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Auteur : Eric Verhaeghe

Quand la France Insoumise défend les magouilles syndicales

La France Insoumise vient de donner l’exemple de son approche ahurissante des dossiers sociaux (avec ses postures post-marxistes déconnectées de la réalité). Le débat à l’Assemblée Nationale sur l’article 2 de la loi d’habilitation a ainsi donné lieu à une sortie mal avisée d’Alexis Corbière sur le chèque syndical, où l’on mesure toute la propension des mélenchonistes pour les magouilles syndicales.

Les ordonnances sur le code du travail ont un mérite: elles abordent des sujets maintenus tabou jusqu’ici, comme le chèque syndical. Cette invention de Claude Bébéar, alors président d’Axa, visait à structurer le dialogue social en abondant le salaire par un montant équivalent à une cotisation syndicale. Libre au salarié de choisir le syndicat qu’il souhaite ainsi soutenir.

Dans l’esprit d’un Bébéar, il s’agissait d’encourager l’engagement syndical et de favoriser l’adhésion aux organisations. Les enjeux étaient bien connus: plutôt que d’avoir des syndicats croupions financés par des détournements de fonds ou des pratiques régulièrement contestées (notamment dans des comités d’entreprise comme Air France, EDF ou  la SNCF), mieux valaient des syndicats financés de façon transparente et au service d’une cause commune.

La France Insoumise et les magouilles syndicales

Selon un contresens complet dont seule la France Insoumise à le secret, Alexis Corbière, député mélenchoniste du 93 (par ailleurs attaqué sur sa domiciliation dans un logement social de la Ville de Paris), a produit de superbes post-vérités en expliquant que le chèque syndical… expliquait l’affaire UIMM.

Or, si le chèque syndical a vu le jour, c’est bien pour rendre inopérantes des pratiques comme celles de l’UIMM à l’époque. Si les employeurs versaient des sommes en liquide aux organisations syndicales, c’était en effet pour combler un déficit de financement par ailleurs. Pendant de nombreuses années, les patrons se sont engouffrés dans cette brèche pour mettre en balance la signature d’accords avec le financement des organisations.

Le chèque syndical permet précisément de sortir de ces pressions. Il assure aux organisations syndicales des financements décidés par les salariés sans intervention des employeurs.

Manifestement, sous couvert de lutter pour l’indépendance syndicale, la France Insoumise tient à préserver un système de magouilles où les employeurs peuvent faire pression sur les syndicats de salariés.

Macron ou la victoire tardive du souverainisme germanophobe

Emmanuel Macron est-il devenu germanophobe? S’il a renoncé à la traditionnelle interview du 14 juillet… il l’a remplacée par une interview à la presse allemande et à Ouest-France. Le discours qu’il y tient est marqué par un fort glissement souverainiste où certains pourraient voir de la germanophobie.

C’est un peu l’ironie de l’histoire. Emmanuel Macron s’exprime le 13 juillet dans la presse allemande (et dans les colonnes de Ouest-France). Les propos qu’il tient lui vaudraient une belle volée de bois vert, s’ils avaient été tenus deux ou trois ans auparavant.

Emmanuel Macron ne se gêne en effet pas pour dire les choses qui fâchent sur ce fameux couple franco-allemand dont l’élite française nous rebat les oreilles avec un dogmatisme qui frise l’hystérie. En particulier, pour le Président français, l’Allemagne joue en Europe un jeu non coopératif.

Selon lui, la prospérité allemande provient largement d’un profit qu’elle tirerait des dysfonctionnements de l’euro. Ce disant, il rejoint d’un coup le discours de tous ceux qui appellent à un examen rationnel de la construction européenne, loin des clichés colportés par la pensée dominante sur l’obligation d’être un europhile béat et un adorateur de l’amitié franco-allemande.

Macron à front renversé avec son électorat

L’évolution du langage mérite d’être signalée. Il y a quelques semaines encore, Macron faisait campagne en soutenant des idées contraires à celles-là. L’essentiel de son élection, le Président français la tient d’une attaque en règle contre toute forme de souverainisme, jugé rétrograde, et d’une idéalisation complète de la construction européenne.

À l’usage, on s’aperçoit que, pour le Président français, la réalité est plus complexe. Macron est européen et, « en même temps », il partage les idées souverainistes d’une construction de l’Europe déséquilibrée, dont l’Allemagne sort vainqueur.

Combien, pour avoir tenu ce même discours, n’ont pas été accusés de germanophobie primaire? Ceux-là savourent aujourd’hui l’étrange retournement macronien.

Oui, il faut parler du rôle de l’Allemagne

On rendra grâce, ici, à Emmanuel Macron, de rompre l’omerta instaurée par les élites françaises sur la vraie nature du comportement allemand en Europe.

D’ordinaire, le bien-pensant dominant français interdit toute forme de pensée critique vis-à-vis de la domination allemande en Europe. C’est tout juste si on a le droit d’en parler. Dans tous les cas, il est de bon ton de prêter à l’Allemagne un angélisme auquel elle-même n’a jamais prétendu.

Bien entendu que la stratégie allemande dans le concert européen est dictée par une défense bien comprise de ses intérêts. Cette défense passe régulièrement par des postures égoïstes et, au besoin, unilatérales. On l’a vu sans ambiguïté sur l’affaire des réfugiés, qu’Angela Merkel a décidé d’appeler sans consulter ses partenaires. La conséquence de cette attitude est bien connue: la gestion de la crise des réfugiés met l’Europe au bord de l’implosion.

Il ne s’agit donc pas de diaboliser l’Allemagne ni de lui prêter une malice congénitale qui vaudrait condamnation. Il s’agit seulement de constater que la vision de l’Europe portée par l’Allemagne, de la crise grecque à la crise ukrainienne en passant par la crise des réfugiés, se réduit souvent à un court-termisme germano-centré dont l’impact sur la cohésion du continent est dangereux.

Les élites parisiennes sont coupables d’interdire cette lucidité au nom d’une amitié franco-allemande qui se transforme, au fil du temps, en effacement consenti de la nation France. La première victime de cette pensée unique n’est autre, en effet, que l’Europe elle-même, dont la construction rendue bancale par l’égoïsme allemand bat dangereusement de l’aile.

L’impasse de la stratégie macronienne

Il reste à Emmanuel Macron à franchir une étape supplémentaire. Face au constat des dangereux déséquilibres internes à l’Europe, le Président continue en effet à penser selon le mode platonicien mal ajusté des élites françaises. Pour celles-ci, l’Allemagne ne peut vouloir consciemment le mal. Il suffit donc de lui expliquer ce qui ne va pas pour qu’elle corrige son comportement. Donc qu’elle accepte une révision des traités.

Ce raisonnement naïf trahit le manque de maturité politique de nos décideurs.

Angela Merkel n’a en effet pas attendu Emmanuel Macron pour découvrir ce que les Allemands savent depuis la réunification et dont ils se repaissent avec délectation. L’Allemagne est la première puissance européenne et elle use et abuse de ce rang pour tirer profit de la construction communautaire. Disons même que ce qu’on appelle l’Union Européenne est un édifice germanocentré, une vaste division continentale du travail qui assure la prospérité de ce qu’on appelle couramment l’Allemagne.

Le traité de Maastricht n’est pas autre chose que l’expression de ce germanocentrisme. Il a obligé tous les pays de l’Union à se plier à une logique monétaire et budgétaire qui a fait la prospérité de la Prusse progressivement élargie à des territoires anciennement sous influence française, et qui ont fini en 1870 par s’appeler l’Allemagne.

Par une étrange ignorance française, le rappel simple et indispensable de cette histoire récente, qui permet de comprendre que la France est millénaire et l’Allemagne séculaire, est vécu comme une ignominie. Nous gagnerions pourtant à replacer l’histoire de l’Union Européenne dans son contexte: celui de la construction, sous diverses formes depuis un siècle et demi, d’un projet impérial prussien qui se heurte systématiquement à la paix des nations. Mis en veilleuse entre 1948 et 1991, ce projet a repris vie et espoir depuis vingt-cinq ans avec les tensions que l’on sait.

Attendons la prochaine interview du président Macron pour l’entendre de sa bouche.

Emmanuel Macron

Jamais je n’ai reproché à l’Allemagne d’être compétitive. Mais une partie de la compétitivité allemande est due aux dysfonctionnements de la zone euro, à la faiblesse d’autres économies.

Emmanuel Macron

Il faudra des changements de traités parce que cette Europe est incomplète

Édouard Philippe en voie de cornérisation fiscale

Édouard Philippe, parce qu’il multiplie les déclarations sur le niveau de prélèvement fiscal l’an prochain, s’achemine doucement vers une cornérisation en beauté. On ne se demande plus seulement s’il est aux ordres d’Emmanuel Macron, mais s’il maîtrise ses sujets.

Il y a une semaine, Édouard Philippe annonçait, dans sa déclaration de politique générale, que le calendrier fiscal n’était pas encore fixé, sauf pour ce qui concernait la hausse de la CSG. La version qu’il donne aujourd’hui de cette déclaration supposée être fondatrice semble floue. On retient que l’arbitrage sur la stratégie fiscal n’était pas connu il y a une semaine.

Pour une déclaration de politique générale, ce flou fait quand même tache.

Samedi dernier, après que la polémique est arrivée sur le manque de volontarisme fiscal du gouvernement, le Premier Ministre a annoncé une baisse de 7 milliards € de prélèvements obligatoires trouvés sous les sabots d’un cheval. Finalement, on a compris que cette baisse était une simple confirmation de mesures arbitrées ou prévues sous Hollande.

Le lendemain, Bruno Le Maire expliquait depuis Aix-en-Provence qu’il fallait accélérer et proposer dès 2018 des baisses d’impôts. Dans la foulée, on apprenait que dimanche après-midi Emmanuel Macron avait arbitré en faveur d’une suppression de la taxe d’habitation.

Aujourd’hui, Édouard Philippe explique aux Échos que les prélèvements baisseront de 11 milliards € en 2018. Ou comment, en une semaine, l’ambition gouvernementale a pu varier de 0 à 11 milliards, comme si ces décisions étaient anodines ou ne concernaient que l’écume des choses.

Le grand bazar des économies

Pour réduire les impôts et tenir le pari du 3% de déficit, il faut baisser les dépenses. Mais comment faire?

Là encore, le gouvernement paraît curieusement succomber à une impréparation, alors même que la Cour des Comptes a rendu des préconisations précises.

La semaine dernière, le ministre des Comptes Publics Gérald Darmanin a annoncé de premières mesures non chiffrées: le rétablissement du jour de carence, et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Mais on ne sait pas combien ces mesures rapporteront. On a juste une certitude: elles ne suffiront pas.

Dans la foulée, Darmanin a annoncé des consultations tous azimuts et des revues de dépenses pour savoir où taper. Il paraît même que se tiendront à l’automne des états généraux de la fonction publique. Le calendrier surprend, car il semble déconnecté de l’urgence qu’il y a à baisser les dépenses.

Parallèlement, les premiers arbitrages sont tombés, avec des coupes sombres dans le budget de la Défense ou de la Justice. Le Premier Ministre explique que ces mesures ne poseront pas de problème. On est un peu sceptique, et on se demande même dans quelle mesure Édouard Philippe mesure la portée de ses décisions.

Dans la pratique, la question est quand même embarrassante: le gouvernement a-t-il ou non une stratégie pour le pays, ou rend-il des décisions au fil de l’eau, sans cohérence, comme toutes les équipes qui l’ont précédé?

Le malaise Philippe

Au final, une question apparaît en filigrane, délicate à poser et peut-être prématurée, mais qu’on sent poindre, inexorable: Édouard Philippe est-il vraiment l’homme de la situation. Sous ses airs de bourgeois bien éduqué, derrière sa plastique avantageuse, de quoi l’homme est-il porteur?

Manifestement pas d’une vision stable et profonde, en tout cas.

Édouard Philippe

Habituellement, les arbitrages fiscaux se font en août, et lors du discours de politique générale, qui porte sur la politique des années à venir, j’avais volontairement laissé ouvertes certaines questions sur le rythme des baisses d’impôts, comme par exemple pour la taxe d’habitation. Mais dans le courant de la semaine dernière, avec le président de la République, nous avons décidé d’accélérer ce rythme, afin de maximiser les effets économiques de cette stratégie.

Édouard Philippe

Quant aux 850 millions évoqués pour 2017, il s’inscrit dans le cadre de l’effort interministériel, mais préserve les capacités d’action de la défense. Au final, le budget des Armées pour 2017 sera conforme à ce qui était prévu en loi de finances initiale pour 2017.

Budget de la Défense: Bercy, ce nid de traîtres à la nation

On vient d’appendre que le budget de la Défense serait amputé de 850 millions €, soit 20% des efforts budgétaires de l’année. Pourtant, le candidat Macron avait promis un budget de la Défense équivalent à 2% du PIB à l’horizon 2025. Bercy, grand ennemi de la défense de la Nation?

Il est vrai que la France est simplement en guerre, même si les planqués de Bercy ne le voient pas. Entre les interventions au Mali et en Syrie, jointes à la surveillance du territoire dans le cadre de l’état d’urgence, nos militaires ne chôment pas. Pourtant, alors que les alarmes sur les tensions budgétaires se sont multipliées ces derniers mois, Bercy vient d’imposer à Florence Parly, ministre des Armées, un arbitrage suicidaire: 850 millions d’économies. La Défense serait la première contributrice à l’effort budgétaire cette année.

Pendant ce temps, on attend de connaître l’effort que Bercy consent sur ses propres moyens. Bercy qui ne participe pas à l’effort de Défense, bien entendu.

Faut-il supprimer Bercy?

Question, donc: Bercy joue-t-elle le rôle de la cinquième colonne, abaissant systématiquement les moyens de la Défense pour affaiblir le pays dans la perspective d’un conflit? Au vu des arbitrages rendus depuis plusieurs années, la question mérite d’être posée.

On le voit bien, la logique à l’oeuvre à Bercy consiste à faire porter par la Défense l’essentiel de l’effort budgétaire, comme si l’armée ne servait à rien. Dans l’esprit bercyen moyen, l’enjeu, ce sont les transferts sociaux, l’emploi des fonctionnaires, les interventions dans une série de domaines obscurs. En revanche, la Défense, c’est obsolète.

Bercy victime du mainstream mondialiste?

Derrière ces arbitrages malheureux, se pose la question du mondialisme béat de la technostructure française. Aux yeux des hauts fonctionnaires de Bercy, la France est une idée dépassée, et la puissance française un souvenir moisi à jeter aux oubliettes. Rien ne remplacera jamais, dans cette doctrine, les bienfaits de l’État-Providence. La puissance américaine est supposée pourvoir au reste.

Combien de hauts fonctionnaires ne sont-ils pas convaincus aujourd’hui que le format parfait pour la France consiste à se débarrasser de nos possessions ultramarines (Corse comprise), à se concentrer sur la prise en charge de la pauvreté (pour l’accroître subrepticement, bien entendu), et à beugler des credos mondialistes? Cette idée-là est majoritaire, et laisse peu de place à la Défense.

D’ailleurs, la ministre des Armées, Florence Parly, ancienne secrétaire d’État au Budget, est aujourd’hui ministre des Armées pour accomplir cette mission toute collaborationniste. Le choix n’était donc pas symbolique.

Une question se pose: le relèvement du pays peut-il avoir lieu avec Bercy?

On en doute. Le renouvellement commence probablement par la remise au norme de cette pépinière qui n’aime pas l’esprit patriotique.

Le gouvernement pas fringant sur la voie des ordonnances

Le gouvernement s’est engagé sur la voie des ordonnances avec de vrais points de faiblesse auxquels il faudra accorder une vigilance particulière. En particulier, la capacité politique de la ministre du Travail à tenir le débat paraît discutable face à une France Insoumise particulièrement en forme.

La première journée de débat dans l’hémicycle sur les ordonnances de la loi Travail n’a pas manqué d’inquiéter les observateurs avisés. C’est une ministre mal assurée, très rivée à ses notes, très centrée sur des positions techniques, qui est apparue. Pour un peu, on aurait dit un directeur des relations sociales d’une grande entreprise en pleine négociation d’un accord sur la durée du travail avec des syndicalistes turbulents.

Face à elle, Muriel Pénicaud voit se dresser un groupe France Insoumise qui avance en ordre structuré, avec des orateurs qui ont préparé leurs interventions et qui ne cèdent pas un pouce de terrain. Leur stratégie d’obstruction consiste à demander d’amender chaque article du texte en le truffant de mentions contraires à l’intention politique du gouvernement. Face à eux, il est évident que le gouvernement manque d’un répondant politique à la hauteur.

Le gouvernement doit-il s’apprêter à une victoire parlementaire mais à une défaite politique?

Pour Emmanuel Macron, ce manque d’envergure politique d’une ministre par ailleurs affaiblie par les affaires constitue un risque majeur. Muriel Pénicaud laisse aujourd’hui le champ politique libre à une contestation sur le fond même de la réforme, et c’est un risque majeur.

En effet, les sondages d’opinion montrent que les Français n’ont pas forcément compris la réforme qui se prépare. En choisissant la voie de l’ordonnance, le gouvernement saute l’étape de l’explication politique. Il est donc vital à long terme que le gouvernement explique clairement ses intentions et ses ambitions lors du débat parlementaire.

Or qu’avons-nous à la place de ce processus salutaire? une ministre qui ramène tout à des considérations techniques et qui pense donc le processus démocratique comme un processus d’entreprise. Là où il faudrait une vision, on a des explications.

Le risque est évidemment de confier la vision à l’opposition, en l’espèce à la France Insoumise, qui martèle des idées simples à comprendre. Celles-ci percoleront tôt ou tard dans l’opinion: la réforme est voulue par le MEDEF et ne sert que lui.

Macron a tort de mépriser le fait parlementaire

On comprend pourquoi le gouvernement se met dans cette situation. Emmanuel Macron, en bon inspecteur général des finances, méprise la démocratie parlementaire et la représentation nationale. Formaté par l’ENA, il la rend responsable de tous les maux et de toutes les faillites françaises.

Fort de ce mépris, il a donc sous-estimé les forces nécessaires à mettre dans la bataille à mener à l’Assemblée Nationale. Pourtant, même pour une loi d’habilitation, il faut convaincre.

Cet oubli risque de lui coûter cher.


Ordonnances travail: les derniers rebondissements

Peu à peu, le contenu des ordonnances se précise. Voici un rapide tour d’horizon des précisions données par le gouvernement.

L’Assemblée Nationale entame aujourd’hui les premiers débats sur les ordonnances après une série d’auditions jugées trop courtes par les intéressés. Certains, comme FO, en ont profité pour redire leur volonté de renforcer les branches au détriment des entreprises. Au final, dans certains domaines, rien n’exclut que le résultat soit celui-là, mis à part quelques domaines du contrat de travail qui serait défini en entreprise par accord collectif.

Durant les mêmes auditions, les organisations patronales ont pour leur part demandé une réforme rapide et souhaitent donc que le gouvernement respecte son calendrier.

L’instance unique prend forme

Dans cet ensemble, le gouvernement a d’ores et déjà rassuré les organisations syndicales en faisant savoir que l’instance unique qui remplacera les institutions représentatives du personnel aura la personnalité juridique et la capacité d’agir en justice. Même s’il ne s’agissait pas d’un « vrai sujet », cela va mieux en le disant.

Compte pénibilité: le gouvernement arrondit les angles

Du côté du compte pénibilité, le gouvernement a écrit ce week-end aux organisations syndicales pour leur faire savoir quel serait le contenu de la réforme.

Dans la pratique, le gouvernement entend modifier quatre critères: le port de charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les risques chimiques ne donneront plus lieu à une comptabilité individuelle. En revanche, en cas de maladie professionnelle et d’incapacité à au moins 10%, les intéressés pourront faire valoir l’exposition à la pénibilité pour liquider leur droit à la retraite anticipée.

Dans le même temps, le gouvernement supprime deux contributions patronales mises en place pour financer le dispositif. Celui-ci devrait être assumé par la branche accidents du travail, qui est excédentaire.

Les organisations patronales se sont félicitées de ces mesures de simplification. La CFDT a regretté la disparition des taxes et la CGT a protesté, notamment sur les conditions d’annonce des mesures. Il a en outre revendiqué la reconnaissance du burn out comme facteur de pénibilité, ce qui permettrait d’intégrer toutes les entreprises dans le dispositif.

La barémisation des indemnités devrait tendre l’ambiance

Pour le reste, les organisations syndicales restent sur leur garde, dans la mesure où la concertation n’est pas terminée. Restent en particulier les séances consacrées à la « sécurisation », c’est-à-dire au licenciement, qui auront lieu dans les quinze jours qui viennent.

Sur ces points, notamment sur la barémisation des indemnités de licenciement, des tensions fortes pourraient apparaître entre le gouvernement et les organisations syndicales.

Didier Porte, FO

La négociation collective ne doit pas être mise au niveau de la loi, le juge doit garder des marges de manœuvres pour voir si l’accord d’entreprise doit ou non être validé

Philippe Martinez, CGT

« Il y a des suicides dans des entreprises dont on dit que le métier n’est pas pénible. Il faut une vraie réflexion sur le travail. Il faut un vrai débat national sur le travail »

Les prévisions de Marisol Touraine sur le trou de la Sécu étaient trop optimistes

En son temps, Marisol Touraine avait claironné qu’en 2017, le « trou de la Sécu » aurait disparu. La Commission des comptes de la sécurité sociale vient de dire le contraire: le déficit s’est accru par rapport aux prévisions.

À l’automne dernier, Marisol Touraine avait déclaré: « Le régime général, qui affichait 17,4 milliards de déficit en 2011, sera à 400 millions de l’équilibre. Pour un budget de 500 milliards, c’est l’épaisseur du trait. »

Manifestement, l’épaisseur du trait est quand même suffisante pour sauter aux yeux de tout le monde, et c’est une mauvaise nouvelle pour le gouvernement. Celui-ci sera en effet acculé à trouver de nouvelles économies.

Le trou de la sécu en 2016 plus important que prévu

C’est en examinant les comptes 2016 que l’inquiétude est venue. Les prévisions de la loi de financement de la sécurité sociale se révèlent aujourd’hui trop optimistes. Elles ont surévalué les recettes assises sur les revenus d’activité.

Du coup, les chiffres pour 2016 sont moins bons que prévu, et laissent craindre le pire pour 2017. Le déficit général est supérieur de 700 millions€ aux prévisions. Si l’on y ajoute le fameux Fonds de solidarité vieillesse (FSV) qui prend en charge les plus petites retraites, l’écart par rapport aux prévisions atteint 1,3 milliards€.

Autant d’argent à trouver en plus, en perspective, pour 2017. La constante hausse du chômage contribue en effet à dégrader les comptes de la sécurité sociale.

Il est bien probable que le gouvernement ne soit pas au bout de ses peines.

On n’est pas bien sûr d’avoir compris le plan climat de Nicolas Hulot

Nicolas Hulot a présenté un plan climat supposé déployer la stratégie écologique de la France. Mais, en le lisant, on a plus l’impression de découvrir une novlangue mystérieuse qu’une politique structurée. La communication y a manifestement remplacé la politique.

En présentant son plan climat, Nicolas Hulot a soulevé un certain nombre de questions sur son ambition politique. En creux en effet, c’est le rôle de l’État qui est interrogé, et surtout cette manie très française de s’assigner des obligations de moyens sans être tenu par une logique de résultats.

Le plan climat et son volontarisme…

Facialement, le plan climat ne manque pas d’ambition, avec son foisonnement de mesures qui donne le sentiment d’un large tour d’horizon, ponctué d’expressions fortes. On y trouve pas moins de 23 axes qui sonnent bien en termes de communication.

Au-delà des mots, que signifient ces axes? Par exemple, l’axe n°20 propose de « renforcer l’ambition climatique de l’Europe ».  On y lit des phrases comme: « La France s’engage également à rassembler une coalition d’États membres disposés à renforcer sans attendre leur action nationale et supranationale sur l’atténuation, notamment en matière de tarification du carbone, mais également sur l’adaptation, la finance climat et le renforcement de capacité et à atteindre la neutralité carbone au niveau national aussi tôt que possible au cours de la deuxième moitié du siècle. »

Quelle est la portée exacte de cet axe? On comprend bien que le gouvernement annonce une ambition, une volonté. Mais quels objectifs concrets se fixe-t-il? C’est un peu vague.

… qui soulève quelques questions concrètes

Dans quelle mesure cet enchaînement de promesses cache-t-il une immense résignation face aux dérèglements écologiques? En filigrane, la rédaction du plan climat pose quand même la question.

Par exemple, l’axe 19 propose de s’adapter au changement climatique. Dans la pratique, cet axe se résume à une seule mesure: l’augmentation des financements visant à préparer certains territoires, notamment en outre-mer, au réchauffement climatique.

De combien sera cette augmentation? Pas un mot dans le plan.

L’extrême frilosité de Nicolas Hulot sur la question du nucléaire

Derrière les tralalas très bobos sur les plateformes de consultations dans tous les sens, le plan climat compte quand même un immense silence très gênant: la France n’explique pas son ambition sur son mix énergétique. Autrement dit, le plan climat ne dit pas un mot du nucléaire et n’explique pas clairement comment sera produite l’électricité dans la France de demain.

Certes, Nicolas Hulot annonce une stratégie à bas carbone qui prévoit la fermeture des centrales électriques à charbon. Certes, le plan prévoit la montée en puissance de l’énergie renouvelable. Mais il n’exclut pas, mécaniquement, un développement de l’énergie nucléaire.

On a tous bien compris, en lisant le Canard Enchaîné, qu’EDF avait financé la Fondation Hulot et avait ainsi coupé les ailes du futur ministre. Reste que le plan climat semble étrangement silencieux sur un sujet pourtant critique.

Au-delà des voeux pieux, Nicolas Hulot sait-il où il va?

On pourrait ici égrener, page après page, les promesses ou les annonces non chiffrées qui occupent un terrain fait de sable mouvant et y multiplient les incantations sans toucher à l’essentiel. Partout, Nicolas Hulot propose des mobilisations, des consultations, mais il garde le silence sur les résultats qu’il attend et il conserve un silence gêné sur l’essentiel: le maintien en l’état de la part du nucléaire à l’horizon des années 2050, dont on voit mal comment il sera financé. Les centrales françaises sont en effet, comme toutes les autres, inscrites dans la manie de l’obsolescence programmée. Et Nicolas Hulot ne nous dit pas par quoi ou comment il entend les remplacer.

La France se mobilise pour une adoption rapide des décisions législatives de mise en œuvre du cadre énergie climat 2030, dans une optique ambitieuse, à la fois sur le système d’échanges de quotas et la décision sur le partage de l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La France se mobilisera également pour que l’Union européenne, par son leadership, initie le mouvement du relèvement de l’ambition de ses objectifs de réduction des émissions, à la lumière des conclusions du dialogue de facilitation prévu en 2018. Elle s’attachera à faire valoir l’intégration des enjeux climatiques dans toutes les politiques européennes : politique énergétique, mais également politique agricole commune, politique des transports, politique de la recherche et de l’innovation, fonds européen de développement, etc. Elle fera valoir l’indispensable orientation des financements européens au profit de politiques durables et résilientes vis-à-vis du changement climatique et du déploiement systématique d’investissements bas-carbone ainsi que, plus globalement, leur cohérence avec la transition bas-carbone et l’adaptation au changement climatique.

La France augmentera ses financements dédiés à l’adaptation de ses territoires et de son économie pendant le quinquennat pour agir dans les territoires métropolitains et d’outre-mer sur la prévention des impacts du changement climatique, la résilience et la mobilisation des solutions d’adaptation basées sur la nature.

La lutte contre le changement climatique demande des mutations économiques importantes. Réduire les émissions de gaz à effet de serre dans un monde en croissance exige d’innover dans nos moyens de production, en particulier d’énergie, pour découpler performance économique et émissions de gaz à effet de serre. La recherche est l’une des clés et la France, qui regorge de talents, a les atouts pour devenir un pôle d’attractivité mondiale. Le développement des technologies vertes nécessitera des capitaux importants, que la place financière de Paris pourra fournir en devenant la référence mondiale en matière de développement durable. Enfin, l’État agira pour simplifier, faciliter et encourager le déploiement des filières vertes utiles à la lutte contre le changement climatique (génie écologique, biomimétisme…).

Paquet de cigarettes à 10 €: le triomphe de la morale bourgeoise d’En Marche

Le paquet de cigarettes à 10€? C’est la mesure phare annoncée par Édouard Philippe lors de sa déclaration de politique générale mardi. Il flatte ainsi l’électorat En Marche, avide d’imposer une morale bourgeoise sous couvert de modernité.

Le paquet de cigarettes à 10€? L’idée est aussi ancienne que bien connue, malgré ses origines obscures. C’est un peu comme si elle était dans l’air depuis longtemps sans qu’on ne sache plus très bien par qui elle est venue. Voici pourquoi En Marche l’a mise en oeuvre dès son arrivée au pouvoir.

Une mesure qui frappe les milieux populaires

Premier point: la sociologie du fumeur n’est pas neutre. Selon les données les plus récentes, les fumeurs se trouvent d’abord dans les catégories sociales les moins favorisées. Ce fossé s’est beaucoup creusé depuis l’augmentation du prix du paquet de cigarettes.

Ainsi, l’écart de la proportion de fumeurs chez les cadres et les ouvriers a augmenté de 2 points depuis que le tabac est surtaxé par l’État. On aurait donc tort de croire que le renchérissement de la cigarette pénalisera les plus riches. Il frappera durement les catégories de revenus les plus modestes.

Rappelons qu’en 2014, on comptait moins de 20% de fumeurs chez les cadres, alors qu’ils représentaient près de 40% des ouvriers.

Autrement dit, le paquet de cigarettes à 10 €, c’est une mesure jugée d’autant plus légitime par l’électorat d’En Marche qu’elle frappe l’électorat des autres partis.

Une mesure efficace pour baisser la consommation…

Au demeurant, si l’augmentation du prix du paquet de cigarettes est socialement injuste, elle est, d’un point de vue sanitaire, efficace.

Le graphique ci-contre montre bien la corrélation directe entre la hausse du prix du tabac et la baisse de la consommation. Incontestablement le renchérissement du paquet devrait produire une nouvelle baisse de consommation.

… mais injuste fiscalement

Reste que le paquet de cigarettes à 10 euros pose un vrai problème moral. Selon les études menées, notamment le rapport de la Cour des Comptes de décembre 2012, le coût du tabagisme pour l’assurance-maladie est d’environ 12 milliards annuels. La taxe sur le tabac, qui représente 80% du prix du paquet, rapporte 15 milliards.

Autrement dit, les fumeurs paient largement pour leur santé. Toute augmentation de la taxation les rendra financeurs très largement nets de l’assurance maladie.

Même en utilisant les estimations les plus pessimistes du coût sanitaire des fumeurs (environ 17 milliards par an qui pèseraient sur l’ensemble des acteurs de la santé), le paquet de cigarettes à 10 euros ressemblera à une contribution excessive des classes populaires au remboursement des frais qu’ils causent par leur vice.

Autrement dit, le gouvernement Philippe prépare le financement de soins apportés aux plus riches par une contribution nouvelle sur les plus pauvres.

Quelle est la légitimité morale du paquet de cigarettes à 10€

Tout ceci pose la question de fond: pourquoi pénaliser les fumeurs?

On entend bien la raison cachée, qui a désormais force de loi: il faut protéger les individus contre le mauvais usage qu’ils peuvent faire de leur liberté. Au nom de la protection, il faut donc restreindre la liberté.

Chacun comprend la logique implicite: ces gens-là (les fumeurs) ne sont pas capables d’être responsables. Ils font un mauvais usage de leur liberté. Il faut donc les protéger contre ce mauvais usage en sanctionnant financièrement leur déviance.

On touche ici du doigt le triomphe de la France bourgeoise (celle d’En Marche) qui, avec le paquet de cigarettes à 10 € fait d’une pierre plusieurs coups.

D’abord, elle se prouve sa domination en imposant une règle de classe. Ensuite, elle nourrit son fantasme du prolétaire dominé par ses passions, incapable d’être libre et qu’il faut protéger contre lui-même. Enfin, elle déploie un ordre fondé sur l’idée simple que les pauvres doivent contribuer plus que les riches au bien commun.

La grande force de la morale bourgeoise est d’avancer masquée sous les couleurs de la protection et du bien-être.


Le conseiller d’État Philippe maintient la protection sociale dans son jus de servitude

La protection sociale en France est contrôlée depuis 1944 par la doctrine des conseillers d’État: le jardin à la française. Édouard Philippe a confirmé hier cette vision étatiste et déresponsabilisante.

On se souvient que, dans les années 30, la France avait fait le choix de ne pas suivre le modèle bismarckien de sécurité sociale et lui avait préféré un système fondé sur l’obligation d’assurance, mais sur la liberté d’affiliation (système défendu à l’époque avec vigueur par la FNMF, version pré-1945). Le Conseil d’État état alors une fourmilière d’esprits jacobins bien décidés à imposer une sécurité sociale étatisée et avec affiliation obligatoire.

Tel fut le plan que Pierre Laroque, conseiller d’État, alors au service de Pétain, avait rédigé durant l’été 1940. Coupé dans son élan par les mesures raciales de Vichy, Laroque revint dans les bagages du gouvernement provisoire pour achever sa grande oeuvre. Les ordonnances de 1945 ont concentré toute sa pensée sur le sujet.

Depuis 1945, les conseillers d’État ont une ambition: achever l’oeuvre de Laroque, laissée incomplète par les résistances virulentes de la société française à ce projet unilatéral.

Ainsi, dès 1945, la CGT se battait pour que les régimes spéciaux n’intègrent pas le régime général. En 1946, les travailleurs indépendants descendaient dans la rue pour obtenir l’abandon du projet de loi qui les absorbaient dans le régime général.

Depuis lors, on ne compte plus les conseillers d’État et les hauts fonctionnaires qui ont mis la main à la pâte pour continuer la grande oeuvre des ordonnances. Ainsi, en 2005, les ministres conseillers d’État Bas et Dutreil créaient le RSI, première étape d’une réparation de 1946. Les travailleurs indépendants allaient enfin tomber dans l’escarcelle de l’État.

Entretemps, l’inspecteur général des Finances Juppé avait accéléré l’étatisation de la sécurité sociale par la création de loi de financement de la sécurité sociale.

Dans sa déclaration de politique générale, Édouard Philippe s’est installé dans cette longue tradition.

Protection sociale et servitude

En quoi cette forme dégradée de protection sociale qu’est la sécurité sociale est une telle une route vers la servitude?

Parce qu’elle est la version moderne de Big Brother, et que nous pourrions l’appeler Big Mother.

Facialement, la sécurité sociale protège. Elle est bienveillante. Elle apporte des externalités positives, comme disent les économistes. Elle est solidaire. Elle est redistributrice. Elle porte toutes les valeurs de la bien-pensance.

Dans la pratique, elle est un redoutable lien de subordination à l’État qui, par son biais, sait tout de tous. De la naissance à la mort, chaque individu (sauf les fonctionnaires bien entendu) voit sa vie prise en charge par cette mère castratrice qui lui demande de reverser à la collectivité tous les petits bénéfices que le labeur peut apporter.

La sécurité sociale, c’est une protection sociale qui rabote le mérite, valorise l’assistance et décourage l’affirmation de soi. Bref, c’est la route d’une servitude heureuse, comme aurait dit Alain Juppé.

Édouard Philippe

Rétablir la confiance c’est aussi rassurer les Français sur le futur de la Sécurité sociale. La Sécurité sociale est une partie de nous-mêmes. Elle est comme le veut une belle formule « le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ». Mais alors si tel est le cas traitons-la comme un véritable patrimoine, en l’entretenant, en la préservant, en la rénovant.