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Auteur : Eric Verhaeghe

Comment l’Éducation Nationale mène une guérilla contre les politiques gouvernementales

L’Éducation Nationale refuse-t-elle de mettre en oeuvre les politiques gouvernementales? Un rapport de la Cour des Comptes ouvre la question… en prenant l’exemple de la réforme territoriale conduite sous François Hollande. Nous produisons ici un extrait de rapport tout à fait significatif.

Dans l’Éducation nationale, à la fusion des rectorats, qui avait été envisagée, a été préférée la création de recteurs de régions académiques, laissant subsister la carte des 30 académies existantes et des recteurs chargés de les administrer.

La Cour souligne la fragilité de ces régions académiques, qui ne disposent ni d’autorité hiérarchique, ni de missions d’allocation des moyens. Certes, le recteur de région académique dispose de pouvoirs propres visant à garantir l’unité et la cohérence des politiques éducatives régionales dans les champs de compétences intéressant la région ou le préfet de région et de la possibilité de se saisir d’un champ étendu d’actions. Mais il n’en est que plus étonnant que le siège des régions académiques n’ait pas été localisé, dans quatre cas, au chef-lieu de région. Ainsi apparaît un décalage croissant entre l’organisation territoriale de l’éducation nationale et celles des autres services de l’État au niveau régional, au moment où les enjeux interministériels des politiques publiques s’accroissent.

Les recteurs d’académie sont maintenus dans leurs prérogatives, essentielles, de mise en œuvre des politiques éducatives dans leur ressort et sont toujours, à ce titre, seuls responsables des budgets opérationnels de programmes académiques et de domaines importants qui ne relèvent pas de la coordination régionale (comme le premier degré). Le dispositif organisationnel retenu pousse ainsi à l’immobilisme, alors que l’opportunité aurait dû être saisie pour revoir la carte des 30 rectorats existants et s’interroger sur le maintien dans leurs délimitations préexistantes des académies de petite taille, par exemple les rectorats de Normandie ou de Bourgogne-Franche-Comté.

Il conviendra de veiller, au plan administratif, à ce que la création des régions académiques, dotées d’un service pour les affaires régionales, si elle doit être l’occasion de mutualiser à ce niveau certaines fonctions, ne conduise pas à terme, dès lors que les rectorats sont maintenus, à ce que leurs attributions et surtout leurs moyens –à ce stade légers- ne s’ajoutent à ceux des rectorats, constituant ainsi un échelon administratif supplémentaire.

Wauquiez présidera le parti de la carpe et du lapin

Laurent Wauquiez a dévoilé le premier organigramme des Républicains. Les vice-présidences vont de Virginie Calmels à Guillaume Peltier. En dehors d’un discours axé sur les valeurs, les Républicains n’ont pas de programme, en particulier dans le domaine économique. On voit mal comment cette offre pourrait séduire les libéraux ralliés à Macron.

Laurent Wauquiez est, fondamentalement, un étatiste. Le mouvement qu’il a fondé proclame son attachement à un État fort. Son éloge passéiste de la France s’abstient scrupuleusement de toute promesse sur la baisse des dépenses publiques.

La meilleure façon de qualifier le programme du nouveau président des Républicains est celle de social-démocrate identitaire.

Une victoire à la Pirrhus

D’où un problème majeur. Faute d’une perspective économique libérale, l’étatisme identitaire de Laurent Wauquiez est condamné à rester confidentiel ou, en tout cas, minoritaire.

Cette sensibilité est en effet un irritant. Elle fait partie de ces aspérités qui inquiètent une part substantielle de l’opinion, même si elle gagne du terrain. Limiter son programme à cette dimension, tout en annonçant un bannissement du Front National, relève du suicide politique.

Il existe à droite un mouvement de balancier automatique: tout glissement du noyau idéologique vers la droite entraîne un mouvement inverse de retrait des libéraux vers le centre. Sans une offre de politique économique qui compense la dextrisation du parti, Wauquiez, s’il veut espérer dépasser, voir même atteindre la barre des 20% de suffrages aux élections devra composer avec le Front National.

Ce qui fera définitivement partir les libéraux vers Macron.

La carpe et le lapin

Coexiste désormais à la tête des Républicains, un attelage baroque où se mélangent des identitaires et d’anciens juppéistes. Le parti républicain lui-même est une sorte de hall de foire où se croisent sans vraiment se parler des nostalgiques d’un France oubliée et des praticiens quotidiens de la croissance économique.

La carpe et le lapin, le libéral et l’étatiste, l’identitaire et l’européen, le libre-échangiste et le protectionniste. La clarification de ce magma risque de ne pas être simple, et de coûter pas mal de crises et de ruptures qui éloigneront d’autant la droite de la reconquête dont elle rêve.

Après Fillon, un absurde tabula rasa

La stratégie suivie par les Républicains depuis le mois de janvier 2017 est un enchaînement absurde.

François Fillon avait remporté la primaire haut-la-main avec un programme de choc économique tourné vers une réduction rapide des dépenses publiques. Probablement étonné par son propre succès, le candidat avait rapidement mis de l’eau dans son vin.

Dans la foulée de la débâcle aux présidentielles, le parti et ses « grands élus » se sont ingéniés à déconstruire tous les éléments du choc promis par le candidat. Le travail de refondation mené par Accoyer ressemble en tous points à un travail méticuleux de sape sur ce sujet.

Ce faisant, les républicains montrent une étonnante forme d’obstination à faire fuir chez Emmanuel Macron tous ceux qui voient dans l’excès de réglementation et dans l’excès d’étatisation ou d’administration la principale cause du déclin français. Face à ce mouvement macropète, Wauquiez semble bien décider à apporter non pas sa pierre, mais ses soubassements et ses murs en s’aliénant définitivement tout soutien parmi les acteurs de l’économie privée.

Une pensée libérale à reconstruire

On ne fera pas injure à Laurent Wauquiez en affirmant qu’il n’est ni un connaisseur ni un sympathisant distingué de l’économie de marché. L’absence de référence claire à celle-ci dans son programme, son éloge constant, nostalgique, d’une France disparue, d’un appareil de production qui ne correspond plus à aucune réalité, ne peut que le fâcher définitivement avec les décideurs économiques qui lui préfèreront systématiquement Emmanuel Macron.

Ce faisant, Wauquiez devra se contenter de partager l’électorat du Front National.

Reste, pour les libéraux, l’urgente nécessité, l’opportunité historique, la chance probable offerte par ce champ de ruines idéologiques pour reconstruire une vision de la France. L’ambition affichée en son temps par François Fillon de replacer la France au quatrième rang des puissances économiques mondiales avait montré la voie.

Une proposition de loi en janvier pour une amnistie sur les dettes RSI

La députée de la Réunion Nathalie Bassire déposera très prochainement une proposition de loi sur l’amnistie des dettes RSI. C’est ce qu’elle nous a annoncé dans une rapide interview accordée entre deux avions.

Nos lecteurs connaissent la députée républicaine de la Réunion, Nathalie Bassire, auteure d’un amendement recalé en loi de financement de la sécurité sociale sur les libérés du RSI. La même députée nous a accordé une interview sur sa rentrée politique de janvier 2018.

Les indépendants devraient y trouver leur compte et y prêter la plus grande attention. La députée entend en effet déposer deux propositions de loi dans les semaines à venir.

L’une de ces propositions demandera la création d’une commission d’enquête sur les conditions de création du RSI. L’objectif de cette demande vise bien entendu à tirer au clair les vices de forme que certains tribunaux sanctionnent aujourd’hui, essentiellement à la demande d’Alexandre Alquier, avocat à La Réunion.

L’autre proposition vise à régler la situation des « libérés » qui ont fait sécession du RSI et sont traqués par les tribunaux. La proposition de loi devrait leur accorder une amnistie tout en assurant un sort équitable à ceux qui ont régulièrement cotisé.

Une affaire à suivre, que nous ne manquerons pas de relayer!

Macron est-il en train d’inventer l’écologie libérale

Lors du One Planet Summit, Emmanuel Macron s’est curieusement fait l’apôtre d’une écologie libérale. Après avoir considéré que les politiques publiques en matière d’environnement étaient en voie d’échec, il a plaidé pour des initiatives privées en la matière…

À y regarder de près, le propos d’Emmanuel Macron tenu lors du One Planet Summit surprend. Voilà un chef d’État qui convoque un sommet international pour expliquer que les États ne suffisent pas ou ne parviennent pas à lutter contre le réchauffement climatique. Ce constatant, le chef de l’État en appelle aux entreprises et aux particuliers pour compléter ou pour suppléer l’insuffisance des États.

Quelle que soit la perception que l’on peut avoir du réchauffement climatique à titre individuel, on retiendra d’abord du discours présidentiel ce constat terrible: l’État est moins efficace que l’initiative individuelle pour produire des « externalités positives ». Il s’agit là d’une inflexion majeure dans la conception de l’écologie.

L’échec de l’économie administrée dans la mutation des modes de production

Si l’on admet l’hypothèse que le réchauffement climatique est une conséquence d’un mode de production fondé sur les énergies fossiles, alors tout l’enjeu de la lutte contre le réchauffement climatique tient à notre capacité de modifier radicalement ce mode de production. La question écologique aujourd’hui tient donc principalement à une problématique simple: quel est le moyen le plus efficace pour assurer une mutation rapide de notre mode de production?

De fait, la logique suivie depuis plusieurs décennies en la matière consiste à parier sur les politiques publiques pour modifier ce mode. On réunit des États, on signe des traités et on met en place des politiques publiques pour modifier la réalité.

Depuis le sommet sur la terre de Rio, en 1992, quelle est l’efficacité de ce processus? En l’état, les résultats sont maigres, et condamnent, selon Emmanuel Macron, la méthode étatique, administrée, suivie depuis le début.

Le marché plus efficace que les États?

D’où l’idée d’actionner le levier de l’initiative privée pour réussir là où les États ont échoué. Certes, Emmanuel Macron n’a pas ouvertement opposé l’un et l’autre, en disqualifiant de façon définitive l’action publique.

En revanche, notre Président a eu cette phrase révélatrice, corroborée par ses propos dans Le Monde:

« Nous sommes très loin de l’objectif de l’accord de Paris de contenir la hausse des températures sous le seuil de 2 degrés, et si possible 1,5 degré. Sans une mobilisation beaucoup plus forte, un choc dans nos propres modes de production et de développement, nous n’y parviendrons pas »

Le temps des politiques publiques est passé, il faut désormais travailler sur la mutation accélérée des marchés.

On voit bien le glissement qui s’opère peu à peu dans l’approche des problématiques globales. Le procès de l’inefficacité publique devient incontournable. Après des années de disgrâce, l’initiative privée apparaît comme le seul relais possible pour remodeler la réalité.

Le marché produit-il plus d’externalités positives que les États?

Les adeptes de théorie économique adoreront donc le sujet. Vaut-il mieux compter sur les États ou sur les individus librement organisés dans des marchés pour produire des externalités positives?

En réalité, les politiques publiques ont hésité jusqu’ici sur la voie à suivre, et c’est probablement leur principale limite.

D’une part, les États ont adoré mener des politiques ambitieuses « directes »: subventions à tour de bras en faveur des énergies renouvelables, des réhabilitations de logement, de l’abandon des énergies fossiles. Mais on s’est vite aperçu que cette stratégie a nourri des rentes inefficaces et découragé l’innovation. Les fraudes se sont par ailleurs multiplié.

Parallèlement, le marché des droits à polluer créé à Kyoto visait à combiner les politiques publiques avec des logiques concurrentielles. Les règles de ce marché ont toutefois été biaisées par les normes en vigueur, trop favorables à la pollution. Elles ont découragé le marché…

De ce point de vue, l’action étatique paraît donc contre-productive et incapable de produire le choc de production nécessaire pour infléchir le cours du réchauffement climatique. On peut en conclure que seul le marché est capable de corriger les dysfonctionnements du marché.

L’initiative individuelle sauvera-t-elle la planète du risque climatique?

Reste donc à savoir comment le désordre écologique mondiale pourra trouver dans ses causes (une production fossile proliférante) ses propres solutions (le passage à une autre trame de production). À ce stade, Emmanuel Macron a battu le rappel de tout ce qu’il pouvait trouver pour donner une impulsion à ce mouvement contraire. Il a par exemple obtenu un engagement d’Axa à investir plus pour le climat.

On voit le type de logique qui est à l’oeuvre: les assureurs sont durement éprouvés par les catastrophes ou accidents climatiques. Ils ont donc tout intérêt à investir dans la prévention de ces risques pour préserver leurs marges de rentabilité.

C’est dans ce genre de logiques économiques que le marché peut produire plus d’externalités positives que l’action publique. Le climat est devenu un risque, et il reste à voir si les logiques assurantielles peuvent protéger les populations plus efficacement que les États contre la réalisation de ce risque.

Pierre Gattaz

MEDEF: quelle sanction de Macron après l’éviction de Sénard?

L’abandon hier de Dominique Sénard dans la course à la présidence du MEDEF marque un tournant dans l’avenir possible du mouvement. On attend maintenant la réaction élyséenne à cette défaite électorale…

Depuis plusieurs mois, il se murmurait que Jean-Dominique Sénard avait les faveurs de l’Élysée et d’Henri de Castries pour prendre la succession de Pierre Gattaz à la présidence du MEDEF. Il ne s’agissait pas seulement d’une logique de personne, mais d’un projet politique, économique et social global. L’intention de l’Élysée était, paraît-il, d’ouvrir, de conserve avec le MEDEF, un volet « social » dans la réforme, en faisant la part belle à l’intéressement et à la participation.

Une affaire mal préparée?

Après un discours charismatique aux universités d’été du mouvement, Sénard a très vite connu l’épreuve du feu. Manifestement, personne n’avait pris le temps, avant la quasi-annonce de sa quasi-candidature, d’examiner sa compatibilité avec les statuts. L’amateurisme du MEDEF n’a décidément pas de limite!

Or les statuts du MEDEF sont suffisamment clairs: le président ne doit pas avoir 65 ans le jour de son élection. À quatre mois près, Sénard ne franchit pas la barre. À moins de tordre les textes sous une forme ou sous une autre, cette candidature était morte dans l’oeuf.

Les statuts ont bon dos

La question des statuts a rapidement servi de prétexte pour écarter une candidature gênante. Sans que personne n’ose insulter clairement l’avenir, beaucoup ont instrumentalisé cette affaire juridique pour faire barrage à ce qui apparaissait comme un putsch déguisé de l’Élysée (et de la finance) sur le mouvement.

On aurait toutefois tort d’imaginer que cette coalition secrète du refus soit unie et monolithique. Elle a rassemblé plusieurs sensibilités très différentes qui ont désormais libre cours pour s’affronter.

Ceux qui ne voulaient pas d’un manager

Ce qui n’a probablement jamais été dit de façon transparente, mais qui est au fondement du refus, c’est la nature même de la candidature Sénard. L’homme est un employé, pas un patron. Il a été nommé chez Michelin, mais il n’a pas créé l’entreprise et il n’en est pas le propriétaire.

Voilà qui fait beaucoup pour un seul homme dans l’esprit de tous ceux qui considèrent que, même si le MEDEF a abandonné le mot « patron » dans son acronyme, il doit néanmoins rester un mouvement patronal. Pour tous ceux-là, un Bézieux ou un Saubot sont et seront toujours infiniment plus légitimes qu’un Sénard, simplement parce qu’ils ont les mains caleuses du patron qui a créé sa boîte ou qui la détient en propre.

Libéraux contre défenseurs de la doctrine sociale de l’Église

Au-delà de ces considérations (pas si) personnelles, la candidature Sénard a achoppé sur un autre écueil: la ligne idéologique qu’elle recouvre.

Dès l’été, beaucoup se sont inquiétés du profil social chrétien de Sénard. Présenté comme un chantre de la modernité, le personnage n’a pas fait oublier le caractère très confessionnel du recrutement des cadres chez Michelin. Le soutien d’Henri de Castries a confirmé l’orientation « doctrine sociale de l’Église » du candidat.

Beaucoup de patrons français sont, contrairement à ce qui est véhiculé de-ci de-là, très étrangers à cette philosophie. Certains lui préfèrent un libéralisme massif, même s’ils commettent peu l’aveu public de ce rattachement idéologique.

Dans tous les cas, la perspective d’une triplette Macron-Sénard-CFDT pour redessiner au prisme de la participation la gouvernance des entreprises françaises a suscité beaucoup de réticences. Là encore, cette aversion s’est contentée de murmures dans les dédales des moquettes ouatées. Mais elle explique une large part du naufrage que Sénard a subi hier: les statuts ont eu bon dos.

Le jeu des ambitions personnelles

Sur cet arrière-fond idéologique d’autant plus complexe qu’il se cache derrière des sourires de façade, la bataille s’est enrichie des ambitions personnelles.

Tout le monde sait que deux candidats de poids: Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot, lorgnent sur le poste depuis plusieurs mois. D’un point de vue patronal, Sénard était leur synthèse: un homme issu de l’industrie mais tourné vers l’avenir.

Restent désormais deux hommes face à face.

Roux de Bézieux a incontestablement la dimension politique du poste. Mais il est issu des services et il ne draine pas derrière lui le soutien naturel d’une fédération puissante.

Saubot est l’exact inverse. Sa rigidité inquiète beaucoup de représentants patronaux, y compris au sein de l’UIMM. Mais il peut raisonnablement espérer compter sur l’appui de ce contributeur majeur du MEDEF le jour de l’élection.

Entre les deux, une bataille à la Pirrhus pourrait bien se dérouler au printemps 2018. Cette perspective ne paraît pas optimale pour le MEDEF, car elle risque de le diviser et de l’affaiblir, justifiant par avance une réaction élyséenne sévère.

Macron, vrai perdant du vote d’hier

Donc, le conseil exécutif du MEDEF a refusé hier par une majorité des deux tiers d’amender les statuts de l’organisation pour permettre la candidature de Sénard. À moins d’une démission surprise de Gattaz provoquant des élections anticipées avant le mois de mars, le plan échafaudé par l’Élysée, en accord avec la CFDT, vient de tomber à l’eau.

Si Laurent Berger avait entendu la promesse macronienne selon laquelle les couleuvres que la CFDT avale actuellement sur la fin du monopole syndical dans les négociations d’entreprise seraient compensées par des offrandes sur la participation des salariés, il se retrouve aujourd’hui chocolat. Tout cela se fera sans l’appui du MEDEF, ce qui risque de réduire les contreparties de la CFDT comme peau de chagrin.

Pour l’image du Président, l’opération est désastreuse, car on imagine mal dans ces conditions que la CFDT ne durcisse pas le ton.

Quelles mesures de rétorsion de l’Élysée?

Une réaction macronienne est donc à prévoir dans les prochaines semaines. On imagine en particulier qu’Emmanuel Macron pourrait sanctionner Pierre Gattaz en s’opposant formellement à son « glissement » vers BusinessEurope, le syndicat patronal européen où il serait question qu’il « échoue » après son mandat au MEDEF.

Cette mesure ne concernerait que l’homme Gattaz, reste à savoir à quelle sauce l’organisation serait mangée.

Mais à quoi peut bien encore servir le MEDEF?

La sécession du MEDEF par rapport à l’Élysée soulève quelques autres problèmes pour l’organisation elle-même.

Point numéro un: la sixième ordonnance sortie du chapeau par le pouvoir exécutif propose par exemple de diminuer le montant de la contribution obligatoire au financement du paritarisme. Celui-ci porte aujourd’hui sur le montant substantiel de 123 millions annuels. On voit mal ce qui retiendrait à l’avenir le gouvernement de taper dans le dur d’un système qui profite largement au MEDEF (12 millions perçus en 2016).

Point numéro deux: dans un monde qui sera dominé par les accords d’entreprise, où l’UNEDIC sera nationalisée, le rôle du MEDEF est de plus en plus incertain. Si la fonction de lobbying économique restera intacte, on voit mal à quoi peuvent encore servir les accords nationaux interprofessionnels…

Ceux-ci occupent pourtant une part importante du temps de l’organisation patronale. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que le président de la République les déclare désormais inutiles.

Paris: Hidalgo fait adopter un budget qui consolide la fuite des classes moyennes

À Paris, Anne Hidalgo vient de faire adopter un budget totalement lunaire, essentiellement consacré à ses marottes bobos. Il continue une politique d’écrasement des classes moyennes et il rappelle que l’apologie du « vivre ensemble » constitue en réalité le faux nez d’une politique où les salariés du secteur privé se paupérisent. La maire continue sa politique de métamorphose démographique destinée à assurer sa réélection.

En huit ans, comme le montre le tableau ci-dessus, le nombre de demandeurs d’emplois de plus de 50 ans a doublé à Paris. Il flirte désormais avec les 60.000 personnes, soit 3% de la population parisienne. Il est vrai que ce doublement est une meilleure performance que la moyenne nationale qui est, sur le même segment de population et la même période, plus proche du triplement que du doublement. Il n’en reste pas moins que, sur la totalité de la population parisienne, on compte plus de 200.000 demandeurs d’emploi en catégorie A, B et C, soit 10% de la population. Pour l’une des régions les plus riches d’Europe, et même du monde, ce chiffre fait tâche.

Paris, villes de fortes disparités

Encore ces chiffres moyens cachent-ils très mal les réalités par arrondissement. Si l’on prend le cas emblématique du 19è arrondissement, qui compte près de 200.000 habitants et qui a abrité tant de terroristes en herbe, c’est un vrai signal d’alarme qu’il faut lancer.

Selon l’INSEE, en 2014, le taux de chômage y dépassait les 16%. Le taux de pauvreté y atteignait près de 25%, une performance égale à celle de Valenciennes à la même date.

On pense souvent Paris comme une entité unique et monolithiquement riche ou gentrifiée. Les Parisiens savent que leur ville est un agrégat de villages parfois très cloisonnés et marqués par de fortes différences. Les quartiers de l’Est parisien ont beau se trouver à une encâblure de métro des Champs-Élysées ou de l’avenue Montaigne, ils vivent de vraies détresses sociales, d’autant plus rudes qu’elles sont tenues secrètes.

La précarisation grandissante des classes moyennes

Dans cet univers beaucoup moins rose que les cartes postales ne le laissent croire, les classes moyennes vivent des situations de forte précarisation, alimentée par la politique municipale. La multiplication des obstacles concrets posés par Anne Hidalgo à l’implantation des entreprises dans le centre ville, la fermeture de nombreuses voies de circulation, obligent les Parisiens à travailler de plus en plus loin de chez eux.

Au fur et à mesure que les sièges sociaux s’installent en banlieue, c’est le temps de transport qui augmente et la qualité de vie qui se dégrade. Officiellement, Anne Hidalgo lutte contre le CO2. Dans la pratique, elle oblige à partir de plus en plus loin pour travailler.

Pour la seule période allant de 2000 à 2016, le temps moyen quotidien de transport d’un francilien a augmenté de 10%. On aimerait disposer des chiffres pour les Parisiens intra muros. En attendant, on voit bien que la politique de la maire s’adresse prioritairement aux fonctionnaires qui constituent la base de son électorat (et dont on est sûr que les ministères employeurs ne partiront pas en banlieue), et ne s’émeut pas de voir partir les cadres du secteur privé en banlieue.

Il faut dire que ceux-là votent moins pour elle.

Les mutations démographiques organisées par Anne Hidalgo

Alors que, l’an dernier, le Conseil d’Analyse Économique produisait une note alarmiste sur le déclin des sièges sociaux à Paris depuis l’arrivée des socialistes à la mairie, Anne Hidalgo continue à asséner des contre-vérités sur le sujet. Ses écrans de fumée servent largement à dissimuler une politique de modification radicale de la population parisienne.

Ainsi, le budget 2018 de la ville de Paris se targue de consacrer plus de 400 millions € à une politique en faveur du logement essentiellement fondée sur l’encouragement au logement social. Dans le même temps, la Ville ne créera même pas 100 lits nouveaux en établissements pour personnes âgées dépendantes.

On voit bien l’orientation qui est prise ici: attirer des populations déshéritées, et faire partir autant qu’on peut les populations qui disposent d’un patrimoine.

Bien plus que l’expansion constante de la dette parisienne, c’est ce point démographique qu’il faut pointer. Face à la victoire de Macron et à l’érosion de sa base électorale, Anne Hidalgo accélère autant que faire se peut la transformation sociale de Paris, en privilégiant l’installation de populations nouvelles dépendantes de la solidarité municipale, et en incitant les classes moyennes à fuir loin de Paris.

Le faux nez de l’écologie

Parallèlement, Anne Hidalgo annonce plus de 400 millions € de crédits pour le plan climat et 550 millions € pour le plan propreté. Là encore, les grands affichages cachent une misère bien plus cruelle.

On n’épiloguera pas ici sur la suffocation qui s’est emparée des quartiers riverains de la Seine où s’est reporté le trafic des voies sur berges désormais fermées à la circulation. Il est vrai que les habitants les plus incommodés ne sont pas des électeurs fervents de la maire.

On rappellera juste l’immense retard de Paris en matière de traitement des déchets, déjà épinglé par la Chambre Régionale des Comptes. Il est vrai que ce sujet est moins glamour que la lutte contre le réchauffement climatique. N’empêche, le Paris d’Hidalgo fait moins bien qu’Athènes, ce qui est un signe funeste sur la sincérité d’Anne Hidalgo en matière d’écologie.

Et que trouve-t-on dans le plan propreté adopté en 2017?

«Un bac sera ajouté dans les immeubles des deux arrondissements, explique Mao Péninou. Tous les déchets de cuisine, y compris les cartons à pizza pourront y être déposés». La couleur du nouveau bac est encore en discussion. Après les 2e et 12e arrondissements, l’expérience devrait être étendue à l’ensemble de la capitale.

On mesure immédiatement le sous-dimensionnement des objectifs écologiques réels de l’équipe municipale à Paris. Paris n’a pas encore bouclé son tri sélectif. Tout un symbole sur le recul qui frappe la capitale sous l’ère Hidalgo.


Ordonnances: un point sur la guerre juridique livrée par la CGT

La guerre juridique que la CGT livre aux ordonnances et aux réformes en matière du code du travail est moins connue que les manifestations de la confédération qui font flop. Pourtant, les décisions se multiplient et pourraient avoir un impact sur le texte final.

Saisi à l’époque par Force Ouvrière, le Conseil Constitutionnel a, le 20 octobre, annulé une partie des dispositions de la loi El-Khomri concernant les referendum d’entreprise. La décision était somme toute secondaire: les Sages ont annulé la limitation aux seules organisations signataires des accords d’entreprise la participation au protocole d’organisation des referendum.

La décision n’a pas bouleversé l’économie générale de la loi El-Khomri, mais elle a montré qu’on pouvait parfois obtenir plus par le contentieux que par la mobilisation de rue. Cette règle est au demeurant bien connue du Clic-P, l’intersyndicale du commerce parisien, qui combat plus devant les tribunaux que sur le pavé.

Parallèlement, la CGT a déclenché un véritable feu juridique contre les ordonnances Macron qui mérite un petit point d’étape.

Dans la guerre juridique, une première défaite devant le Conseil d’État

Dans sa guerre juridique, la CGT vient de subir un premier important revers la semaine dernière. La confédération avait saisi le Conseil d’État en référé, c’est-à-dire dans le contentieux de l’urgence, pour obtenir la suspension d’un certain nombre de dispositions contenues dans les ordonnances.

Le 7 décembre, le Conseil d’État a donné une première réponse: l’urgence n’est pas constituée.

Dans son ordonnance 415243, le Conseil d’État a débouté la CGT sur le caractère d’urgence de sa demande concernant les articles 2, 4, 15 et 16 de l’ordonnance qui  « méconnaissent les stipulations de l’article 7 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ». Ces articles portent sur la barémisation des indemnités de licenciement, sur les motifs de licenciement, sur le licenciement économique et sur les possibilités de reclassement.

Dans son ordonnance 415376, le Conseil a donné un avis identique sur le référé suspension concernant l’ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017 relative à la nouvelle organisation du dialogue social et économique dans l’entreprise et favorisant l’exercice et la valorisation des responsabilités syndicales.

Pas de décision sur le fond

On notera toutefois que les décisions du Conseil d’État ne ferment pas la porte à toute remise en cause du texte des ordonnances. En effet, le fait que le Conseil d’État ne reconnaissent pas un caractère d’urgence aux saisines de la CGT ne préjugent pas des décisions qui seront prises sur le fond.

Les amateurs de complication juridique suivront ce dossier de près: rien de tel qu’un bon contentieux sur les ordonnances dont la décision sur le fond est prise après l’adoption des lois de ratification!

Encore des QPC sur la loi El-Khomri

Parallèlement, le Conseil d’État a admis de nouvelles questions prioritaires de constitutionnalité sur des décrets pris en application de la loi El-Khomri. Le Conseil Constitutionnel devra donc à nouveau statuer d’ici la mi-mars sur ces dossiers épineux.

Les questions étaient déposées par la CGT et par FO.

Mutuelles de l’économie sociale: course au gigantisme ou fuite en avant?

Les mutuelles de l’économie sociale sont en plein bouleversement. Coup sur coup, la Matmut, la Macif, Aesio, viennent d’annoncer des regroupements majeurs. Certains y verront la recherche d’une taille critique, d’autres la marque d’une fuite en avant pour un modèle éprouvé par des rendements décroissants et des exigences de solvabilité de plus en plus importantes.

Les mutuelles de l’économie sociale viennent d’annoncer plusieurs regroupements majeurs. La Matmut a annoncé son intention de se rapprocher d’AG2R, groupe paritaire de protection sociale bien connu et friand d’adossements en cascade. La MACIF devrait se rapprocher d’AESIO, lui-même fruit d’un rapprochement d’EOVI-MCD, d’Adréa et d’Apréva. Parallèlement, la MGEN et Harmonie poussent les feux sur le groupe VYV.

Le monde mutualiste au sens large est aujourd’hui absorbé par une course à la taille qui soulève plusieurs questions.

Les mutuelles de l’économie sociale fortement impactées par la réglementation prudentielle

L’une des principales raisons, les plus immédiates en tout cas, de cette course au rapprochement tient à la prolifération de normes prudentielles. Celles-ci exigent toujours plus de fonds propres pour couvrir les risques assurés.

Au premier chef, la directive Solvabilité 2 a eu un puissant impact sur l’activité des mutuelles d’assurance, y compris en santé. Cette directive oblige les assureurs à renforcer le provisionnement de leurs risques et leurs fonds propres pour éviter une nouvelle crise financière.

Pour les mutuelles de l’économie sociale, qui n’ont pas d’actionnaires, la mesure est complexe à « avaler ». La création sous François Hollande de certificats mutualistes, qui équivalent à une levée de fonds pour les mutuelles, visait à aider les acteurs du marché à augmenter leurs fonds propres tout en conservant leur gouvernance traditionnelle. On voit bien aujourd’hui que la dynamique enclenchée par Solvabilité 2 oblige quand même à des regroupements prudentiels, certificats mutualistes ou pas.

Au passage, certains ont dénoncé la surtransposition de la directive par Bercy. Les plus petites mutuelles, en particulier, ont bataillé pour expliquer que la santé est un risque qui échappe par nature aux exigences de la directive. Ce combat s’est immédiatement heurté à la volonté des plus grandes mutuelles de porter cette surtransposition.

Une logique de concentration forcenée

Aux yeux de beaucoup de grandes mutuelles regroupées au sein de la FNMF, le secteur mutualiste n’a pas mené la démarche de concentrations qui a métamorphosé l’industrie de l’assurance ces dernières décennies. D’où un différentiel très important entre le nombre d’assureurs ou de groupes paritaires autonomes en France sur le marché de la santé (moins de 20), et les près de 700 mutuelles encore existantes, dont 300 disposent d’une vraie autonomie financière.

Sans trop se cacher, la FNMF a promu un durcissement des règles prudentielles dans le domaine de la santé qui obligeront petit à petit les petites mutuelles à choisir entre la disparition ou l’adossement à de plus grands acteurs. Si la FNMF peut compter sur la vraie passivité des petites mutuelles à défendre leur destin, ses adhérents sont néanmoins à leur tour impactés par les normes qu’ils sont défendues.

L’effet de souffle produit par la généralisation de la complémentaire santé

Lorsque les adhérents de la FNMF se sont lancés tête baissée dans l’aventure Solvabilité 2 (initialement imaginée par les grands assureurs capitalistes de la place, avant même la crise de 2008), ils n’avaient pas anticipé que leur marché serait bouleversé par la généralisation de la complémentaire santé. Celle-ci a donné l’occasion au Conseil Constitutionnel de prohiber les désignations monopolistiques dans les branches professionnelles, et d’ouvrir le marché à une concurrence extrêmement dure entre assureurs santé pour couvrir le marché des mutuelles d’entreprises.

Contrairement à la petite musique toxique que chantonnent les partisans du tout sécurité sociale, la généralisation de la complémentaire santé n’a pas fait monter les tarifs. Elle les a fait baisser.

Incidemment, les marges des mutuelles de l’économie sociale ont aussi fondu, à un moment critique où il fallait renforcer ses fonds propres. Tout ceci condamne les acteurs de la complémentaire santé à une stratégie complexe: soit résilier les contrats les moins rentables, soit diminuer la concurrence par un processus continu de fusions.

Le modèle mutualiste est-il encore soutenable?

Derrière ces grands mouvements tectoniques se cache une question fondamentale: le modèle mutualiste, avec son absence d’actionnaires et sa faible appétence pour la rentabilité, peut-il encore « tenir » face à un déchaînement de concurrence et à une absence de stratégie claire de la part des pouvoirs publics sur le financement de la santé?

La question est ouverte. Dans tous les cas, on imagine mal aujourd’hui que les fondements de la « démocratie mutualiste » ne doivent pas subir d’importantes évolutions vers plus de dirigisme managérial.

De quelle France Johnny Halliday était-il le nom?

Les funérailles nationales de Johnny Halliday ont révélé l’existence d’une autre France, inconnue des médias mais qui n’est pas non plus la France périphérique. Cette France centrale a dévoilé un visage assez inattendu, qui mériterait d’être exploré avec attention… car il est dangereusement boudé par l’élite au pouvoir.

C’est vrai que sur le parcours du cercueil de Johnny Halliday, ce qu’on appelait en son temps la « France profonde » s’était massée et communiait dans un chagrin inattendu. Cette France-là est restée dans le froid, devant l’église de la Madeleine où les obsèques avaient lieu parmi les grands de ce monde.

Des cars étaient venus de partout pour déverser les fans ou moins fans mais quand même soucieux de participer à ce moment unique. Un bus de Franche-Comté est arrivé quelques minutes après le passage du cercueil, laissant ses occupants frustrés de n’avoir pu rendre un dernier hommage direct. Un chef d’entreprise est venu spécialement de Lambersart, dans la banlieue chic de Lille. Des Rémois tapaient le pavé en trouvant qu’il faisait trop froid. Une parisienne pleurait en souvenir de son frère défunt il y a deux ans qui adorait Johnny.

Les absents de la cérémonie

Dans la foule, en revanche, on ne trouvait pas (ou alors étrangement peu) de minorités visibles. Les rues de Paris si souvent parcourues par des représentants de tant de nationalités colorées ont cédé la place pour une longue après-midi à un cortège ethniquement très cohérent. C’était la France « de souche » qui occupait l’espace central de Paris pour saluer Johnny.

Et c’est probablement le signal majeur qu’il faut retenir de ces funérailles. Inconsciemment et involontairement, la commémoration de Johnny apportait le contrepoint au « Vivre Ensemble ». Ni France périphérique ni France de la diversité, la France de Johnny est celle d’une identité heureuse, mais cohérente et finalement rétive à la bien-pensance.

On ne s’étonnera pas de savoir que France Culture a boycotté Johnny pendant de nombreuses années. Il était bien l’icône silencieuse, discrète, mal assumée, d’une majorité qui résiste sans oser l’avouer en public à toutes les modes qu’aime véhiculer la radio publique.

Valeurs Halliday, valeurs de la France centrale

On retiendra l’étonnant éloge funèbre prononcé par Patrick Bruel à la fin de la cérémonie. Le chanteur à succès a évoqué sans vergogne la nouvelle Lamborghini de Johnny, sa vie à Los Angeles, son faste, sa fortune. La France qui s’était donné rendez-vous à la Madeleine n’était pas celle de l’égalité, de la lutte des classes, de l’insoumission. C’était plutôt une France réconciliée avec ses riches et ses réussites.

Là encore, on était loin du misérabilisme de la France périphérique, et de l’égalitarisme bien-pensant. La France qui assume les inégalités et les considère comme un élément constitutif de la société était sortie dans les rues.

Personne n’a d’ailleurs tiqué au fait que Johnny Halliday soit enterré à Saint-Barthélémy. Ce signe extérieur de richesse fait partie intégrante de la cérémonie. Quelques semaines après le scandale des « Paradise Papers », on mesure l’écart qui sépare la France des médias et la majorité du pays.

Halliday récupéré par les élites?

L’assistance qui a participé à la célébration religieuse avait de quoi laisser perplexe. François Hollande, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron: un trio de présidents encore vivants, sans compter les ministres et autres personnalités politiques, ont donné leur extrême onction à un chanteur populaire.

Le choc des cultures s’est produit. La mort de Johnny a brutalement recentré la vie politique française sur les fondamentaux d’une société présentée d’habitude comme déclinante et ringarde.

Ce faisant, on peut s’interroger sur la récupération à l’oeuvre. Les plus hautes autorités de ce pays n’avaient pas vraiment le choix: elles se devaient d’être là. Impossible de laisser échapper une telle ferveur populaire sans lui témoigner de la sympathie. Il eut été trop dangereux de laisser cette émotion là faire florès loin du pouvoir.

Là encore, la commémoration Halliday devrait inciter les Français « centraux » à réfléchir sur leur vrai poids dans la machine politique.

Le retour en grâce de l’église catholique

L’importance du rituel catholique n’a échappé à personne. La fidélité de Johnny Halliday à l’église a même été rappelée à plusieurs reprises. En direct sur TF1, et partout dans Paris, les louanges à Dieu ont retenti.

Beaucoup de Français avaient sans doute oublié ce qu’était un cérémonial catholique. Ils ont bénéficié d’une remise à niveau grandeur nature. On a même entendu des présentateurs de TF1 expliquer ce qu’était la symbolique du corps dans l’église.

Tiens! la France catholique, non celle de la ferveur extrême, mais celle de monsieur tout le monde comme avant, celle de l’identité profonde du pays, a eu droit de cité dans les médias. Elle était au centre de la cérémonie. Et soudain, la France de 2017 s’est retrouvée dans la France de 1960. Celle, sans doute, qui habitait encore Johnny le jour de sa mort.

Hommage à Johnny: quand la France se découvre majoritairement à droite

La ferveur Johnny qui se déchaîne en France prouve une évidence longtemps cachée: le pays est majoritairement à droite, y compris culturellement. Une leçon qui mériterait d’être longuement méditée.

Longtemps, l’intelligentsia a méprisé Johnny Hallyday. Il était le symbole de la culture populaire, celle des petites gens qui ne se sentent pas aliénés par leur condition, qui n’ont pas honte d’être des prolétaires.

Dans les schémas de la gauche dominante au sein de l’establishment, seule la conscience marxiste a droit de cité. Encore aujourd’hui. À ce titre, tout prolétaire qui n’entre pas en voie de rédomption par une adhésion plus ou moins directe à la lutte des classes est forcément suspect. En tout cas, il est digne de mépris. Il suffit de suivre la réaction mélenchonienne à la mort de Johnny pour le comprendre.

Avec sa syntaxe approximative et ses chansons sans engagement politique, Johnny est longtemps apparu comme le chantre honteux de ce petit peuple occulté par les médias subventionnés.

Les médias face à la culture populaire

Il faut écouter les explications coupées en quatre données sur France Inter pour expliquer le boycott dont le chanteur populaire a fait l’objet pendant sa carrière de la part du service public. On s’aperçoit aujourd’hui qu’un chanteur digne de funérailles nationales n’a tout simplement jamais été programmé sur une chaîne de radio financée par les citoyens.

On réentend ici forcément les propos de Patrick Cohen, alors présentateur de la matinale, justifiant le renvoi en dissidence de tous ceux que la gauche bien-pensante juge indigne de la vie démocratique. C’est bien à une fabrique de l’opinion que nous assistons. Au huilage d’une doxa sans aspérité et prête à consommer pour le Big Brother moderne.

Dans ce corpus de la docilité civile, un Johnny n’avait pas sa place.

Une droite majoritaire mais qui croit le contraire

Et soudain, à l’occasion de la mort de Johnny, on comprend que ce petit peuple de droite, attaché à sa liberté, son identité, son mode de vie, est majoritaire dans le pays. Contrairement au « story-telling » de l’intelligentsia parisienne, les Français sont plus nombreux à ne pas aimer la bien-pensance qu’à l’aimer.

Le problème tient aux élites de droite qui sont convaincues du contraire. Aucun parti de droite, en France, n’est conscient qu’il représente une majorité démographique et que l’hégémonie culturelle reste à sa portée.

D’où des querelles absurdes sur une multitude de sujets qui n’effraient que les élites parisiennes. Par exemple, sur le rôle de l’État, que les Républicains, Wauquiez compris, continuent à défendre alors qu’il existe une majorité de Français prêts à entendre qu’il faut le réduire. Par exemple sur les questions identitaires où beaucoup de Français appellent de leurs voeux à un retour aux valeurs traditionnelles et à des raisonnements simples à comprendre.

Le peuple de droite orphelin de ses partis politiques

Tout le sujet contemporain est là. La majorité du pays veut préserver un mode de vie libre, tolérant, mais qui assume son goût pour la liberté et la tolérance. Le tout État et le tout Vivre Ensemble sont minoritaires.

Pourtant, cette idéologie reste le point de référence des partis politiques (qu’ils soient pour ou contre d’ailleurs). Cette incongruité, ce décalage profond entre les aspirations du pays et la lecture qu’en donne la classe politique sont la clé majeure du malaise qui persiste dans l’opinion. Et l’explication première du naufrage libéral aujourd’hui.