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Auteur : Eric Verhaeghe

Et pendant ce temps, on ferme! le point sur les plans sociaux en France

Une multitude de plans sociaux agite l’actualité française du moment, qui illustre notamment la constante désindustrialisation du pays. Voici une synthèse des opérations en cours.

5.000 départs chez SFR

Patrick Drahi entreprend un plan de suppression d’emplois fondé sur des départs volontaires, à partir de juillet 2017, qui devrait concerner un tiers des effectifs de SFR. Le plan devrait durer trois ans.

Tati, bientôt racheté par GIFI?

Avec 60 millions€ de pertes opérationnelles en 2016, l’enseigne TATI rachetée par le groupe ERAM au fondateur Ouaki, a été placée en redressement judiciaire en mai 2017.

7 offres de reprise ont été déposées, dont celle de GIFI, qui prévoit la reprise de 1.300 salariés et d’une centaine de magasins.

Le tribunal de commerce doit trancher ce lundi.

GM&S lâché par le gouvernement?

L’équipementier automobile GM&S est toujours dans la panade. Une seule offre de reprise, qui prévoit le maintien de 110 salariés à La Souterraine, a été déposée.

Les organisations syndicales se plaignent d’un lâchage en règle par le gouvernement (et spécialement Bruno Le Maire), qui n’a pas obtenu une augmentation des commandes de Peugeot et de Renault à la hauteur des promesses.

Un sous-traitant de Whirlpool, à Amiens, en plein dégraissage

Dans l’hypothèse d’une fermeture de Whirlpool en 2018, à Amiens, son sous-traitant Prima France a négocié un plan de sauvegarde de l’emploi. 56 salariés seront licenciés dans des conditions identiques à celles de Whirlpool.

Où l’on reparle du volailler Doux

En Bretagne, le groupe d’élevage de volaille Doux aurait accumulé de nouvelles pertes phénoménales en 2016. Les organisations syndicales craignent le pire et ont sonné l’alarme.

450 salariés menacés à la Halle aux Chaussures

Les syndicats critiquent un plan de sauvegarde à la Halle aux Chaussures, qui prévoit près de 450 suppressions d’emplois. L’enseigne appartient au groupe Vivarte, qui ne cesse de supprimer des emplois depuis quelques années, après avoir revendu plusieurs marques, comme Kookaï.

80 emplois supprimés chez Primagaz

Cette filiale d’un groupe néerlandais d’énergie qui compte 750 salariés entend supprimer 82 emplois et fermer cinq centres en France.

Les syndicats sont vent debout contre ce projet.

60 emplois supprimés chez 3M en Bourgogne

À Longvic, 3M, fabricant de scotch, devrait fermer son site et ne conserver que 20 des 80 salariés. 30 postes seraient supprimés.

Les salariés sont en grève pour obtenir une indemnité supra-légale supérieure aux propositions de l’entreprise.

Nouveau plan social chez Philips

L’entreprise néerlandaise Philips annonce un plan social de 77 postes, qui s’ajoutent aux 230 suppressions négociées fin 2016 (avec la fermeture des usines de Lamotte-Beuvron et Miribel). Cette fois-ci, ce sont les activités de Recherche et Développement qui sont touchées.

Philips délocalise ses activités en Hongrie et en Chine.

La Matt en grève à Montcornet contre sa disparition

Dans l’Aisne, près des Ardennes, l’entreprise textile Matt, installée à Chaourse, est en grève complète. Les personnels craignent une fermeture du site.

200 suppressions d’emplois chez Tim dans le Nord

À Quaëdypre, près de Bergues, dans le Nord, l’entreprise TIM n’a pas trouvé de repreneur. 200 emplois sont menacés directement.

Bref, la désindustrialisation continue.

Source: Trésor

Source: Trésor

Les ordonnances, une redoutable arme anti-start-up, par Eric Verhaeghe

Officiellement, Emmanuel Macron est le candidat des entrepreneurs et son action est supposée aider les start-up. Dans la pratique, les ordonnances devraient pourtant pénaliser le développement des jeunes pousses et favoriser celles qui bénéficient d’un accès au capital.

Que faut-il pour qu’une start-up survive? Un produit, un marché, une équipe, dit-on. Et surtout beaucoup d’huile de coude. C’est-à-dire une flexibilité forte dans les horaires de travail. C’est précisément ce point qui sera au coeur des ordonnances.

Combien coûte l’heure de travail dans les start-up?

Selon le Code du Travail et les accords de branche, une start-up est obligée de recruter ses salariés aux 35 heures. Pour bénéficier d’une organisation flexible, il faut passer aux forfait jours.

Or, la réglementation applicable aux forfait jours dans les start-up est extrêmement rigide. Elle dépend essentiellement de l’accord en vigueur dans les bureaux d’études techniques, branche à laquelle les start-up se rattachent d’habitude. Et, dans cette branche, le forfait jours est réservé aux managers gagnant au moins 4.100 euros bruts, soit un salaire très supérieur aux possibilités des jeunes pousses.

L’enjeu des ordonnances pour les start-up

Pour les start-up, il est donc vital que les ordonnances « démontent » le verrouillage de compétitivité qui existe. Dans le grand dossier de l’articulation entre accord de branche et accord d’entreprise, la possibilité offerte aux très petites entreprises de négocier un accord de forfait-jour est évidemment essentielle.

Il est vital pour une start-up que le gouvernement autorise la négociation d’un accord forfait-jour dès le premier salarié.

Si tel ne devait pas être le cas, l’impossibilité pour les start-up d’être flexibles a une conséquence simple. Seules les start-up capitalisées par des fonds peuvent disposer des moyens nécessaires pour se développer. Ce qui se joue est donc de savoir si le gouvernement veut des start-up portées par des entrepreneurs, ou s’il veut contraindre les entreprises d’innovation à s’adosser à des financiers qui en tireront le maximum de profit.

L’affaire prend mauvaise tournure

Les mouvements patronaux qui vivent des accords de branche multiplient en ce moment les manoeuvres pour empêcher que les start-up puissent négocier leurs accords et bénéficier du maximum de flexibilité par accord d’entreprise. Elles font le pied de grue devant le bureau du Premier Ministre pour le convaincre de ne pas concéder aux start-up le droit de négocier des accords dérogatoires à l’accord de branche.

Il serait évidemment très fâcheux que le gouvernement cède à cette pression. La flexibilité ne doit pas exclure les entreprises de moins de 11 salariés.

Quelle solution?

La solution consiste bien entendu à autoriser les entreprises de moins de 11 salariés à négocier des accords collectifs, sous le contrôle des branches qui disposeraient d’une commission de validation. Au besoin, ces accords pourraient être négociés par des salariés mandatés par une organisation syndicale.

Source: baromètre AFUP

Mais si, l’accord d’entreprise doit être la règle dans les TPE, par Eric Verhaeghe

Dans le cadre des ordonnances, les TPE françaises ont l’opportunité historique d’obtenir le droit de négocier des accords collectifs dérogatoires aux accords de branche.

Dans la phase de préparation des ordonnances, les organisations patronales proclamées représentatives des TPE par le gouvernement (et en particulier l’U2P, sur laquelle nous reviendrons prochainement) mènent un tir nourri contre les accords d’entreprise, expliquant à hue et à dia que les TPE ne sont pas capables de les négocier. Pour elles, il faudrait conserver le régime dégradant d’accords de branche négociés de façon opaque par une poignée d’inconnus dont les conflits d’intérêt sont légions.

Il fallait donc bien rappeler quelques points essentiels.

Pourquoi l’accord d’entreprise est utile aux TPE

Rappelons d’abord que les TPE ont beaucoup plus besoin que les grandes entreprises de négocier des accords spécifiques, qui leur permettent de dégager de la compétitivité. Ce sont elles qui sont fragiles, pas les grands groupes qui vivent souvent de rentes.

Or, ce qui est demandé n’est pas d’obliger les TPE à négocier.

Il est simplement demandé de laisser les TPE qui le souhaitent négocier les accords d’entreprise dont elles ont besoin.

Qui est Alain Griset, le patron qui combat les accords d’entreprise?

Alain Griset a 63 ans. Il a été patron d’une entreprise de taxi, et a vécu dans la bureaucratie patronale. Son dernier titre en date est président d’une chambre de métiers.

Voilà le profil ringard qu’on propose pour représenter les start-up en France. Un chauffeur de taxi qui préfèrera toujours lutter contre l’innovation plutôt que la favoriser, comme la profession de taxi a lutté contre Uber plutôt que de développer une qualité de service identique à sa concurrente européenne.

C’est le comble de la situation: la réforme du marché du travail est négociée avec ceux qui le bloquent depuis des années.

Est-ce bien raisonnable?

Si, le dialogue social dans les TPE est vital pour l’avenir

Bien entendu qu’Alain Griset et sa clique qui vivent d’accords de branche dans une opacité bien connue vont tout faire pour interdite aux TPE de se battre avec les mêmes armes que les grandes entreprises.

Car, on le sait l’accord de branche est une imposture. Il vise à étouffer les petits pour donner de l’oxygène aux gros. Nous en donnons un exemple dans la branche des start-up.

Nous appelons donc solennellement l’U2P à ne pas usurper sa fonction. Nous lui demandons de ne pas empêcher les TPE qui le souhaitent de négocier les accords qui leur vont bien. Nous appelons l’U2P à ne pas mettre les TPE en difficulté pour protéger ses intérêts financiers.

L’accord de branche, paravent pour engraisser la bureaucratie patronale

L’anthologie des pires prestations des candidats En Marche aux législatives

Les candidats En Marche aux législatives font froid dans le dos. Agissant comme un seul homme, ils refusent systématiquement tout débat public contradictoire avec leurs adversaires de second tour. Quand on assiste à leur prestation: on comprend pourquoi. Décidément, l’hyper-présidentialisation pratiquée par Macron transforme la démocratie en caricature.

De toutes parts, les candidats En Marche sont accusés de refuser des débats contradictoires avec leurs adversaires. Compte tenu des prestations cataclysmiques de ceux qui les ont acceptés, on comprend cette consigne. Il ne faut surtout pas que les citoyens se rendent compte de l’abaissement global du niveau des parlementaires que le renouvellement va produire. Bravo à Jean-Paul Delevoye chargé des investitures d’En Marche. Un vrai sabordage de pro.

Anthologie des candidats En Marche aux législatives

Voici donc quelques vidéos qui témoignent du désastre En Marche pour la prochaine mandature.


Le débat compliqué de Fabienne Colboc… par LePoint

Si beaucoup d’internautes ont vu ce débat avec Fabienne Colboc (qui ne l’a pas empêché d’être en tête dans sa circonscription), d’autres moments mémorables ont été moins vus.

À Paris, l’ineffable mélenchonienne Danièle Simonnet a coincé son adversaire Person sur un marché, en montrant le creux total de son discours politique sur le sujet.

Ou comment Emmanuel Macron s’est entouré de godillots pour mener campagne, et pour détenir tous les pouvoirs.

Libération

De fait, si on trouve des candidats de tous les partis refusant le débat, Libération a compté quelques dizaines de circonscriptions (compte non exhaustif) où les candidats de LREM ont préféré éviter la confrontation. Ceux que nous avons contactés nient toute consigne et invoquent des raisons d’emploi du temps et une campagne de terrain. La direction du parti macroniste parle, elle, de «raisons personnelles».

Bayrou, prochain sur la liste du renouvellement

François Bayrou a décidé de faire de la résistance dans la machinerie macronienne. Assez naturellement, il devrait faire les frais d’un remaniement ministériel la semaine prochaine.

Il est bien marrant, François Bayrou, avec sa trinité. Selon lui, il y a les actes du président du Modem, ceux du garde des Sceaux et ceux du citoyen qu’il serait resté. Voilà qui fleure bon la messe du dimanche dans le Béarn.

Ainsi, quand il plaide sur Twitter en faveur de Marielle de Sarnez, mise en difficulté dans une enquête judiciaire, il explique que les tweets du président du Modem n’engagent pas le garde des Sceaux. Quand il appelle un responsable de l’information sur RadioFrance, après une enquête sur son cas, il explique que les coups de téléphone du citoyen Bayrou n’engagent pas le garde des Sceaux. Génial!

C’est encore mieux que le père, le fils et le saint-esprit.

Bayrou est-il capable de renouvellement?

Tout le pari est évidemment de savoir si François Bayrou, vieux routard de la politique, est « renouvelable » en tant que tel. Le bonhomme, qui ne manquait pas d’un mot acide contre Macron il y a encore six mois, n’est en effet ni né de la dernière pluie ni grand expert en pratiques renouvelées. Il serait même plutôt du genre à incarner l’ancien monde, avec ses billards à quinze bandes et son état d’esprit délétère.

S’il ne tenait pas Macron avec les 6 points qu’il est convaincu de lui avoir apporté à la présidentielle, il aurait probablement disparu des écrans radar. Et, selon toute vraisemblance, Macron doit abondamment maudire les dieux aujourd’hui d’avoir placé Bayrou sur son chemin, dans le rôle du premier rallié de droite à En Marche.

Le président doit donc arbitrer aujourd’hui entre garder Bayrou pour éviter la création d’un groupe Modem à l’Assemblée la semaine prochaine, qui jouera le rôle de frondeurs, ou bien le lâcher et se promettre à un quinquennat où son opposant le plus virulent sera l’un de ses premiers alliés.

Pas facile, ce choix-là!

L’hypothèse de l’élimination

De deux choses l’une, donc.

Soit Macron tolère l’exception Bayrou dans son gouvernement. Dans cette hypothèse, il évite facialement un groupe Modem à l’Assemblée, qui pourrait se comporter en frondeurs. Mais… le frondeur est dans son gouvernement, et il s’apprête à devoir gérer des couacs à répétition.

Soit Macron ne veut pas gérer un gouvernement avec des couacs à répétition et il se sépare, la semaine prochaine, de François Bayrou. À de nombreux égards, cette hypothèse est même souhaitable, puisque Bayrou ne manquera pas de créer son groupe parlementaire dans la foulée… devenant ainsi le premier opposant au gouvernement qu’il aura quitté.

L’avantage pour Emmanuel Macron est de recréer une cohésion dans le groupe parlementaire d’En Marche en réduisant sa voilure. L’inconvénient est de fissurer l’apparente image de rassemblement qui colle au président.

Le lent glissement de Bayrou vers la sortie

Souvenons-nous qu’à l’issue des présidentielles, Bayrou avait méchamment grogné sur les investitures d’En Marche. Le discours avait été violent. Désormais, face à une marginalisation politique probable s’il reste au gouvernement, il a sans doute intérêt à retrouver des marges de manoeuvre en prenant la tête de son groupe.


Bayrou dénonce les intérêts financiers derrière… par libezap

Exclusif: la dernière interview de Cambadélis

Le 21 mai 2017, Jean-Christophe Cambadélis nous a accordé une interview exclusive sur le scrutin qui s’annonçait. Nous la présentons aujourd’hui…

On se souviendra ici que Jean-Christophe Cambadélis était député socialiste de la même circonscription sans discontinuer depuis 1986. Ancien trotskiste, le bonhomme était plutôt sympathique, mais incarne bien toutes les dérives parlementaires qui ont pourri la Vè République: concussion, immobilisme, cumul des genres.

Par exemple, Jean-Christophe Cambadélis a largement recouru à l’opacité de l’Assemblée Nationale pour recruter comme assistance parlementaire Halima Jemni, première adjointe de la mairie du XIXè arrondissement. Comment une seule personne peut-elle cumuler des fonctions exécutives dans une mairie d’arrondissement à Paris et des fonctions à temps plein de collaboratrice parlementaire? Cette fiction, qui a coûté cher à François Fillon, fait l’objet d’un rejet viscéral des électeurs.

Avec une abstention de près de 50% (la circonscription compte 70.000 électeurs), Jean-Christophe Cambadélis a obtenu 3.035 voix, contre 13.434 pour Mounir Mahjoubi. Il s’est classé 4è (après la France Insoumise et les Verts). En l’espèce, cette déculottée s’explique aussi, donc, par la ferme volonté de la gauche de lui infliger une déroute en rase campagne.

Sic transit gloria mundi. 

Ordonnances: Macron tuera-t-il ou pas la bureaucratie patronale?

Le gouvernement vient d’entamer la concertation sur l’articulation entre le rôle des branches et des entreprises. Ce sujet austère cache un débat extrêmement sensible: l’avenir de la bureaucratie patronale qui a fait son miel d’un système obsolète.

Cette semaine, Antoine Foucher, ancien directeur des relations sociales du MEDEF, reçoit les partenaires sociaux (dont le MEDEF…) pour les premières concertations sur le fond destinées à préparer les ordonnances. Le sujet de cette première batterie d’échanges bilatéraux porte sur l’inversion de la hiérarchie des normes. Autrement dit, le gouvernement entre dans le dur de ce qui a fait la résistance à la loi El-Khomri: une entreprise peut-elle ou non négocier des accords en s’affranchissant du carcan des branches?

Les branches professionnelles, c’est quoi?

En réalité, ce débat a quelque chose de lunaire, dans la mesure où la notion de branche professionnelle est une sorte de fantôme. Tout le monde en parle, mais elle n’est pas définie par la loi, et son concept même repose sur un flou: tant confondue avec un secteur d’activité, tant confondue avec le champ d’application d’une convention collective, la branche se dérobe aux catégories juridiques.

Comme on le sait depuis Martine Aubry, quand il y a un flou, c’est qu’il y a un loup. Les branches n’échappent pas à cette maxime. 

Officiellement, les branches sont en effet conçues pour « protéger » les PME et les TPE. Dans la réalité, c’est le contraire qui se produit, avec la complicité d’une bureaucratie patronale qui a bâti sa prospérité sur ce trompe-l’oeil. 

Un instrument pour contrôler les TPE

La première utilité des branches est évidemment d’instaurer des règles qui brident l’activité des très petites entreprises et des petites et moyennes entreprises. Ces règles visent toutes à éviter des excès de concurrence dans des domaines où les plus petites entreprises pour améliorer leur compétitivité par rapport à leurs grandes concurrentes. C’est par exemple le cas dans le domaine du temps de travail, où l’objectif des branches est d’éviter que les TPE et les PME disposent de trop de souplesse. 

Mais le vice de ce système peut aller très loin. Dans de nombreuses branches, par exemple, des accords de complémentaire santé visent à faire financer le déficit des grands comptes par les petites entreprises. C’est le cas dans la restauration où le déficit du contrat Accor est financé par les petits cafetiers du coin. 

Bien entendu, tout le monde prend bien soin de cacher cette poussière sous le tapis. 

Prospérité de la bureaucratie patronale

Une autre utilité cachée des branches consiste bien entendu à faire vivre des mouvements patronaux désertés par les adhérents grâce à des contributions obligatoires imposées par une bureaucratie patronale en expansion permanente. 

C’est par exemple le cas dans la boulangerie, où Jean-Pierre Crouzet, président de la Confédération et accessoirement président en son temps de l’UPA (l’Union des Professions de l’Artisanat, désormais fusionnée avec l’UNAPL dans l’improbable U2P), a organisé un système de financement sur le dos de ses adhérents. Au mépris de la loi, ce membre du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) a d’ailleurs bien pris soin de ne publier aucun des comptes de son organisation, pour dissimuler les sommes colossales que son syndicat a tiré des accords en protection sociale complémentaire et en formation professionnelle. 

Macron tuera-t-il enfin la bureaucratie patronale?

Ce qui se joue dans le rôle futur des branches professionnelles, c’est l’avenir de cette bureaucratie construite de toutes pièces sur ces charges inventées par les mouvements patronaux dans les branches professionnelles pour se financer. L’occasion est rêvée de tordre le cou à tous ces freins à l’innovation, et dont la profession de foi est de préserver intact un appareil de production obsolète mais qui les fait vivre. 

Le gouvernement donnera-t-il aux TPE la possibilité de s’extirper des griffes de ces mafias? Souhaitons-le. 

Jusqu’au 23 juin

Concertation sur l’articulation entre branche et entreprise

26 juin au 7 juillet

Simplification et renforcement du dialogue économique et social.

10 au 21 juillet

Sécurisation des relations de travail


Inversion de la hiérarchie des normes: QPC Tripalio from Eric Verhaeghe

Après l’imposture En Marche, en finir avec la Vè République

La fin de la Vè République est devenue inéluctable. Elle est probablement la seule leçon durable à retenir des élections législatives, qui voient le triomphe absolu d’un parti extraordinairement minoritaire.

C’est évidemment la grande imposture d’un régime fantoche que de proclamer la victoire triomphale d’un parti ultra-minoritaire. Cette aberrante dérive ne se produit ni en Turquie, ni en Russie, ni dans une dictature larvée que les élites parisiennes adorent mépriser. Elle se produit dans notre République, qui n’est plus que l’ombre d’un régime démocratique.

Pour ceux qui en douteraient, quelques graphiques simples permettent d’illustrer un propos de bon sens, mais devenu « dissident » par une étrange hystérie collective.

Petite histoire des battus de la Vè République

Commençons par dresser une petite histoire des battus aux législatives, au premier tour, de la Vè République, pour comparer leur score à celui d’En Marche.

En 1981, la droite parlementaire (UDF et RPR) avait obtenu près de 30% des inscrits au premier tour. En 1993, le parti socialiste et les divers gauche (sans les écologistes) ont décroché la timbale du résultat le pire pour des battus: à peine 13% des inscrits. Depuis cette date, les battus ont oscillé entre 14,5 et 20% des inscrits.

Il a fallu attendre En Marche pour qu’un… vainqueur fasse à peine mieux, au premier tour, que le Parti Socialiste battu en 1993.

C’est au fond la dimension christique d’Emmanuel Macron qui apparaît: les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers.

Malgré tout un nombre de sièges historiques

Malgré ce score minable, En Marche bénéficie d’une projection de sièges sans égal depuis les débuts de la Vè République. Là aussi, une petite comparaison historique illustre parfaitement le dysfonctionnement majeur du régime, qui permet à des ultra-minoritaires dans l’opinion d’obtenir une majorité écrasante à l’Assemblée Nationale.

Comme on le voit, avec des scores supérieurs à ceux d’En Marche en terme de représentativité réelle, les battus des années précédentes n’ont jamais dépassé les 250 sièges à l’Assemblée, et ont obtenu d’ordinaire moins de 200 sièges.

Avec une représentativité effective auprès des inscrits inférieure de 30% à celle de la droite parlementaire en 1997, En Marche obtiendra le double de sièges. Cherchez l’erreur!

Un coefficient multiplicateur record pour En Marche

Si l’on cherche à étudier le coefficient multiplicateur des institutions (autrement dit le rapport entre le nombre de voix obtenues au premier tour et le nombre de sièges), on s’paerçoit là aussi qu’En Marche atteint des records historiques, dignes de la multiplication des petits pains par le Christ.

D’ordinaire, il y a un rapport de 5 à 12 entre le taux d’inscrits obtenus au premier tour et le nombre de sièges décrochés à l’Assemblée Nationale. Ainsi, en 1981, les 30% d’inscrits obtenus par l’UDF et le RPR au premier tour se sont transformés en 150 sièges.

En Marche décroche le taux de conversion record de 32: 1 % de suffrages obtenus parmi les inscrits donne droit à 32 sièges à l’Assemblée Nationale.

C’est évidemment extravagant, et sans commune mesure avec la réalité politique de l’opinion.

La Vè République atteint ses limites

Il faut être aveugle (ou pratiquer la politique à l’ancienne comme semblent le faire Castaner, Griveaux et Mahjoubi) pour ne pas reconnaître que la probable écrasante majorité qu’En Marche décrochera au second tour défie les lois de la démocratie.

Un régime institutionnel qui permet à un parti doté d’un score de battu de détenir sans partage tous les pouvoirs devient une mauvaise caricature du Léviathan. Il ne s’agit pas seulement ici de théoriser sur ce qu’est une bonne gouvernance. Il s’agit de prévenir sur les dérives inévitables qui guettent un pouvoir exécutif sans contre-pouvoir.

Sur ce point, l’entêtement des porte-paroles d’En Marche à nier les dangers que cette situation représente est déjà suspect. Si notre Président jupitérien est réellement attaché à l’intérêt général, il ne peut pas contester l’existence d’un danger, renforcé par les atteintes à la liberté de la presse qui se multiplient depuis plusieurs semaines.

Les ferments d’une crise de régime

Paradoxalement, la victoire d’Emmanuel Macron porte donc les ferments d’une profonde crise de régime. Celle d’une République qui voulait sortir du régime parlementaire et qui mourra, soixante ans plus tard, par l’excès inverse: celui d’une hyper-présidentialisation.



23 avril 2017

Sylvain Fort, conseiller communication d’Emmanuel Macron, fait pression sur le Quotidien et sur France 2 qu’il ne trouve pas assez pro-Macron

18 mai 2017

L’Élysée insiste pour choisir les journalistes qui couvriront le déplacement du Président au Mali

29 mai 2017

En Marche dépose une plainte pénale contre le journal « La Lettre A », qui utilise des documents issus du Macronleaks

8 juin 2017

Bayrou, garde des Sceaux, contacte Radio France pour se plaindre de l’enquête qui est menée sur lui par des journalistes.

10 juin 2017

La ministre du Travail dépose plainte contre Libération pour avoir publié des documents qui ont « fuité ».

En Marche gagne avec un score de perdant

C’est un score de perdant! Le mouvement En Marche décrochera une majorité écrasante à l’Assemblée Nationale (sans doute près de 450 sièges sur 577) avec seulement 15% des inscrits au premier tour, soit moins de 8 millions de voix. Une majorité parlementaire sans légitimité démocratique se prépare. Une leçon s’impose: la Vè République n’a plus de raison d’être.

Les résultats ne sont pas encore complètement tombés, mais une certitude est acquise: En Marche disposera d’une majorité écrasante à l’Assemblée Nationale avec environ 7 millions de voix au premier tour. C’est historiquement le score le plus bas qu’une majorité a obtenu dans une législative.

En Marche a moins de voix que l’UMP en 2012

Rappelons rapidement le score de l’UMP au premier tour des législatives perdues de 2012: 7 millions de voix (contre près de 7,6 millions pour le parti socialiste sans compter ses alliés). En 2017, le parti majoritaire réalise donc un score qui l’aurait placé en deuxième ou troisième place en 2012.

Ce chiffre résume bien la situation: En Marche va remporter l’élection avec un score de perdant.

Une rupture consommée entre le peuple et les élites

Malgré les délires des journalistes subventionnés sur la grande victoire macronienne, la défaite de la démocratie est consommée. Jamais on aura mesuré un tel écart entre l’expression populaire et la réalité politique.

La situation est d’ailleurs confondante. D’un côté, un discours lunaire est tenu sur le triomphe jupitérien. De l’autre côté, les chiffres sont têtus: En Marche ne représente qu’une fraction infime de l’opinion et ne disposera pas de la légitimité pour entamer des réformes de structure.

Le risque auquel Emmanuel Macron est confronté

Le pouvoir exécutif ne peut l’ignorer. Sa majorité sera construite sur un trompe-l’oeil. Certes, les institutions fonctionneront sur une légalité parfaite: grâce au scrutin majoritaire uninominal, Emmanuel Macron disposera d’une majorité écrasante. Mais, politiquement, le pays n’a pas tranché en sa faveur.

Le risque guette, donc, d’une rupture en profondeur du même ordre que ce que la Chili a connu avec Allende: le pays institutionnel a consommé son divorce avec le pays réel.

Plus que jamais, changer le régime

Une seule réalité s’impose donc: changer ce régime, qui fabrique des majorités d’apparat, sans impact effectif sur la réalité.

Les législatives de 2012

Jean-Michel Blanquer parviendra-t-il à casser les pattes du mammouth?

Le ministre Jean-Michel Blanquer a annoncé hier ses premières mesures. Elles visent toutes à desserrer l’étau du mammouth sur un système éducatif à la dérive. Les premières mobilisations apparaissent face à des décisions pourtant timides mais salutaires. Le combat d’un ministre contre une machine infernale commence.

C’est un bien curieux combat qui se livre dans les coulisses du « mammouth » de la rue de Grenelle, et, à n’en pas douter, il méritera de nombreux décryptages pour ceux qui ne sont pas férus de questions éducatives. Jean-Michel Blanquer, qui a déjà expliqué qu’il ne proposerait aucune loi qui porterait son nom, vient pourtant de s’attirer les premières foudres des traditionnels idéologues de l’immobilisme éducatif. Lentement mais sûrement, les premières salves contre sa méthode et sa vision ont été tirées par ceux qui espèrent garder le contrôle d’un système en décomposition.

La décomposition éducative en France

Que l’école soit dans un état de dégradation avancée n’est un mystère pour personne. Les études triennales PISA l’ont suffisamment montré et documenté. Toutes les tares de notre système éducatif y sont décortiquées factuellement: inégalités sociales, décrochages scolaires puissants, difficulté à intégrer les jeunes issus de l’immigration, résultats moyens par ailleurs.

Face à cette lente décomposition, les remèdes sont connus. Seule une dénationalisation du système, une autonomie des établissements et une innovation pédagogique profonde permettront de rétablir la situation, comme d’autres pays sont parvenus à le faire.

Les rentiers de la centralisation sont inquiets

Bien entendu, tous ceux qui prospèrent sur une centralisation suicidaire de notre système éducatif, et sur sa déresponsabilisation principielle, sont horripilés par toutes ces solutions. Au premier rang d’entre eux, on placera les syndicats d’enseignants et leur chambre d’écho, la FCPE, régulièrement composée et représentée par les enseignants, mais sous leur étiquette « parents d’élèves ».

Tout ce petit monde déteste l’idée que les chefs d’établissement puissent développer des projets scolaires locaux et autonomes, qui échapperaient aux arrangements de couloir obtenus par la bureaucratie syndicale rue de Grenelle. Et tant pis si ce sont les élèves les plus faibles qui pâtissent de cette redoutable mais impitoyable prise de pouvoir. Dans tous les cas, il faut dénoncer la menace que ce projet fait peser sur la liberté de l’enseignant: entendez qu’il ne faudrait surtout pas que la Nation commence à fixer des obligations de résultats à ces fonctionnaires sous statut qui se comportent comme des professions libérales.

La stratégie de petits pas menées par Jean-Michel Blanquer

Dans ce contexte tendu, Jean-Michel Blanquer fait le choix astucieux d’avancer à petits pas et par une sorte de guérilla face aux troupes constituées des rentiers qui verrouillent la communauté éducative. Pas de loi, donc, mais des mesures de « gestion »: possibilité reconnue aux collectivités de déroger aux rythmes scolaires  dans les écoles primaires, élargissement prudent des possibilités de redoublement au collège, introduction de soutien scolaire pendant les vacances financé par des heures supplémentaires.

On voit bien la manoeuvre: on abandonne les grandes mesures nationales, et on laisse le terrain s’organiser en lui donnant des espaces d’autonomie. Le pari qui est fait est de voir progressivement un autre modèle s’installer, décentralisé et pluriel, sans possibilité de retour.

La méthode est peu flamboyante, mais elle a un immense mérite: elle complique singulièrement la tâche de blocage à laquelle sont prêts tous ceux qui dénoncent cette « territorialisation de l’éducation », selon une expression qui en dit long sur les appétits de pouvoir des « Parisiens ». Allez vous mettre en grève contre un décret qui vous permet, si vous le souhaitez, de faire usage de vos libertés!

Les pattes du mammouth bientôt cassées?

Avec cette méthode, il n’est pas impossible que Jean-Michel Blanquer parviennent à casser les pattes du mammouth. Ce serait une annonce réjouissante, tant la médiocratie de la rue de Grenelle a poussé notre école publique et laïque à la désespérance.