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Auteur : Redaction

Les 8 mesures récoltées par les entrepreneurs à l’automne

L’automne devrait être chargé, pour les entrepreneurs, en mesures multiples, pas forcément spectaculaires, mais extrêmement précises et qui risquent bien d’en agacer plus d’un.

Mesure n°1: le retard du compte épargne investisseur 

Imaginé par Emmanuel Macron, le compte investisseur sera bien mis en place… mais plus tard. Il permet d’alléger la fiscalité sur les plus-values de cession d’entreprise, dans le cas où celle-ci est réinvestie dans une entreprise. Cette mesure destinée à favoriser le développement des business-angels (4.000 en France contre 40.000 au Royaume-Uni) n’est plus une priorité pour le gouvernement.

Mesure n°2: les prélèvements sociaux des meublés 

Le PLFSS devrait fixer clairement la règle d’assujettissement sociale pour la location de meublés de courte durée (popularisée par AirBnB). Au-dessous de 23.000€, les revenus tirés de cette activité relèveront de la fiscalité du patrimoine. Au-delà de ce plafond, ils basculeront dans la fiscalité du meublé professionnel.

Pour les autres biens (les voitures par exemple), le seuil pourrait être fixé à 10% de plafond annuel de sécurité sociale (environ 3.500€).

Mesure n°3: le relèvement du taux du dernier acompte de l’IS 

Comme nous l’avions déjà évoqué, le dernier acompte de l’IS devrait être relevé de 75 à 80%. Cette astuce de trésorerie, qui touche essentiellement les grandes entreprises, permet à Bercy de gommer l’effet des cadeaux attribués aux ménages par le gouvernement à l’approche des élections sans toucher aux taux d’imposition des entreprises.

Mesure n°4: la mise en place du compte personnel d’activité 

Défendue à grands renforts de déclarations euphoriques par la CFDT, le compte personnel d’activité doit fusionner le compte individuel de formation, le compte pénibilité et diverses autres inventions du même acabit. Les décrets d’application sont prévus pour octobre. On suivra de près cette nouvelle usine à gaz arrachée à force de lobbying par le syndicat préféré du gouvernement, et qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2017.

Mesure n°5: le referendum d’entreprise pour valider des accords 

Prévue par la loi Travail, cette mesure devrait donner lieu à un décret dont la parution est annoncée pour le mois d’octobre. La loi Travail limite ce recours aux accords signés par des syndicats représentant au moins 30% des salariés. La mesure ne dispense donc pas de négocier en bonne et due forme au sein de l’entreprise. Elle permet seulement de contourner l’opposition d’un syndicat majoritaire.

Mesure n°6: la modification du contrat de travail par accord collectif 

Prévue également par la loi Travail, cette disposition permet à une entreprise de négocier un accord collectif qui modifie le contrat de travail des salariés, sans difficulté économique particulière (technique dit des accords offensifs), et surtout sans que le salarié ne puisse y voir un motif de licenciement individuel. On se souvient que certaines entreprises avaient dû procéder à des plans sociaux coûteux après avoir modifié des contrats de travail en application d’un accord collectif majoritaire… Des salariés avaient profité de cette opportunité pour invoquer une modification unilatérale et substantielle du contrat de travail.

Mesure n°7: une politique nationale sur le travail détaché 

Demandée à corps et à cris notamment par le bâtiment, une politique répressive contre le travail détaché devrait se mettre en place, avec force contrôle de l’inspection du travail et poursuites multiples contre les contrevenants. Le sujet occupera le débat public à l’automne, avec de probables réflexions européennes, déjà engagées par le Parlement de Strasbourg.

Attention: ces mesures devraient accroître les pouvoirs d’intrusion de l’administration dans la vie des entreprises.

Mesure n°8: le gouvernement au secours de l’Islam dans l’entreprise 

En octobre, le ministère du Travail devrait diffuser un guide qui mettra peut-être le feu aux poudres. Il portera sur la laïcité et le fait religieux. Alors que toute expression religieuse est bannie (à juste titre) dans la fonction publique, les fonctionnaires du Travail devraient expliquer que ce qui est bon pour le service public ne l’est pas pour les entreprises, et inversement.

La situation devient pourtant préoccupante dans un grand nombre d’entreprises, comme l’a montré une enquête de l’Observatoire du fait religieux en Entreprise (OFRE). 60% des managers rencontrent régulièrement le problème du fait religieux en entreprise.

L’administration aidera-t-elle les entreprises à y faire face ou, comme elle le fait trop souvent, compliquera-t-elle le jeu? La réponse est à suivre en octobre, dans le guide diffusé par le ministère.

Affaire Kerviel: et si on essayait un autre récit?

Dans l’affaire Kerviel, les esprits sont forcément partagés. D’un côté, on peine d’autant plus à croire que la Société Générale était innocente qu’un faisceau d’indices laisse penser le contraire, notamment les témoignages (autorisés) de-ci de-là sur les pressions extrêmes subies par les enquêteurs. De l’autre, Kerviel n’a jamais nié avoir agi en toute connaissance de cause lorsqu’il dépassait les bornes de la légalité.

En réduisant sa peine de 4,9 milliards € de dommages et intérêts à 1 million seulement, la Cour d’Appel de Versailles nourrit d’ailleurs le doute et l’incertitude: faut-il en déduire que la banque est plus responsable que Kerviel, ou bien la justice a-t-elle voulu le condamner à une somme réaliste pour être sûre qu’il paie?

L’hypothèse d’une instrumentalisation de Kerviel par la Société Générale

À ce stade, une seule chose est acquise: Kerviel savait qu’il prenait des risques illégaux dans sa stratégie de placement. Toute la question est de savoir si la Société Générale l’a laissé faire par ignorance, ou en toute connaissance de cause, à un degré de la hiérarchie qui reste à déterminer.

Aujourd’hui, Kerviel ne prétend pas que le président de la banque, Daniel Bouton, savait. Il faut ici dissiper le fantasme d’une organisation globale qui se serait mise à l’abri derrière un seul homme, Jérôme Kerviel, pour jouer en bourse.

Selon les propos de Jérôme Kerviel lui-même, toute la difficulté est de savoir jusqu’à quel niveau de la hiérarchie l’information sur les agissements du trader était diffusée.

Une hypothèse plausible est que la hiérarchie « supérieure » a délibérément fermé les yeux et n’a jamais cherché à savoir en interne qui réalisait des opérations risquées qui pouvaient rapporter gros, et par quel biais il les menait. Seule la hiérarchie immédiate de Kerviel pouvait pressentir le désastre. Face à cette cécité volontaire, Kerviel a pu évaluer le niveau de risque qu’il prenait lui-même, et ses supérieurs directs ont accepté de jouer avec le feu avec une relative complicité des dirigeants de la banque.

Le nécessaire tabou à faire respecter

Pour la Société Générale, dont le niveau de fonds propres fait ricaner les marchés mondiaux, maintenir la légende du loup solitaire est devenu un enjeu systémique. Rien ne serait pire pour les places financières qu’un aveu sur les prises de risque inconsidérées peu ou prou admises par le management de la banque.

Dès la révélation des pertes dues à Kerviel, la banque a donc fait un tir de barrage, notamment auprès des politiques, pour éviter toute remise en cause de la confiance envers les dirigeants, et la banque a également obtenu qu’un cordon sanitaire soit tiré autour de Kerviel. L’intéressé a tout de même fait l’objet d’une incarcération préventive de plus d’un mois dans une cellule individuelle, et la presse a été tenue à l’écart du trader autant que faire se peut.

Selon les magistrats de la cour d’appel, « le contrôle judiciaire ne comportait pas de garanties suffisantes » pour s’assurer que le jeune financier ne soit pas un obstacle à l’enquête. Reprenant quasiment intégralement les argumentaires développés par le parquet général, les magistrats considèrent que la détention est justifiée par les investigations encore à effectuer et la nécessité d’empêcher « toute concertation avec les éventuels complices ou coauteurs ».

Pendant ce temps, les politiques, dont Rachida Dati, garde des Sceaux, montaient imprudemment au créneau pour écarter l’hypothèse d’une responsabilité du management de la banque.

Des pressions fortes sur la justice?

La Société Générale a-t-elle exercé d’importantes pressions, par tous les moyens possibles et imaginables, sur la justice, pour obtenir une condamnation exemplaire de Kerviel et une mise hors de cause du management? La Société Générale a-t-elle manipulé la justice? La policière chargée de l’enquête le soutient, et produit à l’appui de sa thèse un enregistrement illégal de l’ancienne vice-procureur de Paris.

L’inconvénient de ces témoignages reste qu’ils sont incertains: la policière avait bel et bien conclu à la culpabilité de Kerviel et la vice-procureure a démenti ses propos.

Comment interpréter la condamnation de Kerviel à 5 milliards € de dommages et intérêts?

À la lumière de ces témoignages et de ces insinuations, on peut toutefois se demander dans quelle mesure la condamnation de Kerviel en 2010, à cinq ans de prison, dont seulement un avec sursis, et à près de 5 milliards€ de dommages et intérêts, par sa disproportion, ne renvoie pas la Société Générale dans ses buts. Comment imaginer qu’un homme seul, mis au ban de la société, puisse s’acquitter d’une somme aussi colossale?

La décision paraît ici une forme de réponse du berger judiciaire à la bergère bancaire.

Kerviel est-il Robin des Bois?

Un des points de vue déformés de cette affaire tient à l’identification tentante entre Kerviel et Robin des Bois. Au fond, le trader serait la victime d’une machination bancaire, visant à lui faire porter un chapeau alors qu’il est innocent. Le parallèle est pourtant difficile à établir, dans la mesure où Kerviel a bel et bien pris des risques illégaux, qui visaient à l’enrichir. Il ne s’est jamais agi ici d’autre chose que d’un enrichissement des protagonistes du dossier.

Kerviel est-il une victime innocente?

Là encore, les illusions de certains ne valent pas réalité. Dans la pratique, la culpabilité de Kerviel ne fait aucun doute et Kerviel ne nie pas ses fautes. Le faire passer pour innocent constitue donc une grave erreur. En revanche, la Société Générale mène contre lui une sorte de guerre totale, dont le déséquilibre est criant. La banque a par exemple attaqué Kerviel pour diffamation lorsque celui-ci a soutenu que la Société Générale participait à l’évasion fiscale. Les dirigeants de la banque ont ouvertement méprisé la représentation nationale en témoignant sous serment du contraire. L’affaire des « Panama Papers » a prouvé qu’ils avaient menti.

Jusqu’où ira Kerviel?

Par son espèce de volonté de destruction à l’encontre de Kerviel, la Société Générale a mal joué. Non seulement, elle nourrit une sorte d’empathie pour la victime au sein de l’opinion, mais elle pousse la victime à un combat désespéré. Si Kerviel n’est pas épuisé, tout laisse à penser que le temps jouera en sa faveur et qu’à long terme, la stratégie de la banque risque de se révéler extrêmement négative pour la marque Société Générale.

Comment Marisol Touraine a tué la protection sociale

Dans une interview aux Echos, Marisol Touraine dresse un bilan particulièrement élogieux de sa politique et de sa présence avenue de Ségur (après avoir cherché à quitter plusieurs fois ce ministère, toujours en vain). Et elle a bien raison, car on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Dans son cas, l’attente risque d’ailleurs d’être longue avant que quelqu’un ne fasse sa promotion.

Le triomphe de l’économie administrée

Soulignons d’abord que la marque de fabrique de Marisol Touraine s’appelle l’autoritarisme unilatéral. Il est assez frappant d’ailleurs de voir qu’une ministre de la Santé se félicite de son action quelques jours après que le principal syndicat de médecins (la CSMF) ait refusé de signer la nouvelle convention médicale. Alors même que les syndicats ne sont financés que s’ils signent le texte, il s’est trouvé une organisation majoritaire pour boycotter la proposition officielle.

Marisol Touraine appartient à un gouvernement qui a longtemps présenté la démocratie sociale comme méthode. Marisol Touraine a systématiquement pratiqué le passage en force et la nationalisation, notamment avec la création du service public hospitalier dans son absurde et toxique loi Santé.

Le triomphe du tarif imposé

L’un des aspects de l’autoritarisme tourainien s’appelle le plafonnement des remboursements médicaux. Là encore, pour rétablir artificiellement les comptes de la sécurité sociale (c’est-à-dire sans gestion du risque et uniquement par des mesures coercitives), la ministre a déremboursé les classes moyennes et singulièrement les femmes. Se vanter d’avoir sauvé le « système » en plafonnant les remboursements des visites chez un gynécologue, par exemple, relève de l’imposture.

Dans la pratique, la politique de la ministre n’a pas reposé sur une réforme systémique, mais sur une dégradation soviétique progressive de la sécurité sociale: petit à petit, la ministre a ordonné de dégrader les prestations sans baisser les cotisations.

Touraine a simplement repoussé les échéances

Faute de réformes structurelles, faute de véritables innovations (notamment dans le domaine du Big Data), Marisol Touraine a simplement repoussé les échéances où il faudra réformer vraiment. Elle a gagné un peu de temps en jugulant les dépenses de-ci de-là, en imposant des mesures drastiques aux hôpitaux publics où les risques psycho-sociaux deviennent ingérables. Bref, elle a caché la misère, et repoussé à l’après 2017 les mesures désagréables comme un nouveau relèvement de l’âge de la retraite.

Comment Touraine a caché la misère

Pour parvenir à gagner du temps, la ministre a planqué la poussière sous le tapis, et elle a adopté des mesures populistes qui accroissent la déresponsabilisation individuelle dont la sécurité sociale est devenue la synonyme. La généralisation du tiers payant en est le parfait symbole. Cette mesure, qui alourdit considérablement la charge administrative des médecins, nourrit l’idée que la médecine est gratuite. Bien entendu, il s’agit d’une « médecine du pauvre » puisque, dans le même temps, les remboursements sont plafonnés.

Mécaniquement, cette politique en trompe-l’oeil produit donc une dégradation globale du service. D’un côté, elle pousse les patients à se rendre chez le médecin au moindre bobo et à utiliser le bien commun avec des stratégies de passager clandestin. D’un autre côté, cette satisfaction est illusoire, puisque certains médecins deviennent moins accessibles à l’ensemble faute d’un remboursement intégral possible de la visite.

L’implosion si prévisible de la médecine de ville

Sous couvert d’une avancée sociale, c’est donc le principe d’une médecine à deux vitesses qui s’est mis en place. D’un côté, des médecins bien rémunérés qui peuvent soigner efficacement une clientèle fortunée. De l’autre, des déserts médicaux avec une fuite des généralistes loin d’une pression gratuite, certes, mais avec des délais d’attente qui augmentent à vue d’oeil.

Le sauvetage de la sécurité sociale par Marisol Touraine est un feu de paille. Marisol Touraine a solvabilisé, avec le tiers payant, la fraction la moins riche de la demande. Mais elle étrangle l’offre en lui imposant des conditions d’exercice de moins en moins supportables et en limitant la possibilité de pratiquer les dépassements d’honoraires.

Toutes proportions gardées, Marisol Touraine a dékoulakisé la médecine française. À court terme, elle peut avoir l’illusion d’avoir instauré (sans débat clair sur le sujet) de la solidarité dans un système contributif qui n’a jamais reposé sur ce principe. À long terme, elle a asséché le vivier de médecins de ville par de nouvelles tracasseries administratives et par une réglementation contraignante de leur rémunération.

Le résultat est bien connu: des campagnes entières, des villes entières, connaîtront une pénurie de médecins et le niveau sanitaire moyen des Français va baisser.

Une très grande réussite! On a sauvé la sécurité sociale, mais on a tué la protection des Français.

Commission Européenne ou gouvernement profond?

La nouvelle affaire qui touche la Commission Européenne portera une fois de plus à sourire (jaune) tous ceux qui ne nourrissent plus aucune illusion sur les tares congénitales de la construction communautaire, présentée inlassablement par les eurolatres comme la solution indéracinable à tous nos maux. Elle pose toutefois une vraie question: celui du sens, de la visée politique de la Commission Européenne dans un édifice fondé sur la normalisation des marchés.

La Commission Européenne, cette impensée radicale

Avec malice, et au vu de cette nouvelle affaire de conflit d’intérêt, je ne puis évidemment résister au plaisir de rappeler quelques propos tenus par les eurolatres au moment du Brexit. 

Rappelons que Bernard Henri-Lévy nous a parlé, au lendemain du Brexit, d’une « victoire de l’ignorance sur le savoir ». Jean Quatremer avait évoqué la victoire de l’euro-bashing ce soir-là.  C’est vrai que nous devrions sans cesse nous extasier devant ce monument de savoir qu’est la Commission Européenne, ce triomphe de la civilisation.

Dans l’histoire du Brexit, aucun esprit éminent n’a consenti à prendre la mesure du problème: la Commission européenne n’est pas pourrie jusqu’à la moelle par accident, elle l’est consubstantiellement.

Pourquoi la Commission Européenne dérape

Historiquement, la Commission Européenne s’est transformée en outil de construction d’un marché unique, ou plutôt des différents marchés uniques que l’Union a inventés: marché de l’énergie, des capitaux, des biens, etc. Sa vocation consiste à produire des normes destinées à uniformiser les différents marchés nationaux pour créer une porosité unique et sans barrière au sein de l’Union.

Il faut mesurer ce que signifie cette mission: elle suppose des arbitrages permanents en faveur de telle ou telle norme qui favorise tel ou tel acteur. L’illusion selon laquelle cette fonction d’arbitrage pourrait relever de la rationalité pure, sans « bifurcation », sans favoritisme ne tient évidemment pas.

Dans sa nature même, la Commission invente un marché qui est profilé pour servir certains acteurs au détriment d’autres.

Les dérapages politiques de la Commission

Les « dérapages » les plus fréquents de la Commission sont forcément de nature politique. Le cas Volkswagen l’a montré: compte tenu du poids de l’Allemagne, les services de la Commission n’ont fait preuve d’aucun zèle (c’est un euphémisme) pour contrôler la conformité des moteurs allemands aux normes qu’ils affichaient.

La création du marché unique exige cette partialité. Le marché unique n’est pas l’expression de la rationalité économique. Il exprime un rapport de force politique entre les Etats membres, et les normes édictées sont au service des plus puissants. Elles n’ont pas vocation à protéger les plus faibles.

Les dérapages personnels de la Commission

Dans cette sorte de favoritisme institutionnel, les tentations sont grandes. Certains commissaires ajoutent à leur fonction de lobbyiste officiel de leur Etat mandant des fonctions plus troubles comme celle d’administrateur d’une structure organisant l’évasion fiscale aux Bahamas. C’est le cas de la néerlandaise Neelie Kroes.

Chacun sait qu’elle n’est qu’un exemple parmi d’autres de cette confusion des genres. Barroso a pour sa part rejoint une banque d’affaires après son mandat. La même Neelie Kroes pratique aujourd’hui du lobbying pour Uber. On pourrait aussi aborder le cas de l’ancien commissaire Jonathan Hill, qui fut (avant le Brexit) commissaire chargé des services financiers. Il avait été auparavant lobbyiste dans un cabinet londonien chargé de ces dossiers.

Des dérapages inévitables

Les eurolatres, dans le meilleur des cas, regretteront ces conflits d’intérêt en les présentant comme des accidents. Dans la pratique, ils sont liés au fonctionnement même de la Commission. Quelle différence y a-t-il, sur le fond, entre une Neelie Kroes, qui défend à titre personnel l’évasion fiscale, quand son pays d’origine l’a favorisée par des réglementations sur la recherche et le développement d’un côté, et un Jean-Claude Juncker qui a transformé le grand-duché du Luxembourg en paradis fiscal avec un système sophistiqué de tax ruling?

C’est la vocation même de la Commission que de mélanger les genres et de légiférer à partir de déterminants opaques et incontrôlables, en ayant le souci de préserver un semblant d’équité.

Le fantasme du marché unique

C’est pour cette raison que l’affaire Neelie Kroes est à la fois beaucoup plus légère et beaucoup plus grave qu’on ne le croit. Plus légère, parce que le mandat caché de cette ancienne commissaire dans une société off-shore n’est qu’une anecdote, ou une illustration finalement bénigne d’un mal profond qui ronge la construction européenne. Plus grave parce que c’est la notion même de marché unique qui est plombée, bien au-delà de la seule question de la Commission Européenne.

Sur le fond, c’est le marché unique comme expression de la libre concurrence qui se dégonfle aujourd’hui. Bien sûr que le marché unique est une imposture, une illusion. Bien sûr qu’il exprime d’abord et avant tout un rapport de force entre des intérêts économiques, politiques, sociaux, très antagonistes. Et bien sûr que le marché unique est toujours une victoire d’un plus fort sur des faibles, où le plus fort impose des normes qui le servent et affaiblissent ses concurrents.

Marché unique et gouvernement profond

Par définition, la Commission Européenne a donc incarné de la façon la plus aboutie le gouvernement profond qui restructure la réalité quotidienne au profit de quelques acteurs économiques qui instrumentalisent la réglementation pour conquérir de nouveaux marchés. Souvenons-nous qu’à une époque encore récente, on trouvait, par exemple, sur nos marchés, des animaux vivants qui coexistaient avec les fruits, les légumes, la viande. L’Union Européenne a progressivement interdit cette coexistence, sous couvert d’hygiène et de protection du consommateur, bien entendu, comme elle a rendu complexe l’abattage des animaux en circuit court.

Ces réglementations ont fait le jeu des négociants internationaux en viande et font aujourd’hui le jeu des végétariens. Voilà comment le gouvernement profond modifie en profondeur, par le jeu de la réglementation imposée au marché unique, une réalité quotidienne à l’insu du consommateur lui-même.

C’est tout cela, la Commission Européenne. C’est beaucoup et rien à la fois, dans la mesure où ce qui pose problème n’est pas la Commission, mais le marché unique.

Fiscalité et croissance: une autre histoire du quinquennat Hollande

La fiscalité, et singulièrement l’augmentation de la pression fiscale imposée par François Hollande, a-t-elle torpillée l’économie française en 2012 et a-t-elle sapé le début de reprise dont le pays était le témoin? À la lecture du cadrage macro-économique présenté par Sapin et Eckert, la question se pose forcément.

La fiscalité: le coeur d’un programme politique

L’histoire du quinquennat Hollande est d’abord l’histoire d’une augmentation brutale des impôts au nom du « redressement dans la justice ». Beaucoup ont oublié cette formulation grotesque de Jean-Marc Ayrault, mais elle fut pourtant au coeur de son discours de politique générale, en juillet 2012.

« Je viens devant vous chargé d’une mission particulière, celle que m’a confiée le président de la République, qui a fixé notre cap : conduire le redressement de notre pays dans la justice »

On en rit encore, et d’autant plus qu’à ce moment, François Hollande a écarté toute idée de réforme fiscale et abandonne séance tenante, dès son arrivée au pouvoir, la revue générale des politiques publiques lancée par Sarkozy pour réformer l’Etat et diminuer les dépenses publiques. Il ne reste donc aucune alternative à l’augmentation des impôts.

Le choc fiscal de la gauche

Dès lors, l’économie française va être soumise à un véritable choc fiscal que le dossier distribué par Michel Sapin illustre parfaitement:

pression fiscale

Comme on le voit sans difficulté, l’arrivée de la gauche se traduit par une augmentation du taux de prélèvement fiscale de 2 points de PIB, soit 40 milliards €. En 2013 et 2014, cette augmentation culmine d’ailleurs à 2,2 points par rapport à 2011, à 3,8 points par rapport à 2009, soit près de 80 milliards de prélèvements publics supplémentaires en l’espace de 4 ans.

En 4 ans, ce sont plus de 1.000 euros par Français et par an qui sont engloutis dans la dépense publique, sans que ces Français ne mesurent concrètement quelle amélioration du service est proposée en contrepartie.

L’impact du choc fiscal sur l’emploi

Il est évidemment très tentant de mettre en relation ce choc fiscal avec l’évolution de l’emploi sur la même période. Là encore, nos ministres ont distribué un graphique qu’il est tellement tentant de juxtaposer au graphique du choc fiscal:

fiscalité

Alors qu’en 2010 et 2011 l’économie française renoue avec les créations d’emplois, l’arrivée de la gauche au pouvoir, et les coups de massue qu’elle inflige aux marges des entreprises, vont casser durablement la dynamique. En trois ans, l’économie française supprime près de 200.000 emplois, et condamne donc les nouveaux arrivants (700.000 personnes par classe d’âge) à connaître le spectre du chômage et du déclassement.

Il faut attendre 2015 pour que l’emploi reparte timidement. Si les entreprises recréent des emplois en effet, ces créations ne suffisent pas à absorber le croît naturel de la population.

L’impact du choc fiscal sur la croissance

Autre rapprochement utile: le lien chronologique entre choc fiscal et stagnation économique. Voici là encore un graphique diffusé par Bercy:

fiscalité

Là encore, on le voit, l’effet est terrible. L’arrivée de la gauche et de son choc fiscal torpillent la croissance pendant trois ans. Ce graphique évite, d’ailleurs, les sujets qui fâchent, puisqu’il oublie de mentionner que la croissance fut de 1,7% en 2011, et de 1,5% en 2010.

Le graphique qui aurait dû être produit était en fait celui-là:

fiscalité

Un bel exemple de stratégie contra-cyclique

Dans les années à venir, le quinquennat Hollande apparaîtra probablement comme un superbe exemple de stratégie contra-cyclique. Si l’affadissement de la croissance est apparu début 2012, avant l’arrivée de la gauche au pouvoir, l’augmentation massive des impôts pratiquée durant l’été 2012 par une loi de finances rectificative a aggravé le phénomène au lieu de l’enrayer.

Démonstration est donc faite qu’une hausse brutale de la pression fiscale sans activation de la dépense publique peut conduire à un choc asymétrique qui dure trois ans.

La dette du service public auprès de la Nation

Le choix d’augmenter fortement les impôts au lieu de diminuer la dépense publique a des origines bien connues. L’électorat de Hollande est d’abord composé de fonctionnaires, et le nouveau président a servi son électorat en lui épargnant la saignée que Sarkozy avait commencé à pratiquer. L’impact de ce privilège est désormais évident pour l’économie française: le pays a mis trois ans à s’en remettre. Et encore n’en est-il pas encore remis.

Trois précieuses années perdues, qui ont favorisé le délitement de notre tissu social et de nos valeurs.

Décidément, les coûts cachés de la dépense publique sont colossaux.

Chirac, l’homme qui murmurait au cul des vaches

L’état de santé de Jacques Chirac a fait polémique aujourd’hui. Cette occasion un peu ingrate et malheureuse d’évoquer la mémoire de l’ancien président le plus sympathique de la République méritait un hommage tout personnel. Très modestement, donc, je me permets de livrer quelques souvenirs de Jacques Chirac.

Chirac en 1986

La première fois de ma vie où j’ai vu Jacques Chirac, c’était en 1988. J’étais en classe préparatoire au lycée Henri-IV. Il était venu à je ne sais plus quelle inauguration, en compagnie de François Mitterrand et du ministre de l’Education de l’époque, René Monory, le garagiste de Poitiers.

Cette visite m’avait fasciné. Les deux hommes, côte-à-côte, avaient serré les mains sous une clameur générale: « Mitterrand, président! » Pour le Premier Ministre qu’était Jacques Chirac, il ne pouvait y avoir pire expérience de l’impopularité. Je me souviens du sourire crispé de Chirac, de l’aisance de Mitterrand, qui s’apprêtait à battre son Premier Ministre aux présidentielles suivantes. Nous ne savions pas à l’époque que Mazarine Pingeot, élève du lycée, était sa fille.

Chirac faisait alors figure de libéral. Il parlait de baisser les impôts. Il voulait réformer. Il sortait de la crise Devaquet et de la mort de Malik Oussekine. Tout cela lui donnait une image détestable.

Il m’a fallu plusieurs années pour comprendre que son succès était en partie dû à son physique. Je réentends une sous-directrice nulle (et promue tout au long de sa carrière en récompense de sa nullité) à l’Education Nationale se souvenir de ses émois érotiques lorsqu’elle pensait à Chirac jeune. Tout était dit: déjà, Chirac n’existait pas par ses idées, par une sorte de charisme plaisant qui donnait envie de voter pour lui.

Chirac en 1994

Quelques années plus tard, ce n’est pas Chirac que j’ai connu, mais son entourage. J’étais entré à la Ville de Paris et je devais gérer des emplois fictifs. Parmi ces gens mystérieux, on trouvait de tout, et notamment une espèce de vieille rombière qui devait à une ancienne proximité avec le maire un salaire correct pour des missions imaginaires.

Elle n’était plus de première jeunesse, mais elle avait dû être une belle femme. Pour la forme, elle était chargée d’un dossier, au demeurant totalement bidon, qui l’autorisait à donner son avis sur tout dans des réunions où elle apparaissait comme une martienne. Un collègue qui dirigeait les services d’une mairie d’arrondissement m’avait affirmé qu’il avait un jour reçu un coup de téléphone impromptu après avoir refusé une place en crèche à une habitante: « Bonjour, c’est Chirac. Il faut vraiment que vous lui trouviez une place en crèche ».

Lorsque Jospin est arrivé à Matignon, en 1997, son premier geste fut de nommer un Préfet à Paris qui nous fit une belle lettre pour avoir un point sur tous les dossiers « fictifs ».

Chirac en 2000

Durant l’automne 2000, Chirac exerça la présidence de l’Union et fit une tournée des capitales pour « vendre » le traité de Nice, par lequel la France consentit à augmenter les droits de vote de l’Allemagne, après la réunification. Je faisais mon stage ENA à l’ambassade de France à Athènes et j’étais chargé du protocole.

J’avais été fâché par Chirac et j’ai compris ce jour-là la dure loi du pouvoir monarchique dans la République. J’avais en effet repéré la traductrice du Président. C’était une belle quadragénaire, avec beaucoup de prestance, et j’avais convenu avec elle que nous pourrions prendre un verre au Hilton après le dîner officiel au « Matignon » grec. Et à la sortie du dîner, je n’ai pas trouvé mon interprète.

Vers deux heures du matin, je fus appelé pour je ne sais plus quelle raison à vérifier la chambre de l’hôtel Grande-Bretagne, sur la place Syntagma, où les cadeaux présidentiels étaient entreposés. Pour y parvenir, j’étais obligé de passer devant la chambre du Président, gardée par un impressionnant policier en civil doté d’un énorme revolver, avec qui j’avais sympathisé. En voyant l’interprète quitter la chambre du Président, à ce moment, j’ai compris pour quelle raison je ne l’avais pas trouvée à la sortie du dîner.

Chirac en 2005

Quelques années plus tard, j’étais en charge de l’organisation du baccalauréat. Le ministre de l’Education de l’époque s’était mis en tête de réformer le baccalauréat. Nous en étions au deuxième mandat de Jacques Chirac. Je ne sais plus qui était le ministre en cause. Je me souviens juste que le directeur de cabinet, Patrick Gérard, qui fut par la suite directeur du cabinet de Rachida Dati et recteur de Paris, m’avait enrôlé dans la commission chargée de préparer la réforme.

Au bout de quelques séances, il devint évident que tout le monde était d’accord pour une réforme, mais que personne ne voulait y laisser des plumes. La réforme fut abandonnée avant même d’être mise sur la table.

Le murmure au cul des vaches comme mode de gouvernance

Ce fut cela Chirac: une lente transformation d’un libéral hyperactif en un radical-socialiste éteint, dont l’occupation première consistait à caresser le cul des vaches au salon de l’Agriculture, et à l’oreille desquelles il murmurait ses slogans.

Chirac eut un visage sympathique, même si, à l’occasion, il n’a pas dédaigné, comme Nicolas Sarkozy, chasser sur les terres du Front National pour améliorer ses scores. Sympathique certes, mais certains se rappelleront aussi que ses deux mandats furent d’abord et avant tout marqués par l’immobilisme. Dont nous payons le prix aujourd’hui.

La pression fiscale ne baissera pas en 2017

La pression fiscale ne baissera pas en 2017. Le couple de l’année Sapin-Eckert l’a confirmé hier, lors de la présentation du cadrage macro-économique du projet de loi de finances. Le taux des prélèvements obligatoires dans le PIB devrait rester stable à 44,5%.

François Hollande, champion de la pression fiscale

Rappelons d’abord les tristes chiffres d’un quinquennat qui, si! si! c’est possible! se termine dans une déconfiture pire qu’à ses débuts. Lorsque François Hollande est arrivé au pouvoir, la pression fiscale s’élevait à 42,6% du PIB, ce qui est déjà énorme et suffit à nous prouver que nous sommes bien loin de l’Etat ultra-libéral que certains nous décrivent. En 2013, cette pression est montée à près de 45% du PIB… un record.

pression fiscale

Avec une annonce à 44,5%, stable par rapport à 2016, François Hollande fait moins pire qu’en 2013, mais encore bien que sous Sarkozy. Il terminera en tout cas son quinquennat avec un taux de prélèvement sensiblement supérieur à celui qu’il a trouvé en arrivant.

La France dans le top 3 industrialisé

Ce taux de 44,5% continue à placer la France sur le podium olympique du prélèvement fiscal, au coude-à-coude avec la Belgique et très proche du Danemark. Elle reste par ailleurs la championne mondiale toutes catégories, ne l’oublions pas, de la cotisation patronale.

Pour mémoire, nos voisins font quand même beaucoup mieux. L’Allemagne est à un taux de prélèvement de 36%. Le Royaume-Uni à 32%. L’Italie autour de 43%.

Un quinquennat dédié à l’impôt

S’il fallait dresser une brève histoire du quinquennat de François Hollande, elle serait celui du taux de prélèvement. François Hollande a consacré la victoire de l’impôt comme stratégie politique et de gouvernement. Jusqu’au bout, il aura résisté à toutes les réformes susceptibles de diminuer la pression fiscale. Chaque fois qu’il l’a pu, il a amenuisé les ambitions politiques pour maintenir son quinquennat au-dessus de la ligne de flottaison qu’il a trouvée en s’installant à l’Elysée.

La réforme ratée de la protection sociale

En annonçant le pacte de responsabilité, fondé sur une baisse des cotisations sociales de 50 milliards d’euros, on aurait pu espérer que François Hollande promeuve une vraie réforme de la protection sociale capable de baisser durablement la ponction toxique que celle-ci opère sur la valeur ajoutée. Il n’en a rien été: pendant que Valls s’escrimait à trouver des milliards, Marisol Touraine nationalisait la santé et empêchait toute mise en place raisonnable d’un système alternatif. Valls lui-même s’apprête à inclure le RSI dans le régime général.

En vérité, Hollande a mis en danger le financement des dépenses publiques en baissant un peu les prélèvements sans rien réformer.

Pessimisme économique

Pour le reste, le cadrage macro-économique du gouvernement en dit long sur le naufrage en cours. Officiellement, la prévision de croissance ne bouge pas:

pression fiscale

Les analystes considèrent déjà que la prévision pour 2016 ne sera pas tenue. En 2017, le choc lié au Brexit devrait continuer à dégrader les prévisions. Bref, la théorie du « ça va mieux » continue sa douloureuse confrontation avec la réalité.

La blague du redressement des comptes

Au demeurant, il est impossible de ne pas épingler les mensonges du gouvernement sur le « redressement des comptes » qui fait rire tout le monde. Voici la planche produite par le couple Sapin-Eckert pour prouver ses dires:

pression fiscale

Comme on le voit, Hollande a diminué le déficit public de 2 points par an en 5 ans, soit, environ, 40 milliards d’euros. Mais, en quatre ans, il a augmenté les prélèvements fiscaux de… 40 milliards d’euros. Le redressement des comptes ne s’est donc pas appuyé sur la réforme, mais sur l’augmentation des impôts.

La France a perdu 5 ans de compétitivité avec François Hollande.

Cancers: le dangereux mésusage des données de santé par la Sécu

Le mésusage des données de santé par la sécurité sociale devient chaque jour un peu plus gênant. Après les affaires du Mediator ou de la Depakine, après les certitudes confirmées par Cahuzac sur l’influence occulte des laboratoires pharmaceutiques dans la décision publique, la Cour des Comptes relève le singulier mésusage des données de santé par la sécurité sociale dans le domaine des affections longue durée, et notamment du cancer.

Une base de données laissée en friche

Ces quelques mots du rapport de la Cour des Comptes sur la Sécurité Sociale suffiront à illustrer le propos:

données de santé

Pour mémoire, les ALD sont les affections de longue durée, un groupe de maladies auquel le cancer appartient. Il ouvre droit à un remboursement à 100% des dépenses maladie. Comme on le voit, l’assurance-maladie est incapable d’exploiter la moindre donnée sur ce sujet.

On lira aussi cet autre passage édifiant:

données de santé

Autrement dit, malgré les millions de données dont dispose l’assurance maladie pour mieux comprendre le cancer et sa prise en charge en France, il ne se trouve pas un pékin à la CNAMTS pour se poser la question de leur exploitation. Il est vrai que le cancer est une maladie secondaire dont on ne risque jamais de mourir…

Des disparités ahurissantes

Pour illustrer la gravité du propos, la Cour fournit des tableaux tout à fait significatifs, dont celui-ci:

données de santé

Il détaille les différences de coûts dans les prises en charge selon les régions pour une même affection. Pour les cancers, les coûts vont d’un indice 83 (100 étant la moyenne nationale) jusqu’à l’indice 124. Autrement dit, d’une région à l’autre, le coût de prise en charge peut être inférieur à près de 20% à la moyenne nationale, ou supérieur à 25%.

Les mauvais esprits remarqueront que ces différences concernant le cancer sont moins inquiétantes que pour d’autres maladies, comme les insuffisances respiratoires (dont les coûts vont du simple à plus du double) ou la maladie d’Alzheimer (du simple au quadruple).

Pourquoi? Personne ne le sait.

Marseille, championne de France de la dépense

Cet autre tableau détaille les analyses de la Cour et permet de mesurer l’ampleur des dégâts:

données de santé

Ainsi, le coût d’une prise en charge pour un cancer est de 9.231€ en moyenne en France. Mais il s’élève à près de 10.500€ à Marseille, alors qu’il est inférieur à 8.000€ à Clermont-Ferrand.

Là encore, faute d’une utilisation des données à sa disposition, l’assurance-maladie est incapable de fournir la moindre explication.

La regrettable querelle du mésusage

On se souvient qu’en 2013, le secrétaire général du ministère de la Santé avait publié un rapport dénonçant le risque de mésusage des données de santé par les citoyens, dans l’hypothèse où, conformément au droit communautaire, la France permettrait la réutilisation gratuite des données qu’elle collecte.  Dans l’esprit de ce haut fonctionnaire, seuls les services de l’Etat étaient capables de comprendre ces statistiques.

On reconnaîtra à la Cour le mérite d’avoir montré par le menu que l’assurance-maladie, comme la direction de la sécurité sociale, sont les véritables producteurs du mésusage des données publiques.

Et pendant ce temps, la Sécurité sociale rembourse des médicaments dangereux pour les patients, et ne s’en aperçoit pas.

Comment les partenaires sociaux veulent ligoter les entreprises

Les partenaires sociaux adorent l’idée de mettre en place des usines à gaz pour empêcher les entreprises d’accéder à toutes leurs libertés. Officiellement, l’entreprise est libre. Mais, comme on est une bande de potes, et qu’on est les détenteurs de toutes les valeurs vertueuses en ce bas monde, on préfère quand même décider à la place de tout le monde, ligoter le marché en bonne et due forme, surtout quand ça rapporte de l’argent. Ainsi en va-t-il des affaires de protection sociale complémentaire, que les partenaires sociaux ont préemptées pour y instaurer le règne de la combinazione.

Les partenaires sociaux et le retour des désignations

Dans l’art des petits arrangements entre amis, solidaires mais qui peuvent rapporter gros, les partenaires sociaux ont développé une technique raffinée appelée la « désignation ». Elle consiste à réunir quelques délégués de branche professionnelle dans le plus grand secret autour d’une table pour contraindre les entreprises de ladite branche à financer un contrat d’assurance qu’elles n’ont pas négocié. En échange de cette « désignation » d’un assureur,

L’exemple le plus connu de cette pratique scandaleuse est donné par la boulangerie où le conseil d’Etat a, cet été, rappelé que l’absence de publicité préalable donnée au marché qui s’ouvrait rendait impossible le renouvellement du contrat.

L’invention du contrat perpétuel

Dès que le Conseil Constitutionnel, le 13 juin 2013, a posé la contradiction entre la désignation et la liberté d’entreprendre, nombreux furent ceux, parmi les paritaristes, notamment chez AG2R, qui soutinrent une idée décoiffante: si le contrat d’assurance est caduc, la désignation prévue par un accord à durée indéterminée ne peut être remise en cause.

Sur ce fondement, la boulangerie a artificiellement posé par un avenant la reconduction de la désignation d’AG2R. Avec l’appui d’avocats véreux, les partenaires sociaux réinventent donc le contrat perpétuel, ce monstre du Lochness juridique qui fait rire tous les étudiants en droit.

Un artifice grossier de présentation

Bien entendu, l’argument ne tient pas, puisque le Code de la Sécurité Sociale, dans son L912-1, est formel: dans son nouvel alinéa 3, par exemple, il indique clairement:

Les accords mentionnés au I comportent une clause fixant dans quelles conditions et selon quelle périodicité, qui ne peut excéder cinq ans, les modalités d’organisation de la recommandation sont réexaminées. La procédure prévue au premier alinéa du II est applicable à ce réexamen.

Prétendre qu’un accord peut maintenir une désignation pour une durée illimitée constitue bien entendu un détournement de la loi. Le code a en effet adapté à la décision du Conseil Constitutionnel une rédaction plus ancienne mais tout aussi explicite:

Lorsque les accords professionnels ou interprofessionnels (…) prévoient une mutualisation des risques dont ils organisent la couverture auprès d’un ou plusieurs organismes (…), auxquels adhèrent alors obligatoirement les entreprises relevant du champ d’application de ces accords, ceux-ci comportent une clause fixant dans quelles conditions et selon quelle périodicité les modalités d’organisation de la mutualisation des risques peuvent être réexaminées. La périodicité du réexamen ne peut excéder cinq ans.

Le Code de la Sécurité Sociale n’a donc jamais autorisé un accord de branche à comporter une disposition instaurant une désignation éternelle. Toute disposition de ce genre est contraire à la loi et ne trouve pas à s’appliquer.

La bouffonne idée d’un contrat perpétuel

Au demeurant, l’idée qu’un contrat puisse être perpétuel ne manque pas de piquant. Elle est contraire à toutes les doctrines en vigueur, pour lesquelles, quoiqu’il arrive, un contrat à durée indéterminée peut à tout moment être dénoncé par l’une des parties. Justement, diront les partenaires sociaux: leur connivence, fondée sur des conflits d’intérêts évidents (les assureurs désignés finançant généralement très largement les organisations syndicales qui les cont désignés), leur permet de se tenir chaud l’hiver et de ne jamais dénoncer le contrat.

C’est ici qu’il serait intéressant d’obtenir une jurisprudence… Un employeur demandant à dénoncer unilatéralement un accord de branche avec une désignation à durée illimitée qu’il n’a pas signée mais qui s’impose à lui ne manquerait pas de remporter une belle victoire juridique.

L’image peu glorieuse d’un combat d’arrière-garde

Sur le fond, ces arguties fantaisistes montrent à quelle extrémité des gens qui se prétendent sérieux et crédibles sont conduits pour sauver des meubles bancals. Et l’on regrettera que l’élite de ce pays, si arrogante et sûre de son fait, se prête à ce genre de pantalonnades grotesques pour préserver ses conflits d’intérêt.

Nous savons tous aujourd’hui que la parole politique a perdu toute crédibilité à force d’être galvaudée. Il en va, chaque jour un peu plus, de même de la parole syndicale.

Comment peut-on être Français, musulman et pro-palestinien?

La révélation par l’Institut Montaigne d’un portrait-robot type du musulman français n’en a pas fini de faire couler l’encre et les commentaires. Ce portrait-robot soulève en tout cas une question majeure: celui de la cohérence des positions habituellement tenues par la communauté musulmane dans le conflit israélo-palestinien. D’une manière globale, nous assistons probablement à un retournement majeur des postures et des visions.

Le musulman face à Israël

Rappelons ici la doctrine arabo-musulmane classique sur la question israélienne. Une grande partie de l’antisionisme historique du monde arabe repose en effet sur l’idée qu’Israël est une exportation abusive au Proche-Orient du problème des réfugiés juifs européens en 1945.

Dans la charte de l’OLP, d’ailleurs, la présence juive n’était pas fondamentalement contestée par le mouvement palestinien, mais celui-ci plaidait pour la création d’un Etat unitaire laïque, où les Juifs auraient respecté les règles de l’Etat palestinien tout en disposant d’une liberté religieuse. Cette solution, présentée comme « terroriste » à l’époque par les partisans d’Israël, constituait le fondement possible d’une approche arabo-musulmane de la coexistence entre musulmans et non-musulmans.

Le monde arabe et la question des réfugiés

Au passage, un petit rappel sur les positions arabes vis-à-vis des réfugiés n’est pas inutile. En Europe, certains, comme le guignolesque et rassis Jean-Marie Cavada, adorent établir un parallèle entre les réfugiés appelés par Angela Merkel que nous serions méchants de refuser, et les réfugiés qui parcouraient nos routes en 1945, dont les survivants des camps d’extermination.

Ce parallèle est une fois de plus édifiant, puisqu’il montre combien l’Europe se culpabilise là où les victimes d’aujourd’hui n’avaient aucune culpabilité hier. Dans les années 30, en effet, les Palestiniens, pour des raisons qu’on ne jugera pas ici, se sont révoltés contre l’accueil sur leur territoire de Juifs européens persécutés. Le moins que l’on puisse dire est, qu’à cette époque, le monde arabe n’a eu aucun scrupule à s’opposer massivement et violemment à l’accueil de réfugiés européens sur son sol.

Si, comme Cavada et consors le revendiquent, nous devions nous inspirer des événements de 1945 pour traiter la question des réfugiés, c’est donc un mur de barbelés que nous devrions construire, et c’est une guerre que nous devrions déclarer…

Ajoutons que, si le monde arabe n’a pas eu beaucoup de tendresse pour les réfugiés juifs qui arrivaient en Palestine à cette époque, il n’en a guère eu beaucoup plus pour les réfugiés palestiniens qui se dispersaient dans les pays voisins. Les Syriens, que nous accueillons à tour de bras aujourd’hui, font d’ailleurs partie des peuples qui ont réservé le pire accueil aux Palestiniens en 1948, les admettant au compte-gouttes et les marginalisant de façon institutionnelle, y compris plus de soixante ans après leur arrivée.

Bien entendu, cela ne signifie pas que nous devons imiter le mauvais traitement réservé aux réfugiés par le monde arabe dans les années 40 et 50. Mais il faut simplement que les donneurs de leçon arrêtent de nous raconter des bobards sur notre prétendue malice contemporaine.

Que nous apprend le rejet des réfugiés par le monde arabe?

Lorsque les Palestiniens ont vu la communauté (le Yichouv) juive se gonfler jusqu’à constituer l’embryon d’un Etat indépendant, processus commencé avec les premières alyiah des années 1880 et achevé en 1948, ils ont (à bon droit dirait-on) réclamé de cette communauté un respect des règles locales. C’est précisément parce que la communauté juive de Palestine a entrepris, dès les années 20, des négociations avec les voisins arabes pour accéder à l’indépendance que les Palestiniens ont pris les armes.

Leur objectif était de défendre leur identité sur leur sol. Chacun, on le sait, a sa perception du sujet, et notamment sa perception de la légitimité historique de la communauté juive à créer un Etat religieux en Palestine. Il n’en reste pas moins que le combat palestinien a reposé sur l’idée que les nouveaux arrivants ne pouvaient abusivement changer les règles du jeu établis, et qu’ils devaient s’intégrer plutôt qu’imposer leurs règles.

C’est sur ce fondement que beaucoup d’Européens ont pris fait et cause pour le combat palestinien: sur l’idée qu’un arrivant doit s’intégrer aux règles indigènes et non les modifier abusivement. D’une certaine façon, le combat propalestinien est un combat en faveur de l’intégration des immigrés, y compris sur plusieurs générations.

Peut-on être pro-palestinien et porter le voile en Europe?

D’où la sidération lorsque ceux qui, en France, s’associent à la souffrance des Palestiniens et revendiquent une solution juste en Palestine, prennent aussi fait et cause, selon un insupportable deux poids deux mesures, pour des comportements en France qui sont à rebours de ceux qu’ils prônent pour les Juifs en Palestine.

Prenons l’exemple de la viande halal dans les cantines scolaires publiques. On peut imaginer que certains prônent aujourd’hui l’introduction d’une nourriture consacrée dans un établissement laïque. Mais, dans ce cas, on admet qu’on n’aime pas la laïcité, ou bien qu’elle dérange, et on ne défend pas la souffrance du peuple palestinien lors de l’arrivée des réfugiés juifs en Palestine.

Être pro-palestinien, c’est en effet revendiquer pour les peuples autochtones le droit à défendre leur identité et leurs valeurs, en les considérant par principe comme supérieures et légitimes par rapport à celles des nouveaux arrivants.

En France, nos valeurs depuis plusieurs siècles sont fondées sur des idées simples et pacifiques. En particulier, nous avons fait le choix (comme beaucoup d’autres pays européens d’ailleurs) de vivre dans des groupes où les appartenances religieuses ne sont pas affichées. Il en va de la paix publique que nous souhaitons préserver. C’est pourquoi nous sommes allergiques aux signes religieux ostentatoires pour les profanes.

Le fait que le gouvernement de Vichy ait imposé aux Juifs le port de l’étoile jaune continue aujourd’hui à constituer un traumatisme collectif. L’étoile jaune est le symbole de tout ce que nous, Français, détestons et détesterons longtemps encore: les distinctions ouvertes entre communautés, leur affichage collectif, institutionnel, dirait-on, la stigmatisation de l’autre sur des critères religieux.

Il est impressionnant de voir aujourd’hui que ce refus de la stigmatisation communautaire soit invoqué par les musulmans pour justifier son contraire. Porter le voile, ou la djellabah, dans le contexte que nous connaissons, signifie bien entendu le refus des valeurs françaises de discrétion sur l’appartenance religieuse. C’est une façon de revendiquer haut et fort ce que les Français de bonne volonté ont combattu en 1940, souvent au péril de leur vie. C’est une façon de défier les valeurs indigènes de tolérance religieuse, et c’est marquer sa préférence pour un changement des règles collectives où chacun se définira par son appartenance religieuse.

De cela, nous ne voulons pas. La concorde que nous connaissons nous va bien et nous ne souhaitons pas connaître l’obédience religieuse d’une femme lorsque nous la croisons dans la rue.

Il est d’ailleurs incompréhensible de voir que tous ceux qui exècrent (à juste titre) Vichy et sa discrimination raciale trouvent souvent des mots de sympathie pour des comportements, au sein de la communauté musulmane, qui sont à rebours de leur combat. Entre porter le voile et revendiquer l’étoile jaune, sur le fond, où est la différence de nature? Nous n’avons pas voulu l’étoile jaune, et nous avons eu raison. Je ne vois pas pourquoi nous voudrions le voile.