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Auteur : Eric Verhaeghe

Néonicotinoïdes: la France d’En Marche, européenne mais pas trop!

Le couac du jour sur les néonicotinoïdes a au moins un mérite: il révèle l’engagement pro-européen très variable de la nouvelle majorité. Très europhile dans les caméras de télévision, Emmnuel Macron se révèle bien plus souverainiste dans la pratique quotidienne du pouvoir.

C’est vrai qu’on s’est bien amusé avec ce premier couac du gouvernement. D’un côté, un arbitrage rendu le 21 juin sur l’interdiction absolue des néonicotinoïdes. De l’autre, l’intervention du tout nouveau ministre de l’agriculture qui est revenu sur cet arbitrage, la fleur au bout du fusil. Il aurait mieux fait de potasser ses dossiers sensibles avant d’aller à la télé celui-là!

Sur le fond, l’affaire révèle l’attachement très « instable » d’En Marche à l’Europe.

Néonicotinoïdes et surtransposition

Comme d’habitude, l’administration française a abondamment pratiqué la surtransposition des normes européennes dans ce dossier. Ainsi, la réglementation européenne n’interdit pas les néonicotinoïdes. C’est la France qui fait le choix d’aller au-delà des règles communautaires en adaptant, dans la loi sur la biodiversité, des mesures bien plus drastiques que celles qui existent sur le reste du continent.

Dans le cas de la protection des abeilles, on peut comprendre cette volonté d’aller au-delà du droit valable sur le continent. Mais il faudrait être naïf pour croire que la surtransposition se limite aux seuls cas de la protection de nos amis les insectes. La surtransposition est une maladie de la bureaucratie française qui aime ajouter de la complexité nationale à la complexité communautaire.

Mais de quelle Europe parlons-nous?

Il faut donc prendre le temps de bien comprendre la véritable portée de la surtransposition des normes européennes en droit français. Elle consiste à greffer sur le droit valable dans l’Union des « verrues » nationales, des particularités, des originalités, dans un sens constant: celui de la surinterdiction et de la restriction maniaque.

Cette manie dit deux choses de nos élites technocratiques (qui adorent, pour transposer le droit de l’Union, recourir aux ordonnances).

Première chose, elle nous rappelle que la valeur fondamentale de l’élite française, survivance d’une noblesse de robe coriace au-delà des épisodes républicains, c’est la privation. Quelle jouissance que de limiter l’instinct vital par une superposition de règles castratrices, de codes obscurs, qui embrassent la vie comme le poulpe étouffe sa proie.

Deuxième chose: au-delà des postures européennes, les élites françaises restent profondément souverainistes et attachées au fait national. Comme quoi, il n’est pas si facile de diluer son identité millénaire dans un machin transnational, même si on le pense comme l’alpha et l’oméga de la modernité.

En France, le souverainisme est aussi têtu que les faits

Que n’avons-nous entendu, il y a quelques semaines, sur la félonie de tous les eurosceptiques? Rappelons-nous que Macron a largement été élu en jouant sur le clivage entre les obscurantistes eurosceptiques, symboles de toutes les horreurs modernes, et les europhiles (dont lui) qui avaient parfaitement compris que l’avenir de l’homo europeensis était dans le machin bruxellois.

Puis, une fois la bise venue, on s’aperçoit de la frilosité des donneurs de leçons. Finalement, l’Europe, c’est pas si bien que ça. Et la souveraineté française, ça n’a pas de prix.

Pourquoi les GM&S devraient lire les interviews de Bruno Lemaire

Les salariés de GM&S sont toujours dans le pétrin! Selon toute vraisemblance, le site de La Souterraine est voué à la disparition, là où Bruno Le Maire avait promis d’aider. Mais la vraie réponse de notre brillant ministre de l’Économie est à chercher dans une interview qu’il vient de donner sur sa vision industrielle.

Il ne reste plus qu’une semaine pour sauver GM&S, l’usine d’équipement automobile de la Creuse. Selon toute vraisemblance, l’usine devrait rapidement fermer, après un passé chaotique qui illustre bien la désindustrialisation française et ses maux.

Comme d’habitude, les salariés devraient mener quelques actions d’éclat pour attirer l’attention de l’opinion publique sur leur sort. Et le ministre les fera recevoir par son cabinet pour les calmer et… finalement ne rien faire. Même dans la France renouvelée, ce vieux scénario se reproduit inlassablement.

GM&S face à la doctrine Lemaire

Si les salariés de GM&S lisaient les interviews de Bruno Le Maire, ils comprendraient plus facilement ce qui va leur arriver. L’AFP rapporte ainsi ses propos:

« Il faut investir le plus possible dans l’innovation, être capable de porter notre industrie vers les technologies de pointe » (…)

« Je considère qu’en matière industrielle, même si l’Allemagne a aujourd’hui une avance importante, nous pouvons rattraper les Allemands et créer un tissu industriel très puissant, parce que nous avons un atout, c’est d’être très fort sur la révolution digitale » (…)

« L’objectif n’est pas de garder toutes les activités industrielles possibles et inimaginables. L’objectif, c’est de tenir le cap: l’industrie de pointe, de la haute technologie, qui nous permettra de réussir dans la mondialisation »

C’est donc clair: la stratégie industrielle française va consister à investir dans l’innovation, les technologies de pointe, le numérique, et on va laisser tomber les vieilles activités industrielles.

La vision ringarde de Bruno Le Maire

On comprend bien la vision sous-jacente aux propos de Bruno Le Maire, et qui sent bon le cours de Sciences-Po des années 80, à l’époque où on inventait le micro-ordinateur et le téléphone portable. D’un côté, il y a l’innovation, la haute technologie, l’industrie de pointe, et ça c’est bien. De l’autre côté, il y a la vieille industrie avec ses ateliers répugnants et sa condition ouvrière rétrograde.

Que cette vision binaire n’ait rien à voir avec la réalité n’est évidemment pas le problème de ce ministre qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise en tant que preneur de risque! l’essentiel, c’est de faire croire aux Français qu’il a une réponse ambitieuse et moderne aux problèmes de notre temps. Comme par le passé, la classe politique renouvelée vit de discours et ne s’embarrasse pas d’agir sur la réalité.

Il faudrait pourtant que quelqu’un se dévoue pour expliquer à Bruno Le Maire que l’époque où il existait des secteurs innovants et des secteurs non-innovants est morte. Toute activité industrielle, y compris celle de GM&S, est susceptible d’être touchée par la révolution numérique. Il n’y a donc pas lieu de distinguer certains secteurs de prédilection pour mieux abandonner les autres.

L’erreur de base dans la compréhension de l’Allemagne

Puisque le propos de Bruno Le Maire est de rivaliser avec l’Allemagne, il faudrait aussi que quelqu’un lui explique que notre puissant voisin a fait tout le contraire de ce qu’il propose. L’Allemagne a en effet misé sur la modernisation et la numérisation de son industrie traditionnelle pour durer. Elle n’a certainement pas choisi de la délaisser pour inventer de nouveaux métiers loin de ses bases.

C’est évidemment une chimère coupable que de croire à des développements nouveaux, hors sol, dans le domaine industriel, par la simple volonté de l’État et sans qu’un tissu solide d’entrepreneurs existe pour faire le job. Cette chimère est d’autant plus dangereuse lorsqu’elle passe par l’abandon d’entreprises patrimoniales qu’on s’apprête à liquider pour les remplacer par du vent.

Dans le cas de GM&S, le bon sens consiste à demander à Renault et à Peugeot, qui sont les principaux clients de l’entreprise, de racheter l’usine pour la restructurer. Ce choix-là est plus pertinent que de maintenir cette entreprise sous perfusion en attendant que plus personne ne se préoccupe de sa disparition.

Inquiétude pour notre politique industrielle

En réalité, la ligne Bruno Le Maire va, de façon constante, consister à abandonner l’industrie manufacturière au profit d’une vision très élitiste d’industrie de pointe. L’écran de fumée de la technologie, qui repose pour l’essentiel sur du sable, dissimulera la désertion en ligne de l’aristocratie française vis-à-vis d’activités dont le pays s’est nourri mais qu’elle a toujours méprisées.

Programme En Marche

Au niveau national, nous complèterons et rationaliserons les dispositifs publics autour de Bpifrance.
Nous constituerons un Fonds pour l’industrie et l’innovation. Il sera doté de 10 milliards d’euros issus des actions d’entreprises possédées de manière minoritaire par l’Etat et sera placé au service de notre industrie et de l’innovation.
Nous mobiliserons les revenus issus de ces participations pour financer l’industrie du futur.
Ce rendement sera sanctuarisé et réinvesti selon les trois priorités suivantes :
L’investissement dans des initiatives locales visant à accompagner les transitions industrielles, notamment écoresponsables, ou à réindustrialiser des territoires déjà touchés par la désindustrialisation ;
La démultiplication de la dynamique Industrie du Futur ;
Le développement de solutions innovantes contribuant à relever les défis clefs de la transformation énergétique, environnementale, numérique et démographique de notre société.

Macron déjà hollandisé par Merkel! On y croit à peine…

À peine arrivé, déjà hollandisé! Macron a été repris en main par Angela Merkel à l’occasion de son premier sommet européen. Mais… la presse subventionnée s’emploie à dissimuler le malaise.

Il y a deux façons d’aborder le sommet européen qui s’est tenu en fin de semaine. Une première voie consiste à lire les conclusions du sommet et à compter les points. Une seconde voie consiste à lire la presse subventionnée. Entre les deux, on trouve très peu de points communs.

Ce que le Conseil Européen a réellement décidé

Dans la pratique, le Conseil des 22 et 23 juin n’a repris aucune des demandes françaises annoncées de longue date par le président de la République. En particulier, il n’a ouvert aucun débat sur les travailleurs détachés, sujet sur lesquels la France avait bandé les muscles en demandant un durcissement de la réglementation.

Rien que par ce silence, la France subit donc une défaite en rase campagne qui montre le peu de cas que l’Europe fait d’une France engluée dans un huis clos gagnant-perdant avec l’Allemagne, même avec un Président nouvellement élu qui pense pouvoir défier Donald Trump.

S’agissant de l’emploi, on notera d’ailleurs ce que le sommet a conclu:

S’appuyant sur les conclusions du Conseil de mai 2017, qui préconisent une stratégie pour l’avenir de la politique industrielle, le Conseil européen insiste sur le rôle essentiel de l’industrie, qui constitue un moteur important pour la croissance, l’emploi et l’innovation en Europe. Dans le prolongement de ses propres conclusions antérieures, il demande que des mesures concrètes soient prises pour que le marché unique dispose d’une base industrielle solide et compétitive.

Les conclusions du Conseil ne visent pas à redire que le travail détaché est échevelé, mais que la prospérité viendra de la défense de l’industrie. Cette vision au demeurant très allemande met des mots sur un vide français: quelle est la politique industrielle d’Emmanuel Macron? On l’ignore jusqu’ici et curieusement le conseil européen s’est préoccupé de sujets qui n’ont aucun impact en France.

Macron battu sur les mesures anti-chinoises

Quant à l’idée d’empêcher les Chinois de prendre le contrôle à vil prix de nos pépites technologiques, Emmanuel Macron a fait un superbe bide. Voici en effet comment le Conseil a retranscrit la demande française:

Le Conseil européen est convaincu que le commerce et les investissements ne peuvent être libres que s’ils sont également équitables et mutuellement bénéfiques. Il invite par conséquent les colégislateurs à parvenir rapidement à un accord sur des instruments de défense commerciale modernes et compatibles avec l’OMC, qui renforceront la capacité de l’UE à lutter efficacement contre les pratiques commerciales déloyales et discriminatoires et les distorsions de marché. Le Conseil européen demande à la Commission de veiller à leur application rapide et effective par des mesures d’exécution non législatives visant à rendre les pratiques commerciales et les instruments de défense commerciale de l’UE plus réactifs et plus efficaces et de proposer, le cas échéant, des mesures complémentaires. Il demande en outre à la Commission et au Conseil d’approfondir et de faire avancer le débat sur la manière d’améliorer la réciprocité dans le domaine des marchés publics et des investissements. Dans ce contexte, il salue l’initiative de la Commission visant à maîtriser la mondialisation et, entre autres, à analyser les investissements réalisés par des pays tiers dans des secteurs stratégiques, dans le plein respect des compétences des États membres.

Traduction: pour faire plaisir à Macron, on aborde le point. Mais on annonce déjà qu’aucune directive, aucune mesure réglementaire ne sera prise sur le sujet, et qu’en aucun cas, on ne tordra les règles de l’OMC. On notera aussi que le sujet sera repris en main par la Commission et sera discuté ultérieurement.

En quoi Macron est-il hollandisé?

Pour finir cet exercice où les demandes françaises ont été réduites à néant, Angela Merkel a pris son petit protégé par la main et lui a admonesté l’une des fessées déculottées dont elle a le secret. Celle-ci prend d’ordinaire la forme d’une conférence de presse conjointe, où le Président français annonce qu’il ne fera plus rien à l’avenir sans l’autorisation et le consentement d’Angela Merkel.

Macron n’a pas échappé à la punition.

je veux dire ici combien à la fois le fait que nous ayons très étroitement préparé ensemble nos remarques à ce Conseil, que nos interventions aient été constamment en ligne et que nous puissions en rendre compte en commun est à mes yeux important. C’est en tout cas ce que je m’attacherai à faire, dans les années à venir, parce que je pense que quand l’Allemagne et la France parlent de la même voix, l’Europe peut avancer ; ce n’est parfois pas la condition suffisante mais c’est en tout cas la condition nécessaire.

Dans la droite ligne de cet exercice où l’on apprend que les positions françaises au Conseil sont préparées avec l’Allemagne en amont, Macron a respecté les passages obligés de la fessée déculottée. Sur les migrants, il s’est senti obligé de déclarer:

nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur. Et je le redis ici, les réfugiés ne sont pas n’importe quels migrants. Ce ne sont pas les migrants économiques, ce sont des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur liberté ou parce qu’ils sont en guerre ou pour leurs choix politiques. Nous devons ainsi faire preuve de solidarité quand un de nos voisins fait face à des arrivées massives de réfugiés ou de migrants.

Tous les ingrédient sont donc réunis pour que, dans les cinq ans à venir, Macron conserve intacte la doctrine européenne développée sous Hollande d’un alignement systématique sur les positions allemandes sans contrepartie en faveur de la France.

Le silence gêné de la presse subventionnée

On lira en contrepartie les gros titres gênés de la presse française subventionnée, qui veut dissimuler le ratage macronien. En dehors du Point, qui titre « Macron au sommet de l’UE : premiers échanges, premier revers », le reste de la presse se montre d’une flagornerie extravagante.

Ainsi, les Échos, qui ne cachent plus leur soutien complet et acquis au Président, font croire à une victoire française. Plus complaisant encore, Le Monde se fend d’un titre ahurissant: « Conseil européen : avec Macron, l’Europe met en scène son sursaut ». Ils doivent avoir vraiment besoin d’un gros coup de pouce, dans ce canard arrogant, pour sortir des âneries pareilles.

La tonalité est un peu moins obséquieuse au Figaro, qui fait le choix de ne reprendre qu’une dépêche AFP et de centrer son papier sur les questions de défense. Sur le sujet, le quotidien de Serge Dassault en fait beaucoup avec un titre excessif: « Macron salue une avancée historique pour l’Europe de la défense », mais il évite quand même de sombrer dans l’asservissement de ses grands concurrents.

Toute la question est évidemment de savoir combien de temps la presse subventionnée acceptera-t-elle de compromettre sa crédibilité en soutenant de façon aussi grossière un Président de la République qui terrorise les rédactions.

Conseil européen des 22 et 23 juin 2017 – conclusions officielles de Eric Verhaeghe


Macron déjà hollandisé par Merkel! On y croit à peine…

À peine arrivé, déjà hollandisé! Macron a été repris en main par Angela Merkel à l’occasion de son premier sommet européen. Mais… la presse subventionnée s’emploie à dissimuler le malaise.

Il y a deux façons d’aborder le sommet européen qui s’est tenu en fin de semaine. Une première voie consiste à lire les conclusions du sommet et à compter les points. Une seconde voie consiste à lire la presse subventionnée. Entre les deux, on trouve très peu de points communs.

Ce que le Conseil Européen a réellement décidé

Dans la pratique, le Conseil des 22 et 23 juin n’a repris aucune des demandes françaises annoncées de longue date par le président de la République. En particulier, il n’a ouvert aucun débat sur les travailleurs détachés, sujet sur lesquels la France avait bandé les muscles en demandant un durcissement de la réglementation.

Rien que par ce silence, la France subit donc une défaite en rase campagne qui montre le peu de cas que l’Europe fait d’une France engluée dans un huis clos gagnant-perdant avec l’Allemagne, même avec un Président nouvellement élu qui pense pouvoir défier Donald Trump.

S’agissant de l’emploi, on notera d’ailleurs ce que le sommet a conclu:

S’appuyant sur les conclusions du Conseil de mai 2017, qui préconisent une stratégie pour l’avenir de la politique industrielle, le Conseil européen insiste sur le rôle essentiel de l’industrie, qui constitue un moteur important pour la croissance, l’emploi et l’innovation en Europe. Dans le prolongement de ses propres conclusions antérieures, il demande que des mesures concrètes soient prises pour que le marché unique dispose d’une base industrielle solide et compétitive.

Les conclusions du Conseil ne visent pas à redire que le travail détaché est échevelé, mais que la prospérité viendra de la défense de l’industrie. Cette vision au demeurant très allemande met des mots sur un vide français: quelle est la politique industrielle d’Emmanuel Macron? On l’ignore jusqu’ici et curieusement le conseil européen s’est préoccupé de sujets qui n’ont aucun impact en France.

Macron battu sur les mesures anti-chinoises

Quant à l’idée d’empêcher les Chinois de prendre le contrôle à vil prix de nos pépites technologiques, Emmanuel Macron a fait un superbe bide. Voici en effet comment le Conseil a retranscrit la demande française:

Le Conseil européen est convaincu que le commerce et les investissements ne peuvent être libres que s’ils sont également équitables et mutuellement bénéfiques. Il invite par conséquent les colégislateurs à parvenir rapidement à un accord sur des instruments de défense commerciale modernes et compatibles avec l’OMC, qui renforceront la capacité de l’UE à lutter efficacement contre les pratiques commerciales déloyales et discriminatoires et les distorsions de marché. Le Conseil européen demande à la Commission de veiller à leur application rapide et effective par des mesures d’exécution non législatives visant à rendre les pratiques commerciales et les instruments de défense commerciale de l’UE plus réactifs et plus efficaces et de proposer, le cas échéant, des mesures complémentaires. Il demande en outre à la Commission et au Conseil d’approfondir et de faire avancer le débat sur la manière d’améliorer la réciprocité dans le domaine des marchés publics et des investissements. Dans ce contexte, il salue l’initiative de la Commission visant à maîtriser la mondialisation et, entre autres, à analyser les investissements réalisés par des pays tiers dans des secteurs stratégiques, dans le plein respect des compétences des États membres.

Traduction: pour faire plaisir à Macron, on aborde le point. Mais on annonce déjà qu’aucune directive, aucune mesure réglementaire ne sera prise sur le sujet, et qu’en aucun cas, on ne tordra les règles de l’OMC. On notera aussi que le sujet sera repris en main par la Commission et sera discuté ultérieurement.

En quoi Macron est-il hollandisé?

Pour finir cet exercice où les demandes françaises ont été réduites à néant, Angela Merkel a pris son petit protégé par la main et lui a admonesté l’une des fessées déculottées dont elle a le secret. Celle-ci prend d’ordinaire la forme d’une conférence de presse conjointe, où le Président français annonce qu’il ne fera plus rien à l’avenir sans l’autorisation et le consentement d’Angela Merkel.

Macron n’a pas échappé à la punition.

je veux dire ici combien à la fois le fait que nous ayons très étroitement préparé ensemble nos remarques à ce Conseil, que nos interventions aient été constamment en ligne et que nous puissions en rendre compte en commun est à mes yeux important. C’est en tout cas ce que je m’attacherai à faire, dans les années à venir, parce que je pense que quand l’Allemagne et la France parlent de la même voix, l’Europe peut avancer ; ce n’est parfois pas la condition suffisante mais c’est en tout cas la condition nécessaire.

Dans la droite ligne de cet exercice où l’on apprend que les positions françaises au Conseil sont préparées avec l’Allemagne en amont, Macron a respecté les passages obligés de la fessée déculottée. Sur les migrants, il s’est senti obligé de déclarer:

nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur. Et je le redis ici, les réfugiés ne sont pas n’importe quels migrants. Ce ne sont pas les migrants économiques, ce sont des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur liberté ou parce qu’ils sont en guerre ou pour leurs choix politiques. Nous devons ainsi faire preuve de solidarité quand un de nos voisins fait face à des arrivées massives de réfugiés ou de migrants.

Tous les ingrédient sont donc réunis pour que, dans les cinq ans à venir, Macron conserve intacte la doctrine européenne développée sous Hollande d’un alignement systématique sur les positions allemandes sans contrepartie en faveur de la France.

Le silence gêné de la presse subventionnée

On lira en contrepartie les gros titres gênés de la presse française subventionnée, qui veut dissimuler le ratage macronien. En dehors du Point, qui titre « Macron au sommet de l’UE : premiers échanges, premier revers », le reste de la presse se montre d’une flagornerie extravagante.

Ainsi, les Échos, qui ne cachent plus leur soutien complet et acquis au Président, font croire à une victoire française. Plus complaisant encore, Le Monde se fend d’un titre ahurissant: « Conseil européen : avec Macron, l’Europe met en scène son sursaut ». Ils doivent avoir vraiment besoin d’un gros coup de pouce, dans ce canard arrogant, pour sortir des âneries pareilles.

La tonalité est un peu moins obséquieuse au Figaro, qui fait le choix de ne reprendre qu’une dépêche AFP et de centrer son papier sur les questions de défense. Sur le sujet, le quotidien de Serge Dassault en fait beaucoup avec un titre excessif: « Macron salue une avancée historique pour l’Europe de la défense », mais il évite quand même de sombrer dans l’asservissement de ses grands concurrents.

Toute la question est évidemment de savoir combien de temps la presse subventionnée acceptera-t-elle de compromettre sa crédibilité en soutenant de façon aussi grossière un Président de la République qui terrorise les rédactions.

Conseil européen des 22 et 23 juin 2017 – conclusions officielles de Eric Verhaeghe


Macron affronte l’Europe de l’Est en mode bobo

Emmanuel Macron a donné une leçon bobo à la Pologne et à la Hongrie en leur rappelant que l’Europe n’est pas un supermarché où on prend ce qui nous intéresse et où on laisse ce dont on n’a pas envie. Le Président vise notamment la prétendue frilosité de la Pologne ou de la Hongrie sur la question des migrants. Les intéressés ont réagi sèchement.

On peut égrener sans fin les poncifs bobo sur l’Europe: elle a garanti la paix sur le continent depuis 1945 (tout le monde ayant oublié l’OTAN et sa capacité de dissuasion face à l’URSS), elle garantit la prospérité (tout le monde évitant de remarquer que la performance de la zone euro est inférieure à celle de l’UE 28), et elle doit accueillir des réfugiés venus de Méditerranée. Macron a sacrifié à ces poncifs en tançant vertement la Pologne et la Hongrie.

Europe bobo, Europe occido-centrée

Tous ceux qui partagent l’étrange culpabilité de l’Europe bienpensante vis-à-vis des réfugiés applaudiront, bien entendu, à cette sortie fracassante qui vise notamment la résistance farouche opposée par le groupe de Visegrad à la politique européenne de « relocalisation » forcée des réfugiés. Depuis de nombreux mois, la Pologne et la Hongrie mènent une véritable campagne de refus contre l’intention, portée par l’Allemagne, de « placer » de force des migrants dans ces pays.

Dans la vision bobo du monde, dont Macron se fait l’écho, cette résistante procède évidemment d’un racisme profond et n’est pas acceptable. Donc, il faut l’éradiquer.

Ce faisant, Emmanuel Macron reprend à son compte une compréhension à courte vue, essentiellement occido-centrée. C’est le triomphe du boboland.

Les migrations vues de Hongrie et de Pologne

Du point de vue de la Hongrie et de la Pologne, le problème des réfugiés se pose en effet de façon très différente.

Côté Pologne, la leçon sur les migrants ne peut qu’être mal vécue. En effet, le conflit en Ukraine a beaucoup pesé sur la solidarité des Polonais. On parle d’un million de réfugiés ukrainiens qui se seraient installés en Pologne.

Ce million de réfugiés portés par la seule Pologne n’a pas beaucoup inspiré de tristesse ni de culpabilité à l’Europe de l’Ouest. Disons même que personne n’en parle. Mais ils expliquent largement pourquoi la Pologne ne se laissera pas faire pour accueillir de nouveaux migrants dont l’Europe de l’Ouest ne veut pas sur son sol.

Côté Hongrie, Macron devrait se souvenir que la pilule est tout aussi amère. Lorsqu’Angela Merkel a ouvert la vanne pour les réfugiés, c’est en effet la Hongrie qui a dû absorber l’essentiel du choc démographique. On a oublié en France que la Hongrie est historiquement la portée d’entrée du continent quand on vient des Balkans. Les colonnes de réfugiés venus de Grèce en marche pour l’Allemagne se sont toutes échouées en Hongrie, sans que l’Europe ne se mobilise vraiment pour aider la Hongrie à affronter un phénomène inconnu en Europe depuis 1945.

L’égoïsme de la bonne conscience bobo risque de laisser des traces

Dans cet ensemble, la vision occido-centrée risque donc de laisser des traces. Pour la Hongrie ou la Pologne, recevoir des leçons de solidarité de la part de pays qui sont loin d’être exemplaires ne devrait pas contribuer à rehausser une adhésion spontanée à l’Europe proposée par Bruxelles.

Avec ses campements à Calais, avec les images de réfugiés bloqués à la frontière italienne, avec un très faible nombre de réfugiés accueillis sur notre sol, Macron prend la tête d’une croisade qui risque de lui revenir méchamment dans la figure. En quoi la France prend-elle plus sa part que la Hongrie ou la Pologne?

Si Macron veut être crédible vis-à-vis de ses collègues, il devra tôt ou tard accepter une vague de réfugiés sur le sol français. Et rien n’exclut que la réaction ordinaire, y compris au sein de son électorat, soit virulente.

Les réfugiés en Europe avant la vague de 2015

Gouvernement Philippe, gouvernement profond décomplexé?

Avec le départ de Bayrou et des ministres MODEM, le gouvernement Philippe a perdu ses dernières figures « politiques » et connues. L’équipe du gouvernement Philippe II est une énumération de technocrates. Macron dévoile désormais sans complexe sa crispation sur le gouvernement profond.

Macron avait annoncé, durant la campagne, qu’il ferait appel aux meilleurs dans son gouvernement. Il y avait plusieurs façons (non exclusives l’une de l’autre) de comprendre cette intention. D’un côté, il s’agissait, bien sûr, de renouveler l’action politique en favorisant l’émergence de figures compétentes mais non issues de la classe politique. De l’autre, ce renouvellement consacrait un phénomène moins immédiatement compris mais qui définit ce qui est train de se passer: le triomphe du gouvernement profond.

Gouvernement profond, gouvernement par la technostructure

Tous les pays industrialisés sont logés à la même enseigne: par-delà les institutions démocratiques, il existe une ou plusieurs classes sociales qui tendent à monopoliser le pouvoir et à orienter à leur profit les décisions publiques. En France, ces classes sociales, qui ont largement parié sur Emmanuel Macron et ont assuré son élection (notamment par un soutien médiatique), s’appuient ordinairement sur une technostructure. Celle-ci est à la fois l’émanation des classes dominantes et leur cheville ouvrière.

La Vè République a longtemps brandi un paravent plus ou moins flexible devant cette coalition d’intérêts. Ce paravent s’appelait la classe politique. L’entreprise de renouvellement menée par En Marche a consisté à le faire voler en éclat.

On comprend aujourd’hui que l’enjeu d’Emmanuel Macron n’est pas de le remplacer immédiatement par un autre paravent d’illusions, mais plutôt de mener des réformes présentées comme structurelles avant de reconstituer une classe politique en soi. Pour ce faire, il a besoin d’une phase où la technostructure reprend ouvertement le pouvoir et prend les décisions qui lui conviennent ou qui la servent.

Il ne faut pas interpréter autrement la longue liste d’inconnus qu’Alexis Kohler a égrenée hier sur le perron de l’Élysée. Elle témoigne d’un jeté bas de masque et d’une reprise en main directe de l’appareil d’État par ceux qui en ont l’usage le plus intéressé.

Quel est le projet politique de la technostructure?

Sans surprise, c’est au nom de l’intérêt général que ce resserrement des élites est pratiqué. L’argumentaire pour justifier cette opération est bien connu: la classe politique est incapable de réformer efficacement le pays. Il faut donc la remplacer par des gens compétents capables de moderniser le pays.

Toute réaction nobiliaire s’appuie toujours sur le même bréviaire, sous une forme ou sous une autre. Sous Louis XVI, l’éviction des « bourgeois » par la vieille aristocratie incompétente s’était appuyée sur les mêmes ressorts illusoires. C’est en effet un mensonge propagé par la technostructure que de rejeter en bloc sur les élus du peuple la faillite du système sur le dos duquel elle vit; comme la vieille noblesse s’était menti, dans les années 1770, en prétendant que les difficultés du Royaume tenaient à l’infiltration de l’intérêt général par ceux qui exerçaient des professions mécaniques.

Mais, pour la technostructure, qu’est-ce que l’intérêt général sinon l’expression de ses propres intérêts? On l’a vu avec l’affaire Ferrand, où un dirigeant de mutuelle (réputée appartenir à l’économie sociale et solidaire) ne voit pas d’obstacle à se constituer son patrimoine personnel avec l’argent de ses adhérents (puisque le mot « client » n’a pas cours dans cet univers). On le verra avec Agnès Buzyn, médecin qui trouve normal d’imposer 11 vaccins obligatoires dont un vient d’être reconnu à l’origine d’une sclérose en plaques par la Cour de Justice de Luxembourg – le même médecin fut un temps rémunéré par le principal fabricant de vaccins en France.

« L’intérêt général, c’est moi! » proclame le technocrate, et on ne tardera pas à comprendre que l’intégration de la société civile dans le gouvernement ordinaire nourrira abondamment la chronique de ces déviances.

L’intérêt général reste donc à réinventer

Ce que l’équipe d’inconnus s’apprête à démontrer aux Français, c’est qu’elle est effectivement porteuse d’un projet de renouvellement, mais que les objectifs de ce projet sont loin d’être en accord avec la majorité des Français. Même si Macron profite d’une embellie dont il ne sera pas le géniteur, il aura du mal à dissimuler les déceptions que la technocratie porte en germes.

Passe encore sur les ordonnances qui susciteront des animosités mais dont l’échéance était annoncée depuis longtemps. C’est l’ensemble des politiques publiques qui tôt ou tard sera déceptif pour les Français: les mesures qui seront prises seront marquées du sceau d’une certaine efficacité… dont on mesurera la distance qui la sépare d’un projet de société cohérent.

Il ne suffit pas de répéter à tout bout de champ le mot « bienveillance » pour incarner ce qu’on dit. Et il ne faut jamais confondre le sens des bienséances en vigueur dans notre aristocratie avec la bienveillance dont on entend parler tous les jours. Maîtriser les codes de la bonne éducation pour jouer dans la cour du pouvoir n’a jamais suffi à devenir bienveillant.

L’expérience montre et montrera que c’est même souvent le contraire qui se produit.

Retraites: En Marche vers la faillite rapide des comptes sociaux

Le rapport annuel du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a pris des allures d’audit complémentaire à celui de la Cour des Comptes. Loin du triomphalisme affiché en son temps par Marisol Touraine (qui s’était vantée d’avoir terrassé les déficits sociaux), les prévisions montrent que les dix prochaines années seront très difficiles, même en cas de reprise économique.

Dans ce genre d’exercice (celui des prévisions à long terme sur les comptes sociaux), il existe un incontournable: la projection d’une série de scénarios où la croissance, le taux de chômage, la productivité, évoluent de façon différente. Personne n’est jamais véritablement convaincu par les hypothèses ou les combinaisons d’hypothèses retenues. Dans le cas du COR, celles-ci varient d’une croissance à 1% en moyenne pour pousser jusqu’à 1,8%.

L’intérêt des simulations est de montrer que, jusqu’en 2040, dans tous les cas, le régime par répartition, à réglementation inchangée, accusera un déficit important. En dehors de l’hypothèse à 1,8%, le besoin de financement sera d’au moins 10 milliards par an pour les vingt prochaines années. Si la croissance se maintien à 1%, il dépassera les 20 milliards à l’horizon 2025.

Les causes de ce phénomène sont bien connues: la durée de vie à la retraite augmente plus vite que les recettes naturelles du régime.

Une catastrophe pour les retraites à court terme

L’un des intérêts majeurs de l’étude du COR est surtout de montrer que, d’ici à la fin du quinquennat, les retraites seront forcément déficitaires, quel que soit le scénario de croissance qui se produise. Il n’y a donc pas à tortiller, ni à prendre un quelconque pari. Dans tous les cas, Emmanuel Macron sera confronté à une dégradation des comptes sociaux qui l’obligera à réagir pour tenir l’objectif de 3% de déficit dans le cadre des traités.

La dégradation sera même très rapide. Selon le COR, la France se promet un déficit de 10 milliards€ en 2020 si des mesures d’urgence ne sont pas prises.

C’est une très mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron qui avait imaginé pouvoir compter sur un petit répit et n’engager sa réforme des retraites qu’à partir de 2018.

Des solutions difficiles pour le nouveau Président

Dans la pratique, la dégradation des régimes de retraite agit comme une véritable peste: une fois le virus diffusé, il est très difficile de le combattre. Les remèdes à court terme sont en effet peu nombreux, bien connus et pénibles à faire avaler au public.

De deux choses l’une en effet.

Soit Emmanuel Macron retarde l’âge de départ à la retraite… mais cette option sera compliquée à mettre en oeuvre pour un Président qui a annoncé une réforme systémique qui laisserait à chacun le soin de choisir son âge de départ. On voit mal comment d’une main, le Président pourrait promettre un système notionnel où chacun part quand il le souhaite, et d’une autre main expliquer doctement que la traduction immédiate de ce dispositif consiste à repousser l’âge des partants.

Soit le Président adopte la solution déjà discrètement pratiquée par Marisol Touraine: la baisse des pensions. En retardant les indexations d’un semestre, la précédente ministre a en effet pu glaner quelques précieux milliards au détriment du niveau réel des retraites.

Reste, bien entendu, le troisième levier: éponger le déficit par une énième augmentation des cotisations. Mais, dans ce cas, sauf à admettre publiquement qu’il ne renouvelle rien et qu’il déçoit collectivement son électorat, Macron devra trouver des économies sur d’autres sources de financement de la sécurité sociale pour compenser ce sérieux coup de canif à ses promesses.

La difficulté, pour le Président, c’est que le temps va manquer pour finasser. Dès 2019, le déficit devrait repartir en sérieuse hausse.

Programme En Marche

Après plus de vingt ans de réformes successives, le problème des retraites n’est plus un problème financier. Les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites, qui font référence, le montrent : pour la première fois depuis des décennies, les perspectives financières permettent d’envisager l’avenir avec « une sérénité raisonnable » selon le Comité de Suivi des Retraites. L’enjeu aujourd’hui n’est donc pas de repousser l’âge ou d’augmenter la durée de cotisation.
Pourtant, les Français ne savent plus s’ils peuvent se fier à leur système de retraites. Beaucoup, parmi les jeunes notamment, ont perdu confiance. L’opacité des règles conduit à ce que notre système de retraite par répartition, qui est l’expression de la solidarité entre générations, ne fournisse pas à chacun la sécurité qu’il est en droit d’attendre. Ceux dont les carrières sont heurtées ou les font passer par différents statuts – salarié, indépendant, agent public – sont facilement pénalisés. On ne sait si des nouveaux efforts vont être demandés. Chacun a l’impression d’être moins bien traité que d’autres.
Notre projet, ce n’est pas de changer encore une fois tel ou tel paramètre du système de retraites. Il n’est pas de sortir de la répartition. Il est de rétablir la confiance et de construire un système adapté aux parcours professionnels et de vie d’aujourd’hui et de demain. Il est de clarifier et de stabiliser les règles du jeu, une fois pour toutes, en mettant en place un système universel, juste, transparent et fiable, dans lequel chacun bénéficie exactement des mêmes droits.
Notre système restera fondé sur la répartition, qui est l’autre nom de la solidarité entre les générations. Il restera collectif et solidaire. Il continuera à tenir compte de la diversité des carrières, dont certaines sont plus longues ou plus pénibles. Il préservera les avantages sociaux, par exemple ceux qui sont liés à la maternité. Mais il le fera de manière plus transparente et plus juste.

Pourquoi Adam L., fiché S, sera le premier vrai test de crédibilité de Macron sur la sécurité

Où l’on découvre que Djaziri Adam L., auteur de la tentative d’attentat sur les Champs-Élysées, était fiché S et détenteur d’un permis de détention d’armes renouvelé en février 2017 par la Préfecture de l’Essonne. Mais à quoi servent les lois antiterroristes, si les policiers s’en servent pour surveiller les citoyens ordinaires mais pas les terroristes? La réponse est évidemment dans la question.

En arrivant à l’Élysée, Emmanuel Macron a voulu créer auprès de lui une « task force » qui a désormais force de loi. Dans la pratique, donc, le nouveau Président a validé le principe d’une nouvelle strate dans le mille-feuille administratif français, qui lui donne l’illusion du pouvoir et qui lui permet, comme le faisait Mitterrand, d’écouter la vie privée et les secrets d’alcôve de tous les Français directement depuis son bureau.

Et dire qu’on avait pour injonction de voter Macron afin d’empêcher le triomphe du fascisme lepénien…

Pendant ce temps, la lourdeur administrative reste

Sous ces grandes créations policières, la machine reste toujours aussi inefficace au quotidien. La tentative d’attente de Djaziri Adam L sur les Champs-Élysées en témoigne.

L’intéressé est fiché S. En quelques heures, les journalistes sont parvenus à savoir que les voisins s’étaient émus du comportement de l’intéressé:

« On s’était plaint auprès du maire car ils organisaient tous les week-ends de grandes réunions tous volets fermés avec plusieurs dizaines de personnes. (…) Ça a duré pendant plusieurs années, mais ça s’était calmé depuis deux, trois mois », a encore confié la même voisine à l’AFP.

Malgré ces évidentes menaces, l’intéressé a pu s’inscrire dans un club de tir et obtenir un permis de détention, renouvelé par la Préfecture de l’Essonne en février 2017.

En réalité, depuis janvier 2015, c’est-à-dire depuis les attentats de Charlie Hebdo, et malgré l’état d’urgence et un fourmillement de lois antiterroristes, l’administration française continue son travail ordinaire comme si de rien n’était. Aucun fonctionnaire de la préfecture de l’Essonne ne semble vérifier que les détenteurs d’armes appartiennent ou non au fichier S. Ou, si la vérification est faite, personne n’en tire la moindre conséquence utile pour l’intérêt général.

Quelle crédibilité pour Macron dans les semaines à venir?

On le voit, on pourra créer toutes les task force et voter toutes les lois anti-terroristes du monde, si le fonctionnaire du quotidien ne prend pas ses responsabilités, tout cela ne sert à rien. C’est ici que la crédibilité de Macron est en jeu.

Fera-t-il que tous les autres avant lui en cédant au réflexe: un problème, une loi? Ou bien agira-t-il en mettant de l’esprit de responsabilité et d’initiative dans les services publics?

Certes la tâche n’est pas facile car, continument depuis plus de 20 ans, le service public sélectionne ses cadres sur leur incapacité à prendre des responsabilités et des initiatives. On ne reconstruira pas l’esprit public sans brutalité ni sans difficulté.

Mais c’est sur cet enjeu-là que le Président est attendu.

Décret n° 2017-1095 du 14 juin 2017

Le code de la défense est ainsi modifié :
1° A l’article R. * 1122-7, les mots : « coordonnateur national du renseignement » sont remplacés par les mots : « coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme » ;
2° La sous-section 3 de la section unique du chapitre II du titre II du livre 1er de la 1re partie devient la sous-section 4 ;
3° Dans cette même section, il est créé une sous-section 3 « coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme et centre national de contre-terrorisme » comprenant les articles R. * 1122-8 à R. * 1122-8-2 ainsi rédigés :
« Art. R. * 1122-8.-Nommé par décret en conseil des ministres, le coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme conseille le Président de la République dans le domaine du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.
« Il coordonne l’action des services spécialisés de renseignement désignés à l’article R. 811-1 du code de la sécurité intérieure, et, en tant que de besoin et pour les seules finalités du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, des autres services de renseignement désignés à l’article R. 811-2 du même code. Il transmet les instructions du Président de la République aux ministres responsables de ces services et s’assure de leur mise en œuvre.
« Avec le concours du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, il rend compte de son activité devant le conseil de défense et de sécurité nationale et devant le conseil national du renseignement. Il prépare les réunions de ce dernier. Il assure le suivi de la mise en œuvre des décisions qui concernent les services de renseignement arrêtées dans ces instances.

Les vraies bonnes raisons de se réjouir du triomphe d’En Marche

En Marche triomphe ce soir, même si ce triomphe est plus limité qu’attendu. Voici quelques bonnes raisons de s’en réjouir. Surtout quand on n’a pas voté Macron aux présidentielles.

Commençons par les mauvaises raisons de se réjouir de ce triomphe. Certains imaginent qu’Emmanuel Macron profitera de cette victoire et que celle-ci aidera directement l’intérêt général. C’est évidemment une erreur magistrale d’interprétation.

En réalité, la victoire d’En Marche est à la fois trop étroite et trop large pour que le Président en retire un véritable bénéfice politique durable. Trop étroite, car elle est loin des 450 sièges évoqués un temps et elle montre que l’électorat a commencé ses premiers repentirs devant la majorité présidentielle. Trop large, car elle donne une majorité absolue au seul mouvement En Marche, qui pourra gouverner sans contradiction.

Commence désormais une période où le principal risque auquel le candidat sera exposé sera de voir sa majorité devenir la caricature d’elle-même. L’image d’une France d’en-haut qui écrase la France d’en-bas risque de prendre forme dès les prochaines semaines.

Personne ne peut d’ailleurs anticiper quelles difficultés, quels conflits sociaux hanteront ce mouvement de caricature.

Les vraies raisons de se réjouir

Non! la vraie raison de se réjouir tient à l’implosion des élites politiques traditionnelles qui ont contribué à enkyster le pays dans le désespoir et dans la haine de soi. C’en est fini de ces boulets appelés Marisol Touraine, par exemple, et quelques autres, qui tiennent depuis des années des discours hors sol et prolongent indéfiniment des politiques qui n’ont pas d’avenir.

On accordera une mention particulière au coup de force mené par Manuel Valls à Évry. L’ancien Premier Ministre jette le masque sur une brutalité anti-démocratique qui illustre bien le mensonge sur lequel la classe au pouvoir a bâti sa fortune.

Au coeur de ce grand nettoyage, la débandade de la droite historique est la meilleure nouvelle qui nous soit arrivée depuis longtemps. Après une campagne lunaire, François Baroin a en effet sapé méthodiquement toutes les chances que la droite parlementaire avait de sauver ses meubles. Face au vide idéologique, En Marche jouait sur du velours. Enfin, cette génération « bien née » portée au pouvoir par Chirac et Sarkozy pour mener une politique godillot, et qui s’est soudain crue sortie de la cuisse de Jupiter, va partir.

Peut-être avant nous enfin une chance d’entamer une autre construction de la France de demain, ni étatiste, ni corporatiste.

Tous ceux qui sont convaincus que les grandes adaptations de la France à son destin ne peuvent passer par des processus fluides se réjouiront pour une autre raison. Avec Macron et la victoire d’En Marche, la France met le doigt dans un processus de décomposition radicale. Ce n’est pas une fin, c’est un début.

Macron n’est pas synonyme d’une nouvelle ère. Il finalise juste la disparition de l’ancien monde. Le vrai renouvellement est pour demain.

Et pendant ce temps, on ferme! le point sur les plans sociaux en France

Une multitude de plans sociaux agite l’actualité française du moment, qui illustre notamment la constante désindustrialisation du pays. Voici une synthèse des opérations en cours.

5.000 départs chez SFR

Patrick Drahi entreprend un plan de suppression d’emplois fondé sur des départs volontaires, à partir de juillet 2017, qui devrait concerner un tiers des effectifs de SFR. Le plan devrait durer trois ans.

Tati, bientôt racheté par GIFI?

Avec 60 millions€ de pertes opérationnelles en 2016, l’enseigne TATI rachetée par le groupe ERAM au fondateur Ouaki, a été placée en redressement judiciaire en mai 2017.

7 offres de reprise ont été déposées, dont celle de GIFI, qui prévoit la reprise de 1.300 salariés et d’une centaine de magasins.

Le tribunal de commerce doit trancher ce lundi.

GM&S lâché par le gouvernement?

L’équipementier automobile GM&S est toujours dans la panade. Une seule offre de reprise, qui prévoit le maintien de 110 salariés à La Souterraine, a été déposée.

Les organisations syndicales se plaignent d’un lâchage en règle par le gouvernement (et spécialement Bruno Le Maire), qui n’a pas obtenu une augmentation des commandes de Peugeot et de Renault à la hauteur des promesses.

Un sous-traitant de Whirlpool, à Amiens, en plein dégraissage

Dans l’hypothèse d’une fermeture de Whirlpool en 2018, à Amiens, son sous-traitant Prima France a négocié un plan de sauvegarde de l’emploi. 56 salariés seront licenciés dans des conditions identiques à celles de Whirlpool.

Où l’on reparle du volailler Doux

En Bretagne, le groupe d’élevage de volaille Doux aurait accumulé de nouvelles pertes phénoménales en 2016. Les organisations syndicales craignent le pire et ont sonné l’alarme.

450 salariés menacés à la Halle aux Chaussures

Les syndicats critiquent un plan de sauvegarde à la Halle aux Chaussures, qui prévoit près de 450 suppressions d’emplois. L’enseigne appartient au groupe Vivarte, qui ne cesse de supprimer des emplois depuis quelques années, après avoir revendu plusieurs marques, comme Kookaï.

80 emplois supprimés chez Primagaz

Cette filiale d’un groupe néerlandais d’énergie qui compte 750 salariés entend supprimer 82 emplois et fermer cinq centres en France.

Les syndicats sont vent debout contre ce projet.

60 emplois supprimés chez 3M en Bourgogne

À Longvic, 3M, fabricant de scotch, devrait fermer son site et ne conserver que 20 des 80 salariés. 30 postes seraient supprimés.

Les salariés sont en grève pour obtenir une indemnité supra-légale supérieure aux propositions de l’entreprise.

Nouveau plan social chez Philips

L’entreprise néerlandaise Philips annonce un plan social de 77 postes, qui s’ajoutent aux 230 suppressions négociées fin 2016 (avec la fermeture des usines de Lamotte-Beuvron et Miribel). Cette fois-ci, ce sont les activités de Recherche et Développement qui sont touchées.

Philips délocalise ses activités en Hongrie et en Chine.

La Matt en grève à Montcornet contre sa disparition

Dans l’Aisne, près des Ardennes, l’entreprise textile Matt, installée à Chaourse, est en grève complète. Les personnels craignent une fermeture du site.

200 suppressions d’emplois chez Tim dans le Nord

À Quaëdypre, près de Bergues, dans le Nord, l’entreprise TIM n’a pas trouvé de repreneur. 200 emplois sont menacés directement.

Bref, la désindustrialisation continue.

Source: Trésor

Source: Trésor