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Auteur : Eric Verhaeghe

Les Gilets Jaunes, réaction à la Start-up Nation de Macron? Interview d’Éric Anceau

Éric Anceau et Henry Temple ont coordonné l’ouvrage « Qu’est-ce qu’une nation en Europe? ». Nous interviewons ici Éric Anceau sur ce sujet, et sur la réaction des Gilets Jaunes face à la Start-Up Nation d’Emmanuel Macron

Comme on l’entend dans les propos d’Éric Anceau, la question de la nation, de sa nature, de son contenu, se pose en France de longue date. Le discours d’Ernest Renan, un peu oublié depuis son prononcé en 1884, avait eu le mérite en son temps de donner un sens collectif à la nation sous la République.

Emmanuel Macron a tenté de lui donner un autre sens avec sa Start-Up Nation, aux contours flous, mais dont on pressent bien vers quoi elle conduit. Tout laisse à penser que le mouvement des Gilets Jaunes en exprime le rejet collectif.

Éric Anceau et son ouvrage collectif

On lira avec attention et intérêt l’ouvrage pluridisciplinaire d’Éric Anceau, qui intègre des contributions variées et segmentées selon différents champs d’étude. On retiendra notamment l’intervention de Jacques Sapir, connu pour ses penchants souverainistes.

Cet ouvrage est indispensable pour tous ceux qui veulent replacer la question de la nation dans son contexte contemporain.

L’OCDE enfonce le clou sur la pression fiscale en France

L’OCDE vient de publier ses statistiques annuelles sur la fiscalité dans ses États-Membres. Cette publication illustre fort à propos le ras-le-bol fiscal des Français et montre une fois de plus que la France bat des records dans le monde industrialisé.

La pression fiscale en France est désormais la plus élevée du monde industrialisée par rapport au PIB national. Ces chiffres au demeurant récemment corroborés par Eurostat donnent une vision éclairante de plus sur le malaise qui s’est emparé des Français cette année.

La sécurité sociale au coeur de la pression fiscale

On notera que la France bat, sur tous ces sujets, deux records très particuliers. Le premier porte sur la fiscalité du patrimoine, plus élevée en France que dans les pays anglo-saxons. Mais surtout, et c’est sans surprise, ce sont les cotisations de sécurité sociale qui, et de loin, sont les plus lourdes du monde industrialisé.

Ces cotisations atteignent désormais 16,8% du PIB, soit 2,6 points de plus que l’Allemagne. Encore l’étude oublie-t-elle de préciser que l’essentiel de ces cotisations est porté par les employeurs et non par les salariés ou les assurés.

On voit mal comment, dans les mois à venir, le poids des cotisations sociales dans la pression fiscale ne pourrait pas être débattu.

Avec les Gilets Jaunes, sommes-nous entrés dans une aventure politique incontrôlable?

Les annonces fiscales d’Édouard Philippe ce mardi n’ont pas apaisé, à ce stade, la colère des Gilets Jaunes. Une nouvelle manifestation violente est annoncée samedi à Paris. Au train où vont les événements, tout indique que la situation politique est devenue incontrôlable. Des revendications sociales pourraient coûter très cher aux employeurs, sans répondre à toutes les attentes exprimées par le mouvement de contestation. Au-delà, tout semble désormais possible…

Le gouvernement a tenté ce mardi d’éteindre l’incendie des Gilets Jaunes en annonçant un moratoire de six mois sur les hausses de taxes annoncées, et en promettant le gel des tarifs du gaz et de l’électricité. Pour l’instant, ce premier lâcher prise n’a pas convaincu les participants au mouvement, qui semblent bien décidés à en découdre samedi avec les forces de police.

Les Gilets Jaunes maintiennent la pression sur le gouvernement

Malgré les annonces du Premier Ministre, la mobilisation n’a pas faibli, bien au contraire, sur les réseaux sociaux. Les Gilets Jaunes préparent activement une manifestation samedi prochain dans Paris. Celle-ci est annoncée comme ultra-violente et pourrait ouvrir une crise politique majeure. On voit mal en effet quelles réponses le gouvernement pourrait raisonnablement apporter à un nouveau déferlement de violence qui vise sa légitimité elle-même.

Pour l’instant, l’exécutif tente de maintenir la cohésion dans les rangs de la police. Une prime est annoncée pour des forces de l’ordre épuisée par ces mouvements qui sévissent sur le territoire. Sur les réseaux sociaux, des images de CRS fraternisant avec les Gilets Jaunes dans des manifestations de province nourrissent le soupçon d’un vrai malaise du côté de « l’État ».

Rien n’exclut un mouvement tectonique majeur samedi…

L’exécutif a-t-il trop tardé à réagir?

Tout laisse à penser que l’annonce d’un moratoire sur les taxes aurait permis de désamorcer la crise avant le 17 novembre, ou alors juste après. Mais, trois semaines plus tard, après plusieurs interventions du Président affirmant qu’il ne cèderait rien et cherchant à gagner du temps (notamment par la promesse d’une grande concertation), le temps du moratoire semble passé.

En dépit des fortes attentes, le Président Macron est demeuré silencieux, et ce silence pèse lourd. Le Président, adulé par les médias et coqueluche des journaux people durant sa campagne (et durant quelques semaines après son élection), semble désarmé devant ce qui dépasse très largement de l’impopularité, et qui confine désormais à une forme de sédition. Ce vide du pouvoir promet le pire pour la suite du quinquennat. Il n’est en tout cas pas de nature à apaiser les esprits.

Les grandes réformes du quinquennat sont mortes

D’ores et déjà, et au vu des événements déjà survenus, on voit mal comment Emmanuel Macron pourrait réussir les grandes réformes qu’il avait mises en route. On pense particulièrement à la réforme des retraites, qui s’étendra sur plusieurs décennies et qui, à ce titre, suppose une forte légitimité du pouvoir qui la met en place. Cette réforme doit mécaniquement dégrader fortement le montant des pensions. Les revendications des Gilets Jaunes sur le pouvoir d’achat laissent peu d’espoir de voir cette réforme aboutir.

Quant à la réforme constitutionnelle voulue par le Président, et déjà en panne depuis l’été, ces jours sont probablement comptés. Un Président raisonnable ne peut qu’hésiter fortement à rallumer des étincelles en proposant des textes de ce genre, promis notamment à modifier l’état du droit en matière de protection sociale. Déjà en juillet l’introduction d’une loi de financement de la protection sociale élargissant le périmètre de la sécurité sociale avait été vécu avec beaucoup de défiance.

Une contagion à d’autres catégories?

Parallèlement à la préparation de la manifestation de samedi qui occupe les Gilets Jaunes, d’autres catégories de la population s’activent aujourd’hui. La France comptait deux cents lycées bloqués ce mardi. Les lycéens protestent contre les réformes de leur ministre. Les ambulanciers continuent leur mouvement contre l’article 80 de la loi de financement de la sécurité sociale. Les syndicats de transporteurs CGT et FO ont appelé à la grève à partir de dimanche.

Ces différentes annonces soulignent le caractère extrêmement risqué de l’ambiance générale dans le pays.

Le MEDEF jouera-t-il avec le feu?

Ce mardi matin, le président du MEDEF a publié une tribune négociant par avance le financement d’une plausible hausse du SMIC au moyen d’un coup de pouce imposé par les événements. Le MEDEF est l’un des seuls mouvements à soutenir le Président contre les Gilets Jaunes, ce qui paraît une posture bien hasardeuse.

Le risque est d’autant plus fort que ce mercredi le MEDEF devrait fixer son mandat de négociation dans le cadre de la convention de l’assurance chômage. Au menu, les représentants des patrons doivent bétonner les « paramètres » du régime dans la version nouvelle. Ces paramètres intègrent l’avenir du régime des intermittents du spectacle tel qu’il doit être proposé aux organisations de salariés dans une réunion à haut risque qui doit se tenir le 11 décembre.

Là encore, l’exécutif est en position de risque. L’étincelle d’un nouveau mouvement de contestation vole déjà dans l’air et il ne faudrait pas grand chose pour qu’elle enflamme les esprits…

Gilets Jaunes: le MEDEF va-t-il jeter des intermittents sur le feu?

Les partenaires sociaux se sont rencontrés hier pour discuter de la prochaine feuille de route en matière d’assurance-chômage. La question des intermittents du spectacle a occupé les discussions. Selon toute vraisemblance, le régime devrait être raboté à nouveau… un risque supplémentaire pour Emmanuel Macron dans des temps incertains.

intermittents

La troisième réunion de préparation de la négociation sur l’assurance chômage avait lieu le 28 novembre entre les partenaires sociaux. Elle a, de façon prévisible, débouché sur un échec. Les organisations syndicales n’étaient pas prêtes à signer la feuille de route concoctée par le patronat sur l’avenir du régime des intermittents du spectacle. Des policiers étaient d’ailleurs préventivement déployés devant la salle de négociation pour éviter toute manifestation dans les locaux où se déroulait la séance.

Les intermittents au coeur des discussions à venir

La feuille de cadrage proposée aux partenaires sociaux fixe assez clairement les éléments techniques qui devraient « envelopper » les discussions à venir.

D’une part, les annexes 8 et 10 de la précendente convention (de 2016), prévoyaient des économies minimales sur le régime de 106 millions d’euros. Selon les chiffres de l’UNEDIC (contestés par la CGT et son représentant Denis Gravouil), ces économies n’ont pas dépassé les 54 millions. Il faut donc, pour appliquer la convention de 2016 dans son esprit, durcir les conditions actuelles du régime.

D’autre part, le gouvernement demande aux partenaires sociaux de réduire le déficit du régime en baissant les dépenses d’au moins 1 milliard €. Assez logiquement, le régime des intermittents sera sollicité sur ce point.

Voilà donc deux bonnes raisons, en application des objectifs du pouvoir exécutif, de taper dans le dur d’un système dont les vertus solidaires sont contestées. Rappelons en effet que les conditions d’indemnisation des intermittents ressemblent plus à une subvention déguisée aux acteurs de la culture (et particulièrement aux « majors ») qu’à une indemnisation proprement dite.

Mauvaise conjonction astrale pour Emmanuel Macron

Le gouvernement a officiellement demandé aux partenaires sociaux cet été de boucler leur feuille de cadrage avant le 31 décembre 2018. Cette date télescope complètement et dangereusement le mouvement des Gilets Jaunes.

En effet, en application des volontés du gouvernement, les organisations patronales ont annoncé que la discussion sur les intermittents devait être cloturée le 11 décembre. Dans la pratique, tout indique que ni la CGT ni FO ne signeront un document qui débouchera sur une dégradation sensible du régime d’indemnisation.

Assez logiquement, les mouvements patronaux, MEDEF en tête, ont annoncé quel couperet tomberait si le document n’était pas signé le 11 décembre: les annexes disparaitraient, et le régome des intermittents serait fondu… au moins dans la masse des discussions générales.

Voilà un beau chiffon rouge que le gouvernement a expressément demandé aux partenaires sociaux d’agiter. Compte tenu de la forte réactivité des intermittents du spectacle… il pourrait bien regretter cette incursion jupitérienne dans un champ où, par tradition, les partenaires sociaux étaient plus autonomes jusqu’ici.

Les Gilets Jaunes expriment-ils un rejet de l’État-Providence?

Des Gilets Jaunes ont été reçus hier par le ministre de Rugy. Parmi les revendications qu’ils ont exprimées, on trouve la lutte contre l’assistanat, leit-motiv de leurs compères sur les routes de France. De là à soutenir que le mouvement des Gilets Jaunes incarne une résistance contemporaine à l’État-Providence qui prélève des impôts pour redistribuer les richesses, il n’y a qu’un pas…

Les médias subventionnés ont assez peu relevé cette étrangeté: un peu partout en France, les Gilets Jaunes dénoncent l’assistanat. Ce terme recouvre les pratiques d’un État-Providence qui lève l’impôt sur les salariés pour le redistribuer à ceux qui ne travaillent pas. Une bonne synthèse de ces revendications nous est livrée par Le Parisien du matin, qui évoque la cahier de doléances remis aux ministres hier.

Pour ce qui est des revendications, si la première semble tenir en une phrase – « revoir à la baisse toutes les taxes » -, la seconde vise à constituer une « assemblée citoyenne ». Celle-ci devrait se pencher sur toute une longue série de sujets : de l’interdiction du glyphosate, à la suppression du Sénat, en passant par une hausse du smic et des retraites, la baisse des charges patronales ou encore la diminution de l’assistanat et le rétablissement de l’ISF. Ces sujets devraient ensuite être « tranchés par voie de référendum ». Vaste programme !

On retrouvera dans les compte-rendus des barrages et mouvements locaux, dans la presse locale, des évocations du même ordre. Il faut baisser les taxes et arrêter de plumer ceux qui travaillent pour aider ceux qui ne travaillent pas.

Gilets Jaunes: ras-le-bol fiscal et rejet de l’État-Providence

Contrairement à une idée répandue (et colportée par les pouvoirs publics), les Gilets Jaunes ne demandent donc pas plus de service public, ni plus de protection. Au contraire, ils expriment plutôt un ras-le-bol de ces impôts qui servent à redistribuer leurs richesses au nom de la solidarité. Au fond, les Gilets Jaunes annoncent le trop-plein de solidarité en France et le nécessaire retour à une moindre pression fiscale.

Voilà qui ne manque pas d’intérêt: c’est l’excès d’État-Providence qui est au coeur du débat, et non ses faiblesses. Reste à comprendre pourquoi c’est le contraire qui est compris par les pouvoirs publics…

La redistribution au coeur des manifestations

In fine, c’est toute une logique fiscale qui est aujourd’hui menacée et remise en cause. La conception française de la fiscalité, très tournée vers la redistribution, qui justifie des prélèvements obligatoires qui approchent dangereusement des 50% de PIB, paraît en difficulté. Il faut dire que ce mouvement de redistribution tend, depuis les années 2000, à rincer fortement les ménages et à épuiser les classes moyennes.

Tout porte à croire que la logique de redistribution peinera de plus en plus à convaincre les Français. Ce mouvement est à retenir dans nos anticipations politiques. L’espérance de pouvoir financer de nouvelles politiques publiques ambitieuses paraît de plus en plus illusoire. Reste à savoir combien de temps la classe politique mettra à le comprendre.

Comment la majorité LREM a sèchement refusé de revaloriser normalement les prestations sociales

Les prestations sociales ne seront pas revalorisées en suivant l’inflation. Olivier Véran, médecin à l’hôpital de Grenoble et ancien député socialiste, devenu député LREM et rapporteur unique du PLFSS 2019 (faute d’être devenu ministre de la Santé), a sèchement déconstruit, par 60 amendements méthodiques, l’ensemble des apports du Sénat au PLFSS 2019. La méthode, par sa dureté, intrigue à un moment où la « verticalité » du gouvernement est sévèrement sécouée par les Gilets Jaunes.

Le député Véran a rappelé que la Commission Mixte Paritaire a buté sur trois points majeurs: le rétablissement des cotisations salariales pour le chômage, le report de l’âge de la retraité à 63 ans, et l’augmentation de la taxe de solidarité additionnelle pour les complémentaires santé. Ces trois sujets méritaient un bras de fer politique, et la majorité a pris ses responsabilités en revenant sur ces innovations contraires à la politique gouvernementale.

Pourquoi Olivier Véran a-t-il méthodiquement déconstruit l’apport du Sénat?

Ce qui pose problème, c’est l’extension du domaine de la contradiction portée par Olivier Véran. La réunion de la commission des Affaires Sociales le 21 novembre a ainsi donné le triste spectacle d’une ligne dure, inflexible, portée par le rapporteur général qui a semblé refuser par principe tout amendement non porté par le gouvernement.

Au fond, Olivier Véran a donné le spectacle de la politique à l’ancienne. On peut penser beaucoup de mal des amendements sénatoriaux (et nous ne nous sommes pas privés d’en dire). De là à balayer systématiquement tous les apports de celui-ci procède d’une vision dépassée de la politique qui participe aussi à la déception inspirée par Emmanuel Macron.

Un regret pour les femmes entrepreneuses

On regrettera tout particulièrement que le gouvernement n’ait pas retenu l’amendement de la sénatrice Deroche qui permettait aux entrepreneuses de percevoir leurs allocations maternité sans s’arrêter complètement de travailler. On le sait, pour les jeunes entrepreneuses, la cessation de travail durant le congé maternité est souvent compliquée. L’inflexibilité d’Olivier Véran sur une idée qui enrichissait la mesure portée initialement par l’Assemblée Nationale est tout à fait regrettable.

Prise de risque sur la revalorisation des prestations sociales

En conclusion de sa longue litanie, la majorité a validé comme un seul homme la désindexation de fait des prestations sociales. La mesure s’explique budgétairement. Dans le contexte où nous sommes, elle constitue une dangereuse prise de risque politique…

PLFSS 2019: la majorité En Marche rétablit le gel partiel des prestations sociales

Après l’échec de la Commission Mixte Paritaire (CMP) qui devait examiner les désaccords entre le Sénat et l’Assemblée Nationale sur le PLFSS 2019, le texte est revenu en lecture au Palais-Bourbon. Comme l’indique le Sénat, les désaccords n’étaient pas très nombreux, mais majeurs, notamment sur la revalorisation des prestations sociales et sur le recul de l’âge de la retraite. Le rapporteur général Olivier Véran a fait le ménage dans les innovations apportées par les sénateurs.

L’assemblée Nationale a pu rétablir le texte d’origine du PLFSS 2019. Voici la synthèse des différents amendementsque le rapporteur général Olivier Véran (Isère, praticien hospitalier) a fait adopter au pas de charge par les députés de la commission des affaires sociales le 21 novembre.

L’amendement sismique sur le contrôle URSSAF est supprimé

La commission a supprimé l’amendement adopté par le Sénat élargissant le périmètre des contrôles URSSAF en matière de contrat responsable au respect des obligations de branche. Le rapporteur a argué qu’il s’agissait d’une « mission sensiblement éloignée de leur cœur de métier. »

Rétablissement de la version initiale du TO-DE

Ce dispositif d’exonérations de cotisations pour les travailleurs saisonniers demandeurs d’emploi de l’agriculture fut vivement débattu à l’Assemblée Nationale. Le député Véran avait obtenu son maintien malgré Bercy. Les sénateurs avaient amélioré la mesure obtenue alors. Le député Véran a fait adopter le retour à sa propre version du dispositif.

Rétablissement des cotisations sociales pour les médecins en cumul emploi retraite dans les zones sous-denses

Le Sénat avait décidé d’exonérer de cotisations sociales les médecins retraités qui reprennent leur activité dans des déserts médicaux. Le député Véran a rétabli le principe des cotisations dans l’attente d’un réexamen du dispositif à l’issue d’un rapport attendu sur le sujet.

Rétablissement de la cotisation minimale vieillesse pour les professions libérales

Dans la foulée, la commission a rétabli la cotisation minimale vieillesse pour les professions libérales, supprimée par le Sénat. Le rapporteur a souligné que cette mesure concernait aussi les moniteurs de ski (profession qui affiche le plus faible revenu annuel parmi les « libéraux »).

Rétablissement du forfait social applicable aux sommes versées à des fonds d’actionnariat salarié

Sur ce point également, le rapporteur est revenu à la version initiale du texte.

Participation des organismes complémentaires santé au financement des nouveaux modes de rémunération

La commission est revenue à la version initiale du texte, qui limitait dans le temps la réforme du mode de participation des complémentaires santé.

Suppression de la majoration exceptionnelle de la TSA

La commission a supprimé cette innovation du Sénat imposant une majoration exceptionnelle de la Taxe de Solidarité Additionnelle des complémentaires santé pour équilibrer les comptes de la sécurité sociale.

Suppression des cotisations d’assurance-chômage

Sur ce point, Olivier Véran a déclaré: « C’est le deuxième point de divergence profonde qui explique que la commission mixte paritaire n’ait pas abouti : la majorité sénatoriale a réintroduit des cotisations d’assurance chômage que le Gouvernement avait décidé de supprimer pour augmenter le pouvoir d’achat des Français. La disposition adoptée par le Sénat consisterait, j’y insiste, à réintroduire une cotisation de 2,4 % pour tous les salariés sans aucune baisse de la CSG ni d’aucune autre cotisation en contrepartie. Ce qui contrevient clairement à l’objectif de hausse du pouvoir d’achat que s’est fixé le Gouvernement. »

Retour à la retraite à 62 ans

Sans surprise, la commission a supprimé l’amendement sénatorial repoussant l’âge de départ à la retraite à 63 ans.

Retour à « l’ajustement » des revalorisations des prestations sociales

La commission a également supprimé les amendements sénatoriaux rétablissant les conditions antérieures de revalorisation des prestations sociales. Pudiquement, Olivier Véran a déclaré: « Il s’agit de rétablir cet article sur la revalorisation différenciée dans la rédaction que nous avions adoptée en première lecture. »

Suppression de l’amendement Deroche sur le congé maternité des entrepreneuses

La commission a balayé l’amendement Deroche permettant aux entrepreneuses de percevoir les indemnités journalières de congé maternité sans s’arrêter complètement de travailler.

Le monopole de la MSA mis en cause devant les tribunaux par un berger des Pyrénées

Avec le soutien de la Confédération paysanne, un berger des Pyrénées « libéré » de la sécurité sociale assigne la MSA (Mutualité Sociale Agricole) qui lui réclame des arriérés colossaux. La cotisation minimale de 3.074€ annuels est au coeur du conflit, raconte la Dépêche.

En 2014, Mathieu Mauriès, chercheur de son état, décide de devenir berger dans les Pyrénées. Installé sans un euro, la MSA ne tarde pas à lui réclamer des cotisations minimales qu’il n’a pas les moyens de payer. Il décide de se « libérer » et de s’assurer auprès d’un courtier britannique. La MSA met alors en branle sa machine de guerre pour récupérer les sommes qu’elle estime due.

En l’état, la MSA réclame 27.000€ au berger, qui a agrandi son cheptel.

Le monopole de la MSA attaqué en justice

Après 7 convocations devant les tribunaux, le berger a décidé de contre-attaquer. Avec le soutien de la Confédération Paysanne, il assigne la MSA sur son monopole et sur le principe des cotisations minimales annuelles. Le berger annonce un recours devant les cours européennes.

On notera que la Dépêche a intégré dans son récit la « fake news » répétées à l’envi par les libérés selon laquelle la sécurité sociale devrait être soumise à la directive « assurance » de 1992. Jusqu’ici, cet argumentaire avait essentiellement visé l’ex-RSI devenu SSI.

Rappelons que le règlement de coordination de la sécurité sociale laisse chaque État membre décider de son modèle de protection sociale. La jurisprudence communautaire limite toutefois le principe d’un monopole public à ce qui est strictement nécessaire.

Les Français en excellente santé malgré leurs habitudes épicuriennes!

La Commission Européenne vient de publier Health at a Glance, le rapport sur l’état de santé des Européens en 2018 (en anglais, en attendant les rapports par pays en mai 2019). Le document témoigne de la persistance d’une authentique bonne santé des Français, malgré des modes de vie en décalage avec les recommandations officielles. La France bat toujours des records en matière de part de PIB consacrée à la santé.

Malgré une vraie prise de distance avec les recommandations sanitaires officielles, les Français affichent une insolente bonne santé. On ne pouvait apporter meilleure démonstration pour rappeler que le mode de vie s’embarrasse parfois peu des recommandations sanitaires.

L’épicurisme français mis en évidence par la Commission Européenne

La lecture de l’étude permet de découvrir que les Français ont en réalité peu adapté leur mode de vie aux prescriptions sanitaires battues et rebattues dans les medias et dans le prêt-à-penser officiel. Ainsi, les Français demeurent les champions de la consommation d’alcool en Europe, avec près de 12 litres par an.

On le voit, si les Français boivent moins que les Lituaniens, ils consomment plus d’alcool que les Irlandais, les Allemands, les Belges ou les Britanniques…Sur ce point, par rapport à 2006, les Irlandais ou les Estoniens ont beaucoup plus réduit leur consommation que les Français. On pourrait presque ici parler d’une résistance d’un modèle français aux politiques publiques désincitant à boire de l’alcool.

En matière de consommation de cannabis, les jeunes Français battent des records européens. En revanche, en matière de toxicomanie, la consommation française, en baisse, est un peu supérieure à la moyenne européenne. 20% des Européens fument chaque jour, contre 22% de Français. Sur ce dernier point, les politiques publiques ont marqué des points.

Insolente excellente santé des Français malgré tout

Malgré ces mauvais chiffres, la France continue à afficher des chiffres insolents témoignant de la bonne santé de ses habitants. Non seulement les chiffres de l’espérance de vie restent dans les meilleurs de l’Union, avec une prmeière place pour l’espérance de vie à 65 ans, mais tous les autres indicateurs sanitaires sont au beau fixe. C’est à peine si le nombre de cancers en France se rapproche un peu de la moyenne européenne (tout en étant meilleurs, plaçant la France dans le peloton de tête).

Le graphique que nous produisons ci-dessus atteste que, pour 100.000 habitants, la France est le pays où l’on meurt le moins de maladie. Elle est particulièrement épargnée par les maladies circulatoires et les maladies respiratoires. Ces particularités sont particulièrement étonnantes si l’on s’attarde sur la consommation d’alcool et si l’on retient que la tabagie reste un phénomène important.

De quoi remettre en cause l’alarmisme habituel du pays sur son propre état de santé, et l’alarmisme des campagnes publiques sur les dangers sanitaires qui nous guettent.

Retailleau et les Républicains, meilleurs amis du monopole public et des charges sur les entreprises

Au Sénat, les Républicains, soutenus par Bruno Retailleau à l’Assemblée Nationale, se sont livrés à une large démonstration d’hostilité à la fiscalisation de la sécurité sociale. Cette politique est pourtant la seule qui permette de diminuer le fardeau que les entreprises françaises portent en matière de cotisations sociales. Rappelons que le différentiel avec les entreprises allemandes est d’environ du simple au double. Plus généralement, les Républicains souhaitent un statu quo du monopole public en matière de protection sociale, à rebours des propositions de François Fillon durant les élections présidentielles.

On se souvient de la polémique que François Fillon avait suscitée en son temps en prônant le « recentrage » de l’assurance maladie sur le gros risque… Deux ans plus tard, les Républicains ont définitivement tourné la page de cet épisode, et proposent désormais l’exact contraire de ce qu’ils soutenaient jusqu’ici. Ce revirement complet illustre une façon de faire de la politique qui n’est selon nous pas près de leur porter chance, ni de les ramener durablement au pouvoir.

Bruno Retailleau et ses étranges déclarations

On reviendra par exemple sur les récentes déclarations de l’un des principaux lieutenants de François Fillon en 2017, Bruno Retailleau. Pour la chaîne Sénat, il a affirmé:

« Les Français sont attachés à la Sécurité sociale. Les gaullistes, les communistes avaient fondé ce pacte social et national au sortir de la guerre. On est en train de sortir de ce modèle, sans dire aux Français qu’on en sort » (…) « on voit bien que la part des impôts devient de plus en plus importante, par rapport aux cotisations. » (…) « Il y a un modèle qui se rapproche du modèle anglo-saxon : on a un filet de sécurité pour les plus pauvres, c’est-à-dire qu’on augmente les minima sociaux. Et les autres se débrouillent. On désindexe les retraites, les prestations familiales. C’est une atteinte au principe d’universalité qui veut que chacun cotise en fonction de ses moyens, de ce qu’il gagne, mais tous reçoivent une prestation équivalente. Ce principe est écorné. On se dirige progressivement vers un modèle à l’anglo-saxonne, qui n’est pas le modèle français »

Cette charge virulente contre les timides réformes engagées par Emmanuel Macron laisse songeur. Retailleau manie ici trois arguments contraires au programme de 2017.

Le premier consiste à vouloir sanctuariser un modèle prétendument inventé en 1945, comme s’il s’agissait d’une relique du général De Gaulle. Or, la sécurité sociale de 1945 ne prenait guère en charge que 20% des dépenses de santé à cette époque, contre 75% environ aujourd’hui. L’invention du reste à charge zéro en optique et en soins dentaires accentue cette tendance. La critique adressée par Retailleau, digne de la CGT, ne repose donc sur aucune donnée raisonnable.

Le deuxième argument consiste à critique la fiscalisation de la sécurité sociale. En creux, Bruno Retailleau préfère donc maintenir le système actuel, fondé sur des cotisations largement payées par les entreprises. On sait que cette pression socio-fiscale nuit gravement à la compétitivité des entreprises françaises. Les Républicains avouent ici qu’ils n’ont cure de ce sujet… Instructif!

Le troisième argument consiste à prétendre que le système français connaîtrait une évolution « beveridgienne », c’est-à-dire un glissement vers un système de solidarité, au détriment d’une logique d’assurance. Mais c’est précisément ce qu’il faut faire: réserver le monopole public aux plus pauvres, et laisser les classes moyennes choisir l’assureur qui leur convient le mieux. Les Républicains semblent ici préférer le maintien d’un monopole public.

Les Républicains, meilleurs ennemis de la compétitivité de nos entreprises

Une fois de plus, les Républicains sont donc pris la main dans le sac du monopole public et du déclin français. Visiblement, le rétablissement de la compétitivité des entreprises n’est pas leur sujet, et leur visée politique se limite à un immense immobilisme, au nom d’un âge d’or gaulliste totalement fantasmé.

Rappelons ici que, l’année où De Gaulle a quitté le pouvoir, la protection sociale, assurance chômage comprise, représentait moins de 18% du PIB. En 2018, elle flirte avec les 34%. Soutenir que toute mesure en faveur d’un rééquilibrage du système équivaut à une remise en cause de l’héritage du CNR est un argument qu’on attend dans la bouche des syndicalistes contestataires.

Venant des Républicains, cette ligne laisse pantois…