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Guerre de lobbying gramscien autour de la sécurité sociale et des complémentaires santé

S’il est bien un sujet où, contrairement aux apparences, l’acquiescement des Français et le travail de conviction ne vont pas de soi, c’est celui de la sécurité sociale et des complémentaires santé. Contrairement au mythe répandu par ses promoteurs, la sécurité sociale continue à faire, en France, l’objet d’une résistance dont quelques exemples sont fournis par l’actualité.

L’Etat jette toutes ses forces dans le lobbying pour défendre son monopole

L’IRDES, largement dépendant des pouvoirs publics mais très discret sur son financement (encore le goût de la transparence propre aux organismes publics et para-publics…), vient de publier une étude sur les complémentaires santé, dont la trame est cousue de fil blanc. C’est ce qu’on appelle le lobbying gramscien: au lieu d’avancer à visage découvert, on fait la promotion d’une idéologie en l’habillant sous couvert d’une étude scientifique produite par un organisme indépendant.

L’étude en question produit notamment ce diagramme, qui ne veut rien dire ou presque:

On comprend bien le propos de l’IRDES: les complémentaires santé coûtent plus cher aux pauvres que la sécurité sociale. Donc, il faut les supprimer et demander aux plus riches de payer encore plus cher leur santé pour que la sécurité sociale coûte moins cher aux plus pauvres. Bien entendu, l’étude s’abstient d’exprimer les données en valeur absolue, et de montrer que quand un pauvre consacre environ 10% de son revenu disponible de 1.000 euros à la santé (soit 100 euros), les classes moyennes en consacrent pratiquement le double, sur une somme bien supérieure (soit près de 20% sur d’un revenu disponible de 3.000 euros, soit 500 euros).

Mais le propos n’est pas de rappeler que si les pauvres peuvent bénéficier d’une santé pas cher, c’est grâce aux efforts importants consentis par les autres. Le propos gramscien est d’expliquer que le monopole complet de la sécurité sociale doit se réaliser, et donc qu’il faut supprimer les complémentaires santé parce qu’elles coûtent trop cher aux pauvres.

Décidément, on ne lésine pas avec les impôts payés par les plus riches pour justifier des positions absurdes puisque, rien ne prouve, redisons-le, qu’une santé sans remboursement complémentaire fait vivre les assurés sociaux plus vieux. Redisons-le, ce qui soigne, ce n’est pas la sécurité sociale, ce sont les médicaments et les traitements médicaux.

Si cher hôpital public

On saura gré au Figaro d’avoir pointé du doigt le coût des audits diligentés auprès de cabinets extérieurs par les hôpitaux parisiens, toujours à tendre la sébille pour obtenir une rallonge budgétaire. L’AP-HP dispose pourtant d’une cellule de consultants internes supposée rendre inutile ce type de missions. N’empêche, les assurés sociaux, y compris ceux du premier décile de revenus identifiés par l’IRDES, ont tous participé à hauteur de 1,2 million d’euros l’an dernier pour enrichir CapGemini et autres grands acteurs du domaine.

C’est bien connu, les frais de gestion du secteur public sont parfaitement maîtrisés!

Les employeurs investissent dans la santé de leurs salariés

On comprend pourquoi, au vu de ces dérapages, l’Etat ait besoin de mobiliser les grosses ficelles du lobbying gramscien. Le monopole de la sécurité sociale et l’absorption des complémentaires santé ne coule absolument pas de source pour les Français. On notera au passage qu’une étude commandée par la FFA et la FNMF auprès du cabinet Audirep montre que les employeurs investissent massivement dans la santé de leurs salariés.

Principale conclusion : la majorité des entreprises vont plus loin que le minimum légal dans la couverture santé de leurs salariés. Et ce, à plusieurs titres.

Sur la cotisation, d’abord. Alors que la loi prévoit une prise en charge minimale par l’employeur de la complémentaire santé de 50%, celle-ci est de 57% pour les PME-ETI-GE [petites et moyennes entreprises-entreprises de taille intermédiaire-grandes entreprises]. Dans les très petites entreprises (TPE), les employeurs sont encore plus généreux, avec 59% de la cotisation.

Concernant la couverture, plus de la moitié des entreprises ont opté pour un niveau supérieur au panier de soins minimum prévu par l’Ani ou à celui négocié par les branches, note Audirep.

Ceci montre que les éléments de liberté laissés dans la politique de santé joue en faveur des Français, et non le contraire. Ce constat est évidemment gênant pour tous ceux qui rêvent d’une nationalisation en bonne et due forme.

Attentat de Londres: les vidéos à voir

Après le tragique attentat de Londres, voici quelques vidéos à regarder pour comprendre ce qui s’est passé près de Westminster.

Londres dans la terreur

À ce stade, les journaux britanniques ne donnent pas l’idée du terroriste, mais signalent l’enthousiasme avec lequel les partisans de l’Etat islamique ont accueilli l’annonce de cet attentat.

Il convient d’attendre plus d’informations pour comprendre complètement les origines de cet inquiétant attentat à Londres.

Rappelons toutefois que la capitale britannique n’en est pas à son premier attentat…

Dans tous les cas, solidarité avec les Londoniens.

Macron ou le rêve éveillé, par Vincent Fromentin

Article paru sur la Lettre de Galilée.

Comment pouvait-il en être autrement ? À l’issue du Grand Débat organisé par TF1 et LCI avec les 5 « grands » candidats à la Présidentielle, c’est Macron qui a été jugé le plus convaincant avec 29% des intentions, selon un sondage Elabe rapporté par Europe1. Mélenchon, Le Pen et Fillon dans un mouchoir de poche, recueilleraient respectivement 20%, 19% et 19%. Benoît Hamon ne serait plébiscité que par 11 % des sondés.

La Lettre de Galilée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais comment pouvait-il en être autrement quand on voit l’affiche de l’annonce de ce débat historique sous la Vème république ? Emmanuel Macron est le seul à avoir le buste tourné à l’opposé de tous les autres candidats qui ont tous grise mine (à part lui qui semble bénéficier d’un traitement de faveur coloré et adouci…)

Le beau parleur qui siphonne le parti socialiste en ralliant les soutiens sait séduire. « Je vous aime farouchement mes amis » lançait-il à ses militants à Lyon. Et pourtant les affaires sont là :

  • Jean-Jacques Mourad, cardiologue, spécialiste de l’hypertension et conseiller santé d’Emmanuel Macron, a empoché plus de 80 000€ pour des interventions payées par Servier entre 2013 et 2016. Et Emmanuel Macron, dans son programme santé, souhaite le « rétablissement de la prise en charge à 100% des formes sévères de l’hypertension artérielle« , spécialité du laboratoire Servier. Il a fallu un tweet du Formindep pour faire tomber le bonhomme. Quelques heures après les révélations, le conseiller a quitté l’équipe de campagne. Pour autant, son frère, Bernard Mourad, ancien banquier conseiller de Patrick Drahi, patron de SFR, Libération, BFM TV ou L’Express, entre autres, reste toujours aux manettes comme conseiller spécial de Macron.
  • Anne Jouan, dans Le Figaro, pousse le bouchon peut-être un peu loin en relevant qu’il reste auprès de Macron un conseiller Santé, le Pr Jérôme Salomon. « L’homme n’est pas un inconnu : c’est un «Kouchner boy», et un proche de Didier Tabuteau, l’ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner au ministère de la Santé et premier directeur de l’Agence du médicament de 1993 à 1997… à des dates clés du Mediator. La boucle est bouclée.« 
  • surnommé « le vrai patron de Macron » (Le Point), Jean-Marc Borello est le monsieur social de Macron, potentiellement ministrable. Il est à la tête du Groupe SOS, 15 000 salariés et 800M€ de CA. Accessoirement, il fut gérant d’une boîte de nuit parisienne, le Palace, et condamné à ce titre à 6 mois de prison avec sursis en 1999 pour avoir « facilité le trafic et l’usage de stupéfiant« . « Un comble pour cet ennemi de l’addiction » qui fut nommé chargé de mission à la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) en 1982 titrait Libé en 2013. Mais certainement une épine dans le pied de Macron qui vient tout juste de présenter son « plan de moralisation de la vie politique » impliquant l’impossibilité pour un élu de posséder un casier judiciaire.

Le « candidat du Siècle« , au programme attrape-tout et encore flou, n’est pas exempt de conflit d’intérêts. Pourtant les affaires retombent comme des soufflets. Au cours du débat télévisé, Benoît Hamon ne s’est d’ailleurs pas privé de piquer le candidat au sujet de ses accointances avec les lobbies : « Pouvez-vous prendre l’engagement ici, parmi ces personnes qui ont fait des dons, n’y a-t-il pas plusieurs cadres de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie chimique ? » a-t-il lancé.

Le débat d’hier soir a confirmé son art consommé de la rhétorique mais révélé par certains aspects son manque d’épaisseur et d’expérience que beaucoup d’adversaires lui reprochent. « Plutôt à l’aise dans la riposte, il l’a moins été dans l’explication de son projet. Emmanuel Macron semble avoir été prisonnier de son positionnement, ni à droite ni à gauche, distribuant les bons points aux uns et aux autres selon les sujets. Une volonté d’apparaitre pragmatique qui lui a fait prendre le risque d’être flou. » analysait Vanessa Schneider pour Le Monde.

Ah oui. J’oubliais. Rassurez-vous. Le débat n’a pas évoqué -ou survolé de très haut- les questions de santé et de sécurité sociale. Comment pouvait-il en être autrement ?

Les infos utiles cachées par la présidentielle

Article écrit pour Atlantico

La campagne pour les présidentielles a occulté quelques informations importantes qu’il n’est pas inutile d’avoir à l’esprit pour comprendre la suite des événements.

Le relèvement des taux prévu en fin d’année

Peu à peu, l’inflation remonte vers sa ligne de flottaison fixée à 2% par les traités. Bon, personne ne sait trop si cette remontée est effective, mais elle est décrite par les statistiques officielles. Voilà qui tombe bien! l’écrasement des taux pratiqué par la BCE met les épargnants allemands (et les autres accessoirement) en rogne et dans un état de stress maximal. La pression des institutions financières pour une remontée des taux est forte.

Les marchés sont aujourd’hui à peu près convaincus que la Banque Centrale Européenne entamera ces manoeuvres à la fin de l’année 2017. Ce laps laisse le temps aux investisseurs et aux Etats de préparer leur réaction.

Pour la France, qui vit fondamentalement à crédit, et sur qui la baisse des taux a produit le même effet qu’une dose de cocaïne sur un clubber, la dissipation de ce cette drogue dure risque d’avoir un vrai impact dépressif. La remontée des taux signifie aussi un renchérissement du crédit… La vie sans réforme de structure risque de devenir beaucoup plus compliquée, et la charge de la dette entamera un cycle haussier.

Pour le prochain président, les facilités des années Hollande devraient être bel et bien finies. Il va falloir vraiment agir.

Vers une dangereuse guerre des changes?

Parallèlement, l’ordre mondial entame une phase tout à fait désagréable. La réunion des ministres des Finances du G20 jeudi dernier l’a montré. Les représentants des Etats participants se sont écharpés sur le recours à la dévaluation compétitive. Ils ont finalement accepté ce texte:

« Nous répétons qu’une volatilité excessive et des mouvements désordonnés des taux de change peuvent avoir des implications préjudiciables pour la stabilité économique et financière ».

« Nous serons en contact étroit sur le marché des changes. Nous confirmons nos engagements précédents sur les taux de change et notamment que nous nous abstiendrons de toute dévaluation compétitive et que nous n’emploierons pas les taux de change à des fins concurrentielles. »

Il ne faut pas se louper dans le décodage de ce charabia en apparence vide. Le G20 est désormais placé sous la pression trumpienne du protectionnisme et de la dévaluation du dollar. Trump a très bien compris qu’un dollar élevé pénalise ses exportations. Le G20 semble avoir obtenu un report d’une stratégie de dévaluation du dollar.

En revanche, le G20 a fait chou blanc sur le protectionnisme. Elle est désormais loin l’époque où les nations célébraient le libre-échange comme espérance pour toute l’humanité. L’ordre mondial glisse sans hâte mais avec détermination vers du chacun chez soi confinant parfois à un affrontement larvé.

L’Allemagne s’assume comme puissance européenne dominante

La même semaine, une rencontre injustement qualifiée de surréaliste en France a permis à Donald Trump de mettre quelques petites choses au clair avec Angela Merkel. En particulier, il a expliqué que l’Allemagne ne payait pas assez pour sa défense ni pour la protection militaire apportée par les Etats-Unis. La chancelière a approuvé ce point de vue.

Là encore, il faut décoder les idées implicites dans ces prises de position. Jusqu’ici, il était admis que l’Allemagne devait être une puissance démilitarisée. Rappelons que ce que Trump appelle la protection accordée à l’Allemagne est aussi une occupation en bonne et due forme. Cette doctrine passe. L’Allemagne est désormais appelée à s’émanciper.

Pour la France, l’évolution en profondeur de la situation mérite réflexion. Le déclin français est désormais une donnée handicapante dans un couple qui ne vit plus la triangulation avec la Grande-Bretagne au sein de l’Union Européenne.

L’inertie de l’élite française face à ces infos

Face à ces nouveaux déterminants qui deviendront particulièrement visibles en 2018, l’élite française a, comme toujours depuis une trentaine d’années, un temps de retard et un immobilisme angélique inquiétant.

Peu d’énarques admettent les bienfaits de la désinflation compétitive et occultent complètement la supériorité de l’Allemagne due à sa compétitivité hors prix. La technocratie française reste donc aveuglément adepte d’un euro fort et risque de suivre sans complexe la BCE lorsque celle-ci acceptera sans broncher les dévaluations du dollar orchestrée par l’équipe Trump.

De même, l’admiration béate de l’élite française pour le couple franco-allemand, sans avoir compris l’évolution profonde de celui-ci depuis la réunification, risque d’accélérer les tensions internes en France contre un ordre européen déséquilibré.

Les langues de bois officielles en plein tourment

On terminera cette rapide revue d’actualité en signalant un article de la revue Nature Climate Change, qui attribue la fonte de la banquise à une activité humaine dans une proportion allant de 30 à 50%. Une remarque du texte fait sourire:

« Si ce phénomène naturel cessait ou s’inversait dans un proche avenir, nous assisterions à un ralentissement de la tendance à la fonte rapide, voire verrions la banquise s’étendre de nouveau », écrit le principal auteur de l’étude, Qinghua Ding, de l’Université de Californie.

Sur le long terme, l’accumulation des gaz à effet de serre constituera un facteur de plus en plus dominant, écrit-il dans un courriel.

Là encore, lisons entre les lignes: le scientifique qui a étudié la fonte de la banquise considère que l’activité humaine sera dominante dans le phénomène « à long terme ». Autrement dit, la part de l’activité humaine est aujourd’hui secondaire dans le recul des glaces. Cette donnée, volontiers niée par la théorie du réchauffement climatique dû au gaz de serre, avait déjà été avancée en 2013 et avait fait polémique.

Scandale à Paris: Anne Hidalgo fait-elle ficher les opposants politiques?

Anne Hidalgo couvre-t-elle un fichage (entre autres) des opposants politiques dans certains arrondissements? Il faut absolument lire le dernier rapport de la Chambre Régionale des Comptes d’Ile-de-France sur les attributions de place en crèche pour comprendre que, dans certains arrondissements, des fonctionnaires zélés mentionnent à la main, sur des dossiers, l’appartenante politique ou l’orientation sexuelle des parents.

Le rapport pointe, au passage, l’extrême disparité des politiques d’attribution de crèches à Paris (sauf pour les agents de la Ville, qui sont systématiquement favorisés). En réalité, Paris n’a pas dépolitisé ses attributions de places en crèche. Celles-ci demeurent un élément de la féodalité des maires d’arrondissement.

Voici un extrait croustillant du rapport:

Les phases de recueil des informations complémentaires et de préparation des commissions posent des problèmes au regard de la loi dite « informatique et libertés »

Certains arrondissements (Y, V, U et X) procèdent à des saisies de données à caractère personnel relatives aux demandeurs de places de crèche, dont l’étendue dépasse largement celle des critères d’attribution fixés par le règlement de fonctionnement des établissements et repris dans l’application SIPE, lequel a fait l’objet d’une déclaration par la Ville à la Commission Nationale Informatique et libertés.

Ils souhaitent détailler ou compléter l’information sur les situations familiales, dans un but affiché de meilleure adaptation à leurs besoins spécifiques.

Ils recourent pour cela à la constitution de fichiers non automatisés (manuels) constitués de dossiers papier (allant de simples fiches récapitulatives de l’inscription éditées par SIPE et comportant fréquemment des annotations manuscrites, à l’établissement de dossiers individuels comportant l’ensemble des pièces produites par les parents à l’appui de leur demande, mais aussi de courriers, courriels, interventions…). Ces annotations peuvent simplement préciser ou détailler des informations saisies dans l’application, de manière parfois anecdotique (mention d’étage du domicile non doté d’un ascenseur), parfois révélatrice d’un manquement au principe d’équité (mention d’un parent « élue sur la liste de M… », maire de l’arrondissement voisin.)

Ils les complètent parfois de tableaux établis sous tableur Excel, comportant une partie des données saisies dans SIPE mais aussi des zones de commentaires libres sur les situations des familles. Ces tableaux (très complets dans l’arrondissement Y) sont utilisés pour préparer les choix d’attribution et diffusés à cet effet à tout (arrondissement Y) ou partie (arrondissement V) des membres des commissions d’attribution14.

La qualification de données à caractère personnel (DCP), au sens de la loi informatique et libertés du 6 janvier 1978 modifiée le 6 août 2004, des informations recueillies, est incontestable. Le caractère de « traitement » des DCP n’est pas douteux (collecte de l’information, conservation, consultation, communication…).

Les cinq principes posés par la loi citée s’appliquent tant aux fichiers informatiques (traitements automatisés) qu’aux fichiers « manuels » mentionnés précédemment :

– le principe de finalité, selon lequel les données à caractère personnel ne peuvent être recueillies et traitées que pour un usage déterminé et légitime ;

– le principe de proportionnalité, selon lequel seules doivent être enregistrées les informations pertinentes et nécessaires ;

– le principe de durée limitée de conservation des données ;

– le principe de sécurité et de confidentialité ;

– le principe du respect du droit des personnes, droits d’accès et de rectification notamment.

La loi impose la déclaration des fichiers de traitement « automatisé » tels que les tableurs mentionnés ci-dessus.

Le fait que les arrondissements parisiens ne disposent pas de la personnalité morale dévolue à la Ville et au département de Paris est sans incidence sur l’obligation de déclaration, qui pèse sur le « responsable du traitement », lequel se situe au niveau de la mairie d’arrondissement, au cas d’espèce. La question de la personnalité morale ne se poserait que dans le cas de procédures éventuelles de sanction conduites par la CNIL. Lors de l’instruction et dans les années précédentes, la déclaration de fichiers informatisés à la CNIL était de droit commun, du type « déclaration normale ».

Ce mode de déclaration devrait évoluer dans les semaines ou mois à venir, car la commission a pris une délibération n° 433 du 10 décembre 2015 portant adoption d’une norme simplifiée relative aux traitements automatisés de données à caractère personnel mis en œuvre par les collectivités territoriales et les personnes morales de droit public et de droit privé gérant un service public aux fins de gérer les services en matière d’affaires scolaires, périscolaires, extrascolaires et de petite enfance, dite norme simplifiée n°58, norme qui sera publiée dès que la rédaction des fiches pratiques à y annexer sera terminée. A compter de sa publication, les collectivités concernées devront procéder à une « déclaration simplifiée », déclaration de conformité de leur traitement automatisé à la norme simplifiée.

Il apparaît utile de citer plusieurs extraits de la délibération de la CNIL, applicable aux traitements automatisés utilisés notamment pour la préinscription et l’inscription dans le domaine de l’accueil de la petite enfance, au sein des établissements et services d’accueil des enfants de moins de six ans, au sens des articles L. 2324-1 et R. 2324-17 du code de l’action sociale et des familles, en soulignant que si leur formalisation par cette délibération est nouvelle, les dispositions citées sont relatives à des obligations préexistantes :

« Des données à caractère personnel et pièces justificatives ne peuvent être collectées que si elles sont adéquates, pertinentes et non excessives au regard de la finalité poursuivie par le responsable de traitement. Ce dernier doit ainsi être en mesure de justifier du caractère nécessaire des données à caractère personnel et des pièces justificatives effectivement collectées. »

A cet égard, il peut être relevé que des mentions constatées lors du contrôle15 sont certainement excessives par rapport à la finalité du traitement (au sens de l’article 6-3 de la loi n°78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés). Si elles ne peuvent sans examen approfondi relever des données définies à l’article 8-I de la loi, (interdites, sauf exceptions, en raison des informations qu’elles « font apparaître, directement ou indirectement sur les origines raciales ou ethniques des personnes, ou qui sont relatives à la vie sexuelle de celles-ci »), elles paraissent pouvoir être génératrices de discrimination.

« Le responsable de traitement doit, lors de la collecte, mettre clairement en évidence les données qui doivent obligatoirement être renseignées de celles qui sont facultatives. »

La délibération liste les données qui peuvent être collectées et traitées, et leurs exclusions ou réserves éventuelles.

Elle rappelle que « conformément à l’article 6-5° de la loi du 6 janvier 1978 modifiée, des données à caractère personnel ne peuvent être conservées que le temps strictement nécessaire à l’accomplissement de la finalité pour laquelle elles ont été collectées » et précise qu’elles « ne doivent ainsi pas être conservées, en base active, au-delà de la durée de l’inscription de l’enfant dans un établissement ou service d’accueil des enfants de moins de six ans. »

« Conformément à l’article 32 de la loi du 6 janvier 1978 modifiée, les représentants légaux des enfants concernés par les services visés à l’article 2 doivent être informés, préalablement à la mise en œuvre du traitement, de l’identité du responsable de traitement ou de son représentant, de la finalité poursuivie par le traitement, du caractère obligatoire ou facultatif de chaque donnée, des destinataires ou catégories de destinataires des données, de l’existence et des modalités d’exercice des droits d’opposition pour motif légitime, d’accès aux données les concernant, et de rectification.

Le responsable du traitement doit prendre toutes les précautions utiles pour préserver la sécurité des données à caractère personnel notamment au moment de leur collecte, durant leur transmission et leur conservation ».

Les conditions d’usage de tableur Excel par l’arrondissement Y, observées durant l’instruction, ne respectaient pas le cadre juridique en vigueur, ses utilisateurs n’étant pas conscients de sa nature de fichier automatisé soumis aux obligations résultant de la loi informatique et libertés.

Il n’apparait pas non plus que les interlocuteurs de la chambre dans les arrondissements qui constituent des dossiers « papier » soient conscients que les données à caractère personnel qui y sont consignées doivent également respecter les principes généraux posés par la loi informatique et libertés.

La chambre appelle tous les acteurs concernés au respect de la réglementation relative à l’informatique et aux libertés.

En réponse à ce rappel à la loi, la Ville a indiqué que « la Municipalité souscrit sans réserve à la nécessité de se conformer strictement aux lois et règlements relatifs à l’usage de fichiers de traitements de données à caractère personnel (informatisés ou manuels). Les pratiques mises en cause par la Chambre sont fermement condamnées par la Maire de Paris. Une note du Secrétariat Général adressée aux Mairies d’arrondissement a rappelé la nécessité absolue de se conformer à la réglementation. Ce rappel a également été adressé par la Maire de Paris aux Maires d’arrondissements. »

 

14 L’usage de ces tableaux Excel est justifié par le maire de l’arrondissement V par « l’utilisation partielle à ce jour de l’outil » SIPE. 

15 Par exemple : « Deux mamans » ; « le père n’est pas régularisé ».

Pays-Bas: à quoi sert le mythe de la vague populiste en Europe?

Article écrit pour Atlantico

Les élections aux Pays-Bas ont confirmé la vivacité d’un mythe qui ressort à chaque élection dans un pays d’Europe occidentale: celui de la vague populiste qui risque de submerger les résultats et de balayer l’héritage démocratique. Lors des élections régionales en Allemagne, mais aussi lors des élections en Autriche ou, hier, lors des élections hollandaises, la bien-pensance française met chaque fois les résultats sous tension, exprimant en réalité ses propres angoisses intérieures: l’extrême-droite est soupçonnée de pouvoir gagner haut-la-main les élections. Et puis patatras, les résultats tombent: la vague n’arrive pas et l’extrême-droite reste minoritaire.

Dans le cas des Pays-Bas, le parti des libertés de Geert Wilders obtiendra probablement 20 sièges au Parlement, et rien de plus. Mais pourquoi avoir agité ce mythe de la vague alors?

Une sémantique de la diabolisation

On notera d’abord tout le registre sémantique dans lequel puise les bien-pensants qui adorent parler de cette « vague populiste ». L’objectif est forcément de représenter la vie politique européenne menacée par une force incontrôlable et volontiers irrationnelle. C’est le principe de la « vague » ou du « raz-de-marée ». Ce vocabulaire exprime bien l’angoisse des élites européennes face à un mouvement populaire qui les remettrait en cause.

On peut d’ailleurs se demander qui est le moins rationnel dans cette compréhension du jeu politique. Sont-ce ces prétendus « populistes » (mot fourre-tout qui permet de se dire démocrate tout en méprise le « peuple » qui devrait avoir le pouvoir), ces mouvements « d’extrême-droite » qui montent en puissance, ou ces partis traditionnels dont l’argumentation se résume à dénoncer le risque d’une « vague populiste », sans aucune proposition sérieuse pour l’éviter? Comme au moment du Brexit, on retrouve bien cette dénonciation officielle de la bêtise, de la vulgarité, selon un schéma binaire qui laisse perplexe sur le degré de compréhension de la réalité dans les élites.

Ce que nous dit la « vague populiste », c’est d’abord la prostration de nos élites face à un monde qui change et qu’elles diabolisent faute de la comprendre.

Une stratégie de mise au pas de nos démocraties

Mais l’expression de vague populiste n’est pas seulement une façon de trahir ses angoisses. C’est aussi, comme toujours, une manière grossière de tenir les opinions publiques, à travers la menace du « jeu de l’extrême-droite ».

C’est particulièrement vrai en France où les élites dirigeantes ont usé et abusent de la ficelle. Il n’est pas si loin le temps où des représentants des partis n’hésitaient pas à expliquer dans des débats publics que l’appel au renouvellement des élites, ou à leur démocratisation « faisait le jeu du Front National ». Cette vilaine manie a confiné à l’absurdité: tout est devenu prétexte à invoquer le diable populiste comme inspirateur de toute volonté de renforcement de la démocratie.

En 2013, par exemple, Claude Bartolone avait lutté contre la publication du patrimoine des députés en déclarant: « ce serait céder à ce syndrome du populisme contre lequel je me bats ». Il avait même poussé la provocation jusqu’à soutenir: « vu les messages que je reçois, je pense que ma position est majoritaire. Certains m’encouragent aussi, car ce n’est pas si facile de se positionner avec autant de liberté de ton. Mais c’est mon rôle […]. En fait, plus ça avance, plus je me pense renforcé« .

On vient bien la mise sous pression constante de la revendication démocratique rendue possible par l’appel au diable populiste. Si tu n’entres pas dans la combine des élites, c’est que tu es au lieux un allié objectif de l’extrême-droite, au pire l’un de ses représentants actifs.

L’élite française ou l’éloge de l’absurdité

Ce faisant, les contempteurs du populisme ne manquent pas d’air. Ils sont en effet capables, dans le même raisonnement, de dépeindre sous les mêmes vocables la menace fasciste qui est à nos portes et les revendications démocratiques portées par une frange désormais majoritaire de l’opinion publique. Celle-ci veut en profondeur une transparence sur la vie publique prévue par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Son article 15 prévoit en effet:

La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

L’application de cet article est largement qualifiée de « populiste » par l’élite française, qui accepte éventuellement de rendre compte à ses pairs, à des représentants qu’elle a nommés, mais surtout pas à la « société », rebaptisée aujourd’hui société civile. Dans le mouvement de prise en otage de la démocratie que la noblesse contemporaine mène quotidiennement, l’extrême-droite et la société civile demandeuse de transparence sont systématiquement mises dans le même sac.

Ce renvoi dos-à-dos est en réalité la première cause de la montée des « populismes » en Europe: à force de ne rien vouloir changer aux démocraties représentatives vieillissantes, à force de stigmatiser l’aspiration à un approfondissement des pratiques démocratiques, les élites européennes ont convaincu une grande partie de l’opinion publique qu’une alliance tactique avec l’extrême-droite était inévitable pour secouer un système qui se crispe sur ses privilèges.

La réaction nobiliaire met la démocratie en danger

On le voit, le vrai risque aujourd’hui n’est pas dans une fantasmatique vague populiste, mais bien du côté de ceux qui agitent ce fantasme comme un repoussoir pour asservir les opinions publiques. La technique est d’ailleurs vieille comme le monde: elle s’appelle la fièvre obsidionale. Elle fut largement pratiquée par tous les régimes totalitaires. Elle consiste à inventer une menace permanente, omnipotente, invasive, létale, pour appeler à la discipline, à l’unité nationale, c’est-à-dire à l’acceptation de tout.

Toute la difficulté, en France, c’est la réaction nobiliaire qui avance derrière le masque de la vague populiste pour justifier l’injustifiable. Vous devez accepter les connivences, les conflits d’intérêt, le népotisme, la reproduction des élites, la spoliation par un Etat inefficace, sinon vous êtes populiste. La société française ne se débloquera et ne retrouvera la prospérité que lorsqu’elle aura dépassé cette réaction de la noblesse française face au progrès.

L’angoisse de l’entrepreneur face à la clause Molière

La clause Molière a envahi le langage courant avec une vitesse foudroyante, qui en dit long sur l’attente à laquelle elle correspond. Elle consiste à exiger, dans les commandes publiques, les entreprises détentrices des marchés à employer des salariés qui parlent français. Cette mesure est présentée comme une forme de protectionnisme identitaire. Pour beaucoup d’entrepreneurs, elle est synonyme d’angoisse.

Une clause si maladroite

Soyons clairs! imaginer que la clause Molière contribue à protéger la main-d’oeuvre française est une erreur manifeste d’appréciation. Une grande partie, en effet, de l’immigration employée dans nos entreprises est francophone. C’est particulièrement le cas des Africains (les Sénégalais, les Maliens, les Camerounais) et des Nord-Africains qui viennent travailler sur nos chantiers.

Face à cette réalité, la clause Molière constitue en réalité une nouvelle obligation discriminante pour les entreprises, et un nouveau transfert de charge de l’Etat vers les entrepreneurs. Ce devrait en effet être à l’Etat d’établir des distinctions, s’il le souhaite, entre les salariés qui exécutent la commande publique. Avec cette clause, la charge repose sur le chef d’entreprise: c’est à lui de dire oui à un Congolais sur un chantier, parce qu’il parle français, et dire non à un Nigérian, parce qu’il parle anglais. Et tant pis si le Congolais qu’il doit garder est nul alors que le Nigérian était excellent. La commande publique n’a pas besoin de salariés compétents pour être menée à bien, mais de salariés qui parlent français.

Supposons! mais dans ce cas-là, prenons bien garde au boomerang qui se prépare. Vu le niveau de sortie de nos écoles publiques, beaucoup d’Africains francophones parlent aujourd’hui éminemment mieux le français que nos décrocheurs scolaires. Dans ce cas-là, comment appliquer la clause Molière?

Le fantasme de l’immigré qui prend la place des Français

J’entends ici la petite musique habituelle sur les immigrés, les clandestins, les détachés, qui prendraient le travail des Français. Il est quand même que les entrepreneurs qui recrutent des étrangers s’expriment haut et fort sur le sujet.

C’est mon cas: en tant qu’employeur, je recrute régulièrement des étrangers. Des vrais! qui viennent d’Afrique francophone. Pourquoi fais-je ce choix? Pour des raisons politiquement incorrectes que les Français ont pourtant besoin d’entendre afin de mesurer l’étendue des dégâts causés par trente ans de laxisme dans les services publics, notamment dans le service public de l’Education.

D’une manière générale, la main-d’oeuvre française (et particulièrement celle « de souche ») pose un problème double. D’une part, les Français sont globalement attirés par les paillettes ou la sécurité. Ils cherchent prioritairement un emploi dans la fonction publique, secondairement un contrat à durée indéterminée dans les grands groupes. Ils disposent souvent d’un diplôme supérieur et rechignent à exécuter des tâches subalternes. C’est leur deuxième problème: les Français ont compris que le monde du salariat était fait de protections épaissies chaque année par un législateur avide de se constituer une popularité à bon compte. L’idée que leur contrat de travail les oblige à atteindre des résultats ne leur paraît pas couler de source.

D’où une situation aberrante où, avec plus de 3 millions de demandeurs d’emploi, le recrutement est devenu un parcours du combattant. Combien de recruteurs n’ont pas entendu, au moment où ils appelaient un jeune Français pour lui dire qu’il était embauché, la phrase fatidique du: « Mais je dois prendre mes vacances avant de commencer chez vous? »

Le recrutement de l’Africain francophone présente, face à ce risque, d’innombrables avantages: le candidat a généralement besoin et envie de travailler, il trouve qu’il est bien payé, et il n’a pas besoin de prendre de vacances avant de commencer son contrat.

Imaginer que chasser les uns permettra de recruter les autres est évidemment un mensonge. Les entrepreneurs du bâtiment n’auront pas de peine à en témoigner.

Ce grand remplacement s’explique par la protubérance de la fonction publique

Cet état de fait, qui peut surprendre de prime abord, a des explications statistiques précises.

Souvenons-nous d’abord qu’une classe d’âge en France compte 700.000 personnes environ. Sur ces 700.000 personnes, 150.000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. Pour des tâches nécessitant un minimum de compétences, la France dispose donc d’un gisement naturel de 550.000 jeunes. Parmi ceux-ci, un maximum de 100.000 obtient un mastère.

Chaque année, la fonction publique absorbe la majorité de ces diplômés à bac +5, parfois en leur confiant des missions subalternes. Il ne faut jamais oublier que la fonction publique d’Etat et la fonction publique territoriale recrutent chaque année 60.000 personnes. Pour la fonction publique hospitalière, la masse des recrutements n’est pas publiée mais, par extrapolation, on peut considérer qu’elle concerne environ 30.000 personnes. On notera que la fonction publique d’Etat recrute très majoritairement des diplômés à Bac +4 ou +5.

Encore ne s’agit-il que de recrutements sur concours. Si l’on tient compte de l’ensemble des recrutements publics (y compris en contrat à durée déterminée ou en vacations), le rapport l’Horty a montré que, chaque année, la France recrutait 500.000 agents publics.

Certes, ces recrutements concernent plusieurs classes d’âge. Mais il faut avoir conscience que, globalement, la fonction publique assèche le vivier français de diplômés par ses recrutements sur concours et que les entreprises peinent donc, surtout si elles sont moyennes ou petites, à attirer des talents. D’une manière générale, une PME ou une TPE qui publie une annonce de recrutement est accablée de réponses rédigées par des candidats dont les autres employeurs n’ont pas voulu. Très souvent, ces réponses ne correspondent pas au besoin attendu et, tout naturellement, l’employeur se tourne vers des étrangers pour combler ses besoins.

C’est ce qu’on appelle le chômage frictionnel. En réalité, la mauvaise qualité du système éducatif français est la première cause du grand remplacement auquel on assiste.

La délicate question de l’identité française au travail

Est-ce à dire que les employeurs sont heureux de cet état de fait où la survie de leur entreprise exige qu’ils se tournent vers une main-d’oeuvre étrangère?

Globalement, non, bien sûr. Mais (comme c’est mon cas), quand on cherche désespérément des doctorants à recruter et qu’aucune école doctorale universitaire ne vous envoie de candidats, quand on recrute des étudiants en contrats de professionnalisation et que l’université avec qui on a contracté ne remplit aucune de ses obligations d’insertion, quand l’Association Nationale de la Recherche et de la Technologie (qui gère les contrats de doctorants en entreprise) passe plus de temps à vous empoisonner la vie et à organiser des déjeuners à 200 euros la place avec le Premier Ministre qu’à aider les entreprises à recruter, alors on baisse les bras et on se dit qu’après tout, on ne peut pas être plus royaliste que le Roi.

En revanche, les recrutements d’étrangers posent des problèmes de cohésion interne. Là encore, mettons sur la table les sujets qui fâchent. Depuis la montée en puissance de Daesh, le nombre de femmes musulmanes qui demandent à porter le voile au travail augmente. Le législateur français a réglé cette question pour la fonction publique en interdisant le voile sur le lieu de travail. En revanche, il laisse les employeurs se débrouiller seuls dans leur entreprise, avec des jurisprudences de la Cour de Cassation d’une complaisance inouïe pour la « diversité ».

On se félicitera donc que la Cour de Justice de l’Union soit venue, aujourd’hui, appuyer les employeurs français qui veulent imposer des règles de laïcité dans leurs murs. Plutôt que des clauses Molière qui sont de la poudre de perlimpimpin, ce sont des décisions de ce genre que les entrepreneurs attendent de leurs élus. Mais indécrottablement, ceux-ci justifient leur réputation de grands diseus et de petits faiseus.

La sécurité sociale nuit gravement à la santé: la preuve par l’exemple

La sécurité sociale nous est régulièrement servie comme la grande invention de la Libération grâce à laquelle le bonheur sur terre est possible. Mais l’envers du décor est moins rose, et les défenseurs de cette vieille dame sont loin d’être des anges sans conflit d’intérêt. Il faut d’ailleurs se demander à qui profite la sécurité sociale aujourd’hui.

Le Mediator, scandale emblématique de la sécurité sociale et de ses dangers

Le Mediator est ce médicament produit par le laboratoire Servier à partir des années 70 et retiré de la vente en 2009. Sa dangerosité est reconnue assez tôt, mais les autorités sanitaires françaises vont tarder, de façon troublante, à le retirer de la vente pour des raisons qui sont loin d’être éclaircies. En Suisse, par exemple, le médicament est retiré de la vente en 1997. Il faudra attendre douze ans, et le combat d’Irène Frachon, pour que la France lui emboîte le pas.

Pire, à partir des années 2000, le Mediator est devenu le principal coupe-faim du marché, alors même que sa dangerosité était connue.

La passivité de l’Assurance Maladie face au désastre

Pourquoi l’assurance maladie n’a-t-elle pas pris l’initiative de ne plus rembourser le Mediator? Pourquoi n’a-t-elle pas fait son métier d’assureur en recommandant clairement aux médecins de ne plus prescrire ce médicament dangereux?

Dans la pratique, les caisses primaires semblent avoir régulièrement sanctionné des médecins pour avoir prescrit le Mediator en dehors de ses indications. L’Assurance Maladie s’est même fendue d’un courrier à l’Agence du Médicament sur le Mediator. Et pourtant, rien n’a bougé.

On lira ici, avec délectation, les propos de Martin Hirsch, un temps directeur de cabinet du ministre de la Santé, Bernard Kouchner:

Pour l’heure, les responsables de 1997 bottent en touche. A commencer par Bernard Kouchner, alors secrétaire d’Etat chargé de la Santé qui, dans Le Journal du Dimanche du 19 décembre rappelle que «l’alerte et l’urgence» est «ce qu’il a fait de mieux dans sa vie». «On se demande pourquoi on n’a jamais entendu parler du Mediator. Il y a eu des dysfonctionnements, reconnaît Martin Hirsch (alors directeur de cabinet de Bernard Kouchner. Ce médicament aurait dû être dans la charrette de l’Isoméride. Et il ne l’a pas été. Il y a eu une grosse bataille pour interdire l’Isoméride, c’est le même labo, ces médicaments ont les mêmes effets, il n’y avait aucune raison de s’arrêter là.» Pour Martin Hirsch, tout ceci est «incompréhensible». Il faudra pourtant bien comprendre.

Si le directeur de cabinet du Ministre de l’époque (devenu directeur général de l’AP-HP) peut expliquer qu’il n’avait jamais entendu parler du Mediator, c’est peut-être parce que l’assureur supposé protégé les assurés, à savoir la sécurité sociale, n’a pas suffisamment mis en garde le ministre contre le laxisme de l’Agence du Médicament, devenue ensuite AFFSAPS, puis ANSM.

La question de l’accès aux données de santé

Il faut dire que la sécurité sociale est un assureur commode et accommodant pour les laboratoires pharmaceutiques et les médecins. Alors qu’elle détient une mine d’or sur les données de santé, qui lui permettraient d’améliorer considérablement l’efficacité de notre système sanitaire si elles étaient utilisées de façon intelligente et ouverte, la sécurité sociale prend bien garde à en tirer le parti le plus minimaliste possible. Les données sont couvertes d’une chape de plomb, et tout est fait pour éviter qu’elles ne servent à contrôler l’efficacité des prescriptions.

Si l’assurance maladie agissait efficacement pour protéger les assurés (par exemple en exigeant la fin de la commercialisation des médicaments qu’elle sait dangereux), elle utiliserait ses bases de données pour piloter la santé et orienter les pratiques médicales. Le rapport de force avec l’agence du médicament ou tout autre autorité chargée d’autoriser les mises sur le marché des médicaments serait en sa faveur. Mais, pour des raisons politiques, l’assurance maladie est un « nain » qui vit dans l’ombre des pouvoirs publics.

L’Assurance Maladie doit faire son métier d’assureur

Dans le scandale du Mediator, il paraît évident aujourd’hui que l’assurance maladie a ménagé les autorités désignées par le ministre, même si celles-ci sont aujourd’hui épargnées par le devoir de transparence pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons demain. On ne s’étonnera pas de voir aujourd’hui Didier Tabuteau, premier directeur général de l’Agence du Médicament en 1995, renvoyer l’ascenseur à l’assurance maladie, en proposant que celle-ci absorbe les complémentaires santé.

Mais combien d’autres scandales l’assurance maladie couvre-t-elle aujourd’hui?

On prend ici l’exemple du professeur Grimaldi, autre grand défenseur du monopole de la sécurité sociale. Ce diabétologue a reçu un prix remis par une structure lige de l’industrie du sucre. Dans le même temps, il donne des interviews pour expliquer qu’il ne faut pas « diaboliser le sucre ». On s’étonne que la toute-puissante assurance maladie ne mette pas bon ordre dans ces mélanges de genre.

Le bon sens est en effet que l’assureur protège efficacement ses assurés, y compris en garantissant un engagement des médecins à soigner leurs patients. Face au laxisme actuel de l’assurance maladie, on comprend que beaucoup, dans le corps médical, en redemandent. Mais est-ce bien le rôle de la sécurité sociale de couvrir ces dérives?

À qui profite le laxisme de l’assurance-maladie?

Une tentation est de croire que les défenseurs de la sécurité sociale intégrale sont attachés à la solidarité de façon désintéressée. En grattant un peu, on s’aperçoit que le combat pour la sécurité sociale cache des intérêts industriels et économiques bien sentis. Il est dommage que la presse subventionnée s’intéresse trop peu à ces questions.

Le diabétologue Grimaldi, défenseur de la Sécu, et ses liens avec l’industrie du sucre

Le diabétologue André Grimaldi ne manque pas une occasion de défendre la sécurité sociale, qu’il présente comme un « élément fort du pacte social français qui rassemble des gens de droite comme de gauche ». On adore ce genre de sortie heureuse, optimiste, où tout le monde s’aime et se tient par la barbichette dans un euphorie universelle. Mais… grattons un peu.

Grimaldi et ses pétitions

Déjà, en 2013, Grimaldi avait lancé une pétition « pour sauver la Sécu ». Il y écrivait, avec d’autres:

La Sécurité sociale a eu pour ambition pendant un demi-siècle de permettre aux malades d’être soignés sans qu’il ne leur en coûte (trop) tout en cotisant en fonction de leurs ressources. (…) Depuis une décennie, au lieu de renforcer la lutte contre les dépenses injustifiées et de donner un nouvel élan au service public de l’assurance maladie, le choix a été fait de transférer progressivement la prise en charge des soins courants (c’est-à-dire hors hospitalisation et hors affections de longue durée ALD) vers les assurances dites «complémentaires» (mutuelles, institutions de prévoyance et assureurs privés à but lucratif). Aujourd’hui, la Sécurité sociale ne rembourse plus qu’environ 50 % des soins courants et bien moins encore pour les soins d’optique, dentaires et d’audioprothèses. Si l’on poursuit dans cette voie, la protection sociale ne prendra bientôt plus en charge que les patients les plus démunis et les malades les plus gravement atteints.

Ah! lutter contre les dépenses injustifiées et donner un nouvel élan au service public de l’assurance maladie! on adore.

En 2016, il écrit, toujours avec d’autres:

Pour maintenir la solidarité entre les bien portants et les malades, entre les plus jeunes et les plus vieux, entre les personnes ayant des niveaux de revenus différents, la Sécurité sociale doit continuer à rembourser non seulement les affections graves et les maladies de longue durée mais aussi les soins courants, préventifs et curatifs , dès lors qu’ils sont justifiés et que les traitements prescrits ont une efficacité démontrée.
Les économies doivent être faites sur les traitements inefficaces, les prescriptions injustifiées et les hospitalisations évitables (soit plus de 20% des dépenses), sur le prix parfois exorbitant et non justifiable des médicaments et dispositifs médicaux nouveaux, sur le coût de la gestion du système de santé (les frais de gestion des mutuelles et compagnies d’assurances représentent 20% de leur chiffre d’affaires contre 6% pour la Sécurité sociale).

Ben oui! il ne faut surtout pas que la sécurité sociale se désengage d’un certain nombre de traitements. On comprend bien…

Le faux nez de la solidarité

Bien entendu, on le notera, ces combats généreux sont menés au nom de la solidarité avec les plus pauvres. C’est forcément pour protéger les plus faibles qu’on aime la sécurité sociale, selon une distinction binaire facile à comprendre: sécurité sociale = service public = défense des plus pauvres. En revanche, organismes complémentaires = entreprise privée = grands méchants qui défendent les riches.

Solidarité, c’est le mot magique qu’il faut prononcer quand on veut justifier les coups de force les plus absurdes (car, rappelons-le, personne ne propose de remettre en cause la prise en charge des maladies graves, mais il est de bon ton de le faire croire à tout bout de champ: il n’est de meilleure rumeur que celle qu’on fait courir soi-même)

Le diabétologue Grimaldi et le sucre

Dans la foulée, le diabétologue Grimaldi aime bien donner des interviews qui me rassurent, car elles sont très déculpabilisantes. Moi, qui adore le sucre, quand je le lis, je me dis que je suis très loin du diabète. Par exemple, cette interview donnée au Figaro et publiée le 7 février 2012, sous le titre évocateur « Il ne faut pas diaboliser le sucre ». Chouette! on en redemande.

Voici notamment ce qu’il y déclare:

Le Pr André Grimaldi, diabétologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, met en garde contre cette «diabolisation» excessive. «Les complications engendrées par un excès de sucre concernent essentiellement les gros buveurs de soda, ceux qui boivent plus de trois, quatre litres par jour, et risquent le surpoids», souligne-t-il. Mais les Américains sont bien plus concernés par la surconsommation de ces boissons que la France, Antilles exceptées, souligne-t-il.

Ouf! le grand professeur qui défend la solidarité et la sécurité sociale nous dit qu’on peut boire des sodas sans inquiétude, pourvu qu’on en boive moins de trois litres par jour. On va bien relire cette phrase hallucinante:  « les gros buveurs de soda, ceux qui boivent plus de trois, quatre litres par jour ». Donc, tu bois deux litres de Coca-Cola sucré par jour, et tu ne risques pas le diabète.

Le même Grimaldi ajoute:

Selon le Pr Grimaldi, le fructose ne peut être tenu directement responsable de l’hypertension, des maladies cardio-vasculaires ou du diabète, car ces complications découlent elles-mêmes le plus souvent d’un surpoids. Or, rappelle le diabétologue, «quand on interroge les Français, on s’aperçoit que le problème vient plutôt du fait qu’ils mangent trop gras et boivent trop d’alcool, pas forcément qu’ils consomment trop de sucre» (…) Au final, «il ne faudrait surtout pas que cette étude donne l’impression que l’on va régler le problème du diabète dans le monde en interdisant les bonbons aux enfants ou le gâteau occasionnel», résume le diabétologue.

On respire!

Le diabétologue Grimaldi reçoit le prix Benjamin Delessert

En farfouillant un peu, on tombe sur ce document tout à fait curieux publié par l’institut Benjamin Delessert, très discret sur son financement et sur sa présidence. Il s’agit du compte-rendu de la journée annuelle de nutrition organisée par ledit institut. Ce tableau mérite un intérêt particulier:

Comme on le voit, en 2009, André Grimaldi a reçu le prix Benjamin Delessert, dont le montant n’est pas divulgué, sauf erreur de notre part, au public.

On notera que l’institut Benjamin Delessert remet aussi des prix de recherche d’un montant de 10.000€, dont le comité scientifique décidant l’attribution, en 2004, était composé de la façon suivante:

Comme on le voit, la proximité d’André Grimaldi avec l’institut Benjamin Delessert n’est pas nouvelle.

Mais qui finance l’institut Benjamin Delessert?

L’institut Benjamin Delessert est une association loi 1901 très discrète sur son activité administrative et sur sa gouvernance. On sait cependant que le siège de l’association se trouve au 23 avenue d’Iéna, à Paris. Quand on consulte les Pages Blanches, on trouve quelques autres institutions prestigieuses:

Et encore:

On imagine que le professeur Grimaldi a bien dû se rendre compte, dans ses visites à l’institut dont il a reçu le prix, qu’il était logé dans un immeuble très très proche de l’industrie sucrière.

L’institut Benjamin Delessert fait l’éloge du sucre

D’ailleurs, l’institut Benjamin Delessert est spécialement dévoué à l’éloge du sucre. C’est d’ailleurs pourquoi il porte ce nom! Voici l’explication donnée par l’institut lui-même:

Vive le sucre, donc!

L’institut Benjamin Delessert, création de l’industrie du sucre

Dans le document de 2010 déjà cité, on trouve d’ailleurs cette interview passionnante:

Ben voilà, fallait pas chercher plus loin! L’institut Benjamin Delessert a été créé en 1976 par l’interprofession sucrière pour peser sur les discours officiels en matière de nutrition. Et c’est donc cet institut qui nourrit des liens affectueux avec le diabétologue Grimaldi qui nous parle d’améliorer la prise en charge sanitaire en France par la solidarité et la sécurité sociale.

C’est une structure totalement dédiée au « lobbying » du sucre auprès de l’opinion publique. Comme le dit le président de l’interprofession, tout cela est transparent et légitime. D’ailleurs, les comptes de l’association ne sont pas publiés. Transparence oblige!

De là à penser que le professeur Grimaldi, lorsqu’il veut « dédiaboliser » le sucre, ait maille à partir avec l’industrie sucrière… En tout cas, on peut penser que ses plaidoyers pour le remboursement des maladies diverses et variées dont s’occupe la sécurité sociale aujourd’hui s’expliquent aussi par l’obsession de ne pas voir d’organismes complémentaires mettre de l’ordre dans ces mélanges de genre.

Mais cela ne se peut, Grimaldi défend la sécurité sociale et la solidarité.

La réponse affligeante des sbires d’Asselineau à mon article

Après mon article de ce matin sur Asselineau, qui avait le bon goût de dénoncer la stigmatisation dont le bonhomme est l’objet, voici les messages sur Twitter que je reçois de « l’économiste » de ce parti qui cultive la paranoïa:

 

Les jeux compliqués d’Asselineau

Manifestement, en dehors de son président, l’UPR manque singulièrement de main-d’oeuvre éclairée. Dommage pour les opposants à l’Union Européenne.

Je me permets du coup de citer un échange de mail lunaire que j’avais eu avec l’UPR l’an dernier:

Il se trouve que j’ai un jour assisté, dans mon tourisme politique, à une réunion avec Asselineau qui m’a laissé perplexe. Bref, j’accepte la rencontre, en précisant que je connais Asselineau et l’ai déjà rencontré… et je reçois ce message.

Et là, tu comprends que le gars, il a un ego tellement surdimensionné qu’il ne prend même pas le temps ou le soin de te contacter directement.

Je n’ai pas donné suite à cette demande alambiquée parce que j’ai passé l’âge des prises de tête. Mais, m’entendre rétorquer aujourd’hui, de la part de ces esprits labyrinthiques, à une argumentation politique qu’elle s’expliquerait par une jalousie vis-à-vis d’Asselineau parce que, en 2002, je suis sorti 67è (je crois, me souviens plus bien) du classement de sortie de l’ENA alors que, en 1985, Asselineau était sorti deuxième…. on mesure immédiatement que le premier problème de l’UPR, c’est sa capacité à nouer un débat rationnel.

Et je pratique l’euphémisme.