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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Piquemal, le cocu de la République

Selon le Figaro, le général Piquemal, le légionnaire quatre étoiles qui avait voulu organiser une manifestation contre la Jungle de Calais et semé le trouble dans les rangs, vient de recevoir une jolie leçon de politique.

Piquemal a-t-il reçu des promesses léonines?

Quelques jours après la manifestation qui lui avait valu une arrestation en bonne et due forme, Piquemal avait fait amende « honorable »… si l’on peut dire, puisqu’il avait lâché en rase campagne tous ceux qui l’avaient suivi dans cette aventure qui tourna au désastre.

Président d’un « cercle de citoyens patriotes », le général Piquemal affirme qu’il s’est rendu à cette manifestation « reconnaître les lieux et voir s’il n’y avait pas des solutions pérennes à mettre en place » pour les migrants à Calais. « J’aurais préféré qu’on soit seuls car ça ne se serait pas passé comme ça. On n’est pas racistes, islamophobes ou xénophobes. J’ai commandé la Légion étrangère pendant 5 ans, il y a 140 nationalités dedans. Donc s’il y a bien quelqu’un à qui on ne peut pas reprocher d’être raciste, c’est bien moi« , se justifie-t-il.

Piquemal a-t-il vraiment été piégé ce jour-là, ou a-t-il fait machine arrière pour éviter que la situation ne s’envenime, notamment au regard des réactions de sa hiérarchie? Son repentir sonnait en tout cas de façon un peu étrange, et suggérait qu’il caressait désormais le pouvoir dans le sens du poil en échange d’une mesure de clémence.

Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent

En tout cas, les manoeuvres de Piquemal n’ont pas servi à grand chose. Un conseil de discipline vient de se montrer un peu plus dur que le tribunal d’instance qui l’avait soumis à la question avant de le relaxer. Piquemal vient en effet d’écoper de la peine maximale: la radiation des cadres.

Si son grade ne peut lui être retiré, le port de son uniforme lui est en revanche interdit, tout comme sa carte d’identité militaire d’officier général – en principe accordée à vie. C’est l’atteinte à ces symboles forts et ce retour forcé au statut civil qui lui «font le plus mal», plus que les autres attributs, notamment financiers, liés à son statut. «Le plus inacceptable pour moi, c’est d’être mis au ban de cette manière après avoir donné quarante années au service de la France, d’être rayé comme ça et traité comme un paria».

Si Piquemal avait fait machine arrière, en février, pour obtenir la clémence de ses juges, il sait désormais que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

Il paraît que Piquemal interjettera appel devant toutes les juridictions possibles contre cette décision qui lui interdit de porter l’uniforme. Voilà qui valait bien la peine de regretter de s’être trouvé là le mauvais jour.

Pourquoi la primaire du PS a lieu en janvier?

La primaire citoyenne du Parti Socialiste auront lieu les 22 et 29 janvier 2017, soit deux mois après celles des Républicains, et quatre mois seulement avant l’élection présidentielle. Ce délai extrêmement court a suscité de nombreuses interrogations. La question du financement de la campagne éclaire largement le choix de cette date tardive.

La primaire programmée pour Hollande

Certes, politiquement, François Hollande a un besoin structurel d’une primaire tardive. Ce choix s’explique par deux raisons simples.

La première est que la campagne pour la primaire à laquelle il est susceptible de participer sera difficilement compatible avec la dignité de la fonction présidentielle. Il est donc vital de ne pas laisser trop de temps à la primaire pour faire des dégâts supplémentaires dans l’exercice du pouvoir, étant entendu qu’une campagne trop longue dont il sortirait victorieux risquerait de lui nuire dès le premier tour. Les Français pourraient lui reprocher d’abandonner sa fonction pour s’occuper de sa réélection.

Une deuxième raison tient à l’étrange situation dans laquelle il se trouvera s’il perd la primaire: sa légitimité, déjà très faible, sera définitivement battue en brèche et ruinée, au point que cette situation inconfortable nuira sans doute à l’image de la France.

La raison cachée de cet étonnant calendrier

Mais une raison moins avouable explique que le Président repousse la primaire à un calendrier tardif. Elle tient à un calcul curieux lié au financement de la campagne électorale. Comme on le sait, celui-ci est plafonné à 16,5 millions d’euros pour le premier tour. Mais, dans un avis de 2013, le Conseil d’Etat a validé le principe d’une soustraction pour les dépenses liées à la campagne de la primaire:

« … Il a été jugé, dans le cadre d’une élection primaire organisée par un parti politique en vue de l’investiture de son ou ses candidats, que les dépenses d’un candidat ayant eu pour but de promouvoir et de favoriser auprès des adhérents de son parti politique sa candidature à l’investiture de ce parti ne sont pas engagées ou effectuées en vue de l’obtention des suffrages des électeurs ; par conséquent, elles n’ont pas à figurer au compte de campagne que ce candidat doit tenir en application de l’article L. 52-12 du code électoral (Elections municipales d’Argenteuil, 23 juillet 2009, n° 322425). Il résulte de ce qui précède que les dépenses faites par un candidat, lors d’une campagne en vue d’une élection primaire avant son investiture par un parti politique, ne peuvent s’ajouter, pour l’application de l’article L. 52-12 du code électoral, aux dépenses de la campagne postérieure à cette investiture que pour autant que les premières dépenses puissent être regardées comme engagées ou effectuées en vue de l’obtention des suffrages des électeurs lors de l’élection, et non de l’obtention des suffrages des seuls adhérents du parti politique auquel appartient le candidat en vue de son investiture. Tel est le cas des dépenses faites par un candidat à l’occasion d’une élection primaire ouverte à l’ensemble des électeurs de la circonscription de l’élection. Par conséquent, les dépenses engagées ou effectuées à l’occasion d’une élection primaire ouverte à l’ensemble des électeurs doivent être regardées comme engagées en vue de l’élection. Tel est, d’ailleurs, le sens de la position prise par le Conseil constitutionnel sur le guide établi par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques en vue de l’élection présidentielle de 2012. »

Pour pouvoir gonfler l’addition de la campagne officielle, retarder la primaire permet donc de faire passer sur le budget de celle-ci une part substantielle des dépenses contractées pour le scrutin officiel.

Astucieux!

Faut-il vendre les Parisiens?

Vendre les Parisiens? Le maire adjoint d’Urrugne (petite commune du pays basque), accessoirement chef d’entreprise, Didier Picot, le préconise dans un ouvrage qu’il vient de publier aux Editions Sala (220 pages). Il a accepté de nous présenter son ouvrage dans une interview qui appelle quelques remarques de fond:

Les Parisiens et la décentralisation

De façon assez étonnante, plus de trente ans après les premières vagues de décentralisation, la France n’est pas sortie de sa critique contre la centralisation parisienne et jacobine. De toutes parts, d’ailleurs, les dénonciations de ce jacobinisme fusent en ce moment, comme si l’explosion des dépenses publiques émanant des collectivités locales et le principe de libre administration de ces collectivités depuis 30 ans donnait lieu à un constat « en creux » d’échec total.

Les Parisiens, une nouvelle aristocratie?

On voit bien que, derrière cette critique des Parisiens, c’est la remise en cause des élites françaises qui pointe le bout du nez. Longtemps retenue ou taboue, cette remise en cause est désormais assumée par des « insiders » comme Didier Picot, même si elle passe par une territorialisation de leur rôle. Il fut une époque pas si lointaine où un livre de ce genre aurait promis à la dissidence. Le fait que des élus locaux, chefs d’entreprise issus des grandes écoles parisiennes reprennent à leur compte ces critiques en dit long sur la dégradation du climat au sein du pays, et sur la perte rapide de légitimité de nos institutions.

Parisiens ou gouvernement profond?

Les lecteurs de ce blog connaissent mes positions de fond sur le sujet. De mon point de vue, la critique du jacobinisme est un faux problème: la France est décentralisée depuis les années 80, et le « girondisme » en vigueur depuis cette époque dévoile de plus en plus non seulement ses limites, mais même sa haute toxicité pour l’ensemble du pays.

Le sujet, de mon point de vue, ne porte pas sur le prétendu jacobinisme français (dont on voit à l’usage qu’il est beaucoup plus protecteur de l’intérêt général que le girondisme), mais sur la réaction nobiliaire qui crispe le gouvernement profond sur la défense de ses intérêts immédiats. Ce que Didier Picot appelle « les Parisiens », je l’appelle plus volontiers le gouvernement profond, c’est-à-dire cette hyper-structure qui exerce effectivement le pouvoir en dehors des institutions dont c’est la mission officielle.

Le gouvernement profond peut être constitué de Parisiens, mais il n’englobe pas tous les Parisiens, et ne se résume pas aux Parisiens. En fait, Didier Picot commet ici une synecdoque…

Le régime vacille

On notera que, structurellement, la dénonciation de ce système progresse et qu’une correction brutale dans les prochaines années est d’autant moins à exclure qu’elle est prônée par des « insiders » dont le rôle traditionnel consiste plutôt à défendre le pouvoir en place.

La « B(r)anque du Temps », l’invention baroque de la CFDT

La Banque du Temps, ça sonne comme un poème écrit un dimanche pluvieux par un directeur d’agence du Crédit Agricole, ou par un délégué syndical qui termine son sandwich merguez après un meeting de Laurent Berger. Cette invention baroque, cette espèce d’oxymore comme auraient dit les Grecs, est pourtant une proposition tout à fait formalisée, concertée, poussée par la CFDT pour empoisonner la vie des petites entreprises. Après le compte pénibilité, pour lequel la confédération réformiste s’est engagée avec beaucoup de détermination (et une parfaite conscience d’apporter une importante distorsion de concurrence en faveur des grandes entreprises où elle domine la CGT et au détriment des petites entreprises où la CGT la domine), Laurent Berger récidive donc, bien décidé à cirer les pompes des grands groupes et de leurs confortables clubs de direction où l’on se rince à l’oeil en bonne compagnie, et à vitrifier la concurrence émiettée des petits acteurs qui cassent les prix et jouent la mouche du coche dans le capitalisme de connivence.

Mais c’est quoi la banque du temps

L’expression est apparue à l’occasion du rapport parlementaire sur la refondation du paritarisme. Ce texte venu d’un autre âge, et rédigé notamment par l’étatiste Jean-Marc Germain, qui n’a jamais caché son hostilité à la libre concurrence, constitue en lui-même une sorte d’ode à l’Ancien Régime et à ses corporations, une page obsolète arrachée au livre du déclin français. Les mauvaises langues murmurent que, dans ce pamphlet de mauvais goût, toutes les pages ont été écrites par les fonctionnaires de l’Assemblée dédiés à la mission, sauf les pages évoquant la « banque du temps », qui seraient arrivées toutes cuites de la CFDT par porteur cycliste. Les députés n’auraient eu qu’à les intégrer dans leur texte sans modifier une ligne.

Voici comment la « banque du temps » se définit officiellement:

La gestion du temps est précisément l’objet de la Banque interprofessionnelle du temps. Quel que soit le nom retenu, le dispositif a vocation à n’être qu’une étape. Si l’on n’introduit pas aujourd’hui la notion de temps dans le compte personnel d’activité (CPA), c’est parce que la question de sa transférabilité n’est pas réglée. J’ai donc voulu traiter ce sujet de façon spécifique. Nous avons réglé le problème de la transférabilité des droits à formation via le compte personnel de formation. Reste à décider comment transférer des jours d’une entreprise à une autre et à décider qui les paie.

La banque du temps, c’est la transférabilité des jours de formation non consommés dans une entreprise.

Le problème de la transférabilité du compte formation

De longue date (et au moins depuis 2008), la CFDT lutte pour la transférabilité des droits à formation tout au long de la vie. Concrètement, cela signifie qu’un salarié qui quitte une entreprise pour une autre devrait conserver dans sa nouvelle entreprise les droits à formation acquis dans son précédent emploi.

Techniquement, cette mesure en apparence simple est extrêmement complexe car elle oblige l’entreprise précédente à inscrire dans son passif social les droits à formation ainsi transférés. Pour une grande entreprise, l’enjeu est coûteux mais gérable. Pour une petite entreprise, cela signifie qu’elle doit provisionner pendant de nombreuses années des coûts sociaux afférents aux salariés qui la quittent.

Ce problème (qui se chiffre à plusieurs milliards pour l’ensemble des entreprises) a toujours empêché toute avancée sur cette idée.

La solution baroque de la banque du temps

La proposition de la CFDT vise donc à monétiser sous forme d’épargne les engagements sociaux des entreprises correspondant aux droits à formation des salariés qui la quittent. Assez logiquement (même si le rapport n’est pas explicite là-dessus), les entreprises devraient donc, chaque fois qu’elles se séparent, pour une raison ou pour une autre, d’un salarié, verser une somme à cette banque correspondant aux droits acquis (notamment les salaires à verser pour les jours de formation) par le salarié. Celui-ci pourrait utiliser ces fonds pour des formations dans sa nouvelle entreprise.

Il y a beaucoup à dire sur l’évolution conceptuelle de cette idée. En attendant, les entreprises seront heureuses d’apprendre qu’un salarié qui démissionne du jour au lendemain leur coûtera en plus cher qu’aujourd’hui…

Une solution pilotée par la Caisse des Dépôts?

Qui tirera profit de cette invention baroque? La Caisse des Dépôts, dont le rôle est expliqué par Arnaud Richard, l’autre rapporteur de la mission:

Dans mon esprit, l’idée est lorsque vous transférez des jours, ils soient payés par l’entreprise à cette banque du temps – qui serait naturellement la Caisse des dépôts et consignations, compte tenu des choix qui ont été faits pour le CPA. Lorsque le salarié prendrait des jours de congé acquis dans les entreprises où il a travaillé antérieurement, ces jours seraient donc payés par celles-ci. Il faut néanmoins que les entreprises apprennent à remplacer les salariés qui prendront un « congé CPA » tout comme elles remplacent les femmes qui prennent un congé maternité. Bref, la création d’une banque du temps permettra de régler la question du financement – celui-ci étant aujourd’hui incomplet en raison de certains plafonnements et de règles de fiscalisation qui limitent la possibilité de transférer des jours. Reste effectivement à traiter la façon de concilier cette liberté avec un bon fonctionnement de l’entreprise, question dont, à nos yeux, les partenaires sociaux doivent se saisir.

Mais, je rêve ou bien… Arnaud Richard fut, en 2009, salarié de la Caisse des Dépôts? Il y était responsable des relations institutionnelles, c’est-à-dire lobbyiste en chef. Manifestement, il n’a pas perdu la main.

Un projet de loi en janvier 2017

Précisons aux entrepreneurs que cette affaire devrait se régler en janvier 2017, par une loi sur le paritarisme portée par Myriam El-Khomri. Ce texte sera l’occasion pour le gouvernement d’accorder un dernier cadeau à la CFDT en échange de son sympathique soutien pour les présidentielles. Celui-ci passera sans doute par quelques déclarations fracassantes de Laurent Berger dénonçant le populisme de tous ceux qui dénoncent les arrangements entre amis sur le dos des forces vives du pays.

On connaît ta musique, Laurent!

Trialogue social ou hégémonie de la CFDEtat?

La démocratie sociale française est fondée non pas sur un dialogue entre partenaires sociaux, mais sur un trialogue, pour reprendre l’expression d’un dirigeant patronal (comme quoi, on peut même dire du bien du MEDEF, parfois…), où l’Etat joue un rôle essentiel. Arbitre en dernier ressort et investi du pouvoir de légiférer (donc de jouer contre les deux autres équipes sur le terrain), l’Etat en France est le grand maître du jeu social. Cette particularité tranche avec l’organisation de nos voisins, où le dialogue social interprofessionnel n’existe pas et où l’Etat, comme en Allemagne (constitutionnellement) s’interdit d’entrer dans la danse.

Avec l’arrivée de François Hollande au pouvoir, le trialogue social s’est-il transformé en une suprématie de la CFDT, y compris sur le partenaire étatique, créant ainsi un système qu’on pourrait appeler la CFDEtat? L’hypothèse peut être valablement reçue.

CFDEtat et compte pénibilité

La mise en place du compte pénibilité constitue un exemple parmi d’autres de l’influence décisive que la CFDT exerce sur le champ social en France. Alors que le simple bon sens recommande de ne pas mettre en place le compte pénibilité, la CFDT en a fait une affaire de principe auprès du gouvernement. Dans la pratique, on sait tous que le compte pénibilité est une façon de ne pas prévenir la pénibilité, qu’il est une invention d’une bureaucratie syndicale totalement coupée des réalités, rien n’y a fait.

Nos lecteurs savent que nous n’exonérons pas les responsabilités patronales de leurs responsabilités dans ce dossier. Entre une guerre de tranchée menée pendant plusieurs années sur le sujet et une complicité probable de l’une ou l’autre grande fédération avec la CFDT, les mouvements patronaux font aujourd’hui payer à leurs adhérents (et aux autres) le prix de leur incurie. Il n’en reste pas moins que la pénibilité est une mesure assez symbolique du poids de la confédération sur le dialogue social.

L’exemple de l’assurance-chômage

Un autre exemple est donné par la reprise éventuelle des négociations sur l’assurance chômage, avortée au printemps. La CFDT, avec quelques autres, tenait tout particulièrement à mettre en place une taxation des contrats courts. La mesure fâche tout particulièrement les petites entreprises qui sont les plus grandes consommatrices de ce type de contrats. Tout laisse à penser que l’Etat va suivre la CFDT et préconiser une mesure d’autant plus maladroite que l’idée concomitante de taxer les hauts salaires ne devrait pas être reprise.

Par une sorte d’incompréhension mutique, le gouvernement s’apprête donc à frapper une nouvelle fois les petits et à épargner les gros. Cette obstination à servir les grands groupes étonne.

La CFDT soutiendra-t-elle les ponctions sur la formation professionnelle?

Le projet de loi de finances a prévu la mise en place d’un « fonds de concours », c’est-à-dire d’un fonds partagé avec d’autres partenaires que l’Etat, pour financer des formations à destination des chômeurs à hauteur de 300 millions d’euros. Alors que la formation des chômeurs est une mission de solidarité dévolue à l’Etat, les fonds des entreprises vont donc être sollicités pour honorer la promesse de François Hollande d’inverser la courbe du chômage.

Quelle sera la position de la CFDT sur ce sujet? Le débat sera à suivre, mais il est probable que, dans le grand donnant-donnant entre l’Etat et la CFDT, ce pion-là soit consensuel.

La CFDEtat a-t-elle un visage?

Comment, concrètement, s’opère cette sorte de fusion entre une confédération syndicale et l’Etat?

Plusieurs passerelles existent, notamment à travers les puissantes sections CFDT présentes chez les hauts fonctionnaires, qui constituent autant de lieux d’échange entre le pouvoir et le syndicat. Le ministère du Travail en est un théâtre intéressant. Au demeurant, l’Etat n’hésite pas à nommer à l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) des dirigeants de la CFDT, qui facilitent encore plus les consensus.

On notera cependant que François Hollande a nommé comme conseiller social Michel Yahiel, ancien président de l’Association Nationale des Directeurs de Ressources Humaines, et proche de la CFDT. Celle-ci l’avait même proposé, en 2010, au poste de directeur général de l’UNEDIC. Le MEDEF s’y était opposé à l’époque. Ces petits incidents ne s’oublient jamais de sitôt.

Les accidentés du travail, grandes victimes de la sécurité sociale

On ne répètera jamais assez que les accidentés du travail sont les grandes victimes d’un système auto-proclamé bienfaisant, appelé la sécurité sociale. Les modalités de réparation des accidents du travail sont en effet beaucoup moins favorables que la réparation des autres accidents, de telle sorte qu’il vaut mieux avoir un accident de la route le dimanche en rentrant de la campagne que le lundi matin en allant au travail: la réparation des dommages ne sera pas du tout la même.

Les accidentés du travail et les excédents du régime

On doit à la Fédération Nationale des Accidentés du Travail et des Handicapés d’avoir soulevé un autre point choquant dans le dispositif actuel de sécurité sociale: la branche des accidents du travail est excédentaire, mais l’argent dégagé ne sert pas à améliorer les prestations servies aux assurés.

On lira ici le communiqué de la FNATH:

La branche accidents du travail – maladies professionnelles (AT-MP) est la seule à être excédentaire depuis 2013. Pour autant, une fois encore dans le PLFSS qui vient d’être communiqué aucune mesure n’est annoncée pour améliorer l’indemnisation des victimes du travail. La FNATH ne manque pourtant pas d’idées pour améliorer un système d’indemnisation qui n’a pas évolué depuis 1898.

Depuis 2013, la branche AT-MP est excédentaire et les prévisions pour les prochaines années font également prévoir un excédent. Face à cet excédent, les victimes, sous-indemnisées et mal indemnisées, pourrait espérer une amélioration du système d’indemnisation. Une nouvelle fois, la lecture du projet de loi de financement de la sécurité sociale est rapide concernant la branche AT-MP : aucune amélioration en vue !

La FNATH s’interroge sur l’intérêt pour une branche -dont l’objectif est d’être à l’équilibre- de dégager des excédents régulièrement sans que cela ne profite à l’amélioration des droits des victimes du travail.

Pourtant, des mesures pourraient être rapidement prises : par exemple, pour améliorer l’indemnisation des aides humaines des victimes du travail, qui restent insuffisantes pour couvrir les besoins réels. Il pourrait également être prévu une revalorisation des indemnités en capital, c’est-à-dire des indemnisations des personnes ayant un taux inférieur à 10% et qui touchent pour solde de tout compte un peu plus de 4000 euros pour un taux de 9%. Ou bien encore une revalorisation substantielles des rentes et autres prestations. Sans oublier une refonte totale du système complémentaire de reconnaissance des maladies professionnelles pour permettre une reconnaissance plus facile des maladies hors tableau par la suppression de la condition liée au taux d’incapacité (25%) pour tous et non pas simplement pour les victimes d’un burn-out.

La FNATH ne manque pas d’idées ! Le gouvernement et les gestionnaires de la branche, visiblement si. Pourtant le Président de la République s’était engagé auprès de la FNATH lors de l’élection présidentielle à améliorer l’indemnisation des victimes du travail. Une nouvelle promesse oubliée et non respectée pendant ce quinquennat, alors que les caisses ne sont pas vides !

Les victimes du travail méritent mieux que cela. Mieux qu’un simple débat avorté au printemps sur l’épuisement professionnel.

Le silence complice des organisations syndicales

On se souvient que les organisations syndicales, qui gèrent ce régime avec les organisations patronales et la direction de la sécurité sociale, se satisfont pleinement, depuis des années, d’un système qui pénalise les salariés mais qui permet de multiplier les mandats et les petites affaires entre amis.  Leur angoisse serait que la sécurité sociale ne soit victime d’un tsunami et que les milliers de mandats confiés à leurs militants ne disparaissent.

Sur les accidents du travail, ce silence est justifié par la « solidarité » nécessaire entre les victimes d’accidents du travail, qui sont mal indemnisés mais doivent payer pour les autres régimes.

Que serait un système autonome et libre?

Rappelons pourtant que, selon la loi, les bénéfices d’un contrat viager comme celui des accidents du travail doit revenir aux assurés, et ne doit pas être utilisés pour financer autre chose que les prestations du régime.

Si la sécurité sociale s’ouvrait à la concurrence, les excédents du régime seraient donc redistribués de droit aux assurés, et non aux autres branches de la sécurité sociale comme aujourd’hui.

Ce point important car il souligne que, décidément, le système de sécurité sociale est très défavorable aux assurés.

Alstom et les carabistouilles de l’eurolatrie

Amusant! il paraît que, pour éviter aux ouvriers d’Alstom à Belfort de déménager dans une usine alsacienne (soit moins de deux kilomètres), l’Etat va commander 16 rames de TGV à 500 millions d’euros entièrement inutiles (puisqu’elles ne rouleront pas sur une ligne à grande vitesse) et totalement payées par le contribuable (comme je l’avais annoncé, d’ailleurs).  Et voici les fournisseurs de la SNCF sauvés par une cotisation obligatoire imposée aux clients du transporteur! Elle est pas belle la vie?

Une solution inventée par les eurolatres

Qui a concocté cette décision totalement suicidaire pour l’économie française? Le groupe des eurolatres qui colonisent le pouvoir en nous expliquant jour après jour qu’il n’existe pas d’alternative à l’Europe, que l’Europe, c’est la prospérité, et que l’avenir de la France passe forcément par l’Europe.

Rien n’est plus amusant que cette homélie quotidienne en faveur du nouveau dieu européen qui pourvoit à tout, de notre naissance à notre mort, et qui compose notre horizon indépassable. Mais aucun des eurolatres ne prend soin de préciser que l’ensemble des problèmes rencontrés par Alstom aujourd’hui tient essentiellement aux procédures d’achat public imposées par cette fameuse européenne dont on nous dit tant de bien.

L’Europe a tué Alstom

Rappelons ici que l’idée de fermer Alstom à Belfort est venue immédiatement après les résultats d’un appel d’offres européen lancé par Akiem, une filiale de la SNCF, qui a préféré des locomotives allemandes aux locomotives françaises. C’est le jeu du marché unique européen, que nos eurolatres passent savamment sous silence: tout achat public au-delà d’un certain montant doit faire l’objet d’un appel d’offres européen transparent.

Et voilà comment la religion de la construction communautaire entre en conflit avec la religion du « il faut sauver l’emploi en France ».

Au demeurant, on attend avec impatience que tous ces grands défenseurs de l’Europe, du peuple européen, de la conscience européenne, viennent expliquer aux ouvriers d’Alstom (et à l’opinion publique française) que, si l’on ferme leur usine, c’est parce qu’une autre usine du peuple européen a remporté le marché. Et qu’il faut donc se réjouir, nous qui sommes européens, de cette procédure qui conduit à produire dans l’entité européenne appelée Allemagne ce qu’on produisait avant dans l’entité européenne appelée France.

L’Europe attaquera-t-elle la solution Valls?

Au passage, Valls et consors, qui vont nous ressortir un grand poème jaculatoire sur les bienfaits de l’Europe, devront rapidement justifier auprès de la Commission Européenne que l’Etat français vient, en dehors de toute procédure réglementaire, de procéder à un achat de 500 millions d’euros. Ce genre de commande, répétons-le, suppose un appel d’offres européen.

Incontestablement, la France vient de violer les traités en accordant une aide d’Etat à Alstom. La ficelle est tellement grosse qu’elle ne devrait d’ailleurs pas durer longtemps, et qu’elle relève d’un amateurisme politique confondant.

Oser expliquer l’Europe

On peut penser ce qu’on veut du droit communautaire et de tout le tra-la-la qui l’entoure, l’attitude duplice du gouvernement français n’en reste pas moins confondante.

Dans une démocratie normale, un gouvernement qui prétend relancer l’Europe après les Brexit devrait expliquer aux syndicats français que la construction communautaire n’autorise plus la préférence nationale dans les commandes publiques. Et il devrait assumer son choix europhile devant l’opinion publique. Cette franchise éclairerait les Français sur ce que signifie réellement être européen aujourd’hui.

Si le gouvernement français continue à pratiquer la préférence nationale dans ses commandes, il prouve ainsi qu’il n’assume pas ses engagements européens, et il doit l’expliquer clairement.

Face à cette exigence de transparence, nos élus, une fois de plus, préfèrent mentir et ménager la chèvre et le chou. Et on s’étonne, après, du discrédit qui frappe la politique.

La Sécu et la parfaite duplicité de la bureaucratie syndicale

La bureaucratie syndicale adore servir une soupe toute faite sur la sécurité sociale. Officiellement, la Sécu est une grande conquête sociale, un lieu de bonheur et de progrès, etc.

Pourtant, il suffit de lire l’actualité quotidienne pour mesurer la parfaite duplicité de ce discours puisque, dans le temps même où la bureaucratie syndicale vante les mérites de régime général paraît-il inventé en 1945, la même bureaucratie ne manque pas une occasion de souligner les méfaits de ce système, et de prolonger indéfiniment la résistance à sa mise en place.

Bureaucratie syndicale et régimes spéciaux

Une illustration limpide de cette duplicité est donnée par la question des régimes spéciaux. Très longtemps, les confédérations syndicales ont lutté pied à pied pour préserver ces régimes. Il faut comprendre la portée politique de cette résistance.

Pour l’essentiel, les régimes spéciaux furent inventés dans les années 30, selon le principe de la solidarité professionnelle en vigueur à l’époque. Ces régimes étaient fixés par les partenaires sociaux de la branche concernée. Ils prévoyaient, selon les règle fixées par la loi de 1928, la retraite à 60 ans et un système par capitalisation.

En 1945, la mise en place de la sécurité sociale a proposé un « régime général » dont les garanties étaient beaucoup moins favorables. La retraite était passée à 65 ans, les pensions étaient moins élevées et les soins moins bien remboursés que par les régimes professionnels.

C’est à cette époque que la duplicité de la bureaucratie syndicale a commencé. D’un côté, il fallait dire du bien de la sécurité sociale pour le tout venant. De l’autre, il fallait lutter contre sa mise en place là où existaient des régimes d’avant-guerre, tous plus favorables.

Le cas du régime minier

70 ans après, la même duplicité est à l’oeuvre. On le voit dans l’affaire du régime minier qui vient d’être épinglé par la Cour des Comptes.  La Cour des Comptes adresse deux reproches à ce régime spécial: il est mal géré, et il offre des soins de mauvaise qualité.

Preuve est une nouvelle fois faite que la sécurité sociale obligatoire, loin d’être la panacée universelle, peut réserver de très mauvaises surprises à ses cotisants.

Alors que ces constats devraient pousser à étendre le régime général aux ayant-droits du régime minier, au nom de la solidarité et de la mutualisation si chère à nos organisations syndicales, toutes les centrales syndicales se sont élevées contre cette forfaiture: comment? appliquer le régime universel à nos ressortissants qui appartiennent à une race supérieure d’assurés sociaux? Certainement pas.

Les ahurissants propos de la CFDT

On notera sur ce point le terrible aveu de la secrétaire générale CFDT des mines:

« En supprimant la CANSSM, la Cour des comptes supprime le seul véritable garant des droits des affiliés du régime minier […] Chaque mot de ce chapitre décrédibilise l’offre de santé du régime minier […] C’est une invitation à l’extermination du régime, donc la remise en cause des engagements pris par le gouvernement. »

Relever du régime général ne garantit donc, selon la CFDT, aucun droit pour les affiliés, et relève de l’extermination.

Il faudra se souvenir de ces propos d’une virulence impressionnante à la prochaine sortie de la CFDT sur les bienfaits du régime général. Parce que nous, nous n’avons pas le choix (même si nous aimerions l’avoir): le régime général, nous sommes obligés d’y être, et de subir ses inconvénients si bien décrits par les syndicats qui le défendent.

Mépriser la Hongrie, la nouvelle folie des eurolatres

Le referendum en Hongrie devrait donner une nouvelle démonstration de la surdité européenne face aux revendications populaires. Alors que le « non » à l’accueil de migrants ou de réfugiés l’aurait emporté à 95%, il est d’ores et déjà acquis qu’il ne sera tenu aucun compte de cette impressionnante majorité, pour la simple et bonne raison que la participation n’a pas atteint les 50%.

Les prochaines semaines devraient donc être chargées, puisque les électeurs autrichiens, appelés à choisir un Président de la République, qui pourrait être issu de l’extrême droite, se verront administrer une nouvelle preuve du caractère très variable de l’attachement démocratique dont l’Europe est capable.

40% des Hongrois ont dit non

Revenons un instant sur le nombre de Hongrois qui soutiennent la politique d’Orban: ils sont environ 4 millions sur moins de 8,5 millions d’électeurs à avoir approuvé la position de leur Premier Ministre. Beaucoup d’élus français adoreraient disposer de scores aussi impressionnants et aussi nets pour être élus.

Rappelons qu’une écrasante majorité de députés français sont élus avec 30% des voix à peine, une fois l’abstention comptabilisée. Ces scores faibles ne les empêchent pourtant pas de s’estimer totalement légitimes pour adopter des lois très contestables. Mais… comme d’habitude, ce qui est démocratique lorsqu’il s’agit d’obéir aux injonctions du gouvernement profond devient brutalement dictatorial et illégal lorsqu’il s’agit de le contredire.

Bref, même si les Hongrois ont exprimé une position forte, comme elle s’oppose à la ligne prusso-européenne, elle doit être ignorée.

L’information tronquée sur les migrants en Hongrie

Comme il faut tuer le chien hongrois, on dit qu’il a la rage contre les migrants, les réfugiés, les étrangers, et autres. La presse subventionnée française s’entend très bien pour procéder à ce genre de truandage où la réalité est présentée de façon totalement biaisée.

L’opinion française est ainsi conditionnée pour admettre une équation simple: soit on est contre la politique migratoire européenne fondée sur une relocalisation obligée des réfugiés appelés par l’Allemagne, et on est raciste, voire fasciste, soit on déteste le fascisme et on est forcément en faveur de la politique migratoire européenne. L’ombre souveraine ou la lumière eurolatre, comme disait BHL à propos du Brexit.

Les statistiques au secours de la Hongrie

Malheureusement, la réalité hongroise est légèrement différente de cette présentation simpliste et péremptoire: les statistiques de l’Union le prouvent.

Hongrie

Comme le tableau l’indique, la Hongrie a accueilli près de 175.000 demandeurs d’asile en 2015, soit 1/7 des réfugiés arrivés à l’invitation d’Angela Merkel. Rapportée au nombre d’habitants, cette masse est trois fois plus importante qu’en Allemagne, et accessoirement dix-sept fois plus importante qu’en France.

On notera au passage que l’Autriche compte deux fois plus de demandeurs d’asile par habitants que l’Allemagne. Le referendum hongrois pourrait donc servir de test pour l’élection présidentielle autrichienne…

Le déni européen face à la question hongroise

Contrairement aux mensonges colportés parmi les eurolatres, la Hongrie ne correspond donc pas exactement au portrait-robot d’un pays battu par les flots du racisme le plus éhonté. Avec 175.000 demandeurs d’asile en 2015, la Hongrie est loin d’avoir refusé de prendre sa part dans la politique migratoire européenne.

Au vu de ces chiffres, il est d’ailleurs assez compréhensible que les Hongrois refusent en bloc une nouvelle arrivée de migrants, dans la mesure où ils peuvent estimer que d’autres pays européens devraient fournir un plus grand effort à leur place. Il faut être assez « gonflé » pour voir dans cette revendication simple une manifestation de racisme ou une preuve d’appartenance à l’extrême droite.

Une fois de plus, l’incapacité de la technocratie européenne à prendre en compte des aspirations compréhensibles devrait jouer un vilain tour à l’Europe. Fouler aux pieds le referendum hongrois, après les propos haineux sur le Brexit et l’obstination sur les grands traités commerciaux, devrait achever de convaincre les plus europhiles que cette Europe-là ne mérite plus d’être défendue.

Soviétisation: la France construit 40% des logements sociaux en Europe

La France représente environ 15% de la population européenne… mais elle construit 40% de ses logements sociaux. Une très belle prouesse! un véritable exploit que le monde entier nous envie! et qui méritait un discours du Premier Ministre, triomphal, pour célébrer notre appartenance à une sorte d’état intermédiaire entre le monde industrialisé et l’état de sous-développement.

La soviétisation et son exaltation par Valls

On relèvera quelques passages dans le discours de Valls prononcé au 77è Congrès de l’Union Sociale pour l’Habitat qui se tenait à Nantes, histoire de se demander pourquoi la France se targue de produire autant de Ladas du logement, quand elle devrait viser à produire des Mercedes.

La construction de logements sociaux connaît une montée en puissance depuis 2012 avec 471 000 nouvelles constructions financées, dont la moitié en Île-de-France où la demande en logements sociaux est importante. Rien que cette année, ce sont 70 000 logements nouveaux qui ont été commencés dans la région. Des chiffres qui font de la France le leader européen dans la production de logements sociaux. En 2015, l’Hexagone comptabilise 40 % des constructions de logements construits au sein de l’Union européenne. (site du Premier Ministre)

Certains sont les leaders européens de la fabrication de machines-outils, de téléviseurs, de montres, de voitures. Nous, nous sommes leaders de la construction de logements sociaux. Cette proclamation glorieuse est effrayante.

Les effrayants poncifs sur les logements sociaux

Le Premier Ministre poursuit:

« Beaucoup de pays nous envie ce modèle » de financement pour le développement du logement social, s’est félicité  le Premier ministre.

Ça, c’est évidemment la remarque qu’il faut accoler à tous les naufrages étatiques français: le monde entier nous envie notre modèle!

Manuel Valls qui a rappelé la très grande fermeté des pouvoirs publics « face aux communes récalcitrantes, en activant tous les leviers, depuis l’accompagnement jusqu’à la sanction. » Pour le Premier ministre, « il faut casser ces logiques de ségrégation, cet apartheid social et territorial qui fait que les difficultés se concentrent toujours dans les mêmes quartiers, alors que des villes entières se replient dans leur égoïsme. »

Et là, on dit chapeau! car penser qu’on luttera efficacement contre la ségrégation en multipliant les logements sociaux relève bien entendu du mythe. Et soutenir qu’une politique de sanction contre tous ceux qui refusent l’accumulation de logements sociaux permettra de vaincre la ségrégation constitue quand même une belle imposture.

De quoi le logement social est-il le symbole?

Il est manifestement devenu obligatoire de se féliciter d’une politique massive de logements sociaux. Pourtant, la nécessité d’une politique de cette sorte traduit un malaise dans la société française. Elle prouve qu’il existe une crise du logement. Manuel Valls ne le cache d’ailleurs pas: de nombreux Français sont inscrits sur les listes d’attente pour accéder à un logement social (plus d’un million).

Il ne viendrait à l’esprit de personne de se féliciter du nombre d’allocataires du RSA, ou du nombre de repas servis aux restaurants du coeur. Il est étrange de voir un élu se féliciter de construire pléthore de logements sociaux. Le problème est pourtant du même ordre.

L’exemple allemand

Au demeurant, il serait inexact de flétrir outrageusement la situation française. Nos voisins allemands, qui avaient vaincu la crise du logement dans les années 90 au point de supprimer la notion de logement social, se retrouvent, avec l’arrivée de migrants, confrontés au même problème que la France.

Il existe une différence, toutefois, entre les deux pays. Alors que l’Allemagne compte plus d’habitants que la France, elle se félicite d’avoir vu 180.000 permis de construire délivres sur les six derniers mois. En France, avec cahin-caha 200.000 permis de construire durant la même période, la crise du logement continue à sévir.

Le sujet majeur du logement en France reste la capacité du pays à absorber les nouveaux arrivants sur le marché. La baisse de la natalité en Allemagne simplifie beaucoup le sujet outre-Rhin.

Quelle ambition pour la France?

Reste que l’horizon français indépassable semble celui d’une politique d’abaissement progressif de l’offre qualitative. La gauche mène depuis 2012 une politique électoraliste qui vise à diminuer le niveau qualitatif global du parc immobilier en espérant satisfaire son électorat.

Progressivement, notre horizon est celui d’une soviétisation progressive, là où la lutte contre les discriminations supposerait d’améliorer globalement l’accès à la propriété.