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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

La Grèce ébranle l’Europe de son grand rire homérique

L’élection présidentielle surprise en Grèce rappelle à l’Europe (avec une ironie sarcastique!) qu’elle ne pourra jamais exister sans les peuples qui la composent.

Moscovici est allé se faire voir chez les Grecs

Après le « coup » du Premier Ministre grec Samaras accélérant le processus électoral pour le faire coïncider avec la fin de la Troïka, un vent de panique s’est emparé de tout ce que l’Europe comporte de technocrates décadents et d’adeptes d’une austérité sans vision politique. Au premier rang de ceux-ci, et dans les meilleurs sièges, on compte évidemment Moscovici, qui s’est empressé de s’offrir un petit voyage en Grèce aux frais des contribuables pour distiller sa bonne parole.

Entre deux visites touristiques, Moscovici a quand même trouvé le temps de donner une interview à la presse grecque (en l’espèce le très sérieux Kathimerini) après avoir refusé de rencontrer le leader (donné gagnant en cas de recours aux urnes) du parti Syriza, Alexis Tsipras:

Dans le cadre de sa visite en Grèce, M. Moscovici n’a pas prévu de rencontrer le chef de l’opposition, Alexis Tsipras. «Pas cette fois. Mais dans le futur, j’aurai l’occasion de le faire et ce sera intéressant. C’est une visite de travail en tant que commissaire européen auprès des autorités grecques», a-t-il affirmé dans un entretien au quotidien Kathimerini.

«Le peuple grec va choisir son destin. Nous ne devons pas influencer, mais une fois de plus il est logique que nous parlions avec les personnes légitimes qui font et pensent comme nous», a-t-il affirmé.

Voilà qui méritait d’être dit: la démocratie, c’est parler avec les gens qui font et qui pensent comme nous! Sacré Mosco… une sorte de gardien du temple socialiste, qui parvient toujours à concentrer de façon très efficace le substrat de la pensée au pouvoir.

Du coup, Moscovici s’est attiré les foudres de l’aile gauche du parti socialiste. L’eurodéputé apparatchik Guillaume Balas a par exemple déclaré que la visite de Moscovici était une honte:

«À aucun moment je n’ai vu quelque part que nous étions une fédération avec un gouvernement qui recevait un mandat pour aller soutenir telle ou telle famille politique. Cela pose une question de souveraineté», tempète-t-il. «Puis il y a un contexte politique», poursuit le socialiste. «Vu les interrogations qui se posent sur l’unité de l’Union européenne, sa capacité à survivre à elle même, ce que font Juncker et Moscovici, c’est une provocation qui peut faire augmenter le sentiment anti-européen».

Euh… Mais Balas, il a quand même voté l’investiture de Moscovici à son poste il y a six semaines, non?

La Grèce se moque de Juncker

Si l’eurodéputé Balas a beau jeu de se plaindre d’une équipe qu’il a mise au pouvoir, il n’a pas tort de souligner que les gros sabots de la Commission font le jeu des anti-européens en Grèce. Par exemple, la porte-parole de la Commission Mina Andreeva a affirmé:

La Commission européenne travaille à «garder la Grèce fermement dans la zone euro», a affirmé lundi une de ses porte-parole, alors qu’un scrutin présidentiel menace de faire dérailler les efforts de réformes du pays et inquiète la zone euro et les marchés.

«La seule option à laquelle travaille la Commission est de garder la Grèce dans la zone euro. L’engagement pris par cette Commission en réponse aux efforts des autorités et du peuple grecques est très clair».

La semaine précédente, Juncker avait affirmé qu’il préférait voir des « visages familiers » arriver au pouvoir en Grèce.

Du coup, les internautes grecs se sont déchaînés:

Sur le réseau social twitter, le hashtag #GreeksAskJuncker était encore le plus utilisée samedi matin en Grèce pour tourner en dérision les propos du président de la Commission européenne.

«Dans la pizza, je mets d’abord le jambon et après le poivron ou d’abord le poivron et après le jambon ?», demandait un internaute à l’ancien Premier ministre luxembourgeois.

«Nous avons des élections de parents d’élèves à l’école demain, une suggestion ?», interrogeait un autre.

La Commission échoue à corrompre la Grèce

Ces remarques frondeuses ne sentent évidemment pas bon pour la Troïka, ni pour l’euro, ni pour l’Allemagne. Du coup, chacun y est allé de son couplet pour expliquer que ce serait quand même mieux que, blague à part, les Grecs fassent là où Juncker leur dit de faire.

Le ministre grec des Finances a par exemple affirmé qu’en cas d’élections anticipées (par suite de l’échec d’une élection présidentielle), la Grèce vivrait une catastrophe financière au mois de mars. Même les Allemands s’y sont mis pour lui donner raison! le Bundestag a voté l’attribution de nouveaux crédits à la Grèce, lui permettant de tenir jusqu’en février.

L’office grec des statistiques a annoncé une nouvelle baisse du taux de chômage dans le pays: il n’est plus désormais que de 25,5%, contre 26,6% au deuxième trimestre. Ben alors! elle est pas belle la vie en Grèce? Le gouverneur de la banque centrale grecque a pour sa part annoncé que la croissance se consoliderait en Grèce si et seulement si la stabilité politique régnait.

Mais le plus grand scandale est arrivé par la bouche d’un député grec, qui a révélé le pot-aux-roses: un intermédiaire proche des milieux financiers lui a proposé une bagatelle de 2 millions d’euros s’il votait pour le candidat Dimas.

un député du parti eurosceptique de droite, les Grecs Indépendants, a annoncé avoir été approché par un intermédiaire qui lui aurait proposé 2 à 3 millions d’euros, dont 700.000 en liquide, plus divers autres avantages pour voter en faveur de Stavros Dimas. Ce député, Pavlos Haikalis, a refusé et fournit, pour appuyer ses dires, des vidéos montrant l’approche de cet intermédiaire qui, selon lui, appartient au « secteur de la finance. »

Si l’on se souvient que Dimas a obtenu 160 voix au premier tour, alors qu’il a besoin de 180 voix pour être élu, son élection ne devrait coûter que 40 ou 60 millions d’euros à Juncker.

L’Europe ne peut pas se construire sans ses peuples

Je recommande ici l’excellent décryptage de Jean Quatremer sur les dessous de l’affaire grecque.

« Pourtant, tout s’annonçait plutôt bien », explique un diplomate européen en poste à Athènes : « après six ans de récession, 2014 s’achève avec une croissance de 0,6 % et on attend 2,9 % en 2015, le plus fort taux de la zone euro. Le chômage a connu une légère décrue et pour la deuxième année, il y aura un excédent budgétaire de 3 % du PIB hors service de la dette !» Mais, Antonis Samaras, le Premier ministre conservateur à la tête d’une coalition avec les socialistes du PASOK, a multiplié les erreurs politiques depuis l’été : « il a crié victoire trop vite en assurant dès cet été qu’à la fin de l’année la Troïka, si honnie en Grèce, serait partie et que le pays serait à nouveau maître de son destin », poursuit ce même diplomate. « Résultat : il a cru qu’il pouvait arrêter de faire des réformes et refaire de la politique locale comme avant ».

L’Europe victime de la politique locale grecque? La faute n’en revient pas aux Grecs, mais aux eurocrates qui ont cru construire un édifice en ignorant le contenu du sol sur lequel ils bâtissaient.

L’Europe hors sol vacille. D’ailleurs, le Ministre italien des Finances s’est senti obligé de préciser:

« La Grèce n’est pas en 2015 comme elle était en 2010-2011 », a déclaré Pier Carlo Padoan. « Il n’y a absolument aucun risque de contagion pour nous », a-t-il ajouté.

Décidément, ça sent le roussi.

Les Russes relaient la Grèce

Comme un malheur n’arrive jamais seul, un autre pays de l’Orient européen a connu cette semaine quelques vicissitudes qui font trembler les murs: la Russie. La chute inopinée du rouble (que certains attribuent à une action concertée des Etats-Unis) affaiblit encore un peu plus la confiance des marchés et nourrit le spectre d’un effondrement systémique.

La présidente du conseil de supervision des banques européennes, la Française Danièle Nouy, n’a pas dit autre chose au micro d’Europe 1:

« Nous pensons que les marchés vont être nerveux pendant quelques jours, peut-être quelques semaines, donc les superviseurs sont attentifs à tout ce qu’il se passe », a-t-elle expliqué sur Europe 1.

Mais, a-t-elle poursuivi, « nous pensons que les expositions des banques européennes sur les entreprises russes par exemple (…) sont d’une dimension telle qu’il n’y a pas de raison de craindre un désordre ou des difficultés ».

Tout cela sent décidément très mauvais…

L’inquiétude grandit en Europe face à la Grande Dépression

Face à la tornade qui commence à prendre forme à l’horizon, les voix s’élèvent pour pousser la BCE et la Commission à agir. Emmanuel Macron a par exemple soutenu que la BCE devrait mener une politique « plus adaptée ». Des patrons (dont Henri de Castries et Gérard Mestrallet) ont signé un appel pour la relance de l’investissement public. On y lit:

La menace d’une stagnation durable frappe l’économie européenne. Nos sociétés ne se projettent pas vers l’avenir. Nos entreprises font preuve d’aversion au risque. Les États et l’Union ne parviennent pas à investir. Il faut entreprendre un New deal, doter l’Union d’une stratégie pour l’investissement.

L’Allemagne fait encore la sourde oreille

Malgré ces cris d’alarme, les décideurs semblent vouloir ne pas réagir, spécialement en Allemagne. Malgré tous les délires français sur une prise de conscience allemande, la réalité est toute autre. Le gouverneur de la Buba a par exemple écrit:

Les délais accordés par la Commission européenne à la France, l’Italie et la Belgique pour faire de nouveaux efforts budgétaires risque d’affaiblir les règles européennes de stabilité, juge lundi la Banque centrale allemande dans son rapport mensuel.

«Les règles budgétaires doivent garantir la solidité des finances publiques. Pour cela, elle doivent aussi être transparentes et compréhensibles», écrit la Bundesbank dans ce document.

Ce résultat risque «toutefois d’être difficile à atteindre si, outre une mise en oeuvre de plus en plus complexe et difficilement compréhensible, les progrès en matière de consolidation peuvent désormais être troqués contre des projets de réformes», met toutefois en garde l’institution monétaire allemande, qui pointe du doigt la situation de la France, de l’Italie et de la Belgique.

La BCE invente l’inflation négative

De son côté, la BCE continue à encaisser les coups sans réagir. Son programme d’ABS (injections de liquidités auprès des banques par rachat de certains de leurs actifs) s’est soldé par une déconfiture d’ampleur exceptionnelle: moins de 25 milliards d’euros ont été placés. On est bien loin des 1.000 milliards d’augmentation de bilan voulus par la BCE. Dans le même temps, l’effondrement des cours du pétrole accélère un processus de baisse des prix.

Du coup, la panique commence à gagner. Le vice-président de la BCE, Vitor Constancio, s’en est à peine caché:

« Nos experts prévoient seulement une inflation de 0,7 % en 2015, mais depuis que cette projection a été réalisée (ndlr, début décembre) les prix du pétrole ont continué de chuter, reculant de 15 %. Nous nous attendons maintenant à un taux d’inflation négatif dans les mois à venir », déclare-t-il dans un entretien au magazine WirtschaftsWoche.

Plusieurs mois d’inflation négative ne se traduiraient toutefois pas par une déflation, précise-t-il : « Il faudrait des taux négatifs sur une période plus longue. S’il s’agit seulement d’un phénomène temporaire, je n’y vois pas de danger. »

C’est sûr qu’en considérant qu’une baisse des prix de plusieurs mois ne s’appelle pas une déflation, mais une inflation négative, on règle une bonne partie du problème: ce qui cloche, ce ne sont pas les choses, mais les mots qui les désignent.

Comment les shadoks de la BCE pompent

Face à l’arrivée de « l’inflation négative », les banquiers centraux européens enchaînent les réunions pour prendre une décision utile. Cette réunionite aiguë permet de rajeunir l’almanach des proverbes en vigueur chez les Shadoks. Par exemple, Benoît Coeuré, le Français membre du conseil des gouverneurs, a déclaré:

« Il y a un large consensus au conseil des gouverneurs pour faire plus et nous discutons maintenant des instruments à utiliser », déclare-t-il dans un entretien publié mardi sur le site internet de L’Opinion.

« Je trouve la fascination pour l’assouplissement quantitatif (‘Quantitative Easing’) un peu naïve », ajoute-t-il à propos des spéculations sur un programme de rachat de dettes publiques par la BCE.

« La taille du bilan de la BCE est importante comme signal de notre détermination à agir, mais il n’y a pas de lien mécanique avec l’inflation, et rien n’assure que ce qui a fonctionné aux Etats-Unis ou Japon peut être reproduit à l’identique chez nous. »

« Nous devons raisonner pour nous-mêmes, en fonction de la structure économique, financière et institutionnelle spécifique de la zone euro. C’est cette réflexion qui est en cours et qui peut aboutir rapidement », poursuit Benoît Coeuré.

Nous sommes heureux de savoir qu’il y a désormais un large consensus pour faire plus. Mais quoi au juste? C’est là que le hic se pose car, si certains (comme le ministre italien des Finances) sont convaincus que le Quantitative Easing (QE) est la panacée, cette conviction ne fait manifestement pas partie du « large consensus » évoqué par Benoît Coeuré.

Veillée d’armes à la BCE

En réalité, la BCE est aujourd’hui au pied du mur. Les marchés parient sur le lancement du QE fin janvier, mais la rumeur (colportée par ce blog notamment) dit que l’Allemagne s’y oppose. Manifestement, les Allemands sont plutôt pour la « vérité des prix » et ont bien envie que les masques tombent autour de la table du directoire.

Du coup, la BCE a décidé de publier à l’avenir le compte-rendu de ses débats… mais anonymisé. Officiellement, il s’agit d’éviter les pressions (des Etats membres) sur les membres du directoire. Mais une raison un peu plus Sioux pourrait bien exister: peut-être que certains qui ont (comme Coeuré) publiquement soutenu jusqu’ici des lignes officielles comme un soutien au QE n’ont guère envie de découvrir qu’en réalité, ils prennent en interne à la BCE des positions exactement contraires…

La trahison diplomatique, règle de base dans l’Union

On pourrait d’ailleurs élargir ce constat sur la BCE à l’ensemble des théâtres où la mascarade européenne se joue. J’en donnerai, c’est mon cadeau de Noël, quelques exemples fameux.

Traité transatlantique et trahison européenne

Les lecteurs de ce blog se souviennent de l’incident survenu au moment des audiences des futurs commissaires au Parlement européen. La commissaire Malmström avait vu son discours autoritairement changé par l’équipe Juncker sur la question des mécanismes d’arbitrages internationaux dans le traité transatlantique. En séance, Cécilia Malmström avait finalement dit qu’elle était (contrairement aux phrases ajoutées par l’équipe Juncker) favorable au mécanisme d’arbitrage à condition d’en combattre les abus.

En visite à Paris sur ce sujet, Cecilia M. s’est lâchée:

Balayant d’un revers de main les critiques sur la non transparence des négociations, la Commissaire a jugé qu’elles étaient « les plus ouvertes que la Commission a menées ». « Les parlementaires auront accès à tous les documents et les textes qui seront proposés dans le cadre du TTIP seront consultables sur internet ». (…)

Interrogée sur l’épineuse question du mécanisme d’arbitrage des différends entre les entreprises et les Etats – le fameux ISDS  –, Cecilia Malmström a fait remarquer que ces tribunaux d’arbitrage existent depuis les années 1950 . L’Europe en a près de 1.400. Pour elle, il est temps de les moderniser, citant au passage le modèle élaboré lors de l’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et le Canada.

Traité transatlantique et trahison française

Que Juncker ait fait croire au Parlement européen qu’il était hostile à l’arbitrage avant de laisser sa commissaire en charge du dossier dire le contraire n’est pas la seule trahison officielle sur le sujet. La France elle-même a glorieusement trahi l’Allemagne, hostile à l’arbitrage.

Malgré de timides dénégations, le gouvernement français s’est en effet abstenu de combattre le mécanisme d’arbitrage exigé par les Etats-Unis, laissant ainsi l’Allemagne seule face à elle-même.

Du coup, le mécanisme d’arbitrage devrait être largement approuvé.

L’écologie et la trahison de Juncker

Autre nouvelle tombée cette semaine: la Commission Européenne abandonne officiellement son programme de lutte contre la pollution atmosphérique.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et son vice-président, Frans Timmermans, ont confirmé, mardi 16 décembre après-midi, devant le Parlement européen, leur volonté de concentrer leur action en 2015 sur des propositions de lois relançant l’emploi au détriment de l’environnement. Conséquence : Bruxelles retire de son programme de travail 83 projets de règlements et de directives, hérités de la Commission Barroso, dont les paquets législatifs sur la qualité de l’air et l’économie circulaire, pourtant très attendus.

Une belle victoire du lobby industriel…

L’Europe et la lutte contre le blanchiment

Dans le même temps, le Parlement européen, le Conseil et les Etats membres semblent se tenir collectivement par la barbichette pour empêcher l’entrée en vigueur d’une directive adoptée sous Barroso, prévoyant la publication des noms des véritables propriétaires des trusts et holdings. Jean-Claude Juncker a même écrit à tout ce beau monde pour que cette directive destinée à lutter contre le blanchiment entre en vigueur.

Dans un communiqué, l’ONG ONE France accuse « une minorité d’Etats membres, dont l’Allemagne, la Pologne et l’Espagne », de « bloquer ce qui pourrait être une avancée majeure et un premier pas indispensable pour lutter efficacement » contre le blanchiment.

Quant à l’Italie, qui assure jusqu’à fin décembre la présidence tournante de l’UE, elle « souhaite conclure un accord à n’importe quel prix » et « fait pression sur le Parlement pour qu’il revoie ses ambitions à la baisse et ne rende pas publics ses registres », poursuit l’association.

Le prochain épisode du conflit ukrainien en préparation

A l’approche de la nouvelle année, les germes du prochain épisode du conflit en Europe sont plantés.

Un sommet européen tenu à Bruxelles le 18 décembre a permis de faire le point sur la stratégie européenne vis-à-vis de la Russie. Ce sommet, le premier présidé par le Polonais Donald Tusk, a permis de mesurer les divisions des Européens sur la place de la Russie:

« Est-ce que c’est l’autodétermination des peuples qui compte ou les sphères d’influence qui comptent ? Est-ce qu’un pays situé dans une sphère d’influence est dans l’impossibilité de décider ? Si l’Ukraine avait été en faveur de l’Union eurasienne, on n’aurait jamais eu cette guerre », a ainsi déclaré en conférence de presse Angela Merkel. Prochaine échéance : le sommet de Riga, en mai prochain.

Tout est dit. Et meilleurs voeux à tous…

CGT: le coup d’Etat que Thierry Lepaon prépare

Décidément, dans une actualité qui fourmille de feuilletons drolatiques (est-ce l’arrivée de Netflix qui stimule les soap operas?), le psychodrame de la CGT apporte une bouffée d’air frais. Loin du Hollande bashing et Sarkozy shaming, la crise de légitimité que traverse le secrétaire général Thierry Lepaon donne un côté Zola aux chroniques parisiennes qui tiennent plus souvent du Balzac ou du Proust. Quand l’affaire Bygmalion nous plonge dans l’univers des Vautrin et des Rastignac, quand l’outing forcé de Florian Philippot nous met dans l’ambiance de Sodome et Gomorrhe, les règlements de compte dans les étages de la porte de Montreuil ont plus un côté Germinal, pour lequel il existe un public.

Les amateurs du réalisme socialiste auront donc noté quelques récents épisodes qui n’ont rien à envier à Dallas ou aux Feux de l’amour.

Ainsi, la semaine dernière, Thierry Lepaon avait annoncé pour ce lundi 15 décembre une réunion des principales fédérations, supposée lui éviter une convocation extraordinaire du comité confédéral national, seule instance capable de destituer le secrétaire général. Il semblerait que cette réunion, conçue pour désamorcer la crise, ait, malheureusement pour celui qui en eut l’idée, assez rapidement tourné au carnage! Les fédérations se seraient élevées pour demander la tête de leur secrétaire général. Le stalinisme n’est décidément plus ce qu’il était.

En conclusion de la réunion, Thierry Lepaon aurait prononcé un nouveau plaidoyer en faveur de sa gestion, avant de conclure qu’il ne voulait pas bloquer l’organisation et qu’il tirerait toutes les conséquences de la situation.

Le lendemain, mardi 16 décembre, avait lieu une commission exécutive, qui promettait d’être divertissante. Dans la nuit de lundi à mardi, beaucoup semblent toutefois s’être penchés sur les statuts du syndicat, qui prévoient quelques astuces. Première astuce: en cas de destitution du secrétaire général, seule une personnalité élue à la Commission Exécutive par le CCN peut être choisie. Deuxième astuce: c’est le CCN qui choisit cette personnalité, et non la commission exécutive elle-même. Troisième astuce: les deux premières astuces valent pour n’importe quel membre du bureau.

Cette petite précision statutaire a rappelé à chacun le rôle fondamental du CCN, qui introduit une véritable incertitude sur le nouveau nom du secrétaire général.

Lorsque les membres de la CE sont arrivés en réunion hier matin, beaucoup s’attendaient à entendre Thierry Lepaon annoncer sa démission. Quelle ne fut pas leur surprise en l’entendant au contraire annoncer son maintien, et en proposant la démission collective du bureau… où figurent quatre de ses opposants! Et quelle ne fut pas la surprise de ceux-ci lorsque Philippe Martinez, secrétaire de la métallurgie, a pris la parole pour expliquer que, vu la situation, la seule décision raisonnable était que le bureau démissionnât, sauf le secrétaire général, qui devait rester en fonction.

En fait, le pari de Lepaon, qui a adoré agiter la théorie du complot organisé par son rival malheureux Eric Aubin, est de pouvoir se maintenir grâce à un axe des marxistes-léninistes historiques contre tous les rénovateurs promis à une purge digne des années 30. Dans cette configuration, Martinez a entendu la promesse faite par Thierry Lepaon d’être son successeur en 2016. Cette fraîcheur de la part d’un leader de la métallurgie ne manque pas d’étonner, car c’est bien connu: les promesses n’engagent pas ceux qui les font!

Comme Aubin et consors font de la résistance, une nouvelle réunion extraordinaire de la CE est prévue début janvier pour obtenir la démission des impétrants et permettre la recomposition d’une nouvelle équipe à l’occasion du CCN du 13 janvier. On voudrait être des petites souris pour assister à ce spectacle digne du Puy-du-Fou (épisode Russie des années 30): des interventions soigneusement concertées qui se succèdent à la tribune pour lancer des attaques personnelles et publiques contre quelques participants, jusqu’à ce qu’épuisement des victimes désignées à la vindicte s’ensuive.

Si certains avaient oublié la nuisance qu’a constitué le marxisme-léninisme pour les libertés publiques dans tous les pays où il a sévi, cette petite séance devrait rapidement rafraîchir les mémoires.

Entretemps, Thierry Lepaon s’est évertué à tuer les rumeurs qui pouvaient faire l’objet d’un quatrième article de presse: « Non! je n’ai pas acheté des vélos à 1.500€ pour ma femme et ma fille avec l’argent de la CGT! Non, je n’ai pas occupé une villa à 12.000€ la semaine en Corse cet été! Non, les prétendus 100.000€ de mon appartement à Vincennes n’ont pas servi à finir la maison que je fais construire en Normandie! Non, mes chauffeurs ne sont pas plaints de mes allers-retours en Normandie dans la semaine pour retrouver ma jeune femme à Cabourg ».

Ouf! nous voilà rassurés!

Reste une inconnue: la position de l’Elysée. Certains soutiennent que la perspective d’un maintien en fonction de l’actuel secrétaire général agacerait le pouvoir. Et que de nouveaux obus seraient déjà prêts à entrer dans les culasses pour régler le problème Lepaon avant 2015.

A suivre… Chic!

 

Epargne salariale: une interview d’Alain Giffard

Alain Giffard, qui conduit la délégation CGC dans la négociation sur l’épargne salariale, a bien voulu répondre à quelques questions. Je l’en remercie.

 

1° Cher Alain, vous conduisez la délégation CFECGC dans la délibération sur l’épargne salariale. Quelles sont les attentes de votre organisation syndicale sur ce dossier?

Nous  attendons  une  prise  en  compte  des    attentes  des  partenaires  sociaux  par  le  ministre  Emmanuel  Macron  et  la  représentation  nationale.

Les  points  structurants  sont  la  simplification,  l’élargissement  aux  petites  entreprises  et  le  financement  de  l’économie.

Avec  un  rappel  vigoureux  sur  les  effets  néfastes  de  l’augmentation  du  forfait  social.

 

2° Le gouvernement a évoqué l’idée de maintenir le forfait social à 20% pour les grandes entreprises, mais de le baisser pour les PME ou les TPE. Qu’en pensezvous?

Le  baisser  seulement    pour  la  mise  en  place  d’un  premier  accord  est  louable.

Mais    nous  affirmons  que    le  forfait  social  est  péjoratif  à  la  mise  en  place  des  accords,  nous  avons  pu  le  constater.  Les    DRH  savent  parfaitement  gérer  une  enveloppe  globale,  intégrant  le  prélèvement  de  20%,  cela  au  détriment  des  bénéficiaires.

Au  contraire,  il  faut  baisser  le  forfait  social  en  fonction  de  la  durée  de  placement  et/ou  du  type  de  placement  (ISR).  Une  Epargne  à  long  terme,  mise  au  service  de  l’economie  réelle,  de  l’Investissement    socialement  responsable  ou  de  l’investissement  solidaire  mérite  un  effort  fiscal  à  l’entrée,  ce  qui  pourra  inciter  les  entreprises  à  être  plus  généreuses.  De  plus,  avec  les  allègements  sur  les  salaires,  pour  les  salaires  proches  ou  un  peu  supérieurs  au  SMIC,    il  devient  plus  performant  de  donner  des  primes  que  de  mettre  en  place  de  l’Epargne  Salariale.

 

3° La Cour des Comptes devrait cette semaine publier un rapport alarmiste sur les retraites complémentaires. Le gouvernement parle d’une suppression des retraites chapeaux. L’épargne salariale a du mal à trouver son public. Ne pensezvous pas que les partenaires sociaux, et spécialement les cadres, auraient intérêt à créer un « troisième pilier » surcomplémentaire d’épargne retraite, intégrant l’actuelle épargne salariale?

Je  ne  suis  pas  d’accord  avec  vous,  l’épargne  salariale  c’est  11  millions  de  porteurs  !  Pour  un  système    qui  a  du  mal  à  trouver  de  son  public,  c’est  une  affirmation  paradoxale  !

De  plus,  il  ne  faut  même  mélanger  les  genres,  c’est  une  chose  que  de  préparer  sa  retraite  et  c’est  autre  chose  que  de  gérer  une  épargne  de  précaution  ou  de  la  constituer  en  vue  d’un  futur  achat.

 

4° Epargne salariale, intéressement… Etesvous optimiste sur le rapprochement du capital et du travail?

Je  suis  optimiste,  je  pense  qu’il  y  a  une  vraie  place  pour  un  rapprochement  du  capital  et  du  travail,  chacun  doit  faire  un  pas,  sortir  des  postures.

Il  est  largement  temps  de  comprendre  que  l’entreprise  c’est  un  tout  !  Du  capital,  des  idées,  de  l’innovation,  des  risques  partagés,  un  patron  et  des  salariés.

 

UBERPOP ou le mur de Berlin français

Le gouvernement vient d’interdire l’application Uberpop, qui permet de faire du covoiturage dans Paris. Il s’agit bien entendu de plaire aux chauffeurs de taxi qui, pour la énième fois, prennent les Parisiens en otage de leur corporatisme.

Ce lamentable épisode ne peut qu’inspirer quatre commentaires brûlants.

La défense des rentes se traduit tôt ou tard par une violation des libertés publiques

La France est un pays bloqué par ses rentiers. Face aux ruptures technologiques, l’obsession de ces rentiers de défendre leur modèle ancien exige des mesures de plus en plus liberticides. Les chauffeurs de taxi entravent la liberté de circulation pour se faire entendre. Ils exigent du gouvernement une interdiction d’applications numériques. Mais jusqu’où ira ce refus de voir le monde changer?

J’imagine que très prochainement tous les rentiers de ce pays descendront dans la rue pour interdire une application mobile mettant en cause leur activité. Le gouvernement irait plus vite en interdisant Internet et en annonçant un traité de coopération économique avec l’Albanie et la Corée du Nord.

Comment ne pas songer à Louis XVI qui embastillait périodiquement les philosophes des Lumières pour endiguer le changement?

Le gouvernement nage une fois de plus en pleine contradiction populiste

Au moment où Emmanuel Macron entreprend de libérer l’économie en déréglementant un grand nombre de professions, la reculade sur Uberpop envoie une fois de plus un signal inquiétant sur le divorce entre la parole politique et les actes.

Désormais, les start-uper savent qu’ils sont à la merci d’une protestation d’on ne sait quelle profession qui décide que la concurrence qu’ils leur adressent doit être disqualifiée par la force.

Cette situation est aberrante. Elle illustre le populisme qui inspire nos politiques depuis trop longtemps, et qui tue ce régime.

Il est temps d’expliquer que la France doit s’adapter au monde

La seule politique défendable aujourd’hui n’est pas de construire un mur de Berlin autour de l’économie française, pour nous couper de la réalité, ni de maintenir tous nos rentiers dans l’illusion que, pour ménager leurs intérêts et leur susceptibilité, le pouvoir va étouffer tout ce qui leur nuit. La seule politique démocratique est de dire la vérité: le monde change, des technologies apparaissent qui changent la vie, qui l’optimisent (quatre personnes par voiture polluent moins qu’une seule), qui l’améliorent (le coût du transport va baisser). C’est aux rentiers de s’adapter, pas aux innovateurs!

Monsieur le Président, nous n’avons qu’un mot à la bouche: de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace!

Réglons la question de la retraite des chauffeurs de taxi

L’acuité avec laquelle les taxis défendent leur monopole a une explication simple, et très française. Au lieu de mettre en place une véritable épargne retraite, les chauffeurs de taxi ont détourné le système de la licence. Le nombre limité de licences permet en effet de faire monter les prix. Une licence de chauffeur se vend à Paris 235.000 euros. Oui! vous avez bien entendu…

Forcément, ceux qui se sont saignés toute leur vie pour acheter cette licence n’ont pas envie, au moment du départ à la retraite, de s’apercevoir qu’ils ont « cotisé pour rien ».

Il faut donc d’urgence annoncer une mesure permettant à ces chauffeurs de transformer, pendant une période donnée, leur licence en contrat d’épargne retraite.

La montagne Luxleaks accouche d’une souris moscovicienne

Moscovici n’a pas tardé à exporter à Bruxelles sa capacité à enfumer et à ne jamais régler les problèmes. Il en donne un premier brillant exemple avec le Luxleaks.

Pendant que le Luxleaks continue…

Lorsque les ministres des Finances se sont réunis lundi dernier à Bruxelles au sein de l’Eurogroupe (un machin Théodule assez stratégique mais totalement inconnu du grand public), ils pensaient que le Luxleaks (provoqué par un Français, paraît-il) se tassait gentiment. C’était sans compter sur de nouvelles révélations quelques heures avant la prestation de serment de Jean-Claude Juncker à la Cour de Justice de l’Union installée à Luxembourg!

On y apprenait que Juncker alors Premier Ministre du Grand-Duché avait mis en place un « Luxleaks 2« , qui aurait profité à Disney, Skype, Koch Industries, etc. Décidément, quelqu’un en veut à ce Jean-Claude et semble bien décidé à balancer la purée chaque fois qu’il le faut pour l’affaiblir. De mémoire européenne, on n’avait jamais vu un Luxembourgeois susciter une telle haine, ce qui prouve une fois de plus que la taille ne change rien à l’affaire.

Cette fois-ci, Jean-Claude a décidé de sortir de son mutisme habituel pour prononcer quelques phrases tonitruantes, dignes d’un manuel de communication d’HEC, à la page « Ne dites surtout jamais… »

Jean-Claude Juncker a reconnu dans un entretien au quotidien français Libération qu’il était « affaibli », car le scandale Luxleaks « laisse croire que j’aurais participé à des manoeuvres ne répondant pas aux règles élémentaires de l’éthique et de la morale ». (…)

« Je veux croire que ma crédibilité n’est pas entamée », a dit M. Juncker dans un entretien au journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ).

Il doit avoir les mêmes conseillers en communication que François Hollande.

… Moscovici s’arrange pour que rien ne change

A l’issue des premières révélations sur le Luxleaks, Jean-Claude Juncker avait promis de proposer rapidement un dispositif empêchant l’optimisation fiscale par le système de rescrit mis en place au Luxembourg, mais aussi aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne (notamment pour les revenus tirés des brevets). L’affaire avait été confiée à Pierre Moscovici lui-même, qui venait de démontrer durant deux ans à Bercy sa capacité à ne pas tenir ses promesses. On ne pouvait rêver mieux!

L’Eurogroupe du 8 décembre a permis de mesurer le zèle que Moscovici déployait pour satisfaire la commande qui lui était faite. Les conclusions de la réunion sont claires:

The Council approved an amendment to an EU directive with the aim of preventing tax avoidance and aggressive tax planning by corporate groups. To this end, it agreed that it would introduce a binding anti-abuse clause as a « de minimis » rule in the EU’s parent-subsidiary directive (16435/14).

(Le Conseil a approuvé un amendement à une directive de l’Union dont le but est de prévenir la fraude fiscale et l’optimisation fiscale agressive de la part des entreprises. A cette fin, il a donné son accord à l’introduction d’une clause contraignante « anti-abus » comme règle minimale dans la directive « mère-filiale » de l’Union).

Une clause anti-abus dans une directive existante pour éviter l’optimisation fiscale « agressive »: superbe dispositif de lutte anti-Luxleaks, aussi trompe-l’oeil que les 8 milliards de Juncker qui servent à faire 315 milliards d’investissement. Comment faire des promesses sans rien bouger, ou l’Europe de Juncker avec Moscovici comme saint intercesseur.

Une chose est sûre, les bénéficiaires des rescrits luxembourgeois peuvent se frotter les mains! le système n’est pas prêt de changer. Sachant que la question des « patent boxes », qui permet de défiscaliser les revenus tirés des brevets, n’est même pas abordée.

L’Eurogroupe explose la Grèce en plein vol

Si l’Eurogrope a permis d’acter une réforme minimaliste des pratiques fiscales, il a aussi donné l’occasion de plonger la Grèce dans un nouveau tunnel financier. Alors que, après de nombreux plans de rigueur imposés par la troïka, la Grèce est revenue à un excédent primaire de 3% et à une croissance officielle de 2,9%, les représentants de l’Union en Grèce considèrent que ces efforts ne suffisent pas et qu’il faut trouver trois milliards de recettes supplémentaires pour que l’Union verse sa dernière tranche d’aide de 1,8 milliards. L’Eurogroupe a donc donné deux mois de plus à la Grèce pour décider de nouvelles réformes…

Cette stratégie de la rigueur a mis le gouvernement grec dans un corner: le processus électoral grec expose en effet le pays à des élections législatives au printemps. L’intégrisme de la troïka fait le jeu du parti d’extrême gauche Syriza, qui est donné gagnant et qui promet de rompre avec la politique de rigueur. Pour éviter cette incertitude politique, il se murmure que l’Union a fortement incité le Premier Ministre grec à jouer son va-tout en annonçant une accélération du processus électoral.

Il n’en fallait pas plus pour inquiéter les marchés et provoquer un désastre boursier mémorable. Dès mardi, la bourse d’Athènes perdait, en une journée, 12,78%. Dans la foulée de ce désastre, les marchés européens mangeaient le sable et le CAC 40 entamait une série de 4 jours de baisse ininterrompue.

Moscovici donne une nouvelle démonstration de ses talents

Immédiatement, Moscovici, qui est l’un des principaux responsables de ce trou d’air, a fendu la foule des badauds pour se porter au secours de la victime. Voici un florilège des déclarations dont il a le secret:

« Les marchés devraient peut-être se montrer un peu plus confiants » vis-à-vis de la Grèce, a déclaré Pierre Moscovici, le commissaire européen en charge des Affaires économiques lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

« Les autorités grecques ont pris leurs responsabilités, je ne peux pas faire de commentaires, c’est une décision démocratique. Il semble que les marchés sont toujours sensibles à l’incertitude politique », a-t-il ajouté.

M. Moscovici a estimé que le Premier ministre grec Antonis Samaras avait agi ainsi « car il est confiant dans sa capacité à gagner les élections ». « J’ai eu plusieurs occasions de parler avec lui, je crois qu’il sait ce qu’il fait », a-t-il insisté.

Le « Je crois qu’il sait ce qu’il fait » fera date…

L’Union tente d’imposer son candidat à la tête du pays

C’est évidemment un pari risqué qu’Antonis Samaras a lancé en précipitant les affaires. Le risque de voir la Grèce basculer dans une majorité hostile à l’Union et à sa politique d’austérité est grand et constitue un véritable péril pour la zone euro. Un de plus!

Du coup, c’est le branle-bas de combat à Bruxelles. La machine technocratique s’est mise en marche pour soutenir l’ancien commissaire Stavros Dimas, 73 ans, dans sa candidature à la présidence de la République hellénique. Si, au bout de trois tours de scrutin parlementaire, il n’a pas recueilli au moins 3/5 des voix (c’est-à-dire 180), le Premier Ministre doit convoquer des élections législatives anticipées, et là, les ennuis commencent.

Problème: le budget grec vient d’être adopté par 155 députés. Il n’en manque donc plus que 25 à trouver pour éviter l’entrée de la Grèce dans la zone de turbulence.

Voilà un petit inconvénient qui explique des traits d’inquiétude sur le visage de Jean-Claude. Il n’a donc pas hésité à dire tout le bien qu’il pensait de Stavros Dimas:

« Je suppose que les Grecs, qui n’ont pas une vie facile, tout particulièrement les plus pauvres d’entre eux, savent très bien ce qu’une mauvaise élection signifierait pour la Grèce et pour la zone euro », a déclaré Jean-Claude Juncker dans un entretien accordé à la radio autrichienne ÖRF. « Je n’exprimerai pas mon opinion personnelle. Simplement, je n’aimerais pas que des forces extrémistes prennent la main », a-t-il poursuivi, tranchant avec la réserve habituelle des responsables européens.

Pour sûr, ce genre de soutien, avec des mots si habiles, il vaut mieux le garder pour un scrutin parlementaire, parce qu’il n’est vraiment pas sûr qu’au suffrage universel, il fasse le beurre de M. Dimas.

Maman Angela veut punir la France

Autre sujet abordé lors de la réunion de l’Eurogroupe: les pays dont les finances publiques ne sont pas tenues. La France est évidemment au premier rang des préoccupations avec un paragraphe indiquant:

« des mesures additionnelles seront nécessaires pour permettre l’amélioration de l’effort structurel, afin de combler le fossé avec les engagements » de réduction du déficit public, « pris dans le cadre du pacte de stabilité. »

Comme personne en France (en tout cas dans le triangle de plomb Elysée-Matignon-Bercy) ne semble comprendre que les Allemands n’aiment pas pisser leur bière dans un violon quand ils parlent, Maman Angela a fait la traduction simultanée du texte avec ses mots à elle dans une interview au quotidien teuton Die Welt:

La Commission européenne « a établi un calendrier selon lequel la France et l’Italie devront présenter des mesures supplémentaires. C’est justifié car les deux pays se trouvent effectivement dans un processus de réformes », a déclaré Angela Merkel au quotidien conservateur Die Welt. « Mais la Commission a aussi dit de façon claire que ce qui est jusqu’à présent sur la table n’est pas encore suffisant. Ce avec quoi je suis d’accord », a ajouté la chancelière conservatrice.

Encore quelques mois, et Angela envahit la France!

Des projets pour 1.300 milliards…

Il est bien dommage que l’Europe soit ainsi vissée sur sa chaise par Maman Angela, car le continent ne manque pas d’idée. Avec sa farce de 315 milliards d’investissement (pour lesquels il n’a pas un fifrelin), Jean-Claude Juncker a suscité des appétits colossaux chez les morts-de-faim. Les pays de l’Union ont déjà apporté des dossiers de projets pour un montant de 1.300 milliards. Attention à l’effet Boomerang!

La France a notamment demandé le financement de la ligne Roissy Express par l’Union. C’est vrai qu’il vaut beaucoup mieux investir dans le barrage de Sivens, dans l’aéroport d’Angoulême ou dans le rond-point de Trifouillis-les-Oies, et laisser à l’Union le soin d’investir dans une vraie desserte de l’un des principaux aéroports du monde. Après tout, il n’y a que 800.000 passagers par jour qui sont empoisonnés sur la ligne B du RER par des valises de touristes californiens en chemises à fleur.

… mais la BCE peine à trouver des banques offensives

Pendant que les pays de l’Union cherchent 1.300 milliards pour financer des projets d’utilité publique, la BCE rame pour trouver des banques preneuses de prêts à hauteur de… 150 milliards! Comme c’est bizarre. Il y aurait donc quelque chose de pourri dans le continent européen?

Jeudi avait en effet lieu le second placement de LTRO par la BCE, c’est-à-dire la mise à disposition des banques de liquidités pour financer des opérations privées. Les analystes avaient fait leurs petits calculs:

Les estimations consultées par L’Agefi vont de 120 à 220 milliards d’euros.«Un montant élevé [d’emprunts à la TLTRO] indiquera que l’environnement de crédit commence à montrer des signes de vitalité dans la zone euro», estime la recherche de JPMorgan AM. Des emprunts équivalents au consensus (150 à 175 milliards d’euros) devraient «laisser attendre une inclusion de la dette souveraine dans le programme d’achat d’actifs de la BCE dès le premier trimestre de 2015», selon UniCredit.

Le problème est que la BCE a juste trouvé preneurs pour 130 milliards d’euros. Traduction, les analystes sont trop optimistes, puisqu’ils projetaient un minimum de 150 milliards. Et l’Europe va beaucoup moins bien qu’on ne croit. Il n’en fallait d’ailleurs pas plus pour que le gouverneur de la banque centrale autrichienne parle d’un « ralentissement massif dans la zone euro« .

Draghi tente de reformer le mur avant le coup franc

L’échec de ce deuxième placement de LTRO rend à peu près inévitable l’opération de rachat de dettes souveraines, planifiées pour la fin janvier, mais d’ores et déjà combattue par l’Allemagne et ses satellites. Cette semaine a donné l’occasion d’une intéressante tentative de resserrement des lignes face aux Prussiens.

Ainsi, le Français Coeuré, accusé la semaine dernière par la presse allemande d’avoir « lâché » Draghi, a corrigé les informations qui avaient été distillées.

« La discussion de jeudi a porté sur comment et quand réagir aux risques baissiers pour l’inflation », a-t-il expliqué dans un communiqué en réponse à une question de Reuters.

« Il a été convenu à l’unanimité que cela serait analysé au début de l’année prochaine et que nous pourrions alors modifier l’ampleur, le rythme et la composition de nos rachats d’actifs.

« Il n’y a pas eu de vote sur la politique monétaire. Le seul désaccord a porté sur la manière de communiquer sur l’évolution future de notre bilan entre maintenant et le début 2015. »

Une politique convenue à l’unanimité? Ce n’est pas exactement ce que dit M. Makuch, gouverneur de la banque de Slovaquie:

« En ce qui concerne le vote du Conseil des gouverneurs, je vais répéter ce qui a été dit, à savoir que l’écrasante majorité des gouverneurs a soutenu le QE », a dit à des journalistes le gouverneur de la Banque de Slovaquie.

La majorité est tellement écrasante (voire unanime?) que le gouverneur d’une banque centrale balte vient de parler des dangers d’une politique de rachat des dettes souveraines.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression qu’à la BCE tout le monde regarde le bout de ses chaussures dès qu’on parle du rapport de force interne sur le rachat des dettes souveraines. Ce désordre dans la ligne de commandement explique sans doute pour quoi les salariés de la BCE sont si stressés qu’une enquête est en cours sur le sujet. Draghi devrait faire venir des experts grecs, ils en connaissent un rayon sur le sujet.

Juncker pète un câble devant Cameron

Les salariés de la BCE ne sont pas les seuls stressés dans l’Eurosphère… Juncker lui-même semble approcher du burn out. A l’occasion d’une rencontre avec David Cameron, il n’a pas hésité à déclarer:

Dans un article publié samedi par le quotidien The Guardian , le président de la Commission européenne appelle David Cameron à cesser de stigmatiser les travailleurs immigrés, dénonçant une pratique consistant à « taper sur les autres » par calcul politique. « Il faut cesser, en particulier au Royaume-Uni (…), cette pratique qui consiste à faire de la discrimination envers les autres pays juste parce que ça fait bien, chez soi, de taper sur les autres », déclare Jean-Claude Juncker. « L’autoflagellation a du bon parfois », a-t-il dit.

« Je suis férocement opposé à tout attitude qui reviendrait à dire que les Polonais, Roumains, Bulgares sur le marché du travail européen ont une mentalité criminelle. Ce sont des gens qui travaillent et qui gagnent leur vie », a-t-il martelé.

C’est vrai que les stratégies non-coopératives en Europe, ce n’est pas le genre de Juncker.

L’Union a effectivement abandonné la réforme bancaire

Je l’annonçais la semaine dernière, Jonathan Hill, commissaire aux services financiers et lobbyiste bancaire en chef de l’Union, a entamé son travail de pourrissement du dossier « réforme bancaire » annoncé en son temps par Michel Barnier. Rien n’est définitif, mais les versions préparatoires du programme de travail de la Commission qui doit être publié mardi ont en tout cas évacué le sujet.

TAFTA: le secret de couloirs

On notera pour finir la semaine que les négociations s’intensifient sur le mécanisme d’arbitrage des différends prévu par le traité transatlantique. Si les parlementaires européens se trouvent dans une situation de pénurie d’informations sur le sujet, ils en savent suffisamment pour forcer, semble-t-il, les Etats-Unis à pratiquer de leur côté une plus grande transparence sur leur mandat de négociation.

L’enjeu n’est pas mince. Une ONG a calculé que sur 127 cas d’arbitrage pratiqués à l’encontre de 20 pays de l’UE depuis 1994, le montant final de la transaction n’a été publié que dans 11% des cas. Ces 14 dossiers ont coûté pus de 3,5 milliards d’euros.

 

 

La rupture s’accroît entre les fonctionnaires et les salariés

La proclamation des résultats, mardi 9 décembre, aux élections professionnelles dans la fonction publique a souligné l’écart croissant entre les agents publics et les salariés du privé.

Triomphe des syndicats de « fonctionnaires »

Premier élément caractéristique: la participation au scrutin s’est maintenue à un niveau supérieur à 50%, et a même assez faiblement reculé (1,8 point en moins, à 52,3%) par rapport à 2011. C’est dans la fonction publique territoriale que le phénomène s’est le plus marqué: la participation a baissé de près de 5 points… mais c’est toujours dans la territoriale que l’on vote le plus (près de 55% de participation). Globalement, 2,6 millions de fonctionnaires se sont déplacés pour voter…

Fonctionnaires

Deuxième élément caractéristique du scrutin: la FSU, syndicat enseignant par excellence, connaît une très faible érosion avec 0,2 point perdu (de 15,8 à 15,6) entre 2011 et 2014, malgré un changement de majorité parlementaire qui handicape sa liberté de manoeuvre et l’oblige à une plus grande loyauté vis-à-vis du pouvoir. Les syndicats « autres », c’est-à-dire les autonomes, gagnent 0,2 point (de 5,7 à 5,9), et la FGAF (Fédération générale autonome des fonctionnaires, qui regroupe des minoritaires comme le SNALC) triple son score (de 0,7 à 1,9).

Autrement dit, les syndicats spécifiques à la fonction publique, sur la totalité des 2,6 millions de voix, ont totalisé 15,8% des bulletins (contre 14,6% en 2011). Un septième des fonctionnaires vote pour un syndicat purement catégoriel… Mais ce chiffre s’élève à 23,2% pour la seule fonction publique d’Etat, contre 21,3% en 2011. C’est la grande révélation de ce scrutin: les fonctionnaires d’Etat se reconnaissent de moins en moins dans les syndicats « généralistes », et prennent de plus en plus conscience de la spécificité (de l’antagonisme?) de leurs revendications propres.

FO gagne du terrain chez les fonctionnaires

Autre indicateur de cette tendance au schisme entre fonctionnaires et salariés du privé: les résultats de FO. La confédération progresse de 0,5 point sur l’ensemble du scrutin, mais de 1 point dans la fonction publique hospitalière où elle « rattrape » peu à peu la CFDT, pourtant en progression de 0,4 point.

Surtout, FO consolide sa première place dans la fonction publique d’Etat, avec 17% des voix (et des plébiscites isolés comme au Conseil d’Etat), ce qui permet de distancer de façon de plus en plus nette non seulement la FSU, mais aussi la CGT qui a perdu 1,4 point. Sans une contre-performance au ministère de l’Intérieur où la CGC a raflé la mise, l’emprise de FO sur le dialogue social dans les services de l’Etat serait encore plus grande.

Cette réussite de FO récompense la mobilisation très importante du syndicat, et tout spécialement de Jean-Claude Mailly lui-même, qui a arpenté les terres de la fonction publique pendant trois mois pour porter la bonne parole: défense du service public, lutte contre l’austérité, mais parole mesurée contre le gouvernement. Manifestement, cet engagement a payé, mais il s’est fait sur un discours taillé sur mesure pour la fonction publique et beaucoup moins audible par les salariés du privé. D’ailleurs, on serait bien en peine de dégager aujourd’hui la parole de FO commune au public et au privé.

Au total, FO talonne désormais la CFDT à 0,6 point pour la deuxième place du podium dans l’ensemble de la fonction publique.

L’UNSA passe la barre des 10%

Autre percée qui étaie l’idée d’une scission entre les revendications des fonctionnaires et celles des salariés: celle de l’UNSA, qui gagne un point et atteint désormais les 10,3%. Cette percée est très nette dans la territoriale, où l’UNSA gagne près de deux points, mais elle est significative dans les services de l’Etat, avec des percées sectorielles intéressantes comme à l’Education Nationale, et un seul recul majeur enregistré: dans l’enseignement supérieur.

Là encore, la montée de l’UNSA montre bien « l’atypisme » des fonctionnaires par rapport à leurs cousins du privé.

Au total, les quatre représentatifs nationalement dans le secteur privé (hors FO) représentent 48,5% des voix et sont désormais minoritaires dans le service public. Ils représentaient 51,4% des voix auparavant. Autrement dit, les élections dans le service public ont d’abord montré le recul des syndicats « généralistes » représentatifs dans le secteur privé, avec une chute de 3 points.

Les fonctionnaires et les avionneurs mettent Lepaon KO

La CGT apparaît comme la grande perdante du scrutin, avec une perte totale de 2,3 points, qui la maintiennent en tête, mais avec une avance de moins en moins confortable. La CGT a perdu près de 4 points dans la fonction publique territoriale, vivier pourtant utile pour le fonctionnement de la maison: les collectivités adorent mettre des fonctionnaires à disposition de la section locale CGT pour éviter les conflits. Ce vivier est manifestement mal en point.

Partout ou presque (la CGT progresse fortement dans les services du Premier Ministre…), les indicateurs sont au rouge. A la Poste, la CGT perd près de trois points. A la Ville de Paris, elle perd 6 points! Même l’Humanité n’a pu s’empêcher de faire ce constat douloureux.

Au même moment, Airbus organisait ses élections internes. La CGT y a perdu sa représentativité:

Le délégué syndical central de la CGT chez Airbus Sas Operations, Xavier Petrachi, a expliqué ce revers à l’AFP en déclarant: « C’est peut-être le signe d’un repli sur soi des salariés d’Airbus désireux de garder leur statut, et la conjoncture n’est pas non plus favorable à notre syndicat qui a fait beaucoup pour faire élire François Hollande ».

« L’affaire Thierry Lepaon a aussi brouillé notre message et nos valeurs de solidarité », a également estimé M. Petrachi, évoquant la mise en cause en interne du secrétaire général de la CGT pour des dépenses et indemnités jugées « scandaleuses » par nombre de militants et de cadres.

M. Petrachi a appelé vendredi « à titre personnel » au départ de M. Lepaon en twittant: « Cette situation devient insupportable: qu’il démissionne ».

Lepaon sur la bretelle de sortie

Ce Petrachi a manifestement dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas – tout le monde étant conforté par un sondage d’opinion indiquant que la popularité de la CGT avait baissé de 14 points en un an. Les langues ont d’ailleurs commencé à se délier à la CGT, et les plumes à couler. Les journalistes adhérents du syndicat ont demandé officiellement la tête de leur chef, avant que divers influenceurs du syndicat ne demandent la même chose.

En fait, à l’issue d’une réunion de la commission exécutive tenue le mardi 9 décembre, Thierry Lepaon n’a pu éviter la convocation d’un conseil confédéral national (CCN), après de multiples péripéties dont on lira le détail sous la plume de Leila de Comarmond. L’hypothèse d’un remplacement par Martinez, de la métallurgie, ou d’une direction collégiale, reste plus que jamais d’actualité.

La position du secrétaire général de la CGT est paradoxale. Au train où va la vie de sa confédération, il devrait encaisser, au mois de janvier, le choc de sa destitution, mais son obstination à rester en poste contre vents et marées ne manque pas d’intriguer. Peut-être la démission probablement forcée de l’administrateur Eric Lafont lui donne-t-elle l’illusion d’avoir actionné un fusible qui le protègera.

Cette illusion semble bien enracinée dans le psychisme du secrétaire général! puisque deux fédérations, dont celle des services publics, ont demandé sa tête en fin de semaine.

Le MEDEF arrondit les angles du dialogue social

Curieusement, cet affaiblissement de la CGT ne profite ni au MEDEF ni aux autres organisations patronales, qui rencontraient cette semaine les syndicats à l’occasion d’une réunion sur le dialogue social et sa modernisation en entreprise.

Au-delà des habituels atermoiements propres aux négociations interprofessionnelles, la position patronale semble plus que jamais divisée entre les colombes du MEDEF, prêtes à lâcher des concessions, notamment dans les TPE, et les faucons de la CGPME et de l’UPA, hostiles à toute reconnaissance des syndicats dans les murs des petites entreprises. Finalement, le MEDEF a proposé un texte mou et sans grandes ambitions, qui est toujours perçu comme un texte d’attente par les organisations syndicales.

Une séance de négociation avait lieu jeudi, qui n’a débouché sur aucune avancée concrète. En réalité, le chef de file patronale n’a aucune marge de manoeuvre pour sortir le processus de l’ornière, et la CGPME et l’UPA occupent leur siège, mais s’abstiennent de toute participation aux discussions. Faute de possibilité d’avancées, le MEDEF a donc envoyé un ultimatum… aux autres mouvements patronaux, en indiquant qu’il plierait bagage si, la semaine prochaine, les positions de la CGPME et de l’UPA n’avaient pas avancé.  On s’en amuse par avance.

Le patronat sans boussole face à la loi Macron

La crise patronale est probablement plus profonde qu’il n’y paraît. Le mouvement de grève initié par la CGPME cache un vrai désarroi vis-à-vis d’une crise qui remet en cause les logiques traditionnelles.

Les débats autour de la loi Macron en sont le signe. Alors que Pierre Gattaz écrit au gouvernement pour proposer des réformes dont la vacuité sont hallucinantes, le vice-président du MEDEF soutient la loi Macron:

Le projet de loi Macron, qui affiche l’ambition de « déverrouiller » l’économie française et sera présenté mercredi, va « véritablement dans la bonne direction », a estimé lundi le président du pôle entrepreneuriat du Medef, Thibault Lanxade sur RFI.

« Ce que propose aujourd’hui Emmanuel Macron va véritablement dans la bonne direction. Sur les professions réglementées il y a un certain nombre de corporatismes qu’il faut faire évoluer », a déclaré le responsable de l’organisation patronale à deux jours de la présentation en conseil des ministres de ce projet touchant à une multitude de sujets.

« Oui, le texte est intéressant. Il va dans beaucoup de directions » dont l’assouplissement des règles du travail du dimanche, autrefois « tabou » et qui est « une des premières choses que (le président du Medef Pierre Gattaz) a exprimées », a affirmé M. Lanxade.

« Est-ce qu’il ira jusqu’au bout ? Aura-t-il la capacité et la latitude politique pour mener à bien ces réformes, ça nous le souhaitons », a-t-il poursuivi, soulignant qu’il y aurait « des résistances » dans le camp du ministre de l’Economie et « peut être aussi dans certaines zones de corporatisme patronal ».

 

Corporatisme patronal? Une allusion, probablement, à la position de la CGPME, qui considère que la loi Macron est « un nouveau coup de poignard planté dans le dos du commerce de proximité ».

On imagine l’ambiance dans les réunions patronales, à un moment où la CFDT a manifesté son soutien au travail du dimanche.

Deux sujets à suivre

Cette actualité foisonnante ne doit pas faire oublier deux sujets d’actualité d’un intérêt majeur.

D’une part, le MEDEF a commencé une délibération sur l’épargne salariale qui mérite un suivi particulier. L’enjeu est de développer l’épargne salariale dans les PME et les TPE, alors que la majorité a triplé le forfait social lors de son accession au pouvoir, en 2012.

D’autre part, le suivi exact des accords de branche pour le pacte de responsabilité donne lieu à de belles passes d’armes entre le MEDEF et le gouvernement. Le bilan des négociations sera à tirer prochainement.

 

Orange, SNCF, ERDF: ces ex-nationalisées qui tuent les entreprises

Au lieu d’aller faire les guignols dans les rues pour protester contre tout et rien, les organisations patronales feraient mieux d’exiger une reprise en main de ces ex-nationalisées (Orange, SNCF, ERDF) qui tuent les entreprises françaises à force de laxisme et d’incompétence.

Chez ERDF, il n’y a pas la lumière à tous les étages

Quand, mon associé Kevin Le Jeune et moi, avons décidé de nous installer à Lyon, nous avions sous-estimé un problème d’ampleur: l’installation électrique! Sur ce point, je porte une lourde culpabilité: je vivais encore dans mon monde du vingtième siècle où il suffisait d’appeler EDF pour avoir, dans les 48 heures au plus, la visite d’un technicien qui venait relever le compteur, actionner un levier, et prodiguer les miracles de la fée électricité partout dans les locaux concernés en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire.

Dans la France de 2014, cette légèreté digne d’un pays sous-développé n’est évidemment plus concevable. Désormais – en tout cas c’est comme ça à Lyon – l’ouverture d’un compteur électrique est bien plus compliquée: il faut prendre rendez-vous avec EDF, qui appelle ERDF, seule structure habilitée à ouvrir un compteur, qui doit ensuite se coordonner avec EDF. Résultat: 10 jours d’attente minimum (en tout cas à Villeurbanne…) pour que les ampoules s’éclairent. C’est ça, la modernité, la France 3.0, etc.

J’ai bien essayé d’expliquer au préposé: « nous installons à Lyon une entreprise qui recrute des jeunes doctorants, en CDI, avec des bons salaires ». Non, vraiment, lutter contre le chômage des jeunes, se mobiliser pour l’emploi, n’est pas le sujet des salariés d’ERDF: « Monsieur, les procédures, c’est les procédures! » Il est vrai que les salariés d’EDF sont quasiment sous statut, ils ont un salaire, eux! et des vacances payées par les clients, puisque, chacun s’en souvient, le comité d’entreprise est, depuis 1947, financé dans l’industrie électrique et gazière par 1% du chiffre d’affaires, et non de la masse salariale comme dans toutes les entreprises de France.

Alors, vous comprenez, mon bon Monsieur, on est de gauche, mais on ne va quand même pas se mettre la rate au court bouillon pour aider ces jeunes morveux qu’on sort du chômage!

A la SNCF, on en a marre des clients…

Le calvaire de Tripalio ne faisait que commencer… Kevin a décidé de s’installer à Lyon pour diriger l’entreprise au jour le jour. Je reste à Paris pour maintenir la relation client. Mais je fais un aller-retour hebdomadaire pour travailler avec l’équipe sur place. Ce schéma reposait sur l’efficacité de cette vieille dame que le monde entier nous envie: la SNCF, et sur cette superbe réalisation française qu’est le TGV.

Oui mais voilà… nous installons les salariés le 1er novembre, et dès le 4 novembre un préavis de grève complique l’exercice. Je dois précisément faire ma première réunion sur place le 4… C’est déjà le bordel: mon train est annulé, et je dois jongler pour partir.

Le 20 novembre, re-belote: une grève spécifique au sud-est complique le trafic, des trains sont supprimés, c’est le bazar. Je dois finalement passer par Lyon Saint-Exupéry, puis prendre le tram pour arriver à la Part-Dieu (nos bureaux sont à 15 minutes de la gare).

Le 4 décembre, re-re-belote: les contrôleurs sont en grève, et Lyon est la ville la plus touchée par le mouvement. Six semaines d’ouverture, et déjà trois grèves.

Je passe ici sous silence un des voyages où le train a pris près d’une demie-heure de retard pour un « problème d’acheminement du personnel ». Evidemment, si les cheminots prennent le train pour aller bosser, on n’est pas rendu.

Le pompon de la SNCF, je le décerne quand même à Sandrine, contrôleuse sur la ligne Lyon-Paris, qui me voit arriver dans le 16h34 tout essoufflé: j’ai tassé la journée de boulot autant que je pouvais, et je monte dans le train sans avoir pu imprimer mon billet. Je lui montre les preuves de paiement, et elle m’explique qu’elle me colle un forfait parce que j’aurais dû malgré tout imprimer le billet que j’avais acheté. Je lui explique que je suis désolé, que j’ai couru après une journée de travail bien remplie, que j’ai un rendez-vous à Paris à 19h, etc. « Je plains vos salariés, vous devez les exploiter! ».

Eh bien non Sandrine! un patron n’est pas forcément un exploiteur… et l’amende que tu m’as collée ce jour-là, c’est du disponible en moins pour des salariés dont tu n’as manifestement rien à cirer! En revanche, j’imagine que tu as bien joui de traiter un client comme un administré, un subordonné à tes ordres, à qui tu infliges des sanctions.

Ouvrons vite le rail à la concurrence, qu’on puisse enfin échapper aux fourches caudines de ces petits caporaux qui n’ont pas vu la SNCF évoluer depuis 1944.

Comment Orange rackette les entreprises façon Corleone

Mais tout cela n’est rien comparé à l’hallucinant rackett organisé par Orange.

Assez curieusement en effet, Tripalio étant une start-up… a besoin d’Internet. Je sais, je pousse bobonne dans les orties, là! je me la joue et la demande est vraiment hors norme. Surtout à Lyon! ce n’est quand même pas comme si je tombais dans la deuxième métropole française… Cinquième économie mondiale, etc.

Par chance, la fibre arrive dans l’immeuble, donc on se dit qu’on a une chance objective d’avoir Internet dans des délais rapides.

« Bien sûr, Monsieur, ça ne prendra que trois semaines… »

Bon, on se débrouille… La fibre est enfin branchée fin novembre.

Avant-hier, mardi! panne d’Internet dans le quartier. Orange est manifestement incapable de réparer avant la fin de la journée, et ne peut rien garantir. Faut dire qu’on est à Villeurbanne, banlieue pauvre. Y a pas de raison de se presser.

Mardi 18 heures: bonne nouvelle pour le quartier, Internet est réparé… sauf pour la SAS Tripalio, qui doit toujours utiliser le pigeon voyageur et le tam-tam pour communiquer avec le reste du monde. Au bout de dix interlocuteurs différents, qui ne se passent jamais l’information et changent au gré de la journée, on nous indique qu’un technicien passera le mercredi soir. Pas avant. Après tout, 48 heures sans Internet à Lyon… là encore, c’est pas comme si on était une start-up qui débute et qui veut mettre toutes les chances de son côté…

Mercredi matin: un technicien passe, plus tôt que prévu, donc, mais pour expliquer qu’il n’a pas de solution. En fait, il faut renoncer à la fibre et revenir à l’ADSL…

Jeudi: trois jours sans Internet. Et toujours rien. Finalement, quelqu’un se dévoue chez Orange pour cracher la pastille: votre dossier ne sera pas traité rapidement si vous ne souscrivez pas l’offre de téléphonie fixe en plus de l’Internet. Si vous vous avisez d’aller à la concurrence, vous allez ramer.

RACKETT! RACKETT! RACKETT!

L’ahurissant laxisme d’Orange

Mon sang ne fait qu’un tour: j’essaie d’appeler le directeur régional d’Orange, car je suis sûr qu’il ignore ces petits trafics auxquels ses services se livrent. En tout cas je l’espère, sinon…

Curiosité chez Orange à Lyon, je veux dire dans les services administratifs: personne ne répond jamais. On peut appeler à n’importe quelle heure du jour et de la nuit… ils doivent être en réunion, j’imagine, pour discuter des plaintes des clients. En tout cas, il n’y a pas plus mal chaussé qu’un cordonnier: chez Orange, les employés n’aiment pas le téléphone.

Epuisé, je choisis d’appeler Jean-Marie Girier, chef de cabinet du maire de Lyon, Gérard Collomb, pour lui expliquer mon désespoir. Lyon m’a vendu son dynamisme. J’ai signé un bail le 1er octobre. Nous sommes le 11 décembre, et je n’ai toujours pas Internet. C’est comme si quelque chose ne tournait pas rond dans notre petit monde. Pourtant, il y a vingt-cinq ans, ça marchait! comment en sommes-nous arrivés là?

La société déceptive de mon ami Eric Verrax

Dans la foulée, mon propriétaire et néanmoins ami, l’excellent Eric Verrax, vice-président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers, me passe un coup de téléphone et me raconte l’enfer administratif, hydraulique, électrique, qu’il vit avec une boutique qu’il veut ouvrir à la montagne. Il me parle de la société déceptive qu’est devenue la France: on nous promet des merveilles technologiques, des objets connectés qui nous permettent pratiquement de parler aux Martiens ou de voir des Vénusiens danser en direct sous des éruptions solaires, mais ouvrir un compteur électrique, mettre une ligne Internet fiable à disposition est devenu un problème insurmontable pour la technostructure française.

Nous avons décroché le Prix Nobel d’Economie, le Prix Nobel de Littérature, nos nageurs battent les nageurs russes ou américains, mais organiser une coordination simple entre EDF et ERDF, proposer à une start-up une liaison Internet moins de six semaines après son installation est une ambition hors de portée…

Il est décidément temps que ce pays soit repris en main.

 

Pénibilité: petits mensonges officiels et patronaux

Le compte pénibilité continue de cristalliser ce qui agace le plus les entrepreneurs: le sentiment que la parole officielle (du gouvernement comme des syndicats patronaux) est coupée de la réalité. Je me suis amusé ce matin à faire le point des petits mensonges sur le sujet.

Thierry Mandin parle de ce qu’il ne connaît pas

Ce matin, sur France Inter, Thierry Mandon, le sous-ministre de la simplification administrative, est venu expliquer aux Français que tous les pays européens avaient mis en place un système de pénibilité… pourquoi la France n’y parviendrait-elle pas?

Voilà un joli mensonge, ou alors une phrase échappée de la bouche de quelqu’un qui connaît mal ses dossiers. Beaucoup de pays de l’OCDE abaissent l’âge de départ à la retraite de certaines professions. La France l’avait fait aussi avec le régime spécial de la RATP, de la SNCF, des mineurs. Elle y a renoncé ces dernières années pour tenir compte de la réalité de ces métiers. Du coup, la France réinvente un système de régime spécial, mais en comptabilisant la pénibilité poste par poste. Une vraie usine à gaz que personne ne nous enviera jamais.

Pour le rappeler, je cite ici le rapport du COR de 2011 que Thierry Mandon a dû lire dans une diagonale très large:

Une fois de plus, un sous-ministre nous montre toute la différence entre un responsable qui connaît ses dossiers et un responsable qui se contente de parcourir sa revue de presse chaque matin pour suivre les affaires.

Marisol Touraine à côté de la plaque

De son côté, la ministre en charge du dossier, Marisol Touraine, dont la méconnaissance des dossiers et l’absurdité des choix sont de notoriété publique, a encore proféré un certain nombre de contre-vérités sur le sujet:

Le compte pénibilité sera simple d’utilisation pour les patrons et ne nécessitera qu’un «clic» une fois par an, a défendu jeudi la ministre de la Santé, Marisol Touraine, alors que le patronat s’élève contre la mise en place du dispositif. «Nous avons discuté avec eux», les chefs d’entreprises, «il y a eu une concertation qui a abouti à la définition de la manière dont les choses allaient se mettre en place. En quoi ça va être compliqué?», a déclaré Marisol Touraine sur RTL.

«Il y aura une déclaration annuelle qui va consister à faire un clic, à dire oui ou non, un clic», a-t-elle assuré. «On ne me fera pas croire que cocher une case sur le bulletin de paye une fois par an pour dire si oui ou non ces personnes sont concernées par les critères de pénibilité, c’est un travail extrêmement difficile et très complexe», a fait valoir Marisol Touraine, défendant la mesure phare de sa réforme des retraites, promulguée en janvier dernier.

La concertation à la mode Touraine? Il faudra un jour publier les témoignages de ceux qui ont été concertés… Rappelons là encore que, dans l’affaire récente des contrats responsables, Marisol Touraine a promulgué un décret MALGRE l’opposition de tous les organes consultatifs. C’est fou comme la langue de bois résiste à tous les traitements – même aux naufrages électoraux.

A quoi va ressembler le compte pénibilité

Pour mesurer les mensonges ministériels, il suffit de se reporter au site officiel mis en place sur la pénibilité. Voici ce qu’on y lit:

Dès 2015, vous avez l’obligation d’évaluer l’exposition de vos salariés aux 4 facteurs de risques en vigueur (travail de nuit, en équipes successives alternantes, répétitif ou en milieu hyperbare).

Cette évaluation s’inscrit dans une démarche globale : le document unique d’évaluation des risques vous sert de repère pour l’appréciation des conditions de travail de chaque salarié ; par ailleurs, vous pourrez vous appuyer sur les accords collectifs de branche ou les référentiels de branche ainsi que des guides et documents qui seront établis par les institutions et organismes de prévention.

Au regard des informations déterminées et répertoriées dans la fiche de prévention, vous devez déclarer l’exposition de vos salariés via votre déclaration annuelle de données sociales (DADS) ou pour la MSA via la déclaration trimestrielle des salaires (DTS) ou viale titre emploi simplifié agricole (TESA). Vous devez ainsi préciser si vos salariés sont exposés à un ou plusieurs facteurs.

Qu’en termes pudiques ces choses-là sont dites. A simple lecture de ces quelques lignes, on pourrait penser qu’effectivement la déclaration se fait une fois par an, donc… qu’un clic suffit.

Il faut pousser un peu pour comprendre ce que cela recouvre. En effet, Marisol Touraine oublie de dire que la pénibilité se mesure par un nombre d’heures annuelles et parfois quotidiennes d’exposition au risque. Par exemple, dans le cas de l’exposition au froid, il ne faut pas que le salarié soit exposé plus de 3h55 par jour à des températures extrêmes. L’employeur sera donc bien contraint d’établir une comptabilité quotidienne des heures d’exposition au risque, que le salarié pourra corriger à tout moment…

Voici le tableau officiel de la pénibilité:

Pénibilité

Autrement dit, la déclaration sera annuelle, mais la comptabilité sera quotidienne. Une nuance que Marisol Touraine comprendrait si elle avait étudié son dossier.

La mauvaise foi patronale

Face à ces mensonges gouvernementaux, la réplique patronale n’est pas plus brillante, et donne paradoxalement raison à Marisol Touraine qui soutient que le sujet du MEDEF comme de la CGPME est de refuser la prise en compte de la pénibilité en elle-même.

Rappelons en effet qu’en 2003, lorsque François Fillon avait réformé les retraites en allongeant la durée de cotisation, la loi avait prévu une négociation interprofessionnelle sur la pénibilité. Les syndicats patronaux ont à cette époque tout fait pour torpiller la négociation, qui s’est d’ailleurs officiellement achevée sur un constat de désaccord en 2008.

Cette stratégie de la forteresse assiégée a évidemment son prix: la CFDT a profité du changement de majorité pour troquer sa signature sur la réforme Touraine contre la mise en place autoritaire d’un système de pénibilité.

Les principaux responsables de ce désastre sont ceux qui faisaient le MEDEF et la CGPME entre 2003 et 2008: ils sont encore largement présents dans les instances actuelles…

Le débat discret sur le burn-out

La presse vient de se répandre largement sur la reconnaissance du burn out comme maladie professionnelle. Le burn out touche majoritairement les cadres, notamment dans le secteur tertiaire.

Le burn out est un vrai sujet. Mais, avec la mise en place du compte pénibilité, on voit bien quelle boîte de Pandore s’est ouverte: bientôt, les employeurs devront aussi comptabiliser les heures de stress des cadres, les heures passées devant un écran, les heures passées au téléphone, etc.

Dans quelques années, les entreprises passeront plus de temps à comptabiliser les heures de travail qu’à travailler.

Cette situation est d’ailleurs paradoxale: comment inciter à recruter, quand tout est fait pour privilégier l’automatisation des tâches. La pénibilité participe de cette désincitation au travail…

Pour un système à l’allemande

L’Allemagne a abandonné son système ancien de reconnaissance de la pénibilité, pour mettre l’action sur la prévention. Tout faire pour limiter effectivement la pénibilité, plutôt que l’indemniser…

Je vais radoter, mais ce qui est rageant pour les entrepreneurs est de devoir passer du temps à faire des choses nouvelles et absurdes, quand tout le monde nous bassine sur la simplification et bla bla bla.

Le système de pénibilité qui se met en place en 2015 n’est pas seulement chronophage, alors qu’on manque de temps. Il est nuisible: il permettra aux salariés qui font des tâches pénibles de partir plus tôt à la retraite. Il sera donc incitatif. Il permettra aux employeurs de se dédouaner de toute responsabilité en matière de prévention, puisqu’ils paieront une cotisation supplémentaire, non liée à leur investissement en matière de prévention des risques.

Bref… tout est fait pour alourdir le coût de la pénibilité et pour pénaliser les entreprises, au nom de la bonne santé des salariés et de l’incitation à entreprendre.

Ce pays marche sur la tête.

Le lobby bancaire reprend la Commission Européenne en main

Sans surprise, le commissaire européen Hill, britannique chargé des services financiers, a commencé son travail en faveur du lobby bancaire,a u milieu d’une commission Juncker déjà très affaiblie.

Le lobby bancaire a pris le pouvoir à Bruxelles

Les lecteurs de ce blog le savent, Jonathan Hill, le commissaire britannique en charge des services financiers, n’est qu’un homme de paille entre les mains du lobby bancaire. Il a d’ailleurs été choisi par David Cameron pour son passé de lobbyiste et n’a nullement cherché à faire illusion. Lors de son audition au Parlement européen, il a brillé par son incompétence et son incapacité à répondre de façon satisfaisante à des questions simples, comme celle de la légitimité d’Eurobonds.

Une indiscrétion à l’AFP a permis de lever le voile sur le véritable visage de Jonathan Hill. Dans un courrier adressé au premier vice-président de la commission Frans Timmermans, en date du 18 novembre, il écrit:

« Nous devons voir quels progrès seront réalisés concernant la (…) proposition de réforme structurelle des banques, car des Etats membres s’y opposent de diverses manières », souligne Jonathan Hill, pour qui le retrait de la proposition présentée par son prédécesseur Michel Barnier « pourrait être une option l’an prochain si les Etats membres ne s’y rallient pas ». Il ajoute toutefois qu’il serait « prématuré » de retirer cette proposition dans l’immédiat.

On se rappelle ici que Michel Barnier avait proposé de pratiquer un Glass-Steagall européen, destiné à lutter contre l’impéritie des banques et de leur too big to fail. A l’époque, cette initiative avait heurté le monde bancaire qui s’est organisé pour neutraliser ou vider de leur contenu toutes les initiatives de ce genre dans le monde. L’arrivée de Jonathan Hill à la commission constitue manifestement une étape supplémentaire dans cette stratégie d’influence.

On admirera la stratégie de communication qui se met déjà en place pour faire avaler la couleuvre: Hill va laisser le dossier s’enliser calmement, avant de déclarer son abandon pur et simple…

Le lobby bancaire aura-t-il gagné dès 2015?

Une bonne façon de voir si le lobby bancaire remporte sa première victoire dès 2015 (et même 2014) sera de suivre le programme des priorités législatives 2015 négocié entre le Parlement et la Commission. Une première réunion de travail a eu lieu cette semaine. Elle doit déboucher sur l’adoption officielle du programme de travail de l’an prochain en décembre. Ce programme sera à suivre de près.

Au passage, certains Français feraient bien de suivre ces épisodes de près. D’abord parce qu’ils leur donneraient une bonne visibilité sur le futur programme législatif en France, puisque l’essentiel de nos textes est un dérivé des textes européens. Ensuite parce qu’ils pourraient leur donner des idées: la démocratie française gagnerait à s’inspirer de ce travail de programmation.

Le lobby bancaire imposera-t-il un changement de politique monétaire?

Une action plus fine et plus discrète du lobby bancaire est en cours sur un sujet tout aussi sensible: la politique de taux négatif menée par Mario Draghi. Rappelons en effet que depuis septembre le taux des dépôts à la BCE est de – 0,2%, ce qui consiste purement et simplement à facturer aux banques leur recours aux services de la BCE.

Si la BCE a de bonnes raisons de pratiquer cette politique (notamment inciter les banques à consentir des crédits finançant la relance plutôt qu’à faire dormir leurs économies), elle ne va pas sans irriter ses principales victimes: l’Allemagne, dont l’épargne s’érode, mais aussi les banques qui n’aiment guère qu’on leur force la main. Miraculeusement commencent donc à fleurir de-ci de-là des articles d’experts expliquant que l’assouplissement monétaire voulu et prévu par Mario Draghi ne peut réussir que si et seulement si les taux de la BCE remontent. En effet, les banques soutiennent qu’elles ne peuvent vendre leurs actifs rémunérés pour obtenir des liquidités à taux négatif…

On prend les paris: d’ici le mois de mars, la BCE aura relevé ses taux!

La BCE, objet de toutes les convoitises

Si le lobby bancaire lance ses premières opérations d’influence sur les taux de la BCE, il y a une bonne raison: le conseil des gouverneurs du 22 janvier 2015 devrait trancher sur le recours à des achats de dettes souveraines pour relancer la machine économique européenne. Cette échéance est désormais au coeur des tractations au plus haut niveau.

La décision de janvier devrait être prise sur la base de plusieurs indicateurs: l’inflation réelle (hors pétrole, qui tire les chiffres vers le bas avec la chute vertigineuse du baril de Brent), la production industrielle (les commandes sont fortement remontées en Allemagne), et les résultats des premiers achats d’actifs sécurisés par la BCE.

Sur ce dernier point, on peut se montrer pessimiste: les rachats d’actifs sécurisés, commencés en novembre, sont un flop magistral. Leur objectif initial était d’atteindre les 1.000 milliards€. On se montrera heureux si le centième de l’objectif est atteint! Le 1er décembre, la BCE n’avait trouvé preneur que pour 328 millions€. C’est précisément ici que le lobby bancaire dispose d’un levier pour contraindre la BCE à changer de politique.

L’Allemagne et la France en appui au lobby bancaire

Sans surprise, le bras-de-fer lancé par les banques pour obtenir un retour à des taux de dépôt positifs est appuyé par l’Allemagne, qui n’en finit pas de combattre le laxisme de Mario Draghi. Le plus surprenant est que Weidmann et consorts ait pu compter sur un allié de dernière minute: le Français pourtant jugé proche de Draghi Benoît Coeuré…

Selon la presse allemande, Coeuré se serait opposé, jeudi dernier, à une formulation voulue par Mario Draghi selon laquelle la BCE avait « l’intention » d’augmenter la taille de son bilan de 50% (soit 1.000 milliards de plus) pour réanimer l’économie européenne. Il aurait ainsi rejoint le camp allemand et luxembourgeois dans une opposition à l’assouplissement voulu par l’Italien. Il serait intéressant d’en savoir plus sur les intentions de Coeuré qui s’est malheureusement refusé à tout commentaire: soutient-il Draghi, mais à condition que toutes les opérations restent bien entre les mains des banques centrales européennes et ne soient pas centralisées à Francfort comme Noyer le souhaite? soutient-il Draghi à condition que la BCE remonte ses taux de dépôt pour servir le lobby bancaire? ou bien est-il un opposant à Draghi, un faucon comme dit la presse, mais joue-t-il officiellement aux colombes pour complaire au gouvernement français?

La transparence est décidément l’ennemie de la finance traditionnelle…

L’Allemagne étrille Juncker, chèvre de M. Seguin européen

Mario Draghi n’est heureusement pas le seul à faire l’objet de critiques et de manoeuvres à retardement germaniques. Jean-Claude Juncker a sa part. L’innocent Luxembourgeois s’est ainsi rendu dans un mini-Davos berlinois où il a reçu sa part d’humiliations publiques, au lendemain de la présentation de son plan à 315 milliards. L’occasion était rêvée de martyriser collectivement le toutou d’Angela que nos soi-disants alliés prussiens ne trouvent jamais assez collaboratif.

« Je n’ai pas bien compris comment on transforme 21 milliards en 315 milliards ! », a raillé Ulrich Grillo, patron des patrons allemands, visiblement très peu convaincu par les vertus multiplicatrices du nouveau dispositif. « J’ai des doutes », a ajouté Philippe Sauquet, directeur de la division raffinage de Total.

Le quotidien de la capitale, Berliner Zeitung, titrait sur « la multiplication miraculeuse des fonds de Juncker ». Un diplomate allemand résume : « On n’est pas emballés mais, au moins, il n’y a pas de nouvelles dettes et pas trop de fonds publics engagés, c’est primordial. »

L’Allemagne veut sanctionner la France

Il faut dire que le Juncker peut être taxé de trop protéger la France. La Commission Européenne n’a-t-elle pas publié une infographie minimisant à outrance son pouvoir de contrôle et de correction sur le budget national?

L’acidité prussienne n’est pas seulement due à un excès d’oignons et de cornichons au vinaigre arrosés d’une bière trop légère. Elle est nourrie par l’échec de la manoeuvre ourdie par le commissaire Oettinger, commissaire sortant de l’Energie, commissaire entrant à la société numérique, et agent efficace de maman Angela, le mois dernier. Il semblerait en effet qu’Oettinger ait tout fait pour infliger des sanctions à la France à cause de ses dérapages budgétaires – une hostilité que les europhiles français continuent à nier avec l’obstination d’une autruche qui plonge la tête dans le sable. Un cafouillage médiatique a éventé le procédé, notamment par une publication un peu trop rapide d’une tribune vengeresse dont ce blog s’est fait l’écho.

Il n’en reste pas moins qu’Oettinger veille au grain, et que le délai obtenu par la France (ainsi que l’Italie et la Belgique) sur son budget n’est qu’une façon de reculer pour mieux sauter. Le commissaire allemand répète en effet à l’envi que les sanctions tomberont.

La France n’a obtenu qu’un sursis face à d’éventuelles sanctions européennes concernant son budget, souligne le commissaire européen Günther Oettinger cité par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel daté de lundi.
« Les sanctions sont seulement retardées, pas levées », a déclaré M. Oettinger.
« Nous avons besoin de réformes solides du marché du travail », et si Paris ne dévoile pas un plan d’ici début mars, la Commission européenne devra réagir, a-t-il estimé.
« Il s’agit aussi d’une question de crédibilité », a-t-il insisté.

Décidément, le couple franco-allemand ressemble de plus en plus à une union sado-masochiste.

De l’eau prussienne dans le gaz russe

Oettinger ne se contente pas de veiller au grain français, il a laissé, en tant qu’ex-commissaire à l’Energie, un beau paquet cadeau à son successeur: le projet de gazoduc russo-italien contournant le Lebensraum allemand. Ce projet de plus de 2.500 kilomètres visait en effet à concurrencer l’actuel canal de distribution par l’Ukraine, qui dessert l’Allemagne, en reliant l’Italie par la Turquie, la Bulgarie et les Balkans.

Face aux blocages européens (qui considéraient que le gazoduc ne pouvait servir le seul Gazprom) et bulgares, Vladimir Poutine a finalement décidé d’arrêter le projet, dans des termes peu amènes pour l’Union:

“Puisque la Commission européenne n’en veut pas, eh bien nous ne le ferons pas, et nous réorienterons nos ressources énergétiques vers d’autres régions du monde”, a-t-il souligné.

La menace est claire: la Russie se réserve la possibilité d’orienter ses livraisons de gaz vers d’autres régions que l’Europe. Il n’en fallait pas plus pour que Juncker ne se mette à ramer pour convaincre la Russie de revenir à la table des discussions. L’enjeu n’est pas mince. Pour la partie russe, les blocages européens sur ce dossier s’expliquent par la volonté de ne pas concurrencer le gaz de schiste américain.

On ajoutera que la volonté allemande de demeurer la destination principale du gaz russe compte aussi dans cette affaire!

La commission n’est pas avare de ses deniers…

Il paraît que, dans un souci d’économie, la Commission Européenne serait prête à quitter la région de Bruxelles-Capitale pour construire un bâtiment dans la province du Brabant, réputée moins chère.

En attendant, on en sait un peu plus sur la masse salariale de la Commission, qui est loin des critères d’austérité voulue par les Allemands. Le départ d’Herman van Rompuy de ses fonctions de président du Conseil a donné l’occasion d’en savoir un peu plus. L’intéressé, qu’aucun Français ne connaît, était payé plus de 30.000 euros nets par mois et continuera à toucher plus de 100.000 euros par an pendant trois ans. Avant de toucher sa retraite de président du Conseil, qui s’ajoutera aux retraites qu’il perçoit comme ancien parlementaire et ministre belge.

Cette petite information anecdotique méritait d’être portée à la connaissance de ceux qui reçoivent des leçons de bonne gestion…

 

 

Quand la CFDT s’amuse du cléricalisme enseignant

Comme certains lecteurs de ce blog le savent, j’ai une conviction: le corps enseignant a repris à son compte les fonctions sociales du clergé sous l’Ancien Régime (qui lui-même avait repris les fonctions sociales des bardes?). Cette permanence dans l’histoire explique largement les travers qui nous agacent tant chez les enseignants, notamment leur côté je sais tout et leur attachement à des formes désuètes de l’autorité. On remerciera le SGEN-CFDT (la CFDT des enseignants) d’avoir réalisé une excellente vidéo qui « met en boîte » l’un des aspects de la culture enseignante: la dévalorisation organisée des élèves et de leurs désirs.