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Auteur : Eric Verhaeghe

Les syndicats rongeront-ils l’os des ordonnances tendu par Macron?

Emmanuel Macron a annoncé qu’il recevrait les syndicats ce mardi pour discuter des fameuses ordonnances sur le marché du travail qu’il promet depuis plusieurs mois. Celles-ci, scénarisées à l’extrême par le pouvoir, paraissent singulièrement sous-dimensionnées pour justifier un tel émoi. Tout l’enjeu des prochaines semaines est de savoir si les organisations syndicales tomberont dans le piège tendu par le pouvoir pour les discréditer et affermir une autorité présidentielle à la recherche de succès symboliques.

Pourquoi les ordonnances sont-elles si prioritaires?

On ne peut rien comprendre aux ordonnances si l’on n’a pas en tête les recommandations de la Commission à la France dans le cadre du Pacte de Stabilité: la réforme du marché du travail y figure explicitement comme un objectif prioritaire pour 2017. C’est même une sorte de marotte, ou d’antienne superstitieuse, reprise en coeur par les ordo-libéraux européens. Par exemple, Wolfgang Schaüble, le cruel ministre allemand des Finances, a redit au Spiegel le 12 mai qu’il s’agissait d’un enjeu de crédibilité pour Emmanuel Macron.

Le nouveau Président sait donc qu’il joue sa crédibilité internationale sur cette affaire – en tout cas sa crédibilité européenne. Il ne cédera donc rien sur le fond ni sur la forme. Puisque les Français ont choisi de voter pour l’engagement européiste, ils en souperont jusqu’au bout.

Ces ordonnances sont-elles utiles?

Les réformes prévues par ces ordonnances valent-elles vraiment la peine qu’on mette le pays à feu et à sang pour les combattre?

D’un point de vue économique, le combat qui se prépare n’a évidemment aucun sens. Il faut confondre l’économie politique avec la tarologie pour croire une seule minute que l’inversion de la hiérarchie des normes permettra, par magie, de régler la question du chômage. Rappelons que les entreprises qui recrutent le plus seront exclues du dispositif prévu par la Président.

Les entreprises de croissance ne disposent en effet d’aucun moyen ni légal ni réel pour négocier des accords. Permettre à ceux-ci de déroger à la loi n’aura donc que peu de conséquence positive sur l’emploi.

En revanche, l’accent mis sur l’accord d’entreprise bouleverse la culture anarcho-syndicale pour laquelle l’entreprise ne peut jamais être un lieu de négociation, mais doit être un lieu d’affrontement.

L’enjeu des ordonnances n’est donc pas de lutter contre le chômage. Il vise plutôt, outre la satisfaction donnée aux partenaires européens, à tourner une page, à préparer une recomposition syndicale au profit des délégués locaux et au détriment des appareils nationaux. Les confédérations ne s’y sont pas trompées.

Les ordonnances, un os à ronger

Sur le fond, la stratégie des ordonnances relève donc plus du champ symbolique et politique que du champ économique. Le Président ne peut ignorer que la simplification administrative ou la baisse de la charge socio-fiscale qui pèse sur les entreprises auront plus de poids pour lutter contre le chômage que la mécanique du dialogue social. Rappelons que la France compte plus de 2 millions d’entreprises et seulement 35.000 accords annuels dans celles-ci, dont la plupart ne sont pas des accords de flexibilité. C’est dire si le dialogue social a un poids marginal dans le chômage.

Certes, Macron s’est entouré d’une couche de technocrates qui n’ont qu’une connaissance théorique de la décision économique qui conduit à recruter en entreprise. Ceux-là soutiennent une doctrine abstraite selon laquelle le plein emploi passe par la « flexibilité » dont parlent les ordonnances. C’est ce brouillard idéologique qui donne tant d’importance à celles-ci.

Mais les entrepreneurs savent qu’ils décident de recruter lorsque leurs marges le leur permettent, et lorsque leurs perspectives de rentabilité rendent cet acte possible. Le poids du droit du travail dans cette option est minime.

Au final, la querelle qui devrait commencer demain ne constituera donc rien d’autre qu’un os à ronger, un appât pour attirer les organisations syndicales dans un bras de fer gagné d’avance. Sarkozy avait utilisé la même technique avec la fusion des régimes sociaux, qui avait ultimement nourri l’illusion qu’il dominait la rue.

Ce que les syndicats peuvent gagner à ne pas s’opposer frontalement à Macron

Plutôt que d’entrer dans une stratégie d’affrontement sans avenir, les organisations syndicales ont bien compris qu’elles avaient mieux à faire. Philippe Martinez, de la CGT, a par exemple annoncé qu’il proposerait à Emmanuel Macron dix mesures à prendre. Si le Président se montre à l’écoute, la CGT modérera son opposition au texte des ordonnances.

La même indulgence, moins implicite mais aussi profonde, vaudra de la part de FO.

Cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de manifestation contre les ordonnances. Il faut bien faire illusion et bercer la base de quelques croyances naïves. Mais les états-majors sauront arrêter le conflit au bon moment, lorsque les premiers signes de pourrissement rendront sage le retour dans les rangs .

Tout le problème est de connaître le contenu des accords secrets qui se préparent, et de savoir si la base débordera ou non les états-majors.

Avenir du RSI: ce qu’il faut craindre des cabinets ministériels qui arrivent

Quels projets précis définiront les cabinets ministériels, ces lieux d’expertise dans la décision publique, concernant l’avenir du RSI? Au fur et à mesure que la composition des cabinets est connue, les contours du projet commencent à pouvoir être pressentis.

Les questions en suspens sur l’avenir du RSI

On se souvient que, dans le projet d’Emmanuel Macron, plusieurs questions étaient en suspens concernant l’avenir du RSI. Le nouveau Président annonce de longue date la suppression de ce régime scélérat et son absorption par le régime général. Mais cette idée signifie-t-elle qu’il y aura une délégation de gestion, ou va-t-elle jusqu’à l’alignement des gérants de SARL et des professions libérales sur le régime des salariés, avec la forte majoration de cotisations qui devrait s’en suivre?

À ce stade, le débat n’est pas tranché. Mais la composition des cabinets ministériels laissent d’ores et déjà entrevoir quelques mauvaises surprises.

Le triomphe des étatistes et des grandes entreprises

D’une manière générale, derrière l’éventail de ministres concernés (et globalement incompétents sur le sujet) par ce dossier sensible qu’est l’avenir du RSI (Le Maire et Darmanin au titre de Bercy, Buzyn au titre de la sécurité sociale, et partiellement Pénicaud au titre du travail), une cohorte de hauts fonctionnaires attachés à « l’universalité de la sécurité sociale » devrait mener bataille.

Au premier chef, on trouvera Thomas Fatome, jusqu’ici directeur de la sécurité sociale (depuis 2011), et désormais directeur adjoint du cabinet d’Édouard Philippe. L’intéressé n’est pas du genre à faire des concessions à la liberté de choix de l’assureur. Il a d’ailleurs mené le chantier de la PUMA (Prestation Universelle Maladie), supposée rendre la vie des assurés sociaux plus facile, mais dont le résultat immédiat est de surtout faciliter la compensation entre régimes de la sécurité sociale…

D’une manière générale, aucun des futurs protagonistes du dossier dans les cabinets n’a jamais été travailleur indépendant, à l’exception de Franck Morel, qui sera conseiller social du Premier Ministre… mais sur le volet travail, et non sur le volet protection sociale. Une fois de plus, les indépendants verront donc leurs sujets traités par des gens qui n’ont jamais vécu la complexité de leur situation.

L’orientation « universaliste » des cabinets autour de Macron

Globalement, le quinquennat Macron devrait donc n’être utile qu’aux grandes entreprises, et source de frustrations pour les autres. Pour le commun des Français, qui a le salariat chevillé au corps, la différence est mince. En revanche, pour les 2 millions et quelques disposant encore du statut d’indépendant, l’addition risque d’être salée, et il faut en préventivement tirer toutes les conséquences pour les législatives.

Le renouvellement invoqué par Macron laisse en effet à penser que les gens qui seront aux manettes feront tout sauf du nouveau. Ils se contenteront d’achever le grand mouvement imaginé par Pierre Laroque en 1940, lorsqu’il servait le maréchal Pétain, et qu’il a mis en forme en 1945: l’intégration des travailleurs indépendants dans un régime imaginé pour des salariés. Comme l’avait proclamé fièrement en 2005, lors de la création du RSI (par ordonnance…), le ministre Renaud Dutreil, devenu par la suite l’un des soutiens de Macron, l’enjeu est d’achever ou non la grande oeuvre de 1945.

Cette orientation étatiste et universaliste laisse peu d’espoir aux entrepreneurs.

À quelque chose malheur sera-t-il bon?

Cela signifie-t-il qu’un océan de désespoir s’ouvre sous les pieds des travailleurs indépendants et qu’en dehors d’une délocalisation aucune perspective ne leur est offerte?

Si l’on réfléchit à long terme et si l’on s’arme de patience pour mener les batailles juridiques qui vont bien, l’engrenage dans lequel l’équipe Macron et Philippe fera rentrer le RSI pourrait ne pas être perdue pour tous ceux qui rêvent d’une liberté de choix de l’assureur.

En effet, dans l’hypothèse d’une délégation de gestion du régime, le gouvernement fera rentrer le RSI dans la mécanique de la jurisprudence Beaudout, ce qui constituera un avantage certain pour les adversaires du monopole. Dans l’hypothèse d’un alignement des indépendants sur les salariés, les premiers auront beau jeu de rappeler que les directives européennes n’astreignent les employeurs aux mêmes obligations que les salariés. La confusion des uns et des autres ouvrira donc des brèches précieuses.

Sur le fond, bien entendu, on regrettera que l’usurpation du « renouvellement jusqu’au bout » ne soit, selon toute vraisemblance, que l’immense cache-sexe pudibond d’une profonde continuité dans des politiques publiques défavorables aux petites entreprises. Mais nous promettons de retirer ces propos si les textes en préparation disent le contraire de nos craintes!

GM&S: Le Maire réchauffe le capitalisme de connivence, par Eric Verhaeghe

Le capitalisme de connivence est-il l’horizon indépassable de la politique industrielle française, par-delà le blabla sur le « renouvellement jusqu’au bout »? La séquence qui vient d’occuper Bruno Le Maire laisse en tout cas à penser que celui qui voulait incarner le renouvellement à droite n’est pas équipé pour changer les logiciels français qui nous ont mené dans le mur.

Arc International, GM&S: deux facettes d’un même déclin

Dans la pratique, Arc International et GM&S souffrent toutes les deux du même mal. Ce sont deux entreprises familiales françaises qui, faute de financement suffisant, n’ont pu affronter la mondialisation. En l’absence de fonds de pension français susceptibles de les accompagner dans leur développement, elles ont toutes les deux fait appel, à reculons, à des capitaux étrangers. Dans les deux cas, cette entrée dans le capital s’est traduite par une perte de majorité, pour les familles, dans le capital d’origine.

Arc et GM&S, victimes directes de la sécurité sociale

On sait pourquoi la France ne s’est dotée de fonds de pension: elle a misé sur la retraite par répartition. Pour assurer le financement de plus en plus compliqué de celle-ci, la direction de la sécurité sociale a mené une guerre sans pitié à toute forme de capitalisation.

En ce sens, la sécurité sociale dévore ses assurés: pour apporter le maximum de cotisations et de ressources à un système sous tente à oxygène, l’État a tué toute possibilité d’affronter de façon durable la concurrence internationale et l’hyper-capital américain.

Comment le capitalisme de connivence cache la misère

Au lieu de dégager des espaces de financement pérenne de nos entreprises, la France préfère le choix du capitalisme de connivence: d’un côté, des politiques sociales démagogiques et destructrices pour l’emploi, de l’autre des capitaux en déclin qui se tiennent par la barbichette pour occulter la gravité de la situation. C’est à plein ce qu’utilise Bruno Le Maire aujourd’hui pour donner le sentiment qu’il agit.

Dans le cas d’Arc International, Bruno Le Maire a mobilisé la Caisse des Dépôts pour apporter 10 millions € et une garantie de l’État à un investisseur russe. Celui-ci s’est substitué en 2016 à un investisseur américain (PHP) qui n’avait pas tenu ses engagements, pourtant pris en 2014…

Dans le cas de GM&S, Bruno Le Maire a fait pression pour que Renault et Peugeot augmentent leurs commandes à l’usine. Cette pression est d’autant plus simple à exercer que l’État est actionnaire des deux grandes entreprises.

On le voit, la solution industrielle apportée par Bruno Le Maire repose chaque fois sur l’activation de ces leviers obsolètes que sont les décisions publiques.

La question du financement de l’investissement est cruciale

Reste que le sujet de fond continue à ne pas être abordé: comment assurer le financement des investissements dans nos entreprises pour qu’elles puissent affronter la concurrence mondiale? Comment assurer la compétitivité de nos appareils de production, sachant que le coût de la main-d’oeuvre en France est plus élevé que chez leurs concurrents étrangers?

Au-delà des décisions ponctuelles prises devant les caméras pour sauver provisoirement telle ou telle entreprise, le sujet de la désindustrialisation ou des délocalisations ne sera traité que si et seulement si la France se dote d’une capacité à financer l’investissement.

On mesure bien ici que la clé de voûte de cette capacité tient à un développement maîtrisé et raisonné de la retraite par capitalisation. Il ne s’agit pas, bien entendu, de supprimer la répartition. Il s’agit d’équilibrer nos systèmes pour permettre une politique industrielle durable.

La liste des cabinets ministériels complète au 21 mai

Les cabinets ministériels se remplissent peu à peu. Ils donnent une bonne image de ce que sera la réalité d’un gouvernement peut-être éphémère. En voici la liste complète:

On y remarquera quelques curiosités. En particulier, beaucoup de conseillers ont déjà exercé en cabinet ministériel… notamment à droite. On peut même dire que le cabinet Raffarin de 2002 a servi de véritable pépinière pour les cabinets actuels. Il faudra donc suivre dans la durée l’évolution de cette tendance, qui peut être interprétée de deux façons différentes.

Une première façon consiste à imaginer qu’il existe une tension politique interne au sein du gouvernement entre droite et gauche. Une seconde consiste à supputer qu’en réalité droite et gauche n’ont pas grand sens au sein de la technostructure qui accède aux responsabilités. Le gouvernement Philippe réalise la grande fusion technocratique qui entreprend de gouverner le pays.

Les cabinets ministériels doublés par une équipe à l’Élysée

Pour encadrer cet ensemble, l’Élysée devrait se doter d’une équipe renforcée qui elle-même dispose d’un « passé » et d’une connaissance technique des dossiers. En particulier, on signale la probable nomination de Pierre-André Imbert, ancien directeur de cabinet de Myriam El-Khomri, et ancien directeur général du cabinet Alixio, fondé par Raymond Soubie, comme conseiller social de l’Élysée.

La boucle serait ainsi bouclée. Raymond Soubie avait été conseiller social de Nicolas Sarkozy. L’un de ses poulains devient conseiller social d’Emmanuel Macron. Au-delà des alternances, la technostructure assure la continuité des grandes politiques sociales en France.

Les cabinets ministériels, ce shadow cabinet qui ne dit pas son nom

Article écrit pour Atlantico

Les cabinets ministériels sont devenus, au fil du temps, sous la Vè République, de véritables shadow cabinets, au sens propre du terme. Autrement dit, derrière les apparences respectables et légitimes offertes par les ministres, les décisions techniques sont très souvent prises par les directeurs de cabinet ou les conseillers qui tendent à se substituer aux administrations et aux ministres pour réglementer ou légiférer.

Ce gouvernement de l’ombre obéit d’ailleurs à un formalisme relatif, avec ses réunions interministérielles et son réseau de conseillers qui fonctionnent souvent avec une relative coordination.

En nommant des ministres sans expérience ou issus de la société civile, Emmanuel Macron a bien senti le danger : face à des personnalités démunies devant l’extrême technicité des dossiers, la technostructure se régale et tend à prendre le pouvoir. Pour répondre au danger, les ministres ont souvent la tentation de recruter des cabinets pléthoriques, qui ne font qu’aggraver le mal, en coupant définitivement le ministre de la réalité concrète des services dont il a la charge.

Les premiers jours du quinquennat méritent ici d’être regardés de près, tant ils illustrent la croisée des chemins où se trouve le projet de « renouvellement jusqu’au bout » annoncé par Emmanuel Macron.

Macron tente d’éviter les dérives par un décret présidentiel inédit

On saluera l’innovation d’Emmanuel Macron pour éviter les dérives des shadow cabinets. Il s’est fendu aujourd’hui d’un décret présidentiel pour encadrer le fonctionnement de ceux-ci. C’est la première fois qu’un gouvernement doit obéir à un décret présidentiel sur le sujet. Traditionnellement, les règles sont fixées par une circulaire du Premier Ministre.

Le décret Macron limite à dix conseillers le volume d’un cabinet ministériel, et précise les règles de transparence inédites qui s’appliquent à l’exercice:

Cet arrêté, publié au Journal officiel, précise les titres des personnes concernées et l’emploi auquel elles sont appelées au sein du cabinet. Nul ne peut exercer des tâches au sein d’un cabinet ministériel s’il ne figure sur cet arrêté.

On suivra dans la durée l’application de ce texte. Une spécialité des gouvernements consiste en effet à sombrer rapidement dans une inflation des conseillers et dans le recrutement de « clandestins » qui, officiellement, appartiennent aux services ordinaires mais sont en réalité affectés auprès du ministre. Il faudra voir si, dans quelques mois, face à la charge de travail, le gouvernement Philippe ne retombe pas dans les travers habituels des équipes précédentes.

Une curieuse cartographie des directeurs de cabinet

Face à ces tentations, les cabinets risquent de ne pas résister longtemps. Ce qu’on sait d’eux aujourd’hui est déjà très significatif d’une tendance contre laquelle le Premier Ministre devra lutter, puisque le décret Macron confie à celui-ci le soin d’en assurer le respect. Ici, la situation ne manque pas d’être croustillante.

À Matignon, Édouard Philippe a choisi un directeur de cabinet qui appartient à la même promotion ENA que lui, et qui, en 2002, fut conseiller technique de Raffarin à Matignon. À Bercy, Bruno Le Maire a également choisi un énarque, Emmanuel Moulin, pour diriger son cabinet. L’intéressé fut également en cabinet sous Sarkozy, dont il fut d’ailleurs le conseiller économique. Gérald Darmanin a pour sa part retenu Jérôme Fournel, en son temps conseiller budgétaire de Luc Ferry alors ministre de l’Éducation. Nicolas Hulot a quant à lui retenu Michèle Pappalardo, conseillère à la Cour des Comptes… et ancienne des cabinets Barnier et Bachelot.

On le voit, les principaux cabinets du gouvernement sont à ce stade tenus par des conseillers de droite. On comprend que, pour le Président, il existe un enjeu de fait à recentrer l’action des ministres au sein de leur département ministériel. Il ne faudrait pas que les cabinets reconstituent une ligue de droit dissoute et biaise les options politiques du gouvernement.

Repenser le statut des membres de cabinet

Sur le fond, il reste un tabou essentiel autour des cabinets ministériels: ils sont les principaux vecteurs d’une regrettable politisation de la fonction publique. Jusqu’ici, le passage en cabinet s’est en effet imposé comme le préalable à toute nomination comme directeur d’administration centrale (ceux-là même que Macron veut soumettre à un salutaire mais encore timide spoil system).

Or, l’un des vices de l’État, et l’une des raisons de sa profonde obsolescence, tient à l’esprit de cour qui accompagne la politisation de la haute fonction publique, à cause de laquelle des personnalités parfois médiocres ont accaparé les postes grâce à leur servilité au pouvoir. C’est ce mal-là qu’il faut combattre, et ce n’est pas une mince affaire.

Pour y parvenir, le Président de la République aurait pu prendre des mesures plus novatrices. Par exemple, le bon sens voudrait qu’un fonctionnaire soit obligé de se mettre en disponibilité lorsqu’il rejoint un cabinet ministériel. Il devrait être clair, dès son arrivée, qu’il lui sera interdit de tenir le moindre poste de directeur dans l’administration qu’il a dirigée auprès du ministre. Ces mesures techniques permettraient d’enrayer la politisation des administrations.

On n’en est pas là. Mais déjà, si Emmanuel Macron parvient à mettre effectivement en oeuvre son décret, on pourra s’en féliciter. même si ce décret est un début, et non une fin.

Exclu: la HATVP n’a pas encore vérifié les dossiers fiscaux des ministres

Lundi, l’Élysée a prétexté une obligation de vérifier avec la HATVP (Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique) les déclarations fiscales des presque ministres pour justifier un report au mercredi de la nomination du gouvernement. Personne n’a évidemment été dupe de l’argument, qui cachait des tractations interminables en coulisses sur la composition finale de la liste des bienheureux.

Une photo consultée par nos soins permet de nourrir les doutes sur les raisons invoquées lundi.

Comme indiqué sur le document, le dossier fiscal de Muriel Pénicaud n’a été extrait pour consultation que le 17 mai… c’est-à-dire mercredi. Il paraît dans ces conditions assez peu crédible que la HATVP ait procédé à une vérification fiscale de l’intéressée le lundi ou le mardi.

La HATVP a-t-elle réellement vérifié les dossiers

Au demeurant, en regardant ce petit reportage, le doute est encore plus grand. Il montre que, manifestement, Marlène Schiappa n’a pas dû fournir de déclaration sur son patrimoine avant sa nomination. En tout cas, elle n’a pas jugé utile de le préciser à la presse. Tout laisse donc à penser que la HATVP n’a pas examiné la situation de tous les ministres avant leur nomination.

Ce n’est pas très grave en soi, mais cela confirme la difficulté qu’Édouard Philippe a eue de constituer son gouvernement.

 

Pourquoi Schaüble ne vote pas Macron les yeux fermés

Article écrit pour Atlantico.

Au coeur de la présidence à venir, la capacité d’Emmanuel Macron à convaincre l’ordo-libéral Schaüble de réformer les traités sera essentielle. La refondation de l’Europe constitue l’une des pierres angulaires des projets macroniens. Pour beaucoup d’observateurs français (et selon les déclarations mêmes d’Édouard Philippe et de quelques autres), le nouveau gouvernement est libéral, ce qui devrait suffire à convaincre nos homologues allemands du bien-fondé de la politique qui s’engage. Mais, dans une interview au Spiegel, le Dr Schaüble a exprimé des réticences, jugeant par exemple irréaliste l’idée de Macron (mais largement défendue à gauche) d’un ministre européen des Finances.

Il n’est donc pas inutile de mesurer la différence entre l’auto-proclamation libérale du gouvernement Macron et l’approche ordo-libérale du Dr Schaüble.

Ce qu’est le libéralisme pour le Dr Schaüble

Pour comprendre la position allemande vis-à-vis d’Emmanuel Macron, il faut se référer à la notion mal connue en France d’ordo-libéralisme, très différente du libéralisme tel que nous le comprenons. Pour beaucoup de Français, le libéralisme n’est pas incompatible avec une présence forte de l’État, ni avec un déficit public important. Il n’en va pas de même en Allemagne.

La notion d’ordo-libéralisme telle qu’elle est pratiquée par Wolfgang Schaüble repose sur des idées très différentes. En particulier, l’État ordo-libéral est beaucoup moins dépensier que l’État en France. Il s’interdit le recours au déficit, et il repose sur une inflation maintenue à un niveau faible par une banque centrale indépendante. Sur ce point, les dispositions prévues par les traités de l’Union en sont une assez bonne incarnation.

C’est d’ailleurs pourquoi les Allemands ne sautent pas de joie à l’idée d’une intégration européenne plus poussée. D’un point de vue ordo-libéral, l’Europe telle qu’elle existe suffit: une banque centrale indépendante, une inflation à 2% et des critères budgétaires dits de stabilité résument à la perfection l’espace utile réservé à l’État. Nul n’est donc besoin d’en rajouter en créant de nouvelles zones d’intégration.

On ne sera donc pas surpris que Schaüble considère comme irréaliste l’idée macronienne d’un ministre européen des finances. Dans l’esprit ordo-libéral, cette idée est même dangereuse dans la mesure où elle laisse entendre qu’il y aurait besoin, en Europe, d’une politique budgétaire plus interventionniste que la simple recherche de l’équilibre budgétaire.

En quoi Macron n’est pas ordo-libéral

En réalité, contrairement à ce qu’Édouard Philippe déclare, ni Macron ni son gouvernement ne sont et ne seront libéraux.

Certes, certains aspects de la politique annoncée recouvre les attentes des ordo-libéraux. C’est le cas des ordonnances sur le marché du travail, dont Schaüble ne cache pas qu’elles sont un préalable urgent à toute prise en compte des revendications françaises dans la « refondation de l’Europe ». Sur ce point, on peut même considérer qu’elles sont une sorte de devoir d’été imposé par les partenaires européens de la France.

Mais au-delà de ce pré-requis, Emmanuel Macron ne propose aucune réforme de structure qui l’identifierait comme ordo-libéral. En particulier, dans le domaine de la fiscalité, Emmanuel Macron n’a annoncé aucune mesure forte de baisse des prélèvements pour les particuliers qui supposerait de réexaminer sur le fond la portée des politiques publiques.

Macron ne touchera qu’à la marge le coût de la protection sociale

Là où le quinquennat Macron différera le plus (ou le mieux) de l’ordo-libéralisme, c’est dans le domaine de la protection sociale. Les contributions obligatoires à celle-ci, en France, coûtent aujourd’hui 34% du PIB. Elles font de la France la championne des dépenses sociales dans le monde industrialisé. Ce record est double: c’est aussi en France que les cotisations pesant sur les employeurs pour financer la protection sociale sont les plus élevées.

Sur ces points, Emmanuel Macron propose une mesure intéressante: la fiscalisation d’une partie des recettes. Concrètement, le projet consiste à transformer une partie des cotisations en contribution sociale généralisée.

Cette mesure est partiellement ordo-libérale, dans la mesure où elle vise à faire payer aux assurés le coût de leur protection, ce qui n’est pas le cas dans le système actuel. Aujourd’hui, en effet, ce sont les employeurs qui financent encore largement la santé de tous les Français, y compris ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise. En sollicitant le contribution sociale généralisée au lieu de la cotisation, cette absurdité est en partie corrigée.

Mais en partie seulement! car Macron n’a ni l’intention de diminuer les cotisations patronales, ni l’intention de diminuer le poids global de la protection sociale obligatoire et monopolistique dans le PIB. Il a même l’intention de faire le contraire, puisqu’il projette d’étatiser l’assurance chômage et d’en étendre le champ à des catégories non concernées aujourd’hui.

L’objectif d’Emmanuel Macron ne consiste donc pas à diminuer le poids des prélèvements, mais, à de nombreux égards, il en augmentera le volume global. Et, en violation des principes ordo-libéraux, il étendra le champ de l’intervention publique et monopolistique dans des domaines où le marché privé existe.

Schaüble face à Macron

C’est donc un profond contresens d’imaginer que le quinquennat Macron sera libéral. En réalité, il sera étatiste et technocratique. Ces caractéristiques mettent la doctrine française (au demeurant tout à fait traditionnelle et dans la continuité des politiques menées depuis trente ans) en opposition frontale à l’approche d’un Schaüble en Allemagne.

On prend peu de risque à pronostiquer qu’Angela Merkel, vraisemblablement réélue en septembre, ne bougera pas le petit doigt pour modifier le moindre traité à la demande de la France, tant que notre doctrine sera celle d’un étatisme en expansion permanente.

Quel sera l’impact du gouvernement Philippe sur la sécurité sociale? par Éric Verhaeghe

Le gouvernement Philippe présente un paradoxe majeur. D’un côté, le programme d’Emmanuel Macron ne manque pas d’ambitions sur la sécurité sociale: fiscalisation des recettes, réforme systémique des retraites, remise en cause du paritarisme de gestion. D’un autre côté, la sécurité sociale est la grande absente du gouvernement. La ministre de la Santé est une médecin qui semble peu experte du sujet, et tout laisse à penser que la direction de la sécurité sociale sera rattachée au ministère du Budget tenu par Gérald Darmanin, qui n’y connaît pas plus…

Quelques pistes permettent de mieux comprendre ce paradoxe…

Vers une étatisation de fait de la sécurité sociale

L’information est passée à peu près inaperçue, mais elle est pourtant essentielle pour comprendre la suite des événements en matière de protection sociale: quand Emmanuel Macron a choisi Édouard Philippe comme Premier Ministre, il a voulu lui imposer Nicolas Revel comme directeur de cabinet. Revel est bien connu des initiés: il est directeur général de la caisse nationale d’assurance maladie. À ce titre, il est l’homme-clé du budget des remboursements santé en France, l’homme qui négocie avec les syndicats de médecins les objectifs de dépense, l’homme qui est supposé maîtriser la variable la plus fluctuante du budget de la sécurité sociale.

Sur les conseils d’Alain Juppé, Édouard Philippe a refusé qu’un homme du président gère son cabinet. Il a préféré un camarade de promotion de l’ENA, Benoît Ribadeau-Dumas, conseiller d’État passé dans le privé (Zodiac Aerospace, ce qui, pour le coup, est un vrai « passage », très différent des postes de lobbyistes comme celui que le Premier Ministre a occupé chez Areva).

De ce fait, la position de Nicolas Revel est devenue un peu bâtarde. Tout le monde sait désormais qu’il est susceptible de quitter son poste. Dans l’hypothèse où il ne le quitterait pas, le message serait clair: le budget de la sécurité sociale se négocie au sein même de l’assurance-maladie. Un maintien en fonction affermirait donc le pouvoir de la technostructure étatique sur la sécurité sociale. Il correspondrait à une étatisation de fait du site, à son absorption dans l’administration.

On voit mal en effet comment une médecin peu impliquée jusqu’ici dans la logique financière de cette machine complexe qu’est la sécurité sociale pourrait « faire le poids » face à cette forte personnalité qu’est Nicolas Revel, rôdé à l’exercice et investi, de notoriété publique, de la confiance du Président. Selon toute vraisemblance, l’ère qui s’ouvre est donc celle de la prise de possession assumée de la sécurité sociale par l’énarchie.

Le pilotage effectif de la réforme des retraites

Parallèlement, Emmanuel Macron a annoncé une réforme systémique des retraites. C’est un sujet compliqué, technique, mais aussi sensible et très politique. Pour le coup, la ministre de la Santé paraît sur ce sujet complètement hors course. Le plus vraisemblable est donc que la réforme soit pilotée par la direction de la sécurité sociale, dont on pressent qu’elle sera rattachée au ministère des Comptes Publics.

On vérifiera dans les semaines à venir si Thomas Fatome, actuellement directeur de la sécurité sociale, est maintenu ou non en poste. Il avait été nommé par la droite (après avoir dirigé le cabinet de Laurent Wauquiez) et maintenu en poste par la gauche. L’intéressé peut donc paraître ancien sur le poste, mais, jusqu’ici, il n’a jamais remis en cause le credo énarchique habituel sur la sécurité sociale.

Là encore, face au poids de la technostructure, on a du mal à imaginer que Gérald Darmanin fasse le poids. Le nouveau ministre devra se consacrer cet été aux arbitrages compliqués de la loi de finances 2018. La charge que représente ce cycle budgétaire laisse peu de place aux autres dossiers.

Tout porte à croire, donc, que la réforme des retraites sera là encore portée par l’Élysée et par l’administration, sans intervention forte des ministres.

La continuité énarchique dans la sécurité sociale

Sur le fond, tout concourt donc à laisser penser qu’une réforme profonde de la sécurité sociale se dessine en creux: celle de l’appropriation de cette machinerie lourde par la technostructure d’État. Rappelons que la sécurité sociale n’a existé que par ordonnances (celles de 45, puis celles d’Alain Juppé, puis celles qui ont créé le RSI en 2005). Emmanuel Macron prépare l’intégration définitive de cet animal bizarre aux services de l’État. Plus que jamais, les assurés y seront minorés.

Emmanuel Macron sera-t-il le vrai ministre du Budget du gouvernement Philippe?

Dans le nouveau gouvernement Philippe, il existe une anomalie autour du budget. Officiellement, la règle est celle du recrutement de gens compétents. Or, il existe un domaine qui fait exception à cette règle: les comptes publics.

Macron affaiblit les pare-feux budgétaires

Au ministère du Budget, libellé sous l’appellation Action et Comptes Publics, Emmanuel Macron a retenu Gérald Darmanin, ministre pour la première fois et… juriste de son état. Il pourra difficilement se prévaloir d’une connaissance approfondie des mécanismes budgétaires.

Il bénéficie d’un ministère de plein exercice. Il ne sera donc pas placé sous l’autorité de Bruno Lemaire, qui n’est pas plus expert que lui dans le domaine budgétaire.

Du côté de la sécurité sociale, la situation sera pire. La ministre de la Santé, qui chapeaute aujourd’hui la direction de la sécurité sociale, est médecin et n’a aucune expérience de l’aspect budgétaire de la protection sociale.

Techniquement, donc, le dispositif Macron paraît très fragile.

Une centralisation à l’Élysée?

Le plus probable, donc, si Emmanuel Macron veut assurer la maîtrise des comptes publics comme nos partenaires européens l’attendent, est qu’il recentre le processus budgétaire à l’Élysée et qu’il soit le vrai ministre du budget. C’est la meilleure façon non seulement d’éviter les mauvaises surprises, mais de parer toute tentation du Premier Ministre de s’émanciper des arbitrages présidentiels par le resserrage des cordons de la bourse.

Dans la composition du gouvernement se dessine donc une hyperprésidence où les ministres n’auront que très peu de marges de manoeuvre.

Emmanuel Macron marche-t-il vraiment sur les eaux?

Il y a quelques mois, un ami, président de tribunal administratif m’enjoignait de rejoindre Macron, car « il est christique, il marche sur les eaux ». La phrase m’est longtemps restée à l’esprit, car elle illustre parfaitement l’étrangeté dans laquelle vit la France aujourd’hui: les élites du pays sont tout entières hypnotisées par la saga d’une accession soudaine au pouvoir. Les garants traditionnels de l’esprit des Lumières, ceux dont la responsabilité, dans la société, est d’éclairer, ont soudain abdiquer tout esprit critique pour suivre un chef. Le phénomène est stupéfiant.

Marcher sur les eaux ou abandonner toute lucidité?

Sur le fond, je comprends tout à fait que les gens suivent Emmanuel Macron. L’intéressé a réussi un très beau pari, et il a su se donner les moyens de sa réussite. Il est porteur de projets qui ont tous un intérêt manifeste, comme celui de renouveler en profondeur les visages des décideurs.

Mais le fond du problème n’est pas là. Il est plutôt dans cette macrolâtrie qui s’est imposée façon manipulation des foules selon Gustave Lebon. Il ne suffit pas de dire qu’on n’a rien contre Macron, il ne suffit même pas de dire que l’on approuve son programme, il faut désormais dire qu’on l’aime, qu’on l’adule, qu’on tremble d’amour sans limite pour lui. Cette perception émotionnelle de la politique n’est pas celle de la ménagère de cinquante ans abrutie par les publicités de TF1, c’est celle des élites parisiennes qui enjoignent à toutes et tous d’adhérer sans nuance à un programme sous peine de tomber dans la catégorie suspecte des suppôts lepénistes.

Recevoir des doses de Macron sous hypnose permanente

J’étais par exemple hier soir sur le plateau de Valérie Expert, sur Sud Radio, et j’écoutais le sympathique Sylvain Maillard, candidat aux législatives dans le centre de Paris. Ce chef d’entreprise est aussi élu UDI dans le IXè arrondissement. À la question basique, qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux: « Macron ne s’entoure-t-il pas de trop d’énarques? », la réponse de l’intéressé m’a arraché les bras. Au nom du renouvellement et de la compétence, il paraît que c’est justement la meilleure façon de lutter contre la consanguinité des décideurs publics.

Mais enfin, s’il y a bien un lieu de consanguinité, aujourd’hui, c’est l’énarchie. Si des élites sont bloquées et d’une compétence très discutable, ce sont les énarques.

Et voici des Français responsables, investis par des partis, qui, il y a un an, regrettaient l’excès d’énarques dans la vie politique et aux postes à responsabilité, faire subitement l’éloge de ce qu’ils détestaient hier. Nous voici placés sous hypnose.

Vers les sorcières de Salem

Que la noblesse parisienne obéissent à des modes futiles et à des émotions sans profondeur n’est pas nouveau. Ce qui pose problème, c’est que ces gens prêts à stigmatiser, à bannir pour un caprice, soient aujourd’hui pris dans un engouement sans discernement raisonnable pour un chef. C’est ainsi que commencent toutes les dictatures. Je ne dis pas que ce cas de figure se prépare en France, mais il est évident que le climat du débat politique aujourd’hui est allé trop loin dans l’aveuglement émotionnel et qu’il est urgent de revenir à un peu de raison.

En tout cas, plus que jamais, je comprends pourquoi je fais au jour le jour si peu de concessions à la tyrannie du temps. Elle est tout simplement suicidaire pour le pays, avec ses frivolités dénuées de tout intérêt général.