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Auteur : Eric Verhaeghe

La LURA, le Trafalgar de Touraine contre les indépendants

Entrepreneurs, avez-vous entendu de la LURA, la liquidation unique des régimes alignés? Prévue par la loi du 20 janvier 2014, cette disposition vise à simplifier la liquidation des « polypensions ». En apparence, la mesure est heureuse et positive. Mais, comme toujours, le diable est dans les détails. Pour les entrepreneurs, ces détails risquent d’être douloureux.

La LURA, c’est quoi?

Dans la pratique, la LURA prévoit que les assurés polypensionnés des régimes alignés verront leur retraite liquidée par leur dernier régime d’affiliation. Les régimes alignés englobent le régime général, le régime agricole et le régime des indépendants, le fameux RSI. Les fonctionnaires et les ressortissants de régimes spéciaux échappent donc à la mesure. Bien joué!

Le diable est dans la LURA

À compter du 1er juillet 2017, les liquidations des polypensions vont faire l’objet d’un changement des règles du jeu. Plusieurs mesures, citées dans un document de la DREES présenté au Conseil d’Orientation des Retraites début mars a très bien fait le point sur ce sujet sensible.

D’une part, les temps de polyaffiliation seront écrêtés à une année maximum (quatre trimestres). Autrement dit, les cotisants vont perdre des trimestres cotisés qui ne seront plus retenus dans le calcul de leur retraite. En outre, les salaires annuels moyens sont annualisés, ce qui pénalise directement les cotisants au… régime social des indépendants et au régime agricole qui disposaient de salaires fluctuants.

Enfin, le taux de proratisation entre régimes (qui permettent de calculer la part de chaque régime dans la retraite finale) sera également écrêté.

Les entrepreneurs, grandes victimes de ce système

Comme par hasard, les principales catégories concernées par ces mesures sont les entrepreneurs et les professions libérales. Ce tableau de la DREES permet de le vérifier:

On le voit, 48% des affiliés sont concernés par la mesure touchant les polyaffiliations. Et parmi cette population concernée, les indépendants et les professions libérales représentent 18,6 points. Soit 40% de la population visée, quand les indépendants représentent moins de 10% de la population active.

Autrement dit, la LURA a bien visé à faire un sort tout à fait particulier à ces affreux indépendants qui ont pris des risques dans leur vie professionnelle.

Combien de personnes y laisseront des plumes

Pour mesurer les dégâts, on examinera attentivement le tableau qui suit:

Les petits traits bleus montrent la part des polypensionnés qui perdront des trimestres à compter du 1er juillet 2017 du fait des nouvelles méthodes de calcul. Les traits verts correspondent à la part de pensionnés qui seront gagnants. On le voit, au moins 40% des polypensionnés laisseront des plumes dans la réforme.

NE MANQUEZ PAS LES CONSEILS D’EMMANUELLE SALE SUR CE SUJET

Mais, officiellement, Marisol Touraine n’a pas touché aux pensions.

Retraites, paritarisme: Macron pas encore élu mais déjà fâché avec FO et la CFDT

S’il existe une bonne raison de voter pour Emmanuel Macron, elle tient principalement au rejet dont il fait déjà l’objet de la part des organisations syndicales. On pourrait presque dire: c’est bon signe, et ça rend presque le bonhomme sympathique.

La réforme des retraites de Macron ne passe pas à FO

Comme nous l’avions indiqué, la réforme systémique des retraites proposée par Emmanuel Macron a un mérite: elle démasque l’hypocrisie des organisations syndicales, très attachées, au nom de l’égalité et de la solidarité, aux privilèges de certains. Tous ces grands défenseurs de la sécurité sociale, qui ne manquent pas un Premier Mai pour répéter tout l’amour qu’ils vouent à ce système inférieur de protection sociale, sont aussi les premiers à défendre l’existence de régimes spéciaux ou de systèmes privilégiés qui profitent à leurs adhérents.

La sécurité sociale, c’est vachement bien, mais surtout pour les autres.

Cette fois, c’est Philippe Pihet, le monsieur retraite de FO, qui s’est collé au morceau de bravoure dans une tribune dont on reproduit ici les meilleurs moments:

FO a déjà exprimé sa revendication sur le maintien des régimes, d’autant plus que tous convergent vers les mêmes règles sur l’âge légal et la durée.

Pour ce qui est des comptes notionnels, il semble bon de rappeler leur fonctionnement et surtout de combattre la fausse idée qui veut que, quelle que soit la personne, un euro cotisé donne les mêmes droits.

Là, Philippe, on aimerait que tu nous donnes des explications sur ce qui te permet de dire que « un euro cotisé donne les mêmes droits » est une « fausse idée ». Moi, ça me paraît une idée très juste, très claire, très égalitaire, et tout à fait défendable. En tout cas, on a bien noté la remarque: « FO a déjà exprimé sa revendication sur le maintien des régimes », qui peut se traduire par « FO est pour un régime universel qui ne s’applique pas à tout le monde ». On attend avec impatience que Philippe Pihet fonde la chaire de logique et casuistique jésuite: il fera un très grand professeur.

FO et sa soupe des comptes notionnels

Continuons:

Ce compte notionnel est basé sur un « pari », celui de la table de mortalité d’une génération. En d’autres termes, pour une année de naissance donnée, l’espérance de vie (à 62 ans par exemple !) servira de base pour diviser le « capital virtuel » acquis au cours de la carrière, à travers son report au compte. Le résultat de cette division constituera le montant annuel de la pension. (…)

On le voit bien, un euro cotisé ne donnera donc pas les mêmes droits, sauf à subdiviser à l’intérieur d’une même génération, entre profession et sexe. Ce qui reviendrait à individualiser à l’extrême la répartition… pour finir certainement par « l’évidence » de la nécessité d’un complément en capitalisation.

Philippe, as-tu fumé un bout de ta moquette avant de rédiger ta tribune? Ce principe de lier la retraite à l’espérance de vie n’est pas une invention macronienne, mais un mécanisme qui s’impose quoi qu’il arrive, et qui est déjà contenu dans la loi Fillon de 2003. La réforme Macron est supposée apporter les mêmes droits, dans la mesure où le montant de la retraite dépendra du nombre de points accumulés. C’est bien aujourd’hui où le système est inégalitaire, dans la mesure où le montant d’une retraite n’est pas calculé de la même façon pour tous.

Philippe Pihet et l’éloge des inégalités de traitement qui profitent à son syndicat

En fait, ce que veut FO, c’est continuer un système inégalitaire où les syndicats peuvent se battre pour augmenter les inégalités de traitement. On le comprend mieux dans la lecture de la phrase suivante:

Le rôle d’un syndicat est d’améliorer les dispositifs de solidarité qui existent dans les régimes par répartition, je pense particulièrement aux dispositifs de réversion ou de majoration, de pensions comme de trimestres.

Toi, tu croyais naïvement que le rôle d’un syndicat était de se battre pour l’intérêt des salariés. En fait non, il est de se battre pour les « majorations de pensions comme de trimestres », c’est-à-dire des traitements de faveur réservés aux copains, en écartant toute réforme rationnelle. Et c’est évidemment un hasard si FO détient aujourd’hui la présidence de la CNAV (la caisse nationale d’assurance vieillesse) et bénéficie d’une forte représentation dans le service public.

Parce que, bien évidemment, la réforme Macron exclurait à coup à peu près sûr la forme paritaire de la sécurité sociale. Les syndicats français devraient donc renoncer à leurs fromages et à leurs mandats. Et ça, c’est contraire à la solidarité. La même réforme obligerait sans doute à sacrifier les fonctionnaires pour mettre en place un régime universel, et cette lutte contre les privilèges de la fonction publique, chez FO, ça s’appelle un affront fait à la solidarité.

Macron et le paritarisme: début de l’affrontement

Macron a promis à la CFDT une autre très belle idée: celle de ne plus recourir à la négociation interprofessionnelle pour faire évoluer le droit du travail. On se rappelle ici que c’est l’ineffable pas encore président du Sénat, le ci-devant Larcher, qui avait commis en 2004 ce qui est devenu l’article 1 du Code du Travail: l’obligation d’une négociation interprofessionnelle avant toute modification législative du Code du Travail.

C’est le propre de la droite « gaulliste » de toujours ajouter des usines à gaz pour faire fonctionner le système. La France est le seul pays industrialisé à croire que des syndicalistes généralement issus de la fonction publique sont les plus compétents et les plus « proches du terrain » pour négocier des règles en chambre mais applicables uniformément à toutes les entreprises du pays. On saura gré à Emmanuel Macron de combattre cette imposture et de réclamer des négociations dans les entreprises et dans les branches.

Cette idée n’a pas du tout plu à la CFDT.

« En bref Macron nous dit : « L’intérêt général c’est l’Etat, c’est moi le futur président, et vous, syndicats, rentrez dans votre niche ». Mais le social, cela ne fonctionne pas comme cela ! Il n’y pas d’un côté, les représentants des salariés dans les entreprises, et les réflexions au niveau interprofessionnel. Tous nos travaux sont intriqués »,commente-t-on, écoeuré de tant d’ingratitude alors que la CFDT s’attache, depuis des décennies, à penser les changements de la société.

Là encore, Macron touche aux cordes sensibles de l’imposture syndicale. Bien entendu, que les syndicats sont coupés de leur base, en France. Bien entendu qu’ils luttent pour le pouvoir sans s’occuper d’intérêt général. Bien entendu que cette réforme du paritarisme les inquiète, puisqu’ils devront troquer les innombrables mandats inutiles qui leur sont confiés en attendant des médailles en chocolat contre des actions concrètes en faveur des salariés. Et ça, ils n’aiment pas.

Bref, Macron aura droit à une rentrée chaude s’il est élu. Et s’il décide de mettre en oeuvre son « programme », ce qui n’est évidemment pas sûr.

Les infos utiles cachées par la présidentielle

Article écrit pour Atlantico

La campagne pour les présidentielles a occulté quelques informations importantes qu’il n’est pas inutile d’avoir à l’esprit pour comprendre la suite des événements.

Le relèvement des taux prévu en fin d’année

Peu à peu, l’inflation remonte vers sa ligne de flottaison fixée à 2% par les traités. Bon, personne ne sait trop si cette remontée est effective, mais elle est décrite par les statistiques officielles. Voilà qui tombe bien! l’écrasement des taux pratiqué par la BCE met les épargnants allemands (et les autres accessoirement) en rogne et dans un état de stress maximal. La pression des institutions financières pour une remontée des taux est forte.

Les marchés sont aujourd’hui à peu près convaincus que la Banque Centrale Européenne entamera ces manoeuvres à la fin de l’année 2017. Ce laps laisse le temps aux investisseurs et aux Etats de préparer leur réaction.

Pour la France, qui vit fondamentalement à crédit, et sur qui la baisse des taux a produit le même effet qu’une dose de cocaïne sur un clubber, la dissipation de ce cette drogue dure risque d’avoir un vrai impact dépressif. La remontée des taux signifie aussi un renchérissement du crédit… La vie sans réforme de structure risque de devenir beaucoup plus compliquée, et la charge de la dette entamera un cycle haussier.

Pour le prochain président, les facilités des années Hollande devraient être bel et bien finies. Il va falloir vraiment agir.

Vers une dangereuse guerre des changes?

Parallèlement, l’ordre mondial entame une phase tout à fait désagréable. La réunion des ministres des Finances du G20 jeudi dernier l’a montré. Les représentants des Etats participants se sont écharpés sur le recours à la dévaluation compétitive. Ils ont finalement accepté ce texte:

« Nous répétons qu’une volatilité excessive et des mouvements désordonnés des taux de change peuvent avoir des implications préjudiciables pour la stabilité économique et financière ».

« Nous serons en contact étroit sur le marché des changes. Nous confirmons nos engagements précédents sur les taux de change et notamment que nous nous abstiendrons de toute dévaluation compétitive et que nous n’emploierons pas les taux de change à des fins concurrentielles. »

Il ne faut pas se louper dans le décodage de ce charabia en apparence vide. Le G20 est désormais placé sous la pression trumpienne du protectionnisme et de la dévaluation du dollar. Trump a très bien compris qu’un dollar élevé pénalise ses exportations. Le G20 semble avoir obtenu un report d’une stratégie de dévaluation du dollar.

En revanche, le G20 a fait chou blanc sur le protectionnisme. Elle est désormais loin l’époque où les nations célébraient le libre-échange comme espérance pour toute l’humanité. L’ordre mondial glisse sans hâte mais avec détermination vers du chacun chez soi confinant parfois à un affrontement larvé.

L’Allemagne s’assume comme puissance européenne dominante

La même semaine, une rencontre injustement qualifiée de surréaliste en France a permis à Donald Trump de mettre quelques petites choses au clair avec Angela Merkel. En particulier, il a expliqué que l’Allemagne ne payait pas assez pour sa défense ni pour la protection militaire apportée par les Etats-Unis. La chancelière a approuvé ce point de vue.

Là encore, il faut décoder les idées implicites dans ces prises de position. Jusqu’ici, il était admis que l’Allemagne devait être une puissance démilitarisée. Rappelons que ce que Trump appelle la protection accordée à l’Allemagne est aussi une occupation en bonne et due forme. Cette doctrine passe. L’Allemagne est désormais appelée à s’émanciper.

Pour la France, l’évolution en profondeur de la situation mérite réflexion. Le déclin français est désormais une donnée handicapante dans un couple qui ne vit plus la triangulation avec la Grande-Bretagne au sein de l’Union Européenne.

L’inertie de l’élite française face à ces infos

Face à ces nouveaux déterminants qui deviendront particulièrement visibles en 2018, l’élite française a, comme toujours depuis une trentaine d’années, un temps de retard et un immobilisme angélique inquiétant.

Peu d’énarques admettent les bienfaits de la désinflation compétitive et occultent complètement la supériorité de l’Allemagne due à sa compétitivité hors prix. La technocratie française reste donc aveuglément adepte d’un euro fort et risque de suivre sans complexe la BCE lorsque celle-ci acceptera sans broncher les dévaluations du dollar orchestrée par l’équipe Trump.

De même, l’admiration béate de l’élite française pour le couple franco-allemand, sans avoir compris l’évolution profonde de celui-ci depuis la réunification, risque d’accélérer les tensions internes en France contre un ordre européen déséquilibré.

Les langues de bois officielles en plein tourment

On terminera cette rapide revue d’actualité en signalant un article de la revue Nature Climate Change, qui attribue la fonte de la banquise à une activité humaine dans une proportion allant de 30 à 50%. Une remarque du texte fait sourire:

« Si ce phénomène naturel cessait ou s’inversait dans un proche avenir, nous assisterions à un ralentissement de la tendance à la fonte rapide, voire verrions la banquise s’étendre de nouveau », écrit le principal auteur de l’étude, Qinghua Ding, de l’Université de Californie.

Sur le long terme, l’accumulation des gaz à effet de serre constituera un facteur de plus en plus dominant, écrit-il dans un courriel.

Là encore, lisons entre les lignes: le scientifique qui a étudié la fonte de la banquise considère que l’activité humaine sera dominante dans le phénomène « à long terme ». Autrement dit, la part de l’activité humaine est aujourd’hui secondaire dans le recul des glaces. Cette donnée, volontiers niée par la théorie du réchauffement climatique dû au gaz de serre, avait déjà été avancée en 2013 et avait fait polémique.

Mélenchon, bientôt dernier poursuivant d’Octobre Rouge

Article écrit pour Atlantico

Certains peuvent se laisser abuser par le projet en apparence simplement révolutionnaire de Jean-Luc Mélenchon. Mais le bonhomme dissimule, sous son mauvais caractère et sa verve mordante, un projet d’une ambition soviétique qui n’a rien à envier à celui de Lutte Ouvrière. Il en assure la promotion politique en le rattachant à la tradition révolutionnaire française. Mais c’est une vision beaucoup plus « orientale » qui le porte.

La presque sympathique VIè République

Le programme de Mélenchon met en avant le thème de la VIè République. En lui-même, il peut fédérer beaucoup de monde, tant la décomposition atteint notre régime, et tant nous sommes nombreux à penser que la France n’a pas besoin de tourner une page, mais bien de clore un chapitre de son histoire, y compris institutionnelle.

Toute la difficulté est de savoir quel mandat on donne à l’Assemblée constituante supposée se réunir pour préparer cette nouvelle étape constitutionnelle. Dans l’esprit de beaucoup, il s’agit de corriger les tares de notre système actuel et de limiter les pouvoirs d’une aristocratie décadente, voire de la renouveler.

Quand on lit le programme de Jean-Luc Mélenchon, on s’aperçoit qu’il s’agit plutôt d’annoncer l’avénement d’un régime chavézien, mais en pire. Quelque chose qui ressemblerait plutôt à l’Union Soviétique.

La nationalisation de pans entiers de l’économie

On lira par exemple cette phrase qui obligera beaucoup à se frotter les yeux pour être sûrs de l’avoir comprise:

Protéger les biens communs : l’air, l’eau, l’alimentation, le vivant, la santé, l’énergie, la monnaie ne sont pas des marchandises. Ils doivent être gérés démocratiquement : le droit de propriété doit être soumis à l’intérêt général, la propriété commune protégée et les services publics développés

Le droit de propriété (privée s’entend) n’irait donc plus de soi dans le domaine de l’air (dont on aimerait connaître les contours exacts), de l’eau (ça veut dire qu’on mettre Evian et Vittel sous contrôle de l’Etat?), de la santé (le fameux mythe de la santé gratuite défendu par tous les thuriféraires de l’industrie), de l’énergie (y compris pétrolière on imagine), du vivant (ce qui inclut la recherche biologique).

Mais on aimerait, dans cette énumération, comprendre ce que signifie la gestion démocratique de l’alimentation. Faute de détails, on comprend qu’elle vise une nationalisation de fait de l’agriculture et de l’industrie alimentaire. Cette idée géniale a causé des millions de morts par la famine en Union Soviétique dès les années 20.

Et là, tu te dis: mais combien de Français vont-ils oser pour cette dangereuse ânerie?

Un droit effectif au travail?

On lira avec intérêt une autre élucubration mélenchonienne dont on comprend les risques de soviétisation qu’elle comporte:

Le peuple français se reconnaît-il à sa langue?

C’est une bien curieuse tribune sur le peuple français qu’Emmanuel Macron a publiée dans le Figaro. On y lit des phrases qui interrogent sur cette fameuse identité française dont tout le monde parle, que chacun sent, mais qui se dérobe à nos doigts chaque fois que nous cherchons à la saisir. L’occasion était trop belle pour ne pas entamer un rapide voyage dans la vision macronienne du sujet.

Peuple, République ou nation, faut-il choisir?

Macron a étrangement commis une synonymie qui intriguera tous les observateurs de ce sujet. Il écrit notamment:

D’autres tentent au contraire de renier et de dissoudre la Nation française. Ils croient à des particularismes indépassables et imaginent que leur religion, leur communauté et les lois qu’ils se donnent sont supérieures à la République (…) Si les Français forment un peuple, ce n’est pas parce qu’ils partagent une identité figée et rabougrie. Le fondement de la culture française, c’est une ouverture sans pareil. <Voilà une phrase qui ne mange pas de pain! On en a lu des milliers du même ordre au moment du Brexit. Elle n’apporte rien sur le fond, mais permet de distinguer les torchons du nationalisme populiste et les serviettes du patriotisme parisien>. (…)

C’est ça le plaisir dans la pensée macronienne, que cela soit dit: elle procède d’abord par empilement de mots-clés tous susceptibles de vouloir dire la même chose. On parle dans le même mouvement de la Nation française, de la République, du peuple français. Foin des pinaillages: nation, peuple, république, tout cela, c’est la même chose.

En soi, cette confusion des idées donne déjà une indication sur l’orientation idéologique du candidat. Il n’est pas l’homme d’une pensée cortiquée sur la France éternelle. Au fond, cette question est secondaire. Elle est surtout prétexte à dire que notre identité ne peut être ni « figée » ni « rabougrie ». Être français, au fond, c’est n’avoir pas de racine fixe, ni vraiment définie. C’est être « ouvert ».

La tarte à la crème de l’universalité

Sur ce point, on lira aussi avec attention les phrases de Macron sur la tarte à la crème des cours de philosophie au baccalauréat: l’universel.

Le fondement de la culture française, c’est de prétendre à l’universel. Si les Français forment un peuple, ce n’est pas non plus parce qu’ils coexistent passivement. Le fondement de la culture française, c’est de prétendre à l’universel. Aller vers Hugo, Gide, Duras, Glissant ou Yourcenar, c’est l’inestimable opportunité donnée à chacun de vivre la vie des autres, de dépasser sa condition. C’est la raison pour laquelle la France est plus qu’une somme de communautés. Elle est cette idée commune, ce projet partagé, dans lesquels chacun, d’où qu’il vienne, devrait pouvoir s’inscrire.

Alors là, tout y passe. On reformule: l’universel, c’est ne pas coexister passivement, c’est vivre la vie des autres, dépasser sa condition, être plus qu’une somme de communautés, avoir un projet partagé. On se demande presque si cette tribune n’a pas été écrite avec un générateur automatique de texte en open source sur Google.

Car l’universel, c’est évidemment de savoir si la France a sa place en Afrique, au Québec, au Conseil de sécurité de l’ONU dans la catégorie « membre permanent ». L’universel, c’est la France au-delà de ses frontières. Et là, on nous sert une soupe incompréhensible sur la vie des autres, l’idée commune, la coexistence active dans le cadre de nos frontières.

L’aporie de la langue française

Dans cet écheveau d’expressions empilées les unes après les autres dont on perçoit mal l’unité, on retiendra quand même une phrase prononcée très opportunément au moment de la semaine de la francophonie:

Ce que nous avons en commun, d’abord, c’est la langue française. C’est elle, notre territoire. Savoir lire et écrire, ce n’est pas seulement augmenter ses chances de trouver un emploi. C’est d’abord s’enraciner en France, dans notre Nation.

La langue comme ciment de l’unité nationale! on adore ce mythe tiré du lycée de la Troisième République.

Car reprenons ce qu’il nous dit: ceux qui parlent français appartiennent à la Nation française. Voilà une affirmation qui pose deux problèmes majeurs.

Le premier est le moindre. Il sous-tend (comme la clause Molière) l’idée qu’il faut accorder une priorité aux francophones. Bonne idée! donc, les Sénégalais, les Congolais, les Viêtnamiens, les Algériens (et que dire des Wallons?), font partie, comme au bon vieux temps des colonies, de la Nation française. Personnellement, ce principe ne me gêne pas, mais il risque de paraître un tout petit peu court dans les grands débats contemporains.

On aurait aimé, sur ce point, que Macron dissipe les équivoques, s’explique, détaille. Mais peut-être n’était-ce pas l’objet de la tribune. Peut-être que balayer d’un revers de la main ces détails mineurs suffit-il à construire une pensée.

La délicate question des langues régionales

Le deuxième problème est un tout petit peu plus compliqué. Si être Français, c’est parler Français, alors que fait-on de ces régions où le Français est encore aujourd’hui vécu comme une verrue jacobine imposée contre les appartenances locales? une langue étrangère qui a supplanté la langue régionale par la force? Ce sentiment est particulièrement vécu en Alsace ou en Corse. Mais en grattant un peu, on ne tarderait pas à voir les Bretons, les Flamands, les Niçois, les Occitans grossir les rangs de ceux qui considèrent que, au vu de la définition macronienne, leur appartenance au peuple français est éminemment contestable.

Car si l’on dépasse la mythologie habituelle, on sait bien que la Nation française, comme dit Macron, s’est fondée sur une expansion militaire continue de la tribu franque et de ses héritiers. Cette expansion tumultueuse a duré des siècles. Elle a fluctué. Il fut une époque où elle courait jusqu’au Rhin. Il fut d’autres époques où elle se réduisait à un domaine royal quasi-confidentiel. On peut dire qu’en 2017, la France vit un étiage plutôt haut de sa superficie historique.

Mais en aucun cas cette unité ne s’est constituée par la langue. Si le Breton se sent français, c’est d’abord par l’adhésion à un projet politique républicain, certainement pas à un projet culturel ou linguistique. Disons même que, pour les Bretons, les Alsaciens, les Corses, la langue française est un obstacle à l’identité française beaucoup plus qu’un soutien.

Les racines aristocratiques de la Nation selon Macron

Lorsque Macron dit que la langue est au fondement de notre sentiment national, il exprime en revanche une vérité profonde: celle d’une caste technocratique, héritière de l’aristocratie d’Ancien Régime, qui règne par la langue et croit à la toute-puissance de celle-ci. Macron, comme beaucoup de ses semblables, se sent français par la langue et non par la volonté, comme un aristocrate russe trouvait normal de parler le français quand le russe était la langue des manants. Et c’est bien cela, la nation française selon Macron: un héritage aristocratique où le partage d’un projet politique n’a pas sa place.

Il faut n’avoir rien compris aux réalités régionales françaises pour croire que le ferment de la nation française est culturel. Combien de régions non francophones sont-elles devenues françaises par l’adhésion consentie plus ou moins spontanément à un projet politique commun? une majorité bien sûr. Et souvent, il leur a fallu accepter la mort dans l’âme l’éradication brutale de leur langue régionale par l’école publique, pour adhérer à ce projet.

Scandale à Paris: Anne Hidalgo fait-elle ficher les opposants politiques?

Anne Hidalgo couvre-t-elle un fichage (entre autres) des opposants politiques dans certains arrondissements? Il faut absolument lire le dernier rapport de la Chambre Régionale des Comptes d’Ile-de-France sur les attributions de place en crèche pour comprendre que, dans certains arrondissements, des fonctionnaires zélés mentionnent à la main, sur des dossiers, l’appartenante politique ou l’orientation sexuelle des parents.

Le rapport pointe, au passage, l’extrême disparité des politiques d’attribution de crèches à Paris (sauf pour les agents de la Ville, qui sont systématiquement favorisés). En réalité, Paris n’a pas dépolitisé ses attributions de places en crèche. Celles-ci demeurent un élément de la féodalité des maires d’arrondissement.

Voici un extrait croustillant du rapport:

Les phases de recueil des informations complémentaires et de préparation des commissions posent des problèmes au regard de la loi dite « informatique et libertés »

Certains arrondissements (Y, V, U et X) procèdent à des saisies de données à caractère personnel relatives aux demandeurs de places de crèche, dont l’étendue dépasse largement celle des critères d’attribution fixés par le règlement de fonctionnement des établissements et repris dans l’application SIPE, lequel a fait l’objet d’une déclaration par la Ville à la Commission Nationale Informatique et libertés.

Ils souhaitent détailler ou compléter l’information sur les situations familiales, dans un but affiché de meilleure adaptation à leurs besoins spécifiques.

Ils recourent pour cela à la constitution de fichiers non automatisés (manuels) constitués de dossiers papier (allant de simples fiches récapitulatives de l’inscription éditées par SIPE et comportant fréquemment des annotations manuscrites, à l’établissement de dossiers individuels comportant l’ensemble des pièces produites par les parents à l’appui de leur demande, mais aussi de courriers, courriels, interventions…). Ces annotations peuvent simplement préciser ou détailler des informations saisies dans l’application, de manière parfois anecdotique (mention d’étage du domicile non doté d’un ascenseur), parfois révélatrice d’un manquement au principe d’équité (mention d’un parent « élue sur la liste de M… », maire de l’arrondissement voisin.)

Ils les complètent parfois de tableaux établis sous tableur Excel, comportant une partie des données saisies dans SIPE mais aussi des zones de commentaires libres sur les situations des familles. Ces tableaux (très complets dans l’arrondissement Y) sont utilisés pour préparer les choix d’attribution et diffusés à cet effet à tout (arrondissement Y) ou partie (arrondissement V) des membres des commissions d’attribution14.

La qualification de données à caractère personnel (DCP), au sens de la loi informatique et libertés du 6 janvier 1978 modifiée le 6 août 2004, des informations recueillies, est incontestable. Le caractère de « traitement » des DCP n’est pas douteux (collecte de l’information, conservation, consultation, communication…).

Les cinq principes posés par la loi citée s’appliquent tant aux fichiers informatiques (traitements automatisés) qu’aux fichiers « manuels » mentionnés précédemment :

– le principe de finalité, selon lequel les données à caractère personnel ne peuvent être recueillies et traitées que pour un usage déterminé et légitime ;

– le principe de proportionnalité, selon lequel seules doivent être enregistrées les informations pertinentes et nécessaires ;

– le principe de durée limitée de conservation des données ;

– le principe de sécurité et de confidentialité ;

– le principe du respect du droit des personnes, droits d’accès et de rectification notamment.

La loi impose la déclaration des fichiers de traitement « automatisé » tels que les tableurs mentionnés ci-dessus.

Le fait que les arrondissements parisiens ne disposent pas de la personnalité morale dévolue à la Ville et au département de Paris est sans incidence sur l’obligation de déclaration, qui pèse sur le « responsable du traitement », lequel se situe au niveau de la mairie d’arrondissement, au cas d’espèce. La question de la personnalité morale ne se poserait que dans le cas de procédures éventuelles de sanction conduites par la CNIL. Lors de l’instruction et dans les années précédentes, la déclaration de fichiers informatisés à la CNIL était de droit commun, du type « déclaration normale ».

Ce mode de déclaration devrait évoluer dans les semaines ou mois à venir, car la commission a pris une délibération n° 433 du 10 décembre 2015 portant adoption d’une norme simplifiée relative aux traitements automatisés de données à caractère personnel mis en œuvre par les collectivités territoriales et les personnes morales de droit public et de droit privé gérant un service public aux fins de gérer les services en matière d’affaires scolaires, périscolaires, extrascolaires et de petite enfance, dite norme simplifiée n°58, norme qui sera publiée dès que la rédaction des fiches pratiques à y annexer sera terminée. A compter de sa publication, les collectivités concernées devront procéder à une « déclaration simplifiée », déclaration de conformité de leur traitement automatisé à la norme simplifiée.

Il apparaît utile de citer plusieurs extraits de la délibération de la CNIL, applicable aux traitements automatisés utilisés notamment pour la préinscription et l’inscription dans le domaine de l’accueil de la petite enfance, au sein des établissements et services d’accueil des enfants de moins de six ans, au sens des articles L. 2324-1 et R. 2324-17 du code de l’action sociale et des familles, en soulignant que si leur formalisation par cette délibération est nouvelle, les dispositions citées sont relatives à des obligations préexistantes :

« Des données à caractère personnel et pièces justificatives ne peuvent être collectées que si elles sont adéquates, pertinentes et non excessives au regard de la finalité poursuivie par le responsable de traitement. Ce dernier doit ainsi être en mesure de justifier du caractère nécessaire des données à caractère personnel et des pièces justificatives effectivement collectées. »

A cet égard, il peut être relevé que des mentions constatées lors du contrôle15 sont certainement excessives par rapport à la finalité du traitement (au sens de l’article 6-3 de la loi n°78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés). Si elles ne peuvent sans examen approfondi relever des données définies à l’article 8-I de la loi, (interdites, sauf exceptions, en raison des informations qu’elles « font apparaître, directement ou indirectement sur les origines raciales ou ethniques des personnes, ou qui sont relatives à la vie sexuelle de celles-ci »), elles paraissent pouvoir être génératrices de discrimination.

« Le responsable de traitement doit, lors de la collecte, mettre clairement en évidence les données qui doivent obligatoirement être renseignées de celles qui sont facultatives. »

La délibération liste les données qui peuvent être collectées et traitées, et leurs exclusions ou réserves éventuelles.

Elle rappelle que « conformément à l’article 6-5° de la loi du 6 janvier 1978 modifiée, des données à caractère personnel ne peuvent être conservées que le temps strictement nécessaire à l’accomplissement de la finalité pour laquelle elles ont été collectées » et précise qu’elles « ne doivent ainsi pas être conservées, en base active, au-delà de la durée de l’inscription de l’enfant dans un établissement ou service d’accueil des enfants de moins de six ans. »

« Conformément à l’article 32 de la loi du 6 janvier 1978 modifiée, les représentants légaux des enfants concernés par les services visés à l’article 2 doivent être informés, préalablement à la mise en œuvre du traitement, de l’identité du responsable de traitement ou de son représentant, de la finalité poursuivie par le traitement, du caractère obligatoire ou facultatif de chaque donnée, des destinataires ou catégories de destinataires des données, de l’existence et des modalités d’exercice des droits d’opposition pour motif légitime, d’accès aux données les concernant, et de rectification.

Le responsable du traitement doit prendre toutes les précautions utiles pour préserver la sécurité des données à caractère personnel notamment au moment de leur collecte, durant leur transmission et leur conservation ».

Les conditions d’usage de tableur Excel par l’arrondissement Y, observées durant l’instruction, ne respectaient pas le cadre juridique en vigueur, ses utilisateurs n’étant pas conscients de sa nature de fichier automatisé soumis aux obligations résultant de la loi informatique et libertés.

Il n’apparait pas non plus que les interlocuteurs de la chambre dans les arrondissements qui constituent des dossiers « papier » soient conscients que les données à caractère personnel qui y sont consignées doivent également respecter les principes généraux posés par la loi informatique et libertés.

La chambre appelle tous les acteurs concernés au respect de la réglementation relative à l’informatique et aux libertés.

En réponse à ce rappel à la loi, la Ville a indiqué que « la Municipalité souscrit sans réserve à la nécessité de se conformer strictement aux lois et règlements relatifs à l’usage de fichiers de traitements de données à caractère personnel (informatisés ou manuels). Les pratiques mises en cause par la Chambre sont fermement condamnées par la Maire de Paris. Une note du Secrétariat Général adressée aux Mairies d’arrondissement a rappelé la nécessité absolue de se conformer à la réglementation. Ce rappel a également été adressé par la Maire de Paris aux Maires d’arrondissements. »

 

14 L’usage de ces tableaux Excel est justifié par le maire de l’arrondissement V par « l’utilisation partielle à ce jour de l’outil » SIPE. 

15 Par exemple : « Deux mamans » ; « le père n’est pas régularisé ».

Pays-Bas: à quoi sert le mythe de la vague populiste en Europe?

Article écrit pour Atlantico

Les élections aux Pays-Bas ont confirmé la vivacité d’un mythe qui ressort à chaque élection dans un pays d’Europe occidentale: celui de la vague populiste qui risque de submerger les résultats et de balayer l’héritage démocratique. Lors des élections régionales en Allemagne, mais aussi lors des élections en Autriche ou, hier, lors des élections hollandaises, la bien-pensance française met chaque fois les résultats sous tension, exprimant en réalité ses propres angoisses intérieures: l’extrême-droite est soupçonnée de pouvoir gagner haut-la-main les élections. Et puis patatras, les résultats tombent: la vague n’arrive pas et l’extrême-droite reste minoritaire.

Dans le cas des Pays-Bas, le parti des libertés de Geert Wilders obtiendra probablement 20 sièges au Parlement, et rien de plus. Mais pourquoi avoir agité ce mythe de la vague alors?

Une sémantique de la diabolisation

On notera d’abord tout le registre sémantique dans lequel puise les bien-pensants qui adorent parler de cette « vague populiste ». L’objectif est forcément de représenter la vie politique européenne menacée par une force incontrôlable et volontiers irrationnelle. C’est le principe de la « vague » ou du « raz-de-marée ». Ce vocabulaire exprime bien l’angoisse des élites européennes face à un mouvement populaire qui les remettrait en cause.

On peut d’ailleurs se demander qui est le moins rationnel dans cette compréhension du jeu politique. Sont-ce ces prétendus « populistes » (mot fourre-tout qui permet de se dire démocrate tout en méprise le « peuple » qui devrait avoir le pouvoir), ces mouvements « d’extrême-droite » qui montent en puissance, ou ces partis traditionnels dont l’argumentation se résume à dénoncer le risque d’une « vague populiste », sans aucune proposition sérieuse pour l’éviter? Comme au moment du Brexit, on retrouve bien cette dénonciation officielle de la bêtise, de la vulgarité, selon un schéma binaire qui laisse perplexe sur le degré de compréhension de la réalité dans les élites.

Ce que nous dit la « vague populiste », c’est d’abord la prostration de nos élites face à un monde qui change et qu’elles diabolisent faute de la comprendre.

Une stratégie de mise au pas de nos démocraties

Mais l’expression de vague populiste n’est pas seulement une façon de trahir ses angoisses. C’est aussi, comme toujours, une manière grossière de tenir les opinions publiques, à travers la menace du « jeu de l’extrême-droite ».

C’est particulièrement vrai en France où les élites dirigeantes ont usé et abusent de la ficelle. Il n’est pas si loin le temps où des représentants des partis n’hésitaient pas à expliquer dans des débats publics que l’appel au renouvellement des élites, ou à leur démocratisation « faisait le jeu du Front National ». Cette vilaine manie a confiné à l’absurdité: tout est devenu prétexte à invoquer le diable populiste comme inspirateur de toute volonté de renforcement de la démocratie.

En 2013, par exemple, Claude Bartolone avait lutté contre la publication du patrimoine des députés en déclarant: « ce serait céder à ce syndrome du populisme contre lequel je me bats ». Il avait même poussé la provocation jusqu’à soutenir: « vu les messages que je reçois, je pense que ma position est majoritaire. Certains m’encouragent aussi, car ce n’est pas si facile de se positionner avec autant de liberté de ton. Mais c’est mon rôle […]. En fait, plus ça avance, plus je me pense renforcé« .

On vient bien la mise sous pression constante de la revendication démocratique rendue possible par l’appel au diable populiste. Si tu n’entres pas dans la combine des élites, c’est que tu es au lieux un allié objectif de l’extrême-droite, au pire l’un de ses représentants actifs.

L’élite française ou l’éloge de l’absurdité

Ce faisant, les contempteurs du populisme ne manquent pas d’air. Ils sont en effet capables, dans le même raisonnement, de dépeindre sous les mêmes vocables la menace fasciste qui est à nos portes et les revendications démocratiques portées par une frange désormais majoritaire de l’opinion publique. Celle-ci veut en profondeur une transparence sur la vie publique prévue par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Son article 15 prévoit en effet:

La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

L’application de cet article est largement qualifiée de « populiste » par l’élite française, qui accepte éventuellement de rendre compte à ses pairs, à des représentants qu’elle a nommés, mais surtout pas à la « société », rebaptisée aujourd’hui société civile. Dans le mouvement de prise en otage de la démocratie que la noblesse contemporaine mène quotidiennement, l’extrême-droite et la société civile demandeuse de transparence sont systématiquement mises dans le même sac.

Ce renvoi dos-à-dos est en réalité la première cause de la montée des « populismes » en Europe: à force de ne rien vouloir changer aux démocraties représentatives vieillissantes, à force de stigmatiser l’aspiration à un approfondissement des pratiques démocratiques, les élites européennes ont convaincu une grande partie de l’opinion publique qu’une alliance tactique avec l’extrême-droite était inévitable pour secouer un système qui se crispe sur ses privilèges.

La réaction nobiliaire met la démocratie en danger

On le voit, le vrai risque aujourd’hui n’est pas dans une fantasmatique vague populiste, mais bien du côté de ceux qui agitent ce fantasme comme un repoussoir pour asservir les opinions publiques. La technique est d’ailleurs vieille comme le monde: elle s’appelle la fièvre obsidionale. Elle fut largement pratiquée par tous les régimes totalitaires. Elle consiste à inventer une menace permanente, omnipotente, invasive, létale, pour appeler à la discipline, à l’unité nationale, c’est-à-dire à l’acceptation de tout.

Toute la difficulté, en France, c’est la réaction nobiliaire qui avance derrière le masque de la vague populiste pour justifier l’injustifiable. Vous devez accepter les connivences, les conflits d’intérêt, le népotisme, la reproduction des élites, la spoliation par un Etat inefficace, sinon vous êtes populiste. La société française ne se débloquera et ne retrouvera la prospérité que lorsqu’elle aura dépassé cette réaction de la noblesse française face au progrès.

Fillon, Le Pen, Macron: la justice protège-t-elle le gouvernement profond?

Pour la première fois de l’histoire de la Cinquième République, les trois candidats favoris (selon les sondages) de l’élection présidentielle « bénéficient » d’une mise en examen quelques semaines avant le scrutin. Mais chacun sous des formes différentes qui posent une vraie question sur la séparation des pouvoirs, garante de nos libertés fondamentales.

Les torpilles de la justice contre Marine Le Pen

Depuis plusieurs mois, Marine Le Pen est présentée, dans l’opinion publique, comme candidate assurée d’accéder au second tour. Très longtemps, un gimmick a occupé la scène parisienne: jamais elle ne pourrait gagner. Les semaines passent, et ce gimmick laisse la place à des interrogations, et même à des doutes. Et si elle gagnait?

Curieusement, les soupçons d’emploi fictif au Parlement Européen, connus depuis deux ans (la saisine de l’OLAF date de 2015, tout de même), donnent lieu à une mise en examen… le 22 février, s’agissant de sa cheffe de cabinet, et à une convocation de la candidate à la présidentielle le 10 mars en vue d’une mise en examen. Soit six semaines avant le premier tour.

Bien entendu, il faut être complotiste pour imaginer que cet enchaînement de dates illustre une dérive politique de la justice.

Les torpilles contre François Fillon

Le 25 janvier, soit trois mois avant le scrutin, la presse révèle les sales manies de François Fillon avec l’argent de l’Assemblée Nationale. Dans les heures qui suivent, le Parquet National Financier se saisit du dossier. Avec une naïveté confondante, le candidat républicain se précipite dans la gueule du loup, en déclamant qu’il a confiance dans la justice de son pays, et en réclamant d’être jugé vite.

C’est dire le malentendu qui se noue alors. L’un est convaincu d’être parfaitement innocent. Les autres entament un tour d’engrenage qui débouche (c’était cousu de fil blanc) sur une mise en examen un mois avant le scrutin. Mais vous n’aviez rien vu venir les mecs?

Ce faisant, on découvre qu’un François Fillon a pu être Premier Ministre pendant cinq ans (et ministre éminent à plusieurs reprises) sans soupçonner que la justice puisse être partiale ou instrumentalisée. On conclurait presque à la virginité de Sarkozy en matière d’intervention dans les affaires du Parquet. Ou alors François Fillon a été tenu très loin des dossiers sensibles pendant cette période.

Depuis le 25 janvier, la justice apparaît en tout cas comme un panier percé. François Fillon et ses proches ne peuvent pas dire un mot aux enquêteurs sans que le compte-rendu de leurs auditions ne se retrouvent dans la presse. Si la justice voulait vraiment « dépolitiser » son dossier, elle éviterait soigneusement ces fuites. Le fait que celles-ci soient immédiates et systématiques dissipe toute ambiguïté sur la vraie nature de l’enquête: il s’agit bien de charger un candidat donné favori il y a encore trois mois (et, à l’époque, sûr de gagner).

Les deux favoris déstabilisés

Curieusement, les deux candidats qui sont chargés dans cette barque sont ceux qui mettent le plus en danger les intérêts du gouvernement profond, c’est-à-dire tous ces capitalistes de connivence qui vivent peu ou prou grâce à l’intervention ou à la garantie de l’Etat, et qui voient avec terreur arriver en tête des sondages des candidatures qui promettent (sincèrement ou non) de rompre avec l’immobilisme de notre Titanic.

Marine Le Pen est, de longue date, leur épouvantail. Avec elle, il est acquis que l’appareil d’Etat changera de main. La candidate du Front National a suffisamment subi les avanies de ce système pour ne pas vouloir le frapper très fort, en son coeur. Son enracinement idéologique est à rebours de leurs croyances et de leurs valeurs. Même si, en façade, elle maintient un visage respectable sur les questions d’homophobie et autres, on voit bien que la divergence ne tardera pas à apparaître entre le fond traditionaliste incarné par sa nièce et les amuseurs publics comme Philippot dont une partie grandissante du parti demande la tête.

Le même soupçon de traditionalisme pèse d’ailleurs sur François Fillon. Ses liens avec la Manif pour tous sont régulièrement rappelés, comme une explication entre les lignes des malheurs qui lui arrivent. L’accusation est d’ailleurs injuste, puisque François Fillon est entouré par une clique de technocrates qui rédigent ses notes et ne manquent jamais une occasion d’affadir son programme, chaque fois qu’ils le peuvent. Son intention de procéder à une baisse réelle des dépenses publiques inquiète forcément tous ceux qui se gavent aujourd’hui avec force subventions et « aides à la presse ».

Deux hypothèses sur les affaires et la justice

Il y a donc deux hypothèses, deux lectures possibles de l’attitude de la justice.

L’une, angélique, béate, explique que la justice est indépendante et qu’elle fait simplement son travail. On ne peut voir malice dans ces enchaînements troublants de circonstance sans être complotiste ou pré-fasciste, voire nostalgique de Vichy et de Nuremberg réunis.

L’autre interroge. Elle s’étonne que l’autorité judiciaire intervienne avec une telle célérité et une telle nervosité dans le débat de la présidentielle. Elle est encore plus troublée au vu des fuites constantes de la justice, alors que l’enquête est réputée secrète. Tout ceci apparaît comme une opération téléguidée qui utilise la justice pour orienter le débat politique.

L’étonnant positionnement de la justice vis-à-vis d’Emmanuel Macron

Comme nous l’avions annoncé (avec une marge d’erreur d’une journée), la justice a bien ouvert une enquête préliminaire visant Emmanuel Macron le 14 mars. Mais… surprise, ce n’est pas sur son patrimoine, qui pose quand même de sacrés problèmes. C’est sur une affaire mineure d’événements à trois francs six sous organisé sans appel d’offres lorsqu’il était ministre. Cette fameuse French Tech Night avait d’ailleurs fait l’objet d’une interpellation de la part de l’association Anticor… créée par le juge Halphen, soutien affiché d’Emmanuel Macron, et par Séverine Tessier, ancien collaboratrice parlementaire socialiste.

Et le patrimoine d’Emmanuel Macron alors? Anticor ne juge pas utile que le parquet financier s’en saisisse. Pour cette association dont Christiane Taubira fut parraine, le dossier relève seulement de la Haute Autorité de la Transparence de la Vie Publique, dont l’inefficacité est désormais bien connue.

Deux poids deux mesures? oui, bien sûr. Anticor joue ici le rôle d’écran de fumée. On fait croire qu’Emmanuel Macron aussi est passé au crible. Mais le jeu est pipé et tout est fait pour qu’il soit blanchi.

On peut d’ailleurs dire le résultat des courses dès aujourd’hui: dans trois semaines, la Haute Autorité rendra son verdict sur le patrimoine de Macron et dira que tout va bien. Et, selon les sondages, le parquet classera l’affaire de la French Night Tech avant le premier tour si Macron est en difficulté, entre les deux tours s’il est donné en position confortable.

Y a-t-il un flash totalitaire en France?

Bien entendu, la France n’est pas une République bananière. 99% des décisions judiciaires sont prises de façon indépendante. Ce qui gêne, c’est le 1% manquant. Ce 1% là encore n’est pas systématiquement biaisé. En revanche, la raison d’Etat se réserve le droit de modifier le cours des décisions concernant ce résidu pour orienter l’opinion sur la courbe qu’elle lui souhaite voir prendre.

C’est ce qu’on appelle un flash totalitaire. L’opinion publique ne supporterait pas de vivre plusieurs mois sous ce régime. En revanche, comme une pasteurisation, le gouvernement profond n’hésite pas à produire des flashs totalitaires où, de façon « chirurgicale » comme on disait lors de la guerre en Irak, l’Etat de droit est violé pendant quelques heures pour remettre l’âne en marche.

Que ces flashs totalitaires se répètent aussi fréquemment depuis quelques semaines en dit long sur la déliquescence du régime.

L’angoisse de l’entrepreneur face à la clause Molière

La clause Molière a envahi le langage courant avec une vitesse foudroyante, qui en dit long sur l’attente à laquelle elle correspond. Elle consiste à exiger, dans les commandes publiques, les entreprises détentrices des marchés à employer des salariés qui parlent français. Cette mesure est présentée comme une forme de protectionnisme identitaire. Pour beaucoup d’entrepreneurs, elle est synonyme d’angoisse.

Une clause si maladroite

Soyons clairs! imaginer que la clause Molière contribue à protéger la main-d’oeuvre française est une erreur manifeste d’appréciation. Une grande partie, en effet, de l’immigration employée dans nos entreprises est francophone. C’est particulièrement le cas des Africains (les Sénégalais, les Maliens, les Camerounais) et des Nord-Africains qui viennent travailler sur nos chantiers.

Face à cette réalité, la clause Molière constitue en réalité une nouvelle obligation discriminante pour les entreprises, et un nouveau transfert de charge de l’Etat vers les entrepreneurs. Ce devrait en effet être à l’Etat d’établir des distinctions, s’il le souhaite, entre les salariés qui exécutent la commande publique. Avec cette clause, la charge repose sur le chef d’entreprise: c’est à lui de dire oui à un Congolais sur un chantier, parce qu’il parle français, et dire non à un Nigérian, parce qu’il parle anglais. Et tant pis si le Congolais qu’il doit garder est nul alors que le Nigérian était excellent. La commande publique n’a pas besoin de salariés compétents pour être menée à bien, mais de salariés qui parlent français.

Supposons! mais dans ce cas-là, prenons bien garde au boomerang qui se prépare. Vu le niveau de sortie de nos écoles publiques, beaucoup d’Africains francophones parlent aujourd’hui éminemment mieux le français que nos décrocheurs scolaires. Dans ce cas-là, comment appliquer la clause Molière?

Le fantasme de l’immigré qui prend la place des Français

J’entends ici la petite musique habituelle sur les immigrés, les clandestins, les détachés, qui prendraient le travail des Français. Il est quand même que les entrepreneurs qui recrutent des étrangers s’expriment haut et fort sur le sujet.

C’est mon cas: en tant qu’employeur, je recrute régulièrement des étrangers. Des vrais! qui viennent d’Afrique francophone. Pourquoi fais-je ce choix? Pour des raisons politiquement incorrectes que les Français ont pourtant besoin d’entendre afin de mesurer l’étendue des dégâts causés par trente ans de laxisme dans les services publics, notamment dans le service public de l’Education.

D’une manière générale, la main-d’oeuvre française (et particulièrement celle « de souche ») pose un problème double. D’une part, les Français sont globalement attirés par les paillettes ou la sécurité. Ils cherchent prioritairement un emploi dans la fonction publique, secondairement un contrat à durée indéterminée dans les grands groupes. Ils disposent souvent d’un diplôme supérieur et rechignent à exécuter des tâches subalternes. C’est leur deuxième problème: les Français ont compris que le monde du salariat était fait de protections épaissies chaque année par un législateur avide de se constituer une popularité à bon compte. L’idée que leur contrat de travail les oblige à atteindre des résultats ne leur paraît pas couler de source.

D’où une situation aberrante où, avec plus de 3 millions de demandeurs d’emploi, le recrutement est devenu un parcours du combattant. Combien de recruteurs n’ont pas entendu, au moment où ils appelaient un jeune Français pour lui dire qu’il était embauché, la phrase fatidique du: « Mais je dois prendre mes vacances avant de commencer chez vous? »

Le recrutement de l’Africain francophone présente, face à ce risque, d’innombrables avantages: le candidat a généralement besoin et envie de travailler, il trouve qu’il est bien payé, et il n’a pas besoin de prendre de vacances avant de commencer son contrat.

Imaginer que chasser les uns permettra de recruter les autres est évidemment un mensonge. Les entrepreneurs du bâtiment n’auront pas de peine à en témoigner.

Ce grand remplacement s’explique par la protubérance de la fonction publique

Cet état de fait, qui peut surprendre de prime abord, a des explications statistiques précises.

Souvenons-nous d’abord qu’une classe d’âge en France compte 700.000 personnes environ. Sur ces 700.000 personnes, 150.000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. Pour des tâches nécessitant un minimum de compétences, la France dispose donc d’un gisement naturel de 550.000 jeunes. Parmi ceux-ci, un maximum de 100.000 obtient un mastère.

Chaque année, la fonction publique absorbe la majorité de ces diplômés à bac +5, parfois en leur confiant des missions subalternes. Il ne faut jamais oublier que la fonction publique d’Etat et la fonction publique territoriale recrutent chaque année 60.000 personnes. Pour la fonction publique hospitalière, la masse des recrutements n’est pas publiée mais, par extrapolation, on peut considérer qu’elle concerne environ 30.000 personnes. On notera que la fonction publique d’Etat recrute très majoritairement des diplômés à Bac +4 ou +5.

Encore ne s’agit-il que de recrutements sur concours. Si l’on tient compte de l’ensemble des recrutements publics (y compris en contrat à durée déterminée ou en vacations), le rapport l’Horty a montré que, chaque année, la France recrutait 500.000 agents publics.

Certes, ces recrutements concernent plusieurs classes d’âge. Mais il faut avoir conscience que, globalement, la fonction publique assèche le vivier français de diplômés par ses recrutements sur concours et que les entreprises peinent donc, surtout si elles sont moyennes ou petites, à attirer des talents. D’une manière générale, une PME ou une TPE qui publie une annonce de recrutement est accablée de réponses rédigées par des candidats dont les autres employeurs n’ont pas voulu. Très souvent, ces réponses ne correspondent pas au besoin attendu et, tout naturellement, l’employeur se tourne vers des étrangers pour combler ses besoins.

C’est ce qu’on appelle le chômage frictionnel. En réalité, la mauvaise qualité du système éducatif français est la première cause du grand remplacement auquel on assiste.

La délicate question de l’identité française au travail

Est-ce à dire que les employeurs sont heureux de cet état de fait où la survie de leur entreprise exige qu’ils se tournent vers une main-d’oeuvre étrangère?

Globalement, non, bien sûr. Mais (comme c’est mon cas), quand on cherche désespérément des doctorants à recruter et qu’aucune école doctorale universitaire ne vous envoie de candidats, quand on recrute des étudiants en contrats de professionnalisation et que l’université avec qui on a contracté ne remplit aucune de ses obligations d’insertion, quand l’Association Nationale de la Recherche et de la Technologie (qui gère les contrats de doctorants en entreprise) passe plus de temps à vous empoisonner la vie et à organiser des déjeuners à 200 euros la place avec le Premier Ministre qu’à aider les entreprises à recruter, alors on baisse les bras et on se dit qu’après tout, on ne peut pas être plus royaliste que le Roi.

En revanche, les recrutements d’étrangers posent des problèmes de cohésion interne. Là encore, mettons sur la table les sujets qui fâchent. Depuis la montée en puissance de Daesh, le nombre de femmes musulmanes qui demandent à porter le voile au travail augmente. Le législateur français a réglé cette question pour la fonction publique en interdisant le voile sur le lieu de travail. En revanche, il laisse les employeurs se débrouiller seuls dans leur entreprise, avec des jurisprudences de la Cour de Cassation d’une complaisance inouïe pour la « diversité ».

On se félicitera donc que la Cour de Justice de l’Union soit venue, aujourd’hui, appuyer les employeurs français qui veulent imposer des règles de laïcité dans leurs murs. Plutôt que des clauses Molière qui sont de la poudre de perlimpimpin, ce sont des décisions de ce genre que les entrepreneurs attendent de leurs élus. Mais indécrottablement, ceux-ci justifient leur réputation de grands diseus et de petits faiseus.

Anticor et Macron: on attend des faits…

L’association Anticor multiplie les opérations étranges dans la campagne électorale. La dernière en date consiste à saisir la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) d’une demande de vérification sur le patrimoine d’Emmanuel Macron. La démarche fait bon effet, mais n’est-elle pas une manoeuvre de diversion pour protéger le candidat Macron?

Anticor et son deux poids deux mesures?

Officiellement, Anticor est une association qui lutte contre la corruption des élus en général. Mais enfin, on notera quand même qu’Anticor préfère lutter contre la corruption de droite que contre la corruption de gauche. Le simple fait qu’elle ait annoncé sa présence aux manifestations partisanes organisées à Paris officiellement contre la corruption, mais dans la pratique contre Fillon et Le Pen, en donne un indice tangible.

On se rappelle, dans le même domaine, l’agacement d’un certain nombre de militants qui avaient balancé les mails de la direction de l’association sur le rôle de Christiane Taubira, alors ministre de la Justice, dans le fonctionnement interne.

Une annonce restée vide sur la French Tech Night

Dans cet ensemble d’agitations, Anticor a publié il y a près d’une semaine un communiqué tout à fait étonnant:

Le Canard Enchaîné, dans son édition du 8 mars 2017, est revenu sur la French Tech Night, organisée le 6 janvier 2016, à Las Végas, qui a permis à Emmanuel Macron, alors Ministre de l’Économie, de prendre la parole devant « près de 500 personnalités invitées »

Dans un article intitulé « Macron à Las-Végas : selon l’IGF, ce n’était pas du jeu », on apprend que l’organisation de cet évènement, d’un coût de 381 759 €, avait été confiée à Havas par Business France (établissement public qui dépend notamment du Ministère des Finances), sans mise en concurrence préalable. (…)

Sur la base de ce document, Anticor souhaite que l’autorité compétente (Parquet de Paris ou Parquet national financier) diligente une enquête.

À défaut, l’association agréée envisagera de déposer une plainte contre X pour délit de favoritisme.

Ben… à ce stade, le Parquet ne s’est pas saisi du dossier et Anticor n’a pas porté plainte contre X. On attend donc de voir si Anticor a fait des promesses de Gascon.

L’affaire du patrimoine de Macron

Anticor s’intéresse maintenant au patrimoine de Macron et demande une enquête de la HATVP. Mais… l’opération est curieuse dans la mesure où la HATVP a déjà vérifié deux fois le patrimoine de l’intéressé. De là à penser qu’Anticor meuble pour gagner du temps…

L’association ne peut en effet, sans mettre en péril sa crédibilité, rester inactive sur les sujets qui tournent autour d’Emmanuel Macron. En revanche, les actions qu’elle mène semblent bien molles et ressemblent plus, à ce stade, à des coups d’épée dans l’eau qu’à des décisions véritablement opératoires. Dans le cas du patrimoine de Macron, si Anticor a un doute, pourquoi ne demande-t-elle pas au Parquet de se saisir, puisque l’on sait déjà que la HATVP n’a rien trouvé à redire aux déclarations du candidat, qu’accessoirement elle est présidée par un chouchou de Hollande, et qu’elle a opportunément retiré de son site les captures d’écran retraçant la déclaration de Macron?

Sauf si, bien entendu, l’objectif était d’endormir l’opinion publique par une manoeuvre devant une Haute Autorité de complaisance, pour justifier que le Parquet ne se saisisse pas.