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Catégorie : Actualité

Macron, Estrosi, Unedic: les élites françaises au bord de la crise de nerf

Les élites françaises se laissent-elles peu à peu contaminer par le « dégagisme » et autre « çavapétisme » qui dominent dans l’opinion française? Les fortes tensions liées à une campagne présidentielle hors norme contribuent en tout cas à l’apparition de vrais clivages dont on peut se demander de quoi ils sont le signe. Les plus optimistes n’y verront qu’un dommage collatéral d’une ambiance collective délétère. Les autres constateront que, face à la nécessité des réformes, la réaction nobiliaire qui est prête à tout sacrifier pour préserver ses intérêts cause de sérieux dégâts.

L’affaire Estrosi, signe de rupture dans les élites françaises

Samedi, l’entretien « républicain » entre Estrosi, président de la région PACA, et Emmanuel Macron, a fait couler beaucoup d’encre et de venin. Rappelons qu’Estrosi a « gagné » sa région contre le Front National avec le soutien des voix socialistes. Le même Estrosi avait demandé à François Fillon de se désister au vu des affaires qui lui collaient à la peau. Dans ce contexte, l’entrevue entre Estrosi et Macron prend des allures de trahison pour guigner un poste à la sortie des urnes.

Voilà une façon ancienne de faire de la politique qui illustre une fois de plus les mensonges de cette campagne. Emmanuel Macron campe volontiers le rôle de l’homme nouveau. Mais il fraie de façon fascinante avec le monde ancien. Entre le ralliement de Valls, vaincu à la primaire de la gauche par Benoît Hamon, et ces ronds-de-jambe avec des élus qui peineront à incarner la modernité, le pire est à craindre pour l’après-scrutin dans l’hypothèse où Macron serait élu.

Ce qui frappe surtout, c’est la virulence des scissions qui se dessinent à cette occasion autour des candidats. On sent bien qu’à droite comme à gauche, les vieux appareils politiques sont au bord de l’implosion, pendant que la campagne a hystérisé les débats et les passions.

Le patrimoine de Macron fait toujours tache

Pour les institutions, la situation pourrait durablement être ternie par la passivité de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, qui n’a rien trouvé à redire à la déclaration d’Emmanuel Macron. Comme le souligne Sébastien Laye dans nos colonnes aujourd’hui, ce document pose quand même quelques problèmes majeurs. Le candidat y déclare en effet d’importants travaux dans la maison de son épouse, sans que ceux-ci ne soient valorisés dans un quelconque actif imposable.

L’opération donnera quelques idées à ceux qui se demandent comment défiscaliser leur actif: il leur suffira à l’avenir d’investir dans des opérations chez des proches et considérer qu’il s’agit là d’un don en nature non fiscalisable. On n’arrête pas l’innovation dans ce pays!

En attendant, on voit bien que, là encore, la situation est tendue. En réalité, une partie de l’élite française rejoint le petit peuple dans le constat cinglant d’une dépossession démocratique. Le débat de la présidentielle le révèle au grand jour: pour sauver les meubles d’un système à bout de souffle, le macronisme, formule remarketée du hollandisme, bénéficie d’un traitement de faveur dans les medias subventionnés, façon candidat officiel sous le Second Empire. Il n’est pas sûr que ce coup de force soit payant à long terme.

La « démocratie sociale » contaminée

Nous signalions que la perspective d’une victoire d’Emmanuel Macron, jacobin assez peu sensible aux sirènes des corps intermédiaires, avait poussé les partenaires sociaux à négocier préventivement un protocole d’accord permettant de renouveler la convention d’assurance chômage pour les années à venir. Personne n’est vraiment convaincu du bien-fondé juridique de cette opération, mais elle donne au moins aux syndicats l’illusion de se protéger contre une intervention directe de l’exécutif cette année. L’espoir fait vivre!

Pour parvenir à un protocole d’accord en urgence, le MEDEF a accepté une augmentation provisoire des cotisations chômage et une surtaxation des contrats courts. Cette concession au paritarisme de gestion était probablement le geste de trop dans la pétaudière: plusieurs fédérations ont manifesté leur réprobation contre ces concessions qui leur coûteront chef. C’est le cas de l’UMIH, l’une des fédérations de l’hôtellerie, branche où l’on consomme le contrat court comme un ogre mange les enfants.

De là à penser que l’hystérisation du débat public atteint les milieux patronaux, il y a un pas que nous franchissons allègrement. La solidarité patronale est désormais un lointain souvenir. Face aux appétits hégémoniques de l’UIMM, comme au bon vieux temps – l’UIMM qui a porté le fer dans cette négociation pour obtenir un accord, et qui réclamera la présidence du MEDEF au départ de Pierre Gattaz – le monde patronal se rebelle.

C’est peut-être que la dégradation de la situation est telle que la situation n’est plus gérable sans affrontements?

La CFDT, premier syndicat du secteur privé en toute opacité

Officiellement, la CFDT est devenue le premier syndicat de France. Et il est très probable que cela soit vrai: les « partenaires sociaux » s’y attendaient de longue date en suivant les résultats de terrain. Au doigt mouillé, il leur semblait clair que la CFDT grignotait des « parts de marché » au détriment de la CGT. Reste à savoir s’il s’agit bien du mouvement historique dont parlait Laurent Berger, et on regrettera ici la totale opacité dans laquelle ces opérations se déroulent.

L’opacité des résultats

L’idée que la CFDT soit devenue le premier syndicat de France dans le secteur privé est déduite de ses résultats agrégés dans la base de données Mars, qui collecte les procès-verbaux de résultats aux élections professionnelles et aux élections dédiées aux très petites entreprises. On notera que cette base est totalement opaque. Même le dossier de presse relatif à la mesure de la représentativité y est verrouillé:

La base est par ailleurs verrouillée et peu fréquentée. Il est donc techniquement impossible de vérifier l’exactitude des données qu’elle contient. On le regrettera, dans la mesure où certaines situations anormales se perpétuent, comme la présence de la CFTC à près de 10% de représentativité dans l’ensemble des entreprises.

Cela ne signifie pas que les résultats soient truqués. En revanche, la « démocratie sociale » se fonde sur des résultats qui ne sont pas vérifiables par les citoyens et cela pose un véritable problème. On ne peut donc que plaider ici pour une ouverture de la base de données au titre de l’open data. Cela nous laisserait penser que la CFDT n’est pas devenue le premier syndicat d’un monde digne du siècle dernier…

La CFDT est le premier syndicat du secteur privé… avec 10% des voix

Il faut évidemment replacer la notion de premier syndicat du secteur privé dans sa dimension réelle. De l’aveu du ministère du Travail, le corps électoral regroupe environ 14 millions d’électeurs. 5,6 millions d’entre eux se sont exprimés dans des élections professionnelles. La CFDT représenté environ 26% des suffrages. Soit, un chiffre d’environ 1,4 million d’électeurs.

Donc, la CFDT a recueilli 10% des suffrages exprimés. En masse, ce chiffre n’est pas très différent de celui de la CGT (l’ensemble se joue à 100.000 voix près). C’est bien certes, mais cela est très loin de constituer une majorité. C’est même très loin de donner à la CFDT la légitimité à laquelle elle aspire pour donner le la.

Les déductions hâtives sur l’aspiration des salariés du privé

En matière de « démocratie sociale » (comme désormais dans la démocratie politique), on évitera donc soigneusement de se faire piéger par les pourcentages, et toujours on reviendra aux chiffres bruts. Avec 100.000 voix d’avance sur un corps électoral de près de 14 millions de personnes, la CFDT est très loin d’être hégémonique, et l’illusion selon laquelle les salariés auraient ainsi validé le quinquennat Hollande est bien sûr trompeuse.

Dans la pratique, les résultats qui viennent d’être publiés s’appuient sur une agrégation de résultats en entreprise pendant une période de quatre ans. Les salariés qui ont voté devaient désigner des délégués d’entreprise, issus de syndicats d’entreprise. Sur le terrain, la CFDT peut être beaucoup plus acrimonieuse qu’au niveau national. Il est même arrivé que certaines voix comptabilisées (dans le commerce à Paris) comme CFDT soient sujettes à caution puisque les dissensions entre la confédération et les syndicats locaux dans cette branche sont nombreuses.

Soutenir aujourd’hui que les résultats en entreprise valident la ligne Berger constitue donc une affirmation sujette à caution.

La victoire d’un syndicalisme moins politique

Ce qui est vrai, en revanche, c’est que le syndicalisme de la CFDT est souvent moins politique que celui de la CGT. Il n’est pas issu de la tradition anarcho-syndicaliste, mais de cette logique auto-gestionnaire, pragmatique, souvent réaliste. Là encore, il faut se méfier des déductions trop rapides. Certains syndicats d’entreprise de la CGT sont réalistes, et certains CFDT ne le sont pas. Mais il est vrai que majoritairement les salariés se tournent vers la CFDT parce qu’ils ne rêvent pas d’exproprier leur patron, mais qu’ils souhaitent obtenir de bons accords d’entreprise qui améliorent leur sort.

On interprétera donc plutôt les résultats de la dernière mesure de la représentativité comme la reconnaissance d’un cap franchi dans les entreprises en faveur d’un syndicalisme réformiste. S’il fallait y chercher le signal d’une déradicalisation de la lutte des classes, on le trouvera là.

La mesure de la représentativité, dix ans après

La loi prévoyance la réforme de la représentativité date du 20 août 2008, il y a près de dix ans. Cette année, la principe de la présomption irréfragable de représentativité (c’est-à-dire de la désignation des syndicats représentatifs par un arrêté ministériel) disparaît. Désormais, sont représentatifs au niveau national les syndicats qui totalisent plus de 8% des voix aux élections dans les entreprises.

Il se trouve que… la loi n’a rien changé dans les faits. Les 5 représentatifs des années 60 sont encore représentatifs aujourd’hui. La France, qui se distingue par son pluralisme syndical outrancier, se distingue aussi par sa capacité à faire durer ce pluralisme coûte-que-coûte.

La responsabilité posthume de Laurence Parisot

Les initiés regretteront donc, à titre rétroactif, les conditions de la négociation de 2008, où Laurence Parisot a cédé à la pression de certains mouvements patronaux qui voulaient, à l’époque, conserver « leur » fédération FO ou CGC ou CFTC. Le MEDEF aurait en effet pu fixer le seuil de représentativité à 10% sur l’ensemble des collèges. Pour sauver la représentativité de la CGC et de la CFTC, le MEDEF a concédé, dans l’ultime nuit de négociation, un abaissement du seuil à 8%, en acceptant les syndicats catégoriels.

Ce geste était destiné, à l’époque, à obtenir la signature des syndicats concernés. Mais il n’en fut rien…

On a raté, ce jour-là, une belle occasion de restructurer l’obsolète syndicalisme français.

Les électeurs de Fillon voteront-ils ou non Marine Le Pen au second tour?

Quel choix les électeurs de Fillon feront-ils si leur candidat n’est pas présent au second tour et si leur choix doit ou non se porter sur Marine Le Pen? Cet article offre une sorte de micro-trottoir sur le sujet, qui conclut à une forte indécision…

Petit souvenir d’Alsace

Après ma soirée en Alsace, j’ai interrogé deux personnes qui avaient assisté à ma conférence. Ces deux quidam avaient eu des fonctions de chefs d’entreprise dans la région, mais étaient désormais retraités. Tous les deux ont manifesté la même gêne vis-à-vis du candidat républicain, en assurant immédiatement que les affaires n’auraient pas d’impact sur leur vote. Unanimement, l’ambition économique et réformatrice du programme de Fillon a justifié à leurs yeux une absolution, ou en tout cas une indulgence vis-à-vis des faits évoqués dans la presse.

En grattant un peu, on pouvait quand même comprendre que l’idée de recevoir des costumes gratuits offerts par Robert Bourgi en plein Pénelopegate les a désarçonnés. Paradoxalement, on peut penser que cette affaire des costumes les a plus perturbés que les affaires de Pénélope.

Sur le fond, ces électeur « naturels » et convaincus donnaient peu de chance à leur candidat de passer le cap du premier tour. Je les ai sentis réservés sur la possibilité ou non de voter Marine Le Pen au second tour.

La vraie impopularité de Marine Le Pen dans l’électorat gaulliste traditionnel

Une discussion au fil de l’eau avec une nonagénaire bon pied bon oeil, bourgeoise parisienne lectrice du Figaro Magazine m’a révélé une dimension plutôt inattendue: l’impopularité profonde de Marine Le Pen dans l’univers gaulliste traditionnel. La présidente du Front National est jugée trop « carnassière ». Le mot dit bien toute la profondeur du ressenti gaullien face à la famille nationaliste, et toute la difficulté de la dédiabolisation du Front National.

Selon toute vraisemblance, une absence de François Fillon au second tour conduira cet électorat à l’abstention… À bon entendeur…

Les milieux économiques profondément divisés

Dans les milieux économiques, le doute est beaucoup plus profond, et d’autant plus compliqué à dissiper que l’aveu d’un vote Le Pen reste encore très souvent un tabou.

Dans cet univers, quatre groupes se distinguent.

Il y a d’abord ceux que l’affaire du Penelopegate a immédiatement écoeurés. Ceux-là ont rejoint, avec armes et bagages et depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron. Ce dernier les rassure en partie par sa proximité avec le grand capital, et son style « nouveau » séduit.

Parmi ceux qui sont restés fidèles à Fillon, la perspective d’un second tour Macron-Le Pen divise.

Certains se sentent plutôt proches d’Emmanuel Macron même si les flous programmatiques du candidat et les ralliements massifs du Parti Socialiste les gênent. Ils voient bien qu’il y a du hollandisme en Macron, mais l’aspect « moderne » du personnage tempère leur réticence. C’est au fond l’homme du moindre mal et, là encore, sa proximité avec les milieux d’affaires rassure.

D’autres seraient prêts à voter Marine Le Pen, même si ce choix reste encore dissimulé par souci des convenances. Cette inclination est surtout marquée dans l’aile catholique traditionnelle, de goût plutôt royaliste et méfiante vis-à-vis de la tradition gaullienne. Mais on y trouve un certain nombre de décideurs exaspérés par l’étranglement fiscal en cours et convaincus que le Front National constituera un électrochoc salutaire.

Un dernier lot dont les proportions sont encore mal connues se réfugiera probablement dans une abstention résignée, pour ainsi dire mélancolique. Mais leur rejet du Front National est aussi fort que leur rejet du macronisme.

Une masse variable de votes Le Pen selon les hypothèses du deuxième tour

Pour l’instant, le recours à l’abstention est surtout évalué selon l’hypothèse d’un deuxième tour Macron-Le Pen, largement « fabriqué » par les medias. Une approche du pays réel laisse plus dubitatif sur l’ampleur réel du vote Macron, et rien n’exclut que Fillon soit au second tour. Pour l’instant, toutefois, ses soutiens peuvent lui faire le reproche de trop répondre au dénigrement dont il est l’objet et de ne pas porter assez clairement les réformes qu’il propose.

Dans les autres hypothèses – celle où ni Macron, ni Fillon, ne passeraient le cap du premier tour, le poids de l’abstention ou du vote Le Pen seraient probablement à réévaluer. Ainsi, dans le cas de figure d’un second tour Hamon-Le Pen ou Mélenchon-Le Pen, il est probable que le poids de l’abstention grossirait du fait de l’absence de Macron, et que le report de voix en faveur de Marine Le Pen serait parallèlement plus net.

Pour le Front National, l’hypothèse d’un second tour avec Mélenchon constituerait donc une aubaine…

Assurance chômage: les partenaires sociaux croient à la victoire de Macron

Les partenaires sociaux craignent-ils, plus que la peste, la victoire d’Emmanuel Macron aux prochaines élections présidentielles? La conclusion pour ainsi dire miraculeuse d’un accord sur l’assurance chômage le laisse penser.

Macron, fléau des partenaires sociaux?

Rappelons-le, Emmanuel Macron a d’ores et déjà pris une ligne jacobine qui agace voire inquiète les organisations syndicales. Ses annonces, qui portent notamment sur une véritable réforme systémique de la sécurité sociale, ont commencé à faire craindre le pire: une remise en cause du paritarisme de gestion.

C’est dans ce contexte d’angoisse que les partenaires sociaux ont remis sur le métier la négociation de la convention d’assurance-chômage, dont le déficit est abyssal.

Les annonces de Macron sur le chômage

Concernant l’assurance-chômage, Emmanuel Macron a proposé une fiscalisation de l’assurance chômage, c’est-à-dire son étatisation. Voilà qui signifierait la fin du petit sketch triennal de la renégociation de la convention. En signant une nouvelle convention triennale avant la présidentielle, les partenaires sociaux imaginent donc bloquer pour trois ans toute réforme systémique… en cas de victoire de Macron.

C’est comme ça qu’il faut comprendre l’empressement soudain des partenaires à signer un texte qui laisse à désirer. Nécessité fait loi! Bien entendu, la conviction qu’une signature entre partenaires sociaux permettra d’éviter une mesure politique expéditive est illusoire. Mais elle a le mérite de compliquer singulièrement une décision qui émanerait d’un jeune président fraîchement élu. Pour ce dernier, le coup de force contre les partenaires sociaux sera beaucoup plus compliqué désormais.

L’angoisse cachée du MEDEF

Au passage, il ne faudrait pas sous-estimer, dans cet empressement, l’angoisse qui a saisi le MEDEF face au risque immédiat que représente une victoire d’Emmanuel Macron. Ce dernier a en effet annoncé qu’il entendait étendre l’assurance chômage aux travailleurs indépendants. Oui, mais alors que faire de la Garantie Sociale Chômage (GSC) gérée par l’AGS, association fondée en 1973 par le CNPF?

C’est pour cette raison que le MEDEF a concédé une augmentation (temporaire) des cotisations chômage aux organisations syndicales. Le mouvement patronal accepte donc d’enchérir les charges qui pèsent sur les entreprises pour sauver une gestion paritaire dont il tire profit…

La fragilité de la convention chômage

Signalons encore une fois l’extrême fragilité de l’ensemble de ce dispositif. Les partenaires sociaux n’ont en effet respecté aucune des procédures de mise en concurrence de l’UNEDIC pour gérer le régime chômage, ce qui est contraire au code du Travail et au droit communautaire. Rien que par amusement, donc, un bon contentieux permettrait de faire tomber le château de cartes.

Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable

Ah! les recasages! C’est devenu une tradition dans une haute fonction publique qui ne manque pas une occasion de fustiger le populisme, le complotisme et la démagogie du petit peuple: à l’issue du quinquennat, on prend ses dividendes à la bourse de la vie administrative et on se recase dans des sinécures pour échapper au changement de majorité avec le même empressement que celui du rat qui quitte le navire en flammes. Et une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

On trouvera donc ici une nouvelle liste (partielle) des cadeaux aux cabinets ministériels.

La diplomatie française, lieu de recasage et de reclassement professionnel

Reuters a produit une liste intéressante des fromages diplomatiques attribués aux amis.

Stéphane Romatet, conseiller diplomatique de Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve à Matignon, est attendu au Caire. (…) Le conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient de François Hollande, David Cvach, est annoncé à Stockholm. (…)

Le conseiller diplomatique du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, Luis Vassy, est pour sa part nommé ambassadeur à Oman, une nomination rare à 37 ans.

Quant au poste d’attaché culturel à Londres, il pourrait échoir à Claudine Ripert, conseillère en communication de François Hollande.

Félicitations à tous ces heureux bénéficiaires d’une nomination politique. Elle rappelle combien la fonction publique est attachée à l’intérêt général.

D’autres nominations en opportunité

On remerciera Acteurs publics pour l’inventaire des nominations politiques sur le sol français.

En vrac, on notera donc:

  • la nomination d’un conseiller politique d’Annick Girardin dans un poste d’inspection générale
  • la nomination d’une conseillère de Marisol Touraine dans un corps d’inspection (rappelons que le directeur de cabinet de la même ministre est passé à la Cour des Comptes)
  • la nomination d’une conseillère de Myriam El-Khomri dans le corps préfectoral
  • la nomination du directeur de cabinet de Jean-Jacques Urvoas comme directeur des affaires civiles du Sceau.

Encore ne s’agit-il là que de quelques nominations épisodiques parmi une foule d’autres recasages dont on mesure, une fois de plus, qu’ils accentuent la politisation de la haute fonction publique que le statut est supposé éviter…

Les méfaits écologiques du Vegan illustrés par l’INRA

L’INRA vient de consacrer une étude à l’élevage et à la consommation de viande. Cette étude revient sur quelques idées fausses concernant l’élevage et ses méfaits écologiques.

Les généralisations abusives

Elles consistent à mettre toutes les formes d’élevage « dans le même panier ».

Par exemple, les émissions de gaz à effet de serre sous forme de méthane sont parfois attribuées à l’élevage en général, alors qu’elles concernent essentiellement les « rots » des ruminants.

En outre, que ce soit sur le plan environnemental ou sur le plan du bien-être animal, on ne peut pas considérer de la même façon des systèmes aussi différents que, par exemple, les « feed lots » américains – où les bovins sont engraissés rapidement dans des parcs avec du maïs – et les élevages de bovins dans les pâturages de montagne.

Feed lot américain. © Wikipedia Commons
Feed lot américain© Wikipedia Commons
Bovins pâturant dans les alpages du Parc National du Mercantour (Alpes-Maritimes, Alpes-de-Haute-Provence).. © Inra, SLAGMULDER Christian
© Inra, SLAGMULDER Christian

 

Les simplifications

Les chiffres doivent être maniés avec précautions… Dans l’idéal, il conviendrait de préciser chaque fois les méthodes et les conditions d’obtention de ces chiffres et d’en relativiser la portée et la signification. Quelques exemples :

– L’eau consommée par l’élevage : que prend-on en compte ?

Observation par satellite du cycle de l'eau.. © Inra, Jean-Pierre Lagouarde Inra
Observation par satellite du cycle de l’eau.© Inra, Jean-Pierre Lagouarde Inra

On trouve très fréquemment le chiffre de 15 000 litres d’eau consommée pour produire un kg de viande. Mais ce chiffre, obtenu par la méthode de « water footprint » (empreinte eau) englobe l’eau bleue (eau réellement consommée par les animaux et l’irrigation des cultures), l’eau grise (eau utilisée pour dépolluer les effluents et les recycler) et l’eau verte (eau de pluie). Or cette méthode a été conçue pour des sites industriels et ne tient pas compte des cycles biologiques. En réalité 95% de cette empreinte eau correspond à l’eau de pluie, captée dans les sols et évapotranspirée par les plantes, et qui retourne de fait dans le cycle de l’eau. Ce cycle continuera même s’il n’y a plus d’animaux. La communauté scientifique considère qu’il faut entre550 à 700 litres d’eau pour produire 1kg de viande de bœuf. En eau utile (1), il faut50 litres.

– Les gaz à effet de serre (GES) : comparer des chiffres comparables

Extrait d’une plaquette affirmant que l’élevage rejette plus de CO2 que les transports.. © Inra, Patricia Guerrini, Jean-Antoine Prost
Extrait d’une plaquette affirmant que l’élevage rejette plus de CO2 que les transports.© Inra, Patricia Guerrini, Jean-Antoine Prost

On compare souvent des chiffres non comparables ! C’est ce qui se passe quand on affirme que l’élevage rejette plus de GES (14,5%) que le secteur des transports (14%) en oubliant que ces deux chiffres sont obtenus par des méthodes différentes ! Le calcul pour l’élevage émane de la FAO, sur le modèle des analyses de cycle de vie, qui inclut  diverses dimensions de l’élevage (2). Alors que le calcul pour les transports, qui émane du GIEC, ne prend en compte que les émissions de GES des véhicules en circulation (3). Par la méthode d’analyse de cycle de vie, cette valeur serait beaucoup plus élevée.

Les fausses bonnes idées

– Supprimer l’élevage réduirait le gaspillage des ressources et l’empreinte carbone de notre alimentation80% des aliments donnés aux animaux d’élevage ne sont pas consommables par l’homme. Source : Global Livestock Environmental Assessment Model, FAO.. © Inra
80% des aliments donnés aux animaux d’élevage ne sont pas consommables par l’homme. Source : Global Livestock Environmental Assessment Model, FAO.© Inra

 C’est oublier que plus de 70% de la ration des ruminants est composée de fourrages (herbe, foin, ensilage, enrubannage) non consommables par l’homme, et que cette herbe provient de prairies qui ont un fort potentiel de fixation du carbone. Des résultats comparables ont été observés en France (4).

C’est oublier aussi que les aliments concentrés utilisés pour les monogastriques (porcs, volailles) et les herbivores valorisent les résidus de cultures et les sous-produits des filières végétales destinées à l’alimentation humaine ou aux biocarburants (tourteaux, sons, drèches, etc).

– Réduire drastiquement la consommation des produits animaux améliorerait la santé de l’homme

L’exemple des USA est éclairant sur l’effet négatif d’une politique de stigmatisation de la viande : entre 1971 et 2010, la préconisation des autorités de santé américaine de réduire les graisses animales dans les régimes alimentaires a conduit à une augmentation du sucre dans l’alimentation. La prévalence de l’obésité aux USA est passée de 14,5 % à 30,9 % sur cette même période, et en 2012, les diabètes de type 2 touchaient un américain sur dix. La recommandation de réduire les graisses animales a été aujourd’hui purement et simplement supprimée (5).

Seuls de forts excès de consommation de viande peuvent être défavorables à la santé, en termes de risques cardiovasculaires et de risques de cancer du côlon (voir article 3).

En revanche, il semble raisonnable de diminuer le ratio protéines animales/protéines végétales (en poids) qui est, dans notre alimentation occidentale, supérieur  aux recommandations nutritionnelles internationales (voir article 3). Cette évolution de nos régimes vers moins de viande pourrait aussi avoir un effet bénéfique pour l’environnement (voir article 7).

– Le sol serait mieux utilisé pour la culture de végétaux que pour l’élevage d’animaux

Dire que l’élevage utilise 70% des terres agricoles n’est pas faux, mais on doit préciser aussitôt qu’il s’agit essentiellement de terres non labourables composées de prairies et de zones herbeuses (6).

De plus, plusieurs études conduites avec l’Inra démontrent les bénéfices environnementaux des prairies. Leurs sols sont plus riches en biomasse microbienne et en biodiversité que les sols des cultures. Ils stockent plus de carbone, sont 20 fois moins sensibles à l’érosion et filtrent mieux les eaux (7). Plusieurs projets de recherche européens (8) ont montré que le stockage de carbone des prairies compense l’équivalent de 30 à 80% des émissions de méthane des ruminants. Des travaux récents du Cirad viennent d’étendre ces résultats aux zones d’élevage subtropicales. Les prairies renferment aussi une diversité floristique favorisant les populations de pollinisateurs.

– Remplacer la consommation de viande par des substituts de viande tels que la viande artificielle ou les insectes

La fabrication de viande artificielle in vitro est présentée comme une solution pour bénéficier de la valeur nutritionnelle de la viande en se passant d’élevage. Cependant, ce procédé n’est pas au point pour l’instant. Il est énergétiquement très coûteux et utilise massivement des molécules qui sont par ailleurs interdites en élevage (hormones, facteurs de croissance, antibiotiques, etc.), ce qui conduit à s’interroger sur la pertinence sanitaire, culturelle et environnementale de cette voie d’innovation (voir article 4).

Quant à la consommation d’insectes, elle ne dépasse pas 10% des apports alimentaires dans le pays qui en consomme le plus (Zimbabwe). Elle semble plutôt destinée pour l’instant à contribuer à l’alimentation des animaux domestiques.

(1) Eau utile : quantité d’eau dont est privée la ressource (eau consommée), pondérée par un facteur de stress hydrique régionalisé : la perte d’un litre d’eau n’a pas le même impact dans le désert qu’en montagne par exemple.

(2) Dont la production des aliments et intrants, transformation des aliments, transports, consommation d’énergie etc.

(3) Les émissions liées à la fabrication des véhicules et à l’extraction, raffinage et transport du pétrole, notamment, ne sont pas prises en compte, alors qu’elles le seraient dans une démarche de cycle de vie.

(4) B. Rouillé et al. OCL 2014, 21(4) D404. DOI: 10.1051/ocl/2014017

(5) Dietary Guidelines for Americans 2015-2020 – 8th edition.

(6) Les terres émergées se répartissent actuellement en 31% de prairies et zones herbeuses, 11% de terres cultivées, 41% de forêts et zones arbustives, 17% autres usages (FAO, 2010). Les surfaces en herbe représentent donc 74% des terres agricoles (31%/42%).

(7) Programme Genosol.

(8) Programmes Nitro Europe (2006-2011) http://www.nitroeurope.eu/, Animal Change (2011-2015). Lire l’article.

Guerre de lobbying gramscien autour de la sécurité sociale et des complémentaires santé

S’il est bien un sujet où, contrairement aux apparences, l’acquiescement des Français et le travail de conviction ne vont pas de soi, c’est celui de la sécurité sociale et des complémentaires santé. Contrairement au mythe répandu par ses promoteurs, la sécurité sociale continue à faire, en France, l’objet d’une résistance dont quelques exemples sont fournis par l’actualité.

L’Etat jette toutes ses forces dans le lobbying pour défendre son monopole

L’IRDES, largement dépendant des pouvoirs publics mais très discret sur son financement (encore le goût de la transparence propre aux organismes publics et para-publics…), vient de publier une étude sur les complémentaires santé, dont la trame est cousue de fil blanc. C’est ce qu’on appelle le lobbying gramscien: au lieu d’avancer à visage découvert, on fait la promotion d’une idéologie en l’habillant sous couvert d’une étude scientifique produite par un organisme indépendant.

L’étude en question produit notamment ce diagramme, qui ne veut rien dire ou presque:

On comprend bien le propos de l’IRDES: les complémentaires santé coûtent plus cher aux pauvres que la sécurité sociale. Donc, il faut les supprimer et demander aux plus riches de payer encore plus cher leur santé pour que la sécurité sociale coûte moins cher aux plus pauvres. Bien entendu, l’étude s’abstient d’exprimer les données en valeur absolue, et de montrer que quand un pauvre consacre environ 10% de son revenu disponible de 1.000 euros à la santé (soit 100 euros), les classes moyennes en consacrent pratiquement le double, sur une somme bien supérieure (soit près de 20% sur d’un revenu disponible de 3.000 euros, soit 500 euros).

Mais le propos n’est pas de rappeler que si les pauvres peuvent bénéficier d’une santé pas cher, c’est grâce aux efforts importants consentis par les autres. Le propos gramscien est d’expliquer que le monopole complet de la sécurité sociale doit se réaliser, et donc qu’il faut supprimer les complémentaires santé parce qu’elles coûtent trop cher aux pauvres.

Décidément, on ne lésine pas avec les impôts payés par les plus riches pour justifier des positions absurdes puisque, rien ne prouve, redisons-le, qu’une santé sans remboursement complémentaire fait vivre les assurés sociaux plus vieux. Redisons-le, ce qui soigne, ce n’est pas la sécurité sociale, ce sont les médicaments et les traitements médicaux.

Si cher hôpital public

On saura gré au Figaro d’avoir pointé du doigt le coût des audits diligentés auprès de cabinets extérieurs par les hôpitaux parisiens, toujours à tendre la sébille pour obtenir une rallonge budgétaire. L’AP-HP dispose pourtant d’une cellule de consultants internes supposée rendre inutile ce type de missions. N’empêche, les assurés sociaux, y compris ceux du premier décile de revenus identifiés par l’IRDES, ont tous participé à hauteur de 1,2 million d’euros l’an dernier pour enrichir CapGemini et autres grands acteurs du domaine.

C’est bien connu, les frais de gestion du secteur public sont parfaitement maîtrisés!

Les employeurs investissent dans la santé de leurs salariés

On comprend pourquoi, au vu de ces dérapages, l’Etat ait besoin de mobiliser les grosses ficelles du lobbying gramscien. Le monopole de la sécurité sociale et l’absorption des complémentaires santé ne coule absolument pas de source pour les Français. On notera au passage qu’une étude commandée par la FFA et la FNMF auprès du cabinet Audirep montre que les employeurs investissent massivement dans la santé de leurs salariés.

Principale conclusion : la majorité des entreprises vont plus loin que le minimum légal dans la couverture santé de leurs salariés. Et ce, à plusieurs titres.

Sur la cotisation, d’abord. Alors que la loi prévoit une prise en charge minimale par l’employeur de la complémentaire santé de 50%, celle-ci est de 57% pour les PME-ETI-GE [petites et moyennes entreprises-entreprises de taille intermédiaire-grandes entreprises]. Dans les très petites entreprises (TPE), les employeurs sont encore plus généreux, avec 59% de la cotisation.

Concernant la couverture, plus de la moitié des entreprises ont opté pour un niveau supérieur au panier de soins minimum prévu par l’Ani ou à celui négocié par les branches, note Audirep.

Ceci montre que les éléments de liberté laissés dans la politique de santé joue en faveur des Français, et non le contraire. Ce constat est évidemment gênant pour tous ceux qui rêvent d’une nationalisation en bonne et due forme.

Attentat de Londres: les vidéos à voir

Après le tragique attentat de Londres, voici quelques vidéos à regarder pour comprendre ce qui s’est passé près de Westminster.

Londres dans la terreur

À ce stade, les journaux britanniques ne donnent pas l’idée du terroriste, mais signalent l’enthousiasme avec lequel les partisans de l’Etat islamique ont accueilli l’annonce de cet attentat.

Il convient d’attendre plus d’informations pour comprendre complètement les origines de cet inquiétant attentat à Londres.

Rappelons toutefois que la capitale britannique n’en est pas à son premier attentat…

Dans tous les cas, solidarité avec les Londoniens.

Macron ou le rêve éveillé, par Vincent Fromentin

Article paru sur la Lettre de Galilée.

Comment pouvait-il en être autrement ? À l’issue du Grand Débat organisé par TF1 et LCI avec les 5 « grands » candidats à la Présidentielle, c’est Macron qui a été jugé le plus convaincant avec 29% des intentions, selon un sondage Elabe rapporté par Europe1. Mélenchon, Le Pen et Fillon dans un mouchoir de poche, recueilleraient respectivement 20%, 19% et 19%. Benoît Hamon ne serait plébiscité que par 11 % des sondés.

La Lettre de Galilée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais comment pouvait-il en être autrement quand on voit l’affiche de l’annonce de ce débat historique sous la Vème république ? Emmanuel Macron est le seul à avoir le buste tourné à l’opposé de tous les autres candidats qui ont tous grise mine (à part lui qui semble bénéficier d’un traitement de faveur coloré et adouci…)

Le beau parleur qui siphonne le parti socialiste en ralliant les soutiens sait séduire. « Je vous aime farouchement mes amis » lançait-il à ses militants à Lyon. Et pourtant les affaires sont là :

  • Jean-Jacques Mourad, cardiologue, spécialiste de l’hypertension et conseiller santé d’Emmanuel Macron, a empoché plus de 80 000€ pour des interventions payées par Servier entre 2013 et 2016. Et Emmanuel Macron, dans son programme santé, souhaite le « rétablissement de la prise en charge à 100% des formes sévères de l’hypertension artérielle« , spécialité du laboratoire Servier. Il a fallu un tweet du Formindep pour faire tomber le bonhomme. Quelques heures après les révélations, le conseiller a quitté l’équipe de campagne. Pour autant, son frère, Bernard Mourad, ancien banquier conseiller de Patrick Drahi, patron de SFR, Libération, BFM TV ou L’Express, entre autres, reste toujours aux manettes comme conseiller spécial de Macron.
  • Anne Jouan, dans Le Figaro, pousse le bouchon peut-être un peu loin en relevant qu’il reste auprès de Macron un conseiller Santé, le Pr Jérôme Salomon. « L’homme n’est pas un inconnu : c’est un «Kouchner boy», et un proche de Didier Tabuteau, l’ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner au ministère de la Santé et premier directeur de l’Agence du médicament de 1993 à 1997… à des dates clés du Mediator. La boucle est bouclée.« 
  • surnommé « le vrai patron de Macron » (Le Point), Jean-Marc Borello est le monsieur social de Macron, potentiellement ministrable. Il est à la tête du Groupe SOS, 15 000 salariés et 800M€ de CA. Accessoirement, il fut gérant d’une boîte de nuit parisienne, le Palace, et condamné à ce titre à 6 mois de prison avec sursis en 1999 pour avoir « facilité le trafic et l’usage de stupéfiant« . « Un comble pour cet ennemi de l’addiction » qui fut nommé chargé de mission à la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) en 1982 titrait Libé en 2013. Mais certainement une épine dans le pied de Macron qui vient tout juste de présenter son « plan de moralisation de la vie politique » impliquant l’impossibilité pour un élu de posséder un casier judiciaire.

Le « candidat du Siècle« , au programme attrape-tout et encore flou, n’est pas exempt de conflit d’intérêts. Pourtant les affaires retombent comme des soufflets. Au cours du débat télévisé, Benoît Hamon ne s’est d’ailleurs pas privé de piquer le candidat au sujet de ses accointances avec les lobbies : « Pouvez-vous prendre l’engagement ici, parmi ces personnes qui ont fait des dons, n’y a-t-il pas plusieurs cadres de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie chimique ? » a-t-il lancé.

Le débat d’hier soir a confirmé son art consommé de la rhétorique mais révélé par certains aspects son manque d’épaisseur et d’expérience que beaucoup d’adversaires lui reprochent. « Plutôt à l’aise dans la riposte, il l’a moins été dans l’explication de son projet. Emmanuel Macron semble avoir été prisonnier de son positionnement, ni à droite ni à gauche, distribuant les bons points aux uns et aux autres selon les sujets. Une volonté d’apparaitre pragmatique qui lui a fait prendre le risque d’être flou. » analysait Vanessa Schneider pour Le Monde.

Ah oui. J’oubliais. Rassurez-vous. Le débat n’a pas évoqué -ou survolé de très haut- les questions de santé et de sécurité sociale. Comment pouvait-il en être autrement ?

Les infos utiles cachées par la présidentielle

Article écrit pour Atlantico

La campagne pour les présidentielles a occulté quelques informations importantes qu’il n’est pas inutile d’avoir à l’esprit pour comprendre la suite des événements.

Le relèvement des taux prévu en fin d’année

Peu à peu, l’inflation remonte vers sa ligne de flottaison fixée à 2% par les traités. Bon, personne ne sait trop si cette remontée est effective, mais elle est décrite par les statistiques officielles. Voilà qui tombe bien! l’écrasement des taux pratiqué par la BCE met les épargnants allemands (et les autres accessoirement) en rogne et dans un état de stress maximal. La pression des institutions financières pour une remontée des taux est forte.

Les marchés sont aujourd’hui à peu près convaincus que la Banque Centrale Européenne entamera ces manoeuvres à la fin de l’année 2017. Ce laps laisse le temps aux investisseurs et aux Etats de préparer leur réaction.

Pour la France, qui vit fondamentalement à crédit, et sur qui la baisse des taux a produit le même effet qu’une dose de cocaïne sur un clubber, la dissipation de ce cette drogue dure risque d’avoir un vrai impact dépressif. La remontée des taux signifie aussi un renchérissement du crédit… La vie sans réforme de structure risque de devenir beaucoup plus compliquée, et la charge de la dette entamera un cycle haussier.

Pour le prochain président, les facilités des années Hollande devraient être bel et bien finies. Il va falloir vraiment agir.

Vers une dangereuse guerre des changes?

Parallèlement, l’ordre mondial entame une phase tout à fait désagréable. La réunion des ministres des Finances du G20 jeudi dernier l’a montré. Les représentants des Etats participants se sont écharpés sur le recours à la dévaluation compétitive. Ils ont finalement accepté ce texte:

« Nous répétons qu’une volatilité excessive et des mouvements désordonnés des taux de change peuvent avoir des implications préjudiciables pour la stabilité économique et financière ».

« Nous serons en contact étroit sur le marché des changes. Nous confirmons nos engagements précédents sur les taux de change et notamment que nous nous abstiendrons de toute dévaluation compétitive et que nous n’emploierons pas les taux de change à des fins concurrentielles. »

Il ne faut pas se louper dans le décodage de ce charabia en apparence vide. Le G20 est désormais placé sous la pression trumpienne du protectionnisme et de la dévaluation du dollar. Trump a très bien compris qu’un dollar élevé pénalise ses exportations. Le G20 semble avoir obtenu un report d’une stratégie de dévaluation du dollar.

En revanche, le G20 a fait chou blanc sur le protectionnisme. Elle est désormais loin l’époque où les nations célébraient le libre-échange comme espérance pour toute l’humanité. L’ordre mondial glisse sans hâte mais avec détermination vers du chacun chez soi confinant parfois à un affrontement larvé.

L’Allemagne s’assume comme puissance européenne dominante

La même semaine, une rencontre injustement qualifiée de surréaliste en France a permis à Donald Trump de mettre quelques petites choses au clair avec Angela Merkel. En particulier, il a expliqué que l’Allemagne ne payait pas assez pour sa défense ni pour la protection militaire apportée par les Etats-Unis. La chancelière a approuvé ce point de vue.

Là encore, il faut décoder les idées implicites dans ces prises de position. Jusqu’ici, il était admis que l’Allemagne devait être une puissance démilitarisée. Rappelons que ce que Trump appelle la protection accordée à l’Allemagne est aussi une occupation en bonne et due forme. Cette doctrine passe. L’Allemagne est désormais appelée à s’émanciper.

Pour la France, l’évolution en profondeur de la situation mérite réflexion. Le déclin français est désormais une donnée handicapante dans un couple qui ne vit plus la triangulation avec la Grande-Bretagne au sein de l’Union Européenne.

L’inertie de l’élite française face à ces infos

Face à ces nouveaux déterminants qui deviendront particulièrement visibles en 2018, l’élite française a, comme toujours depuis une trentaine d’années, un temps de retard et un immobilisme angélique inquiétant.

Peu d’énarques admettent les bienfaits de la désinflation compétitive et occultent complètement la supériorité de l’Allemagne due à sa compétitivité hors prix. La technocratie française reste donc aveuglément adepte d’un euro fort et risque de suivre sans complexe la BCE lorsque celle-ci acceptera sans broncher les dévaluations du dollar orchestrée par l’équipe Trump.

De même, l’admiration béate de l’élite française pour le couple franco-allemand, sans avoir compris l’évolution profonde de celui-ci depuis la réunification, risque d’accélérer les tensions internes en France contre un ordre européen déséquilibré.

Les langues de bois officielles en plein tourment

On terminera cette rapide revue d’actualité en signalant un article de la revue Nature Climate Change, qui attribue la fonte de la banquise à une activité humaine dans une proportion allant de 30 à 50%. Une remarque du texte fait sourire:

« Si ce phénomène naturel cessait ou s’inversait dans un proche avenir, nous assisterions à un ralentissement de la tendance à la fonte rapide, voire verrions la banquise s’étendre de nouveau », écrit le principal auteur de l’étude, Qinghua Ding, de l’Université de Californie.

Sur le long terme, l’accumulation des gaz à effet de serre constituera un facteur de plus en plus dominant, écrit-il dans un courriel.

Là encore, lisons entre les lignes: le scientifique qui a étudié la fonte de la banquise considère que l’activité humaine sera dominante dans le phénomène « à long terme ». Autrement dit, la part de l’activité humaine est aujourd’hui secondaire dans le recul des glaces. Cette donnée, volontiers niée par la théorie du réchauffement climatique dû au gaz de serre, avait déjà été avancée en 2013 et avait fait polémique.