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Auteur : Eric Verhaeghe

Emplois aidés: la droite flasque de Fasquelle

Daniel Fasquelle, député du Touquet, a regretté l’arrêt trop rapide des emplois subventionnés annoncé par Muriel Pénicaud. Et l’on se surprend à entendre le fondateur du mouvement « Sauvons la droite » se faire l’avocat de l’étatisme… Une déroute intellectuelle définitive pour les Républicains qui sont décidément fâchés avec le libéralisme et modernité politique.

La plus grande chance de l’étatiste Macron, c’est sans doute d’être face à une droite idéologiquement à bout de souffle, incapable de penser le destin collectif en dehors du papa État qui protège et rend inutile la prise de responsabilité individuelle. Daniel Fasquelle, qui a entrepris, par une imposture dont seuls les notables républicains ont le secret, de « sauver la droite », vient d’en apporter une nouvelle jolie preuve.

Fasquelle et l’éloge du conservatisme étatiste

Ils n’ont décidément rien compris! Après la victoire surprise de François Fillon à la primaire de la droite sur la base d’un programme proposant une révolution libérale, on aurait pu imaginer que les ténors républicains en retiennent quelques leçons politiques.

On ne leur demandait pas de devenir des thatchériens, non! on ne leur demandait pas non plus de proposer des reaganomics. Mais au moins, on imagine sans être particulièrement exigeant que les Républicains, au lieu d’un gloubi-boulga sur des valeurs mal partagées, proposent une réduction sérieuse des dépenses publiques dans le PIB. Rappelons que celles-ci dépassent les 55% en France, chiffre que les Grecs n’atteignent même plus, et qui place la France en tête des pays industrialisés qui mutualisent le plus la richesse privée.

S’il existe bien une voie, et une seule, pour sauver la droite française, c’est celle-là: non pas préparer une révolution libérale, mais simplement envisager un retour à la situation française d’avant 2008 en matière de dépenses publiques. L’Allemagne de la conservatrice Merkel a fait cet effort de remise en ordre. La Grèce du gauchiste Tsipras aussi. Mais la droite de Fasquelle ne l’imagine pas.

La mascarade des emplois aidés

Au lieu de cortiquer une vision alternative de la société française, Fasquelle préfère défendre la France flasque d’une droite sclérosée qui persévère dans l’erreurs de ses vieux réflexes. Le gouvernement propose de réduire les emplois aidés pour assainir les comptes publics? On explique forcément que c’est une mauvaise idée, en reprenant tous les présupposés les plus absurdes.

L’argument de Fasquelle est celui d’un député qui relaie le lobbying de l’économie sociale et solidaire et des élus locaux (toujours utiles quand on veut prendre la présidence d’un parti): la suppression des subventions va compliquer la vie des collectivités locales et des associations. Ce faisant, Fasquelle ne défend certainement pas l’intérêt général. Il se fait juste le primus inter pares de quelques intérêts privés, au mépris de la cohérence idéologique de son parti.

Cette insupportable façon de réduire la politique à une série de plaidoyers pro domo n’est pas seulement le poison qui tue la droite française. Elle est aussi ce dont les Français ne veulent plus, mais les messages passés dans les urnes en mai et en juin n’ont manifestement pas convaincus le maire du Touquet.

Au passage, le même maire s’est fait, dans un rapport parlementaire consacré à l’économie sociale, l’apôtre de la gouvernance démocratique et participative et de la lucrativité limitée. Outre qu’il reste à prouver que ce secteur économique soit réellement d’une lucrativité limitée (en tout cas par choix), on appréciera de voir que celui qui s’imagine en sauveur de la droite française est aussi un ennemi discret, mais bien ancré, de l’économie lucrative.

On en viendrait presque à souhaiter la victoire d’Emmanuel Macron.

« La suppression brutale des emplois aidés va déstabiliser les collectivités et les associations » @DFasquelle #BourdinDirect pic.twitter.com/sJrSEbj6aq

— Raphaëlle Duchemin (@DucheminRapha) 10 août 2017

Emplois aidés: la droite flasque de Fasquelle

Daniel Fasquelle, député du Touquet, a regretté l’arrêt trop rapide des emplois subventionnés annoncé par Muriel Pénicaud. Et l’on se surprend à entendre le fondateur du mouvement « Sauvons la droite » se faire l’avocat de l’étatisme… Une déroute intellectuelle définitive pour les Républicains qui sont décidément fâchés avec le libéralisme et modernité politique.

La plus grande chance de l’étatiste Macron, c’est sans doute d’être face à une droite idéologiquement à bout de souffle, incapable de penser le destin collectif en dehors du papa État qui protège et rend inutile la prise de responsabilité individuelle. Daniel Fasquelle, qui a entrepris, par une imposture dont seuls les notables républicains ont le secret, de « sauver la droite », vient d’en apporter une nouvelle jolie preuve.

Fasquelle et l’éloge du conservatisme étatiste

Ils n’ont décidément rien compris! Après la victoire surprise de François Fillon à la primaire de la droite sur la base d’un programme proposant une révolution libérale, on aurait pu imaginer que les ténors républicains en retiennent quelques leçons politiques.

On ne leur demandait pas de devenir des thatchériens, non! on ne leur demandait pas non plus de proposer des reaganomics. Mais au moins, on imagine sans être particulièrement exigeant que les Républicains, au lieu d’un gloubi-boulga sur des valeurs mal partagées, proposent une réduction sérieuse des dépenses publiques dans le PIB. Rappelons que celles-ci dépassent les 55% en France, chiffre que les Grecs n’atteignent même plus, et qui place la France en tête des pays industrialisés qui mutualisent le plus la richesse privée.

S’il existe bien une voie, et une seule, pour sauver la droite française, c’est celle-là: non pas préparer une révolution libérale, mais simplement envisager un retour à la situation française d’avant 2008 en matière de dépenses publiques. L’Allemagne de la conservatrice Merkel a fait cet effort de remise en ordre. La Grèce du gauchiste Tsipras aussi. Mais la droite de Fasquelle ne l’imagine pas.

La mascarade des emplois aidés

Au lieu de cortiquer une vision alternative de la société française, Fasquelle préfère défendre la France flasque d’une droite sclérosée qui persévère dans l’erreurs de ses vieux réflexes. Le gouvernement propose de réduire les emplois aidés pour assainir les comptes publics? On explique forcément que c’est une mauvaise idée, en reprenant tous les présupposés les plus absurdes.

L’argument de Fasquelle est celui d’un député qui relaie le lobbying de l’économie sociale et solidaire et des élus locaux (toujours utiles quand on veut prendre la présidence d’un parti): la suppression des subventions va compliquer la vie des collectivités locales et des associations. Ce faisant, Fasquelle ne défend certainement pas l’intérêt général. Il se fait juste le primus inter pares de quelques intérêts privés, au mépris de la cohérence idéologique de son parti.

Cette insupportable façon de réduire la politique à une série de plaidoyers pro domo n’est pas seulement le poison qui tue la droite française. Elle est aussi ce dont les Français ne veulent plus, mais les messages passés dans les urnes en mai et en juin n’ont manifestement pas convaincus le maire du Touquet.

Au passage, le même maire s’est fait, dans un rapport parlementaire consacré à l’économie sociale, l’apôtre de la gouvernance démocratique et participative et de la lucrativité limitée. Outre qu’il reste à prouver que ce secteur économique soit réellement d’une lucrativité limitée (en tout cas par choix), on appréciera de voir que celui qui s’imagine en sauveur de la droite française est aussi un ennemi discret, mais bien ancré, de l’économie lucrative.

On en viendrait presque à souhaiter la victoire d’Emmanuel Macron.

« La suppression brutale des emplois aidés va déstabiliser les collectivités et les associations » @DFasquelle #BourdinDirect pic.twitter.com/sJrSEbj6aq

— Raphaëlle Duchemin (@DucheminRapha) 10 août 2017

La Grèce est-elle victime ou non de l’euro?

L’euro a-t-il ou non sonné le glas de la prospérité grecque? C’est probablement la principale question qui mérite d’être posée dans l’histoire de la Grèce contemporaine. L’entêtement des Grecs à intégrer dès son origine la zone euro a-t-il ou non causé une catastrophe économique évitable?

Les Grecs ont intégré la zone euro avec un peu de retard, sans qu’on ne s’en rende vraiment compte: les billets et les pièces de l’euro y sont apparus en même temps que dans les autres pays, c’est-à-dire le 1er janvier 2002. Mais ce fut une décision « forcée », à l’époque, sur le bien-fondé de laquelle on peut encore s’interroger.

Les réticences européennes à voir la Grèce intégrer l’euro

Lorsque les Européens imaginent la zone euro, ils connaissent tous la théorie de Mundell sur la zone monétaire optimale. Ils savent qu’une monnaie unique peine à fonctionner s’il n’existe pas de convergence entre les politiques budgétaires.

Précisément, entre le traité de Maastricht de 1992 et la création physique de la zone euro, la Grèce pose problème.

En 1994, le Conseil prend une décision de constat de déficit excessif en Grèce. Le graphique ci-dessous rappelle l’évolution de la dette publique rapportée au PIB depuis 1995. On voit que le gouvernement grec entreprend alors de juguler les déficits pour pouvoir intégrer la zone euro dès sa création, malgré la réticence de ses partenaires.

Les efforts paient. La dette diminue. Le déficit aussi. Le 17 décembre 1999, le Conseil abroge la décision de 1994 constatant le déficit excessif grec.

Cette décision ouvre la porte à l’entrée de la Grèce dans la zone euro, validée par le rapport de convergence de 2000 de la BCE qui reconnaît les efforts budgétaires du pays.

La décision d’intégrer la Grèce était-elle une erreur?

À cette époque, tous les vices qui vont faire plonger la Grèce, en particulier ceux découlant d’un manque de fiabilité des données publiques, sont bien connus. Par exemple, le gouvernement grec ne cache pas ne pas connaître ex ante les dépenses des collectivités ou des hôpitaux. Il formule d’ailleurs régulièrement des demandes de coopération technique à ses partenaires en ce sens (entretien avec des officiels grecs en 2000).

Les Européens, pour des raisons politiques, font-ils « semblant » de ne pas savoir que les statistiques grecques sont largement faussées ou imprécises? À cette époque, en tout cas, l’Allemagne est pressée d’élargir l’espace communautaire à ses anciennes possessions de 1942 et se montre prête à beaucoup de concessions dont le PIB nominal ne représente pas la moitié de celui de la Bavière.

La folie grecque des années 2000

Une fois la Grèce entrée dans la zone euro, elle bénéficie de la « garantie » apportée par l’euro et la BCE. Jusqu’en 2008, les taux auxquels elle emprunte sur les marchés sont très proches des taux allemands et sont pour ainsi dire indolores pour l’économie grecque.

Pour la Grèce, commence une décennie de gabegie publique, entraînée notamment par l’organisation des Jeux Olympiques (en 2004), dont les coûts seront supérieurs à 6 milliards d’euros en dépenses directes. Pour la circonstance, Athènes est refaite, dotée d’un nouvel aéroport relié à la ville par une autoroute dont le coût s’élève à 1 milliard (pour 60 kilomètres…).

Dès 2006, la part des dépenses publiques dans le PIB s’envole sans que les taux d’intérêt n’augmentent. Dans la pratique, la Grèce s’abrite derrière la garantie européenne pour mener grand train et oublier les efforts consentis au moment de l’entrée dans l’euro. L’ironie de l’histoire veut que les efforts aient été consentis par une majorité sociale-démocrate, et que la dilapidation des fonds publics intervienne sous la droite de Karamanlis, héritier du Premier Ministre qui avait permis, en 1974, le retour de la démocratie.

Dès 2008, la part des dépenses publiques dans le PIB franchit le seuil des 50%. Au même moment, la crise éclate et l’écart de taux avec l’Allemagne prend des proportions dramatiques. Au plus fort de la crise, il dépassera les 2.000 points.

Le piège de l’euro se referme alors sur les Grecs. Le bon sens pour eux consisterait à sortir provisoirement de la zone euro pour dévaluer leur monnaie et retrouver ainsi un peu d’oxygène. Le maintien dans la zone euro et la modération des taux d’emprunt suppose en effet un rétablissement douloureux des comptes publics. En 2013, les dépenses publiques atteignent le taux hallucinant de 62,3% du PIB, largement dû à l’effondrement du PIB grec à ce moment. Sans une purge brutale, le maintien durable dans la zone euro n’est pas imaginable.

On connaît par coeur la fin de l’Histoire: les Grecs élisent Alexis Tsipras en janvier 2015 sur un programme de lutte contre les injonctions européennes. Une partie de sa majorité tient à sortir de l’euro. Mais, en juin 2015, face à l’aventure, les Grecs reculent et décident de rester dans un système qui les condamne à purger leurs dépenses publiques.

Les Grecs sont-ils gagnants ou perdants dans la zone euro?

Le graphique ci-contre résume assez bien la façon dont la question se pose.

Il retrace l’évolution du PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat depuis 1990 dans 5 pays emblématiques. L’Allemagne est, depuis 1990, le pays qui a connu la plus grande amélioration de son sort. D’une certaine façon, l’Allemagne a largement profité de la crise de 2008.

La France, depuis 2009, connaît un décrochage grandissant avec la prospérité allemande. Si la richesse par habitant continue à progresser, le mouvement s’est largement infléchi.

Reste trois pays qui méritent une analyse comparée resserrée: le Portugal, la Grèce et la Turquie.

La Turquie, qui n’est pas dans l’Union, connaît une forte progression de son PIB par habitant (en parité de pouvoir d’achat, rappelons-le) depuis 2009, dans une moindre mesure que l’Allemagne, mais sur une pente rapide néanmoins. Alors qu’en 1990, le PIB turc était deux fois (par habitant) inférieur au PIB grec, l’écart est pratiquement anéanti aujourd’hui. L’inflexion date de 2009: à partir de cette date, le PIB grec par habitant diminue fortement quand le PIB turc explose.

On peut en conclure que le sentier de croissance grec aurait pu être plus favorable si la Grèce n’était pas entrée dans l’Union Européenne, et surtout si elle n’avait pas intégré la zone euro en 2002.

La comparaison avec le Portugal montre toutefois que le destin grec n’était pas inexorable. Malgré un moment difficile en 2008, les Portugais ont évité un effondrement du PIB par habitant comparable au phénomène grec.

La courbe du PIB par habitant portugaise est intéressante d’ailleurs. En 1990, le PIB par habitant était au Portugal légèrement inférieur à la Grèce. La folie de dépenses publiques grecques des années 2000 a donné, pendant quelques années, l’illusion aux Grecs d’un enrichissement plus rapide qu’au Portugal. En revanche, la survenue de la crise a frappé durement le pays, au point que le PIG grec est désormais inférieur au PIB portugais par habitant, et en parité de pouvoir d’achat.

En fait, la crise a ramené les Grecs à leur situation de 2005. Elle reste très favorable comparé à la réalité grecque lors de l’entrée dans la Communauté Européenne. En revanche, les errements de la gouvernance grecque sous Karamanlis se paient aujourd’hui très cher.

Rapport de convergence, BCE, 2000

Au cours de l’année de référence 1999, le ratio
de déficit des administrations publiques s’est
établi à 1,6 % du PIB, soit nettement en deçà de
la valeur de référence de 3 % tandis que, avec
104,4 %, celui de la dette publique a largement
dépassé la valeur de référence de 60 %. Par
rapport à l’année précédente, les ratios de déficit
public et de dette publique ont diminué respectivement
de 1,5 et 1 point de pourcentage.
En novembre 1999, le Conseil de l’Union européenne
a abrogé sa décision concluant à l’existence
d’un déficit excessif en Grèce. En 2000, le
ratio de déficit public reviendra, selon les prévisions,
à 1,3 % du PIB et celui de la dette publique
à 103,7 %. En 1999, comme en 1998
d’ailleurs, le ratio de déficit public a été inférieur au ratio dépenses publiques d’investissement/PIB
(cf. tableau 4).


Istanbul, capitale turque ou capitale grecque?

Beaucoup de Français imaginent qu’Istanbul est un mot turc qui désigne une mégapole moderne aux confins de l’Asie et de l’Europe. En réalité, il s’agit simplement de la déformation turque du grec « is tén polin », « dans la ville », comme disaient les héritiers d’un monde où Constantinople avait survécu pendant 1.000 ans, comme capitale de l’empire romain, à l’autre « ville », l’urbs, qui était Rome.

La vacuité des programmes d’histoire inoculés par l’Éducation Nationale en France explique très largement l’incompréhension des Français pour les questions grecques et méditerranéennes.

Pour le Français ordinaire qui a tété le lait allégé de l’école publique, l’Empire romain s’est effondré au cinquième siècle sous les coups de boutoir infligés par des Barbares. S’est alors ouvert une ère obscure qui a duré environ dix siècles. Vers 1500, la Renaissance commence et l’Europe redécouvre la Grèce, c’est-à-dire Platon, Aristote et quelques autres. Entretemps, la Grèce est devenue un désert finalement occupé par les Ottomans.

Istanbul vue par les Grecs

Pour les Européens d’Orient, dont les Grecs, l’histoire s’est déroulée un peu différemment. Eux se souviennent en effet de la pression migratoire exercée par les « barbares », les tribus germaniques, dès le IIIè siècle après Jésus-Christ. Ils savent aussi la marginalisation progressive de Rome dans les circuits économiques de l’Empire. La noblesse romaine sclérose la ville, et peu à peu les affaires, la prospérité, la croissance dirait-on aujourd’hui, se fait en dehors de l’Italie.

Au début du IVè siècle, Constantin décide de créer une nouvelle Rome pour régénérer l’Empire et pour mieux tenir compte de l’évolution des flux économiques. Pour ce faire, il choisit un lieu stratégique, à la frontière entre l’Europe et l’Asie. En quelques années, il transforme Byzance en une nouvelle Rome: Constantinople.

Pendant plus de 1.100 années, Constantinople va rayonner. Lorsque Rome s’effondre, Constantinople résiste. L’empereur romain « d’Orient » reprend même une partie de l’Italie aux Barbares au VIè siècle. On doit à cette période les mosaïques de Ravenne (où s’établit un exarchat grec) et quelques autres traces encore visibles, comme le nom de Basilicate attribué au sud de l’Italie.

Pour les Grecs, l’empire romain ne disparaît pas au « haut Moyen-Âge » comme le suggère notre absurde découpage historique. En réalité, il ne disparaît qu’en 1453, avec la chute de Constantinople entre les mains des Ottomans. Les petits Français ont appris que l’empire romain avait duré environ 500 ans. Les petits Grecs apprennent qu’il a duré mille ans de plus, et que sa capitale était… Constantinople rebaptisée Istanbul en 1930.

Si l’on n’a pas cette différence de perception historique entre Grecs et Occidentaux à l’esprit, on ne peut évidemment rien comprendre à l’Europe vue depuis la Grèce.

Les Européens ont-ils lutté pour affaiblir Constantinople?

En France, l’histoire de Constantinople est une obscure inconnue. Au mieux relève-t-elle d’une forme d’exotisme qui peut divertir. Il n’en a pas toujours été ainsi.

Ainsi, après la chute de Rome et dans la foulée des invasions barbares, les Européens d’Occident ne tarderont pas à nouer des relations complexes avec Constantinople, souvent faites de jalousie et de fourberie. D’une part, les candidats ne manqueront pas pour reconstituer un empire d’Occident. C’est le cas de Charlemagne dès le VIIIè siècle. Il sera suivi par bien d’autres, comme Frédéric Barberousse, qui rêve d’un Saint-Empire romain germanique. D’autre part, les Occidentaux ne manqueront pas une occasion de se tourner vers l’Orient.

Ainsi, alors que, décennies après décennies, la pression migratoire venue de l’Est pèse sur les frontières byzantines, les Chrétiens d’Occident n’hésitent pas à en profiter. En 1204, les Croisés, manipulés par les Vénitiens, mettent Constantinople à sac. Baudouin de Flandre, qui conduit les Croisés, se fait couronner empereur latin dans la basilique Sainte-Sophie.

Cette expérience éphémère fondée sur l’exploitation des faiblesses grecques par les Européens d’Occidentaux structure largement la compréhension de l’Europe par les Grecs. Pour beaucoup de Grecs d’aujourd’hui, l’Occident est encore un partenaire cynique, qui demande de l’aide lorsqu’il en a besoin et qui n’a aucun scrupule à ne pas rendre ce qu’il a reçu. L’affaire de la dette allemande l’a montré.

L’Europe est-elle fondée sur un abaissement structurel de la Grèce?

Qu’on le veuille ou non, l’Europe a des marottes qui parcourent l’histoire et les générations, qui transcendent les esprits pour devenir une constante collective.

Par exemple, tous les projets européens qui ont, depuis l’an 800, choisi Bruxelles pour capitale (c’était la même chose sous Charles Quint), voire choisi des villes plus septentrionales (comme Berlin en 1939), se sont fondés sur un abaissement systémique de la France. Il existe un rapport inversement proportionnel entre le développement de l’Europe et la prospérité française.

Il en va de même pour la Grèce. Après la chute de l’exarchat de Ravenne, au IXè siècle, l’Occident se construit très largement sur l’ambition d’un affaiblissement systémique de Constantinople. À partir des années 1820, le mouvement de libération nationale grecque sera à nouveau repris en main par les Occidentaux et jugulé pour faire taire les ambitions constantinopolitaines des Grecs.

Pour les Grecs, la vraie capitale du pays est Constantinople. Pour les Occidentaux, c’est Athènes. Ce ne sont pas seulement deux visions du monde qui s’affrontent, ce sont deux identités européennes, deux compréhensions de l’histoire qui se déchirent.

Le rêve de la Grande Grèce face à l’Europe

Dès le dix-neuvième siècle se noue une histoire indispensable à connaître pour comprendre la crise grecque des années 2010.

En 1821, la Grèce proclame son indépendance sous l’égide de l’église orthodoxe, garante de l’identité grecque. L’Autriche craint que l’équilibre du Congrès de Vienne (celui-là même qui se fonde sur l’affaiblissement de la France…) ne soit remis en cause. Les puissances, comme on dit alors, ne reconnaîtront l’État grec qu’en 1830, sous l’expresse condition que la Grèce soit dirigée par un prince allemand. La même règle sera appliquée à la Belgique au même moment.

C’est donc un Bavarois qui devient roi de Grèce. Sa mission est simple: empêcher la réalisation de la « Grande Idée », c’est-à-dire la reconstitution d’un empire grec dont Constantinople serait la capitale.

Ainsi, durant la guerre de Crimée (1854-1856), les Anglais et les Français occupent le Pirée pour empêcher une offensive grecque contre les Turcs. En 1881, le Congrès de Berlin attribue à la Grèce l’Épire et la Thessalie.

Les Grecs ont-ils les moyens de leurs ambitions? La Grande Idée relève d’une sorte de mythologie contemporaine qui semble hors de portée pour un État qui peine à se moderniser. Elle structure néanmoins une ambition collective qui explique qu’encore aujourd’hui la défense constitue un poste de dépense important pour les Grecs.

Les calamiteuses guerres grecques contre la Turquie

Entre la guerre de Crimée et la Grande Catastrophe de 1922, on compte en tout cas pas moins de cinq offensives militaires grecques contre les Turcs.

En 1877, la Grèce s’associe diplomatiquement à la Russie dans la guerre russo-turque. En 1897, la guerre des Trente jours se solde par une déculottée grecque en Crète. En 1912-1913, les guerres balkaniques permettent à la Grèce de reconquérir plusieurs îles. En 1917, la Grèce déclare la guerre à la Turquie, aux côtés de la Triple Entente, ce qui permet à la Grèce de récupérer, au moins sur le papier, Smyrne aux termes du Traité de Sèvres.

Dès 1919, les Grecs occupent Smyrne. Ils mettent donc les pieds, pour la première fois depuis des siècles, sur le sol historique de l’Asie Mineurs. C’est le début de la Grande Catastrophe, appelée du côté turc la guerre d’indépendance. Mustapha Kemal défait militairement la Grèce et reprend le contrôle de l’actuelle Turquie. Il installe sa capitale à Ankara au lieu de Constantinople.

Par le traité de Lausanne de 1924, les Grecs perdent tout. Les 1,3 millions d’orthodoxes grecs, qu’ils soient à Constantinople, dans le Pont-Euxin ou en Asie Mineure, sont massivement expulsés vers la Grèce, pendant que les 300.000 Musulmans de Grèce sont expulsés vers la Turquie.

La crise grecque, un épilogue?

Ceux qui méconnaissent la Grande Idée, c’est-à-dire la reconstitution de l’empire byzantin par les Grecs, ne peuvent évidemment rien comprendre à la problématique grecque contemporaine. Il ne faut pas oublier que l’église orthodoxe grecque utilise encore et toujours la bannière de l’empire byzantin comme signe de reconnaissance.

Toute la crise grecque des années 2010 est bien résumée ici. Les Occidentaux ont toujours pu compter sur les Grecs au siècle dernier. Alors que la France s’est effondrée en quelques semaines en 1940, les Grecs ont défait Mussolini en 1941, obligeant l’armée allemande à retarder l’opération Barbarossa de quelques précieuses semaines pour récupérer une situation qui dérapait dangereusement. Sans l’opiniâtreté grecque, une victoire totale allemande en 1941 aurait pu se produire.

En 1948, les Grecs ont fait face seuls à une guerre civile pour éviter un régime communiste. Là encore, peu de pays en Europe ont donné autant sans aide extérieure. Quelques années plus tard, ils ont consenti à l’effacement de la dette allemande, alors même que l’occupation avait été sans pitié.

Qu’ont-ils recueilli en échange? Du ressentiment, sans aucun doute, et une mise sous tutelle de leurs ambitions politiques. Pour avoir trop oublié sans doute que l’Europe à laquelle ils appartiennent n’est pas la Grande Europe de Constantinople.

Cédric Herrou, héros ou idiot utile des mafias migratoires?

Cédric Herrou est la vedette médiatique du moment. Cet agriculteur de la frontière franco-italienne accorde une aide active aux migrants qui entrent illégalement sur le territoire. Si la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence a maintenu sa condamnation à de la prison avec sursis, il bénéficie d’une popularité… tout à fait éclairante sur la capacité des mafias migratoires à utiliser la mauvaise conscience occidentale à leur profit.

L’impressionnant silence des médias français sur les relations malsaines entre les ONG qui « secourent » les migrants au large de la Libye empêche évidemment de comprendre le fin mot de l’histoire.

Officiellement, le récit qui est servi de ce côté-ci de la frontière est tout empreint d’émotions: de gentils migrants victimes du réchauffement climatique, du capitalisme, de la méchanceté de l’homme blanc, fuient leur pays et cherchent refuge chez d’horribles riches (devenus riches par l’exploitation de l’homme par l’homme, et spécialement du noir par le blanc) qui les maltraitent. Heureusement, quelques héros des temps modernes s’insurgent contre ce mauvais traitement. Après avoir combattu la démagogie du Front National, ces résistants éclairés sauvent l’honneur de l’Occident en aidant ces victimes d’un néo-colonialisme moderne qui ne dit pas son nom.

Cédric Herrou, ou le triomphe du bon sentiment

Cédric Herrou fait partie, bien entendu, de cette espèce-là. Son geste rachète les péchés, la culpabilité de l’Occident, et procède de ce bon sentiment qui devrait être notre guide en matière politique. Car c’est bien le projet qui nous est proposé par les médias bobos, dont les radios de service public, où Cédric Herrou bénéficie d’une exposition et d’une audience complaisante et, bien entendu, sans jamais de rappel sur l’activité mafieuse qui s’engraisse sur le dos des migrants. L’invitation est simple: abandonnez la rationalité et laissez-vous guider par vos émotions.

Tous ceux qui ont bavé, depuis de nombreuses années, sur ces horribles manipulateurs des esprits appelés populistes s’en donnent aujourd’hui à coeur joie pour nous sommer de ne plus penser mais de nous laisser submerger par des effusions philanthropiques. Il faudrait ne plus construire de politique collective et simplement accueillir ces pauvres hères qui déambulent sur le continent à la recherche d’on ne sait quoi.

Comme c’est beau! et que n’a-t-on envie nous aussi de prendre cette posture généreuse: aimons l’humanité, accueillons-les, et tout ira bien.

Les bons sentiments et leur incohérence raciste

Bien entendu, ces bons sentiments, impérieux, péremptoires, qui ne laissent aucune place ou presque à la divergence d’opinion (comme on va le voir), ne s’embarrassent ni d’honnêteté intellectuelle ni de cohérence. Par exemple, on trouve au mois de mars, ces phrases sur la page Facebook de Cédric Herrou:

Réveillé par un gosse de 6 ans et sa mere, tous deux arrivants à pieds, de nuit sous la pluie depuis l’Italie. Une part de peine de les voir une part de réconfort de les savoir à l’abri et une par d’ironie ; ces deux ont réussis a ridiculiser l’armée, la Paf, la gendarmerie et cet état d’urgence, ils ont passé la frontière à la barbe de ses hommes emplis de testostérone armés de Famas, lunette à visée nocturne, une seule pensée me vient « Pauvre cons»

Dans la vie de Cédric Herrou, il y a d’un côté les bons: la mère et son enfant de six ans qui traversent la frontière sous la pluie, de nuit. Et de l’autre, il y a les « pauvres cons », c’est-à-dire les forces de l’ordre et leur testostérone. Les gentils et les méchants.

Il serait pourtant intéressant de se demander par quelle urgence ces mères qui trimballent leurs enfants sur des milliers de kilomètres sont poussées. On se demande même quelle serait la tolérance d’un Cédric Herrou vis-à-vis d’une mère française qui emmènerait son enfant sur les routes en le mettant en danger pour échapper au chômage.

Par exemple, lorsqu’il s’agit de la Grèce ou du Portugal, ou de l’Espagne, il est de bon ton, chez les bobos, de dresser l’éloge de la résistance. Il faut rester dans son pays et lutter. En revanche, pour les Africains, le raisonnement ne vaut pas. Eux ont raison de ne pas résister et de quitter leur pays.

Bien sûr, va-t-on me dire, ce n’est pas comparable. Et c’est probablement le fin mot de la logique qui se met en place. Le Blanc n’est pas comparable au Noir. Le Blanc est fait pour mener un combat politique. Le Noir est fait pour fuir son pays.

Ici, nous retrouvons une fois de plus ce substrat anthropologique raciste qui gouverne la pensée bobo. Il faut aimer l’Africain et tout excuser, parce que l’Africain est inférieur au blanc. Il est une sorte de grand enfant incapable d’assumer des responsabilités au sens où nous l’entendons.

Une complicité objective avec les mafias

Donc, dans ce story-telling manichéen, on oublie de préciser que la maman et son enfant ne sont pas arrivés là par hasard.

Dès le village, la mafia, les mafias, ont organisé le voyage et fait miroiter les alouettes en nourrissant le mythe d’une vie simple en Occident, là où la vie en Afrique serait un enfer. Une cascade d’intermédiaires véreux ont fait croire à des pauvres gens naïfs qu’il existait un eldorado facile et heureux appelé l’Europe. Il suffisait d’y arriver et en quelques mois, hop! la fortune se trouve sous le sabot d’un cheval et tout le confort moderne vous ouvre les portes. En attendant, ruinez-vous pour payer le voyage et enrichissez vos passeurs.

Le plus ignoble tient évidemment à cette complicité ouverte entre les associations caritatives et les passeurs libyens. La mafia italienne, la justice le soupçonne fortement, est au coeur de ce système qui permet, sur le dos d’esprits naïfs, de récupérer des masses importantes de subventions européennes.

Il est de mauvais ton de rappeler cette réalité sordide. Il est tellement plus facile de croire aux mirages et aux belles histoires hugoliennes.

Pourtant, les bobos sauveurs de migrants devraient avoir le courage de regarder les choses en face: leur générosité ne fait pas d’eux des héros, mais seulement des rouages d’une immense machine à broyer des petites gens pour enrichir quelques voyous. On leur fera ici le crédit d’une sincérité relative dans la démarche, et d’un désintéressement qui les honore. Ils n’en demeurent pas moins des idiots utiles au service d’une cause qui jamais n’aidera l’Afrique à sortir de son ornière.

Car rappelons-le, le destin des peuples se construit dans l’ambition politique, pas dans la fuite individuelle.

La Grèce, là où le peuplement de l’Europe change

L’arrivée massive de réfugiés en Grèce n’est pas un phénomène nouveau. Depuis près de 5.000 ans, la Grèce est une terre disputée entre les peuplades indo-européennes qui ont fait l’Europe et les peuplades venues de Méditerranée. La crise migratoire à laquelle nous assistons n’est qu’un épisode nouveau dans une longue chaîne qui a modifié, à travers les millénaires, la physionomie de l’Europe.

La Grèce, ne serait-ce que par sa position géographique, a toujours servi de lieux d’échange pour l’Europe. Soit qu’elle ait accueilli des Européens, soit qu’elle ait au contraire accueilli d’autres peuplades désireuses d’envahir l’Europe. C’est dans ce grand mouvement de balancier qu’il faut situer la crise des réfugiés qui sévit depuis plusieurs années: après des décennies d’expansion occidentale vers l’Afrique, le balancier repart à l’envers, et ce sont les peuplements d’Afrique qui se répandent en Europe.

On notera au passage que cet accueil d’Africains en masse sur le territoire européen est d’abord venu d’une proposition européenne elle-même: face au déficit démographique de notre continent, c’est nous qui avons amorcé la pompe des migrations africaines.

Voici un rapide résumé des échanges de population dont la Grèce fut le théâtre à travers le temps.

10000 avant J.C.

Première sédentarisation d’humains en Grèce, tant sur le continent que dans les îles. Les peuplements de ces périodes sont encore mal connus.

2500 avant J.C.

Arrivée probable des premières populations indo-européennes en Grèce. Le mouvement d’intégration de la Grèce dans une grande unité européenne commence.

2000 avant J.C.

Généralisation de la céramique de type grec, qui laisse à penser qu’un peuple homogène se fixe en Grèce continentale et dans la mer Égée.

1100 avant J.C.

Invasion dite dorienne. Des peuples du Nord de la Grèce prennent possession du territoire, probablement à la faveur d’un affaiblissement des peuples autochtones frappés par des catastrophes naturelles.

600 après J.C.

Arrivée massive de populations slaves. Celles-ci sont suivies par des Vlaques, puis par des Albanais (XIIIè siècle).

1000 après J.C.

Arrivée des populations turco-mongoles sur le territoire de l’actuelle Turquie. Leur expansion vers l’Ouest est progressive. Elle correspond à l’émergence de l’empire ottoman, qui prend possession de la capitale grecque, Constantinople, en 1453.

1922: Grande Catastrophe

À l’issue de traité de Lausanne, les Turcs et les Grecs décident d’échanger leurs minorités. 1,3 million de Grecs sont chassés vers la Grèce, pendant que 500.000 musulmans sont expulsés vers la Turquie. La population grecque passe de 5 à 6 millions d’habitants en l’espace d’un an.

2015: crise des réfugiés

Plusieurs centaines de milliers de migrants passent en Grèce pour s’installer en Europe. Ils viennent du Moyen-Orient et d’Afrique.

La crise des réfugiés, une Grande Catastrophe pour l’Europe?

Comme on le voit, l’histoire des migrations en Grèce se confond avec l’histoire des migrations en Europe. Celles-ci semblent animées par un mouvement de balancier. Tantôt, la Grèce est une porte d’expansion. Tantôt, elle est une porte « d’impatriation ».

Manifestement, depuis une centaine d’années, l’histoire démographique grecque témoigne d’un nouveau renversement cyclique. Après la Grande Catastrophe, l’affaiblissement progressif du  continent l’ouvre à de nouvelles arrivées migratoires, un phénomène qu’on n’avait pas connu depuis près de mille ans.

Un été en Grèce: suivez notre dossier spécial du mois d’août

Durant le mois d’août, Décider & Entreprendre consacre un dossier spécial à la Grèce. Retrouvez-nous chaque jour, avec des vidéos, des interviews et des articles sur ce qu’est la Grèce aujourd’hui… et son avenir dans l’Europe.

La Grèce a beaucoup occupé l’Europe ces dernières années, sans qu’aucune des questions de fond liée à la crise grecque n’ait jamais pu être clairement posée. Ces questions ne sont pas seulement économiques, mais politiques. Elles portent sur l’appartenance de la Grèce à l’espace européen lui-même.

La Grèce, cet étrange pays européen

Pour beaucoup de Français, la Grèce contemporaine est l’héritière directe de la Grèce antique comme si, entre Socrate et Tsipras, il existait une continuité évidente. La réalité est pourtant très différente.

Depuis le 4è siècle après Jésus-Christ et l’édification d’un empire romain dont Constantinople est devenue la capitale, l’hellénité s’est déplacée d’Athènes à l’actuelle Turquie, où vivait une très importante population grecque. Depuis lors, la « nature » de la Grèce a beaucoup changé. Le pays a subi de nombreuses vagues de peuplements dont l’actuelle crise des réfugiés n’est qu’un épisode au fond assez banal.

Au vingtième siècle, la Grèce a subi un véritable traumatisme démographique avec la Grande Catastrophe des années 20. La deuxième guerre mondiale s’est soldée par une longue guerre civile qui a épuisé le pays. La dictature des colonels a donné aux Grecs le sentiment d’un déclin.

Pour beaucoup de Grecs, l’intégration dans l’espace européen à partir de 1980, avant l’Espagne et le Portugal, a constitué à la fois un motif de fierté et une sorte d’ivresse. Le PIB a rapidement progressé, jusqu’à l’excès, symbolisé par les Jeux Olympiques.

La décision (poussée par la France) d’intégrer la Grèce à la communauté européenne fut-elle prise trop hâtivement? Probablement. À cette époque, la Grèce n’a pas pris le temps de jeter les bases d’un État moderne et ordonné. La folie des années 2000 a cédé la place à une profonde désillusion et à un traumatisme national.

Ne manquez pas la suite de notre dossier.

Mailly rejoindra-t-il Thibault au BIT?

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, doit passer la main en avril 2018, au prochain congrès confédéral qui se tiendra à Lille. Il commence à se murmurer que Jean-Claude Mailly négocie avec le gouvernement son prochain poste: un passage à Bureau International du Travail où siège déjà Bernard Thibault, l’ancien patron de la CGT. Une manoeuvre qui expliquerait en partie l’étrange clémence de FO vis-à-vis des ordonnances…

C’est une pratique aussi habituelle à FO qu’à la CFDT: le recasage des ténors par le gouvernement. Ainsi, le gouvernement avait récupéré, sous Hollande, François Chérèque et Laurence Laigo de la CFDT. Il avait aussi fait un geste pour Thierry Le Paon de la CGT. Et encore un autre pour le moins connu Stéphane Lardy, négociateur de FO.

Le cas Stéphane Lardy

Ce dernier était devenu inspecteur général des affaires sociales au printemps 2016. Cette nomination lui permettait de sortir par le haut du « duel » qui l’avait opposé à Pascal Pavageau pour la succession de Mailly, dont la conclusion interviendra en avril prochain.

Avec pas mal d’astuce, Macron a d’ailleurs donné un nouveau coup de pouce à Lardy en le nommant directeur adjoint du cabinet de la ministre du Travail. Ce coup astucieux a dégoupillé pas mal d’incompréhensions entre FO, très actif contre la loi El-Khomri, et le gouvernement d’Édouard Philippe.

On pouvait même imaginer qu’une partie de l’indulgence actuelle de FO vis-à-vis des ordonnances Macron provenait de cette implantation d’une vigie confédérale au coeur même du dispositif gouvernemental. À n’en pas douter, cette présence a pesé sur certains aspects de la rédaction du texte, notamment sur le renforcement du rôle des branches professionnelles – sujet cher à FO dont une part du financement passe par de discrets dispositifs de branche.

Le cas Jean-Claude Mailly

Mais, selon nos informations, la mansuétude de FO vis-à-vis du gouvernement, au demeurant critiquée en interne, ne s’explique pas seulement par le rôle-clé joué par les anciens de la confédération. Les calculs personnels de Jean-Claude Mailly lui-même pèseraient fortement dans cette attitude.

Au mois d’avril 2018, le secrétaire général n’envisagerait pas de ranger les gants après son départ. Il lorgnerait fortement sur le conseil d’administration du Bureau International du Travail où la France dispose aujourd’hui de deux postes dans le collège des salariés. Ces deux postes sont occupés l’un par Bernard Thibault, comme titulaire, l’autre par un militant… FO (il est secrétaire confédéral)! ancien membre du Conseil Économique, Social et Environnemental, appelé Yves Veyrier.

À ce stade, deux obstacles majeurs se dressent sur la réalisation de cette opération.

Premier obstacle: le conseil d’administration en place est élu jusqu’en 2020. Il paraît donc difficile de modifier sa composition.

Deuxième obstacle: l’élection d’Yves Veyrier s’était faite « dans le dos » des syndicats français. Et la CFDT ne manquera probablement pas de réclamer sa part dans de futures attributions. La manoeuvre paraît donc extrêmement délicate et, dans tous les cas, difficile à réaliser sans de sérieux alliés.

Les militants FO devront donc attendre le printemps 2018 pour savoir si leurs dirigeants se sont servis d’eux pour retirer des bénéfices personnels.

Impôts et Macronie: la vérité sort de la bouche de Darmanin

Quand on veut comprendre le sens caché de la Macronie, il faut écouter Darmanin. La vérité sort de sa bouche comme de celle des enfants. Par exemple dans l’affaire Neymar, où le ministre de l’Action et des Comptes Publics a exprimé les vérités profondes de la politique au pouvoir.

revoir | @GDarmanin : « Il vaut mieux que ce joueur de football paie ses impôts en France qu’ailleurs » #Neymar pic.twitter.com/ArptGQNciO

— France Inter (@franceinter) 3 août 2017

L’avantage de Darmanin est de dire tout haut ce que les macroniens pensent tout bas. Il est l’enfant terrible du gouvernement. Terrible de naïveté s’entend.

On sait depuis un bout de temps que le Président fulmine comme la diffusion des informations concernant la baisse des APL, tout droit sortie de Bercy, ou contre l’interview de Darmanin où il avait annoncé des coupes sombres dans les budgets. Il est comme ça Darmanin: il ne refoule rien, il dit tout à la presse.

Son passage sur France Inter hier n’a pas échappé à la règle. Interrogé sur le transfert de Neymar, un footballeur manifestement très connu dont le rachat équivaut à 15 ans de rémunération de Carlos Ghosn, Darmanin a encore exprimé très librement la pensée macronienne. Pour Gérald, c’est « whaou! il va payer plein d’impôts! »

Darmanin et le veau d’or fiscal

Naïvement, on pouvait imaginer qu’un ministre de droite, intégré à une majorité qui veut renouveler le pays, avait une perception « dynamique » de l’économie française. Il pourrait par exemple souhaiter que le pays renoue avec la prospérité, parce que celle-ci sert l’intérêt général. Dans cette optique angélique, le ministre en question pourrait considérer que la fiscalité est un élément qui sert à financer des externalités positives utiles au développement collectif.

Bref, on pourrait attendre du ministre du Budget qu’il considère la fiscalité comme un moyen de développer l’économie nationale et non comme une fin en soi.

Eh bien pas du tout! pour Darmanin, le Français est une vache à lait: il est là pour payer des impôts. Et plus il y a de contribuables riches, mieux l’impôt rend.

Le suicide par l’impôt sur le revenu

Ce faisant, Darmanin a donné le fond du problème. Le même jour, les Échos révélaient que 2% des contribuables acquittaient 40% de l’impôt sur le revenu. On connaît les raisons de cette folie déséquilibrée: assiette étroite (on se souvient d’Ayrault soucieux d’en exonérer plein de nouveaux Français) et taux élevés font que peu de Français paient l’impôt, mais quand ils le payent, ils douillent.

Darmanin en a l’air très heureux. Manifestement, il n’a pas la moindre intention de toucher à cette règle du jeu effrayante où une minorité minuscule paie pour une majorité majuscule. Sous les quolibets de la foule d’ailleurs.

Tous ces contribuables seront heureux d’apprendre qu’ils sont des vaches à lait. Le ministre qui ordonne les prélèvements ne se soucie pas le moins du monde de l’utilité des impôts, ni de l’apport des contribuables à l’économie nationale. Il se réjouit seulement de voir l’argent rentrer.

On croyait relever la France, on finance juste la gabegie publique.

L’Italie saisit le bateau d’une ONG qui organise le trafic de migrants en Méditerranée

Les autorités italiennes viennent de saisir le bateau d’une ONG allemande battant pavillon hollandais dont il est avéré qu’elle organise le trafic de migrants depuis la Libye.

La presse italienne relaie une information peu commentée en France. La justice a fait saisir la « Iuventa », un chalutier armé par l’association allemande Jugend rittet (les jeunesses sauveteuses), et battant pavillon hollandais.

La justice italienne détient en effet des preuves d’une connivence entre les passeurs et l’organisation non gouvernementale en question. Dans la pratique, l’ONG allemande organise les traversées des migrants avec les passeurs, qui fixe un rendez-vous convenu en mer. Une fois les migrants arrivés au lieu de transfert, les passeurs libyens récupèrent les embarcations laissées vides par les migrants montés sur le bateau de l’association.

La police italienne est parvenue à filmer ces opérations et a donc ordonné la saisie du bateau. Elle a bénéficié d’un coup de pouce donné par une autre association non gouvernementale: Save the Children.

Une charte de bonne conduite pour les ONG

Celle-ci a signé la charte de bonne conduite des ONG en treize points, édictée par le gouvernement italien.

Ces points témoignent du doute qui s’est installé dans l’esprit du gouvernement italien sur l’implication des ONG dans le trafic des migrants. Parmi les 13 points, on trouve en effet ceux-ci:

Ne pas avoir de contacts pour faciliter le départ des embarcations qui transportent des migrants.

(…)

Déclarer ses sources de financement à l’État où l’association est enregistrée.

On se souvient qu’un procureur italien accuse les ONG d’être directement financées par les passeurs et d’apporter des financements à la mafia.

Pour l’instant, seules deux organisations ont signé la charte de bonne conduite du gouvernement italien.