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Auteur : Redaction

Mais pourquoi Macron est-il si soutenu par BFM TV?

Pas mal, le soutien massif de BFM TV à Emmanuel Macron. On a l’habitude de voir les mêmes informations passer en boucle sur cette chaîne, donc on n’est pas complètement surpris. Mais à ce point tout de même… La chaîne n’en a pas démordu de toute la journée, comme si plus rien d’autre ne se passait en France que la déclaration de candidature de l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée.

Quand on y regarde de près, on se pose quand même quelques questions sur la machine médiatique qui a décidé (avec maladresse) d’installer le jeune Macron dans le fauteuil du sauveur de la République.

Drahi, Macron et Bernard Mourad

Les amateurs d’entrefilets à signaux faibles ont évidemment noté cette information passée inaperçue début octobre: Patrick Drahi, homme d’affaires sulfureux, surendetté et très influent pèse de tout son poids dans la campagne du jeune Macron. Il lui a même délégué l’un de ses meilleurs colonels: Bernard Mourad.

Bernard Mourad, le patron d’Altice Media Group va abandonner ses fonctions dans les prochains jours pour rejoindre l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron comme conseiller spécial. (…) Ce proche de Patrick Drahi a choisi de démissionner pour éviter tout conflit d’intérêt dans ses nouvelles missions auprès de l’ex ministre de l’Economie, un ami de plus de 15 ans.

Son arrivée structure le mouvement « En Marche!», lancé en avril dernier par Emmanuel Macron, pour le transformer en véritable parti politique. Bernard Mourad sera plus spécifiquement en charge des questions et relations avec les sphères économiques. Cet ancien banquier d’affaires devrait également apporter une aide précieuse, grâce à ses réseaux, dans la recherche de financements pour la campagne présidentielle. (…)

Auparavant directeur général de Morgan Stanley à Paris, Bernard Mourad s’est fait connaître pour avoir épaulé Patrick Drahi sur ses deals dans les télécoms, notamment le rachat de SFR, en 2014. Durant sa carrière de banquier d’affaires, il s’était également construit une solide réputation dans le secteur des médias en conseillant l’américain Hearst dans le rachat des magazine internationaux de Lagardère. Il avait aussi conseillé Mondadori dans l’acquisition d’Emap France et accompagné des fonds d’investissement pour la reprise d’une partie de Vivendi Publishing.

Tiens! tiens! on en apprend des choses. En tout cas, Macron est bien placé pour expliquer qu’il est « contre le système » et qu’il veut rompre avec lui.

Drahi et BFM TV

À propos, je ne sais pas si vous vous souvenez que, après avoir racheté SFR en 2014, Drahi a racheté NextRadio, propriétaire de… BFM TV, en 2015. L’ensemble, appelé Altice Media, est fusionné par Mourad avec SFR en 2016. Il comporte d’autres titres bien connus comme l’Express qui, lui non plus, ne ménage ni son temps ni sa peine pour donner une bonne image de Macron.

Amusant non? un patron de presse qui soutient massivement un candidat à la présidentielle jusqu’à lui faire occuper la une de tous ses titres en disant du bien de lui…

Quand Macron faisait un gros cadeau à Drahi

Oui, mais… en 2014, l’histoire du rachat de SFR par Drahi mérite qu’on s’y arrête de près.

Lorsque Drahi présente sa candidature au rachat, il entre en concurrence avec Bouygues. Montebourg est alors ministre de l’Economie et s’oppose à la candidature de Drahi:

«Numericable a une holding au Luxembourg, son entreprise est cotée à la Bourse d’Amsterdam, sa participation personnelle est à Guernesey dans un paradis fiscal de Sa Majesté la reine d’Angleterre, et lui-même est résident suisse! Il va falloir que M. Drahi rapatrie l’ensemble de ses possessions, biens, à Paris, en France. Nous avons des questions fiscales à lui poser!»

disait à l’époque Montebourg. Nous sommes alors en mars 2014.

Et puis Montebourg, à la rentrée 2014, est viré du gouvernement. Et puis Macron lui succède. Et puis BFM TV nous apprend un jour que Macron vient d’autoriser discrètement le rachat de SFR par Drahi.

Le 28 octobre, le ministre de l’Economie a discrètement donné son feu vert à l’opération.

Ce feu vert était nécessaire suite au décret sur les investissements étrangers, signé le 14 mai dernier par Arnaud Montebourg justement. Ce décret soumet à l’approbation de Bercy tout rachat dans les télécoms.

Oh! le joli cadeau… dont Le Monde a décrit les bienfaits financiers pour Drahi lui-même.

Macron attendu au tournant?

Ces petites histoires, évidemment, tout le monde les connaît, et elles ne devraient pas tarder à jouer un vilain tour à Macron. Celui-ci va très vite devenir un puissant gêneur. Donc…

Dans le cas des soutiens très voyants accordés à Macron par les titres de Drahi, il ne s’agit plus seulement de maladresse. Il s’agit d’une véritable provocation, que ses adversaires ne tarderont pas à torpiller. Macron a beaucoup fricoté avec les milieux d’affaires… Jouer, aujourd’hui, aux parangons de la rupture va constituer un exercice véritablement difficile à mener.

Macron tue-t-il définitivement toute candidature de gauche?

La candidature d’Emmanuel Macron annoncée aujourd’hui diminue-t-elle de façon irrémédiable les chances que la gauche pourrait avoir de gagner? S’il est encore beaucoup trop tôt pour imaginer à quoi pourraient ressembler les résultats du premier tour des présidentielles, certains, à gauche, peuvent légitimement redouter que la candidature de Macron ne produise les mêmes résultats que celle de Christiane Taubira en 2002…

Macron chouchou des sondages pour la gauche

Certes, la campagne n’a pas encore commencé à gauche. Le paysage politique est donc loin d’y être fixé. De façon constante, néanmoins, Macron y est décrit comme favori par plusieurs sondages. Il devance largement à la fois Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon.

Redisons-le, ni Montebourg ni Mélenchon n’ont réellement donné le plein de leur campagne. Toutefois, l’un et l’autre ne pourront complètement ignorer le candidat Macron, dont les propositions sont encore largement inconnues. Ce dernier reçoit toutefois le soutien des partisans d’une gauche libérale modernisée dont le poids électoral exact est encore méconnu. Mais il est très probable que Macron représente plusieurs points de scrutin le jour de la présidentielle, soit au moins un million de voix. Peut-être plus…

La terrible mathématique des présidentielles

Un, deux, trois millions de voix (soit environ 6% au premier tour): ces chiffres mettent la gauche en risque manifeste. À la louche, 37 millions de Français devraient voter au premier tour en 2017. Pour obtenir 25% des voix, il faut donc décrocher entre 9 et 10 millions de voix.

Au premier tour de 2012, Hollande avait obtenu 10,2 millions de voix et Sarkozy 9,7 millions de voix. Marine Le Pen, donnée en tête du premier tour l’an prochain, avait récupéré 6,4 millions de voix. Ces chiffres donnent des bornes hautes significatives: pour se qualifier au second tour, il faut décrocher entre 6 et 10 millions de voix.

L’expérience de 2002 est encore plus parlante. L’abstention avait atteint 30% au premier tour et moins de 30 millions de Français avaient voté. Jacques Chirac avait viré en tête avec 5,6 millions de voix, et Jean-Marie Le Pen en avait obtenu 4,8 millions. Jospin avait été éliminé avec 4,6 millions. Il s’agit là de bornes basses: avec moins de 5 millions de voix, le candidat est en risque d’élimination.

La physionomie de 2017

En l’état, la présidentielle de 2017 pourrait donner lieu à un scénario intermédiaire entre 2002, avec beaucoup de candidats au coude-à-coude autour de 5 millions de voix, et 2012, où deux candidats s’étaient détachés autour de 10 millions de voix dès le premier tour.

Une projection simple laisse à penser qu’avec près de 7 millions de voix, Marine Le Pen pourrait être qualifiée au second tour. Si elle « virait » en tête, cela signifierait donc que son challenge se situerait autour de 6 millions de voix. Mathématiquement, ce calcul laisse la place à deux candidatures majeures à droite: l’une issue de la primaire, et l’autre contestant les résultats de cette primaire.

Dans cet ensemble, un candidat de gauche pourra-t-il rivaliser avec un duo Le Pen-Les Républicains? Toute la question est là: la gauche doit se trouver un candidat capable de dépasser les 6 millions de voix au premier tour.

Macron peut-il être le meilleur candidat de la gauche en 2017?

Face à ces chiffres, Macron, crédité (sur des échantillons non significatifs de 1.000 personnes) de 34%, peut en l’état créer une surprise. Cela suppose toutefois que ces bons scores durent par-delà la campagne de la gauche qui va commencer, et se traduisent dans les urnes.

On peut penser que la primaire de la gauche modifiera fortement la physionomie de la campagne menée par Macron. Personne ne sait, en l’état, si Hollande ou Valls seront candidats. Personne ne sait quel sera le score de Montebourg. Toutes ces inconnues pèsent fortement sur la recomposition des espérances de vote. Une primaire avec Hollande battant Montebourg ne donnerait absolument pas les mêmes chances de succès à Macron, qu’une primaire sans Hollande avec une forte victoire de Montebourg.

Dans tous les cas, un Macron obtenant 5% des voix au premier tour enlèverait à la gauche environ 2 millions de voix à son camp, ce qui est énorme.

Le fait Mélenchon incontournable

Dans ce paysage complexe, rappelons encore qu’en 2012, Mélenchon avait totalisé près de 4 millions de voix. Tout laisse à penser que son score de 2017 ne devrait pas se situer au-dessous de cette ligne de flottaison. Ses chances seront accrues si les militants communistes lui accordent leur confiance.

Une hypothèse d’un Mélenchon situé probablement entre 4 et 5 millions de voix rend particulièrement sensible la candidature Macron. Le couple Macron-Mélenchon pourrait constituer une sorte de trou noir d’au moins 7 millions de voix pour la gauche… soit près du quart du corps électoral qui se déplacera probablement aux urnes en mai 2017.

On le voit, la situation devient très compliquée pour le candidat de gauche restant. Le maintien d’une candidature écologiste, et de candidatures anti-capitalistes, n’aidera pas à passer le cap du premier tour au vu de la portion congrue qui reste.

Macron dans la durée…

L’inconnue majeure qui reste est de savoir quelle peut être la durée de vie d’un Macron. Pour l’instant, l’intéressé n’a pas dévoilé son programme et peut surfer sur le mythe de l’homme nouveau qui « rompt » avec le système. On peut parier que cet effet s’amoindrira, voire disparaîtra, à mesure qu’il sortira de ses ambiguïtés. On peut même compter sur ses amis de gauche pour ne lui faire aucun cadeau sur ce sujet.

Ce qui se jouera dans les prochaines semaines porte sur le manteau de voix que Macron devrait recueillir. Soit Macron parviendra à maintenir l’illusion (drolatique) qu’il n’est pas issu du système (lui, l’inspecteur général des finances enrichi dans la banque d’affaires), et il peut espérer s’approcher du second tour. Dans ce cas, il fossoiera définitivement l’ensemble de la gauche.  Soit la baudruche Macron se dégonfle, et la gauche retrouve une chance de passer au deuxième tour. Plus la baudruche se dégonflera, plus grande sera cette chance.

Macron, principal ennemi de la gauche

Pour le candidat issu de la primaire à gauche, il y aura donc une urgence: tailler des croupières à Emmanuel Macron. Une certitude est acquise aujourd’hui et une seule. La campagne de la gauche sera sanglante dans ses propres rangs, et produira l’effet probable d’une implosion atomique.

Macron assumera-t-il son bonapartisme?

Article écrit pour Atlantico.

Tiens! Emmanuel Macron déclare sa candidature, avec une interrogation majeure sur son angle d’attaque: assumera-t-il ou non le bonapartisme intrinsèque de son geste? Macron ne s’appuie en effet sur aucun parti ni sur aucun mandat pour partir à l’assaut de l’Elysée. Sa décision ne manque pas de panache. Elle se heurte toutefois à une difficulté historique de la politique française.

La tentation bonapartiste

Dans la candidature de Macron, il y a bien une sorte de relation historique entre les électeurs et lui. L’homme s’adresse directement au peuple, à l’opinion publique, en suivant une démarche qui n’a rien à envier à une mission de consultant dans une entreprise: phase de diagnostic, travail collaboratif, restitutions en bonne et due forme. Macron est concentré sur sa campagne comme un junior du Boston Consulting Group. Il en ressort quand même le sentiment d’une audace qui n’est pas déplaisante et qui attire plutôt la sympathie. Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur un candidat à la présidence qui défie les appareils officiels.

Cette relation singulière entre un homme et le corps électoral ressuscite bien le geste bonapartiste, et le projet ne manque pas de marquer les esprits.

Macron a-t-il les épaules d’un sauveur?

Reste à savoir si, au-delà des soutiens dont il bénéficie dans l’élite parisienne, Macron est taillé pour ce rôle de sauveur qu’il entend jouer. L’opinion publique française, on le sait, est exigeante. Elle aime que son président soit blanchi sous le harnais, qu’il fasse preuve d’endurance en subissant pendant plusieurs années l’épreuve électorale.

Jusqu’ici, Emmanuel Macron est passé à côté de cette loi du genre. Les sondages semblent lui conférer une réelle popularité à gauche, sans qu’il n’ait eu à user ses fonds de culotte sur les bancs des scrutins. Encore faut-il que sa candidature fasse long feu et qu’il survive au premier choc de la primaire à gauche. Ce sera son épreuve de vérité.

Le précédent de Ségolène Royal

Pour parvenir à ses fins, Macron use d’une technique dans laquelle certains verront un artifice: le programme collaboratif qui, décidément, devient une tarte à la crème de la politique française.

D’une manière générale, les programmes collaboratifs sont compliqué à faire vivre de façon sincère, dans la mesure où l’intelligence collective qu’il faut déployer pour réussir l’exercice est colossale. Les annonces de Macron méritent donc d’être prises avec un certain recul.

Ce recul est d’autant plus nécessaire que Macron s’affranchit du code implicite selon lequel seul un élu peut se présenter à l’élection présidentielle. Comme Ségolène et la « Ségosphère » de 2007, Macron devra donc réussir l’exploit de concilier une démarche bonapartiste très volontaire avec une logique de collaboration liquide. Ce mariage de la carpe et du lapin, de l’autorité et de l’écoute, de la verticalité et de l’horizontalité, est tout sauf simple à réussir.

Combien de temps la candidature Macron durera-t-elle? On suivra les sondages avec attention pour suivre l’évolution de ce parcours hors norme dont on a le sentiment qu’il se situe en permanence sur une ligne de crête. Mais c’est peut-être cela la politique: atteindre son objectif par un chemin escarpé, et sans trébucher.

L’Allemagne, grande perdante de l’élection de Trump

C’est l’Allemagne qui a effectivement perdu les élections américaines. Pendant que les aristocrates français en restent à leurs mimiques déconfites de mondains sidérés, les Allemands ont un peu de souci à se faire: ils sont les grands perdants de l’élection de Trump aux Etats-Unis.

La question de l’alliance avec la Russie

Sans que nous n’en soyons forcément très conscients, l’Allemagne entraîne l’Europe depuis plusieurs années dans une politique hostile à la Russie, qui contrarie d’ailleurs la tradition française. Historiquement, en effet, la France s’allie à la Russie pour contre-balancer le poids de l’Autriche et de la Prusse. La construction communautaire a obligé la France à rompre avec cette stratégie séculaire.

L’Allemagne utilise volontiers le bouclier militaire américain pour provoquer la Russie ou se livrer à une guerre d’influence dans l’ancienne sphère prussienne. C’est notamment le cas en Ukraine. Le renversement d’alliance promis par Trump, et qui pourrait signifier un retour partiel à la logique de partage avec l’Union Soviétique, devrait refroidir les ardeurs allemandes à l’Est.

La question de l’OTAN

Parallèlement, Donald Trump a beaucoup dénoncé le coût de l’OTAN pour les Etats-Unis. Contrairement à ce qu’a affirmé Hillary Clinton, il n’a pas proposé la « fin » de l’OTAN, mais seulement la modification des termes économiques de l’échange actuel. Pour Trump, l’OTAN coûte cher et ne rapporte pas assez.

NATO is unfair, economically, to us, to the United States. Because it really helps them more so than the United States, and we pay a disproportionate share.

(L’OTAN n’est pas juste, économiquement, pour nous les Américains. Parce qu’en réalité elle les aide plus qu’elle n’aide les USA, et nous payons une part trop élevée).

Tout le monde a compris que Trump allait entreprendre ce que la France aurait dû exiger depuis longtemps de ses voisins: ils vont payer pour leur sécurité. Au premier chef, Trump devrait présenter l’addition à l’Allemagne, qui se vante tant d’avoir retrouvé son équilibre budgétaire…

Flop définitif du TAFTA?

Du côté du libre échange, Trump a dit tout le mal qu’il pensait des accords commerciaux multilatéraux. Son élection constitue donc un sacré boulet pour le TAFTA, auquel Angela Merkel tenait tant. Rappelons là encore que l’Allemagne est le seul grand pays européen exportateur net, donc bénéficiaire du libre échange. La signature du traité constituait donc un enjeu important pour Merkel.

Avec l’arrivée de Trump, les termes même du commerce international pourraient connaître une profonde mutation. Dans la durée, la situation pourrait donc devenir très compliquée pour l’Allemagne.

Vers un réveil du nationalisme allemand?

Assez rapidement, des questions nouvelles pourraient être posées à l’Allemagne, questions taboues depuis 1945.

Si l’Allemagne est sommée de payer pour sa propre défense, il est peu probable qu’elle se contente de déléguer la gestion de ses opérations militaires. Selon toute vraisemblance, se posera donc rapidement la question du réarmement allemand. Ainsi, vingt ans après la réunification de la Prusse, le sujet tabou d’un renouveau militaire prussien sera remis sur la table européenne.

On mesure implicitement les tentations auxquelles l’Allemagne sera exposée dans les années à venir si Trump modifie effectivement la politique américaine en Europe. Réarmement, besoin de cultiver une sphère de coprospérité en Europe et dans le monde pour écouler ses produits, tensions grandissantes avec l’Allemagne autour du Lebensraum… Les démons du vingtième siècle devraient revenir rapidement.

Trump: une anthologie de la réaction nobiliaire en France

L’élection de Donald Trump a donné lieu à un déluge de réactions négatives en France. Toutes ont exprimé la réaction nobiliaire que notre pays traverse. L’aristocratie républicaine ne digère pas le vote américain et ne s’en cache pas. Et, une fois de plus, elle stigmatise chez les autres ce qu’elle pratique allègrement elle-même.

Alain Juppé dénonce la démagogie

Dans son meeting au Palais des Congrès de Bordeaux, Alain Juppé n’a pas caché son mépris pour Trump et l’a associé au Front National (et probablement à Nicolas Sarkozy…). Ses propos n’ont pas manqué de sel:

« Non au clivage, non à la démagogie qui dresse les Français les uns contre les autres, les élites contre le peuple. Cela ne mène à rien, sinon à des blocages plus dangereux encore » (…) « Je contribuerai à mener une campagne digne. Certains se complaisent dans le caniveau » (…) « Honte aux menteurs, honte aux calomniateurs, honte aux manipulateurs d’extrême-droite et à leurs complices. Je resterai digne face aux attaques de tous bords » (…).

« Le Front national nous ment » et ses idées sont « incompatibles avec nos valeurs et notre vision de la France »

La dignité d’un côté, la calomnie et le mensonge de l’autre. Juppé donne dans la dentelle.

François Hollande parle d’incertitude

De son côté, François Hollande a prononcé un rapide discours, tout à fait lunaire, où il a expliqué avec beaucoup d’habileté que l’élection de Trump ouvrait une période d’incertitudes:

En l’écoutant, on se demande si la France n’est pas la plus grande puissance du monde, chargée de veiller au grain américain. Peut-être François Hollande devrait-il examiner son bilan avant d’écrire ses discours. En tout cas, que le bonhomme Hollande se présente comme le garant d’un ordre international paraît totalement estomaquant, et même déplacé au regard de son action.

Ayrault et ses impressionnantes gaffes diplomatiques

Le pompon français a probablement été atteint par le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, qui a tenu des propos qui laissent perplexes sur l’intelligence que le personnage peut avoir de son rôle.

Vigilance, exigence par rapport à nos intérêts mais aussi par rapport à notre conception du monde. On ne veut pas d’un monde où chaque pays se recroqueville derrière ses frontières, monte des murs et ne règle rien et c’est l’égoïsme qui triomphe. […] Il y a plus d’incertitudes mais nous travaillons justement pour les lever. […] Je peux vous dire – je reviens de Chine – que la voix de la France compte et qu’elle est attendue.

Ayrault a-t-il oublié que la France vient de refuser massivement des arrivées de migrants sur son sol? qu’elle a elle-même demandé le rétablissement des contrôles aux frontières? et elle donne aujourd’hui des leçons d’ouverture.

Bayrou dénonce les caricatures

Sur sa page Facebook, François Bayrou s’est lui aussi lancé dans une analyse tout en finesse. On retrouve là le réflexe habituel de l’élite française, qui consiste à réduire le monde à une logique manichéenne… pour dénoncer le manichéisme des autres.

Il y a d’abord une réalité : partout sur la planète les peuples refusent l’ordre établi d’où ils se sentent rejetés.

Mais le changement qu’ils cherchent, ils croient le trouver au travers des excès, des caricatures, des retours en arrière et des rejets. Et c’est là qu’est le danger.

On lit Bayrou, et à aucun moment on ne peut se dire que son analyse donne dans l’excès, la caricature ou le rejet. Fais ce que je dis, mais ne dis pas ce que je fais!

Jacques Attali veut une Europe non-populiste

Dans un tweet éloquent, Jacques Attali a efficacement concentré la pensée de la nomenklatura française, en constatant avec mépris et impuissance le triomphe du « populisme » (entendez les doctrines qui pointent les échecs patents de l’élite au pouvoir).

La révolution populiste commencée avec le Brexit continue avec Trump Pour éviter une grande crise,l Europe doit proposer un contre modèle!

On se marre. « Pour éviter une grande crise »… Mais, précisément, ce qu’Attali appelle le populisme n’est-il pas, très simplement, la réaction des peuples à la grande crise européenne qui dure depuis plus de 10 ans. Et dont il est un initiateur, car, sans le traité de Maastricht, qu’Attali adore, on peut imaginer qu’il y aurait un peu moins de « populisme » en Europe.

Autre réflexe de la nomenklatura: expliquer que le problème, c’est les autres, et que la solution au problème, c’est de continuer comme avant.

Cambadélis et le national-populisme

Comme Blanche-Neige qui voyait des nains partout, Cambadélis voit des nazis partout. Dans sa grande dénonciation du simplisme populiste, il a produit cette extraordinaire déclaration au Monde:

Le national-populisme plus ou moins xénophobe hante le monde occidental, avec sa peur du déclassement, du remplacement et du métissage, déclare au Monde le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. Orban, Brexit, l’AfD en Allemagne et, maintenant, Trump. La gauche française est prévenue : elle continue ses enfantillages irresponsables et c’est Le Pen. »

Ben voilà! d’un côté, il y a le camp du « national-populisme », première étape vers le national-socialisme, on l’a bien compris, et de l’autre le camp de la démocratie incarnée par la gauche et le PS. Là encore, cette analyse complexe, élaborée, subtile, laisse augurer d’une parfaite compréhension du sujet « Trump » pour les années à venir.

La réaction nobiliaire jusqu’au bout

Malgré le Brexit, malgré l’élection de Trump, les élites françaises restent donc accrochées contre vents et marées à leur analyse binaire. D’un côté, il y a les gens qu’on peut prendre au sérieux, qu’on reconnaît comme tels et qui méritent d’être écoutés. D’un autre, il y a la passion, la colère, la déraison, qu’on doit fouler au pied.

Un ouvrier au chômage parce que son usine a fermé est sérieux lorsqu’il vote pour un parti ou un homme qui continue à défendre ce qu’on appelle faussement le libre échange. En revanche, s’il vote contre le libre-échange, il devient xénophobe, raciste, etc.

Cette analyse puissante de la réalité est confondante.

TAFTA: l’enfumage français contre la réalité européenne

Le TAFTA, le traité transatlantique, traverse-t-il une mauvaise passe comme le soutiennent nombre de médias français à l’issue du sommet ministériel européen sur la politique commerciale de vendredi dernier à Bratislava? Les lecteurs ou téléspectateurs français peu attentifs pourraient avoir l’illusion que l’Europe a décidé de surseoir à la négociation et de repousser sine die la conclusion du traité.

Un petit exercice de remise en ordre s’impose ici, car c’est exactement l’inverse qui se passe, quelle que soit la désinformation qui règne en France sur ce sujet.

Une commissaire européenne très attachée au Traité

Premier point: la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, est une farouche partisane du traité, et même des traités. Elle se targue de porter une politique multilatérale de traités commerciaux tous azimuts, dont le TAFTA. L’illusion dominante en France consiste à faire croire que la TAFTA constitue une sorte d’aboutissement. En réalité, il n’est qu’une étape dans un projet beaucoup plus vaste qui vise à installer l’Europe dans un système commercial mondial.

Imaginer que la Commissaire va abandonner son projet en cours de route est non seulement une illusion, mais est même contraire au discours qu’elle a prononcé jeudi dernier…

Une majorité d’Européens favorable au TAFTA…

Deuxième point: la position de la France est minoritaire en Europe. Au sommet de Bratislava, il s’est d’ailleurs trouvé une majorité claire pour réaffirmer son attachement à la conclusion du TAFTA, dont un cycle de négociations reprend le 3 octobre. En l’état de l’organisation européenne, en l’état de sa gouvernance, la France n’a donc aucune chance de bloquer le traité…

… dans l’attente des élections américaines

Troisième point: le traité n’est pas prêt à être signé et les élections américaines changent profondément la donne. L’hypothèse réaliste d’une victoire de Donald Trump, ennemi déclaré du traité, remet en cause le scénario bâti jusqu’ici. Le sommet de Bratislava de la fin de semaine n’a pas dit autre chose: il faut attendre de voir l’évolution de la situation pour prendre une posture définitive.

Cette position n’a rien d’un échec, ni d’un quelconque aveu de faiblesse, contrairement à ce que prétend la presse française. En réalité, les Européens veulent signer ce traité et relanceront les négociations si la partie américaine venait à douter après les élections. Cette attitude est d’ailleurs dangereuse, puisque, en faisant mine de vouloir abandonner une partie à laquelle les Européens tiennent, les Américains se mettent en position de force.

La France encore perdue dans ses illusions

Autrement dit, et une nouvelle fois, la France s’abuse donc sur ses chances de modifier le cours de l’histoire européenne en jouant le jeu de la coopération. L’idée européenne se traduira une fois de plus par un surcroît de libre-échange contre la volonté exprimée par les peuples. Chacun en pense ce qu’il en veut, mais les faits sont têtus: l’Europe ne change pas. Elle est programmée pour mener une politique inexorable.

Harkis: les deux erreurs et l’oubli historiques coupables de François Hollande

Dans son discours d’excuse aux harkis, François Hollande a commis deux erreurs historiques qui ne seront pas passées inaperçues auprès des spécialistes.

Erreur historique n°1: la défaite militaire

Dans son discours aux Invalides, François Hollande prétend:

Pendant la Guerre d’Algérie, pour contrôler un territoire de plus de 2 millions de kilomètres carrés qu’elle ne pouvait pas soumettre, l’Armée française a recruté des supplétifs parmi la population.

Si l’invention des harkis découle effectivement des « harkas« , des forces auxiliaires levées pour pacifier les campagnes à partir de 1954, il est inexact de laisser entendre que l’armée française ne serait pas parvenue à « soumettre » le territoire algérien. On touche ici à la fameuse controverse de la victoire militaire mais de la défaite politique en Algérie, mal reconnue par la Vè République.

Dans la pratique, l’armée française s’est organisée en Algérie, dès 1952, pour infliger au FLN une défaite militaire. Cette stratégie efficace permet notamment de remporter la « bataille d’Alger » en 1957. Début 1958, la bataille des frontières se transforme en fiasco pour l’Armée de Libération Nationale (ALN) algérienne. Courant 1958, le plan Challe permet de diminuer considérablement l’accès de l’ALN (qui campe en Tunisie) au territoire algérien, de telle sorte qu’au tournant entre 1959 et 1960, l’armée peut considérer qu’elle est en passe de vaincre la rébellion.

Entretemps, le général De Gaulle a posé le principe d’un recours à l’autodétermination en Algérie, et celui d’une recherche de solution politique. Cette orientation rend inutile une victoire militaire…

Sur le fond, il n’en reste pas moins que la France aurait pu garder, au tournant des années 1960-1961, la maîtrise militaire du terrain et vaincre la rébellion armée. Cela ne signifie bien entendu pas que l’émergence d’un sentiment national algérien était vouée à l’échec. En revanche, celui-ci aurait probablement pu prendre une autre forme que cette débâcle de 1962 où les Pieds-Noirs rentrent en France avec leurs seuls yeux pour pleurer, et où les 250.000 harkis deviennent les naufragés de l’histoire.

Erreur historique n°2: la responsabilité de la France dans les massacres de harkis

Plus loin, dans son discours, François Hollande pose un autre étrange principe:

Je reconnais les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des Harkis, des massacres de ceux restés en Algérie, et des conditions d’accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France.

Ah! comme il est bon de se sentir coupable de tout! quelle jouissance!

Or, si la France est effectivement coupable d’avoir abandonné ses harkis et d’avoir très mal accueilli ceux qui parvinrent à rejoindre la métropole, lui attribuer la responsabilité des massacres en Algérie constitue une véritable imposture historique.

Ces massacres furent en effet commis par la seule volonté des Algériens, essentiellement de l’ALN, qui n’eut aucune pitié pour ces combattants qu’ils avaient trouvé face à eux durant la guerre d’indépendance. On peut comprendre cette dureté, mais en rejeter la responsabilité sur la France est une contre-vérité.

Rappelons qu’on estime à plusieurs dizaines de milliers les massacres de harkis en 1962 et sans doute 1963. Rappelons aussi que les harkis ne furent pas les seuls à subir la violence de l’armée algérienne de libération. Près de 800 Européens civils et désarmés furent massacrés à Oran le 5 juillet 1962 sans que l’armée française ne lève le petit doigt pour les défendre, et alors même que les accords d’Evian étaient signés depuis plusieurs mois…

Si la France peut se sentir responsable des massacres, c’est effectivement pour sa stricte observance d’accords de paix qui ont manifestement beaucoup moins engagé la partie algérienne…

Le coupable oubli historique de François Hollande

Sur le fond, portée par une culpabilité qui préface l’effondrement narcissique français, l’élite administrative de l’époque a mené une véritable guerre intérieure aux Pieds-Noirs et aux Harkis. Ce fut notamment le cas de Louis Joxe, secrétaire d’Etat aux affaires algériennes, qui donna, en juillet 1962, des instructions pour la chasse aux harkis et pour leur reconduite en Algérie en cas d’arrivée intempestive en métropole.

Louis Joxe a, dans cette affaire, les mains couvertes de sang. Il était énarque. Son fils, Pierre Joxe, l’est aussi. Pierre Joxe est sorti de l’ENA en 1962, dans la promotion Albert Camus, qui était Pied-Noir. Pierre Joxe était « dans la botte » et a choisi la Cour des Comptes comme corps de sortie. Il en est même devenu premier président en 1993. Vingt ans après l’affectation de Pierre Joxe à la Cour des Comptes, François Hollande sortait de l’ENA et choisissait lui aussi la Cour des Comptes.

Par la suite, François Hollande a gravité dans l’entourage de Pierre Joxe, qui soutenait Jacques Delors (père spirituel de François Hollande).

Entre amis, on ne pouvait se faire de mauvaises manières. Hollande ne pouvait citer ouvertement Louis Joxe et sa lourde responsabilité dans la mort des harkis. Il a préféré en attribuer la faute à la France dans son ensemble.

On reste un peu sur notre faim. Reste à savoir si François Hollande aurait présenté ses excuses aux harkis si Pierre Joxe n’avait pas fait de désagréables sorties sur le quinquennat.

Harkis: le discours de François Hollande

Monsieur le président,

Mesdames Messieurs les ministres,

Mesdames Messieurs les parlementaires, élus,

Mesdames Messieurs les présidents des associations d’Anciens Combattants,

Mesdames Messieurs qui représentez ici les associations de Harkis et de leurs familles, Mesdames Messieurs les porte-drapeaux.

 

Comme chaque 25 septembre, la France honore les Harkis et se souvient.

 

Cette date est inscrite dans le calendrier des Journées nationales de la République depuis que le Président Jacques CHIRAC en avait décidé en mars 2003. Ainsi, chaque année depuis 15 ans, devant les Monuments aux Morts, dans tous les départements, en présence des autorités de l’Etat, sous la garde des porte-drapeaux, notre pays rend hommage aux membres des troupes supplétives de l’Armée française en Algérie.

 

Les Harkis, puisque c’est leur nom, ont été des combattants de la France, engagés et prêts au sacrifice suprême. Mais des combattants qui furent privés de la protection de la France au lendemain de la Guerre d’Algérie, et dont l’abandon ne fut jamais pleinement reconnu par la République.

 

Aujourd’hui, dans cette Cour des Invalides, dans ce lieu chargé d’histoire, de mémoire, je suis venu devant vous faire œuvre de vérité.

 

La vérité, elle est implacable.

 

La vérité, elle est cruelle.

 

Pendant la Guerre d’Algérie, pour contrôler un territoire de plus de 2 millions de kilomètres carrés qu’elle ne pouvait pas soumettre, l’Armée française a recruté des supplétifs parmi la population. Plus de 200.000 hommes ont alors servi sous l’uniforme français. Ils étaient des Moghaznis, des tirailleurs, des spahis, des membres des forces régulières, des groupes mobiles de sécurité, des groupes d’autodéfense, des sections administratives spécialisées… Nous les avons tous en mémoire sous le nom de Harkis.

 

Vous étiez de ceux-là. Vous vous étiez mis sous le drapeau tricolore. Ce choix a lié à jamais votre destin à celui de la France.

 

Lorsque le cessez-le-feu a été signé le 19 mars 1962, à la suite des accords d’Evian, ces Harkis, c’est-à-dire vous, avaient confiance en la France, parce que vous vous étiez battus pour elle, et vous n’imaginiez pas qu’elle puisse vous abandonner.

 

C’est pourtant ce qui s’est produit. Le gouvernement de l’époque a refusé d’organiser le rapatriement des Harkis vers la métropole. La France a alors manqué à sa promesse. Elle a tourné le dos à des familles qui étaient pourtant françaises. Beaucoup, désarmées, furent livrées à elles-mêmes et sacrifiées.

 

D’autres espéraient en la France pour être reçus, et débarquèrent, malgré les instructions officielles, sans ressources, sans attaches, et furent accueillis dans des conditions indignes. Regroupés dans des camps en grand nombre, ils y restèrent pendant des années. Ils furent astreints à des travaux pénibles dans des forêts, sans perspective professionnelle. La prise en compte de leurs droits fut longue à obtenir. Et leurs enfants ont souffert de ne pas être pleinement intégrés dans la République.

 

Voilà la vérité. La dure vérité.

 

Elle n’est pas simplement la vôtre, celle que vous avez vécue, ou celle que vous avez transmise. Cette vérité est la nôtre, et je l’affirme ici clairement, au nom de la République. Je reconnais les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des Harkis, des massacres de ceux restés en Algérie, et des conditions d’accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France. Telle est la position de la France.

 

La France n’est jamais vraiment à la hauteur de son histoire lorsqu’elle se détourne de la vérité. En revanche, elle est digne et fière lorsqu’elle est capable de la regarder en face. Et c’est en ayant cette lucidité sur ses pages les plus sombres, que nous pouvons éprouver une légitime fierté pour ses pages les plus glorieuses. C’est notre grandeur que de savoir reconnaître les souffrances, sans taire les fautes.

 

Des blessures, ces blessures, vous les portez encore, car la République a mis du temps, trop de temps, pour réparer. Il a fallu attendre 1974, 12 ans après la fin de la Guerre d’Algérie, pour que votre statut d’Anciens Combattants vous fût enfin accordé. Je veux rappeler que pour les Harkis restés en Algérie, il a fallu attendre 2010 pour qu’il en soit ainsi. A partir de 1987, une série d’aides spécifiques a été mise en place, et constamment améliorée, la dernière fois en 2014 par le gouvernement de Manuel VALLS.

 

De même, il a fallu attendre la loi du 11 juin 1994 pour que « la République française témoigne sa reconnaissance envers les rapatriés anciens membres des formations supplétives ou assimilés ou victimes de la captivité en Algérie pour les sacrifices qu’ils ont consentis ».

 

Je viens de me recueillir devant la plaque, cette plaque, sur laquelle est gravé, ici à l’Hôtel des Invalides, comme dans 27 autres lieux de mémoire, le texte que je viens de lire.

 

Mesdames et Messieurs, je sais combien vous êtes attachés à ce que votre parcours, dans la France toute entière, soit mieux connu, mieux transmis, mieux compris. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu que le plan du gouvernement puisse être présenté en 2014 avec un important volet sur la transmission de l’Histoire.

 

C’est le rôle de l’école, où a été présentée l’exposition « Parcours de Harkis », où d’anciens membres des forces supplétives – j’en reconnais ici – ont été invités à témoigner.

 

C’est aussi la signification des lieux de mémoire. Le souvenir des Harkis est désormais rappelé sur les sites où ils sont passés, où ils ont vécu, et parfois, le plus souvent, souffert. Je pense au Mémorial de Rivesaltes ; je pense aux hameaux de forestage, dont l’existence est rappelée par des plaques, là encore, à l’intention des générations futures.

 

C’est le rôle des Archives nationales de recueillir toutes les traces de notre passé. Elles s’ouvriront cet automne, à l’occasion de la Grande Collecte, au souvenir des millions de personnes vivant en France qui ont un lien avec l’Afrique, et notamment avec l’Afrique du Nord. Parce que la mémoire de la France, elle se constitue à travers toutes les mémoires familiales, tous les témoignages, qui peuvent montrer ce que les générations passées ont vécu et veulent transmettre, ce qu’est l’Histoire.

 

Je pense enfin aux collections des musées français, qui désormais mettent en valeur la France et l’Algérie.

 

Le chemin de la réparation et de la reconnaissance a été long pour les Harkis. Il a fallu que vos associations interviennent constamment auprès des pouvoirs publics. Il a fallu aussi que vos enfants, parfois vos petits-enfants, prennent à leur tour la parole, et parfois s’insurgent. Il a fallu que vous mobilisiez toute votre énergie pour que la France vous entende, et vous accorde ce qu’elle aurait dû vous donner depuis bien longtemps. Et d’abord, la reconnaissance et la réparation.

 

Je veux saluer vos associations. Leur nombre témoigne de la diversité de vos itinéraires. Elles sont aujourd’hui des partenaires essentiels pour les pouvoirs publics, avec lesquels le dialogue est constant, régulier, et fructueux.

 

Dans toutes les régions, une instance existe, présidée par le préfet. Au niveau national, vos représentants sont écoutés, c’est le G12 Harkis. Je l’ai accueilli à l’Elysée, c’était le 4 juillet 2014. Le Premier ministre vous a reçus à l’Hôtel Matignon cette semaine.

 

J’ai d’ailleurs une pensée pour l’un des vôtres, Abdelkrim KLECH, qui était présent lors de ces deux rencontres, et qui nous a quittés cette semaine. Il avait lutté pour faire entendre la voix des Harkis. Il avait plusieurs fois mis sa santé en danger pour témoigner, pour protester. Il fut un infatigable militant de la reconnaissance.

 

Les Harkis et leurs descendants n’ont jamais voulu autre chose que la République, que l’égalité, qui vaut pour tous dans notre pays, quels que soient ses origines, ses parcours, sa couleur de peau, ses croyances, dès lors qu’ils sont tous des enfants de la République. Egalité : égalité des droits, égalité des chances, égalité aussi au nom de l’Histoire, que chacun est fondé à demander, quand son histoire a été blessée.

 

Je sais ce qu’est encore trop souvent la douleur des discriminations, qui doivent être inlassablement combattues, car elles contredisent la promesse même de la République. Les Harkis, leurs descendants le savent bien, ils les ont connus, ils les connaissent encore, ces discriminations, les préjugés, le racisme, l’ignorance, l’intolérance.

 

Mais les Harkis aussi sont fiers, et la France est fière aussi de la réussite de leurs enfants et de leurs petits-enfants : hauts fonctionnaires, chefs d’entreprise, médecins, professeurs, artistes, ils donnent à la France le meilleur. Et grâce à vous, ils ont enrichi notre pays. Vous êtes régulièrement distingués dans nos ordres nationaux, parce que vous êtes des exemples, des exemples justement d’adhésion à la France, même quand elle a pu vous manquer, et elle vous a manqué.

 

Mais une des leçons que nous devons retenir, c’est que le passé, aussi douloureux soit-il, n’interdit jamais l’avenir, et que c’est l’avenir que nous avons à préparer.

 

Mais pour qu’il soit commun, cet avenir, pour que nous puissions le partager, avec ses réussites, avec ses espérances, nous devons être lucides sur notre histoire et notre passé.

 

La reconnaissance de la responsabilité de la France est un acte symbolique, qui fait avancer la paix des mémoires, de toutes les mémoires de la Guerre d’Algérie, de ces mémoires blessées. Elle les réconcilie sans les confondre, mais surtout sans les opposer.

 

Tant de nos concitoyens restent liés à l’Algérie, par leur histoire familiale, par leurs souvenirs, par les liens qu’ils continuent d’avoir avec ce pays ami. La grandeur est toujours du côté de ceux qui réparent, plutôt que de ceux qui séparent.

 

Cette reconnaissance, celle que je viens de faire, c’est un acte de confiance de la France, pour la France.C’est ce qui nous permet de vivre ensemble. Voilà pourquoi je tenais, en ce 25 septembre 2016, à venir ici, dans cette Cour des Invalides, devant vous, exprimer la vérité telle qu’elle fut, et la responsabilité telle qu’elle doit être reconnue.

 

Pour que vive la République, et que vive la France.

L’affaire Afterbaiz ou le retour du délit d’opinion

La ministre Laurence Rossignol n’y est pas allée de main morte avec le site Afterbaiz, créé par Emile Duport, qui n’a jamais caché son engagement pro-life, c’est-à-dire anti-avortement. En proposant de créer un délit d’entrave numérique pour interdire ce site, c’est le retour au délit d’opinion typique des dictatures qu’elle propose.

La folie de l’entrave numérique

Que propose au juste Laurence Rossignol? Ses propos sont clairs:

Laurence Rossignol estime que « certains sites donnent des fausses informations » aux jeunes filles pour les tromper, les dissuader de l’IGV. Et« pratiquent la duplicité », comme le site « AfterBaiz ». « De mon point de vue, c’est un délit d’entrave numérique. Je ferai une annonce le 28 septembre, à l’occasion de la Journée internationale de défense des droits à l’IGV, pour faire reculer ces sites manipulateurs. »

Y aura-t-il une nouvelle loi ? Des nouvelles sanctions en tout cas, répond la ministre : deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. « Je proposerai avant la fin de la législature des mesures pour faire cesser ces sites qui trompent les femmes. »

On relèvera la profondeur de l’argumentaire: ces sites sont manipulateurs, donc il faut les pénaliser et prévoir deux ans de prison contre leurs auteurs.

On en reste confondu, dans la mesure où la ministre propose tout simplement de pénaliser l’expression, au nom de « l’entrave numérique », de tous ceux qui combattent l’avortement.

Le pro-life et le délit d’opinion

Personnellement, je ne partage pas le combat anti-IVG, mais je ne crois pas non plus que l’avortement constitue un motif de fierté ni une marque du progrès humain. En revanche, j’ai froid dans le dos lorsqu’une ministre de la République propose d’envoyer en prison ceux qui expriment des opinions qui lui semblent dissidentes. J’ai froid dans le dos et je me dis, une nouvelle fois, qu’avec la loi Renseignement, nous avons su où commençait la violation officielle de toute privée par l’Etat, et nous ne savons pas où elle se terminera.

S’agissant du combat contre l’avortement, on notera d’ailleurs qu’il s’appuie sur un arsenal de textes et de débats multiples au cours du siècle dernier, sur les interprétations des différents arrêts du Conseil d’Etat qui montrent que la question est loin d’être simple. D’où vient que ceux qui contestent le droit à avorter et l’expriment sur Internet devrait désormais faire l’objet d’une peine de prison?

On est en plein délire.

Manipulation ou pastorale intelligente

En réalité, ce que vise Laurence Rossignol, c’est le danger idéologique que représente la capacité de certains mouvements catholiques conservateurs à exprimer leurs idées ou leurs convictions avec les codes d’Internet.

Car le site Afterbaiz peut être regardé d’une toute autre façon que celui de la manipulation. Il s’agit surtout d’un site qui utilise le langage des internautes pour diffuser ses idées. Ici, pas de discours lénifiant ou moralisateur, mais une série de mises en situation avec une forte empathie pour les jeunes filles concernées par la question.

Là encore, on s’interroge sur la folie qui autorise une ministre de la République à s’immiscer dans le discours religieux ou sacré. Faudra-t-il désormais solliciter le bureau des Cultes, au ministère de l’Intérieur, pour savoir si oui ou non un Chrétien a le droit de parler de sa foi et de ses actes sur Internet?

On retrouve ici la haine contre la majorité typique de l’effondrement narcissique de la gauche.

Islam et église catholique: deux poids deux mesures

Une fois de plus, on voit bien que l’Etat et ses ministres bien pensants font un deux poids deux mesures entre l’Islam et le christianisme.

Pour que l’expression musulmane fasse l’objet d’une pénalisation, il faut qu’elle se livre à l’appel au meurtre ou au terrorisme. Mais on n’entend pas Laurence Rossignol parler de duplicité et d’entrave numérique à propos des sites musulmans qui justifient le port du voile au nom de la libération de la femme, ou qui justifient la polygamie.

En revanche, que ces chrétiens expriment leur foi dans un langage décomplexé et bienveillant, voilà qui justifie une peine de prison.

En suivant Laurence Rossignol, on trouvera donc normal que des gamins fichés S et suspectés de préparer des attentats soient laissés en liberté (au nom des libertés publiques), mais que soient envoyés dans des prisons surpeuplées (au nom des mêmes libertés publiques) des fidèles catholiques hostiles à l’avortement et qui l’écrivent sur Internet.

Bien sûr…

Les 8 mesures récoltées par les entrepreneurs à l’automne

L’automne devrait être chargé, pour les entrepreneurs, en mesures multiples, pas forcément spectaculaires, mais extrêmement précises et qui risquent bien d’en agacer plus d’un.

Mesure n°1: le retard du compte épargne investisseur 

Imaginé par Emmanuel Macron, le compte investisseur sera bien mis en place… mais plus tard. Il permet d’alléger la fiscalité sur les plus-values de cession d’entreprise, dans le cas où celle-ci est réinvestie dans une entreprise. Cette mesure destinée à favoriser le développement des business-angels (4.000 en France contre 40.000 au Royaume-Uni) n’est plus une priorité pour le gouvernement.

Mesure n°2: les prélèvements sociaux des meublés 

Le PLFSS devrait fixer clairement la règle d’assujettissement sociale pour la location de meublés de courte durée (popularisée par AirBnB). Au-dessous de 23.000€, les revenus tirés de cette activité relèveront de la fiscalité du patrimoine. Au-delà de ce plafond, ils basculeront dans la fiscalité du meublé professionnel.

Pour les autres biens (les voitures par exemple), le seuil pourrait être fixé à 10% de plafond annuel de sécurité sociale (environ 3.500€).

Mesure n°3: le relèvement du taux du dernier acompte de l’IS 

Comme nous l’avions déjà évoqué, le dernier acompte de l’IS devrait être relevé de 75 à 80%. Cette astuce de trésorerie, qui touche essentiellement les grandes entreprises, permet à Bercy de gommer l’effet des cadeaux attribués aux ménages par le gouvernement à l’approche des élections sans toucher aux taux d’imposition des entreprises.

Mesure n°4: la mise en place du compte personnel d’activité 

Défendue à grands renforts de déclarations euphoriques par la CFDT, le compte personnel d’activité doit fusionner le compte individuel de formation, le compte pénibilité et diverses autres inventions du même acabit. Les décrets d’application sont prévus pour octobre. On suivra de près cette nouvelle usine à gaz arrachée à force de lobbying par le syndicat préféré du gouvernement, et qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2017.

Mesure n°5: le referendum d’entreprise pour valider des accords 

Prévue par la loi Travail, cette mesure devrait donner lieu à un décret dont la parution est annoncée pour le mois d’octobre. La loi Travail limite ce recours aux accords signés par des syndicats représentant au moins 30% des salariés. La mesure ne dispense donc pas de négocier en bonne et due forme au sein de l’entreprise. Elle permet seulement de contourner l’opposition d’un syndicat majoritaire.

Mesure n°6: la modification du contrat de travail par accord collectif 

Prévue également par la loi Travail, cette disposition permet à une entreprise de négocier un accord collectif qui modifie le contrat de travail des salariés, sans difficulté économique particulière (technique dit des accords offensifs), et surtout sans que le salarié ne puisse y voir un motif de licenciement individuel. On se souvient que certaines entreprises avaient dû procéder à des plans sociaux coûteux après avoir modifié des contrats de travail en application d’un accord collectif majoritaire… Des salariés avaient profité de cette opportunité pour invoquer une modification unilatérale et substantielle du contrat de travail.

Mesure n°7: une politique nationale sur le travail détaché 

Demandée à corps et à cris notamment par le bâtiment, une politique répressive contre le travail détaché devrait se mettre en place, avec force contrôle de l’inspection du travail et poursuites multiples contre les contrevenants. Le sujet occupera le débat public à l’automne, avec de probables réflexions européennes, déjà engagées par le Parlement de Strasbourg.

Attention: ces mesures devraient accroître les pouvoirs d’intrusion de l’administration dans la vie des entreprises.

Mesure n°8: le gouvernement au secours de l’Islam dans l’entreprise 

En octobre, le ministère du Travail devrait diffuser un guide qui mettra peut-être le feu aux poudres. Il portera sur la laïcité et le fait religieux. Alors que toute expression religieuse est bannie (à juste titre) dans la fonction publique, les fonctionnaires du Travail devraient expliquer que ce qui est bon pour le service public ne l’est pas pour les entreprises, et inversement.

La situation devient pourtant préoccupante dans un grand nombre d’entreprises, comme l’a montré une enquête de l’Observatoire du fait religieux en Entreprise (OFRE). 60% des managers rencontrent régulièrement le problème du fait religieux en entreprise.

L’administration aidera-t-elle les entreprises à y faire face ou, comme elle le fait trop souvent, compliquera-t-elle le jeu? La réponse est à suivre en octobre, dans le guide diffusé par le ministère.