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Catégorie : Actualité

Buzyn et le reste à charge zéro, réforme des retraites, cotisation PUMA, et autres petites informations

La ministre Buzyn donnait une interview ce matin sur Europe 1. Elle a fait le point des dossiers qu’elle suit. On retiendra en particulier ses promesses sur la question du reste à charge. Il semblerait que la question soit, à coup sûr, réglée dans les trois ans. « La réforme sera effective avant la fin du quinquennat », soutient-elle.

Évidemment, le problème du financement est au coeur du débat. « La réforme sera financée en grande partie par l’Assurance maladie, en partie par les complémentaires et en partie par des redistributions de la valeur dans le cadre de la filière ». Autrement dit, l’essentiel de l’effort sera porté par les assurés eux-mêmes. L’intérêt du financement horriblement complexe de la santé est de dissimuler sans peine des évidences cruelles. La santé ne coûtera plus rien aux malades (ou aux consommateurs de lunettes) parce que tous les autres paieront pour eux.

Au passage, on a appris que les contrats responsables maintiendraient la limitation des renouvellements de lunettes à 2 ans et non à 3.

Réforme des retraites: les députés s’organisent

La président de la commission des affaires sociales à l’Assemblée, Brigitte Bourguignon, constitue un groupe transpartisan pour mutualiser l’information technique sur la réforme des retraites. L’objectif est de mettre de l’huile dans les rouages pendant les futurs débats.

On mesure l’intention: dépasser le simple groupe En Marche pour faire voter la loi avec le moins de brutalité possible…

La cotisation PUMA fait des ravages

On retrouvera sous la plume d’Olivier Rozenfeld une excellente tribune sur les ravages que la cotisation PUMA causera dans les revenus du capital. Tous les dirigeants d’entreprise qui se rémunèrent au dividende sont concernés. En cas de perception d’un revenu professionnel ou assimilé inférieur à 10% du plafond annuel de sécurité sociale, une cotisation subsidiaire maladie de 8% est appliquée sur les revenus du capital. Cette façon d’annuler les effets du prélèvement forfaitaire annuel est calculée à titre personnel. Autrement dit, elle doit être payée par un conjoint qui se trouve seul dans cette situation…

Nous avions, au moment de son invention, été les premiers à signaler cette mesure qui constitue bel et bien la création d’un nouvel impôt.

La déroute du système anglais solidaire de santé

France 2 consacre un reportage à l’hôpital de Calais, qui perçoit un million de revenus annuels grâce aux patients britanniques qui viennent s’y faire soigner. Alors que les hôpitaux anglais font salle comble, l’hôpital de Calais n’est rempli qu’à 70%. Cette mauvaise gestion de nos hôpitaux semble réjouir la chaîne publique française, qui ne prend évidemment pas le temps de signaler que la faillite du NHS britannique est d’abord celle d’un système dont le financement semble le modèle des ministres français de la Santé qui se susccèdent.

La France devrait en tout cas être bien classée au palmarès des destinations du tourisme médical. C’est probablement le signe que nos hôpitaux ne sont pas encore à l’os, contrairement à ce que les aficionados de la sécurité sociale soutiennent.

La retraite misérable des agriculteurs rappelée à nos bons souvenirs

On remerciera Capital pour le dossier qu’il consacre à la retraite des agriculteurs. Le magazine rappelle utilement que les anciens chef d’exploitation perçoivent en moyenne une retraite inférieure à 900 euros mensuels. C’est évidemment très loin du seuil de pauvreté. Cette situation ne semble cependant émouvoir personne en particulier. Au moment où les discours les plus insensés sont tenus sur les bienfaits de l’agriculture saine et durable, et sur la solidarité, il n’est pourtant pas anodin de savoir que ceux qui ont consacré leur vie professionnelle à nourrir les autres sont condamnés à une vieillesse misérable.

Libé publie une tribune hallucinée sur la solidarité

Les rédacteurs de la tribune publiée par Libération et intitulée « Ensemble avec les Cheminots » seraient bien inspirés de se renseigner sur ce qu’est effectivement la protection sociale en action, par exemple chez les agriculteurs. Les intéressés affirment par exemple: « Les temps ont changé. Ceux d’une République mythique, fière de son Etat social protecteur, ne sont plus. » On aimerait bien savoir qui a inventé cette « République mythique », fière de son « État social protecteur ». En dehors des salons bobos parisiens, tout le monde sait en effet que l’idée d’un « État social protecteur » est si récente qu’elle n’a jamais existé dans aucune République, pas même mythique. Et que, jusqu’à preuve du contraire, la République ne s’est jamais confondue avec l’État, sauf dans les systèmes totalitaires.

Mais c’est peut-être le projet qui nous est proposé discrètement ici.

Nouvelle flambée d’inquisition féministe en France

L’inquisition féministe ne devrait pas s’arrêter de sitôt en France. L‘accusation portée par une FEMEN contre le comédien Philippe Caubère, pour des faits remontant à 2010, devrait encore donner prétexte à une nouvelle mise en accusation générique des hommes et de la testostérone. De son côté, le gouvernement annonce une charte pour les médias luttant contre les stéréotypes sexistes.

Hier, la FEMEN Solveig Halloin a publiquement accusé le comédien Philippe Caubère de l’avoir violée en 2010. Elle avait déposé plainte fin mars (soit huit ans plus tard) contre celui qui fait désormais l’objet d’une enquête du Parquet.

La description de l’affaire par l’intéressée en dit long sur les procédés qui sont désormais utilisés pour diaboliser tout ce qui peut ressembler à un être de sexe masculin coupable d’avoir la moindre libido. Ainsi, Solveig Halloin décrit Philippe Caubère comme « un père artistique ». Leur relation a commencé début janvier 2010 par une série de textos sans équivoque sur l’intention libidinale de l’accusé. Elle se retrouve chez lui, où elle aurait subi un premier viol. Trois mois plus tard, le couple se retrouve à Béziers pour une nuit d’hôtel. C’est là que le second viol aurait eu lieu.

L’intéressée déclare:

«J’ai commencé à appeler de l’aide, j’ai pas trouvé d’aide», se rappelle-t-elle, «une part de moi était totalement sous emprise d’un truc que je ne connaissais pas mais qui était hyper puissant

Dans le récit qui est fait par Solveig Halloin, il nous est donc demandé de prendre pour argent comptant, et à grand renfort de publicité, un récit où la victime, violée une première fois par un homme au domicile de l’agresseur, s’est rendue à l’hôtel avec lui pour y subir un nouveau viol, dont elle ne parle que… huit ans plus tard.

On mesure là encore l’état de déliquescence complet qui frappe l’esprit critique des journalistes face à la dictature contemporaine des opinions obligatoires. Tous les jours, il y a effectivement des femmes qui sont violées en France, brutalement, sauvagement, dans des coins sombres par de dangereux maniaques. Cette violence-là n’a rien à avoir avec ce qui se passe dans une chambre d’hôtel entre un homme qui court un jupon et une femme que personne n’a forcée à être là et qui sait pour le reste à quoi s’en tenir.

Mais chez l’accusatrice, la notion de viol semble se confondre avec la notion de libido. Cette synonymie progressivement nourrie dans les esprits est un sujet majeur pour notre époque: progressivement, c’est le procès du désir et de sa liberté qui est dressé par d’improbables accusatrices. L’argument de l’emprise est ici terrible. Manifestement, la FEMEN était fascinée par cette vedette de théâtre… et elle semble décidée aujourd’hui à reprocher à la vedette la fascination qu’il exerçait sur elle.

C’est peut-être d’ailleurs le principal procès qui est dressé ici: celui de la fascination qu’un homme peut exercer sur une femme.

L’inquisition féministe et l’inquisition vegan

En janvier 2018, Solveig Halloin organisait à Paris un dîner pour dénoncer le crime nataliste. On lisait ceci dans l’annonce qui était faite de cet événement:

Saisir la GLOBALITE du système de l’hécatombe que constitue « l’élevage »permet d’ouvrir des chantiers de luttes politiques , de nommer les persécuteurs et de découvrir des pratiques mondialisées abominables encore ignorées par l’ensemble de la société civile humaine . Les victimes elles ne les ignorent pas et agonisent en attendant que nous combattions les racines du problème et non seulement les conséquences.

On voit bien comment, par translation, on passe de l’élevage agricole à la dénonciation de la libido. Le monde est couvert de persécuteurs inconnus partisans de la mondialisation, qu’il faut nommer et qu’il faut combattre. Dénoncer un éleveur de bovins procède du même geste de dévoilement que dénoncer un violeur abominable.

C’est la globalité du système de l’hécatombe perpétrée par des assassins globalisés. L’œuvre à mener consiste, bien entendu, à dénoncer tous ces monstres.

Ou comment du féminisme au vegan, c’est la même dénonciation de l’hécatombe qui est à l’œuvre. Il y aurait ici long à dire sur la référence à la religion grecque et au sacré antique, comme s’il s’agissait bien ici d’enterrer une certaine culture occidentale.

La charte des médias préparée par Agnès Buzyn

Dans cette folie inquisitoriale, on notera que le gouvernement prend désormais sa part. Le ministère de la Santé vient d’annoncer une « stratégie nationale de santé sexuelle ». On voudrait suggérer que les campagnes féministes constituent une vaste préparation à une reprise en main de la libido par l’Etat qu’on ne s’y prendrait d’ailleurs pas autrement.

On notera l’action n°25 de cette stratégie: « Créer une charte d’engagement contre les stéréotypes sexistes dans les médias ». Cette police de la pensée devrait traduire en prescriptions éditoriales les résultats des différentes campagnes destinées à diaboliser tout ce qui ressemble à un mâle blanc de plus de 30 ans.

On lira notamment cette mesure:

Créer une charte d’engagement destinée aux médias relative à la lutte contre les stéréotypes sexistes. Cette charte posera les grands principes d’une communication non sexiste.

Bien entendu, on comprendra, dans la « communication non sexiste » le principe d’une communication dévalorisant le sexe masculin.

La fin de la campagne anti-masculine n’est pas pour demain.

L’inquiétant désintérêt pour le MEDEF annonce-t-il la fin de l’organisation patronale?

La course à la présidence du MEDEF suscite peu d’enthousiasme dans les médias et très peu d’intérêt dans l’opinion. Au-delà des raisons circonstancielles qui expliquent cette indifférence, un phénomène plus profond se dessine: la perte d’utilité d’une organisation calibrée pour gérer les dispositifs d’après-guerre dont les nouvelles générations voient moins la pertinence.

Ce matin, le mouvement Ethic de Sophie de Menthon recevait les candidats à la présidence du MEDEF pour un débat désormais traditionnel. Comme l’usage semble le vouloir, celui-ci avait lieu au Cercle Interallié, l’endroit le plus ringard de Paris, où la cravate est obligatoire et le jean’s interdit. On ne peut pas trouver meilleur endroit pour illustrer l’obsolescence du capitalisme que le MEDEF incarne.

Une profusion de candidats dans l’indifférence générale

Combien de candidats sont-ils déclarés à ce stade? Plus personne ne le sait vraiment. Tout le monde connaît les deux « grands candidats »: Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot. Les candidats issus de MEDEF territoriaux font des apparitions intermittentes dans les medias: Hauts-de-France, Rhône-Alpes, Alsace, Pays-de-Loire, Paris. Puis il y a les « hors catégories »: Fabrice Le Saché, 35 ans, et Jean-Charles Simon (qui a annoncé un ticket avec le président du MEDEF Pays-de-Loire), ancien directeur général du MEDEF. Et la petite dernière qui a semblé un peu « contrainte » de se présenter: Dominique Carlac’h, qui s’occupe du sport au MEDEF. Un programme en soi.

On annonce également un dernier candidat fin avril: Christian Nibourel, président d’Accenture qui se déclarerait juste avant la clôture des dépôts de dossier et se rallierait ensuite à Alexandre Saubot, de l’UIMM.

Qui cette longue liste de prétendants, aussi fournie qu’un conclave après la mort d’un pape qu’on vient d’empoisonner, intéresse-t-elle encore?

Une procédure obsolète de vote

Il existe des raisons objectives pour que plus personne ne s’intéresse à cette élection. À commencer par le système électoral du MEDEF, qui paraît marqué d’un sceau hésitant entre le monde baroque et le romantisme de la révolution industrielle. Alors que le MEDEF compte moins de 150.000 entreprises adhérentes (du temps de Laurence Parisot, l’organisation en revendiquait cinq ou six fois plus), seuls 560 électeurs sont appelés à voter. Parmi eux, les deux tiers sont des représentants de fédérations qui s’en remettent d’ordinaire à leur bureau pour choisir le candidat qui recueille leur suffrage.

Autrement dit, le vote se décide à autour de moins de 250 électeurs réels. Un véritable conclave, qui a du sens lorsqu’on parle d’église catholique et de pape (encore que…), mais qui semble complètement anachronique s’agissant d’une organisation patronale « représentative » au niveau nationale. On serait bien en peine de dire exactement qui représente le MEDEF aujourd’hui. En tout cas pas cette flopée de patrons de start-up en jean’s et sans cravate qui n’ont pas eu accès au débat de Sophie de Menthon pour cause de tenue incorrecte.

10 candidats pour une réforme du MEDEF

De cette faiblesse du MEDEF, de ce malaise interne que trahissent ces légions de candidats soudain sortis de l’ombre, personne ne doute. Et chaque candidat sacrifie désormais à un couplet obligatoire sur la nécessaire réforme de l’organisation, dont l’objectif doit être d’aller vers le mieux: plus de représentativité, de présence sur le terrain, de proximité.

Ce mainstream (qui n’est pas nouveau) a-t-il pris la mesure des changements sociologiques et technologiques profonds qui minent le capitalisme ligérien traditionnel dont le MEDEF est l’expression? C’est tout sauf sûr, car on peine à voir quel monde futur les candidats appellent de leurs voeux au-delà de l’injonction d’une réforme.

Je signalerai ici, par souci de précision, les impressionnants programmes de Jean-Charles Simon, qui sont aussi exhaustifs que celui de Bruno Le Maire au moment de la campagne de la primaire. Je confesserai aussi ne pas avoir lu ce programme dont je ne remets nullement en cause la qualité. Il faut même saluer l’engagement haut-de-gamme de Jean-Charles Simon. Simplement, il n’est pas sûr que le bonheur du capitalisme soit une question de taille ou de poids. L’essentiel est surtout dans la façon de s’en servir: souplesse, agilité, rondeur, dont chacun appréciera l’intensité chez l’auteur du programme en question.

Et si le « système » n’avait plus besoin du MEDEF?

Peut-être le moment vient-il de se poser une question simple: le MEDEF est-il encore utile dans le capitalisme français?

Du point de vue de l’influence politique, il est incontestable que l’existence d’un mouvement patronal structuré, actif, efficace, a son importance. La dernière élection présidentielle l’a démontré. Certains murmurent même que le MEDEF a directement « usiné » des fiches de travail et de propositions pour le candidat Macron, par-dessus l’épaule des équipes de campagne officielles.

Mais au-delà de cette influence politique, qui est le coeur d’un mouvement patronal, faut-il un autre MEDEF? Et en particulier, que faire de ces légions de salariés qui préparent des accords nationaux interprofessionnels dans l’indifférence générale des entreprises supposées les appliquer? Et des cohortes de mandataires qui siègent dans une multitude de conseils d’administration paritaires (sécurité sociale, institutions de prévoyance, organismes obscurs en tous genres) où ils n’ont d’autre utilité que de maintenir vivante la légende d’un système qui ferait la part belle aux partenaires sociaux, alors qu’il est totalement dirigé ailleurs, que ce soit par l’État ou par de grands intérêts économiques?

Le moment est peut-être venu de dire que le « roi est nu » et de dissoudre officiellement le lien, construit sous la IVè République, entre l’État et le patronat à travers ces grandes structures dont la mission n’a plus besoin des corps intermédiaires pour être menée à bien. Il est aussi probablement venu de tirer toutes les conséquences des ordonnances Macron. Dès lors que la définition de la norme sociale relève principalement de l’entreprise, à quoi bon maintenir cette exception française qu’est le niveau interprofessionnel?

Arnaud Beltrame: la majorité silencieuse est-elle prête à s’avouer que le terroriste est islamiste?

Après le sacrifice d’Arnaud Beltrame, les langues ont commencé à se délier. Les déviances politiques de l’Islam sont peu à peu interrogées. Jusqu’où ira ce lever de voile? Une majorité de Français reste encore frileuse sur ce sujet, en partie par peur de frayer avec les extrêmes. L’hommage national qui est rendu aujourd’hui au lieutenant-colonel de Carcassonne devrait le confirmer.

L’hommage à Arnaud Beltrame, et la marche blanche organisée en mémoire de Mireille Knoll, assassinée chez elle, devrait confirmer la double aspiration majoritaire en France. D’une part, l’émotion nationale est à son comble. D’autre part, les Français ont besoin d’apaisement et de réassurance collective après ces événements tragiques. Peu à peu se dégage une forme de majorité silencieuse qui pleure ses morts, mais qui prend garde à ne céder à aucune incrimination collective.

Ceux qui parlent sont minoritaires et sulfureux

On remarquera l’isolement de ceux qui attribuent à l’Islam une responsabilité directe dans l’organisation des attentats. La voix forte d’un Manuel Valls sur le sujet fait exception.

L’ancien Premier Ministre a clairement pris position en prônant l’interdiction du salafisme, cette interprétation rigoriste du Coran. Ce sujet est le grand tabou français. L’interprétation quasi-officielle du terrorisme consiste plutôt à soutenir que ceux qui commettent des attentats sont des déséquilibrés isolés mus par autre chose que des motivations religieuses.

Soutenir le contraire expose encore à la qualification de dissidence et nourrit un soupçon d’extrémisme qui rend infréquentable. Certes, ce soupçon est moins puissant et accusateur qu’il y a quelques mois. Mais, majoritairement, il reste de mauvais ton d’établir un lien direct entre l’Islam et le terrorisme.

Un réflexe de cohésion nationale

On comprend les raisons de ce réflexe. Les Français, contrairement à l’image fabriquée d’eux par les milieux « racialisés », sont ouverts à la diversité et favorables au Vivre Ensemble.

La République est bonne mère et ses citoyens sont accueillants. Dans l’opinion publique domine la conviction que le pays a besoin de sa minorité musulmane et qu’il faut au fond lui réserver un sort acceptable.

Ce sort est intéressant à analyser. L’opinion publique française considère en effet comme acquis le droit à un traitement différencié selon les communautés. Par exemple, alors que, depuis Napoléon, la communauté juive respecte le principe de francisation des prénoms – usage repris spontanément par les minorités asiatiques, les Français ne font pas obstacle à un comportement différent de la part des musulmans.

Cette ouverture d’esprit mérite d’être soulignée, même si l’on peut comprendre que cette inégalité de traitement suscite quelques réactions négatives dans les communautés qui bénéficient d’un traitement moins favorable. On se souvient ici des manifestations de la communauté asiatique pour dénoncer la violence dont elle fait l’objet de la part des autres… C’est une bonne illustration des réactions que les inégalités peuvent produire.

En bout de course, les Français ont accepté le principe des exceptions aux règles collectives en faveur de la communauté musulmane comme une condition pour maintenir une paix civile satisfaisante. Cette ouverture d’esprit, redisons-le, mérite d’être saluée comme un signe de tolérance et d’ouverture.

La question sociétale du « bon Islam » face au « mauvais Islam »

En réalité, cette tolérance vis-à-vis de l’Islam, et notamment de l’orthopraxie musulmane (interdits alimentaires, tenues vestimentaires, etc.), est adossée à une théorisation plus ou moins consciente de nos relations avec cette communauté. On la doit en partie à Bernard-Henri Lévy, qui lui a donné un contenu et un sens.

Selon BHL, il n’existe pas de conflit de civilisation entre l’Islam et le reste du monde (notamment contre l’Occident), mais il en existe un entre l’Islam modéré et l’Islam fondamentaliste. Fondateur de SOS Racisme, le philosophe déclarait par exemple il y a peu:

« Arrêtons avec cette idée, qui instille le poison de la guerre civile, qu’entre les juifs et les musulmans il y aurait une guerre de religion éternelle et une fraternité brisée pour l’éternité »

Cette idée selon laquelle l’Islam participe de la démocratie, de l’esprit républicain, et qu’il est donc souhaitable de l’intégrer en tant que tel à l’édifice républicain, repose sur une conviction conceptualisée par l’intelligentsia dominante depuis les années 80. Cette vision du monde structure la pensée des élites diffusée par les médias sans être clairement « tracée » dans l’opinion publique.

Il serait naïf de croire que l’exception musulmane dans la doctrine républicaine soit apparue spontanément. Elle résulte d’une vision géostratégique globale, dont Bernard Henri-Lévy énonce régulièrement les termes, où les démocraties occidentales sont appelées à faire une place à l’orthopraxie musulmane.

Le risque d’une tension collective se fait jour

Le maintien d’une menace terroriste interroge fortement cette vision déployée par BHL et par les intellectuels dominants. On peut en effet se demander combien de temps l’opinion publique pourra comprendre et admettre que des militants d’un Islam politique sèment la terreur alors même qu’ils bénéficient d’exceptions notoires par rapport aux autres communautés.

Si l’évocation régulière du passé colonial français alimente un sentiment de culpabilité propice à une forte tolérance vis-à-vis des Musulmans, il n’est pas évident que ce mécanisme suffise indéfiniment à tout excuser. Tôt ou tard, le besoin de sécurité risque de balayer toutes les objections sur son passage, surtout lorsque même les médias publics commencent à relayer les images de la sympathie dont les terroristes bénéficient dans certaines cités.

Comme souvent, deux stratégies s’offrent à nous.

Soit la doctrine d’un Islam modéré avec lequel il faudrait pactiser pour lutter contre l’Islam est maintenue intégralement. Dans ce cas, il existe probablement un risque de radicalisation grandissante, au sein de l’opinion publique, qui pourrait confiner à un dégagisme toxique.

Soit on souhaite éviter la tentation du dégagisme et ses effets indésirables. Et le moment vient de tirer rationnellement, prudemment, calmement, les leçons d’une vision sociétale née il y a près de quarante ans.

Chômage

Grèves de la SNCF et de la fonction publique: y a-t-il un risque de thatchérisation du régime?

Avec les grèves qui s’annoncent, y a-t-il vraiment un risque de thatchérisation du régime? Certains l’affirment, le craignent ou le souhaitent, notamment à l’annonce d’un conflit sournois à la SNCF. On peut toutefois s’interroger sur la détermination de chacune des parties…

La journée du 22 mars s’annonce relativement agitée, avec un mouvement de grève suivi à 50% dans l’Éducation Nationale francilienne et substantiellement ailleurs. Du côté de la SNCF, le Parisien a révélé un étrange mail où la CGT appelle à des manoeuvres de désorganisation au-delà du simple fait de grève.

Du coup, se posent plusieurs questions sur une possible escalade dans l’opposition au gouvernement.

Quel risque de convergence des mouvements?

Premier point: il existe une possibilité que les mouvements de fonctionnaires et de cheminots se rejoignent. Le choix du 22 mars fait par les cheminots pour défiler en dit long sur la difficulté de cette stratégie. Les fonctionnaires ne leur ont pas tendu la main. Les cheminots se sont imposés dans ce mouvement. Ils ont en réalité bien compris que le gouvernement passerait en force et qu’ils n’étaient pas de taille, seuls, à résister.

De ce point de vue, l’hypothèse d’un grand mouvement social ne paraît pas mûre. Elle n’est pas impossible, mais elle n’est pas pour aujourd’hui…

Les fonctionnaires mènent en effet un combat très différent de celui des cheminots, et le gouvernement a bien pris garde à ne pas rompre les fils avec ses agents publics. Ceux-ci savent qu’ils auraient beaucoup à perdre dans une radicalisation. Elle pourrait en effet être le prétexte à des mesures plus désagréables…

Quel risque de radicalisation du mouvement à la SNCF?

Les phrases prêtées à la CGT de la SNCF sont sans appel:

« Aujourd’hui, hormis une poignée d’agents, nous sommes incapables de tenir au-delà de 15 jours de grève, et nous savons que face à un gouvernement déterminé comme celui que nous avons actuellement, il nous faudra tenir bien plus longtemps »

Le syndicat ne cache donc pas sa faiblesse et le manque de détermination des cheminots. C’est un point qui distingue fortement le mouvement qui s’annonce et celui des mineurs en Angleterre, sous Thatcher. Le gouvernement Philippe a face à lui des salariés peu vaillants et qui, d’une certaine façon, lui laissent la main libre pour agir.

Le seul risque que le gouvernement court est celui d’un recours qui pourrait tenter la « poignée d’agents » de la SNCF à des méthodes radicales pour paralyser le trafic. Compte tenu du noyautage progressif de la CGT par des tendances trotskystes (sur lesquels Philippe Martinez pourrait s’être appuyé, si l’on en croit les commentaires internes), cette possibilité semble la plus forte.

Reste à savoir quelle sera la nature de la réaction gouvernementale en cas de blocage en dehors des règles.

Le gouvernement a-t-il intérêt à une radicalisation du mouvement?

Toute la question est désormais de savoir si Emmanuel Macron n’a pas intérêt à voir les syndicats contestataires de la SNCF franchir la ligne rouge, par exemple en paralysant le trafic par des voies détournées. Alors que le mouvement des cheminots est globalement impopulaire, une faute politique de ce genre pourrait donner un bon prétexte à Emmanuel Macron pour thatchériser sa politique.

Légitimé dans une attitude radicale, il disposerait alors d’une sorte de validation plébiscitaire pour aller bien plus loin que le projet somme toute modeste de réforme de la SNCF qu’il a mis en avant. Pour l’opinion publique, ce cas de figure constituerait un vrai test sur la capacité du pays à se réformer.

Taxation des GAFA: le discret (mais puissant) rétropédalage de la Commission Européenne

Sur la taxation des GAFA, la Commission Européenne vient de réaliser un superbe rétropédalage dont nous avions annoncé les contours dès le mois de septembre. Si l‘hypothèse d’une taxe sur le chiffre d’affaires des entreprises numériques dégageant plus de 750 millions € de revenus est toujours avancée, ce n’est plus qu’à titre provisoire. Une autre taxe devrait se mettre en place, qui n’a pas encore fait l’objet d’un accord formel dans l’Union. Cette autre taxe (qui serait, elle, durable) paraît déjà extrêmement mal taillée. Tout laisse à penser que ce dossier est encore très loin du passage à l’acte.

On se disait bien que l’idée absurde de Bruno Le Maire, de taxer le chiffre d’affaires et pas les bénéfices, ne devait pas avoir un grand avenir. Jugée très brillante en France, la proposition comportait en effet le risque de se retourner contre les exportateurs européens eux-mêmes.

Que diraient les producteurs de Cognac si le Japon ou les États-Unis leur demandaient de céder 5 ou 10% du chiffre d’affaires qu’ils réalisent dans ces pays? Dans la pratique, il ne s’agirait pas d’autre chose que d’une barrière douanière dont l’Union Européenne fait le reproche aujourd’hui aux États-Unis dans le secteur sidérurgique. Et au jeu des rétorsions commerciales, l’Europe a beaucoup à perdre.

Les risques de la solution française au problème des GAFA

Dans la pratique, cette proposition par la France et imposée au forceps à la Commission, contre l’avis de l’Irlande, des Pays-Bas et du Luxembourg, pose un vrai problème au regard des engagements européens dans le libre commerce mondial. On voit mal comment les principaux pays lésés par une solution visant les groupes numériques réalisant des chiffres d’affaire supérieurs à 750 millions € ne prendraient pas de sévères mesures de rétorsion contre le protectionnisme européen. En l’espèce, seuls la Chine et les États-Unis sont visés par ce dispositif.

La Commission Européenne l’a très bien compris, et ne propose plus cette solution qu’à titre transitoire:

Ce système s’appliquera uniquement à titre provisoire, jusqu’à ce que la réforme globale ait été mise en œuvre et prévoie des mécanismes intégrés pour réduire la possibilité de double imposition.

La France, qui a adoré crier victoire sur ce projet, évite bien entendu de souligner que son idée saugrenue devrait rapidement disparaître. On comprend entre les lignes que cette taxe sert surtout de chiffon rouge dans la guerre commerciale de l’acier, mais qu’elle n’a pas vocation à survivre à celle-ci.

La solution durable d’une taxe généralisée sur les bénéfices du Net

À la place de cette improbable taxe sur le chiffre d’affaires, la Commission Européenne devrait préférer une taxe beaucoup plus pénalisante sur les bénéfices des groupes numériques répondant à l’un des trois critères suivants:

– elle génère plus de 7 millions € de produits annuels dans un État membre;

– elle compte plus de 100 000 utilisateurs dans un État membre au cours d’un exercice fiscal;

– plus de 3000 contrats commerciaux pour des services numériques sont créés entre l’entreprise et les utilisateurs actifs au cours d’un exercice fiscal.

D’un coup de passe-passe, on tombe donc d’un plancher de 750 millions de revenus à un sous-sol de 7 millions de profit dans un État-membre, ou à plus de 100.000 utilisateurs.

Moscovici a expliqué clairement les avantages de cette solution: « Notre proposition ne vise pas une société ou un pays en particulier. Nous estimons que quelque 150 entreprises entrent dans le viseur de nos propositions. Elles sont européennes, américaines, asiatiques et autres. »

Voilà qui s’appelle un rétropédalage. Pour éviter la guerre commerciale, la Commission va aussi taxer les entreprises européennes.

Un projet mal ficelé

On notera que les seuils fixés par les textes introduisent une superbe discrimination sur le marché européen. Les critères s’apprécient par État membre. 100.000 utilisateurs dans un État, ça risque d’être beaucoup plus facilement atteint en France… qu’au Luxembourg, qui ne compte que 400.000 habitants. La présence numérique risque donc de coûter très cher à des sites comme Meetic, qui revendiquent plus d’un million d’inscrits en France…

La fixation d’une volumétrie d’activité unique et applicable à tous les pays de l’Union risque donc de soulever de longs commentaires. Sauf à vouloir protéger le Luxembourg, qui, du fait de sa population, remplira peu les conditions d’imposition. Mais là encore, la logique de la Commission fait le jeu des sempiternelles asymétries fiscales sur le continent.

La taxation des GAFA est-elle un problème philosophique?

Reste un problème de fond sur la notion de taxation des GAFA.

Dans la pratique, l’enjeu est de taxer la valeur créée par l’analyse des données collectées sur les individus membres des réseaux sociaux ou utilisateurs des produits numériques visés (comme le moteur de recherche Google). Dans l’ancien monde, la valeur était attachée à un produit physique qu’il était facile de territorialiser.

Avec Internet, toute la question est de savoir si la valeur produite dans la chaîne de la data se situe du côté de l’individu générateur, à son insu, d’informations, ou du côté des algorithmes de traitement de ces données. Assez logiquement, tout porte à croire que la valeur soit du côté des algorithmes et non du côté de ceux qui y sont analysés…

La proposition de la Commission Européenne place la valeur du côté des personnes. On n’en sera guère étonné. D’une certaine façon, le RGPD constitue une première réponse protectionniste à ce problème. Il n’en reste pas moins que l’arbitrage de la Commission est fragile et que nous sommes probablement très loin d’un règlement définitif du problème.

Affaire Sarkozy: les démocraties occidentales jouent-elles trop avec le feu musulman?

La mise en garde à vue de Nicolas Sarkozy dans l’enquête sur un financement libyen repose une énième fois la question des liens financiers que les démocraties occidentales ont tissé avec les pays musulmans producteurs de pétrole. Et si cette stratégie, menée depuis les années 70, était totalement toxique pour l’Occident?

Nicolas Sarkozy subit une longue garde à vue dans le cadre de l’enquête sur un éventuel financement libyen de sa campagne de 2007. S’il a reçu des soutiens dans son camp, beaucoup d’huiles républicaines ne semblent pas particulièrement étonnées par cet épisode judiciaire. Cette espèce d’indifférence relative n’est pas surprenante: à l’image des États-Unis, la France a beaucoup misé, depuis une vingtaine d’années, sur ses relations avec les producteurs musulmans de pétrole, Qatar en tête. Pays de l’argent facile et des financements tous azimuts, ces alliés nous ont-ils vraiment rendu service?

Le monde sunnite au coeur des stratégies occidentales

Qu’on le veuille ou non, et contrairement au mythe de l’islamophobie occidentale propagé par des mouvements religieux téléguidés, l’Occident pactise depuis les années 70 avec le monde sunnite. Qu’il s’

Contrôle des chômeurs: retour des tartes à la crème et des souris sorties de la montagne

Muriel Pénicaud a fait ses annonces du lundi en proposant cette fois un renforcement du contrôle des chômeurs. Cette vieille tarte à la crème de la lutte contre le chômage n’a pas été complétée par les annonces sur la gouvernance de l’UNEDIC qu’on attendait. Au final, la séquence hivernale aura tué dans l’oeuf bien des promesses macroniennes dans le domaine social.

Que reste-t-il des promesses de campagne sur le chômage et la formation professionnelle faites par Emmanuel Macron il y a un an? Pas grand chose à vrai dire, et le gouvernement a donné le sentiment de manquer singulièrement de souffle sur ce sujet, après un sprint sur les ordonnances.

Le contrôle des chômeurs, tarte à la crème de la lutte contre le chômage

Muriel Pénicaud a annoncé hier que les contrôles et les sanctions contre les chômeurs seraient durcis. C’est une tarte à la crème bien clivante qu’on met en avant quand on veut cacher la vacuité du reste. Elle suscite toujours les mêmes réactions bien pensantes: et l’évasion fiscale des entreprises, alors! et ne stigmatisons pas les chômeurs qui sont dans leur immense majorité des gens honnêtes! etc.

Les mêmes ne trouvent évidemment rien à redire lorsque le gouvernement annonce un durcissement contre les entreprises, par exemple sur l’égalité hommes-femmes ou le travail détaché. On trouve rarement des avocats pour expliquer que le gouvernement insinue ce faisant que toutes les entreprises sont des fraudeuses potentielles.

Pendant que ces débats convenus s’enflamment, personne ne regarde la misère du décor…

Le gouvernement recule sur la gouvernance de l’UNEDIC

Parallèlement, le gouvernement a fortement temporisé sur la grande réforme de la gouvernance qui était attendue dans le système chômage. Et… finalement, la montagne annoncée a accouché d’une souris.

Le gouvernement renonce en effet à étatiser le système, mais il n’abandonne pas l’idée de mieux le contrôler. D’où l’idée très convenue de fixer un document de cadrage aux partenaires sociaux avant toute négociation des conventions triennales d’assurance chômage. On n’est pas dans un système étatisé, mais on officialise l’intervention de l’État (latente jusqu’ici) dans les négociations entre partenaires sociaux.

Ceux-ci devront rester dans les objectifs fixés par le gouvernement… On revient à la logique jeune-turc d’Emmanuel Macron, où la modernisation du pays passe par un rôle accru de l’État dans tous les domaines.

Étatisation à tous les étages

Ce phénomène d’étatisation se retrouve dans tous les thèmes du projet de loi qui s’annonce.

On se souvient que, sur le volet formation professionnelle, Muriel Pénicaud avait annoncé un big bang. Les salariés devaient pouvoir choisir eux-mêmes les formations qu’ils voulaient suivre. Finalement, le résultat est décevant, puisque la mécanique obscure des OPCA reste en place. La seule évolution est celle d’une collecte des contributions obligatoires par l’URSSAF…

Sur le chômage des démissionnaires, le gouvernement a également validé la frileuse proposition des partenaires sociaux de contrôler strictement les démissions ouvrant droit à indemnisation.

Bref, Emmanuel Macron avait dessiné une vision proche d’un revenu universel laissant les salariés libres d’agir. Les corps intermédiaires devaient être évincés du dispositif. Et, en bout de course, le Président a reculé.

Même si quelques effets de communication visent à faire croire le contraire, la réalité est que le temps des réformes radicales est passé. Le gouvernement va bientôt connaître le terrible hiver sibérien de la réforme en France: enlisement progressif dans les boues, puis gel sur place en cas de bataille prolongée.

Alexis Corbière: quand les Insoumis s’évadent de l’enfer fiscal qu’ils promettent aux Français

Alexis Corbière s’est fait épingler pour avoir recouru au statut d’auto-entrepreneur pour jouer son rôle de porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, durant la campagne présidentielle. La France Insoumise fustige pourtant régulièrement ce statut précaire… Les réponses d’Alexis Corbière montre une nouvelle fois l’aveuglement des politiques étatistes vis-à-vis de l’enfer fiscal dont ils font la promotion quotidienne.

On connaît déjà les déboires immobiliers du député Alexis Corbière et de sa compagne Raquel Garrido, devenu présentatrice de télévision. Les intéressés avaient fait les gorges chaudes des medias pour avoir tardé à quitter le logement social qu’ils occupent depuis de nombreuses années. On connaît aussi des démêlés de ladite Raquel Garrido, avocate, avec les régimes sociaux dont elle dépend.

Cette fois, c’est le statut d’auto-entrepreneur d’Alexis Corbière durant la campagne électorale qui fait polémique. Selon les informations distillées par la presse, Alexis Corbière aurait en effet demandé une disponibilité de son statut d’enseignant pour gagner sa vie comme auto-entrepreneur « payé à la tâche ». Encore cette formule n’a-t-elle pas été vérifiée à ce jour, et ceux qui connaissent les largesses de la fonction publique seront étonnés de voir que, pour une fois, l’Éducation Nationale n’a pas déchargé de service mais continué à payer l’un de ses enseignants détenant des mandats.

Mais… supposons. Alexis Corbière aurait facturé chaque intervention dans les medias durant une bonne partie de la campagne. Pour pouvoir facturer ses prestations, il a recouru au statut d’auto-entrepreneur.

Alexis Corbière face à la fiscalité de l’auto-entrepreneur

Attaqué sur ce choix qui percute frontalement les déclarations révolutionnaires de son leader (et de son parti en général), Alexis Corbière a exposé des arguments que tous les entrepreneurs comprennent très bien: le financement de la campagne n’étant pas assuré, la France Insoumise a choisi le statut d’auto-entrepreneur pour limiter les dégâts en cas de tourbillon financier.

Donc, quand la France Soumise se transforme en entreprise électorale, elle fait les mêmes raisonnements qu’un entrepreneur. Elle calcule le coût de son éventuelle dette sociale en cas de pépin, et elle ajuste ses dépenses et son activité au vu de cette prise de risque.

C’est vrai que, dans cette perspective, le statut d’auto-entrepreneur permet d’éviter la TVA sous un certain seuil, et elle évite les indemnités de précarité du CDD, ou les indemnités de rupture du CDI. En recourant à cette formule souple, la France Insoumise a bien démontré par l’exemple en quoi le système à « taux plein » prévu pour un CDI constitue un handicap pour la création d’activité.

On adorerait que cet aveu remplace une bonne fois pour toutes les vociférations des mêmes Corbière et compagnie sur les bienfaits d’une sécurité sociale coûteuse qu’ils veulent étendre et généraliser avec des tons d’ayatollahs.

MEDEF: les trois dossiers-clés du prochain président

La course à la présidence du MEDEF finit son premier tour de chauffe. 8 candidats se sont déclarés, dont 2 sont jugés favoris par les observateurs: Alexandre Saubot, président de l’UIMM, et Geoffroy Roux de Bézieux, actuel vice-président de l’organisation. Mais un cycle de débats doit permettre d’éclaircir la situation et de mieux identifier les « petits candidats ». Trois dossiers-clés seront au coeur des programmes.

L’élection à la présidence du MEDEF aura lieu au tout début juillet. Les candidatures, accompagnées de 50 parrainages, doivent être présentées début mai au plus tard. Huit candidats les briguent: 4 « régionaux » (Patrick Martin, Frédéric Motte, Olivier Klotz et Claude Brajeux), 1 Parisien (Jean-Charles Simon), 2 « fédéraux » (Alexandre Saubot et Geoffroy Roux de Bézieux) et 1 « partenaire », Fabrice Le Saché. Nul ne sait s’ils les obtiendront.

Tout laisse à penser que cette longue liste de prétendants devra se départager sur trois dossiers majeurs, qui sont au coeur de l’avenir patronal.

L’objet social des entreprises et sa promotion

Très immédiatement, le président du MEDEF devra prendre position sur la loi PACTE et sur la réforme en cours du code civil et de la définition qu’il donne d’une société. Injustement confondu avec celui d’entreprise, ce concept devrait suivre une évolution très marquée par la doctrine sociale de l’église. La question divise fortement les patrons. Les candidats à la présidence ne pourront éviter de prendre parti.

Les plus libéraux pourfendront cette réforme portée par Emmanuel Macron et un écosystème assez hétéroclite de penseurs ou d’observateurs sensibles à la tendance démocratie chrétienne. Les plus « traditionalistes » et les plus réalistes prendront à leur compte cette vision encore nébuleuse, mais qui plaît au pouvoir.

Les débats devraient donc être animés sur ce point, et l’on suivra avec intérêt l’envie ou pas que certains pourraient avoir d’assumer le profit comme objet unique de l’entreprise. En tout cas, il recouvre une fracture fondamentale entre les patrons de « gauche » et de « droite » qui paralyse régulièrement le MEDEF.

Paritarisme de gestion et réforme des retraites

Après sa prise de fonction, le président du MEDEF devra absorber le choc de la réforme systémique qu’Emmanuel Macron a chargé Jean-Paul Delevoye de préparer dans le secteur des retraites. La logique de cette réforme est d’unifier peu ou prou les différents systèmes existants dans un régime unique par points.

Le dossier est épineux, sensible, complexe, et donne déjà lieu à des passes d’armes à fleuret moucheté avec les syndicats. Emmanuel Macron aura besoin d’une aile réformatrice pour bousculer le mur des résistances.

Pour le MEDEF, le sujet est très délicat.

L’idée d’un grand régime de retraite simplifié peut être intéressante pour le MEDEF. La mise en place d’un pilotage à la suédoise peut en effet participer d’une stratégie de maîtrise des coûts sociaux. De manière sous-jacente, le régime par points ou « notionnel » dont rêve le Président de la République porte en lui la minoration de la cotisation employeurs. Il obligera sans doute aussi à normaliser les anomalies dont bénéficient les fonctionnaires.

L’inconvénient de ce projet est qu’il est aussi porteur de risques majeurs pour le monde paritaire. Le MEDEF partage en effet avec les autres partenaires sociaux la gouvernance des fédérations AGIRC-ARRCO et leur cascade de groupes paritaires d’assurance qui financent volontiers les organisations syndicales (MEDEF compris). Mettre le doigt dans la réforme systémique des retraites, c’est aussi accepter à terme la disparition de ses fromages au profit d’une chaîne étatisée unique.

Là encore, le conflit entre les démocrates chrétiens et les libéraux au sein du MEDEF devrait susciter quelques tensions internes. Il est en tout cas très probable que le débat sur le paritarisme de gestion ait lieu.

Faut-il ou non réformer le MEDEF?

L’hypothèse d’un abandon du paritarisme flatte tous ceux qui reprochent au MEDEF d’être trop englué depuis des années dans les problèmes du gestion du système social français, et pas assez présent dans l’influence auprès des gouvernements et de l’opinion. Elle pose de façon aiguë la question de la réforme de l’organisation elle-même.

Ce point somme toute secondaire est volontiers mis en avant par certains candidats qui donnent le sentiment, du même coup, d’être plus dans une course à la direction générale de l’organisation  que dans une course à la présidence. On évitera de sombrer dans cette manie en accordant trop d’importance à ces sujets. Toutefois, deux problématiques reviennent assez souvent.

La première porte sur l’autonomie financière du mouvement. Celle-ci bénéficie de plus de 10 millions de financements obligatoires chaque année (grâce à une contribution instaurée par Michel Sapin en 2014). Le MEDEF pourrait faire le choix de renoncer à ces cotisations et de recentrer ses missions sur de l’influence politique.

Ce choix paraît d’autant plus mûr que les ordonnances sur le code du travail décentralisent auprès des entreprises l’essentiel de la norme sociale. L’utilité des grands accords interprofessionnels sur lesquels une partie de l’identité du MEDEF se constitue paraît beaucoup moins prégnante aujourd’hui.

La seconde problématique est celle du droit de vote et de la représentation des territoires. Aujourd’hui, si le MEDEF compte plus de 100.000 adhérents, seuls 560 d’entre eux ont le droit de vote. Ce sujet concerne au premier chef la multitude de PME qui adhérent à un MEDEF territorial et qui ont l’impression de n’avoir aucun poids dans l’organisation.

Dans un contexte de dégagisme et de renouvellement, ces vieilles habitudes font tache…