Accueil » Archives pour Éric Verhaeghe

Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Quel prix à payer pour un parlement de la zone euro?

En pleine crise grecque, François Hollande s’est empressé aujourd’hui (sans surprise) de plaider pour un parlement de la zone euro:

« A terme, je souhaite qu’il y ait aussi un parlement de la zone euro », a déclaré le président lors de sa traditionnelle interview télévisée du 14-Juillet. (…)

« Il faut avancer et donc je proposerai que nous puissions aller plus loin, bien sûr en cohérence avec l’Allemagne sur le gouvernement économique », a annoncé le président qui a repris les souhaits traditionnels de la France pour établir un budget de la zone euro et une convergence fiscale.

Les présidents des grandes institutions européennes ont déjà rendu un rapport en juin dans lequel ils préconisent un renforcement conséquent de l’intégration des pays de la monnaie unique via un changement des traités de l’Union dans la prochaine décennie.

Un objectif à long terme évoqué dans ce document est la création d’un Trésor pour la zone euro.

 

L’idée de renforcer la convergence économique entre l’Allemagne et le reste de l’Europe paraît évidemment très drolatique en plein milieu d’une crise où il n’est pas sûr que l’Union soit capable d’éviter un grand krach financier à la Grèce. Une telle incongruité appelle forcément une question: de quel cadeau ce coup de pouce est-il la contrepartie?

Le parlement de la zone euro, une idée allemande

Remarque préliminaire: le parlement de la zone euro, avec un budget de la zone euro et une politique économique de la zone euro, est forcément une idée allemande. D’abord parce que, démographiquement, l’Allemagne y serait majoritaire et pourrait donc y imposer ses volontés. Ensuite parce que seule l’Allemagne peut tirer profit d’une plus grande intégration économique fondée sur les critères de Maastricht.

Avec malice, on pourrait se demander: pourquoi commencer par un parlement et non par un gouvernement? Précisément parce qu’un parlement est plus faible qu’un gouvernement. Cette formule donnera une prime automatique à l’Etat dominant dans la zone, qui aura l’initiative des lois et un droit de veto de fait sur tout ce qui s’y vote. Seule l’Allemagne tirera de cette formule commode où les décisions préparées à Berlin seront légitimées par une chambre spéciale.

De quel cadeau le parlement de l’euro est-il une contrepartie?

Pourquoi François Hollande accepte-t-il de promouvoir cette idée qui n’est rien d’autre qu’un piège supplémentaire tendu à la démocratie?

Deux hypothèses (cumulatives ou non) sont envisageables.

Soit il y croit sincèrement parce qu’il est aveugle et que la domination allemande le rassure, sur le mode de l’enfant qui se dit: « Je ne suis pas capable de m’en sortir seul, donc il vaut mieux avoir les parents avec moi ».

Soit il délivre une promesse faite en échange d’une bienveillance de l’Allemagne vis-à-vis d’une France qui ne réforme pas et qui n’est gouvernée qu’aux marges par une fonction publique et une police hypertrophiées.

Je laisse chacun choisir les scénarios les plus plausibles.

Le début des fléaux pour la France

Le problème avec le parlement de la zone euro tient au fait qu’il donnera une légitimité démocratique à des décisions contraignantes pour la France mais prises par l’ensemble des partenaires européens. Ainsi, si la Finlande décide de n’envoyer que des députés « eurosceptiques » et francophobes à Bruxelles, la France devra avaler des couleuvres inattendues de leur part, comme des réformes bien plus brutales que la loi Macron…

Car c’est cela que signifie un parlement de la zone euro: un gardien de l’orthodoxie budgétaire qui ne s’embarrassera guère de savoir si la CFDT ou la CGT sont d’accord avec telle ou telle mesure imaginée en chambre.

Peu de Français europhiles ont compris que la première conséquence du parlement de l’euro, c’était cette subordination à des gens de l’empire qui ne comprennent rien à la France.

 

Sauver la Grèce et marcher sur la tête

« Sauver la Grèce, sauver l’Europe »… l’interview télévisée de François Hollande devrait donner l’occasion de quelques leçons et péroraisons dans la veine des instituteurs tout droit sortis de la Troisième République. Le discours présidentiel du 14 Juillet pourrait même être transmis depuis un musée Grévin du radical socialisme, on n’y verrait que du feu. On l’entend d’ici, notre Président, vanter les mérites de son intervention diplomatique grâce à laquelle l’idéal européen est sorti renforcé, etc. Devant cet exercice ahurissant de pensée unique et de soumission à une politique absurde, il n’était pas possible de rester silencieux.

Sauver l’Europe ou sauver l’euro?

Au sommet européen de Bruxelles, il ne s’est évidemment pas agi de sauver l’Europe, mais seulement de sauver l’euro. Tous l’avaient très bien compris autour de la table, y compris Angela Merkel qui a proposé un « Grexit temporaire » qui sonnait comme un: « si vous voulez garder un euro uni, alors, il faudra accepter le diktat allemand ».

Allons même plus loin: le sommet de Bruxelles a sauvé l’euro, en conservant la Grèce dans son sein, mais en la soumettant à la curée. Il a en revanche tué l’Europe: on sait désormais que celle-ci a ses règles, qui ne sont pas celles de la volonté des peuples, mais celles de la volonté de quelques-uns d’entre eux, et singulièrement de l’Allemagne.

Sauver la Grèce? ou plutôt l’achever

La victime unique du sommet de Bruxelles s’appelle la Grèce. Certes, les Grecs nous usent depuis des années à parler de réformes qu’ils ne mettent jamais en place. Il n’en reste pas moins que… leur exécution en place publique, après une tentative ubuesque de referendum, constituera un stigmate durable dans l’histoire du continent. On a parlé à juste titre de mise sous tutelle: contrairement à ce qui est rapporté, l’accord de Bruxelles n’échange pas de l’austérité contre une aide salvatrice. Il exige des mesures expéditives (dont certaines de modernisation indispensable) tout de suite contre une promesse d’examen d’un plan d’aide plus tard. Soumettez-vous, et peut-être aurez-vous le droit de manger.

En attendant, les Grecs (et c’est le seul bénéfice qu’ils ont arraché) devraient recevoir l’argent nécessaire au remboursement de leurs créanciers. Mais pas un Grec ne verra la couleur de cet argent, et l’exercice sera tout sauf une partie de plaisir! l’échec de l’Eurogroupe hier l’a montré.

L’imposture Tsipras

L’imposture Tsipras éclate désormais au grand jour. Il serait en effet abusif de faire peser sur l’Allemagne la responsabilité unique de ce qui vient de se passer. Si Tsipras n’avais pas joué aux apprentis Machiavel, flanqué de son burlesque Varoufakis qui lui aura fait tout perdre, le peuple grec ne se trouverait pas dans cette mauvaise passe.

Rappelons que, le 20 février, la Grèce a signé un pré-accord avec ses créanciers qui était beaucoup moins rigoureux que le texte du 13 juillet. Si la Grèce n’avait pas, à partir de fin février, joué la montre en partant du principe que l’Allemagne n’oserait pas taper du poing sur la table et prendre le risque de faire tanguer la zone euro, l’addition finale serait beaucoup moins salée. Entre-temps, quatre précieux mois ont été gaspillés, qui ont permis à la Grèce de tomber en récession, de faire faillite, et d’être contrainte à rationner les liquidités pour éviter l’écroulement du système bancaire.

Tsipras mérite d’être jugé en place de grève pour cette catastrophe qu’il a organisée de bout en bout.

La folie de Tsipras face à l’euro

L’erreur cataclysmique de Tsipras est digne d’un débutant: elle consiste à avoir annoncé d’emblée qu’il ne quitterait pas la zone euro, tout en conspuant régulièrement les règles du jeu et ses créanciers. Tsipras a imaginé pouvoir prendre la zone euro en otage tout en annonçant qu’il ne voulait pas mourir avec elle.

C’était pain béni pour l’Allemagne que de vendre très chèrement une reddition annoncée de très longue date.

Sortir de l’euro, la seule solution pour la Grèce

Partout en France, le maintien de la Grèce dans la zone euro est présenté comme une grande victoire pour la Grèce et pour l’Europe. Cette incapacité à poser la question du bien-fondé d’une présence grecque dans la zone euro est ahurissante. Elle prépare la grande crise européenne de demain. Le premier malheur de la Grèce s’appelle en effet l’euro: le bon sens, pour les Grecs, est de reprendre leur liberté monétaire et de pouvoir dévaluer à leur aise quand ils perdent de la compétitivité. Pour ce pays où le tourisme est si important, l’instauration d’une monnaie nationale est une aubaine: elle permet de faire venir à bon compte une devise forte comme l’euro tout en disposant de produits peu chers sur place.

Une impressionnante pensée dominante interdit aujourd’hui de poser le débat, y compris en Grèce. Dommage pour les Grecs et dommage pour ceux qui comprendront tôt ou tard que la monnaie unique ne profite durablement qu’à l’Allemagne.

La gauche française n’a rien compris à son malheur

Cet attachement à l’euro est curieusement propagé par des gens comme Mélenchon dont la posture ne manque pas d’étonner. On veut l’euro, mais on combat l’austérité. On veut une monnaie unique avec l’Allemagne, mais on refuse de respecter les critères de convergence économique que l’on a acceptés lors de la signature du traité de Maastricht. Cette démagogie fera un jour le malheur de la France, comme elle fait le malheur du peuple grec.

Car la curée imposée à la Grèce ce week-end se retournera tôt ou tard contre la France. Je le dis à tous ceux qui plaident aujourd’hui pour un « gouvernement économique européen ». Vous qui refusez de diminuer la masse de fonctionnaires parce que cette décision est trop impopulaire, vous qui refusez la retraite à 67 ans, vous qui tortillez du derrière sur le travail du dimanche ou sur la simplification du droit du travail, vous souhaitez aujourd’hui créer une instance supérieure qui vous imposera sans coup férir bien pire que ce que vous craignez aujourd’hui.

Comment Hollande lâche la proie pour l’ombre

En « sauvant l’euro », Hollande a multiplié les petits crimes entre amis. Il a d’abord convaincu les Grecs d’accepter la corde que l’Europe voulait leur passer au cou. Au fond, Hollande, c’est l’anesthésiste du cruel Docteur Schaüble. Hollande a ainsi utilisé Tsipras comme un idiot utile. Tant que la Grèce est dans la zone euro, la France dispose d’un mauvais élève sur qui détourner l’attention. Tant que la Grèce est là, l’Allemagne a besoin de ménager la France pour ne pas faire voler en éclats la totalité de l’édifice européen.

La mise sous tutelle de la Grèce signe toutefois la fin de l’insouciance française: une fois la zone euro purgée de son mauvais élève, l’Allemagne pourra exiger une remontée des taux. Et le malheur français commencera.

François Hollande a cru y échapper: lorsqu’il les bourses ont commencé à tanguer, à l’annonce du referendum grec, les taux d’emprunt souverain ont commencé à grimper. Il n’en fallait pas plus pour convaincre la France de la nécessité d’un accord à n’importe quel prix. Y compris celui d’une humiliation durable du peuple grec.

Hollande fait payer aux Français le prix de sa candidature en 2017

Car le noeud gordien est bien là. Pour avoir une chance d’être réélu en 2017, François Hollande doit éviter l’austérité en France et multiplier les petits cadeaux. Il peut se permettre de les distribuer aujourd’hui grâce aux faibles taux auxquels la France emprunte. Le problème, comme toujours, est que les taux faibles enrichissent les Etats mais appauvrissent les épargnants. Et l’épargnant allemand ne tardera pas à réclamer son dû.

La remontée des taux, qui est inéluctable, c’est le noeud coulant qui se referme sur le cou du contribuable français. L’étranglement sera d’autant plus brutal que notre Président dilapide l’argent public pour retrouver un semblant de popularité. Tout ce qui n’est pas réformé aujourd’hui se paiera au décuple demain.

Quand on marche sur la tête

Bref, l’accord européen n’est que partie remise. Il est une bouffée d’oxygène temporaire et un immense recul devant l’obstacle. Le présenter comme une grande victoire n’est rien d’autre que marcher sur la tête.

Mais c’est peut-être désormais le seul signe de bonne santé que l’Europe soit capable d’envoyer: celui d’un troupeau de singes ivres qui avancent les mains au sol et les pieds en l’air, comme si leur entendement était à l’envers.

 

Agreekment: le texte est bien plus dur qu’on ne le dit

L’Agreekment, puisque le terme inventé par Donald Tusk est désormais consacré, est en réalité bien plus dur que les discours lénifiants tenus en France ne le laissent penser:

On notera notamment que les concessions lâchées par la Grèce sont juste un préalable à un plan d’aide tout à fait hypothétique, et dont le montant peut être revu à la baisse.

En outre, la Grèce réaffirme son engagement à respecter toutes ses échéances financières.

La négociation ne s’est pas achevée ce matin: elle a seulement commencé, et les Grecs ne sont pas au bout de leur curée.

Why we must dismember Germany

Germany is the most important power in Europe. This importance is a consequence of the communist collapse in 1989, by the way of which contemporary Germany could return to the Third Reich national territory. We can note that, thirty years later, the same causes produce the same effects…

Grexit: anatomy of German hegemony

Contrary to European belief, Germany didn’t accept while six months the political move in Greece. Until Tsipras accept formally concessions imposed by the Eurogroup, Germany refused to negotiate the least memorandum with which Greece could have the hope of breaking with « austerity ». Despite of multiple international pressures, Angela Merkel and her ministry Schauble considered that it was not possible to give any help to the Euroland weakest link.

This German behaviour has a simple explanation: Europe is based on a Treaty in which Maastricht convergence criteria forbid a reflationary policy. Everybody can contest the relevance of this general view, and a lot of economists, representatives and other experts don’t hesitate to do it. But the Treaty has force of law, and Germany is its keeper of the flame.

That convergence criteria are a dreadful concession done in 1992 by Europe to German obsession of strong currency is obvious! Few of Europeans understood at this time that the « German come back » was the one of German authority and hegemony on a laxist continent. Until 1989, the separation between Eastern Germany and Western Germany gave a sufficient weight to France to avoid a too excessive rigidity in the budget policies convergence in Europe. After 1989, German weakness ceased and another rule grew dominant: German will of an international division of labour to the advantage of German industry, without competitive devaluation assisting foreign industry.

The European Union is the German contemporary Lebensraum

Other aspects of this domination are well-known. Until 1992, the European Community was centered around Southern Europe. Spain, Portugal, Greece were the most recent members and countries such as Norway refused to join this Latin building. After the fall of the Berlin Wall, the German reunification shifted the European center of gravity to Berlin and Germany preferred systematically the enlargement of the Union to its deepening. Within less than thirty years, Germany has pieced together a new Lebensraum, very closed to the 1942 one: a large labour and business pool to the East, and a strict political domination on Western and Southern Europe, except on England.

The Greek crisis has proved this strange History repeat. Because Greece tried to become emancipated from Germany rule, and on the childish pretext of « rebuilding trust », Angela Merkel demands a package of reforms and concessions worse than any could imagine six months ago. It must be clear for everyone: nobody can dispute German order in Europe, at the risk of being excluded of Europe or severely punished.

Hegemony, the German congenital anomaly

Few naive painters, in particular in France, haven’t understood how the fall of the Wall overturned the balance of power in Europe. They continue to believe in a form of possible German softening – as if Germany could give up spontaneously to its fundamental interests and to its attributes of continental power, in order to organise a kind of happy European island in a nightmare world. Obviously, it’s a pure illusion.

Germany is the modern heir of Prussia, a military kingdom who lived far from Western Europe and in a permanent rivalry with Russia. In the 19th century, Prussia developed its domination on Western part of the German space, but keeping its rough conception of world, and its tropism to Eastern Europe. Due to this inheritance, nobody in the modern Germany (we noted it out several times in the 20th century…) is able to understand European building out of this traditional outline.

This is the reason for which, since 1993, Europe develops a strange paradox. On one hand, the single currency makes up a tremendous bet and an unique opportunity in our history. On the other hand, the forced march of enlargement has deeply weakened the ground of European cooperation. This paradoxical trend is a component of German domination, made of authority and order with a will of short-term benefits.

Prussia has killed the long-term European project.

Dismembering Germany

Because confusion between hegemony and cooperation is a German congenital anomaly, we cannot hope a long-term solution for Europe without dismembering Germany. This a survival condition for peace and prosperity on the continent. For its obvious that nothing will stop German domination except engaging a conflict with it and we can anticipate it from the moment that Germany will demand economic efforts to France.

In other words, the only way for Europe is to resume the conception prevailing before 1815, when Germany was divided in a plurality of small principalities. The principle of a federal state in 1947, with two countries, one on the Rhein bank and the other one around the ancient Prussia was a good basis for the European prosperity. This separation was a kind of come back to pre-napoleonic Europe, and History shows us that this balance of power is the better on for the continent.

The question today is to know how we can reach peacefully this target which suppose to admit the mistake of reunification in 1991.

The discussion can begin. But one thing is for sure: the excessive France weakness is a major source of instability in Europe.

Que cache le Grexit temporaire voulu par la Prusse?

Version augmentée et mise à jour le 12 juillet à 23h30

Les négociations marathoniennes (un hommage posthume et ironique à la Grèce) qui se tiennent à Bruxelles sur le sort de la Grèce ont été le théâtre d’un rebondissement inattendu: la théorie (prussienne) du Grexit temporaire est apparue dans les discussions, jusqu’à figurer dans le « Memorandum of Understanding » déposé sur les tables de discussion.

Voici quelques clés pour comprendre…

Que se passe-t-il à Bruxelles?

La journée de dimanche devait se terminer par un conseil européen, c’est-à-dire une réunion de tous les chefs d’Etat européens, pour statuer sur la décision finale à prendre concernant la Grèce. Cette procédure est normale, puisque les affaires économiques relèvent de la souveraineté des Etats, même si la Commission joue un rôle partiel sur le contrôle des engagements de Maastricht.

Avant ce sommet regroupant tous les Etats membres, un sommet limité aux chefs d’Etat de la zone euro était supposé valider préalablement les mesures présentées lors de l’Eurogroupe qui avait débuté le samedi et qui s’est terminé le dimanche après des discussions houleuses.

Pour pouvoir examiner des mesures, il fallait en effet qu’un plan fût décidé par l’Eurogroupe, qui rassemble les ministres des Finances de la zone euro. Cet Eurogroupe, espace sensible s’il en est, est présidé par le Hollandais Jeroen Dijsselbloem, dont la réélection est en préparation. Cette circonstance explique en partie son excès de zèle vis-à-vis de l’Allemagne.

Finalement, face à l’enlisement des discussions, le président du Conseil, Donald Tusk, a annulé le sommet européen et a seulement confirmé le sommet des chefs d’Etat de la zone euro. Précisons que Donald Tusk a beaucoup de mal à se faire une place dans cette instance: ancien Premier Ministre polonais, l’euro lui reste largement étranger…

Quel est l’enjeu des discussions à Bruxelles?

Les Européens examinent la question d’un plan d’aide à la Grèce, au vu des propositions de réformes présentées par les Grecs. Ils ont collectivement un problème d’additions qui les empêche d’aboutir, et semblent s’en être définitivement rendus compte samedi matin à Bruxelles.

Le gouvernement grec demandait une aide de 53 milliards. Pour les Européens, cette somme n’est pas suffisante. Ils ont calculé qu’il en fallait au moins 35 de plus. Concrètement, à l’aide directe à la Grèce en « vitesse de croisière », qui est estimé à 50 milliards environ, il faut ajouter un plan de recapitalisation de 25 milliards pour les banques, et une aide relais de 12 milliards pour récupérer le vide instauré par Tsipras depuis janvier. Cette aide relais devrait servir à payer une traite de 7 milliards le 20 juillet et de 5 milliards à la mi-août. Les caisses de l’Etat grec sont vides, et la situation devient désormais désespérée.

Le plan grec présenté en fin de semaine dernière ne suffit pas à couvrir ces besoins, et beaucoup d’Européens pressentent que les années à venir ne seront qu’une nouvelle répétition des mois de déchirement qui viennent de s’écouler.

La théorie du Grexit temporaire

L’Allemagne a donc structuré une ligne dite du Grexit temporaire, qui prévoirait une sortie de la zone euro pour une durée de 5 ans. Cette « pause » permettrait à la Grèce de faire ses réformes à son rythme, sans impacter la zone euro, et sans subir le traumatisme de négociations régulières avec ses partenaires.

Du point de vue allemand, cette solution est dans l’intérêt grec lui-même. Les critères de convergence économique imposé par une zone d’union monétaire risquent en effet d’étouffer définitivement toute reprise en Grèce. Pour éviter une politique de terre brûlée, la sortie temporaire (une durée de 5 ans paraît singulièrement courte) semble donc une solution acceptable.

Le Grexit temporaire n’est toutefois pas encore adopté. Dimanche à minuit, l’idée avait été écrite, mais fortement combattue autour de la table.

Y a-t-il vraiment une surenchère allemande?

La presse internationale a constaté que le principal blocage à une validation des propositions grecques de réformes provenait de l’Allemagne, qui conduit une ligne dure vis-à-vis de la Grèce. Certains ont parlé de « surenchère allemande ». Dans la pratique, la réalité est un peu plus complexe.

Il est certes évident que l’Allemagne crée une incitation de fait, pour la Grèce, à accepter le Grexit temporaire. Le maintien dans la zone euro coûtera très cher aux Grecs. Non seulement le texte discuté par les Européens prévoit des mesures de réformes drastiques, mais il inclura des dispositions qui ressemblent fort à une mise sous tutelle.

Ainsi, le texte prévoit une adoption dès lundi d’une réforme des retraites avec une décote importante pour tous les départs avant 67 ans, et une entrée en vigueur de ces dispositions dès mercredi. En outre, un programme de privatisations devrait abonder une sorte de structure de garantie installée au Luxembourg et destinée à assurer le remboursement de la dette.

Ces mesures sont évidemment vécues comme très humiliantes par Alexis Tsipras, qui s’en est ouvert au secrétaire d’Etat américain au Trésor… sans véritable résultat. Pour Tsipras, la situation est de plus en plus compliquée à gérer: après le referendum où 60% d’électeurs grecs ont rejeté le plan européen, les discussions en cours ressemblent fort à une trahison qui suscite des oppositions fortes. Un remaniement ministériel devrait intervenir.

Ce durcissement allemand s’explique largement par l’effet désastreux des coups de poker de Tsipras sur l’opinion publique allemande. Les contribuables allemands sont les premiers créanciers de la Grèce, et Angela Merkel s’imagine mal les convaincre de remettre au pot pour sauver la Grèce sans disposer de garanties extrêmement sérieuses sur l’adoption effective d’un train de réformes.

La BCE pourrait donner le coup de grâce ce lundi

Les tensions internes à l’Europe sont accrues par la situation cataclysmique des banques grecques. Celles-ci, malgré leur fermeture depuis quinze jours, ne survivent que grâce au bon vouloir de la BCE, qui accepte de les refinancer en échange des titres souverains qu’elles apportent en garantie. Tout le monde sait que cette situation bancale ne peut durer. Le mécanisme de financement d’urgence qui permet ce tour de passe-passe fait ici l’objet d’un détournement fortement critiqué par l’Allemagne et par quelques autres.

Dès lundi, Mario Draghi pourrait décider d’y mettre un terme. S’il prend cette décision sans que la Grèce ne dispose d’une véritable perspective d’aide, il donnera le coup de grâce au système bancaire grec, et peut-être allumera-t-il l’incendie qui consumera la finance mondiale dans des proportions comparables à l’épisode de 2008.

A brève échéance, en tout cas, cette décision devrait déboucher sur le retour de la Grèce à la drachme.

Quel est le calcul allemand caché?

Il est évidemment difficile de se prononcer en l’état sur les déterminants complets de la stratégie allemande. Une hypothèse probable porte toutefois sur la nécessaire convergence des politiques économiques dans la zone euro pour sortir de la politique de taux faibles. Les taux négatifs pratiqués par la BCE épuisent les banques allemandes et mettent en danger la rémunération des épargnants. Des pressions de plus en plus fortes poussent Angela Merkel à revenir à un euro fort.

Pour y parvenir, il faut « nettoyer » la zone euro de ses éléments les plus faibles ou les plus rebelles. Le traitement réservé à la Grèce sert ici d’exemple public pour convaincre les membres de la zone euro (comme la France) et les non-membres de la détermination des Européens à remettre de l’ordre dans leurs économies.

 

 

Grexit: la réforme des retraites imposée cette semaine

Si Tsipras veut vraiment éviter le Grexit, il devra dès demain (avec l’aide des fonctionnaires de la Commission) présenter une loi au Parlement grec réformant les retraites. Celle-ci comportera les dispositions suivantes:

– suppression des départs à la retraite avant 62 ans (interdiction en vigueur dès mercredi!),

– introduction d’une décote d’au moins 16% pour les départs avant 67 ans, et stricte proportionnalité entre cotisations et retraites avant cet âge,

– augmentation des cotisations santé pour les retraités de 4 à 6%.

Rappelons que, dans le plan qu’il a présenté après son referendum, Tsipras prévoyait une réforme des retraites avec un effet différé.

Grexit: Tsipras cherche un appui en Russie et aux USA

Alors qu’Angela Merkel continue à peser de tout son poids pour sortir la Grèce de la zone euro, Alexis Tsipras continue son jeu ubuesque, sans comprendre qu’il ne fait qu’empirer le mal. Il a, dans la journée, appelé la Russie au secours. Le ministre russe de l’énergie, Alexandre Nowak, a annoncé que la Russie livrerait prochainement de l’énergie à la Grèce pour l’aider à reprendre le chemin de la croissance.

Quelques heures plus tard, Tsipras s’est entretenu avec le ministre américain Lew, qui a invité les Européens à trouver un accord avec la Grèce.

Faire intervenir des « extérieurs » pour court-circuiter la négociation entre partenaires européens: Tsipras n’a décidément rien compris à la mentalité du nord de l’Europe, qui déteste ce genre de manoeuvres.

La confiance entre la Grèce et ses créanciers n’est pas prête de revenir, surtout si l’on songe aux remarques déjà formulées par l’Allemagne sur l’intervention américaine dans le processus de négociation.

Grexit: les banques grecques au bord de la faillite

Après la forfanterie du referendum, grâce auquel Alexis Tsipras a sollicité l’avis du peuple grec pour mieux le bafouer (un fait d’armes qui risque peu d’être repris par les amis de Mélenchon, férus de dénonciations contre le « fascisme de droite » mais soudain amnésiques lorsqu’il s’agit de leur camp), l’addition s’allonge. Plus le temps passe, et plus les conséquences désastreuses de la faillite grecque choisie par Tsipras apparaissent douloureuses.

Depuis 6 mois, les banques grecques survivent grâce à la BCE

Comme tout le monde le sait, l’arrivée de Syriza au pouvoir s’est traduite par une situation désastreuse: les banques grecques ne survivent que grâce à l’aide d’urgence de la BCE. La faillite officielle de la Grèce n’a rien arrangé. Le rôle principale des banques grecques consiste d’ailleurs aujourd’hui à transformer les derniers dépôts des épargnants en obligations souveraines.

Autrement dit, les banques grecques (et c’est un vrai scandale) ont aujourd’hui une fonction majeure: métamorphoser l’argent frais, gagné avec du vrai travail, en monnaie de singe destinée à financer un Etat en faillite. Cette opération est garantie par la Banque Centrale Européenne.

Personne n’est évidemment dupe du sens effectif de cette opération.

25 milliards pour éviter une crise systémique mondiale

Pour éviter la faillite des banques dès leur réouverture (à une date hypothétique), le gouvernement grec a donc présenté la facture: 25 milliards d’aide immédiate. Cette somme, uniquement dédiée au sauvetage des banques, s’ajouterait aux milliards d’aide à l’Etat.

Autant dire que le plan grec est mal parti: à force d’attendre au lieu de négocier efficacement dès février, Tsipras s’est tiré une balle dans le pied. Du haut des ruines grecques, il joue son va-tout. Pour le meilleur comme pour le pire.

Une chose est sûre: l’hémorragie de l’économie grecque plaide dans tous les cas pour sa sortie de la zone euro.

Grexit: pourquoi la France a lâché Tsipras

Les cinq mois de pouvoir exercé par Tsipras, émaillés d’un jeu complexe de stop and go dont il apparaît aujourd’hui qu’il aura plus coûté aux Grecs qu’il ne leur aura rapporté, n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Parmi eux, le rôle exact joué par la France de François Hollande ne manquera d’attiser d’innombrables commentaires enflammés et contradictoires.

Tsipras, le syndrome Hollande?

Lorsque François Hollande s’était fait l’apôtre, lors du discours du Bourget, de la lutte contre la finance, il avait englobé dans son combat électoral cette Europe de l’austérité qu’Alexis Tsipras a dénoncée à son tour, et dont il avait promis la fin en arrivant au pouvoir. En réalité, ce qu’on appelle l’austérité n’est guère que le retour plus ou moins strict aux critères de Maastricht. Mais une mode s’est emparée de la gauche européenne qui avait appelé à voter oui au referendum de 1993: celle de nier aujourd’hui les conséquences pourtant simples d’un choix opéré en toute connaissance de cause il y a vingt ans.

Toujours est-il que, souvenons-nous en, en 2012, à peine élu, François Hollande a entrepris de combattre le mini-traité préparé avant son arrivée, qui durcissait le respect (très théorique, au demeurant) des 3% de déficit public. Dans la foulée, il avait revendiqué un plan de relance de 1.000 milliards d’euros, plusieurs fois remis au goût du jour au gré des arrivées électorales: avec Matteo Renzi, en Italie, puis avec Jean-Claude Juncker à la Commission.

Ces revendications françaises se sont toutes échouées comme un vieille baleine sur une plage de la mer Baltique: Angela Merkel n’a jamais voulu en entendre parler et François Hollande est chaque fois retourné dans sa niche sans obtenir la moindre concession des Prussiens.

Cette obstination dans l’échec donnait un avant-goût des mésaventures que Tsipras vient de subir. Hollande a eu l’intelligence de comprendre rapidement qu’il valait mieux embrasser la main qui donnait à manger, plutôt que de chercher à la mordre.

Tsipras victime d’une trahison de Hollande?

C’est que Tsipras n’a pas forcément vu clair dans le jeu tordu de François Hollande. A peine élu, Tsipras a imaginé que la France pourrait l’aider et qu’elle prendrait le flambeau d’une croisade européenne contre l’Allemagne austéritaire. François Hollande, fidèle à ses pratiques acquises au parti socialiste et à l’ENA, ne l’a surtout pas détrompé.

Très vite, Tsipras a envoyé des émissaires en France (Varoufakis en l’espèce) pour proposer une alliance hostile à l’Allemagne. Le double jeu de la France a alors astucieusement commencé. D’un côté, la France (Moscovici compris) n’a eu de cesse d’expliquer qu’un accord était possible, voire très proche, et qu’au fond les Grecs n’avaient pas à s’en faire: tout finirait par s’arranger, sans modifier les lignes rouges énoncées très tôt.

En particulier, la France a toujours laissé croire à Tsipras que l’Allemagne, sous l’influence de Hollande, se rallierait à un nouveau plan d’aide n’incluant pas une réforme des retraites ni une augmentation de la TVA.

Dans le même temps, Tsipras n’a pas vu que la France négociait pour son propre compte dans son dos, sous une forte pression allemande. L’absence de réforme structurelle en France pose en effet un vrai problème de déficit public, très supérieur à 3% et sans issue réaliste. Par ce point faible, l’Allemagne et la Commission ont habilement neutralisé la position française: en échange d’une absence de sanction infligée à la France pour ses propres débordements budgétaires, l’Allemagne a obtenu que la France ne s’oppose pas à une ligne dure sur la question grecque.

On imagine la désillusion de Tsipras lors du referendum lorsqu’il a compris que la France le lâchait pour sauver ses propres abattis.

L’absence française en Europe

Pour la France, le levier dont l’Allemagne dispose à cause de nos déficits publics excessifs (que François Hollande maintient pour préserver la paix sociale) s’avère politiquement désastreux.

Certes, il permet à Hollande d’espérer une réélection en 2017, parce qu’il épargne les fonctionnaires et évite des suppressions trop massives de dépenses publiques. En termes de présence internationale, toutefois, et singulièrement européenne, la France paie le prix fort pour son incurie.

Aux yeux de nos partenaires, la France est, avec la Grèce, l’homme malade de l’Europe, avec un secteur public boursouflé et incontrôlable. L’absence de véritable réforme de l’Etat, la prime donnée, comme en Grèce, à une fonction publique politisée, dépensière et technophobe, sont autant d’indices qui ruinent nos positions dans le jeu multilatéral.

A long terme, les trahisons auxquelles cette position défavorable nous oblige nous coûteront très cher. Les Grecs ne sont probablement pas prêts d’oublier la bonhomie avec laquelle François Hollande a lâché Tsipras en lui expliquant que son salut viendrait d’un accord donné aux créanciers sur l’austérité. Les fonctionnaires français qui ont prêté la main à ce renoncement resteront longtemps dans les annales comme des exécuteurs pires que les technocrates de la Troïka.

Jusqu’où la France pourra-t-elle ruiner son patrimoine diplomatique pour préserver le calme dans ses frontières? C’est probablement la seule question qui se posera en France dans les années à venir. 

Grexit: incompréhensible stratégie de Tsipras

Je sais (je le lis dans les commentaires à mes articles notamment) que Tsipras bénéficie d’une sorte de soutien irrationnel en France: il est paré de toutes les vertus et n’importe lequel de ses gestes les plus absurdes est vu, en France, comme la manifestation du génie le plus pur. Il n’en reste pas moins que… depuis près de six mois, Tsipras nous annonce qu’on va bien voir ce qu’on va voir. Depuis six mois, Tsipras multiplie les coups d’éclat pour miner le terrain foulé par les créanciers. Depuis six mois, il tergiverse jusqu’à mettre son pays en état de faillite.

Le sommet de cette stratégie à retardement est mondialement connu: Tsipras a organisé en quelques jours un referendum qui a permis aux Grecs de dire, à 60%, « non » au plan présenté par les créanciers fin juin. Ce scrutin régulièrement annoncé a recueilli les plus grands éloges en France: il achevait la construction d’un rapport de force permettant à Tsipras de lutter contre l’austérité, etc.

Résultat: ce jeudi, Tsipras a présenté à ses créanciers un plan qui décline avec méthode toutes les mesures d’austérité refusées jusque-là: la TVA, les retraites, tout y est, toutes les lignes rouges qui ne pouvaient être acceptées.

Je ne doute pas un seul instant que des esprits serviles continueront à s’ébahir devant le génie de Tsipras, et à nous expliquer que la déroute qu’il subit constitue une grande victoire.

En attendant, la récession est revenue en Grèce et le pays est désormais en défaut de paiement. On voit mal ce que le peuple grec a gagné dans cette course de retardement menée par son Premier Ministre.

Ajoutons que rien ne prouve, à ce stade, que le plan demandé par la Grèce la corde autour de cou suffise à lui éviter, dans les trois ans à venir, un Grexit dont les Grecs ne veulent pas. La faillite du pays est peut-être irréparable…