Accueil » Actualité

Catégorie : Actualité

Augmentation du SMIC: quand les Républicains (et Guillaume Peltier) pratiquent le confusionnisme

Guillaume Peltier, réputé proche de Laurent Wauquiez et de sa ligne, a commis une déclaration tonitruante: selon lui, il faudrait augmenter fortement le SMIC, « de 10, 15 ou 20% ». Cette vieille recette, largement discutée par le passé, et dont la nocivité pour les classes moyennes est bien connue, montre toute la confusion idéologique où les Républicains sont entraînés aujourd’hui, faute d’une refondation claire de leur pensée.

.@G_Peltier : « Pourquoi ne pas imaginer en France la hausse du #Smic?Je sais que c’est un tabou à droite » #le79Inter pic.twitter.com/2xEBwSbk1W

— France Inter (@franceinter) 19 juin 2018

De Guillaume Peltier, nous ne retiendrons pas ici son passage au Front National avant d’intégrer le monde des Républicains. Nous retiendrons plutôt que, comme beaucoup de jeunes élus, il n’a jamais connu la vie en entreprise, sauf celle qu’il a créée (qui fait du conseil en affaires publiques), et qui n’est guère représentative d’une entreprise ordinaire. Il a commencé sa carrière comme professeur du second degré avant de bifurquer en politique.

Il est à l’image de nombreux politiques français, à gauche comme à droite, pour qui le secteur privé et la libre concurrence constituent des énigmes ou des sujets de connaissance théorique. Et comme souvent quand on connaît mal un sujet, on l’aborde avec des clichés faciles et des caricatures, et on propose pour lui des solutions toutes faites qui ne sont guère réalistes, mais qui vont dans le sens du vent.

En proposant une augmentation massive du SMIC, Guillaume Peltier n’a pas échappé à cette règle. Ce faisant, il a montré une fois de plus que la réaction des Républicains face à Macron n’est certainement pas de se rapprocher de la réalité, ni du réalisme, mais de se réfugier dans des fantasmes passéistes trop peu crédibles pour préparer le temps d’une reconquête.

Les propos incohérents de Guillaume Peltier

Reprenons d’abord la citation exacte de Guillaume Peltier:

« J’entends tous les jours nos travailleurs souffrir. Ils travaillent pour une rémunération dérisoire. Vous croyez qu’on peut vivre en France, décemment avec 1200 euros net par mois? » s’est indigné Guillaume Peltier avant de prôner « un électrochoc de 10, 15 ou 20% » d’augmentation, avec, en contrepartie, une baisse des charges « drastiques » pour les entreprises.

La vidéo précise que Guillaume Peltier a ajouté une phrase ahurissante: la baisse drastique de charges se justifierait « parce qu’il ne faut pas que ça pèse sur les entreprises ». Il faut être tout droit sorti de la fonction publique et n’avoir jamais dû verser de sa poche le salaire de ses employés pour imaginer qu’une hausse des salaires de 10, 15 ou 20% ne pèse sur les entreprises que s’il n’y a pas de baisse des charges. On voit ici la connaissance superficielle de la réalité des salaires en France s’étaler au grand jour.

Il ne s’agit pas de dire que Guillaume Peltier méprise les salariés. Au contraire, il se fait l’écho d’une souffrance réelle, celle des travailleurs payés à peine au-dessus du SMIC et qui peinent à boucler leurs fins de mois avec des revenus trop bas. Simplement, Peltier en reste à une approche émotionnelle et morale du salaire (celle de Mr Toutlemonde qui dit: il faut augmenter les salaires), sans chercher à comprendre les déterminants économiques réels qui sont à l’oeuvre dans les éléments qu’il déplore.

L’écrasement des salaires français autour du SMIC

Rappelons d’abord à Guillaume Peltier quelques réalités mathématiques. Écartons le sujet des « charges », et posons le SMIC net mensuel. Il est, à 2 euros près, de 1.150 euros, ce qui n’est effectivement pas beaucoup. Une augmentation de 15% l’amènerait à environ 1.325 euros nets.

Le tableau ci-contre rappelle la ventilation des salaires en France. 10% des salariés de notre pays (c’est-à-dire grosso modo 1,5 millions de Français) sont payés au SMIC ou à peine 60 euros de plus. Une augmentation de 15% du SMIC les placerait au même niveau que le décile suivant. Il ne resterait plus dès lors que 400 euros mensuels de différence entre les salariés les moins payés et la médiane des salaires, c’est-à-dire la somme que perçoivent nos « classes moyennes ».

De cet élément objectif, on retirera d’abord que la mesure proposée par Guillaume Peltier, qui consiste à augmenter seulement les plus bas salaires, comporte un impact psychologique désagréable pour les ceux qui se sentent « rattrapés »par le bas, sans véritable perspective d’augmentation. En réalité, Guillaume Peltier propose, par une décision politique, de réduire de près de moitié la distance qui sépare les classes moyennes des travailleurs les moins bien payés. Le signal est excellent pour ces derniers, il est très mauvais pour les premiers.

Politiquement, on s’étonnera quand même que la politique des Républicains ne s’inquiète pas de ce genre d’effets.

Le fantasme des baisses de charge gratuites pour le contribuable

Mais la vraie question n’est pas ici… elle est plutôt dans l’étrange logique post-chiraquienne ou post-hollandaise de cette mesure qui donne l’impression que la baisse des charges s’exerce de façon gratuite. C’est l’État qui paie, comme disait un incompétent en poste à l’Élysée il n’y pas si longtemps, et qui semble avoir beaucoup influencé Guillaume Peltier.

Car, que nous dit ce proche de Wauquiez, sinon qu’il faut augmenter les plus petits salaires tout en diminuant les charges qui pèsent sur eux? La formule a, ne lui en déplaise, un goût de réchauffé qui laisse un peu pantois.

Car l’histoire de la baisse des charges sur le SMIC taraude les gouvernements qui se succèdent depuis de longues années, de gauche comme de droite. La « droite sociale et populaire » dont Peltier se réclame n’a pas hésité par le passé à développer une théorie sur le sujet, qui a inspiré la gauche. Il s’agissait de dire que le chômage de masse en France s’expliquait par le coût du travail peu qualifié, trop important par rapport à nos voisins. De là, l’idée de « baisser les charges » sous 1,6 SMIC (c’est-à-dire pour 50% des salariés comme on l’a vu ci-dessus) qui fait florès depuis les années 90.

Personne n’a pu prouver que la mesure (abondamment pratiquée en France) permettait d’éviter le chômage. Mais tout le monde en connaît le prix: grosso modo, ce sont 25 milliards annuels qui s’envolent en fumée de la poche du contribuable pour financer le manque à gagner de la sécurité sociale dans cette fameuse affaire de baisse de charges. Un rapport officiel de 2017 en a rappelé les termes et les limites.

Autrement dit, la mesure que propose Guillaume Peltier de « baisses de charge » en compensation de la hausse des salaires ne serait pas à somme nulle, comme l’ancien professeur de lycée qu’il est semble le croire. Elle a un coût pour le contribuable, probablement de plusieurs milliards supplémentaires, qu’il faudra bien trouver pour ne pas amputer la sécurité sociale d’un magot dont elle a besoin pour équilibrer ses comptes.

Et qui donc va payer? le contribuable bien sûr, c’est-à-dire notamment les salariés au SMIC qui vont voir un bout de TVA augmenter, soit sur les travaux qu’ils veulent faire dans le petit pavillon qu’ils se paient péniblement, soit sur le restaurant qu’ils tentent de fréquenter une fois par mois pour se donner l’impression de vivre comme les autres.

Bref, ce qui aura été donné d’une main sera repris de l’autre.

Les classes moyennes, ennemies des Républicains?

On sait comment se termine d’ordinaire le genre de mesures « populaires » que Guillaume Peltier propose. Elles permettent un affichage politicien facile, mais leur financement pèse toujours in fine sur les classes moyennes, le ventre mou du pays dont on pense qu’il a toujours du gras à liposucer pour amortir le choc de promesses intenables.

Augmenter le SMIC de 15% n’échappera pas à la règle. Soit la mesure ne s’accompagne pas de baisses de charges, et elle se transformera en une nouvelle perte massive de compétitivité de l’emploi peu qualifié en France, c’est-à-dire par plus de chômage. Soit la mesure s’accompagne d’une baisse de charges, et le coût de celle-ci pèsera sur les classes moyennes.

Dans les deux cas, la mesure est émotionnellement bonne dans l’immédiat, mais à terme socialement désastreuse pour les Français et pour leur économie, car il faudra bien la payer à son juste prix d’une façon ou d’une autre. Le scénario le plus vraisemblable est qu’elle se traduise par une nouvelle saignée fiscale sur les classes moyennes dont notre pays a le secret.

C’est cela, l’option partisane des Républicains, semble-t-il. Chasser sur les terres des plus bas salaires et taxer à terme les classes moyennes. On reste un peu perplexes sur la pertinence de ce choix stratégique. Car les salariés au SMIC représentent 1,5 millions de personnes. Les classes moyennes en représentant beaucoup plus.

Le MEDEF à l’aube d’un affrontement fratricide?

Le Conseil exécutif s’est exprimé hier sur les candidats à la présidence. Geoffroy Roux de Bézieux a obtenu 22 voix et Alexandre Saubot en a obtenu 16. Patrick Martin, du MEDEF rhônalpin en reçoit 5 et Olivier Klotz, président du MEDEF Alsace obtint une voix. Alexandre Saubot maintient sa candidature et pourrait ainsi ouvrir une importante crise au sein de la maison MEDEF.

Il devrait y avoir de l’ambiance au MEDEF dans les semaines qui nous séparent de l’élection à la présidence. Le Conseil Exécutif a en effet hier exprimé (statutairement) sa préférence pour l’un des candidats à la présidence: Geoffroy Roux de Bézieux, challenger malheureux de Pierre Gattaz en 2013, et bien décidé à prendre une présidence qui lui avait été ravie sur le fil il y a cinq ans.

À l’époque, Roux avait obtenu 19 voix du conseil exécutif, contre 18 à Gattaz. Mais il avait quand même renoncé à combattre sans véritable contrepartie. Certains ont pu imaginer qu’il avait reçu de Pierre Gattaz la promesse de lui succéder…

Dans cette affaire, et si cette hypothèse est vraie, Gattaz se sera montré plutôt bon camarade. Non seulement, par sa passivité à organiser le changement des statuts dans les temps, il a grillé la candidature de Jean-Dominique Sénard, soutenue par l’Élysée. Mais il a procédé à quelques aménagements du Conseil Exécutif en dernière minute (là aussi dans le respect des statuts). Ces changements n’ont manifestement pas nui à la candidature de Roux de Bézieux.

Pourquoi Alexandre Saubot s’obstine

À l’issue du vote, Alexandre Saubot a annoncé qu’il maintenait sa candidature… Avec deux voix de moins que Pierre Gattaz en 2013, l’ancien président de l’UIMM ne réalise ni une contre-performance ni un score épatant. Il peut légitimement attribuer cette « baisse » de l’industrie au récent remaniement du conseil exécutif par Gattaz.

Sachant que ce vote est purement indicatif (façon Second Empire et candidat officiel), Saubot semble décidé à aller jusqu’au bout. Il peut afficher une certaine confiance, car il pourra compter sur de puissantes voix: celles de l’UIMM (également votante dans les MEDEF territoriaux), mais aussi de la banque, devraient lui assurer un bon score. Plusieurs autres fédérations devraient se joindre à lui, même si on peine aujourd’hui à savoir ce qui relève de soutiens officiels ou d’initiatives individuelles.

Ce climat nébuleux ouvre de véritables perspectives. Peu de gens s’essaient à des pronostics, car le jeu paraît très ouvert. Dans tous les cas, l’UIMM semble bien décidée à ne pas abandonner une présidence qu’elle avait perdue pendant huit ans sous Laurence Parisot, avec les conséquences néfastes pour le patronat qu’on connaît.

Cette confrontation prévisible entre un industriel familial comme Saubot et un capitaliste financier comme Roux de Bézieux illustre de façon emblématique les fractures qui touchent le capitalisme français aujourd’hui. Toute la question est de savoir à quoi ressemblera le MEDEF après la victoire de l’un des deux lutteurs.

Dans l’hypothèse d’une victoire de Roux de Bézieux, ancré sur une ligne libérale et plutôt « lâché » par les grandes fédérations, celles-ci pourraient avoir la tentation d’accorder une importance désormais secondaire au MEDEF. Peut-être même l’UIMM pourrait-elle avoir envie de faire cavalier solitaire.

Dans l’hypothèse d’une victoire d’Alexandre Saubot, les libéraux risquent de perdre tout intérêt pour la vie patronale telle qu’elle est constituée aujourd’hui. Cette désaffection sera nourrie par le sentiment que le président est élu par les fédérations contre le voeu des patrons de terrain.

Toutes les aventures pourraient être possibles.

Le lobbying du sucre, un exemple à suivre par les filières et les industries qui font le bad buzz

Le lobbying du sucre devrait servir de modèle à de nombreuses industries, notamment agro-alimentaires, suspectées des pires turpitudes. Les producteurs français du sucre sont en effet parvenus, à l’instar de leurs collègues et concurrents internationaux, à « infiltrer » de façon positive l’opinion publique, de telle sorte qu’une grande partie des méfaits du sucre sont occultés…

C’est en lisant par lassitude ou par ennui les indications sur l’emballage que je me suis aperçu de mon erreur. Depuis plusieurs semaines, je ne manquais pas une occasion, dans le TGV, de m’acheter une boîte de « Gula », présentée comme un assortiment de graines saines pour la santé, pour me livrer à une séance de « grignotage décomplexé », comme l’évoque le site de la marque. Mais, en détaillant les valeurs nutritionnelles de ces petites friandises à la mode, j’ai compris qu’elles comportaient un petit vice discret: leur teneur en sucre, qui n’a rien de diététique, et sur laquelle la marque.. communique peu. Une fois de plus, je me suis dit que la puissance de l’industrie du sucre est de parvenir chaque fois à percoler ses produits sans le dire. Tu manges des graines réputées très saines et particulièrement utiles pour ta santé, et tu avales en fait des quantités colossales de sucre.

Voilà une véritable prouesse qui mérite d’être relevée. Les fabricants de sucre ont endormi la vigilance des consommateurs. Autant les producteurs de viande, d’huile, de vin, de tabac, sont identifiés comme les grands méchants chaque fois qu’on le peut (et alors même que la société française ne cesse de faire l’éloge de ses produits agricoles de toujours), autant les producteurs de sucre parviennent à passer inaperçus et à neutraliser la plupart des buzz négatifs qu’ils pourraient susciter.

Une industrie qui avance en rang ordonné

Cette maîtrise de l’image n’a rien de hasardeux. Elle est le fruit d’une stratégie concertée, menée intelligemment, froidement, par une industrie extrêmement concentrée et réunie dans le SNFS, le Syndicat National des Fabricants de Sucre. Installé dans la très bourgeoise rue Copernic, ce syndicat réunit les 4 producteurs français: Cristal Union, Saint Louis Sucre (acheté par l’allemand Südzucker en 2001), Lesaffre Frères (groupe familial du Nord) et Ouvré (Seine-et-Marne). Cette branche d’activité, très liée à la récolte des betteraves, a l’avantage d’avancer de façon très cohérente. Le faible nombre d’acteurs n’y est pas pour rien: 4 entreprises pour un secteur, ça limite les palabres inutiles et ça facilite les prises de décisions stratégiques.

Faible en nombre d’entreprises, la branche du sucre est économiquement puissante. Ses acteurs communiquent volontiers sur la production ou sur les surfaces cultivées. Mais ils se montrent plus discrets sur leur chiffre d’affaires: entre 4 et 5 milliards € et une première place européenne dans la production de sucre. Ils emploieraient de leur propre aveu plus de 40.000 salariés.

On mesure tout de suite la force que constitue, pour un secteur économique, ce chiffre d’affaires important dégagé par un petit nombre d’acteurs, très conscients de ses enjeux collectifs.

L’explosion de la consommation de sucre

Cette puissance tient largement à la capacité des producteurs de sucre à vendre leur production sous une multitude de formes. Au début du dix-neuvième siècle, chaque Français consommait environ 2 kilos de sucre par an. Il en consomme aujourd’hui environ 35 kilos.

Cette explosion, qui va de pair avec une épidémie de diabète, mais aussi d’obésité et de tout un tas d’autres dérèglements, constitue un défi autant technologique que commercial. D’une part, les producteurs doivent raffiner des quantités colossales de betterave très rapidement dans des usines qui tournent trois mois par an. D’autre part, ils doivent sans cesse trouver de nombreux débouchés au sucre pour écouler leur production.

Ainsi, le « sucre de bouche », qui représentait encore 50% de la consommation en 1960, n’en représente plus que 15% aujourd’hui. Cet effritement en dit long sur la nécessaire injection de sucre « ajouté » dans une multitude de produits qui n’ont aucun besoin d’être sucrés. C’est une question de survie pour le secteur.

L’image du sucre, un enjeu très sensible

Dans ces conditions, l’industrie du sucre a dû se poser la question de l’image attachée au produit qu’elle fabrique. Assez logiquement, la multiplication par près de vingt de la quantité de sucre ingérée quotidiennement par l’organisme en l’espace de deux cents ans suppose de neutraliser les campagnes de mise en garde sur les effets indésirables de ce phénomène. La profession s’est organisée très efficacement pour y faire face.

Elle a eu l’intelligence de mener de front deux types d’actions concomitantes. D’une part, la profession a mobilisé des actions d’influence classique, notamment auprès des pouvoirs publics. D’autre part, elle a fortement infiltré les « élites » et les relais d’opinion pour qu’ils l’aident à améliorer l’image du sucre.

Le sucre et son lobbying classique

Du côté du lobbying « classique », l’industrie sucrière est présente à l’Assemblée Nationale et au Sénat à travers des cabinets de lobbying ou par une présence directe, dument enregistrée par les pouvoirs publics. Saint Louis Sucre dispose même d’une entrée directe dans l’hémicycle.

Ces actions bien évidemment indispensables pour orienter le contenu des réglementations foisonnantes qui sortent chaque année de nos assemblées sont connues. Dans le cas du sucre, elles se doublent d’un dialogue soutenu avec l’exécutif.

On trouvera par exemple un très instructif rapport gouvernemental (en l’espèce rédigé par deux hauts fonctionnaires du ministère de l’Agriculture) de 2015, sur l’avenir de la filière. Il montre comment la haute administration et l’exécutif lui-même se préoccupent des problématiques liées à cette activité fortement exportatrice…

On y lira entre autres ces considérations: « il est un sujet qui justifie encore plus que l’ensemble des acteurs d’une filière sucre élargie réfléchissent et travaillent en commun : celui de la valorisation de l’importance du sucre dans l’alimentation et donc de la défense de son image et de sa place dans la société. Dans la perspective des débats tout à fait légitimes en cours dans les instances européennes, comme au niveau national, autour des problématiques de nutrition et d’information du consommateur, ainsi que de la promotion de l’image du savoir-faire français qui est associé à la production et au travail du sucre, il nous paraît du devoir des fabricants mais aussi des utilisateurs de sucre d’anticiper, de nourrir la réflexion en y apportant de la matière et de mettre sur la table des propositions alternatives et constructives. » (page 87).

L’action sur l’image du sucre

Autrement dit, sur la recommandation même des pouvoirs publics (mais elle n’avait pas besoin d’être mise en garde pour en être convaincue), l’industrie sucrière a consacré des moyens importants pour convaincre le consommateur de l’innocuité d’un produit dont ses aliments sont truffés. C’est ici que se niche l’originalité du lobbying sucrier, très orienté vers une sorte d’hégémonie culturelle dans le domaine de l’alimentation.

Pour parvenir à ses fins, l’industrie sucrière a mobilisé deux importants leviers qui méritent d’être analysés en détails.

La question des officines

Premier point essentiel, le Syndicat National des Fabricants de Sucre a créé une masse d’officines chargées de défendre l’image de son produit. Ces officines sont le plus souvent présentées comme étrangères à la profession elle-même.

On retiendra deux officines majeures qui correspondent peu ou prou à cette description.

Le Centre d’Étude et de Documentation du Sucre (CEDUS) ne cache pas son lien avec la profession. Mais il avance volontiers masqué, derrière des sites plus neutres comme « Sucre info » ou « VraiFaux.lesucre.com« . Ces sites visent à diffuser une information positive sur le sucre à destination du grand public.

L’institut Benjamin Delessert, quoique domicilié dans les mêmes locaux que le SNFS, cache pour sa part plus volontiers ses liens avec la profession. Il faut dire qu’il ne s’adresse pas au grand public, mais plutôt aux « élites » intéressées par le sucre.

De ce point de vue, il aspire à une forme d’objectivité difficilement compatible avec un lien de dépendance trop étroit qui serait affiché avec la profession.

Les liens avec les diabétologues, les nutritionnistes et les chercheurs

L’institut Benjamin Delessert sert précisément à développer l’influence du sucre dans les milieux scientifiques. Pour ce faire, une cascade de comités et de prix sert à distinguer les chercheurs et les relais d’opinion sur la question.

On notera en particulier la composition de son « comité scientifique« : on y retrouve un nombre important de praticiens hospitaliers spécialisés dans les maladies liées au sucre. Ce comité témoigne de la relation d’influence que l’industrie sucrière est parvenue à établir avec des milieux qui devraient en principe lui être hostiles.

Dans cette construction, l’industrie du sucre est parvenue à réaliser de véritables prouesses sans susciter les réprobations qu’on aurait pu craindre. Ainsi, en 2009, l’institut a remis un prix au diabétologue André Grimaldi, alors star médiatique. Trois ans plus tard, le lauréat de ce prix déclarait à la presse: « Il ne faut pas diaboliser le sucre ».

On voit ici l’efficacité de la méthode employée par l’industrie du sucre pour se « rapprocher » des prescripteurs médicaux. À force de les récompenser et de les promouvoir, elle obtient d’eux qu’ils évitent d’adresser au grand public une communication qui serait trop alarmiste.

C’est en ce sens que l’industrie du sucre est efficace. Elle n’a bien entendu pas empêché que la causalité du sucre dans le développement de certaines maladies ne soit connue. En revanche, elle a permis de neutraliser le catastrophisme des discours sur le sujet.

Ceci explique que l’opinion publique soit largement convaincue que la matière grasse est plus dangereuse pour la santé que le sucre…

Un modèle à suivre pour d’autres professions?

Pour toutes les professions soumises à un bad buzz (et on pense tout particulièrement à la filière viande), les techniques d’influence utilisées par l’industrie du sucre méritent donc d’être suivies de près. Elles permettent en effet de désamorcer dans la durée de nombreuses crises médiatiques.

On retiendra en revanche que ces actions portent à long terme et supposent un investissement patient. L’influence ne se fabrique pas en quelques jours, ni même en quelques semaines.

Article paru sur Le Courrier des Stratèges.

Zidane est-il le meilleur gourou de la post-modernité?

Difficile d’échapper aujourd’hui à l’annonce par Zidane de son départ du Real de Madrid. L’engouement pour cette information dépasse largement le simple cadre du sport et interroge sur le pouvoir du silence et de l’énigme dans la société contemporaine. Zidane se livre peu… et cette capacité au silence lui donne un immense pouvoir de communication! Une leçon que les politiques, qui attendent le retour de l’histoire tragique, devraient méditer longuement.

Le sphinx Zidane a pris tout le monde à contre-pied, hier, en annonçant son départ du Real de Madrid, après de nombreux trophées décrochés en un temps record. L’icône de l’équipe de France qui avait remporté le Mondial en 1998 a encore frappé! Impossible d’échapper à cette information somme toute annexe à un moment où Trump fait voler le libre-échange et le Traité de l’Atlantique Nord en éclats, et à un moment où l’Europe plie le genou sous l’effet des différentes forces centrifuges qui la secouent. Qu’importe! L’information footballistique était plus importante…

Le charisme mythique de Zidane, essentiellement fondé sur le silence, n’y est pas pour rien…

Zidane, ou la communication par le silence

Jamais sans doute une vedette hyper-médiatisée n’avait autant pratiqué le silence comme instrument de communication. Zidane n’est pas seulement discret dans ses apparitions… il est aussi peu loquace lorsqu’il apparaît, et cette espèce de recours au silence pour dire les choses participe fortement du mythe qui l’entoure. Face à des micros, Zidane ne dit pratiquement rien. En tout cas, il est extrêmement avare de mots.

Loin de le disqualifier, cette faible appétence pour l’art oratoire a beaucoup porté sa popularité. D’une certaine façon, Zidane est beaucoup plus écouté parce qu’il ne dit rien, et ses silences font beaucoup plus sens que ses paroles ne pourraient le faire s’il se décidait à parler.

Au fond, Zidane ne parle vraiment que lorsqu’il a quelque chose à dire. C’est un puissant signe distinctif dans une époque où la parole est maintenue en éveil constant, comme s’il était impérieux de parler sans arrêt, de « communiquer », même quand on a absolument rien à ajouter au cours des choses.

En ce sens, Zidane est bien l’opposé de ce qui est présenté comme notre époque. Face à l’injonction de « communiquer », de marquer de l’empathie, de la bienveillance, face au devoir de s’exprimer, Zidane pratique la règle inverse: il se sent obligé de ne rien dire, ou d’en dire très peu. C’est pour ça qu’il est si populaire.

Zidane exprime-t-il le désir le plus obscène de notre époque?

Que le silence soit devenu une valeur irremplaçable dans notre monde (et si prisée parce que si rare) dans notre société n’est pas surprenant. Depuis quelques décennies, une sorte de dictature de la parole s’est installée, où nous sommes mis en demeure de couvrir le vacarme d’une société marchande par d’interminables explications sur le sens des choses.

N’en déplaise à mes amis de BFM, mais ils en sont un peu la meilleure illustration en France… On est obligé d’informer non seulement en temps réel, mais aussi en temps irréel, c’est-à-dire en permanence et sans discontinuer, même quand aucune infirmation ne se justifie. Il faut occuper le crachoir à longueur de journée, et maintenir nos cerveaux dans un état qui oscille entre l’urgence sans fin face à des choses parfois infimes et une forme d’hypnose moderne face au monde, où tout ce qui s’y passe est reformaté pour entrer dans les mêmes cases, quelle que soit leur importance.

Encore est-il injuste de limiter à l’information le champ de la parole incontinente. Progressivement, l’ensemble de la société occidentale a banni le silence, et tout spécialement le silence de la solitude. Il n’est plus d’espace où il soit sanctuarisé: partout, il faut du bruit, de la musique, du « son », comme on dit. Le son est devenu tyrannique, jusqu’à nous assourdir.

Quel bonheur, lorsque nous croisons un Zidane! Il nous ramène d’un coup à ce que nous désirons peut-être le plus instinctivement, mais que nous avons oublié, ou que nous n’osons demander par crainte d’être obscène: le silence. Zidane est un anti-héros de la modernité.

Et si le silence était la loi profonde de notre temps?

Pourquoi notre époque adore le bruit, le son, la logorrhée, nous le savons tous. Cette aspiration est tout sauf innocente ou incidente. Les esprits les plus brillants de notre époque ont grandi dans un univers frappé du sceau de l’histoire et du progrès. Dans leur cerveau, l’histoire avait un sens qu’il fallait expliquer à l’infini, celui d’un combat du bien contre le mal (du capitalisme contre le communisme, de la liberté contre le totalitarisme, de l’aliénation ouvrière contre toutes les dominations, etc.)

Depuis la fin du communisme et l’instauration d’un monde monopolaire dominé par le consumérisme américain, cette conviction a volé en éclat. De nos jours, tout s’impose, sauf la certitude que le monde ait un sens. Et au fond, tout laisse à penser qu’il n’en a probablement pas. De l’urgence de parler, nous sommes passés au bon sens de se taire.

Sauf ceux qui, bien entendu, sont encore animés de la nostalgie tendre pour l’ancien monde. Celui où il fallait expliquer les choses pour en orienter le cours.

En ce sens, Zidane est probablement le premier gourou de la post-modernité ou, en tout cas, le meilleur d’entre eux. Il ne se sent plus obligé d’expliquer quoique ce soit. Son discours, ce sont ses actes et sa volonté.

Faire part aux autres de sa volonté (en l’espèce quitter le Real de Madrid) est une explication suffisante. Elle se passe de tout autre commentaire. Tout simplement parce qu’elle n’a pas de sens collectif. Elle ne nous renseigne pas sur l’histoire du football. Elle nous renseigne simplement sur la puissance d’un homme qui ne perd pas son temps en explications superfétatoires.

À comparer avec un discours d’Emmanuel Macron.

Mariage de Harry: la couronne d’Angleterre se convertit à l’empire du bien

La couronne d’Angleterre, dont le vrai nom de famille n’est pas Windsor mais Saxe-Cobourg-Gotha (comme la famille royale belge…), s’est officiellement convertie, à l’occasion du très médiatique mariage du prince Harry, au règne tout-puissant de la bienveillance et de l’empire du bien, avec un clin d’oeil appuyé au multiculturalisme, deux ans après le Brexit. La presse américaine s’en félicite.

On n’en croyait pas ses yeux. La mère de la mariée portait un piercing au nez, allusion paraît-il aux esclaves des plantations dont elle serait une descendante (personne n’a évidemment vérifié cette histoire, mais le symbole est si beau…) et faisait face à la reine d’Angleterre. Un choeur de ghospel a entonné « Stand by me », chanson de référence pour le mouvement des droits civiques. Un violoncelliste noir a joué quelques partitions. Et le révérend noir Michael Curry, qui dirige l’église anglicane d’Amérique du Nord, est venu parler de l’esclavage. Le Monde rapporte sa conclusion:

« Nous devons trouver le pouvoir de l’amour, le pouvoir rédempteur de l’amour. De cette façon, nous pourrons faire du vieux monde un monde nouveau. L’amour est le seul moyen. »

L’amour! toujours l’amour! Ce n’est pas seulement lui qui justifie qu’on se marie. C’est aussi lui qui devient la solution politique à tous les problèmes de notre temps. Avec de l’amour, nous pourrons transformer notre vieille société nécrosée par son identité culturelle occidentale, en une société nouvelle, un « monde nouveau », où les descendants des esclaves noirs se mélangeront allègrement à la vieille aristocratie germanique qui tient les trônes européens.

N’est-ce pas le plus magnifique des projets?

La presse américaine enthousiaste pour la couronne d’Angleterre

On lira ces mots tout à fait instructifs dans le New York Times pour comprendre la portée de l’événement:

Harry’s popularity helped give him the power to stretch the bounds of convention by marrying Ms. Markle, an American of mixed race. The decision may have a lasting effect on British society, which has been swept by a wave of anti-immigrant feeling.

La popularité d’Harry l’a aidé à disposer du pouvoir de repousser les limites de l’étiquette en épousant Mme Markle, une Américaine métisse. Ce choix pourrait avoir un effet durable sur une société britannique qui a été balayée par une vague de sentiment anti-migrant.

La phrase mérite d’être longuement méditée, puisqu’elle nous explique que la parade aux problèmes politiques britanniques vient désormais d’événements qui relèvent plus du show people, du spectacle, que de l’engagement. Face aux forces souverainistes qui ont obtenu le Brexit, le seul argument majeur à opposer à la majorité britannique, la seule possibilité d’arracher une conviction, est de réunir des people noirs américains et une foule de vedettes dans une chapelle royale (en prenant soin de parquer des « associatifs » anonymes tout autour pour cautionner moralement l’opération et lui donner un côté peuple) pour assister à un sermon appelant sans détour à une société multiculturelle.

Bienvenue dans la société du show hype transmis en direct sur toutes les télévisions du monde, où des gens fortunés applaudissent en coeur à un discours sur l’amour entre les hommes et les communautés comme solution à tout.

Que signifie cette conversion à l’empire du bien?

Pour tous ceux qui s’imaginent que la société multiculturelle, qui abolit les frontières et conspue le principe de nation, est un principe révolutionnaire, le vrai marqueur du fossé entre la gauche et le droite, la sanctification de tous leurs principes par la couronne d’Angleterre mériterait d’être longuement méditée. Le fait que la reine Élisabeth ait elle-même assisté à cette mise en scène en dit long sur la nature tout à fait particulière de cet idéal qui nous est présenté comme la plus belle réalisation de l’humanité contemporaine.

Le fait que la plus vieille et la plus puissante monarchie d’Europe s’approprie personnellement ces valeurs est en soi un indicateur de leur réalité politique. Non! l’amour universel n’est pas une valeur politique révolutionnaire. C’est au contraire l’un des apanages du conservateur le plus obscur et le plus insidieux qui soit: celui d’une société qui donne ses bons sentiments en spectacle pour être sûre de ne pas avoir à les pratiquer.

Car si le bon peuple est appelé à se mélanger allègrement à tous les autres peuples de la terre au nom de l’amour, on notera précieusement que la famille royale d’Angleterre continue à trier sur le volet ceux qui ont le droit de s’allier à elle. Le tri se fait désormais sur la fortune et la notoriété.

Voilà qui en dit long sur l’imposture que l’émotion bienveillante constitue vis-à-vis de la réalité de notre société. Qu’elle soit de gauche ou de droite.

Oxfam et les dividendes du CAC 40: l’injonction nationale des multiculturalistes

OXFAM a livré cette semaine un « rapport » sur les dividendes du CAC 40 qui a fait le buzz. Intitulé de façon très nuancée: « CAC 40 – des profits sans partage », et sous-titré de manière tout aussi nuancée: « comment les grandes entreprises françaises alimentent la spirale des inégalités », il a permis de dénoncer une nouvelle fois les profits (éhontés, bien entendu), des grandes entreprises françaises. Ce brûlot à charge méritait qu’on y revienne, tant il constitue une vision complètement à côté de la plaque du capitalisme français.

Le propos d’OXFAM était simple, et permettait d’ailleurs de se dispenser de la lecture du document, tant il visait, comme une homélie un dimanche de Pâques, à nourrir la foi des convaincus beaucoup plus qu’à convertir les prosélytes: les grandes entreprises distribuent trop de dividendes aux très riches, en spoliant les salariés misérables qui créent la richesse. Il fut une époque où ce poncif était l’apanage des partis politiques, Parti Communiste en tête. Il est amusant de voir que le démenti imposé à ces forces agonisantes par les défaites électorales transfère désormais à des organisations non gouvernementales la charge de garder le temple post-marxiste.

On trouvera donc une accumulation de données dans ce document, dont le seul propos est de nourrir les certitudes déjà acquises. Les lecteurs intéressés s’y réfèreront et ne manqueront ainsi pas de constater qu’en un seul document, OXFAM met sur le même pied et dans la même perspective des données et des chiffres de natures différentes, sans d’ailleurs forcément prendre le temps de les étayer.

Par exemple, le rapport cite les « 60 à 80 milliards » d’évasion fiscale, chiffre qui tourne en boucle sans que personne ne soit capable de prouver ce montant, dont le sens change souvent. Tantôt, ce seraient des impôts qui ne seraient pas payés en France par les entreprises françaises, tantôt ce seraient des sommes placées dans des paradis fiscaux sans qu’on ne sache si elles sont dues ou non à l’État.

Mais le propos ici n’est pas de montrer les erreurs de sens de ce rapport. Il est plutôt de saisir l’injonction paradoxale d’une revendication in fine profondément nationaliste contenue dans le document lui-même, alors qu’il émane d’une organisation qui défend par ailleurs le multiculturalisme et l’ouverture des frontières à tous crins.

OXFAM et l’occultation de la solidarité nationale

Premier point: OXFAM ne cherche pas à mesurer les recettes fiscales générées bon an mal an par ces 50 milliards de dividendes versés sur un total d’environ 100 milliards de bénéfices. En lisant le rapport, on a l’impression que les actionnaires du CAC 40 ne paient pas d’impôt et qu’ils soutirent des sommes folles à la collectivité sans aucune contrepartie.

Or le raisonnement ne tient pas exactement la route. D’abord parce que le CAC 40, comme le rappelle furtivement le rapport, ne distribue pas tous ses bénéfices, mais seulement la moitié. Ensuite parce que les dividendes versés sont soumis à d’importants impôts qui permettent de financer des dépenses publiques. On aurait aimé qu’Oxfam s’appesantisse sur ce sujet et dise comment la CSG sur les revenus du capital (passée à 17,2% en 2018), en particulier, alimentait les caisses de la sécurité sociale.

En appliquant de façon simpliste le prélèvement forfaitaire unique de 30% inventé par Emmanuel Macron, on tombe (mais c’est une cote très mal taillée) sur une somme théorique de 15 milliards € qui reviennent dans les politiques publiques après versement des dividendes. C’est ici qu’on aimerait avoir une étude un peu poussée de ce que rapporte effectivement au contribuable et à l’assuré social français ces coquettes distributions.

Et sur ces points, nous restons sans réponse… et OXFAM n’explique pas clairement aux lecteurs cette particularité qui veut que l’assurance maladie soit aujourd’hui en partie financée par des contributions sur des dividendes de géants français qui ont produit de la richesse à l’étranger, et qui l’ont rapatriée en France.

Nous y reviendrons.

Le rôle lui aussi occulté de l’État dans ces distributions

OXFAM a l’honnêteté de rappeler (page 41) le rapport de la Cour des Comptes sur l’État actionnaire, qui souligne que, bon an mal an, le Trésor Public ramasse 3 milliards € de dividendes grâce à ses participations dans différentes entreprises. OXFAM mentionne même opportunément que trois des cinq entreprises reversant le plus de dividendes ont des participations de l’État: Engie, Orange et Veolia.

Cette particularité très française vaut à OXFAM une superbe injonction paradoxale dont les rédacteurs ne paraissent pas avoir saisi l’ironie. D’une part (page 41), ils écrivent:

L’appétit de l’État actionnaire pour les dividendes apparaît donc comme la tendance la plus significative de l’analyse de ses participations dans le CAC 40.

Mais (page 53), on lit: « L’État: premier perdant », à propos des paradis fiscaux.

Là encore, on peine à voir, au-delà des incantations morales, la vision stratégique qu’OXFAM dégage concrètement. Il est pourtant évident que la stratégie de dividende portée par Bercy dans les grandes entreprises dont l’État est actionnaire ne diffère pas de celles des Family Office de type Arnault, Bettencourt ou Pinault. Tout le monde court, pour la plus grande satisfaction des contribuables français, derrière les profits à court terme.

En réalité, le contribuable français qui se cache derrière l’expression pudique « d’État » est à la fois juge et partie dans cette affaire. En tant que contribuable, il adorerait que les grandes entreprises paient plus d’impôt, mais en tant qu’actionnaire il se félicite de recevoir beaucoup de dividendes. On aurait aimé qu’OXFAM s’intéresse un peu à ce dilemme et dénonce l’immoralité d’une part non négligeable des recettes publiques issues des dividendes du CAC 40.

Si l’on met bout à bout le produit des impôts et contributions sur ceux-ci, et les dividendes directement perçus par l’État actionnaire, on doit d’ailleurs flirter avec les 20 milliards annuels, soit 5% des recettes de l’État. Ce n’est tout de même pas si mal…

L’étrange revendication nationale d’OXFAM

Revenons-en maintenant aux racines du mal dénoncé par OXFAM, à savoir l’important taux de distribution des dividendes dans les grandes entreprises françaises, comparé à leurs voisines mondiales. Comme l’écrit le rapport page 25, le phénomène qui touche le CAC 40 est assez simple à comprendre:

Cette montée en puissance est tout autant liée à l’internationalisation des entreprises du CAC 40 qu’au retrait progressif des banques et des assurances françaises et de l’État, et à la faiblesse de l’actionnariat individuel en France.

Le rapport explique ainsi avec une simplicité confondante les raisons pour lesquelles les actionnaires du CAC 40, lorsqu’ils ne sont pas l’État, ont faim et soif. Ce sont souvent des actionnaires étrangers qui ont besoin de rentabilité et exigent donc des revenus. Ce poids de l’actionnariat étranger provient de la faiblesse de l’actionnariat individuel français et du « retrait progressif des banques et des assurances françaises ».

En creux, on comprend qu’OXFAM a compris! Le CAC 40 a besoin de capital étranger car le capital français, au sens large, est famélique. Sous la plume d’une organisation non gouvernementale cette revendication aux franges de la préférence nationale fait sourire.

Disons même que la déduction qu’on peut tirer de ce constat fait mauvais genre dans une instance qui ne cesse de maudire les frontières et la préférence nationale. Donc, au lieu d’en tirer une conséquence simple, à savoir qu’il faudrait renforcer le capital français pour éviter le transfert des bénéfices vers des pays étrangers sous forme de dividende (et pour mieux rémunérer le travail), OXFAM en tire la conséquence inverse. Il faut hyper-réglementer le capital français pour le rendre moral.

Qu’importe ici qu’OXFAM propose de soigner le mal par le mal, en affaiblissant encore l’attractivité du capital français (par une montagne de réglementations dont le seul effet est de faire fuir ceux qui y sont soumis), et en renforçant l’intérêt de l’évasion fiscale (par le durcissement de l’enfer fiscal français). Il ne s’agit pas de traiter le problème à la racine, mais de se donner bonne conscience en dénonçant l’immoralité de tout ce qui ne va pas. Supprimons les revenus du capital, résumons la société française à un vaste groupe de salariés, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes suradministrés.

L’immoralité des pistes proposées par OXFAM: le cas TOTAL

Venons-en ici à l’examen de ce qui reste le problème de fond: serait-il moral de suivre les pistes de réglementation proposées par OXFAM, et qu’on retrouvera dans le rapport à partir de la page 57?

J’extrais de cet ensemble pétri de bons sentiments une phrase emblématique:

Le versement des dividendes est facultatif et ne devrait en aucun cas se faire au détriment des véritables priorités de l’entreprise: la rémunération de ses employés, le développement de son activité, l’investissement et le respect de sa responsabilité sociale et environnementale.

On ne relèvera pas ici les sous-jacents idéologiques de cette affirmation brute de décoffrage. Il est en revanche tout à fait intéressant d’en faire un cas pratique. TOTAL étant épinglée comme l’entreprise qui distribue le plus de dividendes, on reprendra donc pied à pied le raisonnement d’OXFAM pour le comprendre.

Ainsi, le but de TOTAL serait de rémunérer ses employés, de développer son activité, d’investir et de respecter l’environnement. Cette seule phrase montre la fragilité de la conception de l’entreprise développée par OXFAM.

Pour deux raisons au moins.

TOTAL, une entreprise morale?

D’une part, les mauvais esprits considéreront avec une certaine force que la responsabilité sociale et environnementale de TOTAL ressemble beaucoup au suicide. Demander à une société d’exploitation pétrolière de respecter l’environnement, c’est un peu comme demander à un bourreau de voter l’abolition de la peine de mort. Du coup, ce que pose OXFAM, c’est la question même (posée par ailleurs par la loi PACTE) de l’internalisation de la loi morale dans la constitution de l’entreprise. La vocation de l’entreprise est-elle de faire du profit, ou d’être « socialement responsable »?

Depuis longtemps, l’Occident fait le pari que sa prospérité collective naîtra du vice individuel de ses acteurs. C’est l’objet même de la Fable des Abeilles de Mandeville. En proposant de procéder autrement, en enjoignant aux acteurs économiques de ne plus obéir au vice, mais de se conformer à la vertu, le modèle qui est proposé est profondément remanié, jusqu’à l’absurde. Car l’impératif catégorique qui est désormais proposé à nos entreprises oblige certaines d’entre elles à cesser leur activité, parce que, par leur nature même, elles sont immorales.

TOTAL, une entreprise colonialiste?

D’autre part, si l’on suit le raisonnement d’OXFAM, Total pose évidemment un vrai problème, car cette entreprise a deux métiers distincts. L’un consiste à raffiner du pétrole et à vendre de l’essence ainsi fabriquée, ce qui justifie qu’environ un tiers des effectifs de l’entreprise soit employé en France ou dans les pays où l’essence raffinée par Total est vendue. L’autre consiste à extraire du pétrole un peu partout dans le monde. C’est qui explique qu’une grande partie des 100.000 salariés du groupe soient répartis sur les sites d’extraction ou d’exploration.

Pourquoi Total détient-elle la 4è place mondiale sur ce marché alors qu’il n’y a pas de pétrole en France? Parce qu’historiquement les entités qui ont fini par fusionner dans le groupe Total (on se souviendra d’Elf et du belge Fina) ont apporté les capitaux qu’il fallait pour exploiter les champs pétrolifères, activité coûteuse en investissement et peu coûteuse en main-d’oeuvre. Si les géants mondiaux du pétrole sont essentiellement occidentaux, c’est largement parce que le capital pour développer ces activités et les marchés de débouché pour les produits fabriqués se trouvaient en Occident.

On peut trouver cela immoral, dans la mesure où l’accumulation occidentale de capital a permis à l’Occident de gérer (en partie) les réserves mondiales de pétrole. Il s’agit là d’une forme de colonialisme économique.

Que propose OXFAM pour remplacer ce système?

D’abord de distribuer aux salariés de l’entreprise le fruit des capitaux qu’ils n’ont pas apporté pour assurer leur activité. Et c’est ainsi une parfaite illustration de l’utilité réelle du capital par rapport au travail. Si les salariés de Total devaient eux-mêmes financer le développement de leur entreprise sans l’intervention des « capitalistes », l’entreprise disparaîtrait. Au demeurant, il serait immoral d’assurer aux salariés des revenus tirés d’un investissement apporté par d’autres.

Ensuite, OXFAM considère que le versement de dividendes est facultatif. Mais alors? l’argent du pétrole que nous extrayons et que nous vendons aux automobilistes majoritairement européens, il va où? Il n’est plus rapatrié en France, pour financer notre protection sociale? Il ne sert plus à payer les soins aux victimes du diesel dans nos villes?

L’ambiguïté capitale et nationale d’OXFAM

Et voilà donc l’injonction paradoxale d’OXFAM qui se dévoile peu à peu. Le capitalisme est un système tordu, mais efficace, qui permet de fabriquer de la prospérité collective à partir des vices individuels. De richissimes exploiteurs mettent de l’argent pour extraite du pétrole très polluant, et pour le vendre à des gens qui rêvent majoritairement d’acheter une voiture pour partir en vacances quand ils le veulent.

Les automobilistes qui polluent ont le droit de penser beaucoup de mal des gros capitalistes à cigare qui prennent des dividendes chez Total. Il n’en demeure pas moins qu’eux aussi sont heureux de polluer l’atmosphère quand ils partent en vacances, et eux aussi sont heureux d’avoir des hôpitaux modernes pour les soigner quand ils ont un accident sur la route. Et qu’importe si ces hôpitaux sont financés avec des profits tirés d’une activité polluante.

Tous ces acteurs vicieux de la vie quotidienne (chacun essayant de se donner des gages de vertu en exhibant de façon répugnante une multitude de pensées bienveillantes pour le reste de l’humanité) s’entendent pour organiser une société, pour faire nation, comme disent les intellectuels. Faut-il s’en mordre les doigts?

Selon OXFAM, oui, bien sûr. Il faudrait que Monsieur Tout le Monde puisse en toute bonne conscience dégager son CO2 sur l’autoroute du Soleil durant les mois d’été en se disant que la station essence qui le ravitaille appartient à une compagnie morale. Maintenant, si on ouvre les yeux, on sait tous que le prix de la moralité annoncera la mort rapide de l’entreprise. Celle-ci n’aura plus les moyens de financer ses investissements, les retraités américains qui ont investi (à travers les 5% de BlackRock) dans Total seront condamnés à la pauvreté, et l’État ne percevra plus d’impôts sur les dividendes versés.

Bref, il existe un écosystème totalement immoral du capitalisme mondialisé, dont les Français bénéficient largement, et probablement beaucoup plus qu’ils ne le pensent. On peut bien entendu, pour se donner bonne conscience, tout faire pour l’occulter et proposer des solutions françaises qui amèneront notre propre suicide. C’est là le fait de cette logique d’enfant gâtée dominante dans le monde de la bienveillance où OXFAM se tortille.

Si le suicide français permettait d’améliorer le monde, on pourrait peut-être se laisser séduire par ces fausses solutions. Le problème est que la France pourra faire toutes les réglementations nationales qu’elle veut, elle n’empêchera pas le monde de tourner.

Les Français prêts à tarifer l’assurance santé d’après le comportement

OpinionWay a réalisé le nouveau baromètre annuel santé de Deloitte. Les réponses en surprendront certains: les Français sont prêts à une tarification de la santé sur le comportement et sont déçus par la réforme du contrat responsable. Ils considèrent majoritairement que le recours à une surcomplémentaire individuelle est un choix pertinent…

Le baromètre n’est pas encore publié, mais il suscite déjà de nombreux commentaires contradictoires dans la presse. Ainsi, le Quotidien du Médecin parle des « Français fiers de leur système de santé« , quand Le Parisien souligne qu’ils sont « de moins en moins satisfaits« . Il faut lire entre les lignes du sondage pour mesurer toute la subtilité des raisonnements qui y sont tenus.

La surcomplémentaire individuelle comme solution inévitable

Passons d’abord outre les considérations habituelles sur: êtres-vous contents de votre système de santé? qui ne veut pas dire grand chose. On notera seulement qu’en un an, le taux de satisfaction a baissé de 9 points (de 86 à 77%). Faute d’un débat national sur le sujet et d’une perspective de sortir du système actuel, cet effondrement du taux de satisfaction en si peu de temps en dit long sur le scepticisme français face aux grandes tirades des pouvoirs publics sur les politiques qui sont menées.

D’une manière générale, les Français ont acté que la sécurité sociale n’avait pas ou n’avait plus vocation à rembourser la totalité des dépenses de santé. D’où un résultat tout à fait intéressant, présenté en détail par le Quotidien du Médecin:  » près des deux tiers des sondés (64 %) ont le sentiment d’une croissance de leur reste à charge depuis la mise en place des nouveaux contrats responsables (qui fixent des plafonds de remboursement). Dans ce contexte, 20 % des sondés ont déjà opté pour une couverture supplémentaire santé individuelle et 17 % envisagent d’y recourir au cours des 12 prochains mois ! Concrètement, ils déboursent (ou pourraient débourser en plus de leur mutuelle collective) 26 euros en moyenne par mois pour doper le niveau de remboursement de leurs dépenses santé et 14 euros en moyenne pour bénéficier de nouveaux services. »

On retiendra donc qu’une surcomplémentaire ciblée à 26 euros pour des remboursements santé et à 14 euros pour des services nouveaux correspond aux attentes du marché. À bon entendeur!

La tarification au comportement progresse

Autre chiffre d’importance, relevé par BFM: « 61% d’entre nous pensent qu’il faudrait ajuster les frais de santé en fonction de notre mode de vie. » Cette information en dit long sur l’attente des Français vis-à-vis de leur système de santé, au-delà du bloc monolithique et monopolistique de la sécurité sociale présenté comme un horizon indépassable. La tendance naturelle de la société française l’incline désormais à une mitigation du risque par une tarification selon les comportements individuels, sur le modèle de l’assurance automobile. Cette tendance est à retenir.

Pour les pouvoirs publics, ce chiffre devrait constituer un signal important dans la compréhesion du risque que les Français peuvent avoir.

Remboursement de certains patchs anti-tabac

Dans cette suite logique, beaucoup plébisciteront le remboursement de certains patchs anti-tabac. Cette mesure prise dans le cadre du plan « Priorité prévention » présenté fin mars par la ministre de la Santé. Après la gomme à mâcher Nicotine EG (fabriquée par EG Labo), prise en charge par la Sécu depuis le 28 mars, le patch NicoretteSkin (de Jonhson&Jonhson) a été inscrit au remboursement par un arrêté paru mardi au Journal officiel et qui prendra effet « au quatrième jour suivant (sa) date de publication ».

Un prix unique a été fixé pour chaque produit, quels que soit les dosages ou les parfums: 14,14 euros pour Nicotine EG et 28,55 euros pour NicoretteSkin, remboursés à 65% par l’Assurance maladie.

Il s’agit d’une étape importante dans le développement d’une stratégie de prévention… dont il paraît curieux qu’elle ne soit pas intervenue plus tôt.

Épidémie d’obésité dans le monde

Au chapitre des mauvaises nouvelles, on notera que l’OMS vient d’alerter sur l’épidémie d’obésité qui frappe la planète. Le phénomène est particulièrement marqué en Europe où le taux d’obésité atteint 17% de la population, et le taux de surcharge pondérale dépasse les 50%.

Cette épidémie est largement due à la transformation des modèles alimentaires. « Les progrès technologiques de l’agro-industrie ont favorisé la mise sur le marché de produits peu chers, riches en gras, en sucre et en sel » et « notre environnement alimentaire nous incite au plaisir de la nourriture au-delà de ce dont nous avons besoin« , explique M. Barrat, interrogé par Toute l’Europe. La malbouffe triomphe, et nos filières agricoles traditionnelle souffrent.

En Italie, la coalition pourrait baisser l’impôt sur les sociétés à 15%

La Ligue et le mouvement 5 Stelle devraient former un nouveau gouvernement en Italie. Les négociations sont longues et difficiles. La presse à publié le contrat de gouvernement qui devrait lier les deux formations (lire ci-dessous). Celui-ci pose l’hypothèse d’une baisse du taux d’impôt sur les sociétés à 15%.

Italie: contrat de gouvernement entre 5 Stelle et la Ligue du Nord de Société Tripalio

Le contrat de gouvernement entre la Ligue et 5 Stelle mérite d’être lu attentivement. Il comporte une trentaine de pages relativement détaillées sur l’ensemble des mesures qu’un gouvernement commun entre les deux partis pourrait prendre.

On s’arrêtera sur les mesures fiscales et de finances publiques. Le gouvernement ne sortirait pas de la zone euro et se redonnerait des marges de conquête fiscale, avec un vrai choc passant par l’instauration d’une « flat tax » pour les particuliers et les entreprises. Les uns comme les autres verraient leurs impôts lissés à 15%.

Pour les entreprises italiennes, ce choc fiscal pourrait constituer une véritable opportunité.

L’Italie, prochain épouvantail de l’Europe?

La presse française subventionnée a entamé sa grande oeuvre de dénigrement contre cette coalition jugée (forcément) populiste. Pour se faire une idée du torrent de feu qui promet de s’abattre sur l’Italie, il faut lire l’éditorial du Monde sur le sujet:

Le défi adressé à l’Europe ne porte pas que sur l’économie. Sur la sécurité et les migrations, les vainqueurs du 4 mars ont déjà annoncé un tour de vis qui préfigure une confrontation très dure avec Bruxelles. Par ailleurs, l’annonce d’un rapprochement avec la Russie, assortie du rejet des sanctions prises après l’annexion de la Crimée, fait peser la menace d’une fracture au sein de la solidarité occidentale. Ce serait une victoire éclatante pour Vladimir Poutine.

Plus grave encore, la contestation identitaire portée par ces deux forces est potentiellement dévastatrice. En témoigne l’apparition dans le texte d’accord, diffusé mercredi soir, de la mise en cause de la vaccination obligatoire, qui interroge la notion même de connaissance et de vérité scientifique.

Le défi posé par les 5 étoiles et la Ligue n’est pas seulement dirigé contre une Europe technocratique. L’attaque portée grâce à une rhétorique complotiste multiforme, antiélite et antiscientifique particulièrement efficace, vise bien au-delà. Ce qui est en jeu, ce n’est rien de moins que l’héritage de l’Europe des Lumières.

Il faut remonter au Brexit pour retrouver trace de discours aussi binaires sur le résultat d’une consultation électorale en Europe.

La voie du musulman: que trouve-t-on dans le livre de référence des djihadistes?

La voie du musulman est un ouvrage de référence dans les milieux salafistes. Rédigé par Abū-Bakr Ǧ. al- Ǧazā’irī, né en Algérie en 1921 et formé religieusement en Arabie Saoudite. Cet ouvrage particulièrement clair sur la vision du monde propre au salafisme, avait fait scandale par ses appels au Jihad. À l’époque, Bernard Cazeneuve avait expliqué qu’il ne pouvait pas bloquer sa diffusion… On trouvera ici une anthologie des meilleures citations.

« Un musulman ne dit que du bien des imans, ne critique ni leur dire ni leur avis. Il est conscient qu’ils ont fourni tous leurs efforts, avec une parfaite abnégation, à la recherche de la vérité. ll leur doit respect et préfère leurs avis à ceux de leurs successeurs : juristes, exégètes et hommes de hadith. ll ne rejette leur dire qu’au profit de la Parole de Dieu, de celle de Son Prophète ou de ses Compagnons » (page 86).

« On doit obéissance aux fidèles investis de pouvoir en pays musulman comme l’exprime I’ordre divin » (page 87)

« Le plus grand ennemi de I’homme est sa nature humaine même car elle est encline au mal. fuit le bien et elle est mauvaise conseillère. » (page 108)

« La femme doit obéissance à son mari en tout ce qui ne déplait pas à Dieu » (page 116)

« La femme doit garder le foyer conjugal. ne pas le quitter sans le consentement de son époux. Si elle sort, elle est appelée à baisser le regard, à ne pas occasionner de mal, ni prononcer des propos vulgaires et indécents. Elle doit bien traiter les proches parents de son mari, car manquer d’égards envers eux c’est se conduire mal envers son époux. » (page 117)

La voie du musulman face aux autres religions

« Le musulman doit croire indiscutablement que toutes les religions sont caduques, que leurs adeptes sont des infidèles. que I’ISLAM est la seule vraie religion et que les musulmans sont les vrais croyants. (…)Ces justes confirmations divines assurent au musulman que toutes les religions antérieures à l’Islam sont caduques, que l’Islam est la religion universelle et que Dieu n’accepte d’autre culte ni d’autre législation. (…)Le musulman n’aime pas les infidèles, car Dieu les déteste. Le musulman aime et déteste ce que Dieu préconise. » (page 129)

« ll est interdit à un infidèle de se marier à une musulmane. Cette interdiction est formelle. Mais il est permis au musulman d-épouser une juive ou une chrétienne. » (page 130)

« L’objectif principal du jihad est d’affronter les mécréants et les belligérants. ll est un devoir collectif, mais lorsqu’il est accompli par une partie de la population, le reste en est dispensé. » (page 367)

« Le mérite du jihad et de la mort en martyr pour la Cause de Dieu est exprimé en termes nets dans les annonces véridiques divines et dans les hadiths authentiques du Prophète qui font du jihad l’oeuvre la plus méritoire et l’acte de dévotion le plus distingué » (page 368)

« L’avis général des doctes est que l’Imam est libre de tuer, ou de libérer contre rançon, ou de faire grâce ou de réduire en esclavage les prisonniers de guerre selon l’intérêt de l’Etat. » (page 380)

Défaillance du SAMU de Strasbourg et mort de Naomi: le service public peut-il encore gérer un système de santé tentaculaire?

L’histoire de la défaillance du SAMU de Strasbourg, qui a éconduit une jeune maman décédée quelques heures plus tard, devient une affaire nationale. Il s’agit de l’une de ces affaires emblématiques où l’opinion publique est travaillée au corps pour ne pas ouvrir les yeux sur une triste réalité: le naufrage d’un système de santé coûteux, public, devenu si tentaculaire au nom du « big is beautiful » que plus personne ne peut le gérer.

L’affaire commence le 29 décembre 2017. Une jeune femme, Naomi Musenga, souffre. Elle appelle le SAMU qui ne prend pas l’affaire au sérieux, la traite de façon discourtoise et la renvoie vers un médecin. Quelques heures plus tard, la jeune femme, qui fait en réalité un hémorragie interne, meurt.

La famille a finalement demandé l’accès à l’enregistrement. L’Hebdi, journal alsacien, l’a révélé au public il y a plusieurs jours.

Preuve que les lanceurs d’alerte sont utiles

Le premier point du dossier qui pose une énorme question, ce sont les délais de réponse des pouvoirs publics, et l’incapacité de gérer correctement les anomalies. L’affaire s’est produite le 29 décembre 2017. Personne, au SAMU de Strasbourg, ne s’en est ému pendant plusieurs mois.

Or la jeune femme a bel et bien été transportée à l’hôpital avant son décès, plusieurs heures après avoir passé un premier coup de téléphone au SAMU. L’affaire aurait dû intriguer et susciter à ce moment-là un « contrôle qualité ». Les conversations sont en effet enregistrées.

Manifestement, le service public hospitalier n’est pas préoccupé par ces procédures de contrôle.

Surtout, plusieurs jours se sont écoulés entre la révélation de l’affaire et l’annonce d’une enquête officielle. Entretemps, la polémique a enflé sur les réseaux sociaux, et c’est sous la contrainte de ces lanceurs d’alerte que les pouvoirs publics ont dû réagir.

Ce petit point mérite d’être souligné et même martelé. Nous avons, dans l’esprit de beaucoup, le meilleur système de santé du monde, un service public d’intérêt général, bla-bla, bla-bla, bla-bla. Donc, il est sacré. Derrière ces étendards de la bienveillance qui garantissent l’impunité, se dissimulent trop souvent des écarts inadmissibles vis-à-vis de ce qu’est effectivement l’intérêt du public. Comme notre système public de santé est sanctuarisé, le contrôle effectif du service rendu y est à peu près impossible et tous les relâchements y deviennent autorisés puisqu’ils sont quasiment sans risque. L’affaire Naomi en est l’illustration. Les opératrices qui se sont ouvertement moquées de la souffrance de l’usagère du service public qui les appelait se croyaient probablement à l’abri de toute poursuite.

Il aura fallu des jours et des jours d’indignation sur les réseaux sociaux pour que les pouvoirs publics se décident à réagir, là où la réaction aurait dû être fulgurante et immédiate. Ne jamais oublier cette passivité des pouvoirs publics face à la qualité du service qu’ils sont supposés garantir: quand un ministre dénonce la haine qui traîne sur les réseaux sociaux, c’est-à-dire la fonction de contrôle de l’administration par le citoyen qu’il vise. On dit que les réseaux sociaux fabriquent des fake news pour justifier leur mise en coupe réglée et limiter autant que faire se peut l’exigence de qualité qui s’exprime vis-à-vis d’un État tentaculaire.

Le SAMU de Strasbourg manque-t-il de moyens?

Certains adeptes du fantasme officiel selon lequel un État tentaculaire garantit un meilleur service au citoyen qu’une multitude d’acteurs autonomes et responsabilisés ont compris la menace. Ils ont commencé à s’agiter pour ressortir du frigo la sempiternelle rengaine du « manque de moyens ».

Cette fois c’est l’ami de tous les grands de ce monde, l’urgentiste Patrice Pelloux, qui s’est assez naturellement collé à l’exercice. Dans une interview au Parisien, il exonère par avance les opératrices du SAMU en expliquant qu’elles étaient sans doute très fatiguées faute d’un personnel suffisant, et par un manque de moyens criant.

On ne peut être qu’effaré en entendant le dialogue et l’enquête devra déterminer les fautes, sans oublier de répondre à ces questions : depuis combien de temps l’opératrice travaillait-elle, combien d’appels avait-elle pris dans sa journée ? Dans les centres, il faut jongler entre les appels « sérieux » et ceux qui ne le sont pas. On a des soignants épuisés, stressés, en burn-out, qui deviennent détachés de la souffrance du patient. Quand vous avez 100 appels pour une douleur thoracique, parfois, sur le 101e, vous flanchez.

Et une fois de plus, la machine à mensonge se met en marche. Alors qu’il est évident que le système de santé est à bout de souffle, à force d’être mangé par une bureaucratisation inhérente à son gigantisme, on trouve encore des urgentistes pour expliquer qu’il vaut mieux soigner le mal par le mal: toujours plus d’hôpitaux gérés par l’État, avec toujours plus d’argent public déversé dans une énorme machine incontrôlable et incontrôlée. Donc, augmentons la dépense publique de santé en France et tout ira mieux.

Cet aveuglement volontaire cache une terrible réalité. La culture de l’excuse, qui veut qu’un agent public ne soit jamais sanctionné quand il commet une faute, parce qu’il la commet à cause d’un engagement toujours insuffisant du contribuable en sa faveur, interdit une remise en ordre du service public. De façon paradoxale, il faut même que le service public soit inefficace pour justifier toujours plus d’impôt et toujours moins de liberté des citoyens par rapport à un État glouton.

Sur le fond, le système de santé français est coûteux. Avec 11% du PIB consacré à la santé, la France figure parmi les champions du monde de la dépense médicale. Pour un résultat médiocre! Et c’est bien ce qui gêne. Si, en contrepartie, d’un effort financier important, la qualité de service était garantie, tout irait bien. Tout le problème est que cet effort est peu productif et s’accompagne d’importants dysfonctionnements dont le management sanitaire ne semble guère se soucier.

La lenteur de la ministre Buzyn à s’emparer du dossier Naomi l’a rappelé.