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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Inverser la hiérarchie des normes sociales?

Malgré son apparence technique, la question de l’inversion de la hiérarchie des normes est au cœur du droit social et de son évolution depuis plus de 30 ans. Ce sont en effet les lois Auroux qui en ont posé les premiers principes en 1982, reposant sur un « échange » fondamental entre un développement du syndicalisme en entreprise (notamment par une série de négociations obligatoires) d’une part, et un droit nouveau de dérogation aux dispositions légales et conventionnelles (notamment dans la durée du travail) d’autre part.

Cette contrepartie répond à une logique simple : l’existence d’un puissant syndicalisme de négociation dans l’entreprise permet de donner à celle-ci une large autonomie dans la définition des normes sociales que l’employeur doit appliquer. Cette autonomie permet de déroger aux dispositions de branches, interprofessionnelles, réglementaires ou législatives, y compris dans un sens immédiatement défavorable au salarié.

La négociation sur la modernisation du dialogue social donne l’occasion de franchir un nouveau cap dans ce processus initié par la gauche. Mais cet approfondissement suppose une légitimation nouvelle de l’accord d’entreprise par une amélioration effective de la démocratie sociale dans les PME et les TPE.

Inverser la hiérarchie des normes, réponse la plus efficace, mais encore très sensible, à la question de la compétitivité

L’objectif de l’inversion de la hiérarchie des normes est d’offrir le maximum de liberté contractuelle à l’entreprise pour tout ce qui touche au droit du travail. Elle consiste donc à substituer à une logique de réglementation par le Code du Travail une logique de négociation d’accords majoritaires au niveau de l’entreprise. Economiquement, elle met entre les mains de l’employeur un arsenal extrêmement large (le plus large possible) pour adapter à son environnement (notamment international) les normes sociales qui lui sont applicables.

Une réponse micro-économique à un problème micro-économique

De ce point de vue, l’inversion de la hiérarchie des normes est une riposte micro-économique à un sujet de compétitivité le plus souvent traité par une logique macro-économique.

Le recours à l’ajustement micro-économique comporte de nombreux avantages :

– il est respectueux de la liberté du marché, puisque chaque entreprise reste libre de s’emparer ou non des possibilités qui lui sont offertes,

– il accélère les ajustements structurels en évitant le recours à la complexité réglementaire et en permettant une adaptation des normes au plus près de l’entreprise,

– il épargne à l’exécutif un pilotage complexe de réformes souvent impopulaires.

L’inversion de la hiérarchie des normes doit s’emparer des clauses substantielles du contrat de travail

Pour accéder à une nouvelle dimension, l’inversion de la hiérarchie des normes doit concerner un champ resté « régalien » : les clauses substantielles du contrat de travail, c’est-à-dire la rémunération et le temps de travail.

Cette orientation a fondé les principes de l’ANI du 11 janvier 2013, qui a régularisé les accords dits de compétitivité, consistant à déroger négativement (et temporairement) à des normes supérieures. L’ANI a prévu les limites apportées à ces possibilités de dérogation.

L’enjeu est de savoir si, aujourd’hui, la France souhaite se doter d’un arsenal conventionnel permettant d’élargir les possibilités de dérogation prévues par l’ANI. Cet élargissement consisterait à permettre aux entreprises de déroger par un accord plus durable et plus draconien à des dispositions favorables prévues par une convention collective ou par une loi.

Un sujet qui concerne d’abord les PME et les TPE

Si l’élargissement des dérogations aux clauses substantielles du contrat de travail est un enjeu majeur, l’inclusion des TPE et des PME dans ce champ demeure la question la plus sensible posée sur ce sujet.

Si l’on admet l’hypothèse qu’une implantation syndicale légitime est la condition pour permettre à un accord d’entreprise de déroger défavorablement aux dispositions de branche ou interprofessionnelles, alors le problème de ces dérogations reste entier pour la moitié des salariés, actuellement employés dans des TPE et des PME. Paradoxalement, ce sont d’ailleurs ces entreprises qui ont aujourd’hui le plus besoin d’adapter les normes sociales à leur réalité économique, et ce sont elles qui en sont le plus éloignées.

Légitimer l’inversion de la hiérarchie des normes pour la rendre socialement acceptable

Franchir une nouvelle étape dans l’inversion de la hiérarchie des normes suppose d’établir des règles du jeu suffisamment protectrices pour les salariés, afin que l’inversion des normes ne se traduise pas par un rapide moins-disant social qui serait destructeur pour notre cohésion collective.

Promouvoir un syndicalisme de négociation au sein des TPE et PME

Les organisations patronales représentatives défendent majoritairement une vision passéiste du syndicalisme, qui doit être (selon elles) exclu de l’entreprise et ne pas interférer avec le pouvoir du chef d’entreprise. Le MEDEF s’est tactiquement rallié à cette position qui propose de supprimer la représentation du personnel dans les entreprises de moins de 50 salariés. La CGT a saisi la balle au bond en proposant de fonder un compromis sur ce principe : moins de syndicats dans les entreprises de moins de 50 salariés, mais émergence d’une représentation extérieure à l’entreprise.

On retrouve ici le vieux compromis qui a traversé le siècle dernier entre un anarcho-syndicalisme hostile à la culture de la négociation et un patronat hostile au syndicalisme – compromis qui a débouché sur la grande synthèse paritaire du Conseil National de la Résistance.

Il est essentiel d’endiguer cette tentation majoritaire et de réunir les conditions pour une implantation effctive du syndicalisme dans les PME et les TPE, afin de raviver la logique des lois Auroux.

Généraliser le mandatement

Politiquement, la formule la plus simple pour atteindre cet objectif est de permettre une généralisation du mandatement à toutes les entreprises, y compris les TPE.

Cette généralisation permettrait à tout employeur (même d’un seul salarié) de signer un accord collectif avec un salarié mandaté à cette fin par une organisation syndicale. Pour éviter les abus, la mécanique actuelle de validation des accords par une commission de branche serait préservée.

Cette solution simple permet de contourner l’opposition patronale farouche à l’implantation syndicale en entreprise (puisque le mandaté n’est pas un délégué syndical), tout en rendant effective la pratique de la négociation collective en TPE et en PME.

Donner du « grain à moudre » à la négociation en TPE et en PME

La possibilité formelle de négocier des accords d’entreprise dans les TPE et les PME doit donner lieu à des négociations effectives. Pour ce faire, une batterie d’obligations nouvelles de négocier devrait voir le jour. Cette innovation donnerait des garanties aux organisations syndicales sur le contenu effectif de la démocratie sociale mise en place en contrepartie de l’inclusion des clauses substantielles du contrat de travail dans la négociation d’entreprise.

Ces obligations de négocier seraient notamment :

– accord de méthode organisant le champ de la négociation d’entreprise

– droit effectif à la formation

– protection sociale complémentaire, dont retraite supplémentaire et épargne salariale

– prévention des difficultés économiques

Jouer sur les incitations fiscales pour pénaliser le recours à la DUE

Pour parfaire l’arsenal nouveau de la négociation en entreprise, l’exécutif pourrait créer un « paquet socio-fiscal » global, réservant le bénéfice du CICE et du pacte de compétitivité aux entreprises (y compris les TPE et les PME, donc) signant des accords majoritaires sur les domaines prévus ces nouvelles obligations.

Cette incitation reviendrait donc à pénaliser la décision unilatérale de l’employeur dans le champ de négociation nouveau ouvert par la loi.

Europe, Ukraine: pour la France, c’est Mistral perdant

La France se prend encore une humiliation internationale avec l’affaire des navires de guerre Mistral qu’elle doit livrer à la Russie: mais François Hollande n’arrive pas à décider…

Les grosses blagues anti-Poutine de Brisbane

Les sommités mondiales se sont retrouvées à Brisbane pour un G20 où les affidés du monde anglo-saxon ont pu donner libre cours à leurs fantasmes anti-russes. La palme d’or revient sans conteste, à ce petit jeu, au Premier Ministre australien (qui est quand même un sujet de la reine d’Angleterre, rappelons-le), un certain Tony Abbott. Chef du gouvernement invitant, il s’en est donné à coeur joie dans une série de petites phrases que la justice française qualifierait volontiers de xénophobes, annonçant notamment qu’il comptait « shirtfronter » Vladimir Poutine. Ce terme semble emprunter au football local, et pourrait se traduire par: l’empoigner par le maillot.

Ceux qui se souviennent des photos viriles de Vladimir Poutine torse nu en ont ri par avance. D’ailleurs la presse australienne elle-même a souligné l’humiliation infligée par Poutine au « shirtfronter » Abbott, qui est rentré chez lui la queue entre les pattes. Abbott est en effet convaincu que l’armée russe a détruit l’avion australien du vol MH17 au-dessus de l’Ukraine et comptait bien demander des réparations à Poutine pour les familles des victimes. Le président russe a sans surprise demandé les preuves de l’implication de son pays dans cette opération.

On remerciera une fois de plus Olivier Berruyer pour avoir soulevé le peu d’authenticité, et même l’invraisemblance des quelques éléments de preuve apportés jusqu’ici par les services occidentaux sur le sujet.

L’Italie plus habile que la France

Pendant que les porteurs de flingue des Etats-Unis enchaînent les remarques désobligeantes contre Vladimir Poutine (la phrase du Premier Ministre canadien: «Je vais vous serrer la main, mais je n’ai qu’une seule chose à vous dire: vous devez vous retirer d’Ukraine» a d’ailleurs fait le tour du monde), d’autres se montrent un tout petit peu plus habiles et devraient à terme tirer leur épingle de ce jeu. C’est notamment le cas de Matteo Renzi, Premier Ministre italien et actuel président de l’Union, qui a arrondi les angles avec les Russes.

Une fois de plus, la France laisse à l’Italie ce rôle d’intercesseur ou d’intermédiaire qui nous revenait par tradition. En lieu et place de cette diplomatie habile, François Hollande s’empêtre dans un gloubi-boulga diplomatique dont plus personne ne comprend la finalité. Quelle est la stratégie de la France dans une crise ukrainienne largement attisée par l’Allemagne et les Etats-Unis? Aucune visiblement, et il semblerait que l’affaire du Mistral n’ait même pas été évoquée à Brisbane.

La France est aussi tétanisée à l’extérieur qu’à l’intérieur, et l’indécision de François Hollande nous place désormais sur un chemin critique.

Poutine est devenu le maître de la situation

Selon les Ukrainiens, le gouvernement russe a envoyé des renforts aux « rebelles » et veut la guerre. Personne ne peut en être sûr, en revanche, une certitude existe désormais: Poutine tient la situation bien en main.

Il a par exemple assez habilement expliqué toute l’absurdité du blocus imposé par le gouvernement de Kiev aux villes de l’est du pays, en soulignant que cette stratégie finissait d’ancrer à la Russie les territoires soumis à ce blocus. Surtout, Poutine a souligné les risques financiers systémiques que la stratégie ukrainienne soutenue par l’Allemagne fait courir à l’ensemble de l’économie mondiale.

«Les banques russes ont actuellement accordé un prêt de 25 milliards de dollars à l’économie ukrainienne. Si nos partenaires européens et américains veulent aider l’Ukraine, comment peuvent-ils saper la base financière, en limitant l’accès de nos institutions financières aux marchés mondiaux des capitaux ?», s’est interrogé Vladimir Poutine dans cette interview réalisée jeudi, avant le début du sommet du G20.

«Veulent-ils provoquer la faillite de nos banques ? Dans ce cas, ils vont provoquer la faillite de l’Ukraine», a-t-il prévenu.

«De plus, nous avons accordé un prêt de 3 milliards de dollars il y a un an, à condition que la dette totale de l’Ukraine ne dépasse pas 60% du PIB. Sinon, le ministère russe des Finances est en droit de demander un remboursement anticipé», a poursuivi Vladimir Poutine.

«Encore une fois, si nous le faisons, tout le système financier s’effondrera. Nous avons déjà décidé que nous ne le ferons pas. Nous ne voulons pas aggraver la situation. Nous voulons que l’Ukraine se relève enfin», a assuré l’homme fort du Kremlin.

Il fallait évidemment lire la presse helvétique pour entendre parler de cette mise en garde, puisque la presse française ne s’est intéressée qu’au départ anticipé de Poutine à Brisbane.

Situation économique de plus en plus tendue dans la zone euro

Une crise systémique? Voilà une annonce dont la zone euro ne peut se réjouir, à un moment où la BCE devient l’ultime rempart contre une nouvelle récession. Les banquiers centraux ont d’ailleurs cette semaine multiplié les appels à un rachat direct des dettes souveraines de la zone par la BCE. Benoît Coeuré, le Français de la BCE, s’est exprimé en ce sens:

« La politique monétaire ne peut soutenir la croissance de manière durable. Seul une combinaison adéquate de réformes et d’investissements peut y parvenir. Et c’est une question d’urgence », a-t-il dit dans une interview.

« La BCE s’est engagée à prendre des mesures additionnelles si on est confronté à la perspective d’une inflation trop faible pour trop longtemps »

Rien de neuf sous le soleil, si ce n’est qu’un collègue de Coeuré, Yves Mersch (un Luxembourgeois) est allé plus loin:

Yves Mersch a de son côté déclaré que la BCE pouvait étendre son programme de rachats de titres de dettes privées aux obligations souverraines si la situation économique devait encore se détériorer davantage.

« C’est une possibilité théorique. Il serait irresponsable de ne pas envisager toutes les options », a-t-il ajouté.

Du coup, le petit père Draghi a annoncé que la BCE se tenait prête. Selon les analystes, les rachats de dettes souveraines par la BCE pourraient commencer fin janvier 2015.

Les Allemands hostiles au rachat de dettes souveraines par la BCE

Face à ce foisonnement d’annonces convergentes, les Allemands ont décidé de remettre en route les moteurs de leurs vieilles Panzerdivisionen. Weidmann, l’Allemand de la BCE, est ouvertement intervenu pour dire qu’une intervention de la BCE pour aider l’économie était une bonne chose, mais que le rachat de dettes souveraines était une erreur.

« La politique monétaire expansionniste est fondamentalement adaptée », a-t-il dit. « Et il est compréhensible que le Conseil des gouverneurs de la BCE ait discuté de nouvelles mesures et qu’il continue à en discuter. »

Mais il a estimé que le rachat de dette souveraine pourrait encourager les Etats de la zone euro à alourdir leur dette.

« Outre les limites juridiques, les rachats d’obligations d’Etat adresseraient un mauvais signal, notamment en encourageant l’endettement des pays de la zone euro’, a-t-il ajouté.

Le conseil des conseillers économiques allemands est, pour sa part, allé plus loin, en dénonçant sur un mode très luthérien tout le relâchement que l’attitude de la BCE permet.

le conseil estime que les mesures prises par la BCE pour lutter contre l’inflation basse sont porteuses de dangers pour l’économie de la zone euro.

« D’une part le secteur financier est incité à prendre plus de risques à cause du bas niveau des taux d’intérêt, de l’autre la BCE pourrait, par ses rachats d’obligations, encourager les gouvernements à relâcher leurs efforts en matière de réforme et de consolidation budgétaire », lit-on dans le rapport.

Juncker a vraiment le sens de l’humour

Pendant que les grands de ce monde commencent à s’empoigner dangereusement, le nouveau président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, se remettait péniblement de l’hypercut décoché par la presse internationale sur les pratiques fiscales du Grand-Duché luxembourgeois dont il fut Premier Ministre pendant quinze ans. Jean-Claude est resté KO pendant une semaine entière, et n’a retrouvé le chemin des salles de presse que ce mercredi! Il s’y est livré à une défense pitoyable, expliquant qu‘il n’était pour rien dans ce système:

« Il n’y a rien dans mon passé qui démontrerait que mon ambition était d’organiser l’évasion fiscale », (…) « Je n’ai jamais donné d’instructions sur aucun dossier particulier » (…) « Ne me décrivez pas comme le meilleur ami du grand capital, le grand capital a de meilleurs amis que moi dans cette maison », a-t-il lancé devant les eurodéputés.

Assez rapidement, le Président Juncker a compris qu’annoncer en ces termes que la commissaire à la concurrence avait les mains libres pour traiter le dossier n’abuserait personne. Il est donc passé à la contre-offensive en chargeant Pierre Moscovici, spécialiste de l’évasion fiscale, déjà éprouvé au moment de l’affaire Cahuzac, de faire des propositions:

« [Il y a] probablement un certain niveau d’évasion fiscale au Luxembourg, comme dans les autres pays européens. Nous rencontrons cela partout en Europe, du fait d’une harmonisation fiscale insuffisante » a-t-il déclaré Jean-Claude Juncker.

Ce dernier a ainsi annoncé avoir proposé aux commissaires européens de rendre obligatoire la publication sur les « tax rulings », les accords fiscaux secrets. Pierre Moscovici, commissaire aux affaires économiques et financières, à la fiscalité et aux douanes, a été chargé de rédiger une proposition dans ce sens. Le commissaire français était au côté de Jean-Claude Juncker, mais n’a pas pris la parole.

 

L’affaire est entre de bonnes mains!

Du coup, la France gagne un répit

Heureusement pour la France, Jean-Claude Juncker a besoin d’elle et de ses experts en mensonges officiels comme Pierre Moscovici pour sauver sa position de plus en plus délicate. En manifestation de son amitié, il a donc accordé à la France un répit supplémentaire dans l’examen de son budget (déjà validé pour l’essentiel la semaine dernière).

On se demande bien quelle pourrait être la position de la Commission, désormais, sur le budget français…

 

 

 

Malin comme un singe, Gattaz va-t-il retrouver la banane?

Pierre Gattaz s’est rendu aux Antilles où il a annoncé son soutien à la banane française: une façon de rappeler que, dans le rapport de force qu’il a entamé avec le gouvernement, il n’a pas encore rendu les armes – bien au contraire.

Gattaz: une vie professionnelle pénible

Après sa visite revigorante aux Antilles, où la banane lui a dévoilé tous ses secrets, Pierre Gattaz a retrouvé la vie pénible à laquelle il est soumis à Paris. Au menu: les discussions sur le ralliement ou non aux manifestations prévues début décembre par la CGPME. Pour le président du MEDEF, le sujet n’est pas mince. Si la CGPME réussit à mobiliser sans le MEDEF, elle retrouvera quelques-unes des couleurs qu’elle a perdues ces derniers mois, et fera la démonstration de sa légitimité auprès des PME et des TPE. Sinon, elle pourra attribuer son échec au président sortant, Jean-François Roubaud, ce qui sera ans impact pour l’avenir.

Le pari est donc complexe à relever pour Gattaz, car lui n’est pas sortant, et l’échec d’une mobilisation auprès du tissu des TPE et des PME pourrait lui coûter cher dans sa légitimité face au gouvernement, déjà écornée ces derniers mois sur différents dossiers. Inversement, laisser la CGPME occuper le terrain peut, en cas de réussite du mouvement, constituer une erreur stratégique majeure.

Au coeur d’un mouvement qui foisonne en revendications, on trouve évidemment la mise en place du compte pénibilité qui cristallise toutes les passions. En plein choc de simplification, la mise en place de cette usine à gaz coûteuse et inutile exaspère de nombreux patrons qui préféreraient passer plus de temps à chercher des clients qu’à remplir des paperasses obscures.

Gattaz entre deux eaux

La perspective du mouvement de grève patronal a donné lieu cette semaine aux rumeurs les plus folles, qui tiennent toutes aux rapports de force internes au MEDEF. Plus personne ne sait très bien où se trouve le curseur aujourd’hui, et les analyses vont bon train.

Pour certains, les grandes fédérations ont dissuadé Pierre Gattaz d’appeler à des manifestations de rue, par crainte de débordements qui nuiraient à l’image patronale. Pour d’autres, la ligne dure serait tenue par Geoffroy Roux de Bézieux, porté par les fédérations de la banque, de l’assurance et du bâtiment, qui considèrent que face à un gouvernement affaibli une offensive s’impose.

On restera quand même un peu sceptique à l’idée que les banques et les compagnies d’assurance se fassent plus dures que les petits patrons sur des questions comme la pénibilité. Ces secteurs, qui sont d’ailleurs dominés par des anciens hauts fonctionnaires plus ou moins dépendants du pouvoir, ont peu d’intérêt à se mettre en avant sur des sujets qui concernent en priorité les TPE et les PME.

De tout cela, il ressort donc une grande confusion, où l’incertitude semble régner.

Les patrons suspendus à l’avenir de l’UIMM

Derrière ces affrontements, deux successions sont au coeur des manoeuvres de coulisse. D’abord celle de Jean-François Roubaud à la CGPME, évoquée plus haut, mais surtout celle encore peu abordée de Frédéric Saint-Geours à l’UIMM. Celui-ci devrait abandonner la présidence de la métallurgie au printemps 2015. Personne n’en parle mais tout le monde y pense.

L’enjeu pour le monde patronal est de taille: l’UIMM constitue aujourd’hui l’interlocuteur privilégié (et le plus représentatif) du gouvernement sur les questions sociales. La pondération de l’UIMM et de son délégué général Jean-François Pilliard sont des éléments cachés mais importants du dialogue social. Sans l’intervention « lourde » de Jean-François Pilliard dans la négociation sur le chômage, la convention en cours n’aurait probablement jamais été signée, et le gouvernement aurait eu les mains libres pour étatiser le régime. De façon significative, Jean-François Pilliard n’a d’ailleurs pas été choisi pour conduire la négociation sur la modernisation du marché du travail, qui patine dans la semoule depuis plusieurs semaines.

Du jour où l’UIMM bascule sur la ligne offensive incarnée par Gattaz, on pourra démarrer le compte à rebours définitif du dialogue social en France. Cette donnée pèse fortement sur les anticipations des acteurs. Le ralliement de l’UPA au mouvement de grève patronal participe de ces calculs où plus personne ne veut prendre le risque de rater le train du printemps 2015, où UIMM et CGPME risquent de recomposer, ensemble, le rapport de force interne.

La mort clinique du dialogue social dans les PME?

Reste que cette tendance générale a une conséquence directe: un axe « anarcho-syndicaliste » regroupant la CGPME et la CGT semble se dessiner pour convenir de revenir aux grandes principes de la lutte des classes d’avant 40, et pour tuer toute forme de syndicalisme dans l’entreprise sous le seul de 50 salariés.

On se souvient que la CGPME est parvenue à convaincre le MEDEF d’endosser cette revendication antédiluvienne, qui exprime bien la nostalgie passéiste d’une fraction du patronat face à un monde en plein bouleversement. La CGT a créé le buzz cette semaine en saisissant la balle au bond, et en proposant de revenir aux méthodes syndicales en vigueur dans les années.

« Jusqu’à 49 salariés, on a un problème général de représentation ; nous voulons que ceux qui n’ont pas de représentants dans l’entreprise puissent en avoir à l’extérieur, élus sur listes syndicales tous les quatre ans », a expliqué Agnès Le Bot, en charge du dossier au bureau confédéral, précisant que l’élection de délégués du personnel resterait possible à la demande des salariés de toute entreprise. « Nous faisons le pari de la représentation extérieure pour faire gagner plus de droits aux salariés », a ajouté Mohammed Oussedik, autre membre du bureau confédéral.

L’idée est de constituer des comités paritaires territoriaux par secteur aux larges compétences. Un mouvement déjà enclenché dans l’artisanat, les emplois à domicile ou les professions libérales, soit déjà plus de 3,5 millions de salariés, sans compter l’agriculture, a souligné Philippe Antoine, de la CGT.

Parmi les autres propositions de la centrale, il en est une autre moins grand public mais qui sera aussi regardée avec attention par les autres partenaires sociaux et le gouvernement : « On peut rationaliser un certain nombre d’informations-consultations des instances représentatives du personnel », a affirmé Mohammed Oussedik. Il propose « une rationalisation en quatre temps — stratégie, emploi et bilan social, situation économique, éléments de rémunération — s’articulant chacun avec des obligations de négocier ».

Voilà le retour en force de la Charte d’Amiens où l’entreprise est un lieu de conflictualité et où le syndicalisme est mené par des forces extérieures dont l’objectif est l’expropriation des patrons. La puissance de cette idée tient largement à l’astuce avec laquelle Mohammed Oussedik l’a amenée: en proposant un compromis sur la rationalisation des instances représentatives, la CGT opère un rapprochement tactique de grande ampleur avec… le patronat le plus réactionnaire, tout en rendant possible un accord avec le MEDEF. Bravo!

La CGT cherche à se relever de ses ruines

Le succès d’audience que la CGT s’est taillé en lançant sa proposition n’est paradoxalement peut-être pas bon signe. La stratégie suivie jusqu’ici par Thierry Lepaon dans les négociations interprofessionnelles a consisté à placer des gens moins compétents que lui à la tête des délégations CGT pour éviter qu’une figure susceptible de le concurrencer n’émerge. D’où la présence d’Agnès Le Bot dont l’absence d’idées n’est contestée par personne. Le fait que Mohammed Oussedik, dont Thierry Lepaon veut la peau depuis l’éclatement du scandale sur son appartement, puisse exprimer publiquement des propositions intelligentes est le signe manifeste d’un affaiblissement de l’organisation.

L’onde de choc produite par les révélations du Canard Enchaîné n’en finit pas de miner la confédération. Des fédérations s’expriment ouvertement pour dire leur malaise, ce qui constitue une innovation forte au sein du syndicat. Thierry Lepaon mobilise pourtant sa garde. Les unions normandes s’efforcent de dire tout le bien qu’il faut penser de ce secrétaire général.

« Qu’il y ait débat sur le sujet est légitime. Oui, la somme semble importante pour un appartement loué et particulièrement vu de province. Pour autant, il fallait bien que ces travaux soient réalisés afin de permettre que pour une fois, nous n’ayons pas un Parisien à la tête de la CGT. Mais de toute façon, ce ne sont pas des fonds publics mais bien ceux de la CGT. Alors pourquoi tout ce bruit autour ? N’oubliez pas qu’il y a prochainement des élections professionnelles dans la fonction publique. Et puis quoi ? Devons nous mettre des pantalons rapiécés parque nous sommes élus de la CGT ? Cette affaire ne pourra faire vaciller des engagements que s’ils n’étaient pas si forts. »

Bernard Thibaut continue à manoeuvrer pour sauver les meubles.

Heureusement pour Thierry Lepaon, le trésorier de la CGT a décidé de ne pas parler. Peut-être aurait-il révélé les dessous des travaux dans l’appartement. Pour l’instant, le conflit s’est stabilisé sur le front de l’est.

Des arbitrages douloureux en vue

Pendant que les conflits de pouvoir déchirent les organisations syndicales et que la comédie parisienne continue, les tristes réalités reviennent au galop. Ainsi, le MEDEF a encore donné de belles leçons de gestion publique au gouvernement:

« Alors que la situation des finances publiques françaises fait partie des plus préoccupantes de l’Union européenne, le Medef constate que les mesures correctrices adoptées en Conseil des ministres (mercredi) matin dans le cadre du PLFR 2014 n’apportent aucune réponse sérieuse et pérenne en matière de dépenses publiques et de relance de l’activité », affirme l’organisation patronale dans un communiqué.

… il doit affronter la ruine financière de l’AGIRC, caisse de retraite supplémentaire des cadres. Celle-ci est en quasi-cessation de paiement et devrait prochainement disparaître. C’est évidemment toujours plus facile de donner les leçons que de les appliquer!

Quelques petits scandales patronaux pour la route

Au passage, le mouvement patronal n’est lui-même pas exempt de ses petits scandales qui font tache dans le paysage. A Lyon, le rapporteur public du tribunal administratif a demandé l’annulation des récentes élections à la chambre de commerce et d’industrie. La CGPME et le MEDEF y avaient obtenu la tête d’un président récalcitrant, Philippe Grillot.

Indépendant et électron libre par rapport aux puissants syndicats patronaux que sont le Medef et la CGPME, Philippe Grillot avait eu des prises de position iconoclastes, en souhaitant notamment regrouper certaines CCI de la région pour réaliser des économies.

Un patron qui propose de réformer pour dépenser moins? Voilà qui justifiait un coup d’Etat, que la justice administrative vient d’annuler. Amusant non?

Pendant ce temps, la tension monte dans la société civile

La semaine aura par ailleurs été marquée par la tension autour du barrage de Sivens et des suites liées au décès accidentel d’un manifestant sur le site. Les syndicats n’arrivent pas à mobiliser les salariés. Mais la société s’échauffe, se tend. Et ça, c’est peut-être la nouvelle marquante de l’automne.

 

Armistice glacial pour François Hollande

Ce matin, j’étais sur les Champs-Elysées lorsque François Hollande les a remontés pour rendre, en ce jour d’armistice, hommage au Soldat Inconnu. Alors que le temps était radieux (il est vrai que François Hollande n’aime sortir que quand il pleut à verse), non seulement le Président n’a pas pris un bon de foule… mais il n’y avait même pas de foule pour l’accueillir. C’est comme si les Français, lassés par son bilan au-delà du désastre, lui manifestait une défiance par un silence et une absence qui sont autant de désaveux inquiétants pour le pouvoir.

François Hollande est tombé par terre, c’est la faute à Voltaire

Dans une chronique publiée sur le Figarovox, j’ai récemment eu l’occasion de pointer le travers majeur de François Hollande: celui de pratiquer la politique avec une esprit de coterie qui confine à l’amateurisme le plus absolu. L’affaire Jouyet-Fillon en donne un nouvel exemple.

Jouyet et Hollande se sont connus sur les bancs de l’ENA, puisqu’ils sont tous deux membres de la promotion Voltaire. Ces amis de trente ans et plus ont finalement transformé la scène politique en un domaine de chasse privée: ils s’y croisent en toute amitié, et c’est entre amis qu’ils pratiquent des sports divertissants comme les machinations politiques.

Je ne veux pas dire ici que Jouyet a comploté contre Sarkozy, contre Fillon, ou contre je ne sais qui. Je trouve simplement curieux que deux vieux amis se retrouvent ensemble à l’Elysée pour traiter les affaires sur le ton badin de l’intimité, l’un déjeunant avec un leader de l’opposition, puis racontant à l’autre ce qui s’est dit à table. Cet exemple simple montre comment la classe politique française souffre d’un trop faible renouvellement et d’une trop grande connivence entre ses membres.

Notre République, c’est un engagement à vie en politique, une professionnalisation et une condamnation constante à vivre entre soi. Le résultat final est patent: plus aucun Français n’imagine un seul instant que « les élus » soient peu ou prou capables d’exercer leurs responsabilités dans le respect de l’intérêt général, et encore moins qu’ils soient capables de redresser la situation collective.

Dans le désaveu que le peuple français inflige à François Hollande, dans cette froideur glaciale, il y a d’abord le poids de cette coterie qui dirige le pays, dont François Hollande est directement issu, qu’il cultive fidèlement, et que les Français exècrent.

Quelle étape après le Fillongate?

Certains, en 2012, ont rejeté Nicolas Sarkozy parce qu’ils avaient le sentiment que l’homme n’avait pas tenu la fonction. Beaucoup s’imaginaient alors qu’il n’était pas possible de faire pire. Ils n’ont pas tardé à déchanter…

Le Fillongate constitue une étape supplémentaire dans le naufrage de la classe politique française. Quelles que soient les explications de François Fillon, il est pour le moins curieux qu’il ait choisi de déjeuner avec Jean-Pierre Jouyet en pleine tourmente Bygmalion. Un ancien Premier Ministre ne peut ignorer les risques auxquels il s’expose en rencontrant un proche du Président lorsque son parti est mis dans une telle difficulté.

Quoiqu’il se passe, ce déjeuner était en soi un crédit apporté à la théorie de l’UMPS qui fait les choux gras et les heures joyeuses du Front National. Forcément, que François Fillon ait ou non incité l’Elysée, entre la poire et le fromage, à nuire à Nicolas Sarkozy pour faciliter sa propre ascension, les Français ne peuvent qu’émettre des doutes sur une telle démarche de « fraternisation », surtout lorsqu’elle tourne autant au vinaigre. Mais que François Fillon allait-il donc faire dans cette galère?

D’une manière générale, j’accorde peu d’importance à ce genre de péripétie, mais celle-ci présente une particularité: elle est un signal manifeste d’une sorte de « montée des eaux » autour de la classe politique française. Beaucoup de Français, qui hésitaient jusqu’ici, se disent forcément qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Palais-Bourbon.

 

L’Allemagne, l’euro et l’énarchie

Depuis la chute du mur de Berlin, l’élite française, et singulièrement l’énarchie, ont dégouliné et dégoulinent encore d’un amour immodéré et dogmatique pour l’Allemagne et l’euro. Cette nouvelle trahison des clercs nous mène à la catastrophe. Non seulement l’aveuglement économique dominant conduit à des choix économiques absurdes, qui sont autant de dangers pour l’équilibre continental, mais la fascination pour l’Allemagne entraîne un affaiblissement constant de la France.

L’énarchie et l’Allemagne: fascination et aveuglement

Que l’énarchie soit prussophile n’est guère étonnant. L’ENA fut créée en 1945 pour reconstruire une élite technocratique qui avait fait défaut avant et pendant la guerre. L’objet de l’ENA était donc étroitement lié à l’édification d’un nouvel ordre social et continental où l’Allemagne devait être un allié. Cette alliance était facilitée par la division de l’Allemagne en un bloc de l’ouest, libéral, et un bloc de l’est, communiste.

Il est assez cocasse de comparer, au passage, la carte de l’Allemagne de l’ouest adulée par l’énarchie:

Allemagne fédérale

Et la carte de la confédération du Rhin bâtie par Napoléon:

Confédération du Rhin

Peu d’énarques, entre 1945 et 1991, avaient à l’esprit cette ressemblance entre l’Allemagne avec qui ils pactisaient et l’Allemagne inventée par l’empereur. Pourtant…

Le problème de l’énarchie est d’avoir figé sa compréhension du monde en 1945, et de n’avoir pu la réformer après la chute du Mur. La technocratie n’a pas compris le phénomène de la réunification: elle n’a pas analysé les risques inhérents à un bouleversement du rapport de force interne à l’Europe, ni la signification historique particulière de la sommation dans un même espace politique de la Prusse et de la Rhénanie.

De là, les aberrations sur le rapport de l’Allemagne à son passé non pas nazi mais impérial. L’élite française, dans son dogmatisme courtisan, a systématiquement ostracisé toute tentative de prise de conscience face à ce reconstruction méthodique du Reich qui nous a fait la guerre par trois fois.

L’énarchie n’a pas compris le fait germanique

Il faut ici faire le procès de la culture énarchique, qui est pauvre en connaissances historiques, est essentiellement juridique et contemporaine, et méconnaît systématiquement ce qui lui est étranger.

Pour l’énarque moyen, l’Allemagne est une entité qui rassemble les peuples de langue germanique comme la France est une entité qui rassemble les peuples de langue française. Peu d’énarques connaissent le fait germanique au-delà de cette idée vague, et rares sont ceux qui ont dépassé l’ignorance scolaire de ce qu’est l’Allemagne et son histoire.

Combien savent que le Saint Empire romain germanique, qui fonde ce que pourrait être une unité allemande, n’a jamais englobé Berlin ni la Prusse? Combien savent que ce qu’on appelle l’Allemagne aujourd’hui est une fiction qui n’a pas cent cinquante ans, et dont la réalité politique fut proclamée à… Versailles en 1870? Combien savent que l’unité allemande, dérivée de la confédération du Rhin, s’est toujours constituée par la guerre contre la France?

Il faudrait ici entamer un grand révisionnisme contemporain pour redire qu’une Allemagne fédérale entre Rhin et Danube nous convenait très bien, comme pouvait nous convenir la Confédération du Rhin, mais qu’un espace politique assemblant la Prusse, la Rhénanie et la Bavière constitue un danger immédiat dont nous nous repentirons tôt ou tard…

La réunification allemande est un artifice politique, on ne le dira jamais assez. Elle ne correspond à aucune aspiration populaire. Il suffit aujourd’hui d’interroger un Bavarois sur le mode de vie en vigueur à Berlin pour comprendre que les rivalités entre Paris et Marseille ne sont que des broutilles face aux gouffres qui séparent les Allemands. En réalité, l’unité allemande n’existe que dans la confrontation aux autres: pour se sentir unis, les Allemands ont besoin de fomenter un conflit avec l’étranger.

L’euro, ferment de tous les conflits à venir

Cette mécanique belliqueuse s’est enclenchée dès l’invention de l’euro.

Le principe d’une construction politique à partir d’une monnaie unique résultant d’une union douanière est au coeur de la logique prussienne. C’est en effet par le Zollverein (l’union douanière) puis l’invention du Mark que la Prusse a pu « absorber » les états germanophones au XIXè siècle. D’une certaine façon, le traité de Maastricht a constitué une nouvelle étape dans cette politique d’expansion prussienne, puisqu’il a étendu à l’ensemble du continent une recette appliquée dans l’espace germanique un siècle plutôt.

Ignorante de ces petites subtilités, l’élite française s’est engouffrée sans retenue dans l’idéologie pangermaniste dont l’euro était le véhicule. Le traité de Maastricht, qui donnait une traduction politique à cette vision pangermaniste, fondée sur une monnaie forte et une faible inflation, a fait en France l’objet d’une admiration religieuse, pour ne pas dire d’un fanatisme absolu, alors qu’il semait les germes de notre désintégration.

L’Allemagne s’est en effet servi de l’euro pour assécher la concurrence industrielle de ses voisins, en imposant une compétitivité hors prix, comme on dit, et en réorganisant un ordre international du travail autour de l’espace politique qu’elle a choisi. Sans le dire, l’Allemagne d’après 1989 a reconstitué son Lebensraum en élargissant systématiquement le continent à l’est, au-delà du raisonnable, pour retrouver tous les territoires dépendants du Reich. En le disant, l’Allemagne a imposé une appréciation systématique de l’euro qui lui permettait de baisser sa facture énergétique et de pénaliser les exportations hors zone de ses voisins.

Voici d’ailleurs la courte histoire de la parité euro-dollar:

Parité euro-dollar

On le voit: alors qu’en 2002, à sa naissance, l’euro valait moins de 1 dollar, il s’est apprécié jusqu’à 1,6 dollar (soit un renchérissement de nos produits à l’exportation d’environ 70%…) en 2008, au plus fort de la grande crise. Depuis 2008, il flotte entre 1,2 et 1,5 dollar, ce qui est une folie économique qui explique largement la faible croissance sur le continent.

Les conséquences de cette appréciation excessive de l’euro pour la France sont bien connues: désindustrialisation accélérée, taux d’intérêt élevés qui étouffent la reprise économique, politique monétaire restrictive qui complique l’accès au crédit. Bref: l’Allemagne mène une discrète guerre économique contre ses voisins, pour ensuite se plaindre de devoir intervenir en leur faveur.

L’Allemagne est un géant de ducasse

L’Allemagne est la principale économie européenne, mais elle repose sur une imposture qui explique qu’elle n’ait aucune vision pour l’Europe. Ce géant ressemble à ces immenses marionnettes que l’on promène dans les ducasses, avec un visage grotesque: patauds et sans âme, ils sont condamnés à suivre le mouvement que leur impriment les hommes qui les portent.

Dans le cas de l’Allemagne, cette infirmité est un cataclysme.

L’Allemagne est aujourd’hui prisonnière de ses choix immédiats: son système de retraite par capitalisation généralisé depuis les réformes Harz oblige le gouvernement allemand à limiter la baisse des taux, sans quoi les banques allemandes sont obligées de se mettre en danger pour rémunérer les épargnants qui sont entrés dans ce système. Pour éviter l’érosion du pouvoir d’achat lié aux rentes servies par le système de retraite, l’Allemagne redouble d’effort pour juguler toute inflation… au point que la déflation est aujourd’hui aux portes du continent.

Ces stratégies immédiates peuvent se comprendre. Simplement elles entravent toute reprise économique durable en Europe, pour une raison qui peut se résumer ainsi: l’Allemagne a besoin d’un argent cher pour se rémunérer, et l’argent cher tue une économie mondiale qui a besoin de souplesse.

Cette pression exercée par l’Allemagne sur l’ensemble de l’économie mondiale est un important facteur de perturbation politique. Les tensions qui apparaissent tous azimuts depuis plusieurs mois, par exemple en Russie, en sont un signe majeur.

La trahison des élites françaises

Depuis près de vingt ans, les élites françaises imposent une sorte d’angélisme continental. Il faut dire du bien de l’Allemagne, il faut prétendre, sous peine d’excommunication, que les Allemands forment un gentil peuple, naïf, détaché de toute forme d’égoïsme ou de racisme (notamment hostile au sud de l’Europe dont la France), que l’euro est la voie de la prospérité et que la construction communautaire nous apporte tant de bonheur.

Cette pensée unique prussophile qui a longtemps interdit d’ouvrir le moindre débat sur l’Europe, sur l’euro fort, sur les visées allemandes dans la construction communautaire, nous a amené là où l’on sait: la France s’enlise peu à peu dans une récession qui ne dit pas son nom, et elle perd les unes après les autres les positions qu’elle avait conquises depuis plusieurs siècles. Inaudible sur le dossier ukrainien, elle renonce aujourd’hui à vendre ses navires à son allié historique russe. Absente des débats sur l’élargissement, méprisée lorsqu’elle s’exprime sur les dossiers budgétaires, oubliée dans les grands arbitrages internationaux, la France a même laissé la médiation sur Gaza à l’Italie.

Cet affaiblissement international du pays n’est pas une fatalité. Il est la conséquence directe d’un dogme imposé par la terreur depuis près de trente ans, selon lequel l’Allemagne est notre amie désintéressée et que nous ne pouvons rien faire ni contre elle ni sans elle.

Et pendant ce temps, l’Allemagne reconstruit Berlin comme la capitale d’un Reich continental.

On ne dira jamais assez la lourde responsabilité, l’écrasante responsabilité que les élites françaises portent dans cette surbordination collective.

 

La nouvelle Commission européenne déjà cahuzaquisée

Les révélations sur les mauvaises habitudes fiscales des petits luxembourgeois donnent un air de Cahuzac à Jean-Claude Juncker et affaiblissent la Commission européenne tout entière.

Juncker et le Luxleaks: tel est pris qui croyait prendre

Jean-Claude J. avait pourtant démarré la semaine en fanfare, avec force bandaison de muscles et roulement de mécaniques. Après l’annonce de son voyage officiel en Ukraine, il n’avait pas hésité à lancer un défi public aux Britanniques et aux Italiens.

« Je ne suis pas un type qui tremble devant les Premiers ministres, fait valoir le président de la Commission. Ceci dit, il ne faut pas dramatiser, il n’y a pas un conflit, là, entre Renzi et Juncker. Nous ne sommes pas des petits enfants. Je n’ai pas de problème particulier avec Renzi, que j’apprécie pour le reste hautement. Je n’ai pas de problème avec Cameron ; M. Cameron a un problème avec les autres Premiers ministres. »

Chic! ça allait être la bagarre!

Pour mener à bien son entreprise de reconquête politique de l’opinion européenne, Juncker avait d’ailleurs décidé de sabrer dans les effectifs du porte-parolat de la Commission, pour obliger les Commissaires à faire eux-mêmes le job et descendre dans l’arène.

Voilà qui partait donc sur les chapeaux de roue…

Patatras! la presse américaine torpille la Commission européenne

Puis… le consortium américain de journalistes d’investigation (ICIJ), relayé en France par Le Monde, lâche sa bombe: par l’entremise du cabinet Pricewaterhouse Coopers (qui se fait ici une publicité en or auprès de tous les candidats à l’optimisation fiscale), 340 grandes entreprises multinationales auraient négocié depuis de nombreuses années des accords fiscaux secrets (système dit de tax ruling) avec le Luxembourg pour bénéficier d’une optimisation fiscale.  Cette information, qui ne pose pas de problème juridique mais qui révèle une conception très… luxembourgeoise de la coopération économique et politique dans l’Union, percute de plein fouet Jean-Claude Juncker, ancien Premier Ministre luxembourgeois pendant plus de quinze ans.

Luxleaks : « Ces montages sont légaux mais… par lemondefr

Voilà une révélation qui en dit long sur les fondamentaux européens du président de la Commission. Les lecteurs de ce blog n’en seront toutefois pas surpris.

On s’étonnera quand même un peu de deux points. Premier point: la dépendance de l’Union vis-à-vis du cabinet américain PWC. C’est un peu comme si Barack Obama demandait à la BNP de gérer les comptes de la Maison Blanche. Deuxième point: l’opportunité du moment où ces révélations tombent. Les Etats-Unis voudraient affaiblir (encore un peu plus) l’Europe à un moment critique, ils ne s’y prendraient pas autrement.

Juncker déjà dans les cordes

Assez curieusement, le petit père Juncker ne s’attendait pas à un hypercut aussi violent, et il s’est aussitôt retrouvé dans les cordes, annulant précipitamment une apparition publique dans une conférence à Bruxelles. C’est pas bien ça, Jean-Claude! Du coup, son service de sécurité politique est monté au front pour le protéger, le temps qu’il se remette du choc.

Ainsi, Michel Sapin s’est empressé de déclarer:

Cette affaire « est le reflet du passé (…) je souhaite qu’on regarde l’avenir, on est en train de travailler à grande vitesse » sur la lutte contre l’optimisation fiscale, qui « n’est plus acceptable pour personne« , a déclaré à Bruxelles le ministre français des Finances, Michel Sapin. Mais elle doit être « mondiale« , a-t-il ajouté soulignant que le Luxembourg n’était pas le seul paradis fiscal.

Le chevalier teutonique Wolfgang Schaüble s’est dressé sur son meilleur destrier:

ce n’est « pas du tout » dommageable à M. Juncker. « Ce n’est pas lié à un gouvernement en particulier« , selon lui, « c’est dans le cadre légal, mais nous travaillons à changer la législation« .

Au moins, on sait maintenant qui soutient Juncker en Europe. Peut-être Michel Sapin peut-il donner à Juncker les coordonnées de Cahuzac pour avoir quelques conseils en matière de communication de crise.

La Commission européenne se ridiculise sur ses prévisions économiques

Le Luxleaks a constitué l’acmé, comme disaient les Grecs avant la Troïka, d’une semaine éprouvante où la Commission a manifesté sans attendre tout son ridicule et toute sa large incompétence. En effet, une semaine après avoir écrit à dix-huit gouvernements nationaux de l’Union que tout allait bien, le commissaire finlandais Katainen a, flanqué de l’élève Moscovici, donné une conférence de presse pour dire à la France exactement le contraire!

Si la réalité n’était pas aussi sombre, on en rirait presque. Katainen et Moscovici ont en effet annoncé que, selon eux, la croissance dans l’Union serait encore plus faible que prévu. Alors que, pour 2015, l’Union anticipait un taux de 1,7%, il ne devrait être que de 1,1%. Bref, un tiers de moins qu’espéré. Ce mauvais chiffre est évidemment le signal d’un naufrage progressif de l’Union, et singulièrement de la zone euro, présentée en son temps comme un laboratoire de prospérité pour le futur de la planète entière. Belle réussite!

Annoncer avec un sourire fat de premier de classe qu’on s’est trompé dans les prévisions, et que la performance prévue est en fait un échec cuisant? On comprend pourquoi Moscovici est allé à Bruxelles: son expérience à Bercy le légitimait totalement dans le rôle. Katainen, qui manifestement ne comprend rien aux notes que les services de la Commission lui distribuent, a même ajouté:

« La situation de l’économie et de l’emploi ne s’améliore pas assez vite »

On ne trahira pas de secret en affirmant que Katainen ne recevra jamais le prix Nobel d’économie, en revanche, pour le prix de l’humour… il pourrait détrôner Mister Bean.

Déflation ou pas déflation?

Dans sa conférence sur les prévisions économiques de l’Union, le touchant duo Mosco-Katainen a écarté le scénario d’une déflation en Europe. Vu la teneur générale de la conférence, on peut commencer à avoir froid dans le dos. On n’est pas les seuls! Même les économistes du Crédit Agricole la craignent, c’est tout dire.

En réalité, la question de la déflation a occupé l’essentiel des discussions de la BCE. Alors que la presse s’attendait à un calme plat sur le sujet, la semaine a été beaucoup plus agitée que prévu. Des rumeurs de dissensions sur la politique monétaire au sein même de la BCE (là encore annoncées il y a plusieurs semaines sur ce blog) à l’approche de la réunion des gouverneurs de jeudi ont souligné l’extrême sensibilité des marchés à la situation.

Finalement, Mario Draghi a surpris les marchés en affirmant que non seulement les taux ne bougeraient pas, mais que, à l’unanimité des gouverneurs, le recours à de nouvelles armes monétaires comme le rachat massif de dettes souveraines était en préparation.

« Le Conseil des gouverneurs a chargé les équipes de la BCE et les comités appropriés de l’Eurosystème d’assurer la préparation en temps voulu de nouvelles mesures à mettre en oeuvre si nécessaire », a-t-il ajouté. (…)

« Quand nous avons des divergences sur nos points de vue, sur nos politiques (…) il n’y a pas de séparation entre le Nord et Sud. Il n’y a pas de coalition, pas du tout », a dit Mario Draghi en référence aux pays du Sud de la zone euro réputés plus favorables à de nouveaux assouplissements de la politique monétaire et les pays du Nord dont l’Allemagne, plus orthodoxes.

« Le diner (à la veille de la réunion du conseil des gouverneurs) s’est déroulé mieux que prévu », a-t-il dit.

Traduction: face aux risques ambiants de déflation, même l’Allemagne s’est laissé convaincre de faire un geste.

Le monde entier au chevet d’une zone euro à l’agonie

Il faut dire que la situation en Europe est si inquiétante que les sommités mondiales interviennent pour donner leur diagnostic à la Diafoirus sur l’état du malade.

Ben Bernanke, ancien gouverneur de la Réserve Fédérale américaine, a par exemple plaidé pour un quantitative easing européen (consistant très concrètement à porter le bilan de la BCE de 2.000 à 3.000 milliards). Mais il a aussi dit toute son inquiétude quant à l’attitude de l’Allemagne qui ne veut surtout pas voir la BCE se transformer en prêteur en dernier ressort.

Même Christine Lagarde est venue dire à Paris, dans une conférence organisée par la Banque de France, toute son inquiétude pour l’état de santé du Vieux Continent, qui risque bien d’être infiniment plus contagieux, pour le monde entier, que le virus Ebola.

« Dans cette partie du monde, il faut répéter encore et encore que la politique monétaire, ce n’est pas tout et qu’il faut une combinaison de politiques budgétaires saines et d’utilisation d’un espace budgétaire pour les pays qui en disposent afin de soutenir la croissance », a-t-elle dit.

« Clairement, ce qui a été fait hier est très loin de ce qui est nécessaire ».

Comble du désaveu pour l’euro, vendu, répétons-le, en son temps comme l’arme absolue pour assurer le bonheur des peuples, l’OCDE elle-même a dit combien la monnaie unique mettait aujourd’hui en danger l’économie mondiale.

Sapin voudrait bien, mais ne peut point

Cette idée de coordonner politique monétaire et politique budgétaire pour enrayer la déflation et relancer l’activité fait partie de la panoplie keynésienne de base qui était enseignée à l’ENA à l’époque où Michel Sapin la fréquentait. Aussi ne ménage-t-il pas sa peine, comme au bon vieux temps du concours de sortie, pour que les gouvernements européens mettent en pratique les bonnes recettes de l’école.

« Le but est d’augmenter le potentiel de croissance de la zone euro. Pour cela, il faut faire les réformes, et adapter le rythme de réduction des déficits par ailleurs. Je ne parle pas de délai, le rythme est le mot que j’utilise depuis le début. La France ne dit pas : encore une minute Monsieur le bourreau !, assure M. Sapin. Je ne dis pas cela parce que nous avons un problème en particulier, mais parce que cela nous paraît être le bon raisonnement pour l’Union européenne. »

Tout le problème de Sapin, c’est la crédibilité! la France, en 2016, devrait en effet être le cancre définitif de l’Europe en matière budgétaire. Pour un gouvernement qui annonçait monts et merveilles après la calamiteuse ère Sarkozy, ça promet! En attendant, la France a un peu de mal à convaincre ses voisins de la suivre sur son chemin aussi exemplaire.

L’Allemagne donne l’aumône à la France et prie pour son sauvetage

Face à ces pressions internationales, Maman Angela a décidé d’ouvrir son porte-monnaie et de faire un geste à destination des pauvres. Elle consent glorieusement un investissement public de … 10 milliards d’euros en 3 ans, là où la Commission Européenne fera un effort de 300 milliards, et là où la France, en octobre, demandait 50 milliards. On reste confondu devant un tel accès de générosité.

Comble d’ironie, Martin Schulz, le président allemand du Parlement européen, confirmait la venue du pape François à Strasbourg. Le message est clair: il n’y a plus à l’Europe qu’à prier pour éviter la grande catastrophe.

Avec le pape François, nous recevons l’un des grands dirigeants de notre temps, qui est en ce moment un point de référence non seulement pour les catholiques, mais aussi pour de nombreuses personnes. Il est un élément d’orientation à une époque où nombreux sont ceux qui, à l’inverse, sont désorientés parce que le monde avance à une vitesse dramatique, bien souvent dans des directions très risquées.

Nous avons besoin de ce dialogue. Sans être catholique pratiquant, j’ai pu mesurer, lorsque j’étais maire, qu’en l’absence de l’engagement des Églises, des communautés religieuses, des laïcs, la société ne fonctionne pas.

Sortie annoncée de la Grande-Bretagne

Face à ce désastre que plus rien n’arrête, les esprits continentaux s’accoutument à l’idée du départ des premiers rats: les Britanniques. Angela Merkel, en particulier, s’est faite à cette migration imminente. Il semblerait que l’élément déclencheur de la résignation allemande tiennent aux quotas d’immigrants que la Grande-Bretagne voudrait instaurer: si l’Allemagne ne peut plus déverser son trop-plein d’arrivants de l’autre côté de la Manche, la présence de la Grande-Bretagne dans l’Union ne se justifie plus.

Selon Der Spiegel, si le locataire du 10 Downing Street persistait dans cette idée, ce serait pour Angela Merkel, un « point de non retour » et Berlin ne s’efforcerait plus alors, comme aujourd’hui, de maintenir le Royaume-Uni dans l’Union européenne. La chancelière aurait, selon les sources gouvernementales citées par Der Spiegel, informé David Cameron de cette décision dans un entretien en marge du dernier sommet européen de la fin octobre.

Du coup, une paix blanche et froide s’installe, et l’Union consent à un délai de paiement pour le chèque de sortie de 2 milliards que la Grande-Bretagne doit régler.

L’Europe au bord de l’abîme

Dans ce contexte ragaillardi, l’annonce par le doux président ukrainien Porochenko de l’entrée de dizaine de chars russes sur le territoire a joué le rôle de la goutte d’eau qui mettait le feu aux poudres. Il n’en fallait pas plus pour que les marchés, déjà alarmés par la situation économique angoissante de l’Union, ne se remettent à vaciller.

Mais, cette fois-ci, faut-il vraiment se dire: « Chic! ça va être la bagarre! »

La démocratie sociale contaminée par la désillusion populaire

Les affaires en cours à la CGT finissent de contaminer la démocratie sociale: le virus de la désillusion populaire aura-t-il raison d’elle?

La démocratie sociale, une imposture qui dure depuis 1945

Lorsque le Conseil National de la Résistance a fondé, en 1945, notre merveilleuse sécurité sociale, une imposture s’est mise en place: ce bidule initialement gouverné par les syndicats de salariés, puis patronaux, à parité, s’est indûment fait passer pour un outil de démocratie sociale. En réalité, la Sécurité Sociale fut à la fois un trompe-l’oeil commode et un prétexte pour éviter aux entreprises françaises d’entamer le grand virage du dialogue social interne, et pour cantonner l’action syndicale à des sujets nationaux stratosphériques. La galaxie paritaire française venait de naître qui, depuis cette date, a connu une expansion constante, de plus en plus coûteuse, et de plus en plus déconnectée de la réalité économique du pays.

Depuis 1945, la France vit dans la fiction d’une démocratie sociale vertueuse qui animerait notre « modèle social » et garantirait le bonheur collectif. Peu à peu, cette illusion se fissure, et le voile se lève sur un spectacle différent: prévarications, arrangements et combinazioni, collusions avec le pouvoir et recherches de petits ou grands avantages maquillés sous une épaisse couche de crème pharisienne aux huiles d’égalitarisme et de protection des avantages acquis.

Pendant ce temps, de grandes entreprises françaises continuent à mener une répression syndicale indigne d’un pays avancé comme le nôtre. C’est notamment le cas au sein du groupe Elis, qui a licencié deux salariés pour avoir distribué des tracts de la CFDT. Rappelons que le seul syndicat autorisé au sein du groupe Elis est la CFTC, qui reste « représentative » en France grâce à ce type de collusion lamentable.

L’appartement de Thierry Lepaon et la démocratie sociale

L’affaire de l’appartement, en elle-même, ne suffirait pas à écorner la démocratie sociale. C’est plutôt l’attitude de Thierry Lepaon, et ce qu’elle révèle, qui agit comme un puissant agent destructeur pour le principe du dialogue avec les syndicats de salariés.

Cette semaine, Thierry Lepaon s’est en effet consacré à une explication simple, relevant de la stratégie dite des « 3 petits singes »: rien vu, rien entendu, rien dit. Il soutient avoir découvert l’ensemble du dossier dans la presse, et en reporte l’ensemble de la responsabilité sur l’administrateur de la CGT, Eric Lafont. Cette stratégie de déni illustre bien la « logique à l’ancienne » (celle d’avant Internet, où seule la parole des médias officiels était audible et la transparence impossible): face à une évidence, on assène un gros mensonge en se disant que ça va passer. Le problème de Lepaon est que le monde contemporain est devenu allergique au déni, et que la déconnexion entre les états-majors syndicaux et la réalité des Français apparaît flagrante dans ce genre d’occasions.

D’ailleurs, l’affaire Lepaon produit déjà des ravages au sein même de la CGT. On lira avec intérêt les publications des militants sur le sujet. Il a même fallu sortir le prédécesseur de Lepaon, Bernard Thibault, de son mausolée, pour tenter d’endiguer le tsunami. Il est désormais la seule voix de la CGT audible et crédible sur les grands sujets sociaux, alors que l’appel à la grève des cheminots est un flop et que la moindre phrase de Lepaon est passée au crible, y compris par la presse la plus complaisante.

Si le maintien en fonction du secrétaire général de la CGT paraît de plus en plus compliqué (mais néanmoins possible), c’est la démocratie sociale dans sa globalité qui est atteinte.

La CFDT s’arc-boute sur de mauvais combats

L’ensemble des organisations syndicales se trouve menacé par l’affaire Lepaon, tant celle-ci ouvre un gouffre de déceptions et de suspicions sous leur pied. Du coup, le gouvernement et la CFDT, grand syndicat réformiste et attaché au paritarisme, bordent pour sauver la maison. Cela tombait bien: la CFDT fêtait ses cinquante ans cette semaine. C’était l’occasion de faire une belle démonstration de force.

50 ans de la CFDT : Discours de Laurent Berger par CFDT_TV

Cet événement ne manquait pas d’intérêt puisque la CFDT est le partenaire principal du MEDEF et de l’Etat dans ce grand système de pilotage national qui caractérise la démocratie sociale à la française. Pour la CFDT, la préservation des apparences dans ce système en crise est de plus en plus compliquée, et Laurent Berger, dans son discours d’anniversaire, ne l’a pas caché: tout accord signé est désormais suivi d’une contestation dans les rangs mêmes des signataires (l’assurance chômage en constituant un parfait exemple).

Du coup, pour donner le change, la CFDT défend becs et ongles les quelques résultats qu’elle a obtenus sous l’ère Hollande, comme le compte pénibilité. Chacun sait pourtant que le compte pénibilité est une aberration, puisque la France est le seul pays industrialisé à s’être inscrite dans cette voie, parmi une myriade de pays qui sont confrontés au même problème. En même temps, alors que le gouvernement tarde à mettre en place la réforme de la généralisation de la complémentaire santé (peu de décrets sont parus) obtenue en 2013 par la même CFDT, celle-ci se cramponne à son maigre butin de guerre pour justifier sa politique de collaboration avec les autres bords de la démocratie sociale.

De fait, et plus encore qu’à l’époque de Nicole Notat, dont la réélection à la tête de la CFDT en 1995 a encore fait gloser, le syndicalisme réformiste peut difficilement cacher la fragilité de ses paris.

La pénibilité tourne au vinaigre

Face à l’incommensurable complexité qu’imposera le compte pénibilité, le mouvement patronal est contraint par sa base à une action de revendication forte. Non seulement la nouvelle majorité au Sénat permet un lobbying intense qui a débouché sur le détricotage de la mesure à l’occasion du débat sur la loi de financement de la sécurité sociale pour 2015, mais MEDEF et CGPME ont décidé de battre le pavé début décembre pour faire valoir leurs arguments.

Le gouvernement se trouve donc dans une situation compliquée: soit il fait preuve de bon sens en supprimant le compte pénibilité, mais il fragilise la démarche réformiste de la CFDT à un moment où la CGT boit le bouillon, soit il fait le jeu de ses soutiens et de sa majorité en maintenant sa réforme, et il nourrit une nouvelle polémique avec les entreprises, tout en prenant une décision économiquement dangereuse.

A ce stade, seule Marisol Touraine s’est vraiment exprimée sur le sujet. On attend la position définitive de Manuel Valls.

Le gouvernement ne cache plus son hostilité à Pierre Gattaz

Pour le Premier Ministre, la question de la pénibilité est rendue singulièrement complexe par l’intégrisme de Pierre Gattaz, qui multiplie les petites phrases sur le mode « anarchisme de droite » où toutes les règles sont conspuées sauf, bien entendu, celles qui le servent. Ainsi, le combat patronal contre la pénibilité se trouve-t-il embarquée dans d’autres combats beaucoup plus difficiles à soutenir, comme la dénonciation de la convention de l’OIT imposant la motivation du licenciement.

Pour l’ensemble du champ social, cette posture gattazienne devient un inconvénient majeur. Le ministre du Travail a d’ailleurs commencé à la pointer du doigt. De son côté, Michel Sapin a rappelé à Pierre Gattaz ses engagements de créer un million d’emplois, avec le pin’s qui les accompagnaient.

Dans la pratique, Pierre Gattaz a reçu en une quinzaine de jours plusieurs avertissements très directs du gouvernement, qui laissent à penser qu’une crise majeure devrait intervenir, et que Manuel Valls devrait agir en sous-main pour fragiliser le président du mouvement patronal.

Le pacte de responsabilité affaiblit la démocratie sociale

Dans ce contexte tendu, la lenteur des fédérations patronales à mettre en place les contreparties au pacte de responsabilité cristallise un agacement manifeste de Manuel Valls. Celui-ci n’a pas hésité à le dire très clairement aux représentants patronaux lors d’une réunion du comité de suivi du pacte.

« Il reste trop de branches qui n’ont pas encore fait ce mouvement » d’engager des négociations, a déploré le Premier ministre à l’issue de l’installation du comité de suivi des aides publiques aux entreprises, à Paris, au siège de France Stratégie, organisme d’expertise placé auprès du Premier ministre.

« D’ici la fin de l’année, ce mouvement devra être engagé à tous les niveaux », a-t-il martelé, évoquant « l’impatience perceptible dans le pays »: « Les Français, les salariés, les parlementaires (…) attendent des engagements pour créer et sauvegarder de l’emploi ».

« Il n’est plus temps d’attendre et rien ne peut justifier l’attentisme », avait déclaré Manuel Valls lors de la rencontre, devant des responsables patronaux et syndicaux, des ministres et des parlementaires.

Le chef du gouvernement a appelé le patronat à « s’engager », estimant qu’il y avait pour l’instant « bien trop peu » d’accords dans les branches.

Dans son discours au 50è anniversaire de la CFDT, Manuel Valls en a rajouté une couche:

Les revendications « ne doivent jamais être le prétexte à l’inaction et au blocage », a-t-il dit. « Il n’est pas possible de soumettre sans cesse la volonté de s’engager à je ne sais quel préalable, à je ne sais quel ultimatum. Pour avancer, chacun doit prendre ses responsabilités. »

La CFDT emboîte le pas du gouvernement

Consciente du danger que l’immobilisme patronal fait peser sur le principe même de la démocratie sociale, la CFDT, par la voix de son secrétaire général Laurent Berger, s’est évidemment engouffrée dans le sillage de Manuel Valls. Lors d’une intervention devant les journalistes sociaux, il n’a pas hésité à taper dur…

« Dans certaines branches, notamment les banques, le patronat ne joue pas le jeu. Va-t-il continuer la politique de l’esquive, ne pas s’engager, notamment dans les secteurs qui bénéficient de beaucoup d’aides ? Le patronat doit faire attention de ne pas jouer contre son camp. Le montant des aides pour 2016 et 2017 n’est pas voté… J’attends du gouvernement qu’il soit ferme. Il mène une politique, il doit veiller à ce qu’elle soit respectée. »

Pour le dirigeant de la CFDT, le contrôle des aides passe par le dialogue social, dans les branches, mais aussi dans les entreprises : « Il y a des endroits, très peu, dans lesquels on a eu un dialogue social sur le Cice, les employeurs étant tenus d’informer les comités d’entreprise de son usage. Mais c’est la première année, et les patrons n’ont pas l’habitude… Il y a une part de cynisme venant d’eux, certains n’ont pas la pratique du dialogue social et refusent d’informer leurs salariés. Le gouvernement doit faire respecter la loi. »

Laurent Berger regrette que le patronat « passe plus de temps à contester les décisions inscrites dans la loi qu’à tenir ses engagements ». Selon lui, plusieurs visions cohabitent au sein du patronat : « pour certains, cela se résume à être un lobby, sans s’enquiquiner du dialogue social et quitte à alimenter des positions politiques ; d’autres vantent les effets du dialogue social, y compris pour les bienfaits qu’il apporte à l’économie allemande, mais ils ne sont pas majoritaires ; et il y a ceux qui hésitent, et qu’il faut convaincre que le dialogue social est certes compliqué, mais nécessaire pour faire avancer notre économie ».

Difficile synthèse patronale sur la démocratie sociale

Pour le mouvement patronal dans son ensemble, la situation est loin d’être simple. Derrière les revendications faciles et tonitruantes exprimées par Pierre Gattaz comme une fuite en avant, se cache une vraie difficulté à réaliser des synthèses opératoires sur les grands dossiers du moment. Dans le cas de la modernisation du dialogue social, par exemple, le MEDEF a été contraint à reporter la séance de négociation prévue avec les organisations syndicales.

Officiellement, il s’agit de permettre la rédaction d’un texte de qualité. Dans la pratique, personne n’est dupe: la CGPME se livre à un tir de barrage pour empêcher toute extension du dialogue social dans les entreprises relevant de son champ, et aucun autorité ne trouve l’issue de ce dilemme. Ces événements seront intéressants à suivre, puisqu’ils devraient montrer le degré de désagrégation du camp patronal face à la question de la démocratie sociale. Le patronat français souhaite-t-il (et c’est la ligne de la CGPME) préserver le modèle issu de 1945, qui lui garantit un vide syndical dans les entreprises, ou veut-il moderniser son modèle en se rapprochant des pratiques en vigueur en Allemagne?

La question est au coeur des discussions.

Comment Valls s’apprête à tuer la démocratie sociale version CNR 1945

Si le bonapartiste libéral Valls doit faire bonne figure face à ces tergiversations qui retardent sa politique, et s’il doit continuer à naviguer en eaux troubles pour ne pas fragiliser ses relations avec la CFDT, en sous-main il a néanmoins décidé d’agir pour tuer ces corps intermédiaires qui retardent la marche des armées par leurs incessants synodes.

Ainsi, dans le domaine des retraites complémentaires a-t-il annoncé que les URSSAF seraient désormais chargées de collecter les cotisations. Cette mesure d’apparence technique est en réalité un séisme politique qui constitue un pas nouveau vers la mise à mort de l’héritage paritaire de 1945 (et on s’en félicitera!). Rappelons en effet que le système des retraites complémentaires est un avatar du paritarisme de 1945. Mis en place à partir de 1947, il a permis aux « partenaires sociaux » de gérer des mânes colossales grâce auxquelles les mouvements syndicaux (salariaux comme patronaux) pouvaient vire sans adhésion.

En étatisant le système, Manuel Valls prépare fort heureusement son intégration à la sécurité sociale et annonce probablement une grande réforme systémique de notre protection sociale. Enfin!

Lepaon: ambiance fébrile à la CGT

Selon mes informations, l’ambiance à la CGT est de plus en plus tendue dans la foulée des révélations faites par le Canard Enchaîné.

Il faut dire que la posture de Thierry Lepaon lors de la réunion de crise organisée mardi soir tenue au siège, porte de Montreuil, n’a rien arrangé. Thierry Lepaon a en  effet mobilisé tout le savoir du guide de la communication politique en usage en Corée du Nord pour répondre aux questions des militants. Entre le déni systématique de toute erreur personnelle d’appréciation et l’invocation d’un complot destiné à affaiblir une CGT trop gênante pour le pouvoir, ceux qui voulaient y voir clair sont restés sur leur faim et ont quitté la salle avant de donner le moindre quitus à leur secrétaire général.

Le lendemain matin, Thierry Lepaon enfonçait son trésorier, Eric Laffont, sur le dossier, et n’hésitait pas à l’accabler publiquement et sans nuance, tout en se dédouanant lui-même de toute faute.

Les murmures vont bon train. Certains commencent à s’étonner que plus de 100.000 euros aient quitté les caisses pour rénover un appartement déjà remis à neuf. Cet argent a-t-il vraiment servi à financer des travaux, demandent-ils.

Ceux-là n’hésitent pas à penser que le Canard Enchaîné leur apportera prochainement d’autres explications.

MEDEF: Sortir des conventions de l’OIT?

Le président du MEDEF, Pierre GATTAZ, a surpris de nombreux interlocuteurs en proposant, dans une interview à la presse, de sortir le droit français du licenciement du giron de l’Organisation Internationale du Travail. L’OIT, qui garde le temple des droits des salariés, dispose en effet, dans l’article 4 de sa convention n°158 : « Un travailleur ne devra pas être licencié sans qu’il existe un motif valable de licenciement lié à l’aptitude ou à la conduite du travailleur ou fondé sur les nécessités du fonctionnement de l’entreprise, de l’établissement ou du service. »

#tweetclash : #Gattaz, toujours plus provocateur par Lopinionfr

Ce principe n’est pas une création isolée dans l’ordre juridique international, et encore moins dans l’Etat de droit au sens large. Il fut conçu pour protéger la lutte contre les discriminations dans la sphère économique. En particulier, l’obligation de motiver un licenciement permet de limiter la discrimination contre les syndicalistes, mais aussi la discrimination raciale ou religieuse.

Il est assez curieux de voir cette proposition émerger à un moment où les libertés publiques sont malmenées et où, tout spécialement, les questions religieuses parcourent de façon de plus en plus intense le débat public.

On peut comprendre l’objectif de « flexibilité » ou de plus grande souplesse poursuivi par le président du MEDEF. En revanche, la voie choisie pour promouvoir cette souplesse paraît singulièrement disproportionnée et en rupture avec la tradition française de liberté et d’égalité. Comment en effet justifier que la France s’isole aussi brutalement de l’ordre juridique libéral qui prévaut dans le monde en préconisant une mesure qui est à l’opposé de son histoire et de la marque qu’elle a laissé aux autres nations ?

Dans la recherche de performance de l’entreprise, l’abandon par la France de la convention n°158 pourrait d’ailleurs céder rapidement la place au chaos, en transformant les rapports sociaux en une foire d’empoigne ou toute décision patronale sera vécue comme le caprice d’un prince tout-puissant. Dans ces conditions, on voit mal quel engagement les salariés pourraient sérieusement poursuivre de façon sincère et durable.

Il est d’ailleurs assez étonnant de voir que l’appel du sens lancé par la transformation numérique de la société soit si mal entendu par le mouvement patronal. Mais peut-être que le mouvement patronal se sent plus conservateur que libéral.

La Commission Européenne s’amuse de la croissance

La Commission Européenne s’est livrée hier à un divertissant exercice de prévision économique. Une bonne façon de montrer que l’équipe nouvelle devrait continuer dans une voie suivie par celle de la précédente: l’inconséquence.

Moscovici sous contrôle

Pour la première sortie officielle du flamboyant commissaire français, notre Pierre Moscovici national, chargé des affaires économiques, le public n’aura pas été déçu. Comme prévu, il s’est exprimé en second, après Jyrki Katainen, vice-président de la Commission et chargé de la croissance. Ceux qui avaient soutenu que Mosco serait un commissaire de plein exercice et totalement émancipé par rapport à Katainen ont eu un premier indice de réponse à leur question.

Vérité un jour, erreur le lendemain

Les mauvaises langues se sont évidemment immédiatement souvenu que, pas plus tard que la semaine dernière, Jyrki avait écrit à Michel Sapin pour lui valider son budget, en n’y voyant pas de dérapage sérieux. Il avait au demeurant validé tous les budgets des Etats-membres de l’Union.

Assez curieusement, la petite musique qu’il a entonnée aujourd’hui était assez différente. Dans son document relatif à la France, la Commission Européenne a en effet relevé que le déficit français devrait être plus important que prévu. Elle l’estime même à 4,7% du PIB en 2016, si le gouvernement français ne change pas son fusil d’épaule.

Mais comment, en une semaine d’intervalle, la Commission peut-elle tenir des discours aussi différents sur un seul et même budget?

Michel Sapin a son idée sur le sujet: la Commission a présenté hier des documents élaborés avant les « corrections » présentées par la France la semaine dernière à son budget 2015. Alors… si c’est une erreur de document, tout s’explique.

La zone euro, zone sinistrée

Au passage, l’exercice de prévision économique pour l’ensemble de l’Union auquel le duo de commissaire s’est livré a encore une fois montré l’aveuglement des décideurs européens.

Selon la Commission, la zone euro ne devrait en effet connaître qu’une croissance de 0,5% cette année et de 0,8% l’an prochain contre les 0,8 et 1,2 annoncés au printemps. L’Italie devrait entrer en récession. Un constat accablant pour la monnaie unique qui devait nous apporter la prospérité.

« La situation de l’économie et de l’emploi ne s’améliore pas assez vite », a commenté Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne chargé de la croissance. « La Commission européenne utilisera tous les outils et ressources à sa disposition pour créer plus d’emplois et de croissance en Europe », a-t-il insisté, notamment sous la forme du plan d’investissement de 300 milliards d’euros sur trois ans promis par son président, Jean-Claude Juncker.

La fiction du plan d’investissement à 300 milliards€

Bien entendu, le grand fantasme du plan à 300 milliards€ a bon dos, mais chacun sait que cette somme dérisoire n’apportera pas un fifrelin de croissance supplémentaire. La BCE, de son côté, tente d’augmenter son bilan de 2.000 à 3.000 milliards€ mais n’y parvient pas, malgré les risques inconsidérés qu’elle prend pour y arriver. Et, comme par hasard, l’idée de coordonner politique budgétaire et politique monétaire n’a pas encore effleuré le nouveau commissaire aux Affaires économiques Pierre Moscovici:

« Il n’y a pas de solution unique et simple pour résoudre les difficultés de l’économie européenne. Il nous faut ordonner notre action autour de trois axes: des politiques budgétaires crédibles, des réformes structurelles ambitieuses et l’investissement indispensable des secteurs public et privé », a renchéri le nouveau commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici.

On vous le garantit, le retour de la croissance dans l’Union n’est pas pour demain, et encore moins dans la zone euro.