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Auteur : Eric Verhaeghe

Comment la résistance à l’ère néo-libérale cache un immobilisme aristocratique

Il faudra un jour disséquer l’étrange mythe d’une révolution néo-libérale qui, depuis 30 ans (une révolution qui dure, donc!), dévasterait la société française. Il s’agit probablement de la plus belle et de la mieux aboutie des légendes urbaines que les politiciens étatistes n’ont même plus à faire effort pour expliquer. Il suffit, partout, à chaque instant, de piocher dans le registre sémantique de la résistance (par exemple: il faut terrasser l’hydre néo-libérale, ou encore: résistons à l’ordre néo-libéral) pour emporter avec soi l’adhésion du public, tant celui-ci est préparé pour l’admettre sans barguigner.

On relèvera autant chez Mélenchon (et accessoirement chez Hamon) que chez Marine Le Pen ce vocabulaire de l’anti-libéralisme dans la diatribe politicienne. Ce vaste échantillonnage montre la profondeur du travail que les étatistes ont mené depuis 30 ans pour convaincre l’opinion d’un état de fait relevant de la pure fantasmagorie.

La révolution néo-libérale? Cette invention pure…

Que la révolution néo-libérale paraît-il en vigueur depuis 30 ans soit une pure invention, il suffit d’un tableau statistique pour le prouver. Celui-ci est tiré du Rapport SUR LA DÉPENSE PUBLIQUE ET SON ÉVOLUTION de 2013, produit par le ministère des Finances:

On le voit, en 1960, les dépenses publiques représentaient un gros 35% du PIB. Leur volume global a dépassé les 40% de PIB en 1968. Dans les années 80, ce volume a franchi allègrement le cap des 50% de PIB. Nulle part les chiffres ne permettent de pointer l’existence d’une quelconque rupture néo-libérale, ne serait-ce même que le début d’une inversion de cycle. Depuis la crise de 2008, la part des dépenses publiques dans le PIB a même régulièrement franchi le seuil des 55%.

Si l’on décompose cette dépense, on constate que ni l’investissement ni les dépenses de fonctionnement des administrations n’ont diminué sur l’ensemble de cette période. Parallèlement, les dépenses de protection sociale ont fortement augmenté. Elles représentaient 10 points de PIB en 1960. Elles en représentent aujourd’hui plus de 20 points.

Comment, dans un univers où les dépenses publiques ne diminuent pas depuis plus de cinquante ans, dans un pays où la dépense sociale a plus que doublé durant cette période, peut-on raisonnablement soutenir que le néo-libéralisme triomphe? Il doit bien y avoir une raison cachée à la permanence obstinée de cette révision négationniste de l’histoire contemporaine.

Lutte contre le libéralisme et espérance de l’immobilisme

Le tableau suivant (tiré du rapport 2016 sur les finances publiques) permet en outre de mesurer qu’au-delà des dépenses réelles, la France s’est livrée à une orgie de dépenses publiques retardées appelées dette publique:

De façon constante depuis 2001, la France s’endette dans des proportions de plus en plus élevées pour financer ses dépenses publiques. On notera juste que deux années ont permis de restreindre partiellement ce volume: 2006 et 2007. Pour le reste, l’endettement des Français pour financer leurs administrations progresse sans discontinuer. Là encore, on cherchera la trace d’une quelconque révolution néo-libérale.

En revanche, on mesure bien l’enjeu que représente cet endettement aujourd’hui: sans des réformes de structure profondes, celui-ci augmentera jusqu’à ne plus être soutenable. On connaît ici les arguments politiques qui plaident contre cet endettement continu. C’est d’abord un argument de souveraineté. La dépendance dans laquelle la dette plonge l’Etat vis-à-vis de ses créanciers entrave singulièrement son indépendance.

Ici s’éclaire le débat sur la « résistance au néo-libéralisme ». Il se résume en réalité à la question de l’acceptation ou du refus des sacrifices nécessaires pour assainir la situation des comptes publics, préalable indispensable à la restauration de notre indépendance nationale.

Dans ce jeu de faux semblants, combattre le néo-libéralisme, c’est réclamer un sursis à l’effort, c’est le « encore un instant Monsieur le Bourreau » du condamné à l’échafaud, et qui revendique le droit à la procrastination dans la réalisation de ses diligences. L’immobilisme de la dette, plutôt que le mouvement du retour à l’équilibre.

Lutte contre le néo-libéralisme, ou résignation à la servitude?

Personne ne le conteste: l’endettement public excessif de la France se traduit d’abord par une créance exagérée d’intérêts privés sur les politiques de l’Etat. Les déséquilibres budgétaires auxquels nous avons consentis pour financer les dépenses courantes de l’Etat, au sens large, ont mis ce même Etat à genoux devant les banques et tous les autres créanciers, majoritairement étrangers d’ailleurs. On notera au passage que la liste des créanciers finaux est gardée secrète, de telle sorte que les Français dépendent, au jour le jour, de services publics dont le financement est totalement opaque.

Pouvons-nous durablement nous satisfaire de cette situation? Non bien sûr, sauf à renoncer consciemment au libre choix de nos politiques intérieures et extérieures.

Ce point mériterait d’être rappelé plus souvent. Tous les Mélenchon et Le Pen qui dénoncent abondamment les méfaits du néo-libéralisme imposé par Bruxelles et se drapent dans des drapeaux bleus, blancs et rouges sont en réalité les premiers ennemis de la souveraineté du peuple français. Dénoncer le retour à l’équilibre budgétaire n’est en effet rien d’autre qu’un consentement, par confort, à l’asservissement de la Nation vis-à-vis des intérêts privés.

Le plus agaçant tient évidemment au fait que cet asservissement est consenti pour des raisons de confort: plutôt que de mener des réformes impopulaires et exigeantes, il vaut mieux caresser dans le sens du poil tous ceux qui ont tiré une rente (même minuscule) de la dépense publique financée par des créances accordées à des capitalistes internationaux. On joue donc aux révolutionnaires, mais on réclame de pouvoir profiter encore et encore de ces dizaines de milliards apportées chaque année à la France par l’épargne mondiale, ce symbole d’un néo-libéralisme monstrueux dans la main duquel on se régale sans limite.

Quelle convergence d’intérêt avec la caste dominante?

En ce sens, Mélenchon comme Marine Le Pen réussissent un tour de force. Leur discours anti-libéral cache une immense imposture.

Réclamer la relance des dépenses publiques répond en effet à deux logiques politiques profondes.

La première consiste à apporter encore et toujours de la dette française à l’épargne capitaliste mondiale. En ce sens, les plus grands ennemis déclarés du libéralisme sont aussi les meilleurs amis du grand capital.

La seconde consiste à servir la soupe de la technostructure qui se gave de dépenses publiques depuis plus de 30 ans, sans être capable de gérer correctement l’Etat, de le moderniser et d’en améliorer les performances. Prenons le cas de l’éducation: la performance éducative française est inversement proportionnelle à la hausse des dépenses publiques. En réclamant une relance des dépenses publiques, Mélenchon et Le Pen réclament tout simplement une continuation fidèle de ce naufrage.

En ce sens, on peut d’ores et déjà pronostiquer le nom de ceux qui seront les véritables vainqueurs de la présidentielle. Ceux qui vivent de l’expansion permanente de la dépense publique.

Pour le Predicto, Mélenchon et Le Pen virent en tête à quatre jours du scrutin

À quatre jours du scrutin, le Predicto de Décider & Entreprendre annonce que Mélenchon et Le Pen sont en tête des intentions de vote, suivis à ce stade par Benoît Hamon, qui devance François Fillon et Emmanuel Macron.

La méthode du Predicto

Le Predicto se fonde sur une analyse sémantique des tweets reçus sur les comptes officiels des candidats. Il évalue algorithmiquement l’engagement de chaque auteur et en déduit une moyenne générale applicable au candidat. Le score global des candidats, affiché sur l’outil correspond donc à une estimation pondérée de l’adhésion de la communauté virtuelle à chaque personnalité.

L’outil permet un suivi de ces scores en temps réel, jour après jour, et il permet aussi d’agréger les résultats sur une période donnée.

En l’espèce, les résultats présentés ici correspondent à une agrégation des scores depuis samedi à 17h45. Ils évaluent donc la performance globale des candidats sur la dernière semaine avant le scrutin proprement dit.

L’avance Mélenchon et Le Pen

Comme indiqué plusieurs fois dans nos colonnes, dans la durée comme depuis samedi dernier, les deux candidats qui se détachent sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. La faveur dont ces deux candidats bénéficient depuis plusieurs semaines ne se dément pas à l’approche du scrutin, et laisse à penser que leur avance devrait être nette à l’issue du premier tour.

On notera au passage que ni Marine Le Pen ni Jean-Luc Mélenchon ne sont les candidats qui suscitent le plus de tweets. Ils sont devancés par Emmanuel Macron et François Fillon en termes de volumes d’échanges:

Benoît Hamon est le candidat qui génère le moins de flux.

Mélenchon et Le Pen réalisent une différence dans le contenu des messages, qui sont beaucoup plus engagés et favorables que pour leurs rivaux.

La sous-estimation de Benoît Hamon par les sondages

On notera par ailleurs la sous-estimation de Benoît Hamon par les sondages en comparaison de la mesure, sur Twitter, de l’adhésion qu’il suscite. Si les méthodes de retraitement sémantique ne sont pas encore connues, tout laisse à penser que le score du candidat socialiste devrait être plus élevé que ne le laissent paraître les sondages aujourd’hui.

Une mesure en constante évolution

La mesure de l’adhésion sémantique sur Twitter est toutefois constante et ne se limite pas à une période déterminée. Elle continue donc à « tourner » jusqu’au second tour du scrutin, en temps réel.

Rien n’exclut une modification de l’ordre actuel des candidatures d’ici à dimanche.

Quels séismes syndicaux sont à prévoir à l’automne 2017?

Article écrit pour Atlantico.

Si les résultats de la présidentielle sont hypothétiques, leur impact sur les rapports sociaux à moyen terme dans le pays le sont plus encore. Pourtant, tout laisse à penser que la rentrée sociale sera chaude pour le prochain président de la République. Voici quelques scénarios plausibles laissant penser que le mois d’octobre 2017 (centième anniversaire de la Révolution russe, qui plus est) ne manquera pas de piquant.

Les conflits syndicaux au coeur des rapports sociaux en 2017

Après le grand satisfecit accordé à la CFDT devenue premier syndicat du secteur privé, devant la CGT, par le gouvernement, la rentrée promet d’être agitée. Philippe Martinez dispose désormais de quatre années pour reprendre sa place de leader devant sa rivale. Ainsi le veut la loi de 2008 sur la représentativité, qui prévoit une mesure quadriennale de l’audience syndicale auprès des salariés.

Tout laisse à penser que la CGT sera tentée par sa logique contestataire, qu’elle déploie par opposition à la CFDT.

Dans la pratique, les deux syndicats devraient s’engager dans une course de conquête ou de reconquête qui modèlera probablement la vie sociale en France.

L’hypothèse d’une victoire Mélenchon

Dans le cas où Jean-Luc Mélenchon remporterait la victoire finale, tout laisse à penser qu’il existerait une forme de proximité entre la CGT et le nouveau pouvoir, qui pousserait la CFDT dans ses retranchements. Laurent Berger a d’ailleurs déjà dénoncé les pulsions autoritaires de Mélenchon. Cette sortie en dit long sur l’état d’esprit qui pourrait régner après mai 2017. De fait, la CFDT sera probablement très allergique aux élucubrations de notre Chavez national, qui propose par exemple la réintégration d’office dans les entreprises de tous les salariés dont le licenciement est annulé pour des motifs sans cause réelle et sérieuse.

Mais attention aux confusions simplistes. Si Mélenchon apprécie certains syndicalistes de la CGT (comme Mehdi Kemoune, de la CGT Air France, qui sera candidat insoumis à Paris), ses relations avec Philippe Martinez sont moins simples, voire complexes. On se gardera donc de croire à une alliance sacrée entre les deux.

L’hypothèse d’une victoire Le Pen

Dans le cas d’une victoire de Marine Le Pen, le scénario sera évidemment très différent, puisque la CGT et la CFDT se retrouveront dans une opposition frontale au nouveau pouvoir. Les deux centrales syndicales rivaliseront d’activisme pour satisfaire une base en colère. Pour le gouvernement, la situation sera donc extrêmement tendue. On imagine sans mal que les affaires sociales ne seront pas du gâteau et donneront sans doute lieu à d’importants mouvements de contestation.

Selon toute vraisemblance, et nonobstant les grandes déclarations de Marine Le Pen sur les défauts de la loi El-Khomri, cette contestation n’attendra pas le mois de septembre pour s’exprimer. Paradoxalement, le rapprochement sera plus facile avec la CGT qu’avec la CFDT, puisque cette dernière est celle qui a, sur le droit du travail, les positions les plus éloignées de celles du Front National.

Rappelons que Marine Le Pen est hostile à la loi El-Khomri, position qu’elle partage avec la CGT.

L’hypothèse d’une victoire Macron

Dans l’hypothèse d’une victoire d’Emmanuel Macron, le rejet syndical ne sera pas forcément moins viscéral qu’avec Marine Le Pen. Macron a en effet annoncé son intention de réformer le dialogue social par ordonnances dès l’été. Cette procédure autoritaire n’est pas du goût de Laurent Berger, qui l’a qualifiée de divagation. Au demeurant, les points de friction entre la CFDT et Macron sont nombreux, dans la mesure où le candidat à la présidentielle a promis des réformes fiscales qui auront un impact sur le paritarisme et son influence.

Contrairement aux apparences, la coexistence entre Macron et la CFDT ne devrait donc pas être plus pacifique qu’avec la CGT, pour qui Macron est volontiers le candidat de la finance. Dans ces conditions, on peut s’attendre à une rentrée agitée pour un gouvernement choisi par l’ancienne secrétaire général adjoint de l’Elysée.

L’hypothèse d’une victoire Fillon

Paradoxalement, c’est donc l’hypothèse d’une victoire de François Fillon qui paraît la plus rassérénante aujourd’hui pour le climat social français, même si la curée annoncée par l’éventuel Président risque de ne pas passer comme une lettre à la poste. Dans la pratique, François Fillon a conservé autour de lui les conseillers qui pratiquaient le dialogue social au jour le jour lorsqu’il était à Matignon. Si Philippe Martinez n’étaient pas aux manettes à l’époque, Laurent Berger les a en revanche bien connus. Tout ce petit monde pourrait donc reconstituer les ligues dissoutes et retrouver des pratiques de co-gestion chères à la CFDT.

Toutefois, la cohabitation avec la CGT risque d’être plus délicate. Le syndicat contestataire aura un intérêt vital à mener une bataille violente contre la nouvelle politique mise en oeuvre par le gouvernement. La CGT reste en effet le premier syndicat français grâce à son implantation dans la fonction publique. La casse annoncée par François Fillon donnera lieu à une empoignade historique.

Des scénarios conflictuels dans tous les cas

Dans ces conditions, on voit mal comment le prochain président ne se heurterait pas à au moins une résistance syndicale majeure. Dans le cas de la CGT, cette résistance sera forte dans tous les cas, sauf avec une victoire de Mélenchon. Dans le cas de la CFDT, la résistance sera moins forte avec François Fillon. Il n’en reste pas moins que la rivalité entre les deux centrales devrait agiter les esprits. Et les rues.

Comment le programme de Mélenchon veut bâillonner la liberté de la presse

Tout le monde se souvient des beaux jours de la Pravda, incarnation de la liberté de la presse réduite au rang d’idéal bourgeois et qui se faisait l’écho fidèle du gouvernement soviétique. Certains thuriféraires (entendus sur Radio France notamment) maintiennent l’illusion que Mélenchon est un démocrate, amoureux de la liberté d’opinion et d’expression. Ce copier-coller de son programme sur toutes les mesures concernant la presse et l’audiovisuel permettra de nuancer quelque peu ce mensonge et de mettre au grand jour l’étrange ressemblance entre la vision que Mélenchon peut avoir de la presse et celle qui était en vigueur sous Brejnev.

Faire élire les présidents de France Télévisions et Radio France par le Parlement

Au moins, comme ça, c’est clair: l’audiovisuel public sera l’expression de la majorité parlementaire…

Adopter une loi anti-concentration des médias, protégeant le secteur des intérêts financiers, favorisant la transformation des médias en coopératives de salariés et de lecteurs/auditeurs/téléspectateurs et attribuer des fréquences aux médias locaux et associatifs

Hum! Anti-concentration, que de crimes on connaît en ton nom. Au lieu d’un journal créé par un preneur de risques, on multipliera les groupes auto-gérés entièrement dépendants du financement public. On adore! Quant aux autres, ils seront expropriés au nom de la lutte contre les concentrations.

Créer un Conseil national des médias à la place du Conseil supérieur de l’audiovisuel pour en faire un véritable contre-pouvoir citoyen garantissant le pluralisme des opinions et des supports, ainsi que la qualité de tous les médias

Ah! Garantir la qualité de TOUS les médias par un Conseil National des Médias! le bon retour au ministère de la Propagande! Et le contre-pouvoir citoyen… on connaît la musique. Quelques commissaires politiques bien sentis pour garantir le « pluralisme » de leurs idées.

Refonder les aides publiques à la presse pour les réserver aux médias d’information et mutualiser les outils de production (imprimeries, serveurs, distribution, etc.)

Mais bien sûr! seuls les medias d’information (c’est-à-dire les organes de propagande désignés comme tels par des commissaires politiques) auront droit aux subventions publiques. Pour les autres, il faudra passer par les imprimeries ou les serveurs « mutualisés », c’est-à-dire contrôlés par l’Etat. Histoire que rien n’échappe à la police politique.

Protéger les sources et l’indépendance des rédactions à l’égard des pouvoirs économiques et politiques par le renforcement du statut juridique des rédactions et une charte déontologique dans la convention collective

Belle mesure démagogique. Les journalistes pourront désormais fonctionner en soviet permanent du parti, considérant qu’ils ont le droit d’écrire ce qu’ils veulent sans contrôle de personne… et relayer ainsi en toute impunité les intérêts de leur propre corporation. Le propriétaire d’un journal, s’il en reste (on a vu plus haut que le programme de Mélenchon vise à les exproprier), sera donc juste là pour allonger des fonds et ne pourra en aucun cas orienter la ligne éditoriale de son journal.

Créer une chaîne de télévision méditerranéenne émettant en plusieurs langues et diffusée sur les deux rives de la Méditerranée et sur internet, sur le modèle de la chaîne franco-allemande Arte

Là encore! belle innovation… Une nouvelle chaîne publique d’information à destination de la Méditerranée. On y mesure par avance tout le pluralisme dont elle fera preuve.

Renforcer les médias audiovisuels francophones (RFI, France 24 et TV5 Monde) et les mettre en partage avec la communauté francophone

Là encore, Mélenchon aime la presse… surtout quand elle est publique, et qu’elle relaie la parole officielle.

La création d’un service public nouveau de l’internet et d’une médiathèque publique en ligne, avec une plate-forme publique d’offre légale en ligne de musique, films et contenus culturels

On y vient! l’Etat n’est pas présent sur Internet (en tant que producteur de contenu d’information). Il faut bien que cette absence cesse… et que la propagande officielle ait son site et sa propre diffusion culturelle.

Garantir l’égalité entre le sport féminin et masculin, y compris en matière de diffusion à la télévision

Ah! enfin! l’Etat va réglementer les contenus télévisuels, y compris dans le domaine sportif. Les chaînes que l’Etat ne détiendra pas devront quand même diffuser autant de sport féminin que de sport masculin! vive la liberté de la presse!

Interdire la publicité dans les programmes de télévision destinés aux enfants et la mise en scène d’enfants dans les publicités

Et la reprise en main des contenus audiovisuels continue…

Faire reculer l’affichage publicitaire, en commençant par les abords des villes et des bourgs aujourd’hui défigurés, interdire les écrans publicitaires numériques dans les lieux publics, ouvrir des espaces d’affichage pour l’expression citoyenne et culturelle

Comment retrouver la grisaille des rues soviétiques dans nos villes. Pas d’écrans publicitaires numériques, mais des espaces d’affichage citoyens et culturels, comme au bon vieux temps de la Chine maoïste.

Bref, tous les sites d’information devront utiliser les serveurs du gouvernement pour publier des informations « pluralistes » surveillées par un Conseil National de l’Information. Et les quelques propriétaires de journaux encore vivants

La Pravda, mère de toutes les vertus…

Clémentine Autain, l’hautaine (et frivole) bobo de Mélenchon, est-elle une démocrate?

Tout le monde a assisté à cette instructive et effarante interview de Clémentine Autain, porte-parole de Mélenchon, qui découvre en direct le programme de son candidat:


Clémentine Autain découvre un point du… par Lopinionfr

On appréciera la remarque sur la « philosophie générale du programme », qui fleure bon la caution habituelle donnée par la gauche bobo aux excès totalitaires des marxistes-léninistes: c’est vrai que le goulag, c’est pas bien, mais c’est la philosophie générale qui compte, pas les détails de sa mise en oeuvre. Et la philosophie générale, c’est la solidarité, le progrès de l’humanité, et les bisous partout qui font qu’il est infiniment moins grave de mourir sous les balles de la Guépéou ou de Pol Pot qu’à Auschwitz.

Mais que Clémentine Autain soit la porte-parole d’un programme qu’elle ne connaît que dans les grandes lignes serait un péché véniel si l’approximation ne dissimulait pas une supercherie politique beaucoup plus inquiétante. Celle du mélenchonisme.

Mélenchon l’anti-élite et sa porte-parole si people

Mélenchon et consors adorent la jouer populo. Eux, c’est le mouvement social contre le capitalisme. Eux, ce sont les petites gens contre le mur de l’argent. Eux, c’est le peuple contre l’élite. Mais quand on gratte, on découvre le mensonge de cette posture dont Clémentine Autain constitue une illustration magistrale. On ira par exemple fouiller dans le magazine Marie-Claire ce portrait croisé de Clémentine Autain et de son père. On ne résiste pas au plaisir d’en produire les meilleurs extraits:

Fille unique de saltimbanques, Clémentine bluffe son père par son professionnalisme (« Première manif en 1997 ­ j’y étais ­, élue à 27 ans, à l’aise à la télé… »). (…)

Clémentine Autain : Je suis fière d’être fille d’artiste. J’adore le voir sur scène, alors que je n’aimais pas voir ma mère (Dominique Laffin, ndlr) au cinéma, à part dans « La femme qui pleure » de Doillon. (…)

Votre meilleur souvenir ensemble ?

Elle : J’avais 3 ans, je me suis endormie derrière le rideau de scène pendant qu’il chantait.

Là, on est loin de l’OS de chez Renault, du smicard qui trime en banlieue. Clémentine, c’est le milieu bobo paillette parisien, dont le « professionnalisme » inventé par Marie-Claire éclate aujourd’hui l’écran. Ces origines sociales lui valent d’ailleurs une première carrière, enfant, dans le monde de la variété. Michel Drucker l’accueille, à 10 ans, sur son plateau. Voilà qui n’a probablement rien à voir avec les entrées que son milieu familial peut lui procurer.

Et c’est quand même la marque de fabrique de la porte-parole choisie par Jean-Luc Mélenchon: on a beau être pour la révolution prolétarienne et contre le grand capital, les relations familiales, ça a du bon.

Une carrière politique avec une petite cuillère d’argent dans la bouche

La famille Autain n’est pas seulement une famille de saltimbanques. C’est aussi une famille engagée. Les parents de Clémentine fricotent avec le parti communiste et la LCR. L’oncle de Clémentine, François Autain, est député, puis sénateur socialiste. Il fut secrétaire d’Etat sous François Mitterrand. Mine de rien, ce petit réseau va devenir une jolie machine de guerre au service d’une ambition qui s’embarrasse peu de scrupules.

Ainsi, en 1990, Clémentine s’engage à l’Union des Étudiants Communistes. Mais l’exigence militante n’est pas son fort. Elle entame donc un périple comme seule une fille à papa protégée par le milieu peut le mener, cabotant des Verts (elle fut candidate aux législatives sous cette étiquette en 1997 contre Christine Boutin) au PS (où elle milite furtivement dans la section… de Bertrand Delanoé), puis du PS à la galaxie PCF (elle devient collaboratrice de Cécile Silhouette, conseillère de Paris). Entretemps, elle fut collaboratrice parlementaire du sénateur socialiste Georges Mazars (son oncle siège dans le même groupe au Sénat…).

Peu importe l’étiquette, pourvu qu’on ait le poste!

En 2001, le Parti Communiste la récupère et la propulse tête de liste dans le 17è arrondissement parisien aux élections municipales. Faut-il, là encore imaginer perfidement que François Autain a glissé quelques mots bien sentis dans l’oreille d’un autre sénateur, Bertrand Delanoé, qui conduit les socialistes à Paris? Et voici Clémentine bombardée adjointe au maire de Paris, à 28 ans. Elle est pas belle, la vie des porte-parole de Mélenchon le prolétaire?

Clémentine, la radicale docile de Bertrand Delanoé

Clémentine Autain fait aujourd’hui profession de radicalité. Elle adore donner de hautaines leçons de morale à la terre entière. Les mauvaises langues ont toutefois noté que, dans l’exercice du pouvoir, Clémentine savait en rabattre pour garder son poste. Lorsqu’elle est aux affaires avec Delanoé, elle se montre en effet extrêmement docile et beaucoup moins portée à la lutte révolutionnaire que ses propos ne le laisseraient croire aujourd’hui.

On reprendra là encore quelques souvenirs rapportés en son temps par Le Monde:

« C’est une élue qui se coltine les contraintes de la gestion municipale. Sa facette actuelle de candidate de la gauche radicale, je ne la vois jamais dans son travail à l’Hôtel de Ville », s’amuse Christophe Caresche (PS), premier adjoint. Cette fidélité, qui frise la docilité, fait grincer des dents chez ses amis de la gauche antilibérale. « C’est une jeune femme pressée qui ne s’oppose pas aux choix du PS à Paris », remarque Francine Bavay, vice-présidente du conseil régional. « On ne peut pas dire qu’elle se soit démarquée », renchérit un proche de José Bové.

On s’en amusera. On en tirera aussi quelques conséquences sur la crédibilité politique de l’intéressée. On sait depuis son passage à la mairie de Paris qu’elle n’est pas du genre à dire ce qu’elle fait, et encore moins à faire ce qu’elle a dit. Pour tous ceux qui auraient des illusions sur la capacité de Mélenchon à mettre en oeuvre son programme, son entourage parle d’expérience…

Les indignations révisionnistes de Clémentine Autain

Ce qui gêne dans le parcours de Clémentine Autain, ce n’est pas qu’elle soit une arriviste opportuniste (même si elle excelle dans ce genre): elle n’est ni la première ni la dernière dans cette tribu, y compris dans une extrême gauche qui lui a fermé toutes ses portes après son mandat à la mairie de Paris. Ce qui gêne, c’est le mode totalitaire de son fonctionnement, en décalage complet avec l’extrême inconsistance de ses convictions.

Par exemple, le viol.

Clémentine Autain explique qu’elle a été violée lorsqu’elle avait 23 ans (c’est-à-dire en 1992, selon Le Nouvel Obs, on n’épiloguera pas ici sur la cohérence des dates, Clémentine Autain étant née en 1973). Elle en a fait l’aveu public dans une biographie parue en novembre 2006. Quelques semaines plus tôt, elle s’était déclarée disponible pour être candidate d’extrême gauche à l’élection présidentielle de 2007. Le 20 octobre 2011, elle publie un livre où elle raconte le même viol. Quelques semaines plus tard, rebelote: campagne électorale. Cette coïncidence constante entre la publicité donnée à son viol et son calendrier électoral est curieuse.

Mais supposons… entre deux livres où elle parle de l’agression qu’elle a subie, Clémentine Autain ne chôme pas. En mai 2011, elle écrit, à propos de l’affaire DSK:

La décence, c’est aussi de ne pas oublier la femme de chambre, qui traverse aussi une épreuve et a une famille qui doit vivre un sale moment. Dans tout ce que j’entends, je perçois à la fois une lecture de classe, qui invisibilise la femme de chambre et prends soin du dirigeant du FMI, et une lecture peu féministe de l’événement.

On y vient… d’un côté, la prolétaire violée, de l’autre le bourgeois violeur. Bouh! Pas bien!

En revanche, quand ce sont des Allemandes ordinaires qui se font violer par des passants probablement étrangers en Allemagne, le discours de Clémentine Autain est très différent, avec ce tweet devenu légendaire:

« Entre avril et septembre 1945, deux millions d’Allemandes violées par des soldats. La faute à l’Islam ? ».

Et voilà! dans la logique totalitaire de Clémentine Autain, les vérités sont relatives et complètement liée à l’idéologie. Quand une blonde aux yeux bleus est agressée sexuellement par un homme seul de type bourgeois, on crie au viol. Quand la même blonde aux yeux bleus est agressée par un prolétaire immigré, on passe sous silence. Et celle à qui hier s’entendait reprocher de se taire se fait tancer aujourd’hui pour avoir parlé.

Il est vrai qu’entretemps Clémentine Autain s’est implantée dans une circonscription de Seine-Saint-Denis où les Musulmans sont très présents. Il ne s’agirait quand même pas de sacrifier sa carrière à quelques convictions…

L’équipe Mélenchon, papesse de l’hypocrisie?

Certains Français ont donc l’illusion que Mélenchon, élu depuis 1986 sans discontinuer (notamment dans un Parlement européen qu’il vomit), est un candidat de rupture qui fera de la politique autrement. Ouvrez les yeux, mes amis, et regardez quels jeunes il met en avant…

Les enseignants appelés à faire battre Fillon

On notera utilement cet article de blog de la présidente de l’association Reconstruire l’école, qui appelle à faire battre François Fillon aux élections présidentielles.

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

S’il existe encore sur ce blog quelques lecteurs, il ne leur aura pas échappé que les apparitions de la Présidente s’y font de plus en plus rares, tant les ingrates activités familiales et multicasquettes de mamysitteuse-taxi-sherpa-cuisinière-chaouch-psychologue-vaguemestre-aide ménagère l’ont accaparée depuis des mois et des mois jusqu’à l’usure.

Pour me sortir de ce silencieux marasme (et avant, sans doute, que l’Assemblée Générale de « Reconstruire l’École » ne confie la présidence à quelqu’un de plus jeune et de plus disponible que moi …), il ne m’a pourtant suffi que d’une sainte et saine colère à voir certains enseignants, des professeurs, des collègues, des êtres cultivés, intelligents, que j’apprécie, que j’admire, pour qui j’ai de l’affection, tomber soudain en amour devant François Fillon, jusqu’à l’aveuglement complet, jusqu’à envisager de lui apporter leur suffrage.

Je ne parlerai pas des affaires, des enfants ni de Pénélope. Ni des costumes ni d’Axa. Ni d’une confondante vulgarité verbale (« casser la baraque », «foutre un procès ») que l’on croyait jusqu’ici réservée au regrettable Sarkozy. Ni d’une démagogie tout aussi confondante (« Je n’ai pas fait les grandes écoles… ») où le châtelain de Sablé/Sarthe nous la joue moitié Thorez moitié Johnny, « fils du peuple » et « je suis né dans la rue ». Non, il sera uniquement question de l’École. Car si les statuts de l’association m’interdisent de donner aux adhérents et sympathisants toute consigne de vote, elles ne m’empêchent pas d’expliquer pour qui NE PAS voter, en l’occurrence donc pour aujourd’hui F. Fillon.

Comment diable est-il possible que des intellectuels, des hommes et des femmes de culture, des personnes attachées à l’École de la transmission et de l’esprit critique, aient à ce point perdu ledit esprit critique pour aller se jeter dans les bras de « Monsieur Socle Commun », ce socle commun d’où naquit tout le mal, évaluation par compétences, réformes délétères du lycée puis du collège, braderie des diplômes et j’en passe ? Pour ne pas alourdir à l’excès l’exposé, je me permets de renvoyer à un texte coécrit avec Agnès Joste et Michèle Gally,http://www.sauv.net/socle.php sur le site du Collectif ami Sauver les Lettres.

Chers amis, chers collègues, parce que François Fillon sort régulièrement quelques piques contre les pédagogistes, allez-vous oublier de quoi il fut l’instigateur et le suivre tels des lemmings dans des eaux glacées où vous succomberez et vos élèves avec vous ?

Parce que vous ne savez (et avouons que c’est tentant…) résister à la Schadenfreude d’imaginer les pédagogues en chambre, tous ceux qui n’ont plus vu de « vrais » élèves depuis des lustres, renvoyés devant les classes et de préférence dans les quartiers nord de Marseille ou d’ailleurs, vous accordez votre confiance à François Fillon pour, en quelque sorte, « faire le ménage » et débarrasser l’institution de ses pseudo-experts en expertise et autres théoriciens du vide éducatif.

Enfin, soyez lucides ! François Fillon ne fera rien (au mieux), et mal, au pire. Pourquoi en serait-il autrement ? Le calamiteux bilan du PS de messieurs Peillon et Hamon et de madame Vallaud-Belkacem doit-il vous faire oublier Xavier Darcos et Luc Chatel ? Chers amis, chers collègues, que vous avez donc la mémoire courte, ou sélective …

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

Moi, comme ma presque compatriote la mule du Pape, j’ai de la mémoire. Je me souviens très bien par exemple, lors de la nomination de Xavier Darcos par Nicolas Sarkozy, du grand « Ouf » de soulagement en salle des professeurs : « C’est un humaniste, un lettres classiques », « Il connaît la maison », « Il a déjà été aux affaires », « Il ne nous maltraitera pas trop » …

Et on a vu ce qu’il en fut.

Certes, F. Fillon est conseillé par Annie Genevard, qui fut naguère professeur de lettres, m’a tout l’air a priori d’une « honnête homme » (avec une très jolie voix, de surcroît) et ne dit pas de bêtises.

Mais réveillez-vous, chers amis ! Elle ne fera RIEN, ni plus ni mieux que Darcos et quelles que soient ses bonnes intentions, parce qu’elle ne POURRA rien faire ! Le programme ultralibéral de F. Fillon, les coupes claires dans le nombre de fonctionnaires DONC d’enseignants, le refus maintes fois martelé de « faire encore de la dette » (je vous renvoie à cette ahurissante rencontre (1) avec des aides-soignantes à bout), tout ceci cumulé n’aboutira qu’à une aggravation de vos conditions de travail, et ipso facto de celles de vos élèves : si vous devez travailler 25 heures pour gagner plus, sous la surveillance de votre chef d’établissement ça va de soi (autonomie oblige …), sachant que ces 25 heures en signifient une cinquantaine en préparations et corrections, in fine chers collègues vous travaillerez MAL, vous bâclerez la besogne – ou vous finirez en burn-out si vous restez consciencieux.

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

Jetez donc un coup d’œil sur l’ensemble du programme de François Fillon : il est d’une violence sociale sans précédent dans notre pays, pour tout dire thatchérienne, et fait définitivement table rase des « jours heureux » du CNR, fondement de notre système social français ou du moins ce qu’il en reste. Voulez-vous VRAIMENT tout cela pour votre pays, pour vos élèves, pour vos enfants, pour vous-mêmes ?

– Oui mais ses propositions sur l’École, il n’y a que cela qui nous intéresse chez François Fillon, c’est l’essentiel pour nous, etc etc …

Vraiment ??? Pour un peu, mes amis, vous me feriez croire que vous ne savez plus penser politique !

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

ALORS, SOYONS SÉRIEUX, JUSTE CINQ MINUTES : comment pouvez-vous imaginer que l’on va reconstruire l’École dans une France où tout, je dis bien TOUT le modèle social et économique, sera déconstruit ? Comment pouvez-vous concevoir une École seule et debout au milieu du champ de ruines créé par la politique ultralibérale du candidat LR ?

Pour avoir la satisfaction (et qui plus est ce n’est même pas sûr !) de voir dégager un quarteron de pédagonigologistes parasites, allez-vous accepter que les parents de vos élèves soient précarisés, mis au chômage, mal soignés ?

Pour voir revenir le COD et disparaître l’inepte prédicat, tolérerez-vous que les gamins viennent en cours le ventre vide ou traînent l’angine tout l’hiver parce que chez eux on ne pourra plus payer le chauffage ?

Pour pouvoir enseigner le « récit national » (je ne développe pas, c’est un autre débat), consentirez-vous à ce que dans la vie réelle les inégalités se creusent encore et encore, ce qui est quand même tout l’inverse de « faire nation » ?

Quelle mascarade que de vouloir, sous couvert d’égalité, faire porter l’uniforme aux élèves, alors même que la politique économique suivie creusera les écarts de manière effrayante !

Et comment parler de rétablir l’autorité dans l’enceinte scolaire, si le monde hors les murs devient une jungle dérégulée où le plus outrageusement riche aura le dernier mot ?

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

AUCUN PROGRAMME POUR L’ÉCOLE, si bon soit-il (à supposer qu’il le soit, mais je me place dans votre optique, chers amis et collègues) NE PEUT JUSTIFIER LA VIOLENCE SOCIALE ET REVANCHARDE DU PROJET FILLON.

Vous pensez voter Fillon seulement pour l’École et sans vouloir considérer le reste ? Vous aurez le reste, et pour ce qui est de l’École, vous ne verrez dans le moins mauvais des cas pas grand-chose, et un désastre au pire, quelle que soit la bonne volonté de Mme Genevard : plus que jamais, le ministère de l’Éducation Nationale sera à Bercy.

Qu’est donc devenu l’enseignement public britannique sous Mme Thatcher et autres conservateurs ? Une catastrophe : cyniquement, Miss Maggie, la fille de l’épicier, après avoir bénéficié des bourses des gouvernements travaillistes pour accéder aux études supérieures, a rétabli le plafond de verre. Est-ce vraiment cela que vous voulez pour votre pays, chers amis, chers collègues ? Certes, l’École à plusieurs vitesses existe d’ores et déjà chez nous, c’est un fait, entre public et privé, villes et campagnes, avec ou sans bi-langues (latin, grec, allemand …), entre banlieues et centres-villes, sous contrat et hors contrat … Pensez-vous vraiment que le programme de François Fillon va rendre à TOUS les élèves quels qu’ils soient la possibilité de recevoir l’instruction à laquelle ils ont droit, dans un contexte digne et décent ?

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

Chers collègues lemmings, revenez sur terre ! Le joueur de pipeau Fillon vous entraîne à la noyade, vous-mêmes et les élèves dont vous avez la responsabilité.

Et tant qu’à rester dans la métaphore aquatique et rongeuse, ce n’est pas lemmings qu’il vous faut être aujourd’hui, mais CASTORS – comprendre le fameux « faire barrage » –, à François Fillon autant qu’à Marine Le Pen.

Vous êtes des professeurs, votre métier c’est de réfléchir : sachez penser globalement ! Un programme électoral est un tout ! Souvenez-vous-en avant que de vous prononcer : CE QUI FAIT DU MAL À LA SOCIÉTÉ NE PEUT PAS FAIRE DU BIEN À L’ÉCOLE.

Quand les banques capitalistes financent la sécurité sociale

Il est de bon ton d’opposer les méchants capitalistes du système financier et la gentille sécurité sociale productrice de solidarité et d’intérêt général. La réalité est pourtant un peu différente de cette logique binaire.

Les banques capitalistes au secours de la sécurité sociale

Ce graphique, proposé sur le site de la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale (CADES), nuance en effet fortement les idées reçues:

Comme on le voit, 54% de la dette sociale en France est portée par des banques capitalistes, et 33% par des banques centrales. Du point de vue de la répartition géographique de ce portage, on remarquera que les Français ne représentent pas plus de 11% des détenteurs de la dette sociale, et que l’essentiel de celle-ci est aujourd’hui détenue par des Britanniques et des Asiatiques (Chinois et Japonais principalement).

Les pays européens n’interviennent qu’en troisième rang (avec un petit 7% pour l’Allemagne).

On attend donc avec impatience les mesures protectionnistes et anticapitalistes promises par tous ceux qui, aux élections présidentielles, expliquent que la sécurité sociale est un pilier essentiel de la société française. L’augmentation inévitable des dépenses sociales prévues par ces programmes ne manqueront pas de créer un effet tenaille tout à fait destructeur.

Les grandes victimes de ces illusions seront les assurés sociaux, qui sortiront ruinés de ces miroirs aux alouettes.

Santé: le danger Mélenchon prend forme

On a bien tort de sous-estimer l’impact systémique qu’une victoire de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles aurait sur l’ensemble de l’économie française. En particulier, son projet de sécurité sociale intégrale, incluant les remboursements complémentaires, est porteur de risques évidents qu’il faut récapituler pour comprendre à quoi chacun s’engage ou se destine à y apportant son suffrage.

L’étatisation complète de la santé, une idée des élites dominantes

Le projet d’un remboursement total des soins par une sécurité sociale globale revient à étatiser complètement la santé. Dans la pratique, cette ambition, qui est aussi défendue par la technocratie française (on se souvient ici de l’appel de Martin Hirsch et de Didier Tabuteau en ce sens), et incidemment par l’industrie pharmaceutique, revient à confier la totalité de la santé de chaque Français à un pouvoir politique dont personne ne peut connaître les évolutions, ni les tentations futures.

Dans tous les cas, l’idée de Mélenchon n’est certainement pas, comme il le soutient, une idée qui rompt avec le projet des élites dominantes. Elle est au contraire la réalisation de l’une de leurs ambitions.

Un projet social ou un projet politique?

Il faut réexpliquer pourquoi les élites françaises dont Mélenchon fait partie adorent la nationalisation de la santé. Cette extension du domaine de l’Etat est en effet la plus sûre façon de placer les citoyens dans une posture de dépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. Que l’Etat contrôle la totalité des amortisseurs sociaux est en effet la meilleure garantie dont il dispose pour garder le contrôle de la société.

En ce sens, l’étatisation de la santé ne concourt absolument pas d’une logique de « démocratie participative », ce petit hochet que Mélenchon agite pour occulter la dimension profondément autoritaire de son projet. En réalité, la santé deviendra un levier de pouvoir et de domination définitive dont la « punchline » est déjà connue: pourquoi vous révolter contre un ordre liberticide puisqu’il vous assure un confort tout à fait agréable.

Dans la fable du Chien et du Loup, Mélenchon fait l’éloge du chien.

Une dégradation assurée de la qualité des soins en France

Au demeurant, le confort que l’Etat apportera aux assurés sera de courte durée. Le projet de Mélenchon conduira immanquablement à accélérer la bureaucratisation de la santé à laquelle on assiste depuis plusieurs années. Partout, la concentration des pouvoirs entre les mains d’une caste de gestionnaires débouchera sur une dégradation très rapide des soins et de la prise en charge des patients, comme on le constate dans de nombreux endroits.

Les recrutements massifs annoncés par Mélenchon dans le secteur de la santé, loin de soulager la souffrance des personnels, dilueront indéfiniment les prises de responsabilité dans un système qui produit déjà énormément de souffrance.

La mort de la prospérité est assurée par l’explosion du coût du travail

Pour le reste, la suppression complète des restes à charge encouragera une consommation effrénée des soins par les assurés, sans qu’aucune des stratégies de mitigation du risque actuellement déployées par les assureurs privés ne puisse la juguler. Le coût de la santé augmentera de façon rapide et la situation sera, en quelques mois, insoutenables financièrement.

Parallèlement, l’absorption des complémentaires santé par le régime général conduira à une forte augmentation des cotisations sociales qui produiront très rapidement un chômage encore plus élevé.

Bref, ce projet destructeur, souhaité pour des raisons politiques par les élites technocratiques françaises, ne tardera pas à mettre le pays à genoux.

La France en pleine hécatombe industrielle

Eurostat vient de publier les chiffres de la production industrielle en février en Europe. Ils sont très mauvais, surtout pour la France.

Une baisse globale de la production industrielle…

En février 2017, l’Union affiche une baisse de 0,2% de la production industrielle en un mois dans l’UE 28, et de 0,3% dans la zone euro. Une fois de plus, les statistiques montrent l’effet dépressif de la monnaie unique sur l’activité économique.

Dans l’ensemble de la zone euro, la production industrielle en est pratiquement revenue à son indice de 2010, très inférieur aux indices d’avant-crise.

La France, zone sinistrée

Dans cet ensemble, on s’inquiètera tout particulièrement de la situation française.

Le tableau ci-dessous explique clairement pourquoi:

industrielle

Comme on le voit, certains pays subissent, en février, une baisse très forte de leur activité. C’est le cas de l’Irlande, qui perd près de 35 points d’indice en un mois (ce qui ressemble à un krach économique), des Pays-Bas (6 points), de la France, qui perd trois points.

Surtout, le tableau souligne les différences de situation industrielle par rapport à la situation de 2010, c’est-à-dire d’après-crise. La France fait partie des pays dont la situation, en 2017, est pire qu’en 2010. Au contraire, certains pays européens battent des records en matière de production industrielle. C’est le cas des Etats baltes, de l’Irlande, de la Hongrie ou de la République Tchèque.

Preuve est donc faite que la construction européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui contribue à rebattre les cartes économiques en instillant une nouvelle division internationale du travail, au profit des Etats membres au niveau salarial le plus faible.

Donc, non! ça ne va pas mieux!

Les dirigeants du RSI plaident pour plus d’inquisition contre les entrepreneurs

On lira avec intérêt cette interview accordée par des dirigeants du RSI à la Nouvelle République. Interrogés sur l’exaspération des entrepreneurs vis-à-vis du RSI, les intéressés, Jean-Claude Rondeau, président, et Éric Sarrazin, directeur du RSI de la région Centre-Val de Loire, se livrent à un numéro de Caliméro qui laisse totalement perplexe sur la capacité de ce régime social à prendre en compte les attentes des assurés qui le font vivre.

Quand les dirigeants du RSI jouent aux Caliméro de l’inquisition

Voici le florilège de ce désastre communicationnel produit par les dirigeants du RSI de Centre-Val-de-Loire:

« Dans un contexte économique difficile, de crise, c’est plus facile de s’en prendre au RSI, mais c’est injuste. Il y a une méconnaissance profonde du statut de l’indépendant. On encaisse moins de cotisations qu’on verse de prestations, car les retraités sont plus nombreux », dit le président Rondeau. Il évoque des « arguments électoralistes » développés contre le RSI, qui frisent la démagogie, le populisme ambiant.
Si le RSI est supprimé par le nouveau président de la République élu ? « Il faudra d’abord une période de deux à trois ans pour basculer dans un régime général. Les cotisations n’iront pas à la baisse mais, bien au contraire, à la hausse pour les indépendants, de 30 %. Et il y aurait un problème d’égalité entre les salariés sous contrôle et les indépendants qui ne le seraient pas autant. »

Traduction: critiquer le RSI, c’est populiste (sous-entendu: c’est faire le jeu du Front National), selon une bonne méthode qui consiste à disqualifier toute critique en expliquant qu’elle est forcément simpliste. Et la réponse: il faudrait plus contrôler les indépendants qui le sont moins que les salariés. Et ça, ce n’est pas du tout populiste, comme argument.

Le RSI s’assume de plus en plus comme machine à tuer le travail indépendant

Mais, messieurs les dirigeants du RSI, si vous détestez vos assurés, si vous pensez qu’ils ne sont pas assez contrôlés et qu’ils sont tous des fraudeurs potentiels, changez de métier. Sauf si, bien entendu, vous êtes là pour vous venger d’eux, simplement parce qu’ils ont le courage que vous n’avez pas: celui de vivre de leur propre entreprise.