur les effectifs policiers

Si la situation en France se dégrade, la raison est pourtant simple: les effectifs policiers sur le terrain stagnent, contrairement aux affirmations officielles, alors que leurs missions ne cessent de s’alourdir notamment du fait du terrorisme. Un petit retour en arrière sur les effectifs présentés en loi de finances n’est pas inutile:

viry-chatillon
Source: entreprise.news avec les données du Ministère de l’Intérieur

Comme on le voit, il faut attendre 2016 pour que les effectifs de terrain de la police nationale (en l’espèce la catégorie d’emplois « Corps d’encadrement et d’application » inscrite en loi de finances) dépassent le niveau auquel ils se trouvaient… en 2011. Le quinquennat Hollande a donc été marqué majoritairement par un maintien des effectifs sous la ligne de flottaison de 101.000 fonctionnaires de la police nationale au contact de la réalité directe.

Seuls les attentats de 2015 ont permis de décider le gouvernement à augmenter le nombre de policiers « actifs ».

Ce petit rappel statistique n’est pas inutile parce qu’il souligne la responsabilité accablante de l’exécutif dans la dégradation de la situation sécuritaire dans ce pays.

Quand l’administration centrale se gave

Le ministère de l’Intérieur n’a pas cherché à dissimuler les dégâts de la politique de gauche en matière de sécurité. En revanche, il est beaucoup moins clair sur les petits arrangements internes auquel il s’abandonne pour gaver les proches du pouvoir.

Ainsi, la justification au premier euro du budget pour 2017 produit ce petit tableau qui divertira le lecteur:

viry-chatillon

Autrement dit, de l’aveu du ministre, quand il crée environ 1.500 emplois sur le terrain, il en crée 500 dans son administration centrale. Celle-ci absorbe donc à elle seule un quart des créations d’emplois au niveau national. Les flics de terrain seront heureux de savoir que, chaque fois qu’on crée trois postes dans les quartiers, on en crée au ministère pour user des fauteuils de ronds-de-cuir.

On mesure bien quelle paix sociale et quel confort Cazeneuve achète auprès de ses thuriféraires en sacrifiant, une fois de plus, les besoins du peuple français aux appétits voraces de la technostructure parisienne.

Petite partie de bonneteau au ministère de l’Intérieur

À force d’arrêter des joueurs de bonneteau dans les rues de Barbès, les policiers ont été contaminés. Pour dissimuler la croissance exponentielle de l’administration centrale pendant que le terrain végète lamentablement sans chemise et sans pantalon, les services financiers de la place Beauvau ont trouvé un truc génial: ils changent chaque année la méthode de présentation des effectifs, de telle sorte que personne ne peut comprendre la gestion du ministère.

Ainsi, pendant plusieurs années, les « bleus budgétaires » n’ont pas clairement mentionné, durant le quinquennat Hollande (en particulier quand Manuel Valls était ministre de l’Intérieur) les effectifs attribués à l’administration centrale. On en est donc réduit à des recoupements.

En 2011, voici où ils en étaient:

Viry-Chatillon

L’administration centrale de l’Intérieur, lorsque Manuel Valls l’a quittée, regroupait environ 7.000 fonctionnaires. En 2014, voici les chiffres que le bleu donne:

Viry-Chatillon

La loi de finances initiale pour 2014 avait accordé 7.900 emplois à l’administration centrale, soit 900 créations en trois ans. Pendant ce temps, Valls supprimait à tour de bras des emplois sur le terrain.

Les banlieues comme Viry-Chatillon abandonnées par la gauche

On comprend ce que signifie cette petite comparaison de données budgétaires brutes sous le quinquennat Hollande. Pendant que Manuel Valls appelait à la fin de l’apartheid et encourageait à la construction de logements sociaux, il gavait la technostructure du 8è arrondissement de sureffectifs, et il laissait croupir les policiers de terrain dans leur jus.

Nous payons aujourd’hui le prix fort de cette politique inspirée par l’esprit courtisan et la facilité de la réaction nobiliaire.

Trump: la vidéo du “je lui attrape la chatte”

Donal Trump a fait scandale en tenant des propos, dans une conversation privée de 2005, extrêmement dominateurs sur les femmes. Tout le monde en a parlé, mais l’original n’a pas forcément circuler. En réalité, les propos du candidat républicain sont beaucoup plus directs et crus que ce que la presse française en a rapportés:

On notera avec amusement (et sidération) que Trump a pu se laisser piéger comme un bleu en tenant des propos de fanfarons sur son rapport brutal aux femmes.

Les excuses de Trump

Le coup porté par ceux qui ont dévoilé cet enregistrement à quelques jours des élections est évidemment terrible. La riposte de Trump, avec son spot d’excuses, ne manque elle-même pas de piquant:

« Je ne suis probablement pas quelqu’un de parfait ». On peine à imaginer un candidat à la présidentielle, en France, tenant de tels propos… On regrette presque que Dominique Strauss-Khan ne se soit pas présenté au scrutin. Il nous aurait donné l’occasion de voir quelle forme aurait prise la gestion de crise dans notre pays.

Quelles chances Trump a-t-il encore de gagner?

Désormais, les medias américains ne parient pas cher sur les chances de victoire de Trump, ni sur celles des Républicains au Sénat. Cette désagrégation des Républicains dans les sondages explique largement les appels au retrait dont Trump est l’objet dans son propre camp.

Selon une infographie du New York Times, Hillary Clinton est donnée gagnée à 2 contre 1. Quant aux électeurs, 83% pensent que c’est Hillary Clinton qui gagnera.

Jusqu’au bout, Trump aura donc été le candidat donné perdant et rejeté par l’establishment américain. Reste à voir quel sera le sort que le peuple américain lui réservera.

Soviétisation de la santé: le cas des greffes de la main

La santé, en France, est en voie de soviétisation, c’est-à-dire dans une phase de dégradation de la qualité des soins et de leur uniformisation au bénéfice d’une médecine de masse, médiocre et incapable de traiter les cas spéciaux. L’histoire de cette femme obligée de partir aux Etats-Unis pour bénéficier d’une greffe des deux mains… que la Sécu lui a refusée en France en donne une retentissante illustration.

En réalité, ce ne sont pas une mais deux femmes qui sont dans ce cas en France.

Deux victimes… de l’absurdité administrative de la Sécu

La presse a popularisé l’histoire d’une certaine Laura, victime, à 19 ans (en 2007), d’un choc septique qui oblige les médecins à l’amputer des quatre membres. Mais elle dissimule celle de Priscilla, victime d’un streptocoque pyogène de type A qu’elle a contracté lors d’un avortement à l’hôpital de Bordeaux en 2011.

Les deux femmes étaient en attente de greffes. Elles ont un jour reçu un courrier de l’Agence de Biomédecine qui les retire autoritairement de la liste des candidates à la greffe. Entretemps, les hôpitaux n’avaient de toute façon pas reçu l’appel aux greffons qui auraient permis de les opérer.

L’une est donc partie aux Etats-Unis pour bénéficier d’une chirurgie qui leur était refusée en France sans explication. L’autre devrait suivre le même changement avant fin décembre.

Le scandale Priscilla

Plus emblématique encore que l’affaire de Laura, l’affaire de Priscilla en dit long sur l’imposture de la sécurité sociale lorsqu’elle est présentée comme la meilleure couverture à offrir aux assurés.

L’histoire vaut la peine d’être racontée:

Au cours de l’été 2011, Priscilla Dray, une commerçante bordelaise, subit au CHU de sa ville une IVG. L’opération se passe sans problèmes mais le lendemain, un samedi, « sous le coup d’une forte fièvre et prise de douleurs, elle était revenue à la maternité ». L’interne de garde lui avait retiré son stérilet, avait effectué des prélèvements et avait renvoyé la femme chez elle.

Son état n’avait fait qu’empirer par la suite. Le dimanche matin, le médecin de garde avait diagnostiqué une septicémie. Il avait prescrit une antibiothérapie et ordonné à la patiente de retourner à la maternité, où elle était arrivée vers midi.

Une nouvelle fois, son cas n’avait pas inquiété les médecins de l’hôpital. Elle ne sentait alors plus les extrémités de ses membres qui étaient froides. Priscilla Dray raconte à Sud-Ouest : « Un interne m’a accueillie en disant : ‘vous croyez qu’on hospitalise comme cela. Ils sont marrants, ces généralistes. Ils ne vont pas décider pour nous' ». Une infirmière aurait même lancé : « c’est juste une bourgeoise qui veut qu’on lui masse les pieds ». Ce n’est qu’à 17 heures, qu’ un anesthésiste lui avait administré les premiers antibiotiques.

Deux jours après, les premiers résultats d’analyse avaient révélé que Priscilla est porteuse du « streptocoque pyogène de type A », une bactérie qui entame les chairs. Quelques semaines plus tard, Priscilla Dray avait été amputée des deux pieds, de l’avant-bras droit et de la main gauche.

À ce stade, Priscilla n’est toujours pas indemnisée, et l’affaire n’est toujours pas jugée…

La Sécu, ce monstre qui broie les malades

Ce genre d’anecdotes illustre parfaitement le désintérêt que le système français de soins, encadré par la Sécurité Sociale, porte aux malades. Le service public hospitalier, pour reprendre l’invention de Marisol Touraine, est une énorme machine bureaucratique où l’intérêt du patient ne pèse rien face aux logiques bureaucratiques et aux intérêts particuliers des médecins.

Entre scandale du Mediator, de la Depakine, et refus de soin, la machine Sécu n’en finit plus de dysfonctionner.

Viry-Chatillon, ou la vraie vie des Français

À Viry-Chatillon, une bande de racailles a tenté de tuer des policiers en faction sous une caméra de vidéo-surveillance qui perturbe leurs trafics en tous genres. Une petite rétrospective de cet inquiétant fait divers permet de mieux comprendre la montée du Front National. Lassitude des habitants, impunité des voyous, faiblesse de l’Etat, ce cocktail est parfaitement composé dans ce dossier qui illustre, une fois de plus, la dégradation des rapports sociaux en France.

Que s’est-il passé à Viry-Chatillon?

Depuis près de deux ans, la mairie de Viry-Chatillon a installé une caméra de vidéo-surveillance sous le feu d’un carrefour de Viry-Chatillon, à un jet de pierres de la terrible cité de la Grande Borne, partagée avec Grigny.

Viry-chatillon

L’objectif de cette caméra est de neutraliser les actes incessants de délinquance qui ont lieu à cet endroit.

A chaque attaque le même stratagème. Bloqués à ce feu rouge de la départementale 445, des automobilistes, presque toujours des femmes, reçoivent une pluie de pierres lancées par des agresseurs cagoulés, souvent mineurs. « On a déjà interpellé un gamin de 12 ans » raconte un policier.
Le butin se trouve sur le siège passager : sacs à main, portables, ordinateurs, manteaux… Puis les agresseurs disparaissent à pied à la faveur des allées tortueuses de cette Zone de sécurité prioritaire (ZSP) au bord de l’autoroute A6, où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. « Tout se passe en cinq secondes. C’est hyper violent« , raconte une victime, encore très traumatisée, deux ans après son agression.

On mesure l’exaspération des banlieusards qui empruntent ce chemin pour rentrer chez eux ou pour partir au travail. Cette exaspération est d’autant plus grande que cette guérilla urbaine dure depuis plus de trois ans.

Un banditisme bien organisé

Contrairement à ce qu’on peut croire, cette guérilla est tout sauf une action de farfelus. Elle est la face émergée d’un iceberg mafieux assez impressionnant, précisément décrit par Le Monde en 2014…

A sa base, les petits voleurs du « Fournil » récupéraient l’argent liquide dans les sacs à main. Les pièces d’identité, elles, étaient remises à des « lieutenants », qui missionnaient des «mules» – huit jeunes femmes proches du réseau – chargées d’ouvrir des comptes chèque postal au nom des victimes. Un faussaire fournissait ensuite des fiches de paye falsifiées et de fausses quittances EDF, 15 euros pièce.

Munies de ces faux documents, les jeunes femmes contractaient des prêts à la consommation auprès d’organismes de crédit afin d’alimenter les comptes bancaires. Elles se rendaient ensuite chez un concessionnaire et achetaient à crédit des véhicules, aussitôt revendus en dessous de leur prix dans la cité ou sur le site Leboncoin.fr.

Le produit de l’impuissance publique

Bien entendu, ces trafics organisés profitent de l’impuissance publique, dont les deux visages sont bien connus.

D’une part, la police ne cherche jamais ou presque à élucider les affaires de petite délinquance. D’autre part, la justice laisse les mineurs auteurs de ces faits impunis. Là encore, on lire l’article du Monde pour suivre les détails de ce dossier:

Les gamins, âgés de 13 à 17 ans, arrêtés en possession de faibles sommes d’argent, encourent des peines minimes ou sont aussitôt relâchés. Les « vols à la portière », eux, se multiplient. A court d’idées, les autorités vont jusqu’à envisager l’installation de caméras, la suppression des feux et même la construction d’un rond-point…

Il est rare que les services de police prennent le temps d’enquêter en profondeur sur de simples infractions de voie publique. Mais face à la fréquence des vols, les services de la sûreté départementale décident d’attaquer le problème à la racine.

Tout est dit…

Une guérilla de plus en plus violente

Face au laxisme des pouvoirs publics, bien connu de tous ceux qui vivent dans des quartiers abandonnés par une élite donneuse de leçons, les mafieux de la Grande Borne ont haussé le ton. Là encore, la presse nationale n’a pas hésité à s’en faire l’écho:

Samedi dernier, c’est la caméra elle-même du fameux carrefour qui a été ciblée, détruite à l’aide d’une fourgonnette volée, utilisée comme voiture-bélier, puis incendiée au cocktail Molotov. La scène, violente, s’est déroulée à l’heure du déjeuner, sous les yeux de nombreux passants. Juste avant, les agresseurs, très déterminés, avaient tenté de braquer un poids lourd, déjà au cocktail Molotov, mais le chauffeur avait réussi à leur échapper.

La caméra, fixée à une dizaine de mètres de hauteur sur un lampadaire, était en sursis depuis plusieurs mois. Au printemps, un camion-poubelle volé avait raté l’objectif et fini sa course dans un arbre. Une tentative de découper le candélabre à la tronçonneuse thermique avait également échoué.

Et pendant ce temps, Emmanuel Macron a prononcé un discours vide qui a froissé Hollande et Valls, la droite s’est déchirée, et la prévision de croissance a été révisée à la baisse.

Comme on le sait, en France, ça va mieux.

Et si l’animal Sarkozy assumait vraiment son populisme?

Article écrit pour Atlantico.

Sarkozy n’est jamais aussi percutant, déterminé, charismatique que dans les moments difficiles où tout le monde pronostique son effondrement. Il en a donné une nouvelle preuve au journal de 20 heures de France 2, hier, où il a renversé l’ordre du débat en proposant deux referendums dès les élections législatives de juin 2017 sur la rétention administrative des fichés S et sur le regroupement familial. Qu’on aime ou pas, qu’on le veuille ou pas, l’animal Sarkozy a senti la situation et bousculé ses adversaires par une proposition tonitruante dont tout le monde parle, et qui oblige ses adversaires à prendre position.

Pourra-t-il s’arrêter au milieu de cette voie dans laquelle il vient de s’engouffrer ? Ou a-t-il intérêt à faire son coming-out bonapartiste complet ? La question est ouverte.

Sarkozy bousculé par Buisson

Une ombre planait sur le plateau de France 2 hier: celle du Raspoutine alopécique Patrick Buisson, qui a ouvertement accusé Sarkozy de mentir cyniquement à ses électeurs, en formulant des propositions qu’il n’a aucune intention de réaliser. On a bien senti que l’interview était tout entière organisée autour de ce tabou qu’on ne pouvait violer mais qu’on avait tous en tête.

D’où la proposition de Sarkozy d’organiser un referendum le jour même des législatives, histoire de laisser les Français le sanctionner s’il ne tenait pas parole.

L’influence orbanienne?

Le présentateur a, au passage, glissé une allusion à Viktor Orban, dont nous révélions hier que Nicolas Sarkozy avait recruté un conseiller, Arpad Habony. De fait, face à Juppé dopé par ses tisanes qui lui permettent de conserver le maillot jaune dans les étapes de montagne, Sarkozy pratique la fuite non pas en avant mais vers la droite, en multipliant les propositions qui pourraient convaincre les électeurs du FN de venir le soutenir.

On parlera désormais de la tentation orbanienne de Sarkozy.

Un pari gagnant face au confusionnisme de Juppé?

Chacun appréciera l’orientation. Certains l’appelleront même une dérive. Elle cache en réalité une course à l’élargissement du socle électoral qui plombe la primaire des Républicains. Juppé a d’ailleurs ouvert le premier la boîte de Pandore en proposant aux électeurs de gauche de venir voter. Un candidat de droite désigné avec des voix de gauche? Ce confusionnisme-là appelait la réaction de Sarkozy vers le vote FN.

Reste à savoir si les Républicains survivront à la tension imposée par cette épreuve de tir à la corde écossaise. La distance entre les électeurs centristes et le camp d’en face risque en tout cas de bien s’agrandir à l’issue de la confrontation.

Sarkozy à mi-chemin de son populisme

Sarkozy apparaît toutefois encore à mi-chemin de son populisme, comme s’il voulait bien s’en servir sans l’assumer vraiment. Car, au point où il en est dans sa désignation des élites face au parler vrai du peuple français, il manque une brique essentielle. Comment peut-on critiquer un régime dominé les élites sans proposer de changer le régime lui-même?

L’organisation d’un referendum sur l’internement des fichés S lui en donnera pourtant l’occasion. L’article 11 de la Constitution compliquera en effet l’organisation de ce referendum… disons même que Sarkozy aura besoin de réformer la Constitution pour le permettre, ce qui exclut le respect de la date du 18 juin pour tenir le scrutin.

Au lieu d’être le candidat orbaniste du referendum, Sarkozy ne gagnerait-il pas à devenir le candidat de la rupture en proposant de changer le régime tout entier? Le peuple l’attend, et le populisme a (souvent) du bon lorsqu’il est parfaitement assumé.

Splendeur et misère de la primaire des Républicains

Au fond, l’absence de base électorale claire pour cette primaire a du bon. Elle crée une virulente mais saine concurrence entre deux lutteurs qui sont capables du pire comme du meilleur. On se félicite donc que les Républicains n’aient pas posé comme principe simple d’interdire aux électeurs de la primaire de participer aux primaires de la gauche. Cette idée simple et facile à mettre en oeuvre nous aurait évidemment ces débordements.

Vive le manque d’imagination des crânes d’oeuf qui ont préparé ce scrutin! Et chapeau à l’animal électoral Sarkozy, qui pourrait bien bousculer le système sans s’en rendre compte, comme un chien aveuglé par la piste qu’il suit.

 

Le PLFSS 2017, ou la route de la servitude pour les entrepreneurs

Réduire toujours un peu plus les turbulents entrepreneurs dans une servitude quasi-volontaire ou, en tout cas, à peu près acceptée, tel est le vieux rêve de la machine étatique et de ses tristes chevaliers de la technostructure. Dans ce long combat qui oppose les uns et les autres depuis plusieurs décennies, le PLFSS 2017 ne fait pas défaut à l’appel et multiplie les petites escarmouches réglementaires qui sont autant de discrets harcèlements pour rendre intenable la vie du chef d’entreprise.

Cette année, l’art de dissimuler ce harcèlement sous des baisers toxiques a d’ailleurs atteint un certain niveau d’excellence.

Le CICE, ou charité bien ordonnée…

Le PLFSS 2017 précise triomphalement que le taux de CICE (Crédit Impôt Compétitivité Emploi) est porté de 6 à 7% de la masse salariale. Évidemment, les entreprises se réjouissent de ce petit geste au bon coeur du gouvernement, qui permet de recevoir, pour une fois! un courrier de l’administration fiscale qui annonce une bonne nouvelle.

On n’oubliera toutefois pas deux choses essentielles ici.

La première est qu’aucune baisse artificielle de taux ne remplacera jamais une mesure de vérité sur le coût de la protection sociale. Pourquoi prélever les richesses avant d’en rendre une partie, quand il serait plus simple de baisser directement les taux de cotisation?

La deuxième est que le CICE est d’abord un cadeau fait aux grandes entreprises. Je ne résiste d’ailleurs pas ici au plaisir de produire le tableau réalisé utilement par le Journal du Net l’an dernier:

plfss 2017

On notera ici, avec amusement, que la Poste et la SNCF avaient récolté, à elles seules, près de 700 millions d’euros grâce à cette mesure. Le CICE représente la moitié du résultat net de ces entreprises quasi-publiques et accessoirement monopolistiques. En augmentant le CICE de 18%, on voit toutefois qui sera le premier bénéficiaire de la mesure… et quel calcul politique guide la main du gouvernement lorsqu’il impose des charges nouvelles à la SNCF (sur Alstom par exemple).

Ce petit rappel chiffré n’est pas inutile pour l’entrepreneur qui attend son chèque de CICE pour un montant de 10 ou 20.000 euros…

85 euros de CICE pour les entrepreneurs individuels

Dans son exposé des motifs, le gouvernement avance une autre mesure supposée généreuse pour les entrepreneurs, et définie par l’article 8 du PLFSS:

Le dispositif consiste ainsi en une réduction dégressive du taux des cotisations d’assurance maladie-maternité, actuellement fixé à 6,5 %, pour les travailleurs indépendants dont les revenus annuels sont inférieurs à 70 % du plafond annuel de la sécurité sociale (PASS) soit environ 27 000 euros. Le niveau maximal de réduction de taux serait ainsi de 3,5 points, cette réduction diminuant ensuite linéairement jusqu’à 27 000 €, à partir duquel le taux revient au taux normal de 6,5 %. Pour un travailleur indépendant disposant de 15 000 euros de revenus annuels, le gain annuel s’élèvera ainsi à 234 euros.

Cette mesure constitue un effort financier global de 150 millions d’euros en faveur de 1,8 million de travailleurs indépendants (artisans, commerçants et professions libérales), dont 600 000 micro-entrepreneurs.

Voilà ce qui s’appelle l’aumône. Dans la pratique, la dégressivité des taux cotisations pour les indépendants représente un effort de 85 euros par tête et par an, soit une baisse de 7 euros par mois. Oh merci mon bon maître! vous êtes trop généreux! quelle superbe mesure pour relancer la prise de risque en France.

Un pas de plus vers la servitude du régime général

En contrepartie de ces mesures savamment calculées et rationnées, quelle est la contrepartie à payer pour les entrepreneurs? Leur absorption définitive dans le régime général de la sécurité sociale, que le gouvernement prépare activement là où il devrait supprimer le monopole du RSI pour respecter le voeu des assurés du régime.

Voici ce qu’en dit le PLFSS:

Par conséquent, le présent article met en place une organisation nouvelle du recouvrement des cotisations sociales des travailleurs indépendants :

– en supprimant les mécanismes complexes de fractionnement de compétences entre les deux réseaux, pour établir leur co-responsabilité entière sur la totalité des missions de recouvrement des cotisations et contributions des artisans et commerçants ;

– en créant une structure de pilotage national unique, conduite par un directeur national, responsable de la performance du recouvrement et de la qualité du service rendu aux cotisants dans les deux réseaux et ayant autorité sur l’ensemble des services en charge de ces missions.

Les dispositions de l’ordonnance de 2005 créant l’interlocuteur social unique sont en conséquence abrogées.

On commence par une structure de pilotage unique, et on finit par une structure unique, tôt ou tard.

On voit comment face au catastrophique RSI, imposé par les ministres conseillers d’Etat Philippe Bas et Renaud Dutreil (soutien d’Emmanuel Macron) en 2005, après une résistance victorieuse opposée pendant 60 ans par les indépendants, le gouvernement continue inlassablement sa logique de bétonnage autour des indépendants. Contre vents et marées, la direction de la sécurité sociale impose une vision globalisante là où les entrepreneurs ont besoin de liberté.

Quand la technostructure prend le pouvoir

Ce PLFSS restera donc dans les annales comme un beau symbole de réussite pour la technostructure. Il parvient en effet à marquer une étape importante dans l’asservissement des entrepreneurs à l’Etat, en dehors de toute conscience gouvernementale. L’équipe au pouvoir est probablement trop obsédée par les élections et ne contrôle plus que l’affichage des mesures. En sous-main, la technostructure continue son travail de fourmi, de grignotage, pour soumettre à sa loi l’ensemble de la société française.

La méthode est désormais éprouvée: une grande mesure générale (la hausse du CICE) qui profite aux amis du capitalisme de connivence, et très accessoirement, aux PME et aux TPE, histoire d’acheter leur silence. Des miettes pour les lilliputiens de l’auto-entreprise, histoire de se racheter une conduite. Et un gigantesque empapaoutage pour tout le monde, avec un pas de plus vers la dissolution du RSI dans le régime général, dont les syndicats ne veulent généralement pas pour eux-mêmes tant il est sous-performant.

Allez les entrepreneurs! on se réveille!

Le conseiller politique de Viktor Orbán au chevet de Sarkozy ?

Cet article est paru sur le site Hulala.

Árpád Habony, éminence grise du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, viendrait de s’engager auprès de Nicolas Sarkozy dans sa course à la présidentielle, rapportent de nombreux médias en Hongrie.

D’après les informations du journal Figyelő, la société de communication d’Árpád Habony,spin doctor de Viktor Orbán, Danube Business Consulting Ltd., aurait obtenu des contrats dans l’entourage proche du candidat français à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy. L’équipe de communication de Sarkozy a démenti ces informations au journal. Pourtant, écrit Figyelő, des sources concordantes tendent à renforcer cette information et le partenariat aurait même obtenu l’aval du Premier ministre hongrois en personne.

Ce nom, que l’équipe de M. Sarkozy dit ignorer, n’est pourtant pas tout à fait inconnu au sein de la droite française. Le quotidien hongrois Népszabadság (centre-gauche) a ainsi révélé au printemps de l’année dernière que le jeune conseiller hongrois – probable responsable de la campagne gouvernementale contre les réfugiés – entretenait des liens de longue date avec des cadres de LR (Les Républicains) et de l’ancienne UMP. Le quotidien affirme également que la stratégie de communication du Fidesz, caractérisée par un emprunt systématique des thèmes de ses adversaires (triangulation), s’inspirait directement de la campagne qui a porté Nicolas Sarkozy à l’Elysée en 2007.

 

Toujours selon Népszabadság, le lien entre Árpád Habony et la droite française serait Alexandre Basdereff, fondateur d’Optimus, une agence de conseil en communication spécialisée dans les levées de fonds pour ONG et établissements publics, et ancien responsable de la cellule de communication de la campagne de Jacques Chirac, puis désigné chef du service d’information et de diffusion par le président en 1995 (Les Echos). M. Basdereff serait même l’un des trois propriétaires d’une agence de communication cofondée au milieu des années 2000 par Habony «Europtimus Tanácsadó Marketing Rt.», qui deviendra plus tard «Nézőpont Elemző és Kutató Intézet». Contacté par Hulala l’année dernière, Alexandre Basdereff indiquait toutefois ne pas avoir eu de liens avec Árpád Habony depuis 2008.

Un activisme au service de la frange la plus droitière du PPE

Árpád Habony et ses associés semblent entretenir des connexions fortes avec plusieurs partis européens, comptant parmi la frange la plus droitière du Parti populaire européen. Selon plusieurs sources concordantes citées par Figyelő, Árpád Habony aurait ainsi participé à redorer l’image du parti conservateur croate HDZ, revenu au pouvoir en 2015 sur une ligne proche de celle de Viktor Orbán.

Concernant l’ancien président français, le site Index.hu estime qu’«un succès de Sarkozy ferait les affaire d’Orbán, car un allié comme le président français, aux vues très proches des siennes, le renforcerait au sein de la famille européenne». En avril, lors de sa tournée européenne pour plaider une politique d’immigration restrictive et un renforcement des frontières extérieures de l’espace Schengen, les deux leaders conservateurs s’étaient même rencontrés en France. Une rencontre mentionnée par le service de communication du Premier ministre hongrois, mais que l’équipe de l’ancien président français s’était gardé de rendre publique. A l’automne 2015, M. Orbán s’était défendu d’être un extrémiste, arguant que Nicolas Sarkozy avait les mêmes vues que lui sur l’immigration.

Des connexions avec les droites américaine et israélienne

La société Danube Business Consulting Ltd., créée en 2015, aujourd’hui dirigée par Tamás Lánczi, a été cofondée par Árpád Habony et Arthur J. Finkelstein, un spin doctor de longue date des droites américaine et israélienne. Le lobbyiste new-yorkais, connu pour avoir ringardisé le mot «libéral» chez les Républicains, a compté parmi ses clients Richard Nixon, Ronald Reagan, Ariel Sharon, Benjamin Netanyahou, ainsi que nombre de dirigeants en Europe centrale et du Sud-Est.

La connexion entre Arthur J. Finkelstein et Viktor Orbán permettrait de mieux comprendre la nature de la polémique qui avait opposé le Premier ministre hongrois à un autre lobbyiste américain, le philanthrope George Soros. Proche des démocrates, un des principaux soutiens financiers de la campagne de Hillary Clinton à la présidentielle américaine, le milliardaire d’origine hongroise est souvent considéré comme une des bêtes noires des Républicains. En avril dernier, Viktor Orbán l’avait accusé de lever en sous-main une «armée de l’ombre» contre lui.

Et si on faisait taire Internet

Faire taire Internet! On connaît ce rêve qui s’empare régulièrement des élus de la République, ces grands donneurs de leçons dont la bulle éclate régulièrement à cause de la liberté d’expression sur Internet. Il ne se passe pas une session parlementaire sans que le législateur ne tente une manoeuvre pour pénaliser et criminaliser l’usage d’Internet qui déplaît tant. C’est encore le cas dans l’ubuesque projet de loi « égalité et citoyenneté« , un texte fourre-tout dont personne ne comprend ni le sens, ni la cohérence, ni l’unité.

Les amendements liberticides du Sénat

Le Sénat vient de durcir le texte adopté par l’Assemblée Nationale. Voici où nous en sommes:

· L’extension de l’interruption d’un service de communication en ligne par le juge des référés

Votre commission spéciale salue l’extension proposée des délits de presse permettant l’extension de l’interruption d’un service de communication en ligne diffusant des propos de nature délictuelle.

Cette procédure présente en effet l’intérêt de permettre une action du ministère public sans qu’il soit nécessaire d’avoir à agir contre l’auteur des propos incriminés, difficilement identifiable sur Internet.

· La possibilité de requalification

Votre commission spéciale a approuvé la possibilité de requalifier les diffamations et injures raciales, considérant que l’impossibilité pour le juge de requalifier les faits dont il est saisi contribue à affaiblir très substantiellement les mécanismes répressifs de la loi du 29 juillet 1881.

Par l’adoption des amendements COM-199 et COM-272 de MM. Thani Mohamed Soilihi, Alain Richard et François Pillet, elle a étendu cette possibilité à l’ensemble des infractions de presse car limiter ce retour au droit commun de la procédure pénale à un nombre restreint d’infractions de presse, comme le propose le présent article, entrainerait un risque d’incohérence de la loi de 1881. Il est donc préférable de permettre au juge de requalifier tous les délits de presse dont il est saisi et il convient de supprimer le formalisme attaché aux qualifications initiales.

· L’aménagement des délais de prescription

Votre commission spéciale a approuvé la suppression de la restriction des actes interruptifs de prescription pour les délits de presse aggravés.

Elle a également adopté les amendements COM-202 et COM-267 de MM. Thani Mohamed Soilihi et François Pillet visant à reporter le point de départ des infractions de presse commises sur Internet à la date à laquelle cesse la mise à disposition au public du message.

Dans leur rapport d’information n° 767 (2015-2016) « L’équilibre de la loi du 29 juillet 1881 à l’épreuve d’Internet », nos collègues relevaient que le régime de la prescription des délits de presse semblait inadapté aux spécificités d’Internet. La difficulté d’identifier l’auteur des faits et de le poursuivre dans les délais de prescription ainsi que la sphère de diffusion des messages en ligne semblentjustifier un traitement différencié pour le délai de prescription des infractions de presse sur Internet.

Lors de l’examen de la loi pour la confiance dans l’économie numérique, le Parlement avait fixé le point de départ du délai de prescription d’un message diffusé exclusivement en ligne à la date de fin de sa mise à disposition au public. Cette disposition avait été censurée par le Conseil constitutionnel qui relevait que la différence de régime instaurée dépassait « manifestement ce qui serait nécessaire pour prendre en compte la situation particulière de messages exclusivement disponibles sur un support informatique ». Le Conseil constitutionnel avait néanmoins relevé que la « prise en compte de différences dans les conditions d’accessibilité d’un message dans le temps » n’était pas contraire au principe d’égalité383(*).

Au regard de l’évolution des circonstances de fait, notamment par le développement massif de réseaux sociaux et de technologies de l’information accessibles à tous qui n’existaient pas en 2004, il semble que cette jurisprudence puisse être aménagée pour admettre le caractère continu des infractions commises sur Internet.

· La réparation des dommages causés par les abus de la liberté d’expression

Votre commission spéciale a également adopté deux amendements identiques COM-203 et COM-269 de MM. Thani Mohamed Soihili, Alain Richard et de M. François Pillet visant à permettre une réparation des préjudices nés des abus de la liberté d’expression sur le fondement de la responsabilité civile de droit commun et d’exclure toute uniformisation des procédures d’assignations civiles sur les contraintes de la loi du 29 juillet 1881.

En effet, comme le soulignait le rapport de MM. Thani Mohamed Soihili et François Pillet relatif à l’équilibre de la loi du 29 juillet 1881 à l’épreuve d’Internet, « la Cour de cassation a progressivement appliqué aux assignations en matière de presse devant le juge civil, l’ensemble des contraintes procédurales de la loi du 29 juillet 1881. »

En outre, votre commission spéciale a adopté deux amendements identiques COM-200 et COM-265 de MM. Thani Mohamed Soihili, Alain Richard et de M. François Pillet visant à supprimer l’automaticité de la fin des poursuites en cas de désistement du plaignant.

Le rapport d’information précité soulignait que « l’extinction des poursuites entrainée par le désistement de la partie poursuivante fait courir un double risque d’instrumentalisation de la juridiction et de confusion de la politique pénale » et en proposait la suppression.

La victime dispose en effet, par le biais de la plainte préalable, de la garantie de savoir qu’aucune action ne peut être intentée sans son accord. De plus, au regard de l’augmentation du contentieux de la presse, il semblerait par ailleurs justifié de permettre aux juridictions de définir une politique pénale cohérente.

Enfin, votre commission spéciale a adopté deux amendements identiques COM-201 et COM-266 de MM. Thani Mohamed Soihili, Alain Richard et de M. François Pillet visant à déterminer un délai fixe entre la délivrance d’une citation et l’audience de comparution, en supprimant la règle de l’ajout d’un jour supplémentaire par 5 myriamètres, soit 50 kilomètres de distance.

Donc, partout, de la pénalisation, de l’aggravation des peines, de l’intimidation contre la liberté d’Internet.

Pourquoi Internet dérange les élus?

Louis XVI avait connu l’inconfort des clubs, des sociétés, des loges maçonniques, qui l’avaient déstabilisé. La France d’Ancien Régime découvrait alors la liberté d’expression et le pouvoir en mesurait peu à peu les dégâts. Cela ne signifie pas que la Révolution trouve son origine dans ces formes nouvelles d’expression. Mais il est acquis que, face à un régime moribond, la réaction politique n’aurait pas pris la même forme « républicaine » sans l’intervention de ces milliers de société qui véhiculaient l’idéologie des Lumières.

François Hollande et les élus qui l’entourent découvrent peu à peu Internet et la libération de la parole qu’il permet. Souvent, les élus, qui sont majoritairement coupés de la réalité économique, sous-estime la poids du Net et restent accrochés à la civilisation du papier comme des berniques à leur rocher. Et soudain, ils découvrent qu’Internet les a visés et mis en cause, a rompu le ronron que les subventions à la presse permettent encore si souvent de maintenir.

Et cela, c’est insupportable!

L’exemple de l’affaire Cahuzac

Prenons, au hasard, l’affaire Cahuzac. Aurait-elle existé sans Mediapart et ses révélations? Non, évidemment, et c’est bien cette obsession-là que le législateur a en tête lorsqu’il cherche à multiplier les contraintes qui pèsent sur Internet. Il ne peut s’agir d’une attaque de front, qui serait à coup sûr censurée par le Conseil Constitutionnel.

En revanche, sous couvert de lutte contre le racisme, le sexisme, et autres mauvais prétextes, il s’agit bien entendu de donner la possibilité d’intimider la presse numérique, souvent très désargentée par rapport aux groupes subventionnés. L’enjeu, là encore, n’est pas d’établir la justice, mais de dissuader ceux qui s’expriment sur Internet de remettre en cause le régime et les sornettes qu’il propage pour légitimer son existence.

Avec le projet de loi Egalité et Citoyenneté, l’objectif est bien de permettre à tous les puissants d’intimider leurs détracteurs numériques, en permettant de multiplier les procédures contentieuses coûteuses, et en réduisant les chances, pour les internautes, de gagner ces dossiers.

Dans le cas d’une affaire Cahuzac, le ministre doit pouvoir (dans l’esprit des élus) disposer d’un arsenal juridique capable d’assécher la trésorerie du site qui le dénonce, même si ce site dit la vérité.

Faire taire les critiques plutôt que réformer

Intuitivement, nous comprenons tous la mécanique intellectuelle des parlementaires qui tentent de peser de tout leur poids pour faire taire le net. A la différence de la presse écrite, qui dépend des subventions publiques pour sa survie, Internet est libre, et donc dangereux.

Face à des institutions qui se battent farouchement pour préserver leurs privilèges obsolètes (on se souvient ici des simagrées de Bartolone pour empêcher la publication du patrimoine des députés), au lieu d’y renoncer et de répondre aux attentes de la société civile, celle-ci n’a pourtant pas le choix. Elle doit faire valoir son droit d’inventaire et elle utilise Internet pour le faire.

Les élus peuvent avoir l’illusion qu’ils pourront préserver leurs avantages par l’intimidation. Ils ont mal compris ce qu’était Internet. De ce point de vue, il y a, chez nos élus, la même incompréhension du monde qui les entoure que celle des députés de 1945 face à la décolonisation.

Un combat d’arrière-garde

On peut, bien sûr, croire que la loi arrêtera le progrès des libertés. On peut, quand on est député, préserver son petit pouvoir et son illusion d’être important sur le dos de la société tout entière, en lui faisant perdre du temps. Incontestablement, la loi Egalite et Citoyenneté peut retarder la disparition des privilèges. Mais c’est un combat d’arrière-garde car, tôt ou tard, la liberté triomphera et les scélérats seront renversés.

Leur disparition sera d’autant plus brutale qu’ils auront voulu la freiner arbitrairement.

Défendre la liberté de la presse numérique

Le Parlement menace la liberté de la presse numérique. Nous reprenons ici un texte dénonçant cette manoeuvre.

Les sociétés des journalistes signataires font part de leur vive inquiétude à propos du projet de loi intitulé « égalité et citoyenneté », qui pourrait réduire dangereusement la liberté de la presse.

Ce texte est examiné par le Sénat depuis mardi [4 octobre]. Il entend vider de son contenu la loi du 29 juillet 1881, sous couvert de lutter contre les abus d’Internet. Le Sénat s’apprête à remettre en cause ce texte fondateur sans concertation préalable avec les représentants des journalistes.

De quoi s’agit-il ? Les sénateurs envisagent notamment de jeter à la poubelle le principe de la prescription des délits de presse – à commencer par la diffamation – au bout de trois mois, à compter de la date de publication : sur le support Internet, ces infractions deviendraient, de fait, imprescriptibles, au même titre que les crimes contre l’humanité.

Ainsi, les contenus audiovisuels rediffusés ou disponibles conjointement en ligne (podcasts, replays, etc.), pourront être poursuivis indéfiniment, ce qui introduit une discrimination manifeste entre les médias et les supports.

De même, selon le texte sénatorial, la presse en ligne uniquement disponible sur Internet se trouve totalement discriminée par rapport à la presse diffusée à la fois sur support papier et sur Internet, puisqu’elle sera, par nature, exclue de la prescription trimestrielle et soumise à un risque d’action tant que ses articles seront en ligne.

Par ailleurs, le texte prévoit de supprimer une garantie fondamentale des droits de la défense, reconnue comme telle par le Conseil constitutionnel. Aujourd’hui, c’est à celui qui s’estime diffamé ou injurié de préciser exactement par quel passage, et de qualifier le délit (injure, diffamation ou autre). S’il se trompe, son action est déclarée nulle par le tribunal. Ce système est très protecteur de la liberté de la presse et est remis en cause par le Sénat, qui ouvre la voie à des poursuites judiciaires dans lesquelles le journaliste devra se défendre sans savoir exactement ce qui lui est reproché.

Enfin, les sénateurs entendent autoriser le contournement de la loi de 1881 en permettant les actions en justice sur le fondement d’une simple faute civile. Du coup, toute personne, qu’il s’agisse d’un particulier ou d’une entreprise, pourra exiger des dommages et intérêts pour un article qui lui déplaira.

Nous, sociétés des journalistes, appelons tous les titres à nous rejoindre pour se mobiliser contre ce projet de loi liberticide, qui met en péril l’un des piliers de la démocratie, consacré par le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme.