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Auteur : Eric Verhaeghe

Risque psycho-social à l’hôpital public: En Marche continue l’injonction paradoxale

Le risque psycho-social, en partie induit par la poursuite d’objectifs financiers dans les services, est l’un des fléaux majeurs de l’hôpital public. Le ministère de la Santé vient d’inviter le CHU de Grenoble à mieux le prévenir… tout en annonçant plus d’un milliard d’économies nouvelles dans les hôpitaux. C’est ce qu’on appelle une injonction paradoxale: on augmente la pression financière, mais on demande aux managers de ne pas la faire sentir sur le terrain…

L’affaire vaut son pesant de cacahuètes! Le rapporteur du projet de loi de financement de la sécurité sociale 2018, Olivier Véran, a présenté un budget avec de fortes économies nouvelles dans les hôpitaux publics.

On notera par exemple que les hôpitaux doivent trouver 1,215 milliard € sous le titre: « Améliorer la performance interne des établissements de santé et médicosociaux ». Dans cette logique, on trouve l’optimisation des achats, mais aussi l’amélioration de la performance interne des établissements. Toutes ces expressions sont bien connues des personnels soignants, puisqu’elles riment avec une pression sur le terrain pour l’atteinte d’objectifs financiers.

Le risque psycho-social au coeur de l’hôpital public

Le même Olivier Véran, au demeurant ancien député socialiste, est aussi salarié du CHU de Grenoble, où la mise en place des objectifs financiers se traduit par une pression forte sur le personnel. La pression est même devenue si forte que le ministère de la Santé, qui ordonne les réductions de dépense, a dû dépêcher une mission pour apaiser les esprits.

Le rapport rendu par le ministère en dit long sur la mentalité des services centraux de l’administration, qui prennent des mesures drastiques mais invitent les managers de terrain à ne les appliquer que dans la joie et la bonne humeur. Les conclusions de ce rapport sont d’ailleurs sans appel:

« Le style de management, qui maintient de manière permanente une certaine pression sur les équipes et qui priorise le résultat […] doit s’infléchir », souligne-t-il, pointant son orientation prononcée « vers les problématiques budgétaires ».

Faites des économies, mais sans pression sur le personnel!

Du coup, le député Véran qui fait adopter des économies dans les hôpitaux reprend sa casquette de médecin pour dire:

« cette situation pourrit la vie des soignants au quotidien ».

Il ne fait décidément pas bon être manager dans l’hôpital public.

Pierre Gattaz

Présidence du MEDEF: libéraux contre sociaux-démocrates se marquent à la culotte

Après l’éviction de Dominique Sénard devenu le non-candidat à la présidence du MEDEF, les candidatures affluent. Elles recouvrent pour l’essentiel le fossé qui oppose depuis toujours (ou presque) au sein du patronat les libéraux et les sociaux-démocrates. Petit point sur les candidatures.

La présidence du MEDEF aiguise les appétits. Après la sortie de route de Dominique Sénard, patron de Michelin dépassé par la limite d’âge, les noms commencent à pleuvoir comme à Gravelotte. Libéraux et sociaux-démocrates fourbissent leurs armes à l’approche d’une compétition qui pourrait s’annoncer disputée et musclée.

Patrick Martin, le premier des candidats sociaux-démocrates

Sur les starting-blocks depuis l’été 2017, Patrick Martin, président du MEDEF Auvergne devrait confirmer sa candidature. Ce président d’un groupe de distribution en sanitaires affirme vouloir un MEDEF plus collectif et participatif. Cette tarte à la crème de toutes les élections au MEDEF s’appuie sur une ligne sociale-démocrate traditionnelle: un lien étroit avec les pouvoirs publics pour limiter la hausse de la fiscalité et, pour le reste, un silence sur les grands sujets d’actualité, comme l’avenir du paritarisme. Patrick Martin, issu du bâtiment, épouse la ligne de cette branche: maintenir le consensus social, etc.

Frédéric Motte, le deuxième social-démocrate

Président du MEDEF des Hauts-de-France, Frédéric Motte a déclaré sa candidature début décembre 2017. Comme Patrick Martin, il est sur une ligne régionale et sociale-démocrate. On trouvera sur son profil Linkedin cette phrase emblématique:

Plus que jamais, dans nos comportements, nos engagements, nos actions, nous nous devons d’être des entrepreneurs responsables. Il nous faut donner du sens à nos projets d’entreprises, remettre l’Homme au cœur de ce que nous construisons, replacer l’entreprise au cœur de nos villes et villages, de nos territoires.

C’est mignon comme le journal intime du petit chaperon rouge. Issu de l’industrie, Motte est une bonne illustration du patronat social-chrétien traditionnel du Nord, attaché à la doctrine sociale de l’Église.

Jean-Charles Simon, le premier des libéraux

Face à cet afflux de candidats marqués à gauche, l’aile libérale du MEDEF vient de susciter une candidature en remplacement partiel de celle avortée de Dominique Sénard. Il s’agit de Jean-Charles Simon, ancien directeur général du MEDEF sous Laurence Parisot, et accessoirement ancien directeur des études du RPR.

L’intéressé s’est illustré par un rapport à l’institut de l’entreprise qui proposait d’en finir avec le paritarisme de gestion. Il est réputé avoir le soutien des grands assureurs de la place qui font l’aile droite du MEDEF aujourd’hui (Denis Kessler et Claude Tendil, président de la commission protection sociale du MEDEF et chef de file des négociations sur les retraites complémentaires).

Geoffroy Roux de Bézieux, bientôt deuxième candidat libéral?

Le cycle des candidatures est-il fini?

Beaucoup s’attendent à voir sortir du bois Geoffroy Roux de Bézieux, issu de l’aile libérale et actuel vice-président du MEDEF. L’intéressé a incontestablement l’étoffe et la légitimité pour présider cette maison. Il est proche des services.

Alexandre Saubot ira-t-il?

D’autres s’attendent aussi à la candidature d’Alexandre Saubot, président de l’UIMM et proche de la ligne sociale-démocrate. Sa candidature, qui ne doit pas ravir les « financiers » de la banque et de l’assurance, risque toutefois d’être affaiblie par le style personnel un peu rigide du bonhomme. En outre, il se murmure que l’intéressé mesure bien la difficulté de concilier une présidence bénévole du MEDEF avec la conduite des affaires familiales.

Il manque un régional libéral…

Les esprits perfides noteront que Dominique Sénard n’a pu se présenter notamment du fait de l’opposition des MEDEF régionaux. Au moment où l’accord d’entreprise devient essentiel dans le paysage social, il se pourrait bien que le maillon local le devienne au sein du MEDEF.

Dans ces conditions, il manquerait donc une candidature régionale libérale.

À bon entendeur, salut…

Le SMIC attaqué par les syndicats de branche eux-mêmes

Le SMIC interprofessionnel a-t-il encore une raison d’être? ou est-il devenu un chien dans un jeu de quilles? La question n’est pas posée par d’horribles ultra-libéraux qui veulent en finir avec les avantages sociaux, mais par la CFDT de la chimie… au grand dam de ses partenaires syndicaux de jeu.

Les syndicats de la chimie devraient s’opposer à l’accord de branche que la CFDT vient de signer sur les rémunérations minimales annuelles (RMA). Celui-ci définit le salaire minimum dans la branche à 9,86€ au 1er avril 2018, quand le SMIC s’élève, au 1er janvier, à 9,88€ de l’heure. La CGC, FO et la CGT, qui représentent à eux trois les 2/3 des salariés de la branche, feront donc opposition à un accord qui prévoit de pouvoir payer sous le SMIC interprofessionnel.

À quoi servent encore les rémunérations minimales de branche?

Sur le fond, l’opposition des trois syndicats de la chimie pose un problème idéologique rendu très aigu par les ordonnances Macron. Celles-ci ont accordé, de fait, une primauté aux accords d’entreprise et un droit aux négociateurs de déroger négativement aux textes collectifs.

Dans ces conditions, les négociations de branche sur les rémunérations minimales annuelles ont-elles encore un sens, ne serait-ce que juridique?

Formellement, la branche reste seule capable de fixer les salaires minimum en vigueur dans les entreprises qu’elle regroupe. Ce monopole n’est donc pas atteint. En revanche, rien ne prouve qu’une branche ne puisse pas déterminer une rémunération minimale sous le SMIC, désormais…

L’exemple de la chimie est, sur ce point, d’autant plus emblématique que les salaires n’y sont pas particulièrement faibles. En outre, ils sont loin de constituer le principal coût de production.

Le début d’un traumatisme syndical collectif

Assez rapidement, les ordonnances Macron devraient produire le séisme que beaucoup d’organisations syndicales ont refusé d’envisager dans sa profondeur. Le poids de la bureaucratie syndicale qui peuple les branches et les appareils interprofessionnels devrait progressivement s’éroder pour donner du poids aux sections d’entreprise.

Gare au renouvellement et au changement de monde.

Le RSI nouveau prend déjà les indépendants pour des crétins…

Le RSI nouveau adossé au régime général de la sécurité sociale, rebaptisé Sécurité Sociale Indépendants, s’est doté d’un site Internet qui vaut la peine d’être consulté. Il propose en effet (déjà!) des arguments infantilisants pour justifier son existence. Comme si les indépendants étaient incapables de comprendre les problèmes posés par leur régime social monopolistique et imposé par la force.

On se souvient qu’un auto-entrepreneur du bâtiment avait « fait le buzz » en 2016 en publiant sur Youtube une vidéo où il évoquait le RSI et le montant faramineux de ses cotisations. Cet assuré social, comme beaucoup, ne comprenait pas grand chose au système supposé le protéger et s’était trompé dans les calculs.

Ni une ni deux, Libération, qui suinte de mépris bobo pour le monde ouvrier, avait cloué cet auto-entrepreneur au pilori en qualifiant son erreur « d’intox », ne prenant même pas l’attache, dans une première version, de l’auteur de cette vidéo pour contrebalancer son point de vue.

Le RSI nouveau et l’assommoir de Libération

À l’époque, nous avions pris la défense de cet auto-entrepreneur victime d’une violente cabale de la part d’un quotidien subventionné. Il n’y a qu’en France où des journalistes salariés qui vivent massivement de l’argent public donnent des leçons méprisantes à un auto-entrepreneur qui aspire juste à vivre de son travail indépendant et qui ne comprend rien aux innombrables couches bureaucratiques qui servent à le tondre.

Telle est la loi de la bien-pensance: la solidarité consiste à vivre sur le dos de ceux qu’on méprise.

Tiens! un an plus tard, c’est cette anthologie du mépris social et de la haine de l’assuré que le RSI nouveau ressort du placard pour dénoncer les « intox » dont le régime serait victime. Dans une page dont nous citons une capture, non seulement le nouveau régime remet le couvert sur ce pauvre auto-entrepreneur qui n’en peut mais, mais il cite l’article de Libération qui a roulé ce brave garçon dans la boue.

Le retour du pilori pour les petites gens qui se trompent, voilà une belle façon, très « direction de la sécurité sociale », de commencer une ère nouvelle.

Le RSI nouveau se plantera comme le RSI ancien

Le RSI nouveau est bien mal inspiré de placer d’emblée ses relations avec les indépendants, ses assurés sociaux, sur le mode du mépris. Car, si le sigle change, les règles absurdes restent.

On ne dira jamais assez que la mort du RSI n’est pas venue d’un problème informatique qui aurait rendu le système insoutenable. Elle est d’abord venue d’une absurdité des règles, qui consiste à faire rentrer les indépendants dans des cases de salariés. Il faut être un fonctionnaire de la direction de la sécurité sociale pour ne pas comprendre qu’il s’agit là d’une impossible quadrature du cercle.

Nous parions donc sur le rapide échec de la réforme, et sur une colère bien plus grande dans les mois à venir.

Mais jusqu’où ira l’insultant sultan Erdogan ?

À l’occasion de sa venue à Paris, Recep Erdogan n’a pu s’échapper une provocation inquiétante vis-à-vis d’un journaliste français qui l’interrogeait sur le soutien turc à Daesh. Sur le fond, se pose la question de l’attitude de l’Europe vis-à-vis de la dérive turque… Jusqu’où ira-t-elle?

Erdogan a repris les habits des sultans ottomans. Après avoir balayé la laïcité qu’Ataturk avait mise en place (sur le modèle français) au sortir de la guerre de 14-18, il exerce aujourd’hui un contrôle dictatorial serré sur son pays. L’échec du coup d’État de juillet 2016 lui a donné l’occasion de légitimer une restriction massive des libertés en emprisonnant opposants et journalistes.

Toute la question est de savoir jusqu’où ira ce projet islamiste ancré au coeur de l’Europe. L’attitude d’Erdogan mériterait que plus d’un Européen s’en inquiète. Sa visite à Paris ne peut que confirmer les craintes…

Erdogan, insultant sultan pour les journalistes

Au cours de la conférence de presse commune entre Emmanuel Macron et Recep Erdogan, un journaliste d’Envoyé Spécial a interrogé le sultan sur son soutien aux milices islamistes en Syrie. La réponse est publiée ci-dessus. Elle en dit long  sur la langue de bois pratiquée en Turquie.

Au passage, Erdogan signale les « 4.000 camions d’armes » envoyés en Syrie par les États-Unis. L’occasion était trop belle de rappeler l’opération Bois de Sycomore, lancée par la CIA avec l’Arabie Saoudite pour financer une guerre destinée à abattre Bachar El-Assad.

On notera en tout cas que, même en tournée « séduction », Erdogan ne peut dissimuler son manque total de respect pour les journalistes et pour la liberté de la presse. Dès que celle-ci le gêne, elle est ramenée à une manipulation de ses opposants.

La fin de l’intégration de la Turquie à l’Europe

Définitivement donc, la Turquie s’est éloignée de l’Europe. La défaite des forces laïques en son sein constitue un retournement historique majeur. Après cent ans d’ouverture sur la Méditerranée, la Turquie se retourne vers l’Asie et vers ses origines ottomanes.

Emmanuel Macron est le premier chef d’État qui a eu le courage de mettre des mots sur ce nouveau chapitre qui s’ouvre. L’intégration de la Turquie dans l’Union, au vu de l’islamisation erdoganienne, est un processus qui est désormais derrière nous. Devrait pouvoir s’ouvrir un chapitre de partenariat, avec un accord qui reste à négocier.

Repli sur soi ou nouvel impérialisme?

Reste à savoir si ce retournement est un repli sur soi ou un retour à la grande logique impériale des sultans ottomans.

Beaucoup de signaux faibles ou forts font pencher pour la deuxième solution. C’est précisément ce point qui devrait éveiller la suspicion des Européens. S’ils n’ont pas de projet politique pour Erdogan, Erdogan en a un pour eux: celui d’étendre l’influence turque au coeur de l’Europe, en s’appuyant sur ses soutiens islamistes au sein de la diaspora et en faisant pression sur l’Europe grâce à la bombe migratoire sur laquelle il est assis.

Le rôle de la diaspora turque

Les médias français ont minimisé ce volet de la stratégie erdoganienne. Elle existe pourtant: Erdogan avait rassemblé la communauté turque de Strasbourg avant les législatives pour donner la victoire à son parti. Mais ce volet-là est le moins offensif.

Il faut fureter sur les médias étrangers pour comprendre le rôle qu’Erdogan veut voir jouer à sa diaspora. Ainsi, lors d’un discours à Eskisehir en mars 2017, Erdogan a appelé les Turcs émigrés à faire des familles nombreuses pour inverser le rapport de force démographique dans les pays d’accueil.

Pour Erdogan, l’émigration turque est une arme d’expansion qui doit être activée de façon ordonnée. Les Belges en ont fait l’expérience. Le parti socialiste flamand y a même exclu l’un de ses élus qui avait soutenu ouvertement Erdogan à l’issue du coup d’État avorté de 2015, en invoquant publiquement Allah…

Imaginer, donc, que la diaspora turque est une simple immigration économique sans projet politique pour les pays d’accueil relève de la candeur confondante (et parfois coupable par sa fausseté) des bien-pensants.

L’arme de l’immigration et des réfugiés

Dans cet ordre d’idées, Erdogan considère que les réfugiés qui ont afflué en Turquie à l’occasion de la guerre civile en Syrie sont une armée de réserve qu’il peut utiliser à sa guise. Là encore, la candeur avec laquelle les bien-pensants européens abordent l’exercice est une faute politique.

En 2016, Erdogan a proposé une naturalisation simplifiée pour ces réfugiés. Cette méthode simple pour recueillir des voix à l’approche des élections souligne bien la logique purement instrumentale du président turc face aux flux migratoires qui touchent la Turquie.

Ces mêmes réfugiés sont une arme de dissuasion que la Turquie brandit régulièrement pour intimider l’Europe. On a vite oublié en France qu’Erdogan exigeait une somme annuelle de 3 milliards d’euros pour arrêter le flot de réfugiés qui passaient en Grèce et se répandaient ensuite en Europe. Depuis que l’Europe a cédé à la pression et mis la main à la poche, les réfugiés cessent d’affluer en Grèce et préfèrent tenter leur chance en Italie.

Les candides bien-pensants français ont systématiquement fait l’impasse sur le caractère organisé de la crise des réfugiés. Or, qu’il s’agisse de la Turquie ou de la Libye, on sait que cette crise est structurée par des réseaux mafieux avec la complicité des pouvoirs en place.

S’agissant de la Turquie, une simple visite sur l’île de Lesbos (principal lieu d’arrivée des réfugiés) permet de comprendre qu’aucun bateau ne peut quitter le pays pour la Grèce sans être immédiatement identifié et vu. S’agissant de la Libye, les règles de transparence financière imposée par le gouvernement italien aux ONG qui récupéraient les réfugiés au large de la Libye ont permis de tarir très rapidement le flux des réfugiés.

Erdogan utilisera-t-il la bombe démographique?

Erdogan sait qu’il dispose d’une bombe démographique. Celle-ci oblige l’Europe à prendre des gants avec lui. Elle oblige à proposer un accord de partenariat qui maquillera la rançon qu’Erdogan exige pour ne pas inonder l’Europe avec des flux migratoires incontrôlables.

Reste à savoir combien de temps Erdogan se contentera de la dissuasion, et combien de temps il résistera avant d’appuyer sur la gâchette pour déstabiliser une Europe qu’il déteste.

« Eduquez vos enfants dans les meilleures écoles, assurez-vous que vos familles vivent dans les meilleurs endroits, conduisez les meilleures voitures, vivez dans les meilleures maisons et faites cinq enfants, pas trois seulement », a déclaré Recep Tayyip Erdogan lors d’un discours à Eskisehir, au sud d’Istanbul.

« C’est la meilleure réponse à apporter à l’impolitesse et à l’hostilité que l’on vous témoigne », a-t-il ajouté.

Macron troque l’indépendance du parquet contre la liberté de la presse

L’annonce d’une loi sur les fake news et sur la liberté de la presse par Emmanuel Macron lors de ses voeux aux journalistes continue à susciter de larges polémiques. Présentée comme une arme à dégainer en période électorale, cette loi devrait permettre d’interdire certains contenus sur Internet et de déréférencer les sites qui les publient. Les motivations profondes de ce texte restent à expliquer, car la campagne électorale des présidentielles a surtout été marquée par le manque d’indépendance du parquet.

Le retour obsessionnel sur des détails est décidément le point faible essentiel d’Emmanuel Macron. Alors que le président de la République pourrait être beau joueur en se félicitant que le parquet ait réagi très rapidement sur l’affaire Fillon et très lentement sur l’affaire Business France ou sur l’affaire Ferrand, il préfère rejouer le match en pointant du doigt le rôle déstabilisant des Fake News. L’histoire mérite donc d’être reprise à froid.

Les fake news n’ont joué aucun rôle dans la campagne électorale en France

Rappelons d’abord que les fake news n’ont joué aucun rôle dans la campagne présidentielle en France. On attend d’ailleurs ici que le Président de la République nous en cite une seule qui ait perturbé le jeu démocratique.

C’est un peu cela qui inquiète d’ailleurs. La fake news est-elle un faux prétexte, ou bien, a posteriori, Emmanuel Macron souhaite-t-il assimiler indirectement toute révélation non voulue par le pouvoir à une fake news à combattre? Auquel cas, ce serait bien la liberté de la presse dans sa totalité qui serait visée…

La dépendance politique du parquet est bien plus inquiétante

Si un phénomène extérieur à la vie démocratique a perturbé les élections présidentielles de 2017, c’est plutôt un mal bien connu de nos institutions: le manque d’indépendance du Parquet.

Celui-ci explique qu’il ait fallu quelques heures à peine pour que le Parquet se saisisse de l’affaire Fillon et mène des investigations très rapides sur ce sujet. Celles-ci ont participé au torpillage d’une candidature affaiblie par ailleurs par des révélations sur les dons de costumes et autre menu fretin qui ont laissé le candidat de la droite quasi-mort sur le bord de la route.

Le même Parquet s’est montré par ailleurs beaucoup moins pressé de mener des investigations sur l’affaire Business France, qui portait pourtant sur des montants aussi significatifs que l’affaire Fillon. Il s’est montré beaucoup plus prudent sur l’affaire Ferrand, qui ne donne lieu à aucune poursuite.

On ne tirera de ces faits aucune conclusion hâtive, mais une conviction ancrée: au jeu de la dépendance politique du parquet, Emmanuel Macron n’est pas le plus mal loti. S’il veut faire oeuvre utile en matière de démocratie libérale, il a pourtant intérêt à s’y consacrer de façon prioritaire, car c’est bien sur ce point que nous péchons.

L’affaire Urvoas, terrible révélateur de la collusion politique

La dépendance du parquet est assez mal documentée. Mais au fil des scandales, on mesure combien elle est forte et toxique pour notre démocratie.

L’affaire Urvoas l’illustre. Courant décembre, le Canard Enchaîné révélait que Jean-Jacques Urvoas alors garde des Sceaux a transmis au justiciable Thierry Solère des informations confidentielles sur l’enquête qui le concernait. Ces informations avait été obtenues par la Chancellerie auprès du Parquet. Dans la foulée, la ministre Belloubet a elle aussi reconnu qu’elle demandait au Parquet des informations sur les enquêtes qu’il mène.

Ces pratiques montrent que le pouvoir politique enjambe allègrement le secret de l’instruction pour aider les copains. On comprend mieux, dans ces conditions, les différences de traitement pendant la campagne de la présidentielle.

La question de l’indépendance du parquet est mûre pour être traitée

Rappelons que, le 8 décembre, à la demande des syndicats de la magistrature, le Conseil Constitutionnel a donné une réponse de normand à une question prioritaire de constitutionnalité sur l’indépendance du parquet. Tout le monde convient aujourd’hui que la constitution de la Vè République n’est pas à la hauteur de la démocratie libérale sur ce point.

Si Macron veut faire oeuvre utile pour la démocratie, le bon sens consiste donc à traiter l’indépendance du parquet de façon prioritaire, et non à restreindre la liberté de la presse pour des motifs imaginaires. À moins qu’il ne s’agisse, sous couvert de démocratie, de rendre service à des titres en difficulté malgré les importantes subventions publiques qu’ils reçoivent. On se rappelle ici que Le Monde, très complaisant vis-à-vis du Président, s’est fait une spécialité de la « lutte contre la fake news », excellente façon de dénigrer des concurrents émergents donc les charges de fonctionnement sont moins importantes, et la profitabilité bien supérieure…

Les trois dictons que Macron doit contredire pour réussir sa politique

Emmanuel Macron tient aujourd’hui un séminaire de rentrée où il devrait fixer la feuille de route gouvernementale. L’occasion est donnée est de fixer le cap des réformes sur les prochains mois. Si la détermination du chef de l’État à prendre des mesures fortes commence à percoler dans l’opinion, plusieurs dangers guettent le gouvernement sur des sujets sensibles où l’application de la sagesse populaire risque d’être une tentation mortelle. Voici les trois dictons qu’Emmanuel Macron doit démentir pour réussir sa politique.

Pour Emmanuel Macron, la rentrée est plutôt placée sous un signe favorable. La croissance économique est passée au grand beau malgré l’augmentation du chômage, et l’opposition est plus que jamais divisée et affaiblie. Ces éléments se traduisent par un regain de popularité relatif, avec désormais plus de la moitié des Français satisfaits par sa politique.

Toutefois, la rentrée risque de commencer à toucher des zones sensibles pour l’opinion. Entre la décision à prendre sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et la conduite à tenir sur les affaires de sécurité, d’immigration et de droit d’asile, l’actualité offre une palette de terrains verglacés pour un gouvernement encore mal aguerri aux dossiers compliqués.

Emmanuel Macron pourrait avoir la tentation de se laisser guider par une sorte de ronron doctrinal. La réussite de sa politique passe pourtant par quelques bonnes provocations contre le bon sens populaire.

Faire mentir le « Charité bien ordonnée commence par soi-même »

L’une des tentations du gouvernement, on le voit bien, consiste à accélérer le train des réformes dans le secteur privé sans toucher au secteur public. Cet immobilisme permet d’acheter une vraie paix sociale avec les remuants fonctionnaires, mais il explique pourquoi le premier budget Macron bat des records en matière de dépenses publiques.

Pour le gouvernement, il peut être tentant de continuer cette politique en faisant porter l’essentiel de l’effort sur les entreprises et les salariés, tout en ménageant ses fonctionnaires. On attend de voir si le programme « Ambition 2020 » que le gouvernement prépare pour réformer l’administration confirmera ou non cette paresse à réformer.

Si le « Charité bien ordonnée comme par soi-même » devait être appliqué, il entacherait fortement la crédibilité du Président. Les Français supporteraient mal que la charge de l’effort ne soit pas correctement répartie.

Faire mentir le « Toute vérité n’est pas bonne à dire »

On connaît la montée du politiquement correct, qui impose de faire rimer Français avec méchant colonialiste, raciste, sexiste et exploiteur, mais qui interdit de parler de « terrorisme islamiste », ou qui prohibe l’énoncé de tout fait rompant avec le fantasme selon lequel les membres des minorités pourraient être autre chose que des victimes innocentes d’un système qui les opprime. Les délires récents pour expurger les manuels d’histoire de toute référence à Colbert ou autre le rappellent.

Face au lynchage de deux policiers à Champigny, ou face aux problèmes que posent les réfugiés et un droit d’asile mal contrôlé en Europe, le gouvernement sera soumis à une difficulté majeure. Soit il prend le taureau par les cornes et s’exposera aux accusations venues de la gauche bien-pensante. Soit il cède à la tentation de la concorde et évite de mettre des mots sur une réalité qui exaspère une part grandissante des Français.

Entre les deux options, la seconde est plus payante à court terme, mais plus coûteuse à long terme. La France peine en effet à contrôler ses frontières et devient progressivement un point de ralliement pour les déboutés du droit d’asile en Allemagne. Dans les prochains mois, il n’est pas impossible, si rien n’est fait, qu’elle doive affronter une crise migratoire complexe…

Macron a ici intérêt à prendre les devants en posant à froid quelques principes simples, avant qu’une actualité brûlante ne rende le terrain bien plus mouvant.

Faire mentir le « Qui trop embrasse mal étreint »

Dans les turbulences qui sont susceptibles à tout moment d’arriver, le gouvernement peut avoir la tentation de limiter le champ et la profondeur des réformes. C’est le « Qui trop embrasse mal étreint »… Modérons nos ardeurs pour ne pas nous mettre en péril trop important.

D’où certains domaines qui pourraient ne pas être réformés autant que nécessaire, comme la santé et, plus généralement la santé publique, ou comme la fiscalité. On a vu poindre, durant les six derniers mois, les hésitations de l’équipe gouvernementale sur la taxe d’habitation ou l’impôt sur les sociétés.

Dans le cas de la taxe d’habitation, on comprend la nécessité pour le gouvernement de concilier les promesses présidentielles et la grogne des élus locaux. Il faut dire que la promesse de supprimer la taxe d’habitation pour 80% des Français avait des relents populistes efficaces en termes de communication, mais compliqués aujourd’hui à gérer politiquement.

Le pire, pour le gouvernement, serait de marquer le pas et de se replier sur un format réduit de réformes à mener. Certes, le calcul pourrait parier sur une hausse de la popularité du Président en contrepartie de cet apaisement. En revanche, un manque d’entrain dans la baisse de la fiscalité plombera d’autant la capacité française à retrouver une croissance créatrice d’emplois.

Et pour Emmanuel Macron, l’enjeu final est de taille.

Comment le RSI a facilité la désertification des campagnes

Le RSI a-t-il favorisé la désertification des campagnes en y tuant le petit commerce? Ce méfait d’un système de protection sociale rigide imposé à l’aveugle par les pouvoirs publics est trop peu souvent noté. Mais il est bien réel. Exemple.

La désertification des campagnes est l’un des pires fléaux qui frappent la France. Quelle est la part de responsabilité du RSI et de ses règles absurdes dans ce phénomène? L’actualité vient d’en donner une illustration.

Près de Carentan, la désertification des campagnes est à l’oeuvre

L’affaire est rapportée par la presse locale. Le dernier commerce du village de Saint-Côme-du-Mont, dans la Manche, près de Carentan, vient de fermer ses portes après 70 ans d’existence. La gérante vient de procéder à la liquidation judiciaire de cette affaire qu’elle avait reprise à la suite de sa mère et de sa grand-mère dans ce village de 500 habitants.

Une illustration de plus de la désertification de nos campagnes, qui perdent peu à peu leurs petits commerces. Comme l’explique Maryline Lagoude, l’exploitante, ses revenus étaient de 1100€ mensuels pour 72h hebdomadaires de travail.

Un suicide appelé RSI

Dans cet ensemble fragile, le RSI donne le coup de grâce. Pour « dépanner » un autre village, Maryline Lagoude a accepté de tenir une épicerie supplémentaire pendant un an. Le RSI lui a réclamé 14.000€ de cotisations deux ans plus tard, soit l’équivalent d’un an de salaires.

Dans ces conditions, il est évidemment plus simple de fermer boutique et de laisser les habitants se ravitailler à l’hypermarché du coin.

Pour le coup, le problème du RSI est dévoilé ici dans sa réalité: ce n’est pas l’informatique qui pêche, mais un système de sécurité sociale inventé pour les salariés et mortifère lorsqu’il est artificiellement imposé aux entrepreneurs.

« En plus de mon commerce de Saint-Côme-du-Mont, j’ai accepté de tenir l’épicerie de Méautis d’août 2013 à juillet 2014, un gouffre financier qui a été fatal. De plus, le RSI m’a demandé 14 000 €, somme impossible à verser, et pourtant je travaille 72 h par semaine pour à peine 1100 € de salaire »

Maryline Lagoude, commerçante

Comment reconnaître un militant En Marche un soir de réveillon?

En Marche revendique 350.000 militants, mais on peine parfois à les identifier. Christophe Castaner vient de leur transmettre des « éléments de conversation » pour le soir du réveillon qui vous permettront plus facilement de les reconnaître si vous les croisez à table sans le savoir.

Le militant En Marche ressemble beaucoup à l’Arlésienne. Il paraît qu’il appartient à une espèce nombreuse, mais il est rare d’en observer un à l’état naturel. Toujours annoncé, impatiemment attendu, il se dérobe toujours au regard des curieux.

Grâce à Christophe Castaner, cette petite frustration devrait être légèrement comblée. Le délégué général de la République En Marche a en effet diffusé par un mail bien imprudent des éléments de langage tout en nuance à destination des militants qui parlent politique en famille.

En Marche et sa culture politique moisie

Pour le coup, l’opération « reconquête de l’opinion » menée par Castaner fleure bon la politique d’antan, avec ses relents de naphtaline cachée au fond des placards. Ce n’est pas encore le Petit Livre Rouge à lecture obligatoire dès le réveil, mais c’est quand même un sérieux pas en avant dans le retour à la propagande de type soviétique.

Qui plus est, Castaner ne s’est pas contenté de lister des arguments-clés, il a parrainé des « éléments de conversation » en suivant un schéma particulièrement infantilisant. L’argument à répondre à la mamie fâchée par la hausse de la CSG du « ça ne te concerne pas » risque de durer longtemps, tant il est puéril et digne d’un raisonnement politique très en-deçà de la « pensée politique complexe » du président.

En Marche et le culte de la personnalité

Car c’est bien ce qui consterne à la lecture de ce mail.

Depuis qu’Emmanuel Macron a remporté l’élection, on a peiné pour trouver une parole politique globale, accessible aux Français et susceptible de les convaincre d’une vision claire sur les projets en cours. La hausse de la CSG en a donné la caricature, puisque l’intérêt de fiscaliser les recettes de l’assurance maladie n’a jamais été expliqué aux Français.

Si Emmanuel Macron a pris la parole depuis le mois de mai, c’est soit pour prononcer des discours ronflants et verbeux à force d’être langue de bois, soit pour donner des interviews dont le contenu est apparu très élitistes. Le pouvoir exécutif n’a pas été capable de mettre en place une communication sérieuse capable de convaincre chaque Français.

Cette difficulté des élites françaises à parler aux « petites gens » tranche avec les pratiques d’une Angela Merkel, par exemple. On peut dire beaucoup de mal de la chancelière allemande, il n’en reste pas moins que sa communication sincère, transparente et exigeante vis-à-vis des Allemands nous donne une merveilleuse leçon de démocratie.

Dans le cas du mail de Castaner à ses militants, c’est l’exact inverse qui est pratiqué. L’augmentation de la CSG n’y est toujours pas expliquée autrement que par des arguments indignes du renouvellement politique qui se prétend à l’oeuvre. En revanche, le délégué général du parti appelle ouvertement au culte de la personnalité macronienne, avec cette conclusion:

« Souvenez-vous au même moment l’année dernière, Emmanuel Macron n’était qu’une « bulle médiatique », « qu’il n’aurait pas de majorité », « qu’il ne ferait pas le poids face à Trump ou Poutine. En un an nous avons déjoué tous les pronostics et démontré que impossible n’est pas français. »

Macron et son problème de conviction

Au fond, Castaner demande à ses militants de l’imiter. Le ministre des relations avec le Parlement adore le Président de la République et son engagement auprès de lui relève de l’affect et non de la rationalité politique. En Marche doit devenir une usine à aimer Emmanuel Macron, pas à comprendre son projet politique.

Depuis le mois de mai, le Président propose aux Français cette logique simpliste: aimez-moi et faites-moi confiance. D’où cette légende écrite chaque jour autour d’un Président qui se projette en super-héros, incapable de convaincre et obnubilé par un « story-telling » qui esquive systématiquement toute forme de contradiction publique.

À quoi les reconnaîtrez-vous?

C’est à ce regard énamouré pour l’homme Macron que vous les reconnaîtrez, donc. Si, au cours de votre repas de la Saint-Sylvestre, votre voisin de table vous parle, les yeux enfiévrés, d’une hausse de 18% du budget de l’intégration depuis mai 2017, s’il vous annonce le sourire aux lèvres que 138.000 places d’hébergement d’urgence sont ouvertes, soit 10% de plus que l’an dernier, vous saurez désormais que vous avez à côté de vous un militant d’En Marche. Vous saurez qu’il a reçu la parole jupitérienne et qu’il est sur le chemin de la perfection.

Surtout, ne perturbez pas ce processus psychique délicat, car vous risquez de mettre sa santé en danger. Votre voisin est entré en état d’hypnose pour une durée de quatre ans et demi. Tout réveil brutal pourrait avoir des conséquences irréversibles sur sa santé mentale.

PSA, Pimkie: les ordonnances Macron facilitent-elles vraiment les licenciements?

Les groupes PSA et Pimkie viennent d’annoncer leur intention de supprimer des emplois en utilisant la formule de la rupture conventionnelle collective prévue par les ordonnances Macron. Il n’en fallait pas plus pour nourrir les fantasmes de la gauche bien-pensante sur la facilitation des licenciements par les nouvelles dispositions législatives.

Coup sur coup, PSA et Pimkie viennent d’annoncer leur intention de mettre en oeuvre une rupture collective conventionnelle telle qu’elle est prévue par les ordonnances Macron. Ces annonces sont l’occasion d’un déferlement de hargne sur les réseaux sociaux, condamnant la facilitation des licenciements que cette loi permettrait. Une fois de plus, la bien-pensance (qui va de l’extrême gauche à l’extrême droite et rappelle une fois de plus que le Front National ne comprend pas mieux l’économie de marché que la France Insoumise), nourrie par son mépris de l’entreprise et des réalités économiques, produit des raccourcis d’une impressionnante inexactitude.

PSA et Pimkie ne licencieront pas

Premier point à rappeler: la procédure de rupture conventionnelle collective ne passe pas par des licenciements.

Elle permet seulement à l’entreprise de négocier un accord majoritaire avec les organisations syndicales autorisant des départs volontaires. Ne quitteront donc PSA et Pimkie que les salariés qui le demandent.

Le succès des formules à départs volontaires…

Dans l’imaginaire collectif, le « plan social » est forcément une opération brutale qui se termine par des licenciements secs. Or les plans de départs volontaires, loin d’être vécus comme des traumatismes, sont plutôt des opérations que les salariés accueillent avec soulagement. Ils leur permettent en effet de partir dans de bonnes conditions financières et de commencer un nouveau projet de vie.

 …oblige parfois à en limiter le périmètre

Certains se souviennent avec amusement de l’effroi de la direction de la Société Générale en 2012, lorsque des vagues de salariés avaient demandé à bénéficier du plan de départ. Il avait à l’époque fallu en retenir une partie.

Pourtant, le plan portait sur 880 départs, ce qui n’était pas rien.

À l’époque, les conditions financières offertes par l’entreprise avaient convaincu bon nombre de salariés de « prendre le chèque » et de partir, parfois sans aucune promesse d’embauche ailleurs. On retrouve ici les mêmes motifs que ceux qui poussent Macron à proposer le chômage pour les démissionnaires: loin des idées reçues, les entreprises françaises ne licencient pas assez…

C’est d’ailleurs pour quoi les syndicats signent

Au passage, on n’a probablement pas assez martelé que la rupture collective conventionnelle fonctionne avec un accord d’entreprise majoritaire. Autrement dit, il faut que les syndicats qui le signent représentent une majorité de salariés lors des élections professionnelles. On est donc très loin d’une décision unilatérale prise par un exploiteur qui impose la misère à de pauvres salariés.

Si Pimkie et PSA comptent sur un accord majoritaire, c’est bien parce que leur projet de rupture conventionnelle est favorable à l’intérêt des salariés et n’a rien à voir avec les caricatures qu’on en dresse. Les syndicats d’entreprise, qui sont beaucoup plus pragmatiques que la bureaucratie qui les représente au niveau national l’ont très bien compris.

L’intérêt économique de la rupture conventionnelle collective

Au demeurant, la rupture conventionnelle collective obéit à une vraie logique économique, même dans les entreprises qui dégagent des profits comme PSA. En économie de marché, les entreprises sont contraintes à une adaptation permanente de leur processus de production. Seules les économies administrées peuvent (temporairement) rester figées, jusqu’à ce qu’un effondrement brutal se produise.

PSA l’a très bien compris et fonctionne depuis des années avec une sorte d’accord de compétitivité permanent qui prévoit des départs réguliers sur la base du volontariat. Au sein de l’entreprise, le seul syndicat qui s’oppose à cette logique de bon sens est la CGT de Jean-Pierre Mercier, par ailleurs militant de Lutte Ouvrière.

En réalité, l’opposition aux accords de compétitivité dont la rupture conventionnelle collective est une résurgence contemporaine traduit une nostalgie pour les économies monopolistiques.

Rupture entre le syndicalisme d’entreprise et la bureaucratie syndicale

Alors qu’une majorité de syndicats devrait signer la rupture conventionnelle collective de PSA, on a entendu des bureaucrates syndicaux dire tout le mal qu’ils pensaient de cet accord. On retiendra en particulier les propos de Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, qui appelle au licenciement des intérimaires avant le départ des titulaires d’un CDI chez PSA.

On ne relèvera même pas ici la logique de rentier qui sous-tend les propos de Mailly (virons les outsiders avant les insiders) et qui rappelle une fois de plus que le syndicalisme français est avant tout un outil de défense au service des mieux intégrés sur le marché du travail. On notera juste que, malgré l’opposition de la bureaucratie de FO, la section d’entreprise devrait souscrire au projet de la direction de PSA.

Il serait peut-être temps que les bureaucrates (souvent issus de l’appareil ou de la fonction publique) qui tiennent le syndicalisme français cèdent la main à des personnalités un peu mieux représentatives de l’économie française et des salariés du secteur privé.

Si je résume : 200 employés de #Pimkie vont se retrouver au #chômage à cause de la #LoiTravail et seront fliqués comme jamais après. Il est beau le monde de #Macron! Pendant ce temps, les fraudeurs fiscaux et les très riches font jackpot! https://t.co/ALB77kqVWe

— Citoyen Lambda (@cit_lambda) 26 décembre 2017

#LoiTravail
Ces gens vont continuer à détruire nos entreprises, nos emplois, notre pays, et on va les regarder faire encore combien de temps ?? Quand seront-ils aussi stricts envers la #Fraudefiscale et #EvasionFiscale ? N’est-ce pas là l’urgence des urgences ?? Organisons-nous ! pic.twitter.com/CHxp3epDuI

— Vincent Castella φ (@Vincent12eme) 28 décembre 2017

PSA, Pimkie,… : les grandes entreprises sont dans les starting-blocks et attendent 2018 avec impatience pour pouvoir virer un maximum de salariés à peu de frais. Merci Macron, sa #LoiTravail et ses ordonnances censées créer de l’emploi dans notre pays !

— David Rachline (@david_rachline) 28 décembre 2017