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À quoi sert le mythe des inégalités d’accès aux soins?

Il y aurait, en France, des inégalités d’accès aux soins qui seraient insupportables. Ce mythe savamment cultivé par la bien-pensance permet de justifier une soviétisation progressive de la santé, fondée sur une étatisation galopante et sur une uniformisation vers le bas des pratiques médicales. Au risque de produire l’effet contraire aux intentions.

Dans les mythes fabriqués de toutes pièces pour justifier des choix idéologiques douteux, l’inégalité d’accès aux soins a la vie dure. Cette fake news n’est en effet pas perdue pour tout le monde.

Le mythe de la vie plus longue des cadres

Reprenons d’abord l’un des récits mensongers qui nous est tartiné à longueur de médias subventionnés: les ouvriers perdraient en moyenne sept ans d’espérance de vie à cause de leurs conditions de travail. Qui n’a pas déjà entendu cette sornette qui vous arracherait des larmes?

Or, s’il est un fait que les cadres hommes vivent plus longtemps que les ouvriers hommes, il est tout aussi vrai que les mêmes cadres hommes vivent moins longtemps que les ouvriers femmes. Si les conditions de travail étaient déterminantes dans ce phénomène, on voit donc mal pourquoi l’appartenance d’un ouvrier au genre féminin dispenserait de mourir plus jeune qu’un cadre.

Les bien-pensants ont coutume de répondre que les ouvrières boivent moins que les hommes cadres, etc. Et là, nous sommes bien d’accord: l’espérance de vie est influencée par les comportements individuels et par l’hygiène de vie avant d’être influencée par le métier exercé. Dans tous les cas, on n’entend jamais personne plaindre les cadres hommes qui meurent avant les femmes ouvrières…

Le mythe du renoncement aux soins

Un autre mythe tenace voudrait qu’une quantité colossale de Français renoncent aux soins pour des raisons financières. Cette situation dramatique justifierait des mesures de soviétisation autoritaire: tiers payant, tarifs imposés, étatisation en tous sens. Il s’agit là de l’un des plus beaux mensonges fabriqués de toutes pièces dans la société française. Aucun chiffre ne permet d’appuyer cette description apocalyptique.

Dans la pratique, ce sont les chiffres de l’OCDE, tirés des Panoramas annuels de la Santé, qui permettent de replacer le grand fantasme français dans sa vérité.

Premier point, le renoncement avéré aux soins (mais personne ne dit quels soins) est inférieur en France à la moyenne de l’OCDE sur l’ensemble de la population (voir les chiffres ci-contre). Il est vrai qu’il est de deux dixièmes de points supérieur à la moyenne pour les 20% les plus pauvres. Mais le volume global de renoncement ne touche que 6,6% des « pauvres » qui ont renoncé à un soin dans l’année écoulée. Certes, ce chiffre n’est pas satisfaisant, mais il est très loin d’une urgence sanitaire absolue, dans la mesure où 93,4% de cette population ont vu la totalité de leurs besoins sanitaires satisfaits alors même qu’ils perçoivent peu de revenus et que, dans cette évaluation, sont pris en compte autant les soins vitaux que la bobologie.

Encore faut-il préciser pour quelle raison les Français, qu’ils soient pauvres ou pas, renoncent aux soins. Une étude officielle, publiée dans Économie et statistique en 2014, montre que les raisons financières n’expliquent de 40% des cas. Le manque de temps, la peur des soins ou l’attente d’une amélioration expliquent, pour l’essentiel, le solde. Là encore, donc, nous sommes très loin des urgences sociales sur le terrain desquelles la technostructure médicale tente de nous attirer.

Enfin, et surtout, il faut savoir à quels soins les Français renoncent. Un rapport de la Cour des Comptes a souligné que la moitié des renoncements porte sur les soins dentaires. Lorsque l’explication de ces renoncements est financière, elle se justifie par le coût des implants et des prothèses. On est donc très loin des soins vitaux. D’ailleurs l’OCDE a rappelé récemment que la France était le pays où le nombre de décès évitable faute d’un accès aux soins était le plus faible du monde industrialisé.

Dans tous les cas, le nombre de cas où un Français renonce à une visite utile chez un généraliste ou un spécialiste est infinitésimal. Là encore, il ne s’agit pas de s’en satisfaire, mais il est incorrect d’extrapoler à partir de ces cas résiduels des visions apocalyptiques sur notre système de santé en général.

À quoi sert le mythe de l’inégalité sociale dans l’accès aux soins?

La prétendue urgence à régler un problème d’accès aux soins ne vise évidemment pas à aider les plus pauvres. Ceux-ci en effet disposent déjà de la couverture maladie universelle, et d’une aide à la complémentaire santé pour supprimer tout reste à charge. En outre, ils n’hésitent pas à surcharger les urgences pour avoir immédiatement accès aux soins de leur choix.

Qui plus est, toutes les mesures prises par le gouvernement pour aller plus loin dans l’accès aux soins ont plutôt cherché à limiter la prise en charge au lieu de l’améliorer. C’est le cas de la réforme du contrat responsable par Marisol Touraine, qui a plafonné les remboursements optiques et médicaux (notamment pour les gynécologues) et donc dégradé les remboursements auxquels les assurés pouvaient prétendre.

Précisément, l’exemple des contrats responsables montre l’utilité de la mise en scène autour des inégalités d’accès aux soins. Celle-ci justifie une étatisation croissante de la santé, au nom du présupposé principe selon lequel l’État serait le meilleur garant de l’égalité en France. L’orchestration de prétendus insupportables renoncements aux soins sert une seule cause: celle du renforcement d’une technostructure sanitaire bien décidée à étendre sa patte orwellienne sur la société française. Comme si nous étions des enfants. Comme s’ils étaient des adultes.


François Ruffin, faux marxiste, vrai maccarthyste

En 2013, François Ruffin avait rendu hommage à Daniel Mermet, attaqué pour son management brutal et son mépris vis-à-vis des salariés. Il avait alors dénoncé un maccarthysme de gauche chez ceux qui avaient pris la défense des plus faibles. En revanche, il n’a pas hésité, lors de la Fête de l’Humanité, à appeler à la violence physique contre le PDG de Whirlpool qui licencie. On n’en est pas à une contradiction près chez ce fils de cadre de Bonduelle qui imagine le prolétariat comme les romantiques parlaient des petites gens : avec un paternalisme méprisant.

Quand François Ruffin, élu de la nation, appelle à brûler la maison d’1 patron au prétexte qu’il a licencié. Criminel, inconscient, délirant pic.twitter.com/f846IOfeYr

— Team Macron (@TeamMacronPR) 17 septembre 2017

C’est quand même inédit d’entendre un député de la République inciter publiquement ses concitoyens à mettre le feu à une demeure privée. Pour François Ruffin, cet appel semble évident: il s’agit de punir le méchant capitaliste qui licencie chez Whirlpool. Quelle chance il a, François Ruffin, de vivre dans un monde simple et évident! Il y a les gentils: les ouvriers, les prolétaires, les réfugiés (rebaptisés travailleurs immigrés), à qui il faut tout donner. Et il y a les méchants: les capitalistes, les patrons, les employeurs, à qui il faut tout prendre.

Bienvenue dans le monde des copains-coquins de Ruffin

Ben, évidemment il y a des exceptions pour les copains.

Daniel Mermet, son pote qui le faisait passer à la radio, a droit à un traitement différent. Lorsque des journalistes ont fait connaître les souffrances qu’ils avaient endurées en travaillant avec Mermet, Ruffin a volé à son secours (voir ci-contre) pour expliquer que toute cette souffrance ne pouvait effacer les innombrables bienfaits du producteur de Radio France.

Parmi ces bienfaits, Ruffin ne manque pas de rappeler que Mermet lui a rendu un fier service en l’arrachant à l’anonymat. Dans la bouche de Ruffin, entendons-nous, il ne s’agit pas de dire « Merci Daniel de m’avoir donné une chance », mais plutôt d’expliquer que Mermet donnait « la parole aux damnés de la terre », aux « intellectuels dissidents », et créait une « véritable université populaire » dont Fakir était un élément notable.

Voilà comment, dans la République des bien-pensants, on se tient la bourre. Tu m’as fait passer à l’antenne, donc je te renvoie l’ascenseur en expliquant que les quelques journalistes que tu as lessivés ne pèsent rien face aux « damnés » à qui tu as donné la parole.

Erreur chez les bourgeois, vérité chez les bobos. Certaines souffrances au travail sont plus défendables que d’autres. On connaît la musique des donneurs de leçons.

Ruffin passé du côté des lyncheurs

En bon ancien élève d’un lycée chic d’Amiens, Ruffin s’était à ce propos senti obligé de nous infliger une déclaration morale:

Moi qui pratique un journalisme engagé, de lutte, depuis quatorze ans maintenant, jamais je n’ai traité mes adversaires – Gilles de Robien, Bernard Arnault, Jean-Charles Naouri – avec cette violence personnelle, psychiatrisant leur cas, leur découvrant des perversions.

Manifestement, depuis que Ruffin n’est plus journaliste, depuis qu’il est devenu député, la tentation de la violence personnelle a pris possession de lui. Là où le journaliste assurait ne pas nourrir de haine, le député appelle à brûler les maisons, à semer la terreur, dans des proportions pires que celles des adversaires de Mermet.

S’agissant de ce dernier, Ruffin expliquait que ses adversaires avaient procédé à une « exécution ». Le mot était une figure de style. Dans la bouche de Ruffin, le sort promis au patron de Whirlpool n’est guère plus enviable. Mais il ne s’agit plus de figure de style cette fois.

Non, ni Ruffin ni les Insoumis ne sont marxistes

Certains y verront l’excès propre aux diatribes marxistes-léninistes. Ils ne lui tiendront donc pas rigueur de cette dangereuse outrance morale qui serait durement sanctionnée si elle sortait de la bouche d’un député Front National ou Républicain. On verra dans cette différence de traitement l’autre effet de la partialité intellectuelle imposée par la bien-pensance. Mourir à Auschwitz, c’est monstrueux, mais mourir sur la Kolyma, c’est au fond pour la bonne cause. La mortalité du Goulag, pour tous ces imposteurs du progrès humain, est acceptable, comme la violence au travail imposée par un Mermet était défendable.

Pourtant, il faut le redire ici, ni Ruffin ni les Insoumis ne sont marxistes. Marx voulait émanciper les travailleurs et fondait sa théorie sur l’idée que le salariat était une aliénation. Les Insoumis, dont Ruffin, pensent au contraire que le salariat est l’horizon indépassable du bonheur. Ils défendent farouchement ce fonds de commerce et seraient marris de voir d’autres formes de travail apparaître où leur venin n’aurait plus cours.

Au demeurant, si Ruffin avait essayé un temps soit peu le travail à la chaîne dans une usine, il se montrerait beaucoup moins affirmatif sur l’inconvénient qu’il y a à le voir disparaître. Car effectivement il faut nourrir une connaissance purement romantique (et fondamentalement méprisante) du prolétariat pour imaginer que le remplacement progressif du travail posté par d’autres formes professionnelles moins pénibles soit une nuisance. Les vrais prolétaires, ceux que Ruffin ne connaît pas ou ne fréquente pas, n’ont aucune nostalgie pour l’aliénation dont ils sont victimes. Cela ne signifie pas qu’ils soient heureux d’être licenciés mais aucun à ma connaissance ne refuserait des métiers moins pénibles.

Mais, dans ce mépris social que Ruffin occulte derrière un romantisme controuvé, cette vérité-là n’a pas sa place. Avec Ruffin, on en reste aux vieux mythes sur le monde ouvrier qui n’ont jamais abusé que les gens des beaux quartiers. Les mineurs de fond descendaient à la fosse de père en fils et autres mensonges qui font croire que le métier d’ouvrier salarié rend heureux.

Là encore, qu’une quantité colossale d’ouvriers du bâtiment choisissent le statut d’auto-entrepreneur, c’est-à-dire de devenir patrons, pour échapper à leur aliénation, plutôt que de mettre le feu à la maison de leur patron qui veut les licencier est une réalité sociologique qui n’est pas entrée dans les logiciels bourgeois de Monsieur Ruffin. Au contraire même, on ne tardera pas à entendre les Insoumis nous expliquer que ces ouvriers qui deviennent maîtres de leur destin au lieu de se consacrer à la lutte collective sous la bannière de Mélenchon et compagnie sont des traîtres à leur cause.

Là encore, redisons-le, le recours au marxisme est ici un prétexte pour maintenir le prolétariat sous surveillance et sous le contrôle d’une bureaucratie syndicale ou politique. Il ne s’agit certainement pas de chercher à l’émanciper.

Le maccarthysme de gauche, on ne pouvait pas mieux dire

On remerciera François Ruffin d’avoir proposé lui-même, dans Fakir, l’expression qui donne la meilleure intelligibilité à sa posture et à celle des Insoumis: celle du maccarthysme de gauche.

Comme le sénateur du Wisconsin, l’enjeu de Ruffin est de dénoncer des ennemis imaginaires, présentés comme les vrais ennemis. Il ne faudrait pas pousser beaucoup pour qu’on sente Ruffin prêt à sortir une mallette vide et à la brandir devant les spots des télévisions, hurlant « j’ai ici les preuves et la liste des coupables ».

Bien entendu, cette fièvre paranoïaque ne repose sur aucun substrat idéologique ni aucune présomption de vérité. Il s’agit plutôt de faire profession de dénonciation binaire. Les gentils d’un côté, les méchants de l’autre. Mettez le feu et la vie sera meilleure. La civilisation ne se construit pas, elle se brûle.

Ruffin peut se féliciter (et il a raison d’en profiter) d’avoir face à lui un macronisme intellectuellement vide et une droite aux abonnés absents de la vision idéologique. Pendant ce temps, les départs de feu qu’il allume prospèrent, prospèrent.

 

La critique de Mermet – pas seulement de son management, mais de sa ligne éditoriale, de ses invités, de son ton – est plus que légitime, nécessaire, comme de toute personne qui exerce un pouvoir, qui occupe une position dans l’espace public.
Les papiers que je lis, en revanche, relèvent moins de l’enquête que de l’exécution, davantage de la vengeance personnelle que du souci de justice pour l’homme et pour son œuvre.
Pour l’homme, mi-ange mi-bête, ou ni ange ni bête, avec ses zones d’ombre, avec ses fautes, avec ses hontes, mais également avec sa lumière et sa gloire : dans ce portrait tout en obscurité, je ne reconnais pas mon patron.
Pour l’œuvre, surtout, car elle existe, tout de même, et on ne saurait compter pour rien cette heure de dissidence qui, chaque jour, a donné la parole aux damnés de la terre, à une classe ouvrière oubliée, méprisée durant ces décennies, cette parenthèse de lucidité qui a ouvert au grand public des intellectuels dissidents, Castoriadis, Lordon, Hazan, ces dix points d’audimat qui ont parfois sorti nos travaux – PLPLLe Plan BFakir, le rassemblement des Glières, etc. – de la confidentialité, cette véritable université populaire qui, chaque jour, a éveillé au monde, à la politique, des milliers d’auditeurs.
Pourquoi tout cela devrait-il s’effacer derrière la souffrance, bien réelle, de quelques salariés ? Pourquoi ce malheur pèserait-il le poids du plomb, et le bonheur délivré, celui de la plume ? Pourquoi la balance serait-elle pareillement truquée ?

Car il ne suffit pas qu’on découvre à Daniel Mermet une tache : il faut maintenant qu’on le résume à cette tache, en une sorte de maccarthysme passé à gauche. Il ne suffit pas qu’on fasse tomber, avec fracas, la statue du Commandeur, il faut maintenant qu’on le traîne dans la boue, que chacun y aille de son petit glaviot sous forme de « commentaire », que l’attaque tourne au lynchage.
Moi qui pratique un journalisme engagé, de lutte, depuis quatorze ans maintenant, jamais je n’ai traité mes adversaires – Gilles de Robien, Bernard Arnault, Jean-Charles Naouri – avec cette violence personnelle, psychiatrisant leur cas, leur découvrant des perversions.

in – Fakir

Attentat de l’hyper-casher: la gendarmerie a-t-elle trop joué avec le feu?

Article mis à jour le 19 septembre à 20h30.

L’attentat de l’Hyper-Casher en janvier 2015, dans la foulée du massacre de Charlie-Hebdo, est dans tous les sens du terme une boîte de Pandore. À l’issue du procès de Claude Hermant tenu à Lille cette semaine, on peut même se demander dans quelle mesure la gendarmerie n’a pas joué aux pompiers pyromanes.

Si l’on admet que la vague d’attentats islamistes qui frappent la France a commencé en mars 2012 avec l’affaire Merah, alors on ne compte plus les cas de terroristes dont les activités ou les risques de passage à l’acte étaient connus de nos services de renseignement. Dans le cas extrême de Coulibaly, le procès de Claude Hermant, qui vient de se tenir à Lille, a permis de mieux comprendre les questions qui se posent dans les relations complexes entre la sphère terroriste et les services chargés de notre sécurité.

Les faits tels qu’ils se sont probablement passés

Tout ceci se passe dans des zones grises. On peut en retenir moins de certitudes que de doutes. Partons donc des quelques certitudes qu’on peut avoir.

Au deuxième semestre 2014, Amedy Coulibaly planifie la commission d’un attentat. Il cherche des armes à l’aide d’un certain Amar Ramdani. Cet homme est aujourd’hui en prison.

Ramdani apparaît comme un sherpa essentiel des attentats de janvier 2015. Non seulement il aide Coulibaly dans la recherche d’armes, mais il trouve l’acheteur de la voiture d’Hayat Boumedienne, la compagne de Coulibaly réfugiée en Syrie. Il s’agira de Metin Karasular, un kurde installé à Charleroi dont on pense qu’il aurait pu payer une partie de la voiture en armes qui serviront à l’attentat.

Ramdani présente une particularité troublante. Depuis 2011, il a noué une relation amoureuse avec une certaine Emmanuelle, 35 ans, « accessoirement » adjudante de gendarmerie et fraîchement convertie à l’Islam. Elle travaille (et occupe un logement de fonctions…) au centre de renseignement opérationnel de Rosny-sous-Bois. Autrement dit, elle est dans les « services secrets » de la gendarmerie. Par la suite, elle prétendra n’avoir découvert qu’après les attentats de janvier 2015 le pot-aux-roses: son concubin Amar Ramdani fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour trafic d’armes. Cette découverte tardive ne l’empêchera pas de secourir son bien-aimé durant son passage en prison, et de commettre pour lui des fautes professionnelles qui lui vaudront sa révocation puis une condamnation à la prison.

Ici commence une longue liste d’interférences entre la gendarmerie et Coulibaly. On sait qu’un intermédiaire intervient, dans des conditions non expliquées à ce jour. Il s’agit de Samir Ladjali, dont on sait peu de choses, si ce n’est qu’il écoulait les armes importées par Claude Hermant. Samir Ladjali était-il un indicateur de la gendarmerie? Se pourrait-il qu’il doive à ce statut le fait de n’avoir été arrêté que 4 mois après Hermant? Cette affaire n’a pas été éclaircie, malheureusement, à l’occasion du procès. Il aurait en tout cas fourni Karasular qui aurait fourni Coulibaly.

Quelques autres circonstances troublantes qui continuent à nous embarrasser

Dans le dossier Coulibaly, on n’a évidemment pas le droit de ne pas épicer ce récit de quelques faits supplémentaires. Ainsi, la suite de cet article montre que la gendarmerie reconnaît un rôle d’indicateur à Hermant et à Ladjali. Courant novembre, Ladjali fournit des armes à Coulibaly qui vend la voiture de sa femme à un trafiquant de Charleroi, réputé proche du PKK. Ces événements laissent à penser que quelque chose se prépare. Coulibaly est par ailleurs « conseillé » par Ramdani qui vit avec un espionne de la gendarmerie. Il est difficile de penser que nos services n’aient pas eu l’attention attirée par tous ces mouvements.

Alors que Coulibaly a vendu sa voiture en novembre, il est contrôlé le 30 décembre 2014, c’est-à-dire une semaine avant son forfait, au volant d’une voiture de location. Ce seul fait mérite là encore d’être mentionné comme une improbabilité statistique remarquable.

En effet, Coulibaly est détenteur d’un permis provisoire, qu’il vient juste d’obtenir (le 10 décembre pour être exact). Il est contrôlé avenue Simon Bolivar quasiment à la sortie du parking d’où il vient de retirer sa voiture de location. Au livre des records, il pouvait donc revendiquer le titre du plus jeune détenteur de permis de conduire contrôlé « par hasard » le plus près du stationnement de la première voiture louée dans sa vie. On ajoutera que Coulibaly est contrôlé au cours d’un « contrôle de routine » mené par deux motards de la police.

Ceux qui connaissent le dix-neuvième arrondissement de Paris (et qui n’y voient jamais aucun contrôle policier, en particulier par des motards) ne manqueront de découvrir avec satisfaction que ceux-ci peuvent avoir lieu un 30 décembre à 11h45. C’est vraiment une grande première… Ce faisant, les policiers constatent que le gaillard sur qui ils tombent par hasard est fiché S, avec instruction PJ02, c’est-à-dire faire patienter l’intéressé en attendant que l’anti-terrorisme donne son avis sur le sort de la personne. Et… mystère, l’anti-terrorisme ordonne de laisser Coulibaly repartir. On en perd la trace à ce moment.

Aucune commission d’enquête n’a, à ce jour, jugé utile de faire la lumière sur ce moment crucial.

Le trouble ne s’arrête pas là. La veille de l’Hyper-Casher, en effet, un passant est touché par trois balles sur la coulée verte, près de Fontenay-aux-Roses (pas très loin du domicile de Coulibaly). L’intéressé, qui a vu le tireur de près, certifiera que Coulibaly n’en était pas l’auteur (voir la vidéo ci-contre). Tout laisse à penser que le coupable pourrait être Ramdani: la victime a reconnu l’individu, après une curieuse enquête à décharge de la police. Malgré ces présomptions fortes, l’information selon laquelle Coulibaly était bien le tireur tourne en boucle.

Cherche-t-on, dans cette affaire, à éviter à un suspect protégé par les services (et on se souvient ici de la proximité de Ramdani avec la gendarmerie) une charge de tentative d’homicide qui alourdirait la peine finale?

Claude Hermant et la gendarmerie

L’homme-clé du trafic d’armes qui permet à Coulibaly de commettre son forfait est ce fameux Claude Hermant, en procès cette semaine à Lille. Par l’intermédiaire de la société possédée par sa femme, Seth Outdoor, il importe des armes démilitarisées de Slovaquie, qu’il écoule dans son réseau. On parle, en deux ou trois ans, de 500 armes revendues.

Le procès de cette semaine a permis d’établir une bonne foi pour toutes qu’Hermant était effectivement un indicateur actif de la gendarmerie. Celle-ci aurait même payé 2.000€ des renseignements fournis par le passé. Toute la question est de savoir si oui ou non le trafic d’armes de Claude Hermant était couvert par la gendarmerie, et si l’intéressé était parfaitement loyal vis-à-vis de ses employeurs. Ou bien travaillait-il, en tout ou partie, pour son propre compte?

Hermant explique bien entendu qu’il agissait pour le compte de la gendarmerie. Les gendarmes expliquent au contraire qu’ils ne savaient rien de ces agissements. Entre les deux versions, il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui on peine à savoir.

Hermant protégé jusqu’au bout par la gendarmerie?

Après les attentats, l’attitude de la gendarmerie intrigue. Sur le seul volet Hermant, on sait aujourd’hui que l’ensemble de notre système judiciaire a tenté de maintenir le plus longtemps possible la fiction d’une absence totale de lien entre Hermant et Coulibaly.

Ainsi, Hermant est arrêté par la police judiciaire le 20 janvier 2015 à Lille. Grâce à Interpol, on sait alors que les armes de Coulibaly proviennent de l’usine AFG en Slovaquie et qu’elles ont été importées par Seth Outdoor. Mais les services de renseignement anti-terroristes « oublient » de le signaler au Parquet de Paris dans leur rapport du 20 janvier.

Comme le note Mediapart, la machine judiciaire s’organise alors pour ne pas établir de lien entre la « fortuite » arrestation d’Hermant à Lille le 20 janvier et l’attentat de l’Hyper-Casher commis dix jours plus tôt avec les armes qu’il a fournies. Il faut attendre l’été 2015 pour que les premiers rapprochements interviennent timidement entre le parquet anti-terroriste qui enquête sur les attentats et le parquet de Lille qui enquête sur le trafic d’armes.

Entretemps, la commission de déclassification préconise de ne pas transmettre à la justice les rapports de gendarmerie sur les activités de Claude Hermant.

La ligne de la gendarmerie a pris l’eau

In fine, le ministère de l’Intérieur accepte de transmettre 12 procès-verbaux de rencontres entre les gendarmes et leurs indicateurs, à condition qu’ils soient caviardés. Les débats et la lecture de ces documents partiels permettent tout de même de découvrir que les gendarmes étaient informés du trafic d’armes organisé par Claude Hermant. Tiens! tiens!

Bien entendu, les intéressés minimisent leur degré de connaissance sur les activités de cet indicateur qui a quand même importé une vingtaine d’armes par mois. Si, à l’occasion d’une rencontre avec un homme dont ils ne se souviennent plus très bien, l’intéressé leur a présenté des armes, ils ont pensé qu’il s’agissait de fournitures pour le paint-ball. Bien sûr!

En l’état, on ne saura donc pas si oui ou non Hermant a fourni Coulibaly avec l’accord de la gendarmerie.

Au coeur de la mouvance nationaliste

Dans la pratique, ce dossier mérite d’être lu à l’aune d’une large perspective sur l’univers de Claude Hermant. L’intéressé appartient à la mouvance identitaire. Il est l’une de ces figures de l’extrême droite nationaliste qui rêve de révolutions et de grands chambardements politiques.

Dans cette errance idéologique, la route de Claude Hermant a beaucoup croisé celle de nos services de renseignement. C’est le cas dans le dossier de trafic d’armes qui permet à Coulibaly de transformer l’Hyper-Casher en boucherie. C’est aussi le cas au Congo où des péripéties rocambolesques conduisent Hermant, en 1999, à une vraie fausse tentative de coup d’État, qui lui vaut de la prison et une libération peut-être favorisée par l’intervention de nos services.

Mais il croise aussi, dans cet univers, une faune de gens peu recommandables dont les amitiés sont interlopes. C’est par exemple le cas d’un autre probable « indic » de la police, nommé Christophe Dubroeucq, interpellé en décembre 2009 au volant de la voiture d’Hermant sur les bords du canal de la Deule, à Lille. Ce soir-là, un certain Abdelaziz est noyé au même endroit dans le canal…

On découvre, petit à petit, que cette faune étrange a maille à partir dans une multiplicité de trafics avec les mouvances identitaires flamandes, liées… à la pègre albanaise.

Autrement dit, il est hautement improbable que l’approvisionnement en armes des terroristes islamistes soit assuré de façon consciente par la gendarmerie. Qu’en revanche, celle-ci, comme d’autres forces de police, s’appuie sur des indicateurs qui sont autant d’agents doubles chargés d’interconnecter des milieux très différents mais tous aux lisières de la société est beaucoup plus probable.

Hermant a-t-il bénéficié d’une impunité, pendant plusieurs mois, pour infiltrer des milieux favorables, comme lui, à un chaos dans notre société? Ces milieux ont-ils fini par croiser la route des terroristes? La gendarmerie, à force de jouer un jeu dangereux s’est-elle brûlé les doigts? En particulier, a-t-elle fermé les yeux sur un trafic d’armes qui a permis à un terroriste de commettre un attentat?

En bout de course, on sent bien que les événements en cours en Europe depuis une vingtaine d’années (l’émergence d’une pègre des Balkans, le développement d’un Islam violent, le bouillonnement identitaire) sont loin d’être des phénomènes antagonistes. Ce sont des facettes différentes d’une violence profonde, vis-à-vis de laquelle nos forces officielles de sécurité ont tendance à parier sur de possibles doubles jeux. Jusqu’au jour où… les armes se retournent contre nous.

Place aux agents traitants d’Hermant : trois gendarmes entendus en huit-clos partiel (pour des raisons de sécurité, seule la presse est autorisée à assister à leur audition). Comme le colonel, deux d’entre eux déplient un petit papier avant de s’exprimer. Des notes. Devant le tribunal, ils déroulent la version officielle. Les 12 rapports déclassifiés correspondent à 12 rendez-vous avec l’indic’ Hermant. Circulez, il n’y a rien à voir.

Mais très vite, cette belle histoire vole en éclat. A la barre, Joël A., premier agent traitant d’Hermant, a la mémoire qui flanche. Il ne se souvient de rien, ni de personne. Le douanier Lemaire qui lui a présenté Hermant ? « Vous le reconnaissez ? » – « Non », oublié. Les deux hommes se connaissent pourtant depuis 7 piges.

Parfois, l’homme retrouve subitement la mémoire. En pied d’un des rapports apparaît une photo de pistolet automatique. Une arme qu’Hermant lui aurait montré au cours d’un rendez-vous. Face aux enquêteurs, il semble reconnaître avoir pris lui-même le cliché et laissé repartir la pièce. Une faute professionnelle. A la barre, Joël A. retourne finalement sa veste : son indic lui a fourni la photo. Mais il n’a jamais vu l’arme. On aurait mal compris.

« Monsieur Hermant vous a-t-il déjà présenté une arme ? », l’interroge ensuite le juge Trevidic. « Une fois, un petit pistolet démilitarisé », dit Joël. « Pistolet-mitrailleur », complète ultérieurement Laurent B. également présent ce jour-là. Trévidic :

« Pourquoi n’est-il pas dans un rapport ?

C’est démilitarisé, il n’y a pas d’infraction. Ca lui appartient, donc voilà… »

Il concède ne pas avoir vérifié. Hermant repart avec l’arme. « Je pensais que c’était pour le paint-ball », tente le militaire.

Tiré de Street Press

Depuis la nuit du 10 au 11 janvier, où la police judiciaire a déterminé que l’arme retrouvée dans le sac de sport d’Amedy Coulibaly à l’Hyper Cacher était celle utilisée contre Romain, aucune preuve ou témoignage majeurs n’ont émergé. Pendant des semaines, les enquêteurs ont d’abord privilégié la piste d’un «tir d’entraînement» de Coulibaly à la veille de l’attaque de Montrouge, d’autant que le terroriste habitait à quelques centaines de mètres de là. Mais Romain dément:

«Je suis sûr de ne pas avoir vu un “Black”. Pour moi, c’était un homme de type européen ou méditerranén, comme on dit dans le jargon des enquêteurs…»

Il l’a dit aux policiers et aux pompiers devant la maison de Marie-Pierre, le soir même. Il l’a répété le jour de son audition par un officier du Quai des orfèvres à l’hôpital, deux jours après son réveil du coma, le 14 janvier 2015. Un épisode dont il garde un souvenir amer:

«C’était un homme qui conduisait l’entretien, il était accompagné par deux femmes très aimables qui prenaient des notes. À plusieurs reprises, il s’est montré très insistant sur l’identification de mon agresseur et m’a redemandé plusieurs fois si j’étais sûr que ce n’était pas une personne noire ou Amedy Coulibaly. À la fin, épuisé, j’ai fini par douter. J’ai dit: “Je ne crois vraiment pas, mais peut-être que je me trompe après tout… Peut-être qu’il était noir…”»

Lorsque Romain découvre les conclusions du rapport dans un article sur internet quelques jours plus tard, il est surpris de constater que seul ce doute, émis en toute fin d’entretien, est mis en avant. «L’officier a comparé cette phrase avec mes propos recueillis par la police le soir de mon agression, et il a dit que mon témoignage avait varié au cours du temps, bref qu’il n’était pas fiable… J’étais fou de rage.»

Début mai, l’affaire ressurgit lorsque Romain croit reconnaître pour la première fois le visage de son agresseur dans un reportage télévisé sur les attentats. Ce visage, c’est celui d’Amar Ramdani, un trentenaire de type maghrébin, mis en examen et derrière les barreaux depuis le mois de mars. Il aurait connu Coulibaly à la maison d’arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis) et les deux hommes se seraient vus au moins à dix reprises le mois précédant les attentats, en particulier les 5 et 6 janvier. Aujourd’hui, Romain est seul avec ses certitudes: «Ramdani a toujours nié en bloc et son téléphone a été repéré chez lui au moment des faits, ce qui lui fait un alibi. Mais j’ai de sérieux doutes… Le problème, c’est qu’il n’y a pas de preuves et pas de témoins. C’est ma parole contre la sienne…»

Tiré de Slate.

L’OCDE épingle le boulet français de la sécurité sociale

L’OCDE vient de publier une étude tout à fait passionnante sur la situation économique de la France. Le poids de la sécurité sociale y apparaît clairement comme un danger économique à long terme, compte tenu de ses coûts. La France sera tôt ou tard obligée de repenser son modèle de protection sociale.

OCDE – étude économique de la France 2017 de Société Tripalio

La France pourra-t-elle durablement maintenir des dépenses publiques, dont des dépenses de sécurité sociale, record dans le monde industrialisé sans renoncer à la croissance? L’OCDE en doute et en s’en cache pas.

La sécurité sociale au coeur des dépenses publiques

La France est le pays qui consacre la plus grande partie de sa richesse aux dépenses publiques. Cette socialisation de la richesse privée est essentiellement due à deux facteurs. D’une part, la masse salariale de la fonction publique représente près de 13 points de PIB en 2016 (deux fois plus qu’en Allemagne). D’autre part, les dépenses de retraite représentent plus de 14 points de PIB (quatre fois plus qu’en Allemagne).

Trop de fonctionnaires, trop de mutualisation des retraites, la France se met en position délicate…

Vers un scénario à la grecque?

On se souvient que cette situation était aussi celle qui dominait en Grèce en 2008, quand la crise financière a éclaté. Le poids des dépenses publiques s’est transformée, dans ce pays, en bombe à fragmentation dès lors que l’État grec s’est trouvé en difficulté financière.

On ne dit pas assez aux Français que le même risque leur pend au nez. Il suffirait d’un nouvel accident boursier majeur pour que tout se complique en France: les taux d’intérêt augmenteraient, plombant les comptes du pays et obligeant à comprimer fortement des dépenses trop importantes.

Remettre à plat la sécurité sociale est inévitable

Structurellement, qu’elle le veuille ou non, la France n’aura d’autre choix dans les 10 prochaines années que de remettre à plat son modèle de protection sociale. L’obsession d’un régime public fiscalisé omnipotent sur tous les risques constitue une prise de risque pour l’ensemble des assurés. Ceux-ci sont condamnés à lier la solvabilité du régime à celle de l’État, ce qui semble bien téméraire.

Étant entendu que les déficits de notre sécurité sociale plombent les comptes de l’État et obligent à pratiquer un pression fiscale importante.

L’OCDE éclaire les dysfonctionnements de la santé publique

On doit à l’OCDE de mettre en lumière les paradoxes du système français de santé. Alors que la France est le pays qui compte le moins de décès évitables grâce à une amélioration du système de soins (environ 75 pour 100.000 habitants, contre 110 en Allemagne), elle est aussi le pays qui englue le plus ses urgences et qui parie le moins sur le prévention.

Les fonctionnaires bientôt dispensés de solidarité avec les pauvres?

Pour compenser la hausse de la CSG, le gouvernement a proposé de façon surréaliste de supprimer la contribution exceptionnelle de solidarité (CES) des fonctionnaires. Les syndicats ont refusé en bloc cette proposition pourtant très favorable.

Depuis la nuit des temps sociaux (c’est-à-dire depuis 1945), les fonctionnaires refusent d’intégrer la sécurité sociale prétendument universelle, pourtant inventée par des fonctionnaires (en l’espèce Pierre Laroque, conseiller d’État, et Alexandre Parodi). Les raisons de cet isolationnisme de la fonction publique sont bien connues: leur régime de protection est beaucoup plus favorable que celui des salariés du privé, notamment parce qu’il leur permet de puiser près de 40 milliards€ chaque année dans l’impôt pour équilibrer leurs coûteuses retraites.

Alors évidemment, quand Emmanuel Macron annonce une mesure en faveur des salariés du secteur privé (en l’espèce la suppression des cotisations qu’ils apportent à la sécurité sociale pour financer une part des prestations qu’ils perçoivent), les fonctionnaires se trouvent en position difficile. Le privilège dont ils disposent (celui d’échapper à la sécurité sociale) les prive de ce petit cadeau inattendu.

Pourquoi ne pas intégrer les fonctionnaires dans la sécurité sociale?

Forcément, les fonctionnaires demandent eux aussi à bénéficier d’une mesure qui pose un problème, puisque la suppression des cotisations sera compensée par une hausse de la CSG. Or les fonctionnaires sont soumis à la CSG mais ne relèvent pas de la sécurité sociale.

Le bon sens voudrait donc que le gouvernement propose d’intégrer les fonctionnaires à la sécurité sociale, au nom de l’universalité de celle-ci. C’est le meilleur moyen de régler le problème de la compensation de la hausse de la CSG pour les fonctionnaires.

L’étonnante proposition du gouvernement

Mais… cette voie suppose d’affronter la colère des syndicats de fonctionnaires, qui adorent donner des leçons de solidarité mais surtout pas les mettre en pratique. Donc le gouvernement a proposé de réduire une part des cotisations payées par les fonctionnaires pour compenser une mesure dont on peine à saisir l’injustice.

D’où la proposition de supprimer la contribution exceptionnelle de solidarité inventée en 1982 pour que les fonctionnaires participent au financement du fonds de solidarité vieillesse. Ben voyons! pourquoi les fonctionnaires participeraient-ils à la solidarité nationale? après tout… rien ne le justifie.

Les syndicats ont trouvé que la proposition n’était pas assez généreuse. Ils l’ont refusée en bloc.

Les fonctionnaires toujours pas dans la sécurité sociale

Alors que, d’un bloc, les travailleurs indépendants sont sommés de rejoindre la sécurité sociale, les fonctionnaires continuent à y échapper. Ils bénéficient toujours d’un régime de retraite exorbitant, avec des règles de calcul de la pension particulièrement favorables. Comme quoi, les cordonniers sont parfois les mieux chaussés.

Schiappa et Pénicaud quitteraient le gouvernement fin septembre

Selon la Lettre A, le gouvernement pourrait faire l’objet d’un remaniement fin septembre, dans la foulée de la convocation de Muriel Pénicaud par les juges d’instruction. Son éventuelle mise en examen obligerait à la sortir du gouvernement et lancerait un jeu de chaises musicales.

Muriel Pénicaud, désormais bien connue ministre du Travail, devrait rencontrer ses juges d’instruction le 21 septembre. Dans l’hypothèse où elle serait mise en examen, Emmanuel Macron connaîtrait un nouveau moment difficile après avoir moralisé la vie politique. Rappelons que cette mise en examen le concerne directement, puisqu’il est reproché à la ministre d’avoir organisé une réunion de mise en selle du candidat Macron aux frais du contribuable et sans passer par des marchés publics.

Schiappa également concernée

Selon la Lettre A, une mise en examen de la ministre déclencherait un jeu de chaises musicales. Muriel Pénicaud est en effet talonnée par l’ex-aubryste (une de plus) Catherine Barbaroux, actuellement à la tête du mouvement En Marche. L’intéressée se verrait bien gravir les marches du pouvoir.

Son éventuelle nomination au gouvernement laisserait la place libre, à la tête du mouvement En Marche, à Benjamin Griveaux, auteur de la délicieuse réflexion sur les névrosés qui protestent contre les réformes macroniennes.

Marlène Schiappa ferait partie de la charrette. La secrétaire d’État vient de s’illustrer par une opération de shaming contre deux entreprises réputées peu enclines à féminiser leurs instances de direction. Celles-là au moins ne regretteront pas le départ du trublion du gouvernement.

Schiappa s’en prend à Maurel & Prom

Marlène Schiappa a épinglé publiquement l’entreprise Maurel & Prom, spécialisée dans les hydrocarbures. Depuis février, cette entreprise est devenue une filiale d’un opérateur indonésien. On ne doute pas un seul instant que Schiappa expliquera à la maison mère qu’il faut respecter l’égalité hommes-femmes.

JO à Paris en 2024: comment perdre 6 milliards€ publics pour enrichir les majors du sport

Paris accueillera les JO en 2024 et la presse subventionnée salue l’exploit. On peut le comprendre: c’est autant d’audience en plus (en perspective) pour tous ceux qui diffusent de l’information. Mais pour le contribuable, l’opération risque de se révéler extrêmement coûteuse.

Cocorico! On aura les JO! en 2024, après un arrangement subtil avec Los Angeles. C’est donc une dépense publique de plus de 6 milliards € qui devrait être ordonnée pour organiser ce moment médiatique de premier ordre. Au-delà des apparences, la question est évidemment de savoir quelle transparence la Ville de Paris donnera à une opération qui tombe très mal pour ses finances…

Les JO: complexité financière garantie

Selon une tradition bien ancrée en France, le circuit de financement des JO promet d’être extrêmement complexe et de perdre tous ceux qui chercheront à s’y retrouver. Bien évidemment, à ce stade, on nous promet des partenariats public-privé qui ne coûteront aux contribuables. M’enfin, le coût du seul village olympique devrait atteindre 1,3 milliard€, soit le double des crédits gelés dans le budget de l’armée cette année. Une bagatelle donc!

Quant au budget de fonctionnement des Jeux, il devrait tout devrait tout de même ponctionner près de 1,5 milliard€ à la Ville de Paris, soit l’équivalent de 1.000€ par habitant. Sans compter, bien entendu, les suppléments par l’intermédiaire de la région financée aussi par les Parisiens.

Ces chiffres sont bien sûr des estimations… dont l’histoire montre qu’elles ont toujours été inférieures à la réalité.

Une ruine pour une ville déjà ruinée

Grosso modo, le budget global officiel des JO équivaut à une année de dépense de la Ville de Paris. Cet effort colossal intervient dans un contexte budgétaire tendu où la gestion pratiquée depuis l’élection de Bertrand Delanoë a mis la Ville à genoux.

Pour le comprendre, il suffit de se reporter au rapport de la Chambre régionale des Comptes d’Ile-de-France, en date de 2016, qui détaille de façon précise la situation financière de la capitale. Quels que soient les dénis d’Anne Hidalgo, la situation financière de la Ville s’est effectivement dégradée ces dernières années, au point que Standard & Poor’s considère qu’il faudrait 22 ans pour que la Ville se désendette. Or le seuil d’alerte des finances territoriales est franchi à 12 ans de durée de désendettement.

La situation de la Ville est donc beaucoup plus alarmante que la cigale Hidalgo ne veut bien le dire. Il est d’ores et déjà acquis que l’organisation des JO n’arrangera rien à la situation, bien au contraire.

Mais, bien entendu, toutes ces réalités simples sont impossibles à aborder dans un univers déraisonnable où le dogme a supplanté le débat public.

Qui gagne de l’argent avec les JO?

Bref, le contribuable parisien, malgré les dénis officiels, devrait se faire plumer en beauté dans cette opération qui se traduira par encore plus de touristes dans les rues, encore plus d’embouteillages et encore moins d’air pour respirer au jour le jour. Qui gagne de l’argent dans cette opération?

Pour le comprendre, il faut faire la somme des recettes publicitaires que les grandes chaînes de télévision engrangent à l’occasion de la diffusion des Jeux. L’exemple de Rio ou de Londres permet d’illustrer le propos. Dans la pratique, NBC a perçu un milliard $ de recettes publicitaires supplémentaires grâce aux jeux de Rio.

Autrement dit, le contribuable finance un événement qui profite à des acteurs privés, essentiellement des médias d’ailleurs. La dette publique ne sera pas perdue pour tout le monde.

« En 2015, la capacité de désendettement de la Ville devait correspondre à 13 ans d’épargne brute pour passer à 18 ans en 2017 avant de redescendre à 15 ans en 2018. L’agence Standard & Poor’s, tout en conservant à la Ville son appréciation positive, a évalué quant à elle à 22 ans en 2017 sa capacité de désendettement, très au-dessus du seuil d’alerte traditionnel estimé à 12 ans, par référence à une durée moyenne de remboursement des emprunts.

La Ville de Paris récuse la notion de seuil d’alerte traditionnel en invoquant, sans la documenter davantage en l’état, l’évolution profonde du rapport à la dette que l’on constate dans d’autres grandes métropoles mondiales. Elle souligne également la prudence traditionnelle de ses prévisions budgétaires (cf. l’exécution du budget 2014) et l’importance de son patrimoine susceptible d’être mobilisé. S’appuyant elle aussi sur les ratios réglementaires, elle rappelle, outre la modération de son endettement par habitant (1 646 €), que, même si la dette parisienne, rapportée aux recettes de fonctionnement (51 % en 2014) atteignait 75 % en 2018, elle serait encore inférieure à la moyenne constatée (85 %) dans des plus grandes villes françaises. Mais la force de ces arguments ne peut faire oublier que la capacité de désendettement et le taux d’épargne brut, par le maintien d’un bon niveau d’épargne brute, sont deux indicateurs reconnus comme significatifs pour l’appréciation de la soutenabilité d’une stratégie financière. »

Chambre Régionale des Comptes d’Ile-de-France

Novelli: “La coexistence entre la droite et le libéralisme est difficile”

Hervé Novelli nous a reçu pour une longue interview sur les travailleurs indépendants. Ce fut l’occasion d’évoquer la campagne ratée de François Fillon et les perspectives de la droite. Son constat est globalement pessimiste.

Les lendemains de campagne électorale, à droite, sont évidemment très durs. Après la large victoire de François Fillon sur Alain Juppé lors de la primaire des Républicains, beaucoup avaient imaginé que l’affaire était dans la poche et que la campagne serait une partie de plaisir.

Les révélations tombées dans la presse sur les pratiques de François Fillon en ont décidé autrement. Quoiqu’il soit arrivé, l’élan de confiance, l’enthousiasme dont Fillon avait bénéficié en novembre était rompu.

Peut-on être libéral chez les Républicains?

Hervé Novelli prône une reconstruction idéologique complète à droite, au sein du parti, dans une réflexion commune. Il se montre pessimiste sur les chances de voir cette nécessité se transformer en réalité. Au vu de la tournure actuelle des débats, on peut partager son point de vue.

La question sous-jacente est évidemment de savoir quelle place une vision libérale peut encore occuper dans une droite obsédée par l’État et au fond très satisfaite de voir que 56% de la richesse nationale est « mutualisé » dans des dépenses publiques. Ni Laurent Wauquiez, Ni Valérie Pécresse, ni les « constructifs » ne semblent décidés à s’occuper de ce sujet qui n’est pas mineur.

La liberté est devenue le cadet des soucis républicains

Sur ce point, il existe un hiatus fort entre la large majorité obtenue par François Fillon sur un projet d’essence libérale et la doctrine dominante des Républicains aujourd’hui. De toutes parts, il parait évident que le projet de la droite ne peut en aucun cas s’attaquer à l’obésité publique en France.

Or, certains sujets sont essentiels à traiter pour retrouver la prospérité. L’excès de réglementation, et souvent l’hyper-réglementation dont la transposition des directives est le prétexte, brident l’activité économique. La fiscalité écrase les marges des entreprises. L’éducation est un naufrage producteur d’inégalités majeures.

Sur toutes ces questions, la droite reste muette. Elle mise l’essentiel de son avenir sur les questions de sécurité et de protection. Ce choix paraît un peu court dans la mesure où il rencontrera en partie les préoccupations de la frange conservatrice de l’électorat.

Mais, sans un choc économique majeur, la prospérité du pays ne reviendra pas.

RSI: pour en finir avec le mythe orwellien des difficultés informatiques

Une légende tenace, forgée par les gouvernements successifs comme par les salariés du régime eux-mêmes, veut que les difficultés du RSI ne tiennent qu’à des problèmes informatiques. Or, c’est le principe même d’une protection sociale unique par répartition qui pose problème.

Un texte produit par la section CGC des salariés du RSI l’a encore montré cette semaine: une légende tenace cherche à faire croire que la protection sociale monopolistique des travailleurs indépendants pourrait être idyllique sans les problèmes informatiques que le régime connaît du fait des URSSAF depuis sa création. Ah! la fameuse blague des problèmes informatiques!

Elle est vieille comme l’invention des premiers ordinateurs personnels. Dès qu’un problème se pose, c’est la faute de l’informatique, et bien entendu ni des gens qui l’utilisent, ni des gens qui ont conçu les procédures.

Les problèmes informatiques du RSI…

De fait, le RSI a bel et bien connu des problèmes informatiques qui ont pénalisé sa gestion. Ces difficultés ont effectivement tenu à la passerelle de données entre les URSSAF et le RSI lui-même. De fait, ces difficultés persisteront après l’adossement au régime général.

… sont en réalité un problème de paramétrage du régime

Pourquoi ces difficultés persisteront-elles? parce qu’elles ne sont en réalité pas de nature informatique, mais elles sont liées à la nature du régime lui-même. Le principe du RSI consiste en effet à asseoir la protection sociale des indépendants sur des concepts applicables aux salariés.

Le régime est en effet fondé sur la prédictibilité des revenus: on extrapole, à partir du salaire, des revenus de remplacement ou des garanties d’assurance à montant défini à l’avance. Cette technique est tout à fait adaptée à une population qui peut majoritairement prévoir avec beaucoup de précision ses revenus mensuels.

Les indépendants fonctionnent autrement. Ils ont des revenus variables. Le pari de leur appliquer une protection sociale dont le paramétrage est conçu pour les salariés ne peut, par nature, que constituer dans le meilleur des cas une cote mal taillée.

Les difficultés informatiques le montrent: le régime en lui-même ne peut pas fonctionner sur ses bases actuelles.

L’ouverture à la concurrence, seule solution durable

Dans la pratique, seule une ouverture du régime à la concurrence permettra d’imaginer des garanties gérables pour les indépendants. La fin du monopole du RSI est la seule qui permette une protection sociale durable pour les entrepreneurs et les professions libérales.

Islamophobie en entreprise: Securitas victime de l’incohérence bien-pensante

Securitas avait licencié des salariés affectés à Orly dont la barbe laissait à penser qu’ils étaient de confession musulmane. Leur licenciement est examiné aujourd’hui par les prud’hommes de Bobigny. Une illustration supplémentaire de l’incohérence des pouvoirs publics sous François Hollande, qui ont confirmé l’interdiction des signes religieux dans les administrations, mais ont abandonné les employeurs du secteur privé à leur sort.

L’affaire est connue comme le loup blanc et simple à comprendre. À l’aéroport d’Orly, Securitas disposait de cinq salariés qui portaient la barbe recommandée dans le monde musulman. L’entreprise les a licenciés dans la foulée des attentats de 2015. Les intéressés attaquent leur employeur devant les prudhommes.

Une question que le législateur a réglée pour l’administration

Cette situation ne se poserait évidemment pas dans le secteur public, où le législateur a réglé une fois pour toutes la question en prohibant tout signe extérieur d’appartenance à une religion. Le port d’une barbe faisant allusion à une confession serait en effet facile à interdire si l’employeur le décidait.

La loi est sur ce point particulièrement carrée, au titre de la laïcité.

Le législateur livre les employeurs à eux-mêmes

Comme souvent, deux poids deux mesures. Là où le législateur règle sans état d’âme ses problèmes d’employeur, il se montre beaucoup moins fiable et cohérent avec les employeurs du secteur privé. Ceux-ci ne peuvent revendiquer la laïcité dans leurs murs pour régler le problème. Ils doivent, selon des jurisprudences successives, trouver une sorte de proportionnalité très jésuitique dans les règles à appliquer en interne.

D’où ces conflits incertains dont la jurisprudence peut avoir des conséquences importantes sur la vie des entreprises.

La solution viendra-t-elle de l’Europe?

La Cour de Justice de l’Union Européenne a heureusement, en mars 2017, expliqué dans quelles conditions un employeur pouvait interdire le port de signes religieux en son sein. En particulier, l’interdiction doit concerner toutes les confessions et être prévue dans un règlement intérieur.

Il n’en reste pas moins que, depuis plusieurs années, la bien-pensance française interdit de trancher clairement ces questions dans le secteur privé. Étant entendu que, pour le service public, la solution va sans dire.