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Auteur : Eric Verhaeghe

L’Allemagne devrait augmenter les cotisations sociales payées par les employeurs

En Allemagne, l’accord de gouvernement signé entre la CDU et le SPD refuse la création d’une assurance maladie universelle. En revanche, les cotisations sociales payées par les employeurs devraient augmenter pour financer les difficultés d’accès aux soins.

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L’Allemagne est toujours sans gouvernement à ce jour, mais une issue est possible: un accord entre le SPD et la CDU d’Angela Merkel pourrait permettre de débloquer la situation. Le contenu de cet accord de près d’une trentaine de pages mérite quelques remarques.

L’Allemagne en plein excédent budgétaire

Petit rappel: l’Allemagne se gorge d’excédents budgétaires qui paraissent quasi-utopiques en France. Pour 2017, cet excédent devrait frôler les 40 milliards €, soit plus de 1% du PIB. Malgré cette impressionnante prospérité, l’accord de gouvernement prévoit le maintien de la règle d’or, qui exclut tout déficit public structurel.

L’accord de gouvernement confirme cette stratégie. Il prévoit en outre des baisses d’impôts pour les classes moyennes et supérieures.

L’Allemagne refuse une assurance maladie universelle

Le SPD avait proposé la mise en place d’une assurance maladie universelle sur le modèle inventé par la France (et approfondi par Marisol Touraine) sous la forme d’une « assurance-maladie citoyenne ». L’accord de gouvernement écarte cette perspective. L’Allemagne continuera donc à bénéficier d’une sécurité sociale contributive (ou bismarckienne, c’est-à-dire réservée aux seuls cotisants) accessible à partir de 450€ de revenus mensuels environ, et excluant les plus hauts revenus. Cette sécurité sociale, qui repose sur le principe de concurrence entre les caisses primaires, reste fondée sur la cotisation et ne devient pas un système solidaire.

Hausse des cotisations sociales payées par les employeurs

Angela Merkel a toutefois concédé une mesure à caractère social au SPD: les cotisations employeurs, fixées à moins de 20%, devraient augmenter pour financer une partie de l’accès aux soins. Il reste à voir quelles sera la part de cet effort.

On se souvient ici que l’Allemagne a creuse le différentiel de compétitivité avec la France en baissant ses cotisations patronales à l’occasion des lois Hartz.

Le flou sur la réforme de l’euro

Concernant les propositions formulées par Emmanuel Macron sur l’avenir de l’Europe, l’accord de gouvernement se contente de prévoir une réforme de la zone euro sans indiquer clairement en quoi elle consistera.

Lactalis: Le Maire reprend les vieilles habitudes de l’économie administrée

Les empoignades autour de l’affaire Lactalis donnent à Bruno Le Maire l’occasion de retrouver les vieux réflexes de l’économie administrée tant prisés par l’énarchie ministérielle. Dans le même temps, le gouvernement annonce que la taxe d’habitation ne sera pas supprimée, comme l’avait promis Emmanuel Macron, mais remplacée par un nouvel impôt. L’État omnipotent est de retour.

Lactalis est un géant de l’agro-alimentaire français dont on sait que la transparence n’est pas la principale qualité. Au coeur d’un scandale sanitaire, l’entreprise est accusée d’avoir fait passer son profit avant la santé des bébés. Si cela était vrai, ce serait évidemment très choquant.

Bruno Le Maire revient à l’État donneur de leçons…

Assez rapidement, Bruno Le Maire s’est précipité tête la première pour expliquer que le comportement de Lactalis (et des distributeurs qui ont continué à écouler des stocks malgré le rappel des produits) était inacceptable et appelait des sanctions.

Comprenant sans doute qu’il ne revenait plus, depuis la Révolution Française, au pouvoir exécutif de rendre la justice et de prononcer des peines, le bouillonnant ministre de l’Économie a annoncé une enquête. On s’étonne quand même de l’empiètement manifeste du gouvernement sur les décisions de l’autorité judiciaire, une fois de plus.

… mais doté d’un pouvoir d’auto-absolution

Prompt à dénoncer les errements des entreprises, Bruno Le Maire se montre beaucoup moins enjoué dès qu’il s’agit de demander des comptes à son administration. L’affaire Lactalis en donne un superbe exemple.

Ainsi, les services interministériels, sur lesquels le ministre de l’Économie exerce aussi sa tutelle, ont inspecté Lactalis au mois de septembre. Et ils n’ont, dans les locaux des usines concernées par les retraits de produits, décelé aucune trace de salmonelles. Pourtant, on sait aujourd’hui que la contamination était antérieure au mois de septembre.

Quelle mesure disciplinaire le ministre a-t-il ordonné pour sanctionner cette défaillance coupable? Quelle enquête en cours pour comprendre ce loupé monumental?

Bruno Le Maire a le verbe haut quand il s’agit de stigmatiser les méchantes entreprises, mais il se fait beaucoup discret quand il s’agit de faire la police dans ses services. Tiens donc!

Bruno Le Maire proclame l’impunité de Bercy

Au demeurant, on n’a pas non plus entendu Bruno Le Maire s’exprimer avec virulence contre les débordements de Bercy épinglés par la Cour des Comptes. Il faut dire que celle-ci a entendu le 20 décembre pour publier un référé… du 12 octobre 2017 sur les rémunérations à la dérive parmi le personnel de direction du ministère.

De fait, les révélations de ce document ont bien fait d’atterrir sur les moquettes ouatées des fêtes de fin d’année. Elles auraient pu susciter la polémique. On y lit en effet que les hauts fonctionnaires de Bercy se sont attribués en dehors de tout cadre réglementaire des primes qui arrondissent substantiellement leurs fins de mois.

Certains potentats placés sous l’autorité de Bruno Le Maire touchent jusqu’à 20.000 euros nets par mois pour des responsabilités qui semblent très discutables. C’est en particulier le cas des contrôleurs financiers.

Sur ce point, on aimerait aussi entendre Bruno Le Maire tonitruer. Certes, il ne s’agit pas d’un scandale sanitaire qui mettrait en danger la santé des enfants. Mais l’illégalité de la situation est flagrante et, curieusement, le ministre a le verbe moins haut.

Le gouvernement bat retraite face au mur de la dépense publique

Parallèlement, la ministre Jacqueline Gourault, que personne ne connaît et qui est, paraît-il, placée auprès de Gérard Collomb pour prendre sa part de mauvaises nouvelles à annoncer, vient de faire une révélation supplémentaire. La taxe d’habitation ne sera pas supprimée par le gouvernement, comme Macron l’avait promis, mais simplement remplacée par une nouvelle taxe.

On comprend bien la logique qui sous-tend cette Bérézina: supprimer la taxe d’habitation, c’est trouver de l’argent ailleurs pour en compenser le produit. Mais, petit à petit, le gouvernement recule sur le front sibérien de la dépense publique. Déplaire aux fonctionnaires est un exercice trop dangereux…

On préfère donc continuer la ponction fiscale, mais par d’autres moyens.

La paille et la poutre

On aurait tort de dissocier les choses. Il n’y a pas un Bruno Le Maire dur avec les entreprises et, sans raison, un autre Bruno Le Maire conciliant avec les fonctionnaires. Il y a un Bruno Le Maire qui amuse le petit peuple en jouant la fermeté et les gros bras chaque fois qu’il peut s’y divertir sans risque, pour mieux dissimuler, pour mieux dresser un écran de fumée sur le laxisme total qu’il perpétue à Bercy. Il faut donner l’illusion d’être ferme pour mieux faire oublier sa lâcheté dès qu’il s’agit de manager.

Dans notre jeunesse, on appelait cela être fort avec les faibles, et faible avec les forts. On imaginait que Macron changerait le monde ancien. Il y revient au grand galop.

Vers un plan social massif dans les hôpitaux publics marseillais?

Alors que le gouvernement devrait publier un décret sur les licenciements économiques dans les hôpitaux publics, FO évoque une possibilité de 1.000 licenciements dans les hôpitaux publics marseillais. Une fois de plus, la souplesse du licenciement collectif dans le secteur public pose la question de la discrimination de traitement avec le secteur privé, où les procédures sont lourdes.

Les hôpitaux publics marseillais vont-ils connaître un plan social portant sur un millier de suppressions d’emplois? c’est ce qu’affirme le syndicat FO dans un communiqué qui soulève de nombreuses questions.

Les hôpitaux publics marseillais, paradis de la mauvaise gestion

On se souvient qu’il y a quelques semaines la chambre régionale des comptes a épinglé la gestion des hôpitaux publics marseillais. Ceux-ci ont multiplié les couches bureaucratiques sans instruction claire sur les missions à mener.

Pendant ce temps, les dépenses filent et la situation oblige à une restructuration en profondeur. Un nouveau plan de rationalisation devrait, selon FO, déboucher sur un millier de suppressions de postes.

Le licenciement collectifs dans les hôpitaux publics, zone de non-droit?

Au passage, FO annonce que 300 emplois auraient été supprimé depuis 2015 dans les hôpitaux marseillais sans que personne n’en entende parler. On ne se lassera pas, dans ces colonnes, de s’étonner face à cette étrange faculté qu’ont les administrations publiques de s’affranchir allègrement des règles absconses qui empêchent les entreprises privées d’avoir recours aux mêmes facilités.

On remarquera par exemple que le projet finalement avorté de rupture conventionnelle collective chez Pimkie, qui portait sur 200 emplois, a suscité de vives polémiques alors qu’il s’agissait de départs volontaires. Les suppressions massives d’emplois dans des hôpitaux publics prétendument symboles de l’intérêt général suscitent curieusement beaucoup moins de passions.

Accessoirement, elles obéissent aussi à beaucoup moins de règles « protectrices ». Probablement parce que ceux qui incarnent l’intérêt général n’ont pas à s’embarrasser du droit, ni de valeurs morales.

Uber, Deliveroo: le CESE éreinte le RSI… mais revient au prêt-à-penser officiel

Le CESE vient de rendre un rapport qui éreinte le RSI, par le prisme de la protection sociale proposée aux travailleurs indépendants des plate-formes de type Uber ou Deliveroo. Malheureusement, la rapporteure en retire immédiatement la conclusion qu’il faut persévérer dans ce qui ne marche pas.

La protection sociale des travailleurs indépendants sur les plate-forme collaboratives de type Uber ou Deliveroo est devenue la tarte à la crème des bien-pensants. Selon une mécanique sophistique, il est de bon ton de répéter à l’envi que ces auto-entrepreneurs, souvent étudiants précaires ou jeunes sortis du rang grâce à Internet, ne disposent d’aucune protection sociale.

Le CESE (conseil économique, social et environnemental) vient de consacrer un rapport à la question, qui a le mérite de démentir ce préjugé, tout en s’empressant de refermer la porte pour complaire au pouvoir en place.

Le CESE rappelle la nullité du RSI dans le domaine de la protection sociale

Contrairement aux idées reçues et propagées par la presse subventionnée (et friandes de fake news bien-pensantes), les auto-entrepreneurs des plate-formes ne sont pas privés de protection sociale: ils sont assurés obligatoirement par le RSI. Certes, et le rapport du CESE le documente, le RSI ou rien, c’est à peu près la même chose. La ressemblance est d’ailleurs si frappante que les Français sont majoritairement convaincus que les auto-entrepreneurs ne sont pas assurés!

Pourtant, ils paient! Ils doivent consacrer 24% de leurs revenus à leur protection sociale. Contre une contre-partie misérable qui rappelle, une fois de plus, que le RSI est une arnaque totale.

On ne pouvait pas mieux souligner que le monopole en matière de protection sociale est générateur de précarité et de désincitation majeure au travail.

L’absurdité du RSI pointée du doigt

On notera en particulier, dans le rapport, quelques remarques qui soulignent bien l’absurdité du RSI.

Lors de son audition le 20 septembre 2017, Paul-Henri Antonmattei a soutenu une meilleure reconnaissance de la protection des travailleur.euse.s indépendant.e.s économiquement dépendant.e.s en instaurant un statut spécifique qui reconnaîtrait à la fois l’autonomie du.de la travailleuse et des garanties minimales en matière de couverture sociale et de droit à la négociation collective.

Mais! chers amis! ces garanties minimales existent. Ce sont celles du RSI… Le rapport aurait gagné en crédibilité en indiquant qu’il faut améliorer la performance et les garanties du RSI, plutôt en faisant mine de dire que 24% du revenu des auto-entrepreneurs passent à la trappe pour rien!

Plus avant, le rapport égrène les défaillances du RSI:

Les spécificités sont importantes pour ce qui est des indemnités journalières maladie. Si un dispositif a été mis en place par le RSI, son activation n’est possible qu’un an après l’affiliation et impose d’être à jour de cotisations. Le montant reçu (50 % du revenu moyen des 3 dernières années) est soumis à cotisations et contributions sociales. En pratique, ces décalages peuvent conduire à recevoir des indemnités dont le montant est de l’ordre de celui des cotisations dues sur les revenus précédents. Le dispositif ne concerne pas les professions libérales pour lesquelles il peut exister des indemnités journalières en cas d’arrêt maladie dans des conditions (niveau et début des versements) qui varient selon les sections professionnelles concernées.

Voilà donc un régime de protection obligatoire, qui ne protège qu’au bout d’un an d’affiliation, et sur une base de calcul totalement lunaire, avec des montants qui sont soumis à cotisations sociales… Autant dire rien, dans la plupart des cas. En tout cas rien pour les auto-entrepreneurs qui travaillent sur des plate-formes collaboratives.

Vive le RSI et son adaptation au monde Internet.

On lira aussi ce terrible aveu, cette fois sur les retraites:

 Assiettes et taux de cotisation restent toutefois spécifiques, en raison de la nature des revenus pris en compte : cette situation conduit à ce qu’un nombre important de travailleur.euse.s indépendant.e.s ne puissent valider aucun trimestre.

Autrement dit, le CESE reconnaît ouvertement que, en contrepartie des 24% de revenus consacrés à la protection sociale collective, beaucoup d’auto-entrepreneurs… ne retirent rien! pas un trimestre!

Le CESE sert malgré tout la soupe à la bien-pensance et à la tonte des entrepreneurs

Un lecteur allemand, luxemnbourgeois, danois, britannique, découvrant ce scandale, attendrait forcément des autorités françaises qu’elles le dénoncent et qu’elles exigent qu’il y soit porté remède en offrant aux assurés de vraies contreparties aux 24% de leurs revenus qu’ils consacrent à leur protection sociale obligatoire. Ce même lecteur s’interrogerait sur le bien-fondé d’une protection sociale monopolistique aussi défaillante.

En France, la personnalité nommée par le gouvernement au Conseil Économique et Social et chargée d’un rapport sur le sujet procède autrement. Elle préfère expliquer que les entreprises doivent payer plus pour pallier l’escroquerie du RSI. Et elle préfère passer sous silence le vol dont les entrepreneurs sont l’objet au quotidien.

Ainsi, la rapporteuse propose-t-elle les solutions suivantes:

Le CESE recommande de maintenir un interlocuteur unique, au sein du régime général, pour l’ensemble des travailleur.euse.s indépendant.e.s. S’agissant des plateformes numériques, il propose que toutes les cotisations des assurances obligatoires soient prélevées directement à la source.

Conclusion: on continue à plumer les auto-entrepreneurs, on ne touche pas aux règles du jeu absurdes, et on se met (au nom de l’intelligence et du bien-pensant) des oeillères sur les yeux.

Une fois de plus, l’élite française fait l’apologie de la cécité au nom de la clairvoyance.

L’Europe retrouve le plein-emploi… sauf la France et l’Italie

Les derniers chiffres d’Eurostat montrent que l’Europe est désormais au plein-emploi… sauf en France et au sud. Ces statistiques en disent long sur la préférence française en matière de chômage.

Les chiffres d’Eurostat en disent long sur le décrochage que les pays latins subissent en Europe aujourd’hui. Les six pays dont le taux de chômage est supérieur à la moyenne de la zone euro sont tous regroupés sur le bassin méditerranéen: Espagne, France, Italie, Croatie, Grèce, Chypre.

Même le Portugal, longtemps mauvais élève, connaît aujourd’hui un boom économique avec un chômage inférieur à la moyenne de la zone euro.

Plein-emploi pour 12 pays de l’Union

Pour le reste, si l’on admet l’hypothèse que le plein-emploi est atteint dès que la barre des 6% de chômage est franchie à la baisse, on compte désormais 12 pays européens dans cette situation. Certains atteignent des taux d’emploi record, comme la République Tchèque, avec 2,5% de chômage! Les anciens pays communistes sont à des niveaux d’emplois impressionnants, comme la Hongrie, la Pologne ou la Roumanie.

Au passage, le Royaume-Uni, promis à la destruction par l’élite française après le Brexit, est à 4,2% de chômage…

Des chiffres que les donneurs de leçons français feraient bien de méditer…

L’Europe retrouve le plein-emploi… sauf la France et l’Italie

Les derniers chiffres d’Eurostat montrent que l’Europe est désormais au plein-emploi… sauf en France et au sud. Ces statistiques en disent long sur la préférence française en matière de chômage.

Les chiffres d’Eurostat en disent long sur le décrochage que les pays latins subissent en Europe aujourd’hui. Les six pays dont le taux de chômage est supérieur à la moyenne de la zone euro sont tous regroupés sur le bassin méditerranéen: Espagne, France, Italie, Croatie, Grèce, Chypre.

Même le Portugal, longtemps mauvais élève, connaît aujourd’hui un boom économique avec un chômage inférieur à la moyenne de la zone euro.

Plein-emploi pour 12 pays de l’Union

Pour le reste, si l’on admet l’hypothèse que le plein-emploi est atteint dès que la barre des 6% de chômage est franchie à la baisse, on compte désormais 12 pays européens dans cette situation. Certains atteignent des taux d’emploi record, comme la République Tchèque, avec 2,5% de chômage! Les anciens pays communistes sont à des niveaux d’emplois impressionnants, comme la Hongrie, la Pologne ou la Roumanie.

Au passage, le Royaume-Uni, promis à la destruction par l’élite française après le Brexit, est à 4,2% de chômage…

Des chiffres que les donneurs de leçons français feraient bien de méditer…

Bientôt des licenciements dans les hôpitaux publics?

L’information est révélée par Force Ouvrière: le gouvernement s’apprêterait à faire paraître un décret fixant les modalités de licenciement économique dans les hôpitaux publics… en attente depuis 1986. La nouvelle devrait faire l’effet d’une bombe à un moment où la tension n’a jamais été aussi forte, du fait des réductions de moyens, dans les établissements de santé.

La possibilité de procéder à des licenciements économiques dans les hôpitaux publics existe depuis 1986. Elle est prévue dans les statuts de la fonction publique hospitalière. Mais cette disposition est peu pratiquée, notamment par l’absence d’un décret (prévu par la loi de 86) fixant l’ordre de priorité géographique pour les postes à proposer obligatoirement avant un licenciement sec. Le gouvernement devrait remédier à cette lacune qui dure depuis plus de trente ans.

Les licenciements dans les hôpitaux publics et l’injonction du Conseil d’État

En réalité, le gouvernement n’a pas sorti cette idée de son chapeau. Elle résulte d’une injonction du Conseil d’État. Dans un arrêt du 25 octobre 2017, celui-ci a enjoint au gouvernement de prendre le fameux décret tant attendu.

L’arrêt faisait suite à une saisine de la CFDT qui reprochait au gouvernement de ne pas vouloir prendre ce décret. L’affaire devrait donc être réglée.

Vers des licenciements collectifs dans les hôpitaux publics

Sur la portée de l’arrêt du Conseil d’État, on lira avec intérêt l’analyse de la direction juridique des hôpitaux de Paris. Celle-ci a, entre les lignes, mis le doigt sur les sujets qui font mal:

Le Conseil d’Etat considère que les dispositions des articles 92 et 94 relatives aux consultations préalables aux suppressions d’emplois et à l’indemnité en capital due aux fonctionnaires hospitaliers licenciés en raison de la suppression de leur emploi et ne pouvant prétendre à une pension de retraite avec entrée en jouissance immédiate n’impliquent pas la prise de dispositions réglementaires.

Toutefois, la mise en œuvre de l’article 93 de cette même loi, relatif à la priorité de recrutement sur tout emploi correspondant à son grade, exige que le pouvoir réglementaire fixe, par décret, le délai dans lequel le fonctionnaire dont l’emploi est supprimé se voit proposer trois autres emplois, l’ordre de priorité géographique selon lequel ces propositions lui sont faites et le délai de réflexion dont il dispose.

Le gouvernement devrait donc sécuriser les hôpitaux publics qui entendent recourir à des suppressions de postes.

Une fois de plus, le secteur public est avantagé

On notera que la mécanique de suppressions de postes dans le secteur hospitalier public se résumera donc à trois articles de loi et un décret. Beaucoup d’employeurs privés rêveraient d’une telle facilité.

On s’interrogera, pour le coup, et une nouvelle fois, sur la différence de traitement entre le secteur privé, criblé de réglementations absconses dans le domaine du droit du travail, et le secteur public qui s’arroge une étonnante souplesse de fonctionnement. S’agissant des hôpitaux, les cliniques privées ne manqueront sans doute pas de pointer du doigt la discrimination dont elles font l’objet.

Rappelons que la France présente l’originalité de mettre en concurrence, sur des activités de marché, des hôpitaux publics subventionnés par l’État et des structures privées qui obéissent à une réglementation différente… mais décidée par leurs concurrents publics.

Pimkie inaugure le début de la fin pour l’anarcho-syndicalisme

Pimkie a annoncé hier avoir présenté à son comité central d’entreprise un projet de rupture conventionnelle collective portant sur près de 200 départs volontaires. Cette enseigne commerciale inaugure donc une procédure nouvelle fraîchement adoptée par les ordonnances Macron. D’autres suivront, comme PSA. Est-ce la fin de l’anarcho-syndicalisme ou syndicalisme de contestation? En tout cas, ça sent le sapin.

Il fut un temps où le plan de sauvegarde de l’emploi induisait forcément de fortes montées en température au sein des organisations syndicales. D’où la réputation sulfureuse de ces procédures collectives qui étaient souvent très favorables aux salariés, puisqu’elles leur ménageaient d’excellentes conditions de départ.

Avec la rupture conventionnelle collective, la tendance devrait s’inverser durablement. Peut-être même les ordonnances Macron vont-elles réussir à donner une image positive à ces procédures négociées au sein des entreprises.

Pimkie et les accords majoritaires

Le principe de la rupture conventionnelle collective introduite par les ordonnances Macron repose en effet sur un accord majoritaire au sein de l’entreprise. Autrement dit, que l’entreprise soit ou non en difficulté, elle a la faculté de proposer des départs volontaires pour peu qu’elle obtienne un accord majoritaire avec ses organisations syndicales.

Cette logique ouvre des perspectives nouvelles au syndicalisme réformiste en entreprise. Beaucoup de salariés apprécient en effet des plans de départs volontaires qui leur permettent de se faire un « petit matelas » pour lancer un projet personnel.

La fin de l’anarcho-syndicalisme?

Pour les syndicats révolutionnaires ou anarcho-syndicalistes, cette annonce est de mauvaise augure. Leur fonds de commerce repose sur la contestation d’un capitalisme spoliateur où le prolétariat doit s’unir contre les propriétaires des entreprises pour défendre l’emploi. La brèche ouverte par les organisations syndicales qui acceptent de négocier des conditions de départ favorables dans des entreprises en bonne santé financière accélère le passage à une autre époque.

La difficulté des mouvements collectifs à mobiliser la « base » le prouve.

Dépenses publiques: premières critiques au sein de la majorité sur leur baisse insuffisante

Les dépenses publiques baissent-elles assez avec Emmanuel Macron? Non, bien sûr, puisqu’elles n’ont même jamais été aussi élevées. Au sein de la majorité présidentielle, des voix fortes commencent à se faire entendre pour le regretter.

On notera donc les propos de Jean-Louis Bourlanges (MODEM):

« Mon inquiétude, tout au long de la période budgétaire, a été que l’objectif de réduction des dépenses publiques n’a pas été clairement affiché en termes suffisamment ambitieux. On a dit qu’il fallait absolument tenir les 3% de déficit du PIB, qui était un engagement pris vis-à-vis de l’Europe et de nos partenaires allemands. Mais il fallait aller bien au-delà. Comment va-t-on opérer sur la longue durée ? » demande l’ancien parlementaire européen.

« Je serai rassuré quand je verrai d’abord un diagnostic » ajoute-t-il. « Quand on regarde les dépenses », les économies ne peuvent pas se faire sur « la justice », « dans la police » « les hôpitaux », « les professeurs » ou « l’armée » selon Jean-Louis Bourlanges. « Il reste les collectivités » selon le député Modem, et « ce qui coûte, en termes maastrichtiens, (soit) les retraites, le logement, l’Unedic, le système de Sécurité sociale. Et là, on est au b.a.-ba d’une réflexion stratégique ».

Risque psycho-social à l’hôpital public: En Marche continue l’injonction paradoxale

Le risque psycho-social, en partie induit par la poursuite d’objectifs financiers dans les services, est l’un des fléaux majeurs de l’hôpital public. Le ministère de la Santé vient d’inviter le CHU de Grenoble à mieux le prévenir… tout en annonçant plus d’un milliard d’économies nouvelles dans les hôpitaux. C’est ce qu’on appelle une injonction paradoxale: on augmente la pression financière, mais on demande aux managers de ne pas la faire sentir sur le terrain…

L’affaire vaut son pesant de cacahuètes! Le rapporteur du projet de loi de financement de la sécurité sociale 2018, Olivier Véran, a présenté un budget avec de fortes économies nouvelles dans les hôpitaux publics.

On notera par exemple que les hôpitaux doivent trouver 1,215 milliard € sous le titre: « Améliorer la performance interne des établissements de santé et médicosociaux ». Dans cette logique, on trouve l’optimisation des achats, mais aussi l’amélioration de la performance interne des établissements. Toutes ces expressions sont bien connues des personnels soignants, puisqu’elles riment avec une pression sur le terrain pour l’atteinte d’objectifs financiers.

Le risque psycho-social au coeur de l’hôpital public

Le même Olivier Véran, au demeurant ancien député socialiste, est aussi salarié du CHU de Grenoble, où la mise en place des objectifs financiers se traduit par une pression forte sur le personnel. La pression est même devenue si forte que le ministère de la Santé, qui ordonne les réductions de dépense, a dû dépêcher une mission pour apaiser les esprits.

Le rapport rendu par le ministère en dit long sur la mentalité des services centraux de l’administration, qui prennent des mesures drastiques mais invitent les managers de terrain à ne les appliquer que dans la joie et la bonne humeur. Les conclusions de ce rapport sont d’ailleurs sans appel:

« Le style de management, qui maintient de manière permanente une certaine pression sur les équipes et qui priorise le résultat […] doit s’infléchir », souligne-t-il, pointant son orientation prononcée « vers les problématiques budgétaires ».

Faites des économies, mais sans pression sur le personnel!

Du coup, le député Véran qui fait adopter des économies dans les hôpitaux reprend sa casquette de médecin pour dire:

« cette situation pourrit la vie des soignants au quotidien ».

Il ne fait décidément pas bon être manager dans l’hôpital public.