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Auteur : Eric Verhaeghe

Les médias vont-ils priver les Français d’une vraie présidentielle?

L’atmosphère délétère qui règne dans le pays conduira à priver les Français d’une véritable présidentielle? En regardant BFM TV hier soir pendant une heure et demie, et en feuilletant la presse de-ci de-là, c’est quand même bien le sentiment qu’on peut avoir.

Pendant 90 minutes, BFM n’évoque que trois candidats

J’ai regardé BFM TV hier soir entre 21 heures et 22 heures 30, d’une oreille discrète comme toujours le soir quand je prépare mes papiers du lendemain. Sauf à ce que mon inattention ait été plus grande que d’habitude, j’ai retenu deux idées martelées pendant toute la soirée.

La première est que François Fillon n’ose plus sortir de chez lui et qu’il évite soigneusement le contact avec les vraies gens. Un commentateur expliquait même que son discours était inaudible depuis les affaires Pénélope. D’ailleurs, ledit commentateur n’a pas jugé utile de relayer les propos du candidat.

La deuxième est qu’un sondage publié dans la journée donnait pour la première fois Macron deuxième du premier tour, derrière Marine Le Pen. Donc, deux débats ont suivi, opposant le camp Macron et le camp Le Pen. Plus la peine de parler d’autre chose. Et voilà, c’est fait, Mesdames et Messieurs, le résultat du premier tour est proclamé par BFM.

Et Hamon? et Mélenchon? et Dupont-Aignan? et Jadot? visiblement, ils ne font plus partie de l’actualité.

Pas une question pertinente des journalistes

Au passage, les deux débats entre les deux camps (Rachline puis Philippot pour le Front, Ferrand puis Griveaux pour Macron) se sont résumés à ce qu’on déteste: des confrontations oeil pour oeil dent pour dent sur le thème de: « C’est moi qui en ai une plus grosse ».

Pourtant, le matin, la Cour des Comptes avait alerté sur l’état des finances publiques et sur la contrainte que celles-ci exerceraient sur le prochain quinquennat. Mais ni les partisans de Macron ni les partisans de Le Pen n’avaient manifestement envie d’expliquer comment leur héros prendrait ces recommandations en compte.

Et là, tu comprends que ni Macron ni Le Pen n’ont la moindre idée sur les réformes de structure qu’ils vont mener s’ils arrivent au pouvoir.

Macron, fabriqué de toutes pièces par les medias

Il y a quelques jours, une journaliste de l’AFP m’a appelé pour m’interviewer sur les préoccupations des start-uppers dans le cadre de la présidentielle Naïvement, j’ai commencé à parler du RSI, de la complexité réglementaire, et toutes choses qu’elle n’avait manifestement pas envie d’entendre. Elle m’a sèchement coupé la parole pour me demander:

« Mais enfin, est-ce que vous aussi vous considérer que Macron est le candidat qui vous représente le mieux? »

Elle avait manifestement une commande de sa hiérarchie: présenter Macron comme l’homme de la modernité, l’homme des entrepreneurs.

« Vous me confirmez que les entrepreneurs du numérique sont centre gauche et détestent les extrêmes? »

Voilà ce qui s’appelle orienter l’information. J’imagine que cette propagandiste doit, le samedi en famille, donner de grandes leçons de déontologie et d’indépendance de la presse.

Où l’on comprend pourquoi Drahi a acheté des groupes de presse

La campagne des présidentielles permet de comprendre pourquoi Patrick Drahi, ce Ponzi des temps modernes, peut-être devenu too big to fail au point de tenir le pays par la catastrophe qu’il causerait s’il était mis en difficulté, a acheté autant de titres et de medias. Pendant six mois tous les cinq ans, sa machine se mettra « En Marche! » pour pousser le candidat dont il a besoin pour prospérer.

Désolé, mais qu’on ne me demande de dire du bien de ce système fondé sur les illusions télévisuelles et sur l’illusion qu’on gouverne avec des illusions.

Tous ces gens font des calculs à court terme qui tue la bête, la République, à petits feux. Là où il faudrait une thérapie durable et responsable pour reconstituer le patrimoine qu’ils sont en train de dilapider.

Vers la présidentielle la plus fermée qu’on n’ait jamais eue?

Il y a quelques semaines, comme beaucoup, j’imaginais que la présidentielle de 2017 serait ouverte et aurait le mérite d’ouvrir un véritable débat sur les programmes et les solutions collectives à adopter pour redresser le pays. Les débats qui avaient eu lieu aux primaires laissaient augurer le meilleur. Avec la complicité, de mon point de vue coupable, du Canard Enchaîné, le débat dont nous avions besoin s’est transformé en champ d’ordures. On nous a volé notre présidentielle.

Le Canard Enchaîné pouvait-il priver les Français de leur débat?

Bien entendu que le Canard dispose des éléments qu’il a publiés depuis plusieurs semaines. De façon très professionnelle, le journal fait ses choux gras de « scoops » bien documentés qui vont lui rapporter de l’argent et accroître sa cagnotte. C’est bien légitime d’un point de vue commercial.

Politiquement, le choix fait par l’hebdomadaire laisse quand même perplexe. Les patrons du Canard ont intentionnellement torpillé une candidature qui devait être majoritaire dans le pays. Par ce choix éditorial, la moitié de l’opinion, ou en tout cas une grande part d’entre elle, est privée d’une voix au scrutin. Il est en effet évident que Fillon est aujourd’hui carbonisé et que le débat ne se tient plus dans des termes satisfaisants.

Dieu (ou l’un de ses substituts selon les croyances de chacun) seul sait dans quelle aventure le Canard nous a embarqués.

La Cour des Comptes annonce un quinquennat de tous les dangers

Il faut lire le rapport annuel de la Cour des Comptes. D’abord parce qu’il a le bon goût d’étriller les pratiques corporatistes à la française qui deviennent insupportables avec le temps: le corporatisme patronal financé par le contribuable, le corporatisme de la fraude à la formation professionnelle, le corporatisme au sein des administrations publiques, le clientélisme de la santé publique en France (dont on ne dira jamais assez le coût pour l’assuré), tout cela maquillé sous des discours lénifiants, comme celui de l’écologie à Paris, qui cache de grosses bulles de mensonge.

Surtout, la Cour a l’intelligence de consacrer un extrait de son rapport annuel à la situation réelle des finances publiques qui laisse place à peu d’ambiguïté sur ce que sera le prochain quinquennat.

Un appel à la stabilité des dépenses publiques jusqu’en 2020

Sans entrer ici dans le détail de l’analyse, la Cour affirme que, pour tenir ses engagements européens, la France devra respecter une stabilité de la dépense publique. On notera les propos tenus:

Une telle maîtrise des dépenses publiques est possible : depuis 2010, de nombreux pays européens ont mené des politiques ambitieuses de réduction des dépenses publiques et leur poids dans le PIB a baissé en moyenne dans la zone euro, alors qu’il est globalement stable en France.

Mais l’effort à mener est en réalité supérieur à ce que les chiffres présentés dans les projections pluriannuelles de finances publiques laissent apparaître. En effet, ces projections reposent sur des hypothèses de croissance optimistes, avec un retour de la croissance à 2,0 % en 2020, favorisant la hausse des recettes et une réduction sensible du déficit conjoncturel. Avec des hypothèses de croissance plus prudentes, c’est ainsi une baisse de la dépense publique en volume qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs affichés de réduction du déficit public.

Par ailleurs, une part significative de la modération de la dépense publique entre 2010 et 2015 provient de la baisse de la charge d’intérêts, sur laquelle il paraît peu prudent de compter désormais pour faire baisser la dépense : alors que la baisse de la charge d’intérêts avait contribué à freiner la dépense entre 2010 et 2015, l’intégralité de la baisse de la dépense devrait porter à l’horizon 2020 sur les autres dépenses.

Le tableau est posé. Soit la France veut tenir ses engagements, et elle devra réformer en profondeur. Soit elle ne veut pas réformer, et adieu les engagements communautaires.

La Cour des Comptes demande un effort inédit

Impossible donc de ne pas noter l’avertissement qui est dressé dans le cadre de la présidentielle à venir, et qui est probablement le seul véritable marqueur du débat: tenir ou pas les engagements financiers de la France devant l’Union Européenne. En réalité, l’essentiel du choix à opérer en mai 2017 portera sur l’ambition ou non de procéder à des réformes de structure.

Sur ce point, la Cour renvoie chaque électeur à sa conscience. Sa démonstration est claire: imaginer que l’on peut être « européen » sans accepter des réformes drastiques relève de la pure illusion.

On mesure immédiatement l’impact de cette affirmation sur les combinaisons possibles à la présidentielle: elle écarte ou disqualifie par avance les duels opposant des candidats peu soucieux des finances publiques mais affirmant leur volonté de rester dans l’Europe.

L’heure de passer à la caisse

Une chose est sûre: une baisse de la part des dépenses publiques dans le PIB (dont la France est championne) n’interviendra pas sans des mesures douloureuses. Après un quinquennat de surplace sur tous ces sujets, permis par une baisse artificielle des taux et un abandon de notre crédibilité diplomatique (notamment au sein de l’Union), il va falloir passer à l’action. Dès 2017, par un « collectif budgétaire ».

Le décor est posé.

Quels scénarios catastrophes pour la présidentielle?

La campagne présidentielle peut-elle tomber plus bas et se dérouler dans un climat encore plus dégradé? Oui, bien sûr! et voici comment!

Le risque d’une vague de troubles urbains

Avec l’interpellation ahurissante d’un jeune à Aulnay, qui n’était soupçonné d’aucun trouble à l’ordre public et qui s’est retrouvé mutilé sur la voie publique par un policier, le risque est grand d’assister à une vague d’émeutes en Seine-Saint-Denis (et ailleurs). Cet acte en lui-même laisse songeur d’ailleurs: alors que, dans des situations d’urgence, la police reste profondément et scandaleusement passive, la même police peut se transformer en une véritable menace pour les citoyens qui n’ont rien à se reprocher.

Ces dysfonctionnements existent de longue date, mais sont systématiquement occultés par la hiérarchie policière.

Reste qu’une vague d’émeutes urbaines créerait un étrange sentiment d’affaiblissement et de désordre généralisé: désordre politique et désordre social.

Le risque d’une vague terroriste

Parallèlement, la France n’est pas à l’abri de quelques attentats, sur le même mode que le « tueur solitaire » du printemps 2012, à Toulouse, ou de façon plus organisée. On mesure là encore le désarroi qui s’emparerait de l’opinion publique dans l’hypothèse où l’ordre public serait perturbé par la terreur. La conjonction du désordre politique et de l’angoisse dans les rues peut donner des résultats tout à fait explosifs.

Le risque des boules puantes à venir

Selon toute vraisemblance, l’opération menée par François Fillon n’est qu’une mise en bouche. D’autres boules puantes sont probablement à venir, à la fois contre François Fillon et contre d’autres candidats. On pense particulièrement à Emmanuel Macron, qui risque de se retrouver tôt ou tard dans la tourmente. Là encore, même si le pire n’est jamais sûr, il ne faut jamais oublier que le véritable levier calendaire aura lieu le 17 mars (six semaines ou presque, donc! une éternité) à 18 heures, moment où le dépôt des parrainages sera clos.

Après cette date, les jeux seront faits et les candidats qui se retireront ne pourront être remplacés. Quelle tentation! C’est donc à partir du 18 mars que les tirs d’artillerie risquent de redoubler. Tout coup reçu comptera double à partir de ce moment-là.

Le risque d’un retrait contraint sans remplaçant

Accessoirement, si un candidat devait se retirer après le 18 mars, il priverait son camp de toute représentation devant les électeurs. On mesure la déflagration! et on mesure aussi quel handicap le candidat élu en mai devrait surmonter pendant tout son mandat, surtout si le candidat qui se retire relève d’un parti « important » en termes de nombre de voix.

Et c’est peut-être le risque principal qui pèse aujourd’hui sur le scrutin: celui de voir son caractère démocratique fortement altéré par les campagnes de boue qui s’échangent sur le podium.

Le risque d’un trouble international

Pour comble de malheur, la France n’est pas à l’abri d’une foucade de Donald Trump, ou d’une dégradation sévère des relations entre l’Europe et la Russie (par exemple à l’occasion du conflit ukrainien). Dans cet univers instable, une étincelle pourrait changer la donne. Que Trump programme la fin de la présence militaire américaine en Europe, que Poutine décide une escalade en Ukraine, et les Français comprendront brutalement qu’une période de pain noir diplomatique s’annonce.

Les petites querelles franco-françaises de qui a employé sa femme, son fils ou qui couche avec le président de Radio-France paraîtront bien secondaires à ce moment-là, par rapport aux enjeux mondiaux.

Quels risques face aux risques?

Tout l’enjeu est évidemment de savoir quelle sera la réaction de la classe politique française en cas de réalisation de l’un de ces risques. En cas de « mollesse » trop grande, le crédit de la démocratie représentative sera encore plus fortement entamé. Le principal risque français, aujourd’hui, est de ne plus être capable de faire face aux risques.

Decodex: le Monde peut-il impunément dénigrer ses concurrents?

Le Monde a lancé le Decodex, un site qui indique quelles sont les bonnes publications à lire sur Internet, et quelles sont celles dont il faut se méfier. Dans la pratique, tous les sites subventionnés par le ministère de la Culture employant des journalistes titulaires d’une carte de presse (selon les conditions de remise de laquelle il faudra un jour se pencher: ce sera pas triste!) sont renseignés comme fiables. Tous ceux qui sont indépendants sont suspects de complotisme ou de diverses turpitudes dès lors qu’ils ne délivrent pas la parole officielle. C’est le cas des sites de mes amis Simone Wapler et Olivier Berruyer.

Cette seule classification permet de mesurer l’intelligence et la pertinence de cet outil baroque qui décrédibilise encore un peu plus une vieille dame de la presse papier qui n’en finit pas de sombrer.

Sur le fond, il me paraissait indispensable de replacer le sujet moins dans sa dimension politique (après tout, le Monde a bien le droit de violer son principe d’impartialité en disant qui sont ses chouchous et qui sont ses ennemis).

Le Monde, une société commerciale qui reçoit des subventions publiques

Rappelons d’abord un point que le petit milieu connaît bien: Le Monde est abondamment subventionné par l’Etat. Selon les chiffres cités par Le Monde lui-même (mais minorés cette année par le ministère de la Culture), cette société de presse reçoit chaque année plus de 15 millions € pour rester en vie. Quand on se souvient que le quotidien, qui réalise un chiffre d’affaires autour de 350 millions €, est détenu par le trio Bergé-Pigasse-Niel, on mesure une fois plus que le budget de la Culture ne profite pas aux plus pauvres. Bien au contraire.

On mesure aussi que l’Etat apporte bon an mal an environ 5% du chiffre d’affaires du Monde. L’Etat, c’est-à-dire le contribuable bien entendu.

À trop tirer sur la corde…

Manifestement, cet avantage objectif extrêmement important ne suffit pas au Monde pour équilibrer ses comptes et développer son activité de société de presse. Alors qu’il bénéficie d’une aide que l’on cherchera tôt ou tard à qualifier d’aide d’Etat devant la Commission Européenne, il faut maintenant que ce chouchou du pouvoir tire à boulets rouges sur ses petits concurrents du Net.

Mais jusqu’où ses gougnaffiers qui vivent sur notre dos pousseront-ils la provocation?

Ce sont les internautes qui ont financé le Decodex

Car, soyons clairs, le fameux Decodex n’est pas un outil financé par le Monde, mais par le contribuable. Sans les subventions de l’Etat, on imagine mal que les actionnaires du journal aient accepté de payer de leur poche cette opération, alors que le titre perd de l’argent. Donc, maintenant, tu paies directement des outils qui te prennent pour un crétin ou qui t’explique que ton site est nul. Mais on rêve là?

Et en plus, ce sont des journalistes payés par des militants du PS qui viennent t’expliquer ce qu’il faut lire ou pas.

Un dénigrement commercial caractérisé

Imagine-t-on Coca-Cola dresser la liste des boissons bonnes ou pas pour la santé ? Imagine-t-on Coca-Cola lancer un site Internet qui recommande de ne pas boire du Breizh Cola ou du Corsicola parce que ces boissons seraient dangereuses, ou contrefaites?

Imagine-t-on Renault lancer un site déconseillant de rouler en Volkswagen parce que le moteur des voitures allemande serait plus polluant?

Bien entendu, ces marques peuvent toujours s’essayer à dénigrer leurs concurrentes sur des bases qui leur sont propres. Mais elles auront rapidement à faire à quelques procédures juridiques.

S’agissant du Monde, le dénigrement est si massif, et la mauvaise foi des auteurs est si caractéristique, qu’une action de groupe de tous les sites victimes de cette pratique toxique mériterait d’être menée. Ne serait-il pas amusant que toutes les victimes se coalisent et demandent in fine au Monde une réparation du préjudice qui mettrait le journal en faillite?

Je m’en réjouis par avance.

La réaction nobiliaire une fois de plus à l’oeuvre

Une fois de plus, donc, l’ancien monde (sans mauvais jeu de mots) et son aristocratie décadente livre des combats d’arrière-garde pour sauver leurs privilèges.

Jusqu’au jour où…

Contre le paritarisme de gestion, pour le paritarisme de stratégie

Le paritarisme est, en France, une bête curieuse née dans les années d’après-guerre, que le grand public continue de méconnaître alors qu’il structure fortement la vie sociale et syndicale du pays. Comme la campagne électorale est obsédée par d’autres sujets, il faut bien que les acteurs de la « société civile » prenne l’initiative de porter le sujet publiquement.

Le paritarisme, ou le syndicalisme bureaucratique

Rappelons d’abord le pourquoi du paritarisme. En 1945, la CGT est majoritaire parmi les salariés, et elle est d’essence révolutionnaire. Elle revendique les trophées de la résistance. Alors… il faut bien transiger. Les gouvernements qui se succèdent considèrent que la meilleure façon de la neutraliser est de créer un « pluralisme » syndical et de multiplier les instances loin des entreprises où ses meilleurs cadres devront faire de la co-gestion avec le monde patronal.

D’où le paritarisme. D’où la profusion d’instances paritaires qui immobilisent, dit-on, 500.000 syndicalistes dans des mandats dont certains sont extrêmement obscurs.

Loin de l’entreprise…

L’objectif du régime était évidemment simple à comprendre: tant que les ténors syndicaux étaient occupés à co-gérer des machines obscures (et molles), comme la sécurité sociale, ils n’étaient pas occupés à semer la grève et la révolte dans les entreprises. Et c’était bien le calcul du paritarisme que de créer des « machins » incompréhensibles, chronophages, des labyrinthes mystérieux où l’énergie syndicale s’abimerait pour éviter ce qu’on appelle aujourd’hui l’inversion de la hiérarchie des normes.

Il ne faut pas chercher ailleurs la raison historique pour laquelle, à rebours des entreprises anglo-saxonnes ou allemandes, les entreprises françaises ont un sévère retard à l’allumage dans le dialogue social d’entreprise. Pour contourner la CGT, on l’a délibérément sacrifié au sortir de la guerre.

L’avantage d’un faible taux d’adhésion

Grâce à cette tactique de bureaucratisation du syndicalisme, la France a développé un « pluralisme » syndical (cinq syndicats reconnus représentatifs nationalement… un record!) marié à un désert d’adhésions. Comme on le souligne souvent, les syndicats français ont peu d’adhérents (moins de 10% des salariés sont encartés). Mais c’est évidemment un choix: le capitalisme étatique français s’est organisé pour faire vivre le syndicalisme sans qu’il n’ait besoin d’adhérents.

Grâce à quoi, la conflictualité en entreprise est aujourd’hui très faible.

L’inconvénient d’un paritarisme de gestion bloquant pour l’économie

L’inconvénient est que, faute d’adhérents, le syndicalisme français manque d’argent. Il a donc dû compenser en se finançant par… le paritarisme. La tentation était grande de créer et multiplier des structures qui chacune pouvait apporter son obole au système. D’où, là encore, des inventions incongrues, comme l’APEC dans les années 60, qui permettait de financer la CGC. Ou comme les institutions de prévoyance, qui ont toutes multiplié les accords de branche permettant de croiser les financements avec leurs signataires.

Progressivement, s’est mis en place un système de financements croisés, donc, qui repose sur des réglementations en expansion constante, dont l’objectif indirect est de permettre le financement des organisations qui les négocient.

L’incongruité de la négociation interprofessionnelle

Au sommet de cette cascade, on retrouve donc les fameux « ANI » (accords nationaux interprofessionnels), prévus par l’article 1 du Code du Travail, et qui n’ont pas d’équivalents dans le monde industrialisé. Partout ailleurs, le seul espace où, au mieux, les partenaires sociaux négocient, est la branche professionnelle. En France, on a rajouté une couche, puisqu’on adore les règles et la réglementation qui étouffe l’entreprise.

Le niveau interprofessionnel consiste à demander à des syndicalistes généralement issus de la fonction publique de négocier, avec des mouvements patronaux généralement représentatifs des grandes entreprises, de nouvelles règles qui visent à encadrer le droit social, c’est-à-dire la gestion de la main-d’oeuvre. D’où le compte pénibilité, le compte personnel d’activité, la généralisation de la complémentaire santé, et autres inventions déconnectées de la réalité économique?

La nécessaire rupture avec ce système

Dans la pratique, la machine paritaire de gestion a un objectif profond: assurer sa propre survie, quel que soit l’environnement économique et ses évolutions.

On comprend mieux pourquoi si peu de salariés employés dans les très petites entreprises se déplacent pour voter. La machinerie sociale relève, pour eux, de l’hydroponique. Bien sûr, les confédérations syndicales expliquent que cette indifférence est le fruit d’un complot. Mais, en ouvrant les yeux, on peut admettre que la préoccupation quotidienne du salarié dans son entreprise n’a rien de commun avec les obsessions sociales de la bureaucratie syndicale qui se nourrit de mandats factices et des médailles qu’on y récolte pour mieux endormir les consciences.

Et peu à peu, la France a sombré dans une rupture profonde, incisive, entre les bureaucrates qui disent représenter les salariés, et les salariés eux-mêmes.

Nous avons besoin d’un dialogue social constructif

Cette situation de rupture est risquée. Les syndicats policiers en ont fait les frais à l’automne. L’économie française n’est pas à l’abri, face aux révolutions technologiques qui la touchent et la bouleversent, d’une lame de fond qui la broierait. Collectivement, nous avons donc intérêt à construire les bases d’un dialogue intelligent, dans lequel les salariés mesurent que leurs préoccupations sont entendues, traitées, et prises en compte.

Il n’y a guère que les bureaucrates syndicaux pour croire qu’ils soient capables, entre une réunion dans une institution de prévoyance et une séance de négociation au MEDEF, d’incarner cette sincérité. En profondeur, c’est la règle du jeu qu’il faut changer.

Vers un paritarisme de stratégie

C’est le sujet même du paritarisme de gestion qu’il faut évacuer. On voit mal pourquoi des syndicalistes passent du temps à négocier des accords de branche dont le principal objectif est d’assurer leur financement, alors que les préoccupations des salariés sont laissées en jachère. Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est préparer intelligemment, collectivement, l’adaptation de la main-d’oeuvre à la révolution technologique qui commence.

Arrêtons, donc, la gestion des bidules paritaires, et faisons émerger une nouvelle élite syndicale, qui connaît le « terrain », et qui sait comment amener nos salariés à mieux maîtriser les outils numériques. Négocions des stratégies sur ce point: des formations longues, intelligents, compatibles avec un maintien en poste, des prises en compte de l’effort, de nouvelles formes de travail.

Pour renouveler l’alliance avec l’entreprise

Sur tous ces points, le dialogue social doit aussi renouveler le pacte entre les salariés et l’entreprise. Sur ce point, je trouve exemplaire la négociation lancée par la CPME sur la responsabilité sociale de l’entreprise. Moins de normes, mais de meilleures normes. Moins de contrôles, mais de meilleurs contrôles, définis ensemble, entre salariés et employeurs, pour un progrès social commun.

Le paritarisme de stratégie, clé du progrès social de demain

Bien sûr, les entreprises françaises ont besoin d’organisations syndicales et de dialogue social. Mais le syndicalisme bureaucratique créé de toutes pièces par le paritarisme de gestion a vécu et doit céder la place à un paritarisme intelligent. Celui qui définira les normes rendant possibles l’adaptation de nos entreprises et de notre main-d’oeuvre au monde de demain.

C’est ce paritarisme de stratégie qu’il faut bâtir aujourd’hui.

Bizarre: François Hollande fête le Nouvel An Lunaire…

Mais quelle mouche a piqué François Hollande? Sur son agenda, on trouve cette trace de la célébration du… Nouvel An Lunaire:

C’est bizarre, quand même qu’un président de la République sortant non seulement s’intéresse au calendrier lunaire et à son nouvel an, mais qu’il en inscrive la fête à son agenda comme un événement officiel. Décidément, le Hollande n’a pas fini de nous surprendre. Soit qu’il s’ennuie. Soit qu’il obéisse à une religion mystérieuse.

Pourtant, le mercredi, c’est le jour du Conseil des Ministres. Il a de quoi s’occuper, pépère. Et le soir, il donne une fête pour les Arméniens.

En revanche, il est vrai qu’à partir de jeudi, sa semaine est beaucoup plus détendue.

Pas de quoi faire un burn-out, donc.

Mais pourquoi ce culte du Nouvel An Lunaire?

N’empêche, ça nous intéresserait de savoir pourquoi François Hollande rend un culte à la lune… Il nous aura bien dérouté durant son quinquennat. Après le mariage pour tous, la Lune universelle. De là à ce que nous découvrions que le Président est l’adepte d’une religion païenne… ou autre. Rappelons que deux religions du Livre suivent le calendrier lunaire: l’Islam et le judaïsme.

 

Y a-t-il un axe discret Le Pen-Mélenchon?

Article écrit pour Atlantico.

Dans le discours politique, le non-dit est souvent beaucoup plus lourd de sens que le dit. On le vérifie dans la performance Le Pen-Mélenchon, à Lyon, de ce week-end, qui fait entendre sa petite musique de silence extrêmement intéressante.

Le Pen-Mélenchon, un axe objectif de coopération

Mathématiquement, l’un et l’autre ont intérêt à se retrouver au second tour.

Pour Marine Le Pen, Mélenchon est le meilleur des adversaires de second tour. C’est en effet lui qui offre les meilleures chances de gagner, faute de pouvoir reconstituer un « front républicain » optimal. Dans l’hypothèse où Marine Le Pen affronterait Fillon, elle aurait en effet peu de chance d’attirer à elle une majorité. Cette difficulté est la même dans l’hypothèse d’un Macron. Avec Hamon, le jeu est plus ouvert, mais le boulevard le plus large s’ouvre avec Mélenchon.

Pour Mélenchon, la situation est exactement la même. C’est avec Marine Le Pen au second tour, s’il y arrivait, qu’il aurait le plus de chance de gagner. Dans toutes les autres hypothèses, il peut supposer qu’une majorité se portera sur son adversaire.

Donc, en théorie des jeux, l’axe Le Pen-Mélenchon fonctionne parce que l’un et l’autre ont intérêt à se faire la courte échelle pour réussir.

Macron, l’ennemi commun

Mathématiquement toujours, Le Pen-Mélenchon ont un ennemi objectif commun: Emmanuel Macron. Si le fake du gouvernement profond parvenait au second tour, il aurait en effet intérêt à affronter l’un des deux.

Soit que Macron affronte Mélenchon, et il fera le plein des voix de droite, tout en empiétant fortement sur le parti socialiste. Soit qu’il affronte Marine Le Pen, et il fera le plein des voix de la gauche qui vote PS et mordra fortement sur l’électorat républicain.

Le Pen et Mélenchon ont donc un intérêt objectif à viser Macron comme l’ennemi  public numéro un. Et ils ne s’en privent pas.

Dans le cas de Mélenchon, les attaques sont frontales. Son discours de Lyon en a donné la confirmation. Le Chavez germanopratin connaît son bout de gras par coeur. Dans le cas de Marine Le Pen, l’attaque frontale interviendra dans un second temps, lorsque la candidature Fillon sera définitivement écartée.

Un second tour détonnant

Sur le fond, outre que la probabilité d’un second tour Le Pen-Mélenchon existe depuis le début de la campagne, elle provoquerait forcément un séisme violent dans le paysage politique. Elle obligerait en effet les électeurs à choisir entre Charybde et Scylla: soit des réformes étatistes, soit des réformes étatistes. Soit une rupture brutale avec l’Union Européenne, soit une autre rupture brutale avec l’Union Européenne.

On imagine immédiatement la perplexité qui s’emparerait de l’opinion publique ce jour-là, et l’aventure à laquelle la France se promettrait.

La situation serait d’autant plus complexe que ni Mélenchon ni Marine Le Pen n’aurait la possibilité de dégager facilement une majorité parlementaire aux législatives. Le pays pourrait devenir ingouvernable…

Cette perspective, peu prise au sérieux dans la nomenklatura parisienne, est pourtant donnée gagnante par différents sondages menés sur Internet. Les amateurs de sondages d’opinion devraient s’en méfier…

Le pacte tacite Le Pen-Mélenchon

Du coup… Mélenchon se dispense d’attaquer Marine Le Pen avec trop d’engouement. Et Marine Le Pen préfère concentrer ses attaques contre les « candidats » du système. Elle vise volontiers Macron ou Fillon, et évite soigneusement de viser Mélenchon.

C’est probablement la principale leçon de la campagne électorale. Il y a, bien entendu, le clivage gauche-droite. Mais il y a surtout le conflit entre les candidats du 3% (dont Macron) qui veulent rester dans l’Union et préserver le « système », d’un côté, et les candidats de la rupture avec ce fameux 3%. Sur ce point, Mélenchon et Le Pen multiplient les convergences.

De Laval à Thorez, il ne manque parfois qu’un Doriot.

Peut-être le premier tour de la présidentielle nous le rappellera-t-il…

Qui Emmanuel Macron plagie-t-il?

Article écrit pour Atlantico.

Emmanuel Macron n’a pas (encore) de programme, mais il plagie allègrement les autres candidats (ou la réalité elle-même). Il était amusant de relever quelques-uns de ces plagiats. Le discours qu’il a prononcé à Lyon vaut, sur ce point, un pesant de cacahuètes.

Le budget de la Défense à 2% du PIB: mauvais plagiat de Fillon et Hamon

Sur ce point, Macron plagie (mal) Benoît Hamon, qui propose un budget de la Défense à 3% du PIB. François Fillon, pour sa part, proposait également 2% du PIB pour la défense.

Une défense européenne: plagiat de Hamon et Fillon

Une défense plus européenne… Le sujet n’est évoqué que depuis 1954. On devrait donc en voir le bout.

Chez Benoît Hamon, on trouve ces phrases:

Je lancerai une véritable stratégie de coopération européenne dans le domaine de la défense. Celle-ci comprendra une amélioration du hub européen afin que nos partenaires accentuent leur soutien logistique et financier aux opérations extérieures faites par la France. Les états-majors européens et les brigades binationales seront renforcés. Enfin, nos moyens de renseignement seront progressivement mutualisés avec la mise en place de task forces multilatérales pour aboutir à une agence de renseignement européenne.

Chez François Fillon:

Associer nos partenaires européens au financement des opérations extérieures.

La France finance, seule, plusieurs opérations extérieures, que l’Union européenne devrait pouvoir prendre en charge. Je proposerai à nos partenaires européens un partenariat incitatif dans lequel les opérations extérieures seraient partagées financièrement., sous la forme, par exemple, d’une nouvelle rubrique au sein du budget européen.

10.000 gendarmes et policiers en plus: plagiat amélioré de Hamon

Sur ce point de programme, Macron fait mieux que son rival Hamon qui propose seulement 1.000 créations de poste par an pendant 5 ans. Ni François Fillon ni Jean-Luc Mélenchon ne proposent de créations de postes.

« Police de sécurité quotidienne » au contact des Français: mauvais plagiat de Hamon et Fillon

Dans son discours de Lyon, Macron a proposé une « une réorganisation pour que la protection puisse être plus efficace, plus visible ». On trouvera mieux chez ses concurrents.

Chez Hamon, on lit:

Mise en place d’une véritable police de proximité

Je rétablirai une véritable police de proximité pour renouer la confiance avec la population. La police doit remplir une fonction sociale de premier plan. Elle doit connaitre réellement la population qu’elle protège pour rétablir la confiance mutuelle et de mettre fin au cercle vicieux : distance, méfiance, discriminations et violence. Je ferai en sorte que soient privilégiées les patrouilles pédestres ou portées avec un objectif de prise de contact des habitants au quotidien.

François Fillon propose de confier un rôle pilote aux maires pour la sécurité publique.

Réorganiser les services de renseignement: mauvais plagiat de Hamon et Fillon

Sur ce point, là encore, Hamon et Fillon font des propositions beaucoup plus détaillées que Macron.

Chez Fillon:

La Direction générale de la Sécurité Intérieure, DGSI, sera donc rattachée à nouveau à la Direction générale de la Police Nationale pour la cohérence policière de la lutte anti-terroriste. Je rendrai au renseignement territorial les moyens humains et matériels dont il a été privé. Je créerai une filière de carrière valorisante en son sein avec des spécialisations et un effort particulier en matière de détection de la radicalisation.

Chez Hamon:

Je renforcerai le renseignement, notamment grâce à un coordonnateur national directement rattaché au Premier ministre. Doté de pouvoirs budgétaires, il aura surtout un pouvoir de direction sur l’ensemble des services compétents en matière de renseignement pour plus de cohérence : aucun manquement dans le dialogue entre services de l’Etat ne peut être toléré tant les conséquences d’un faux pas peuvent être dramatiques. Le coordonnateur devra rendre des comptes devant la représentation nationale. De surcroît, il nous faut renforcer les moyens du renseignement territorial qui, sur le terrain, est à même d’identifier les signaux faibles pouvant échapper aux technologies. Le traitement des données collectées doit porter une attention systématique aux questions de protection de la vie privée.

Supprimer le RSI: mauvais plagiat de tous les autres

Macron s’aligne ici sur des propositions faites par tous les autres candidats, y compris Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Baisser les charges patronales: mauvais plagiat de Fillon

Sur ce sujet, Macron est loin derrière Fillon, qui propose 40 milliards € de baisses de cotisations pour les entreprises.

Alléger les cotisations salariales: mauvais plagiat de Dupont-Aignan

On se souvient que Dupont-Aignan avait annoncé sa candidature à la présidentielle avec une mesure forte: la suppression des charges salariales.

Augmenter le SMIC de 100 euros: mauvais plagiat de Mélenchon

Le 6 janvier, Mélenchon a présenté un programme incluant une hausse de 16% du SMIC, soit le double de la proposition de Macron.

Diviser par deux le nombre d’élèves par classe: plagiat amélioré de Luc Ferry

Cette mesure a fait l’objet d’expérimentations dans les années 2000, sous la houlette de Luc Ferry. Le résultat n’était pas concluant, battant en brèche l’idée reçue selon laquelle le niveau des élèves et la performance scolaire sont liés aux moyens dont l’école dispose.

Accès au chômage pour tous en cas de perte d’emploi: plagiat relatif de Hamon

Macron propose un accès aux allocations chômage pour les entrepreneurs et l’indemnité de licenciement en cas de démission. Ces propositions rejoignent le statut social unique de l’actif défendu comme ceci par Benoît Hamon:

Je créerai un statut unique pour tous les actifs afin de dépasser la distinction entre salariat et travail indépendant. Je rendrai ce statut plus protecteur selon le degré de vulnérabilité des actifs, à partir du socle commun du droit du travail et de la protection sociale. J’améliorerai la couverture retraite complémentaire et la couverture accident du travail/maladie professionnelle des indépendants. J’équilibrerai les prélèvements sociaux afin qu’à revenus égaux, un indépendant et un salarié cotisent du même montant.

Obliger les chômeurs à accepter un emploi décent: plagiat de Pôle Emploi

Rappelons que cette disposition existe déjà dans l’engagement des demandeurs d’emplois inscrits à Pôle Emploi.

Le passeport culture: plagiat amélioré de Hamon

Macron propose un crédit de 500 euros, délivré à tous les jeunes de 18 ans, pour accéder à la culture. On trouve chez Benoît Hamon, cette proposition:

Je favoriserai l’accès des jeunes à la culture de proximité grâce à la distribution de Passeports culture à tous les jeunes entre 12 et 18 ans. Ce passeport leur donnera accès non seulement aux arts populaires comme le cinéma et les concerts, mais également aux autres représentations habituellement moins fréquentées du grand public (expositions d’artistes locaux, théâtre, opéra, etc.)

Le packaging du déjà vu ailleurs

L’originalité de Macron repose donc sur son… absence d’originalité. Dans la pratique, toutes ses propositions sont empruntées à d’autres, sous une forme pus ou moins réchauffée ou modifiée. D’une certaine façon, il est le candidat de la boîte à outils: il s’empare des propositions des autres pour en faire un programme à sa sauce.

Attentat du Louvre: après les boules puantes, le terrorisme?

 

On suffoque, déjà, dans la présidentielle, par excès de boules puantes. Il ne manque plus qu’une vague de terrorisme pour transformer le débat public en champ de ruines.

Le terrorisme se rappelle à notre bon souvenir

Tiens! un attentat au musée du Louvre. Bon, c’est vrai: un petit. Juste un « déséquilibré » (comme on dit dans la presse subventionnée) qui se jette sur un militaire avec une machette à la main et qui entreprend de le découper en criant « Allah Akbar! » Rien de bien grave au fond, diront les habitués du terrorisme sanglant. Sauf que…

On ne peut évidemment s’empêcher de se dire qu’une vague d’attentats dans le désordre ambiant constituerait une vraie menace, un vrai risque, et peut-être le début d’une aventure.

Et tout à coup, nous mesurons notre faiblesse

Il suffirait d’un autre attentat aujourd’hui, ou demain, et d’encore un autre dans les jours qui suivent, pour que la situation prenne un tour fâcheux. La France apparaîtrait alors comme une démocratie affaiblie, en proie à de graves menaces d’ordre public et sans vision politique à long terme. D’un côté, le péril, de l’autre un exécutif provisoire et une campagne électorale qui se débat dans la fange.

Quelques souvenirs de 2012

Rappelons-nous. C’était en 2012. En mars. En plein milieu de la campagne électorale. Un terroriste suivi par les services secrets avait tué des militaires et des enfants dans une école juive. L’hypothèse d’une campagne terroriste en plein campagne des présidentielles n’a rien de farfelu. Disons même qu’elle est hautement probable. Disons même qu’il serait coupable de ne pas s’y préparer.

Qu’adviendrait-il de notre démocratie si elle survenait maintenant, dans ce désordre?

Le long tunnel Fillon

L’agression contre un militaire arrive au moment où la campagne contre Fillon atteint un premier plateau. Hier soir, le paysage médiatique était saturé par les reportages en tous genres sur l’inactivité supposée de Pénélope, attendant le retour de son mari parti dans une aventure parisienne. France 2 y est allé de son reportage pris sur le site du Telegraph, au demeurant déjà relayé par la presse écrite il y a une semaine. Les premières révélations sur le candidat sont utilisées, pressées, repassées au pressoir, jusqu’à la dernière goutte.

Très belle opération!

Et donc, Fillon demande quinze jours pour laisser passer la vague. Une éternité, comme soufflent déjà le député lyonnais Georges Fenech, et ses amis.

D’autres révélations à venir sur Fillon

Il suffit pourtant de lire la presse pour comprendre que d’autres révélations sont à venir. Forcément, les « officines » (car officines il y a, mais leur existence ne prospère que grâce à la coupable opacité des politiques) n’ont pas manqué d’enquêter sur les activités de 2F, la société de conseil de Fillon. Déjà, les montants perçus par Fillon par ce biais sont éventés.

Les Républicains peuvent parier sur l’innocuité des activités privées de Fillon pendant ses mandats parlementaires. Maintenant, on sait tous que le chiffre d’affaires « privé » de Fillon s’appuie largement sur la notoriété publique de Fillon. Par nature, donc, on trouvera des conflits d’intérêt. Les rémunérations obtenues de la société de Ricol sont déjà un indicateur suffisant de ce qui va suivre.

La droite dans un corner

Quoiqu’il arrive, la droite peinera à se remettre de cet événement. Les dénis du candidat de Fillon contribuent d’ailleurs, par leur maladresse, à enkyster la situation. On comprend que Fillon fasse le pari qu’il parviendra à inverser brutalement la vapeur avant le premier tour. Cette obstination est évidemment porteuse d’un grand risque collectif… car s’il échoue, il entraîne avec lui tout son camp, qui pensait il y a un mois encore que cette élection était imperdable.

Comment sortir de ce bourbier? Il leur faudrait un De Gaulle, et ils n’ont qu’un Juppé…

Au tour de Macron?

On prend les paris? Le prochain sur la liste de la déstabilisation s’appelle Emmanuel Macron. L’intéressé, qui a promis un programme pour le début du mois de mars (soit six semaines avant les présidentielles, on ne m’enlèvera pas de l’idée que ça fait court), pourra-t-il préserver jusque-là sa relative virginité? Pas sûr, pas sûr. Déjà, au fond de la campagne, on entend le bruit caractéristique des Stukas numériques prêts à fondre sur lui. Si Macron a des amis puissants qui le portent, il a des ennemis tout aussi puissants qui mettront un point d’honneur à lui barrer la route.

Le pire n’est jamais sûr, mais il est probablement à venir…

Et, sans qu’on y prenne garde, la démocratie s’éteint…

Bref, nous aurons eu une présidentielle sans débat de fond, et un écoeurement général. La République se met à nu, dans tous les sens du terme. En plein milieu de l’hiver.

Comment la ville de Paris perd de l’argent sur ses horodateurs

La chambre régionale des Comptes vient de rendre un rapport sur la gestion du stationnement à Paris. Cette étude très complète révèle que le stationnement en surface est une activité déficitaire à Paris: le coût du contrôle des stationnements par les « pervenches » est supérieur aux recettes générées par les horodateurs. Le stationnement à Paris ne rapporte de l’argent que grâce aux concessions de parkings souterrains.

Ville de Paris – Gestion du stationnement urbain

La chambre régionale des comptes d’Île-de-France a examiné la gestion du stationnement urbain de la Ville de Paris pour les exercices 2010 et suivants. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre d’une enquête menée conjointement par la Cour des comptes et 10 chambres régionales des comptes.

Ce rapport vise principalement à identifier les objectifs poursuivis par la collectivité et les moyens qu’elle a mis en œuvre, à évaluer les résultats atteints et enfin à apprécier les dispositifs de contrôle.

Sur le cadre d’action, la stratégie et les objectifs

La gestion du stationnement urbain à Paris s’inscrit à la fin de 2016 dans un cadre juridique et institutionnel particulier, dérogatoire du droit commun. Les pouvoirs de police de la circulation et du stationnement qui sont habituellement attribués au maire par la loi sont ici partagés entre la maire et le préfet de police, ce dernier ayant la compétence exclusive en matière de contrôle et de répression du stationnement illicite (impayé ou interdit). Cette situation particulière pourrait évoluer, ainsi que le souhaite la maire de Paris. Un projet de loi portant modification du statut de Paris et comprenant notamment un alignement des pouvoirs de police du stationnement sur le droit commun est en cours d’examen par le Parlement.

La politique du stationnement urbain n’est pas une politique autonome. Elle constitue un outil de régulation de la circulation et de lutte contre la pollution atmosphérique inscrit dans la politique globale des déplacements de l’aire urbaine. À Paris, la politique de déplacement est définie par le plan de déplacements de Paris, adopté par le Conseil de Paris en 2007. Ce document stratégique et tactique, approfondi et très complet, présente de nombreuses actions relatives au stationnement. L’essentiel de ces actions a d’ores et déjà été réalisé, tant lors de la mandature précédente que par la mandature actuelle. Ce document décline précisément le plan de déplacement urbain d’Île-de-France dont la version en vigueur (approuvée en 2014) appelle une définition locale détaillée et opérationnelle de ses orientations et prescriptions en matière de stationnement.

La stratégie de la Ville de Paris en matière de déplacement vise à répondre aux besoins croissant de mobilité dans la capitale dans une perspective de développement durable. Cinq enjeux ont été définis : un enjeu de santé publique (réduction de la pollution atmosphérique et des nuisances causées par les transports), un enjeu social (mobilité de tous qui privilégie l’offre de transports en commun), un enjeu urbain (meilleur partage et meilleure valorisation de l’espace urbain actuellement monopolisé par le véhicule motorisé individuel), un enjeu économique (assurer la vitalité et le dynamisme économique de la capitale), un enjeu régional (renforcer la coopération et la synchronisation des collectivités franciliennes en matière de transports).

Cette stratégie se fonde concrètement sur le renforcement des offres de transport alternatives au véhicule individuel. Elle attend un changement profond dans les pratiques des usagers.

En déclinaison de cette stratégie, les principaux objectifs de la politique de stationnement poursuivis par la mairie de Paris sont précisément définis. Il s’agit de faciliter la circulation des véhicules en améliorant la rotation de ceux qui sont en stationnement, de mieux partager la ressource limitée que constitue l’espace public entre les différents usages particuliers et professionnels et entre les différents moyens de transport de surface (motorisés ou non), de faciliter les circulations à vocation économique, de faciliter le stationnement des riverains, de favoriser le report modal des usagers pendulaires[1] et des parisiens en les incitant à des solutions alternatives à l’usage (voire à la possession) d’un véhicule individuel motorisé, et de favoriser le report des automobilistes sur l’offre de stationnement hors voirie.

Sur l’offre de stationnement et le zonage du stationnement payant

L’offre de stationnement à Paris est abondante. Au 31 décembre 2014, avec 306 396 emplacements publics (tous véhicules, motorisés ou non) dont 235 316 pour les véhicules légers motorisés à quatre roues (VL) – voitures particulières et camionnettes – et 684 155 emplacements privés, l’offre atteignait le million d’emplacements. Schématiquement, l’offre est privée à 75 %, publique à 25 % ; elle est hors voirie à 80 %, sur voirie à 20 %. La chambre n’a pas été en mesure d’apprécier si cette offre est suffisante au regard de la demande.

L’offre publique de stationnement, tous véhicules confondus, a progressé de 5 % depuis 2010. L’offre payante de voirie dédiée aux VL a diminué de 7 % (à 141 762 places) pendant la même période. Cette réduction de l’offre de stationnement en surface s’explique essentiellement par les effets de grands travaux (par exemple le tramway) et par la réaffectation d’environ 10 000 places au profit d’autres modes de transport : vélos, autres deux-roues motorisés, véhicules en auto-partage. Ce sont ainsi près de 10 000 places pour les vélos (hors Vélib’, qui compte 32 700 emplacements) et 12 000 pour les motos qui ont été créées depuis 2010, portant l’offre de voirie destinée aux deux-roues à 71 000 places.

Le patrimoine des parcs de stationnement publics se compose de 146 ouvrages, dont 127 (98 %) sont souterrains et 19 (2 %) sont en surface. Ces parcs sont exploités exclusivement en gestion déléguée par des opérateurs privés et d’économie mixte liés à la Ville par 112 contrats de concession et 13 contrats d’affermage. La physionomie du patrimoine, tant en terme d’offre que de données d’exploitation, est très diversifiée.

Toutes les places de stationnement des rues de Paris sont désormais payantes. La collectivité a rationalisé le zonage du stationnement payant « visiteur » de surface à compter du 1er janvier 2015, le rendant plus simple et plus lisible pour l’usager : la Ville est désormais divisée en deux zones. Le centre (arrondissements 1 à 11), représentant 40 000 places, sur lequel la pression sur le stationnement diurne est la plus forte, constitue la zone 1. La périphérie (arrondissements 12 à 20), représentant 102 000 places, dans laquelle cette pression est moins forte, constitue la zone 2. Le zonage du stationnement résidentiel, modifié en 2005, n’a pas changé pendant la période examinée. Le régime du stationnement professionnel a évolué au 1er mai 2015, avec la création des offres « professionnel sédentaire » et « professionnel mobile », plus lisibles pour l’usager mais aussi plus sélectives que le précédent régime « Sésame » afin d’en réserver le bénéfice aux professions nécessitant objectivement l’usage d’un véhicule.

Le stationnement des deux-roues motorisés pose des difficultés. Face au succès de ces véhicules générant un afflux quotidien important, la mairie de Paris a appliqué un plan de développement de l’offre de stationnement sur voirie. Malgré les efforts significatifs de la collectivité, l’offre de voirie, maintenue gratuite pour les deux-roues, reste insuffisante, l’offre en parcs, payante et limitée, ne séduit pas. Le stationnement anarchique des deux-roues se maintient.

Sur la politique tarifaire

Avec le stationnement payant sur voirie, la Ville de Paris poursuit trois objectifs : accroître la rotation des véhicules pour fluidifier la circulation, réduire le flux de circulation automobile et la pollution associée en dissuadant les travailleurs, usagers pendulaires et les autres visiteurs d’utiliser un véhicule individuel si un moyen de transport collectif existe à proximité de leur destination, optimiser les recettes tirées de la gestion du stationnement.

Le tarif du stationnement de voirie pour les visiteurs, qui n’avait pas évolué depuis 2009 (augmentation uniforme de 20 % par rapport au tarif de 2002 à zonage inchangé) a été révisé au 1erjanvier 2015 avec une modification concomitante du zonage. Le prix de l’heure en zone centrale (zone 1) s’établit désormais à 4,00 € et à 2,40 € pour la zone périphérique (zone 2), ce qui place Paris parmi les capitales d’Europe les plus chères. Derrière une apparente augmentation respectivement de 11 % pour la zone 1 par rapport à 2009 (33 % par rapport à 2002) et de 0 % pour la zone 2 (20 % par rapport à 2002), la chambre observe que la combinaison d’un effet périmètre (suppression de la zone 3, modification des zones 1 et 2) et d’un effet prix a abouti à des augmentations réelles très différenciées selon les arrondissements. L’effort a majoritairement porté sur les arrondissements périphériques comme les 19e et 20e (100 % d’augmentation au passage de la zone 3 en zone 2) et ceux (10e, 11e) qui intégraient la zone centrale (+67 %), ceux historiquement situés en zone centrale (1er à 7e) ou déjà dans la zone 2 (12e Ouest, 15e Nord) apparaissent respectivement moins concernés (+11 %) voire épargnés (0 %) par la dernière révision. Cette évolution ne paraît pas en totale cohérence avec la pression sur le stationnement qui caractérise ces arrondissements. Selon l’ordonnateur, le découpage aurait pris en compte des contraintes de lisibilité des zones tarifaires notamment pour les visiteurs.

La convergence des tarifs du stationnement en ouvrage avec les tarifs de voirie, destinée à inciter les automobilistes à préférer le stationnement hors voirie, a été engagée. Elle reste cependant à achever, de nombreux parcs (les délégations les plus anciennes qui laissent plus de marges de manœuvre aux exploitants) pratiquant encore des tarifs supérieurs et donc qui n’incitent pas au report.

La gratuité du stationnement de voirie se restreint. Il ne reste que 1 200 places gratuites en surface, qui ont vocation à disparaître, contre 45 000 places en 2005. La plage horaire payante a été étendue au 1er janvier 2015 : la gratuité du samedi et celle du mois d’août ont été supprimées, la journée étendue jusqu’à 20 heures. Les véhicules non ou faiblement polluants, ainsi que les détenteurs de la carte européenne de stationnement handicapé sont exonérés du paiement.

Le tarif du stationnement de voirie pour les résidents, qui n’avait pas évolué depuis 2001, a été révisé en 2011 (+33 %) et au 1er janvier 2015 (+130 %). Il s’établit désormais à 1,50 € par jour, ce qui reste un tarif modique par rapport au service rendu. Les résidents doivent désormais acquérir une carte, non renouvelée automatiquement. Selon l’ordonnateur, cette réforme rendant payante la carte de stationnement résidentiel permet une meilleure régulation des cartes avec pour objectif un nombre de cartes en circulation plus en rapport avec leur utilisation réelle. La demande reste forte alors que le taux de motorisation des parisiens (44 %) est parmi les plus faibles de France : pour 128 600 emplacements ouverts au stationnement résidentiel, 317 590 cartes étaient en cours de validité à la fin de 2014.

La tarification pour les autocars de tourisme, révisée au 1er mai 2015, présente l’originalité d’être construite en fonction de la norme d’homologation antipollution du véhicule. Cette tarification est cohérente avec l’objectif municipal d’agir contre les émissions nocives liées aux transports. Elle paraît particulièrement incitative pour les véhicules Euro 6 (31,10 € pour une journée contre 99€ pour les autres autocars) et globalement très compétitive par rapport à la concurrence des autres capitales touristiques européennes. La Ville de Paris entend orienter les transporteurs pour qu’ils lui réservent leurs véhicules les plus propres pour la capitale et les données de vente comme de fréquentation semblent indiquer un succès de cette politique. La gestion du stationnement des autocars de tourisme reste par ailleurs rentable et source de recettes robustes pour la Ville.

Dans les parcs de stationnement, la mise en place à compter du 1er juillet 2015 de la tarification au quart d’heure s’est traduite par une hausse des prix variable selon les établissements. En contrepartie de cette augmentation, de nouvelles offres à prix privilégié ou offrant des réductions importantes ont été proposées aux usagers : abonnés sortant peu leur véhicule, véhicules peu ou non polluants, de petite dimension.

Sur la dépénalisation du stationnement payant

La loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles a dépénalisé le stationnement payant. Les collectivités pourront instaurer, à compter du 1er janvier 2018, un tarif du stationnement et, pour les automobilistes que ne s’en seraient pas acquitté, un montant forfaitaire dit « forfait de post-stationnement » remplaçant l’amende pénale de 17 €. La Ville de Paris s’est impliquée dans la définition et la préparation de la mise en œuvre de son futur régime de traitement du stationnement impayé. Elle considère ce nouveau dispositif comme cardinal pour inciter les automobilistes à respecter davantage le paiement du stationnement. Cependant le cadre législatif actuel risque d’aboutir à ce que le forfait de post-stationnement soit d’un montant inférieur à l’amende actuellement en vigueur, ce qui pourrait avoir des effets contraires à ceux recherchés. Les difficultés de conception et de mise en place de ce nouveau dispositif, constatées sur l’ensemble du territoire, ont d’ailleurs conduit le législateur à reporter la date d’entrée en vigueur du nouveau régime au 1er janvier 2018.

Sur l’équilibre financier de l’activité de gestion du stationnement

Pendant la période examinée, les dépenses totales liées à la gestion du stationnement ont représenté une somme moyenne de 76,7 M€. Elles sont cependant en diminution continuelle depuis 2011 (4,9 %) et s’établissent à 71,3 M€ à la fin de 2014, soit le niveau de 2010. Les dépenses de fonctionnement représentent 94 % du total. Le premier poste de charges est constitué par la masse salariale des agents de contrôle du stationnement payant (54,4M€ par an en moyenne), exercé par la préfecture de police de Paris pour le compte de la commune en application des dispositions légales. Les dépenses d’investissement ont représenté une charge annuelle moyenne de 4,5 M€, essentiellement concentrées sur le programme de renouvellement et de modernisation des horodateurs.

Les recettes ont affiché un profil dynamique, en hausse de 26 % entre 2010 et 2014 pour atteindre 105,5 M€. Le stationnement de voirie (horodateurs) a représenté en moyenne 60 % des recettes globales (51,5 M€), et affiché une progression de 36 % en cinq ans. L’introduction du paiement par carte bancaire à partir de 2011 semble avoir contribué à l’augmentation. Les recettes perçues sur les parcs de stationnement représentent 40 % des recettes globales (39,6 M€ en moyenne annuelle), mais la performance est moindre (+8 % pour seules les recettes récurrentes, +14% avec les recettes exceptionnelles). Quel que soit le type de recettes, la prévision semble être un exercice difficile. Par ailleurs, le reversement de l’État sur le produit national des amendes est également en progression de près de 30% sur la période (33 M€ en 2014).

Au final, l’équilibre financier est favorable et l’activité globale dégage un excédent entre 2011 et 2014. Pour ces quatre années, ce surplus n’est dû qu’aux versements des délégataires, l’activité liée aux horodateurs étant déficitaire à cause d’un coût élevé du contrôle et d’un taux de respect spontané du paiement du stationnement par les usagers dans Paris très faible. La Ville possède donc un gisement de croissance, qu’elle juge lié étroitement avec l’efficacité du contrôle.

Sur les dispositifs de contrôle et la performance

Le contrôle du stationnement payant est exercé par la préfecture de police de Paris pour le compte de la Ville. La chambre invite le lecteur à se référer au rapport séparé dédié à l’exercice de cette mission par la préfecture de police.

La Ville de Paris ne dispose d’aucune statistique détaillée permettant d’analyser le volume d’activité des agents de contrôle et d’apprécier l’efficacité du contrôle réalisé. L’activité de verbalisation est en hausse tendancielle pendant la période examinée dans un contexte de réduction des effectifs de contrôle. Ce sont 3,8 millions de procès-verbaux d’infraction au stationnement payant qui ont été dressées en 2014, en hausse de 10 % par rapport à 2010. Cette activité semble sensible au contexte sécuritaire et à la doctrine d’emploi des agents, les événements dramatiques de 2015 se traduisant par une chute de l’activité.

La Ville dispose de systèmes d’information et d’un ensemble de tableaux de bord élaborés lui permettant de maîtriser les données d’activité et financières du stationnement de voirie et en parcs. Ces tableaux de bord remontent au plus haut niveau et l’information des élus est assurée.

Le taux de respect spontané du stationnement payant sur voirie, très faible à Paris par rapport à la moyenne nationale (respectivement 15 % et 30 %) et en dégradation, est un sujet de préoccupation. Les recettes sont en effet très sensibles à ce taux de respect : un point supplémentaire correspondrait à 5,5 M€ d’encaisse en plus.

Compte tenu de l’évolution législative en cours sur le statut de Paris en matière notamment de police de la circulation et du stationnement, la chambre n’a pas jugé utile d’émettre des recommandations.

[1] Il s’agit d’usagers venant travailler dans le centre-Ville chaque jour qui stationne pendant des durées longues.