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Auteur : Eric Verhaeghe

La liste des cabinets ministériels complète au 21 mai

Les cabinets ministériels se remplissent peu à peu. Ils donnent une bonne image de ce que sera la réalité d’un gouvernement peut-être éphémère. En voici la liste complète:

On y remarquera quelques curiosités. En particulier, beaucoup de conseillers ont déjà exercé en cabinet ministériel… notamment à droite. On peut même dire que le cabinet Raffarin de 2002 a servi de véritable pépinière pour les cabinets actuels. Il faudra donc suivre dans la durée l’évolution de cette tendance, qui peut être interprétée de deux façons différentes.

Une première façon consiste à imaginer qu’il existe une tension politique interne au sein du gouvernement entre droite et gauche. Une seconde consiste à supputer qu’en réalité droite et gauche n’ont pas grand sens au sein de la technostructure qui accède aux responsabilités. Le gouvernement Philippe réalise la grande fusion technocratique qui entreprend de gouverner le pays.

Les cabinets ministériels doublés par une équipe à l’Élysée

Pour encadrer cet ensemble, l’Élysée devrait se doter d’une équipe renforcée qui elle-même dispose d’un « passé » et d’une connaissance technique des dossiers. En particulier, on signale la probable nomination de Pierre-André Imbert, ancien directeur de cabinet de Myriam El-Khomri, et ancien directeur général du cabinet Alixio, fondé par Raymond Soubie, comme conseiller social de l’Élysée.

La boucle serait ainsi bouclée. Raymond Soubie avait été conseiller social de Nicolas Sarkozy. L’un de ses poulains devient conseiller social d’Emmanuel Macron. Au-delà des alternances, la technostructure assure la continuité des grandes politiques sociales en France.

Les cabinets ministériels, ce shadow cabinet qui ne dit pas son nom

Article écrit pour Atlantico

Les cabinets ministériels sont devenus, au fil du temps, sous la Vè République, de véritables shadow cabinets, au sens propre du terme. Autrement dit, derrière les apparences respectables et légitimes offertes par les ministres, les décisions techniques sont très souvent prises par les directeurs de cabinet ou les conseillers qui tendent à se substituer aux administrations et aux ministres pour réglementer ou légiférer.

Ce gouvernement de l’ombre obéit d’ailleurs à un formalisme relatif, avec ses réunions interministérielles et son réseau de conseillers qui fonctionnent souvent avec une relative coordination.

En nommant des ministres sans expérience ou issus de la société civile, Emmanuel Macron a bien senti le danger : face à des personnalités démunies devant l’extrême technicité des dossiers, la technostructure se régale et tend à prendre le pouvoir. Pour répondre au danger, les ministres ont souvent la tentation de recruter des cabinets pléthoriques, qui ne font qu’aggraver le mal, en coupant définitivement le ministre de la réalité concrète des services dont il a la charge.

Les premiers jours du quinquennat méritent ici d’être regardés de près, tant ils illustrent la croisée des chemins où se trouve le projet de « renouvellement jusqu’au bout » annoncé par Emmanuel Macron.

Macron tente d’éviter les dérives par un décret présidentiel inédit

On saluera l’innovation d’Emmanuel Macron pour éviter les dérives des shadow cabinets. Il s’est fendu aujourd’hui d’un décret présidentiel pour encadrer le fonctionnement de ceux-ci. C’est la première fois qu’un gouvernement doit obéir à un décret présidentiel sur le sujet. Traditionnellement, les règles sont fixées par une circulaire du Premier Ministre.

Le décret Macron limite à dix conseillers le volume d’un cabinet ministériel, et précise les règles de transparence inédites qui s’appliquent à l’exercice:

Cet arrêté, publié au Journal officiel, précise les titres des personnes concernées et l’emploi auquel elles sont appelées au sein du cabinet. Nul ne peut exercer des tâches au sein d’un cabinet ministériel s’il ne figure sur cet arrêté.

On suivra dans la durée l’application de ce texte. Une spécialité des gouvernements consiste en effet à sombrer rapidement dans une inflation des conseillers et dans le recrutement de « clandestins » qui, officiellement, appartiennent aux services ordinaires mais sont en réalité affectés auprès du ministre. Il faudra voir si, dans quelques mois, face à la charge de travail, le gouvernement Philippe ne retombe pas dans les travers habituels des équipes précédentes.

Une curieuse cartographie des directeurs de cabinet

Face à ces tentations, les cabinets risquent de ne pas résister longtemps. Ce qu’on sait d’eux aujourd’hui est déjà très significatif d’une tendance contre laquelle le Premier Ministre devra lutter, puisque le décret Macron confie à celui-ci le soin d’en assurer le respect. Ici, la situation ne manque pas d’être croustillante.

À Matignon, Édouard Philippe a choisi un directeur de cabinet qui appartient à la même promotion ENA que lui, et qui, en 2002, fut conseiller technique de Raffarin à Matignon. À Bercy, Bruno Le Maire a également choisi un énarque, Emmanuel Moulin, pour diriger son cabinet. L’intéressé fut également en cabinet sous Sarkozy, dont il fut d’ailleurs le conseiller économique. Gérald Darmanin a pour sa part retenu Jérôme Fournel, en son temps conseiller budgétaire de Luc Ferry alors ministre de l’Éducation. Nicolas Hulot a quant à lui retenu Michèle Pappalardo, conseillère à la Cour des Comptes… et ancienne des cabinets Barnier et Bachelot.

On le voit, les principaux cabinets du gouvernement sont à ce stade tenus par des conseillers de droite. On comprend que, pour le Président, il existe un enjeu de fait à recentrer l’action des ministres au sein de leur département ministériel. Il ne faudrait pas que les cabinets reconstituent une ligue de droit dissoute et biaise les options politiques du gouvernement.

Repenser le statut des membres de cabinet

Sur le fond, il reste un tabou essentiel autour des cabinets ministériels: ils sont les principaux vecteurs d’une regrettable politisation de la fonction publique. Jusqu’ici, le passage en cabinet s’est en effet imposé comme le préalable à toute nomination comme directeur d’administration centrale (ceux-là même que Macron veut soumettre à un salutaire mais encore timide spoil system).

Or, l’un des vices de l’État, et l’une des raisons de sa profonde obsolescence, tient à l’esprit de cour qui accompagne la politisation de la haute fonction publique, à cause de laquelle des personnalités parfois médiocres ont accaparé les postes grâce à leur servilité au pouvoir. C’est ce mal-là qu’il faut combattre, et ce n’est pas une mince affaire.

Pour y parvenir, le Président de la République aurait pu prendre des mesures plus novatrices. Par exemple, le bon sens voudrait qu’un fonctionnaire soit obligé de se mettre en disponibilité lorsqu’il rejoint un cabinet ministériel. Il devrait être clair, dès son arrivée, qu’il lui sera interdit de tenir le moindre poste de directeur dans l’administration qu’il a dirigée auprès du ministre. Ces mesures techniques permettraient d’enrayer la politisation des administrations.

On n’en est pas là. Mais déjà, si Emmanuel Macron parvient à mettre effectivement en oeuvre son décret, on pourra s’en féliciter. même si ce décret est un début, et non une fin.

Exclu: la HATVP n’a pas encore vérifié les dossiers fiscaux des ministres

Lundi, l’Élysée a prétexté une obligation de vérifier avec la HATVP (Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique) les déclarations fiscales des presque ministres pour justifier un report au mercredi de la nomination du gouvernement. Personne n’a évidemment été dupe de l’argument, qui cachait des tractations interminables en coulisses sur la composition finale de la liste des bienheureux.

Une photo consultée par nos soins permet de nourrir les doutes sur les raisons invoquées lundi.

Comme indiqué sur le document, le dossier fiscal de Muriel Pénicaud n’a été extrait pour consultation que le 17 mai… c’est-à-dire mercredi. Il paraît dans ces conditions assez peu crédible que la HATVP ait procédé à une vérification fiscale de l’intéressée le lundi ou le mardi.

La HATVP a-t-elle réellement vérifié les dossiers

Au demeurant, en regardant ce petit reportage, le doute est encore plus grand. Il montre que, manifestement, Marlène Schiappa n’a pas dû fournir de déclaration sur son patrimoine avant sa nomination. En tout cas, elle n’a pas jugé utile de le préciser à la presse. Tout laisse donc à penser que la HATVP n’a pas examiné la situation de tous les ministres avant leur nomination.

Ce n’est pas très grave en soi, mais cela confirme la difficulté qu’Édouard Philippe a eue de constituer son gouvernement.

 

Pourquoi Schaüble ne vote pas Macron les yeux fermés

Article écrit pour Atlantico.

Au coeur de la présidence à venir, la capacité d’Emmanuel Macron à convaincre l’ordo-libéral Schaüble de réformer les traités sera essentielle. La refondation de l’Europe constitue l’une des pierres angulaires des projets macroniens. Pour beaucoup d’observateurs français (et selon les déclarations mêmes d’Édouard Philippe et de quelques autres), le nouveau gouvernement est libéral, ce qui devrait suffire à convaincre nos homologues allemands du bien-fondé de la politique qui s’engage. Mais, dans une interview au Spiegel, le Dr Schaüble a exprimé des réticences, jugeant par exemple irréaliste l’idée de Macron (mais largement défendue à gauche) d’un ministre européen des Finances.

Il n’est donc pas inutile de mesurer la différence entre l’auto-proclamation libérale du gouvernement Macron et l’approche ordo-libérale du Dr Schaüble.

Ce qu’est le libéralisme pour le Dr Schaüble

Pour comprendre la position allemande vis-à-vis d’Emmanuel Macron, il faut se référer à la notion mal connue en France d’ordo-libéralisme, très différente du libéralisme tel que nous le comprenons. Pour beaucoup de Français, le libéralisme n’est pas incompatible avec une présence forte de l’État, ni avec un déficit public important. Il n’en va pas de même en Allemagne.

La notion d’ordo-libéralisme telle qu’elle est pratiquée par Wolfgang Schaüble repose sur des idées très différentes. En particulier, l’État ordo-libéral est beaucoup moins dépensier que l’État en France. Il s’interdit le recours au déficit, et il repose sur une inflation maintenue à un niveau faible par une banque centrale indépendante. Sur ce point, les dispositions prévues par les traités de l’Union en sont une assez bonne incarnation.

C’est d’ailleurs pourquoi les Allemands ne sautent pas de joie à l’idée d’une intégration européenne plus poussée. D’un point de vue ordo-libéral, l’Europe telle qu’elle existe suffit: une banque centrale indépendante, une inflation à 2% et des critères budgétaires dits de stabilité résument à la perfection l’espace utile réservé à l’État. Nul n’est donc besoin d’en rajouter en créant de nouvelles zones d’intégration.

On ne sera donc pas surpris que Schaüble considère comme irréaliste l’idée macronienne d’un ministre européen des finances. Dans l’esprit ordo-libéral, cette idée est même dangereuse dans la mesure où elle laisse entendre qu’il y aurait besoin, en Europe, d’une politique budgétaire plus interventionniste que la simple recherche de l’équilibre budgétaire.

En quoi Macron n’est pas ordo-libéral

En réalité, contrairement à ce qu’Édouard Philippe déclare, ni Macron ni son gouvernement ne sont et ne seront libéraux.

Certes, certains aspects de la politique annoncée recouvre les attentes des ordo-libéraux. C’est le cas des ordonnances sur le marché du travail, dont Schaüble ne cache pas qu’elles sont un préalable urgent à toute prise en compte des revendications françaises dans la « refondation de l’Europe ». Sur ce point, on peut même considérer qu’elles sont une sorte de devoir d’été imposé par les partenaires européens de la France.

Mais au-delà de ce pré-requis, Emmanuel Macron ne propose aucune réforme de structure qui l’identifierait comme ordo-libéral. En particulier, dans le domaine de la fiscalité, Emmanuel Macron n’a annoncé aucune mesure forte de baisse des prélèvements pour les particuliers qui supposerait de réexaminer sur le fond la portée des politiques publiques.

Macron ne touchera qu’à la marge le coût de la protection sociale

Là où le quinquennat Macron différera le plus (ou le mieux) de l’ordo-libéralisme, c’est dans le domaine de la protection sociale. Les contributions obligatoires à celle-ci, en France, coûtent aujourd’hui 34% du PIB. Elles font de la France la championne des dépenses sociales dans le monde industrialisé. Ce record est double: c’est aussi en France que les cotisations pesant sur les employeurs pour financer la protection sociale sont les plus élevées.

Sur ces points, Emmanuel Macron propose une mesure intéressante: la fiscalisation d’une partie des recettes. Concrètement, le projet consiste à transformer une partie des cotisations en contribution sociale généralisée.

Cette mesure est partiellement ordo-libérale, dans la mesure où elle vise à faire payer aux assurés le coût de leur protection, ce qui n’est pas le cas dans le système actuel. Aujourd’hui, en effet, ce sont les employeurs qui financent encore largement la santé de tous les Français, y compris ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise. En sollicitant le contribution sociale généralisée au lieu de la cotisation, cette absurdité est en partie corrigée.

Mais en partie seulement! car Macron n’a ni l’intention de diminuer les cotisations patronales, ni l’intention de diminuer le poids global de la protection sociale obligatoire et monopolistique dans le PIB. Il a même l’intention de faire le contraire, puisqu’il projette d’étatiser l’assurance chômage et d’en étendre le champ à des catégories non concernées aujourd’hui.

L’objectif d’Emmanuel Macron ne consiste donc pas à diminuer le poids des prélèvements, mais, à de nombreux égards, il en augmentera le volume global. Et, en violation des principes ordo-libéraux, il étendra le champ de l’intervention publique et monopolistique dans des domaines où le marché privé existe.

Schaüble face à Macron

C’est donc un profond contresens d’imaginer que le quinquennat Macron sera libéral. En réalité, il sera étatiste et technocratique. Ces caractéristiques mettent la doctrine française (au demeurant tout à fait traditionnelle et dans la continuité des politiques menées depuis trente ans) en opposition frontale à l’approche d’un Schaüble en Allemagne.

On prend peu de risque à pronostiquer qu’Angela Merkel, vraisemblablement réélue en septembre, ne bougera pas le petit doigt pour modifier le moindre traité à la demande de la France, tant que notre doctrine sera celle d’un étatisme en expansion permanente.

Quel sera l’impact du gouvernement Philippe sur la sécurité sociale? par Éric Verhaeghe

Le gouvernement Philippe présente un paradoxe majeur. D’un côté, le programme d’Emmanuel Macron ne manque pas d’ambitions sur la sécurité sociale: fiscalisation des recettes, réforme systémique des retraites, remise en cause du paritarisme de gestion. D’un autre côté, la sécurité sociale est la grande absente du gouvernement. La ministre de la Santé est une médecin qui semble peu experte du sujet, et tout laisse à penser que la direction de la sécurité sociale sera rattachée au ministère du Budget tenu par Gérald Darmanin, qui n’y connaît pas plus…

Quelques pistes permettent de mieux comprendre ce paradoxe…

Vers une étatisation de fait de la sécurité sociale

L’information est passée à peu près inaperçue, mais elle est pourtant essentielle pour comprendre la suite des événements en matière de protection sociale: quand Emmanuel Macron a choisi Édouard Philippe comme Premier Ministre, il a voulu lui imposer Nicolas Revel comme directeur de cabinet. Revel est bien connu des initiés: il est directeur général de la caisse nationale d’assurance maladie. À ce titre, il est l’homme-clé du budget des remboursements santé en France, l’homme qui négocie avec les syndicats de médecins les objectifs de dépense, l’homme qui est supposé maîtriser la variable la plus fluctuante du budget de la sécurité sociale.

Sur les conseils d’Alain Juppé, Édouard Philippe a refusé qu’un homme du président gère son cabinet. Il a préféré un camarade de promotion de l’ENA, Benoît Ribadeau-Dumas, conseiller d’État passé dans le privé (Zodiac Aerospace, ce qui, pour le coup, est un vrai « passage », très différent des postes de lobbyistes comme celui que le Premier Ministre a occupé chez Areva).

De ce fait, la position de Nicolas Revel est devenue un peu bâtarde. Tout le monde sait désormais qu’il est susceptible de quitter son poste. Dans l’hypothèse où il ne le quitterait pas, le message serait clair: le budget de la sécurité sociale se négocie au sein même de l’assurance-maladie. Un maintien en fonction affermirait donc le pouvoir de la technostructure étatique sur la sécurité sociale. Il correspondrait à une étatisation de fait du site, à son absorption dans l’administration.

On voit mal en effet comment une médecin peu impliquée jusqu’ici dans la logique financière de cette machine complexe qu’est la sécurité sociale pourrait « faire le poids » face à cette forte personnalité qu’est Nicolas Revel, rôdé à l’exercice et investi, de notoriété publique, de la confiance du Président. Selon toute vraisemblance, l’ère qui s’ouvre est donc celle de la prise de possession assumée de la sécurité sociale par l’énarchie.

Le pilotage effectif de la réforme des retraites

Parallèlement, Emmanuel Macron a annoncé une réforme systémique des retraites. C’est un sujet compliqué, technique, mais aussi sensible et très politique. Pour le coup, la ministre de la Santé paraît sur ce sujet complètement hors course. Le plus vraisemblable est donc que la réforme soit pilotée par la direction de la sécurité sociale, dont on pressent qu’elle sera rattachée au ministère des Comptes Publics.

On vérifiera dans les semaines à venir si Thomas Fatome, actuellement directeur de la sécurité sociale, est maintenu ou non en poste. Il avait été nommé par la droite (après avoir dirigé le cabinet de Laurent Wauquiez) et maintenu en poste par la gauche. L’intéressé peut donc paraître ancien sur le poste, mais, jusqu’ici, il n’a jamais remis en cause le credo énarchique habituel sur la sécurité sociale.

Là encore, face au poids de la technostructure, on a du mal à imaginer que Gérald Darmanin fasse le poids. Le nouveau ministre devra se consacrer cet été aux arbitrages compliqués de la loi de finances 2018. La charge que représente ce cycle budgétaire laisse peu de place aux autres dossiers.

Tout porte à croire, donc, que la réforme des retraites sera là encore portée par l’Élysée et par l’administration, sans intervention forte des ministres.

La continuité énarchique dans la sécurité sociale

Sur le fond, tout concourt donc à laisser penser qu’une réforme profonde de la sécurité sociale se dessine en creux: celle de l’appropriation de cette machinerie lourde par la technostructure d’État. Rappelons que la sécurité sociale n’a existé que par ordonnances (celles de 45, puis celles d’Alain Juppé, puis celles qui ont créé le RSI en 2005). Emmanuel Macron prépare l’intégration définitive de cet animal bizarre aux services de l’État. Plus que jamais, les assurés y seront minorés.

Emmanuel Macron sera-t-il le vrai ministre du Budget du gouvernement Philippe?

Dans le nouveau gouvernement Philippe, il existe une anomalie autour du budget. Officiellement, la règle est celle du recrutement de gens compétents. Or, il existe un domaine qui fait exception à cette règle: les comptes publics.

Macron affaiblit les pare-feux budgétaires

Au ministère du Budget, libellé sous l’appellation Action et Comptes Publics, Emmanuel Macron a retenu Gérald Darmanin, ministre pour la première fois et… juriste de son état. Il pourra difficilement se prévaloir d’une connaissance approfondie des mécanismes budgétaires.

Il bénéficie d’un ministère de plein exercice. Il ne sera donc pas placé sous l’autorité de Bruno Lemaire, qui n’est pas plus expert que lui dans le domaine budgétaire.

Du côté de la sécurité sociale, la situation sera pire. La ministre de la Santé, qui chapeaute aujourd’hui la direction de la sécurité sociale, est médecin et n’a aucune expérience de l’aspect budgétaire de la protection sociale.

Techniquement, donc, le dispositif Macron paraît très fragile.

Une centralisation à l’Élysée?

Le plus probable, donc, si Emmanuel Macron veut assurer la maîtrise des comptes publics comme nos partenaires européens l’attendent, est qu’il recentre le processus budgétaire à l’Élysée et qu’il soit le vrai ministre du budget. C’est la meilleure façon non seulement d’éviter les mauvaises surprises, mais de parer toute tentation du Premier Ministre de s’émanciper des arbitrages présidentiels par le resserrage des cordons de la bourse.

Dans la composition du gouvernement se dessine donc une hyperprésidence où les ministres n’auront que très peu de marges de manoeuvre.

Emmanuel Macron marche-t-il vraiment sur les eaux?

Il y a quelques mois, un ami, président de tribunal administratif m’enjoignait de rejoindre Macron, car « il est christique, il marche sur les eaux ». La phrase m’est longtemps restée à l’esprit, car elle illustre parfaitement l’étrangeté dans laquelle vit la France aujourd’hui: les élites du pays sont tout entières hypnotisées par la saga d’une accession soudaine au pouvoir. Les garants traditionnels de l’esprit des Lumières, ceux dont la responsabilité, dans la société, est d’éclairer, ont soudain abdiquer tout esprit critique pour suivre un chef. Le phénomène est stupéfiant.

Marcher sur les eaux ou abandonner toute lucidité?

Sur le fond, je comprends tout à fait que les gens suivent Emmanuel Macron. L’intéressé a réussi un très beau pari, et il a su se donner les moyens de sa réussite. Il est porteur de projets qui ont tous un intérêt manifeste, comme celui de renouveler en profondeur les visages des décideurs.

Mais le fond du problème n’est pas là. Il est plutôt dans cette macrolâtrie qui s’est imposée façon manipulation des foules selon Gustave Lebon. Il ne suffit pas de dire qu’on n’a rien contre Macron, il ne suffit même pas de dire que l’on approuve son programme, il faut désormais dire qu’on l’aime, qu’on l’adule, qu’on tremble d’amour sans limite pour lui. Cette perception émotionnelle de la politique n’est pas celle de la ménagère de cinquante ans abrutie par les publicités de TF1, c’est celle des élites parisiennes qui enjoignent à toutes et tous d’adhérer sans nuance à un programme sous peine de tomber dans la catégorie suspecte des suppôts lepénistes.

Recevoir des doses de Macron sous hypnose permanente

J’étais par exemple hier soir sur le plateau de Valérie Expert, sur Sud Radio, et j’écoutais le sympathique Sylvain Maillard, candidat aux législatives dans le centre de Paris. Ce chef d’entreprise est aussi élu UDI dans le IXè arrondissement. À la question basique, qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux: « Macron ne s’entoure-t-il pas de trop d’énarques? », la réponse de l’intéressé m’a arraché les bras. Au nom du renouvellement et de la compétence, il paraît que c’est justement la meilleure façon de lutter contre la consanguinité des décideurs publics.

Mais enfin, s’il y a bien un lieu de consanguinité, aujourd’hui, c’est l’énarchie. Si des élites sont bloquées et d’une compétence très discutable, ce sont les énarques.

Et voici des Français responsables, investis par des partis, qui, il y a un an, regrettaient l’excès d’énarques dans la vie politique et aux postes à responsabilité, faire subitement l’éloge de ce qu’ils détestaient hier. Nous voici placés sous hypnose.

Vers les sorcières de Salem

Que la noblesse parisienne obéissent à des modes futiles et à des émotions sans profondeur n’est pas nouveau. Ce qui pose problème, c’est que ces gens prêts à stigmatiser, à bannir pour un caprice, soient aujourd’hui pris dans un engouement sans discernement raisonnable pour un chef. C’est ainsi que commencent toutes les dictatures. Je ne dis pas que ce cas de figure se prépare en France, mais il est évident que le climat du débat politique aujourd’hui est allé trop loin dans l’aveuglement émotionnel et qu’il est urgent de revenir à un peu de raison.

En tout cas, plus que jamais, je comprends pourquoi je fais au jour le jour si peu de concessions à la tyrannie du temps. Elle est tout simplement suicidaire pour le pays, avec ses frivolités dénuées de tout intérêt général.

Fustec (CGT): “Il y a un risque de débordement par la base”

Stéphane Fustec, secrétaire fédéral de la CGT Commerce, Distribution, Services, a reçu D&E pour faire le point du climat dans les 140 branches professionnelles que couvre son syndicat. Celles-ci sont relativement centrales dans l’horizon social actuel, puisqu’elles ont subi l’impact de la loi Macron sur le travail du dimanche.

Stéphane Fustec au coeur des batailles sociales d’aujourd’hui

Stéphane Fustec vient, au passage, de remporter une très belle victoire au Conseil d’État en obtenant l’annulation d’une partie de l’arrêté d’extension de la convention collective dans la branche mal connue mais sensible des entreprises privées des services à la personne. Cette branche concentre notamment les nouvelles formes d’emplois (comme les livreurs à vélo) et se situe aux premières loges de l’ubérisation.

La position de la CGT Services illustre de façon intéressante l’évolution du capitalisme contemporain, dans la mesure où elle fait face aux nouveaux statuts (par exemple celui d’auto-entrepreneurs, dont elle vient d’accepter la syndicalisation) qui bouleverse les formes d’emploi traditionnelles. Il faudra suivre avec attention dans les prochaines années les métamorphoses qui affecteront ces secteurs, souvent marqués par une très forte précarité.

 

 

Il faudra suivre avec attention l’évolution de la base ces prochaines semaines. Rien n’exclut en effet un mouvement social compliqué à gérer dans le contexte des ordonnances que le gouvernement s’apprête à faire passer.

Ce que le dossier GM&S dit des élites françaises et du libre-échange

En Creuse, dans l’obscure ville de La Souterraine, l’usine GM&S devrait fermer. L’affaire mérite qu’on s’y attarde, car elle illustre parfaitement les mutations profondes du capitalisme français depuis 50 ans et l’étonnante surdité des élites françaises face à ses impacts sociaux et géographiques.

GM&S, ou l’histoire du capitalisme français depuis les années 60

L’usine GM&S n’est pas née d’hier. Elle date même de 1962. À cette époque c’est la SOCOMEC qui installe une ligne de production de jouets électriques à La Souterraine. Voilà qui relève presque de l’archéologie industrielle française. La SOCOMEC se veut à l’époque une entreprise modèle, de taille moyenne, au capital français et à l’activité circonscrite au territoire national.

Sa propriétaire, la Société des Ateliers de Constructions Électromécaniques du Bas-Rhin, est née en 1922 sous la conduite de Joseph Siat. Elle compte 60 salariés en 1948 et s’enorgueillit de lancer le premier comité d’entreprise de France. Elle accueille une section syndicale en 1953. Elle illustre alors un capitalisme social ouvert à la participation des salariés. Elle entame un développement hors d’Alsace à partir de 1960.

Il faut attendre 1989 pour qu’un PDG non issu de la famille Siat soit nommé. Il s’agit de Bernard Steyert, qui pratique un essaimage à l’étranger: Angleterre, Italie, Allemagne, Argentine, Thaïlande, Inde, etc. Parallèlement, l’ère des fusions-acquisitions commencent, et le site de La Souterraine change de nom et de main dès 1989. Entre Euramec et Sepesa, l’usine, qui compte jusqu’à 600 salariés, entre dans la mondialisation à la française: conquête des nouveaux marchés et abandon progressif du marché intérieur français.

Premier rachat par Aries industries

En 1996, Aries Industries rachète l’entreprise et le site à SER, qui a absorbé la SOCOMEC. Voici ce qu’en disent les dirigeants à l’époque:

Dans ses ateliers limousins, SER emboutit notamment des éléments du plancher de la Mégane Scénic et la structure avant du Matra Espace. Au cours des dix-huit derniers mois, 56 % du chiffre d’affaires de SER ont été ainsi « réactivés « , selon l’expression du PDG, Jean-Pierre Wibrotte, mais ces nouvelles fabrications ont coûté cher en outillage et en investissement. L’usine de La Souterraine est restructurée et dotée d’une cataphorèse performante. Confronté aux aléas du marché de l’automobile, SER avait de plus en plus de mal à assurer seul son développement, d’autant que pour accompagner ses clients à l’étranger (Renault en Turquie, Ford aux Etats-Unis), il a dû investir lourdement.

On retrouve ici les différentes mamelles de la désindustrialisation française: la nécessité de faire face à la concurrence de pays étrangers à armes inégales, d’une part, le recours à des investissements lourds sans capital national pour les financer d’autre part.

À l’époque, Aries décide de supprimer 60 emplois sur le site. La Souterraine entre alors dans l’ère de la mondialisation délocalisante qui aboutit aujourd’hui à la fermeture du site.

Délocalisation à la britannique

En 1998, Wagon Automotives, un équipementier britannique, rachète le site et l’exploite jusqu’en 2006. Cette année-là est cruciale pour le site de La Souterraine, pour une double raison.

Sur le site, les ouvriers se mettent en grève pour obtenir une augmentation de salaires de 4,2% bruts par mois. Au niveau mondial, Wagon rachète Oxford Automotives et entame à son tour un grand cycle de transformation pour affronter la concurrence mondiale. Le choix est assez vite fait:

Après avoir racheté l’équipementier automobile britannique Oxford en mars dernier, Wagon Automotive cède trois de ses 13 unités françaises. Les salariés et représentants syndicaux des unités de Bessines (Haute-Vienne) et La Souterraine (Creuse) ont appris en fin de semaine dernière la mise en vente des deux usines implantées en Limousin. (…)

Depuis un mois l’effectif du groupe Wagon Oxford a doublé, passant de 4 000 à 8 000 salariés répartis sur 24 sites, dont 7 dans l’Hexagone, mais aussi en Turquie, Espagne, Italie, Chine et Tchéquie. Ce rachat avait provoqué une hausse de 54 % des actions de Wagon, groupe qui occupe à ce jour le 5ème rang européen.

On comprend la manoeuvre: on ouvre en Chine et Turquie, on ferme en France. La translation illustre là encore le malheur de la désindustrialisation en France: les sites sont rachetés par des entreprises étrangères et sont bourlingués à l’occasion d’une multitude d’opérations de croissance externe sans enracinement territorial, sans projet local.

2006: l’aventure Sonas

Au lieu de fermer le site, Wagon Oxford Automotives revend le site à l’un de ses cadres, David Cardwell, ex-directeur des produits spéciaux et de l’emboutissage. Celui-ci reprend les sites de Bessines et de La Souterraine et crée Sonas, en annonçant d’importants investissements. Mais, dans la pratique, l’opération est tuée dans l’oeuf par l’entreprise cédante. Les délais de rachat sont très courts (3 ans), et Cardwell négocie mal ses achats. L’entreprise est mise en liquidation judiciaire en 2008.

La faute à une mauvaise gestion, à la crise et à la hausse des matières premières comme l’acier qui a doublé en quelques années. De fait, David Cardwell a mal négocié les conditions de la reprise. Wagon lui a imposé un délai anormalement court – trois ans dans un secteur où les marges bénéficiaires sont de 2 ou 3% – pour rembourser le rachat de ses usines.

Étranglée par ses remboursements, Sonas ne dispose d’aucune trésorerie pour faire face à la crise. Surtout, Sonas n’a jamais exploré comme promis le ferroviaire ou l’industrie agricole. De fait, Sonas travaille pour Wagon et des grands constructeurs automobiles français.

La page Sonas illustre une nouvelle fois l’incapacité française à organiser des reprises de site intelligentes. Dans la pratique, Wagon Oxford s’est débarrassé vite fait de son site sans se préoccuper d’assurer une passation correcte d’activité. Le repreneur lui-même n’a pas mené à bien les missions qu’il s’était engagé à réussir.

La page Altia s’ouvre: le naufrage du capitalisme d’État

En 2009, le groupe Halberg reçoit du tribunal de Guéret l’autorisation de reprendre les sites de Bessines et de La Souterraine pour 750.000€. À La Souterraine, 314 des 360 salariés sont repris. En novembre 2009, Halberg devient Altia. Le rachat de Sonas pour une bouchée de pain illustre la stratégie du groupe, entièrement fondée sur de la cavalerie:

tout le monde voulait croire à cette aventure d’un trio de dirigeants – Patrice Durand, Nicole Cohen, Patrick Adolf – qui, à partir d’Eurodec et des décombres français du groupe allemand Halberg, a construit à marche forcée un conglomérat, implanté jusqu’en Pologne et au Brésil. En France, Altia a souvent fait son marché à la barre des tribunaux de commerce. «Ils étaient dans la fuite en avant. Avec une dette restructurée à trois reprises depuis 2005, et pas assez de fonds propres, Altia a surtout financé ses investissements par du crédit-bail, son besoin en fonds de roulement par de l’affacturage», explique un proche du dossier. Le chiffre d’affaires va plus que quintupler en six ans. Mais le trio manque de capitaux, comme souvent les entreprises de taille intermédiaire – ETI – en France.

Malgré cette fragilité, les dirigeants du groupe parviennent à embrigader des fonds publics dans l’aventure. La BPI, en particulier, apporte 5 millions € à l’ensemble et prend ainsi 20% de parts. Malgré cette intervention, Altia ne peut survivre durablement à ses montages financiers. En 2014, le groupe est mis en liquidation judiciaire. Entretemps, les syndicats dénoncent la saignée que la holding pratique dans ses filiales pour rembourser ses dettes.

Les salariés subissent de plein fouet les options idéologiques de la BPI et le naufrage du capitalisme d’État à la française. Celui-ci a nourri et couvert un montage financier sans avenir, dont les ouvriers du site sont les jouets involontaires.

Le montage vautour de Transatlantic Industries

Commence alors un ère de confusion. Le 11 avril 2014, le site est repris par Transatlantic Industries, une entreprise du Wyoming qui rachète pour 1€ des sites industriels en France, sans avoir les moyens de les redresser ni de les développer. L’aventure dure quelques semaines et c’est finalement le groupe italien GM&S Industry présidé par Gianpiero Colla qui reçoit du tribunal de commerce de Paris, le 1er décembre 2014, l’autorisation d’exploiter le site après une cession pour un montant de 3€. Le groupe italien est parvenu à convaincre tout le monde qu’il dispose d’un projet industriel solide. Il s’engage à conserver 280 postes. Le site de Bessines est cédé au français Steva.

GM&S, une autre montage vautour?

D’emblée, c’est l’entreprise automobile donneuse d’ordres dont l’État est actionnaire, Renault, qui se montre la plus réticente à aider le site. Alors que Peugeot maintient ses commandes, Renault ne conserve que 70% du volume initial.

On trouve ici une autre particularité du capitalisme d’État à la française: le cynisme et le manque d’engagement. L’examen de la situation en Creuse montre bien que, pour la deuxième fois, l’intervention de l’État est annonciatrice de catastrophe et qu’il ne faut surtout pas compter sur l’administration pour obtenir une aide utile.

Le repreneur a-t-il trop peu investi et trop peu prospecté comme l’indiquent les syndicats? Dans la pratique, la situation semble beaucoup plus nuancée. En octobre 2015, soit quelques mois après la reprise, le directeur de l’entreprise expliquait:

« Nous sommes en surcapacité en terme de presse, de soudure et de cataphorèse, concède Jean-François Fargeton. Mais nous souhaitons tout conserver dans un premier temps en attendant de voir comment l’on rebondit car cela peut constituer un atout ».

Si certains incriminent les nouveaux propriétaires, ceux-ci peuvent en tout cas attester du fait qu’ils ont parié sur le rebonds de l’entreprise avant de l’abandonner définitivement. Manifestement, celle-ci n’est pas parvenue à conquérir de nouveaux marchés, alors même qu’un démarchage local a tenté d’y parvenir.

L’État a-t-il sabordé GM&S?

La question insidieuse est de savoir si l’État, avec son incompétence et ses errements, a abandonné ou non GM&S à son sort. On aurait pu imaginer en effet que, courant 2015 ou 2016 (moment où Emmanuel Macron était ministre de l’Économie au demeurant), l’État actionnaire de Renault oblige celle-ci à maintenir son niveau de commandes antérieur à GM&S, là où Peugeot répondait à cette attente.

Le sujet qui est posé ici (au-delà de la responsabilité personnelle du nouveau Président à l’époque où il était ministre) est bien celle, très concrètes, de la capacité des services de l’État à dégager une stratégie industrielle à long terme répondant aux enjeux de la mondialisation. Or il apparaît clairement que cette mondialisation consiste à mettre des entreprises françaises alourdies par les contraintes socio-fiscales et réglementaires directes en concurrence directe avec des entreprises étrangères, sans qu’il n’existe une vue globale pour répondre à leur défis capitalistiques ou sociaux.

Le libre-échange est-il en cause? ou bien sont-ce nos élites?

Sur le fond, le sujet GM&S illustre à merveille et de façon très concrète la question du libre-échange et de sa pertinence. Faut-il mettre en place des protections contre la concurrence étrangère afin de sauver GM&S? On voit bien qu’il faut ici distinguer l’idée d’une politique industrielle nationale qui vise à maintenir l’appareil productif en vie face aux marchés étrangers, et l’idée d’un protectionnisme.

Dans la pratique, il paraît en effet souhaitable que la France se dote d’une politique industrielle soutenable, destinée à préserver l’existence d’un appareil de production manufacturière sur son sol. Je sais que, notamment parmi certains énarques, cette option ne va pas de soi et que beaucoup ont accepté comme une donnée brute la désindustrialisation du pays, au profit de sa financiarisation à outrance.

Cette option est le grand tabou que personne ne discute mais qui constitue la vraie trahison des clercs dans notre siècle.

En revanche, on mesure immédiatement que le protectionnisme n’a aucun avenir dans un univers où les donneurs d’ordres sont mondialisés. Dès lors qu’une entreprise comme GM&S doit aussi bien fournir des clients sur le sol national que des clients étrangers, on voit bien que l’entreprise serait autant condamnée par le protectionnisme qu’elle ne l’est par une mondialisation sans politique industrielle réfléchie.

En réalité, la balle est dans le camp des élites. Elles seules peuvent réorienter les politiques publiques pour les activer, c’est-à-dire pour arrêter de payer le prix de la désindustrialisation là où celle-ci n’est prévenue par aucune stratégie d’ensemble. Pour y parvenir, il faut évidemment penser la France autrement que comme un havre bobo où l’ouvrier n’a plus sa place, et même où il apparaît comme un anachronisme absurde.

Le gouvernement que le QG En Marche laisse entendre, une exclu de Jean-Marc Boyer

Article initialement paru dans la Gazette de l’Assurance.

Dans les QG, les discussions sur le prochain gouvernement évoquent les personnalités suivantes:

–          Edouard Philippe, Premier ministre (annoncé le 15 mai)

–          Ministre de l’Economie, Thierry Breton

o   Budget, Jules Pisani Ferry

o   Secrétaire d’Etat PME, Gilles Boyer

o   Secrétaire d’Etat au Numérique, Fleur Pellerin

–          Ministre de la Justice, Richard Ferrand (ou Jean-Michel Darrois ou François Bayrou)

–          Ministre des Affaires étrangères, Jean-Pierre Raffarin

o   Affaires européennes, Sylvie Goulard

o   Francophonie & Français de l’étranger, Nathalie Loiseau

–          Ministre de l’Intérieur, Jean-Yves Le Drian

o   Outre-Mer, Ary Chalus

–          Aménagement du territoire, Logement et Transport, Anne-Marie Idrac

–          Culture et Arts, Audrey Azoulay (ou Erik Orsenna)

–          Ministre de l’Ecologie, Développement durable et Energie, Jean-Paul Delevoye

–          Travail, Emploi, Formation professionnelle, Nicole Notat

–          Affaires sociales, Santé, Droit des femmes, Jean-Marc Borello

o   Droit des femmes, Axelle Tessandier

–          Fonction Publique, Gérard Collomb

o   Ministre délégué, Jean-Baptiste Lemoyne

–          Agriculture, Christiane Lambert

–          Education Nationale, Enseignement supérieur et Recherche, Valérie Pécresse

–          Ville, Jeunesse et Sport, Renaud Dutreil