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Auteur : Eric Verhaeghe

55.000 entrepreneurs au chômage en 2016… le chiffre tabou

Article écrit pour Atlantico

Les entrepreneurs au chômage constituent l’un des tabous les mieux gardés dans l’économie française. On doit à la GSC (historiquement la Garantie Sociale du Chef d’Entreprise), une association proche du MEDEF, d’avoir documenté le sujet cette année avec une étude qui fait le point sur le métier d’entrepreneur et sur les risques qui pèsent sur son activité.

Les entrepreneurs au chômage, la face cachée de la protection sociale française

Le chômage des entrepreneurs ne colle pas avec le fantasme véhiculé par la bien-pensance ordinaire. Pour celle-ci, d’un côté il y a les salariés qui sont forcément exploités et de l’autre des patrons qui sont forcément exploiteurs. Qu’un exploiteur soit en difficulté devient alors un légitime retour de bâton: à force d’avoir voulu nuire aux classes populaires, le méchant patron est puni par les dieux de l’économie.

Les entrepreneurs au chômage tombent « dans le pli » de cette idéologie: comme le montrent les chiffres de la GSC, ils sont à 80% des patrons d’entreprises de moins de 5 salariés, déclarant à près de 90% moins de 500.000 euros de chiffre d’affaires. Dans la moitié des cas, ce sont des commerçants ou des entrepreneurs du bâtiment. Bref, ces gens-là sont tout sauf des bourgeois exploiteurs. Ils sont les victimes silencieuses d’une économie qui dysfonctionne, sinistrée par une politique fiscale et sociale intenable dans la durée, qui les précarise chaque année un peu plus.

Que retenir du chômage des entrepreneurs? sinon qu’il faut toujours se souvenir qu’avant d’être un exploiteur, le patron est un preneur de risques, qu’il se jette dans le vide sans filet. En l’espèce, il n’existe pour les entrepreneurs aucun régime obligatoire d’assurance chômage. Libre à lui, donc, de s’assurer. Mais même avec une couverture assurance, il n’en reste pas moins un « risk taker »… et le risque se réalise régulièrement.

La protection des salariés, première cause du chômage des entrepreneurs

Cette dimension-là de la « micro-économie » est farouchement occultée par tous ceux qui voudraient voir dans la « protection » des salariés un univers en expansion permanente. La protection du travailleur est en effet la première cause du chômage des entrepreneurs. Pour qu’un entrepreneur développe son entreprise, il a en effet besoin de recruter. Et quoiqu’on en dise, recruter en France est un acte de courage qui peut s’apparenter au suicide assisté.

D’abord, il faut affronter l’absurde réglementation qui encadre l’acte de recrutement lui-même: avec 3,5 millions de chômeurs, les élites françaises ont quand même trouvé le moyen de pénaliser l’embauche. Il faut donc prouver à tout instant qu’on ne discrimine pas sur le sexe, l’orientation sexuelle, la religion, l’origine, etc. L’entrepreneur qui cherche un collaborateur reçoit couramment 200 réponses à une offre simple, dont les trois quarts proviennent de jeunes issus de l’immigration à qui il faut répondre individuellement qu’on les aime bien et que la mort dans l’âme on ne les recrute pas, sous peine d’être dénoncé dans un reportage sur France Inter au rang de ces horribles patrons qui n’ont pas le moindre égard pour les candidatures quand elles sont signées Mohammed.

Bien sûr, toi, tu essaies de développer ta boîte. Tu en es à 100 heures de boulot par semaine, mais on te traite de facho quand tu expliques que tu ne vas pas faire un burn out pour répondre à des tas de gens qui ont répondu à ton annonce, souvent sans même vérifier l’orthographe de leur mail-type de candidature. Et là, tu comprends que tu es devenu le paillasson de la gauche bien-pensante qui aime le vivre ensemble: que ta vie d’entrepreneur soit infernale ne compte pas. L’important, c’est que tu te mettes au service des salariés et des demandeurs d’emploi victimes des grands méchants dans ton genre.

Et quand, par extraordinaire, tu as trouvé quelqu’un à recruter, il t’explique qu’il ne peut pas commencer aujourd’hui… il doit d’abord prendre ses vacances! Toi, tu ne te souviens même plus du sens de ce mot, mais lui, il est salarié, donc il faut le protéger. Il a des droits! des acquis!

Commence alors la spirale infernale où tu pleures chaque jour sur la bonne époque où tu étais tout seul dans ta boîte. Parce que le gars, un jour sur deux, il vient au boulot en expliquant qu’il aurait préféré rester chez lui. Et le reste du temps, il regarde sa montre en prenant bien soin d’appliquer à la lettre les 35 heures. S’il ne le fait pas, sa mère qui est fonctionnaire le sermonne tous les dimanches en lui reprochant de se laisser exploiter par des capitalistes sans scrupule.

Et au bout de trois mois, tu découvres la douloureuse: les URSSAF, qui s’abattent sur toi avec la même efficacité que les sauterelles sur un champ de maïs. Et une fois que tu as mis le doigt dedans, tu n’es pas prêt de le sortir.

Progressivement, tu comprends que ta marge, c’est le salaire et la protection sociale de tes collaborateurs qui n’en a jamais assez. Et toi, il te reste tes yeux pour pleurer.

La bureaucratie, deuxième cause de chômage chez les entrepreneurs

C’est ça, la vie d’entrepreneur, mais évidemment on ne le dit jamais aux Français. Il vaut mieux montrer les luxueuses villas des Lagardère, Arnault, et autres Bergé pour faire croire que l’entreprise se limite à une vie de luxe et d’insouciance. La vie du petit commerçant du coin, en revanche, avec ses fins de mois difficiles et ses expédients improbables, pas un mot.

Pourtant, il faudrait illustrer. Par exemple, un jour filmer les quantités de courriers administratifs qu’un entrepreneur reçoit chaque semaine pour témoigner des dégâts méthodiques que la technostructure cause dans les rangs de nos entreprises. Les obligations administratives colossales qui pèsent sur l’entrepreneur sont, après le manque d’employabilité des salariés, la deuxième cause de chômage pour les entrepreneurs. Aucun d’entre eux ne doit d’ailleurs connaître la moitié des obligations légales qui pèsent sur lui, tant elles sont nombreuses et improbables. Chaque ministre qui passe, chaque majorité qui arrive au pouvoir, a toujours à coeur d’en rajouter au moins une.

On fera bientôt les comptes sur l’affaire de la pénibilité. L’an prochain, on mesurera les dégâts de la DSN, puis du prélèvement à la source. Chaque fois, c’est une couche réglementaire de plus qui précarise l’entrepreneur et facilite sa mise en accusation. Aucun esprit humain ne peut maîtriser toutes les obligations que la loi impose aux entrepreneurs. Autrement dit, l’épaisse couche administrative qui recouvre l’entreprise est d’abord le moyen de transformer un entrepreneur en délinquant. Quand on y ajoute le flou des textes et des règles… on est alors sûr que le moindre contrôle fiscal, social ou du travail peut systématiquement donner lieu à des remontrances ou des sanctions.

Une étude belge avait montré, il y a quelques années, que les obligations administratives occupaient les entrepreneurs en moyenne 38 heures par mois. La réalité française doit être proche. Un quart temps consacré à la paperasse! un quart temps sans produire, sans vendre! quand on y ajoute le temps du management, on mesure le drame. Et on s’étonne que des entrepreneurs soient au chômage.

Le RSI, ou le mot de la fin

Une fois que l’entrepreneur qui veut développer son entreprise a franchi toutes ces étapes, le voilà sommé de payer ses cotisations au RSI, calculées sur ses revenus des années précédentes. Et là, si tu as eu le malheur de faire une mauvaise année, de réduire la voilure, épuisé par un salarié qui avait décidé de t’empoisonner la vie en attendant une rupture conventionnelle, si tu as eu le malheur de trébucher… la catastrophe arrive. Bien entendu, c’est pour ta protection! que des gens qui ne répondent jamais au téléphone te demandent brutalement des sommes colossales avec injonction immédiate de payer.

Et oui! le bon sens, alors, pour un grand nombre d’entrepreneurs, est de cesser leur activité et de redevenir salariés.

Patrimoine de Macron: l’IREF écrit au Procureur de la République

Le patrimoine de Macron n’en finit pas de faire couler de l’encre et des sueurs froides. Après l’article que nous avons publié sur l’étrange indulgence fiscale dont l’ancienne ministre de l’Economie bénéficie, l’IREF décide de saisir directement le Parquet sur une déclaration de patrimoine qui soulève décidément beaucoup de questions.

Qu’est-ce que l’IREF?

L’IREF est un think tank libéral conservateur très en pointe sur les questions de protection sociale et de dépenses publiques. Sans rentrer dans les détails, on pourrait même dire que l’IREF est un IFRAP sérieux, c’est-à-dire attaché à l’étude de fond des dossiers au détriment d’une médiatisation extrême qui tourne régulièrement sur les mêmes rengaines.

Pourquoi l’IREF saisit le Parquet?

On retrouvera ici l’intégralité de la lettre écrite par l’IREF au Parquet:

Déclaration de patrimoine d’Emmanuel MACRON des 24.10.2014 et 16.03.2017

Monsieur le Procureur de la République,

Vous trouverez ci-joint copie de la lettre que nous avons adressée le 31 mars dernier à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

Il ressort des déclarations de patrimoine souscrites par Monsieur Macron auprès de la HATVP les 24.10.2014 et 16.03.2017 que celui-ci a déclaré une dette correspondant à l’intégralité d’un emprunt contracté pour réaliser des travaux dans la maison de son épouse. Et par ailleurs, il a déclaré avoir en effet réalisé des travaux pour environ 500 000 euros dans la maison de famille de son épouse au Touquet.

Conformément aux dispositions de l’article 5 de la loi n° 2013-907 du 11.10.2013, les candidats à l’élection présidentielle doivent en particulier déclarer leurs parts dans la valeur des biens détenus en communauté avec leur conjoint pour la moitié de la valeur vénale ou globale des dits biens.

Il ne fait pas de doute que les dépenses réalisées par Monsieur Macron, avec l’argent de ses revenus d’activité, pour procéder à des travaux dans la maison de son épouse considérée comme un bien propre de cette dernière, constituent une créance de la communauté sur son épouse, à titre de récompense. Il ne s’agit pas d’une créance liquide, mais d’une créance certaine.

En effet, selon le JurisClasseur Notarial « … les créances de récompense sont justiciables, par autorité de la loi, d’un règlement principal par voie de compte. L’observation n’est pas neutre. Car cette technique, dérogatoire au droit commun du paiement des créances, met en œuvre des règles particulières similaires à celles qui régissent le compte courant commercial (A. Chavanne, Essai sur la notion de compte en droit civil : LGDJ 1947).

Les créances grevées d’affectation en compte sont juridiquement assujetties à cette saisine comptable dès qu’elles acquièrent leur caractère de certitude juridique : ce que la Cour de cassation exprime exactement en énonçant que les récompenses entrent en compte, de jure, “dès leur naissance”(Cass. 1re civ., 14 mars 1984 : Bull. civ. 1984, I, n° 96) » (Fasc. 55 : COMMUNAUTÉ LÉGALE. – Liquidation et partage. – Récompenses, Date du fascicule : 12 Juin 2009, Date de la dernière mise à jour :
15 Avril 2016, Didier R. Martin, Agrégé des facultés de droit).

Il aurait donc dû déclarer à son actif la moitié de cette créance de 500 000 €, soit 250 000 € qu’il a omis de sa déclaration.

Par ailleurs, il ne pouvait déduire de sa déclaration le passif correspondant au solde à rembourser au capital de l’emprunt souscrit pour réaliser ces travaux qu’à concurrence de la moitié de son montant, soit 147 500 € en 2014 au lieu de 295 000 € et 123 418 € au lieu de 246 837 € en 2017.

Le comportement de Monsieur Macron ne peut qu’interpeller puisqu’il conduit pour la même opération à déduire la totalité du capital emprunté sans nullement tenir compte des biens communs investis pour valoriser le bien propre de son épouse.

Aux termes de cette simple analyse juridique son patrimoine aurait donc dû être porté :

>  En 2014, à 553 660 € au lieu de 156 160 €,

>  Et à 683 072 € au lieu de 309 654 €, en 2017.

En tous les cas, ces montants sont tout à fait substantiels et ces erreurs importantes dans les déclarations de Monsieur Macron, qui ne peuvent a priori résulter d’une simple négligence mais au contraire d’un acte réfléchi et délibéré, seraient alors effectivement susceptibles de constituer l’infraction visée à l’article 26 de la loi susvisée du 11.10.2013 pour laquelle sont notamment prévus une peine de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende ainsi que, à titre complémentaire, l’interdiction des droits civiques et l’interdiction d’exercer une fonction publique.

Il paraît donc souhaitable que soit ouverte une enquête préliminaire afin d’examiner les faits susvisés.

Par souci d’équité dans la période électorale actuelle et eu égard au traitement réservé à d’autres candidats, il serait important que cette procédure soit déclenchée dans les meilleurs délais, ce qui aurait l’avantage de souligner l’objectivité de notre justice en France.

Je vous prie de croire, Monsieur le Procureur, à l’expression de mes salutations distinguées.

Le Président de l’IREF

Jean-Philippe DELSOL

On le voit, l’analyse est ici essentiellement technique et montre que si Emmanuel Macron a vraiment investi 500.000€ dans des travaux bénéficiant à la maison de son épouse, il ne pouvait pratiquer comptablement les opérations qu’il présente dans sa déclaration de patrimoine.

Patrimoine de Macron: un douteux arrangement avec le ciel?

Dans la pratique, on s’étonnera que ce travail de reconstitution patrimoniale n’ait pas été pratiqué par les institutions ad hoc auparavant. Rappelons-le, les déclarations de patrimoine d’Emmanuel Macron n’ont cessé de valoriser à la baisse la situation personnelle de l’intéressé, dans des conditions qui posent question, puisqu’il était de notoriété publique qu’il devait être soumis à l’ISF.

Faut-il en déduire qu’Emmanuel Macron a cherché sciemment à frauder? Probablement pas au sens où certains peuvent l’entendre, c’est-à-dire avec une préméditation digne d’un grand mafieux qui cherche à gruger. En revanche, qu’Emmanuel Macron ait trouvé un moyen commode d’échapper à l’impôt en recourant à une astuce fiscale dont il n’a pas à ce moment-là mesuré le risque paraît plus plausible.

Reste que, pour les institutions, l’empressement manifesté vis-à-vis des Républicains et du Front National, et la passivité vis-à-vis d’un candidat à la présidentielle qui apparaît à bien des égards comme l’homme de l’establishment devient un véritable problème dont on aurait tort de sous-estimer l’importance. Surtout si Macron devait se qualifier de justesse pour le second tour.

Vers un second tour Mélenchon-Le Pen?

Le débat télévisé d’hier soir laisse présager un deuxième tour annoncé dans ces colonnes depuis plusieurs mois: un affrontement Mélenchon-Le Pen.

Qui n’a pas gagné le débat d’hier soir?

Dès hier soir, toute la presse officielle se précipitait pour répondre à la question marronnier « qui a gagné le débat? ». Ceci ne se pose évidemment pas, puisque ce débat ne permet à personne de gagner au sens strict. Il permet juste de perdre. C’est d’ailleurs pourquoi certains candidats comme Mélenchon ont bien raison de ne pas participer au débat prévu juste avant le premier tour sur la chaîne publique. On y est sûr de ne rien gagner, mais on peut toujours y perdre.

Et réflexion faite, personne n’a vraiment perdu le débat d’hier soir, même si certaines escarmouches ont porté. Les attaques de Poutou contre Fillon et Macron ont ainsi probablement marqué les esprits. Mais aucune défaite nette n’est à enregistrer.

Les sondages impuissants à saisir l’état de l’opinion

Pour le reste, les sondages d’opinion peinent toujours à rendre compte de l’état de l’opinion et il n’est pas à exclure que cette campagne électorale soit la ligne définitive de partage des eaux pour les instituts. La période qui s’annonce risque fort de marquer la décadence de l’activité sondagière au profit des analyses issues du web sémantique, mieux à même de saisir les mouvements d’opinion.

Que dit notre Predicto?

Notre outil Predicto procède à l’analyse sémantique de tous les Tweets produits depuis plus d’un mois sur le compte de chacun des candidats à la présidentielle. Cette analyse inclut une valorisation « morale » des textes, c’est-à-dire qu’elle évalue le sens des mots et affecte une valeur mathématique prédisant le résultat du vote.

En l’état, on peut en tirer deux enseignements majeurs.

Le premier est que les candidats qui génèrent le plus de tweets sont aussi ceux qui sont les plus contestés par les internautes. En tête, François Fillon est celui qui a suscité le plus de Tweets (plus de 800.000) depuis le mois de février. Il est aussi celui qui a « encaissé » les Tweets les plus défavorables, avec une note finale d’adhésion de 6/10. Emmanuel Macron a provoqué moins de trafic (près de 450.000 Tweets), mais il est lui aussi contesté par les internautes, avec une note finale de 7,2/10.

Le deuxième enseignement est que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon bénéficient aujourd’hui de la plus grande popularité auprès des internautes, même s’ils suscitent moins de trafic. Benoît Hamon et Marine Le Pen courent, pour le reste, au coude-à-coude.

Pourquoi Mélenchon n’est pas sûr de batte Marine Le Pen au second tour

Pour le reste, rien ne prouve que Mélenchon puisse aisément battre Marine Le Pen au second tour. Personne ne peut aujourd’hui anticiper les choix lorsque les options s’appellent la peste et le choléra.

Pour tous ceux qui regardent avec inquiétude l’évolution de la fiscalité, aucun candidat ne se détachera clairement. L’un et l’autre annoncent le chaos. Il faudra simplement choisir entre un chaos rapide apporté par le Front National et un chaos à la chinoise apporté par Mélenchon et ses propositions de soviétisation démente.

Supprimer le travail détaché? la bonne grosse blague

La dernière grosse blague à la mode est d’affirmer (le débat télévisé d’hier soir l’a montré à nouveau) qu’il faut supprimer le système du travail détaché qui permet, depuis 1996, de faire travailler des travailleurs polonais en France, pour une durée limitée, avec un salaire français mais des cotisations sociales polonaises (on me pardonnera ce raccourci in concreto du sujet). On a tous bien compris les arguments: il faut protéger les salariés français (qui rêvent tous, c’est bien connu, de faire le boulot qu’on confie aux Polonais) contre cette invasion dangereuse fondée sur un dumping social.

Présenté de cette façon, le débat est comprimé dans une seringue du même ordre que l’ubérisation et ses méfaits: alors vous avez le choix entre une société qui protège, qui prévoit, qui équilibre, qui partage, et, de l’autre côté, un repaire de vautours profiteurs qui mettent en danger des siècles d’acquis, de construction collective, de bien-être. Que préférez-vous? Que les coupables lèvent le doigt.

Supprimer le travail détaché, une bombe à retardement

Maintenant, si on retourne le problème, chacun va comprendre les petits mensonges par omission véhiculés par les candidats qui s’empressent de réclamer la fin du travail détaché (et les raisons pour lesquelles il faut par avance ranger cette annonce de campagne dans les volumineuses archives des promesses non tenues).

Je ne relèverai même pas, ici, qu’aucun président de la République n’a le pouvoir de s’opposer à l’application d’une directive européenne sur son sol sans remettre en cause l’Etat de droit. La seule véritable option qui existe est d’annoncer une renégociation de la directive, ce qui prendra le temps que ça doit prendre, sauf à expliquer aux Français que nous programmons un Frexit.

Mais supposons… imaginons que, dans un délai miraculeux, le candidat qui triomphe en mai 2017 obtienne tout de suite une remise en cause de la directive. Le voilà donc en train d’expliquer à ses partenaires européens qu’un travailleur d’un Etat-membre doit être soumis aux cotisations sociales de l’Etat qui l’accueille pour une mission de courte durée. Cela signifie quoi? qu’il va ouvrir des droits sociaux dans cet Etat d’accueil? qu’il va devenir l’un des allocataires de son système de sécurité sociale? qu’il perd temporairement ses droits sociaux dans son pays d’origine?

Oui, bien sûr, supprimer le travail détaché au sens où les candidats à la présidentielle l’entendent signifie effectivement rattacher le travailleur en question au système de protection sociale du pays d’accueil. De cette façon, on harmonise les cotisations sociales et on évite le dumping.

L’effet caché sur les comptes sociaux

On poursuit le raisonnement. Donc, un maçon polonais ou slovène ou bulgare, lorsqu’il vient sur un chantier en France, va consommer de la protection sociale en France. Il aura droit à nos remboursements maladie très généreux, à nos hôpitaux dont les personnels passent leur temps à pleurnicher sur le manque de moyens (en oubliant toujours de parler de leurs jours de congé pléthoriques) mais qui font rêver n’importe quel ouvrier d’Europe de l’Est. Et comme la connerie de la lutte contre le travail détaché sera poussée jusqu’au bout, il aura même droit au régime invalidité de sa convention collective en France.

Bref, pour le dire de façon cynique, ceux qui pensent que les cotisations sociales non payées par les travailleurs détachés en France sont une charge sans contrepartie ne tarderont pas à faire la triste expérience de leur incompétence, puisqu’ils sont en train de promouvoir l’ouverture de notre système de protection sociale au mauvais risque.

Qui sont en effet les travailleurs détachés? Ceux qui, chassés par la misère de leur propre pays, acceptent des emplois ingrats, pénibles, épuisants, et mal payés en France. Et brutalement, on va leur dire: finalement, vous aurez les mêmes droits que les travailleurs français quand vous viendrez travailler chez nous, même pour six mois ou un an. Ah! ah! mais c’est sûr que le gars, il fera tout pour ne pas retourner se faire soigner les yeux ou les dents en Pologne, en Bulgarie ou en Grèce. Il va en profiter pour se récupérer la totale aux frais des cotisants français. Et pour un euro de cotisation versée par le travailleur détaché, on aura droit à deux euros de dépense de notre sécurité sociale déjà exsangue du fait de sa mauvaise gestion.

Un petit oubli sur les « allègements de charges »

On s’amuse par avance de cette pelote que nous déroulons sans hâte. L’histoire du dumping sur les emplois à faible qualification (ceux très majoritairement concernés par le travail détaché) est en effet une sorte de serpent de mer en France. Quand j’étais à l’ENA (il y a quinze ans), j’avais des cours où l’on nous présentait des tableaux très bien faits sur le coût d’un pêcheur à Saint-Pierre-et-Miquelon (sous sécurité sociale française) et sur le coût de son homologue nord-américain. On comprenait tout de suite pourquoi l’activité de pêche à Saint-Pierre n’avait aucune chance de se développer.

C’est pour cette raison qu’on a inventé les allègements de charges sous 1,6 SMIC. Mes petits camarades de l’ENA me soutiennent encore aujourd’hui mordicus que le manque de compétitivité français, dû au coin « socio-fiscal », ne porte que sur les bas salaires.

Continuons sur le travail détaché: donc, l’alignement des travailleurs détachés sur les cotisations sociales françaises, vu qu’il concernera des emplois majoritairement rémunérés au SMIC… ne rapportera rien à la sécurité sociale. Mais il causera des dépenses, et des compensations de droit financées par l’impôt. Et voilà comment une mesure destinée à protéger les salariés français sera en réalité financées par les contribuables français.

Redisons-le, les milliards « d’allègements de charges » concédés aux entreprises sont compensés par l’Etat, c’est-à-dire par le contribuable, et essentiellement par des taxes sur les salaires. Donc, ce sont les employeurs de France qui paieront les cotisations des travailleurs détachés, officiellement alignés sur les cotisations françaises.

Les vraies raisons du travail détaché

Supposons que tout ceci advienne. Le travail détaché disparaitra-t-il pour autant? Ce sera le moment de vérité. Entre un maçon français et un maçon polonais, à coût égal, qui l’employeur français choisira-t-il?

Tous les employeurs connaissent déjà la réponse. Le maçon polonais qui, sachant qu’il a droit à la sécurité sociale française en travaillant en France, se précipitera pour venir, avec sa motivation, son ardeur à la tâche, son envie de faire. C’est le grand tabou français. Mais ceux qui recrutent sont bien placés pour savoir que la « protection » dont les salariés français bénéficient du fait des innombrables inventions légales, réglementaires, conventionnelles, les disqualifie dès lors qu’ils sont mis en concurrence avec des salariés étrangers non contaminés par cet état d’esprit délétère.

Mais, laissons les syndicalistes français nourris à la langue de bois tirer ce constat par eux-mêmes: l’alignement des travailleurs détachés sur les conditions sociales françaises n’empêcheront pas le travail détaché. Bien au contraire. Et il faudra avoir l’honnêteté de s’interroger sur l’employabilité de nos ressortissants baignés dans une atmosphère de « luttes », d’acquis sociaux et de protection toujours plus importante.

Comment la France prépare son propre suicide

Reste à expliquer comment se passera la renégociation de la directive sur le travail détaché. Outre les contreparties que tous les pays qui font une utilisation intelligente de cette directive (comme l’Allemagne, qui fait baisser les coûts de ses filières les plus concurrentielles, notamment agro-alimentaires, de cette façon) demanderont, certains se frotteront les mains. Ils feront écrire noir sur blanc au nouveau Président français qu’un salarié français détaché en Pologne ou en Bulgarie relève désormais de la sécurité sociale polonaise ou bulgare.

Quelle chance pour les employeurs français qui veulent délocaliser. Ils pourront désormais négocier les opérations de détachement à bas prix, sur le mode du: « où tu vas faire ce job en Bulgarie pendant six mois, pour un salaire bulgare, protection sociale comprise, ou tu pars ».

On s’en délecte par avance.

Comment le RSI dissuade la libre entreprise

Quel est le coût du RSI pour la libre entreprise en France? À ce stade, le sujet n’est guère documenté, mais il pose un véritable problème. Il ne tient pas (principalement) à la mauvaise qualité de service de cet établissement chargé, paraît-il, d’une mission d’intérêt général. Il tient surtout au mode même de calcul des cotisations. L’adaptation tardive des montants appelés incite les entrepreneurs à éviter les fluctuations d’activité et donc à ne pas faire « trop de chiffres ».

Le témoignage, lu dans la presse régionale, d’un maroquinier ligérien le montre.

Quand la libre entreprise est rendue compliquée par le RSI

Voici comment cet artisan présente l’impact du RSI sur son activité:

Depuis son installation, voilà vingt-sept ans, l’artisan ne fait état d’aucun arrêt maladie. La raison pour laquelle son système de protection – le Régime social des indépendants (RSI) – le chiffonne parfois a plutôt trait aux cotisations, dont il juge le calcul « complexe », qu’il verse. Une partie des chefs d’entreprise avec lesquels le cordonnier a eu l’occasion d’échanger, protestent face à des charges qu’ils jugent élevées au regard de leurs revenus. « Il y a quelque temps, après une bonne année, «  mon RSI  » avait plus que doublé », témoigne Pascal Rapin – dont les affaires avaient, néanmoins, rapidement retrouvé un niveau plus habituel. Le système pourrait, à ses yeux, encourager les travailleurs indépendants à « faire attention à ne pas faire trop de chiffre », par crainte de devoir payer des cotisations qu’ils estiment surdimensionnées.

On ne pouvait pas mieux expliquer comment la « protection sociale » imposée par le législateur au nom du bonheur universel se transforme en outil de suicide collectif.

Avec le Decodex, les subventions à la presse sont-elles devenues des aides d’Etat remboursables?

À combien s’élèvent les subventions à la presse en France?

Si l’on met bout à bout le budget de l’audiovisuel public et les subventions à la presse proprement dite, on avoisine probablement les 2 milliards €, ce qui n’est pas rien. Une part notable de cette somme est consommée dans des subventions opaques à la presse papier détenue par des milliardaires (Dassault, Arnault, entre autres) ou des millionnaires (Bergé, Pigasse, Niel et consors) qui équilibrent leurs comptes avec l’argent du contribuable. Il est évidemment tabou de dire quelles sont les contreparties (la docilité vis-à-vis du gouvernement profond) de cette aide. Malgré ces perfusions d’argent public, nombreux sont les journaux subventionnés qui sont au bord de la faillite. Voilà qui en dit long sur les abois d’un système qui délègue habilement la fonction de propagande à des titres privés, au nom de l’intérêt général bien sûr, et avec la parfaite complicité du Ministère de la Culture et de ses tristes sbires gonflés à la cocaïne du « j’aime la cuuuuullllllllltttuuuure cher ami ».

Maintenant, d’un point de vue juridique, cette situation risque de se révéler très fragile.

Les subventions à la presse et le droit communautaire

En principe, dans l’Union Européenne, les Etats membres n’ont pas le droit de subventionner des entreprises privées. Dans le cas de la presse, le Conseil d’Etat a rappelé, par un arrêt du 22 février, les spécificités du droit:

Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, un dispositif a le caractère d’une aide d’Etat s’il constitue une intervention de l’État ou au moyen de ressources d’État, s’il est susceptible d’affecter les échanges entre États membres, s’il accorde un avantage à ses bénéficiaires et s’il fausse ou menace de fausser la concurrence.

On retrouvera sur le site de la Commission quelques détails sur ce sujet.

On s’intéressera ici surtout aux deux dernières conditions jurisprudentielles: la subvention à la presse ne doit pas donner un avantage à ses bénéficiaires, et elle ne doit pas fausser la concurrence.

Les avantages donnés à la presse par la subvention

Faut-il revenir sur l’idée que l’aide à la presse ne donne pas un avantage à ses bénéficiaires? L’évidence prouve évidemment le contraire. Bien sûr que le Figaro ou le Monde, avec leurs sites qui développent des partenariats commerciaux dans tous les sens, bénéficient d’un avantage net par rapport à ceux qui sont exclus de ce bénéfice.

Rien que pour le plaisir, on a envie de saisir la CJue sur la partialité évidente des subventions à la presse en France.

Comment, avec le Decodex, la subvention fausse la concurrence

Mais, le pompon, c’est évidemment l’apparition du Decodex du très démocrate Pierre Bergé qui, à la tête du Monde, a décidé de dénigrer ses concurrents. On voit bien comment ici la subvention permet à des titres de dégager des marges de manoeuvre pour investir dans des outils qui faussent la concurrence en dénigrant tous les gêneurs. S’agissant du Decodex, il a ainsi largement cherché à discréditer des sites Internet si populaires qu’ils faisaient de l’ombre au Monde. Bien entendu ce discrédit n’est pas présenté sous l’angle commercial (qui est le fond du problème), mais sous l’angle déontologique (ce bidule qui ressemble à Dieu: on l’invoque quand on n’a plus d’autres arguments pour discréditer son prochain).

En termes juridiques, le Decodex ouvre la voie à la requalification des subventions accordées au Monde en aide d’Etat remboursables.

Sur la voie contentieuse

Ainsi, il est de plus en plus tentant de saisir la Commission Européenne de cette mascarade grotesque qu’on appelle les subventions à la presse. Bien entendu, ces subventions sont des aides d’Etat remboursables par les journaux qui les perçoivent. Et bien entendu, il faudra tôt ou tard interroger l’Union Européenne sur le régime de ces aides entre copains qui visent à retarder d’autant le moment où le gouvernement profond sera remis en cause sur ses intérêts fondamentaux.

La question est de savoir quand nous passerons à l’acte, et quand nous demanderons à Bruxelles d’interdire cette propagande d’Ancien Régime menée avec l’argent du contribuable.

Sur les fautes personnelles des fonctionnaires du ministère de la Culture

Pour mener cette oeuvre de propagande par délégation, le pouvoir exécutif peut compter sur le zèle personnel de quelques fonctionnaires du ministère de la Culture qui préparent les dossiers comme, sous Vichy, quelques thuriféraires relisaient les journaux pour le compte du pouvoir en place. Au mépris de leur statut qui leur impose une impartialité dans les politiques et les choix publics, ses fonctionnaires commettent des fautes détachables du service en servant les puissants et en prenant sur eux d’appuyer ou d’instruire des méthodes arbitraires.

Le jour venu, il faudra bien leur appliquer les sanctions prévues par le statut, dans le droit fil de l’article 15 des Droits de l’Homme et du Citoyen: la révocation, ne serait-ce qu’en lâchant leur nom en pâture au public. Les contribuables ont le droit de savoir par quel zélateur ils sont spoliés.

Macron, Estrosi, Unedic: les élites françaises au bord de la crise de nerf

Les élites françaises se laissent-elles peu à peu contaminer par le « dégagisme » et autre « çavapétisme » qui dominent dans l’opinion française? Les fortes tensions liées à une campagne présidentielle hors norme contribuent en tout cas à l’apparition de vrais clivages dont on peut se demander de quoi ils sont le signe. Les plus optimistes n’y verront qu’un dommage collatéral d’une ambiance collective délétère. Les autres constateront que, face à la nécessité des réformes, la réaction nobiliaire qui est prête à tout sacrifier pour préserver ses intérêts cause de sérieux dégâts.

L’affaire Estrosi, signe de rupture dans les élites françaises

Samedi, l’entretien « républicain » entre Estrosi, président de la région PACA, et Emmanuel Macron, a fait couler beaucoup d’encre et de venin. Rappelons qu’Estrosi a « gagné » sa région contre le Front National avec le soutien des voix socialistes. Le même Estrosi avait demandé à François Fillon de se désister au vu des affaires qui lui collaient à la peau. Dans ce contexte, l’entrevue entre Estrosi et Macron prend des allures de trahison pour guigner un poste à la sortie des urnes.

Voilà une façon ancienne de faire de la politique qui illustre une fois de plus les mensonges de cette campagne. Emmanuel Macron campe volontiers le rôle de l’homme nouveau. Mais il fraie de façon fascinante avec le monde ancien. Entre le ralliement de Valls, vaincu à la primaire de la gauche par Benoît Hamon, et ces ronds-de-jambe avec des élus qui peineront à incarner la modernité, le pire est à craindre pour l’après-scrutin dans l’hypothèse où Macron serait élu.

Ce qui frappe surtout, c’est la virulence des scissions qui se dessinent à cette occasion autour des candidats. On sent bien qu’à droite comme à gauche, les vieux appareils politiques sont au bord de l’implosion, pendant que la campagne a hystérisé les débats et les passions.

Le patrimoine de Macron fait toujours tache

Pour les institutions, la situation pourrait durablement être ternie par la passivité de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, qui n’a rien trouvé à redire à la déclaration d’Emmanuel Macron. Comme le souligne Sébastien Laye dans nos colonnes aujourd’hui, ce document pose quand même quelques problèmes majeurs. Le candidat y déclare en effet d’importants travaux dans la maison de son épouse, sans que ceux-ci ne soient valorisés dans un quelconque actif imposable.

L’opération donnera quelques idées à ceux qui se demandent comment défiscaliser leur actif: il leur suffira à l’avenir d’investir dans des opérations chez des proches et considérer qu’il s’agit là d’un don en nature non fiscalisable. On n’arrête pas l’innovation dans ce pays!

En attendant, on voit bien que, là encore, la situation est tendue. En réalité, une partie de l’élite française rejoint le petit peuple dans le constat cinglant d’une dépossession démocratique. Le débat de la présidentielle le révèle au grand jour: pour sauver les meubles d’un système à bout de souffle, le macronisme, formule remarketée du hollandisme, bénéficie d’un traitement de faveur dans les medias subventionnés, façon candidat officiel sous le Second Empire. Il n’est pas sûr que ce coup de force soit payant à long terme.

La « démocratie sociale » contaminée

Nous signalions que la perspective d’une victoire d’Emmanuel Macron, jacobin assez peu sensible aux sirènes des corps intermédiaires, avait poussé les partenaires sociaux à négocier préventivement un protocole d’accord permettant de renouveler la convention d’assurance chômage pour les années à venir. Personne n’est vraiment convaincu du bien-fondé juridique de cette opération, mais elle donne au moins aux syndicats l’illusion de se protéger contre une intervention directe de l’exécutif cette année. L’espoir fait vivre!

Pour parvenir à un protocole d’accord en urgence, le MEDEF a accepté une augmentation provisoire des cotisations chômage et une surtaxation des contrats courts. Cette concession au paritarisme de gestion était probablement le geste de trop dans la pétaudière: plusieurs fédérations ont manifesté leur réprobation contre ces concessions qui leur coûteront chef. C’est le cas de l’UMIH, l’une des fédérations de l’hôtellerie, branche où l’on consomme le contrat court comme un ogre mange les enfants.

De là à penser que l’hystérisation du débat public atteint les milieux patronaux, il y a un pas que nous franchissons allègrement. La solidarité patronale est désormais un lointain souvenir. Face aux appétits hégémoniques de l’UIMM, comme au bon vieux temps – l’UIMM qui a porté le fer dans cette négociation pour obtenir un accord, et qui réclamera la présidence du MEDEF au départ de Pierre Gattaz – le monde patronal se rebelle.

C’est peut-être que la dégradation de la situation est telle que la situation n’est plus gérable sans affrontements?

La CFDT, premier syndicat du secteur privé en toute opacité

Officiellement, la CFDT est devenue le premier syndicat de France. Et il est très probable que cela soit vrai: les « partenaires sociaux » s’y attendaient de longue date en suivant les résultats de terrain. Au doigt mouillé, il leur semblait clair que la CFDT grignotait des « parts de marché » au détriment de la CGT. Reste à savoir s’il s’agit bien du mouvement historique dont parlait Laurent Berger, et on regrettera ici la totale opacité dans laquelle ces opérations se déroulent.

L’opacité des résultats

L’idée que la CFDT soit devenue le premier syndicat de France dans le secteur privé est déduite de ses résultats agrégés dans la base de données Mars, qui collecte les procès-verbaux de résultats aux élections professionnelles et aux élections dédiées aux très petites entreprises. On notera que cette base est totalement opaque. Même le dossier de presse relatif à la mesure de la représentativité y est verrouillé:

La base est par ailleurs verrouillée et peu fréquentée. Il est donc techniquement impossible de vérifier l’exactitude des données qu’elle contient. On le regrettera, dans la mesure où certaines situations anormales se perpétuent, comme la présence de la CFTC à près de 10% de représentativité dans l’ensemble des entreprises.

Cela ne signifie pas que les résultats soient truqués. En revanche, la « démocratie sociale » se fonde sur des résultats qui ne sont pas vérifiables par les citoyens et cela pose un véritable problème. On ne peut donc que plaider ici pour une ouverture de la base de données au titre de l’open data. Cela nous laisserait penser que la CFDT n’est pas devenue le premier syndicat d’un monde digne du siècle dernier…

La CFDT est le premier syndicat du secteur privé… avec 10% des voix

Il faut évidemment replacer la notion de premier syndicat du secteur privé dans sa dimension réelle. De l’aveu du ministère du Travail, le corps électoral regroupe environ 14 millions d’électeurs. 5,6 millions d’entre eux se sont exprimés dans des élections professionnelles. La CFDT représenté environ 26% des suffrages. Soit, un chiffre d’environ 1,4 million d’électeurs.

Donc, la CFDT a recueilli 10% des suffrages exprimés. En masse, ce chiffre n’est pas très différent de celui de la CGT (l’ensemble se joue à 100.000 voix près). C’est bien certes, mais cela est très loin de constituer une majorité. C’est même très loin de donner à la CFDT la légitimité à laquelle elle aspire pour donner le la.

Les déductions hâtives sur l’aspiration des salariés du privé

En matière de « démocratie sociale » (comme désormais dans la démocratie politique), on évitera donc soigneusement de se faire piéger par les pourcentages, et toujours on reviendra aux chiffres bruts. Avec 100.000 voix d’avance sur un corps électoral de près de 14 millions de personnes, la CFDT est très loin d’être hégémonique, et l’illusion selon laquelle les salariés auraient ainsi validé le quinquennat Hollande est bien sûr trompeuse.

Dans la pratique, les résultats qui viennent d’être publiés s’appuient sur une agrégation de résultats en entreprise pendant une période de quatre ans. Les salariés qui ont voté devaient désigner des délégués d’entreprise, issus de syndicats d’entreprise. Sur le terrain, la CFDT peut être beaucoup plus acrimonieuse qu’au niveau national. Il est même arrivé que certaines voix comptabilisées (dans le commerce à Paris) comme CFDT soient sujettes à caution puisque les dissensions entre la confédération et les syndicats locaux dans cette branche sont nombreuses.

Soutenir aujourd’hui que les résultats en entreprise valident la ligne Berger constitue donc une affirmation sujette à caution.

La victoire d’un syndicalisme moins politique

Ce qui est vrai, en revanche, c’est que le syndicalisme de la CFDT est souvent moins politique que celui de la CGT. Il n’est pas issu de la tradition anarcho-syndicaliste, mais de cette logique auto-gestionnaire, pragmatique, souvent réaliste. Là encore, il faut se méfier des déductions trop rapides. Certains syndicats d’entreprise de la CGT sont réalistes, et certains CFDT ne le sont pas. Mais il est vrai que majoritairement les salariés se tournent vers la CFDT parce qu’ils ne rêvent pas d’exproprier leur patron, mais qu’ils souhaitent obtenir de bons accords d’entreprise qui améliorent leur sort.

On interprétera donc plutôt les résultats de la dernière mesure de la représentativité comme la reconnaissance d’un cap franchi dans les entreprises en faveur d’un syndicalisme réformiste. S’il fallait y chercher le signal d’une déradicalisation de la lutte des classes, on le trouvera là.

La mesure de la représentativité, dix ans après

La loi prévoyance la réforme de la représentativité date du 20 août 2008, il y a près de dix ans. Cette année, la principe de la présomption irréfragable de représentativité (c’est-à-dire de la désignation des syndicats représentatifs par un arrêté ministériel) disparaît. Désormais, sont représentatifs au niveau national les syndicats qui totalisent plus de 8% des voix aux élections dans les entreprises.

Il se trouve que… la loi n’a rien changé dans les faits. Les 5 représentatifs des années 60 sont encore représentatifs aujourd’hui. La France, qui se distingue par son pluralisme syndical outrancier, se distingue aussi par sa capacité à faire durer ce pluralisme coûte-que-coûte.

La responsabilité posthume de Laurence Parisot

Les initiés regretteront donc, à titre rétroactif, les conditions de la négociation de 2008, où Laurence Parisot a cédé à la pression de certains mouvements patronaux qui voulaient, à l’époque, conserver « leur » fédération FO ou CGC ou CFTC. Le MEDEF aurait en effet pu fixer le seuil de représentativité à 10% sur l’ensemble des collèges. Pour sauver la représentativité de la CGC et de la CFTC, le MEDEF a concédé, dans l’ultime nuit de négociation, un abaissement du seuil à 8%, en acceptant les syndicats catégoriels.

Ce geste était destiné, à l’époque, à obtenir la signature des syndicats concernés. Mais il n’en fut rien…

On a raté, ce jour-là, une belle occasion de restructurer l’obsolète syndicalisme français.

L’ENFER C’EST LES AUTRES, SAUF SI T’ES AU RSI, par Valéry Bonneau

Article initialement paru sur le blog de Valéry Bonneau.

Le RSI, ou le régime social des indépendants est une invention qui nous parvient du septième cercle de l’enfer, via une de ses portes sur terre « Nicolas Sarkozy ». Je sais, je sais, dire du mal d’une administration, est souvent l’apanage de sales types, mais d’une le RSI est un organisme privé, de deux, vraiment, le RSI est une folie.

Petit parcours à la cool, entre réalité et invention parce que parfois, personne ne croit la réalité.

Donc, tu montes ton entreprise.

T’es content, tu nages dans un bonheur sans limites.

En France on dit souvent… Bon on dit souvent plein de conneries en France, mais c’est un autre sujet. En France, t’as des mecs qu’ont jamais monté une boite et qui sont de droite : eux vont te dire que c’est hyper compliqué. Sous-entendu faut bruler toutes les administrations. En face t’as la fille de gauche, qu’a jamais monté une boite non plus qui te dit que « Non au contraire c’est hyper simple », sous-entendu les patrons sont des enculés qui gueulent tout le temps.

Ça leur fait un point commun, ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils devraient s’entendre, « Ah tiens toi aussi tu parles sans savoir, viens je te paye un coup ». Non rien à voir. Ils vont s’engueuler, se déchirer.

Alors je peux vous le dire : nos deux énergumènes, en plus de parler sans savoir, de pas être d’accord, ils ont tous les deux tort et tous les deux raison.

Une boite pour la monter en France, ça demande 1 heure et 1 euro ? C’est vrai. Bim. 1-0

Mais pour avoir le droit de la monter en 1 heure, là, faut y passer 3 semaines pour collecter toute la paperasse…  Vrai aussi. 1-1

Mais c’est APRÈS que les emmerdes commencent. Pas avant.

Avant, il te faut 2, 3 papelards, un statut que tu auras volé sur internet, genre tu veux monter une sandwicherie et tu vas télécharger à la cool la charte de Google ou les conditions générales de ventes d’Apple, mais c’est pas grave, comme personne ne relit en face, ça devrait passer..

On te demande aussi quelle activité tu veux faire. Déjà ça se complique.

T’as le droit à trois codes d’activité gratos. C’est un code à 5 niveaux.

Premier niveau, une lettre. Ça va de « agriculture, sylviculture et pêche » à « activité extra-territoriales ». Oh putain. Sandwicherie, coup de pot, t’as « Hébergement et restauration ». Mais l’épicerie fine tu la mets où ? Genre épicerie fine avec deux trois plats à emporter. Dans restaurant ou dans commerce ? On continue, tu cliques restaurant, on te laisse le choix entre restaurant, traiteurs et débits de boissons. Houla. Surtout que de l’autre côté, tu as « commerce de détail alimentaire ».

Merde, bon tu recliques un coup. Tu te trouves avec « services des traiteurs » ou « autres services de restauration » et il y a un côté angoissant dans tout ça. « Je veux juste monter une sandwicherie ! Je sais l’écrire, l’épeler, le dessiner, mais je trouve pas dans les 15 265 codes ».

Et ça continue : « 56.21Z services des traiteurs » ou « 56.29B Autres services de restaurations » ?

Normalement au bout d’une semaine à hésiter, tu prends toujours un truc « autre ». Faut juste éviter « autres industrie hydrocarbure » pour l’épicerie, mais c’est ça ou l’infarctus. Si t’aimes bien les trucs carrés, tu finis vieux et usé avant d’avoir choisi.

Tu peux aussi prendre un spécialiste à 300 euros de l’heure. Mais t’en es à créer ta boite, tu la soldes pas, donc t’es pas encore pété de thune, tu fais gaffe.

Sinon, tu peux demander à quelqu’un sur internet. Là normalement, c’est la personne qui sait le moins qui répond le plus vite. C’est surprenant, mais ça marche quelle que soit la question. Faites le test hein.

23h48 « Je voudrais savoir quel code NAF je dois prendre pour une épicerie fine » ?

23h49 : Bob « Non, mais ce sont des codes APE et ça n’existe plus donc t’en as pas besoin. »

23h50 : Toi « Forcément que les codes APE n’existent plus, ils ont été remplacés par les codes NAF. Si vous ne savez pas, merci de ne pas répondre»

23h51 : Bob « Ah voilà on veut rendre service et on se fait envoyer chier »

23h52 : Toi « Mais tu ne rends pas service, tu me fous dans la merde. Imagine que je t’écoute » !

Tu peux essayer avec n’importe quelle question hein :

« Ca fait cinq jours que je ne suis pas allé aux toilettes, au bout de combien de temps est-ce dangereux » ? T’es au bord de l’occlusion intestinale et plutôt du mauvais côté du bord, t’es vert, rouge, jaune bleu, on t’appuie sur le bide un peu trop fort et faut refaire toute la déco du salon. 10 secondes plus tard, t’as un mec qui répond :

Bobby « Non, mais c’est très surfait, il parait qu’on peut rester un mois sans y aller »

Bref, tu te choisis un code, des statuts, un type de société « EURL, SARL, SAS, entreprise individuelle, autoentrepreneur » ? Je vais pas expliquer la différence, vu que les mecs qui le font sont payés 300 euros de l’heure, déjà que c’est un texte gratos.

Mais en gros tu choisis un peu au pif et pour démarrer, ça devrait aller. C’est plus tard que ça va chier. Un peu comme un médoc contre le cancer qui te file l’hépatite 5 ans plus tard. Tu sera bien content d’être encore là dans 5 ans pour profiter de ton hépathite.

Là, c’est pareil.

Donc t’as ton dossier.

Tu rentres tout sur le site du CFE. Le CFE ? Le site de la CCI qui regroupe tous les OA. Faites un effort. Le Centre de Formalité des Entreprises monté par la Chambre de commerce et d’industrie avec la paperasse pour tous les Organismes Agréés. Un site pour tout centraliser, plutôt une bonne idée non ?

Le site est assez bien fait, tu scannes, tu charges, et tu dois ensuite valider.

Pour valider la création, il faut :

  • Envoyer le dossier par internet
  • ET
  • L’imprimer et l’envoyer par la poste

Tiens, c’est bizarre ça. Un peu comme un mec qui te dirait bonjour en te faisant la bise et en te serrant la main.

– Bah pourquoi ?

– Non, mais on sait jamais, t’es ptete insensible des mains ou t’as une paralysie faciale.

Bon, ça rassure pas trop. Mais t’as pas le choix.

Trois jours plus tard, bim, courrier du CFE :

« Merci, voici votre numéro de SIRET ou de  SIREN (ou  autre). Bon courage ». Cool. Wow. Les autres organismes t’écrivent. Tous. Merci bon courage, bienvenu, ça fera 500 euros.

Hey, vous voyez, vous gueulez, mais c’est plutôt bien foutu, centralisé. Tout le monde t’a écrit.

Ah, sauf, sauf le RSI. Mais toi, déjà tu sais pas ce que c’est, et puis tu bosses hein, monter la boite, démarrer l’activité tout ça, ça te fait des bonnes semaines.

7 mois plus tard, un courrier du RSI.

« Bonjour, nous prenons acte de votre décision de fermer votre société ».

Ah merde qu’est-ce qu’ils racontent ?

« Comme convenu, vous ne nous devez rien. »

On n’avait rien convenu, mais ça te va.

« Merci donc de nous adresser votre règlement de 7000 euros avant le 3 mars ».

Oh putain, c’est des malades. En plus, on est le 28 février et l’année n’est pas bissextile.

Tu es dans la merde, tu paniques surtout que les 7000€, tu les as pas.

Tu décides donc d’appeler le RSI.

Ahahaha « Décider d’appeler le RSI ». Tu racontes ça à un pote qu’a déjà vécu le truc, il se marre.

« Oui ben tu peux aussi décider de devenir immortel ou de te transformer en labrador, mais tu vas quand même crever bientôt et tu seras à priori sans truffe ni fourrure ».

Déjà trouve le numéro.

Tu tapes sur google « RSI » tu tombes sur un 36 15. Merde. Ah non RSI.fr cool.

Tu arrives sur un site, bon, tu peux le consulter si t’as un commodore, un Amstrad ou un Amiga, mais si ton terminal est du 21e siècle, ça va ramer.

Ah tu vois un bouton « nous contacter ». Oui, mais attention, avant d’avoir le droit de nous contacter faut répondre à une petite quinzaine de questions. Et le niveau des questions accroche toi. Faut être spécialiste du RSI pour y répondre. Tu finis par trouver un 0800. Tu sais les numéros gratuits à un euro la minute.

Tu appelles.

Ça sonne. 25 fois. Et puis. Bip bip bip.

Tiens, y-a pas de répondeur ? C’est marrant ça ? Y-a pas une machine là pour tapoter ton choix ? Comme à la SNCF ?

Non y-a pas.

Pourtant ces machines tu les détestes. Tu préfères parler un humain. Oui, mais avec le RSI tu vas t’apercevoir que ce que tu préfères c’est quand même parler à une machine qu’à rien. Tu rappelles. Pareil. 25 sonneries.

10 fois de suite. 25 sonneries, ça fait long.

Ton premier réflexe si t’es de droite, c’est de gueuler sur ces feignasses du RSI. Mais il y doit y avoir 4 conseillers en Ile de france. T’imagines, si au centre d’appel SFR, il y avait Bob, François, Rachid et Amida ? « Bonjour, le temps d’attente est de 7 heures 32… environ ».

Attendre, tu peux plus, parce que t’as du boulot. Tu rappelleras demain.

Un jour plus tard, donc le 1er mars, il te reste une journée pour payer. Mais comme tu dois rien.

Le lendemain, tu rappelles encore et encore. Vers 15h00, tu tombes sur quelqu’un, mais t’es tellement énervé, que tu vas vite devenir gonflant.

Tu tombes sur François.

Là, il faut savoir qu’au RSI, tout le monde ne veut pas y aller. Ils le savent bien les conseillers que les gens qu’appellent ils sont un peu noués vu le parcours du combattant. Donc ils envoient que les suicidaires, les gens en phase terminale, au bout du rouleau.

Donc François là, il en peut déjà plus et tu lui tombes sur la gueule avec ton :

– Oui alors 7000 euros, voleurs, incompétents, bons à rien. JE TRAVAILLE MOI !

Oui, depuis que t’es patron, TOUS les autres sont des feignasses qui n’en branlent pas une. Depuis que tu fais 35 euros de chiffre par jour en vendant 3 sandwichs dans une poubelle que t’as rénovée, tu as tous les droits.

Et François là, tu le gonfles déjà, mais il te demande ton numéro d’abonné.

  • Heu, AB54
  • Non ça c’est le numéro de dossier
  • Et vous pouvez pas retrouver mon numéro d’abonné à partir de ça, mais putain vous êtes vraiment trop cons
  • Bip bip bip

Faut le comprendre François. On ferait pareil.

Donc là, tu es au bord de l’apoplexie. C’est la crise cardiaque. Heureusement maintenant ils ont mis des défibrillateurs un peu partout. Tu sais les trucs dont personne ne sait se servir sauf pour faire griller des saucisses. Bon toujours est-il que tu rappelles.

2 heures plus tard, tu tombes, méchamment, sur « Francine ». Alors Francine, elle a décidé que c’était bon là, 6 mois qu’elle travaille au RSI, elle a baissé le rideau, terminé les conneries, ce soir, c’est pas les saucisses qu’elle va griller, c’est sa tronche. Du coup, toutes ces histoires d’agressivité, c’est du passé. Elle veut bien rendre un dernier service avant de partir.

  • Bonjour monsieur, comment puis-je vous aider ? Oui donnez-moi votre numéro de dossier
  • Ah bon, mais l’autre il m’a dit heu que c’était le numéro d’abonné qu’il fallait
  • Oui voilà c’est ça
  • Heu
  • Il commence pas 2 chiffres
  • Bah non c’est AB54
  • Oui voilà c’est ça

Oui, parce que Francine elle veut bien t’aider, mais juste elle peut pas. Elle a été formée 3 heures en arrivant et c’était en arrivant de sa cure de repos, elle était encore shooté, je te raconte pas.

Bref elle finit par te dire qu’il faut payer 1000 euros. Maintenant. Mais il te reste 3 heures pour payer et « non on ne prend pas la CB, ni les virements ».

Bon, tu payes le 3 mars.

Le 20 avril, nouveau courrier :

  • Nous avons bien reçu votre payement de 1000€ en retard. Nous appliquons donc une pénalité de 10%. Vous restez donc nous devoir 12 574 euros

C’est pas vrai les mecs, c’est une farce. Déjà 10% de pénalités quand t’y penses. Mais le RSI œuvre pour l’état, et l’état, il rigole pas sur le sujet. Et l’état c’est nous, alors on devrait être content.

Mais tu devais, soit disant 7000€ dont si t’es en retard, ça devrait faire 700€ d’amende. Pas 1000. Et pourquoi ils te demandent 12 574€ ? Mais tu commences à comprendre qu’il n’y a rien à comprendre, faut payer d’abord et gueuler après.

Encore faut-il les avoir les 12 574€ pour payer. Mais admettons, tu cherches à les joindre du 30 mars au 22 avril et le 23 tu payes 12 574€.

Le 24 avril, ne me demande pas comment c’est possible, mais tu reçois :

« Merci pour votre règlement de 700 euros. N’oubliez pas de nous verser les 32 000 restant avant le 15 aout ».

Là tu te dis  qu’ils sont en cheville avec les plus gros dealers de la région et que la came est consommée pure. Faut que tu te déplaces. Il y a 3 caisses en Ile de France, donc c’est un voyage, c’est sûr. 30 ou 40 bornes pour aller voir tes amis du RSI.

J’espère que t’as vérifié les horaires parce que si tu viens le jeudi à 11 heures au pif, en te disant « Bah non, mais un jeudi à 11 heures, ça passe », ça passe pas. Le deuxième jeudi pair de chaque mois impair ils sont fermés, Le 1er mardi de chaque mois aussi et les mois de moins de 29 jours, ils sont fermés tout le mois.

Mais admettons, admettons que t’arrives un jour où c’est ouvert. Normalement, y-a un car de police devant. Ah bah attends, faut voir la gueule des mecs qui viennent. C’est pas pour offrir des chocolats ou taper la discute, ils sont tous au bord de la crise de nerfs, et comme les employés aussi, ça coince vite.

Toi, t’as pris un petit canif avant de partir, mais c’est en défensif, la plupart des autres, ils sont venus pour régler ça dans le sang.

Quand tu travailles au RSI, t’as la même espérance de vie qu’un cancéreux en phase 5. Four ou couteau, la sortie va être brutale.

Blague à part, le RSI fait vivre un cauchemar kafkaïen permanent à des centaines de milliers de personnes et le sujet a finalement très peu d’écho. Un article par-ci par-là, mais globalement, tout le monde s’en cogne :

– Soit t’es de gauche et tu t’en branles des patrons parce que tu les mets tous dans le même sac : le mec qui gagne 5 M€ par mois et le pauvre type qui galère en bossant 60 heures par semaine pour se payer un gros smic. Pour toi c’est pareil, parce que c’est plus simple d’avoir des préjugés que des sentiments.

– Ou alors t’es de droite, mais si t’es de droite, tu vas surtout défendre les gros patrons, oubliant consciencieusement les petits. Je sais pas pourquoi, c’est bizarre. Et si t’es un gros patron, tu t’en branles, t’as une armée de gens qui font toute la paperasse pour toi et qui supportent pour toi toute cette folie.

Bref, bienvenue au RSI.

Comment la présidentielle réalise le scénario dont on ne voulait surtout pas

Après cinq ans de déclin hollandiste, on avait rêvé un scénario de sursaut. Face à l’érosion française qu’on constate sur tous les fronts (sociaux, économiques, culturels, scolaires), face à ce lent déclin du pays comme un vieux rafiot qui s’enfonce dans les eaux sans qu’on n’y prenne garde (et un jour on a les pieds mouillés, on se demande pourquoi), on attendait un débat, un affrontement idéologique, une controverse sur les moyens d’en sortir. Et patatras… rien de tout cela, mais un déluge d’immondices et de promesses gratuites faites au petit bonheur la chance dans l’espoir de séduire qui les agriculteurs, qui les entrepreneurs, qui les enseignants.

Bref! tout ce qu’on ne voulait pas!

Comment en sommes-nous arrivés là? De la réaction nobiliaire et de ses petits secrets

Après la primaire des républicains, on aurait pu imaginer le meilleur. Le débat d’idées était lancé. On pouvait contester le fond, certes, mais on s’apprêtait à entendre des arguments. La primaire socialiste elle-même n’a pas déçu. Benoît Hamon portait un projet qui avait sa cohérence, et qui laissait espérer une délibération collective sur des projets de société.

Puis sont venues les affaires, dont le rythme de divulgation et de reprise par les médias a confirmé ce qu’on pressentait: dans l’ombre, des « indics » avaient décidé de balancer des dossiers pour changer la donne. Et, progressivement, les affaires ont saturé le débat jusqu’à rendre impossible toute ouverture sur les sujets d’intérêt général.

Ici se met en place une mécanique infernale où l’on mesure les inconvénients d’un ordre médiatique subventionné par l’Etat et détenu par quelques grandes fortunes. Là où les propriétaires des journaux auraient pu imposer un code de bonne conduite et recentrer le débat, chacun y est allé de sa contribution à l’immondice (au nom, bien entendu, de la lutte contre la démagogie et le populisme). Avec un objectif tacite: éviter de donner à un candidat la légitimité nécessaire pour réformer la société.

L’absence de débat de fond a mécaniquement profité à celui qui n’avait pas de programme

Il y a évidemment deux lectures possibles de cet engouement médiatique pour la fange et de cette aversion pour le débat démocratique. L’une est de dire qu’on n’y pouvait rien et qu’il fallait laisser faire. L’autre est d’admettre que l’absence de débat sur les programmes a fait le jeu de celui qui n’avait pas de programme. Et que, l’un dans l’autre, on a continué à faire de la politique comme avant: pour soutenir le copain dont la seule ambition est de rester copain avec tout le monde, la meilleure façon était d’amuser la galerie avec des affaires crapuleuses et d’occulter ainsi le vide de sa vision.

Et ça a marché! Macron a réussi l’exploit d’occuper le devant de la scène médiatique sans faire une proposition concrète au petit peuple. Il a produit une sorte de document programmatique, mais si vague qu’il veut tout et rien dire. Et il s’abstient savamment de l’évoquer lorsqu’il est en public. Jamais on a vu une telle duperie avec la complicité d’autant de bien-pensants.

L’usurpation de démocratie à laquelle nous assistons est une bombe à retardement

Donc, imaginons qu’un jour les élections auront lieu et qu’un candidat sera élu. On peut en parler au conditionnel, puisque le Canard Enchaîné d’hier évoquait les voix de droite comme de gauche qui s’apprêtaient à plaider pour un report de l’élection (en s’appuyant notamment sur l’état de santé de François Fillon, réputé « empêchable »). Ce jour-là, il faudra bien prendre des mesures, des décisions, organiser une politique concrète. Or, quel Français peut aujourd’hui considérer qu’il a bénéficié d’une information suffisante et suffisamment éclairante sur les programmes des candidats?

En dehors des mises en examen et des soupçons généralisés qui pèsent sur chacun d’eux, la connaissance des idées est devenue chose accessoire.

Et voilà une bombe à retardement. Soyons honnêtes: en dehors du programme de François Fillon, qui a annoncé des baisses drastiques de fonctionnaires, et de celui de Marine Le Pen, qui a annoncé l’inverse mais entend bien s’en prendre aux immigrés, et partiellement de celui de Mélenchon, qui annonce des augmentations de dépenses et des mesures économiques brutales pour les entreprises, le débat n’a guère permis d’en savoir plus.

Le jour J, donc, en particulier celui des augmentations d’impôt pour financer les promesses, le réveil citoyen risque d’être très douloureux.

Un pas de plus vers une aventure inattendue

Alors que la présidentielle de 2017 devait permettre un sursaut, elle confirme donc que la France s’englue plus que jamais dans un immobilisme opaque, où les décisions sont prises sans qu’on les comprenne. Et sans qu’on ne voit leur rapport avec l’intérêt général.