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Auteur : Eric Verhaeghe

Pourquoi François Asselineau est-il accusé d’être complotiste?

Dans la galaxie des « petits candidats » à la présidentielle, le cas de François Asselineau mérite d’être traité avec une attention particulière, dans la mesure où le président de l’Union Populaire Républicaine (UPR) est assez emblématique des impasses auxquelles la réaction nobiliaire (ce mouvement où les élites du pays utilisent de faux arguments pour se crisper sur leurs privilèges) conduit le débat public.

Comment les thuriféraires officiels du régime montent la garde contre Asselineau

La semaine dernière, par exemple, Thomas Legrand, chroniqueur politique sur la matinale de France Inter, et à ce titre thuriféraire rétribué par le contribuable pour aboyer chaque fois qu’un trouble-fête approche du château, a prononcé cette phrase hallucinante à l’heure de la plus grande écoute radio du pays:

Quelque part à droite de la droite, nous aurons aussi peut-être un conspirationniste avec François Asselineau, qui est sur le point d’avoir ses parrainages.

Moi, je serais Asselineau, j’attaquerais illico en diffamation. Sur le fond, Thomas Legrand a tout à fait le droit de mettre en doute les idées d’Asselineau, développées dans d’interminables conférences où le bonhomme écoute sur surmoi impérial parler à la plèbe des ignorants (c’est le côté gourou rasoir d’Asselineau, qui ne s’arrange pas avec l’âge). En revanche, l’exécuter auprès de millions d’auditeurs en lançant une accusation stigmatisante sans aucune explication ne relève que de l’intention de nuire sans base factuelle sérieuse.

La question est donc de savoir pourquoi des journalistes du service public s’amusent à vider un chaudron d’huile bouillante du haut des remparts assiégés sur un Asselineau qui n’est pourtant pas le plus dangereux des assaillants.

La paranoïa anti-média d’Asselineau

Dans la foulée en effet, Asselineau se met à nourrir une paranoïa anti-média qui, comme beaucoup de paranoïas, se nourrit de fragments de réalité. De fait, Asselineau est boycotté par les organes de propagande subventionnés et, de fait, Asselineau a raison de dire que son mouvement bénéficie d’une exposition médiatique infiniment inférieure à ce qu’elle devrait avoir, notamment en comparaison de groupuscules gauchistes ou sociaux-démocrates comme Nouvelle Donne, qui dépassera à peine les 100 parrainages à la présidentielle.

Faut-il pour autant en déduire qu’il existe une consigne tacite dans la communauté des journalistes bien pensants (si proche des chauffeurs de taxi) pour l’exclure lui, et pas les autres? Le penser reviendrait à passer à côté de la vraie nature du phénomène, dont l’observation permet de mieux comprendre le déclin de ce pays.

En France, sans prétention, Asselineau a mauvaise réputation

François Asselineau, inconnu du grand public, présente une particularité dont il ignore sans doute lui-même qu’elle est la cause de son malheur: il est inspecteur général des finances, ancien élève de l’ENA, défroqué sur le tard. Le fait qu’il ait recueilli suffisamment de parrainages pour être candidat à la présidentielle est d’ailleurs amusant, puisque, avec lui, sept candidats ont désormais les signatures nécessaires, dont trois énarques (Macron, Dupont-Aignan et Asselineau) et, parmi eux, deux inspecteurs généraux des finances. Un duel d’inspecteurs généraux des finances Macron-Asselineau, ça a de la gueule.

Pourquoi Asselineau, comme Dupont-Aignan, sont-ils régulièrement stigmatisés et tournés en dérision dans les organes de propagande officielle, alors que Macron est adulé ou, en tout cas, courtisé? Parce que ce sont des énarques qui ont abandonné les positions officielles de l’énarchie. Ils se trouvent donc sous le feu des critiques de ceux qui détestent la technostructure, et sous les critiques des énarques qui n’aiment pas les renégats.

Ainsi se fabriquent les mauvaises réputations (dont il faut rappeler qu’elles sont plus dures à entretenir qu’à acquérir – être sulfureux n’est pas donné à tout le monde!): la noblesse française ne manque jamais de petits lèche-cul, parfois énarques d’ailleurs, pour relayer tout le mal qu’il faut penser de ces nobles qui défendent le peuple. Ces salisseurs professionnels n’ont souvent pour seule compétence que cette faculté de dégueulasser les autres et de monter ainsi la garde pour leurs maîtres. Toutes les approximations et les insinuations sont alors bonnes pour discréditer le bouc-émissaire désigné. « Vous comprenez, il est proche de l’extrême-droite », « Vous savez, avec tous les problèmes qu’il a! » (bien entendu, il n’en a aucun, mais on suggère qu’un mal mystérieux l’atteint, entre la folie schizoïde et la pédophilie).

Son hostilité au couple franco-allemand et à l’atlantisme lui joue des tours

Au coeur de la fâcherie contre Asselineau, on trouve deux idées aussi chaudes que le réacteur de Fessenheim par les jours de grand froid en Alsace: la mise en cause du couple franco-allemand et la critique de l’atlantisme. On le sait, depuis les années 50, tous ceux qui remettent en cause la doxa officielle sur la place de la France dans le monde et qui soutiennent la vision d’Ancien Régime (celle de l’époque où la France existait autrement que comme l’ombre d’elle-même) sont condamnés au pilori et attachés en place de grève pour recevoir les crachats des passants.

Ainsi, toute critique contre les phrases comme « la France n’est plus rien sans l’Europe », « le couple franco-allemand est indispensable à l’Europe », « l’Europe a garanti la paix », « l’Allemagne a tourné la page du nazisme », et autres antiennes à répéter quinze fois chaque matin pour se punir d’avoir regretté l’époque où une baguette coûtait un franc et pas un euro, donne lieu à une accusation officielle de blasphème sous au moins l’une de ses variantes.

La dernière à la mode est celle de complotisme: si tu trouves bizarre que l’Europe interdise la vente d’animaux vivants sur les marchés du dimanche au motif qu’ils seraient dangereux pour la santé, mais que la Commission européenne n’ait pas pipé mot quand elle a reçu un rapport prouvant que Volkswagen truquait les test diesel (infiniment plus mortels pour la collectivité), alors tu es complotiste. Forcément, tu t’interroges sur les responsabilités individuelles des fonctionnaires qui ont fauté. C’est donc que tu crois à un complot.

Comme le programme d’Asselineau est truffé de remises en cause de la doxa officielle sur l’Europe, la critique vient facilement aux chiens de garde, qu’ils aient une carte de presse ou le titre de conseiller communication dans une cabinet ministériel. Sachez-le, Asselineau est complotiste! Il est du même bois que ceux qui attendent une invasion de martiens, qui pensent que le protocole des Sages de Sion est un document historique et, pour un peu, on soutiendrait qu’il nie l’existence de la Shoah.

Ainsi procède la propagande officielle déléguée à des Thomas Legrand, dont on peut dire que sa chronique est comme l’urine d’un chien qu’on sort le matin (mais on pourrait dire la même chose du Decodex de Samuel Laurent). Elle n’a pas de consistance, elle est chargée en sucres artificiels, elle est fétide, mais elle laisse toujours des traces et en plus, comme elle est couverte par une carte de presse, elle est labellisée par le ministère de la Culture.

Gaullisme, que de crimes on commet en ton nom

Cette stratégie de l’élite française qui consiste à combattre un Asselineau non sur le champ des idées mais sur celui de la diffamation est totalement absurde. Il suffit en effet d’écouter Asselineau pour comprendre que ses idées sont inoffensives.

Que propose, en effet, Asselineau, sinon de sortir de l’Union Européenne pour recréer la France des années 60, celle où les banques étaient nationalisées, et où notre économie, détruite par l’occupation allemande, fut rebâtie à partir d’une proliférations de services publics dont plus aucun Français ne supporterait le retour. Car la critique du libéralisme à bon dos, mais qui supporterait encore ce système où toute décision bancaire est prise par Bercy, et spécialement par le corps des inspecteur des Finances dont Asselineau est issu?

Car il ne s’agit pas d’autre chose. Asselineau est nostalgique de l’époque où son corps d’origine était tout-puissant et décidait de tout en France. Il a compris, à juste titre, que l’intégration dans l’Union Européenne remet en cause ce capitalisme français de connivence où l’Etat et les grands intérêts privés se tiennent par la barbichette pour gouverner le pays en toute opacité. Certes, ce que propose l’Union à la place de ce système n’est pas mieux. Mais, contrairement à ce que l’élite croit, Asselineau n’est pas un dissident. Il est pour un retour à l’Ancien Régime républicain, fondamentalement étatiste et grand consommateur de services publics.

En outre, Asselineau se satisfait très bien des frontières de 1815, celles qui ont durablement affaibli la France. Asselineau déteste la colonisation, il déteste le projet impérial qui sommeille dans les désirs encore incandescents de l’opinion publique. Asselineau aime une petite France.

En ce sens, Asselineau est une sorte de gaulliste intégriste. Du fondateur de la cinquième république, il a retenu la lettre et pas l’esprit.

Pas de quoi fouetter un chat, ni inventer un complot.

J’ai passé une soirée avec En Marche et je me suis bien amusé

Hier soir, j’étais invité à une soirée d’En Marche à l’Entrepôt. Jean-Marie Cavada venait y parler d’Europe. Sympathiquement, un membre du comité local m’a inscrit et m’a suggéré d’assister à la séance. J’ai accepté en indiquant que ce serait pour moi un grand plaisir touristique.

En Marche et les codes bobos chics parisiens

Les Parisiens connaissent l’Entrepôt. C’est un lieu bobo assez agréable à fréquenter, un spot comme on dit quand on est dans le milieu. La pinte de bière blonde trop sucrée y coûte 7,5 euros. Pour un Belge dans mon genre, c’est ruineux, selon le bon principe en vigueur qui veut qu’on commence à s’amuser à partir d’un litre ou un litre et demi de bière. Et là, tout de suite, tu comprends qu’être macronien à Paris, ça a un prix. Tu n’es pas à la réunion du NPA où tout le monde compte ses sous pour s’acheter une pils au goût de pisse de vache. Ici, la bière a aussi le goût de pisse de vache, mais elle ne vient pas de République Tchèque. Elle vient d’une brasserie « artisanale » du Nord de la France où on lui a rajouté du sucre pour faire oublier le goût de la pisse de vache. Du coup, les prix grimpent: il faut bien payer les charges.

Bref, je me prends ma pinte et je m’assieds au fond de la salle pendant la passation des consignes. Ici, pas question de s’organiser façon assemblée générale de la CGT, ou bouillonnement des Verts, avec des trolls (probablement payés par les renseignements généraux en lousdé) qui te plombent ta réunion. Ici, tu dois poser tes questions sur Twitter et un écran placé à côté du pupitre où l’invité parle les relaie, cahin caha, au milieu d’une foule d’autres questions qui tombent sans cesse sur le fil. Tu comprends vite que, sous couvert d’organisation et de modernité, tu es face à une organisation qui ne débat pas, et qui le cache à peine.

Tout le pouvoir, en réalité, est concentré entre les mains du coordonnateur, qui tient la réunion et choisit les questions qui seront posées à la fin, dans un ordre de son choix et selon des critères connus de lui seul. C’est vraiment que c’est beaucoup moins bordélique que dans les assemblées habituelles. Mais, quand tu es dans la salle, tu comprends que tu n’es pas acteur, mais spectateur. C’est plus policé, plus aristocratique. Tu n’es pas dans la vulgarité de la démocratie.

Cavada et En Marche, là, tu te marres

Derrière le pupitre, Cavada commence son oraison sur l’Europe. Elle est balancée en deux idées simples, ponctuées de phrases comme: « Je ne flagorne pas. Emmanuel a tout simplement des idées excellentes. Je suis tout à fait d’accord avec lui, je ne supporte plus les partis. » Tu comprends donc que le gars va à la soupe et espère un poste dans le prochain gouvernement, autour de deux arguments simples.

Le premier argument colle à la peau de Cavada comme un pantalon de cuir à une dominatrice dans une soirée sado-masochiste: l’Europe, c’est bien, parce que c’est la paix, et en plus ça nous permet de nous endetter à bas prix. Quand tu écoutes Cavada, l’OTAN, ça n’existe pas, la guerre froide ça n’a jamais existé, et la paix, c’est grâce au traité de Rome. Jamais le gars ne te dit que, en 1981, Mitterrand a pris son bâton de pèlerin pour expliquer que le parapluie nucléaire américain était indispensable à notre survie. Dire cela, ce serait du populisme complotiste (on va y venir). C’est tout juste s’il concède qu’il n’y a pas d’armée européenne et que, par les temps qui courent, ce serait mieux qu’il y en ait une.

Le deuxième argument est encore plus puissant que le premier: c’est le point Godwin systématique et immédiat. Si tu n’es pas d’accord avec Cavada et sa vision béate de l’Europe, c’est que tu es un crypto du Front National et que tu prépares un nouvel Holocauste. Tu comprends: lui, il est du côté de l’élite, des gens intelligents qui pensent avec des raisonnements complexes et élaborés. Toi, tu es un rigolo, un guignol, un populiste et, en réalité, un fasciste avec des idées frustes.

J’avais déjà expérimenté cette méthode confondante sur un plateau de la Chaîne Parlementaire. En bon courtisan (habitué à faire des gâteries aux puissants sous la table pendant le repas), Cavada ne te dit jamais les choses en face. Mais, dans le couloir, en sortant, je l’avais entendu tancer le journaliste qui m’avait invité en lui soutenant que j’étais du Front National et qu’il était scandaleux que la Chaîne Parlementaire donne un temps de parole au Front National.

La diabolisation du Front National, un business qui marche

Il faut bien comprendre ici la nécessité structurelle, pour un Cavada, d’avoir un Front National dans l’espace politique. Quand, comme lui, ta pensée politique se résume à deux idées, tu as besoin d’un repoussoir, d’un bouc-émissaire, pour exister. Sans le bouc-émissaire, tu es obligé de penser, parce que le débat est libre. Pour ligoter la démocratie et garder une emprise sur le débat, tu as besoin de pouvoir dire: « Vous, Monsieur, vous faites le jeu du Front National », puis de passer à l’étape suivante qui est: « Vous ne pensez pas comme moi, donc vous êtes du Front National, donc vous êtes fasciste ».

Contrairement à ce qu’on croit, la progression du Front National n’est pas née du Front National lui-même. Elle a été savamment orchestrée par l’élite parisienne pour justifier la mise sous contrôle de l’opinion publique. Sauf que les mecs, maintenant, comprennent qu’ils ont joué aux apprentis sorciers et que les petits enfants que nous sommes choisissent de plus en plus souvent de désobéir à leurs prétendus maîtres.

Mais que diable Macron va-t-il faire dans cette galère?

Le plus surprenant, c’est la fracture profonde entre cette vieille façon de faire de la politique, qui est dictée par la réaction nobiliaire (Cavada n’hésite pas à sortir des phrases gerbantes comme: « Moi qui viens d’un milieu modeste, je sais que le peuple n’a pas toujours raison et qu’il a besoin d’être éclairé par une élite »), et le dynamisme souvent enthousiaste des équipes locales d’En Marche. De toutes parts, j’entends la satisfaction de ceux qui participent à l’aventure et qui me disent en quoi ils en sont heureux.

Dans la pratique, Macron n’a d’ailleurs rien inventé. Il fait le boulot que les partis politiques devraient faire par nature: recueillir les idées des militants et les utiliser pour en faire un programme. Beaucoup de militants d’En Marche sont d’ailleurs des déçus des autres partis, qu’il s’agisse des Républicains, de l’UDI ou du PS. Toutes ces bonnes volontés ont cherché leur bonheur dans l’engagement politique et se sont heurtées, tôt ou tard, à la vraie nature des partis politiques et à cet étouffant système de clientèle qui veut qu’un parti soit une mafia au service de ses dirigeants: soit tu rentres dans la combine, soit tu pars, mais l’intérêt général, tu oublies.

Toute la difficulté de Macron sera tôt ou tard de convertir en énergie politique opérationnelle l’enthousiasme de ces déçus de la politique traditionnelle. Pour ce faire, Macron doit (on le voit avec la visite d’un vieux crocodile comme Cavada) composer avec les ingrédients de l’ancienne machine. Qui absorbera l’autre? qui dissoudra les effets de la partie adverse? L’avenir nous le dira, mais Macron et son équipe resserrée doivent avoir conscience que, s’ils devaient décevoir leurs militants de la première heure, c’est l’hypothèse d’une réforme des institutions par l’intérieur et sur un mode centriste qui sera définitivement balayée.

Quand Hamon rétropédale vers les démons historiques de la gauche

Ah vraiment! Quand on écoute Hamon, on ne peut pas s’empêcher de se dire que, parfois, ne pas être alourdi par une famille politique (cas d’Emmanuel Macron), qui vous demande de porter fièrement toutes les névroses qu’elle se traîne depuis des générations, ça aide. Accusé de ne pas assumer le bilan désastreux de François Hollande, et limité par les vieux fantasmes sociaux d’une gauche abimée par le temps, Hamon donne consciencieusement des coups de hache dans les points les plus intéressants de son programme, pour un bénéfice politique qui sera à peu près nul.

Comment Hamon a transformé le revenu universel en nouvelle aide sociale pour riches

Cette semaine, Benoît Hamon s’est d’abord ingénié à tuer son projet de revenu universel, en le transformant en nouvelle aide sociale. Il faut dire que le projet qu’il avait lancé à la cantonade en décembre coûtait très cher et mettait la France en position de sortir de la zone euro s’il avait dû se réaliser sous la forme qu’il avait évoquée. Et, à moins d’assumer le glissement de notre beau pays vers une forme assumée d’Union Soviétique moderne, on voyait mal comment il pouvait préserver être porté dans le cadre de nos institutions.

Une méthode simple aurait consisté à financer le revenu universel en le substituant à notre coûteuse sécurité sociale. Hamon avait d’ailleurs tenu des propos en ce sens, en accord avec la Fondation Jean-Jaurès. Cette formule aurait correspondu à un véritable renouvellement des idées de gauche, en créant de nouvelles solidarités totalement neutres pour les finances publiques.

Malheureusement, Hamon est rattrapé par les vieux démons de la gauche pour qui l’intervention de l’Etat doit être en expansion permanente, et pour qui 56% de PIB consacré aux dépenses publiques, ce n’est pas encore assez. L’ultra-libéralisme est à nos portes!

Donc Hamon propose désormais un revenu universel qui consiste en réalité en une prime d’activité augmentée, porteuse d’aberrations extravagantes. Ainsi, les étudiants qui travaillent en perdront le bénéfice, en revanche, les fils à papa dont les parents financent les études y auront droit. Comment, au nom de la solidarité, les vieux démons de gauche deviennent les principaux facteurs agissants de la reproduction sociale et de la sélection par l’argent.

Charité bien ordonnée… comme on dit dans la gauche caviar.

Hamon a tort de ne pas renoncer aux vieux schémas idéologiques

Pour le reste, Benoît Hamon continue à propager le fantasme d’un libéralisme hurlant, phase préparatoire au fascisme de Marine Le Pen. Quand on entend ça, on a envie de lui dire: Pépère, renonce à la vulgate marxiste de l’UNEF où tu as commencé ta carrière, et regarde la réalité sans tes oeillères de syndicaliste étudiant.

Macron est en effet tout sauf un libéral. Il est l’homme du capitalisme de connivence qui veut, sous un emballage remarketé, continuer un système qui prend l’eau. Marine Le Pen est une étatiste de premier ordre. Dans les deux cas, il n’y a pas l’once d’un soupçon de libéralisme qui pointe. Et, répétons-le, avec 56% de PIB étatisés, on n’est pas prêt de le voir arriver, le loup libéral.

Il vaudrait mieux déplacer le clivage sur d’autres lignes, mon cher Benoît, pour décoder le paysage politique.

Tiens! prenons les dépenses publiques. Il y a bien aujourd’hui deux types de projet. D’un côté, le projet Fillon qui, à une époque, a préconisé leur baisse drastique. De l’autre, tous les autres projets qui sont porteurs d’au mieux une stabilisation de la dépense publique dans le PIB, mais plus généralement de leur augmentation.

Prenons un autre clivage: la réduction du pouvoir de la technostructure. Là, on trouvera partiellement des pistes chez les uns ou les autres (peut-être au Front National d’ailleurs). Mais pour le reste, Macron appartient au même univers que Hamon: la présidentielle doit conforter l’emprise d’une aristocratie d’Etat sur un système qu’elle suce jusqu’à la moëlle.

Les portes ratées du slalom Hamon

Que n’eussions-nous béni le projet Hamon s’il avait réinventé la gauche. S’il avait proposé de nouvelles solidarités et une baisse des dépenses publiques. S’il avait proposé une rupture dans la gouvernance et les institutions tout en augmentant leur caractère démocratique. S’il avait proposé de nouvelles libertés pour tous, au lieu de nouvelles couches de réglementations, qui sont aux citoyens de la République ce que la pâtée est au canard en phase de gazage: une oxydation lente des neurones et des muscles avant la phase terminale des libertés.

Le RSI réclame 1,5 million € à un coiffeur

On retrouvera dans l’Union cette information sur le coiffeur rémois élu meilleur professionnel de son département en 2017: le RSI lui réclame la modique somme de 1.470.477€, avec ce commentaire amusant du quotidien:

L’attitude de sa banque, qui, selon lui, a débité cette somme de son compte, est tout aussi incompréhensive. M. Clément s’est naturellement retrouvé à découvert. Il a reçu un courrier de son agence lui réclamant des frais de rejet.

Non, la performance du RSI ne s’améliore pas

Contrairement aux délires de la commission théodule chargée par le gouvernement de dire que le RSI s’améliore, il est donc évident que c’est bien le contraire qui se produit. La performance du RSI stagne. Et le taux de satisfaction des indépendants le montre: il reste désespérément stable, proche de la ligne de flottaison des 50% (selon un sondage non publié qui montre le rejet dont le régime est l’objet).

Surtout, le RSI se montre incapable d’organiser une relation client satisfaisante, limitant les dégâts causés par ses erreurs monumentales et manifestant sa volonté de s’amender. S’agissant des relations avec un coiffeur artisanal, qui n’est pas équipé our faire

Les entrepreneurs doivent remporter la bataille idéologique

Les entrepreneurs sont politiquement démunis face à ce fléau. Aliénés par la complexité administrative qui les étouffe, ils n’ont matériellement pas le temps de se liguer pour défendre leurs intérêts, comme les fonctionnaires peuvent par exemple le faire. Pourtant, leur seule issue est d’obtenir la fin du monopole du RSI et la liberté de s’affilier chez l’assureur de leur choix.

Le monopole de l’UNEDIC est-il plus solide que celui du RSI?

Les partenaires sociaux discutent actuellement d’une convention chômage. Mais, à y regarder de plus près, à la lumière des contentieux du RSI et de la récente décision de la Cour de Cassation, il serait tout à fait imaginable de contester l’affiliation prétendument obligatoire des salariés à Pôle Emploi, gestionnaire du régime chômage chapeauté par l’UNEDIC. L’affaire ne manque pas de piment.

Petit rappel sur le monopole du RSI

Nombreux sont aujourd’hui ceux qui contestent le monopole du RSI. Ce sujet compliqué donne lieu à de nombreuses « intox » sur la notion de mutuelle, sur lesquelles nous ne reviendrons pas. En revanche, la question mérite d’être posée sur le fond. La loi créant le RSI précise en effet ce texte énigmatique:

<ces caisses sont des> organismes de droit privé chargés d’une mission de service public

Sans rentrer dans le débat de spécialiste, on notera juste que la notion d’organisme de droit privé chargé d’une mission de service public mériterait une précision juridique nouvelle. Quelle est le statut exact de cet organisme? C’est ce qu’on aimerait trouver dans un texte de loi quelconque.

Là encore, pour aller vite, on a un sujet compliqué à traiter ici. Parce que, d’un coté, un service public, on sait à peu près de quoi il s’agit. Un organisme de sécurité sociale, déjà beaucoup moins, mais le législateur a eu le bon goût de préciser que les caisses nationales étaient des établissements publics nationaux à caractère administratif. Cette forme-là est un objet identifié.

En revanche, l’organisme privé chargé d’une mission de service public, c’est quand même beaucoup plus bizarre. Pour le comprendre, il faut remonter au droit communautaire qui a synthétisé les différentes formes de service public de l’Union Européenne par la notion baroque de service d’intérêt économique général. Le RSI en est un, mais la notion, mal commode pour les Français, n’a pas de véritable existence juridique en dehors du droit communautaire.

C’est précisément sur ce fondement que les adversaires du RSI attaquent.

Le monopole de l’UNEDIC en question

Pour le coup, le monopole actuel de l’UNEDIC sur l’allocation chômage apparait bien plus fragile que celui du RSI, et mériterait d’être étudié de près.

Pour simplifier le dossier, là encore, disons que le principe de l’allocation chômage ne relève pas du code de la sécurité sociale (donc du régime communautaire réservé à celle-ci), mais du code du travail. Celui-ci ne mentionne pas l’existence de l’UNEDIC en tant que telle, mais précise qu’il existe un « gestionnaire du régime » choisi par les partenaires sociaux.

Les quelques citations qui suivent replaceront le sujet dans son contexte:

Article L5422-13 

Sauf dans les cas prévus à l’article L. 5424-1 <il s’agit des administrations, qui échappent miraculeusement au monopole!>, dans lesquels l’employeur assure lui-même la charge et la gestion de l’allocation d’assurance, tout employeur assure contre le risque de privation d’emploi tout salarié, y compris les travailleurs salariés détachés à l’étranger ainsi que les travailleurs salariés français expatriés.

L’adhésion au régime d’assurance ne peut être refusée.

Article L5427-1

Les parties signataires de l’accord prévu à l’article L. 5422-20 confient la gestion du régime d’assurance chômage à un organisme de droit privé de leur choix.

Le service de l’allocation d’assurance est assuré, pour le compte de cet organisme, par l’institution mentionnée à l’article L. 5312-1 <en l’espèce, Pôle Emploi, qui, pour le coup, est créé par la loi>.

 On le voit, la loi prévoit expressément que les partenaires sociaux peuvent choisir librement l’organisme gestionnaire qui leur convient.

Pourquoi le choix de l’UNEDIC est extrêmement contestable

Reste à savoir si le choix de l’UNEDIC est conforme aux lois de notre bonne vieille République, et surtout au droit communautaire. Et là, on tombe sur un os, encore clairement expliqué par la Cour de Cassation cette semaine. Celle-ci se penchait sur les magouilles en vigueur dans la branche de la boulangerie, qui a choisi AG2R comme assurance santé unique en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes.

La Cour de Cassation a rappelé qu’un Etat membre pouvait tout à fait instaurer un monopole au nom de la solidarité, à condition que les modalités de choix de l’organisme gestionnaire soient conformes aux obligations de publicité prévues par l’article 56 du Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne. Cette obligation découle d’une décision préjudicielle de la Cour de Luxembourg du 17 décembre 2015…

Depuis ce 17 décembre fatidique, l’eau a coulé sous les ponts de la jurisprudence française pour expliquer en quoi la publicité autour de ces choix d’organismes gestionnaires devait être sérieuse et loyale.

Le gouvernement peut-il raisonnablement étendre la prochaine convention?

Dans le cas des jurisprudences évoquées, le Conseil d’Etat, comme la Cour de Cassation, ont invalidé les arrêtés d’extension, pris par le gouvernement, sur des accords de branche négociés par des partenaires sociaux. Les cours souveraines ont considéré que le gouvernement ne pouvait pas conférer une autorité publique à des textes privés qui n’étaient pas conformes au droit communautaire.

Il se trouve que la mécanique des négociations Unedic est la même! les partenaires sociaux négocient (cette fois au niveau interprofessionnel), et le gouvernement étend.

Oui, mais alors… comment étendre s’agissant de l’Unedic, ce que le Conseil d’Etat et la Cour de Cassation viennent de retoquer s’agissant d’une branche professionnelle?

Voilà un joli sujet de contentieux…

Déluge de boules puantes pour Emmanuel Macron

Après la Blitzkrieg déclenchée contre François Fillon en janvier, c’est au tour d’Emmanuel Macron de passer sur le grill. Les boules puantes, comme on pouvait s’y attendre quand le Penelopegate a commencé, touchent le camp Macron à quelques encablures du scrutin. Pour l’ensemble du pays, la phase qui s’ouvre est délicate dans la mesure où les institutions devront prouver leur impartialité dans un contexte alourdi par les affaires qui frappent la droite.

L’affaire French Tech Night

En 2016, Business France a confié à Havas, sans appel d’offres, une soirée, la French Tech Night, à Las Vegas, pour un coût de près de 400.000 euros. Selon toute vraisemblance, une enquête confiée à l’Inspection Générale des Finances en décembre par Michel Sapin pourrait aboutir à qualifier les faits de délit de favoritisme.

L’ensemble de cette petite affaire est sorti ce matin dans le Canard Enchaîné. Reste à voir si le Parquet s’en saisira.

L’affaire du conseiller santé de Macron payé par Servier

Le 7 mars, un conseiller santé de Macron, Jean-Jacques Mourad, cardiologue de son état, a quitté l’équipe de campagne après des révélations sur ses liens financiers avec la laboratoire Servier. Les mauvaises langues noteront que Mourad Jean-Jacques est le frère Mourad Bernard, banquier proche de Drahi qui a intégré l’équipe de Macron en octobre.

Amusant, non?

L’affaire du patrimoine de Macron

Des questions peut-être plus fâcheuses portent sur la déclaration de patrimoine d’Emmanuel Macron, que la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique ne publie pas (plus? certains soutiennent l’avoir consultée sur le site il y a quelques semaines). Le journal Le Monde, désormais bien connu pour son attachement à l’ordre moral, s’ingénie à en minimiser la portée, ce qui est un signe infaillible d’une difficulté. Quand c’est flou, il y a un loup!

Dans la pratique, l’affaire est assez simple: les revenus mobiliers déclarés par Macron ne paraissent pas en rapport avec le patrimoine (moyen) qu’il déclare. Ce qui intrigue, c’est que cette bombe potentielle ne fait l’objet d’aucune opération de déminage de la part de l’équipe de Macron. Celle-ci est restée silencieuse sur les questions posées par la presse (notamment par Le Monde).

Macron dans le collimateur de Wikileaks?

D’autres boules puantes tomberont-elles dans le jardin de Macron avant les élections présidentielles? Personne ne le sait précisément, bien entendu… Mais Julian Assange a annoncé de prochaines révélations dans Wikileaks sur les relations entre Macron et Hillary Clinton. Bien sûr, rien n’exclut que ces affirmations relèvent de l’intox. Toutefois… la rumeur persiste d’une déstabilisation extérieure du candidat Macron, ourdie par un complot étranger.

Il faudra voir, dans les prochains jours, si ce risque se réalise.

Macron plombé par les ralliements des éléphants socialistes?

Pire que les boules puantes, on trouvera peut-être les relations d’amitiés et les ralliements en cours des éléphants socialistes. Pour le candidat de la « révolution » et du renouvellement de la vie politique, ces marques de soutien pourraient se révéler beaucoup plus collantes et encombrantes que le reste.

Faut-il accorder une indemnité chômage aux entrepreneurs?

Dans le cadre de la présidentielle, l’idée traîne d’accorder une indemnité chômage aux entrepreneurs. Elle est en particulier promue par Emmanuel Macron, qui défend l’idée très floue d’une sorte de statut unique au regard de l’assurance chômage: celle-ci pourrait bénéficier à tout le monde, y compris aux salariés qui démissionnent. Sous couvert d’une réforme originale et plutôt ouverte, le projet comporte certaines interrogations qu’il n’est pas inutile de soulever et de mesurer pas à pas.

Le chômage est-il un risque assurable?

Un point doit d’abord être souligné: il porte sur le bon sens économique qu’il y aurait à « privatiser » l’assurance chômage. L’expression est maladroite dans la mesure où l’UNEDIC, qui chapeaute l’indemnisation du chômage, est déjà une institution privatisée. Si sa dette bénéficie de la garantie de l’Etat, elle est l’une des institutions paritaires les plus éloignées des pouvoirs publics. C’est donc un abus de langage de parler de sa privatisation.

En revanche, l’idée de supprimer son monopole est parfois évoquée: elle suggère que les salariés pourraient s’affilier à des régimes autres que l’Unedic pour s’assurer contre le chômage.

Il faut rappeler ici l’extrême frilosité des « assureurs privés » vis-à-vis de ce risque qu’ils jugent souvent non assurables. Le chômage (des salariés en tout cas) est en effet marqué par ce que les mathématiciens appellent la « co-variance »: lorsqu’une entreprise lance un plan de licenciement, c’est souvent parce qu’une crise sévit qui frappe toutes les entreprises. Le risque chômage n’est donc pas aléatoire… Et les assureurs n’aiment pas ça.

De ce point de vue, le risque chômage ne peut donc être pensé de façon simpliste.

Les entrepreneurs face au chômage

Il est vrai que le chômage des entrepreneurs est atypique par rapport à celui des salariés. Par nature, les entrepreneurs sont exposés de façon très différente à ce risque, dans la mesure où il est lié à la défaillance de leur activité. De ce point de vue, il n’échappe pas à la covariance (et aux cycles économiques), mais celle-ci est plus discrète ou mieux maîtrisée que celle des salariés.

Donc… l’idée de fondre les entrepreneurs et les salariés dans un régime unique apparaît quand même comme une aberration mathématique. Un régime unique risque de constituer un nouvel impôt déguisé pour les entrepreneurs, qui seront probablement contributeurs nets du système. Il s’agit d’un prélèvement supplémentaire, qui ne dira pas son nom, pour abonder le régime déficitaire des salariés.

La question du financement de la caisse unique

C’est bien ici tout le sujet de l’accès des entrepreneurs au régime unique de chômage. On imagine tous que la contrepartie de l’accès au chômage sera la participation à son financement. Dans quelle condition ce financement s’organisera-t-il? La propension macronienne à créer des régimes uniques où les entrepreneurs paient pour les salariés, et où les salariés du privé paient pour les fonctionnaires, risque de se révéler beaucoup plus coûteuse qu’il ne veut bien le dire.

Pour les entrepreneurs, l’accès au chômage serait catastrophique s’il se soldait par des contributions supérieures aux prestations délivrées en cas de réalisation du risque. Et c’est sur ce point que le programme à la présidentielle doit être éclairci.

Le « marché » existe sur le risque chômage des entrepreneurs

C’est pourquoi la décision la plus sage serait sans doute de laisser les entrepreneurs s’organiser. Ils en ont déjà la faculté puisque le risque chômage « privé » est un marché relativement mûr pour eux. Des produits existent comme la GSC, à coût probablement moindre à celui de l’Unedic dans sa version future. La souscription de ces contrats est libre.

On notera par ailleurs que les entrepreneurs peuvent d’ores et déjà s’affilier librement à l’Unedic. Il est assez singulier d’imaginer que cette faculté devienne une obligation au nom de la protection des entrepreneurs. Ceux-ci sont suffisamment responsables pour choisir leur destin par eux-mêmes. Sauf bien entendu, à vouloir faire rentrer au chausse-pieds de nouveaux contributeur à un régime qui accumule plusieurs milliards de dettes chaque année.

Le Parquet ouvrira-t-il vraiment une enquête préliminaire sur Macron le 15 mars?

Macron sera-t-il à son tour inquiété sur son patrimoine et sur la déclaration qu’il en a faite à la Haute Autorité de la Transparence de la Vie Publique (HATVP), le machin créé par Hollande dont la passivité exaspère beaucoup d’observateurs de la vie politique? L’opération s’annonce dans une certaine confusion, mais elle risque de marquer le deuxième tournant de la campagne.

Macron et sa déclaration de patrimoine

C’est un secret de polichinelle: le patrimoine d’Emmanuel Macron pose question. Poser question ne signifie pas anguille sous roche. Il signifie juste qu’on aimerait soulever la roche pour savoir si elle cache une anguille.

En l’espèce, trois impétrants ont signalé à la HATVP, courant février 2017, l’étrange situation d’Emmanuel Macron, qui déclare des revenus mobiliers importants, sans déclarer le patrimoine qui les explique. Ce courrier a circulé sur des sites que le Decodex a indiqué comme peu recommandables. C’est sans doute pourquoi la presse subventionnée a évité de s’en faire l’écho.

Le problème, c’est que les impétrants sont de vrais pitbulls: quand ils ont un bâton (même merdeux) dans la gueule, ils ne le lâchent pas. Face à l’inertie de la HATVP, présidée par Jean-Louis Nadal, fidèle soutien de François Hollande, les rédacteurs de courrier incendiaire mais difficile à contester auraient directement écrit au Parquet National Financier.

L’ouverture d’une information judiciaire le 15 mars?

Tout Paris ne bruisse plus que de cette rumeur: le Parquet National Financier aurait l’intention de se saisir d’un dossier bien embarrassant. Ne rien faire reviendrait en effet à nourrir les accusations d’impartialité subjective proférée ces derniers jours après les tracas de François Fillon et de Marine Le Pen. Il se murmure même que l’information judiciaire serait ouverte la semaine prochaine, lorsque les délais pour candidater à l’élection présidentielle seront proches d’être forclos.

Pour Emmanuel Macron, dont le programme a déçu par excès de hollandisme (Macron étant à l’origine du programme économique de Hollande en 2012, il n’y a pas de secret…), la séquence qui vient pourrait donc être difficile à vivre.

Dans tous les cas, qu’elle s’en empare ou pas, la balle est dans le camp de la justice.

Un scandale à 300 millions € à l’Education Nationale

Il paraît que l’Education Nationale n’a pas d’argent! et même qu’elle s’en plaint beaucoup. Pourtant, la Cour des Comptes vient de lever un fameux lièvre: depuis 2008, ce ministère si pauvre s’est permis d’engloutir 300 millions € dans un projet informatique qui ne marche pas. On remarquera au passage que l’incompétence de la technostructure qui sévit dans ce ministère n’est pas liée aux majorités parlementaires: elle reste constante sous la gauche comme sous la droite.

L’Education Nationale cède-t-elle trop aux SIRHEN?

L’idée initiale était en soi absurde: alors que Bercy mettait en place un système informatique pour gérer les ressources humaines de tous les ministères, l’Education Nationale a décidé de faire bande à part en se lançant dans le Système Informatique des Ressources Humaines de l’Education Nationale (le SIRHEN). Le programme initial devait coûter environ 60 millions €.

Patatras, comme l’indique le référé du premier président de la Cour, Didier Migaud, près de dix ans plus tard, le système ne marche toujours pas, et plus de 300 millions seront finalement engloutis dans le projet. Les prestataires informatiques doivent se frotter les mains!

Voici le texte du référé:

Quelle transparence pour les achats informatiques de l’Education Nationale?

Ce n’est pas la première fois que les achats informatiques de l’Education Nationale posent problème. Ce ministère n’a pas d’argent, mais il adore enrichir les grands prestataires informatiques. Dans le cas de SIRHEN, c’est Capgemini qui bénéficie des largesses du mammouth. Il serait quand même intéressant qu’au titre de la transparence prévue par notre bloc de constitutionnalité, l’Education Nationale fasse la lumière sur sa politique d’achat informatique. Car on se demande quand même comment de telles dérives peuvent intervenir sans que le contribuable (et les parents d’élèves) ne soient informés de l’usage qui est fait de leur argent par des fonctionnaires qui semblent avoir le goût du secret.

En tout cas, depuis 10 ans, personne n’a entendu parler de sanctions qui auraient été prises pour réparer ce gâchis.

On notera ce commentaire général de la Cour:

Le programme Sirhen a pour objet le remplacement des systèmes d’information et de gestion des ressources humaines du ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Engagé en 2007 sans cadrage technique et financier précis, le projet a rencontré des difficultés mal maîtrisées qui ont entravé son bon déroulement jusqu’à provoquer un quintuplement du coût final (de 60 M€ à 323 M€), un étirement jusqu’en 2023 du calendrier global et un blocage du programme, le prestataire ne parvenant pas à livrer une version de l’outil d’une qualité apte à la prise en charge des premiers agents. La Cour constate des améliorations récentes mais insuffisantes pour redresser le projet et insiste sur l’absolue nécessité de sécuriser la conduite du programme pour atteindre un déploiement complet en 2020 dans un cadre financier strict. Elle formule trois recommandations.

Comment les Républicains trumpisent l’élection présidentielle

C’est probablement à leur insu que les dirigeants républicains trumpisent l’élection présidentielle et font le jeu, malgré eux, de François Fillon. Carbonisé il y a encore quelques jours, l’intéressé devrait désormais connaître une dynamique tout à fait inattendue dans sa campagne: celle du résistance au « système ».

Rien de mieux qu’une ordalie pour trumpiser une campagne

En droit germanique, les accusations les plus graves donnaient lieu à une ordalie, c’est-à-dire au jugement de Dieu. Un tableau de Dirck Bouts, peintre flamand de la Renaissance montre d’ailleurs comment l’ordalie pouvait se matérialiser. En l’espèce, une femme voulant prouver l’innocence de son mari décapité pour meurtre s’empare d’une barre de fer rougi et subit l’épreuve de la vérité.

Durant ces dernières semaines, c’est bien cette épreuve de la vérité qu’a subie François Fillon. Accusé peu ou prou d’enrichissement, lessivé par une campagne de dénigrement et de déstabilisation sans relâche dans l’ensemble des médias, le bonhomme est toujours debout, vivant, et même vivace. En pays franc, les esprits ne manquent pas d’être frappés par cette résistance qui rappelle obscurément l’ordalie germanique. Sans que ce réflexe ne soit forcément conscient d’ailleurs, la constance de François Fillon dans l’épreuve vaut tacitement preuve d’innocence.

En tout cas, pour le « peuple de droite », et même au-delà, le fait que la voix de Fillon continue à clamer son innocence malgré les souffrances médiatiques est un signe qui frappe les esprits et pourrait, dans la durée, renverser la vapeur du train qui semblait devoir l’écraser.

Ce faisant, la campagne présidentielle n’est plus une bataille de projets, elle devient le conflit des volontés. Elle se transfigure. Elle se situe désormais au-delà des idées, dans une sorte d’affrontement très nietzschéen entre ceux qui calculent leur existence et ceux qui affirment leur liberté par-delà le bien et le mal. D’un côté le système et sa conspiration des médiocres. De l’autre, un homme seul dont la survie incarne la résistance dont beaucoup attendaient l’incarnation.

Fillon désormais détaché des principes moraux

Ce qui frappe dans la métamorphose dont le candidat Fillon donne le spectacle, c’est son émancipation par rapport aux critères classiques de la morale. Les affaires avec sa femme sont pour ainsi dire dépassées, presque banalisées ou rendues caduques. Pendant plusieurs semaines, elles gênaient mais ne suffisaient pas, dans son camp, à discréditer le programme. Désormais, elles sont comme minorées, ou validées, par l’héroïsme du personnage.

On y verra volontiers l’effet direct de la disproportion déraisonnable entre la faute commise par l’impétrant et la sanction infligée: battage médiatique quotidien, opérations judiciaires, trahisons multiples, concert de casseroles comme une persécution à chacun de ses déplacements. La ficelle a semblé grosse: il s’agissait d’abattre un homme, de le clouer collectivement au pilori. La réaction était trop longue, trop forte, trop orchestrée pour ne pas apparaître tôt ou tard comme une manipulation du « système », qui a commis la maladresse simultanée de vouloir abattre Marine Le Pen.

Donc, les deux favoris de la présidentielle étaient déstabilisés comme par enchantement au moment où Emmanuel Macron avait besoin d’espace, dans la foulée des primaires socialistes. Même si rien ne prouve qu’il y ait eu malice, l’enchaînement des circonstances a discrédité chacune des manoeuvres entreprises.

Et voilà comment même une mise en examen (qui n’est pas encore acquise) paraîtra désormais dérisoire et inopérante dans cette campagne. La haine est allée trop loin pour être encore audible. La réaction naïve de Fillon a fait long feu: elle a laissé la place à une résistance inoxydable.

Vers un combat du peuple contre le système?

À quelque chose, donc, malheur est bon. Fillon a traversé un enfer qui lui vaut aujourd’hui un paradis: celui du combat mené par ceux qui veulent des réformes incisives contre l’immobilisme français. Son passage ce matin à la CPME lui a valu un triomphe. Si certains trouvaient son programme trop brutal et pouvaient craindre les blocages qu’il causerait, le doute est dissipé maintenant. La capacité de résistance, l’obstination, l’acharnement même de Fillon ne sont plus à démontrer.

Après ce bain dans l’acier, Fillon a changé de stature et de dimension. Il reçoit le blanc-seing de la réforme libérale. Plus personne n’a de doute sur ce qu’il sera capable de mener à bien.

De ce point de vue, le dépassement dont il vient de donner l’exemple bouleverse le rapport de force, et tout laisse à penser que la campagne commencer vraiment maintenant. Fillon est celui qui a survécu au « système ».

La trumpisation à l’oeuvre

Plus que tout autre ingrédient, le meilleur ferment de la trumpisation tient aux tergiversations des Républicains eux-mêmes. De même que certains éléphants prônaient un changement de candidat à l’approche du scrutin aux Etats-Unis, on a trouvé les Fenech et autres sur la même ligne en France. La résistance de Fillon à ces pressions, et sa victoire finale face à l’appareil du parti constituera désormais sa meilleure arme et son meilleur étendard.

Du coup, l’accusation d’UMPS longtemps restée dans les esprits, est balayée. Fillon est celui qui a, par deux fois, imposé la volonté de la base aux apparatchiks de son parti. Voilà une circonstance qui risque d’être longtemps rappelée.

Dans le terrain de jeu du Front National

Paradoxalement, donc, les affaires Fillon et le Penelopegate devraient affaiblir le Front National qui n’a désormais plus le privilège de la lutte anti-système. Marine Le Pen incarnait une version à la fois étatiste et sulfureuse de la dissidence. Désormais, et avec le soutien acquis ce soir du bureau politique des Républicains, Fillon apparaît comme le vainqueur d’un bras de fer où il a imposé une image de dissident réformateur libéral et crédible.

Le jeu des présidentielles est probablement relancé. Comparé au programme de Fillon, le programme de Macron fera désormais pâle figure, sans convaincre une majorité à gauche.