Accueil » Archives pour Éric Verhaeghe

Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Grèce: le « non » l’emporte, les banques s’effondrent

Selon toute vraisemblance, la Grèce devrait s’être prononcée majoritairement pour le « non » au plan proposé par les créanciers. Si ce résultat conforte Tsipras, il emporte déjà ses premiers dommages collatéraux.

Varoufakis rencontre les banquiers grecs ce soir

Discrètement, le gouvernement grec a annoncé une rencontre entre le ministre des Finances Varoufakis et les principaux banquiers du pays. S’agit-il d’une rencontre préparant un plan d’urgence avec un prélèvement de 30% sur les dépôts bancaires supérieurs à 8.000 €? Rien ne l’exclut à ce stade.

Toujours est-il que rapidement il devrait y avoir du nouveau dans la politique bancaire grecque.

Un maintien à tout prix dans la zone euro?

Cette stratégie de « bail-in » sur les dépôts bancaires permettrait en tout cas aux Grecs de retrouver un peu de liquidité et d’oxygène face à une zone euro plutôt décidée, semble-t-il, à sortir la Grèce de ses effectifs. Angela Merkel devrait évoquer directement le sujet demain avec François Hollande.

Le coordinateur grec des négociations a toutefois eu cette phrase étrange: « Nous ne discutons pas d’une monnaie parallèle. Je ne pense pas qu’ils nous sortiront. » Le sujet paraît donc bien sur les rails…

La Grèce demande l’aide de la BCE

Parallèlement, la Grèce a d’ores et déjà demandé à la BCE une augmentation des sommes mises à disposition des banques grecques dans le cadre du dispositif de financement d’urgence (ELA). De toute évidence, les banques grecques sont à bout et n’ont plus de liquidité pour financer l’économie.

C’est probablement l’un des premiers paradoxes du referendum: les Grecs sont décidément en situation de faillite.

Grèce: Schulz plaide pour le Grexit si le « non » l’emporte

L’Allemagne est vraiment décidée à pratiquer le « Grexit » si le « non » l’emporte. Martin Schulz, social-démocrate allemand et président du Parlement européen, a déclaré à la radio, aujourd’hui, que la Grèce devrait introduire une nouvelle monnaie si le « non » l’emportait.

« s’ils disent « non », ils devront introduire une autre monnaie après le referendum parce que l’euro ne sera plus disponible comme moyen de paiement.

Et un partisan du Grexit en plus…

Il n’y a guère qu’en France où l’idée d’une sortie automatique de la Grèce hors de la zone euro est farouchement niée…

Grèce: dernières tensions avant le vote

Les dernières heures avant le vote ont alimenté les tensions en tous genres en Grèce. En voici un résumé.

La Grèce prélèvera-t-elle 30% des dépôts au-dessus de 8.000 euros?

Vendredi, le Financial Times a affirmé qu’un plan secret du gouvernement grec prévoyait un « bail-in » des dépôts bancaires au-dessus de 8.000 euros. Autrement dit, 30% des dépôts seraient prélevés par le gouvernement dans le cadre du plan d’aide à la Grèce qui serait négocié cette semaine.

L’association des banques grecques a soutenu que ce plan était sans fondement. Varoufakis a surenchéri en affirmant qu’il s’agissait d’une rumeur malveillante. Pourtant, le même Varoufakis assure dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung qu’il y aurait, quoiqu’il arrive, un accord lundi avec les créanciers:

Ich erwarte, dass wir am Montag eine Einigung haben werden“, sagte er, „und zwar unabhängig davon, ob bei dem Referendum mehrheitlich mit ,Ja‘ oder mit ,Nein‘ gestimmt wird.

(Je m’attends à ce qu’il y ait un accord lundi, et c’est vraiment indépendant du fait que le referendum donne une majorité au oui ou au non).

Pour être aussi affirmatif… il faut quand même bien que les Grecs aient déjà négocié quelque chose dans leur besace.

Tsipras joue son va-tout et présente l’addition

Dans un ultime discours en faveur du « non » prononcé vendredi, Tsipras a présenté de nouvelles demandes grecques, qui seront probablement la base de ses revendications si le referendum dégage une majorité en sa faveur: une décote de 30% de la dette et une période de grâce de 20 ans.

Il s’est appuyé, pour nourrir sa revendication, sur le rapport publié la veille par le FMI sur le manque de soutenabilité de la dette grecque, dont voici le texte:

On y lit notamment:

Given the fragile debt dynamics, further concessions are necessary to restore debt sustainability. As an illustration, one option for recovering sustainability would be to extend the grace period to 20 years and the amortization period to 40 years on existing EU loans and to provide new official sector loans to cover financing needs falling due on similar terms at least through 2018.

(Etant donnée la dynamique fragile de la dette, de nouvelles concessions sont nécessaires pour rétablir la soutenabilité de la dette. En illustration, une possibilité pour retrouver de la soutenabilité consisterait à étendre la période de grâce à 20 ans et la phase d’amortissement à 40 ans sur les prêts européens en cours et à conclure les nouveaux prêts de financement dont la Grèce a besoin sur la même base jusqu’en 2018).

Les Grecs parviendront-ils à imposer un traitement conjoint des réformes internes et de la restructuration de leur dette?

Nikos Aliagas en partisan du « oui »

Les Français ignorent trop souvent que Nikos Aliagas est bien connu en Grèce pour avoir présenté, en son temps, le journal de 20 heures local. Cette petite aura lui a valu de se produire vendredi au stade des Panéthénées pour faire la promotion du « oui » au referendum. Le geste n’est pas sans intérêt: il illustre la fracture entre les Grecs de l’émigration sensibles à un arrimage solide de la Grèce à l’euro (et probablement qui perçoivent mieux la difficulté pour la Grèce de se soustraire aux règles communes), et les Grecs de l’intérieur plus décidés à défendre le pré carré national.

Varoufakis jette encore de l’huile sur le feu

Samedi, le ministre Varoufakis se lançait dans une nouvelle pirouette: les Européens sont des terroristes.

Dans une  interview au quotidien espagnol El Mundo, Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances a estimé que « ce que les créanciers font à la Grèce a un nom : du terrorisme. » « Pourquoi nous ont-ils forcé à fermer les banques ? Pour insuffler la peur parmi les gens. Et quand il s’agit de répandre la peur, on nomme ce phénomène du terrorisme. Je suis cependant confiant : la peur ne gagne pas », a-t-il poursuivi. Yanis Varoufakis dénonçait ainsi la décision de la BCE de ne pas relever le plafond des liquidités disponibles pour les banques grecques dans le cadre du programme ELA dimanche 28 juin. Cette décision avait contraint le gouvernement à fermer les banques durant toute la semaine qui précède le référendum prévu dimanche 5 juillet sur les propositions des créanciers. Un acte de « guerre » pour Yanis Varoufakis : « c’est difficile de ne pas sentir que cela est une guerre lorsque l’on nous oblige à fermer les banques au moment où l’on demande son avis au peuple grec. »

Guerre… terrorisme… Difficile d’imaginer qu’au lendemain du referendum, le même ministre grec aille tendre la main aux terroristes et aux guerriers pour leur demander de l’argent.

L’Europe germanique se déchaîne

Hier, les déclarations du camp germanique en Europe se sont multipliées pour crédibiliser l’idée d’un »Grexit » en cas de victoire du « non ».

Dans un entretien au journal Bild, le cruel Dr Schaüble, ministre allemand des Finances, en a remis une couche:

l’échec des négociations avec le gouvernement grec était « prévisible » car Athènes « n’accepte aucun programme de réforme ». (…)

« C’est pourquoi j’ai toujours été sceptique sur l’issue des discussions avec le gouvernement d’Athènes, a-t-il dit. Les faits qui ont finalement justifié mon scepticisme ne m’ont pas vraiment surpris. « 

De son côté, le ministre des Finances autrichien, Hans Joerg Schelling, a pour sa part déclaré que l’Europe pourrait surmonter les effets du Grexit.

« Pour l’Europe, ce sera facile à surmonter économiquement. Pour la Grèce, ce pourrait être beaucoup plus dramatique. »

Il a toutefois minimisé les effets sociaux du Grexit.

Encore une autre pression germanique

Toutes ces déclarations ne sont rien par rapport à la longue interview donnée par le directeur général du Mécanisme Européen de Stabilité Financière (MESF), l’Allemand Klaus Regling, au journal grec de référence Kathimerini. Son intervention est habile car elle explique aux Grecs qu’ils ont déjà fait beaucoup d’efforts, et qu’il serait dommage d’abandonner si près du but.

Greece needs to continue reforms, but the measures required on the fiscal side and on competitiveness are much smaller than in the past. The large reduction from the deficit of 15.3 percent of GDP has mostly been achieved. Compared to what was done in the past five years, the remaining fiscal adjustment is relatively small but necessary.

(La Grèce  a besoin de continuer les réformes, mais les mesures requises sur le paquet fiscal et la compétitivité sont plus limitées que par le passé. La large réduction du déficit de 15,3% du PIB est pratiquement réussie. Comparé à la situation d’il y a cinq ans, l’ajustement fiscal qui reste à faire est relativement mince mais nécessaire).

Si les Grecs, après ça, n’ont pas compris ce qu’ils devaient voter…

Quelle crédibilité pour ces scénarios?

A la lecture de ces déclarations, quelques doutes viennent quand même.

D’une part, Tsipras anticipe (on le lui souhaite en tout cas) une victoire du « non » même s’il a annoncé qu’il ne démissionnerait pas en cas de victoire du « oui » (ce qui est le seul moyen intelligent qui lui reste pour ne pas transformer définitivement ce vote en referendum sur son action). Il imagine que les Européens n’oseront pas le sortir de la zone euro et qu’il pourra mieux négocier.

Le pari est audacieux car rien ne prouve que la ligne Schaüble ne triomphera pas. Bien au contraire…

D’autre part, les Prussiens multiplient les déclarations apaisantes en cas de victoire du « oui ». Rien ne prouve qu’il ne s’agit pas d’un enfumage, façon représailles de la Wehrmacht dans les villages de partisan. Le plan d’aide pourrait très bien être durci en cas de victoire du « oui ».

L’effacement de la France en Europe

Reste un phénomène majeur dans cette crise: l’effacement complet de la France, qui ne compte plus que pour du beurre. Bravo, François Hollande!

 

Grèce: le referendum, ou la fin des haricots européens

Quoiqu’il arrive (quelle que soit son issue) le referendum organisé en Grèce signera la fin des haricots pour les Européens. Voici pourquoi.

Si le oui gagne en Grèce…

On imagine la scène: Tsipras et consors (dont ce guignol de Varoufakis qui nous rappelle qu’un universitaire grec exilé au Texas n’est pas plus sérieux qu’un universitaire français enseignant à la Sorbonne) ont fait campagne pour le « non » au nom de la démocratie. Et le referendum organisé en un temps record avec une question emberlificotée se termine en eau de boudin pour Syriza. Le peuple grec, paré de toutes les vertus romantiques par la gauche française, désavoue son Premier Ministre.

On a envie par avance de lire sous la plume de Mélenchon, de Maurel, et d’autres, les commentaires sur ce choix final. On verra dimanche soir ou lundi matin si la pratique référendaire et le recours au peuple sont toujours aussi héroïques qu’on ne l’a entendu cette semaine.

En attendant, l’Europe se trouvera dans de beaux draps: un Etat membre de la zone euro en faillite, un plan mal ficelé approuvé par les électeurs, et un gouvernement obligé de démissionner au bout de six mois de pouvoir et d’inconstance, de coups de poker et de discours grotesques sur le mode héroïque. Que faire? convoquer en plein été des élections législatives, reformer un cabinet pour négocier un plan d’aide… Et pendant ce temps, l’Europe aura fait la preuve de son incapacité à décider, et pendant ce temps le bank run, la faillite, la banqueroute, et de nouvelles souffrances pour le petit peuple.

Si le non gagne…

Là, les choses se compliquent. Sans prendre parti, deux possibilités s’ouvrent. Soit les Européens sortent les Grecs de la zone euro, soit il les garde avec eux.

Pourquoi sortir les Grecs de la zone euro? Au nom de la lutte contre les passagers clandestins. On ne peut pas dire un jour: nous avons besoin de 35 milliards d’euros (c’est le chiffre probable) pour survivre dans les deux ans (soit le budget de l’armée en France), nous vous demandons de nous les donner, mais le lendemain nous refusons toute contrepartie parce que, démocratiquement, nous avons voté un texte qui engage nos partenaires à payer sans condition. C’est pourtant la folie grecque dans toute sa splendeur exprimée par Tsipras: les Européens sont des salauds, la zone euro nous opprime, mais nous ne voulons pas la quitter, nous avons besoin de son argent, et nous voulons rester maîtres des contreparties que nous accorderons en échange.

Grotesque! irréaliste!

Le bon sens, pour les Européens, est de dire non et de refuser ce marché où les Grecs veulent le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la crémière.

Toutefois, il y la logique française: sortir les Grecs serait pire que les y laisser. Tergiversons, donc. Acceptons de voir les règles de la coopération bafouées. Acceptons de garder avec nous des Grecs qui ont piétiné la règle commune en négociant un accord pour mieux le dézinguer, en demandant de l’argent à des gens qu’ils méprisent et qu’ils conspuent, en jouant en permanence sur la menace de l’attentat kamikaze pour obtenir le maximum de bénéfices en lâchant le minimum de contreparties.

Si les Européens cèdent à cette petit mort de l’Europe, ils auront gagné six mois de répit. Mais, dans six mois, les Espagnols, les Italiens, les Français! joueront une magnifique répétition de l’exercice et la zone euro finira par exploser.

Dans tous les cas, quelle que soit l’issue donnée par le peuple grec, les fondements de la coopération européenne seront minés.

Que faire face à la Grèce?

L’euro vit sa belle mort, comme je le disais dès le mois d’octobre. C’était une monnaie impossible dans un projet politique hors sol. Le plus rationnel est que les Grecs refusent à majorité le plan de sauvetage des Européens, que leur liberté leur soit rendue et que nous commencions à détricoter intelligemment la zone euro.

Malheureusement, l’intelligence collective triomphe rarement, et le plus probable est que le conflit des volontés nationales continue sous le couvert hypocrite du système multilatéral appelé monnaie unique. Jusqu’à quand cette folie bipolaire consistant à dire « nous voulons de l’Europe » tout en ajoutant « mais nous ne voulons pas en payer le prix réel » pourra-t-elle sans durer sans déflagration dangereuse?

Dieu seul le sait…

Faut-il supprimer Pôle Emploi?

En 1967, Jacques Chirac, alors ministre de l’Economie, créait un nouvel établissement public administratif: l’Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE). L’objectif de cette structure était contre le chômage, qui représentait alors… 2% de la population active. Cette création supposée bénéfique pour l’emploi inaugurait un cycle de 40 ans de montée quasi-ininterromue du chômage, et émaillée de quelques idées incongrues comme la création du Registre Opérationnel des Métiers et des Emplois, fondé sur une classification des postes de travail à un moment où l’informatisation bouleversait les méthodes de production.

40 ans plus tard… l’ANPE comptait près de 30.000 collaborateurs répartis sur plus d’un millier de sites. Nicolas Sarkozy décidait de donner un nouveau coup d’accélérateur à l’expansion permanente de ce monstre, avec un objectif: le rendre plus performant, en faisant des personnels chargés de collecter les cotisations chômage et les personnels chargés du reclassement.

7 ans après la naissance de Pôle Emploi, la Cour des Comptes a décidé d’en dresser un état des lieux, en pointant ses faiblesses et ses insuffisances. Avec un budget de fonctionnement de 5 milliards d’euros, plus de 50.000 collaborateurs, l’usine Pôle Emploi est une espèce d’hydre dont personne ne maîtrise le fonctionnement.

Les problèmes de la structure sont d’ailleurs sans surprise et bien connus. On en retiendra trois, majeurs.

Premièrement, la fusion des métiers (entre collecteurs et conseil de carrière) a constitué un leurre reposant sur une absurdité. Quel est l’intérêt de demander aux agents chargés de la collecte de se transformer en consultants? Quelle est la plus-value des concsultants dans la collecte? Dans la pratique, la machine administrative a torpillé des conséquences précieuses au lieu de les accroître.

Deuxièmement, le gigantisme de la machine la rend ingérable. A titre d’exemple, il faut à chaque agent un temps d’allumage de son ordinateur de quinze minutes chaque matin. Les programmes développés en interne sont trop lourds pour les ordinateurs achetés par le service informatique. Ce défaut empêche d’organiser un rendez-vous en moins de vingt minutes. On retrouve là le symptome des usines trop vastes, où les acheteurs informatiques ne connaissent pas les contraintes des « ouvriers » de la structure. L’anatomie de ce défaut souligne les faiblesses liées à l’extrême centralisation de la structure, et la faible délégation de pouvoir qui y est pratiquée.

Troisièmement, les prestations délivrées par Pôle Emploi sont complexes et plus aucun collaborateur ne s’y retrouve. Une grande partie de la surcharge de travail dont souffre Pôle Emploi vient des incertitudes juridiques dues à des accords entre partenaires sociaux négociés à l’arrache, dont la qualité réglementaire est faible.

Tous ces défauts expliquent que les 5 milliards d’euros dépensés par Pôle Emploi correspondent à une dépense publique sous-optimale. Ils représentent une somme d’environ 2.000 euros par demandeur d’emploi.

On peut se demander dans quelle mesure il ne serait pas plus judicieux, pour l’Etat, de supprimer Pôle Emploi et d’accorder à chaque chômeur un chèque de ce montant: à charge pour lui d’acheter les services de conseil de son choix.

Article publié sur tripalio.fr

Grèce: Tsipras ou le Trafalgar de la gauche de la gauche française

La gauche de la gauche française adore voir en Tsipras une espèce de héros par la procuration de qui elle remporte sur un terrain extérieur les batailles qu’elle craint de devoir mener en France demain. D’où une logorrhée dithyrambique permanente sur ce merveilleux Tsipras, sur les exploits de Syriza, sur la monstruosité des créanciers, dont la presse nous abreuve quotidiennement, avec une vigueur démultipliée depuis l’annonce du referendum.

Les événements d’hier ont pourtant montré une fois de plus comment la gauche de la gauche en France est prompte à se tromper et à répéter aujourd’hui les erreurs que les compagnons de route ont commises dans les années 30 avec la Russie stalinienne.

La Grèce et les mensonges de la gauche de la gauche

Je prends au hasard la tribune publiée par Emmanuel Maurel, député européen socialiste frondeur. Elle constitue à de nombreux égards une sorte de condensé de l’enfumage auquel une partie de la gauche française se livre sur le sujet grec.

On y lit d’abord:

L’actuel gouvernement grec, qui a hérité cette situation de crise économique, sociale et humanitaire sans précédent, aurait dû être soutenu depuis le début dans sa volonté de renouer avec la croissance, de sortir la population de la pauvreté, et de reconstruire des services publics viables dans le pays.

Ceux qui ont lu les propositions des créanciers savent que la modernisation du service public grec est au coeur des concessions qu’il a fallu arracher à Tsipras. Au bout de 5 mois de pouvoir, le gouvernement grec n’a pas bougé le petit doigt pour lutter contre la fraude fiscale, et n’a en rien fait usage de son droit régalien premier: celui de réorganiser les services publics, en particulier l’administration fiscale. Il est ahurissant, de la part d’un eurodéputé, de mentir à ce point, et de laisser planer l’idée que la modernisation des services publics d’un Etat-membre relève de la responsabilité de Bruxelles. Surtout lorsque les institutions communautaires poussent un gouvernement à réformer sur ce point…

Sur le fond, la première mesure pour rétablir la situation en Grèce consiste à imposer les très riches, en particulier les armateurs. Tsipras n’a rien proposé sur le sujet depuis son arrivée au pouvoir, et ce sont les partenaires européens qui lui demandent d’agir en ce sens. Pourquoi la gauche de la gauche ne le mentionne-t-elle jamais?

Pour une raison simple, la gauche française ne s’intéresse pas aux Grecs. Ils sont juste un prétexte pour dire par avance ce dont on ne veut pas en France: une modernisation du service public, une véritable réforme de l’Etat, et une réforme fiscale qui permette de rétablir les grands équilibres.

La Grèce n’a proposé aucune réforme sérieuse depuis janvier

Sous la plume d’Emmanuel Maurel, on lit ensuite:

Des mois durant, alors même que le mandat qu’il avait reçu du peuple grec était clair contre l’austérité, Alexis Tsipras a fait plusieurs propositions de concessions.

Là encore, voilà une curieuse contre-vérité! depuis le mois de janvier, les Européens attendent un véritable plan de réformes de la part des Grecs, qui soit autre chose qu’un ramassis de vagues promesses et de slogans tirés de la dernière interview de Varoufakis dans Paris-Match. La vérité est que les Grecs jouent la montre depuis plusieurs mois parce qu’ils refusent de coopérer avec les Européens, et qu’ils ont estimé, depuis le début, qu’ils obtiendraient un meilleur accord sous la pression d’une faillite.

Les Grecs ont accepté d’entrer véritablement dans le processus de négociation depuis quinze jours à peine, en considérant qu’il fallait un accord politique et non technique. Ce faisant, ils ont tué toute crédibilité de la Grèce et définitivement détruit toute confiance au sein de la zone euro.

Cela signifie pas que les créanciers soient exemplaires ni qu’ils soient exempts de tout reproche. Simplement, il ne peut guère leur être fait le reproche de n’avoir pas eu d’idées claires sur les concessions attendues. En revanche, il est manifeste que Tsipras a tout fait pour esquiver la discussion jusqu’à la dernière minute.

La Grèce et le fantasme de son humiliation

Toujours sous la plume d’Emmanuel Maurel, on trouve ensuite le lamento grotesque selon lequel négocier, c’est humilier:

Dans une volonté d’humiliation qui ne fait plus de doute, les créanciers, dont le FMI, ont à peine daigné examiner ces propositions. Incapables de faire à leur tour des concessions, ils demeurent enfermés dans le dogme des coupes budgétaires et de la dévaluation interne. Ils ont une nouvelle fois opposé aux propositions grecques le même panier de mesures qui n’a donné aucun résultat jusqu’à présent, ni sur la dette, ni sur la croissance, encore moins sur l’activité des entreprises, le chômage, l’éducation et la santé.

Supposons! mais alors pourquoi les manifestations en faveur du « oui » aux propositions des créanciers rassemblent-elles plus de participants que les manifestations en faveur du « non », pourtant instiguées par le pouvoir? Et pourquoi Tsipras a-t-il finalement annoncé qu’il n’organiserait finalement peut-être pas le referendum en Grèce? Si l’Europe humiliait tant la Grèce, on voit mal pourquoi tant de Grecs exprimeraient aujourd’hui leur désir de rester dans la zone euro…

Je ne relève même pas ici les contre-vérités d’Emmanuel Maurel: 13 réunions spéciales de l’Eurogroup se sont tenues depuis janvier sur la question grecque. Soutenir que les propositions grecques n’ont pas été examinées relève du mensonge absolu, ou alors de l’aveuglement.

Tsipras, ce héros de foire

Emmanuel Maurel continue:

Face à une telle absence de dialogue, et une si faible recherche de compromis, il est parfaitement légitime que le gouvernement grec soumette les propositions des créanciers à un examen démocratique. L’enjeu est historique pour la Grèce, et sa souveraineté ne peut se négocier hors du mandat qui a été donné en janvier.

C’est beau comme du Hugo! l’enjeu historique grec passe forcément par un referendum. La « souveraineté ne peut se négocier ». Et Tsipras, ce héros, ne fera pas de compromis.

Sauf qu’à la perspective de perdre le referendum et de devoir rendre son tablier, l’animal commence à négocier son virage et à évoquer la suspension dudit referendum.

Speaking to ERT on Tuesday night, Dragasakis suggested that the coalition could call off the referendum if it reaches an agreement with lenders. “The government can decide to do something different,” he said. “This is a political issue, after all. The referendum was called so it would lead to an agreement with specific criteria but this displeased some people because our partners have become used to people saying yes.”

« Le gouvernement peut décider de procéder différemment » que par referendum…

Je m’appellerais Emmanuel Maurel, j’en ferais moins sur la noblesse et la grandeur du referendum décidé par Tsipras dans le dos de ses négociateurs à Bruxelles. Car il pourrait bien ne pas avoir lieu, et Tsipras pourrait bien négocier un accord dans le dos du peuple grec pour garder son poste…

Les Européens souhaitent le referendum

Toujours Emmanuel Maurel:

Le mépris et l’irrespect qu’ont témoigné les responsables européens à ce choix courageux, encore aujourd’hui par la voix de Jean-Claude Juncker qui dénigre des « méthodes » qui ne sont autres que la démocratie, illustrent leur abandon coupable à des règles financières qu’ils font prévaloir sur les règles démocratiques.

Le problème, c’est quand même que, Allemagne en tête, une majorité d’Européens attend que le referendum ait lieu. On peut en revanche comprendre leur exaspération en découvrant que, après plusieurs mois d’attente, la liste de réformes apportée par Tsipras fasse l’objet d’un referendum où Tsipras lui-même fait campagne contre le texte qu’il discute à Bruxelles. Ces pratiques, largement répandues au sein du Parti Socialiste français dont Emmanuel Maurel est un apparatchik, ne constitueront jamais un moment de la démocratie.

Les frondeurs complètement ringardisés par les sociaux-démocrates allemands

J’arrête là ma lecture. Je citerai simplement, et par contraste avec la position des frondeurs socialistes français, la position des sociaux-démocrates allemands:

« La différence fondamentale entre le gouvernement grec et tous les autres gouvernements de la zone euro ne porte pas (…) sur des détails de la négociation mais réside dans le fait qu’Athènes veut modifier les conditions de coopération au sein de la zone euro ou veut au moins avoir le droit de ne pas respecter ces conditions », a expliqué le président du SPD, qui a ajouté :

« L’idéologie ou la politique suivie par le gouvernement grec ne peut pas, in fine, remettre en question la situation économique de la zone euro dans son ensemble. (…) Que les citoyens grecs puissent se prononcer par référendum est très clair mais ce sur quoi ils se prononcent doit l’être tout autant : le cœur de la question c’est oui ou non au maintien dans la zone euro. »

Car la démocratie, M. Maurel, ce ne sont pas 10 millions de Grecs qui imposent une loi unilatérale à 500 millions d’Européens.

 

La Grèce est-elle la Grande-Bretagne de la zone euro?

Après plusieurs semaines de négociation entre la Grèce et ses partenaires européens, qui sont aussi ses créanciers, une question se pose: Tsipras s’est-il conduit avec les autres membres de la zone euro comme Margaret Thatcher en son temps avec le reste de l’Europe? Autrement dit, a-t-il pris l’intérêt collectif en otage d’une logique de passager clandestin? Le débat autour de la restructuration de la dette en a donné une illustration impressionnante.

La Grèce et la dette, un sujet de coopération collective

Tout le monde sait que la dette grecque n’est pas remboursable, et aucun esprit raisonnable, même en Allemagne (dont la rationalité n’est pas toujours la caractéristique nationale la plus évidente), n’imagine que la dette grecque puisse rester longtemps en l’état. Lorsque Tsipras a été élu, il pouvait donc s’appuyer sur ce constat collectif tacite pour obtenir, à l’occasion de l’accord qu’il a mis quatre mois à négocier (avant de le faire capoter), un geste significatif de ses partenaires.

Dans la pratique, c’est bien parce que les créanciers n’ont pas inclus dans un seul document récapitulatif leurs demandes de réformes et leur proposition de possible restructuration de la dette grecque que Tsipras a finalement décidé de recourir de façon précipitée au referendum. La véritable question qui sera posé aux Grecs dans ce scrutin sera: êtes-vous d’accord pour de nouveaux efforts demandés par les créanciers sans garantie donnée par ceux-ci sur une prochaine restructuration de la dette qui accable le pays?

Ce sujet est assez intéressant, parce qu’il offre grandeur nature (et même à échelle étatique) un bel exemple du rôle de la confiance dans les équilibres optimaux liés à la coopération. On retrouve ici toute la question des équilibres de Nash dans la théorie des jeux.

L’équilibre sous-optimal du referendum

En recourant au referendum, Tsipras a en réalité validé un équilibre sous-optimal qui pourrait lui être longtemps reproché par ses adversaires comme par ses soutiens. Le texte discuté samedi soir, qu’il soumet au vote et contre lequel il fait campagne, prévoit en effet une série de réformes intérieures dont certaines sont plus à gauche que les propositions de Syriza: baisse du budget de l’armée, taxation lourde des armateurs, augmentation de l’impôt sur les sociétés. En revanche, il n’intègre aucun engagement européen sur la dette grecque.

Si le referendum donne lieu à une victoire du oui, Tsipras aura beaucoup affaibli les positions grecques par rapport à ce que Samaras avait obtenu (puisque, avant qu’il ne parte, il avait décroché une clause de revoyure sur la dette). Dans l’hypothèse où le oui l’emporte, la Grèce s’engagera en effet sur des réformes sans aucun engagement européen sur la restructuration de la dette.

La question est de savoir ce que la Grèce gagne si le non l’emporte. La menace d’une sortie forcée de la zone euro dans cette hypothèse risque de peser lourd dans la balance. Beaucoup de Grecs craignent avec effroi le retour des années misérables (celles d’avant la Communauté européenne) où l’âne était le principal moyen de locomotion dans les campagnes et où l’Europe apparaît comme un continent extraordinairement moderne et libre.

Le pari fait par Alexis Tsipras est toutefois que le non l’emportera et que l’Allemagne n’osera pas sortir la Grèce de la zone euro. Une fois de plus, il semble avoir joué aux apprentis sorciers: en annonçant que, dans l’hypothèse d’une sortie forcée de la zone européenne, il saisirait la Cour Européenne, il trahit la faiblesse de sa position, qui consiste à défier des partenaires dont il ne veut manifestement pas se passer.

Toujours est-il que le referendum apparaît, quoiqu’il arrive, comme une erreur politique majeure. Soit le oui l’emporte, et la Grèce aura pris des engagements moins favorables que ceux obtenus par Samaras. Soit le non l’emporte, et la Grèce risque de s’enfoncer dans une crise politique majeure. C’est en ce sens que le referendum débouchera sur un équilibre sous-optimal, dont Tsipras sera comptable. Il aurait pu faire beaucoup mieux.

Le referendum avantage les créanciers

Pour les créanciers, en effet, la solution du referendum est finalement plutôt positive, et il n’y a guère que Tsipras pour avoir pensé le contraire.

De deux choses l’une: si le oui l’emporte, les créanciers seront en quelque sorte passés « par-dessus la tête » de Tsipras pour obtenir le soutien direct du peuple grec. Les Européens ne peuvent pas rêver mieux! Et Tsipras, redisons-le, en prônant le non, aura calciné toute possibilité d’opposition grecque à la volonté des créanciers pour longtemps. Qui plus est, les Grecs auront montré que leur attachement à l’Europe est plus fort que leur volonté de restructurer la dette. Cela n’évitera pas une restructuration de celle-ci, qui est inévitable, mais elle se fera dans des termes bien plus favorables pour les créanciers…

Soit le non l’emporte et la situation ne sera guère pire que celle connue depuis plusieurs mois avec l’arrivée de Tsipras au pouvoir. Depuis le 25 janvier, en effet, la Grèce s’est installée dans une stratégie non-coopérative et n’a adopté aucune réforme d’ampleur. D’une certaine façon, le non confirmera cette attitude et obligera les créanciers à poser clairement la question d’une sorte brutale ou non de la Grèce hors de la zone euro.

Pour les créanciers, la question est en effet très simple intellectuellement, même si elle est complexe politiquement. Soit on veut une zone euro performante et il faut juguler les déficits grecs (dont ce système de pensions au niveau faible, mais avec des départs anticipés qui ne sont pas soutenables dans la durée), soit les Grecs ne veulent pas réformer ce qui les alourdit (administration fiscale défaillante, dépenses militaires ubuesques, fraudes dans tous les sens face à un Etat incapable de les détecter, riches exonérés d’impôts) et il faut qu’il sorte de la zone euro sous peine d’en menacer périodiquement la survie.

Toute la difficulté est de savoir comment sortir politiquement un maillon faible de l’équipe.

La stratégie non-coopérative de Tsipras a condamné la Grèce

C’est évidemment sur ce dernier levier que Tsipras s’appuie depuis le début, au mépris de l’intérêt général européen. Parce que Tsipras sait la difficulté de sortir la Grèce de la zone euro, il fait le pari dangereux et destructeur pour l’ensemble du continent que ses créanciers auront moins mal en gardant l’épine grecque dans leur pied (sans allusion graveleuse, même si elle est tentante), qu’en l’extrayant au scalpel. Au fond, Tsipras explique à ses partenaires que la Grèce ne fera pas d’efforts, mais qu’ils s’empoisonneront plus la vie à se détacher du boulet qu’à le traîner éternellement.

Alors que Tsipras aurait pu donner à ses partenaires des gages rapides sur sa volonté de coopérer, en soumettant un plan de réformes dès le mois de mars, incluant une clause de restructuration de la dette, il a systématiquement nourri le sentiment qu’il voulait profiter au maximum du système avec le moins d’efforts possibles. Il a fallu attendre quatre mois pour qu’il mette sur la table des propositions manifestement moins favorables, à certains égards, que celles de ses créanciers.

En jouant d’emblée la montre, Tsipras a brûlé ses vaisseaux: il a convaincu ses partenaires européens qu’il jouait aux Calimero pour obtenir le maximum de gains possibles en trahissant l’esprit de coopération. C’est probablement cette stratégie qui sera la plus coûteuse pour la Grèce: même si le non l’emporte, aucun partenaire n’aura plus la moindre confiance dans le gouvernement grec, et aucune des propositions de celui-ci ne sera plus prise au sérieux.

Grèce et Grande-Bretagne, même combat

D’une certaine façon, cette instrumentalisation de la coopération autour d’une logique de passager clandestin est un trait commun entre la Grèce et la Grande-Bretagne. Une seule nuance les sépare: la Grande-Bretagne n’a jamais voulu entrer dans la zone euro, notamment parce qu’une zone monétaire optimale oblige à une convergence des politiques budgétaires dont les Anglais ne voulaient pas entendre parler. Le paradoxe de la Grèce est d’avoir voulu profiter de l’un sans payer le prix de l’autre.

Car, on peut le dire aujourd’hui, la Grèce est probablement le seul pays d’Europe à avoir bénéficié d’une véritable prospérité en entrant dans l’Union. Sans l’Europe pas de Jeux Olympiques à Athènes. Mais tôt ou tard, tout cela se paie.

 

Grèce: que dit vraiment le plan des Européens?

Selon toute vraisemblance, le referendum organisé en Grèce par Alexis Tsipras devrait interroger les électeurs sur le projet de plan proposé par les créanciers. Il est assez amusant de voir que tout le monde en parle, mais que personne ne l’a véritablement lu. J’ai donc décidé de le publier:

Pour ceux qui n’ont pas le temps d’éplucher les 10 pages, voici quelques éléments à en retenir.

Excédent budgétaire primaire

Les créanciers demandent un excédent croissant de 2015 à 2019, avec 1% de PIB dès cette année, et une montée progressive à 3,5% en 2018. Pour y parvenir, la Grèce est supposée augmenter la TVA, réformer les pensions et lutter contre la fraude fiscale.

Réforme de la TVA

Les créanciers demandent une uniformisation des taux de TVA sur l’ensemble du territoire, avec un taux de base de 23% (y compris sur la restauration), un taux réduit de 13% pour l’alimentation, l’énergie, l’eau et les hôtels, et un taux super-réduit de 6% pour les médicaments, les livres et le théâtre. Fin 2016, cette majoration, supposée rapporter 1% de PIB, peut être revue à la baisse.

Les autres mesures fiscales

Les créanciers demandent une suppression des avantages fiscaux pour les agriculteurs et les armateurs, ainsi qu’un durcissement de la lutte contre la fraude fiscale. Ils préconisent en outre une simplification de l’impôt sur le revenu. Dans le domaine de la santé, ils demandent une baisse du tarif des tests de dépistage afin de prévenir le recours aux soins. Le budget de l’armée doit être amputé de 400 millions d’euros, et le taux de l’impôt sur les sociétés doit être augmenté de 26 à 28%.

On notera également que les créanciers souhaitent l’extension et le relèvement de la taxe sur les bateaux de luxe.

Sur tous ces points, les assertions colportées notamment par Podemos en Espagne (mais pas que…) sur une opposition des créanciers à une fiscalité sur les riches sont donc factuellement fausses.

Réforme des pensions

Les créanciers souhaitent la mise en place très rapides de fortes désincitations aux départs anticipés à la retraite, et un gel des pensions actuelles jusqu’en 2021.

Là encore, factuellement, les théories sur une baisse nette des pensions sont fausses.

En revanche, les créanciers demandent une augmentation de 2 points (de 4 à 6%) de la contribution des retraités au financement de la santé. En outre, ils demandent une réforme paramétrique destinée à mieux maîtriser les dépenses.

Réforme de l’Etat

Les créanciers souhaitent la mise en place d’un système de rémunérations dans le service public favorisant la performance et le mérite.

Réforme de l’administration fiscale

Les créanciers demandent à la Grèce de rendre son administration fiscale autonome et d’y favoriser la performance.

Réforme du secteur financier

Les créanciers souhaitent une stratégie globale de réforme pour le secteur financier destinée notamment à mieux réglementer les faillites.

Réforme du marché du travail

Les créanciers souhaitent que la Grèce adoptent les meilleurs pratiques européennes en matière de négociation collective et de relation individuelle du contrat de travail.

Réforme des marchés de biens et de services

Les créanciers demandent à la Grèce de réformer son droit de la concurrence afin de mieux garantir celle-ci.

Privatisations

Les créanciers souhaitent que la Grèce s’engage sur un programme global de privatisations.

Sur le fond, on notera donc que, sans être un morceau de tendresse, le plan proposé par les créanciers est autant un plan de modernisation de la législation grecque qu’un plan d’austérité. On peut reprocher aux Européens de ne pas l’avoir suffisamment expliqué.

 

Briefing de la semaine: Grèce, données privées et emploi aux US

La crise en Grèce et ses conséquences devraient dominer la semaine économique et sociale française.

La crise grecque sous tous ses aspects

Même si de nombreuses voix (dont celles du gouvernement) ont imprudemment claironné qu’un défaut grec serait sans conséquence pour l’économie française, la réalité devrait être sensiblement différente. Dans un premier temps, on restera attentif aux phénomènes de contagion sur les places financières, qui pourraient être rapides et déstabilisants à court terme. Ils pourraient avoir un impact rapide sur les taux. En particulier, les obligations souveraines pourraient voir leur rendement remonter.

En outre, le défaut grec annoncé mardi risque de produire des conséquences majeures quant à la stabilité du système financier mondial, par une anticipation des marchés sur d’autres défauts ou sur d’autres risques, notamment relatifs à la solvabilité des banques grecques.

Enfin, le referendum qui aura lieu dimanche prochain, en Grèce, qui n’évitera pas le défaut grec (sauf si les créanciers accordent cinq jours de délai à la Grèce pour assumer ses obligations), constitue une menace politique notable. La construction communautaire risque d’en prendre un coup supplémentaire. L’avenir du projet européen paraît en tout cas sérieusement compromis à ce stade.

La réforme territoriale en discussion

L’Assemblée Nationale procède à la deuxième lecture du projet de loi sur la réforme territoriale, créant notamment de grandes régions. Ce projet de loi déposé sur le bureau du Sénat le 18 juin 2014 devrait donc trouver son aboutissement final et permettre des regroupements dont certains continuent à paraître incongrus.

QPC sur les données privées sur Internet

Le Conseil Constitutionnel statuera ce lundi sur la confidentialité des données sur Internet dans le cadre d’une question prioritaire de constitutionnalité déposée contre la loi sur les interceptions adoptées en septembre 2014. La position du Conseil Constitutionnel donnera une indication sur la saisine par le Président de la République relative à la loi sur le renseignement. Elle constituera un antécédent important dans l’approche institutionnelle de la protection des données privées, fondamentale pour le développement du Big Data en France.

Directive sur le secret des affaires

La commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale discutera mardi une résolution sur le projet de directive communautaire relative au secret des affaires. Ce texte risque de susciter d’importantes polémiques, notamment parce qu’il est jugé liberticide par une partie de la presse.

Fin de la discussion sur la loi Rebsamen au Sénat

Le Sénat se prononcera cette semaine sur le projet de loi Rebsamen. Celle-ci devrait donc franchir une nouvelle étape. Elle clôturera un épisode ouvert l’an dernier à l’automne avec les négociations interprofessionnelles qui ont échoué en décembre sur le sujet. La Commission Mixte Paritaire devrait se tenir dans la foulée.

Publication du rapport annuel de l’AMF

L’Autorité des Marchés Financiers publiera ce lundi son rapport annuel. Il devrait donner l’occasion d’une mise en perspective des marchés en 2014 avec l’horizon de plus en plus complexe de 2015. Le rapport pourrait souligner la difficulté de maintenir une politique de taux bas à moyen terme, comme l’a souligné la Banque des Règlements Internationaux (BRI) la semaine dernière.

Chiffres de l’emploi aux Etats-Unis

Jeudi paraîtront les chiffres du chômage aux Etats-Unis. L’indicateur donnera une bonne estimation de l’état plus ou moins solide de la reprise. Conjugué aux conséquences de la crise grecque, ce chiffre permettra d’approcher la conjoncture du troisième trimestre et l’état d’esprit dans lequel les marchés aborderont la reprise de septembre.

 

Grèce: fermeture des banques et de la bourse

Il est de plus en plus probable que la Grèce annonce une fermeture des banques jusqu’au referendum, une mise en place du contrôle des capitaux dès ce soir et une fermeture de la bouse d’Athènes.

La Grèce contrainte par la BCE

La Banque Centrale Européenne s’est réunie aujourd’hui et a pris la décision suivante:

ELA to Greek banks maintained at its current level

  • ECB takes note of decision on Greek referendum and the non-prolongation of the EU adjustment programme
  • ECB will work closely with Bank of Greece to maintain financial stability
  • Emergency liquidity assistance maintained at Friday’s (26 June 2015) level
  • Governing Council stands ready to review decision
  • Governing Council closely monitoring situation and potential implications for monetary policy stance

The Governing Council of the European Central Bank today welcomed the commitment by ministers from euro area Member States to take all necessary measures to further improve the resilience of euro area economies and to stand ready to take decisive steps to strengthen Economic and Monetary Union.

Following the decision by the Greek authorities to hold a referendum and the non-prolongation of the EU adjustment programme for Greece, the Governing Council declared it will work closely with the Bank of Greece to maintain financial stability.

Given the current circumstances, the Governing Council decided to maintain the ceiling to the provision of emergency liquidity assistance (ELA) to Greek banks at the level decided on Friday (26 June 2015).

The Governing Council stands ready to reconsider its decision.

En clair, la Banque Centrale Européenne n’accorde aucune nouvelle facilité aux banques grecques face aux échéances de la semaine. Dans la pratique, cette décision revient à « couper le robinet » d’alimentation de la Grèce en liquidité. La faillite est prévue pour mardi.

Les gouvernements européens s’agitent

A la suite de cette décision, les gouvernements européens ont commencé à sérieusement s’agiter.

Tsipras a convoqué une réunion d’urgence de son gouvernement ce soir. La réunion s’est terminée vers 18h45. Celle-ci devrait probablement déboucher sur la mise en place d’un contrôle des capitaux et la fermeture des banques au moins lundi. La Banque du Pirée a confirmé l’imminence de cette décision.

François Hollande convoque une réunion demain 8 heures sur le même sujet.

Le gouvernement britannique a publié une première mise en garde sur le risque d’une suspension des services bancaires cette semaine en Grèce, à l’adresse des touristes.