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Auteur : Eric Verhaeghe

Des responsables israéliens soutiennent que certains ashkénazes ont un ADN particulier

Des responsables israéliens soutiennent, selon la presse locale, que des tests ADN pourraient être mis en place pour prouver l’identité juive de certains Ashkénazes.

On lira sur le Jérusalem Post (édition française) cet article étonnant laissant entendre que la « judéité » peut être établie par des tests ADN:

Selon un rapport des éminents généticiens Karl Skorecki du Technion et Shai Tzur du Centre médical Rambam de Haïfa, environ 40 % des ashkénazes seraient les descendants de quatre femmes juives ayant émigré en Europe avec leurs familles il y a plus de 1 200 ans. « On est aujourd’hui capable de trouver des “empreintes” de liens avec ces “matriarches” dans le patrimoine génétique », ont-ils écrit. Le rabbin Yosef Carmel explique : « Une personne reçoit de l’ADN de sa mère et de son père ; cette information génétique se trouve dans le noyau de chacune des cellules du corps. Un petit groupe de gènes, différents du reste du génome humain, ne se trouve cependant pas dans le noyau, mais “réside” dans les mitochondries cellulaires. C’est ce qu’on appelle le génome mitochondrial ou ADNmt. L’ovule d’une femme est la plus grande cellule du corps humain, et le spermatozoïde d’un homme la plus petite. L’ADNmt est présent dans l’œuf tout entier, mais seulement dans la queue du spermatozoïde. Au cours du processus de reproduction, l’embryon reçoit donc l’ADNmt seulement de la mère, pas du père », poursuit Carmel. « Ainsi, les quatre matriarches juives mentionnées ont transmis cette partie de leurs codes génétiques par l’intermédiaire de leurs filles, au fil des générations, et sans que celles-ci ne soient “contaminées” par les codes de leurs époux. Un homme possède l’ADN mitochondrial de sa chaîne matriarcale, mais ne le transmet pas. »

Le Rav Carmel indique qu’il y a déjà eu des cas où le test ADNmt a aidé à prouver l’identité juive, comme le rapporte un article intitulé Citoyenneté génétique : tests ADN et loi israélienne du retour paru en 2015 dans le Journal of Law and Biosciences. L’article explique les raisons qui poussent Israël à faire usage des tests génétiques. « Il y a plusieurs façons d’interpréter le recours croissant du gouvernement israélien aux tests génétiques pour déterminer l’éligibilité à la citoyenneté ou à d’autres droits. Cela pourrait annoncer une tendance vers une politique d’immigration plus restrictive qui chercherait à protéger l’accès aux ressources de l’Etat. » On a vu des politiques restrictives similaires afin d’exiger la vérification des origines de ceux qui cherchent des visas temporaires d’étudiant ou de travail.

Du pour et du contre

Les auteurs de l’article, le Pr Ian V. McGonigle et le Dr Lauren W. Herman, précisent en revanche que « bien que la communauté orthodoxe ait l’habitude d’avoir recours aux tests génétiques pour assurer une reproduction saine parmi ses membres, celle-ci réserve un accueil plutôt mitigé à l’emploi de cette technologie pour prouver la judéité ». De nombreux rabbins se montrent en effet sceptiques, et s’inquiètent de possibles “connotations eugéniques dangereuses”, tandis que l’un d’eux pense que la génétique doit se contenter d’un rôle de “consultant” en complément de la loi juive.

On en reste tout perplexe…

Jérusalem capitale d’Israël: y a-t-il un risque de désordre mondial?

Donald Trump vient de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël. Les réactions se multiplient mais, à l’heure où cet article est rédigé, aucun trouble n’est survenu en Palestine.

La question de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël est une vieille affaire qui empoisonne la vie du Moyen-Orient. Revendication quasi-historique des Israéliens, elle a néanmoins fait l’objet d’une mise en sourdine de la part du gouvernement israélien lui-même dans les années 90, au moment où le processus de paix se nouait entre les deux parties. En annonçant une reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël, Trump jette un historique pavé dans une mare. Risque-t-elle de déborder?

Jérusalem, ville trois fois sainte

La sensibilité du sujet est tout entière résumée dans la formule: Jérusalem, ville trois fois sainte. Dans un mouchoir de poche, la vieille ville de Jérusalem (la fameuse Jérusalem Est) contient à la fois le mur des Lamentations, vestige du temple d’Hérode, l’esplanade des Mosquées et le fameux Dôme du Rocher, lieu d’où le Prophète aurait rejoint le paradis, et le saint-sépulcre où Jésus aurait été enterré.

Reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël à la place de Tel-Aviv, c’est de fait faire basculer une ville sainte musulmane dans le giron juif. On peut considérer cette décision comme un point de non-retour dans la tragédie israélo-palestinienne.

Un pavé trumpien dans la mare

Dans la pratique, ce choix de Donald Trump laisse planer peu d’ambiguïté sur le parti que les États-Unis prennent dans ce conflit. Concrètement, le rôle de médiateur devrait leur échapper définitivement désormais.

C’est ici que se niche la principale difficulté diplomatique. Dans l’affrontement latent (ou non) qui agite le Moyen-Orient, Trump risque de réunifier les sunnites et les chiites dans une stratégie anti-israélienne frontale, là où la diplomatie occidentale avait semé la zizanie. Dès lors, on voit mal quelle instance crédible pourrait encore pacifier les relations entre Musulmans et Juifs au Proche-Orient.

La crainte d’un embrasement

Reste à savoir si les Palestiniens eux-mêmes auront la force de se révolter. Rien n’est moins sûr. Beaucoup d’entre eux sont las d’un conflit qui les laisse sans illusion.

Mais… la reprise de l’Intifada n’est pas impossible, dans un contexte relativement différent des précédentes Intifadas. L’Iran, qui soutient le Hamas est désormais proche de l’arme nucléaire. La Syrie n’a plus grand chose à perdre dans cette région et bénéficie du soutien militaire direct de la Russie.

On le voit, Trump joue aux apprentis sorciers en faisant un pas en avant (attendu de longue date) dans un dossier extrêmement sensible, au moment où, par ailleurs, la Corée du Nord est proche de la guerre.

Les bourses déjà déstabilisées

On notera au passage que les marchés n’ont pas tardé à réagir négativement à cette annonce dont on peine à mesurer les effets à long terme, mais qui a toutes les apparences du kit ou double: ou ça passe, ou ça casse. Mais si ça casse, la rupture risque d’être très douloureuse.

Complémentaire santé: l’autoritarisme d’Agnès Buzyn va-t-il devenir un vrai problème?

L’autoritarisme d’Agnès Buzyn est apparu notamment au moment de l’affaire de la vaccination obligatoire, où ses promesses de modération se sont transformées en une obligation pure et simple et sans prise en compte des scepticismes alternatifs. Ses dernières déclarations sur la hausse des tarifs des complémentaires santé confirment la faible appétence de la ministre pour l’économie de marché.

L’autoritarisme d’Agnès Buzyn apparaît chaque fois de façon plus claire. Alors que ses interlocuteurs s’accordent à lui reconnaître une faible compréhension des problèmes liés à l’économie de la santé et de la protection sociale, l’approche qu’elle y déploie manifeste son peu de goût pour les principes du marché et de la libre concurrence.

L’autoritarisme d’Agnès Buzyn et l’économie administrée

Ainsi, alors que le président de la FNMF a annoncé une hausse des tarifs dans la mutualité, la ministre s’est étonnée que celle-ci ne soit pas discutée préalablement avec le gouvernement. Voilà une remarque qui trahit une ignorance profonde des mécanismes à l’oeuvre dans l’univers de la complémentaire santé.

En effet, cette hausse des tarifs n’est certainement pas décidée par le président de la FNMF. L’intéressé pourrait d’ailleurs passer le temps qu’il veut à négocier les prix avec le gouvernement, comme au bon vieux des économies administrées, on voit mal de quelle autorité il disposerait sur ses adhérents pour les empêcher d’augmenter leurs tarifs.

La remarque d’Agnès Buzyn montre qu’elle n’a absolument rien compris à la liberté mutualiste, et encore moins à la liberté de choix des adhérents et des assurés. Si ceux-ci contestent la hausse des cotisations, ils ont la liberté de résilier leur contrat et de choisir un autre assureur. Manifestement, Agnès Buzyn est incapable de comprendre que tout, dans la vie, ne se résume aux principes monopolistiques de la sécurité sociale et à ses déviances en matière de tarifs et de déficits.

La ministre de la Santé comprend-elle l’impact de ses décisions?

Au-delà de cet acte manqué qui trahit le vide sidéral de cette ministre issue de la société civile en matière économique, on regrettera l’aveu qu’elle commet sur l’impact de ses décisions.

Rappelons en effet que le gouvernement vient de décider une augmentation de 11% du forfait hospitalier (qui passe de 18 à 20 euros). Cette décision, qui fait le beurre des hôpitaux et de la sécurité sociale, est une charge nouvelle et non négociée pour les complémentaires santé. Celles-ci voient en effet leur poste « remboursement hospitalier » augmenter mécaniquement de 11%.

La ministre, qui s’est déjà répandue sur les frais de gestion des complémentaires santé, imagine probablement que les organismes complémentaires détiennent un magot tombé du ciel, qui n’est en rien lié aux charges qu’ils doivent rembourser. Elle imagine aussi, sans doute, que l’augmentation du forfait hospitalier qu’elle a décidé unilatéralement, ne doit pas être payé par les personnes hospitalisées. On imagine volontiers que des fonctionnaires de la direction de la sécurité sociale lui ont expliqué que la santé était gratuite pour les personnes soignées, et que le financement des soins venait d’une machine obscure ou d’un saint-esprit céleste.

Eh bien non, madame la ministre! la santé est payée par les assurés sociaux, et toute augmentation des tarifs dans les hôpitaux est, au final, payée par les personnes hospitalisées. Lorsqu’elles ne le paient pas directement, l’augmentation de la charge est récupéré sur le tarif de leur complémentaire santé.

En revanche, le fait qu’une ministre semble l’ignorer en dit long sur le mur que les aficionados de la sécurité sociale à tout crin nous préparent.

Johnny, Jean d’O: la mort d’une certaine droite co

Coup sur coup, l’actualité est assombrie par les décès de Johnny Halliday et de Jean d’Ormesson. Ces deux personnalités incarnaient un certain visage de la droite conservatrice. Leur disparition est une page de plus ajoutée au livre de la déconstruction en cours de la droite.

C’est l’étrange ironie de l’actualité. Hier matin, on annonçait la mort de Jean d’Ormesson. Ce matin, on annonce la mort de Johnny Halliday. Ces deux personnalités incarnaient, chacune à leur manière, un visage de la droite conservatrice.

Jean d’Ormesson, le symbole des vieilles familles

Jean d’Ormesson est le plus beau représentant des vieilles familles conservatrices. Son père est ambassadeur, son beau-père est un industriel accessoirement administrateur du Figaro.

Directeur général de ce journal dans les années 70, d’Ormesson s’illustrera par ses combats anti-communistes avant de virer écrivain dandy un poil libertarien. Pour beaucoup de Français, il incarne implicitement cette vieille tendance tocquevillienne amatrice des libertés, soucieuse d’un équilibre social global, volontiers grande bourgeoise.

D’une certaine façon, d’Ormesson a donné un visage à l’identité heureuse appelée de ses voeux un temps par Alain Juppé. Sa disparition tourne une page majeure sur ce point. La revendication identitaire française se revendiquera chaque jour un peu plus d’un fond anxieux.

Johnny, la droite prolétarienne tranquille

Johnny Halliday n’a jamais pris de position politique claire. En revanche, la gauche bon teint n’a jamais eu le moindre doute sur son « étrangeté ». Le Monde publie d’ailleurs l’historique de ses chroniques sur le chanteur à succès. Il en dit long sur le mépris que la gauche caviar et la gauche bobo a pu avoir pour ce symbole de la culture populaire et de la ferveur des petites gens pour une « bête de scène ». Johnny, c’était le prolétariat qui s’assumait et qui ne prétendait pas s’émanciper en votant communiste: un repoussoir!

C’était cela, Johnny: une icône d’abord enracinée dans un prolétariat « de souche » dont il était lui-même issu, et qui ne rêvait pas de transformer la société en paradis castriste ou chaviste.

Un prolétariat qui ne s’estime pas aliéné par sa condition de prolétaire a toujours suscité la réticence de la gauche bien-pensante. Reste à voir qui pourra désormais symboliser cette façon d’assumer sa condition.

La reconstruction idéologique à droite en jachère

Pour la droite conservatrice, les temps sont durs. L’implosion prévisible des Républicains se déroule sur un arrière-fond de désastre idéologique. Les figures tutélaires qui disparaissent aujourd’hui ajoutent à ce sentiment de désarroi.

La reconstruction est encore à venir.

Johnny, Jean d’O: la mort d’une certaine droite conservatrice

Coup sur coup, l’actualité est assombrie par les décès de Johnny Halliday et de Jean d’Ormesson. Ces deux personnalités incarnaient un certain visage de la droite conservatrice. Leur disparition est une page de plus ajoutée au livre de la déconstruction en cours de la droite.

C’est l’étrange ironie de l’actualité. Hier matin, on annonçait la mort de Jean d’Ormesson. Ce matin, on annonce la mort de Johnny Halliday. Ces deux personnalités incarnaient, chacune à leur manière, un visage de la droite conservatrice.

Jean d’Ormesson, le symbole des vieilles familles

Jean d’Ormesson est le plus beau représentant des vieilles familles conservatrices. Son père est ambassadeur, son beau-père est un industriel accessoirement administrateur du Figaro.

Directeur général de ce journal dans les années 70, d’Ormesson s’illustrera par ses combats anti-communistes avant de virer écrivain dandy un poil libertarien. Pour beaucoup de Français, il incarne implicitement cette vieille tendance tocquevillienne amatrice des libertés, soucieuse d’un équilibre social global, volontiers grande bourgeoise.

D’une certaine façon, d’Ormesson a donné un visage à l’identité heureuse appelée de ses voeux un temps par Alain Juppé. Sa disparition tourne une page majeure sur ce point. La revendication identitaire française se revendiquera chaque jour un peu plus d’un fond anxieux.

Johnny, la droite prolétarienne tranquille

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C’était cela, Johnny: une icône d’abord enracinée dans un prolétariat « de souche » dont il était lui-même issu, et qui ne rêvait pas de transformer la société en paradis castriste ou chaviste.

Un prolétariat qui ne s’estime pas aliéné par sa condition de prolétaire a toujours suscité la réticence de la gauche bien-pensante. Reste à voir qui pourra désormais symboliser cette façon d’assumer sa condition.

La reconstruction idéologique à droite en jachère

Pour la droite conservatrice, les temps sont durs. L’implosion prévisible des Républicains se déroule sur un arrière-fond de désastre idéologique. Les figures tutélaires qui disparaissent aujourd’hui ajoutent à ce sentiment de désarroi.

La reconstruction est encore à venir.

Les épiceries musulmanes bientôt expulsées des bâtiments HLM?

Les épiceries musulmanes qui ne vendent ni vin ni porc peuvent-elles bénéficier d’un bail pour un commerce d’alimentation générale consenti par un organisme HLM? Le tribunal d’instance de Nanterre, saisi par l’office HLM de Colombes, vient de soutenir le contraire. La décision fera date.

L’office HLM de Colombes avait saisi le tribunal d’instance au nom de la laïcité. Il avait en effet consenti un bail pour un commerce d’alimentation générale auprès de la société Anadolu Distribution. Finalement, le commerce ne vendait ni porc ni boissons alcoolisées. Le rayon frais ne proposait que des produits halal. Le magasin vendait également des tableaux représentant des versets coraniques et de la vaisselle orientale.

L’office HLM a donc mis en avant le caractère confessionnel de ce commerce et demandé la résiliation du bail en arguant qu’il ne s’agissait plus d’un commerce d’alimentation générale.

Une épicerie musulmane n’est pas un commerce d’alimentation générale

Le tribunal d’instance de Nanterre a suivi l’office HLM dans sa demande, en considérant qu’une épicerie musulmane ne peut être considérée comme généraliste.

Le jugement affirme notamment que la société Anadolu Distribution ne répond pas « aux besoins de tous les habitants du quartier […], la majorité des produits mis en vente étant des produits orientaux confessionnels »« Le local ne comporte pas de rayon de vente de vins et d’alcool », détaille le jugement et « la société locataire propose à la vente des tableaux de prières rédigés en langue arabe ». « La vente de produits destinés non pas à toute la clientèle mais à des acheteurs spécifiques (produits halal, produits orientaux) est restrictive et ne correspond pas à la notion d’alimentation générale ».

Reste à savoir si l’office HLM de Colombes trouvera des commerçants « généralistes » pour remplacer Anadolu Distribution, dont le gérant fait appel.

Paris Habitat abrite-t-il des commerces confessionnels?

Au passage, il serait intéressant de vérifier si le plus grand organisme HLM de France, Paris Habitat, prête le flanc aux mêmes critiques en abritant des commerces confessionnels. Une petite vérification s’impose…

Une nouvelle ordonnance dynamite les délégués syndicaux

Les délégués syndicaux vont-ils disparaître? Le gouvernement a présenté vendredi aux partenaires sociaux une sixième ordonnance qui comporte quelques innovations majeures. En particulier, les délégués syndicaux perdraient définitivement le monopole de la négociation dans les entreprises.

Selon la presse, le gouvernement soumet à consultation des partenaires sociaux en ce moment même une sixième ordonnance présentée comme « correctrice » pour 80% de son contenu. Il s’agirait donc d’ajuster les textes existants aux ordonnances qui viennent d’être ratifiées.

Sauf que…

Les délégués syndicaux perdent leur monopole

Deux innovations majeures émaillent ce nouveau texte.

Premier point: les nouveaux conseils d’entreprise, qui fusionnent les CHSCT, les CE, les délégués du personnel et les délégués syndicaux, auront la possibilité de négocier des accords. Cette reconnaissance définitive d’une option déjà ouverte par les premières ordonnances dans les entreprises dépourvues de délégués syndicaux, met un terme définitif au monopole de négociation accordé aux délégués syndicaux.

C’est une révolution dont il ne faut pas sous-estimer la portée. Les syndicats représentatifs ont obtenu jusqu’ici le maintien du privilège de négociation accordé aux délégués syndicaux, qui justifie encore l’adhésion syndicale dans les entreprises. En accordant aux conseils d’entreprise les mêmes droits qu’aux délégués syndicaux, le gouvernement tourne une page majeure de l’histoire du syndicalisme.

On s’étonnera de la passivité voire de l’apathie dans laquelle cette opération semble admise par les organisations syndicales.

Un petit cadeau pour faire passer la pilule

Il faut dire que le gouvernement a prévu une petite potion digestive pour accompagner cette couleuvre majeure. La même ordonnance met un terme à la « subrogation », c’est-à-dire au remboursement des salaires des salariés en congé de formation syndicale. Désormais, un syndicat pourra donc former des salariés sans que le syndicat ne doive rembourser les salaires en question.

Cette discrète charge nouvelle laissée aux entreprises est un vrai cadeau financier aux organisations syndicales. Il serait question, en contrepartie, de baisser le taux de la contribution obligatoire des entreprises au financement du paritarisme.

Si cette ordonnance devait passer en l’état, elle marquerait son époque.

Notre-Dame-des-Landes: les zadistes et les écologistes sont-ils des nostalgiques de Vichy?

L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes devrait revenir dans l’actualité ces jours-ci avec la remise du rapport conclusif sur la solution à suivre par le gouvernement pour « sortir du dossier ». Une fois de plus, deux gauches irréconciliables devraient s’affronter sur le terrain. Pour bien comprendre l’affrontement, il faut revenir aux origines vychistes des zadistes et autres écologistes.

Il existe un paradoxe étonnant autour de l’affaire de Notre-Dame-des-Landes. On doit en effet essentiellement à la gauche la responsabilité d’avoir relancé ce projet de construction. Et on doit à la gauche le mérite de s’y opposer avec le plus de virulence. Tout se passe comme si la construction de ce nouvel aéroport divisait deux gauches irréconciliables.

Notre-Dame-des-Landes et la gauche post-marxiste

C’est lors d’une réunion interministérielle du 26 octobre 2000 que Lionel Jospin décide de donner corps à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. À l’époque, le ministre de l’Équipement est un communiste: Jean-Claude Gayssot. Entre Jospin, l’ancien trotskyste, et Gayssot, l’ancien stalinien, on voit bien le poids de la gauche post-marxiste dans la décision.

Ici, la gauche historique donne la pleine mesure de son inclination envers les grands travaux publics, les projets pharaoniques. En un seul programme, c’est la foi dans le progrès par la technique, credo structurant de cette gauche-là, qui s’exprime.

Notre-Dame-des-Landes et la gauche vichyste

Le 31 décembre 2010, le décret accordant la concession de l’aéroport est publié. Il annonce le début des travaux… et de la mobilisation sur la ZAD (zone d’aménagement différé). Commence alors un long combat mené par les zadistes et écologistes de nombreux poils.

On s’attarde trop rarement sur la filiation idéologique de cette gauche radicale aussi appelée ultra-gauche, qui n’hésite pas à recourir à la violence pour empêcher des aménagements jugés trop « libéraux ».

L’objet de cet article est de revenir précisément aux filiations intellectuelles de ce mouvement.

L’éloge de la terre par les chouans contemporains…

Il faut lire les publications des zadistes pour comprendre l’inspiration idéologique de leur mouvement. On reprendra quelques textes du précieux site Paroles de campagne animé par des zadistes pour mieux comprendre d’où viennent ces chouans contemporains.

L’expression de « chouans contemporains » est utilisée ici à dessein car il est impossible de ne pas percevoir la parenté entre ces paysans de l’Ouest qui prenaient les armes contre l’ordre central sous la Révolution et ces paysans qui décident de cultiver la ZAD pour entraver un programme interministériel. Le mouvement chouan a rassemblé des agriculteurs en armes. Le mouvement zadiste a ramené à la terre un certain nombre de militants armés.

Beaucoup d’entre eux se présentent d’abord comme paysans.

L’éloge de l’agriculteur comme fondement de la société

En parcourant la littérature zadiste, on retrouve à chaque page une conviction bien ancrée: cultiver la « terre nourricière » est bien plus utile à la société que le progrès industriel.

Dans un article très signifiant du 5 novembre 2016, Sylvie, paysanne de Notre-Dame-des-Landes, écrit par exemple:

Les politiques au plus haut niveau n’ont rien compris aux enjeux que porte cette lutte : quelle terre et quelle société laisserons nous à nos enfants ? Il faut sauvegarder toutes les terres nourricières  pour nourrir sainement notre population. Il faut garder les bocages et terres humides, sources de biodiversité, hélas déjà en régression. Notre mode de développement est à bout de souffle, il accroit les inégalités, augmente la précarité et exclut les plus faibles et les plus jeunes.

Ce sont bien deux visions antagonistes du développement humain qui s’affrontent. D’un côté, les « pro-aéroports » convaincus par un modèle de développement « à bout de souffle ». De l’autre, les partisans de la biodiversité pétris d’une conviction intime: l’avenir passe par la terre.

Les zadistes et le mythe de la sérénité agricole

On notera d’ailleurs que la même Sylvie ne manque pas une occasion de mettre en avant la « sérénité » du mouvement zadiste et du mode de vie qu’il prône. Sur ce point, on lira avec attention un article qu’elle a produit le 5 octobre 2013, et qui illustre bien le cadre psychique du combat des zadistes:

Pour nous agriculteurs de la zone, cela nous motive, car cultiver la terre c’est poursuivre notre métier, alors que depuis 1974, le Conseil Général a compté sur le développement des friches pour ouvrir la voie aux bulldozers.

Nous avions aussi, depuis longtemps, la forte volonté de gérer collectivement les terres libérées par les départs de voisins, et là, enfin, nous y arrivons au moins en partie.

Dans les cultures mises en place, une partie sera conduite en culture classique et la majorité sans intrants sur tout le cycle. Ce choix respecte les différentes pratiques agricoles sur la zad et traduit notre diversité et notre capacité à lutter ensemble. (…)

Une bonne vingtaine de tracteurs, on va dire 24, sont venus travailler. Le labour est difficile car la terre manque d’eau, mais les semis se font très bien. Vers 18h00, cette bonne journée de travail se termine dans la sérénité.

Pour les zadistes, la remise en culture des terres laissées en friche, le recours à une organisation collective pour mener à bien le projet, sont une forme structurante d’expression politique. Dans une certaine mesure, on peut même dire que l’un des piliers du zadisme repose sur la remise en culture collective des terres destinées à faire partie du futur aéroport. Cette action concertée est au coeur d’une « sérénité systémique ».

Le zadisme et ses relents vichystes

L’idée d’un salut collectif par la remise en culture de terres abandonnées est loin d’être neuve en France. La conviction que le modèle français de développement passe par un retour à la terre a même connu une sorte de summum avec le régime de Vichy dont on aura la surprise de relire certaines de ses pages d’anthologie.

Par exemple, l’une des premières lois adoptées sous Vichy, celle du 27 août 1940, prévoyait un inventaire des terres et des exploitations abandonnées. La loi avait d’ailleurs prévu un droit d’installation dans ces exploitations.

Cette disposition n’était pas seulement anecdotique ou symbolique. La difficulté des temps rendait cruciale la relance de la production agricole dans un pays saigné par l’occupation, où près de 15% de la main d’oeuvre était mise entre parenthèses par l’emprisonnement en Allemagne. Mais au-delà même de cette simple circonstance, la doctrine de Vichy était fondamentalement « ruraliste » et méfiante vis-à-vis de l’industrialisation.

Il est assez curieux de voir, soixante-dix ans après Vichy, la même geste, les mêmes mécanismes d’émotion collective, opérer dans les esprits. La terre ne ment pas!

Zadistes et vichystes unis dans leur critique du libéralisme

Au demeurant, certains parallèles méritent d’être dressés, parce qu’ils en disent long sur la filiation directe qui existe entre la pensée collective qui fit Vichy et celui qui compose aujourd’hui le zadisme.

Ainsi, l’ACIPA (ASSOCIATION CITOYENNE INTERCOMMUNALE DES POPULATIONS CONCERNEES PAR LE PROJET D’AEROPORT DE NOTRE DAME DES LANDES), par l’intermédiaire de Michel Berjon, écrit-elle en réponse au livre de Jacques Auxiette, alors président de région:

Votre croyance naïve est affichée en gros sur la couverture de votre livre.  Les “Je crois” reviennent 12 fois au fil des 90 pages. Tout est question de foi dans un avenir radieux du libéralisme productiviste.

On ne manquera pas ici de rapprocher l’antilibéralisme des zadistes qui affleure à chaque coin de page avec celui proclamé par Philippe Pétain dans son discours sur l’ordre nouveau du 11 octobre 1940 (voir de larges extraits ci-contre):

Le régime économique de ces dernières années faisait apparaître les mêmes imperfections et les mêmes contradictions que le régime politique : sur le plan parlementaire, apparence de liberté. Sur le plan de la production et des échanges, apparence de libéralisme, mais, en fait, asservissement aux puissances d’argent et recours de plus en plus large aux interventions de l’État.

L’idée profondément ancrée selon laquelle la meilleure façon de combattre le libéralisme, émanant des puissances d’argent, passe par un retour à la terre, par une remise en culture des terres laissées en friche par les industriels, n’est donc pas neuve. Propagée aujourd’hui par les zadistes (et quelques autres), elle fut théorisée par le régime de Vichy.

La terre nourricière, le mythe tenace de Vichy à l’ultra-gauche

En poussant l’analyse plus loin, on pourrait même relever l’étrange parenté entre des pans importants du discours écologiste contemporain et l’idéologie qui a porté Vichy pendant cinq ans. Derrière le grand mythe de l’humanité écologique rôde en effet la défiance profonde vis-à-vis du progrès technique et de l’industrialisation qui a animé les expériences autoritaires ou totalitaires des régimes nationalistes.

Ainsi, Vichy a fait l’apologie du retour à la terre. Les nazis ont adulé le « peuple de la forêt ». Mussolini a mis en scène la mise en culture de nombreuses terres laissées en friche en Italie. À des degrés divers, ces discours ont réhabilité une proximité entre l’espèce humaine et la nature que les doctrines productivistes avaient contestée.

On cherchera donc volontiers du côté du nationalisme et des mouvements autoritaires anti-libéraux les références fondamentales du zadisme et de l’écologie au sens large.

La ligne de fracture au sein de la gauche

Ceci ne signifie pas, bien entendu, que l’écologie contemporaine soit un avatar de Vichy ou ne soit qu’un simple avatar de Vichy. En revanche, c’est une naïveté française de croire qu’il existe une frontière imperméable entre la doctrine de Vichy et les mouvements politiques contemporains, y compris d’extrême gauche. Disons même qu’à de nombreux égards la transmission de la sensibilité vichyste s’est révélée plus simple à gauche qu’à droite, dans la mesure où la droite est agitée par une conscience coupable sur ce sujet, quand la gauche a très tôt revendiqué l’héritage monopolistique de la résistance.

Or Vichy fut avant tout un mouvement étatiste-conservateur dans lequel la critique du progrès qui agite l’extrême-gauche peut assez facilement se retrouver et ne manque pas une occasion d’y puiser, souvent inconsciemment, une large palette de discours ou d’idées.

Pour la frange libérale de la gauche, pour la frange productiviste, il y a là une réconciliation difficile à trouver. Les prochains débats sur Notre-Dame-des-Landes devraient le confirmer: l’antagonisme entre l’ultra-gauche « terrienne » et post-vichyste d’un côté, la gauche libérale et urbaine de l’autre, devrait être brutal.

Français,

La France a connu, il y a quatre mois, l’une des plus grandes défaites de son histoire. Cette défaite a de nombreuses causes, mais toutes ne sont pas d’ordre technique. Le désastre n’est, en réalité, que le reflet, sur le plan militaire, des faiblesses et des tares de l’ancien régime politique.

Ce régime, pourtant, beaucoup d’entre vous l’aimaient.

Votant tous les quatre ans, vous vous donniez l’impression d’être les citoyens libres d’un État libre, aussi vous étonnerai-je en vous disant que jamais, dans l’histoire de la France, l’État n’a été plus asservi qu’au cours des vingt dernières années.

Asservi de diverses manières : successivement, et parfois simultanément, par des coalitions d’intérêts économiques et par des équipes politiques ou syndicales prétendant, fallacieusement, représenter la classe ouvrière. (…)

Le régime économique de ces dernières années faisait apparaître les mêmes imperfections et les mêmes contradictions que le régime politique : sur le plan parlementaire, apparence de liberté. Sur le plan de la production et des échanges, apparence de libéralisme, mais, en fait, asservissement aux puissances d’argent et recours de plus en plus large aux interventions de l’État.

Cette dégradation du libéralisme économique s’explique d’ailleurs aisément.

La libre concurrence était, à la fois, le ressort et le régulateur du régime libéral. Le jour où les coalitions et les trusts brisèrent ce mécanisme essentiel, la production et les prix furent livrés, sans défense, à l’esprit de lucre et de spéculation.

Ainsi se déroulait ce spectacle révoltant de millions d’hommes manquant du nécessaire en face de stocks invendus et même détruits dans le seul dessein de soutenir le cours des matières premières. Ainsi s’annonçait la crise mondiale.

Devant la faillite universelle de l’économie libérale, presque tous les peuples se sont engagés dans la voie d’une économie nouvelle. Nous devons nous y engager à notre tour et, par notre énergie et notre foi, regagner le temps perdu.

Deux principes essentiels nous guideront : l’économie doit être organisée et contrôlée. La coordination par l’État des activités privées doit briser la puissance des trusts et leur pouvoir de corruption. Bien loin donc de brider l’initiative individuelle, l’économie doit la libérer de ses entraves actuelles en la subordonnant à l’intérêt national. La monnaie doit être au service de l’économie, elle doit permettre le plein essor de la production, dans la stabilité des prix et des salaires.

Une monnaie saine est, avant tout, une monnaie qui permet de satisfaire aux besoins des hommes. Notre nouveau système monétaire ne devra donc affecter l’or qu’à la garantie des règlements extérieurs. Il mesurera la circulation intérieure aux nécessités de la production.

Un tel système implique un double contrôle : sur le plan international, contrôle du commerce extérieur et des changes pour subordonner aux nécessités nationales l’emploi des signes monétaires sur les marchés étrangers ; sur le plan intérieur, contrôle vigilant de la consommation et des prix, afin de maîtriser le pouvoir d’achat de la monnaie, d’empêcher les dépenses excessives et d’apporter plus de justice dans la répartition des produits.

Ce système ne porte aucune atteinte à la liberté des hommes, si ce n’est à la liberté de ceux qui spéculent, soit par intérêt personnel, soit par intérêt politique.

Philippe Pétain, discours du 11 octobre 1940

Assurance-maladie: pourquoi Macron sera contraint de se rallier au projet Fillon 1

Macron a d’ores et déjà lancé des réflexions sur l’avenir de l’assurance-maladie, par l’intermédiaire du Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie, dont nous produisons ici un document confidentiel, qui répondent aux remarques de la Cour des Comptes hier. Le seul scénario plausible est celui proposé par François Fillon à l’occasion des primaires de la droite. Tout l’art du Président sera de le faire accepter par les lobbies… notamment pharmaceutiques.

HCAAM 2017 – rôle des complémentaires santé de Société Tripalio

Avant même la publication du rapport de la Cour des Comptes, le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie s’est réuni pour expliquer le document que nous présentons ici en exclusivité. Il s’agit d’une réflexion stratégique sur la meilleure façon de mettre en oeuvre la promesse de « zéro restes à charge » formulée par le Président…

Cette lecture un peu technique a le mérite de confronter les promesses du candidat Macron avec les réalités financières que le nouveau président de la République doit intégrer dans ses choix.

L’alternative simple posée par le HCAAM

Le HCAAM, présidé par Anne-Marie Brocas, une énarque rôdée aux questions sociales, a posé une question simple: faut-il ou non repenser le rôle de l’assurance-maladie pour tenir les promesses du candidat Macron?

Peu ou prou, cette question est aussi au coeur du rapport rendu hier par la Cour des Comptes. Elle peut se reformuler de la façon suivante: compte tenu des dérives financières systémiques du régime général, pouvons-nous aggraver les charges en instaurant un « zéro reste à charge » sur les postes les plus coûteux? ou bien faut-il « changer de logiciel », pour reprendre les expressions à la mode, pour mieux concilier promesses présidentielles et exigences des finances publiques?

Les inconvénients de l’immobilisme systémique

Avec une franchise qui l’honore, le HCAAM a présenté les risques d’un immobilisme systémique. Dans l’hypothèse où l’assurance-maladie continuerait à prétendre qu’elle peut participer au remboursement de tous les risques en atteignant un zéro reste à charge sur tous les soins pour toute la population (ce qui ferait de la France une sorte d’anomalie occidentale et même mondiale), il faudrait alors alourdir fondamentalement tous les coûts.

Comme le suggère le document, l’addition finale serait payée par le régime général et le régime complémentaire et, in fine, par les bien-portants. De façon très elliptique, le document rappelle d’ailleurs que tout ce dispositif dispose d’avantages fiscaux divers et variés. De fait, on peut difficilement imaginer que les objectifs de « zéro reste à charge » ne passent pas aussi par une mobilisation des recettes fiscales.

Les actuaires reformuleraient la logique du HCAAM en affirmant que l’idéal d’une santé gratuite par le maintien d’un management du risque tel qu’il est pratiqué par l’assurance maladie est purement suicidaire. L’assurance maladie ne gère pas le risque et se contente de rembourser à l’aveugle ou selon des règles politiques absurdes (l’affaire de l’immunothérapie le montre) qui n’ont rien de durable.

Le glissement vers une autre maîtrise du risque

Prudemment, le HCAAM présente donc une autre hypothèse: recentrer le régime général sur une prise en charge à 100% du risque lourd, et abandonner le risque simple (la bobologie) aux complémentaires santé.

Financièrement, le HCAAM souligne que la stratégie peut être payante. Elle permettrait en effet de « sortir » les complémentaires santé de certaines dépenses, dont beaucoup sont liées au vieillissement de la population. Les complémentaires santé pourraient ainsi voir leurs marges croître, puisque certaines dépenses lourdes pèseraient désormais sur la solidarité.

En contrepartie, les complémentaires santé devraient améliorer leur prise en charge des risques légers, au besoin en développant des offres innovantes.

La solution Fillon 1

Les nostalgiques et autres libéraux se souviendront ici que ce document fête à sa manière le premier anniversaire de la victoire de François Fillon aux primaires de la droite. L’intéressé n’avait pas proposé autre chose que les idées du HCAAM développées aujourd’hui.

En son temps, l’idée avait fait scandale et le vainqueur de la primaire avait dû reculer en ordre serré pour éviter la panique dans les rangs. L’ironie de l’histoire veut que son principal challenger, vainqueur final de la compétition, se rallier à ce point sensible.

On appréciera la méthode suivie pour faire avaler une couleuvre au demeurant de bon sens aux Français.

Une fois de plus, la décomposition des finances publiques accélère le rythme des pensées. Ce qui, il y a un an, était le repoussoir absolu de la technostructure française s’impose en quelques mois comme un horizon indépassable. Dissident un jour, porte-parole officiel le lendemain.

Assurance-maladie: la Cour des Comptes veut accélérer l’étatisation de la santé

La Cour des Comptes vient de rendre un important rapport sur l’avenir de l’assurance-maladie. Au diagnostic sombre qui est dressé sur notre système de protection sociale obligatoire, la Cour propose des remèdes étatistes. Il est pourtant urgent d’ouvrir un débat de fond sur le modèle de société que nous voulons vraiment…

On reconnaîtra à la Cour des Comptes le mérite d’avoir replacé le déficit systémique de l’assurance maladie dans son histoire. Comme le rappelle la Cour, à sa création en 1945, l’assurance maladie gérait essentiellement des indemnités journalières. La physionomie de cette assurance sociale est aujourd’hui bouleversée, puisque l’essentiel de sa dépense est directement lié à l’étatisation de la santé: remboursements de soins hospitaliers (souvent publics) et des consultations médicales constituent les gros morceaux d’un dispositif qui transfère plus de 10% du PIB chaque année.

Les faiblesses de ce système sont très bien épinglées par la Cour. La dépense augmente, et l’intelligence unique de l’assurance maladie peine à les modérer, et surtout à les rendre plus efficientes. D’où, une machinerie complexe, extrêmement coûteuse, aux performances incertaines.

La fin du « meilleur système du monde »

Il fut un temps encore récent où la sécurité sociale était présentée, au moins dans le domaine de la santé, comme le meilleur système du monde. La lecture du rapport de la Cour ramène ces vieux souvenirs à un modelé plus contemporain et moins rose.

En plus de deux cents pages, la Cour égrène les points de faiblesse d’un système qui paraît incontrôlable aujourd’hui. Non seulement, la réforme des hôpitaux est ingérable, mais la médecine de ville est devenue un mille-feuilles administratif impossible à piloter.

En réalité, c’est le procès de la gouvernance qui est dressé par la Cour. Et le problème de la gouvernance n’est pas celui des hommes qui la font, mais son principe même. Une énorme machinerie de plus de 200 milliards € avec plus d’un million de salariés sous-traitants ne peut être structurellement performante.

La nécessaire mise en question d’un modèle

N’importe quel esprit responsable ne peut en effet qu’interroger avec discernement la viabilité d’un édifice aussi complexe et dépourvu de concurrence. Alors que tous les autres pays européens ont introduit de la concurrence dans leurs dispositifs pour améliorer la performance de leur santé publique, la France s’arc-boute sur un modèle sclérosé qui tend asymptotiquement à un immense monopole d’État.

Il semble salutaire aujourd’hui d’interroger cette étatisation de la santé aussi massive que l’étatisation de l’éducation. De même que l’enquête PISA montre année après année, l’implosion en cours du système éducatif français, dans l’indifférence manifeste de nos élites, la Cour des Comptes dresse un constat photographique du naufrage sanitaire français. Deux politiques publiques, un même mal, un même échec.

De ce naufrage, le quasi-consentement collectif fabriqué par la bien-pensance sur le rationnement des traitements contre le cancer donne un parfait exemple de la singularité française dans ce domaine. Tout se passe comme si, au-delà de l’intérêt sanitaire des Français, il existait un enjeu politique majeur à préserver une forme d’assurance sociale dont les limites sont devenues évidentes. Et tout se passe comme si la préservation de ce système politique passait avant la santé des assurés.

Le paradoxe de la Cour des Comptes

On s’étonnera ici que la Cour des Comptes n’ait pas pris l’initiative de poser les questions qui fâchent. Ainsi, la Cour déplore l’immobilisme de l’assurance maladie (et du gouvernement) en matière de médecine de ville et de restructuration des hôpitaux.

Elle en conclut cette idée étrange (page 64):

Pour y parvenir, il est nécessaire de renforcer les moyens d’action des ARS qui se sont affaiblis ou n’ont pas été utilisés à hauteur de ce qui serait nécessaire comme l’a montré la Cour. La planification des soins, qui souffre de l’absence de chiffrage et de précision dans ses objectifs, doit être renforcée, en lui fixant des cibles explicites et chiffrées sur la base d’une réflexion nationale sur l’adaptation des moyens aux besoins de soins.

Et un peu plus loin:

Les normes de fonctionnement et seuils d’activité doivent s’inscrire plus clairement dans une logique de concentration et de graduation de l’offre de soins en fonction de l’état de santé et des besoins des patients de manière à mieux garantir la qualité et la sécurité des prises en charge.

Autrement dit, là où la centralisation et l’étatisation sont devenus des handicaps qui mettent le système en péril, la riposte doit passer par… plus d’étatisation et plus de centralisation. Soit aggraver le mal pour mieux le soigner.

On nous permettra d’être sceptique.

L’État fait-il un bon assureur santé?

Reste que la question fondamentale est tenace et têtue. L’État fait-il un bon assureur santé? Est-il « équipé » pour exercer ce métier?

Le paradoxe de la Cour des Comptes est évidemment d’énumérer avec rigueur tous les défauts, toutes les faillites de l’État dans ce rôle, tout en proposant de le renforcer. On comprend les présupposés idéologiques qui poussent les magistrats à ne pas poser la question qui gêne. Mais pourtant, il faut bien un jour se rendre aux évidences et avoir le courage de dire que l’État est nu.

Sur le fond, il existe pourtant un problème qu’on ne pourra éternellement esquiver. Le métier d’assureur suppose un management efficace du risque, qui passe par un savant mixte entre prévention, mitigation, acceptation et transfert. Aujourd’hui, la sécurité sociale est essentiellement un organisme de transfert du risque (d’où la phrase si souvent entendue dans le métro: « j’ai cotisé, donc j’ai droit à des arrêts maladie en échange de mes cotisations »), qui pratique peu la prévention et proclame ouvertement son absence de recours à la mitigation.

Ainsi, la théorie populiste du « zéro reste à charge » vise bien à faire croire que la santé est un « guichet ouvert » à utiliser sans modération et sans discernement. C’est le contraire même du métier d’assureur que de mettre cet objectif en avant.

Face à ces contradictions insolubles, le bon sens revendique aujourd’hui de mettre en question la légitimité de l’État pour s’occuper de notre santé.

Les mouvements à l’œuvre lancent un défi particulièrement difficile à relever pour l’organisation de l’assurance maladie, héritée de son histoire, où à l’origine l’essentiel de la dépense était constituée des indemnités journalières. Ils impliquent en effet presque tous un renchérissement considérable des coûts de la santé alors même que, du fait de l’affaiblissement de la croissance et de la situation des finances publiques, son financement s’annonce de plus en plus difficile. Pour maintenir, voire continuer à améliorer la qualité des prestations offertes sans accroître sensiblement le niveau de prélèvement sur la richesse nationale, il n’est donc d’autre voie que l’amélioration de l’efficience des dépenses. Celle-ci est possible, et les marges de manœuvre qu’elle est susceptible de dégager sont largement à même d’atteindre les buts qui lui sont fixés. L’articulation plus claire entre assurance maladie obligatoire et assurances complémentaires peut améliorer la gestion du risque, réduire les coûts de gestion et les dépassements d’honoraires. Une politique conventionnelle redéfinie peut contribuer à un fonctionnement du système de soins plus pertinent et moins onéreux.