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Auteur : Eric Verhaeghe

Pourquoi Cambadélis protège Macron et charge Mélenchon

Cambadélis, ex-trotskyste (né à Neuilly) élu à l’Assemblée Nationale sous l’étiquette socialiste sans discontinuer depuis 1988, protège beaucoup Emmanuel Macron et ne manque pas une occasion de taper sur un autre trotskyste: Jean-Luc Mélenchon. Officiellement, cette stratégie partiale répond à l’appétence assez large des socialistes pour Emmanuel Macron, et à leurs réticences vis-à-vis de Benoît Hamon et de la gauche de la gauche. Mais un calcul un peu plus sordide se cache derrière ces postures tactiques.

La paresse de Cambadélis commence à se voir

Si Cambadélis est député du 19è arrondissement depuis 1988, fonction qu’il cumule aujourd’hui avec celle de Premier Secrétaire du bel et vivace Parti Socialiste, on peine en revanche à dresser le bilan de son activité législative. Camba brille en effet par son désintérêt pour ses fonctions de parlementaire et par son manque d’implication dans la vie de la Nation (sauf lorsqu’il s’agit de jouer aux chefs de parti).

En bon professionnel de la politique, Cambadélis a par ailleurs ajouté à son arc quelques flèches judiciaires qui respirent la politique d’antan. Mêlé aux affaires de la MNEF, proche de DSK, condamné pour avoir occupé un emploi fictif dans une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés dirigée par un ancien cadre du Front national (le fameux parti qu’il appelle à combattre aujourd’hui). Voilà ce qu’on appelle couramment un homme d’affaires…

La fille de Gérard Filoche en embuscade

Dans ce contexte empreint d’intérêt général, la situation de Cambadélis est précarisée par les appétits et les ambitions de Léa Filoche, la fille du fameux Gérard, et accessoirement adhérente à la même faction que son père. Celle-ci convoite l’investiture de son parti dans la circonscription du Premier Secrétaire et réclame l’organisation d’une primaire.

Cette contestation interne montre bien comment Camba lui-même est fragilisé par la crise profonde que connaît le Parti Socialiste. L’intéressé a pourtant mis en place quelques pare-feux. Il a par exemple recruté la première adjointe de la mairie, proche de Bertrand Delanoé, Halima Jemni, comme collaboratrice parlementaire. Ce mélange des genres, qui permet de tenir une mairie traversée par des luttes d’influence, ne suffit peut-être plus pour rester en place…

L’arithmétique électorale compliquée de Cambadélis

Mais… à quelque chose, malheur est bon. Après tout, l’investiture du Parti Socialiste dans le 19è arrondissement n’est peut-être pas la panacée. Dans le 19è arrondissement (qui correspond en partie à la circonscription de Cambadélis), Hamon a recueilli 10.000 voix à peine contre 24.500 à Mélenchon, et 23.500 à Macron. Si Cambadélis veut avoir une chance de garder son siège aux prochaines législatives, il est donc obligé de nouer une alliance avec… les macronistes, tout en conservant avec lui la moitié du Parti Socialiste qui ne se voit pas chez Mélenchon.

Ce sera juste, mais c’est jouable…

Ceci suppose bien entendu qu’il existe un accord électoral entre le parti socialiste et En Marche. On aurait bien tort de ne pas examiner les discussions qui vont se nouer dans les prochains jours sous cet angle-là: comment Cambadélis va-t-il instrumentaliser le parti socialiste pour défendre ses propres intérêts.

On s’en délecte par avance: plus un régime se décompose, plus les plaisirs qu’il offre sont savoureux et décadents.

Marine Le Pen veut-elle vraiment gagner l’élection présidentielle?

L’image était frappante hier soir. Le discours de Marine Le Pen commentant les résultats avait quelque chose de glacé, de triste, de mécanique dans lequel on ne percevait pas l’envie d’être présidente. Quelques minutes plus tard, Emmanuel Macron prononçait des mots triomphalistes, posait ses mots: « Je souhaite devenir votre Président ». D’un côté, la défense, de l’autre, l’attaque.

Faut-il en déduire que l’envie se trouve dans un camp et pas dans l’autre?

La campagne en demi-teinte de Marine Le Pen

Rétrospectivement, certains ne manqueront pas de souligner le faible enthousiasme de la campagne menée par Marine Le Pen. L’obsession de la dédiabolisation a été portée jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à nier le projet de sortir de l’euro, et jusqu’à arrondir beaucoup d’angles sur les questions identitaires. Dans la pratique, l’essentiel de la posture nationaliste a consisté à dénoncer l’européisme et le mondialisme des autres candidats, sans véritablement porter le fer.

Faute de propositions concrètes qui marquent l’opinion, la campagne de Marine Le Pen a donc essentiellement consisté à surfer sur une victoire promise, dont les résultats finaux montrent les limites: non seulement le Front National est loin des 30% annoncés, mais la candidate du Front ne termine qu’en seconde position. Certes, elle a réuni plus de 7,6 millions de voix, mais… avec une campagne plus « nerveuse », elle aurait sans doute pu faire bien mieux.

Le front républicain, certes, mais l’envie…

En écoutant Marine Le Pen, hier soir, on entendait déjà le discours dénonçant le front républicain qui devrait théoriquement faire perdre Marine Le Pen au second tour. Le Front National annonce sa défaite, ou l’intériorise avant qu’elle n’ait lieu. La question est de savoir si, sans front républicain, Marine Le Pen remporterait l’élection.

Rien n’est en réalité moins sûr. Pour gagner au second tour, il ne suffit pas d’une arithmétique complexe. Il faut aussi une envie, et une rencontre avec le peuple français. Marine Le Pen n’a ni clairement exprimé la première, ni connu la seconde. Elle dispose désormais de quinze jours pour tenter cette alchimie dont elle aurait besoin même si la totalité des forces politiques ne cherchait pas à la faire perdre.

Qui a une vision claire de la société proposée par le Front National

Sur le fond, le Front National a probablement réussi une part de sa dédiabolisation, mais il n’a pas encore expliqué quelle société il voulait. En dehors d’une rupture (floutée par Marine Le Pen) avec l’Union Européenne, et de quelques mesures ponctuelles, en dehors d’un durcissement des règles en matière d’immigration et de nationalité, on peine à saisir « l’identité » du projet frontiste. Paradoxalement, la grande faiblesse du programme du Front National est de ne pas être enracinée dans la société française.

C’est le travail qui reste à mener, d’une certaine façon: celui de l’enracinement d’un programme dans l’opinion publique.

Macron – Le Pen : vers une France ingouvernable

Article écrit pour Atlantico

Au lendemain du second tour Macron – Le Pen, la France sera ingouvernable. Il suffit, pour s’en convaincre, de reprendre la mathématique électorale qui se déploiera aux législatives pour s’en convaincre.

Macron – Le Pen : improbable et impossible victoire de Marine

Commençons par l’hypothèse la moins probable: une victoire de Marine Le Pen au second tour. Celle-ci supposerait que la candidate nationaliste bénéficie d’un report de voix assez varié. Il faudrait qu’elle récupère les voix de Dupont-Aignan, et une importante partie des voix de Mélenchon et de Fillon, malgré les consignes de vote données par les chefs de file. Ce sera compliqué, mais cela n’est pas impossible, surtout si l’abstention progresse.

Dans ce cas de figure, Marine Le Pen aurait besoin d’une majorité parlementaire. En l’état, le Front National projette 25 sièges, ce qui est très loin des 290 sièges nécessaires pour gouverner. Sa seule espérance de gouverner sans cohabitation repose donc sur la constitution d’une coalition de droite, qui l’obligera, dans tous les cas, à composer. Il paraît aujourd’hui difficile d’imaginer que cette coalition se noue avant les élections. L’exécutif devrait alors chercher une majorité au cas par cas.

Autrement dit, en cas de victoire de Marine Le Pen, nous savons déjà que les législatives lui imposeront de mettre de l’eau dans son vin et la placeront au mieux dans une situation politique instable.

Même en imaginant une vague frontiste (dont le premier tour ne donne pas l’indice), la future majorité sera donc multicolore. C’est pourquoi, la victoire de Marine Le Pen est non seulement improbable au second tour, mais elle est impossible après les législatives.

Comment Macron va devoir sortir de l’ambiguïté à son détriment

Vis-à-vis de ces 290 sièges à remplir à l’Assemblée Nationale, la position d’Emmanuel Macron n’est pas forcément plus simple. Disons même qu’elle se révèle extrêmement complexe. S’il est très probable qu’Emmanuel Macron réussisse l’exploit d’être élu à moins de 40 ans et au terme de sa première candidature à la présidentielle (ce qui mérite d’être salué), il lui reste à constituer une majorité parlementaire suffisante pour gouverner sans cohabiter, ou sans être victime d’une fronde systématique qui rendra la mise en oeuvre de son programme particulièrement pénible.

Sur ce point, Macron peut déjà compter sur des forces constituées qui sont bien décidées à ne pas lui faire de cadeau. Les propos tenus sur les plateaux de télévision, ce soir, par les mélenchonistes, l’ont très bien illustré. Les adversaires de toute collaboration avec un exécutif chapeauté par Macron risquent bien de se faire un plaisir de bloquer son action.

Macron va-t-il faire son coming out de droite?

Dans ce contexte, on voit mal comment Macron pourrait continuer son « ni-ni » à l’approche des législatives, sans compromettre gravement ses chances de succès pour les cinq années à venir. Une hypothèse possible consisterait à nouer un accord électoral avec les Républicains. François Baroin a déjà, ce soir, posé ses conditions: l’alliance doit être « de droite et de centre-droit ». Si Emmanuel Macron faisait le choix de suivre cette voie, il encaisserait immédiatement le choc de la déception, notamment parmi ses soutiens venus de la gauche.

Ce serait pourtant le risque à prendre pour constituer (mais sans garantie de succès) une majorité homogène décidée à soutenir ses réformes de structure.

Dans ce cas, il se heurterait à la résistance des mélenchoniens et probablement d’une part importante des socialistes, sans oublier celle du Front National, qui pèsera peu à l’Assemblée, mais lourd dans l’opinion. Cette difficulté sera accrue par la campagne des législatives, qui dénoncera la trahison du Président nouvellement élu. En revanche, il rassemblerait de Bayrou à Borloo, pour le centre, jusqu’à la lisière de Sens Commun (mais il faudra le dire vite), en donnant un pouvoir étendu au Premier Ministre qui sera le vrai garant de sa majorité.

Macron peut-il se resserrer sur sa gauche?

Une autre piste pour Macron consisterait à mener des listes de gauches aux législatives, de cette gauche libérale, moderne, qui court de Barbara Pompili à Nicolas Hulot, et de Manuel Valls à Pierre Bergé. Le problème serait ici symétrique à celui d’une alliance avec la droite. En faisant ce choix, Macron repousserait la droite dans l’opposition sans forcément s’attacher le soutien de la gauche de la gauche, hamoniens compris.

Macron retrouverait alors la posture improbable de François Hollande pendant cinq ans, systématiquement combattu par la droite, et régulièrement affaibli par la gauche. Cette situation serait dégradée par la forte montée des Insoumis qui décrocheront probablement un nombre substantiel de circonscriptions.

Rappelons ici que les communistes existent encore à l’Assemblée Nationale grâce au soutien du Parti Socialiste. Macron n’étant pas issu de ses rangs, un accord électoral avec celui-ci sera plus compliqué à faire respecter…

Macron a-t-il une chance de monter une coalition multicolore?

Reste la troisième hypothèse, celle d’une coalition montée de toutes pièces après le second tour, réunissant des personnalités comme Manuel Valls pour la gauche, Jean-Louis Borloo pour le centre, et Christian Estrosi pour la droite.

On voit bien, pour un Estrosi menacé par le Front National, l’intérêt d’une formule de ce genre, qui peut séduire certains juppéistes et peut-être certains sarkozystes. Cette coalition se construirait en dehors des appareils de parti traditionnels, et parierait sur de bons scores aux législatives. Ceux-ci permettraient-ils de construire une majorité?

La réponse appelle quand même quelques tempéraments. D’une part, la victoire supposerait de persuader les Français que cette coalition vise à autre chose qu’à protéger des carrières ou des postes menacées par l’alternance, et c’est loin d’être gagné. D’autre part, même en cas de victoire, rien ne garantirait la durée de vie de cette coalition. On peinerait en effet à imaginer, dans la durée, des ennemis politiques historiques rester unis dans une situation budgétaire et internationale complexes.

Cette formule présenterait en tout cas le risque de nourrir l’idée que la classe politique est une caste de connivents sans scrupule. Personne ne mesure le prix à payer à long terme pour ce genre de confusionnisme

Macron, président confusionniste d’une nouvelle IVè République?

Le plus vraisemblable est donc que, de façon claire et rapide, Emmanuel Macron soit un président contraint à cohabiter avec une majorité homogène qui ne le soutient pas politiquement et qui gouverne à sa place. Compte tenu de son manque d’expérience, cette situation ne manquera pas de le mettre en difficulté et d’affaiblir durablement la fonction présidentielle.

Même si ce retour à l’esprit de la IVè République n’est pas formalisé immédiatement, il ne tardera pas à apparaître comme tel aux yeux des Français. Ainsi disparaissent les régimes qui croient pouvoir se réformer par les hommes et non par les institutions.

Pourquoi les mutuelles de fonctionnaires veulent un hold-up sur les salariés du privé

Les fonctionnaires sont-ils des précaires? Il faut lire avec délectation la campagne menée par la Mutualité de la Fonction Publique (MFP, union des mutuelles de la fonction publique) et par son président Serge Brichet pour mesurer jusqu’où peut aller l’indécence des apôtres de la solidarité pour défendre, selon le principe « Charité bien ordonnée, etc. », leurs intérêts immédiats.

L’indécence des fonctionnaires n’a plus de limite

On ne résiste évidemment pas au plaisir de citer les meilleurs moments du discours Caliméro de Brichet:

Les agents publics sont les « parents pauvres » du système de santé, a alerté mercredi 19 avril la Mutualité fonction publique (MFP), qui a calculé que six agents sur 10 ne perçoivent en moyenne qu’1,60 euro par an de leur employeur pour leur cotisation à une complémentaire, contre 244 euros pour les salariés du privé.

« Il y a aujourd’hui une vraie forme de précarité sociale dans la fonction publique », a déploré Serge Brichet (…)

« Quand ils sont malades, le service public est patraque et nous sommes tous malades ! », résume un de ses slogans de campagne.

Euh! Monsieur le Président Brichet… les fonctionnaires, c’est bien ceux qui gagnent en moyenne 10% de plus que les salariés du privé, qui ont la sécurité de l’emploi, dont personne ne décompte jamais le temps de travail, qui bénéficient même parfois de primes de présence quand ils acceptent de venir travailler, et qui font payer leur retraite par le contribuable et qui n’ont pas de jour de carence quand ils sont malades?

Il ne faut quand même pas manquer d’air pour les présenter aujourd’hui comme les parents pauvres de la protection sociale, et leur attribuer une « précarité sociale » qui rappelle à point nommé la rupture profonde qui existe entre des fonctionnaires protégés par leur statut, et des salariés du privé exposés à tous vents.

Quand la Mutualité de la Fonction Publique demande un nouveau hold-up sur les salariés du privé

L’apparence du problème est au demeurant bien connue, et fait l’objet d’un intense lobbying de la part des mutuelles de la fonction publique depuis plusieurs semaines. Depuis la loi de 2013, tous les employeurs du secteur privé sont en effet obligés de proposer un contrat de complémentaire santé à leurs salariés, et à en assurer 50% du paiement. Les mutuelles de la fonction publique demandent aujourd’hui une mesure équivalente pour les fonctionnaires.

Bien entendu, les mutuelles se gardent bien de proposer le financement de cette mesure par des économies de fonctionnement. La proposition qui est faite est d’augmenter les impôts, c’est-à-dire de demander aux salariés du privé de contribuer à l’amélioration de la couverture santé du public, histoire d’accroître encore un peu plus le différentiel de traitement entre les deux univers.

Au passage, on rappellera que la généralisation de la complémentaire santé n’est rien d’autre qu’une augmentation de charges pour les entreprises, dont on voit bien que personne ne s’est demandé si les employeurs en auraient les moyens…

Les raisons cachées d’une campagne d’influence

Les gogos se contenteront des explications données par Serge Brichet pour comprendre ce dossier très technique. D’un côté, il y a les méchants salariés du privé qui reçoivent plein d’argent de leur gentil employeur aux poches percées et de l’autre les précaires, les fonctionnaires, soumis à une pression extraordinaire sur la productivité, qui doivent impérativement bénéficier de la solidarité collective.

Et puis, il y a la façon raisonnable d’aborder le sujet, qui consiste à décrypter les propos des mutualistes de la fonction publique.

Ceux-ci sont essentiellement dictés par des considérations économiques. Les mutuelles de la fonction publique rêvent en effet d’une mesure réglementaire (et financière) qui leur permettrait d’améliorer leur chiffre d’affaires et leur situation financière, plombée par des coûts de gestion importants. Cet objectif devient d’autant plus vital qu’un décret de 2011 oblige les ministères à mettre en place des procédures de mise en concurrence dans le « conventionnement » des mutuelles.

D’un côté, donc, une activité ankylosée par des années de monopole, et de l’autre, une concurrence dynamique qui se profile.

Les coûts de gestion exorbitants des mutuelles de la fonction publique

Il faut lire les quelques rares rapports annuels publiés par des mutuelles (elles sont tellement démocratiques qu’elles détestent publier leurs résultats) pour mesurer l’ampleur des dégâts. Prenons au hasard la mutuelle du ministère de l’Intérieur, Intériale, pour comprendre l’ampleur du problème:

Un rapide calcul montre que la prime moyenne par assuré chez Intériale est de 530€, dont 450€ servent à payer des prestations. Et les 80€ restants (soit 15%)? Des frais de gestion sans doute… On aimerait tellement qu’Intériale mette ses chiffres à disposition des assurés pour comprendre à quoi servent ces sommes, au juste…

On adorerait aussi qu’Intériale rende publique la liste de ses administrateurs…

Dans tous les cas, ces coûts élevés obligent la mutuelle à développer son chiffre d’affaires. Et, pour y parvenir, quoi de mieux qu’une bonne réglementation qui obligerait l’Etat à verser une subvention déguisée aux mutuelles sous forme de participation à un contrat de complémentaire santé obligatoire des fonctionnaires?

Les mutuelles de la fonction publique et la sécurité sociale

Une fois de plus, c’est la rente de situation dont la fonction publique bénéficie qui est en jeu. Rappelons en effet que les fonctionnaires n’adhèrent pas au régime général de la sécurité sociale et se battent obstinément pour y échapper. Malgré ce privilège, les fonctionnaires demandent aujourd’hui une rallonge pour « ne rien perdre » par rapport aux salariés du privé, vis-à-vis de qui ils sont pourtant fortement avantagés.

La meilleure preuve à donner de cet avantage consisterait à supprimer le statut de la fonction publique. Monsieur Brichet, si le statut privé est si favorable, pourquoi ne pas le revendiquer pour les fonctionnaires?

Predicto (big data): Mélenchon à 26%, Le Pen à 17% et Macron à 16%

Le Predicto, qui n’est pas un sondage mais un produit Big Data, affiche, à 12 heures ce samedi 22 avril 2017, une prédiction de résultats de Mélenchon à 26%, Le Pen à 17% et Macron à 16%.

Predicto: Big Data contre sondages d’opinion

Rappelons que le Predicto n’est pas une enquête statistique au sens de la loi du 19 juillet 1977 modifiée par la loi du 25 avril 2016. Il procède simplement du Big Data, en l’espèce de l’analyse des flux sur les réseaux sociaux et de leur évaluation sémantique.

De fait, l’ensemble de la campagne électorale aura montré la difficulté de concilier les analyses d’opinion (dont la diffusion est désormais couverte par le secret de la journée pré-électorale) et les analyses issues du Big Data. Dans la pratique, tous les sondages ont donné Emmanuel Macron gagnant, alors que, dans les analyses Big Data, il est systématiquement écarté du deuxième tour.

Reste à comprendre pourquoi…

Les campagnes du futur prennent forme sous nos yeux

L’intérêt de ces divergences est de disséquer les processus d’élaboration future de la prédiction électorale. Les campagnes du Brexit et de la présidentielle américaine ont illustré avec brio les limites des techniques traditionnelles. Les primaires républicaines et socialistes en France les ont confirmées.

Nous savons tous que les sondages sont, tôt ou tard, appelés à absorber le choc de la révolution numérique. Reste à construire les outils qui les remplaceront.

En l’état, nous avons tous le pressentiment que le Big Data permettra d’améliorer la prévision en utilisant des méthodes infiniment plus modernes que l’enquête déclarative actuelle. Toutefois, les modèles statistiques capables de modérer et de fiabiliser les résultats ne sont pas encore établis.

Il sera donc intéressant d’assister en direct à leur élaboration… Le fonctionnement même de la démocratie en sera modifié en profondeur, et peut-être même la notion de scrutin et de mandat électif en seront-t-elles profondément rénovées. Le Big Data éclairera en effet les déterminants de l’opinion et les nuances de son expression.

Cette fête que le Front National prépare dimanche soir

Selon nos informations, l’équipe de campagne du Front National prépare une fête dimanche soir dans un restaurant des Champs-Elysées tenu secret pour des raisons de sécurité, mais qui n’est donc pas sans rappeler les petites manies de Nicolas Sarkozy. Si la candidate n’est pas annoncée ce soir-là sur place, on relèvera néanmoins la geste présidentielle qui s’est installée dans un parti donné avec constance au second tour depuis plus d’un an. Si un enseignement peut être tiré de cette étrange présidentielle, c’est bien celui d’une sédimentation du rapport de force idéologique autour des thématiques du Front National, qui apparaîtra quoi qu’il arrive comme le vainqueur durable du scrutin.

Voici quelques motifs de réjouissance pour les militants du Front National.

Soixante-dix ans après, la boucle Front National est bouclée

Pour beaucoup d’adversaires du Front National, ce parti catalyse en lui-même toutes les haines qui agitent la France depuis la Libération.

Une autre lecture mériterait toutefois d’être tentée, à partir de l’Oeuvre Française lancée en son temps par Pierre Sidos. Si l’on admet l’hypothèse que le Front National ne fut qu’une infusion circonstancielle, cristallisée dans les années 70 pour des raisons anecdotiques que Sidos explique très bien, de la pensée nationale d’après-guerre, alors on peut dire que, rétrospectivement, le score du Front National boucle le long combat d’un homme et d’une idéologie venus des profondeurs de notre histoire.

En soi, la permanence du Front National en tête des sondages illustre bien la vivacité de cette tendance légitimiste, méfiante vis-à-vis des Lumières, de la Révolution, qui a su se métamorphoser pour échapper aux stigmates de l’époque et rejoindre les attentes du pays. De ce point de vue, on aurait tort de sous-estimer la portée du phénomène: il marque un changement de chapitre dans l’histoire de France, qui trouve son écho et son miroir dans le vacillement de l’idée européenne.

L’effet retard de l’après-1945 en France

Au fond, la domination de la vie politique française par le Front National manifeste le retard avec lequel la France tourne la page de l’après-1945. C’est en 1991 que l’Allemagne a connu ce phénomène, en choisissant Berlin comme capitale unique d’un pays « réunifié ». Politiquement, l’Allemagne retrouvait l’espace politique qui fut le sien entre 1870 et 1945, après une parenthèse de plus de 40 ans. En accordant une sorte de préférence au Front National, l’électorat français fait sa réunification à lui. Il retrouve l’inspiration légitimiste, passionnelle, qui fut durablement disqualifiée à la Libération.

Les ingrédients sont désormais réunis, dans le débat public, pour que soient remises sur pied les vieilles logiques nationales en Europe.

Dédiabolisation ou catharsis?

On attribue volontiers la domination du débat public par le Front National à l’effort de « dédiabolisation » porté par Marine Le Pen, avec des souverainistes bon teint comme Florian Philippot. Il est vrai que le soin pris à la direction actuelle du Parti à éviter les écarts a contribué à diminuer la quantité de soufre qui recouvrait le parti. Mais au-delà de ce simple effort marketing, c’est aussi une pulsion plus profonde de la société française qui s’est exprimée à cette occasion.

Durablement, la France a trouvé la forme acceptable dans le monde contemporain pour l’expression d’une tradition politique déclarée interdite depuis Vichy. De même que la sémantique pétainiste était fondée sur la protection, retrouvant d’ailleurs la tradition monarchique du toucher aux écrouelles, le Front National a renouvelé en profondeur et avec succès la thématique de la protection identitaire et sociale.

La promesse Marion Le Pen

Au-delà de cette circumnavigation historique dont Marine Le Pen peut revendiquer la maternité, la prochaine étape de la métamorphose « natio » en France est connue. Elle s’appelle Marion Maréchal-Le Pen dont Emmanuel Macron vient de prouver que la jeunesse peut ne pas être un obstacle.

Dans l’échelle du légitimisme politique, on peut déjà parier que Marion, polie par l’ombre dans laquelle sa tante la projette, franchira quelques degrés supplémentaires. Et c’est aussi cette certitude d’un parcours à venir que certaines élites du Front célébreront dimanche soir.

Y a-t-il des OGM cachés dans l’agriculture française?

Le site InfOGM a publié la semaine dernière une contribution d’organisations agricoles françaises auprès de la CJUE pour dénoncer les OGM cachés, c’est-à-dire la commercialisation « clandestine » d’organismes génétiquement modifiés. Voici quelques extraits saillants de ce document:

DÉMASQUER ET RÉGLEMENTER LES OGM CACHÉS, LES BREVETS PIRATES ET LES PLANTES RENDUES TOLÉRANTES AUX HERBICIDES

De plus en plus de Variétés rendues Tolérantes aux Herbicides (VrTH) et de plantes qualifiées « d’OGM cachés » par les organisations de la société civile sont cultivées et commercialisées sans avoir été évaluées, sans être étiquetées et sans aucun encadrement ni suivi de leur dissémination. Au delà de la violation du principe de précaution, de la protection de la santé et de l’environnement, ces OGM cachés sont également imposés à l’agriculture biologique et aux consommateurs qui n’en veulent pas sans qu’ils n’en soient informés. Ils constituent également des instruments d’appropriation du vivant par les brevets et d’encouragement à la biopiraterie. Ce document analyse comment une application correcte des réglementations européennes tenant compte des Conventions internationales peut mettre un terme à de telles pratiques. (…)

Les éléments de langage destinés à faire accepter les nouveaux OGM ont récemment changé de registre. Ils affichent certes toujours les mêmes promesses de résoudre, grâce à l’innovation technique, toutes les menaces alimentaires, sanitaires, environnementales, climatiques… qui pèsent sur l’avenir de l’humanité. Se focalisant sur le comment et pas sur le pourquoi, ils éludent ainsi soigneusement les causes d’abord politiques de ces menaces. Mais alors qu’il y a 20 ans, l’industrie et la recherche à son service se vantaient de pouvoir modifier, déjà avec précision, le vivant à volonté, elles prétendent aujourd’hui au contraire faire la même chose que ce que fait la nature, en allant juste un peu plus vite afin de rendre les objets, les plantes et les animaux un peu plus « intelligents ».

Ce glissement de la communication industrielle vise à répondre aux publics européens et de pays tiers qui, s’ils acceptent les médicaments et les produits industriels génétiquement modifiés, refusent la nourriture et les cultures OGM. Lorsqu’il s’agit de l’homme ou des risques pour la biodiversité, ces publics acceptent la manipulation génétique de cellules somatiques non héréditaires, mais refusent les manipulations de cellules germinales porteuses du patrimoine génétique héréditaire. Les gouvernements eux-mêmes expriment de plus en plus de réserves lorsqu’il s’agit de modifier le patrimoine héréditaire de tous les organismes vivants (voir par exemple les réticences quant aux nouvelles techniques de biologie de synthèse).

C’est pourquoi l’industrie semencière ne parle plus désormais de modification génétique, mais de simples perfectionnements de procédés « traditionnels » ou « conventionnels ». Elle ne modifierait plus le génome, mais se contenterait de l’éditer pour l’améliorer, comme on retouche une photo pour la rendre encore un peu plus « vraie ». La référence à la tradition, non définie mais supposée porteuse de bon sens et de valeurs actuellement recherchées par les citoyens, justifierait à son sens l’abrogation de la réglementation OGM tandis que les « perfectionnements » légitimeraient les brevets.

La première recette de cette opération de réhabilitation de l’agriculture et de l’alimentation génétiquement modifiées consiste à instiller une confusion en regroupant des procédés très différents les uns des autres sous un seul vocable générique non défini, la « mutagenèse », avec comme postulat « mutagenèse = mutation naturelle ». La seconde recette consiste à nier, ou du moins à ne jamais évoquer, la partie des modifications provoquées qui ne sont pas génétiques mais épigénétiques. La troisième recette consiste à ne pas présenter les techniques connexes à celle décrite comme principale.

 

Comment Internet a imposé aux élites françaises une vraie campagne électorale

Article écrit pour Atlantico.

Tiens! la campagne électorale (celle du premier tour, en tout cas) touche à sa fin. Beaucoup ont prétendu qu’elle était hors norme. Rétrospectivement, et en regardant l’improbable émission « 15 minutes pour convaincre », on serait mieux fondé à se féliciter que, malgré tout, la France ait montré la voie en réussissant la première vraie campagne électorale du XXIè siècle sur le continent européen.

La révolution des primaires a purgé le bébé avec l’eau du bain

Souvenons-nous de la France de janvier 2016. On aurait parié cher sur un autre duel Hollande-Sarkozy, à peine perturbé par Marine Le Pen. Quinze mois plus tard, le recours à la primaire, autant à droite qu’à gauche, a permis d’offrir une vraie alternative à cette seringue qui nous était promise. Les électeurs de droite ont écarté Sarkozy sans ménagement, et les électeurs de gauche menaçaient de faire subir à Hollande le même sort – ce qui a justifié, in fine, son renoncement au combat.

On pourra reprocher beaucoup de choses à nos processus politiques. Mais force est de constater qu’ils ont su se rénover en profondeur sans trop de dommages.

Internet comme véhicule central du discours politique avant la campagne

Durant toute cette période, les Français ont pu mesurer le divorce profond entre les candidats officiels du régime et la réalité de l’opinion publique qui s’est exprimée en utilisant Internet et les innombrables possibilités qu’il offre.

À droite, le « système » (cette étrange combinaison de sondages, de répétition en boucle des mêmes antiennes dans les médias subventionnés et de professions de foi dans les élites) avait choisi un duel Juppé-Sarkozy, qui s’est transformé en un triomphe de François Fillon. À gauche, le même système avait installé Manuel Valls et Arnaud Montebourg dans ce même duel forcé, qui ne s’est finalement pas produit.

Si les militants avaient dû se contenter des véhicules traditionnels de communication et d’expression, ils auraient probablement été frustrés, dépossédés, de leur vrai choix. Et soudain l’on comprend que la vie politique française repose historiquement sur une construction en carton-pâte que des moyens disruptifs d’expression font voler en éclat.

Les vieux médias ont tenté de torpiller une campagne qu’ils n’avaient pas choisie

De façon très révélatrice, c’est l’organe de presse le plus réticent à Internet qui a le mieux torpillé une campagne opposant des candidats imposés par les militants contre l’avis et les pronostics fourbis par les traditionnels faiseurs d’opinion. C’est en effet par un scoop du Canard Enchaîné que le malheur est arrivé: les Français apprenaient, stupéfaits, que François Fillon, qui avait attaqué Nicolas Sarkozy sur sa perte de crédibilité liée à ses « affaires », n’était lui-même pas un parfait exemple de vertu.

Pendant plusieurs semaines, la campagne qu’Internet avait permis de positionner sur des sujets de fond s’est alors résumée, du fait même de ces médias subventionnés, à une simple énumération d’affaires et de boules puantes. Il a fallu attendre le début du mois d’avril pour que d’autres sujets que ces affaires puissent être abordés.

Quel magnifique spectacle, que celui d’un bouleversement dans la douleur où l’ancien monde des médias payés par le régime pour maintenir l’opinion dans un état d’asservissement et de panurgisme a dû céder la place à un nouveau monde où les candidats ont été sommés de répondre au contenu même de leur projet pour le pays! quelle formidable leçon de démocratie donnée par ces populistes de la populosphère honnis par nos élites!

La présence des « petits candidats » imposée par la populosphère

Depuis plusieurs mois, tout avait été mis en place pour que le débat soit, comme chaque fois, verrouillé par quelques favoris occupant l’essentiel du temps de parole. Une loi avait même été adoptée pour que ce temps de parole tienne compte du poids de chacun déterminé par les sondages. Et patatras! les médias subventionnés n’ont pas tardé à comprendre que cette règle ne tiendrait pas. Lorsque Nicolas Dupont-Aignan quitte le plateau de TF1 pour protester contre son absence au débat organisé par la chaîne avec les cinq favoris, il explose les compteurs de vue sur Internet.

Jusque-là, les « petits candidats » avaient été systématiquement ridiculisés par les médias subventionnés. Poutou avait été raillé sur un plateau. Dupont-Aignan était, de longue date, ringardisé et carbonisé. Asselineau était boycotté sous prétexte de complotisme, comme Cheminade d’ailleurs.

Et finalement, ceux qui raillaient, qui ironisaient, qui moquaient, comprennent qu’ils ne sont plus en position de force. Internet impose un débat à 11. La populosphère a gagné.

Même pendant les attentats, le débat continue

Durant l’émission « 15 minutes pour convaincre », les réseaux sociaux ont ironisé sur le décalage entre l’urgence dans les rues, imposée par un attentat sur les Champs Elysées, et la patience du débat. Nous pouvons nous féliciter de ce décalage. Elle prouve la vitalité de l’esprit démocratique en France. L’odeur de la poudre remplissait nos rues, mais l’échange d’idées s’est poursuivi dans un esprit de calme et de sérénité.

Là encore, on peut imaginer que, sans la pression que l’opinion publique a exercée pendant plusieurs mois par le biais d’Internet, le débat se serait passé autrement. L’urgence imposée par les questions de sécurité aurait probablement eu raison de ces raisonnements démocratiques, et aurait justifié des mesures expéditives.

Les élites françaises bousculées par la populosphère

Donc, les populistes de la populosphère ont gagné. Ceux qui contestent depuis plusieurs années le huis clos imposé par les médias subventionnés. Ceux qui dénoncent les logiques sans alternative imposées par une élite peu imaginative et emplie de certitudes sur des solutions qui n’en sont plus depuis longtemps. Ceux qui ne résument pas les choix républicains à une adhésion sans esprit critique à l’Union Européenne, cet avatar désenchanté de l’idéal européen tel qu’il fut formulé il y a soixante ans. Tous ceux-là ont finalement obtenu que les règles du jeu changent. C’est en ce sens que cette campagne est hors norme: elle s’est nourrie d’une immense bouffée d’oxygène apportée par une opinion publique consciencieusement censurée jusqu’ici.

On peut être sûr aujourd’hui que ce changement est irréversible. Plus jamais, nous ne connaîtrons de campagne électorale organisée par des instituts de sondage qui encadrent une longue suite de commentaires plats produits jusqu’à satiété par des médias chiens de garde.

En revanche, cette évolution, aussi rapide qu’elle soit, ne sera pas linéaire. Il y aura des soubresauts. Il y aura des Raffarin, des Cambadélis, qui plaideront pour des mondes sans primaire, pour des Internets censurés et pour une restriction au nombre de candidatures. Bien entendu, il y aura tout cela.

En attendant, savourons cet esprit nouveau qui nous prouve que la France peut montrer la voie.

L’inquiétant penchant de Nathalie Arthaud et de LO pour la violence politique

La révolution prolétarienne proposée par Nathalie Arthaud et Lutte Ouvrière (LO) est-elle un moment sympathique de solidarité et de libération des travailleurs, ou bien le prétexte inquiétant à la légitimation d’une violence politique exercée par quelques figures autoproclamées représentantes des prolétaires, au nom d’une dictature sombre? L’impressionnante sortie de Nathalie Arthaud sur les menaces physiques dont François Fillon fait l’objet de la part des djihadistes en dit long sur la conception de la justice et de l’Etat de droit en vigueur à Lutte Ouvrière.

Nathalie Arthaud doute de l’existence de la menace terroriste

On regardera donc avec intérêt cette séquence hallucinante où la candidate de LO semble douter de l’existence de la menace terroriste qui pèserait sur certains candidats:

Donc, on résume: s’agissant d’une question de sécurité dans l’organisation du scrutin, la candidate de LO argumente par allusions, phrases commencées mais pas finies, par insinuations sur la réalité de la menace. « Apparemment », il y aurait une menace. Voilà qui laisse quand même perplexe. On attendrait d’une candidate à une élection présidentielle qu’elle tienne un discours clair sur la nécessaire sérénité du scrutin. Manifestement, l’existence de la menace ne lui paraît pas fondée (peut-être nous expliquera-t-elle bientôt que les morts de Charlie Hebdo ou du Bataclan sont des inventions bourgeoises pour nuire aux prolétaires musulmans).

Pour le reste, elle ne se sent manifestement pas solidaires des candidats menacés. Sa solidarité à elle va aux travailleurs, et elle n’a manifestement aucune compassion pour les « bourgeois », lorsque leur vie est mise en péril pour des motifs politiques. Voilà qui va mieux en le disant. Pour qu’on en finisse avec le mythe des gentils gauchistes démocrates face aux méchants fascistes qui veulent la dictature.

Comment la résistance à l’ère néo-libérale cache un immobilisme aristocratique

Il faudra un jour disséquer l’étrange mythe d’une révolution néo-libérale qui, depuis 30 ans (une révolution qui dure, donc!), dévasterait la société française. Il s’agit probablement de la plus belle et de la mieux aboutie des légendes urbaines que les politiciens étatistes n’ont même plus à faire effort pour expliquer. Il suffit, partout, à chaque instant, de piocher dans le registre sémantique de la résistance (par exemple: il faut terrasser l’hydre néo-libérale, ou encore: résistons à l’ordre néo-libéral) pour emporter avec soi l’adhésion du public, tant celui-ci est préparé pour l’admettre sans barguigner.

On relèvera autant chez Mélenchon (et accessoirement chez Hamon) que chez Marine Le Pen ce vocabulaire de l’anti-libéralisme dans la diatribe politicienne. Ce vaste échantillonnage montre la profondeur du travail que les étatistes ont mené depuis 30 ans pour convaincre l’opinion d’un état de fait relevant de la pure fantasmagorie.

La révolution néo-libérale? Cette invention pure…

Que la révolution néo-libérale paraît-il en vigueur depuis 30 ans soit une pure invention, il suffit d’un tableau statistique pour le prouver. Celui-ci est tiré du Rapport SUR LA DÉPENSE PUBLIQUE ET SON ÉVOLUTION de 2013, produit par le ministère des Finances:

On le voit, en 1960, les dépenses publiques représentaient un gros 35% du PIB. Leur volume global a dépassé les 40% de PIB en 1968. Dans les années 80, ce volume a franchi allègrement le cap des 50% de PIB. Nulle part les chiffres ne permettent de pointer l’existence d’une quelconque rupture néo-libérale, ne serait-ce même que le début d’une inversion de cycle. Depuis la crise de 2008, la part des dépenses publiques dans le PIB a même régulièrement franchi le seuil des 55%.

Si l’on décompose cette dépense, on constate que ni l’investissement ni les dépenses de fonctionnement des administrations n’ont diminué sur l’ensemble de cette période. Parallèlement, les dépenses de protection sociale ont fortement augmenté. Elles représentaient 10 points de PIB en 1960. Elles en représentent aujourd’hui plus de 20 points.

Comment, dans un univers où les dépenses publiques ne diminuent pas depuis plus de cinquante ans, dans un pays où la dépense sociale a plus que doublé durant cette période, peut-on raisonnablement soutenir que le néo-libéralisme triomphe? Il doit bien y avoir une raison cachée à la permanence obstinée de cette révision négationniste de l’histoire contemporaine.

Lutte contre le libéralisme et espérance de l’immobilisme

Le tableau suivant (tiré du rapport 2016 sur les finances publiques) permet en outre de mesurer qu’au-delà des dépenses réelles, la France s’est livrée à une orgie de dépenses publiques retardées appelées dette publique:

De façon constante depuis 2001, la France s’endette dans des proportions de plus en plus élevées pour financer ses dépenses publiques. On notera juste que deux années ont permis de restreindre partiellement ce volume: 2006 et 2007. Pour le reste, l’endettement des Français pour financer leurs administrations progresse sans discontinuer. Là encore, on cherchera la trace d’une quelconque révolution néo-libérale.

En revanche, on mesure bien l’enjeu que représente cet endettement aujourd’hui: sans des réformes de structure profondes, celui-ci augmentera jusqu’à ne plus être soutenable. On connaît ici les arguments politiques qui plaident contre cet endettement continu. C’est d’abord un argument de souveraineté. La dépendance dans laquelle la dette plonge l’Etat vis-à-vis de ses créanciers entrave singulièrement son indépendance.

Ici s’éclaire le débat sur la « résistance au néo-libéralisme ». Il se résume en réalité à la question de l’acceptation ou du refus des sacrifices nécessaires pour assainir la situation des comptes publics, préalable indispensable à la restauration de notre indépendance nationale.

Dans ce jeu de faux semblants, combattre le néo-libéralisme, c’est réclamer un sursis à l’effort, c’est le « encore un instant Monsieur le Bourreau » du condamné à l’échafaud, et qui revendique le droit à la procrastination dans la réalisation de ses diligences. L’immobilisme de la dette, plutôt que le mouvement du retour à l’équilibre.

Lutte contre le néo-libéralisme, ou résignation à la servitude?

Personne ne le conteste: l’endettement public excessif de la France se traduit d’abord par une créance exagérée d’intérêts privés sur les politiques de l’Etat. Les déséquilibres budgétaires auxquels nous avons consentis pour financer les dépenses courantes de l’Etat, au sens large, ont mis ce même Etat à genoux devant les banques et tous les autres créanciers, majoritairement étrangers d’ailleurs. On notera au passage que la liste des créanciers finaux est gardée secrète, de telle sorte que les Français dépendent, au jour le jour, de services publics dont le financement est totalement opaque.

Pouvons-nous durablement nous satisfaire de cette situation? Non bien sûr, sauf à renoncer consciemment au libre choix de nos politiques intérieures et extérieures.

Ce point mériterait d’être rappelé plus souvent. Tous les Mélenchon et Le Pen qui dénoncent abondamment les méfaits du néo-libéralisme imposé par Bruxelles et se drapent dans des drapeaux bleus, blancs et rouges sont en réalité les premiers ennemis de la souveraineté du peuple français. Dénoncer le retour à l’équilibre budgétaire n’est en effet rien d’autre qu’un consentement, par confort, à l’asservissement de la Nation vis-à-vis des intérêts privés.

Le plus agaçant tient évidemment au fait que cet asservissement est consenti pour des raisons de confort: plutôt que de mener des réformes impopulaires et exigeantes, il vaut mieux caresser dans le sens du poil tous ceux qui ont tiré une rente (même minuscule) de la dépense publique financée par des créances accordées à des capitalistes internationaux. On joue donc aux révolutionnaires, mais on réclame de pouvoir profiter encore et encore de ces dizaines de milliards apportées chaque année à la France par l’épargne mondiale, ce symbole d’un néo-libéralisme monstrueux dans la main duquel on se régale sans limite.

Quelle convergence d’intérêt avec la caste dominante?

En ce sens, Mélenchon comme Marine Le Pen réussissent un tour de force. Leur discours anti-libéral cache une immense imposture.

Réclamer la relance des dépenses publiques répond en effet à deux logiques politiques profondes.

La première consiste à apporter encore et toujours de la dette française à l’épargne capitaliste mondiale. En ce sens, les plus grands ennemis déclarés du libéralisme sont aussi les meilleurs amis du grand capital.

La seconde consiste à servir la soupe de la technostructure qui se gave de dépenses publiques depuis plus de 30 ans, sans être capable de gérer correctement l’Etat, de le moderniser et d’en améliorer les performances. Prenons le cas de l’éducation: la performance éducative française est inversement proportionnelle à la hausse des dépenses publiques. En réclamant une relance des dépenses publiques, Mélenchon et Le Pen réclament tout simplement une continuation fidèle de ce naufrage.

En ce sens, on peut d’ores et déjà pronostiquer le nom de ceux qui seront les véritables vainqueurs de la présidentielle. Ceux qui vivent de l’expansion permanente de la dépense publique.