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Auteur : Eric Verhaeghe

Comment les coopératives subventionnées préparent la fin du foie gras français

Les coopératives, qui claironnent leur attachement à une agriculture durable, prennent la disparition du bon vieux foie gras français qu’on dégustait à Noël. Pour y parvenir, rien de tel que de prétexter une crise de grippe aviaire, dont l’étendue et la réalité sont décidément très changeantes. Bref, on peut se préparer à une forte diminution, dans les prochaines années, de production française de foie gras au profit des foies bulgares et polonais, moins chers à fabriquer.

Le foie gras résiste et signe… trop pour les coopératives subventionnées?

Pour comprendre le contexte dans lequel la crise de la grippe aviaire intervient en France, il faut se replonger dans une interview de 2011, donnée par un importateur gersois de foie gras:

Pour Jean-Jacques Farbos, les produits élaborés en Bulgarie « présentent la même qualité que ceux fabriqués en France. La seule différence – mais en est-ce une ? – c’est qu’en Bulgarie, les canards sont gavés à la pâtée alors qu’en France, ils sont gavés au maïs en grain. Pour moi, c’est une honte de faire payer 200 euros le kilo de foie gras alors qu’à 30 euros, il a le même goût. Tout le monde a le droit de manger du foie gras, le cri du porte-monnaie étant, pour certains, le critère le plus important. » C’est donc pour répondre à une demande du marché, celle des magasins discount, que Jean-Jacques Farbos a créé une marque et une autre société, DLF, basée à Vic-Fezensac qui livre une chaîne de supermarchés discount. « Il n’y a pas que les discount qui demandent des produits moins chers. Cette demande croissante nous a amenés à nous tourner vers les pays de l’Est, la main-d’œuvre y est moins lourde, afin de pouvoir proposer des produits moins chers tout en respectant la qualité. »

Pour vendre plus de foie gras, il faut faire baisser les prix. Et pour faire baisser les prix, il faut délocaliser la production. Voilà qui est simple à comprendre: la filière française coûte trop cher. Les marchands de foie gras rêvent de façon de plus en plus intense d’inonder le marché avec des foies gras pas chers.

Les coopératives françaises ont déjà délocalisé

Les grands acteurs français du marché n’ont pas hésité à délocaliser depuis longtemps. Dès le début des années 2000, ils ont tous massivement investi à l’étranger: Bulgarie, Pologne, Canada, Chine, pour développer une production à moindre prix, perçue par les éleveurs français comme une course à la baisse de qualité.

Sur ce dernier point, les avis peuvent diverger, mais une certitude existe: les prix des foies gras venus d’Europe de l’Est sont beaucoup plus bas, ce qui permet aux consommateurs français d’avoir accès à des foies gras en promotion à Noël. Officiellement, ces foies gras sont français… mais tout le monde sait qu’ils sont généralement importés de Bulgarie ou de Pologne et conditionnés en France avec une origine française.

Les règles d’étiquetage et la grippe aviaire…

Il se trouve qu’un décret pris cet été pose une règle simple: à partir du 1er avril 2017, les étiquettes devront mentionner l’origine réelle du produit et plus seulement le lieu de conditionnement. Pour les producteurs de foie gras, ce changement de réglementation (auquel l’industrie agro-alimentaire a beaucoup résisté) s’annonce comme un désastre: que faire des milliers de tonnes de foie gras stockées dans les frigos en attendant les prochaines fêtes?

L’affichage de leur véritable origine va causer une perte sèche de valeur…

Le foie gras et le paradoxe BMW

Les grandes enseignes françaises du foie gras ont donc un avantage objectif à ternir l’image du foie gras français et à réduire la production dans nos campagnes. Elles disposent en effet d’importants centres de production à bas coûts à l’étranger qui subissent la concurrence dominante des Français chers! C’est le paradoxe BMW: la compétitivité du foie gras français se bâtit sur sa marque, indépendamment de son prix! Pour développer les productions bulgares ou polonaises, les producteurs doivent donc limiter la production en France, de telle sorte qu’elle ne suffise plus à saturer le marché français.

La stratégie qui se dessine est donc simple: limiter la production de foie gras français pour en faire un produit de luxe, et ouvrir de vrais boulevards aux foies gras d’Europe de l’Est, plus rentables.

La grippe aviaire tombe à point nommé

La grippe aviaire tombe donc à point nommé pour justifier une éradication drastique du marché français, en étranglant les petits gaveurs. S’il n’est pas possible de dire que l’opération est orchestrée pour recalibrer le marché, il est en tout cas avéré que l’Etat n’a pas fait ses diligences pour juguler comme il le fallait une épidémie dont peu d’éleveurs mesurent la réalité sur le terrain. Dans la pratique, le déroulement des opérations soulèvent quand même de nombreuses questions sur l’instrumentalisation dont cette grippe fait l’objet pour justifier des abattages massifs pour les seuls canards (les autres volailles n’étant étrangement pas touchées…).

Il est très vraisemblable que nombreuses exploitations (elles sont 30.000 aujourd’hui) disparaissent à cette occasion.

Deux poids deux mesures

Au coeur de la zone d’abattage, les petits gaveurs dépendants des coopératives ne manquent pas de soulever cette étrange différence de traitements: les producteurs en circuit court peuvent continuer à gaver, à abattre et à commercialiser leur foie gras. C’est cette mesure qui retient le plus l’attention: pourquoi, dans une zone géographique donnée, des canards qui courent en plein air échappent-ils à l’euthanasie, s’il est vrai que la contamination est apportée par des oiseaux sauvages.

Dans le choix stratégique qui est fait d’abattre ou non, on devine bien que le fait déterminant est lié à l’introduction commerciale de canetons extérieurs à l’exploitation. Les pouvoirs publics ne pouvaient donner de meilleure preuve de la responsabilité des coopératives (qui fournissent les canetons) dans le développement de l’épidémie.

On le sait depuis décembre, l’épidémie est largement due à la livraison de canetons infectés dans plusieurs départements par Vivadour. Or, ces canetons auraient dû être bloqués au titre du principe de précaution, puisqu’ils provenaient de zones infectées.

La grippe aviaire, produit de l’industrialisation des coopératives

Si l’implication et la préméditation des coopératives dans la diffusion de l’épidémie reste à prouver, il n’en reste pas moins que la stratégie d’élevage intensif promue par les coopératives est là encore au coeur du dossier. Les connaissances scientifiques prouvent que la contamination est d’abord due aux déjections des volailles sur le sol. Celles-ci peuvent rester contagieuse pendant deux mois…

Partout où les éleveurs ont passé le cap de l’élevage intensif pour soumettre leurs exploitations à des cohortes de plus de 10.000 canards, les sols n’ont plus le temps d’éliminer les facteurs de contagion… et dès que la maladie survient dans un élevage, les dégâts sont colossaux et l’intensité du foyer de contagion élevée.

Dans un monde dominé par des élevages amateurs, ces catastrophes ne se produiraient pas…

Mais quelle agriculture voulons-nous?

Contrairement à ce que voudrait une idée tentante, la grippe aviaire n’est pas un accident, ni un épiphénomène. Elle est intrinsèquement liée à l’industrialisation et à la division agricole du travail. Dans les années à venir, l’influenza aviaire se révélera endémique.

Le choix est simple. Voulons-nous une agriculture intensive, qui sera rentable à court terme, mais productrice d’importantes externalités négatives? Ou voulons-nous une agriculture de qualité, imposant des normes plus ou moins protectionnistes, mais garante d’une protection sanitaire…

Si nous n’y prenons pas garde, en tout cas, notre agriculture traditionnelle aura disparu dans les 10 ans.

Hamon fillonisé, Valls juppéisé, Montebourg lemairisé et Peillon hollandisé

La primaire de la gauche est-elle un clone de la primaire de la droite? À lire les résultats finaux, avec un Hamon en tête et un Valls en deuxième position, la ressemblance est en tout cas frappante.

Hamon, le Fillon de gauche

Volontiers présenté il y a quelques semaines comme un hurluberlu, Benoît Hamon a créé une surprise du même ordre que celle de François Fillon. Pour y parvenir, il s’est d’ailleurs appuyé sur les mêmes recettes que le vainqueur de la primaire de la droite. D’une part, il  mené une vraie campagne de terrain… grâce à l’étendue de son réseau militant. D’autre part, il s’est appuyé sur un vrai projet idéologique dont l’étendue a fait la différence.

Comme Fillon, Hamon peut aborder le second tour avec confiance. Il bénéficie du soutien affiché du troisième, Montebourg, avec qui il est brouillé personnellement, mais allié politiquement. Curieuse coïncidence!

Valls juppéisé

Comme Alain Juppé, Valls a joué la carte de l’expérience, de la légitimité, de l’ordre, et celle d’une espèce de centrisme idélogiquement insipide, très proche de l’immobilisme et du conservatisme. Comme Juppé, il souffre de la carbonisation due à une expérience controversée à Matignon. Le second tour s’annonce difficile pour lui, avec une différence d’âge notable par rapport à Juppé, qui rendrait plus douloureuse une défaite dimanche prochain…

On retiendra quand même la portée du ballotage défavorable pour le Parti Socialiste dans son ensemble. Valls avait proposé un programme relativement soucieux d’améliorations dans le domaine social. Ce n’était pas seulement une façon de compenser les dégâts de la loi Travail. C’était aussi un pari sur l’axe historique de la gauche. Manifestement, l’époque du socialisme protecteur est finie…

Montebourg lemairisé

Il y croyait, Montebourg. Chouchouté par les médias, grandiloquents, plein d’ambition, comme Lemaire en son temps clamait qu’il était le renouveau et qu’il serait le deuxième homme de la primaire.

Il est cocasse de voir, là encore, la parenté des profils. Comme Lemaire, Montebourg s’était installé dans une sorte de figure charismatique, nimbée d’un halo céleste. On retrouvait en lui la tentation du sauveur, l’affirmation de l’énergie, de la volonté, qui domine régulièrement la vie politique française. Une fois de plus, l’expérience montre que l’incarnation de cette figure n’est pas simple: il ne suffit pas d’être couronné par les médias pour régner sur le peuple!

Emmanuel Macron ferait bien de retenir la leçon…

Peillon hollandisé

Au sein du parti socialiste, il n’y a plus d’un qui doit ricaner ce soir, et consoler sa peine d’un résultat médiocre (on pense à Valls, en particulier), en comptant les moins de 100.000 voix de Vincent Peillon. Candidat de l’appareil sorti du chapeau par Martine Aubry et quelques hollandistes pour nuire à Valls, il s’est ramassé une déculottée magistrale.

Pour les éléphants, cette fessée publique mérite d’être longuement macérée. Les Aubry, les Hidalgo, les Bloche, et autres apparatchiks héritiers des arrangements post-mitterrandiens sont désormais réduits à leur véritable portion: 6%.

Le débat Hamon-Valls à venir cette semaine devrait permettre quelques éclaircissements idéologiques, et ne devrait pas, comme pour la primaire de la droite, modifier la tendance générale du scrutin.

Comment les coopératives agricoles ont ubérisé le foie gras

Les coopératives agricoles se sont entourées de tout un bla-bla social et solidaire dont les bobos aiment faire des gorges chaudes. La réalité est un peu différente: partout où elles sévissent, les coopératives agricoles deviennent des monstres beaucoup plus cyniques que les entreprises capitalistes, avec d’autant moins de foi et de loi que le faux nez social et solidaire donne bonne conscience à tous ceux qui en tirent profit.

Le bla-bla social et solidaire des coopératives agricoles

Officiellement, la coopérative agricole est le lieu du bonheur. Voici d’ailleurs comment le site de la coopération agricole présente ce montage:

Ainsi, les agriculteurs-coopérateurs sont à la fois « co-propriétaires » de leur entreprise, ses clients en produits d’approvisionnement (fertilisation et protection des cultures, alimentation animale), ses fournisseurs en productions animales ou végétales et des entrepreneurs solidaires exigeants : en calibrant ensemble leur offre en quantité et en qualité selon les attentes des marchés, en mutualisant les risques et les charges, en investissant collectivement notamment dans des filières agroalimentaires. Près d’un tiers des marques alimentaires présentes en grandes surfaces sont issues de groupes coopératifs.
Quelles que soient leurs tailles ou les filières agricoles qu’elles valorisent, les coopératives agricoles agissent pour l’économie réelle des territoires en privilégiant le long terme et la transmission de l’entreprise de génération en génération d’agriculteurs.

On en pleurerait d’émotion et d’admiration! C’est d’ailleurs au nom de ce bla-bla pharisien que les dirigeants de ce petit système bien monté justifient les avantages fiscaux dont ils bénéficient par rapport aux méchants capitalistes avec qui ils ne fraient pas parce qu’ils sont moins exigeants qu’eux.

Les avantages fiscaux qui vont bien

En France, on le sait, à quelque chose leçon de vertu est toujours bonne. C’est d’ailleurs pourquoi tant d’acteurs de l’économie dans notre pays dénoncent le libéralisme inhumain et prônent des valeurs supérieures: il y a toujours un lézard qui se cache sous la pierre de vertu.

Philippe Mangin, président de Coop de France, avait ainsi expliqué à des parlementaires en 2011 pour quelle raison il fallait préserver l’exonération partielle d’impôt sur les sociétés pour les coopératives agricoles:

L’étude a particulièrement mis en valeur le fort taux de redistribution de leurs résultats à leurs adhérents et l’importance des investissements économiques pour assurer proximité et durabilité du développement des coopératives en zone rurale.

Tant de générosité vous perdra, messieurs les coopérateurs.

Un cynisme sans foi ni loi

Ah! la démocratie coopérative… un paysan, une voix, l’engagement durable, etc. On adore!

Mais quand on gratte un peu, un autre monde apparaît. Prenons l’exemple de la filière foie gras, qui défraie la chronique avec la grippe aviaire.

La plupart des canards abattus du fait de l’épidémie sont ordinairement fournis par la coopérative agricole Vivadour, dont l’histoire officielle ressemble à un conte de fées:

« VIVADOUR est née de la volonté des hommes dirigeant les trois coopératives de Plaisance, Le Houga et Masseube. De cet acte fondateur a émergé un projet cohérent, tourné vers le développement de l’agriculture d’un territoire. Au départ, ce sont des valeurs communes qui rapprochent, des principes forts partagés, qui jalonnent un parcours : Agir dans l’intérêt des exploitations agricoles; c’est à dire comprendre ce qui fait leur diversité dans une région où le maïs côtoie la vigne, les semences tutoient les volailles et où les céréales et les bovins apparaissent dès que l’eau se raréfie. (…) »

N’en jetez plus…

En parcourant le site Internet de Vivadour, on comprend cependant très vite que ces « valeurs communes » n’empêchent pas des arrangements avec le siècle. L’une des filiales de Vivadour n’est autre que Sud-Ouest Accouvage, ainsi présentée:

crée en 2007,  constitue la nouvelle source d’approvisionnement en canetons et oisons pour les adhérents de Vivadour et Maïsadour. Sud-Ouest Accouvage permet de relocaliser une partie de la production de canetons dans le Sud-Ouest.
Les palmipèdes gras sont transformés et commercialisés par Delpeyrat, notre partenaire aval pour la majorité de notre production.

Et là, on commence à comprendre que Vivadour est, pour le foie gras, une opération d’optimisation fiscale au service d’une marque tout à fait capitaliste: Delpeyrat, qui bénéficie d’une production de canards défiscalisée grâce à ce montage.

Des conglomérats capitalistes, mais défiscalisés

Delpeyrat n’est d’ailleurs pas le seul bénéficiaire de cet édifice complexe. Le site Vivadour n’est pas avare de confidences sur les prospères affaires de la coopérative:

Et là, on comprend que la coopérative agricole Vivadour, alias MVVH pour les intimes, prend des participations dans des groupes capitalistes, fait des acquisitions exactement comme un groupe capitaliste, et crée des filiales comme si de rien n’était. Tout ceci, bien entendu, au nom du principe d’un homme une voix et avec une joyeuse défiscalisation.

Vivadour et l’ubérisation du foie gras

MVVH emploie aujourd’hui plus de 800 salariés… mais sa composante coopérative demeure. Avec une particularité qu’il faut bien comprendre: les coopérateurs de Vivadour ont, avec leur coopérative, un rapport extrêmement proche que celui qu’un chauffeur Uber peut avoir avec l’application. En apparence, il est libre, mais en fait, il est subordonné.

Plus fort qu’Uber, la coopérative parvient à faire croire que ses petits producteurs sont aussi ses propriétaires, alors qu’elle les a transformés en simple prestataires de service.

Dans la chaîne de production du foie gras, Vivadour assure par exemple l’accouvage des canetons. Pour produire du foie gras, il faut en effet des canards mâles. C’est la filiale Sud-Ouest Accouvage qui est chargée d’assurer la production nécessaire à l’engraissage du canard. Les éleveurs engraisseurs de canards membres de la coopérative sont obligés de se fournir en canetons auprès de Sud-Ouest Accouvage. Une fois les canards engraissés, les mêmes éleveurs sont obligés de les vendre à Vivadour, pour que Delpeyrat les transforme en foie gras.

Autrement dit, la marge de manoeuvre du coopérateur est très faible. Il est en réalité pieds et poing liés à la coopérative, qui dispose d’un pouvoir immense sur ses producteurs. Ceux-ci ne disposent d’aucun contrat qui les lie à la coopérative, et leur prestation de services peut s’arrêter sans aucune possibilité de recours. Si, par mesure de rétorsion, la coopérative décide de bannir un producteur et de ne pas lui acheter ses canards une fois engraissés (menace agitée vis-à-vis de tous les récalcitrants), celui-ci a peu d’espoir de s’en sortir.

Bref, le marché est ubérisé.

Comment Vivadour concurrence ses propres producteurs

Les coopératives agricoles sont allées bien plus loin en arrière, dans le respect des producteurs, qu’Uber dans le respect des chauffeurs. Les coopératives ont en effet organisé une mise en concurrence entre les producteurs locaux dont elles se présentent comme l’émanation naturelle, et les sites agricoles dans lesquels elles ont investi à l’étranger.

Voici la carte des implantations étrangères de Maïsadour, autre membre, avec Vivadour, de la holding MVVH:

On le voit, le groupe, Delpeyrat compris, produit en France, mais aussi dans tous les pays d’Europe et dans de nombreux pays du monde. Les contribuables français sont heureux d’apprendre que les coopératives agricoles profitent d’une fiscalité favorable en France pour délocaliser et pour mettre les producteurs français en concurrence avec des agriculteurs habitant des pays où le Code du Travail n’existe pas.

Ce serait d’ailleurs intéressant d’enquêter sur les conditions de travail et de production proposées, dans ces pays, par un groupe qui, en France, donne des leçons de vertu.

Dans le cas du foie gras, la mise en concurrence est faite avec des producteurs bulgares ou polonais, dont le groupe importe les foies gras à bas prix, pour un reconditionnement en France, qui permet d’afficher « foie gras français ».

Crédit Agricole et coopératives agricoles main dans la main

Comme toujours dans le monde agricole, le Crédit Agricole n’est pas loin. Il est même le banquier social et solidaire de toutes ces opérations crypto-capitalistes.

En 2008, par exemple, Vivadour a signé une convention avec le Crédit Agricole pour financer les bâtiments de la filière foie gras. Mais… Vivadour trouve encore des députés pour croire au poids de chaque coopérateur face à cette immense machine financiaro-industriel qui l’a ubérisé.

Le contribuable français, dindon de la farce

Les contribuables français, qui sont accablés quotidiennement de reportages sur l’évasion fiscale pratiquée par les entreprises capitalistes, seront heureux de savoir que l’économie sociale et solidaire peut, pour sa part, la pratiquer librement et tout à fait légalement. Les exonérations fiscales dont les coopératives agricoles bénéficient sont aujourd’hui utilisées pour dégrader jour après jour la condition des paysans français, pour délocaliser des activités qui pourraient être menées en France, et pour inonder nos marchés de produits agricoles venus de l’étranger et de qualité peu contrôlée.

C’est le cas du foie gras venu de Pologne ou de Bulgarie.

La lutte contre la grippe aviaire et ses incohérences

Cet article sur la grippe aviaire est rédigé par Céline Belondrade.

La grippe aviaire sévit dans le Sud-Ouest. Pendant trois heures, les Canards en colère qui se réunissaient pour la deuxième fois depuis le début de cette deuxième crise sanitaire ont échangé sur leurs expériences et pointé les principales absurdités dans la gestion de ce nouvel épisode de grippe aviaire en France.

Comment l’épizootie a –t-elle pu redémarrer en novembre dernier ?

Le 25 novembre 2016, un éleveur du Tarn a constaté une mortalité foudroyante sur ses canards. Il informe les services sanitaires, des analyses sont pratiquées. Selon nos informations, le mardi 29 novembre, le laboratoire agrée situé en Dordogne informe les autorités sanitaires et les principales coopératives de la découverte d’un foyer H5. Le N n’est pas encore connu mais on signale une « suspicion fortement pathogène ». La contamination serait d’origine « avifaune », c’est-à-dire transmise par un oiseau migrateur. Pourtant, le lendemain, le 30 novembre,  Vivadour (coopérative la plus importante du Gers) fait transporter les canards de la ferme voisine du foyer potentiellement infecté (située à 500 mètres).  Les canards sont envoyés dans le Lot-et-Garonne, le Gers et les Hautes Pyrénées. Le 1er décembre, les résultats des analyses tombent : il s’agit bien du H5N8, la grippe aviaire. L’épizootie ne cesse depuis de flamber.

« L’éleveur qui a laissé partir les canards alors que son voisin constatait une mortalité importante ignorait-il la situation ? Aurait-il caché volontairement cette information ? La coopérative Vivadour a-t-elle organisé le transport en toute connaissance de cause ? Pourquoi les services sanitaires ont mis autant de temps à lancer l’alerte alors que toute suspicion doit être signalée sans délai ? Etait-ce pour satisfaire ce grand groupe du secteur ? » Telles sont les interrogations qui conduisent les Canards en Colère à porter plainte contre X pour négligence volontaire ou involontaire ayant conduit à une crise sanitaire,  afin de déterminer les éventuelles responsabilités et d’accéder aux informations sur le dossier. Début janvier, Christophe Terrain a démissionné de la présidence de Vivadour, officiellement pout se consacrer à la future campagne des législatives ( UDI- Les Républicains). La Chambre d’Agriculture de Lot-et-Garonne et le syndicat agricole la Coordination Rurale, majoritaire dans ce département, ont déjà déposé plainte.

Pourquoi procéder à des abattages massifs et préventifs sur des animaux présumés sains ?

Les services vétérinaires chargés de procéder aux euthanasies seraient totalement débordés. Nathalie Gourdon, éleveuse gaveuse dans les Pyrénées Atlantiques a vu les 10 000 canards de son exploitation partir à l’abattoir par mesure de précaution, alors qu’ils n’étaient pas malades. «  Il faut abattre les canards dans les foyers positifs en priorité ! » estime-t-elle. Elle nous a rapporté le cas d’un  producteur dont les 2000 palmipèdes atteints de la grippe ont été laissés dans un champ pendant 15 jours, faute de personnel vétérinaire pour les euthanasier. «  C’est totalement aberrant » estime Lionel Candelon, futur président de l’association «  Les Canards en Colère ». «  Les services de l’Etat n’ont pas les moyens logistiques de procéder aux euthanasies dans les foyers positifs, du coup les départs à l’abattoir en préventif sont plus rapides que les abattages d’animaux contaminés, faute de moyen. Les agents de l’Etat sont chargés de cela en plus de leurs tâches habituelles, il n’y a pas de cellule de crise dédiée ». 

On envoie de jeunes stagiaires vétérinaires dans les fermes, comme nous l’a raconté Bernard Dupuy, à qui on a demandé de prêter main forte lors de l’euthanasie des 5600 canards qu’ils devaient gaver dans son exploitation du Gers. « C’est un stagiaire qui m’a appelé de la direction de la DDCSCPP (Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations). J’ai été obligé de déverser moi-même les canards morts dans le camion qui partait à l’équarrissage : 24 tonnes ! Quand je leur ai demandé combien de canards ils avaient euthanasié, ils étaient incapables de répondre. Ils m’ont dit qu’ils verraient en fonction de mes registres ! Personne ne s’est déplacé de Auch (Préfecture du Gers). Et ils ne m’ont laissé aucun papier ! Comment je ferai pour prouver ce qui s’est passé quand je monterai un dossier d’indemnisation. Les services de l’Etat n’arrêtent pas de m’appeler pour savoir si j’ai bien fait ceci ou cela, de prouver une multitude de choses et eux ils ne sont obligés à rien ! »

Chaque département décidé de mesures dans son coin, sans harmonisation

Une productrice du Gers témoigne : « Lors de la crise de 2015-2016, nous avons vu le cas ubuesque de canards d’un même lot qui ont été euthanasiés dans les Pyrénées atlantiques, mais pas dans le Gers. Pourquoi ? Ils avaient été testés positifs à la grippe dans le 64. Dans le Gers, le vétérinaire envoyé par les services sanitaires pour tester les canards dans l’élevage a reçu un coup de fil pour lui dire « on arrête toutes les recherches ! Ordre de Paris ! ». Le professionnel est reparti. Les canards ont donc été laissés dans le circuit et sont partis à la consommation. »

Si les transports ont été interdits dans les Landes et le Gers, départements les plus touchés, certains producteurs constatent des incongruités : des canards en provenance des Hautes Landes livrés dans les Hautes Pyrénées, comment sont-ils passés ? Les professionnels évoquent de nombreuses dérogations concernant les transports, «  à la tête des clients ». Dans une commune, on interdit la chasse à la palombe, dans une autre, à 500 mètres, c’est autorisé.

Autres questions : pourquoi les autres volailles ne sont pas concernées par les mesures de précaution sanitaires dans les zones infestées ? Seuls les canards et les oies sont cités pour le moment, en grande majorité. Par ailleurs, les producteurs déplorent que les dernières mesures d’indemnisation annoncées par le gouvernement (jeudi 19 janvier)  ne concernent que les éleveurs et les gaveurs ( filière amont) et pas l’ensemble des intervenants comme les attrapeurs, les vaccins, les transporteurs, les coopératives ou encore les transformateurs.

En direct de Nogaro, avec Les Canards en Colère, par Céline Belondrade

Reportage sur les Canards en Colère par Céline Belondrade

En 25 ans, cette éleveuse-gaveuse de canards dans les Pyrénées Atlantiques n’a jamais connu une telle crise. La grippe aviaire ne cesse de progresser,  145 foyers H5N8 recensés (à actualiser), plus d’un million et demi de canards euthanasiés, et des pertes estimées à 120 millions d’euros par l’interprofession.

Le 10 janvier dernier, les 10 000 canards de l’exploitation de Nathalie Gourdon et son mari sont partis à l’abattoir. Pourquoi ? Parce que leur élevage est situé dans une zone pare-feu, à 10 kms autour d’un foyer détecté de la grippe aviaire. Les animaux sains ont donc été euthanasiés à titre préventif, pour tenter de juguler la progression de l’épizootie. « Nous l’avons très mal vécu avec mon mari. Nous avons deux employés au chômage technique. Et pendant ce temps-là, ils laissent des canards malades gambader dans les champs pendant 15 jours. Nous avons un collègue qui a compté 2000 animaux morts de la grippe dans son élevage parce que les services vétérinaires, débordés, n’étaient pas venus les euthanasier. Si les autorités sanitaires veulent lutter contre la grippe aviaire, un virus qui se transmet dans l’air, elles devraient d’abord abattre les animaux dans les foyers positifs. Bien sûr, il ne fallait rien dire,  pas mettre le bazar pendant les fêtes. D’ailleurs, jusqu’au 30 décembre, les canards continuaient à être gavés et donc partaient à la consommation dans les zones sanitaires. Depuis le 2 janvier, c’est interdit ! »

INCOMPREHENSION ET COLERE DES PRODUCTEURS

Comme plus de 4500 personnes, Nathalie Gourdon a rejoint le groupe Facebook Les Canards en Colère créé il y a un an lors de la précédente crise de grippe aviaire et l’épisode de vide sanitaire pratiqué dans les élevages de 18 départements du Sud-Ouest au printemps dernier. Un groupe qui regroupe différents professionnels, conçu au départ comme un défouloir et qui vient de se transformer en association. Une cinquantaine de professionnels du secteur ont participé à la création de l’association mercredi 18 janvier à Nogaro dans le Gers.

Parmi eux, Bernard Dupuy éleveur gaveur dans le Gers.( cf vidéo) Il a traversé toutes les dernières crises agricoles. Au début des années 2000, ses 80 bovins sont abattus lors de l’épisode de la vache folle. L’agriculteur a décidé d’arrêter l’élevage laitier en 2015 suite à la crise du prix du lait (fin des quotas). Il se consacre depuis uniquement au canard. Il y a quelques jours, les 5600 palmipèdes qu’il avait à gaver ont été euthanasiés dans sa ferme par les services vétérinaires départementaux car ils étaient porteurs du virus de la grippe.

« Tout s’est passé par téléphone, ils ont envoyé des jeunes stagiaires vétérinaires pour pratiquer les injections et j’ai été obligé de déverser moi-même les canards morts dans le camion qui partait à l’équarrissage : 24 tonnes ! Quand je leur ai demandé combien de canards ils avaient euthanasié, ils étaient incapables de répondre. Ils m’ont dit qu’ils verraient en fonction de mes registres ! Et ils ne m’ont laissé aucun papier ! Nous attendons toujours les 30% des indemnisations liées au vide sanitaire de 2016. On ne peut pas continuer comme ça, il va y avoir des suicides dans les campagnes »

Les éleveurs se voient également contraints de payer eux-mêmes les analyses pratiquées par des laboratoires privés dans le cadre des mesures de biosécurité obligatoires. « On m’a dit de payer et de mettre la facture ensuite dans le dossier d’indemnisation : 600 euros, ils m’ont fait moitié prix, c’est les soldes ! » plaisante un producteur.

ETAT ET COOPERATIVES : PAS DE REPONSES

Incohérences, absence de mesures harmonisées entre départements, les membres de l’association Canards en Colère sont excédés de la gestion de la crise par les services de l’Etat, qui semblent dépassés. On signale ici des canards d’un même lot abattus dans un département mais pas dans l’autre, des transports qui continuent alors qu’ils sont interdits dans les Landes et le Gers…

Les producteurs critiquent également les  géants de la filière, les grands groupes coopératifs du Sud-Ouest, propriétaires des principales marques de foie gras (Euralis, Maïsadour, Vivadour) ou encore les groupements qui fournissent les marques de la grande distribution, pour lesquels ils travaillent à 90%.

« Pendant que vous, vous ne travaillez pas, eux ils stockent la merde bulgare ! » lance Lionel Candelon, le fondateur des Canards en Colère. A 30 ans, ce fils et neveu d’éleveurs de canards et producteurs du foie gras du Gers a décidé de mener le combat, un combat apolitique et en dehors des syndicats agricoles selon ses termes. Avec les Canards en Colère, il souhaite désormais mener des actions pour attirer l’attention des consommateurs, notamment sur l’importation de magrets qui serait actuellement pratiquée, en provenance de pays de l’Europe de l’Est comme la Bulgarie, également touchés par la grippe aviaire.

« Le magret bulgare avant la crise de 2016, il était à 10 euros le kilo et il est progressivement passé à 14, 16 et maintenant près de 18 euros le kilo. Les coopératives comme Euralis ont monté des structures de production là-bas, ou encore en Hongrie, en Roumanie et même en Chine… La crainte pour nous aujourd’hui, c’est que ce deuxième épisode de grippe aviaire aboutisse à la destruction de la filière du Sud-Ouest, à la fois traditionnelle et industrielle, et que ce soit l’occasion d’en faire soit une très grosse filière industrielle ici, soit carrément de la délocaliser sur les pays de l’Est ».

LA FILIERE SUD-OUEST SE RELEVERA-T-ELLE ?

Lionel Candelon exprime tout haut ce que beaucoup pensent en effet tout bas. Ils sont nombreux à redouter de perdre leurs contrats avec les coopératives. « Moi, je suis artisan maçon donc je peux prendre la parole sans risquer de représailles. Il y en a qui ont reçu des menaces. On leur a dit d’arrêter de parler sur notre groupe Facebook, sinon ils auraient moins de volumes de canards à gaver ou alors on leur a réclamé subitement le règlement rapide de certaines dettes vis-à-vis d’aides reçues. »

Les Canards en Colère envisagent également un dépôt de plainte contre X pour négligence afin, de tenter de déterminer les circonstances du retour de la grippe aviaire en France. La Chambre d’Agriculture de Lot-et-Garonne a déjà porté plainte contre le Tarn et le groupe Vivadour, car des canards élevés à 500 mètres d’une exploitation touchée par le virus dans le département auraient été déplacés malgré la suspicion de grippe aviaire.

Le modèle de production de la filière française dite « longue » dans le Sud-Ouest ( 80% de la production française), très segmenté, avec de nombreux transports de canards entre différents éleveurs,  gaveurs,  apparait tragiquement mis à mal par cette deuxième crise aviaire.  D’autant que les nouvelles normes de biosécurité sanitaire, pour lesquelles les acteurs de la filière ont lourdement investi,  semblent inefficaces pour limiter l’épizootie. Les élevages dits autarciques (du poussin à l’abattoir dans un seul site), destinés aux circuits courts, sont, eux,  épargnés par la grippe et la crise actuelle. Comment comprendre alors que la grippe aviaire est due aux oiseaux migrateurs ? Pourquoi tous les élevages ne sont-ils pas touchés ?  Mystère…

« On ne nous apporte pas de réponse, que ce soit dans les coopératives ou du côté de l’Etat. On est livré à nous-mêmes. Le problème, c’est que si la crise perdure, les trois-quarts des producteurs vont déposer le bilan » prédit Laurent Gaudin, gaveur en Lot-et-Garonne. La colère et l’inquiétude dominent. Les producteurs de canards et de foie gras du Sud-Ouest sont bien décidés à ne pas en rester là, et ne veulent pas mourir, le bec (de canard) dans l’eau.

Les législatives, cet obscur objet du désir

Après l’élection présidentielle, les législatives surviennent aussi inexorablement que le beau temps après la pluie. Pour les goumiers de la République, tous ces porte-flingues qui font les partis politiques et colonisent les mandats électifs, l’enjeu est essentiel et donne sens à la présidentielle elle-même. Qui t’a fait roi? qui t’a fait comte? La rengaine est connue, et les soutiens aux candidats se monnaient déjà à coup d’investitures.

Du sang sur les murs chez les Républicains

La question des législatives commence à faire grand bruit chez les Républicains. Nathalie Kosciusko-Morizet aurait profité de son voyage à Las Vegas avec François Fillon pour obtenir son parachutage dans la circonscription occupée par le vainqueur de la primaire, mais convoitée par Rachida Dati. Du coup, Rachida enrage et a décidé de tirer dans les pattes du candidat LR.

« Il est urgent que François Fillon corrige le cap de sa campagne sinon on va droit dans le mur. »

On s’amusera d’entendre la maire du très chic VIIè arrondissement de Paris préconiser un retour aux pauvres. En tout cas, elle ne peut être soupçonnée de lancer un plaidoyer pro domo, puisque son arrondissement est probablement le territoire le plus riche de France.

Les Républicains anticipent-ils un retour en grâce du PS?

La raison pour laquelle François Fillon a parachuté NKM sur les terres de Rachida pose quand même question. Malgré la curée à laquelle la gauche se prépare, NKM renonce à combattre le frondeur parisien Pascal Cherki dans sa circonscription. Voilà un indice intéressant. Certes, Paris vote plus à gauche que le reste de la France, surtout depuis le départ de Jacques Chirac. Il n’en reste pas moins que cette retraite en bon ordre face à l’ennemi en dit long sur la prudence de NKM et de Fillon pour les prochains mois.

Au passage, NKM deviendra indétrônable à Paris, ce dont les Républicains pourraient se mordre longtemps les doigts.

Macron entame un virage en épingle à cheveux

Fillon n’est pas le seul à pressentir que la primaire de la gauche pourrait constituer un réveil salutaire pour les électeurs socialistes. Macron a lui aussi senti le danger.

Le PS (enfin… la Belle Alliance Populaire) occupe désormais le débat public et Macron, comme il fallait s’y attendre, doit mener une course de fond pour récupérer un peu d’audience. Il a donc programmé une conférence de presse le matin du troisième débat, passée relativement inaperçue. Voilà qui augure mal de la suite. Du coup, le voilà obligé de jouer un va-tout: la menace (très illusoire, et bientôt pathétique) de fermer les vannes de ses investitures aux législatives.

La manoeuvre a-t-elle une chance d’aboutir? On voit mal quel élu socialiste lâcherait la proie pour l’ombre avant que le candidat ne soit investi à l’issue du deuxième tour de la primaire. Pour Macron, une passivité des notables socialistes vis-à-vis de sa menace pourrait bien constituer le chant du cygne.

Les législatives, cet obscur objet du désir. Et après, on dira que le Parlement ne représente plus rien…

Les fonctionnaires gagnent 10% de plus que les salariés du privé

Les fonctionnaires sont décidément les privilégiés du régime. Comme le montre l’étude de l’INSEE sur le salaire moyen en France en 2014, les fonctionnaires gagnent en moyenne 2.000 euros de plus par an que les salariés du privé, qui ont une rémunération de 19.400 euros. Ce chiffre a le mérite de replacer le débat sur les effectifs de la fonction publique dans son contexte global: celui d’un retour à un lissage satisfaisant entre avantages du secteur public et contraintes du secteur privé.

Le salaire des fonctionnaires augmente plus que celui du privé

L’INSEE a bien cherché à noyer ces éléments à la fin de son étude pour les rendre les plus indolores possible. Ils sont implacables: les fonctionnaires sont mieux payés et plus augmentés que les salariés du privé, n’en déplaise à ces mêmes fonctionnaires qui invoquent régulièrement une dégradation de leur pouvoir d’achat.

Ainsi, en 2014, le salaire des fonctionnaires a augmenté de 1%, quand les salaires du privé augmentaient de 0,6%. Le quinquennat de François Hollande se traduira donc, in fine, par un accroissement des privilèges des fonctionnaires, dont le temps de travail n’est pas compté (et très souvent inférieur à 35 heures), et dont les revenus de remplacement au départ à la retraite sont plus élevés que les retraites du secteur privé.

Beaucoup mieux payés que les salariés du privé

Globalement, la situation salariale des fonctionnaires paraît donc extrêmement favorable, toutes catégories confondues. Avec 5 millions de fonctionnaires bien payés et soumis à de faibles exigences de rentabilité d’un côté, et 16 millions de salariés du privé pressurés par la concurrence de l’autre, le paysage social français paraît porteur de dangereux déséquilibres dont le coût politique n’est pas sans incidence. Ces ruptures d’égalité entre les différents segments de la population nourrissent des sentiments de frustration qui font le jeu des populismes et des extrêmes.

Ces frustrations sont forcément accrues lorsque le débat politique tourne autour de la restauration du « service public », dont les contours se confondent de plus en plus souvent avec les intérêts personnels des fonctionnaires eux-mêmes. Cette donnée mériterait d’être attentivement étudiée à l’approche de l’élection présidentielle…

La présidentielle la plus ouverte depuis 1962

François Hollande n’a pas eu tort de dire, dans ses voeux, que tout pouvait basculer en 2017. La présidentielle qui s’annonce en donne la meilleure preuve. Qui peut, à ce stade, pronostiquer ne serait-ce que de façon à peu près sûre le nom des trois candidats qui ont une chance de décrocher une place sur le podium?

La vague des challengers qui déjouent les sondages d’opinion

Après le triomphe du Brexit en Angleterre, puis de Trump aux Etats-Unis, puis de Fillon à la primaire de la droite en France, une chose est sûre et acquise: il ne faut surtout pas faire confiance aux sondages.

Ce matin encore, l’un d’eux annonce un trio pour les présidentielles: Macron, Fillon, Le Pen. C’est absurde, évidemment. Le candidat du PS n’est pas encore connu. Son intronisation changera la donne à gauche. D’ailleurs, Cambadélis (mis en difficulté dans sa propre circonscription par la fille de Gérard Filoche) a annoncé que le vainqueur de la primaire ne se retirerait pas au profit de Macron. Dans l’hypothèse où ce dernier serait réellement, courant avril, en position d’atteindre le second tour, le maintien d’un candidat socialiste constituera une sérieuse épine dans le pied…

Or la candidature de Hamon produit au PS le même effet que celle de Fillon à droite. C’est un challenger sur qui personne n’aurait parié et qui est parvenu, par une posture assez semblable à celle de son rival de droite d’ailleurs, à créer un frémissement dans la campagne. Le scrutin dira quelle est son ampleur exacte, mais une surprise n’est pas exclue.

De son côté, Mélenchon n’est pas en reste et il est bien trop tôt pour le disqualifier, là encore. Sa présence sur les réseaux sociaux montre qu’il pourrait modifier la donne. Il y rencontre en effet un véritable succès d’audience.

Personne n’a véritablement commencé sa campagne

Pas encore de candidat socialiste donc. Du coup, en dehors d’Emmanuel Macron qui est obligé de partir en tête, personne n’a commencé sa campagne. Fillon attend de savoir qui il aura devant lui pour se positionner. Le discours ne sera évidemment pas le même s’il a face à lui des sprinters appelés Macron et Valls qui se tirent la bourre entre eux, ou s’il a une gauche mieux répartie entre Hamon (ou Montebourg) et Macron sur sa droite, Mélenchon, sur sa gauche.

Par voie de conséquence, Marine Le Pen n’a pas non plus commencé sa campagne. Donc, nous arrivons au mois de février, et les caciques de l’exercice en sont encore, pour les plus avancés, à l’élaboration de leur programme.

Cette situation est inédite. Elle est largement due à la date tardive des primaires de la gauche. Elle donne l’étrange sentiment d’une ouverture totale à l’aventure.

4 ou 5 personnages de présidentielle en quête d’électeurs

Donc, le premier tour de mai 2017 risque bien de tourner autour de 5 candidats dont l’ordre est difficile à établir aujourd’hui: Fillon, Le Pen et Mélenchon son acquis. Macron devrait aller jusqu’au bout. Mais si le candidat socialiste qui sortira des urnes de la primaire fait une bonne campagne, il risque de pousser ce dernier à une alliance, plutôt qu’à une aventure sans lendemain. Que serait Macron au soir du premier tour, s’il arrivait quatrième ou cinquième? Plus grand chose, et ses soutiens socialistes, d’ailleurs timorés, le délaisseront sans vergogne.

Donc, le premier tour se jouera à 4 ou 5. Plus que jamais, et c’est très bien pour la démocratie, la campagne sera déterminante pour le résultat du scrutin. Avec un peu de chance, nous bénéficierons même d’une participation record…

Complémentaires santé: Fillon et Mélenchon, un même combat suicidaire?

La santé est devenue un thème pivot de la campagne électorale, une sorte de marqueur autour duquel les candidats à la présidentielle tournent pour se positionner dans l’opinion publique. Et, de façon assez inattendue, tous les candidats ont rejoint une thématique centrale: le renforcement du rôle dévolu à la sécurité sociale, et la mise en coupe réglée des organismes complémentaires. Sur ce point, une sorte d’unanimité a fini par se dégager, de Mélenchon à Fillon.

Mélenchon sur une ligne radicale

Dans cette unanimité, Mélenchon est le candidat le plus radical. Il propose une pure et simple absorption des organismes complémentaires par la sécurité sociale, qui rembourserait ainsi 100% des dépenses de santé.

Au passage, on relèvera que cette proposition comporte une double bizarrerie.

D’une part, elle rejoint les thèmes défendus depuis longtemps par le Conseiller d’Etat Didier Tabuteau, financé par les laboratoires pharmaceutiques. Que Mélenchon se fasse l’apôtre d’une conception défendue par la nomenklatura et par le grand capital illustre bien la fragilité idéologique de la « France insoumise ».

D’autre part, ce que Mélenchon propose, c’est la remise en cause de l’histoire mutualiste en France et la fermeture d’une parenthèse vieille de deux cents ans où les prolétaires s’organisaient sans intervention de l’Etat pour assurer leur propre protection. Cette fascination pour l’Etat omnipuissant illustre là encore le rôle supplétif que l’extrême gauche en France joue dans la mise sous tutelle des petites gens par une technostructure de plus en plus déconnectée de la réalité.

Fillon sur la même ligne, mais à la traîne

De son côté, François Fillon se serait rangé à l’idée d’une « autorité » qui contrôlerait l’activité des organismes complémentaires. Certains suggèrent que cette idée lui serait venue du lobbyiste Frédéric Bizard, lui aussi soutenu par l’industrie pharmaceutique. Celle-ci craint en effet les baisses de prix qui lui sont imposées par les complémentaires santé, notamment à travers les réseaux de soins.

Pourquoi Fillon, partisan de réformes plutôt libérales, se prononce-t-il en faveur d’une étatisation rampante de la santé et des organismes qui ne sont pas encore sous la tutelle de l’Etat? Il faudra un jour éclaircir ce sujet, mais une explication est tentante: sur ces sujets techniques, le candidat Fillon cède à la facilité d’un recours à la technostructure qui l’entoure et qui guide sa main. Le même sujet se pose avec Donald Trump aux Etats-Unis: il ne suffit pas de vouloir rompre avec les élites pour y parvenir. Encore faut-il savoir les « enjamber » pour concevoir un projet, et c’est ici que les problèmes commencent.

Dans le cas de Fillon, il est très probable que l’entourage soit à pied d’oeuvre pour récupérer, dans les détails des projets, le terrain perdu dans la conception globale du programme.

Une ligne suicidaire pour la santé

La ligne très « pro-sécurité sociale » qui se dégage à l’horizon des présidentielles pose un véritable problème, tant elle est à rebours du bon sens. Tous les indicateurs les plus évidents montrent en effet que les gigantesques machines sanitaires mises en place par les Etats (en France, comme en Grande-Bretagne) sont frappées par des problèmes de taille.

Le gigantisme sanitaire qui sévit en France, avec des hôpitaux toujours plus grands, à la gestion toujours plus complexe, avec des processus de mises de médicaments sur le marché toujours plus obscurs, plus incertains, est producteur de graves défauts. Les hôpitaux sont des gouffres pour les patients qui s’y jettent et des machines à broyer les bonnes volontés des personnels qui y travaillent.

Dans la pratique, ces machines qui soignent mal coûtent toujours plus cher. La complexité de gestion multiplie les frais et les coûts de coordination de façon exponentielle. Cette réalité touche autant les hôpitaux que la médecine de ville, où les professionnels sont soumis à une bureaucratisation galopante qui constitue un puissant levier de désincitation.

Déserts médicaux, hôpitaux en situation de rupture, médicaments dangereux mais remboursés, médicaments utiles non remboursés, la sécurité sociale est un désastre. Face à la concurrence qui interroge ses défauts, elle se rebiffe en se proposant d’absorber ses concurrents. La démarche est classique, mais il est étonnant de voir les candidats à la présidentielle épouser ce mouvement, voire le précéder!

Le chant du cygne pour la gestion du risque en France

On ajoutera que la mise sous tutelle, voire la disparition des organismes complémentaires, sont une aberration économique.

Si la sécurité sociale ne rembourse pas les frais à 100%, c’est pour une bonne raison. Toute assurance (cela vaut pour la maladie comme pour le reste) suppose en effet une participation de l’assuré à la gestion du risque. Si l’assuré transfère la totalité du risque à l’assureur (la fameuse phrase entendue dans le métro: j’ai payé des cotisations donc j’ai droit à 3 mois d’arrêts maladie par an), plus aucun mécanisme ne le pousse à réduire le risque. C’est pour cette raison qu’il existe des franchises en cas d’accident de voiture, et des jours de carence en cas de maladie.

Sans cette participation de l’assuré à la gestion du risque, l’assurance maladie s’interdit en effet de « mitiger » le risque, comme disent les Anglo-Saxons, c’est-à-dire de le réduire. Ce processus est parfaitement connu et très simple à comprendre.

Dès lors que la sécurité sociale assurera 100% du risque et non 75% comme aujourd’hui (sauf pour les maladies graves, bien entendu), les dépenses maladie grimperont de façon incontrôlable et obligeront à des plafonnements injustes de remboursement, comme cela existe déjà depuis Marisol Touraine (notamment pour les dépassements d’honoraires).

La mort des entreprises françaises

Précisions, bien entendu, que cette mesure obligera à réintégrer, sous forme de cotisations, les 30 milliards de cotisations encaissés aujourd’hui par les complémentaires santé.

Rappelons ce simple chiffre! il faut plus de 250 milliards d’euros à la sécurité sociale pour rembourser 75% des dépenses de santé. Il faut 30 milliards d’euros, c’est-à-dire neuf fois moins, pour rembourser 25% des dépenses. Cherchez l’erreur quand certains soutiennent que les complémentaires santé coûtent plus cher que la sécurité sociale.

Dans la pratique, l’assurance maladie coûtera immédiatement 30 milliards de plus qu’aujourd’hui, soit une hausse de cotisations de 15%.

Très vite, l’inflation des dépenses qui interviendra causera un véritable désastre, dont le coût sera supporté par les entreprises.

Et là est le paradoxe. Les entreprises françaises sont celles qui, au monde, supporte le coût le plus élevé de participation à la solidarité collective. Cette folie explique déjà un grand nombre de délocalisations et cause un chômage massif. Au lieu de revenir sur cette logique suicidaire, les candidats à la présidentielle proposent de la doper pour achever définitivement tout optimisme en France.

Si c’est pas du populisme, ça…

La violence politique, ce vieux mythe encore tenace de la gauche

Sur France Inter, un auditeur a ouvertement appelé à la violence politique contre Manuel Valls, en affirmant que 66 millions de Français partageaient l’envie d’un jeune militant breton de gifler le Premier Ministre. Ces propos, prononcés sur une antenne du service public, en disent long sur une vieille manie qui continue à sévir à gauche: la banalisation très sélective de la violence collective vis-à-vis de quelques boucs-émissaires jugés peu fréquentables, et généralement taxés de libéralisme ou de conservatisme.

La violence, l’ultime ersatz d’une Révolution romancée

Dans l’imaginaire de la gauche, on trouve d’abord la Révolution, mais sous sa forme romancée: celle d’une violence exprimant l’intérêt général et balayant tous les conservatismes sous son passage. De cette nostalgie pour un ordre politique fondé sur la brutalité collective, le député socialiste André Laignel avait bien exprimé la quintessence en 1981 en déclarant: « Vous avez juridiquement tort car vous êtes politiquement minoritaire ».

Que l’Etat de droit soit un faux nez, qu’il puisse être tordu au gré des majorités politiques, qu’au fond les Droits de l’Homme soient une façade auquel le désir de la majorité du moment puisse faire violence, telle est l’idée qui traverse la gauche en profondeur et qui structure une bonne partie de sa doctrine. Au nom de cette relativité du droit par rapport à l’expression de la volonté générale, ou ce qu’on prétend qu’elle soit, il est toujours possible de recourir à la violence comme arme d’intimidation vis-à-vis des opposants.

On ne sera donc pas surpris d’entendre un quidam de gauche appeler à la violence au nom des 66 millions de Français, c’est-à-dire de la volonté individuelle projetée comme générale, qui peut tout, y compris violer dans une logique très marxiste-léniniste les libertés fondamentales. Le temps n’est pas si loin où une partie de la gauche présentait ces libertés comme une résurgence petite bourgeoise entravant le triomphe du prolétariat et de sa dictature.

Des leaders comme Filoche maintiennent cet ersatz vivant

S’agissant de Manuel Valls, supposé incarner l’ultra-libéralisme et la tyrannie (alors qu’il est probablement le candidat qui prône le plus de protections nouvelles pour les salariés dans la campagne de la primaire), il faut reconnaître que le fantasme de la volonté générale le détestant a bénéficié d’un fort soutien au sein de son propre parti.

On citera ici Martine Aubry qui, en février 2016, avait dit, au sujet de Manuel Valls: « Trop, c’est trop!« . Mais Gérard Filoche n’est pas en reste, lui qui a déclaré à la télévision que la candidature de Valls à la primaire était « à gerber« . Comment un militant de base aurait-il pu ne pas entendre dans cette phrase un appel à la violence contre un candidat campé en ennemi de l’intérêt général. Et comme chacun le sait, l’intérêt général peut tout, à commencer par la destruction physique des dissidents qui s’opposent à elles.

C’est ainsi que de grands apôtres de la démocratie peuvent, en toute bonne conscience, propager une idéologie totalitaire.

La gifle est devenue la quenelle de gauche

Dieudonné et l’extrême droite nationaliste ont la quenelle, comme geste préfigurant un acte de violence. Les spectateurs récents du débat Soral-Conversano animé par Dieudonné ont eu une belle illustration de ce que cette violence pouvait produire.

La gauche dénigre la quenelle, mais elle lui préfère la gifle. Entre l’éloge courant de la « claque » dans le visage sur les réseaux sociaux par des militants du Front de Gauche ou de l’aile gauche du Parti Socialiste, et la frénésie de la quenelle, on ne trouvera d’ailleurs de différence que dans le geste. Sur le fond, la conception finale de la démocratie est la même: la parole n’est libre que dans la mesure où elle est validée par l’idéologie dominante. Toute pensée alternative doit en revanche être sévèrement combattue.

Hier, c’est Manuel Valls qui en a fait les frais. Il ne faut jamais oublier que le même sort attend toutes les minorités politiques en cas de victoire de ces adeptes de la tyrannie officielle. L’exercice du pouvoir permet d’ailleurs de donner au moins 50 nuances à la gifle: depuis l’intimidation discrète jusqu’à la violence directe, en passant par les campagnes de dénigrement public.

Sous toutes ses formes, la violence collective demeure un réflexe encore vivant chez tous les donneurs de leçon de gauche, toujours aussi fâchés avec la tolérance.