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Auteur : Eric Verhaeghe

Pourquoi Ronaldo doit être déchu de son ballon d’or

Ronaldo vient d’avoir un quatrième ballon d’or, réussite sans égale dans l’histoire. Et curieusement, pas un mot sur la méchante affaire de fraude fiscale à 150 millions d’euros qui lui colle désormais au train après l’affaire du « Football Leaks ». Une fois de plus, on passe singulièrement à côté d’une belle occasion de moraliser le sport, et plus particulièrement un sport très populaire, mais très corrompu, si l’on en juge par l’affaire FIFA qui a fait plonger Michel Platini.

Mais ça pose tout de même un problème de récompenser des fraudeurs, et de nourrir ainsi le mythe de l’argent facile auprès d’une population de fan qui apprécie parfois mal les règles d’une société de droit.

L’estomaquante affaire Ronaldo

En quoi consiste la fraude (présumée) de Ronaldo? L’intéressé empocherait des recettes publicitaires dans des paradis fiscaux. La somme avoisinerait les 150 millions €, c’est-à-dire 200 fois environ ce que Cahuzac a dissimulé en Suisse, et qui lui valent trois ans de prison ferme aujourd’hui.

Dans un cas, la prison, dans l’autre, la consécration.

Une discrimination populiste

Alors comme ça, tu sais taper dans une balle avec un air de beau gosse, et tu as le droit d’enfumer la planète entière: tu recevras un prix. En revanche, tu sais gérer un Etat, une administration, tu produis du bien collectif (ou tu peux en produire) et là, pas de pardon: une fraude deux cent fois moins lourde que si tu tapais dans une balle te conduit directement en prison.

Ce qui signifie qu’être un acteur de la démocratie, c’est tolérance zéro et soupçon généralisé de mensonge. En revanche, le gladiateur qui divertit les masses et les détourne de leur misère, lui, il peut tout.

Qu’on s’étonne, après cela, de la crise qui frappe nos démocraties.

Le dévastateur exemple donné par Ronaldo

Pour tous les gamins de banlieue dont les rêves (et la projection de la société) se limitent souvent à la contemplation d’une balle tapée par vingt-deux coureurs pas forcément cortiqués, la récompense accordée à Ronaldo vaut mieux que n’importe quel démenti apporté à toutes les leçons de civisme laborieusement organisées dans les écoles. Le message envoyé est clair: triche, et tu seras riche et honoré!

Et surtout: pourquoi te fatiguer à gagner ton salaire à l’usine ou à l’atelier. Tape dans une balle, fais-toi de l’argent facile, et fraude pour le garder. Et surtout, ne prends pas ta part dans l’effort collectif.

Nos sociétés sont-elles handicapées de la morale?

Il y a quelques jours, le Monde constatait que la justice française restait « timorée » dans les sanctions qu’elle infligeait aux banques en matière de lutte contre la fraude fiscale. Les juges français ont lourdement sanctionné Cahuzac, mais ils sont beaucoup plus indulgents que leurs voisins occidentaux dès qu’il s’agit d’incriminer les sociétés bancaires qui se rendent complices de ces fraudes.

La sanction réduite dont Axa vient d’écoper de la part de l’ACPR le montre encore une fois. L’autorité publique n’a pas la main lourde quand il s’agit des personnes morales. Pour tout ce qui touche aux particuliers, en revanche, il existe une doctrine qui ne dit pas son nom: les vedettes aimées du public sont épargnées, les autres trinquent.

Et si l’on inversait ce raisonnement en exigeant des idoles une exemplarité au moins aussi grande que celle qu’on attend des responsables?

Remettre les valeurs collectives au centre du jeu

Pour filer la métaphore footballistique, il paraît indispensable aujourd’hui de remettre les valeurs collectives au centre du jeu. On voit bien que l’exaltation de l’argent facile, l’espèce d’hégémonie matérialiste véhiculée par ces chaînes sportives affaiblit en profondeur les fondements de la société occidentale. Le fantasme d’un argent facile et facilement gagné en transgressant tous les principes sociaux, collectifs, moraux, est un poison lent qui engourdit les consciences et fait le jeu de tous les extrémismes.

Est-ce un hasard si la Qatar islamiste possède des chaînes sportives?

Impossible, évidemment, de terminer ce billet sans interroger les raisons pour lesquelles le très islamiste Qatar possède les chaînes sportives Bein et popularise partout dans le monde cette société du spectacle sportif où l’argent coule à flot et où l’éthique est reléguée sur de vieux rayonnages de bibliothèque poussiéreux que plus personne ne fréquente.

Les spécialistes de l’Islam (on se reportera ici au dernier numéro de la Nouvelle Revue d’Histoire) se plaisent à souligner que le matérialisme vide qui sévit en Occident nourrit toutes les révoltes et toutes les réactions islamistes. La décadence de l’Occident stimule la renaissance de l’Islam politique.

Il est donc moralement, mais aussi politiquement salutaire que Ronaldo soit déchu de son Ballon d’Or et que nous commencions à nettoyer les écuries du sport.

Le sens caché de la candidature Peillon

Il fallait oser la candidature Peillon! L’ancien ministre de l’Education, dont son directeur de cabinet disait à l’époque que son ministre était un cerf-volant à piloter depuis le sol, sort tout droit d’un rayonnage de bibliothèque (il est professeur associé à l’université de Neuchâtel, en Suisse) où sont parti le stockait en attendant des jours meilleurs. Et patatras, le voici candidat à la primaire, face à Valls.

Un coup des aubrystes… et des Parisiens

Selon le Canard Enchaîné, ce sont les aubrystes qui ont pris l’initiative de le démarcher. L’affirmation est plausible. Mais, pour prendre corps, elle s’est appuyée sur le soutien de deux autres fédérations qui rejettent Manuel Valls.

Il s’agit de la fédération de Paris, d’abord: menée par Patrick Bloche, le député du 11è arrondissement, elle exprime bien les sentiments d’Anne Hidalgo elle-même pour le Premier Ministre, et sa préférence naturelle pour un intellectuel bobo qui veut plus de fonctionnaires pour régler les problèmes du pays.

La fédération des Bouches-du-Rhône s’est aussi empressée d’apporter ses voix à Peillon. Mennucci, député de Marseille, se répand désormais partout pour expliquer de Peillon défend la ligne traditionnelle du parti en matière économique, et qu’il constitue donc un meilleur candidat que Valls.

Avec le soutien des fédérations du Nord, de Paris et des Bouches-du-Rhône, Peillon devient subitement un candidat sérieux au PS.

Une candidature qui torpille Valls

Pour Manuel Valls, le ralliement des trois grandes fédérations du PS à un rival sorti du chapeau, un cerf-volant que ses soutiens espèrent piloter facilement, est une très mauvaise nouvelle. Le poids de Valls face à Macron et à Mélenchon n’est déjà pas évident. La rivalité avec Montebourg ne l’aidait pas. Mais l’intervention d’une candidature mièvre, certes, mais soutenue par l’appareil, complique encore un peu plus son jeu.

L’objectif de ceux qui soutiennent Peillon est clair. Non seulement, il s’agit de faire du tout sauf Valls. Mais l’enjeu consiste aussi à juguler la tentation « libérale » de l’ancien Premier Ministre, partisan des baisses de charge pour les entreprises et d’une politique de l’offre.

Le PS ne croit pas une victoire possible en mai 2017…

En avançant la candidature Peillon, les grandes fédérations du PS lancent un message simple: la victoire aux présidentielles n’est pas possible. Donc, pas besoin de se rassembler derrière Valls, puisque ce rassemblement servirait seulement à légitimer celui-ci à gauche sans sauver l’Elysée. L’appareil du PS avec ses éléphants immuables pose donc le problème de façon très simple: puisque la primaire ne sert pas à choisir un futur président de la République, choisissons le candidat qui évite le pire.

D’où les démarchages de Taubira et de Touraine, avant le démarchage de Peillon. En vain: les intéressées ont refusé.

… mais cherche à sauver ses circonscriptions en juin

Le PS a désormais un objectif de guerre extrêmement simple: perdre le moins de circonscriptions possibles en juin, dans des législatives qui s’annoncent comme une superbe débandade. Le pari qui est fait aujourd’hui consiste à soutenir que ni la ligne Valls ni la ligne Montebourg ne sont capables de colmater les brèches. Seul un retour aux positions traditionnelles du PS: le marché, l’Europe, la culture, les fonctionnaires, la dépense publique, permettra de limiter les dégâts.

Et sur cette ligne, Peillon est plausible. Il a d’ailleurs fait l’éloge de la création de postes de fonctionnaires dans sa déclaration de candidature.

2022 dans les esprits, déjà

Au-delà de cette préoccupation pragmatique, qui annonce une faible mobilisation pour la présidentielle et un effort surtout porté pour les enjeux locaux, c’est la conduite du parti jusqu’en 2022 qui se décide aujourd’hui. Hidalgo, Aubry et les Marseillais ont structurellement besoin d’affaiblir les « libéraux » pour conserver la mainmise de l’appareil à l’horizon 2022. Le choix de Peillon comme porte-drapeau le prouve, d’ailleurs. Peillon est un rêveur incapable de tenir un appareil politique.

Son éventuelle désignation comme Premier Secrétaire permettra aux clans et aux factions de reprendre le pouvoir dans la maison de la rue de Solférino.

L’étrange sociologie socialiste

On notera, en tout cas, que l’équipe Hollande est viscéralement rejetée par les socialistes des grandes villes. Parisiens et Marseillais soutiennent Peillon (avec des exceptions notables comme celle de Cambadélis, Caresche ou Le Guen à paris, de Vallaud-Belkacem à Lyon, à ce stade en tout cas). Les Lyonnais (Gérard Collomb en personne) soutiennent Macron. Les Lillois soutiennent Peillon.

Ici, c’est l’élite technocratique et économique de gauche qui décide et qui montre la voie. Et sa voie est ringarde à souhait.

RSI: le nouveau siège à Rennes a coûté 10 millions € aux indépendants

Le RSI inaugure son nouveau siège à Rennes, en présence de Martine Pinville, sous-ministre des petites mains et des petites choses dont s’occupe Bercy. Ce bâtiment de 4000m2, soit environ 2.500€ le m2 (prix moyen dans ce quartier) à l’achat, illustre une fois de plus les dérives de coût imputables à cette usine à gaz qui dysfonctionne quotidiennement.

Le RSI de Rennes régulièrement bloqué

Cette inauguration s’inscrit dans le climat très dégradé dû à l’incapacité du RSI à améliorer ses dysfonctionnements.

Ainsi, en octobre, des indépendants avaient bloqué l’accès au bâtiment pendant toute une journée.

« Parmi nous, il y a des gens qui ne touchent plus leurs indemnités depuis quatre ans. S’ils n’avaient pas leur conjoint, ils seraient à la rue »

Le même blocage avait eu lieu six mois plus tôt, mais aussi en juin 2015

10 millions sortis de la poche des cotisants

Malgré ce climat dégradé, donc… le RSI a sorti 10 millions€ pour des locaux flambant neufs. Les cotisants apprécieront l’investissement, alors que la plupart des entreprises préfèrent louer leurs locaux plutôt que de les acheter. Si, dans le cas des locaux de Rennes, la localisation des bureaux répond aux prescriptions de la Convention d’Objectifs et de Gestion signée avec le gouvernement (à savoir quitter des bureaux vétustes et coûteux pour s’orienter vers du fonctionnel moins cher), il n’en reste pas moins que la dépense semblera à beaucoup somptuaire.

Appel à manifester pour la venue de la sous-ministre

Les indépendants bretons pourront donc se retrouver devant les locaux neufs de leur assureur social préféré pour manifester leur mécontentement.

Le rendez-vous est fixé tôt le matin. Un co-voiturage est organisé depuis Quimper.

L’angoisse de l’entrepreneur devant la taxation des robots

La taxation des robots est un serpent de lac (un Loch Ness Monster très français) que Benoît Hamon a ressorti pour amuser et effrayer les téléspectateurs au cours de l’Emission Politique, regardée, paraît-il, par deux millions de personnes. Et forcément, les entrepreneurs qui avaient du temps à perdre et ont échoué sur la chaîne du service public ce soir-là (j’imagine qu’ils n’étaient pas nombreux) ont tressauté en entendant cette fausse bonne idée qui a tout du sabaudet ou du tablier de sapeur: son évocation nous « dit quelque chose » et on a envie d’essayer parce qu’elle fleure bon une tradition sympathique, et quand ça tombe dans l’assiette, c’est tout simplement indigeste.

 

La taxation des robots: une idée vieille comme… Rocard

Contrairement à ce qu’on croit, la taxation des robots n’est pas une idée à la mode des années 90. Elle vient de bien plus profond de notre tradition politique: on remercie Numerama d’en avoir extirpé les racines rocardiennes. De fait, la grande angoisse de voir les humains remplacer par des machines est née avec les machines elles-mêmes, et a particulièrement fleuri dans les années 60. C’est à cette époque que certains politiques imaginent imposer les robots pour libérer les hommes, le travail, et autres rengaines dont personne ne saisit clairement le sens mais dont on se dit: « C’est forcément l’avenir ».

Le fantasme de la raréfaction du travail

Taxation des robots rime avec raréfaction du travail. Cette idée fait partie de l’air du temps: de la « fin du travail » pronostiquée par Jeremy Rifkin, l’esprit contemporain glisse forcément vers l’idée que la révolution numérique remplace les humains. C’est la énième version du même discours des années 60 (au coeur des Trente Glorieuses, donc), mais nourri cette fois à la sauce de l’Internet. Quelle qu’en soit sa version, elle permet de ressortir l’idée décidément très française qu’il faut inventer une nouvelle taxe.

Mon esprit perfide a d’ailleurs la tentation d’émettre l’idée d’une sorte d’hystérie nationale qui rassure ses angoisses face à l’avenir par le recours à l’impôt. J’ai peur, donc je fais payer.

Non, le travail ne se raréfie pas

La théorie de la raréfaction du travail, bien sûr, ne repose sur aucune réalité. Le graphique ci-dessous, tirée de l’INSEE, le rappelle:

taxation des robots

Comme on le voit, entre 1955 et 1967, années des Trente Glorieuses, le nombre de personnes en emploi en France a péniblement stagné autour de 20,5 millions de personnes. Il a brutalement explosé sous Pompidou et sous Giscard. Durant les années Mitterrand, il a considérablement stagné autour des 23 millions de personnes en emploi. Ensuite, durant les années Chirac, la France a mis en emploi plus de 3 millions de personnes nouvelles en emploi. Une nouvelle phase de stagnation commence avec la crise de 2008, dont nous ne sommes pas encore sortis.

Rien, en tout cas, dans ces chiffres, ne laisse à penser que les révolutions technologiques qui s’enchaînent depuis l’invention de l’intelligence artificielle ne conduisent à une raréfaction du travail en France. En revanche, il est très pratique de jouer (de façon populiste?) sur les peurs des Français en leur annonçant la fin du travail, comme on annonçait à une époque la fin du monde, dès qu’un cycle de stagnation de l’emploi commence.

L’angoissante et omniprésente taxation des robots

L’idée de taxer les robots pour financer l’Etat, on l’a vue, n’est pas nouvelle. Elle est aussi beaucoup plus répandue qu’on ne le croit.

Par exemple, Jean-Luc Mélenchon expliquait déjà en 2010:

Le problème du financement des retraites se résume donc à un problème de partage de la richesse créée. Les gains de productivité ont été massivement captés par le capital alors qu’ils devraient contribuer à financer les retraites et à faire progresser les salaires. C’est la contraction de la masse salariale qui compromet le financement des retraites.

L’idée est bien connexe à celle de Benoît Hamon: les robots produisent de la richesse qui doit financer la protection des humains.

Le Front National et la taxation des robots

En grattant bien, on trouvera dans le programme du Front National une idée assez proche, et même redoutablement semblable à celle de Mélenchon et d’Hamon, mais rédigée sous une forme plus éthérée:

Il faut en premier lieu élargir l’assiette du financement des retraites. L’assiette actuelle (les revenus du travail) est trop étroite et pèse sur notre compétitivité. Il convient donc d’élargir cette assiette aux revenus du capital pour financer notamment l’ensemble des prestations qui relèvent du principe de solidarité nationale et non du principe d’assurance : minimum vieillesse, bonifications pour enfants, cotisations du salaire parental, etc.

Comme les robots font partie de l’accumulation capitalistique, et produisent des revenus du capital, on voit bien la proximité des idées…

J’ajouterais même que, lors d’un débat public que j’ai eu avec un conseiller économique de Marine Le Pen, j’ai entendu l’idée que les entreprises qui remplacent les humains par des robots seraient taxées, sauf à recruter des Français à la place de leurs machines. Impressionnant, non?

Mais qu’est-ce qu’un robot?

Ce qui pose immédiatement problème, bien sûr, dans la taxation du robot, c’est la notion même de robot. Car qu’est-ce qu’un robot?

Dans la définition officielle, le robot est une machine pilotée par une intelligence artificielle qui le rend capable d’accomplir une série de tâches programmées. Le robot, c’est donc le bras articulé, de haute précision, qui opère le malade à la place du chirurgien. C’est le pistolet à peinture dans l’usine automobile, qui évite à l’ouvrier d’absorber des substances toxiques au travail. Mais c’est aussi le micro-ordinateur de la secrétaire qui remplace la machine à écrire et qui la soulage d’une multitude de tâches fastidieuses.

Donc: toute entreprise qui achète un micro-ordinateur pour un salarié devra payer une taxe sur le micro-ordinateur, au titre du gain de productivité qu’elle réalise grâce à lui.

La taxation des robots, l’idée ringarde par excellence

On mesure le passéisme profond de cette idée. La taxation des robots est synonyme de taxation du progrès. Là où le travail est suffisamment fastidieux, pauvre, inintéressant, pour être effectué par une machine plutôt que par un homme, on va taxer la machine de façon punitive, simplement parce qu’elle remplace un homme avec sa bonne vieille sécurité sociale et ses droits obsolètes.

Ah! le bon temps où l’intelligence humaine était irremplaçable, même pour compter les prix des produits dans les supermarchés.

Taxation des robots ou hausse de la fiscalité des entreprises?

Derrière la taxation des robots, la stratégie qui pointe est bien celle énoncée par le Front National: il faut taxer le capital beaucoup plus qu’il ne l’est aujourd’hui, pour ne pas réformer les protections dont les humains bénéficient. Et asymptotiquement le paradigme qui pointe le nez est celui de la disparition concertée du travail: pourquoi (en forçant le trait, mais à peine) forcer les pauvres à travailler, alors qu’on pourrait les nourrir avec l’argent que tous les riches se font avec leurs machines?

Structurellement, la taxation des robots correspond à une approche très simple: remplaçons la taxation du revenu du travail, par la taxation du revenu du capital.

Taxation des robots, éloge de l’aliénation

On appréciera l’idéologie cachée derrière la taxation des robots. Bien sûr, elle repose sur la haine du capital, ou par la volonté de le punir, ce qui peut s’imaginer. Mais au lieu de vouloir libérer le salarié de sa condition, au lieu de le désaliéner comme le proposait Marx, c’est bien à un éloge de la servitude qu’invite cette mesure. Ouvriers, employés! ne vous libérez plus! profitez de votre condition et faites payer vos patrons pour continuer à en profiter.

En réalité, la taxation du robot procède du long renoncement, caractéristique de la gauche française, à l’émancipation des salariés.

Entrepreneurs, préparez-vous à partir!

On comprend aussi, derrière la taxation du capital, à quelle sauce seront mangés tous les innovateurs du pays. La tendance dominante dans le grand axe fiscal qui va de Mélenchon à Marine Le Pen en passant par l’aile gauche du Parti Socialiste consiste bine à faire payer les entrepreneurs pour financer l’immobilisme de la société française. Pour ne pas demander aux fonctionnaires de ne pas travailler plus de 35 heures, pour ne pas limiter les visites hebdomadaires chez le médecin pour le moindre bobo, payée par la collectivité, pour ne pas tailler dans une politique d’assistanat qui crée un shadow labor market, pour ne pas revenir à la responsabilisation du plus grand nombre, ce sont les entrepreneurs qui vont passer à la trappe.

Sauf à partir…

Ce malaise qui vient quand on écoute Macron…

Article écrit pour Atlantico.

On écoute Macron (difficile d’y échapper, tant la couverture médiatique dont il bénéficie est grande) et ce moment suscite toujours le même étrange malaise que celui qui étreint le visiteur d’un parc d’attractions. Bien sûr, c’est plaisant, bien sûr, c’est agréable, bien sûr, c’est professionnel et remarquablement conçu. Mais est-ce bien la réalité? et que cache vraiment le décor?

Le malaise sur le travail

Par exemple, Macron se présente comme le « candidat du travail ». C’est évidemment ce qu’on a envie d’entendre. Bravo! même si le parcours personnel du candidat ne le pose pas naturellement dans ce rôle. Et justement, quand on écoute les propositions de Macron sur le sujet, elles ont ce petit côté « note de synthèse » à l’ENA qui installent le malaise.

Bien sûr, on les connaît bien, ces propositions (qu’on me permette de le dire) éculées sur les trappes à pauvreté, les trappes à chômage, et le fameux laïus complètement cramé sur: « il faut que reprendre un travail à temps plein rapporte plus q’un travail à temps partiel », etc. Depuis quinze ans, et même plus (croyez-en un ancien élève qui est entré à l’ENA en 2000, c’était déjà un lieu commun!), le même disque tourne en boucle. Il y a vingt ans, c’était moderne. Et dans la bouche de Macron, le même mot de « modernité » est resté scotché sur ces propositions qu’il discutait, pondérait, décortiquait en deux parties et deux sous-parties lorsqu’il faisait Sciences-Po, il y a plus de quinze ans. C’est là que le malaise vient: Macron est jeune, certes, mais il n’est plus à Sciences-Po, ni à l’ENA, et parfois on se demande s’il s’est vu vieillir ou pas.

Car, qu’il le présente comme il le veut, avec les mots « parc d’attractions » qu’il veut, le discours de Macron sur le travail ne dépasse guère les rapports de « séminaire ENA », ces espèces de dossiers d’entraînement que les élèves de l’école rédigent en groupe pour se faire les dents avant d’entrer dans un corps d’inspection. Sur le papier, les propositions marchent toujours très bien, et comme elles sont évaluées par des énarques, elles ont ce petit parfum de consanguinité tout à fait inimitable – le même que les interminables palabres de la noblesse byzantine avant la chute de Constantinople. Quel peut être leur impact sur la réalité? La question reste ouverte, et le naufrage français, confirmé constamment depuis que Macron est sorti de l’ENA, n’est pas fait pour nous rassurer sur ce point.

Le malaise sur la fiscalité

Le même malaise vient quand on essaie de mettre bout à bout les propositions de Macron sur la fiscalité. On préfèrerait que le candidat joue franc jeu en expliquant clairement sa vision (s’il en a une, bien sûr) sur ce que doit être la stratégie fiscale française. Comme Macron « parc d’attraction » se propose d’abord de nous vendre un rêve, il fractionne en mille morceaux son discours sur le sujet, et, du coup, on est contraint à supputer.

Aujourd’hui, on apprend qu’il veut transformer le CICE en baisse pérenne de « charges ». D’accord, bien sûr, M. Macron, mais c’est l’objet d’un décret, d’une mesure réglementaire, de gestion. Cela ne fait pas un programme, et, sur le fond, c’est une mesure d’affichage qui n’ajoute ni n’enlève aux volumes fiscaux payés par les entrepreneurs. Pas de quoi faire un fromage, à moins, bien sûr, que l’espérance de guérir ce pays malade soit si faible qu’un médecin qui change une perfusion de bras se sente déjà obligé de le claironner comme un retour vers la bonne santé.

Quant à la proposition déjà formulée cette semaine de remplacer les cotisations salariales par de la CSG, soyons francs: elle passe à côté de la plaque. Elle serait novatrice si elle remplaçait non pas les cotisations salariales mais les cotisations patronales par de la CSG. Mais elle deviendrait politiquement incorrect parce qu’elle consisterait à demander aux salariés de payer sur leurs deniers des cotisations prises en charge aujourd’hui de manière invisible par leurs employeurs. Et être politiquement incorrect, c’est tout ce que Macron ne veut pas, malgré ses appels plastiques à la révolution.

Dans les coulisses de Macron

En fait, pour comprendre les propositions de Macron, il faut souvent entrer dans un labyrinthe: on connaît l’entrée, mais on ne connait pas la sortie. C’est d’ailleurs en cela que Macron n’est pas moderne: il pratique la même vieille politique opaque que ses prédécesseurs, même si formellement il en brise les codes.

Par exemple, ses propositions sur le chômage: il propose de transformer le système actuel en régime de solidarité. Voilà une proposition bien anodine qui semble probablement énigmatique pour beaucoup de Français. Incidemment, il habille cette idée obscure avec un blabla sur le droit à la mobilité et autres déclarations d’intention qui ne mangent pas de pain.

Mais il n’explique pas clairement la perspective globale de cette proposition, qui consiste à faire du régime chômage une sorte de nouveau minima social. Les cadres seront par ailleurs libres de s’assurer au-delà de ce régime contre le risque chômage. Ce système existe déjà pour les entrepreneurs, sous le nom d’AGS. Et lorsque Macron évoque l’idée d’étendre la protection chômage aux entrepreneurs, c’est évidemment ce système-là qu’il a en tête: un régime de base public, et des régimes complémentaires privés.

On préfèrerait que ces choses-là soient dévoilées clairement et sans ambages. Nous sommes tous d’accord pour dire que ce dévoilement premier est une prise de risque dans la mesure où il peut susciter des levées de boucliers très rapides. Mais vaut-il mieux vaincre les obstacles au début (en perdant un peu de temps et parfois en transigeant), ou, comme dans le cas de la loi Travail, donner le sentiment de vouloir empapaouter son petit monde et finir complètement stérilisé par des semaines de manifestation et de contestation?

Au-delà des médias, quelle crédibilité populaire?

Dans la pratique, Macron constitue la énième redite d’une mécanique dont les derniers mois ont montré qu’elle s’enrayait. Macron est soutenu par les medias, et les medias ont décidé d’en faire le candidat qui affrontera Fillon au second tour de la présidentielle. Quel peut être l’impact véritable de cette fabrication sur mesure? Les phénomènes Trump ou Fillon ont montré qu’il y avait parfois loin de la propagande médiatique à la réalité du vote.

Les medias ont d’ailleurs peu relayé le nombre de spectateurs de son meeting (toujours mystérieusement financé, ce qui pose un véritable problème) qui sortaient de la salle avant la fin du discours. En réalité, il est très difficile de savoir dans quelle mesure la candidature Macron « mord » effectivement sur l’opinion. Et sur ce point, la démocratie ne se porte pas bien lorsque plus aucune jauge crédible et impartiale ne permet la mesure.

RSI: quand Libération bave de mépris sur un peintre en bâtiment

Le RSI, il y a deux points de vue sur son fonctionnement.

Il y a le point de vue de ceux qui le subissent et qui ont envie de se taper la tête contre les murs au bout d’une dizaine de nuits blanches passées à se demander comment ils vont payer les indus qui leur sont demandés de façon comminatoire. Ceux-là s’appellent des entrepreneurs.

Et il y a le point de vue de ceux qui trouvent qu’après tout c’est pas si grave, et puis ça fait payer des salauds de patrons qui se gavent (sans doute, on n’a pas de preuve, mais le soupçon général et collectif en tient lieu) sur le dos de la bête. Ceux-là s’appellent les bobos et autres défenseurs zélés de la grande aliénation sociale par le salariat. Parmi eux figurent les journalistes de Libération qui se livrent à une répugnante campagne de mépris social pour un petit artisan auto-entrepreneur du Nord.

Rien n’est jamais trop bon, trop utile, pour vanter l’asservissement humain!

L’auto-entrepreneur qui ne comprenait rien à ce qui lui arrivait

Il s’appelle Jonathan Colmont, il habite Escaudoeuvres, près de Cambrai. Il est peintre en bâtiment, sous statut d’auto-entrepreneur. Un jour, il découvre ce qu’il va devoir payer au RSI:

 

En quelques jours, la vidéo est vue plusieurs millions de fois.

Comme 90% (et même plus) des assujettis du RSI, il ne comprend rien à ce qui lui arrive et se trompe dans les calculs. Entretemps, il est devenu une vedette.

Le pseudo-fact-checking de Libération

Dès le 1er décembre, Libération rédige un fact-checking peu amène sur le sujet. L’article est classé dans la catégorie « désintox », ce qui laisse supposer que l’auteur de la vidéo a intentionnellement menti sur les taux de prélèvement du RSI pour tromper ses spectateurs.

On connaît la technique de Libération: dix voyous qui attaquent une voiture de police au débotté dans une banlieue, c’est une révolte saine contre un ordre injuste. Un auto-entrepreneur qui dénonce maladroitement le racket du RSI, c’est un agent du grand capital qui cherche à tromper les masses laborieuses. Le pauvre n’est respecté que s’il reste pauvre et s’il ne cherche pas à sortir de sa condition. Qu’il s’imagine s’en sortir en se donnant du travail et là, il faut l’écraser comme une mouche.

L’article de Libération mérite d’être lu, car il ne cache même pas son recours consciencieux aux meilleures techniques de la Pravda. Ainsi, le journaliste qui fact-checke explique qu’il a croisé l’information de Jonathan avec les responsables du RSI. Mais à aucun moment, le journaliste n’a appelé le fameux Jonathan pour l’interroger sur son statut ni sur sa façon de calculer. Pas de cadeau pour les pauvres qui se la pètent!

C’est à cela qu’on reconnaît les petits télégraphistes auto-proclamés journalistes qui remboursent fidèlement les subventions du ministère de la Culture qu’ils reçoivent chaque année pour éviter le chômage: on donne la parole aux puissants pour écraser les faibles. On sert l’ordre en faisant chien de garde dans la rubrique qu’on tient.

Le répugnant acharnement de Libération contre un peintre en bâtiment

En lui-même, cet article initial n’est pas glorieux, mais il ressort de la petite haine ordinaire du journaliste parisien moyen pour toutes les têtes qui dépassent. Ce qui devient hallucinant, c’est l’acharnement que Libération, l’un des journaux les plus subventionnés par le contribuable, va mettre à démolir la tête de ce pauvre peintre en bâtiment qui a juste eu la mauvaise idée de dire sa colère contre un système injuste.

RSI

La capture d’écran ci-dessus montre les occurrences « RSI » sur le site de Libération depuis 3 mois. Comme le montre l’image, depuis le 17 septembre, Libé n’a consacré aucun article au RSI. Le quotidien n’a donc pas couvert la marche des entrepreneurs qui s’est clôturée à Paris le 28 novembre, et qui a traversé toute la France. En revanche, depuis le 1er décembre, le quotidien subventionné a consacré 5 articles à ce fameux RSI, dont 3 pour parler d’un seul fait: la vidéo de Jonathan Colmont.

Et là, je dis, les mecs, libres à vous d’être des propagandistes pourris, mais ayez au moins le courage de l’assumer, et arrêtez de nous donner des leçons de vertu et de morale. Libres à vous de servir vos maîtres avec une espèce de zèle de parfaits petits lèche-culs, mais ayez au moins la décence de ne plus jouer aux parangons de vertu.

Les bobos, une fois de plus, détestent les ouvriers

Les raisons profondes de l’acharnement de Libération, journal ouvertement au service d’un Président qui déteste les sans-dents, nous les connaissons tous: elles s’appellent mépris social.

Quoi? un ouvrier, un travailleur manuel, un « prol » comme je l’entendais dire dans ma jeunesse au lycée Henri-IV, oserait critiquer le système, NOTRE système, cette sécurité sociale que le monde entier nous envie? Il imagine pouvoir utiliser les codes de l’Internet, une vidéo, un réseau social, pour le faire? Il a l’outrecuidance de décrocher plusieurs millions de vues sur son clip?

Quoi, ce « prol » s’appelle « Jonathan »? mais sa mère regardait des séries télé américaines au lieu d’aller bosser ou quoi? Encore une sans-dent, une « Zézette épouse X », qui a dû pondre une tripotée de marmots tous plus débiles les uns que les autres (et Jonathan n’imagine même pas les longues moqueries dans les dîners bobos parisiens sur tous ces « Jonathan », « Kevin », « Kimberley », qui devraient faire un procès à leurs parents pour avoir gravé dans leur état-civil les stigmates de la misère, de l’inculturation, des heures passées en famille abrutis devant TF1, au lieu de regarder Arte et les émissions politiques de Canal + avant Bolloré – ah! si Jonathan imaginait un seul instant le plaisir qu’il leur a donnés, à ces fils à papa ratés devenus gratte-papiers quasi-fonctionnaires dans une feuille de propagande totalement dépendante du ministère de la culture, et qui se donnent des airs de grands intellectuels méprisants dès qu’ils voient passer dans leur champ de tir un gibier facile à abattre).

Quoi, ce « prol » Jonathan habite à Escaudoeuvres, dans la banlieue de Cambrai? Et il oserait venir nous dire que le RSI n’est pas la plus belle invention du monde? Mais pour qui il se prennent tous ces minables du Nord, ces alcooliques, ces pédophiles en puissance, ces dégénérés qui devraient déjà être très heureux de pouvoir voter pour Martine Aubry ou Jack Lang, et qui ont la mauvaise grâce de donner aujourd’hui des scores fleuve au Front National? Bande d’ingrats! Graine de fascistes!

Et donc: le « prol » Jonathan qui s’imagine échapper à son destin, il est normal qu’il soit rappelé à son rang. Un ouvrier doit se contenter de ce qu’il a. Et s’il commet une erreur de calcul, il mérite de figurer trois fois en une semaine, avec un bonnet d’âne, dans les colonnes d’un journal subventionné.

Au passage, on demande une revanche: que le « journaliste » qui a pissé sa copie fielleuse commente à son tour sa propre fiche de paie, et on va se marrer…

Ce que Libé aurait dû écrire si sa rédaction était composée de journalistes

Au lieu de se moquer avec mépris d’un assuré du RSI qui ne comprend pas le système de prélèvement et de cotisation qui s’impose à lui, les journalistes de Libération feraient mieux de visionner cette interview de Pierre Laroque, inventeur de la sécurité sociale:

De fait, un cotisant du RSI qui ne comprend pas les calculs auxquels il est soumis, et qui fait l’objet de 150.000 partages, ce n’est pas un petit ouvrier qui se la pète, comme on le croit à Libération, c’est simplement un naufrage de la sécurité sociale qui devrait faire réfléchir sur l’avenir de la protection sociale en France.

Comme le dit Pierre Laroque, la sécurité sociale, dans l’esprit de ses concepteurs, devait être la « chose » des assurés. Or, il est évident que non seulement elle ne l’est pas, mais qu’elle suscite un fort rejet en eux.

Alors, évidemment, on peut faire l’éloge d’un système obligatoire, monopolistique, dysfonctionnant chaque jour, en posant comme principe, comme chez Castro ou Polpote, que ce système est bon, beau et grand parce que le parti en a décidé de la sorte. Et on s’emploie alors, comme le fait Libération, à dénoncer avec acharnement tous les dissidents qui disent le contraire.

On peut aussi se comporter en démocrate éclairé, et dire les choses: le RSI est une invention idéologique qui ne marche pas et qui contribue à tuer l’esprit d’entreprise en France. La preuve en est: ses « bénéficiaires » ne comprennent pas son fonctionnement et rêvent d’y échapper…

L’indépendance de la justice en pleine crise institutionnelle

Le quinquennat Hollande n’aura pas vraiment réussi à l’indépendance de la justice. Après les documents brandis par Christiane Taubira prouvant qu’elle était informée des écoutes dans l’affaire Sarkozy, l’exécutif a multiplié les coups de canifs dans l’indépendance de la justice, qualifiée, rappelons-le, d’autorité judiciaire et non de pouvoir judiciaire par la Constitution de la Vè République. L’actualité récente en donne deux superbes exemples.

Bientôt un recours sur l’indépendance du Conseil d’Etat

Conformément à ce que j’annonçais récemment, la FNIM (Fédération Nationale de l’Indépendance Mutualiste) devrait interjeter appel d’une décision du Conseil d’Etat rejetant son recours contre une ordonnance de transposition d’une directive communautaire. L’appel de la FNIM sera vraisemblablement porté devant la Cour Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme à Strasbourg, et invoquera la confusion des genres dans la justice administrative française.

Ce recours devrait s’appuyer sur le courrier du secrétariat général du gouvernement demandant au Conseil d’Etat de donner des détails sur l’instruction du dossier.

Ce type de recours n’est pas nouveau. Il montre bien la difficulté pour les institutions françaises de ne pas établir une « muraille de Chine » entre la justice administrative et l’administration qu’elle juge.

Le siège et le parquet se rebellent

Autre affaire qui montre la complexité des relations entre le pouvoir exécutif et la justice: la mise en place d’une inspection générale de la justice par Jean-Jacques Urvoas, le bon élève de Manuel Valls et qui a tardivement hérité d’un maroquin ministériel. La mesure n’a pas du tout plus aux juges. Ils se sont fendus d’un courrier comminatoire au Premier Ministre dont voici la copie:

justice

Pour Cazeneuve, le baptême du feu vaut son pesant de cacahuètes. Ancien patron des flics qui ont abondamment manifesté contre la justice, il doit désormais affronter la colère des plus hauts magistrats face à l’intrusion du pouvoir exécutif dans leur sphère d’autorité.

La rigidité d’Urvoas est maladroite

Sur le fond, l’introduction d’une dynamique de changement dans la justice française n’est pas forcément absurde. Fallait-il procéder par la mise en place d’une inspection dont les magistrats avoir découvert l’existence par le Journal Officiel? Rien n’est moins sûr.

Urvoas touche ici à ses limites. Le bon élève du clan Valls met son camp en danger en procédant par injonction et par assertions (un peu trop) rapides. Entre les (indispensables) gains de productivité dans la magistrature et la caporalisation de la justice, il n’y a parfois qu’un pas. Urvoas donne, à tort ou à raison, le sentiment de l’avoir franchi.

Un quinquennat liberticide

Au total, le quinquennat restera dans les mémoires comme un grand moment de recul pour les libertés publiques.

Entre la loi renseignement, la mise en place d’un fichier centralisé, la permanence de l’état d’urgence, les reculs sur la liberté de la presse et la remise au pas de la justice, on voit bien où se situe la tendance du pouvoir. Les derniers développements sur le délit numérique d’entrave à l’avortement ne sont donc pas un cas isolé. Ils s’intègrent dans une mise globale sous surveillance de la société française.

Quel positionnement doit avoir Valls pour rassembler la gauche?

Article écrit pour Atlantico.

Le positionnement de Valls est-il le bon pour rassembler la gauche? Il est encore un peu tôt pour le dire, puisque l’ex-Premier Ministre n’a pas encore dévoilé ses thèmes de campagne (à part expliquer qu’il rasera gratis, ce qui reste de paraître un peu court pour une opinion publique aussi échaudée qu’un chat). En revanche, l’extrême émiettement dont la gauche donne le spectacle avec la candidature Pinel créditée de 0% d’intention de vote, et la lunaire candidature Peillon suscitée par Martine Aubry, montre qu’il a encore un peu de chemin à faire avant de faire l’unanimité dans son camp, et c’est un euphémisme.

Dans la pratique, tout porte à croire que Valls pourrait réussir à gauche la synthèse nouvelle que Fillon a réussie à droite à condition de bien sentir, comme son challenger républicain, le positionnement nouveau (et à la fois ancien, on va le voir) que la France attend d’un candidat de gauche.

On ne gouverne pas contre la mémoire du peuple français

Historiquement, la France connaît un mouvement de balancier dans son offre politique.

En phase d’expansion ou de stabilité économique, les Français aiment être gouvernés au centre, sur un axe essentiellement girondin. C’est la grande tradition radicale, socialiste ou valoisienne, que l’on retrouve ici, et qui a fait les heures calmes de la République. À y regarder de plus près, on s’apercevrait que cette tendance radicale-girondine revient de façon constante depuis les années 1820.

En phase de crise ou de basculement économique et social, en revanche, la France aime se réfugier sur un axe impérialo-jacobin. Il faut alors une grande autorité centrale, parisienne, agressive, ambitieuse, refondatrice, pour redresser le pays et le remettre sur un nouveau sentier de prospérité. Toutes les grandes crises institutionnelles depuis deux cent cinquante ans ont montré le même chemin et ont abouti au même phénomène. Même le régime de Vichy a procédé de cette logique, avec sa volonté d’une « révolution nationale » à laquelle, que cela plaise ou non, la France d’aujourd’hui doit encore beaucoup.

Comment Fillon a compris ce glissement

À l’usage, et au terme d’une campagne de terrain qui a duré trois ans, Fillon a bien compris cette attente venue des profondeurs ancestrales. Il a donc transcendé les conflits de personnes à droite en présentant un projet conforme à ce grand axe impérialo-jacobin. Il a donc osé bousculer les lignes habituelles en annonçant ses couleurs. Du côté impérial, il a fixé le cap: faire de la France la première puissance du continent dans les dix ans. Du côté jacobin, il l’a volontiers jouée décret d’Allarde en annonçant une mise en sourdine des « corps intermédiaires » et une refondation du droit du travail sur une base « zéro ».

Cette synthèse, incomprise des medias subventionnés, a rencontré son public et lui a valu une élection triomphale.

Quel contre-projet impérialo-jacobin pour Valls?

Si Valls veut réussir la même prouesse, il lui appartient désormais de « cranter » à gauche un projet miroir à celui de Fillon.

Sur l’aspect impérial, Valls part de zéro et devra composer avec un bilan auquel il n’a guère participé, mais qui n’est pas brillant. Hollande s’est imposé comme le suiveur de Merkel et a joué un rôle de figuration vis-à-vis des Etats-Unis. Sa principale contribution à l’histoire des relations internationales sera la rencontre forcée, en Normandie, en 2013, entre Poutine et son homologue ukrainien, la COP 21 qu’il a déléguée à Fabius, et de superbes ratages, comme en Syrie.

Incontestablement, Valls doit faire fi de ces ruines encore fumantes et annoncer une vision ambitieuse pour la place de la France dans le monde. C’est la seule façon de renarcissiser les Français.

Sur l’aspect jacobin, le créneau le plus naturel est celui de l’égalité des chances par-delà les particularismes locaux ou sociaux. Cette thématique est de façon incompréhensible laissée en friche par la gauche, y compris dans le domaine scolaire où Valls n’a développé aucune politique lisible. C’est pourtant sur ce thème-là qu’il peut faire la différence avec Fillon.

Quelle égalité des chances pour les jacobins demain?

Il ne suffit pas de dire que l’on croit à l’égalité des chances pour asseoir sa crédibilité sur ce sujet. Il faut un projet audible, clair, déterminé, pour redonner aux Français la conviction que la vie de leurs enfants sera plus simple, plus heureuse que la leur, et pour les convaincre que la société n’a pas été mise sous contrôle par une élite avaricieuse.

Dans la mesure où Manuel Valls est lui-même issu de cette élite (avec les boulets qu’il traîne, comme Stéphane Fouks ou Alain Bauer, symboles de ce que les Français détestent), le chemin qu’il doit parcourir pour être pris au sérieux sur ces sujets est immense. Il exige de lui une véritable capacité à faire bouger les lignes. Sans un séisme en matière éducative, sans une refondation complète de l’égalité territoriale et de sa physionomie, Manuel Valls n’a aucune chance de récupérer son retard sur Fillon.

La concurrence à gauche peut être vaincue

Sur tous ces thèmes, Valls a de véritables opportunités pour faire la différence à gauche.

Éliminons d’abord les candidats grotesques qui présentent leur candidature pour raconter à leurs enfants ou petits-enfants qu’un jour ils ont été candidats à la présidentielle, mais qui n’ont aucune vision réaliste pour le pays: Yannick Jadot, Sylvia Pinel, et, au sein du PS, Lienemann, Filoche, Larrouturou et Peillon. Ces gens-là n’ont pas d’existence en dehors du microcosme.

Restent quelques candidats dont la multiplicité est, en soi, une chance pour Valls. Chacun à sa manière empiète sur le domaine impérialo-jacobin sans le couvrir complètement.

Macron, que les médias portent au pinacle mais dont on peine à saisir la véritable profondeur idéologique, peine à se positionner sur le champ impérial. Il est trop européen, trop mondain, trop Ancien Régime, trop banquier propre sur lui pour endosser le rôle.

Mélenchon s’est positionné sur la sphère impériale, mais il est incapable de penser un véritable jacobinisme. Son côté « Père Duchène », « Enragé », le met à l’opposé de cet ordre jacobin, mi-autoritaire, mi-libéral, que les Français adorent quand ils ont peur.

Hamon flirte avec les limites de ce domaine, sans oser y entrer de plein pied. Il est pour une remise en cause de l’ordre européen, mais il ne veut pas se réclamer du souverainisme. Il porte en lui une modernité jacobine, centralisatrice, mais il ne veut pas se fâcher avec cette espèce de fédéralisme provençal qui fait la poésie de son gauchisme à l’ancienne.

Montebourg est probablement le candidat, le rival, le plus proche de ce positionnement impérialo-jacobin qui constitue la recette du succès, mais ses « dérapages », ses excès romantiques lorsqu’il était ministre, ont probablement entamé sa crédibilité dans le rôle.

Une opportunité pour Valls

Pour Valls, chacun de ces rivaux est accessible et « gagnable », à condition de bien positionner son offre et de reprendre les thèmes sur lesquels il a « buzzé » ces derniers mois: le rôle de l’Allemagne, l’identité française, le déverrouillage de l’économie française.

En aura-t-il le temps, l’intuition, l’audace? A suivre dans les prochaines semaines.

PISA, RSI: les élites françaises et leur culture du déni

Pourquoi les élites françaises plongent-elles, année après année, leur propre pays dans une obsolescence suicidaire? Parce qu’au lieu de regarder la réalité de leurs insuffisances et de leurs défauts, elles préfèrent se murer dans une culture du déni, qui consiste à croire le roi habillé quand il est nu et qui permet de justifier une réaction nobiliaire. Cette dernière s’appuie sur un raisonnement simple: nous, les élites, ne devons rien changer à rien, car tout ne va pas si mal et nous sommes le dernier rempart avant la chienlit (entendez: le populisme, le fascisme, l’ultra-libéralisme, la casse sociale, etc.)

Prouver que tout ne va pas si mal (traduisez: halte au French Bashing!) devient une arme stratégique pour justifier l’immobilisme de l’ordre social et le maintien au pouvoir d’une élite out of date.

Les élites françaises et PISA: un déni

Premier exemple: l’enquête PISA qui, publication après publication, démontre sans état d’âme que l’école publique en France est incapable de préparer efficacement nos enfants à la concurrence internationale, et qu’elle est incapable d’améliorer ses performances, malgré des créations colossales d’emplois.

Le plus cruel, dans l’enquête PISA, ne tient même pas à la désespérante stagnation de l’école publique dans la compétition internationale. Il tient à la passivité des élites françaises face au constat répété tous les trois ans: l’école publique est un puissant outil de sélection sociale. Elle ne forme pas les meilleurs, elle forme les fils (et les filles) à papa. Or, si un argument justifiait la toute puissance de l’école publique en France, c’était bien celui de l’égalité des chances.

L’OCDE (bouh! les méchants libéraux!) a beau démontrer depuis plus de dix ans que l’école de la République est le meilleur antidote contre l’égalité des chances, rien n’y fait. On continue comme avant, et on se vante même de renforcer les moyens de cet instrument de sélection sociale. Au nom de l’égalité, bien sûr.

Les chiens de garde du déni

On lira donc sous la plume d’une fonctionnaire de l’Education Nationale, Marie Duru-Bellat, sociologue qui tourne en boucle sur le sujet depuis plus de dix ans,  des phrases hallucinantes expliquant que PISA, c’est pas vraiment scientifique et qu’il ne faut pas vraiment prêter attention à cette étude:

Tout d’abord, comme toutes les données d’enquêtes, celles-ci sont inévitablement imparfaites. (…) Mais de fait, la difficulté majeure concerne les limites de données transversales, collectées à un moment donné, quand il s’agit d’évaluer et de piloter les systèmes éducatifs. Car les liens observés entre résultats des élèves et politiques éducatives ne sont instructifs à cet égard que si l’on est raisonnablement sûr qu’on a bien affaire à des relations causales. (…) Cela ouvre la porte à de multiples dérapages, les corrélations étant abusivement interprétées selon les préférences idéologiques de chacun.

Constater que l’école publique en France est un désastre n’est pas seulement une expérience évidente pour tous les parents qui y ont affaire. C’est aussi le résultat d’analyses internationales.

Mais pour tous ceux qui devraient faire l’effort de se remettre en cause pour changer cette situation, voire donner leur démission au vu de leur responsabilité dans ce naufrage, il vaut mieux nier les faits et expliquer que tout cela, c’est le produit de « dérapages » ou d’erreurs d’appréciation.

Un bon déni vaut tellement mieux qu’une mauvaise remise en cause…

Le RSI et le déni de la technostructure

Le même déni mortifère pour le pays est pratiqué par les élites françaises sur la question du RSI.

Rappelons que, historiquement, les indépendants ont toujours refusé d’être absorbé par un régime unique de sécurité sociale dont ils n’étaient pas demandeurs. Ce sont les conseillers d’Etat ministres du gouvernement Raffarin Bas et Dutreil qui l’ont imposé au nom de la simplification administrative.

Résultat: les entrepreneurs vivent un calvaire quotidien, dont ils n’ont absolument pas besoin en ces temps de crise, pour répondre aux demandes insanes d’un régime qui les assassinent les uns après les autres. Même la presse subventionnée se fait l’écho quotidien des souffrances infligées aux « assurés », qui mériteraient plutôt le titre de « menacés ».

Face à cette faute historique qui s’appelle la création du RSI, les élites françaises, qui sont essentiellement administratives et entendent implicitement faire rendre gorge à tous ces minables d’entrepreneurs qui se la pètent et échappent à leur contrôle, pratiquent un déni systématique: « Nous allons améliorer le RSI et préparer la fusion avec le régime général! »

Persévérer plutôt qu’innover

L’incapacité des élites françaises à adapter leur comportement à la réalité est devenu un problème critique pour l’avenir du pays. Face à cet autisme larvé mais constant, qui consiste à nier les évidences pour imposer sa pensée jusqu’au bout, les victimes du système n’ont plus qu’un choix: prôner des stratégies de rupture et rejeter en bloc un système qui vit à leurs dépens.

C’est à cette lumière qu’il faudra lire les présidentielles de 2017: celle d’une exaspération des industrieux face à une élite cramponnée à ses privilèges et bien décidée à faire dire au petit peuple celle qu’elle a envie d’entendre.

Ainsi disparaissent, un jour ou l’autre, les aristocraties.

Remaniement gouvernemental ou armée mexicaine?

Article écrit pour Atlantico.

Après le « remaniement gouvernemental », c’est-à-dire le remplacement de Manuel Valls par Bernard Cazeneuve, et le remplacement de Bernard Cazeneuve par Bruno Le Roux, on se demande quel projet va bien pouvoir occuper cette fine équipe jusqu’aux élections de mai. Ce n’est plus un gouvernement que le président de la République nomme, mais des maréchaux dans une armée mexicaine.

Le curieux choix de Bernard Cazeneuve

La nomination de Bernard Cazeneuve à Matignon est, en elle-même, un impressionnant message passé par François Hollande aux Français. Sous l’Ancien Régime, on aurait volontiers attribué seize quartiers de noblesse à l’intéressé, et on lui aurait trouvé des ancêtres au siège d’Antioche, dressés sur un superbe cheval – c’est bien connu, tous les Français ont, à un degré ou à un autre, un ancêtre qui a fait le siège d’Antioche, mais à pied. Cazeneuve, lui, est de l’essence du plus parfait courtisan. Ce brevet tient lieu de compétence dans la République nobiliaire, celle que Hollande a promise exemplaire.

Pour le reste, son bilan au ministère de l’Intérieur parle de lui-même. Après une série d’attentats commis pour la plupart par des terroristes répertoriés comme tels mais que plus personne ne surveillait, après des loupés qui lui valent des plaintes de la part des familles des victimes, Cazeneuve a affronté une grève perlée des policiers de base, excédés par l’incompétence de leur hiérarchie.

Face à ces belles réussites, le ministre de l’Intérieur était tout indiqué pour une promotion. Dans une démocratie comme la France (ou Cuba), c’est la règle de base. Dans des dictatures libérales comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, il aurait démissionné depuis longtemps.

Un bâton de maréchal pour Bruno Le Roux

Autre personnalité qui méritait bien une promotion: Bruno Le Roux. C’est vrai que le président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale ne peut en aucune manière être tenu pour responsable du désordre qui a caractérisé la majorité parlementaire pendant près de cinq ans. Et ce n’est évidemment pas le rôle d’un président de groupe que de garantir la fluidité des relations en son sein.

Sur ce point, personne ne peut reprocher à Bruno Le Roux d’avoir failli. Comme le rappelle le Lab d’Europe 1, l’impétrant se revendiquait d’ailleurs d’une philosophie tout à fait inspirée:

Quand on sait qu’on peut utiliser le 49.3, ça force à rentrer dans la vraie discussion.

Cette pédagogie par la menace a brillamment porté ses fruits.

Sur le fonds, on ne reprochera pas non plus au nouveau ministre de l’Intérieur un manque de professionnalisme dans ses anciennes fonctions. Par exemple, lorsque l’opposition parvient à voter la fin du prélèvement à la source, il y a une quinzaine de jours, on ne peut bien entendu pas reprocher au président du groupe socialiste son manque de vigilance.

Bref, Le Roux reçoit un bâton de maréchal qui récompense ses brillantes victoires sur le terrain…

Y a-t-il encore une politique à mener?

Ce nouveau casting laisse donc espérer le meilleur, et même, en quelque sorte, une sortie en beauté pour François Hollande et son quinquennat. Mais, une fois le budget voté, à quoi vont bien pouvoir s’occuper les ministres du gouvernement?

Certains feront manifestement campagne pour Manuel Valls. Ce sera par exemple le cas de Laurence Rossignol qui a annoncé son soutien à l’ex-Premier Ministre. Mais certains risquent de trouver le temps long, et d’avoir le temps de s’inscrire dans un club de pétanque ou de vider leur compte en banque par excès de shopping à l’approche du printemps.

À moins qu’ils ne descendent faire campagne dans leur circonscription. Mais là encore l’impopularité du gouvernement est telle qu’on peut s’interroger sur les chances de succès d’un certain nombre de caciques. Certains ont d’ailleurs d’ores et déjà annoncé leur désistement.

Sur le fond, on voit mal quelle politique peut encore être menée d’ici à mai 2017.

Le triomphe ultime de l’immobilisme

Ce quinquennat se terminera donc dans l’esprit où il a commencé: par un immense éloge de l’immobilisme. En arrivant au pouvoir, Hollande avait en tête une politique économique simple pour retrouver l’équilibre budgétaire. Elle consistait à augmenter les impôts jusqu’à plus soif, et à ne toucher à rien en attendant que les beaux jours reviennent.

Les impôts augmentent moins, et plus discrètement. Et l’immobilisme triomphe.