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Catégorie : Actualité

Réforme de l’apprentissage: Pénicaud marque des points contre les conservateurs

Muriel Pénicaud vient de proposer une réforme de l’apprentissage qui, sans être la révolution qu’on attendait (fusionnant l’apprentissage et la professionnalisation, par exemple), apporte des avancées importantes dans le sens d’une « politique de l’offre ». Ces avancées méritent donc d’être soulignées (et décryptées) dans un pays où l’apprentissage est, depuis le passage de la gauche au pouvoir, une zone sinistrée.

La France de 2018 compte à peine plus de 400.000 apprentis, soit moins qu’en 2008. Ce chiffre en dit long sur la régression que le quinquennat Hollande a produit sur cette filière qui contribue efficacement à la lutte contre le chômage. En Allemagne, les apprentis sont près de quatre fois plus nombreux qu’en France. On mesure bien ici la différence dans les modèles d’éducation de chaque pays.

Encore un naufrage de la décentralisation

Il faudra un jour prendre le temps d’analyser les différentes raisons pour lesquelles l’apprentissage est devenu, en France, un tel désastre. En particulier, il faudrait documenter la corrélation entre l’offre d’enseignants et la décision d’ouvrir des centres d’apprentissage (prise par les régions).

Tout laisse à penser aujourd’hui que la régionalisation de l’alternance a conduit à organiser les filières non d’après les besoins de l’économie ou d’après le marché de l’emploi, mais d’après le stock d’enseignants disponibles. C’est d’ailleurs pour cette raison que la ministre Pénicaud supprime le monopole d’ouverture des centres d’apprentissage, et autorise les branches à ouvrir les leurs de façon libre.

Une fois de plus, les méfaits de la décentralisation, peu visibles ou peu mis en avant, ont des impacts profonds sur le marché de l’emploi en France.

La fin des réglementations tâtillonnes

Comble du paradoxe, selon un tropisme typiquement français, une réglementation « protectrice » a singulièrement compliqué le développement de l’apprentissage. Le ministère du Travail et le législateur ont largement répandu le mythe selon lequel il fallait protéger les apprentis contre les employeurs qui les formaient. D’où une multitude de règles idiotes interdisant aux apprentis d’assurer les mêmes postes de travail que leurs maîtres d’apprentissage (limites au temps de travail, aux postes de travail, etc.)

Muriel Pénicaud consent à revenir sur ces absurdités, dont l’une empêchait notamment l’employeur de rompre le contrat d’un apprenti. Désormais, le droit applicable aux apprentis se rapprochera de celui applicable aux salariés. Cette évolution paraît de bon sens.

En particulier, le recours aux prudhommes ne sera plus nécessaire pour rompre le contrat d’un apprenti après la fin de la période d’essai.

Un premier doigt dans la question du financement

Pour le grand public, ces questions sont mystérieuses. Mais on retiendra que, sans régler les questions de l’opacité liées au financement de l’apprentissage, les propositions de Muriel Pénicaud apportent un peu d’ordre dans le dispositif.

En particulier, le projet Pénicaud permettrait de transformer l’incompréhensible taxe d’apprentissage en contribution alternance équivalant à 0,85% de la masse salariale. Cette contribution reviendrait intégralement aux centres de formations alors que l’actuelle taxe perd au moins la moitié de son produit dans des chemins buissonniers.

Pour le coup, l’initiative mérite d’être saluée. Elle est ambitieuse, elle est bienvenue, elle est nécessaire.

La complexité pas encore vaincue

Cela dit, la ministre a pris de bonnes mesures, mais elle n’a pas encore entamé la révolution qui règlera la difficulté systémique de l’alternance en France. Celle-ci reste obscurément divisée entre professionnalisation et apprentissage.

Peu de gens, et en particulier peu d’employeurs, seraient en capacité d’expliquer les différences entre les deux dispositifs. D’emblée, la ministre avait expliqué qu’elle ne toucherait pas à ce sujet. Il n’est pas impossible que ce choix initial lui ait permis de mieux réformer le reste.

Il n’en reste pas moins que l’alternance en France demeure un sujet compliqué et que le grand coup de pied de l’âne dans la fourmilière bureaucratique n’est pas encore arrivé.

Le MEDEF à la recherche (sans grand espoir) de son effet Macron

La course à la présidence du MEDEF prend forme. Plusieurs candidats sont déclarés. Mais le scrutin, après l’éviction de Dominique Sénard (Michelin) faute d’une adaptation des statuts dans les temps, a des allures de déjà vu. Certains s’inquiètent de voir l’organisation patronale manquer singulièrement de souffle au moment où la présidence de la République s’inscrit dans un renouvellement systémique.

Àquoi peut encore servir le MEDEF? Si la question n’est pas clairement posée à l’occasion du scrutin qui s’annonce, elle hante beaucoup d’esprits. Au moment où Emmanuel Macron donne une importance nouvelle aux accords d’entreprise et réduit d’autant l’importance de la négociation interprofessionnelle, les fondamentaux du MEDEF semblent menacés. L’étatisation qui se prépare de l’assurance chômage ajoute à ce sentiment de perte de sens ou d’utilité pour le syndicat patronal.

Des candidats démocrates chrétiens à foisons

Depuis juillet 2017, les candidatures « centristes » ou démocrates chrétiennes se multiplient. On compte aujourd’hui celle de Patrick Martin, du MEDEF Auvergne, celle de Frédéric Motte, et bientôt celle d’Alexandre Saubot, président de l’UIMM qui devrait prochainement déclarer sa candidature à la présidence du MEDEF.

Ces trois personnalités présentent la particularité de proposer une sorte de statu quo dans le paysage social. Leurs discours de campagne proposent effectivement une réforme plus ou moins prononcée du MEDEF, avec des totems faciles comme « mettre le MEDEF au service des entreprises », mais aucun d’entre eux ne tire les conclusions profondes des ordonnances qui permettent désormais à toutes les entreprises de négocier leurs propres accords, quelle que soit leur taille.

D’où le sentiment d’une redite et d’une sorte de manque d’imagination qui ne ravit guère les dizaines de milliers d’adhérents en quête de renouveau.

Incertaines candidatures libérales

Face à ces démocrates chrétiens, les candidatures libérales semblent à la peine.

Jean-Charles Simon, ancien Directeur Général du MEDEF, s’est déclaré début janvier dans une relative surprise. Son orientation très hostile au paritarisme de gestion risque de compliquer son parcours. Elle ne paraît pas de nature à lui permettre un vaste rassemblement au-delà des quelques aficionados de ce thème de plus en plus confidentiel.

Plus habilement, Geoffroy Roux de Bézieux, actuel vice-président et candidat il y a cinq ans, a gommé de son « programme » les points les plus urticants. Il évite d’aborder frontalement la question de la réforme du paritarisme et propose finalement une vision assez passe-partout.

Pour lui, le pari est compliqué. Réputé « deal-maker » plus qu’entrepreneur, il ne dispose pas, comme son rival direct Alexandre Saubot, du soutien d’un appareil installé de longue date sur l’ensemble du territoire. Recueillir de larges soutiens parmi les fédérations est vital pour son élection, sans quoi Alexandre Saubot devrait assez naturellement s’imposer.

Du coup, Roux de Bézieux est obligé d’affadir son discours… ce qui nourrit le sentiment d’un immobilisme patronal. Et contribue à rendre cette campagne décidément bien morne.

À la recherche de l’effet Macron

Dans les rangs patronaux, ils sont pourtant nombreux à attendre autre chose de l’élection à la présidence du MEDEF. Beaucoup ne seraient pas hostiles à un repli patronal sur le lobbying économique, à la façon du BDI allemand.

En l’état, une grande partie des cotisations est absorbée par des missions de gestion très éloignées de la cause patronale. Entre la gestion des mandats dans des centaines d’organismes paritaires parfois mystérieux et la participation à des missions de formation (comme la gouvernance des OPCA…), certains adhérents peuvent avoir le sentiment d’un gaspillage.

Parallèlement, le mandat Gattaz n’a guère aidé à donner de la lisibilité à l’ensemble. Le président sortant n’a pas montré de cap particulièrement réformateur pour sa structure, ni pour le dialogue social qu’il avait à sa disposition.

Il en ressort un sentiment d’immobilisme d’autant plus frappant qu’Emmanuel Macron a bouleversé la donne du côté des pouvoirs publics. Lorsque le président de la République a soutenu la candidature (désormais) avortée de Jean-Dominique Sénard, le patron de Michelin, l’intention était bien de propager, à l’aide d’une personnalité charismatique, l’onde de choc de mai 2017.

Les patrons sont désormais, et sans grand espoir, à la recherche d’un nouvel effet Macron. Mais aucune personnalité ne se dégage aujourd’hui qui paraisse pouvoir incarner ce mouvement.

Blockchain et crypto-monnaies: l’Allemagne à l’offensive pour des barrières européennes à l’entrée

En Allemagne, le programme de gouvernement pour la « Groko » (grande coalition droite-gauche) aborde la question de la blockchain, des crypto-monnaies et de l’intelligence artificielle. L’Allemagne devrait rejoindre la France dans son combat pour mettre en place des barrières à l’entrée sur ce marché… On imagine mal une telle précision technique dans un programme français.

On lira avec attention les mesures convenues dans le programme de gouvernement en Allemagne, dont voici quelques points à retenir:

* Rendre l‘Allemagne plus “attractive” auprès des institutions financières dans la perspective du Brexit.

* Développer une stratégie globale sur les “blockchain” et faire campagne pour un cadre légal, au niveau européen et international, concernant les échanges de cryptomonnaies.

* Soutenir une taxation équitable des grands groupes , en particulier les géants de l‘internet comme Google, Facebook, Apple ou Amazon. Ces sociétés ne doivent plus pouvoir jouer des différences de fiscalité entre Etats membres et le dumping fiscal doit être interdit.

* Instaurer une taxe substantielle sur les transactions financières.

* Renforcer la coopération franco-allemande via des projets comme un centre sur l‘intelligence artificielle.

On voit tout de suite ici les intentions allemandes, dont le secteur bancaire est profondément malade. L’Allemagne s’associera à la France pour réclamer une « régulation » mondiale des crypto-monnaies et de la blockchain. La régulation est le prête-nom classique des barrières à l’entrée pour les nouveaux entrants.

En l’espèce, il s’agira bien de se conformer à l’aspiration des banques de voir le secteur remis en ordre pour éviter une concurrence disruptive.

Le G20 déjà saisi

On notera que l’Allemagne et la France devraient, d’un commun accord, demander au prochain G20 de se pencher sur la question. Les deux pays veulent « réguler » le bitcoin pour « protéger les investisseurs individuels ». Bien entendu. Protéger, pour mieux contrôler, comme d’habitude.

Chutes de neige et panique à bord: l’action publique devient obsolète en France

Les chutes de neige apportent toujours leur lot de marronniers: transports bloqués, routes impraticables, pagailles en série, même avec quelques centimètres de neige. Pourtant, cet événement climatique avait été parfaitement prévu… Les 700 kilomètres de bouchon en Ile-de-France illustrent l’incapacité systémique de nos services publics obsolètes à couvrir les risques élémentaires de la vie collective.

5cm de neige, BORDEAUX-PARIS 4h. Bravo à la SNCF😡

— Alain Juppé (@alainjuppe) 6 février 2018

Même Alain Juppé s’est plaint du service ferroviaire délivré par la SNCF sous la neige. Pour que l’ancien Premier Ministre ose une critique aussi frontale contre une quasi-institution républicaine, il faut vraiment que nous nous apprêtions à toucher le fond. De fait, chaque chute de neige, même minime, même parfaitement prévisible, produit sa traditionnelle pagaille qui rappelle l’incapacité de nos services publics à améliorer leur efficience…

Les chutes de neige et leurs bouchons si prévisibles…

On pourrait pourtant imaginer qu’à la suite de chaque épisode neigeux qui paralyse le pays, nos services publics, dans une démarche qualité que n’importe quelle entreprise privée serait sommée de mettre en place, fassent la liste de ce qui n’a pas fonctionné et prennent des mesures efficaces pour éviter que cela ne se reproduise. Eh bien! si (on veut bien l’imaginer) d’interminables réunions doivent avoir lieu chaque année pour papoter sur les difficultés à venir, aucune décision efficace n’y est prise et la France paraît toujours aussi désemparée et fragile lorsque l’hiver arrive.

D’où la sempiternelle redite, et le sempiternel recommencement du même désordre à chaque chute de quelques flocons. D’où le blocage rituel de la plus grande zone de conurbation d’Europe – l’Ile-de-France, comme si la neige y était exceptionnelle…

On se demande comment font les villes canadiennes ou scandinaves, de taille bien plus modeste, pour ne pas être paralysée lorsque plusieurs dizaines de centimètres de neige tombent en une seule fois.

L’inefficience patente de nos services publics

Chacun pourrait imaginer qu’exceptionnellement, nos services publics soient pris au dépourvu dès que la neige se met à tomber. Mais la chute de neige est habituelle au nord de la Loire, et celle qui sévit cette semaine était connue depuis au moins dimanche. Malgré cette parfaite prévisibilité, la N118, artère vitale pour l’Ile-de-France, se retrouve bloquée pour quelques centimètres de neige.

Officiellement, la ministre en attribue de 15 à 17 sur cet axe sensible. La même ministre explique qu’il a fallu fermer cette route « par précaution ». Elle ajoute que 70 déneigeuses sont mobilisées dans la nuit.

Mais alors, si la ministre savait que les services ne pouvaient intervenir par anticipation, pourquoi ne pas avoir appelé les franciliens à rester chez eux aujourd’hui par précaution, ou pourquoi ne pas leur avoir déconseillé la voiture? Le sens de la précaution est décidément une notion fluctuante au gré des événements.

En outre, les mauvais esprits souligneront que la bonne méthode pour traiter une couche importante de neige suppose non pas de saler la route, mais de racler la neige avec des chasse-neiges. Pourquoi ceux-ci ne sont-ils pas intervenus sur les axes vitaux dans la soirée? On aimerait le savoir.

Il reste au total une évidence: les services publics n’ont pas mis en place des mesures efficaces pour garantir la libre circulation sur les grands axes de la ville la plus peuplée d’Europe continentale en cas de chute d’une dizaine de centimètres de neige. On croit rêver, mais c’est pourtant vrai.

L’inefficacité du service public, une plaie française

On n’en finirait pas ici d’égrener l’impressionnante liste des naufrages qui montrent l’incapacité des services publics à faire un usage efficient des 57% de PIB qu’ils consomment chaque année.

On parle ici des routes qui se bloquent dès qu’une pellicule de neige les recouvre. On pourrait aussi parler des services de renseignement qui n’ont pas empêché l’attentat de Saint-Étienne du Rouvray, ou qui ont eu des réactions désastreuses lors de la tragique tuerie du Bataclan. On pourrait aussi parler du cataclysme éducatif, avec des établissements fermés pendant plusieurs mois sans stratégie alternative, des classes privées d’enseignants pendant de longues périodes, et un niveau éducatif général qui s’effondre.

On pourrait aussi parler des hôpitaux publics où la souffrance des personnels trahit un malaise généralisé, malgré un endettement permanent du système sanitaire. On pourrait parler de ces médicaments vitaux qui coûtent trop cher pour être remboursés par la sécurité sociale. On pourrait parler de ces fraudes aux aides sociales devant lesquelles la sécurité sociale se croise les bras au nom d’une sensiblerie tout à fait coupable.

En réalité, le service public français, protéiforme, lourd, complexe, n’est plus en mesure d’assumer ses missions fondamentales. On a beau nous répéter que l’État, c’est plus moral que le marché, que l’État, c’est l’intérêt général quand l’entreprise c’est le méchant intérêt particulier, une évidence s’impose en France: l’État ne fonctionne plus.

Problème de moyens ou problème de management?

On connaît la pleurnicherie traditionnelle selon laquelle l’État manquerait de moyens pour assumer ses missions. C’est évidemment une imposture qu’il est facile de démonter ligne après ligne pour peu qu’on ouvre les yeux en dépassant les cécités idéologiques.

L’action publique française est la plus coûteuse de l’OCDE. Avec 57% du PIB recyclé en action publique, les pouvoirs publics français sont les mieux dotés du monde industrialisé. En grattant bien, on remarquerait d’ailleurs que cette dépense n’a jamais aussi peu servi à investir et n’a jamais autant servi à des charges de fonctionnement.

Certaines sont scandaleuses, comme les salaires des hauts fonctionnaires de Bercy, épinglés par la Cour des Comptes sans que Bruno Le Maire, toujours prompt à donner des leçons de morale aux entreprises, ne prenne la moindre mesure pour rétablir la légalité dans ses services. Il serait intéressant que les hauts fonctionnaires en question publient leur fiche de paye. Le buzz qui s’ensuivrait remettrait quelques pendules à l’heure sur le prétendu manque de moyens de l’État.

Le même mot d’ordre pourrait s’appliquer à l’Éducation Nationale, où des sommes colossales qui devraient servir aux élèves servent en réalité à nourrir une caste bureaucratique dans les rectorats et les administrations centrales. Le même prisme pourrait servir à comprendre le budget des universités, où le nombre d’administratifs rapportés au nombre d’étudiants est colossal.

Dans tous ces exemples, une certitude apparaît: le gras, l’obèse service public français, est devenu si lourd et si peu agile qu’il n’est plus capable d’assumer ses missions fondamentales. Avec 57% de PIB, il ne parvient pas à délivrer les services pour lequel il existe.

Non parce qu’il manque le moyen, mais parce qu’il n’est pas managé.

Le MEDEF dans le piège mortel du chômage pour les démissionnaires

Le MEDEF devrait accepter la mise en place d’une indemnisation chômage pour les salariés démissionnaires, promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Cette mesure constitue une défaite idéologique historique pour les entreprises. Son coût global pour la rationalité économique sera sans commune mesure, d’autant que les entreprises n’en retireront aucune contrepartie.

Selon toute vraisemblance, un accord sur l’assurance chômage devrait être signé dans les prochaines semaines. Il prévoira sans doute la possibilité pour les salariés qui démissionnent avec un projet professionnel construit de percevoir une indemnité chômage pendant une durée de plusieurs mois.

Pour les partenaires sociaux, cette formule devrait remplacer l’improbable Congé Individuel de Formation (CIF), qui permet de financer des projets professionnels par une intervention des fonds de la formation professionnelle. Les dégâts seront donc limités par rapport aux idées initiales d’Emmanuel Macron.

Faut-il pour autant s’en réjouir?

Le chômage des démissionnaires ou l’enjeu historique des entreprises

Encore aujourd’hui, dans la construction marxiste et post-marxiste de la société, le patron est celui qui licencie ses salariés pour augmenter ses profits. On connaît tous la thématique des licenciements boursiers, agitée à chaque plan de licenciement collectif dans une entreprise bénéficiaire: le licenciement est l’arme suprême entre les mains du patron pour augmenter sa plus-value.

Dans un pays où 3,5 millions d’actifs sont des chômeurs plus ou moins indemnisés, on mesure les dégâts de cette image d’Épinal. Le chômage, c’est la faute des patrons qui virent les gens. Ce ne peut évidemment pas être la faute à un univers qui pénalise l’emploi.

En préconisant la mise en place d’un chômage pour les démissionnaires, Emmanuel Macron a eu la bonne idée de mettre un pavé dans la mare de cette légende urbaine. Tout à coup, un Président de la République sous-entend que certains salariés rêvent d’être au chômage, mais que leur employeur refuse de les licencier. Donc, il faut les aider à démissionner.

Le MEDEF aurait dû capitaliser sur cette inversion des valeurs. Non, les patrons français ne sont pas des licencieurs en série! Au contraire, ils ne licencient pas assez. Ils licencient tellement peu qu’il faut désormais aider les salariés qui ne parviennent pas à se faire virer.

Pour les entreprises, l’occasion était rêvée de corriger en profondeur leur image. Il fallait ici négocier chèrement cette innovation baroque.

Le chômage des démissionnaires en période de pénurie de main-d’oeuvre

Le chômage des démissionnaires est une aberration, et même un suicide économique. Car, contrairement aux préjugés propagés par les bien-pensants, 3,5 millions de chômeurs ne font pas 3,5 millions de candidats acharnés à un emploi. Tous les recruteurs en font chaque jour la triste et pathétique expérience.

La réalité de l’économie française est qu’elle cumule un chômage de masse et une profonde pénurie de main-d’oeuvre. C’est particulièrement vrai sur les emplois qualifiés auxquels l’Éducation Nationale ne parvient pas à préparer nos jeunes.

Les entreprises qui peinent si souvent à recruter des équipes instables vont une fois de plus être pénalisées par l’innovation qui s’annonce. Ceux qui rêvent de quitter leur emploi pour vivre leur fantasme d’élever des chèvres dans le Larzac, à qui leur patron refuse depuis plusieurs mois une rupture conventionnelle, pourront désormais partir. Et leur employeur devra à nouveau se coltiner l’inconvénient d’aller à la pêche aux candidats tous plus improbables les uns que les autres.

C’est une misère de voir un mouvement patronal soutenir cette punition collective.

Quand le MEDEF prête la main aux politiques contre l’emploi

On comprend bien l’engrenage complexe qui pousse le MEDEF à prêter la main à ce genre de suicide collectif. L’UNEDIC est paritaire et il importe aujourd’hui de répondre à la menace macronienne d’étatiser purement et simplement l’assurance chômage. D’autant que l’UNEDIC continue à financer les partenaires sociaux en dépit de la loi de mars 2014 qui visait à supprimer ces circuits de financement discrets.

Pour garder quelques cordons honorifiques autour du cou et quelques trésors de guerre, le MEDEF est prêt à sacrifier l’intérêt général des entreprises françaises. Voici une nouvelle illustration des effets toxiques produits par le paritarisme de gestion, qui conduit au fil des ans à préférer les intérêts des machines bureaucratiques à l’intérêt des entreprises et des salariés.

On le regrettera une nouvelle fois. Depuis de trop nombreuses années, la France confond syndicalisme et circuit de financement des syndicats. Pour sauver ceux-ci, on en vient à endosser des absurdités gouvernementales qui font le jeu du chômage de masse, et qui donnent aux salariés l’illusion qu’ils vivent dans un monde où ils peuvent être toujours plus protégés sans jamais payer le prix de cette protection.

Le réveil sera tôt ou tard très douloureux.

Automobile: Emmanuel Macron met-il la France au bord de la jacquerie?

La France est-elle au bord de la jacquerie? Plus que jamais, le pays baigne dans un climat de tension sourde, que les épisodes de violence en bandes révèlent discrètement. Curieusement, les politiques de restriction en matière d’automobile pourraient mettre le feu aux poudres.

Coup sur coup, le gouvernement a pris des mesures en apparence anodines, ou de second rang, qui mettent sans qu’on ne l’ait vu venir le pays en émoi. Ces mesures touchent toutes la circulation automobile. Emmanuel Macron pourrait bien le payer très cher.

La maladresse d’Édouard Philippe sur le 80 km/h

La réduction de la limitation de vitesse à 80 km/h sur les nationales passe mal. Pour plusieurs raisons simples. La première est qu’elle donne l’occasion de nouvelles verbalisations, que les Français moyens et sans aspérités vivent comme une mesure de racket à leur encontre. La deuxième est qu’elle ralentit les trajets domicile-travail pour beaucoup de Français qui ont choisi de devenir propriétaires loin de leur lieu de travail du fait du coût du logement. La troisième est qu’elle constitue une mesure de restriction supplémentaire des libertés dans la vie quotidienne.

Pour justifier cette mesure, Édouard Philippe a eu la maladresse d’expliquer:

«passer de 90 km/h à 80 fait perdre 3 minutes pour un trajet de 40 km»

Cette phrase a rappelé aux Français le mauvais souvenir du Tokyo-Paris à 300.000 euros décidé par le Premier Ministre pour gagner deux heures sur son emploi du temps. Philippe ne pouvait pas mieux marquer sa déconnexion et son arrogance pour les préoccupations des Français moyens.

La dangereuse hausse du prix du diesel

Parallèlement, le coût du carburant s’envole et prend à la gorge beaucoup de salariés français contraints à prendre leur voiture pour aller travailler. Là encore, cette question est mal perçue depuis Paris où le recours aux transports en commun est massif.

Si cette hausse du carburant n’est pas entièrement due à des décisions gouvernementales, les Français n’oublient pas que la hausse de la fiscalité du diesel est programmée depuis l’été 2017. Cette décision tombe mal…

La jacquerie menace déjà à Bordeaux

En une semaine, un groupe Facebook promettant une jacquerie à Bordeaux a déjà recueilli 20.000 adhésions! Sous l’intitulé: « rassemblement contre les nouvelles lois concernant l’automobile », ses adhérents se proposent de bloquer les stations service en Aquitaine.

L’engouement pour cette initiative surprend. Il n’est pas courant qu’une ville de province rassemble autant de « militants » en aussi peu de temps pour une cause sociétale. Cette extrême réactivité de l’opinion devrait inquiéter le gouvernement.

On voit bien que le sujet de fond qui prend la France aux tripes n’est plus la lutte des classes ou les anciens marqueurs qui ont fait les délices des syndicats. Il s’est déporté vers une remise en cause de la rupture sociologique entre le pays réel et ses élites.

Attention à la casse. Elle peut venir plus vite qu’on ne croit.

Comment la sécurité sociale sacrifie la prise en charge du cancer

En France, la sécurité sociale est l’objet d’un mythe savamment entretenu par les pouvoirs publics. Avec le développement accéléré des techniques médicales, la sécurité sociale devient un handicap de plus en plus lourd à surmonter. Ses lenteurs bureaucratiques posent de sérieuses difficultés dans l’accès aux nouveaux traitements contre le cancer.

La sécurité sociale protège les Français. Le mythe fabriqué de toutes pièces dissimule une situation extrêmement préoccupante en matière de finances publiques. Alors que la sécurité sociale rembourse des médicaments aussi anodins que le Doliprane à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros chaque année, elle refuse (ou tarde à le faire) des médicaments innovants qui peuvent sauver des vies humaines. Le cas des traitements contre le cancer est emblématique de cet énorme raté de nos services sanitaires.

Cancers et immunothérapie mal traités par la sécurité sociale

Les traitements contre le cancer connaissent une véritable révolution grâce à l’immunothérapie. Mais ces traitements coûtent cher, et les bons apôtres de la solidarité, qui est paraît-il la valeur fondamentale de la sécurité sociale, traînent les pieds pour venir en aide aux victimes de ces maladies graves.

On lira sur ce point un édifiant article d’Alternatives Économiques de janvier 2018, qui déclare par exemple: « Pour avoir une discussion sérieuse sur la fixation des prix et le PLFSS avec l’industrie pharmaceutique, qu’elle commence par offrir une transparence minimale sur ses profits réels. A défaut, qu’elle range les argumentaires sur son chiffre d’affaires et le financement de l’innovation au placard. »

Au moment de sauver des vies, c’est l’épaisseur du portefeuille porté par celui qui soigne qui compte…

La sécurité sociale à reculons face au cancer

Pour soigner le cancer, la sécurité sociale recourt donc à une doctrine toute simple, inspirée de l’esprit de solidarité qui prévaut chez ses adeptes: soigner, oui, mais à condition que les fabricants de médicaments ne s’enrichissent pas. Car, c’est bien connu, on nationaliserait l’industrie pharmaceutique, beaucoup plus de brevets et d’innovations technologiques seraient déposés.

D’où une logique malthusienne qui explique que la décision de rembourser le Keytruda dans le cancer du poumon ait été prise dix-huit mois après la Belgique ou l’Allemagne. Au nom du principe selon lequel la santé devrait être gratuite, les bons apôtres du monopole de la sécurité sociale renâcle à sauver les patients parce qu’ils trouvent que leurs soins coûtent trop cher.

Le cas du cancer de la prostate

Le cancer de la prostate donne un autre exemple du peu de cas réservé par les adeptes de la solidarité à tout crin envers la mort qui rôde autour de certains malades français.

Ainsi, dans le cas des cancers avancés de la prostate (avec métastases osseuses), 23 pays dans le monde ont décidé de rembourser le Xofigo, un traitement par injections qui coûte 30.000 euros. Si l’on se souvient que ce cancer tue 9.000 hommes par an en France, la décision française de ne pas le rembourser permet de mesurer l’ampleur des dégâts.

Curieusement, le gouvernement est capable de consacrer beaucoup plus de moyens pour diminuer de bien plus faibles quantités de morts sur les routes. Et c’est dans un parfait cynisme qu’il refuse de rembourser ces traitements coûteux pour les patients qui souffrent d’un cancer.

Comment la France laisse ses cancéreux souffrir

Si la sécurité sociale traîne à rembourser les médicaments innovants contre le cancer, on constate aussi que la douleur due à cette maladie est très mal traitée par les médecins. Ainsi, on considère aujourd’hui que 40% des malades du cancer qui devraient recevoir de la morphine n’en reçoivent pas.

Là encore, ce chiffre a de quoi faire réfléchir. Il souligne que le système sanitaire français est loin d’être l’un des plus performants. Plus le temps passe, plus la lourdeur bureaucratique de la sécurité sociale tend même à le placer à un rang subalterne.

L’assurance emprunteur, ou l’échec tardif de la collusion des élites

La décision du Conseil Constitutionnel sur le droit de résiliation annuel de l’assurance-emprunteur vient de torpiller définitivement un lobbying bancaire fondé sur la collusion des élites. On s’en félicitera.

Longtemps, les banques ont fait échec à ce scandale absolu qu’est l’assurance emprunteur.

On en connaît de longue date la mécanique perverse: à l’occasion du prêt immobilier, la banque propose à l’emprunteur un contrat d’assurance que personne ne lit jamais, et qui s’avère souvent déceptif. Par exemple, le contrat prévoit un remboursement automatique du prêt en cas de reconnaissance en invalidité de troisième catégorie. Le client est convaincu d’être bien couvert. Un jour, la maladie survient, et il découvre qu’il n’est devenu qu’invalide de 2è catégorie. Et hop! il est berné!

Bien entendu, le tarif de ce contrat est hallucinant (en moyenne, dit-on, au double de son coût technique). Mais le client ne s’aperçoit pas: il représente une part minime du remboursement mensuel.

Le Crédit Agricole, glouton de l’assurance emprunteur

Certains calculs ont laissé penser qu’en moyenne les banques dégageaient, dans leur ensemble, 8 milliards de bénéfices annuels grâce à cette vente liée.

Le Crédit Agricole s’est taillé la part du lion dans ce dossier, avec près de la moitié, pendant toute une époque, du marché national. Soit plusieurs milliards par an gagnés incognito sur le dos des clients et joyeusement engloutis dans des opérations risquées en Grèce. Tout cela au nom de l’économie sociale et solidaire bien entendu.

Un combat ancien

Le monopole bancaire dans la vente de l’assurance emprunteur est contesté depuis les années 90. Plusieurs courtiers d’assurance ont, à plusieurs reprises, tenté de poser leurs billes dans ce dossier compliqué.

En plus de vingt ans de galères, les contentieux n’ont pas manqué. L’un d’eux portait notamment sur la distribution des bénéfices de ces contrats aux assurés. Certains considéraient qu’ils appartenaient aux assurés. Les banques ont mené un combat sans pitié pour « bloquer » cette interprétation.

Le lobbying bancaire ou la collusion des élites

Pendant toutes ces années, le lobby bancaire a utilisé un système à l’ancienne pour garder sa rente monopolistique.

Dans les années 90, les banques n’ont pas hésité à actionner tous leurs soutiens placés dans l’autorité administrative indépendante chargée du contrôle des opérations d’assurance pour neutraliser les gêneurs. En son temps, un courtier fut même mis sous administration provisoire à l’issue d’un contrôle impitoyable. L’intéressé avait contesté le contrat qui unissait le Crédit Agricole à la CNP.

Dans les années 2000, la banque a joué à fond le système de collusion avec l’État pour conserver son monopole. Jouant des perspectives de carrière que les grandes banques offrent notamment aux inspecteurs généraux des finances et aux hauts fonctionnaires, la fédération bancaire a obtenu du Conseil d’État une violation du secret de l’instruction, en 2007, pour protéger sa rente de situation dans une affaire d’arrêté ministériel sur la participation aux bénéfices.

Ce système de collusion, que d’aucuns qualifieraient de corruption, consistant à obtenir de l’État des réglementations favorables en échange de recrutements généreux a fonctionné pendant de nombreuses années. Il a permis aux banques françaises de se constituer des matelas dorés qui ont permis de faire illusion sur leur bonne santé.

Ne pas trop tirer sur la corde

Si le législateur a fini par décider la résiliation annuelle de l’assurance emprunteur, c’est aussi du fait d’un lobbying dogmatique et d’une incapacité à la compliance face aux nouvelles règles.

Dans un premier temps en effet (en 2010), le législateur a protégé les intérêts bancaires en ordonnant seulement la déliaison des contrats. Tous les nouveaux contrats d’assurance emprunteur pouvaient être « libres ». Les banques conservaient le monopole de leur stock.

Au lieu de jouer le jeu, les banques ont systématiquement multiplié les obstacles pratiques à la mise en oeuvre de la déliaison. Et hop! elles écopent, face à leur mauvaise foi, de la résiliation annuelle.

Peut-être que la France est en train de vraiment changer.

Un médicament vital pour les hémophiles toujours pas distribué en France à cause de retards bureaucratiques

Les hémophiles sévères français sont toujours privés d’un médicament vital pour eux. Malgré une autorisation de mise sur le marché, le prix du médicament n’est toujours pas fixé. Pendant ce temps les malades attendent. Une fois de plus, le système de santé publique en France démontre sa capacité à rembourser très vite le Doliprane, mais à rembourser lentement les médicaments vitaux.

La thérapie génique s’applique désormais aux hémophiles. Grâce à une nouvelle formule, ceux-ci peuvent progressivement guérir de cette maladie mortelle (qui empêche le sang de coaguler en cas de blessure). Petit problème: le système de santé publique français ne parvient pas à suivre le progrès médical. Alors que le traitement pourrait être mis sur le marché, l’incapacité de l’État à en négocier le prix empêche la distribution du produit aux 400 patients français atteints de cette maladie.

Un médicament vital zappé par la bureaucratie sanitaire française

Ce traitement donne donc un nouvel exemple des retards que la bureaucratie sanitaire française accumule dans la prise en charge des malades. La technostructure adore entretenir le mythe d’une France dotée du meilleur système de santé publique au monde.

Ce qui fut peut-être vrai il y a trente ans s’est progressivement transformé en une mauvaise caricature. Flanqué d’une abondante bureaucratie, la santé publique en France est lente, coûteuse, et peu efficace.

Lactalis: Le Maire reprend les vieilles habitudes de l’économie administrée

Les empoignades autour de l’affaire Lactalis donnent à Bruno Le Maire l’occasion de retrouver les vieux réflexes de l’économie administrée tant prisés par l’énarchie ministérielle. Dans le même temps, le gouvernement annonce que la taxe d’habitation ne sera pas supprimée, comme l’avait promis Emmanuel Macron, mais remplacée par un nouvel impôt. L’État omnipotent est de retour.

Lactalis est un géant de l’agro-alimentaire français dont on sait que la transparence n’est pas la principale qualité. Au coeur d’un scandale sanitaire, l’entreprise est accusée d’avoir fait passer son profit avant la santé des bébés. Si cela était vrai, ce serait évidemment très choquant.

Bruno Le Maire revient à l’État donneur de leçons…

Assez rapidement, Bruno Le Maire s’est précipité tête la première pour expliquer que le comportement de Lactalis (et des distributeurs qui ont continué à écouler des stocks malgré le rappel des produits) était inacceptable et appelait des sanctions.

Comprenant sans doute qu’il ne revenait plus, depuis la Révolution Française, au pouvoir exécutif de rendre la justice et de prononcer des peines, le bouillonnant ministre de l’Économie a annoncé une enquête. On s’étonne quand même de l’empiètement manifeste du gouvernement sur les décisions de l’autorité judiciaire, une fois de plus.

… mais doté d’un pouvoir d’auto-absolution

Prompt à dénoncer les errements des entreprises, Bruno Le Maire se montre beaucoup moins enjoué dès qu’il s’agit de demander des comptes à son administration. L’affaire Lactalis en donne un superbe exemple.

Ainsi, les services interministériels, sur lesquels le ministre de l’Économie exerce aussi sa tutelle, ont inspecté Lactalis au mois de septembre. Et ils n’ont, dans les locaux des usines concernées par les retraits de produits, décelé aucune trace de salmonelles. Pourtant, on sait aujourd’hui que la contamination était antérieure au mois de septembre.

Quelle mesure disciplinaire le ministre a-t-il ordonné pour sanctionner cette défaillance coupable? Quelle enquête en cours pour comprendre ce loupé monumental?

Bruno Le Maire a le verbe haut quand il s’agit de stigmatiser les méchantes entreprises, mais il se fait beaucoup discret quand il s’agit de faire la police dans ses services. Tiens donc!

Bruno Le Maire proclame l’impunité de Bercy

Au demeurant, on n’a pas non plus entendu Bruno Le Maire s’exprimer avec virulence contre les débordements de Bercy épinglés par la Cour des Comptes. Il faut dire que celle-ci a entendu le 20 décembre pour publier un référé… du 12 octobre 2017 sur les rémunérations à la dérive parmi le personnel de direction du ministère.

De fait, les révélations de ce document ont bien fait d’atterrir sur les moquettes ouatées des fêtes de fin d’année. Elles auraient pu susciter la polémique. On y lit en effet que les hauts fonctionnaires de Bercy se sont attribués en dehors de tout cadre réglementaire des primes qui arrondissent substantiellement leurs fins de mois.

Certains potentats placés sous l’autorité de Bruno Le Maire touchent jusqu’à 20.000 euros nets par mois pour des responsabilités qui semblent très discutables. C’est en particulier le cas des contrôleurs financiers.

Sur ce point, on aimerait aussi entendre Bruno Le Maire tonitruer. Certes, il ne s’agit pas d’un scandale sanitaire qui mettrait en danger la santé des enfants. Mais l’illégalité de la situation est flagrante et, curieusement, le ministre a le verbe moins haut.

Le gouvernement bat retraite face au mur de la dépense publique

Parallèlement, la ministre Jacqueline Gourault, que personne ne connaît et qui est, paraît-il, placée auprès de Gérard Collomb pour prendre sa part de mauvaises nouvelles à annoncer, vient de faire une révélation supplémentaire. La taxe d’habitation ne sera pas supprimée par le gouvernement, comme Macron l’avait promis, mais simplement remplacée par une nouvelle taxe.

On comprend bien la logique qui sous-tend cette Bérézina: supprimer la taxe d’habitation, c’est trouver de l’argent ailleurs pour en compenser le produit. Mais, petit à petit, le gouvernement recule sur le front sibérien de la dépense publique. Déplaire aux fonctionnaires est un exercice trop dangereux…

On préfère donc continuer la ponction fiscale, mais par d’autres moyens.

La paille et la poutre

On aurait tort de dissocier les choses. Il n’y a pas un Bruno Le Maire dur avec les entreprises et, sans raison, un autre Bruno Le Maire conciliant avec les fonctionnaires. Il y a un Bruno Le Maire qui amuse le petit peuple en jouant la fermeté et les gros bras chaque fois qu’il peut s’y divertir sans risque, pour mieux dissimuler, pour mieux dresser un écran de fumée sur le laxisme total qu’il perpétue à Bercy. Il faut donner l’illusion d’être ferme pour mieux faire oublier sa lâcheté dès qu’il s’agit de manager.

Dans notre jeunesse, on appelait cela être fort avec les faibles, et faible avec les forts. On imaginait que Macron changerait le monde ancien. Il y revient au grand galop.