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Auteur : Eric Verhaeghe

RSI: soyez cohérent, Monsieur Macron!

Depuis 2015, Emmanuel Macron propose de fondre le régime social des indépendants (RSI) dans le régime général de la sécurité sociale. Cette idée folle (qui compte un certain nombre de partisans, notamment parmi les candidats à la présidentielle) est un démenti puissant à toutes les promesses (non chiffrées et non détaillées) qu’Emmanuel Macron a faites jusqu’ici sur la protection sociale. Il est temps que celui qui se présente volontiers comme le candidat des entrepreneurs jette le masque et revienne à la cohérence de ses propositions.

La fusion du RSI avec le régime général posera un problème juridique

Expliquons d’abord clairement pourquoi la fusion du RSI avec le régime général sera compliquée à défendre.

Par nature, la sécurité sociale est un dispositif conçu pour les salariés, et financé d’ordinairement conjointement (dans des proportions diverses) par les salariés et leur employeur. C’est notamment ce que prévoit ou suggère la convention n°102 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT)

Intégrer dans un système de ce type les employeurs eux-mêmes posera un problème d’égalité de traitement. On voit mal en effet comment calculer la juste contribution de l’employeur à sa propre protection. Sauf à expliquer clairement que la sécurité sociale est un système de solidarité où la cotisation est indépendante du risque… mais dans ce cas, il faudra tenir des capacités contributives de chacun et reconnaître que le financement se fait par l’impôt et non par une cotisation. On souhaite bon amusement à celui qui mettra le doigt dans cette toile d’araignée: la poudrière risque bien d’exploser ce jour-là.

L’assimilation des entrepreneurs aux salariés est un suicide

Autre problème: l’absorption des entrepreneurs par le régime des salariés finira de décourager les premiers, et constituera un nouvel impôt au bénéfice des seconds. Les entrepreneurs sont en effet moins malades et partent moins à la retraite que les salariés. Intégrer les entrepreneurs dans le régime général signifie donc, purement et simplement, une augmentation brutale et injustifiée de cotisations pour les entrepreneurs, et un transfert de ce surplus vers des salariés déjà fortement subventionnés par leur employeur.

Tout ceci s’appuiera sur une fonction: le besoin de protection serait le même entre des gens qui louent leur force de travail à un patron et les patrons eux-mêmes.

Ah! le grand rêve soviétique de la dékoulakisation enfin réalisé en France!

Les entrepreneurs ne veulent pas supprimer le RSI, ils veulent supprimer son monopole

La suppression du RSI n’a jamais été demandée par les entrepreneurs. Ce qu’ils souhaitent simplement, c’est la fin de son monopole. Ce que souhaitent les entrepreneurs, c’est pouvoir adhérer à la caisse de protection sociale de leur choix, y compris à une caisse étrangère.

De cette façon, ils pourraient rejoindre les plusieurs dizaines de milliers d’entrepreneurs déjà « libérés » qui cotisent parfois pour dix fois moins cher qu’au RSI, dont les frais de fonctionnement sont par ailleurs délirants.

Les entrepreneurs sont sur une ligne « Macron »

Au fond, que demandent les entrepreneurs? qu’on les laisse en paix, et qu’on les laisse choisir leur protection sociale sur une base individuelle.

Qui avait proposé de fonder la protection sociale sur cette idée? Emmanuel Macron, dans son discours de Montpellier, en octobre 2016. Il avait alors déclaré:

«Pour ne laisser personne au bord de la route, la protection sociale doit désormais se fonder sur l’individu.»

Macron, meilleur ennemi idéologique de Macron?

Depuis ce discours d’avant-candidature officielle, Emmanuel Macron a donc effectué un virage à 360° sur un sujet sensible, qui touche à la fibre entrepreneuriale en France. Après avoir promis une réforme structurelle de la protection sociale, très prometteuse, le voici occupé à colmater les brèches du système existant, et même occupé à lui assurer son expansion.

La suppression du RSI et son absorption par le régime général n’est en effet rien d’autre qu’une nouvelle conquête menée par un système de sécurité sociale pourtant coûteux et inefficace.

Cette idée est à rebours de l’intérêt des entrepreneurs.

Macron dans la lignée de la technostructure

Ce faisant, ce ralliement discret mais dangereux d’Emmanuel Macron au tout Sécurité Sociale n’est pas complètement surprenant. Il rejoint ici la longue lignée des membres de la technostructure qui portent l’idéologie du jardin à la française. Cette idéologie est fondée sur une détestation de la « concurrence éparpillée » qui prévalait dans la protection sociale française avant 1941.

Rappelons que, contrairement à la légende dominante à gauche, la sécurité sociale n’est pas une conquête de la Résistance en 1945, mais une invention de la technostructure par conseillers d’Etat interposés, datant de 1940.

Emmanuel Macron rejoint aujourd’hui cette tradition.

Le salaire des cadres dirigeants du RSI augmenté de 13% en 2017

C’est une sacrée bonne nouvelle que relaie la CGT du RSI: les cadres du régimes ont obtenu une augmentation de salaire de 13% fin 2016! Voilà une juste reconnaissance de leur performance, injustement méconnue par les bénéficiaires du régime.

On lira avec plaisir le texte du tract syndical:

La CGT a appris, lors de la Commission Paritaire du 12 janvier 2017, qu’une négociation « off » avait eu lieu concernant nos cher(e)s Agents de Direction.

En effet, à l’insu de toutes les Organisations Syndicales représentatives du personnel et au mépris du rapport de la Cour des comptes, il aurait été octroyé, fin 2016, aux Agents de Directions des caisses appelées à fusionner, de 30 à 50 points et 13% d’augmentation de salaire.

C’est scandaleux et déloyal !!!

Cette généreuse augmentation a pour objet de compenser, du fait de Trajectoire 2018, les trajets entre caisses, le management à distance….

Pendant ce temps … qu’est-il prévu pour les autres catégories du personnel ?

Rien, nada, zéro … pour les cadres alors qu’eux aussi doivent se déplacer et manager sur plusieurs sites.

Et toujours moins pour les agents qui subissent de plein fouet les fusions, mutualisations, réorganisations, LURA, PUMA et autres RCT…

La CGT rappelle aussi que Trajectoire 2018 a été décidé par les directeurs, pour les directeurs et que les récompenses ne vont qu’à eux alors que le travail est celui de l’ensemble des salariés !

Puisqu’en dehors de tout cadre de négociation salariale, la Caisse Nationale trouve des budgets pour nos chers AD nous attendons avec impatience qu’une véritable négociation ait lieu pour les salariés !

La CGT rappelle que le blocage du point sur 10 ans a entamé notre pouvoir d’achat de 9% ! Avec les 3.6cts de hausse de 2016 le compte n’y est toujours pas !!

La CGT EXIGE DES AVANCEES SALARIALES DANS LES PLUS BREFS DELAIS !!!

Quelques petites choses non dites dans le Fillongate

Bien sûr, le Fillongate sent le souffre. Et bien sûr, la défense maladroite de Fillon donne le sentiment aux Français que le bonhomme a quelque chose à cacher. Ma conviction intime est pourtant que la maladresse de notre ancien Premier Ministre ne cache sur le fond rien d’autre… qu’une bonne foi assez naïve. On peut, au pire, reprocher à l’impétrant sa rupture de compréhension avec le pays réel. Pour le reste, les choix de François Fillon apparaissent presque comme marqués par une confondante (et pour ainsi dire déplacée) honnêteté.

Un élu a-t-il encore une vie privée?

Dans son discours de Poitiers, hier, François Fillon a évoqué, pour sa défense, tout ce qu’il avait donné au pays comme gage de son honnêteté. Je ne sais pas si l’argument est audible par le grand public, en revanche je le crois profondément sincère.

Les citoyens perçoivent souvent mal ce qu’est l’engagement politique en France. De fait, le parcours d’un François Fillon, c’est d’abord une vie de sacrifice personnel. Tant qu’on n’a pas bu le sirop du « système », on ne peut le comprendre. Mais la République adore dévorer le temps de ses élus. Elle exige d’eux un sacerdoce complet: pas de week-end, pas de soirée en famille, pas de vacances. Un élu ambitieux, en France, se donne à la cause et fait abstraction de tout.

Certains ont pu reprocher à François Fillon d’avoir mêlé vie privée et vie publique. J’imagine assez bien que sa femme lui a longtemps reproché de renoncer à sa vie privée pour sa vie publique. Et qu’en contrepartie, Fillon a, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, considéré que les émoluments de sa femme, de ses enfants, étaient la juste contrepartie de ce lourd tribut payé à la cause publique.

Cela ne signifie pas qu’il faille obligatoirement partagé son choix. En revanche, on peut comprendre comment ce genre d’idée peut venir à l’esprit: parce que je suis élu, je n’ai jamais le temps de voir ma femme et mes enfants. Il est bien normal que tout cela ait un prix.

Un élu connaît-il encore les salaires moyens en France?

Les montants de salaire attribués à Pénélope Fillon sont, au regard des salaires moyens versés en France, très élevés. François Fillon, avec une tendre naïveté confondante, semble ne pas avoir anticipé les réactions hallucinées de Madame Michu à la découverte de ces chiffres. Avec beaucoup de malice, le Canard Enchaîné a d’ailleurs les sommes nettes mensuelles en brut annuel chargé et cumulé sur plusieurs années.

C’était évidemment très vicieux, parce qu’un Français moyen, payé 2.000 euros nets par mois, serait surpris de découvrir qu’il coûte, en dix ans, environ 500.000 euros. Et on lui soutiendrait qu’en 10 ans de salaires il a perçu 500.000 euros, il tomberait des nues. C’est pourtant bien ce chiffre qui est le bon, et l’on reste confondu de n’avoir pas entendu, dans la bouche de François Fillon, un rappel de ces chiffres.

Là encore, on y verra une marque de sincérité et de bonne foi de François Fillon. L’homme n’a pas imaginé un seul instant qu’il avait à relativiser les sommes perçues par sa femme, tant elles lui semblent normales et non choquantes. Cela ne signifie pas, là encore, que François Fillon a fait les bons choix et, à coup sûr, on peut lui reprocher son manque de lucidité quand à la réaction « moyenne » des Français sur la question des rémunérations.

Simplement, ramené à un salaire mensuel net, la situation de Pénélope Fillon est moins choquante que les chiffres avancés par le Canard au regard de la rémunération moyenne en France.

François Fillon, un consultant dans les prix moyens du marché

Autre point reproché à François Fillon: les rémunérations qu’il a perçues comme lobbyiste dans le cadre de sa société 2F conseil. Sympathiquement, François Bayrou l’a accusé d’être à la botte des puissances d’argent. Voilà qui vaut son pesant de cacahuètes car, encore une fois, le positionnement stratégique de Fillon paraît étrangement naïf.

Dans la pratique, Fillon semble avoir pratiqué un système que les lobbyistes connaissent bien: la facturation à 10.000 euros par mois. Mises bout à bout, c’est à peu près à ce chiffre qu’aboutissent les factures évoquées par la presse.

Là encore, pour le Français moyen, la somme est extravagante. Mais, François Bayrou le sait, elle ne correspond ni plus ni moins qu’aux tarifs du marché pour ce genre de prestations, et on pourrait même s’étonner que, au vu de sa carrière et de son carnet d’adresses, François Fillon n’ait pas pratiqué des tarifs plus élevés.

Rappelons ici que le tarif de 10.000 euros par mois était celui des contrats souscrits par Mathieu Gallet, alors l’INA, pour faire carrière grâce à l’appui de lobbyistes personnels. Là encore, la pratique est méconnue des Français et les choque sans doute. Mais c’est une habitude dans le milieu de pratiquer ce tarif pour favoriser quelqu’un dans les milieux autorisés. La progression sociale se paie…

Le Fillongate, où le procès d’un homme moyen, trop moyen?

Que nous dit Fillon, aujourd’hui, sinon qu’il n’a rien commis d’illégal? Et, pourrait-il ajouter, il s’est, au regard des pratiques habituelles dans le microcosme aristocratique parisien, montré plutôt raisonnable.

Que lui répond l’opinion publique? Que la légalité n’a rien à avoir dans cette affaire. Que tout est une question de valeur et de morale.

Et c’est bien le reproche que l’on peut faire à François Fillon: celui d’avoir oublié que les pratiques en vigueur dans l’élite parisienne n’ont libre cours que parce que les Français ne les connaissent pas. C’est d’ailleurs pourquoi la technostructure française déteste la transparence: elle sait parfaitement que si les Français savaient, les choses changeraient.

Et, brutalement, les Français découvrent comment les choses fonctionnent. Et soudain ils comprennent que, si l’ouvrier de l’usine se voit refuser une augmentation de vingt euros par mois, c’est pour qu’une élite puisse, en toute bonne conscience, et en ayant le sentiment de simplement recevoir son dû, se gaver. Dans ce jeu, Fillon est loin d’avoir été le pire. Mais il est coupable de n’avoir pas compris que cette « médiocrité » ne suffit pas à absoudre des élites coupées du peuple.

Les médias vont-ils priver les Français d’une vraie présidentielle?

L’atmosphère délétère qui règne dans le pays conduira à priver les Français d’une véritable présidentielle? En regardant BFM TV hier soir pendant une heure et demie, et en feuilletant la presse de-ci de-là, c’est quand même bien le sentiment qu’on peut avoir.

Pendant 90 minutes, BFM n’évoque que trois candidats

J’ai regardé BFM TV hier soir entre 21 heures et 22 heures 30, d’une oreille discrète comme toujours le soir quand je prépare mes papiers du lendemain. Sauf à ce que mon inattention ait été plus grande que d’habitude, j’ai retenu deux idées martelées pendant toute la soirée.

La première est que François Fillon n’ose plus sortir de chez lui et qu’il évite soigneusement le contact avec les vraies gens. Un commentateur expliquait même que son discours était inaudible depuis les affaires Pénélope. D’ailleurs, ledit commentateur n’a pas jugé utile de relayer les propos du candidat.

La deuxième est qu’un sondage publié dans la journée donnait pour la première fois Macron deuxième du premier tour, derrière Marine Le Pen. Donc, deux débats ont suivi, opposant le camp Macron et le camp Le Pen. Plus la peine de parler d’autre chose. Et voilà, c’est fait, Mesdames et Messieurs, le résultat du premier tour est proclamé par BFM.

Et Hamon? et Mélenchon? et Dupont-Aignan? et Jadot? visiblement, ils ne font plus partie de l’actualité.

Pas une question pertinente des journalistes

Au passage, les deux débats entre les deux camps (Rachline puis Philippot pour le Front, Ferrand puis Griveaux pour Macron) se sont résumés à ce qu’on déteste: des confrontations oeil pour oeil dent pour dent sur le thème de: « C’est moi qui en ai une plus grosse ».

Pourtant, le matin, la Cour des Comptes avait alerté sur l’état des finances publiques et sur la contrainte que celles-ci exerceraient sur le prochain quinquennat. Mais ni les partisans de Macron ni les partisans de Le Pen n’avaient manifestement envie d’expliquer comment leur héros prendrait ces recommandations en compte.

Et là, tu comprends que ni Macron ni Le Pen n’ont la moindre idée sur les réformes de structure qu’ils vont mener s’ils arrivent au pouvoir.

Macron, fabriqué de toutes pièces par les medias

Il y a quelques jours, une journaliste de l’AFP m’a appelé pour m’interviewer sur les préoccupations des start-uppers dans le cadre de la présidentielle Naïvement, j’ai commencé à parler du RSI, de la complexité réglementaire, et toutes choses qu’elle n’avait manifestement pas envie d’entendre. Elle m’a sèchement coupé la parole pour me demander:

« Mais enfin, est-ce que vous aussi vous considérer que Macron est le candidat qui vous représente le mieux? »

Elle avait manifestement une commande de sa hiérarchie: présenter Macron comme l’homme de la modernité, l’homme des entrepreneurs.

« Vous me confirmez que les entrepreneurs du numérique sont centre gauche et détestent les extrêmes? »

Voilà ce qui s’appelle orienter l’information. J’imagine que cette propagandiste doit, le samedi en famille, donner de grandes leçons de déontologie et d’indépendance de la presse.

Où l’on comprend pourquoi Drahi a acheté des groupes de presse

La campagne des présidentielles permet de comprendre pourquoi Patrick Drahi, ce Ponzi des temps modernes, peut-être devenu too big to fail au point de tenir le pays par la catastrophe qu’il causerait s’il était mis en difficulté, a acheté autant de titres et de medias. Pendant six mois tous les cinq ans, sa machine se mettra « En Marche! » pour pousser le candidat dont il a besoin pour prospérer.

Désolé, mais qu’on ne me demande de dire du bien de ce système fondé sur les illusions télévisuelles et sur l’illusion qu’on gouverne avec des illusions.

Tous ces gens font des calculs à court terme qui tue la bête, la République, à petits feux. Là où il faudrait une thérapie durable et responsable pour reconstituer le patrimoine qu’ils sont en train de dilapider.

Vers la présidentielle la plus fermée qu’on n’ait jamais eue?

Il y a quelques semaines, comme beaucoup, j’imaginais que la présidentielle de 2017 serait ouverte et aurait le mérite d’ouvrir un véritable débat sur les programmes et les solutions collectives à adopter pour redresser le pays. Les débats qui avaient eu lieu aux primaires laissaient augurer le meilleur. Avec la complicité, de mon point de vue coupable, du Canard Enchaîné, le débat dont nous avions besoin s’est transformé en champ d’ordures. On nous a volé notre présidentielle.

Le Canard Enchaîné pouvait-il priver les Français de leur débat?

Bien entendu que le Canard dispose des éléments qu’il a publiés depuis plusieurs semaines. De façon très professionnelle, le journal fait ses choux gras de « scoops » bien documentés qui vont lui rapporter de l’argent et accroître sa cagnotte. C’est bien légitime d’un point de vue commercial.

Politiquement, le choix fait par l’hebdomadaire laisse quand même perplexe. Les patrons du Canard ont intentionnellement torpillé une candidature qui devait être majoritaire dans le pays. Par ce choix éditorial, la moitié de l’opinion, ou en tout cas une grande part d’entre elle, est privée d’une voix au scrutin. Il est en effet évident que Fillon est aujourd’hui carbonisé et que le débat ne se tient plus dans des termes satisfaisants.

Dieu (ou l’un de ses substituts selon les croyances de chacun) seul sait dans quelle aventure le Canard nous a embarqués.

La Cour des Comptes annonce un quinquennat de tous les dangers

Il faut lire le rapport annuel de la Cour des Comptes. D’abord parce qu’il a le bon goût d’étriller les pratiques corporatistes à la française qui deviennent insupportables avec le temps: le corporatisme patronal financé par le contribuable, le corporatisme de la fraude à la formation professionnelle, le corporatisme au sein des administrations publiques, le clientélisme de la santé publique en France (dont on ne dira jamais assez le coût pour l’assuré), tout cela maquillé sous des discours lénifiants, comme celui de l’écologie à Paris, qui cache de grosses bulles de mensonge.

Surtout, la Cour a l’intelligence de consacrer un extrait de son rapport annuel à la situation réelle des finances publiques qui laisse place à peu d’ambiguïté sur ce que sera le prochain quinquennat.

Un appel à la stabilité des dépenses publiques jusqu’en 2020

Sans entrer ici dans le détail de l’analyse, la Cour affirme que, pour tenir ses engagements européens, la France devra respecter une stabilité de la dépense publique. On notera les propos tenus:

Une telle maîtrise des dépenses publiques est possible : depuis 2010, de nombreux pays européens ont mené des politiques ambitieuses de réduction des dépenses publiques et leur poids dans le PIB a baissé en moyenne dans la zone euro, alors qu’il est globalement stable en France.

Mais l’effort à mener est en réalité supérieur à ce que les chiffres présentés dans les projections pluriannuelles de finances publiques laissent apparaître. En effet, ces projections reposent sur des hypothèses de croissance optimistes, avec un retour de la croissance à 2,0 % en 2020, favorisant la hausse des recettes et une réduction sensible du déficit conjoncturel. Avec des hypothèses de croissance plus prudentes, c’est ainsi une baisse de la dépense publique en volume qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs affichés de réduction du déficit public.

Par ailleurs, une part significative de la modération de la dépense publique entre 2010 et 2015 provient de la baisse de la charge d’intérêts, sur laquelle il paraît peu prudent de compter désormais pour faire baisser la dépense : alors que la baisse de la charge d’intérêts avait contribué à freiner la dépense entre 2010 et 2015, l’intégralité de la baisse de la dépense devrait porter à l’horizon 2020 sur les autres dépenses.

Le tableau est posé. Soit la France veut tenir ses engagements, et elle devra réformer en profondeur. Soit elle ne veut pas réformer, et adieu les engagements communautaires.

La Cour des Comptes demande un effort inédit

Impossible donc de ne pas noter l’avertissement qui est dressé dans le cadre de la présidentielle à venir, et qui est probablement le seul véritable marqueur du débat: tenir ou pas les engagements financiers de la France devant l’Union Européenne. En réalité, l’essentiel du choix à opérer en mai 2017 portera sur l’ambition ou non de procéder à des réformes de structure.

Sur ce point, la Cour renvoie chaque électeur à sa conscience. Sa démonstration est claire: imaginer que l’on peut être « européen » sans accepter des réformes drastiques relève de la pure illusion.

On mesure immédiatement l’impact de cette affirmation sur les combinaisons possibles à la présidentielle: elle écarte ou disqualifie par avance les duels opposant des candidats peu soucieux des finances publiques mais affirmant leur volonté de rester dans l’Europe.

L’heure de passer à la caisse

Une chose est sûre: une baisse de la part des dépenses publiques dans le PIB (dont la France est championne) n’interviendra pas sans des mesures douloureuses. Après un quinquennat de surplace sur tous ces sujets, permis par une baisse artificielle des taux et un abandon de notre crédibilité diplomatique (notamment au sein de l’Union), il va falloir passer à l’action. Dès 2017, par un « collectif budgétaire ».

Le décor est posé.

Quels scénarios catastrophes pour la présidentielle?

La campagne présidentielle peut-elle tomber plus bas et se dérouler dans un climat encore plus dégradé? Oui, bien sûr! et voici comment!

Le risque d’une vague de troubles urbains

Avec l’interpellation ahurissante d’un jeune à Aulnay, qui n’était soupçonné d’aucun trouble à l’ordre public et qui s’est retrouvé mutilé sur la voie publique par un policier, le risque est grand d’assister à une vague d’émeutes en Seine-Saint-Denis (et ailleurs). Cet acte en lui-même laisse songeur d’ailleurs: alors que, dans des situations d’urgence, la police reste profondément et scandaleusement passive, la même police peut se transformer en une véritable menace pour les citoyens qui n’ont rien à se reprocher.

Ces dysfonctionnements existent de longue date, mais sont systématiquement occultés par la hiérarchie policière.

Reste qu’une vague d’émeutes urbaines créerait un étrange sentiment d’affaiblissement et de désordre généralisé: désordre politique et désordre social.

Le risque d’une vague terroriste

Parallèlement, la France n’est pas à l’abri de quelques attentats, sur le même mode que le « tueur solitaire » du printemps 2012, à Toulouse, ou de façon plus organisée. On mesure là encore le désarroi qui s’emparerait de l’opinion publique dans l’hypothèse où l’ordre public serait perturbé par la terreur. La conjonction du désordre politique et de l’angoisse dans les rues peut donner des résultats tout à fait explosifs.

Le risque des boules puantes à venir

Selon toute vraisemblance, l’opération menée par François Fillon n’est qu’une mise en bouche. D’autres boules puantes sont probablement à venir, à la fois contre François Fillon et contre d’autres candidats. On pense particulièrement à Emmanuel Macron, qui risque de se retrouver tôt ou tard dans la tourmente. Là encore, même si le pire n’est jamais sûr, il ne faut jamais oublier que le véritable levier calendaire aura lieu le 17 mars (six semaines ou presque, donc! une éternité) à 18 heures, moment où le dépôt des parrainages sera clos.

Après cette date, les jeux seront faits et les candidats qui se retireront ne pourront être remplacés. Quelle tentation! C’est donc à partir du 18 mars que les tirs d’artillerie risquent de redoubler. Tout coup reçu comptera double à partir de ce moment-là.

Le risque d’un retrait contraint sans remplaçant

Accessoirement, si un candidat devait se retirer après le 18 mars, il priverait son camp de toute représentation devant les électeurs. On mesure la déflagration! et on mesure aussi quel handicap le candidat élu en mai devrait surmonter pendant tout son mandat, surtout si le candidat qui se retire relève d’un parti « important » en termes de nombre de voix.

Et c’est peut-être le risque principal qui pèse aujourd’hui sur le scrutin: celui de voir son caractère démocratique fortement altéré par les campagnes de boue qui s’échangent sur le podium.

Le risque d’un trouble international

Pour comble de malheur, la France n’est pas à l’abri d’une foucade de Donald Trump, ou d’une dégradation sévère des relations entre l’Europe et la Russie (par exemple à l’occasion du conflit ukrainien). Dans cet univers instable, une étincelle pourrait changer la donne. Que Trump programme la fin de la présence militaire américaine en Europe, que Poutine décide une escalade en Ukraine, et les Français comprendront brutalement qu’une période de pain noir diplomatique s’annonce.

Les petites querelles franco-françaises de qui a employé sa femme, son fils ou qui couche avec le président de Radio-France paraîtront bien secondaires à ce moment-là, par rapport aux enjeux mondiaux.

Quels risques face aux risques?

Tout l’enjeu est évidemment de savoir quelle sera la réaction de la classe politique française en cas de réalisation de l’un de ces risques. En cas de « mollesse » trop grande, le crédit de la démocratie représentative sera encore plus fortement entamé. Le principal risque français, aujourd’hui, est de ne plus être capable de faire face aux risques.

Decodex: le Monde peut-il impunément dénigrer ses concurrents?

Le Monde a lancé le Decodex, un site qui indique quelles sont les bonnes publications à lire sur Internet, et quelles sont celles dont il faut se méfier. Dans la pratique, tous les sites subventionnés par le ministère de la Culture employant des journalistes titulaires d’une carte de presse (selon les conditions de remise de laquelle il faudra un jour se pencher: ce sera pas triste!) sont renseignés comme fiables. Tous ceux qui sont indépendants sont suspects de complotisme ou de diverses turpitudes dès lors qu’ils ne délivrent pas la parole officielle. C’est le cas des sites de mes amis Simone Wapler et Olivier Berruyer.

Cette seule classification permet de mesurer l’intelligence et la pertinence de cet outil baroque qui décrédibilise encore un peu plus une vieille dame de la presse papier qui n’en finit pas de sombrer.

Sur le fond, il me paraissait indispensable de replacer le sujet moins dans sa dimension politique (après tout, le Monde a bien le droit de violer son principe d’impartialité en disant qui sont ses chouchous et qui sont ses ennemis).

Le Monde, une société commerciale qui reçoit des subventions publiques

Rappelons d’abord un point que le petit milieu connaît bien: Le Monde est abondamment subventionné par l’Etat. Selon les chiffres cités par Le Monde lui-même (mais minorés cette année par le ministère de la Culture), cette société de presse reçoit chaque année plus de 15 millions € pour rester en vie. Quand on se souvient que le quotidien, qui réalise un chiffre d’affaires autour de 350 millions €, est détenu par le trio Bergé-Pigasse-Niel, on mesure une fois plus que le budget de la Culture ne profite pas aux plus pauvres. Bien au contraire.

On mesure aussi que l’Etat apporte bon an mal an environ 5% du chiffre d’affaires du Monde. L’Etat, c’est-à-dire le contribuable bien entendu.

À trop tirer sur la corde…

Manifestement, cet avantage objectif extrêmement important ne suffit pas au Monde pour équilibrer ses comptes et développer son activité de société de presse. Alors qu’il bénéficie d’une aide que l’on cherchera tôt ou tard à qualifier d’aide d’Etat devant la Commission Européenne, il faut maintenant que ce chouchou du pouvoir tire à boulets rouges sur ses petits concurrents du Net.

Mais jusqu’où ses gougnaffiers qui vivent sur notre dos pousseront-ils la provocation?

Ce sont les internautes qui ont financé le Decodex

Car, soyons clairs, le fameux Decodex n’est pas un outil financé par le Monde, mais par le contribuable. Sans les subventions de l’Etat, on imagine mal que les actionnaires du journal aient accepté de payer de leur poche cette opération, alors que le titre perd de l’argent. Donc, maintenant, tu paies directement des outils qui te prennent pour un crétin ou qui t’explique que ton site est nul. Mais on rêve là?

Et en plus, ce sont des journalistes payés par des militants du PS qui viennent t’expliquer ce qu’il faut lire ou pas.

Un dénigrement commercial caractérisé

Imagine-t-on Coca-Cola dresser la liste des boissons bonnes ou pas pour la santé ? Imagine-t-on Coca-Cola lancer un site Internet qui recommande de ne pas boire du Breizh Cola ou du Corsicola parce que ces boissons seraient dangereuses, ou contrefaites?

Imagine-t-on Renault lancer un site déconseillant de rouler en Volkswagen parce que le moteur des voitures allemande serait plus polluant?

Bien entendu, ces marques peuvent toujours s’essayer à dénigrer leurs concurrentes sur des bases qui leur sont propres. Mais elles auront rapidement à faire à quelques procédures juridiques.

S’agissant du Monde, le dénigrement est si massif, et la mauvaise foi des auteurs est si caractéristique, qu’une action de groupe de tous les sites victimes de cette pratique toxique mériterait d’être menée. Ne serait-il pas amusant que toutes les victimes se coalisent et demandent in fine au Monde une réparation du préjudice qui mettrait le journal en faillite?

Je m’en réjouis par avance.

La réaction nobiliaire une fois de plus à l’oeuvre

Une fois de plus, donc, l’ancien monde (sans mauvais jeu de mots) et son aristocratie décadente livre des combats d’arrière-garde pour sauver leurs privilèges.

Jusqu’au jour où…

Contre le paritarisme de gestion, pour le paritarisme de stratégie

Le paritarisme est, en France, une bête curieuse née dans les années d’après-guerre, que le grand public continue de méconnaître alors qu’il structure fortement la vie sociale et syndicale du pays. Comme la campagne électorale est obsédée par d’autres sujets, il faut bien que les acteurs de la « société civile » prenne l’initiative de porter le sujet publiquement.

Le paritarisme, ou le syndicalisme bureaucratique

Rappelons d’abord le pourquoi du paritarisme. En 1945, la CGT est majoritaire parmi les salariés, et elle est d’essence révolutionnaire. Elle revendique les trophées de la résistance. Alors… il faut bien transiger. Les gouvernements qui se succèdent considèrent que la meilleure façon de la neutraliser est de créer un « pluralisme » syndical et de multiplier les instances loin des entreprises où ses meilleurs cadres devront faire de la co-gestion avec le monde patronal.

D’où le paritarisme. D’où la profusion d’instances paritaires qui immobilisent, dit-on, 500.000 syndicalistes dans des mandats dont certains sont extrêmement obscurs.

Loin de l’entreprise…

L’objectif du régime était évidemment simple à comprendre: tant que les ténors syndicaux étaient occupés à co-gérer des machines obscures (et molles), comme la sécurité sociale, ils n’étaient pas occupés à semer la grève et la révolte dans les entreprises. Et c’était bien le calcul du paritarisme que de créer des « machins » incompréhensibles, chronophages, des labyrinthes mystérieux où l’énergie syndicale s’abimerait pour éviter ce qu’on appelle aujourd’hui l’inversion de la hiérarchie des normes.

Il ne faut pas chercher ailleurs la raison historique pour laquelle, à rebours des entreprises anglo-saxonnes ou allemandes, les entreprises françaises ont un sévère retard à l’allumage dans le dialogue social d’entreprise. Pour contourner la CGT, on l’a délibérément sacrifié au sortir de la guerre.

L’avantage d’un faible taux d’adhésion

Grâce à cette tactique de bureaucratisation du syndicalisme, la France a développé un « pluralisme » syndical (cinq syndicats reconnus représentatifs nationalement… un record!) marié à un désert d’adhésions. Comme on le souligne souvent, les syndicats français ont peu d’adhérents (moins de 10% des salariés sont encartés). Mais c’est évidemment un choix: le capitalisme étatique français s’est organisé pour faire vivre le syndicalisme sans qu’il n’ait besoin d’adhérents.

Grâce à quoi, la conflictualité en entreprise est aujourd’hui très faible.

L’inconvénient d’un paritarisme de gestion bloquant pour l’économie

L’inconvénient est que, faute d’adhérents, le syndicalisme français manque d’argent. Il a donc dû compenser en se finançant par… le paritarisme. La tentation était grande de créer et multiplier des structures qui chacune pouvait apporter son obole au système. D’où, là encore, des inventions incongrues, comme l’APEC dans les années 60, qui permettait de financer la CGC. Ou comme les institutions de prévoyance, qui ont toutes multiplié les accords de branche permettant de croiser les financements avec leurs signataires.

Progressivement, s’est mis en place un système de financements croisés, donc, qui repose sur des réglementations en expansion constante, dont l’objectif indirect est de permettre le financement des organisations qui les négocient.

L’incongruité de la négociation interprofessionnelle

Au sommet de cette cascade, on retrouve donc les fameux « ANI » (accords nationaux interprofessionnels), prévus par l’article 1 du Code du Travail, et qui n’ont pas d’équivalents dans le monde industrialisé. Partout ailleurs, le seul espace où, au mieux, les partenaires sociaux négocient, est la branche professionnelle. En France, on a rajouté une couche, puisqu’on adore les règles et la réglementation qui étouffe l’entreprise.

Le niveau interprofessionnel consiste à demander à des syndicalistes généralement issus de la fonction publique de négocier, avec des mouvements patronaux généralement représentatifs des grandes entreprises, de nouvelles règles qui visent à encadrer le droit social, c’est-à-dire la gestion de la main-d’oeuvre. D’où le compte pénibilité, le compte personnel d’activité, la généralisation de la complémentaire santé, et autres inventions déconnectées de la réalité économique?

La nécessaire rupture avec ce système

Dans la pratique, la machine paritaire de gestion a un objectif profond: assurer sa propre survie, quel que soit l’environnement économique et ses évolutions.

On comprend mieux pourquoi si peu de salariés employés dans les très petites entreprises se déplacent pour voter. La machinerie sociale relève, pour eux, de l’hydroponique. Bien sûr, les confédérations syndicales expliquent que cette indifférence est le fruit d’un complot. Mais, en ouvrant les yeux, on peut admettre que la préoccupation quotidienne du salarié dans son entreprise n’a rien de commun avec les obsessions sociales de la bureaucratie syndicale qui se nourrit de mandats factices et des médailles qu’on y récolte pour mieux endormir les consciences.

Et peu à peu, la France a sombré dans une rupture profonde, incisive, entre les bureaucrates qui disent représenter les salariés, et les salariés eux-mêmes.

Nous avons besoin d’un dialogue social constructif

Cette situation de rupture est risquée. Les syndicats policiers en ont fait les frais à l’automne. L’économie française n’est pas à l’abri, face aux révolutions technologiques qui la touchent et la bouleversent, d’une lame de fond qui la broierait. Collectivement, nous avons donc intérêt à construire les bases d’un dialogue intelligent, dans lequel les salariés mesurent que leurs préoccupations sont entendues, traitées, et prises en compte.

Il n’y a guère que les bureaucrates syndicaux pour croire qu’ils soient capables, entre une réunion dans une institution de prévoyance et une séance de négociation au MEDEF, d’incarner cette sincérité. En profondeur, c’est la règle du jeu qu’il faut changer.

Vers un paritarisme de stratégie

C’est le sujet même du paritarisme de gestion qu’il faut évacuer. On voit mal pourquoi des syndicalistes passent du temps à négocier des accords de branche dont le principal objectif est d’assurer leur financement, alors que les préoccupations des salariés sont laissées en jachère. Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est préparer intelligemment, collectivement, l’adaptation de la main-d’oeuvre à la révolution technologique qui commence.

Arrêtons, donc, la gestion des bidules paritaires, et faisons émerger une nouvelle élite syndicale, qui connaît le « terrain », et qui sait comment amener nos salariés à mieux maîtriser les outils numériques. Négocions des stratégies sur ce point: des formations longues, intelligents, compatibles avec un maintien en poste, des prises en compte de l’effort, de nouvelles formes de travail.

Pour renouveler l’alliance avec l’entreprise

Sur tous ces points, le dialogue social doit aussi renouveler le pacte entre les salariés et l’entreprise. Sur ce point, je trouve exemplaire la négociation lancée par la CPME sur la responsabilité sociale de l’entreprise. Moins de normes, mais de meilleures normes. Moins de contrôles, mais de meilleurs contrôles, définis ensemble, entre salariés et employeurs, pour un progrès social commun.

Le paritarisme de stratégie, clé du progrès social de demain

Bien sûr, les entreprises françaises ont besoin d’organisations syndicales et de dialogue social. Mais le syndicalisme bureaucratique créé de toutes pièces par le paritarisme de gestion a vécu et doit céder la place à un paritarisme intelligent. Celui qui définira les normes rendant possibles l’adaptation de nos entreprises et de notre main-d’oeuvre au monde de demain.

C’est ce paritarisme de stratégie qu’il faut bâtir aujourd’hui.

Bizarre: François Hollande fête le Nouvel An Lunaire…

Mais quelle mouche a piqué François Hollande? Sur son agenda, on trouve cette trace de la célébration du… Nouvel An Lunaire:

C’est bizarre, quand même qu’un président de la République sortant non seulement s’intéresse au calendrier lunaire et à son nouvel an, mais qu’il en inscrive la fête à son agenda comme un événement officiel. Décidément, le Hollande n’a pas fini de nous surprendre. Soit qu’il s’ennuie. Soit qu’il obéisse à une religion mystérieuse.

Pourtant, le mercredi, c’est le jour du Conseil des Ministres. Il a de quoi s’occuper, pépère. Et le soir, il donne une fête pour les Arméniens.

En revanche, il est vrai qu’à partir de jeudi, sa semaine est beaucoup plus détendue.

Pas de quoi faire un burn-out, donc.

Mais pourquoi ce culte du Nouvel An Lunaire?

N’empêche, ça nous intéresserait de savoir pourquoi François Hollande rend un culte à la lune… Il nous aura bien dérouté durant son quinquennat. Après le mariage pour tous, la Lune universelle. De là à ce que nous découvrions que le Président est l’adepte d’une religion païenne… ou autre. Rappelons que deux religions du Livre suivent le calendrier lunaire: l’Islam et le judaïsme.

 

Y a-t-il un axe discret Le Pen-Mélenchon?

Article écrit pour Atlantico.

Dans le discours politique, le non-dit est souvent beaucoup plus lourd de sens que le dit. On le vérifie dans la performance Le Pen-Mélenchon, à Lyon, de ce week-end, qui fait entendre sa petite musique de silence extrêmement intéressante.

Le Pen-Mélenchon, un axe objectif de coopération

Mathématiquement, l’un et l’autre ont intérêt à se retrouver au second tour.

Pour Marine Le Pen, Mélenchon est le meilleur des adversaires de second tour. C’est en effet lui qui offre les meilleures chances de gagner, faute de pouvoir reconstituer un « front républicain » optimal. Dans l’hypothèse où Marine Le Pen affronterait Fillon, elle aurait en effet peu de chance d’attirer à elle une majorité. Cette difficulté est la même dans l’hypothèse d’un Macron. Avec Hamon, le jeu est plus ouvert, mais le boulevard le plus large s’ouvre avec Mélenchon.

Pour Mélenchon, la situation est exactement la même. C’est avec Marine Le Pen au second tour, s’il y arrivait, qu’il aurait le plus de chance de gagner. Dans toutes les autres hypothèses, il peut supposer qu’une majorité se portera sur son adversaire.

Donc, en théorie des jeux, l’axe Le Pen-Mélenchon fonctionne parce que l’un et l’autre ont intérêt à se faire la courte échelle pour réussir.

Macron, l’ennemi commun

Mathématiquement toujours, Le Pen-Mélenchon ont un ennemi objectif commun: Emmanuel Macron. Si le fake du gouvernement profond parvenait au second tour, il aurait en effet intérêt à affronter l’un des deux.

Soit que Macron affronte Mélenchon, et il fera le plein des voix de droite, tout en empiétant fortement sur le parti socialiste. Soit qu’il affronte Marine Le Pen, et il fera le plein des voix de la gauche qui vote PS et mordra fortement sur l’électorat républicain.

Le Pen et Mélenchon ont donc un intérêt objectif à viser Macron comme l’ennemi  public numéro un. Et ils ne s’en privent pas.

Dans le cas de Mélenchon, les attaques sont frontales. Son discours de Lyon en a donné la confirmation. Le Chavez germanopratin connaît son bout de gras par coeur. Dans le cas de Marine Le Pen, l’attaque frontale interviendra dans un second temps, lorsque la candidature Fillon sera définitivement écartée.

Un second tour détonnant

Sur le fond, outre que la probabilité d’un second tour Le Pen-Mélenchon existe depuis le début de la campagne, elle provoquerait forcément un séisme violent dans le paysage politique. Elle obligerait en effet les électeurs à choisir entre Charybde et Scylla: soit des réformes étatistes, soit des réformes étatistes. Soit une rupture brutale avec l’Union Européenne, soit une autre rupture brutale avec l’Union Européenne.

On imagine immédiatement la perplexité qui s’emparerait de l’opinion publique ce jour-là, et l’aventure à laquelle la France se promettrait.

La situation serait d’autant plus complexe que ni Mélenchon ni Marine Le Pen n’aurait la possibilité de dégager facilement une majorité parlementaire aux législatives. Le pays pourrait devenir ingouvernable…

Cette perspective, peu prise au sérieux dans la nomenklatura parisienne, est pourtant donnée gagnante par différents sondages menés sur Internet. Les amateurs de sondages d’opinion devraient s’en méfier…

Le pacte tacite Le Pen-Mélenchon

Du coup… Mélenchon se dispense d’attaquer Marine Le Pen avec trop d’engouement. Et Marine Le Pen préfère concentrer ses attaques contre les « candidats » du système. Elle vise volontiers Macron ou Fillon, et évite soigneusement de viser Mélenchon.

C’est probablement la principale leçon de la campagne électorale. Il y a, bien entendu, le clivage gauche-droite. Mais il y a surtout le conflit entre les candidats du 3% (dont Macron) qui veulent rester dans l’Union et préserver le « système », d’un côté, et les candidats de la rupture avec ce fameux 3%. Sur ce point, Mélenchon et Le Pen multiplient les convergences.

De Laval à Thorez, il ne manque parfois qu’un Doriot.

Peut-être le premier tour de la présidentielle nous le rappellera-t-il…