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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Grexit: Schaüble tacle les USA avec humour

Dans la série « Grexit », Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des Finances, n’a pas manqué d’humour pour renvoyer les Etats-Unis dans leurs buts:

“I offered my friend Jack Lew these days that we could take Puerto Rico into the euro zone if the U.S. were willing to take Greece into the dollar union,” Schaeuble said at an event in Frankfurt Thursday.

(J’ai offert à mon ami Jack Lew de prendre Puerto Rico dans l’eurozone si les Etats-Unis souhaitent récupérer la Grèce dans la zone dollar »).

Il ne manque pas d’idées drolatiques, le terrible Dr Schaüble.

Grexit: Tsipras remis en place par Guy Verhofstadt

Merci à David Poryngier de m’avoir transmis cette vidéo de l’intervention de Guy Verhofstadt au Parlement Européen, en réponse à Tsipras, où il dénonce les privilèges fiscaux en Grèce (contre lesquels Syriza n’a pas levé le petit doigt) et la politisation des nominations dans la haute administration grecque pratiquée par Syriza.

On noter la conclusion: « Etes-vous un vrai leader ou un faux prophète? »

Pourquoi Tsipras affaiblit les partisans d’une autre Europe

Dire que l’Europe ne peut pas fonctionner durablement selon ses principes actuels est devenu une porte ouverte qu’il est trop facile d’enfoncer.

L’Europe, lebensraum sans projet politique

Mes lecteurs connaissent d’ailleurs ma rengaine sur le sujet: le poids de la Prusse dans la construction communautaire est trop marqué et déséquilibre l’ensemble. La Prusse a imposé un euro fort qui a durablement handicapé l’industrie européenne. L’élargissement à outrance vers l’Est a permis une division internationale du travail dans un marché unique de biens et de personnes grâce auquel l’Allemagne a reconstitué le Lebensraum dont elle rêvait en 1942. Grâce à ce système, l’Allemagne a élargi les débouchés de ses produits industriels dont les éléments les plus simples sont fabriqués à faible prix dans ses dominions slaves avant d’être transformés ou assemblés dans la métropole germanique.

Cette construction tournée vers l’Est européen a appauvri le bassin méditerranéen où règnent la misère, le terrorisme, la radicalité islamique ou autre. Jusqu’ici l’Espagne et le Portugal ont échappé à la montée d’une extrême droite trop marquée. Mais l’Italie, la France, la Grèce, la Turquie, sont désormais des espaces où la radicalité identitaire s’affirme comme une réponse spontanée aux angoisses d’un continent qui n’a plus de projet politique.

Tsipras aurait pu porter un espoir pour l’Europe

Lorsque Tsipras est devenu Premier Ministre en Grèce, il a immédiatement incarné les espoirs de ceux qui veulent voir l’Europe organisée autrement. Soudain, un rééquilibrage politique de l’Europe vers le sud a semblé possible, tout comme une prise en compte de la réalité de la dette publique, qui constitue aujourd’hui le meilleur éteignoir de toute ambition pour les générations à venir en Europe.

Enfin, un dirigeant européen allait porter le fer contre une vision de l’avenir dont le seul tenant et le seul aboutissant s’appelle la prospérité allemande. Enfin, un dirigeant européen allait demander à sortir de cette politique budgétaire restrictive qui subordonne toute volonté politique aux limites étroites fixées par une dette dont la légitimité est contestée par une majorité de l’opinion publique.

Sur tous ces terrains, Tsipras jouait sur du velours! Même le FMI reconnaissait et reconnaît toujours que la dette grecque doit être restructurée. L’Italie, la France, et même à certains égards l’Autriche ou les Pays-Bas, sont prêts à défendre l’idée d’un plan de relance qui desserrerait l’étau des restrictions budgétaires. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker lui-même, qui est pourtant une créature d’Angela Merkel, cherche des leviers politiques pour échapper au rigorisme prussien.

Au fond, Tsipras avait des alliés naturels sur qui s’appuyer pour construire un rapport de force politique qui soit favorable au versant latin de l’Europe, au sens large, c’est-à-dire à la doctrine souple qui court de la Zélande jusqu’à la Méditerranée. En jouant habilement sur cette alliance, il aurait pu devenir l’homme moderne de l’Europe.

De la souplesse au laxisme, de la rigidité à la responsabilité

Face à Tsipras, se dressait une Europe de la rigidité dont il fallait déjouer les pièges. Lorsque l’Allemagne défend des taux d’intérêt élevés, elle entend protection de ses retraites par capitalisation, mais elle dit ordre et organisation pour se justifier. Lorsque l’Allemagne parle critères de Maastricht, elle entend stérilisation de ses concurrents européens qui sont affectés par l’austérité, mais elle dit retour à l’équilibre, à la santé financière, etc. Lorsque l’Allemagne plaide pour une politique monétaire restrictive, elle entend préservation de l’euromark, mais elle invoque le sens de la responsabilité contre la solidarité laxiste.

Pour être crédible face à ce camp des rigides, Tsipras devait la jouer fine. Dès son élection, il devait présenter un paquet convaincant pour s’assurer le soutien de ses alliés: dire quelles réformes modernes il ferait en Grèce (réforme fiscale juste, création d’une véritable administration fiscale, remise en cause des réglementations obsolètes, lutte contre la corruption, contre l’évasion fiscale, refonte du système de protection sociale pour garantir des prestations équitables mais soutenables, etc.) en contrepartie d’un soulagement de la dette. Après tout, les Européens avaient déjà concédé à Samaras une promesse sur ce sujet. Avec un peu de sérieux, Tsipras aurait obtenu sa répétition.

Le piège dans lequel Tsipras ne devait pas tomber était celui du dilettantisme, qui accréditerait immédiatement le récit tout prêt des rigides: « voyez! leur programme est très simple: ils veulent simplement continuer comme avant! recevoir des aides et revenir à la Grèce d’avant 2008! leur ambition n’est pas de moderniser la Grèce, mais de recommencer comme avant! leur discours de solidarité est le prétexte au laxisme ».

Tsipras, l’homme de la Grèce ancienne

Malheureusement, il n’a pas fallu attendre longtemps pour comprendre que Tsipras n’était certainement pas l’homme de la modernité. Ses beaux discours (et les innombrables interviews de Varoufakis à tous les médias du monde) avaient invoqué un monde nouveau, mais ils étaient en fait ceux de la Grèce ancienne: celles des promesses creuses, des effets de manche, sans véritable vision et sans véritable ambition.

Pour s’en convaincre, il suffit de dresser le désastreux bilan de Tsipras depuis son arrivée au pouvoir. En dehors d’une loi mineure sur la protection des plus démunis, il n’a rien fait de concret en cinq mois de gouvernement: aucune réforme fiscale, aucune vision politique d’avenir. Pendant cinq mois, il a prétexté qu’il attendait l’issue des négociations avec les créanciers pour connaître ses marges de manoeuvre. Comme si la politique se réduisait à un train de dépenses publiques! comme si dépenser plus était le seul enjeu en Grèce aujourd’hui!

Dans le même temps, Tsipras a systématiquement joué la montre avec les créanciers (une belle façon de ne rien faire sur la scène intérieure). Au lieu d’entrer dans le vif du sujet dès la fin janvier, il n’a eu de cesse de multiplier les arguties et les « coups » (tant admirés à la gauche de la gauche) pour, paraît-il, maximiser ses bénéfices dans la négociation.

Le résultat de cette stratégie de petite frappe est simple: faute de visibilité sur le financement de l’économie, les entreprises grecques ont repris la spirale de la récession, la Grèce a perdu cinq mois pour agir, et Tsipras a perdu ses alliés les uns après les autres. Bravo, Machiavélos tant vanté par Mélenchon et consors! Et, début juillet, Tsipras a mis son pays en état de faillite, là où il avait annoncé abondance et prospérité!

Le plus pathétique reste l’affaire de la restructuration de la dette. Pendant cinq mois, Tsipras, pourtant conseillé par Pigasse, n’a rien proposé de sérieux sur le sujet en dehors d’un échange de titres avec la BCE. Il a fallu attendre la publication du rapport du FMI sur le sujet fin juin pour que Tsipras trouve enfin son idée: 20 ans de grâce et décote de 30%. Un peu de travail sérieux aurait permis à la Grèce de présenter ce scénario avec le FMI dès février. Les créanciers auraient pris Tsipras un peu plus en considération et les bases d’un accord global auraient été posées.

Mais il est vrai que passer son temps devant les micros et les caméras ne donne pas forcément le loisir de présenter des mesures crédibles.

Tsipras a discrédité les alter-européens pour un bon bout de temps

Les conséquences de cette incurie sont simples: Tsipras a discrédité pour longtemps toute proposition de réorientation de l’Union Européenne. Désormais, tous ceux qui voudront plaider pour une autre Europe, pour un autre euro, pour un autre équilibre, porteront avec eux le fantôme de cette débâcle qui les associera au laxisme et à la forfanterie.

Au fond, Tsipras est le meilleur allié des Prussiens. Ceux-ci avaient besoin d’un bouffon pour décrédibiliser ceux qui contestent le primat germanique dans l’Union. Pour la Prusse en effet, le risque est grand de voir une France crédible peser sur le destin européen au détriment de tout ce qui s’est construit depuis le traité de Maastricht. L’Allemagne sait qu’elle ne pourra pas éternellement gouverner seule l’Europe, avec cette arrogance très « 1940 » revisité d’une armée mécanisée en campagne qui écrase ses adversaires parce qu’elle est la meilleure.

Des Prussiens comme Angela Merkel savent qu’un « 1943 » suit toujours un « 1940 » et que, à force d’être sûre d’elle-même, la Prusse creuse lentement sa propre tombe.

L’inconvénient, avec Tsipras, est d’avoir fait perdre 10 ans à tous ceux qui espèrent un rééquilibrage continental. Pendant 10 ans, nous ne pourrons plus demander une révision des critères de Maastricht sans apparaître comme des laxistes, des solidaristes qui veulent éviter les réformes et qui cherchent de faux prétexte pour bénéficier encore un peu d’un confort à crédit. Pendant 10 ans, nous ne pourrons plus dénoncer l’absurdité de la dette sans être assimilés à des rigolos qui veulent profiter du repas sans payer.

Oui, Alexis Tsipras a porté un vilain coup au camp des alter-européens, au camp de ceux qui ne réduisent pas le projet de notre continent à une organisation internationale du travail qui abreuve l’industrie allemande et lui assure ses débouchés. Et le drame et que trop d’alter-européens ne sont pas prêts de le comprendre.

 

 

Grexit: la stratégie suicidaire de Tsipras continue

Alors que les créanciers ont multiplié les signaux de mise en garde vis-à-vis de la Grèce en indiquant qu’ils attendaient des propositions sérieuses de Tsipras, ce dernier semble ne rien entendre et vouloir continuer à confondre exercice du pouvoir et tournoi d’éloquence. Il a donc annoncé qu’il ne proposerait aucune mesure aujourd’hui, mais qu’il ferait une déclaration au Parlement européen demain.

Décidément, Tsipras est plus à l’aise sur une tribune à haranguer la foule que derrière un bureau à travailler. J’imagine que quelques ludions à gauche de la gauche en France, qui se reconnaissent dans ces mêmes traits de caractère, applaudiront chaleureusement à cette stratégie du suicide collectif par un seul homme.

Grexit: la France dans le rôle du bouffon

Le Grexit donne une occasion supplémentaire à la France de se ridiculiser sur la scène européenne.

Il y a 8 jours, Hollande et Valls affirmaient le Grexit sans danger

L’actualité s’est accélérée, alors on a oublié. Mais voici ce que Valls affirmait le 29 juin:

Manuel Valls a estimé ce dimanche qu’un retrait de la Grèce de la zone euro n' »affecterait pas l’économie française »

Le même jour, le brillant économiste Nicolas Bouzou affirmait la même chose sur RTL (le même Bouzou avait d’ailleurs claironné en juillet 2013 que la reprise était en cours…).

De son côté, notre économiste suprême François Hollande déclarait toujours le 29 juin (qui apparaîtra bientôt comme la journée mondiale de la bêtise):

« Aujourd’hui, l’économie française est robuste, bien plus robuste qu’il y a quatre ans (au plus fort de la crise des dettes souveraines) et elle n’a rien à craindre de ce qui pourrait se produire »

Le Grexit est aujourd’hui présenté comme une catastrophe

Manuel Valls a brutalement tourné casaque aujourd’hui, en déclarant par exemple sur RTL ce matin que les conséquences d’un Grexit seraient terribles:

La France est convaincue que nous ne pouvons pas prendre le risque d’une sortie de la Grèce de la zone euro, à la fois sans doute pour des raisons économiques, mais surtout pour des raisons politiques»

L’économiste suprême Hollande semble pour sa part toujours imperturbable sur le sujet.

Avec une vision aussi claire, il y a peu de risques pour la France retrouve sa place sur le continent.

Grexit: pourquoi il faut renégocier le traité de Maastricht

Au-delà des polémiques partisanes entre ceux qui aiment Tsipras et ceux qui le détestent, ceux qui aiment les Grecs et ceux qui les soupçonnent d’être des voleurs, l’affaire du referendum grec (et son contexte) pose une question très peu abordée (ce qui est étonnant): celle de l’adaptation et de la « performance » du traité de Maastricht à la gouvernance européenne. Soyons clairs: le probable Grexit qui se prépare met en évidence toutes les imperfections et les faiblesses de ce traité signé en 1992, qui a donné naissance à la monnaie unique.

Une crise largement liée aux critères de Maastricht

Premier constat: sans les fameux critères de « Maastricht », la crise grecque aurait beaucoup moins de sens. Une grande partie de l’exacerbation des tensions qui a permis l’arrivée de Tsipras au pouvoir provient des règles imposées par le traité: dette publique plafonnée à 60% du PIB, déficit public limité à 3% du PIB, et diverses joyeusetés de ce style qui font « l’austérité ». C’est en référence à ces critères que les créanciers de la Grèce ont justifié des coupes sombres dans les dépenses publiques.

On remarquera que, depuis la crise de 2008, très peu de pays européens se trouvent encore dans les clous de Maastricht. Même l’Allemagne a une dette infiniment supérieure aux 60% de PIB prévus par le traité et elle n’est pas prête à revenir au respect de ce critère.

Le bon sens consiste quand même à se demander s’il est encore nécessaire de graver dans le marbre des critères dont le seul mérite est de pousser le continent au désespoir: en dehors de l’Allemagne qui imagine encore (naïvement) pouvoir les respecter, plus personne n’y adhère. Et beaucoup d’économistes reconnaissent leur manque de pertinence en terme de performance économique.

Ce serait un superbe « coup de fouet » à l’esprit européen que de proposer une autre logique budgétaire, mieux adaptée à la réalité des finances publiques actuelles – moins désespérante, plus réaliste, et plus ouverte à un projet autre qu’une simple austérité rigide.

Redéfinir le rôle de la BCE

L’absurdité bien connue du traité de Maastricht consiste à brider la politique budgétaire tout en conférant à une banque centrale indépendante un rôle restrictif sur la masse monétaire, sans considération de problématiques liées à la croissance. C’est tout le problème du mandat confié à la BCE par l’article 109J du traité, qui évacuait toute considération « sociale » dans la politique monétaire, alors qu’aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale doit se préoccuper de l’emploi.

Cette vision très orthodoxe de la politique monétaire s’explique par le poids de l’Allemagne. On ne dira jamais assez que l’Allemagne est un fantasme qui a pris corps par une union monétaire autour du mark prussien tout au long du 19è siècle. Pour l’Allemagne, la monnaie est un sujet d’identité nationale et il lui était impossible, en 1992, d’avancer vers une monnaie unique sans la vivre comme une prolongation du mark.

Les conséquences de ces choix sont bien connues: tous les pays (comme la France) qui ne disposaient pas d’un avantage compétitif hors prix ont subi une forte désindustrialisation due à une surévaluation de l’euro – à moins qu’une baisse du coût du travail sévère ne leur permette de retrouver un semblant de compétitivité.

Cette contrainte-là n’est évidemment pas satisfaisante, et il est temps de demander aux banquiers centraux européens de s’occuper aussi des grands équilibres sociaux menacés par leurs choix financiers.

Prévoir des mécanismes de sortie de la zone euro

Dernier point majeur: les traités vivent sur un dogme qui devient de plus en plus clivant et de moins en moins réaliste. Ils proclament en effet l’irréversibilité des appartenances, qui fait qu’une fois entré dans l’Union un Etat-membre ne peut plus en sortir, et une fois entré dans la zone euro, il est définitivement prisonnier de la monnaie unique.

La Grèce a donné un superbe exemple de l’inanité de ce tabou. Les principaux demandeurs d’une sortie de la Grèce sont aujourd’hui l’Allemagne et quelques autres pourtant au coeur des traités. Leur demande se heurte au silence des textes, et elle risque de plomber définitivement l’Union.

Juridiquement en effet la Grèce peut exiger son maintien dans la zone euro tout en refusant son orthodoxie budgétaire. Dans l’hypothèse où la Grèce développerait une stratégie « juridique » (en lançant un recours contre son exclusion), elle mettrait à mal l’édifice communautaire dans son ensemble. Le bon sens consisterait quand même à dire quelles sont les modalités justes qu’un Etat doit suivre pour quitter l’union monétaire.

Renégocier le traité, une marque de maturité continentale

Au fond, pour l’Europe, la renégociation du traité de Maastricht constituerait la plus belle des manifestations de maturité. La crise de 2008 a en effet profondément changé la donne connue en 1992. Et on voit bien qu’il est de plus en plus absurde de vouloir régir un continent en mutation avec des règles qui ne lui sont plus adaptées.

On peut, certes, pratiquer le déni de cette évidence. Mais la sanction sera terrible: l’Union explosera et le continent connaîtra plus rapidement qu’on ne l’imagine des tensions internes dévastatrices.

 

Briefing de la semaine: Grexit, loi de règlement, finances publiques

Encore une fois, la Grèce devrait dominer l’actualité de la semaine. Plus que jamais, le Grexit risque de prendre forme, avec une vrai risque d’éclatement de la zone euro.

Préparatifs du Grexit

Plusieurs éléments sont à surveiller pour évaluer les risques de Grexit. Dès lundi matin, la réunion des gouverneurs de la BCE tranchera sur un relèvement du plafond de liquidités d’urgence aux banques grecques. En cas de maintien au niveau actuel, les banques grecques devraient se trouver dans une passe difficile: non seulement elles ne disposent plus de fonds suffisants pour refinancer l’Etat, mais elles devraient se trouver à court de liquidités pour faire face à leurs engagements immédiats. Pour la BCE, la situation est donc compliquée, puisqu’elle devra arbitrer entre le risque d’une crise bancaire systémique et un détournement des statuts de la BCE, qui ne prévoient pas d’utiliser les liquidités d’urgence pour financer un Etat.

Mardi, un sommet européen d’urgence convoqué à la demande de l’Allemagne (et accessoirement de la France, dont plus personne n’entend la voix) devrait se positionner sur l’avenir de la Grèce dans la zone euro. Depuis dimanche soir, les déclarations se multiplient en Allemagne pour appeler au Grexit.

Pendant ce temps, les places européennes risquent de subir de violents coups de tabac: la perspective d’un maintien de la Grèce dans la zone euro nourrit la crainte d’un effet domino, mais le Grexit comporte lui aussi de nombreuses inconnues (notamment de risques systémiques pour les banques grecques) qui inquiètent les marchés.

La loi de règlement tombe au mauvais moment

Ce lundi, l’Assemblée Nationale entame le débat sur la loi de règlement 2014, qui permettra de discuter les techniques en trompe l’oeil qui ont permis à l’Etat d’afficher l’an dernier une baisse des dépenses publiques. Chacun sait que la France a artificiellement affiché une réduction de son déficit assez peu conforme à la réalité.

Le sujet deviendra, dans les semaines à venir, d’autant plus sensible que la question de l’équilibre des dépenses publiques (et de la sincérité des comptes) est au coeur de la crise grecque, et pourrait devenir au coeur des sujets européens.

Débat d’orientation des finances publiques

Le referendum grec donnera du piquant à un autre débat qui s’ouvre jeudi à l’Assemblée Nationale: le débat d’orientation des finances publiques. Celui-ci prendra un relief particulier: comment réformer l’Etat pour mieux maîtriser ses dépenses et consolider la réduction des déficits publics? comment réformer la fiscalité?

Ces enjeux traditionnels risquent d’être examinés à la lumière d’un futur Grexit, intégrant une faillite grecque dont le coût sera de 40 milliards pour la France, et un risque de contagion à l’ensemble de la zone où la France apparaît comme le grand malade du continent.

Deuxième lecture de la loi Rebsamen

Mardi, la loi Rebsamen entame sa deuxième lecture à l’Assemblée Nationale. Elle devrait être rapidement adoptée et marquera une étape dans les logiques de réforme développées par Manuel Valls.

Grèce: crainte de crise bancaire systémique

De façon vertigineuse, la situation européenne se dégrade à l’issue du referendum grec qui a vu la victoire du « non ». Alors que la BCE ne devrait pas augmenter, demain, le plafond de liquidités d’urgence pour les banques grecques, la rumeur d’une faillite systémique se répand ce soir. Une chose est désormais sûre: la Grèce a besoin d’une aide demain, sans quoi la stabilité financière mondiale pourrait être gravement menacée.

La BCE devrait donner le coup de grâce à la Grèce demain matin

Les banquiers centraux européens devraient se réunir demain matin à Francfort. Selon les proches du dossier, ils devraient décider de maintenir les liquidités d’urgence aux banques grecques à leur niveau actuel. Vu l’état du trésor grec, cette décision signifie concrètement qu’ils refusent de réouvrir le « robinet » à cash pour l’Etat grec.

Dans la journée, la situation grecque devrait donc devenir explosive.

Merkel va sortir la Grèce de l’euro

Pour ceux qui avaient encore un doute sur l’issue du referendum, les propos du ministre allemand de l’Economie (social-démocrate!) Sigmar Gabriel ont permis de dissiper toute ambiguïté.

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a coupé les derniers ponts entre son pays et l’Europe, a ajouté le vice-chancelier du gouvernement d’Angela Merkel, dans un entretien au quotidien Tagesspiegel à paraître lundi.

Après le refus des règles du jeu de la zone euro, tel qu’il s’exprime par le vote non, des négociations sur des programmes d’aide chiffrés en milliards paraissent difficilement imaginables, a assuré le ministre social-démocrate.

Il n’y a guère que les guignols français au pouvoir pour imaginer que l’Allemagne peut accepter de se faire balader pendant des mois par un partenaire.