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Auteur : Eric Verhaeghe

Macron sera sans doute confronté à une faible réaction syndicale

La réaction syndicale aux projets d’ordonnances de Macron ne seront probablement pas aussi farouches qu’on ne le croit. Alors que le recours à cette méthode autoritaire a des allures d’épouvantail pour la base des adhérents, les états-majors ont commencé à lâcher du lest.

Une réaction syndicale sans nuage: celle de la CFDT

Dès ce matin, sur France Inter, la numéro deux de la CFDT, Véronique Descacq, a expliqué que le principe de l’ordonnance ne la choquait pas tant que ça:

« Tout dépend de la façon dont Emmanuel Macron s’y prend pour faire son ordonnance, la CFDT souhaite que la phase législative, quelle que soit sa forme, soit précédée d’une phase de dialogue », a expliqué sur France Inter son numéro deux, Véronique Descacq, expliquant attendre du nouveau chef de l’Etat qu’il soit « à l’écoute des organisations syndicales, en particulier sur l’emploi et le droit du travail ».

Emmanuel Macron peut donc imaginer que la CFDT ne lui fera pas barrage…

Une réaction molle: celle de la CGT

De son côté, Philippe Martinez, qui a appelé à voter Macron, a pris une position plutôt rassurante pour le nouveau président:

Descendre dans la rue ? On y est déjà. Je n’ai pas demandé, comme Jean-Claude Mailly (FO), aux cadres de la CGT de prendre des vacances remboursables, chez nous, les congés payés sont sacrés. Mais on sait rapidement se mobiliser, on sera là pour la rentrée sociale.

La CGT déjà dans la rue? Grande nouvelle, qui augure d’une résistance faible aux ordonnances présidentielles.

FO isolée

Reste donc la position de FO, qui reste d’être extrêmement isolée.

« S’il persiste dans l’idée de faire des ordonnances au mois de juillet, ça veut dire qu’il va balayer le dialogue social et la concertation : il y aura problème d’une manière ou d’une autre, donc on attend de voir », a prévenu Jean-Claude Mailly sur France Info. « Je ne vois pas quelle est l’organisation syndicale, quelle qu’elle soit aujourd’hui, sans parler du fond, qui peut accepter que ça passe à la schlague avec des ordonnances ».

Le problème, donc, c’est que certain syndicat a l’air d’accord pour que la réforme passe à la schlague.

Le danger viendra de la base

À court terme, le nouveau président ne devrait donc pas se heurter à un tir de barrage franc et massif s’il fait passer ses ordonnances, pourvu qu’il prenne le temps d’une vraie concertation. Toute la question est de savoir quelle sera la réaction de la base face à ce « lâchage » en rase campagne. Il n’est pas du tout acquis que les confédérations tiennent la situation en main jusqu’au bout.

Exclusif: les déçus d’En Marche pourraient créer un parti concurrent

Ils partirent 13.000 et n’arrivèrent que 577! Les déçus d’En Marche n’ont pas tous vu venir la tenaille très verticale du parti et certains sont bien décidés à contester les règles du jeu en créant un « En Marche » pirate. Ils ont contre eux l’échéance très courte de dépôt des candidatures…

Les déçus d’En marche sont remontés contre le bidouillage de Delevoye

On sait que Jean-Paul Delevoye a présidé la commission d’investiture d’En Marche. Cet ancien président du Conseil Économique, Social et Environnemental, ancien ministre, ancien député, ancien sénateur, ancien maire, ancien conseiller régional, bref, le candidat du renouveau, a repris les bonnes méthodes de désignation qui ont fait leur preuve: un entre-soi opaque où des critères réputés transparents se transforment en machine à légitimer l’investiture des anciens et des apparatchiks.

La méthode devrait être destructrice pour un parti conduit par un chantre du « renouvellement des élites jusqu’au bout »: tous ceux qui ont cru aux promesses du gourou comprennent maintenant qu’elles n’engageaient que ceux qui les ont entendues.

Selon les mauvaises langues victimes d’une procédure qu’ils n’ont manifestement pas bien comprises, la déception est forte et prête à critiques. Ils assurent même que les noms qui sortiront de la cocotte minute jeudi prochain ne répondront pas aux critères annoncés la main sur le coeur par Emmanuel Macron, Richard Ferrand et Jean-Paul Delevoye réunis: il n’y aurait ni assez de femmes ni assez de gens nouveaux sur les listes définitives. On vérifiera avec attention cette assertion dans quarante-huit heures.

Les anciens élus font-ils partie de la société civile?

En attendant, il reste un flou: des gens comme Olivier Véran, plausible prochain ministre de la santé, suppléant en 2012 de la députée de Grenoble Fioraso et devenu député, de 2012 à 2015, à la faveur de la nomination de celle-ci comme ministre, font-ils ou non partie de la société civile qui disposerait de la moitié des investitures du mouvement jupitérien En Marche?

Selon Richard Ferrand, non. Selon Jean-Paul Delevoye, le lumineux chargé des investitures, oui.

Bien entendu, la réponse n’est pas neutre. Elle risque en effet de plomber ou non le quota de « nouveaux » proposés par En Marche, et d’augmenter d’autant la file des déçus.

Une subtile maîtrise du calendrier

Initialement, En Marche devait annoncer ses investitures dès le lendemain du second tour. Puis… l’annonce a été repoussée à jeudi. Les candidats investis ont certes tous été informés (confidentiellement) de cette investiture, et auraient dû acheter (selon nos informations) la mallette du candidat (vendue plusieurs milliers d’euros, selon des pratiques initiées… au Front National). Mais leur nom est tenu secret.

Pourquoi repousser la date de dévoilement? En partie pour imiter au maximum le temps de riposte des déçus. Les candidatures doivent en effet être déposées en préfecture entre lundi et vendredi prochain. C’est très court pour se « retourner » quand on découvre qu’on n’en sera pas mais qu’on veut quand même structurer un mouvement collectif.

Vers un parti pirate d’En Marche?

Sans surprise, donc, les promesses citoyennes d’En Marche font leurs premiers déçus officiels. Ceux-ci étaient séduits par le côte bottom up du mouvement: l’aspiration des idées du bas vers le haut. Le passage à la présidence jupitérienne tue ce mouvement ascendant et clôt le chapitre participatif du mouvement. Une fois arrivé au pouvoir, Emmanuel Macron jette le masque et ne cache plus sa préférence pour l’impulsion venue du haut.

En Marche a vécu. D’où l’idée de certains de le recréer.

Reste à savoir si la copie peut exister sans le maître.

Quels seront les rendez-vous “libéraux” d’Emmanuel Macron d’ici septembre?

Dans la pratique, Emmanuel Macron deviendra officiellement Président de la République le 14 mai. Il devra attendre le 18 juin pour savoir de quelle majorité parlementaire il disposera. Néanmoins, tout laisse à penser qu’il n’attendra pas ces échéances pour agir.

À compter du 19 juin, il pourra lancer sa première bataille parlementaire. Celle-ci commencera par une série de lois d’habilitation pour préparer des ordonnances (dont une partie serait d’ores et déjà écrite avec l’appoint de diverses forces de la « société civile » ou groupes de pression). Le Parlement ne devrait pas adopter un « collectif budgétaire », c’est-à-dire une loi de finances rectificative: le nouveau président a annoncé que cette instabilité fiscale n’entrait pas dans ses intentions.

Voici un échéancier probable de ce que seront les cent premiers jours d’Emmanuel Macron à l’usage des libéraux qui cherchent quelques repères dans ce nouveau parcours.

Le passage obligé de l’audit des finances publiques

Comme à l’occasion de chaque « alternance », le nouveau président commandera un audit des finances publiques, probablement auprès de la Cour des Comptes. L’exercice est habituel et vise surtout à vérifier qu’il n’y a pas de mauvaise surprise « cachée sous le tapis ». L’enjeu portera en particulier sur l’analyse des comptes sociaux et des opérateurs de l’État, les moins passés à la loupe dans les rendez-vous mensuels de la direction du Budget.

Pour le nouveau Président, cet exercice constituera un levier important pour justifier les orientations du projet de lois de finances et de la stratégie quinquennale des finances publiques qu’il a promis pour l’automne.

La moralisation de la vie politique et ses hauts risques

Dès le mois de mai, Emmanuel Macron a annoncé un projet de loi destiné à moraliser la vie politique. Il a donné le contenu global de ce texte: interdiction d’activités de conseils pour les parlementaires, et prohibition des recrutements familiaux.

Ce texte présente quelques risques. D’une part, il permettra à Emmanuel Macron de mesurer sa capacité à dégager une majorité parlementaire et constituera probablement un préalable à l’identification des sortants qu’il serait susceptible d’investir sous l’étiquette En Marche. D’autre part, le contenu même du texte pourra donner lieu aux premières critiques sur son éventuelle indigence ou son manque d’ambition.

Les lois d’habilitation de l’été

Après les élections législatives, fort de sa majorité parlementaire nouvelle, Emmanuel Macron a affiché son ambition de déposer des lois d’habilitation pour réformer le code du travail par ordonnances. Ce sera le premier véritable test de la nouvelle mandature pour les libéraux. Le nouveau président a donné les grandes lignes de ses intentions, consistant essentiellement à inverser la hiérarchie des normes sur les clauses (ex-)substantielles du contrat de travail et à modifier en profondeur le visage du paritarisme de gestion. En particulier, Emmanuel Macron a indiqué qu’il voulait élargir le régime de l’assurance-chômage.

C’est à l’occasion de ce texte que les libéraux pourront identifier la place des marqueurs posés par le nouveau président.

L’échéance des lois budgétaires de l’automne

Au début du mois d’octobre, le gouvernement déposera trois textes essentiels à l’Assemblée: une loi pluriannuelle de finances publiques, la loi de finances 2018 et la loi de financement de la sécurité sociale 2018. Ces trois textes fondamentaux donneront une image définitive des intentions portées par le quinquennat. Ils donneront l’ampleur des allègements de cotisations sociales promis par le candidat Macron, ainsi que sa stratégie en matière de CSG. Ils donneront également le calendrier de la baisse de l’impôt sur les sociétés et celui de la suppression de la taxe d’habitation.

Les entrepreneurs y guetteront quelques signes importants, comme l’étalement éventuel de la mise en place du prélèvement à la source, voire son ajournement.

Victoire de Macron, quatrième énarque à l’Elysée!

C’est, dans tous les cas, le triomphe d’un paradoxe français: c’est encore un énarque qui gagne l’élection, malgré le « dégagisme » ambiant et la crise profonde des élites. Sur le fond, avec environ 63% des voix, Emmanuel Macron n’a aucune raison de bouder sa victoire, même si celle est déjà chargée de menaces. Mais… à chaque jour suffit sa peine. Pour l’instant, il peut savourer.

Macron et l’ambiguïté des Français face à l’énarque

Que n’avons-nous entendu depuis plusieurs années sur l’énarchie en France? Et… de façon énigmatique, l’énarchie s’est renouvelée, et c’est encore l’un de ses membres qui remporte l’Elysée. Et pas n’importe lequel: un inspecteur général des Finances, membre du même corps que Giscard ou Juppé. Beaucoup ironisent régulièrement sur le prétendu manque d’imagination de cette élite solidement cramponnée à Bercy. Malgré tout, parmi 11 candidats, c’est l’inspecteur des Finances que les Français ont choisi.

Le difficile renouvellement des élites

Ce choix est en lui-même symbolique de la difficulté qui attend Emmanuel Macron.

D’un côté, les Français veulent du changement. Ils sentent bien que le système est à bout de souffle. Ils ont besoin que ça change, avec le pressentiment obscur, « dégagiste », que le problème majeur de ce changement tient à leurs élites.

D’un autre côté, le changement les angoisse, et ils conservent une sorte de préférence systémique pour le « mérite républicain » dont Emmanuel Macron constitue l’une des illustrations. Face au risque de changer, de chambouler, l’électeur se réfugie in fine dans l’admiration naturelle qu’il conserve pour l’excellence aristocratique: la beauté du phrasé, le maintien altier, les raisonnements construits et charpentés, le brillant…

La belle performance de Macron

Sur le fond, on saluera donc la performance d’Emmanuel Macron, qui, sans avoir jamais été lu et à moins de 4 ans, après une année de campagne électorale (ou presque) est parvenu à convaincre l’opinion du bien-fondé de sa candidature. Là encore, au-delà du traditionnel french-bashing, on peut constater que la France n’est pas le pays sclérosé qu’on croit.

Chapeau à l’artiste, en tout cas, qui est a mis un nombre suffisant de Français dans sa poche pour devenir Président de la République.

Les incertitudes vont commencer

On sait depuis plusieurs semaines que l’arrivée à l’Élysée n’est pas un achèvement, mais le début d’un parcours particulièrement compliqué. Les observateurs analyseront méticuleusement le nombre de voix recueillies par le nouveau Président, avec une forte abstention.

En 2012, François Hollande, avait recueilli 18 millions de voix. En 2007, Nicolas Sarkozy avait frisé les 19 millions de voix. En 2002, seul cas d’un second tour avec le Front National, Jacques Chirac en avait recueilli plus de 25 millions, mais il n’avait pas atteint les 16 millions en 1995, avec, il est vrai, 7 millions d’inscrits en moins.

Pour porter des réformes de structure, Macron aura besoin d’être plus proche du score de Chirac en 2002, que de celui de 1995.

Après une campagne interminable, l’intolérance submerge le débat politique en France

En attendant le chiffre de l’abstention (et du vote blanc) au second tour, une chose est certaine: l’intolérance sort grande vainqueur d’une campagne électorale commencée depuis huit mois. Et cette intolérance vaut pour tous les camps, celui d’Emmanuel Macron compris.

La technique des fake news, puissant distillateur de haine

Au premier rang de la haine, on placera évidemment le recours à des fake news et des mantras souterrains, propagés de façon virale par des mails anonymes, qui visent à disqualifier les candidats adverses. On se souviendra ici avec un brin d’amusement de la campagne chez les Républicains où « Ali Juppé » a un jour découvert que la France entière avait reçu sur sa boîte mail des accusations sur le financement des mosquées à Bordeaux.

Que de fausses rumeurs courent n’est pas nouveau. Qu’elles soient putrides non plus (on se souvient aussi du désormais légendaire « Claudine Dupont » sur une fausse carte d’identité de Najat Vallaud-Belkacem). Qu’elles soient utilisées de façon industrielle pour déstabiliser la campagne électorale l’est en revanche.

D’une certaine façon, d’ailleurs, le discours de Marine Le Pen lors du débat dans la boue avec Emmanuel Macron a largement consisté à faire une allusion permanente aux fake news ou aux bad news distillées dans l’ombre par ces adeptes du mail anonyme. On retiendra les répétitions du Macron candidat de la finance, et toute la brochette de soupçons que cette conviction draine avec elle.

La culpabilisation du ni-ni, deuxième cause d’intolérance

Comme si l’atmosphère n’était pas assez délétère, les soutiens de Macron ont tardivement pris conscience de la fragilité politique de leur héros et n’ont pas donné dans la dentelle pour cliver et pour culpabiliser les électeurs de ne pas voter en sa faveur. Chacun y est allé de son petit couplet, après le premier tour, pour expliquer que le seul choix digne était désormais de glisser un bulletin Macron dans l’urne.

Ceux qui ont essayé de nuancer le débat en ont été pour leurs frais. Toute forme de réserve sur un mot d’ordre qui a commencé à gagner les esprits, toute forme de balancement de la pensée, s’est heurtée à un procès en hérésie. D’un côté, les aficionados, qui appartenaient au camp du bien et des valeurs humanistes. De l’autre, les docteurs de la haine et les fossoyeurs de la démocratie. Il ne suffisait pas de ne pas voter Le Pen, il fallait voter Macron. Il ne suffit pas de voter Macron, il faut adhérer à son programme.

Dans cette atmosphère binaire, nourrie par les médias subventionnés qui n’ont pas manqué de souffler sur les braises, le débat ne s’est pas seulement polarisé. Il s’est dégradé jusqu’à sombrer dans l’intolérance pure.

La polémique Ruffin, une caricature de l’intolérance

C’est donc à cette aune qu’on prendra connaissance de la polémique Ruffin qui enflamme les réseaux sociaux dans la moiteur d’un printemps mal embouché et d’une trêve d’avant scrutin. Ruffin a commis une tribune dans Le Monde de vendredi pour soutenir qu’une majorité de Français haïssait Emmanuel Macron avant même qu’il soit élu. Il s’est attiré des réponses hallucinantes, aussi haineuses que la haine qu’il soupçonne les Français d’avoir pour leur futur président.

Par exemple, Bruno Roger-Petit n’a pas hésité à expliquer que Ruffin était animé des mêmes pulsions barbares que les identitaires.

Mais peu importe la psychologie de François Ruffin et sa plume qui parait comme être tenue par un identitaire. (…) Progressistes contre conservateurs. Patriotes contre nationalistes. Européens contre identitaires. Les plaques tectoniques de la vie politique française vont bouger. Et une partie de la gauche radicale française est en passe de passer de l’autre côté du miroir, à l’image de François Ruffin, et c’est en cela que sa lettre ouverte fait sens.

Ben voilà… ne pas aimer Macron, ne pas voter Macron, c’est être d’extrême-droite… Voilà un raisonnement complexe qui nous change de la pensée identitaire. On ne s’étonnera pas que la Société des Journalistes de Challenges ait même publié un communiqué pour dénoncer les interventions de la direction du journal en faveur de Macron.

On s’amusera aussi du texte publié par Le Monde pendant la trêve d’avant scrutin pour équilibrer la chronique de Ruffin, sous la plume de Jean-Pierre Le Dantec, intitulé « Vous me faites honte, monsieur Ruffin »:

Serait-ce qu’entre vous, monsieur Ruffin, et Marine Le Pen, la différence morale ­serait infime ? Que vous seriez, comme elle, un vecteur de vulgarité, de haine et de violence ?

Et voilà! Dire une opinion contraire au « j’aime Macron », c’est forcément être un admirateur de Marine Le Pen. Quelle pensée nuancée qui déjà nous fait rêver sur la démocratie idéale que nous allons vivre à partir de lundi.

Le triomphe de l’intolérance

Une chose est désormais acquise, donc. L’intolérance a gagné les élections présidentielles.

Macron réussira-t-il le renouvellement des élites qu’il promet? par Eric Verhaeghe

Dans un discours prononcé hier à Albi, Emmanuel Macron s’est fait l’apôtre du renouvellement des élites, sans le dire clairement d’ailleurs. Toute la question est aujourd’hui de savoir si cette ambition salutaire est tenable par une réforme « interne » au régime.

Macron à Albi, un symbole assez curieux

Il faut reconnaître au site de France 3 l’intelligence d’avoir replacé le déplacement d’Emmanuel Macron à Albi dans l’étrangeté de son contexte historique:

Symboliquement, Emmanuel Macron a visité la Verrerie Ouvrière d’Albi (VOA). Les ouvriers de l’entreprise avaient bénéficié du député Jaurès après la grande grève de 1895. Mais les temps ont bien changé : la VOA, ancienne société coopérative, a depuis… été rachétée par Verralia, un groupe lui-même détenu par un fonds de pension américain ! On est bien loin de Jaurès.

Macron, apôtre d’une France où les entreprises les plus anciennes sont contrôlées par des fonds de pension américains? Le pari était vraiment étrange…

Le sujet central du renouvellement des élites

Durant le discours qu’il a prononcé à Albi, Emmanuel Macron a ensuite eu cette phrase tout à fait centrale dans l’oeuvre qu’il devra conduire dès le mois de mai:

« Ce ne sont pas les forces classiques de la vie politique française qui reconstruiront le pays. J’entends ceux qui voudraient que les partis reprennent leurs droits. Non, nous recomposerons jusqu’au bout, nous renouvellerons jusqu’au bout »

Gouverner sans les forces classiques de la vie politique français, recomposer, renouveler « jusqu’au bout »: ces mots sont évidemment prometteurs et, pour tous ceux qui souhaitent que les cartes sont rebattues en profondeur en France, ils sonnent de façon heureuse.

Ils soulèvent toutefois deux questions. La première est de savoir quel degré de sincérité les porte, de la part d’un candidat qui aime communiquer, mais qu’on est loin d’avoir vu à l’oeuvre. La seconde est de savoir dans quelle mesure les institutions rendront possible ce renouvellement des élites.

Sur la sincérité du président Macron

Premier sujet: dans quelle mesure Emmanuel Macron est-il véritablement porteur de cette volonté de renouvellement? Chacun, à commencer par lui-même bien entendu, aura son opinion sur le sujet. En l’état, et en lui faisant par bienveillance le crédit préalable d’une sincérité intacte, il est néanmoins confronté au problème éternel de la rénovation démocratique: comment s’appuyer sur des gens nouveaux sans hérisser le poil de ceux qui sont aux manettes? et comment enjamber les « insiders » du pouvoir pour les remplacer par des nouveaux?

C’est pourquoi l’ambition d’un renouvellement des élites « jusqu’au bout » connaît déjà de sérieux tempéraments. Le secrétaire général du mouvement, Richard Ferrand, est député socialiste (proche des frondeurs, d’ailleurs). Macron a intégré Bayrou dans son équipe, qui n’est ni un perdreau de l’année, ni un grand consommateur de renouvellement, sans quoi il aurait disparu depuis longtemps.

Ces concessions faites à l’écosystème de la Vè République montrent bien la difficulté à laquelle Emmanuel Macron va se heurter. On imagine déjà qu’elle a dû grandir rapidement depuis le premier tour, et que les bureaux de son cabinet doivent être recouverts de CV prestigieux envoyés illico par des candidats aux fonctions les plus alléchantes de la République (on retiendra comme face émergée de l’iceberg les dépôts de candidature à Matignon par voie de presse: Laurence Parisot, Christiane Taubira, Jean-Louis Borloo, Xavier Bertrand, notamment).

Sur la capacité d’un régime français à se rénover de l’intérieur

En même temps qu’Emmanuel Macron devra résoudre la difficile équation de l’exercice du pouvoir avec des gens nouveaux, donc inconnus et peu aguerris, il devra surmonter l’autre difficulté: la capacité des institutions françaises en général, et singulièrement celles de la Vè République, à tolérer et permettre des renouvellements de ce type.

Sur ce point, Emmanuel Macron devra en faire l’expérience dès le mois de juin, avec les élections législatives. Renouveler jusqu’au bout signifie qu’il refuserait d’investir des élus de l’actuelle Assemblée comme candidats d’En Marche. Mais alors… 577 candidats totalement inconnus (dans leur immense majorité) qui commenceront à faire campagne le 8 mai pour des élections qui auront lieu six semaines plus tard, ça risque quand même d’être un peu court pour monter une mayonnaise et obtenir une majorité de gouvernement à l’Assemblée.

Là encore, le bon sens est que Macron fasse ce qu’il a discrètement commencé à faire: accepter des élus actuels comme candidats, à condition qu’ils concourent officiellement sous la bannière d’En Marche. Mais, dans ce cas, le candidat renonce à sa promesse de « renouvellement jusqu’au bout », et reprend les vieux produits en changeant seulement l’emballage.

C’est toute la difficulté d’un changement par l’intérieur.

La question de la technostructure

Reste un problème qu’Emmanuel Macron ne pourra contourner: les élites en France ne sont que marginalement politiques. Elles sont et demeurent majoritairement administratives. C’est ce qu’on appelle la technocratie. Macron s’est (et c’est un bien) prononcé pour un spoil system à la française, qui reste quand même très en-deçà du spoil system américain. Aucun haut fonctionnaire français ne terminera son parcours chez Pôle Emploi. Il sera juste reclassé dans un corps d’inspection à 10.000€ par mois, voire plus.

Mais jusqu’où Macron pourra-t-il renouveler les cadres de l’administration, tous protégés par leur statut? En réalité, derrière les changements politiques apparents, les décisions de gestion, au jour le jour, continueront à être prises par un groupe d’hommes et de femmes qui demeureront immuables.

Et là, nous touchons probablement au problème le plus compliqué à résoudre, à périmètre égal d’intervention de l’Etat, pour un Président qui veut renouveler « jusqu’au bout ».

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Lors du débat d’entre-deux tours, M. Macron a affirmé qu’il n’est pas possible de comparer son contrat de mutuelle santé. C’est désormais possible grâce à Asfelia !

 

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Suppression du RSI: les questions sur lesquelles les entrepreneurs devront se mobiliser

L’estomaquant débat télévisé d’hier laisse désormais peu de doutes: Emmanuel Macron devrait être élu président de la République dimanche prochain, ouvrant la voie à une rapide suppression du RSI. Pour beaucoup d’entrepreneurs, la nouvelle mérite quelques explications détaillées afin d’éviter les mauvaises surprises.

Macron et le mythe du régime universel de sécurité sociale

Sur le RSI, comme sur les retraites ou l’assurance chômage, Emmanuel Macron a l’ambition d’achever le projet formulé par Pierre Larroque dès 1940, lorsqu’il servait dans le cabinet de René Belin, ministre du Travail de Vichy: la création d’une grande caisse de sécurité sociale à adhésion obligatoire (pour tous, sauf les fonctionnaires bien entendu).

Dans cette perspective, Emmanuel Macron devrait donc supprimer le RSI et profiter des innombrables dysfonctionnements du régime pour étendre le régime général aux entrepreneurs. Pour le meilleur comme pour le pire.

La question des cotisations

L’enjeu essentiel sera évidemment de savoir si les gérants de SARL se verront appliquer les cotisations des salariés ou s’ils conserveront leur taux spécifique de 47%. L’impact sur les ressources des assujettis ne sera évidemment pas le même. Si la suppression du RSI se traduisait par une majoration forte des cotisations des intéressés… la mort rapide des SARL est à prévoir.

La question des prestations

Plus marginalement, les entrepreneurs, qui consomment peu de soins, s’interrogeront sur l’alignement des prestations auxquelles ils auront droit dans le cadre du nouveau système. Une majoration des cotisations sans alignement des prestations ne manquerait pas de constituer un casus belli.

La question des retraites

Sans aborder ici la question spécifique de la CIPAV et des retraites des professions libérales, on notera que, dans son projet de régime de retraite par points, Emmanuel Macron devra formuler une proposition à destination des entrepreneurs, qui risque de soulever un grand nombre de questions. Dans l’hypothèse où se mettrait en place le système de retraite par points qu’il a évoqués, reste la question de son fonctionnement précis. S’il s’agit d’aligner de fait le régime général sur les retraites complémentaires actuelles, on voit mal quel bénéfice le système retirera globalement de cette opération.

Si la réforme des retraites ne doit pas être à coût nul, elle doit modifier les règles de calcul des pensions… Et là s’ouvre un océan de questions techniques qu’il faudra suivre très précisément.

Une suppression du RSI par ordonnances?

Accessoirement, la méthode retenue pour mettre en place la réforme ne sera pas anodine. Un recours aux ordonnances donnera une large place à Bercy et à ses énarques, amateurs de jardin à la française, contempteurs de la « concurrence émiettée » et des TPE et PME.

Macron – Le Pen: le débat de l’explicite contre l’implicite

Le débat télévisé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, marqué par de fortes tensions, ne modifiera probablement pas fondamentalement le rapport de force entre les deux candidats. Sans surprise d’ailleurs, Emmanuel Macron a semblé mieux préparé sur le terrain économique que Marine Le Pen et plus rigoureux dans son argumentation. Il ne s’est toutefois pas affranchi de réactions dont l’élitisme risque d’avoir agacé les Français, à l’image de sa première phrase tout en allusion à Blaise Pascal, par laquelle il a reproché à sa rivale de manquer « d’esprit de finesse ». Pas sûr que tous les Français aient d’emblée saisi la nuance…

Macron, candidat de l’explicite

Un trait aura sans doute marqué les esprits: Emmanuel Macron a essentiellement procédé par argumentation explicite. Ce réflexe s’est particulièrement senti dans le domaine économique, et tout spécialement monétaire. Le candidat d’En Marche a cherché à ouvrir un débat technique et rationnel sur le sujet. Il s’est donc engagé dans un jeu de ping-pong sur le fonctionnement de feu l’Ecu, l’ancêtre de l’euro qui partageait avec la monnaie unique à peu près autant de ressemblances que l’homme de Neanderthal avec le Sapiens Sapiens.

De ce point de vue, Emmanuel Macron n’a pas échappé à son profil: énarque, lettré, avec une mécanique intellectuelle bien huilée qui s’adresse à l’intelligence de son interlocuteur.

En ce sens, Macron peut se prévaloir d’une forme de présidentialisation qui devrait lui profiter. Ses partisans pourront toutefois regretter qu’il ait gâché ce gain net par des réactions parfois décevantes ou trop passionnelles aux polémiques faciles lancées par sa contradictrice. Sur ce point, il s’expose au risque d’une déception forte sur son manque de retenue dans des échanges délibérément agressifs de la part de son adversaire.

Le Pen, candidate de l’implicite

Au contraire, Marine Le Pen a essentiellement fonctionné par implicite, par allusions, par mots-clés qui touchent son électorat.

Ceux-là sont de deux ordres.

Un premier implicite consiste à répondre aux questions compliquées ou techniques par l’énumération des problèmes quotidiens des Français: les déserts médicaux, le prix de la baguette, le montant des petites retraites, la lutte contre la fraude… Emmanuel Macron lui a plusieurs fois reproché de n’avoir pas de programme. Probablement n’a-t-il pas compris que le premier trait du programme de Marine Le Pen est d’afficher une forme d’empathie pour les problèmes de la France d’en-bas. Et c’est en ce sens que son argumentation est à la fois implicite et redoutable: elle repose sur un registre émotionnel en réaction aux réponses techniques que le système propose dans l’incompréhension fréquente des Français.

Un second implicite consiste à procéder par allusion: sur les relations d’Emmanuel Macron avec l’UOIF, sur la colonisation, sur ses supposés conflits d’intérêt. Depuis plusieurs mois, l’entourage du Front National multiplie les marqueurs symboliques destinés à discréditer l’adversaire. La concurrente de l’ancien ministre de l’Economie n’en a oublié aucun, portant ainsi le fer sur le terrain d’une crédibilité que les élites parisiennes ne perçoivent pas forcément.

Des faiblesses économiques qui se sont vues…

Reste que Marine Le Pen n’a pas pu dissimuler ses faiblesses sur le terrain économique. D’emblée, interrogée sur son programme en matière de relations sociales, elle a semblé multiplier les anathèmes, peinant à expliquer clairement sa vision. Peu de spectateurs auront été dupes de cette tactique.

Si elle a semblé plus à l’aise sur le terrain sociétal (et bien entendu sur le sujet du communautarisme), beaucoup de Français auront sans doute ressenti quelques sueurs froides en percevant son manque d’envergure sur des sujets critiques comme la politique industrielle ou budgétaire.

Si Emmanuel Macron n’est pas forcément apparu comme revêtu de l’autorité nécessaire pour assumer sa fonction, il pourra au moins se prévaloir d’une capacité technique plus rassurante.

Macron / Le Pen… sous le regard plus crispé que jamais des Français ? par Frédéric Dabi et Eric Verhaeghe

Article d’Eric Verhaeghe et Frédéric Dabi écrit en collaboration avec Atlantico.

Ce mercredi soir, le débat télévisé qui opposera Marine Le Pen et Emmanuel Macron présentera des enjeux très différents pour chacun des candidats. Pour bien comprendre les positionnements de chacun, voici un petit décryptage préalable des quelques sujets-clés.

Atlantico : En ce jour de débat de 2e tour de l’élection présidentielle, que voient les Français en chacun des candidats? Quelles sont les qualités et les défauts que leurs prêtent les électeurs, sur leur honnêteté, leurs compétences, leurs capacités à gouverner le pays, leur présidentialité etc…?

Frédéric Dabi : Il y a une meilleure appréciation en termes d’opinion pour Emmanuel Macron que pour Marine Le Pen. La confiance des français atteint 40% pour Emmanuel Macron et moins de 30% pour Marine Le Pen. En parallèle, on est face à des électeurs qui considèrent qu’l y a des avantages et des inconveniants pour les deux.

Emmanuel Macron a plusieurs atouts. Il incarne un Président jeune, une bonne personnalité, il est passé par le privé et est à l’écoute des français. Enfin, il parle à la droite et à la gauche, ce qui est un point important pour les français qui le trouvent également honnête. Mais en même temps il y a aussi une vraie interrogation sur son projet politique et sur ce qu’il incarnera en tant que Président et beaucoup ne votent pour lui que pour faire barrage à Marine Le Pen.

Marine Le Pen a des électeurs à fond derrière son projet, non seulement sur les questions de l’immigration et de la lutte contre le terrorisme mais on note aussi une véritable dimension sociale. Enfin, une partie importante des électeurs veulent vraiment la voir au pouvoir. « Pourquoi ne pas l’essayer? » se disent-ils. Elle parle du réel et emploie des termes qui permettent d’exposer la situation de la France clairement. Elle reste rebutante pour beaucoup de français néanmoins et est souvent critiqué pour son attitude « extrême droite » par une majorité des électeurs.

Sur la base de la perception des Français, comment chacun des candidats doit il se positionner pour répondre à ces préoccupations formulées par les Français ? Sur quelles faiblesses les deux candidats pourront ils s’appuyer pour tenter d’affaiblir leur concurrent ?

Frédéric Dabi : Emmanuel Macron devra faire face à un enjeu de clarification de son projet. Notamment pour la part des électeurs de gauche qui doutent des contreparties sociales de son projet, perçu comme trop libéral.

Du côté de Marine Le Pen, une partie de la société française est inquiète de la voir accéder aux responsabilités du fait que l’identité du pays qu’elle porte ne correspond pas notre identité nationale. Elle devra convaincre à ce niveau.

Donc un enjeu de réassurance sur la norme social pour Emmanuel Macron et de positionnement politique pas « si à droite que ça » pour Marine Le Pen.

Eric Verhaeghe : Selon toute vraisemblance, Marine Le Pen ne devrait pas « rattraper » son retard sur Emmanuel Macron. Elle ne courra donc pas avec l’intention de remporter l’élection. Cette situation, qui peut paraître inconfortable, la rend en réalité extrêmement redoutable. Sur le papier, en effet, elle n’a pas grand chose à perdre et peut donc se permettre de prendre des risques interdits au candidat favori.  Cela dit, elle devra soigner quelques sujets majeurs pour « l’après ».

Bien entendu, « l’objectif de guerre » premier de Marine Le Pen sera d’affaiblir autant qu’elle le pourra Emmanuel Macron. Le Graal consistera sans doute pour elle à le déstabiliser et à le pousser dans ses retranchements jusqu’à lui faire perdre son sang-froid. L’enjeu est de démontrer que son rival n’a pas les épaules assez larges pour assumer la présidence. Une bonne partie du débat devrait d’ailleurs être focalisée sur cette question de la crédibilité personnelle d’Emmanuel Macron.

Pour son adversaire, le débat devrait se révéler beaucoup plus délicat et glissant. Emmanuel Macron doit en effet « épaissir » sa stature présidentielle et confirmer aux électeurs qu’il constitue un choix crédible et rassurant pour le 7 mai. Cette situation lui laisse peu de choix: il doit convaincre, maîtriser la situation et faire la preuve de sa capacité à endiguer les assauts de sa compétitrice. Autant dire que l’exercice sera complexe, dans la mesure où il devrait être à l’aise autant dans la défensive que dans l’offensive, sans paraître ni agressif ni polémique.

Au premier chef, Emmanuel Macron devra apparaître comme crédible dans la peau d’un futur chef d’Etat, à la tête de la cinquième puissance mondiale. Sur ce point, son extrême jeunesse et son absence d’expérience élective poussent les Français à l’observer à la loupe et à disséquer ses faits et gestes. On se souvient ici de ses cris à la fin d’un meeting de campagne, qui ont marqué les esprits tant ils ont nourri le sentiment d’une fragilité chez ce personnage. Le candidat devra donc prouver sa parfaite maîtrise émotionnelle et sa capacité à dégager du leadership face à un ennemie irréductible.

En quoi les différences d’enjeux pour les deux candidats peuvent-ils également changer la donne ? S’il est possible de considérer que Marine Le Pen a moins à perdre qu’Emmanuel Macron, quelles sont les limites de l’exercice pour le candidat d’En Marche ! qui s’apprête à relever la tache de la formation d’une majorité, notamment entre ceux qui refusent le libéralisme et ceux qui veulent une réponse plus forte sur le terrain de l’identité et du terrorisme ?

Frédéric Dabi : Chaque chose en son temps. Il y a déjà un enjeu fort qui est la présidentielle pour Emmanuel Macron qui doit la remporter la plus largement possible. Et faire en sorte qu’il y est la perception qu’on ne vote pas seulement contre Marine Le Pen mais aussi pour lui. Dans ce contexte là il faut une forme d’adhésion à son projet. On sait que même ses électeurs ne lui font pas totalement confiance dès le départ.

On suivra avec intérêt ses propos sur l’euro. Selon la tonalité qu’elle leur donnera, nous serons fixés sur son intention d’ouvrir ou non son positionnement vers la droite ou vers la France Insoumise. Dans la perspective des législatives, le bon sens pour le FN est de privilégier l’ouverture vers les Républicains.

On voit qu’on est face à des électeurs qui ont envie d’être plus convaincu par les propos de Macron ils ont plus d’enthousiasmes à l’égard de ce qu’il peut proposer qu’envers la candidate du Front National.

Eric Verhaeghe : Comme le montre le sondage Atlantico, l’électorat d’Emmanuel Macron exprime de fortes attentes, notamment vis-à-vis de la « démocratie sociale ». Celles-ci sont, à certains égards, orthogonales avec les intentions affichées par le candidat. Sur les questions sociales, Macron est plutôt jacobin, amateur d’étatisation et de sortie du paritarisme. Son électorat présente des caractéristiques beaucoup plus girondines avec un attachement manifeste aux corps intermédiaires.

S’il veut avoir une chance de disposer d’une majorité parlementaire stable et claire, Macron devra donc revisser quelques boulons pour se rapprocher de son électorat. Ce débat constituera donc pour lui un exercice d’explication mais aussi de rencontre avec des électeurs qui, à ce stade, le connaissent mal et peuvent s’estimer désarçonnés par le manque de clarté de certaines propositions.

Emmanuel Macron devra, ici, désamorcer d’éventuels malentendus qui pourraient lui porter préjudice une fois au pouvoir.

On le mesure: les déterminants que Macron devra intégrer dans le débat sont plus nombreux, plus contradictoires et plus sensibles que ceux qui pèseront sur Marine Le Pen. L’exigence à laquelle il sera soumis pourrait se révéler redoutable et il pourra considérer cette épreuve comme un succès s’il n’y laisse pas quelques précieux points.

Au regard de la perception des Français, quels sont les arguments ou les thématiques que pourraient utiliser Marine Le Pen pour réussir sa tentative de dédiabolisation de son parti, dont l’objectif serait de faire du Front national le principal parti d’opposition ?

Frédéric Dabi : Il y a la perception qu’on est face à une position d’ordre sociale, dès lors elle peut rassurer une partie des électeurs de gauche, qui aujourd’hui sont interrogatifs, sur ce qu’elle peut porter en tant que candidate. Si on a le sentiment qu’il y a des engagements extrêmement libérales ou qu’elle s’engage sur une politique qui mène à une sortie de l’euro, alors cela peut créer une tension plus forte chez les français. C’est sur ces points que ce joueront la dédiabolisation de son parti.

Eric Verhaeghe : Un élément essentiel de la stratégie de Marine Le Pen consistera, dans l’ensemble du débat, à asseoir son image de candidate du peuple contre les élites incarnées par Emmanuel Macron. Le clivage social qui a commencé à prendre forme sera au coeur des échanges. Forte de sa certitude de ne pas gagner, Marine Le Pen pourra cliver abondamment sur ce sujet. La réciproque pour Emmanuel Macron ne sera pas vraie, en revanche. L’asymétrie des enjeux devrait ici largement profiter à la candidate frontiste.

Le Fn est crédité de 25 sièges possibles aux législatives. Dans tous les cas, Marine Le Pen aura besoin de « mordre » sur l’électorat républicain pour consolider ce pronostic, voire pour le dépasser. Le jeu des triangulaires pourrait en effet se révéler redoutable pour les candidats frontistes. Durant le débat, Marine Le Pen aura donc besoin d’insister sur ses ouvertures à droite. L’alliance avec Dupont-Aignan devrait revenir sur le tapis, et Marine Le Pen insistera probablement sur les lignes qu’elle a commencé à ouvrir avec lui.