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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Coupat, Charlie Hebdo: la guerre des conspirationnismes

Le probable renvoi en correctionnelle de Julien Coupat formalise la doctrine désormais en vigueur en France: le conspirationnisme d’Etat, qui s’oppose farouchement aux conspirationnismes anti-Etat.

Coupat et le conspirationnisme d’Etat

Julien Coupat a-t-il conspiré contre l’Etat en organisant le sabotage de voies SNCF?

C’est en tout cas ce que lui reproche la justice. Cette idée est, sur un plan intellectuel, tout à fait plausible. Elle fait écho au passage suivant contenu dans le livre L’insurrection qui vient, officiellement anonyme, mais dont Coupat est soupçonné d’être l’auteur:

L’infrastructure technique de la métropole est vulnérable: ses flux ne sont pas seulement transports de personnes et de marchandises, informations et énergie circulent à travers des réseaux de fils, de fibres et de canalisations, qu’il est possible d’attaquer. Saboter avec quelque conséquence la machine sociale implique aujourd’hui de reconquérir et réinventer les moyens d’interrompre ses réseaux. Comment rendre inutilisable une ligne de TGV, un réseau électrique ? Comment trouver les points faibles des réseaux informatiques, comment brouiller des ondes radios et rendre à la neige le petit écran ? (page 101)

Un élément est toutefois troublant dans les motifs de renvoi: si trois personnes, dont Julien Coupat, sont accusées d’avoir dégradé du matériel de la SNCF tout en utilisant les médias pour défendre leur point de vue durant l’instruction (curieux, non?), le parquet demande, pour l’intéressé, l’abandon du chef de direction d’un groupe terroriste. Autrement dit, Coupat aurait basculé dans le terrorisme, mais on ne peut lui reprocher d’avoir conduit le groupe en question.

Pourquoi pas… mais l’intérêt de cette petite précision judiciaire est de laisser Julien Coupat entre les mains de juges professionnels et de lui éviter les assises. Une façon habile d’éviter un procès « public » qui pourrait mettre le pouvoir en difficulté.

Dans tous les cas, après 7 ans d’enquête, le parquet reconnaît qu’il n’a pu identifier le responsable du groupe terroriste auquel Julien Coupat appartient. C’est curieux…

Personnellement, je n’aime pas le combat de Julien Coupat et je n’aime pas ses idées marxistes réchauffées. Mais je déteste encore plus l’Etat lorsqu’il viole les libertés pour imposer la survie d’un régime à l’agonie.

Le conspirationnisme d’Etat et les islamistes

Autant l’affaire Coupat sent mauvais, autant l’affaire Charlie Hebdo commence à dégager des odeurs pestilentielles. En début de mois, la Voix du Nord a curieusement (et courageusement) publié un article sur les liens possibles entre Coulibaly et un traficant d’armes tout à fait extravagant. Je cite ici une partie de l’article:

L’ombre des attentats de Paris plane sur le trafic d’armes présumé de Claude Hermant, figure de la mouvance identitaire régionale. C’est sans doute ce qui explique le mutisme de la police et de la justice. Car la volumineuse enquête de la PJ de Lille, pilotée par le juge lillois Stanislas Sandraps, contient de multiples informations explosives.

L’affaire a éclaté fin janvier, peu après les attaques terroristes. Après huit mois d’investigations, Claude Hermant, sa compagne, et un autre homme, sont mis en examen et écroués. Depuis, seul le premier reste en détention provisoire, les deux autres ayant été libérés. Selon deux sources différentes proches du dossier, « des éléments lourds » pèsent sur lui.

On ajoutera ce passage amusant:

Si le lien se vérifie, il ne serait pas nécessairement direct. « Dans ce genre de trafic, il y a toujours un ou des intermédiaires. Claude Hermant ne connaissait pas forcément la destination finale des armes. Ça montrerait en tout cas la porosité entre certains milieux islamistes et du banditisme. » Un autre aspect s’ajoute à ce dossier. Claude Hermant était un informateur de la gendarmerie (ci-dessous). Mais il aurait trafiqué les armes, « pour son propre compte, tempèrent nos deux sources, pas celui de la gendarmerie. Il la mouille pour s’en sortir. »

Il faut laisser la justice faire son oeuvre dans ce dossier, si le juge lillois Sandraps bénéficie d’une bonne couverture de la part de sa hiérarchie (je sais, mauvais jeu de mot, mais je ne pouvais pas l’éviter, celle-là). N’empêche… si l’on note que Claude Hermant, peut-être fournisseur d’armes à Coulibaly et consors, est un ancien membre du service de sécurité du FN et semblait au mieux avec les gendarmes du coin, tout cela fait beaucoup pour un seul homme.

Du coup, on ne sait plus trop ce que veulent dire les complots fomentés par des loups solitaires si bien entourés…

Le conspirationnisme d’Etat aux Etats-Unis

La France n’est pas la seule à organiser la riposte politique aux complots fomentés par une multitude de terroristes tapis dans l’ombre. Les Etats-Unis ne sont pas en reste. Le journaliste d’investigation Seymour Hersh a fait sensation en donnant une autre version (que la version officielle) sur la mort de Ben Laden. Il soutient notamment que les services secrets américains ont « acheté » Ben Laden aux services secrets pakistanais, et qu’ils l’ont liquidé en prison.

Bien entendu, le gouvernement américain a démenti. Si Hersh avait raison, cela signifierait que Barack Obama aurait mis en scène la mort de Ben Laden pour favoriser sa réélection. Utiliser le terrorisme pour des considérations de politique intérieure?

Non, cela ne se peut. Cela risquerait, tôt ou tard, de susciter de mauvaises idées… par exemple celle d’instrumentaliser le terrorisme pour gouverner, en tuant les libertés et en faisant admettre la tyrannie. Ce n’est vraiment pas le genre de nos maisons si démocratiques…

Collège: faut-il enseigner l’histoire religieuse?

Le collège et ses nouveaux programmes continuent à être au centre d’une polémique très symptomatique de la place tenue par l’école dans la société française aujourd’hui. L’enseignement de l’Islam constitue un important facteur de blocage dans l’opinion publique. Au-delà des explications embrouillées et passablement fausses de l’Education Nationale, une vraie question se pose: pourquoi ne pas instaurer un cours d’histoire religieuse en bonne et due forme au collège?

Quelques désinformations officielles

Pour désamorcer la polémique sur l’enseignement de l’Islam, le ministère de l’Education Nationale a avancé quelques arguments qui ne paraissent pas très sérieux, répercutés notamment sur le site du Huffington Post.

Premier argument:

le CSP [Conseil Supérieur des Programmes] préconise un enseignement obligatoire des « débuts du christianisme » et des « débuts du judaïsme » dès la sixième. En clair, l’islam n’est pas privilégié au détriment du christianisme.

Oh! le vilain argument sous la ceinture! En réalité, le programme de l’année de 6è prévoit ceci:

Collège

 

 

Les débuts du christianisme, comme les débuts du judaïsme, font donc bien l’objet d’un thème parmi d’autres. Mais on remarquera que l’enseignement porte sur « les débuts » et est présenté avec la réserves méthodologiques suivantes:

Toujours dans le souci de distinguer histoire et fiction et par l’importance accordée durant l’année de Sixième à l’histoire du fait religieux, l’élève a l’occasion de confronter à plusieurs reprises faits historiques et croyances. L’étude des faits religieux les ancre systématiquement dans leurs contextes culturel et géopolitique. L’étude de la préhistoire, thème mobilisateur pour des élèves de 6ème, permet d’établir, en dialogue avec d’autres champs disciplinaires, des faits scientifiques, avant la découverte des mythes polythéistes et des récits sur les origines du monde et de l’humanité proposés par les religions monothéistes.

Le ton est donné: les débuts du christianisme doivent servir à démonter les « croyances » et les « mythes polythéistes » au profit des faits historiques. Bien entendu, il faut ancrer les « faits religieux » dans « leurs contextes » et ne surtout pas les étudier par eux-mêmes.

Sur l’enseignement en 5è (qui s’ouvre sur l’Islam), le programme affirme en revanche:

L’élève s’interroge sur le rapport des Européens au monde, les contacts entre civilisations, les décloisonnements et les connexions entre sociétés (tous ces aspects pouvant être analysés dans le cadre de l’histoire globale). L’histoire du fait religieux, abordée au cours de l’année de sixième, est complétée et approfondie et permet à l’élève de mieux situer et comprendre les débats actuels.

On comprend bien que l’enseignement de « l’Islam : débuts, expansion, sociétés et cultures » vise ici plutôt à interroger le rapport des Européens avec le monde musulman et met curieusement beaucoup moins l’accent sur les « croyances » et les « mythes » replacés dans « leurs contextes ».

Comparer un enseignement à charge en 6è (en fin d’année, si on a le temps) avec un thème beaucoup plus neutre en 5è et positionné en tête de gondole n’est pas exactement la même chose, on en conviendra. S’il n’est pas correct de parler de « privilège » accordé à l’Islam, on se demande pourquoi le programme ne comporte pas beaucoup plus simplement un thème appelé « le début des religions monothéistes » où les prescriptions officielles mettraient tout le monde sur le même plan.

Second argument:

De plus, prévient le président du CSP Michel Lussault, les élèves de 5ème reviendront forcément sur le christianisme au Moyen-Age dans le cadre de l’étude du thème général (Société, Église et pouvoir politique dans l’Occident chrétien‐XIe/XVe siècles) qui lui est obligatoire. « Il serait difficile d’aborder ces thèmes sans évoquer la relation des pouvoirs nationaux avec l’Eglise », assure le président du CSP, effaré par les « mensonges délibérés [proférés] pour des raisons idéologiques et politiciennes ».

On se demande ici qui est l’idéologue et le politicien.

D’abord, l’argument est mensonger: le programme permet en effet de ne jamais aborder la question chrétienne au sens propre durant l’année scolaire. Les seuls autres thèmes obligatoires seront: la construction du Royaume de France et l’affirmation du pouvoir royal (Xe‐XVe siècles) et l’émergence du roi absolu. Soutenir que, à cette occasion, les enseignants seront forcés d’évoquer le christianisme est évidemment une imposture. L’enseignant évoquera peut-être le rôle politique de l’Eglise, mais confondre le christianisme et la question de l’Eglise en France dans un monde césaro-papiste est un raccourci curieux.

C’est ici que l’argumentation est malhonnête: l’enjeu du programme est de réduire le christianisme à une idéologie politique et de l’enseigner en tant que tel. Personnellement, je peux l’imaginer, mais alors ne reprochons à ceux qui dénoncent la manoeuvre d’être des idéologues et des politiciens.

Mais pourquoi ne pas enseigner l’histoire religieuse en tant que telle?

Tout ceci pose une question simple: pourquoi ne pas choisir de percer l’abcès de l’enseignement religieux, et tout au moins de l’histoire religieuse au collège? Il serait beaucoup plus simple et beaucoup plus équitable (et beaucoup moins polémique) d’accorder une place comparable au fait religieux en 6è ou en 5è. En imaginant que les programmes ne sont pas guidés par l’intention malicieuse de discréditer le christianisme et de « soigner » l’Islam (de façon très aléatoire d’ailleurs), la façon la plus simple de régler le problème resterait de réserver un trimestre à l’apprentissage de l’histoire religieuse.

Pour y parvenir, il faudrait lever le tabou qui bloque la communauté éducative aujourd’hui: celui d’une vision étroite de la laïcité qui oblige à stigmatiser tout discours sur le christianisme au sein de l’école républicaine. Tant que ce blocage existera, l’école peinera à intégrer de façon satisfaisante l’enseignement des autres histoires religieuses que la nôtre.

Pour parvenir à cette fin, la meilleure solution serait de sortir l’enseignement de l’histoire (ou tout au moins ses grands principes et ses objectifs) du huis clos pédagogiste pour en faire une question de la nation tout entière.

 

L’Europe bientôt reconnue en état de mort clinique

L’Europe, pour ceux qui ne s’en sont pas aperçus, est désormais en état de mort clinique. Entre la plausible faillite grecque et le triomphe de Cameron en Grande-Bretagne, sans compter les prochaines disputes sur l’immigration ou la guerre civile en Macédoine, le fantasme d’une Union politique prospère et pacifique a définitivement sombré.

L’Europe achevée par l’électeur britannique

Comme on s’ennuyait un peu en Europe, entre crise grecque et prochain krach obligataire, nos amis électeurs de la perfide Albion ont décidé de mettre un peu de piquant dans la vie politique continentale, grâce à une astuce simple: accorder un jovial triomphe à celui qui leur a annoncé un referendum sur leur maintien dans le navire communautaire. David Cameron a donc décroché la timbale en obtenant la majorité absolue aux élections législatives. Well done! D’ici à fin 2017, la Grande-Bretagne pourra définitivement torpiller un édifice qu’elle déteste depuis si longtemps…

Seule consolation pour ceux qui trouveraient ce destin vraiment trop injuste: la victoire écrasante des nationalistes écossais (56 des 59 sièges remportés d’un coup… jolie performance) devrait fortement écorner l’autorité des Anglais dans un Royaume-Uni entré lui-même (malgré les apparences) en décadence.

La meilleure preuve de cette décadence est venue des instituts de sondage britanniques, qui avaient prévu un score médiocre pour le Premier Ministre sortant. Avoir des sondagistes pires que ceux qui sévissent en France! c’est vraiment inquiétant pour l’état de la Grande-Bretagne.

L’Europe déjà terrorisée par le « Brexit »

Pour les Européistes de tous poils, la sanction des urnes britanniques est une cause de terreur. Leurs idéologues en chef n’ont pas tardé à expliquer combien toutes ces idées contraires aux leurs étaient ineptes. On retrouvera notamment les propos de notre inénarrable Pierre Moscovici:

« Pour moi, la place de la Grande-Bretagne — c’est l’intérêt de la Grande-Bretagne, c’est l’intérêt de l’Union européenne — est dans l’Union européenne », a dit Pierre Moscovici sur Europe1.

« M. Cameron fera ce qu’il estime devoir faire, se déroulera ou ne se déroulera pas un référendum mais, franchement, (…) toutes les études économiques le montrent, le coût politique et économique de ce qu’on appelle un ‘Brexit’ serait tout à fait considérable, et d’abord pour le Royaume-Uni », a-t-il ajouté.

Evidemment, si « toutes les études économiques » montrent que le « Brexit » est une aberration… Moscovici oublie que ces mêmes études économiques montraient aussi que l’euro apporterait la prospérité. Comme la suite de l’histoire l’a confirmé…

François Hollande s’est, pour sa part, offert une nouvelle tranche de ridicule, en rappelant à David Cameron:

«Il est légitime de tenir compte des aspirations des Britanniques mais il y a des règles en Europe et parmi ces règles il y a la concertation»

La France de Hollande qui appelle au respect des règles communautaires. Quelle blague! surtout au moment où le déficit dérape

Juncker accélère l’agonie de l’Europe

Comme un malheur n’arrive jamais seul, celui qui devrait redonner espoir, Jean-Claude Juncker, président de la Commission, a décidé d’administrer l’injection létale finale au continent. Non seulement il va proposer des actions militaires en Libye pour juguler l’émigration clandestine, mais il a mis à l’ordre du jour des travaux communautaires la mise en place de quotas chiffrés d’émigrés pour chaque pays de l’Union.

Si l’on songe que Cameron a notamment fait campagne pour une limitation de la liberté de circulation des personnes au sein de l’Union, le projet de Juncker devrait garantir un « Brexit » sans aucun problème. L’idée, au passage, semble soutenue par l’Allemagne.

Attaque en règle des marchés financiers contre la BCE

Quand les Britanniques reconduisaient Cameron au 10, Downing Street, les marchés financiers se livraient de leur côté à une attaque en règle contre la politique de taux bas de la banque centrale européenne. Le quantitative easing de la BCE s’accompagne en effet de taux directeurs très bas qui étranglent les gestionnaires de portefeuilles. Il leur est de plus en plus difficile de servir de la rentabilité à leurs clients!

Du coup, le financier Bill Gross, fondateur de Janus Capital après avoir été viré de Pimco, a lancé un avertissement à la BCE, dans le sillage duquel les marchés se sont volontiers placés: il a massivement vendu de la dette souveraine allemande, dont le taux a brutalement flambé de 60 points de base en quelques dizaines de minutes. Les taux français, pour leur part, doublaient.

L’extrême sensibilité des marchés à la question de taux montre bien que la politique de la BCE ne pourra durer sans dégât considérable pour les places financières. L’avertissement mérite d’être médité à l’approche d’un automne qui devrait être chaud.

Nouvel épisode dans la version grecque de « Plus belle l’Europe »

Ce 11 mai se tient une nouvelle réunion de l’Eurogroupe, présentée il y a quelques semaines comme décisive et ultime, mais à la dernière minute annoncée comme non-conclusive.

Dans la pratique, la Grèce refuse de céder sur une réforme des retraites ou sur un assouplissement du marché du travail. En outre le Premier Ministre Tsipras continue à jouer aux Machiavel en quémandant des projets communs avec la Russie, qui est décidée à dire oui si la Grèce s’engage à payer. Tout ceci exaspère les partenaires européens de la Grèce, à commencer par le terrible docteur Schaüble, qui a brisé le tabou de la faillite:

«Les expériences ailleurs dans le monde nous ont montré qu’un pays peut soudainement être précipité vers la faillite», a déclaré le ministre dans un entretien au journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung (FAS).

A la question de savoir si le gouvernement allemand se prépare à un tel scénario pour la Grèce, Wolfgang Schäuble se contente de dire qu’«il y a des questions auxquelles un politicien raisonnable ne doit pas répondre».

Avancée dans les prochains jours ou pas? Personne ne cherche plus à le savoir.

La Grèce a déjà faillite, mais on ne nous le dit pas

En réalité, la situation grecque est déjà celle d’une faillite. Sans le constant relèvement des plafonds d’aide d’urgence aux banques grecques (encore 2 milliards cette semaine), manoeuvre totalement artificielle décidée par la BCE, l’Etat grec aurait reconnu depuis longtemps sa faillite. Grâce au coup de pouce de la BCE, la Grèce a pu emprunter 1,1 milliard d’euros cette semaine, après avoir remboursé 200 millions au FMI.

Il est toutefois vraisemblable que, à l’issue d’un Eurogroupe infructueux, la BCE décide d’arrêter les perfusions. L’heure viendra alors des mesures drastiques en Grèce, contre le contrôle des changes destiné à limiter les effets d’un bank run en cas de défaut… dont le gouvernement grec ne cache pas qu’il est proche.

La Commission très optimiste pour le continent

Alors que les nuages s’amoncellent au-dessus du continent, la Commission a jugé bon de relever ses prévisions de croissance. La France fait notamment partie des bons élèves qui devraient aller mieux que prévu. Voilà une belle manifestation d’enthousiasme à l’approche du cap Horn.

 

Najat Vallaud-Belkacem à la dérivée de l’école numérique

Najat Vallaud-Belkacem est entrée dans le vif du sujet éducatif. Elle commence probablement à comprendre que l’école publique reste un espace sacré pour les Français, qui adorent y projeter tous leurs fantasmes d’avenir et de réussite.

Najat Vallaud-Belkacem loupe l’exercice « programme des collèges »

Cette entrée en matière est loin d’être un chemin de roses. La polémique déjà bien à chaud sur les programmes du collège le montre. Sur un sujet aussi sensible et important, il était risqué de lâcher une ministre aussi jeune et aussi loin des dossiers. Incontestablement, la proximité de Najat Vallaud-Belkacem avec le pouvoir, mais son ignorance des dossiers techniques, ne l’a pas aidée. Là où il fallait symboliquement rassembler et rassurer sur un sujet mouvant et sensible, elle a donné le sentiment de se cabrer et de cliver.

Cette rigidité est d’autant plus étonnante que les programmes font l’objet d’une consultation ouverte. Il était donc assez simple de désamorcer la crise en annonçant que tous les points de vue étaient bienvenus.

Najat Vallaud-Belkacem prisonnière de la pédostructure

La ministre n’avait probablement pas mesuré la capacité de nuisance des près de 100.000 inspecteurs de l’Education Nationale (pour 800.000 enseignants! une folie…) chargés d’élaborer des programmes et des élucubrations pédagogiques que personne ne comprend.

Je recommande ici la lecture des programmes mis en consultation par la ministre:

La moitié des termes est absolument incompréhensible et fait froid dans le dos (oui, oui, c’est entre ces mains-là que se joue le destin de nos enfants).

Ajoutons à cet effet négatif la malencontreuse idée de placer l’enseignement de l’histoire chrétienne en option et de rendre obligatoire l’histoire de l’Islam, selon un anti-christianisme en vogue dans l’école publique, pour préparer une quasi-guerre civile sur un sujet qui devrait pourtant reposer sur un consensus de la nation.

L’erreur de Najat Vallaud-Belkacem est bien entendu de n’avoir pas mis les mains dans le cambouis en amont, et de vouloir cautionner mordicus un travail de pédagogues qu’elle est seule à prendre au sérieux en France.

L’école numérique victime collatérale de la polémique

Pour faire diversion, François Hollande vient d’annoncer un plan d’1 milliard pour l’école numérique, dont 600 millions apportés par l’Etat.

Une fois de plus, les annonces portent sur les moyens, et évitent sagement de traiter le problème bloquant de l’Education: la gouvernance du système et l’autonomie des établissements.

Concrètement, les parents devront subir une liberté accrue des équipes pédagogiques, un flou sur les méthodes, mais ne pourront toujours pas choisir l’établissement où ils veulent inscrire leurs enfants.

Une aberration…

Valls reconnaît la perte d’influence de la France en Europe

Valls a profité du conseil des Ministres pour recadrer son équipe, trop absente de Bruxelles. Ce rappel à l’ordre a au moins le mérite de montrer que quelqu’un prend enfin conscience du problème général de l’effacement progressif de la France sur la scène européenne.

Le manque d’assiduité des députés français à Strasbourg mais aussi des ministres de la République aux nombreuses réunions avec leurs homologues de l’UE est souvent épinglée.

« Je demande donc à chaque membre du gouvernement de participer systématiquement aux Conseils de l’UE, d’assurer une présence plus soutenue au Parlement européen (…) et de se déplacer plus régulièrement dans les pays européens », a dit Manuel Valls selon le texte de sa communication sur « le projet européen de la France » en conseil des ministres. « Une présence plus forte dans les médias étrangers est également nécessaire. »

Enfin un moment de lucidité à la tête de l’Etat!

Les technocrates au pouvoir ont en effet décrété il y a quelques années que la France était une « puissance moyenne » qui ne pouvait plus peser que par l’Europe… mais qui ont dans le même temps décidé – à rebours des Britanniques et des Allemands – de déserter les couloirs des institutions européennes. Celles-ci, il est vrai, ne produisent que 80% de la réglementation applicable en France. Pas de quoi fouetter un chat!

 

Il serait intéressant de montrer que ce dédain pour l’Europe ne touche pas que les politiques. Il imprègne l’ensemble de la haute administration française qui considère qu’un passage à Bruxelles équivaut à un placard dans la carrière.

Je rappellerai ici les excellents papiers de Jean Quatremer, dont cette citation:

La Commission européenne présidée par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker offre un raccourci saisissant de ce que pèse la France dans l’Union. Sur 28 commissaires (un par État membre), un seul a choisi un chef de cabinet (directeur de cabinet) français : Pierre Moscovici, le commissaire français chargé des affaires économiques et financières. En revanche, quatre ont choisi un chef cab’ allemand, dont Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Si l’on additionne les chefs cab’ et les chefs cab’ adjoints, on découvre qu’il n’y a que trois Français, mais neuf Allemands, un déséquilibre sans précédent. Même les Britanniques font mieux (six postes), mais aussi les Belges (six). Les Français se retrouvent au niveau des Finlandais, c’est dire…

L’élite française veut faire croire que le déclin international de la France est inexorable. C’est une façon commode de se dédouaner. Il tient d’abord à une paresse patriotique qui consiste à ne plus faire le « job » de présence pour lequel on est payé, ou à ne pas s’y adapter. Tout cela n’est qu’affaire de volonté et de stratégie, et n’a rien à voir avec le destin.

Sur ce point, une vraie question porte sur l’aggravation du phénomène depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir. Comme l’a souligné Valéry Giscard d’Estaing, le président élu en 2012 n’a obtenu, en trois ans de mandat, qu’un maigre poste de commissaire aux affaires économiques, pour Pierre Moscovici, son ancien directeur de campagne. Pour le reste, la France a perdu ses postes un à un sans réaction présidentielle.

L’incapacité de François Hollande à obtenir un véritable plan de relance au niveau européen est la conséquence la plus flagrante de nos positions continentales, prix à payer pour notre absence de réforme ambitieuse sur le plan intérieur.

 

 

Loi sur le renseignement: une petite cure de Vichy pour la Vè République

L’Assemblée Nationale devrait adopter aujourd’hui la loi sur le renseignement.

Cette loi a une douce odeur de pastille Vichy, un peu difficile à avaler. A mesure que les institutions de la Vè République sombrent dans le discrédit, à mesure que la rupture s’accroît entre les « élites » et le peuple, l’Etat renforce ses moyens de lutte contre les opposants de tous poils.

Officiellement, il s’agit de lutter contre le terrorisme. Dans la pratique, toutes les menaces pour le « système » sont visées par cette loi, y compris les dissidences politiques intérieures. On se repentira longtemps de faire un si grand pas sur la planche savonneuse dont certains se sont, par le passé, emparé avec beaucoup d’astuces. Les députés d’aujourd’hui gagneraient à se demander quel usage pourrait être fait un jour des armes qu’ils accumulent:

Forces occultes (propagande de Vichy) par GrOuMe

Mais à qui profite le conspirationnisme d’Etat, qui voit un terroriste potentiel derrière chaque Français? L’expérience Ménard à Béziers, qui fiche les Musulmans, en donne une premier indice.

Présentée sous le coup de la légitime émotion suscitée par les attentats de janvier, la loi sur le renseignement pose par ailleurs de vrais problèmes pour la liberté du commerce. Elle permettra en effet aux services de l’Etat de démultiplier les moyens de surveillance des entreprises. Sans aucune autorisation du juge et sans contrôle possible, l’Etat pourra, sous prétexte de « filer » des terroristes capter les mails, les fichiers, les données d’une entreprise.

Airbus a d’ores et déjà fait les frais de ces pratiques, cette fois sous couleurs allemandes. Le BND, les services secrets germaniques, ont en effet espionné Airbus pour le compte de la NSA et abreuvé Boeing, ce faisant, de tous les secrets industriels disponibles chez son concurrent européen.

Pour parvenir à ses fins, l’Etat demande à l’ensemble des hébergeurs et des fournisseurs d’accès de se transformer en espions. Les acteurs de l’économie numérique se sont d’ores et déjà regroupés sous le collectif Ni pigeons ni espions pour lancer une pétition contre cette loi qui fait la part belle aux grandes entreprises proches de l’Etat et constitue une menace pour la liberté du commerce.

Le MEDEF est pour sa part resté extrêmement neutre, alors que Laurence Parisot s’est engagée contre la loi. Peut-être les entreprises bénéficiaires des nouveaux marchés publics destinés à mettre la loi en oeuvre pèsent-elles suffisamment au sein de l’organisation patronale pour bloquer toute prise de position sur le sujet! On aurait aimé entendre Pierre Gattaz, dont l’entreprise Radiall compte comme client le ministère de la Défense, s’exprimer sur cette question…

Todd et la fin du monde de 1945

Emmanuel Todd présentait ce matin, sur France Inter, son prochain livre sur la réaction française à l’attentat de Charlie Hebdo. Ce fut une merveilleuse tranche de rire, puisque, agacé par les piques de Patrick Cohen toujours aussi gendarme de la pensée unique, Todd a menacé de quitter le plateau.

Son livre ne manque pourtant pas d’intérêt. Il se fonde sur une comparaison entre les manifestations du 11 janvier et la carte de la réaction catholique française au projet républicain. La méthode est utile: elle parcourt plusieurs siècles d’histoire de France pour expliquer la vie politique contemporaine.

Emmanuel Todd : « Ce qui m’inquiète le plus, c… par franceinter

Le monde de 1945 est bien mort

 

On pensera ce qu’on voudra de la thèse générale d’Emmanuel Todd, surtout préoccupé, de son propre aveu, par le montée de l’antisémitisme (et ce n’est pas le moindre de ses paradoxes que de consacrer un livre à la réaction contre l’Islam pour se soucier d’abord de l’antisémitisme). Il est en revanche intéressant de voir qu’une analyse politique ne peut plus aujourd’hui se contenter de l’année 1945 comme borne historique pour expliquer le monde contemporain. Pour comprendre la France, il faut désormais interroger ses racines séculaires, voire millénaires. C’est cet héritage-là qui nous domine.

L’évolution mérite d’être notée. Le poids du Conseil National de la Résistance est de plus en plus fragile, et obscurément la France se cherche des racines et des modèles plus lointains que ceux hérités de l’immédiat après-guerre.

Israël, l’autre Baltimore

Cet effacement de l’immédiat après-guerre ne touche pas que la France. Les manifestations en Israël donnent un autre signal de rupture avec une époque. La communauté éthiopienne juive y manifeste violemment après l’agression dont un soldat issu de ses rangs a fait l’objet de la part de policiers israéliens.

Des voix s’élèvent en Israël pour dénoncer le racisme ambiant dans le pays. Qu’un pays né d’une réaction internationale forte à l’antisémitisme et à la Shoah se pose ouvertement des questions sur sa capacité à reproduire des comportements dont ses fondateurs ont souffert illustre bien la crise morale qui touche la planète.

Les raisonnements qui avaient valu en 1945 ont perdu leur sens, et c’est probablement un autre jeu qu’il faudra abattre dans les années à venir. Mais à partir de quel fait déclencheur?

 

L’Allemagne, cet hyper-porte-avion américain

La révélation, cette semaine, des pratiques d’espionnage de l’Allemagne au profit de la NSA a levé un nouveau voile sur la véritable nature de la politique prussienne en Europe: celle d’une soumission aux Etats-Unis et d’une mise en coupe réglée de l’Union Européenne.

L’Allemagne paie sa dette aux Etats-Unis

Les Etats-Unis ont-ils accepté une réunification allemande dans des temps record en échange d’un maintien sous contrôle de la Bundeswehr et de ses services de renseignement? La réponse est dans la question, mais, bien entendu, les europhiles béats et les adeptes zélés et aveugles du couple franco-allemand ne le reconnaîtront jamais.

Pourtant, les faits sont limpides: le renseignement allemand a espionné des milliers de responsables français et des entreprises susceptibles de concurrencer les Etats-Unis. Au premier rang de celles-ci, on trouve Airbus, qui est pourtant un consortium franco-allemand. De façon totalement lamentable, l’Allemagne n’a pas hésité à jouer contre son camp en communiquant aux Américains (et à Boeing) les secrets industriels du fabricant européen. Airbus a d’ailleurs annoncé le dépôt d’une plainte.

Les services allemands se sont dépêchés d’effacer le maximum de traces de ces écoutes menées à partir d’une station bavaroise. Il est néanmoins invraisemblable que l’espionnage allemande n’ait pas obtenu une autorisation officielle au plus haut niveau pour transmettre aux alliés américains des informations aussi sensibles.

Ceux qui défendaient becs et ongles les bienfaits du couple franco-allemand en seront pour leur grade: l’Allemagne a des amis encore plus puissants et encore plus chéris que la France… Même si elle a lamentablement cherché à le cacher.

L’Allemagne et sa mauvaise conscience protestante

Comme un fait exprès, ces révélations interviennent quelques jours avant les célébrations du 70è anniversaire de l’armistice. Eh oui! il y a 70 ans, la CIA commençait à organiser le pont aérien qui a permis d’exfiltrer tant de dignitaires, d’officiers, d’espions nazis… Ce petit service valait bien une repentance éternelle qui explique largement pour quoi le renseignement allemand est devenu l’un des bras armés de la NSA en Europe.

Le président autant que la chancelière allemands se sont d’ailleurs livrés à leur couplet obligatoire sur la responsabilité collective de leur pays. Angela Merkel a rappelé que l’Allemagne était encore tributaire de son passé.

« Il n’est pas question de tirer un trait sur l’histoire », a déclaré Angela Merkel, dont l’intervention coïncidait avec l’anniversaire de la fin de la bataille de Berlin.

« On le voit avec le débat sur la Grèce et dans d’autres pays européens. Nous, Allemands, avons le devoir de rester en état d’alerte, sensibles et conscients de ce que nous avons fait sous le régime nazi et des dommages durables causés dans d’autres pays. J’ai une grande sympathie pour cela », a-t-elle ajouté.

Et une grande sympathie pour l’espionnage américain?

La Grèce, bénéficiaire collatérale de l’affaire NSA?

Si les liens privilégiés entre l’espionnage allemand et les Etats-Unis tiennent au souvenir de 1945, le petit accès de culpabilité que leur dévoilement suscite en Allemagne devrait profiter aux victimes du nazisme jusqu’ici mal reconnues. La Grèce figure désormais en tête de cette liste.

Le président allemand, l’inconnu Joachim Gauck, s’est d’ailleurs fendu d’une déclaration:

« Nous ne sommes pas seulement des gens qui vivent aujourd’hui, à cette époque, nous sommes aussi les descendants de ceux qui ont laissé derrière eux un sillage de destruction en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, en Grèce entre autres », a-t-il dit.

« Pour un pays conscient de son histoire comme le nôtre, il est juste d’envisager la possibilité qu’il puisse y avoir des réparations. »

Traduction: l’Allemagne se dit qu’elle ne peut pas être complètement égoïste face à ses voisins et que, compte tenu de la façon plutôt honorable dont elle s’est sortie de la guerre, elle peut bien faire ce qu’il faut pour garder la Grèce dans la zone euro.

Voilà qui sent la discussion sur la restructuration de la dette grecque en échange d’un effort de Tsipras pour réformer ses retraites.

L’Europe y met du sien pour sauver la Grèce… et l’euro

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, la Banque Centrale Européenne (BCE) a annoncé de son côté non seulement qu’elle relevait le plafond du financement d’urgence d’un petit 1,4 milliard €, mais même qu’elle autoriserait l’Etat à se financer par des bons du Trésor en attendant qu’un accord soit conclu sur un nouveau plan d’aide à la Grèce.

Ce petit geste rejoint les déclarations très volontaristes de Pierre Moscovici sur le sujet en début de semaine:

« Il ne peut pas ne pas y avoir d’accord. Nous allons tous faire ce qu’il faut pour qu’il y ait un accord », a déclaré M. Moscovici lors de l’émission Le Grand Jury RTL-LeFigaro-LCI.

Tsipras reprend la situation en main

Il faut dire que les Européens ont reçu de Grèce quelques signaux qui les ont poussés à faire bouger les lignes. Après le calamiteux sommet de Riga, du vendredi précédent, où le ministre grec Varoufakis a exaspéré ses partenaires, Tsipras a décidé de remanier son équipe de négociation.

Selon le chef du gouvernement hellénique, son turbulent ministre des Finances a braqué ses interlocuteurs parce qu’il maîtrise leur langue – l’économie – bien mieux qu’eux. Or, la Grèce est au bord du défaut de paiements. Un accord doit être trouvé. Et vite!

Cette pirouette a permis à Varoufakis de rester en poste tout en passant la main à des seconds couteaux, notamment Euclide Tsakalatos, ministre des affaires économiques internationales. Cette équipe plus consensuelle s’est immédiatement mise au travail.

L’Europe brandit la menace d’une mise sous tutelle

Les Européens ont su trouver les mots pour convaincre les Grecs de se bouger. Après le sommet de Riga, Jeroen Dijsselbloem, le Néerlandais président de l’Eurogroupe (en campagne pour sa réélection), a sorti la grosse artillerie en annonçant qu’il préparait un plan B :

Prié précisément de dire s’il existait un « plan B » au cas où la Grèce serait contrainte de quitter la zone euro ou de faire défaut sur sa dette, Jeroen Dijsselbloem, président du groupe des ministres des Finances de la zone euro, a répondu devant les parlementaires néerlandais: « La zone euro est(-elle) prête pour diverses éventualités? La réponse est oui. »

Si ce plan avait consisté en un simple « Grexit », il est probable qu’il aurait peu ému Tsipras. Les Européens ont trouvé une autre parade: ils semblent avoir préparé une destitution de facto du Premier Ministre grec:

Une des hypothèses de travail est un défaut grec sans sortie de l’euro, avec introduction d’une sorte de mini-monnaie à usage intérieur, combinée à un « plan humanitaire », un programme d’urgence de l’Union, qui éviterait un probable effondrement bancaire et garantirait une aide à la population. Mais cela supposerait un changement de gouvernement ou encore un exécutif technocratique.

(Una delle ipotesi cui si sta lavorando è un default senza uscita dall’euro, con l’introduzione di una sorta di mini assegni ad uso interno, combinato con «piano umanitario», un programma di emergenza della Ue, che scongiurerebbe un prevedibile collasso delle banche e garantirebbe aiuti per la popolazione. Ma che presupporrebbe un cambio di governo o, addirittura, un esecutivo tecnocratico.)

Tsipras présente une liste de mesures

La menace semble avoir porté auprès de Tsipras, qui a rapidement sorti une liste de réformes possibles, faisant taire les commentateurs français qui soutenaient qu’il ne lâchait rien sur le fond après avoir écarté Varoufakis.

Parmi les réformes que le gouvernement compte finaliser pour augmenter les recettes publiques, figurent une taxe de nuitée entre un et cinq euros dans les hôtels des îles touristiques, une taxe de 3% sur les restaurants et bars de luxe des îles pendant la saison touristique du 1er avril au 31 octobre, a révélé jeudi le quotidien Ta Nea. Ces mesures pourraient rapporter 1,3 milliard d’euros, a indiqué mercredi le quotidien libéral Kathimerini.

L’essentiel des discussions continue de porter, comme je l’écrivais les semaines précédentes, sur la réforme des retraites, dont le gouvernement grec ne veut pas entendre parler, mais qui paraît à peu près incontournable.

Tsipras en difficulté en Grèce

Pour Tsipras, ce virage à 180° a aussi des explications « intérieures ». Après plus de cent jours au pouvoir, le nouveau gouvernement n’a fait adopter qu’une seule loi, dont les décrets d’application ne sont pas encore sortis. Certains commencent à pointer du doigter l’amateurisme de l’équipe élu en janvier.

Le ministre Varoufakis constitue désormais l’une des principales cibles de ce mécontentement qui monte. Il faut dire que l’opinion publique grecque, très majoritairement dans l’attente d’un accord avec les Européens, peut assez légitimement lui reprocher le retard pris dans la conduite des opérations.

Dans le même temps, la situation grecque générale se détériore à vue d’oeil.

D’autres mauvais jours en perspective pour l’Union

Pour le reste, la situation européenne n’est pas de nature à réconcilier les Européens avec leur construction communautaire. Le chômage demeure à des niveaux trop élevés, l’immigration illégale met l’Europe en difficulté, et la réforme de la politique agricole commune devrait causer des dégâts dans les agricultures allemande et française.

A coup de milliards (encore 12 milliards sur les marchés la semaine dernière), la BCE parvient péniblement à extraire la zone euro de la déflation.

En réalité, le coeur n’y est plus. La Commission donne des avis que plus personne ne suit, et peine de son côté à imaginer une nouvelle ambition politique pour faire face aux défis auxquels l’Europe est confrontée.

L’Europe apparaît bel et bien à la dérive.

Renault et la loi Florange: une arme pour désindustrialiser

Le 29 mars 2014, le président de la République promulguait la loi Florange ou « loi de reconquête de l’économie réelle », qui visait à protéger l’industrie française. Son article 5 prévoyait le doublement des droits de vote aux assemblées générales pour les actionnaires détenteurs de titre d’une entreprise depuis plus de deux ans. Cette disposition, destinée à favoriser l’investissement à long terme, est d’application sauf si l’assemblée générale adopte une disposition inverse dans ses statuts.

Détenteur de Renault à hauteur de 15%, l’Etat a vu le coup venir. Pour empêcher Carlos Ghosn d’écarter le droit de vote double de l’Etat lors de l’assemblée générale du 30 avril, Bercy a dépensé 1 milliard d’euros pour porter sa participation à près de 20% du capital de Renault et pouvoir ainsi bloquer la résolution anti-Florange présentée par le conseil d’administration. La manoeuvre a réussi, et elle a provoqué une flambée du titre Renault qui s’échangeait autour de 60 euros cet hiver contre près de 90 euros aujourd’hui.

Pendant un mois, Carlos Ghosn a (sans succès) mené la guerre contre l’un de ses actionnaires, et même contre son principal actionnaire: l’Etat. Il est assez curieux de voir un exécutif entrer en conflit ouvert contre ses propriétaires. Dans un fonctionnement normal (d’entreprise), ce genre d’attitude vaudrait au dirigeant un limogeage immédiat. Lorsque l’actionnaire s’appelle l’Etat, il en va autrement…

L’Etat se méfie des ambitions internationales de Carlos Ghosn, et il a probablement raison. Sur plus de 8 millions de véhicules vendus en 2014 par le groupe Renault-Nissan, Renault en fabrique 2,6 millions, et Nissan 5,1. Le solde est apporté par Avtovaz, l’industriel russe en cours d’acquisition. Renault (Dacia compris) représente désormais moins du tiers du groupe…

Comme l’a justement souligné la section CGT de Renault, la gestion Ghosn est au coeur de la problématique. En 10 ans de présidence Ghosn, Renault a perdu 1 million de ventes en Europe. Le développement du groupe s’est fait au bénéfice des marques Dacia et Nissan.

Loi Florange et désindustrialisation de Renault
Source: CGT Renault

 

Autrement dit, Carlos Ghosn a massivement désindustrialisé le pays, quand des groupes comme Volkswagen, qui connaît également une crise de profitabilité et de succession, ont fait le choix « patriote » de préserver leur pays d’origine avec une internationalisation raisonnée. Cette stratégie n’a pas empêché Volkswagen de produire près de 10 millions de véhicules en 2014, soit 25% de plus que Renault…

Pourquoi l’Etat dépense-t-il des sommes colossales pour contourner Carlos Ghosn au lieu de le remplacer par un capitaine d’industrie qui mettra en oeuvre une autre stratégie?

Peut-être parce que l’Etat, en dehors du libre jeu de la désindustrialisation, n’a pas de stratégie, mais qu’il veut garder le pouvoir…

 

Supprimer le statut de la fonction publique pour les hauts fonctionnaires?

Cette tribune est parue dans Le Figaro Vox.

 

Après les révélations sur ses frais de taxi, Agnès Saal a jeté l’éponge. Elle quitte ses fonctions de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA). On en sort un peu frustré d’ailleurs, parce que la décision qu’elle a prise d’abandonner son poste nous prive peut-être d’autres révélations sur ses turpitudes.

 

Agnès Saal appartient à cette classe de petits marquis de gauche qui ont fait ou font carrière en se politisant et en rendant des services aux élus dans le sillage de qui ils s’inscrivent. Cette technique leur permet de rebondir d’élection en élection, jusqu’à imaginer que la machinerie publique dont ils sont les dirigeants se résume à un jeu d’obstacles déconnecté de l’intérêt général, jusqu’à être persuadés que la machine est à leur service et non l’inverse.

 

Il existe une rhétorique amusante, consubstantielle à l’étiquette de cette Cour. Il est de bon ton d’y dénoncer les petits patrons poujadistes mais de courber l’échine devant les grands du CAC 40 qui pourraient un jour vous recruter. Il est de bon ton d’y fustiger RMC (qu’on écoute dans le taxi, occupation essentielle quand le chauffeur est en vacances) et de n’écouter que Patrick Cohen qui dit si bien tout haut ce que les gens honnêtes se répètent chaque soir dans les salons. Il est obligatoire d’avoir en horreur le Front National qui est poujadiste et populiste mais de ne jamais franchir le périphérique ou alors seulement avec une moue de dégoût et en prenant soin de bien appeler tous ses copains pour leur annoncer triomphalement qu’on l’a fait. Il est tout aussi obligatoire de défendre becs et ongles la laïcité et l’école publique, mais d’inscrire ses enfants dans une école privée quand on n’a pas réussi à se trouver un appartement pas trop cher dans l’hypercentre parisien. Il faut proscrire le racisme et l’antisémitisme bien sûr, vomir tous ceux qui veulent défendre l’identité nationale, mais on interdit à ses enfants d’aller dans les quartiers difficiles, de prendre le métro après 20 heures, et on conseille à sa fille de changer de trottoir quand un groupe de jeunes immigrés arrive. Et, bien entendu, il faut dénoncer tous ces salauds de droite qui se remplissent les poches sur le dos de pauvres travailleurs opprimés, mais ne surtout pas se gêner pour faire payer le taxi de son enfant par le contribuable.

 

Longtemps à l’abri des regards, ces petits travers posent de plus en plus problème à l’opinion publique. En phase de disette budgétaire, plus personne ne peut admettre qu’un haut fonctionnaire bénéficie d’une voiture de fonction, d’un chauffeur à demeure, et qu’il se prélasse malgré tout dans des taxis pour une somme équivalent à 4.000 euros par mois. Surtout s’il a accédé à son poste de direction en surfant sur les différents ministres socialistes qui l’ont promu au nom du redressement dans la justice et de la lutte contre la finance.

 

Agnès Saal a quitté son poste, et son geste est présenté comme une démission. Il faut bien entendu expliquer au public qu’Agnès Saal ne tardera pas à retrouver un poste de fonctionnaire où elle sera payée entre 6.000 et 10.000 euros nets chaque mois, pour une charge de travail très incertaine. On aimerait être plus précis sur les chiffres, mais la haute fonction publique, qui est très exigeante sur la transparence des rémunérations dans le secteur privé, maintient un black-out complet sur les rémunérations publiques.

Cette impunité est l’une des explications majeures du déficit public qui étouffe la croissance en France. Il n’existe aujourd’hui aucun mécanisme qui incite les hauts fonctionnaires à placer la dépense publique sous contrôle. Les nominations et les carrières se font selon des critères très politiques (ou amicaux) qui excluent totalement les aspects financiers. L’attitude d’Agnès Saal en est la meilleure preuve.

 

Dans la désincitation des hauts fonctionnaires à maîtriser les dépenses, la question de la sanction se pose. Lorsqu’un haut fonctionnaire est pris en défaut, son seul risque est d’être mis dans un placard doré. Est-ce suffisant pour inciter une caste à réviser ses fondamentaux ?

 

Dans la logique de mise sous contrôle des dépenses, il faut évidemment savoir se poser la question de la réforme de la haute administration, sous ce double aspect. Premier aspect : comment dépolitiser les carrières et inciter les décideurs publics à bien gérer ? Deuxième aspect : ne faut-il pas les « sortir » du statut de la fonction publique et prévoir leur licenciement pur et simple lorsque leur gestion n’est pas à la hauteur des attentes collectives ?

 

Tôt ou tard, la question se posera.