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Auteur : Eric Verhaeghe

Supprimer le travail détaché? la bonne grosse blague

La dernière grosse blague à la mode est d’affirmer (le débat télévisé d’hier soir l’a montré à nouveau) qu’il faut supprimer le système du travail détaché qui permet, depuis 1996, de faire travailler des travailleurs polonais en France, pour une durée limitée, avec un salaire français mais des cotisations sociales polonaises (on me pardonnera ce raccourci in concreto du sujet). On a tous bien compris les arguments: il faut protéger les salariés français (qui rêvent tous, c’est bien connu, de faire le boulot qu’on confie aux Polonais) contre cette invasion dangereuse fondée sur un dumping social.

Présenté de cette façon, le débat est comprimé dans une seringue du même ordre que l’ubérisation et ses méfaits: alors vous avez le choix entre une société qui protège, qui prévoit, qui équilibre, qui partage, et, de l’autre côté, un repaire de vautours profiteurs qui mettent en danger des siècles d’acquis, de construction collective, de bien-être. Que préférez-vous? Que les coupables lèvent le doigt.

Supprimer le travail détaché, une bombe à retardement

Maintenant, si on retourne le problème, chacun va comprendre les petits mensonges par omission véhiculés par les candidats qui s’empressent de réclamer la fin du travail détaché (et les raisons pour lesquelles il faut par avance ranger cette annonce de campagne dans les volumineuses archives des promesses non tenues).

Je ne relèverai même pas, ici, qu’aucun président de la République n’a le pouvoir de s’opposer à l’application d’une directive européenne sur son sol sans remettre en cause l’Etat de droit. La seule véritable option qui existe est d’annoncer une renégociation de la directive, ce qui prendra le temps que ça doit prendre, sauf à expliquer aux Français que nous programmons un Frexit.

Mais supposons… imaginons que, dans un délai miraculeux, le candidat qui triomphe en mai 2017 obtienne tout de suite une remise en cause de la directive. Le voilà donc en train d’expliquer à ses partenaires européens qu’un travailleur d’un Etat-membre doit être soumis aux cotisations sociales de l’Etat qui l’accueille pour une mission de courte durée. Cela signifie quoi? qu’il va ouvrir des droits sociaux dans cet Etat d’accueil? qu’il va devenir l’un des allocataires de son système de sécurité sociale? qu’il perd temporairement ses droits sociaux dans son pays d’origine?

Oui, bien sûr, supprimer le travail détaché au sens où les candidats à la présidentielle l’entendent signifie effectivement rattacher le travailleur en question au système de protection sociale du pays d’accueil. De cette façon, on harmonise les cotisations sociales et on évite le dumping.

L’effet caché sur les comptes sociaux

On poursuit le raisonnement. Donc, un maçon polonais ou slovène ou bulgare, lorsqu’il vient sur un chantier en France, va consommer de la protection sociale en France. Il aura droit à nos remboursements maladie très généreux, à nos hôpitaux dont les personnels passent leur temps à pleurnicher sur le manque de moyens (en oubliant toujours de parler de leurs jours de congé pléthoriques) mais qui font rêver n’importe quel ouvrier d’Europe de l’Est. Et comme la connerie de la lutte contre le travail détaché sera poussée jusqu’au bout, il aura même droit au régime invalidité de sa convention collective en France.

Bref, pour le dire de façon cynique, ceux qui pensent que les cotisations sociales non payées par les travailleurs détachés en France sont une charge sans contrepartie ne tarderont pas à faire la triste expérience de leur incompétence, puisqu’ils sont en train de promouvoir l’ouverture de notre système de protection sociale au mauvais risque.

Qui sont en effet les travailleurs détachés? Ceux qui, chassés par la misère de leur propre pays, acceptent des emplois ingrats, pénibles, épuisants, et mal payés en France. Et brutalement, on va leur dire: finalement, vous aurez les mêmes droits que les travailleurs français quand vous viendrez travailler chez nous, même pour six mois ou un an. Ah! ah! mais c’est sûr que le gars, il fera tout pour ne pas retourner se faire soigner les yeux ou les dents en Pologne, en Bulgarie ou en Grèce. Il va en profiter pour se récupérer la totale aux frais des cotisants français. Et pour un euro de cotisation versée par le travailleur détaché, on aura droit à deux euros de dépense de notre sécurité sociale déjà exsangue du fait de sa mauvaise gestion.

Un petit oubli sur les « allègements de charges »

On s’amuse par avance de cette pelote que nous déroulons sans hâte. L’histoire du dumping sur les emplois à faible qualification (ceux très majoritairement concernés par le travail détaché) est en effet une sorte de serpent de mer en France. Quand j’étais à l’ENA (il y a quinze ans), j’avais des cours où l’on nous présentait des tableaux très bien faits sur le coût d’un pêcheur à Saint-Pierre-et-Miquelon (sous sécurité sociale française) et sur le coût de son homologue nord-américain. On comprenait tout de suite pourquoi l’activité de pêche à Saint-Pierre n’avait aucune chance de se développer.

C’est pour cette raison qu’on a inventé les allègements de charges sous 1,6 SMIC. Mes petits camarades de l’ENA me soutiennent encore aujourd’hui mordicus que le manque de compétitivité français, dû au coin « socio-fiscal », ne porte que sur les bas salaires.

Continuons sur le travail détaché: donc, l’alignement des travailleurs détachés sur les cotisations sociales françaises, vu qu’il concernera des emplois majoritairement rémunérés au SMIC… ne rapportera rien à la sécurité sociale. Mais il causera des dépenses, et des compensations de droit financées par l’impôt. Et voilà comment une mesure destinée à protéger les salariés français sera en réalité financées par les contribuables français.

Redisons-le, les milliards « d’allègements de charges » concédés aux entreprises sont compensés par l’Etat, c’est-à-dire par le contribuable, et essentiellement par des taxes sur les salaires. Donc, ce sont les employeurs de France qui paieront les cotisations des travailleurs détachés, officiellement alignés sur les cotisations françaises.

Les vraies raisons du travail détaché

Supposons que tout ceci advienne. Le travail détaché disparaitra-t-il pour autant? Ce sera le moment de vérité. Entre un maçon français et un maçon polonais, à coût égal, qui l’employeur français choisira-t-il?

Tous les employeurs connaissent déjà la réponse. Le maçon polonais qui, sachant qu’il a droit à la sécurité sociale française en travaillant en France, se précipitera pour venir, avec sa motivation, son ardeur à la tâche, son envie de faire. C’est le grand tabou français. Mais ceux qui recrutent sont bien placés pour savoir que la « protection » dont les salariés français bénéficient du fait des innombrables inventions légales, réglementaires, conventionnelles, les disqualifie dès lors qu’ils sont mis en concurrence avec des salariés étrangers non contaminés par cet état d’esprit délétère.

Mais, laissons les syndicalistes français nourris à la langue de bois tirer ce constat par eux-mêmes: l’alignement des travailleurs détachés sur les conditions sociales françaises n’empêcheront pas le travail détaché. Bien au contraire. Et il faudra avoir l’honnêteté de s’interroger sur l’employabilité de nos ressortissants baignés dans une atmosphère de « luttes », d’acquis sociaux et de protection toujours plus importante.

Comment la France prépare son propre suicide

Reste à expliquer comment se passera la renégociation de la directive sur le travail détaché. Outre les contreparties que tous les pays qui font une utilisation intelligente de cette directive (comme l’Allemagne, qui fait baisser les coûts de ses filières les plus concurrentielles, notamment agro-alimentaires, de cette façon) demanderont, certains se frotteront les mains. Ils feront écrire noir sur blanc au nouveau Président français qu’un salarié français détaché en Pologne ou en Bulgarie relève désormais de la sécurité sociale polonaise ou bulgare.

Quelle chance pour les employeurs français qui veulent délocaliser. Ils pourront désormais négocier les opérations de détachement à bas prix, sur le mode du: « où tu vas faire ce job en Bulgarie pendant six mois, pour un salaire bulgare, protection sociale comprise, ou tu pars ».

On s’en délecte par avance.

Comment le RSI dissuade la libre entreprise

Quel est le coût du RSI pour la libre entreprise en France? À ce stade, le sujet n’est guère documenté, mais il pose un véritable problème. Il ne tient pas (principalement) à la mauvaise qualité de service de cet établissement chargé, paraît-il, d’une mission d’intérêt général. Il tient surtout au mode même de calcul des cotisations. L’adaptation tardive des montants appelés incite les entrepreneurs à éviter les fluctuations d’activité et donc à ne pas faire « trop de chiffres ».

Le témoignage, lu dans la presse régionale, d’un maroquinier ligérien le montre.

Quand la libre entreprise est rendue compliquée par le RSI

Voici comment cet artisan présente l’impact du RSI sur son activité:

Depuis son installation, voilà vingt-sept ans, l’artisan ne fait état d’aucun arrêt maladie. La raison pour laquelle son système de protection – le Régime social des indépendants (RSI) – le chiffonne parfois a plutôt trait aux cotisations, dont il juge le calcul « complexe », qu’il verse. Une partie des chefs d’entreprise avec lesquels le cordonnier a eu l’occasion d’échanger, protestent face à des charges qu’ils jugent élevées au regard de leurs revenus. « Il y a quelque temps, après une bonne année, «  mon RSI  » avait plus que doublé », témoigne Pascal Rapin – dont les affaires avaient, néanmoins, rapidement retrouvé un niveau plus habituel. Le système pourrait, à ses yeux, encourager les travailleurs indépendants à « faire attention à ne pas faire trop de chiffre », par crainte de devoir payer des cotisations qu’ils estiment surdimensionnées.

On ne pouvait pas mieux expliquer comment la « protection sociale » imposée par le législateur au nom du bonheur universel se transforme en outil de suicide collectif.

Avec le Decodex, les subventions à la presse sont-elles devenues des aides d’Etat remboursables?

À combien s’élèvent les subventions à la presse en France?

Si l’on met bout à bout le budget de l’audiovisuel public et les subventions à la presse proprement dite, on avoisine probablement les 2 milliards €, ce qui n’est pas rien. Une part notable de cette somme est consommée dans des subventions opaques à la presse papier détenue par des milliardaires (Dassault, Arnault, entre autres) ou des millionnaires (Bergé, Pigasse, Niel et consors) qui équilibrent leurs comptes avec l’argent du contribuable. Il est évidemment tabou de dire quelles sont les contreparties (la docilité vis-à-vis du gouvernement profond) de cette aide. Malgré ces perfusions d’argent public, nombreux sont les journaux subventionnés qui sont au bord de la faillite. Voilà qui en dit long sur les abois d’un système qui délègue habilement la fonction de propagande à des titres privés, au nom de l’intérêt général bien sûr, et avec la parfaite complicité du Ministère de la Culture et de ses tristes sbires gonflés à la cocaïne du « j’aime la cuuuuullllllllltttuuuure cher ami ».

Maintenant, d’un point de vue juridique, cette situation risque de se révéler très fragile.

Les subventions à la presse et le droit communautaire

En principe, dans l’Union Européenne, les Etats membres n’ont pas le droit de subventionner des entreprises privées. Dans le cas de la presse, le Conseil d’Etat a rappelé, par un arrêt du 22 février, les spécificités du droit:

Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, un dispositif a le caractère d’une aide d’Etat s’il constitue une intervention de l’État ou au moyen de ressources d’État, s’il est susceptible d’affecter les échanges entre États membres, s’il accorde un avantage à ses bénéficiaires et s’il fausse ou menace de fausser la concurrence.

On retrouvera sur le site de la Commission quelques détails sur ce sujet.

On s’intéressera ici surtout aux deux dernières conditions jurisprudentielles: la subvention à la presse ne doit pas donner un avantage à ses bénéficiaires, et elle ne doit pas fausser la concurrence.

Les avantages donnés à la presse par la subvention

Faut-il revenir sur l’idée que l’aide à la presse ne donne pas un avantage à ses bénéficiaires? L’évidence prouve évidemment le contraire. Bien sûr que le Figaro ou le Monde, avec leurs sites qui développent des partenariats commerciaux dans tous les sens, bénéficient d’un avantage net par rapport à ceux qui sont exclus de ce bénéfice.

Rien que pour le plaisir, on a envie de saisir la CJue sur la partialité évidente des subventions à la presse en France.

Comment, avec le Decodex, la subvention fausse la concurrence

Mais, le pompon, c’est évidemment l’apparition du Decodex du très démocrate Pierre Bergé qui, à la tête du Monde, a décidé de dénigrer ses concurrents. On voit bien comment ici la subvention permet à des titres de dégager des marges de manoeuvre pour investir dans des outils qui faussent la concurrence en dénigrant tous les gêneurs. S’agissant du Decodex, il a ainsi largement cherché à discréditer des sites Internet si populaires qu’ils faisaient de l’ombre au Monde. Bien entendu ce discrédit n’est pas présenté sous l’angle commercial (qui est le fond du problème), mais sous l’angle déontologique (ce bidule qui ressemble à Dieu: on l’invoque quand on n’a plus d’autres arguments pour discréditer son prochain).

En termes juridiques, le Decodex ouvre la voie à la requalification des subventions accordées au Monde en aide d’Etat remboursables.

Sur la voie contentieuse

Ainsi, il est de plus en plus tentant de saisir la Commission Européenne de cette mascarade grotesque qu’on appelle les subventions à la presse. Bien entendu, ces subventions sont des aides d’Etat remboursables par les journaux qui les perçoivent. Et bien entendu, il faudra tôt ou tard interroger l’Union Européenne sur le régime de ces aides entre copains qui visent à retarder d’autant le moment où le gouvernement profond sera remis en cause sur ses intérêts fondamentaux.

La question est de savoir quand nous passerons à l’acte, et quand nous demanderons à Bruxelles d’interdire cette propagande d’Ancien Régime menée avec l’argent du contribuable.

Sur les fautes personnelles des fonctionnaires du ministère de la Culture

Pour mener cette oeuvre de propagande par délégation, le pouvoir exécutif peut compter sur le zèle personnel de quelques fonctionnaires du ministère de la Culture qui préparent les dossiers comme, sous Vichy, quelques thuriféraires relisaient les journaux pour le compte du pouvoir en place. Au mépris de leur statut qui leur impose une impartialité dans les politiques et les choix publics, ses fonctionnaires commettent des fautes détachables du service en servant les puissants et en prenant sur eux d’appuyer ou d’instruire des méthodes arbitraires.

Le jour venu, il faudra bien leur appliquer les sanctions prévues par le statut, dans le droit fil de l’article 15 des Droits de l’Homme et du Citoyen: la révocation, ne serait-ce qu’en lâchant leur nom en pâture au public. Les contribuables ont le droit de savoir par quel zélateur ils sont spoliés.

Macron, Estrosi, Unedic: les élites françaises au bord de la crise de nerf

Les élites françaises se laissent-elles peu à peu contaminer par le « dégagisme » et autre « çavapétisme » qui dominent dans l’opinion française? Les fortes tensions liées à une campagne présidentielle hors norme contribuent en tout cas à l’apparition de vrais clivages dont on peut se demander de quoi ils sont le signe. Les plus optimistes n’y verront qu’un dommage collatéral d’une ambiance collective délétère. Les autres constateront que, face à la nécessité des réformes, la réaction nobiliaire qui est prête à tout sacrifier pour préserver ses intérêts cause de sérieux dégâts.

L’affaire Estrosi, signe de rupture dans les élites françaises

Samedi, l’entretien « républicain » entre Estrosi, président de la région PACA, et Emmanuel Macron, a fait couler beaucoup d’encre et de venin. Rappelons qu’Estrosi a « gagné » sa région contre le Front National avec le soutien des voix socialistes. Le même Estrosi avait demandé à François Fillon de se désister au vu des affaires qui lui collaient à la peau. Dans ce contexte, l’entrevue entre Estrosi et Macron prend des allures de trahison pour guigner un poste à la sortie des urnes.

Voilà une façon ancienne de faire de la politique qui illustre une fois de plus les mensonges de cette campagne. Emmanuel Macron campe volontiers le rôle de l’homme nouveau. Mais il fraie de façon fascinante avec le monde ancien. Entre le ralliement de Valls, vaincu à la primaire de la gauche par Benoît Hamon, et ces ronds-de-jambe avec des élus qui peineront à incarner la modernité, le pire est à craindre pour l’après-scrutin dans l’hypothèse où Macron serait élu.

Ce qui frappe surtout, c’est la virulence des scissions qui se dessinent à cette occasion autour des candidats. On sent bien qu’à droite comme à gauche, les vieux appareils politiques sont au bord de l’implosion, pendant que la campagne a hystérisé les débats et les passions.

Le patrimoine de Macron fait toujours tache

Pour les institutions, la situation pourrait durablement être ternie par la passivité de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, qui n’a rien trouvé à redire à la déclaration d’Emmanuel Macron. Comme le souligne Sébastien Laye dans nos colonnes aujourd’hui, ce document pose quand même quelques problèmes majeurs. Le candidat y déclare en effet d’importants travaux dans la maison de son épouse, sans que ceux-ci ne soient valorisés dans un quelconque actif imposable.

L’opération donnera quelques idées à ceux qui se demandent comment défiscaliser leur actif: il leur suffira à l’avenir d’investir dans des opérations chez des proches et considérer qu’il s’agit là d’un don en nature non fiscalisable. On n’arrête pas l’innovation dans ce pays!

En attendant, on voit bien que, là encore, la situation est tendue. En réalité, une partie de l’élite française rejoint le petit peuple dans le constat cinglant d’une dépossession démocratique. Le débat de la présidentielle le révèle au grand jour: pour sauver les meubles d’un système à bout de souffle, le macronisme, formule remarketée du hollandisme, bénéficie d’un traitement de faveur dans les medias subventionnés, façon candidat officiel sous le Second Empire. Il n’est pas sûr que ce coup de force soit payant à long terme.

La « démocratie sociale » contaminée

Nous signalions que la perspective d’une victoire d’Emmanuel Macron, jacobin assez peu sensible aux sirènes des corps intermédiaires, avait poussé les partenaires sociaux à négocier préventivement un protocole d’accord permettant de renouveler la convention d’assurance chômage pour les années à venir. Personne n’est vraiment convaincu du bien-fondé juridique de cette opération, mais elle donne au moins aux syndicats l’illusion de se protéger contre une intervention directe de l’exécutif cette année. L’espoir fait vivre!

Pour parvenir à un protocole d’accord en urgence, le MEDEF a accepté une augmentation provisoire des cotisations chômage et une surtaxation des contrats courts. Cette concession au paritarisme de gestion était probablement le geste de trop dans la pétaudière: plusieurs fédérations ont manifesté leur réprobation contre ces concessions qui leur coûteront chef. C’est le cas de l’UMIH, l’une des fédérations de l’hôtellerie, branche où l’on consomme le contrat court comme un ogre mange les enfants.

De là à penser que l’hystérisation du débat public atteint les milieux patronaux, il y a un pas que nous franchissons allègrement. La solidarité patronale est désormais un lointain souvenir. Face aux appétits hégémoniques de l’UIMM, comme au bon vieux temps – l’UIMM qui a porté le fer dans cette négociation pour obtenir un accord, et qui réclamera la présidence du MEDEF au départ de Pierre Gattaz – le monde patronal se rebelle.

C’est peut-être que la dégradation de la situation est telle que la situation n’est plus gérable sans affrontements?

La CFDT, premier syndicat du secteur privé en toute opacité

Officiellement, la CFDT est devenue le premier syndicat de France. Et il est très probable que cela soit vrai: les « partenaires sociaux » s’y attendaient de longue date en suivant les résultats de terrain. Au doigt mouillé, il leur semblait clair que la CFDT grignotait des « parts de marché » au détriment de la CGT. Reste à savoir s’il s’agit bien du mouvement historique dont parlait Laurent Berger, et on regrettera ici la totale opacité dans laquelle ces opérations se déroulent.

L’opacité des résultats

L’idée que la CFDT soit devenue le premier syndicat de France dans le secteur privé est déduite de ses résultats agrégés dans la base de données Mars, qui collecte les procès-verbaux de résultats aux élections professionnelles et aux élections dédiées aux très petites entreprises. On notera que cette base est totalement opaque. Même le dossier de presse relatif à la mesure de la représentativité y est verrouillé:

La base est par ailleurs verrouillée et peu fréquentée. Il est donc techniquement impossible de vérifier l’exactitude des données qu’elle contient. On le regrettera, dans la mesure où certaines situations anormales se perpétuent, comme la présence de la CFTC à près de 10% de représentativité dans l’ensemble des entreprises.

Cela ne signifie pas que les résultats soient truqués. En revanche, la « démocratie sociale » se fonde sur des résultats qui ne sont pas vérifiables par les citoyens et cela pose un véritable problème. On ne peut donc que plaider ici pour une ouverture de la base de données au titre de l’open data. Cela nous laisserait penser que la CFDT n’est pas devenue le premier syndicat d’un monde digne du siècle dernier…

La CFDT est le premier syndicat du secteur privé… avec 10% des voix

Il faut évidemment replacer la notion de premier syndicat du secteur privé dans sa dimension réelle. De l’aveu du ministère du Travail, le corps électoral regroupe environ 14 millions d’électeurs. 5,6 millions d’entre eux se sont exprimés dans des élections professionnelles. La CFDT représenté environ 26% des suffrages. Soit, un chiffre d’environ 1,4 million d’électeurs.

Donc, la CFDT a recueilli 10% des suffrages exprimés. En masse, ce chiffre n’est pas très différent de celui de la CGT (l’ensemble se joue à 100.000 voix près). C’est bien certes, mais cela est très loin de constituer une majorité. C’est même très loin de donner à la CFDT la légitimité à laquelle elle aspire pour donner le la.

Les déductions hâtives sur l’aspiration des salariés du privé

En matière de « démocratie sociale » (comme désormais dans la démocratie politique), on évitera donc soigneusement de se faire piéger par les pourcentages, et toujours on reviendra aux chiffres bruts. Avec 100.000 voix d’avance sur un corps électoral de près de 14 millions de personnes, la CFDT est très loin d’être hégémonique, et l’illusion selon laquelle les salariés auraient ainsi validé le quinquennat Hollande est bien sûr trompeuse.

Dans la pratique, les résultats qui viennent d’être publiés s’appuient sur une agrégation de résultats en entreprise pendant une période de quatre ans. Les salariés qui ont voté devaient désigner des délégués d’entreprise, issus de syndicats d’entreprise. Sur le terrain, la CFDT peut être beaucoup plus acrimonieuse qu’au niveau national. Il est même arrivé que certaines voix comptabilisées (dans le commerce à Paris) comme CFDT soient sujettes à caution puisque les dissensions entre la confédération et les syndicats locaux dans cette branche sont nombreuses.

Soutenir aujourd’hui que les résultats en entreprise valident la ligne Berger constitue donc une affirmation sujette à caution.

La victoire d’un syndicalisme moins politique

Ce qui est vrai, en revanche, c’est que le syndicalisme de la CFDT est souvent moins politique que celui de la CGT. Il n’est pas issu de la tradition anarcho-syndicaliste, mais de cette logique auto-gestionnaire, pragmatique, souvent réaliste. Là encore, il faut se méfier des déductions trop rapides. Certains syndicats d’entreprise de la CGT sont réalistes, et certains CFDT ne le sont pas. Mais il est vrai que majoritairement les salariés se tournent vers la CFDT parce qu’ils ne rêvent pas d’exproprier leur patron, mais qu’ils souhaitent obtenir de bons accords d’entreprise qui améliorent leur sort.

On interprétera donc plutôt les résultats de la dernière mesure de la représentativité comme la reconnaissance d’un cap franchi dans les entreprises en faveur d’un syndicalisme réformiste. S’il fallait y chercher le signal d’une déradicalisation de la lutte des classes, on le trouvera là.

La mesure de la représentativité, dix ans après

La loi prévoyance la réforme de la représentativité date du 20 août 2008, il y a près de dix ans. Cette année, la principe de la présomption irréfragable de représentativité (c’est-à-dire de la désignation des syndicats représentatifs par un arrêté ministériel) disparaît. Désormais, sont représentatifs au niveau national les syndicats qui totalisent plus de 8% des voix aux élections dans les entreprises.

Il se trouve que… la loi n’a rien changé dans les faits. Les 5 représentatifs des années 60 sont encore représentatifs aujourd’hui. La France, qui se distingue par son pluralisme syndical outrancier, se distingue aussi par sa capacité à faire durer ce pluralisme coûte-que-coûte.

La responsabilité posthume de Laurence Parisot

Les initiés regretteront donc, à titre rétroactif, les conditions de la négociation de 2008, où Laurence Parisot a cédé à la pression de certains mouvements patronaux qui voulaient, à l’époque, conserver « leur » fédération FO ou CGC ou CFTC. Le MEDEF aurait en effet pu fixer le seuil de représentativité à 10% sur l’ensemble des collèges. Pour sauver la représentativité de la CGC et de la CFTC, le MEDEF a concédé, dans l’ultime nuit de négociation, un abaissement du seuil à 8%, en acceptant les syndicats catégoriels.

Ce geste était destiné, à l’époque, à obtenir la signature des syndicats concernés. Mais il n’en fut rien…

On a raté, ce jour-là, une belle occasion de restructurer l’obsolète syndicalisme français.

L’ENFER C’EST LES AUTRES, SAUF SI T’ES AU RSI, par Valéry Bonneau

Article initialement paru sur le blog de Valéry Bonneau.

Le RSI, ou le régime social des indépendants est une invention qui nous parvient du septième cercle de l’enfer, via une de ses portes sur terre « Nicolas Sarkozy ». Je sais, je sais, dire du mal d’une administration, est souvent l’apanage de sales types, mais d’une le RSI est un organisme privé, de deux, vraiment, le RSI est une folie.

Petit parcours à la cool, entre réalité et invention parce que parfois, personne ne croit la réalité.

Donc, tu montes ton entreprise.

T’es content, tu nages dans un bonheur sans limites.

En France on dit souvent… Bon on dit souvent plein de conneries en France, mais c’est un autre sujet. En France, t’as des mecs qu’ont jamais monté une boite et qui sont de droite : eux vont te dire que c’est hyper compliqué. Sous-entendu faut bruler toutes les administrations. En face t’as la fille de gauche, qu’a jamais monté une boite non plus qui te dit que « Non au contraire c’est hyper simple », sous-entendu les patrons sont des enculés qui gueulent tout le temps.

Ça leur fait un point commun, ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils devraient s’entendre, « Ah tiens toi aussi tu parles sans savoir, viens je te paye un coup ». Non rien à voir. Ils vont s’engueuler, se déchirer.

Alors je peux vous le dire : nos deux énergumènes, en plus de parler sans savoir, de pas être d’accord, ils ont tous les deux tort et tous les deux raison.

Une boite pour la monter en France, ça demande 1 heure et 1 euro ? C’est vrai. Bim. 1-0

Mais pour avoir le droit de la monter en 1 heure, là, faut y passer 3 semaines pour collecter toute la paperasse…  Vrai aussi. 1-1

Mais c’est APRÈS que les emmerdes commencent. Pas avant.

Avant, il te faut 2, 3 papelards, un statut que tu auras volé sur internet, genre tu veux monter une sandwicherie et tu vas télécharger à la cool la charte de Google ou les conditions générales de ventes d’Apple, mais c’est pas grave, comme personne ne relit en face, ça devrait passer..

On te demande aussi quelle activité tu veux faire. Déjà ça se complique.

T’as le droit à trois codes d’activité gratos. C’est un code à 5 niveaux.

Premier niveau, une lettre. Ça va de « agriculture, sylviculture et pêche » à « activité extra-territoriales ». Oh putain. Sandwicherie, coup de pot, t’as « Hébergement et restauration ». Mais l’épicerie fine tu la mets où ? Genre épicerie fine avec deux trois plats à emporter. Dans restaurant ou dans commerce ? On continue, tu cliques restaurant, on te laisse le choix entre restaurant, traiteurs et débits de boissons. Houla. Surtout que de l’autre côté, tu as « commerce de détail alimentaire ».

Merde, bon tu recliques un coup. Tu te trouves avec « services des traiteurs » ou « autres services de restauration » et il y a un côté angoissant dans tout ça. « Je veux juste monter une sandwicherie ! Je sais l’écrire, l’épeler, le dessiner, mais je trouve pas dans les 15 265 codes ».

Et ça continue : « 56.21Z services des traiteurs » ou « 56.29B Autres services de restaurations » ?

Normalement au bout d’une semaine à hésiter, tu prends toujours un truc « autre ». Faut juste éviter « autres industrie hydrocarbure » pour l’épicerie, mais c’est ça ou l’infarctus. Si t’aimes bien les trucs carrés, tu finis vieux et usé avant d’avoir choisi.

Tu peux aussi prendre un spécialiste à 300 euros de l’heure. Mais t’en es à créer ta boite, tu la soldes pas, donc t’es pas encore pété de thune, tu fais gaffe.

Sinon, tu peux demander à quelqu’un sur internet. Là normalement, c’est la personne qui sait le moins qui répond le plus vite. C’est surprenant, mais ça marche quelle que soit la question. Faites le test hein.

23h48 « Je voudrais savoir quel code NAF je dois prendre pour une épicerie fine » ?

23h49 : Bob « Non, mais ce sont des codes APE et ça n’existe plus donc t’en as pas besoin. »

23h50 : Toi « Forcément que les codes APE n’existent plus, ils ont été remplacés par les codes NAF. Si vous ne savez pas, merci de ne pas répondre»

23h51 : Bob « Ah voilà on veut rendre service et on se fait envoyer chier »

23h52 : Toi « Mais tu ne rends pas service, tu me fous dans la merde. Imagine que je t’écoute » !

Tu peux essayer avec n’importe quelle question hein :

« Ca fait cinq jours que je ne suis pas allé aux toilettes, au bout de combien de temps est-ce dangereux » ? T’es au bord de l’occlusion intestinale et plutôt du mauvais côté du bord, t’es vert, rouge, jaune bleu, on t’appuie sur le bide un peu trop fort et faut refaire toute la déco du salon. 10 secondes plus tard, t’as un mec qui répond :

Bobby « Non, mais c’est très surfait, il parait qu’on peut rester un mois sans y aller »

Bref, tu te choisis un code, des statuts, un type de société « EURL, SARL, SAS, entreprise individuelle, autoentrepreneur » ? Je vais pas expliquer la différence, vu que les mecs qui le font sont payés 300 euros de l’heure, déjà que c’est un texte gratos.

Mais en gros tu choisis un peu au pif et pour démarrer, ça devrait aller. C’est plus tard que ça va chier. Un peu comme un médoc contre le cancer qui te file l’hépatite 5 ans plus tard. Tu sera bien content d’être encore là dans 5 ans pour profiter de ton hépathite.

Là, c’est pareil.

Donc t’as ton dossier.

Tu rentres tout sur le site du CFE. Le CFE ? Le site de la CCI qui regroupe tous les OA. Faites un effort. Le Centre de Formalité des Entreprises monté par la Chambre de commerce et d’industrie avec la paperasse pour tous les Organismes Agréés. Un site pour tout centraliser, plutôt une bonne idée non ?

Le site est assez bien fait, tu scannes, tu charges, et tu dois ensuite valider.

Pour valider la création, il faut :

  • Envoyer le dossier par internet
  • ET
  • L’imprimer et l’envoyer par la poste

Tiens, c’est bizarre ça. Un peu comme un mec qui te dirait bonjour en te faisant la bise et en te serrant la main.

– Bah pourquoi ?

– Non, mais on sait jamais, t’es ptete insensible des mains ou t’as une paralysie faciale.

Bon, ça rassure pas trop. Mais t’as pas le choix.

Trois jours plus tard, bim, courrier du CFE :

« Merci, voici votre numéro de SIRET ou de  SIREN (ou  autre). Bon courage ». Cool. Wow. Les autres organismes t’écrivent. Tous. Merci bon courage, bienvenu, ça fera 500 euros.

Hey, vous voyez, vous gueulez, mais c’est plutôt bien foutu, centralisé. Tout le monde t’a écrit.

Ah, sauf, sauf le RSI. Mais toi, déjà tu sais pas ce que c’est, et puis tu bosses hein, monter la boite, démarrer l’activité tout ça, ça te fait des bonnes semaines.

7 mois plus tard, un courrier du RSI.

« Bonjour, nous prenons acte de votre décision de fermer votre société ».

Ah merde qu’est-ce qu’ils racontent ?

« Comme convenu, vous ne nous devez rien. »

On n’avait rien convenu, mais ça te va.

« Merci donc de nous adresser votre règlement de 7000 euros avant le 3 mars ».

Oh putain, c’est des malades. En plus, on est le 28 février et l’année n’est pas bissextile.

Tu es dans la merde, tu paniques surtout que les 7000€, tu les as pas.

Tu décides donc d’appeler le RSI.

Ahahaha « Décider d’appeler le RSI ». Tu racontes ça à un pote qu’a déjà vécu le truc, il se marre.

« Oui ben tu peux aussi décider de devenir immortel ou de te transformer en labrador, mais tu vas quand même crever bientôt et tu seras à priori sans truffe ni fourrure ».

Déjà trouve le numéro.

Tu tapes sur google « RSI » tu tombes sur un 36 15. Merde. Ah non RSI.fr cool.

Tu arrives sur un site, bon, tu peux le consulter si t’as un commodore, un Amstrad ou un Amiga, mais si ton terminal est du 21e siècle, ça va ramer.

Ah tu vois un bouton « nous contacter ». Oui, mais attention, avant d’avoir le droit de nous contacter faut répondre à une petite quinzaine de questions. Et le niveau des questions accroche toi. Faut être spécialiste du RSI pour y répondre. Tu finis par trouver un 0800. Tu sais les numéros gratuits à un euro la minute.

Tu appelles.

Ça sonne. 25 fois. Et puis. Bip bip bip.

Tiens, y-a pas de répondeur ? C’est marrant ça ? Y-a pas une machine là pour tapoter ton choix ? Comme à la SNCF ?

Non y-a pas.

Pourtant ces machines tu les détestes. Tu préfères parler un humain. Oui, mais avec le RSI tu vas t’apercevoir que ce que tu préfères c’est quand même parler à une machine qu’à rien. Tu rappelles. Pareil. 25 sonneries.

10 fois de suite. 25 sonneries, ça fait long.

Ton premier réflexe si t’es de droite, c’est de gueuler sur ces feignasses du RSI. Mais il y doit y avoir 4 conseillers en Ile de france. T’imagines, si au centre d’appel SFR, il y avait Bob, François, Rachid et Amida ? « Bonjour, le temps d’attente est de 7 heures 32… environ ».

Attendre, tu peux plus, parce que t’as du boulot. Tu rappelleras demain.

Un jour plus tard, donc le 1er mars, il te reste une journée pour payer. Mais comme tu dois rien.

Le lendemain, tu rappelles encore et encore. Vers 15h00, tu tombes sur quelqu’un, mais t’es tellement énervé, que tu vas vite devenir gonflant.

Tu tombes sur François.

Là, il faut savoir qu’au RSI, tout le monde ne veut pas y aller. Ils le savent bien les conseillers que les gens qu’appellent ils sont un peu noués vu le parcours du combattant. Donc ils envoient que les suicidaires, les gens en phase terminale, au bout du rouleau.

Donc François là, il en peut déjà plus et tu lui tombes sur la gueule avec ton :

– Oui alors 7000 euros, voleurs, incompétents, bons à rien. JE TRAVAILLE MOI !

Oui, depuis que t’es patron, TOUS les autres sont des feignasses qui n’en branlent pas une. Depuis que tu fais 35 euros de chiffre par jour en vendant 3 sandwichs dans une poubelle que t’as rénovée, tu as tous les droits.

Et François là, tu le gonfles déjà, mais il te demande ton numéro d’abonné.

  • Heu, AB54
  • Non ça c’est le numéro de dossier
  • Et vous pouvez pas retrouver mon numéro d’abonné à partir de ça, mais putain vous êtes vraiment trop cons
  • Bip bip bip

Faut le comprendre François. On ferait pareil.

Donc là, tu es au bord de l’apoplexie. C’est la crise cardiaque. Heureusement maintenant ils ont mis des défibrillateurs un peu partout. Tu sais les trucs dont personne ne sait se servir sauf pour faire griller des saucisses. Bon toujours est-il que tu rappelles.

2 heures plus tard, tu tombes, méchamment, sur « Francine ». Alors Francine, elle a décidé que c’était bon là, 6 mois qu’elle travaille au RSI, elle a baissé le rideau, terminé les conneries, ce soir, c’est pas les saucisses qu’elle va griller, c’est sa tronche. Du coup, toutes ces histoires d’agressivité, c’est du passé. Elle veut bien rendre un dernier service avant de partir.

  • Bonjour monsieur, comment puis-je vous aider ? Oui donnez-moi votre numéro de dossier
  • Ah bon, mais l’autre il m’a dit heu que c’était le numéro d’abonné qu’il fallait
  • Oui voilà c’est ça
  • Heu
  • Il commence pas 2 chiffres
  • Bah non c’est AB54
  • Oui voilà c’est ça

Oui, parce que Francine elle veut bien t’aider, mais juste elle peut pas. Elle a été formée 3 heures en arrivant et c’était en arrivant de sa cure de repos, elle était encore shooté, je te raconte pas.

Bref elle finit par te dire qu’il faut payer 1000 euros. Maintenant. Mais il te reste 3 heures pour payer et « non on ne prend pas la CB, ni les virements ».

Bon, tu payes le 3 mars.

Le 20 avril, nouveau courrier :

  • Nous avons bien reçu votre payement de 1000€ en retard. Nous appliquons donc une pénalité de 10%. Vous restez donc nous devoir 12 574 euros

C’est pas vrai les mecs, c’est une farce. Déjà 10% de pénalités quand t’y penses. Mais le RSI œuvre pour l’état, et l’état, il rigole pas sur le sujet. Et l’état c’est nous, alors on devrait être content.

Mais tu devais, soit disant 7000€ dont si t’es en retard, ça devrait faire 700€ d’amende. Pas 1000. Et pourquoi ils te demandent 12 574€ ? Mais tu commences à comprendre qu’il n’y a rien à comprendre, faut payer d’abord et gueuler après.

Encore faut-il les avoir les 12 574€ pour payer. Mais admettons, tu cherches à les joindre du 30 mars au 22 avril et le 23 tu payes 12 574€.

Le 24 avril, ne me demande pas comment c’est possible, mais tu reçois :

« Merci pour votre règlement de 700 euros. N’oubliez pas de nous verser les 32 000 restant avant le 15 aout ».

Là tu te dis  qu’ils sont en cheville avec les plus gros dealers de la région et que la came est consommée pure. Faut que tu te déplaces. Il y a 3 caisses en Ile de France, donc c’est un voyage, c’est sûr. 30 ou 40 bornes pour aller voir tes amis du RSI.

J’espère que t’as vérifié les horaires parce que si tu viens le jeudi à 11 heures au pif, en te disant « Bah non, mais un jeudi à 11 heures, ça passe », ça passe pas. Le deuxième jeudi pair de chaque mois impair ils sont fermés, Le 1er mardi de chaque mois aussi et les mois de moins de 29 jours, ils sont fermés tout le mois.

Mais admettons, admettons que t’arrives un jour où c’est ouvert. Normalement, y-a un car de police devant. Ah bah attends, faut voir la gueule des mecs qui viennent. C’est pas pour offrir des chocolats ou taper la discute, ils sont tous au bord de la crise de nerfs, et comme les employés aussi, ça coince vite.

Toi, t’as pris un petit canif avant de partir, mais c’est en défensif, la plupart des autres, ils sont venus pour régler ça dans le sang.

Quand tu travailles au RSI, t’as la même espérance de vie qu’un cancéreux en phase 5. Four ou couteau, la sortie va être brutale.

Blague à part, le RSI fait vivre un cauchemar kafkaïen permanent à des centaines de milliers de personnes et le sujet a finalement très peu d’écho. Un article par-ci par-là, mais globalement, tout le monde s’en cogne :

– Soit t’es de gauche et tu t’en branles des patrons parce que tu les mets tous dans le même sac : le mec qui gagne 5 M€ par mois et le pauvre type qui galère en bossant 60 heures par semaine pour se payer un gros smic. Pour toi c’est pareil, parce que c’est plus simple d’avoir des préjugés que des sentiments.

– Ou alors t’es de droite, mais si t’es de droite, tu vas surtout défendre les gros patrons, oubliant consciencieusement les petits. Je sais pas pourquoi, c’est bizarre. Et si t’es un gros patron, tu t’en branles, t’as une armée de gens qui font toute la paperasse pour toi et qui supportent pour toi toute cette folie.

Bref, bienvenue au RSI.

Comment la présidentielle réalise le scénario dont on ne voulait surtout pas

Après cinq ans de déclin hollandiste, on avait rêvé un scénario de sursaut. Face à l’érosion française qu’on constate sur tous les fronts (sociaux, économiques, culturels, scolaires), face à ce lent déclin du pays comme un vieux rafiot qui s’enfonce dans les eaux sans qu’on n’y prenne garde (et un jour on a les pieds mouillés, on se demande pourquoi), on attendait un débat, un affrontement idéologique, une controverse sur les moyens d’en sortir. Et patatras… rien de tout cela, mais un déluge d’immondices et de promesses gratuites faites au petit bonheur la chance dans l’espoir de séduire qui les agriculteurs, qui les entrepreneurs, qui les enseignants.

Bref! tout ce qu’on ne voulait pas!

Comment en sommes-nous arrivés là? De la réaction nobiliaire et de ses petits secrets

Après la primaire des républicains, on aurait pu imaginer le meilleur. Le débat d’idées était lancé. On pouvait contester le fond, certes, mais on s’apprêtait à entendre des arguments. La primaire socialiste elle-même n’a pas déçu. Benoît Hamon portait un projet qui avait sa cohérence, et qui laissait espérer une délibération collective sur des projets de société.

Puis sont venues les affaires, dont le rythme de divulgation et de reprise par les médias a confirmé ce qu’on pressentait: dans l’ombre, des « indics » avaient décidé de balancer des dossiers pour changer la donne. Et, progressivement, les affaires ont saturé le débat jusqu’à rendre impossible toute ouverture sur les sujets d’intérêt général.

Ici se met en place une mécanique infernale où l’on mesure les inconvénients d’un ordre médiatique subventionné par l’Etat et détenu par quelques grandes fortunes. Là où les propriétaires des journaux auraient pu imposer un code de bonne conduite et recentrer le débat, chacun y est allé de sa contribution à l’immondice (au nom, bien entendu, de la lutte contre la démagogie et le populisme). Avec un objectif tacite: éviter de donner à un candidat la légitimité nécessaire pour réformer la société.

L’absence de débat de fond a mécaniquement profité à celui qui n’avait pas de programme

Il y a évidemment deux lectures possibles de cet engouement médiatique pour la fange et de cette aversion pour le débat démocratique. L’une est de dire qu’on n’y pouvait rien et qu’il fallait laisser faire. L’autre est d’admettre que l’absence de débat sur les programmes a fait le jeu de celui qui n’avait pas de programme. Et que, l’un dans l’autre, on a continué à faire de la politique comme avant: pour soutenir le copain dont la seule ambition est de rester copain avec tout le monde, la meilleure façon était d’amuser la galerie avec des affaires crapuleuses et d’occulter ainsi le vide de sa vision.

Et ça a marché! Macron a réussi l’exploit d’occuper le devant de la scène médiatique sans faire une proposition concrète au petit peuple. Il a produit une sorte de document programmatique, mais si vague qu’il veut tout et rien dire. Et il s’abstient savamment de l’évoquer lorsqu’il est en public. Jamais on a vu une telle duperie avec la complicité d’autant de bien-pensants.

L’usurpation de démocratie à laquelle nous assistons est une bombe à retardement

Donc, imaginons qu’un jour les élections auront lieu et qu’un candidat sera élu. On peut en parler au conditionnel, puisque le Canard Enchaîné d’hier évoquait les voix de droite comme de gauche qui s’apprêtaient à plaider pour un report de l’élection (en s’appuyant notamment sur l’état de santé de François Fillon, réputé « empêchable »). Ce jour-là, il faudra bien prendre des mesures, des décisions, organiser une politique concrète. Or, quel Français peut aujourd’hui considérer qu’il a bénéficié d’une information suffisante et suffisamment éclairante sur les programmes des candidats?

En dehors des mises en examen et des soupçons généralisés qui pèsent sur chacun d’eux, la connaissance des idées est devenue chose accessoire.

Et voilà une bombe à retardement. Soyons honnêtes: en dehors du programme de François Fillon, qui a annoncé des baisses drastiques de fonctionnaires, et de celui de Marine Le Pen, qui a annoncé l’inverse mais entend bien s’en prendre aux immigrés, et partiellement de celui de Mélenchon, qui annonce des augmentations de dépenses et des mesures économiques brutales pour les entreprises, le débat n’a guère permis d’en savoir plus.

Le jour J, donc, en particulier celui des augmentations d’impôt pour financer les promesses, le réveil citoyen risque d’être très douloureux.

Un pas de plus vers une aventure inattendue

Alors que la présidentielle de 2017 devait permettre un sursaut, elle confirme donc que la France s’englue plus que jamais dans un immobilisme opaque, où les décisions sont prises sans qu’on les comprenne. Et sans qu’on ne voit leur rapport avec l’intérêt général.

Les électeurs de Fillon voteront-ils ou non Marine Le Pen au second tour?

Quel choix les électeurs de Fillon feront-ils si leur candidat n’est pas présent au second tour et si leur choix doit ou non se porter sur Marine Le Pen? Cet article offre une sorte de micro-trottoir sur le sujet, qui conclut à une forte indécision…

Petit souvenir d’Alsace

Après ma soirée en Alsace, j’ai interrogé deux personnes qui avaient assisté à ma conférence. Ces deux quidam avaient eu des fonctions de chefs d’entreprise dans la région, mais étaient désormais retraités. Tous les deux ont manifesté la même gêne vis-à-vis du candidat républicain, en assurant immédiatement que les affaires n’auraient pas d’impact sur leur vote. Unanimement, l’ambition économique et réformatrice du programme de Fillon a justifié à leurs yeux une absolution, ou en tout cas une indulgence vis-à-vis des faits évoqués dans la presse.

En grattant un peu, on pouvait quand même comprendre que l’idée de recevoir des costumes gratuits offerts par Robert Bourgi en plein Pénelopegate les a désarçonnés. Paradoxalement, on peut penser que cette affaire des costumes les a plus perturbés que les affaires de Pénélope.

Sur le fond, ces électeur « naturels » et convaincus donnaient peu de chance à leur candidat de passer le cap du premier tour. Je les ai sentis réservés sur la possibilité ou non de voter Marine Le Pen au second tour.

La vraie impopularité de Marine Le Pen dans l’électorat gaulliste traditionnel

Une discussion au fil de l’eau avec une nonagénaire bon pied bon oeil, bourgeoise parisienne lectrice du Figaro Magazine m’a révélé une dimension plutôt inattendue: l’impopularité profonde de Marine Le Pen dans l’univers gaulliste traditionnel. La présidente du Front National est jugée trop « carnassière ». Le mot dit bien toute la profondeur du ressenti gaullien face à la famille nationaliste, et toute la difficulté de la dédiabolisation du Front National.

Selon toute vraisemblance, une absence de François Fillon au second tour conduira cet électorat à l’abstention… À bon entendeur…

Les milieux économiques profondément divisés

Dans les milieux économiques, le doute est beaucoup plus profond, et d’autant plus compliqué à dissiper que l’aveu d’un vote Le Pen reste encore très souvent un tabou.

Dans cet univers, quatre groupes se distinguent.

Il y a d’abord ceux que l’affaire du Penelopegate a immédiatement écoeurés. Ceux-là ont rejoint, avec armes et bagages et depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron. Ce dernier les rassure en partie par sa proximité avec le grand capital, et son style « nouveau » séduit.

Parmi ceux qui sont restés fidèles à Fillon, la perspective d’un second tour Macron-Le Pen divise.

Certains se sentent plutôt proches d’Emmanuel Macron même si les flous programmatiques du candidat et les ralliements massifs du Parti Socialiste les gênent. Ils voient bien qu’il y a du hollandisme en Macron, mais l’aspect « moderne » du personnage tempère leur réticence. C’est au fond l’homme du moindre mal et, là encore, sa proximité avec les milieux d’affaires rassure.

D’autres seraient prêts à voter Marine Le Pen, même si ce choix reste encore dissimulé par souci des convenances. Cette inclination est surtout marquée dans l’aile catholique traditionnelle, de goût plutôt royaliste et méfiante vis-à-vis de la tradition gaullienne. Mais on y trouve un certain nombre de décideurs exaspérés par l’étranglement fiscal en cours et convaincus que le Front National constituera un électrochoc salutaire.

Un dernier lot dont les proportions sont encore mal connues se réfugiera probablement dans une abstention résignée, pour ainsi dire mélancolique. Mais leur rejet du Front National est aussi fort que leur rejet du macronisme.

Une masse variable de votes Le Pen selon les hypothèses du deuxième tour

Pour l’instant, le recours à l’abstention est surtout évalué selon l’hypothèse d’un deuxième tour Macron-Le Pen, largement « fabriqué » par les medias. Une approche du pays réel laisse plus dubitatif sur l’ampleur réel du vote Macron, et rien n’exclut que Fillon soit au second tour. Pour l’instant, toutefois, ses soutiens peuvent lui faire le reproche de trop répondre au dénigrement dont il est l’objet et de ne pas porter assez clairement les réformes qu’il propose.

Dans les autres hypothèses – celle où ni Macron, ni Fillon, ne passeraient le cap du premier tour, le poids de l’abstention ou du vote Le Pen seraient probablement à réévaluer. Ainsi, dans le cas de figure d’un second tour Hamon-Le Pen ou Mélenchon-Le Pen, il est probable que le poids de l’abstention grossirait du fait de l’absence de Macron, et que le report de voix en faveur de Marine Le Pen serait parallèlement plus net.

Pour le Front National, l’hypothèse d’un second tour avec Mélenchon constituerait donc une aubaine…

Assurance chômage: les partenaires sociaux croient à la victoire de Macron

Les partenaires sociaux craignent-ils, plus que la peste, la victoire d’Emmanuel Macron aux prochaines élections présidentielles? La conclusion pour ainsi dire miraculeuse d’un accord sur l’assurance chômage le laisse penser.

Macron, fléau des partenaires sociaux?

Rappelons-le, Emmanuel Macron a d’ores et déjà pris une ligne jacobine qui agace voire inquiète les organisations syndicales. Ses annonces, qui portent notamment sur une véritable réforme systémique de la sécurité sociale, ont commencé à faire craindre le pire: une remise en cause du paritarisme de gestion.

C’est dans ce contexte d’angoisse que les partenaires sociaux ont remis sur le métier la négociation de la convention d’assurance-chômage, dont le déficit est abyssal.

Les annonces de Macron sur le chômage

Concernant l’assurance-chômage, Emmanuel Macron a proposé une fiscalisation de l’assurance chômage, c’est-à-dire son étatisation. Voilà qui signifierait la fin du petit sketch triennal de la renégociation de la convention. En signant une nouvelle convention triennale avant la présidentielle, les partenaires sociaux imaginent donc bloquer pour trois ans toute réforme systémique… en cas de victoire de Macron.

C’est comme ça qu’il faut comprendre l’empressement soudain des partenaires à signer un texte qui laisse à désirer. Nécessité fait loi! Bien entendu, la conviction qu’une signature entre partenaires sociaux permettra d’éviter une mesure politique expéditive est illusoire. Mais elle a le mérite de compliquer singulièrement une décision qui émanerait d’un jeune président fraîchement élu. Pour ce dernier, le coup de force contre les partenaires sociaux sera beaucoup plus compliqué désormais.

L’angoisse cachée du MEDEF

Au passage, il ne faudrait pas sous-estimer, dans cet empressement, l’angoisse qui a saisi le MEDEF face au risque immédiat que représente une victoire d’Emmanuel Macron. Ce dernier a en effet annoncé qu’il entendait étendre l’assurance chômage aux travailleurs indépendants. Oui, mais alors que faire de la Garantie Sociale Chômage (GSC) gérée par l’AGS, association fondée en 1973 par le CNPF?

C’est pour cette raison que le MEDEF a concédé une augmentation (temporaire) des cotisations chômage aux organisations syndicales. Le mouvement patronal accepte donc d’enchérir les charges qui pèsent sur les entreprises pour sauver une gestion paritaire dont il tire profit…

La fragilité de la convention chômage

Signalons encore une fois l’extrême fragilité de l’ensemble de ce dispositif. Les partenaires sociaux n’ont en effet respecté aucune des procédures de mise en concurrence de l’UNEDIC pour gérer le régime chômage, ce qui est contraire au code du Travail et au droit communautaire. Rien que par amusement, donc, un bon contentieux permettrait de faire tomber le château de cartes.

La France insoumise survivra-t-elle à Mélenchon?

Mon interview par Atlantico sur la situation de Mélenchon.

Si Jean Luc Mélenchon n’emportait pas cette élection présidentielle, et dans le cas où il ne se représenterait pas en 2022, quel avenir peut-on imaginer pour le capital accumulé par le candidat de la France Insoumise ?

Vous posez l’éternel problème des courants de pensée sans parti politique, ce qui correspond au choix initial de Mélenchon de se couper à la fois du parti communiste et du parti socialiste. C’est une forme de césarisme de gauche qui s’organise autour de ce tribun hors pair, mais qui a toujours maltraité les appareils politiques à force de vouloir en tirer le meilleur parti. N’oublions pas qu’à une époque Mélenchon fut le leader de la gauche socialiste, au sein du Parti Socialiste, aux côtés de Dray. Ce dernier a su s’assagir et se rattraper aux branches du hollandisme. Mélenchon a fait, pour sa part, le choix de la rupture après une allégeance à Mitterrand dans les années 80. Les deux hommes ont donc, à certains égards, des parcours inversés. Et c’est bien le paradoxe Mélenchon qui est à l’oeuvre. Le bonhomme adore parler d’action collective, de construction révolutionnaire, de mouvement social, mais il est le plus bonapartiste de tout le paysage français, en ce sens qu’en dehors de lui son mouvement n’existe pas. Sur ce point, il a perdu l’an dernier son âme damnée François Delapierre, décédé prématurément et qui était le seul, parce qu’il « pensait Mélenchon » avec lucidité, à pouvoir donner vie au mouvement après le départ du chef. Ceux qui suivent, les Corbière, les Coquerel, les Autain, e sont pas calibrés pour lui succéder et sont de toute façon trop opportunistes pour faire vivre un mouvement durable. On ne tardera pas à la voir. On assistera donc progressivement à la dilapidation des acquis mélenchoniens.

N’y a–t-il pas un risque qu’il se passe à terme la même chose que pour François Bayrou en 2007 ? A savoir une forte baisse dans son électorat ?

​Exactement! C’est toute la difficulté, redisons-le, d’un mouvement politique taillé autour des hommes et des femmes et non autour des idées. Les personnalités expriment à un moment, avec leur charisme personnel, une sorte de veine naturelle dans l’opinion publique. De même qu’il existe une sensibilité démocrate chrétienne en France que Bayrou a su exprimer un moment, il existe une veine révolutionnaire plutôt jacobine en France que Mélenchon incarne aujourd’hui mais qu’il n’incarnera plus demain car son moment sera passé. C’est en ce sens que les partis politiques participent de la démocratie. Par leur existence, par leur structuration, ils pérennisent des expressions politiques en dehors des gens qui les forment, et leur durée de vie est bien le signe que les idées survivent aux gens qui les portent. Ce n’est pas pour cette raison que les partis sont éternels. L’opinion publique évolue et elle rebat régulièrement les cartes, ce qui oblige à repenser les partis en question. Il n’en reste pas moins que, au-delà de leurs responsables, les partis subsistent, même si on peut noter la difficulté pour eux d’exister durablement en dehors des clivages historiques. Le Front National est le seul parti qui puisse aujourd’hui se targuer d’avoir bousculer le jeu du PS et des Républicains pendant plusieurs décennies.

Pourrait-il y avoir une porte ouverte au Parti Socialiste pour occuper cet espace plus à gauche ?

​N’oublions pas que Mélenchon est issu du PS. Il y dirigeait la gauche socialiste avec Julien Dray et quelques autres, dont la majorité s’est raccrochée opportunément aux branches du hollandisme. Il y côtoyait Gérard Filoche, qui est resté au PS, trop conscient des risques que présentait une aventure à la Mélenchon. Certains se souviendront même qu’au tournant des années 2000, Emmanuelli et Mélenchon avaient songé quitter le pays pour créer un nouveau parti ou un nouveau mouvement. Finalement, seul Mélenchon a choisi, plusieurs années après, de tester cette aventure. Il ne serait donc pas absurde que certains des « insoumis » actuels reviennent au bercail une fois le gourou parti. Certains y pensent probablement et ont très vraisemblablement commencé à poser quelques fondamentaux en ce sens. La question se posera en effet très vite après les élections: comment continuer un mouvement après Mélenchon si Mélenchon perd. La question sera posé avec d’autant plus d’acuité si Mélenchon fait un score décevant. En revanche, s’il crée la surprise au premier tour (ce qui n’est pas exclu), les données du problème seront très différentes et une dynamique nouvelle risque bien de submerger le parti socialiste.