Accueil » Archives pour Eric Verhaeghe

Auteur : Eric Verhaeghe

Schiappa et Pénicaud quitteraient le gouvernement fin septembre

Selon la Lettre A, le gouvernement pourrait faire l’objet d’un remaniement fin septembre, dans la foulée de la convocation de Muriel Pénicaud par les juges d’instruction. Son éventuelle mise en examen obligerait à la sortir du gouvernement et lancerait un jeu de chaises musicales.

Muriel Pénicaud, désormais bien connue ministre du Travail, devrait rencontrer ses juges d’instruction le 21 septembre. Dans l’hypothèse où elle serait mise en examen, Emmanuel Macron connaîtrait un nouveau moment difficile après avoir moralisé la vie politique. Rappelons que cette mise en examen le concerne directement, puisqu’il est reproché à la ministre d’avoir organisé une réunion de mise en selle du candidat Macron aux frais du contribuable et sans passer par des marchés publics.

Schiappa également concernée

Selon la Lettre A, une mise en examen de la ministre déclencherait un jeu de chaises musicales. Muriel Pénicaud est en effet talonnée par l’ex-aubryste (une de plus) Catherine Barbaroux, actuellement à la tête du mouvement En Marche. L’intéressée se verrait bien gravir les marches du pouvoir.

Son éventuelle nomination au gouvernement laisserait la place libre, à la tête du mouvement En Marche, à Benjamin Griveaux, auteur de la délicieuse réflexion sur les névrosés qui protestent contre les réformes macroniennes.

Marlène Schiappa ferait partie de la charrette. La secrétaire d’État vient de s’illustrer par une opération de shaming contre deux entreprises réputées peu enclines à féminiser leurs instances de direction. Celles-là au moins ne regretteront pas le départ du trublion du gouvernement.

Schiappa s’en prend à Maurel & Prom

Marlène Schiappa a épinglé publiquement l’entreprise Maurel & Prom, spécialisée dans les hydrocarbures. Depuis février, cette entreprise est devenue une filiale d’un opérateur indonésien. On ne doute pas un seul instant que Schiappa expliquera à la maison mère qu’il faut respecter l’égalité hommes-femmes.

JO à Paris en 2024: comment perdre 6 milliards€ publics pour enrichir les majors du sport

Paris accueillera les JO en 2024 et la presse subventionnée salue l’exploit. On peut le comprendre: c’est autant d’audience en plus (en perspective) pour tous ceux qui diffusent de l’information. Mais pour le contribuable, l’opération risque de se révéler extrêmement coûteuse.

Cocorico! On aura les JO! en 2024, après un arrangement subtil avec Los Angeles. C’est donc une dépense publique de plus de 6 milliards € qui devrait être ordonnée pour organiser ce moment médiatique de premier ordre. Au-delà des apparences, la question est évidemment de savoir quelle transparence la Ville de Paris donnera à une opération qui tombe très mal pour ses finances…

Les JO: complexité financière garantie

Selon une tradition bien ancrée en France, le circuit de financement des JO promet d’être extrêmement complexe et de perdre tous ceux qui chercheront à s’y retrouver. Bien évidemment, à ce stade, on nous promet des partenariats public-privé qui ne coûteront aux contribuables. M’enfin, le coût du seul village olympique devrait atteindre 1,3 milliard€, soit le double des crédits gelés dans le budget de l’armée cette année. Une bagatelle donc!

Quant au budget de fonctionnement des Jeux, il devrait tout devrait tout de même ponctionner près de 1,5 milliard€ à la Ville de Paris, soit l’équivalent de 1.000€ par habitant. Sans compter, bien entendu, les suppléments par l’intermédiaire de la région financée aussi par les Parisiens.

Ces chiffres sont bien sûr des estimations… dont l’histoire montre qu’elles ont toujours été inférieures à la réalité.

Une ruine pour une ville déjà ruinée

Grosso modo, le budget global officiel des JO équivaut à une année de dépense de la Ville de Paris. Cet effort colossal intervient dans un contexte budgétaire tendu où la gestion pratiquée depuis l’élection de Bertrand Delanoë a mis la Ville à genoux.

Pour le comprendre, il suffit de se reporter au rapport de la Chambre régionale des Comptes d’Ile-de-France, en date de 2016, qui détaille de façon précise la situation financière de la capitale. Quels que soient les dénis d’Anne Hidalgo, la situation financière de la Ville s’est effectivement dégradée ces dernières années, au point que Standard & Poor’s considère qu’il faudrait 22 ans pour que la Ville se désendette. Or le seuil d’alerte des finances territoriales est franchi à 12 ans de durée de désendettement.

La situation de la Ville est donc beaucoup plus alarmante que la cigale Hidalgo ne veut bien le dire. Il est d’ores et déjà acquis que l’organisation des JO n’arrangera rien à la situation, bien au contraire.

Mais, bien entendu, toutes ces réalités simples sont impossibles à aborder dans un univers déraisonnable où le dogme a supplanté le débat public.

Qui gagne de l’argent avec les JO?

Bref, le contribuable parisien, malgré les dénis officiels, devrait se faire plumer en beauté dans cette opération qui se traduira par encore plus de touristes dans les rues, encore plus d’embouteillages et encore moins d’air pour respirer au jour le jour. Qui gagne de l’argent dans cette opération?

Pour le comprendre, il faut faire la somme des recettes publicitaires que les grandes chaînes de télévision engrangent à l’occasion de la diffusion des Jeux. L’exemple de Rio ou de Londres permet d’illustrer le propos. Dans la pratique, NBC a perçu un milliard $ de recettes publicitaires supplémentaires grâce aux jeux de Rio.

Autrement dit, le contribuable finance un événement qui profite à des acteurs privés, essentiellement des médias d’ailleurs. La dette publique ne sera pas perdue pour tout le monde.

« En 2015, la capacité de désendettement de la Ville devait correspondre à 13 ans d’épargne brute pour passer à 18 ans en 2017 avant de redescendre à 15 ans en 2018. L’agence Standard & Poor’s, tout en conservant à la Ville son appréciation positive, a évalué quant à elle à 22 ans en 2017 sa capacité de désendettement, très au-dessus du seuil d’alerte traditionnel estimé à 12 ans, par référence à une durée moyenne de remboursement des emprunts.

La Ville de Paris récuse la notion de seuil d’alerte traditionnel en invoquant, sans la documenter davantage en l’état, l’évolution profonde du rapport à la dette que l’on constate dans d’autres grandes métropoles mondiales. Elle souligne également la prudence traditionnelle de ses prévisions budgétaires (cf. l’exécution du budget 2014) et l’importance de son patrimoine susceptible d’être mobilisé. S’appuyant elle aussi sur les ratios réglementaires, elle rappelle, outre la modération de son endettement par habitant (1 646 €), que, même si la dette parisienne, rapportée aux recettes de fonctionnement (51 % en 2014) atteignait 75 % en 2018, elle serait encore inférieure à la moyenne constatée (85 %) dans des plus grandes villes françaises. Mais la force de ces arguments ne peut faire oublier que la capacité de désendettement et le taux d’épargne brut, par le maintien d’un bon niveau d’épargne brute, sont deux indicateurs reconnus comme significatifs pour l’appréciation de la soutenabilité d’une stratégie financière. »

Chambre Régionale des Comptes d’Ile-de-France

Fiscalité du capital: quand Bruno Le Maire favorise les rentiers et les spéculateurs

Plus le temps passe, et plus Bruno Le Maire paraît décidément fâché avec les chiffres et la logique fiscale. Son interview aux Échos où il détaille la fiscalité applicable au capital vient d’en apporter une nouvelle démonstration.

Le plan pour les indépendants en avait donné un premier aperçu: Bruno Le Maire comprend mal la problématique des entrepreneurs et se sent beaucoup plus à l’aise avec celle des rentiers et des spéculateurs. L’usine à gaz qu’il est en train de créer sur la TVA des auto-entrepreneurs (on retrouvera demain dans nos colonnes l’interview d’Hervé Novelli sur le sujet) le montre: pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué, et ainsi réduire l’impact des réformes visant à libérer l’activité indépendante en France.

Mine de rien, les annonces qu’il vient de faire sur la fiscalité du capital, et particulièrement sur le prélèvement forfaitaire unique, convergent en ce sens.

Le prélèvement forfaitaire unique à 30% et ses diables dans les détails

Donc, en matière de revenus du capital, le gouvernement entend mettre en place une flat tax de 30% supposée simplifier la vie des assujettis. Or, ceux-ci regroupent deux populations très distinctes: les rentiers qui ont peu ou prou hérité d’un capital, et les entrepreneurs qui ont besoin des revenus du capital qu’ils construisent jour après jour pour vivre et assurer le développement de leur activité. Parfois, les seconds ont besoin de l’argent des premiers pour y arriver, notamment au travers de ventes d’actions qui financent leur investissement.

Assez curieusement, le gouvernement a entrepris de favoriser les premiers au détriment des seconds. Dans la novlangue macronienne dont Bruno Le Maire s’est emparé, celle s’appelle « récompenser ceux qui prennent des risques ». De fait, le langage de Bruno Le Maire fleure bon l’ancien temps: quand le bonhomme fait profession d’un bon sentiment, il faut y comprendre immédiatement le contraire.

Ainsi, la taxe de 30% est en apparence « juste » socialement puisqu’elle ne s’appliquera pas de façon frontale aux PEL, aux livrets A et autres produits d’épargne liquide, ni aux contrats d’assurance-vie inférieurs à 150.000€. Ceux-là garderont leurs avantages actuels. En revanche, elle s’appliquera au reste, avec une condition nouvelle: les exonérations fiscales pour les actions détenues pendant plus de deux ans (avec différents seuils) disparaîtront.

Autrement dit, le fils à papa qui s’amuse à spéculer à la bourse sera frappé de la même taxe que l’investisseur de long terme qui immobilise une part de son épargne pour financer le développement d’une entreprise.

Les justifications si peu crédibles de Bruno Le Maire

Pour justifier la suppression d’une mesure qui encourageait au financement durable de l’économie, Bruno Le Maire explique qu’il ne veut pas mettre en place une « usine à gaz ». L’homme qui vient de doubler le plafond de revenus de l’auto-entrepreneurs sans toucher au plafond d’exonération de TVA (créant ainsi une superbe usine à gaz) et qui présente une réforme de la fiscalité du capital pour le moins complexe, vient nous donner une leçon de simplification.

Ce faisant, il passe sous silence l’intérêt général de la disposition qu’il abroge: celle de récompenser les investisseurs fidèles par rapport aux spéculateurs. Dans le meilleur des cas, on dira que le ministre place bien mal ses priorités fiscales et ne prend pas la mesure des formules à l’emporte-pièce qu’il utilise.

Les start-up durement touchées

Bruno Le Maire prétend financer l’innovation à coup de milliards. Là encore, on retrouve le réflexe du haut fonctionnaire qui pense que l’économie est une affaire « macro », et que l’apport individuel de l’entrepreneur à la richesse collective est quotité négligeable.

Car s’il mettra potentiellement dix milliards sur la table pour financer cette innovation (il faudra bien un jour expliquer ce que signifie concrètement cette expression), il prend dans le même temps une mesure qui va frapper au porte-feuille toutes les start-up auto-financées et tous les salariés qui en font le succès.

La suppression de la condition de durée de détention va en effet alourdir considérablement l’intérêt économique de la distribution gratuite d’actions dans les start-up. Or, on le sait, alors que l’Éducation Nationale est incapable de produire en nombre suffisant les développeurs dont la nouvelle économie a besoin, beaucoup de start-up fidélisent leurs meilleurs collaborateurs en les associant à leur capital. Pour les start-up autofinancées, c’est souvent la seule arme à leur disposition pour résister à la concurrence salariale des copains du gouvernement qui disposent des millions apportés on ne sait trop comment par la BPI et d’autres instances de ce genre.

Ben oui, mais cette arme-là disparaît désormais grâce aux petits détails de Bruno Le Maire qui feront les délices des fonds spéculatifs. Ceux-ci viennent, grâce à l’aversion de Bruno Le Maire pour les usines à gaz, de neutraliser l’arme dont les vrais entrepreneurs disposaient pour leur résister.

Le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30% comprendra-t-il des incitations à la détention longue de titres ? 

Le PFU a vocation à être simple et lisible. On ne va pas recréer des usines à gaz et freiner la réalisation d’opérations économiques pour de mauvaises raisons fiscales ! Le PFU s’appliquera aux intérêts, aux dividendes et aux plus-values de cession de valeurs mobilières. En revanche, nous maintenons les avantages des produits d’épargne populaire (livret A, LDD, épargne salariale) et des produits fortement investis en actions comme les PEA. Enfin, les contribuables pourront toujours choisir l’imposition au barème, si c’est plus avantageux pour eux.

Ordonnances: guerre d’images dans l’État apparent

Les manifestations contre les ordonnances ont rassemblé entre 230.000 et 400.000 personnes dans l’ensemble du pays. Si on ne peut parler de succès de la CGT, qui appelait à la manifestation, on ne peut non plus parler d’échec. Pendant ce temps, le Président visitait les victimes de l’ouragan Irma. Une guerre d’images qui met symboliquement en scène un rapport de force entre le pouvoir et la rue.

En apparence, la comédie se joue sous le regard des Français. D’un côté, des manifestants rebaptisés « fainéants » battent le pavé, avec une participation des Insoumis et une présence importante de fonctionnaires non concernés par le sujet. De l’autre, le Président de la République visite ses pauvres et ses victimes dans les îles.

Le contraste fait office de slogans politiques. La lutte collective contre la protection de l’État qui s’étalent dans les journaux télévisés. Les Français seront-ils dupes de cette mise en scène où chacun joue un jeu cousu de fil blanc?

Macron sous-estime les risques qu’il prend?

Beaucoup de commentateurs ont dressé un parallèle entre la loi El-Khomri et ses adversaires, et les ordonnances. Le parallèle est biaisé pour une raison simple: dans la protestation contre la loi El-Khomri, c’était Manuel Valls, le Premier Ministre, qui incarnait l’épouvantail. Dans les ordonnances, l’épouvantail s’appelle Emmanuel Macron et il est Président.

Sur tous les fronts, l’hyper-présidence expose, plus encore que sous Nicolas Sarkozy, la personne présidentielle. Le fusible de Matignon n’existe plus.

Emmanuel Macron devrait prendre la mesure du porte-à-faux dans lequel il se trouve.

Les syndicats veulent-ils vraiment bloquer les ordonnances?

Pour l’instant, Emmanuel Macron peut surfer sur une vague où les organisations syndicales n’ont pas encore décidé de « casser la baraque ». Mailly a fait ce qu’il fallait pour limiter la mobilisation de ses troupes. La CFDT et la CGC, qui disent du mal des ordonnances, se gardent bien d’appeler à rejoindre la CGT. Martinez lui-même ne brille pas par une extrême détermination.

Derrière les apparences, le rapport de force n’est donc pas aussi clair que les états-majors ne cherchent à le faire croire. Beaucoup se disent qu’ils peuvent obtenir des modulations favorables dans les textes d’application. Et puis ils n’avouent pas qu’ils ont obtenu l’essentiel: la préservation de leurs circuits de financement, notamment dans le domaine de la formation.

Voilà qui mérite bien une petite indulgence vis-à-vis du gouvernement.

Macron ou la tentation de l’hégémonie aristocratique

Après une séquence réussie sur le dévoilement des ordonnances, Macron a cédé aux vieux démons de l’énarchie: considérer que toute divergence d’opinion est un combat de l’erreur populaire contre la vérité technocratique. Les bourdes s’enchaînent sur ce sujet. Jusqu’à contaminer le principe des ordonnances lui-même?

.@BGriveaux revient sur la polémique : « Vous savez très bien que « fainéants » ne s’adressaient pas aux Français » pic.twitter.com/Am65xNehm1

— France Inter (@franceinter) 11 septembre 2017

Ce sera, très probablement, le sujet majeur du quinquennat Macron, qui éclipsera tous les autres: le Président (et ses affidés comme Benjamin Griveaux, ministre aux fonctions exactes inconnues à ce jour) accepte-t-il les divergences d’opinion? Ou veut-il imposer sans contradiction possible les vues d’une caste dominante qui ne cache pas son mépris pour le reste du monde?

Le précédent Villiers

Tout le monde a gardé en mémoire le moment estival Villiers, où le Président a expliqué froidement aux généraux qu’il était leur chef. Dans la foulée, il s’est senti obliger de rabrouer publiquement le chef d’état-major qui avait fait son devoir en s’exprimant à huis clos devant la commission de la Défense à l’Assemblée Nationale. L’affaire avait donné lieu à un manifeste raidissement du Président et à la démission du général.

C’était un premier indice de la gestion de la divergence d’opinion par Emmanuel Macron.

Le précédent polonais

Lors de sa tournée auprès des pays du groupe de Visegrad, Macron a encore fait plus fort. Il s’en est pris à la Pologne qui refuse sa proposition d’évolution sur le travail détaché. Et voilà comment notre grand européen découvre les joies du multilatéralisme…

Là encore, la gestion de la divergence d’opinion s’est rapidement transformée en conflit des volontés.

Le moment « fainéants » et « névrosés »

Assez curieusement, Emmanuel Macron persiste et signe dans cette technique toxique de crispation en cas de divergence d’opinion. Alors qu’il peut se targuer d’avoir évité le pire sur les ordonnances, et de bénéficier d’une forme d’indulgence syndicale, il en veut plus. Tout se passe comme si le mouvement de contestation d’aujourd’hui, annoncé depuis trois mois et qui apparaît à de nombreux égards comme un minimum syndical, constituait une offense à son autorité aristocratique.

D’où le recours à des mots blessants qui coupent court à tout débat. Ceux qui manifestent sont des fainéants, ou des névrosés selon Benjamin Griveaux. On ne peut pas mieux montrer que, pour le pouvoir en place, l’opposition est forcément une dissidence.

Vers une hégémonie aristocratique

En creux, on perçoit l’ambition d’Emmanuel Macron, dont la nature orwellienne est de plus en plus évidente. L’objet du Président n’est pas seulement de réformer, il est aussi d’établir une domination de caste. Nous l’avions évoqué il y a quelques mois: Macron procède à une révolution jeune-turc, ou, en tout cas, en affiche-t-il la volonté.

Dans sa vision du monde, la modernisation du pays passe par sa reprise en main au bénéfice d’une technostructure créditée d’une plus grande efficacité que la classe des élus traditionnels. Pour relever la France, il ne faut pas de débat démocratique, mais plutôt le déploiement d’une doctrine portée par la technostructure. Il ne faut pas de représentant du peuple, mais des experts, des techniciens, qui vont prendre les bonnes mesures.

Ce faisant, l’exercice du pouvoir n’est plus un espace de persuasion, ou de conviction, mais un espace de domination hégémonique du corps social par une technostructure sûre d’elle-même.

Reste à savoir si, à long terme, ce pari peut-être gagnant.

Novelli: “La coexistence entre la droite et le libéralisme est difficile”

Hervé Novelli nous a reçu pour une longue interview sur les travailleurs indépendants. Ce fut l’occasion d’évoquer la campagne ratée de François Fillon et les perspectives de la droite. Son constat est globalement pessimiste.

Les lendemains de campagne électorale, à droite, sont évidemment très durs. Après la large victoire de François Fillon sur Alain Juppé lors de la primaire des Républicains, beaucoup avaient imaginé que l’affaire était dans la poche et que la campagne serait une partie de plaisir.

Les révélations tombées dans la presse sur les pratiques de François Fillon en ont décidé autrement. Quoiqu’il soit arrivé, l’élan de confiance, l’enthousiasme dont Fillon avait bénéficié en novembre était rompu.

Peut-on être libéral chez les Républicains?

Hervé Novelli prône une reconstruction idéologique complète à droite, au sein du parti, dans une réflexion commune. Il se montre pessimiste sur les chances de voir cette nécessité se transformer en réalité. Au vu de la tournure actuelle des débats, on peut partager son point de vue.

La question sous-jacente est évidemment de savoir quelle place une vision libérale peut encore occuper dans une droite obsédée par l’État et au fond très satisfaite de voir que 56% de la richesse nationale est « mutualisé » dans des dépenses publiques. Ni Laurent Wauquiez, Ni Valérie Pécresse, ni les « constructifs » ne semblent décidés à s’occuper de ce sujet qui n’est pas mineur.

La liberté est devenue le cadet des soucis républicains

Sur ce point, il existe un hiatus fort entre la large majorité obtenue par François Fillon sur un projet d’essence libérale et la doctrine dominante des Républicains aujourd’hui. De toutes parts, il parait évident que le projet de la droite ne peut en aucun cas s’attaquer à l’obésité publique en France.

Or, certains sujets sont essentiels à traiter pour retrouver la prospérité. L’excès de réglementation, et souvent l’hyper-réglementation dont la transposition des directives est le prétexte, brident l’activité économique. La fiscalité écrase les marges des entreprises. L’éducation est un naufrage producteur d’inégalités majeures.

Sur toutes ces questions, la droite reste muette. Elle mise l’essentiel de son avenir sur les questions de sécurité et de protection. Ce choix paraît un peu court dans la mesure où il rencontrera en partie les préoccupations de la frange conservatrice de l’électorat.

Mais, sans un choc économique majeur, la prospérité du pays ne reviendra pas.

L’ouragan Irma va-t-il souffler Macron?

La polémique enfle sur la gestion de l’ouragan Iram. De façon inattendue, Emmanuel Macron pourrait être mis en sérieuse difficulté sur un sujet régalien qui touche à l’empathie pour les victimes et à sa capacité à protéger les Français en cas de crise.

La polémique est un peu inattendue, mais elle enfle et, à l’image de l’ouragan qui lui en donne l’occasion, elle semble dotée d’un effet de souffle difficile à évaluer, mais manifestement très puissant. Elle porte sur la capacité du gouvernement à gérer une crise climatique et sanitaire.

Irma vue d’Athènes

Premier petit problème: pendant qu’Irma dévastait nos possessions caribéennes, le chef de l’État pérorait sur la Pnyx à Athènes. Inlassablement, le Président s’y est adonné à un exercice de prédilection: le discours grandiloquent qui le replace dans l’Histoire.

Le même discours rédigé dans un style sobre et moins poseur lui aurait probablement valu une moindre volée de bois vert. Mais les préoccupations égotistes de M. Macron au moment où ses compatriotes souffraient de l’autre côté de l’océan ont consolidé la perception diffuse des Français, celle d’un Président autocentré et sans empathie pour ses concitoyens.

La catastrophe des fainéants

Avec la jubilation d’un enfant, Macron en a rajouté une couche le lendemain devant les Français expatriés à Athènes. Il a glissé l’idée que les opposants aux ordonnances et plus généralement à ses réformes étaient des fainéants. Un tel mot dit un vendredi depuis l’étranger (alors qu’il s’était engagé à ne pas évoquer la situation française hors du territoire) laissait libre cours à la langueur du week-end pour faire écho.

À quatre jours de la première manifestation contre les ordonnances, la sortie paraît maladroite. Le Président prend-i la mesure des capacités de réaction de l’opinion? Ou s’est-il laissé endormir par les courtisans dont il s’entoure, et qui lui expliquent que tout cela va passer comme une lettre à la poste?

Une guerre de rumeurs sur Irma

Dans ce contexte dégradé, le week-end a donné lieu à une véritable bagarre de rumeurs. En boucle, sur les réseaux sociaux, des messages présentés comme provenant d’habitants de Saint-Martin ou de Saint-Barthélémy certifiaient que l’ouragan avait fait plus de 1.000 morts et que les rues des villes s’y étaient transformées en zones de violence absolue.

Aucun de ces messages n’était vérifiable facilement. Ils ont néanmoins fait leur oeuvre, relayée par les opposants à Macron. Le fait que Mélenchon lui-même demande la création d’une commission parlementaire sur la gestion de la crise dans les Caraïbes nourrit la conviction intime que, derrière la propagande officielle, se cache un désastre complet.

Macron peut-il protéger les Français?

En réalité, nul ne connaît la situation exacte dans ces îles. La presse subventionnée commence à peine à aborder le sujet des pillages sur place. Le gouvernement en reconnaît tardivement l’existence et l’ampleur, à coup de petites déclarations qui donnent le sentiment que des faits gênants l’embarrassent.

Tout ceci nourrit une défiance qui risque fort d’ancrer un peu plus dans l’esprit des Français le sentiment qui se répand d’un Président au service des puissants, et sans attention pour les plus faibles. Cette image-là risque de jouer de bien vilains tours à Emmanuel Macron.

L’Europe des cénacles adulée par Macron

À Athènes, Emmanuel Macron a vanté l’Europe des cénacles:

« Nous ne nous battrons jamais assez pour que les Européens prennent conscience au plus vif d’eux-mêmes de ce socle commun qui depuis des siècles trouve à s’exprimer de mille manières, l’Europe des cénacles, des revues, des voyageurs, des bibliothèques et des idées, l’Europe des capitales lumineuses et des marges fascinantes, cette Europe qui a existé par tant et tant de voies qui ne nous disait même pas parfois son nom, qui n’a pas attendu nos institutions, nos traités, nos refondations, nos controverses. »

Une façon très aristocratique de décrire l’Europe, qui confirme la rupture entre le Président et son peuple.

RSI: pour en finir avec le mythe orwellien des difficultés informatiques

Une légende tenace, forgée par les gouvernements successifs comme par les salariés du régime eux-mêmes, veut que les difficultés du RSI ne tiennent qu’à des problèmes informatiques. Or, c’est le principe même d’une protection sociale unique par répartition qui pose problème.

Un texte produit par la section CGC des salariés du RSI l’a encore montré cette semaine: une légende tenace cherche à faire croire que la protection sociale monopolistique des travailleurs indépendants pourrait être idyllique sans les problèmes informatiques que le régime connaît du fait des URSSAF depuis sa création. Ah! la fameuse blague des problèmes informatiques!

Elle est vieille comme l’invention des premiers ordinateurs personnels. Dès qu’un problème se pose, c’est la faute de l’informatique, et bien entendu ni des gens qui l’utilisent, ni des gens qui ont conçu les procédures.

Les problèmes informatiques du RSI…

De fait, le RSI a bel et bien connu des problèmes informatiques qui ont pénalisé sa gestion. Ces difficultés ont effectivement tenu à la passerelle de données entre les URSSAF et le RSI lui-même. De fait, ces difficultés persisteront après l’adossement au régime général.

… sont en réalité un problème de paramétrage du régime

Pourquoi ces difficultés persisteront-elles? parce qu’elles ne sont en réalité pas de nature informatique, mais elles sont liées à la nature du régime lui-même. Le principe du RSI consiste en effet à asseoir la protection sociale des indépendants sur des concepts applicables aux salariés.

Le régime est en effet fondé sur la prédictibilité des revenus: on extrapole, à partir du salaire, des revenus de remplacement ou des garanties d’assurance à montant défini à l’avance. Cette technique est tout à fait adaptée à une population qui peut majoritairement prévoir avec beaucoup de précision ses revenus mensuels.

Les indépendants fonctionnent autrement. Ils ont des revenus variables. Le pari de leur appliquer une protection sociale dont le paramétrage est conçu pour les salariés ne peut, par nature, que constituer dans le meilleur des cas une cote mal taillée.

Les difficultés informatiques le montrent: le régime en lui-même ne peut pas fonctionner sur ses bases actuelles.

L’ouverture à la concurrence, seule solution durable

Dans la pratique, seule une ouverture du régime à la concurrence permettra d’imaginer des garanties gérables pour les indépendants. La fin du monopole du RSI est la seule qui permette une protection sociale durable pour les entrepreneurs et les professions libérales.

Macron s’expose dangereusement sur les ordonnances dans une semaine cruciale

La sortie d’Emmanuel Macron sur les « fainéants » dans son discours devant la communauté française à Athènes risque de lui jouer un mauvais tour. Alors qu’il avait jusqu’ici plutôt habilement évité de se retrouver en première ligne sur le sujet, il devient subitement exposé à la veille d’une journée de manifestations dont le succès pourrait se confirmer.

Pour Emmanuel Macron, la semaine pourrait se révéler extrêmement délicate à passer. Sa sortie malheureuse sur les « fainéants » devant la communauté française d’Athènes s’est en effet imposée comme le symbole clivant d’un pouvoir peu empathique et méprisant qui impose des réformes « de classe ». À la veille des premières manifestations, l’opération est maladroite…

Trois mois d’efforts ruinés en un discours

Depuis le début du mois de juillet, l’Élysée a, avec un certain succès, décliné une méthode annoncée début juin sur les ordonnances, qui s’est révélée plutôt habile. L’élaboration du texte est restée cantonnée à une dimension technique. Le Président avait évité de s’exposer personnellement.

Cette stratégie de dépolitisation d’un texte à haut risque, c’est Emmanuel Macron lui-même qui l’a balayée d’un seul coup. Sa sortie sur les « fainéants », les « cyniques » et les « extrêmes », vendredi à Athènes, le met brutalement au coeur même d’un clivage symbolique.

Et voici le Président brutalement debout sur la faille sismique, sans aucun fusible à faire sauter en cas de dérapage de l’opinion sur le texte.

Même Berger lâche le Président

La phrase est vraiment malheureuse. Elle a couvé comme un feu de brousse pendant tout le week-end. Même Laurent Berger y est allé de son couplet, ce qui n’est pas bon signe pour le Président.

Jusqu’ici, la CFDT a laissé pas mal de plumes dans les arbitrages présidentiels. Les observateurs ont été surpris par cet écart, dans la mesure où les « technos » qui ont préparé le texte sont réputés proches de la confédération. En particulier, le gouvernement n’a pas retenu la demande exprimée de longue date par la CFDT de développer la présence syndicale dans les petites et moyennes entreprises.

Emmanuel Macron devrait donc se méfier du malaise de Laurent Berger, qui pourrait tôt ou tard décider de le lâcher définitivement en se joignant à la grogne des autres organisations.

Quel succès pour la manifestation du 12 septembre?

Dans ce contexte, Emmanuel Macron s’est peut-être laissé endormir par les apparences sauves de la concertation cet été. En apparence, les eaux syndicales sont calmes. Mais le Président a-t-il mesuré les risques de rupture entre la bureaucratie avec laquelle il a négocié et la base?

Les réactions au sein de FO montrent l’ampleur de cette rupture qui pourrait jouer un vilain tour au gouvernement. Alors que Jean-Claude Mailly a éveillé les soupçons en soutenant contre vents et marées le gouvernement sur un projet de texte plus brutal que la loi El-Khomri qu’il avait combattue, les militants de FO désobéissent en masse.

Selon le Parisien, sept fédérations et la moitié des unions départementales ont appelé à rejoindre le mouvement du 12 septembre. Le chiffre devrait inquiéter le gouvernement, car il traduit une incontestable perte de légitimité du secrétaire général du syndicat.

Dans l’hypothèse où la manifestation remporterait un certain succès, Macron se trouverait alors dangereusement exposé.

Mais tout cela nous a rappelé une chose : la démocratie ici inventée est fragile ; la paix que nous avons inventée en Europe après guerre est fragile ; l’esprit de culture que nous avons défendu et porté ici est fragile ; cette volonté d’universel qui vous fait là est fragile.

Alors c’est parce que c’est fragile que je veux vous dire, pour terminer, deux choses. Je serai d’une détermination absolue et je ne cèderai rien ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d’avoir, chaque jour, la même détermination. Ne cédez rien ni aux égoïstes, ni aux pessimistes, ni aux extrêmes.

(Emmanuel Macron, le 8 septembre 2017 à Athènes).

Islamophobie en entreprise: Securitas victime de l’incohérence bien-pensante

Securitas avait licencié des salariés affectés à Orly dont la barbe laissait à penser qu’ils étaient de confession musulmane. Leur licenciement est examiné aujourd’hui par les prud’hommes de Bobigny. Une illustration supplémentaire de l’incohérence des pouvoirs publics sous François Hollande, qui ont confirmé l’interdiction des signes religieux dans les administrations, mais ont abandonné les employeurs du secteur privé à leur sort.

L’affaire est connue comme le loup blanc et simple à comprendre. À l’aéroport d’Orly, Securitas disposait de cinq salariés qui portaient la barbe recommandée dans le monde musulman. L’entreprise les a licenciés dans la foulée des attentats de 2015. Les intéressés attaquent leur employeur devant les prudhommes.

Une question que le législateur a réglée pour l’administration

Cette situation ne se poserait évidemment pas dans le secteur public, où le législateur a réglé une fois pour toutes la question en prohibant tout signe extérieur d’appartenance à une religion. Le port d’une barbe faisant allusion à une confession serait en effet facile à interdire si l’employeur le décidait.

La loi est sur ce point particulièrement carrée, au titre de la laïcité.

Le législateur livre les employeurs à eux-mêmes

Comme souvent, deux poids deux mesures. Là où le législateur règle sans état d’âme ses problèmes d’employeur, il se montre beaucoup moins fiable et cohérent avec les employeurs du secteur privé. Ceux-ci ne peuvent revendiquer la laïcité dans leurs murs pour régler le problème. Ils doivent, selon des jurisprudences successives, trouver une sorte de proportionnalité très jésuitique dans les règles à appliquer en interne.

D’où ces conflits incertains dont la jurisprudence peut avoir des conséquences importantes sur la vie des entreprises.

La solution viendra-t-elle de l’Europe?

La Cour de Justice de l’Union Européenne a heureusement, en mars 2017, expliqué dans quelles conditions un employeur pouvait interdire le port de signes religieux en son sein. En particulier, l’interdiction doit concerner toutes les confessions et être prévue dans un règlement intérieur.

Il n’en reste pas moins que, depuis plusieurs années, la bien-pensance française interdit de trancher clairement ces questions dans le secteur privé. Étant entendu que, pour le service public, la solution va sans dire.