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Jihad: La Grande Mosquée (Chapitre 6)

Mon cas doit être beaucoup plus inquiétant et corsé que je ne pouvais le craindre jusqu’ici. J’ai en effet à peine eu le temps de traverser la Seine, de rejoindre la gare d’Austerlitz et de contempler les squelettes de dinosaures et de mammouths dans les annexes du muséum d’histoire naturelle, qu’un certain Sajoux m’appelle d’une voix éteinte. Il se recommande de Karvan, me dit qu’il n’a pas le temps de me parler immédiatement, mais que nous devons déjeuner ensemble, de préférence dans un endroit assez discret. Il m’indique l’adresse d’un restaurant proche du Pont-Marie, à l’entrée du Marais. Pour que les Frères de la Grande Loge s’occupent aussi vite de l’un des leurs, l’incendie doit couver.

Il est à peine dix heures trente et je dispose de deux bonnes heures devant moi pour rejoindre ce mystérieux rendez-vous. Et soudain je m’aperçois que je suis seul au milieu du jardin des Plantes, sous un doux soleil de printemps qui enchante les couleurs, comme pétrifié par un sentiment de sidération face à tout ce qui vient de m’arriver.

À quelques mètres de la statue que je suis devenu, je vois ce que j’ai toujours pris pour un vieux pommier du Japon, fendu en son milieu, et qui a grandi en formant comme une cloche de branches, de feuilles et, en cette saison, de merveilleuses fleurs roses comme un linceul surnaturel. Lorsque Claire et moi vivions ensemble, nous habitions à un jet de pierre de cet endroit, rue Linné, et Siegfried adorait venir jouer sous cet arbre qu’il appelait « l’arbre-maison ». Par une ironie amère, je m’aperçois aujourd’hui que l’idéal de sa vie s’abritait sous un arbre quasi-mort, trop faible pour se dresser, à peine capable de s’étendre dans une profusion de fleurs sublimes, tout au long du sol.

C’était l’un de ses vieux rêves de quitter la société des hommes et de se confondre avec la nature. Je ne sais plus de sa mère ou de moi qui lui avait donné cette espérance rousseauiste un peu naïve de retrouver en lui-même le premier souffle de l’humanité, les premiers gestes qui firent notre espèce avant qu’elle ne devint une excroissance extravagante dans le destin de la vie.

Peut-être ni l’un ni l’autre ne lui avions donné ce goût, peut-être cette inclination lui était-elle venue spontanément. Claire comme moi sommes des parangons de la civilisation, et je dirais même des exemples parfaits de ce que l’Occident a mis plusieurs siècles à fabriquer. Nous lisions le latin et le grec, déclamions Baudelaire, pouvions citer Platon, Descartes, Kant, nous avions appris par coeur le catéchisme républicain de l’honnête homme, du parfait citoyen, nous connaissions toutes les doctrines officielles du regret, de l’excuse sur l’esclavage, le christianisme, la Shoah, l’affaire Dreyfus, Vichy, les guerres de religion, la Révolution Française, Robespierre, la Commune, la guerre d’Algérie. Rien de ce qui était républicain et français ne nous était étranger. Et de Rousseau, nous préférions infiniment la Profession de Foi du Vicaire savoyard aux doctrines éducatives.

Assez tôt, le soupçon s’était installé d’ailleurs sur l’efficacité possible de ce corpus doctrinal dès lors qu’il s’agissait d’éduquer un enfant. Siegfried avait très tôt (cinq ou six ans me semble-t-il) contracté une manie qui m’intriguait. Lorsque nous venions au Jardin des Plantes, ou lorsque nous allions jouer aux Arènes, un peu plus haut, il prenait plaisir à parcourir au pas de course de très longues distances, puis à parsemer son chemin de séries interminables d’abdominaux, qui sonnaient comme autant de résistance à la formation humaniste que nous lui inculquions. Voir ce petit bonhomme se jeter subitement par terre à la manière d’un paracommando, puis dresser son torse sur ses bras et commencer à aller vers le sol de tout son long, puis à remettre les bras en extension, de façon quasi-naturelle, au milieu d’une foule d’autres enfants occupés à jouer de façon innocente, était un spectacle stupéfiant. Où avait-il pu apprendre ces gestes déterminés? Pas à la maison en tout cas.

En quittant le Jardin des Plantes, je me retrouve face à la Grande Mosquée, que je n’ai jamais visitée. C’est peut-être l’occasion. Jusqu’ici, je n’ai jamais éprouvé d’intérêt pour l’Islam. L’idée que mon fils se soit converti ne m’aurait, j’en suis sûr, jamais effleuré. À la réflexion, rien, vraiment rien, absolument rien, je le certifie, ne l’y prédestinait. Si des dieux avaient dû lui être transmis, il s’agirait plutôt des dieux du Walhalla, ou de quelques figures celtiques, certainement pas d’un prophète sémitique interprétant les paroles d’un Dieu solitaire perdu dans un désert du Moyen-Orient.

Pendant des années, nous sommes passés le long de la Mosquée sans jamais nous y arrêter, sans chercher à la visiter, et sans même la regarder. Sa signification nous était inconnue. Elle relevait d’un registre qui nous était étranger. Dans le meilleur cas, nous la rattachions à une manifestation post-coloniale, un peu burlesque, à un décor de carton-pâte construit pour témoigner du rayonnement impérial français, et pour satisfaire formellement des minorités dont nous n’avions plus que faire. Nous savions qu’elle contenait un salon de massage et un salon de thé dans une cour intérieure où l’on pouvait profiter d’un loukoum dans un cadre d’époque. Et pour le reste, elle n’était pas notre affaire.

Sur une pancarte, je lis que le monument fut achevé dans les années 20. Ceux qui en ordonnèrent la construction imaginaient-ils alors qu’ils avaient fait entrer un loup dans la bergerie, que cent ans plus tard, leur création deviendrait le symbole d’une conquête intérieure, d’une bombe à retardement dont le compte à rebours touchait maintenant à sa fin? Je me revois vingt ans plus tôt, Siegfried à la main, au pied de ces murs blancs qui nous dominent d’un fier silence aujourd’hui, lui tournant le dos sans même nous apercevoir que le minaret que nous ne remarquions pas deviendrait, au fil du temps, à la fois un point d’attraction et de répulsion pour ce que nous étions.

À l’époque, je portais un duffel coat bleu ciel, et Claire en avait acheté une réplique en petit pour Siegfried, de telle sorte que, lorsque nous nous promenions l’un et l’autre dans les rues, à l’heure où Claire dormait encore pour se remettre d’une représentation terminée trop tard, les passants nous regardaient attendris, comme un tableau du Moyen-Âge où l’enfant est représenté comme une réduction proportionnelle de l’adulte. J’ai encore les yeux éblouis d’une superbe touriste italienne qui avait cherché à nous prendre subrepticement en photo dans ce touchant équipage. Je m’étais aperçu de sa manoeuvre et je m’étais retourné en lui adressant un large sourire. Elle était magnifique. Nous avions discuté quelques instants, et son regard m’offrait comme une première promesse de bonheur. Puis nos chemins s’étaient séparés, mais le souvenir frais, puissant, de ce moment heureux m’est toujours resté comme l’un des possibles que j’eusse pu réaliser dans ma vie, si elle avait été plus longue et encore plus protéiforme qu’elle ne le fut.

Un jour peut-être reconstituerai-je l’histoire de ma vie qui sera l’histoire de bonheurs successifs, petits ou grands, plus souvent petits que grands, cueillis au coin d’une rue ou au détour d’une place. Siegfried y tiendra une place tout à fait particulière, car il m’a offert, à son insu peut-être, les plus belles années de ma vie, et les souvenirs les plus joyeux qui emplissent mon âme. Au fond, je n’ai jamais été capable de lui dire cette chose simple, et peut-être ne l’ai-je pas dite avec suffisamment de conviction pour le distraire des griffes félines dans lesquelles il est tombé.

À l’intérieur de la mosquée, il règne une paix contrariante. Nos rues sont à feu et à sang, nos enfants sont en guerre, et le temple de l’Islam à Paris écoule des jours insouciants, hors du temps. Est-ce son sentiment de victoire qui lui donne une telle sérénité? Cent ans après…

Je me commande une tasse de thé à la menthe en regardant autour de moi, assis dans un fauteuil confortable, sous cette lumière de printemps qui irradie la cour intérieure bercée par un silence irréel. Derrière moi, un vieil Arabe, l’un de ces vieux Marocains qu’on voyait sur les photos des années coloniales, avec sa djellaba et son petit kufi sur la tête (il ne lui manquait que le bâton noueux du berger entre les mains pour faire illusion), est assis en silence, et me roucoule une phrase étrange:

– Tu cherches ton chemin, le Kouffar? Tu es perdu?

Je laisse la phrase résonner en moi comme les Grecs devaient, il y a trois mille ans, laisser les vers de l’Iliade chantés par les aèdes venir jusqu’à leur coeur, les yeux fermés et l’esprit concentré.

– Pourquoi me demandes-tu cela? fais-je calmement en me tournant à moitié vers lui, mais sans me donner la peine de le regarder directement.

Je le sens dodeliner en m’observant.

– Parce que tu as l’air perdu. Comme beaucoup de Kouffars en ce moment. Vous êtes beaucoup, qui venez ici, perdus, comme si vous ne saviez plus d’où vous veniez, où vous allez.

Un moineau est venu se poser sur la chaise face à la mienne, à la recherche d’une miette de pain.

– Tu as raison le vieux, je suis perdu. Je cherche mon fils.

Je sens qu’il lève une main, de dépit, derrière moi.

– Tu n’es pas le seul à chercher ton fils. Beaucoup de Kouffars sont comme toi. Vous les avez perdus et vous ne savez pas pourquoi. Vous n’avez pas compris.

Le serveur pose un petit verre ciselé sur ma table et y verse de façon spectaculaire son thé à la menthe. Puis il pose la théière en cuivre brassé sur la table. Il me demande de payer. Je sors péniblement quelques pièces de mon pantalon.

– Vous, les Kouffars, vous perdez vos enfants, parce que vous leur offrez des doutes et ils veulent des certitudes. Vous leur donnez de l’argent et ils veulent de l’amour. Vous leur donnez du travail et ils veulent de la paix. Vous leur promettez l’aventure et ils veulent du sens. Ils aiment l’Islam parce qu’ils y trouvent ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes. Vous les contrariez toujours, au lieu de les révéler.

Sa voix chante avec harmonie.

– L’Islam est une religion de la paix mon ami, achève-t-il. De la paix avec soi-même. Le Musulman n’a pas de doute, pas de crainte, pas de désespoir.

Puis il se tait. Il dégage une sorte de certitude troublante qui en dit long sur ma décomposition psychique. En étant un peu sincère, je puis reconnaître que les événements de ces derniers jours m’ont ruiné et désorienté. Je ne sais plus très bien où je suis, c’est vrai, et je veux bien imaginer que si Siegfried a connu un tel tourment, les promesses faciles de l’Islam l’ont convaincu de vivre une autre vie.

Plus de 1,1 million de visites en 6 mois: MERCI!

Au premier semestre (c’est-à-dire jusqu’au jusqu’au 30 juin), vous avez été plus de 1,1 million de lecteurs à rendre visite à ce blog. Je profite de l’approche des vacances pour vous remercier de votre patience, de votre écoute et de votre indulgence vis-à-vis de mes petites faiblesses.

Vos visites en toute transparence

Par souci de transparence, je publie ici les statistiques de fréquentation fournies par mon hébergeur OVH:

visites

Avec une moyenne de 6.000 visites quotidiennes entre le 1er janvier et le 30 juin, et des chiffres plus proches de 8.000 visites par jour au moins de juin, vous pouvez voir que vous n’êtes pas seuls à lire ce blog.

Au total, ce sont près 3,5 millions de pages qui ont été lues en 6 mois, soit une moyenne de près de 20.000 pages vues par jour.

Merci! merci de ce soutien, du fond du coeur!

En avant vers un nouveau semestre…

Je vais doucement rejoindre des pénates. En réalité, c’est un peu faux, car j’ai prévu de travailler tout l’été pour continuer le développement de mon entreprise Tripalio, avec une nouvelle formule pour un titre lancé en octobre: Décider et entreprendre. Mais je profiterai probablement du mois d’août pour auto-publier gratuitement un roman que j’ai commencé à écrire.

Dans tous les cas, la tenue de ce blog, qui n’est pas une mince affaire, m’apporte beaucoup de joie et des émotions souvent intenses. Sachez que vos réactions ou interpellations, qui sont nombreuses sur le blog comme à sa marge (par des mails notamment) ou par voie de lettre recommandée (je reviendrai sur la procédure en diffamation lancée par Roger Madec et Paris Habitat dans les prochains jours) me vont généralement droit au coeur.

Ce blog s’adresse aux citoyens qui ne veulent plus déléguer à d’autres, notamment aux élus, le soin de relever la tête. Comme vous le voyez, on se sent moins seuls quand on en parle entre nous.

Le lanceur d’alertes, ce bisounours suicidaire

Le lanceur d’alertes est-il un héros de la démocratie comme certains décideurs tentent de le faire croire, ou un bisounours suicidaire qui brave les lois en vigueur pour une cause perdue, celle de la transparence? La réponse est évidemment dans la question.

Les lanceurs d’alerte et les Tartuffes

On s’amusera, bien entendu, des propos tenus par Michel Sapin début avril à propos des lanceurs d’alertes qui ont permis l’explosion des Panama Papers:

«Les lanceurs d’alertes agissent de manière désintéressée, ils ne sont pas suffisamment protégés»

Cette bienveillance touchante a même transformé Michel Sapin en ange gardien des lanceurs d’alertes. N’a-t-il pas le même jour déclaré:

Le ministre des Finances Michel Sapins’est dit mardi favorable à la rémunération des informateurs dans les affaires de fraude ou d’évasion fiscale. «En France, la loi ne permet pas de rémunérer quelqu’un qui aurait donné des informations fiscales», a souligné Michel Sapin, invité sur France 2 dans l’émission «Cash Investigation», consacrée au scandale des «Panama papers». «Je souhaite qu’on puisse évoluer en France sur ce point», mais «dans un cadre très précis», a ajouté le ministre.

Quand on songe à la détestation que les lanceurs d’alerte suscitent partout où ils peuvent sévir, la déclaration fait sourire. Comme toujours, le diable se cache dans les détails: Michel Sapin se dit prêt à rémunérer ceux qui dénoncent des scandales fiscaux… mais « dans un cadre très précis ».

Toute l’astuce est là: le lancement d’alerte n’a de valeur que dans le domaine fiscal et « dans un cadre très précis ».

En creux, on comprend donc que, dans l’esprit du ministre, les autres cas de lancement d’alertes doivent être sévèrement proscrits et punis.

La doctrine du Conseil d’Etat

Pour comprendre l’inspiration de Michel Sapin, il faut lire les textes du Conseil d’Etat consacrés au sujet. Depuis un an, la Cour administrative qui conseille le gouvernement se passionne en effet pour cette question, et a produit des considérations tout à fait fleuries sur le sujet.

Conforme à son habitude, en effet, le Conseil d’Etat entre à reculons dans la protection des droits accordés aux lanceurs d’alerte, obsédé par le besoin de protéger le secret: celui des affaires, et celui de l’action publique, bien entendu. Pour le Conseil d’Etat, l’action du lanceur d’alerte ne peut être protégée que si et seulement si de nombreuses limites sont respectées.

La seule phrase du vice-président, prononcée en février 2015 à propos des lanceurs d’alerte dans la fonction publique, en dit long sur le sujet:

Selon la formule du président Vigouroux, là où « la dénonciation veut nuire, le signalement veut sauver »[26]. Il ne saurait, dès lors, porter atteinte aux secrets protégés par la loi et pénalement sanctionnés, comme le secret professionnel[27], celui des correspondances[28] ou celui de la défense nationale[29]. En dehors des cas où la loi autorise la levée du secret[30], l’alerte doit en premier lieu emprunter la voie du secret « partagé »[31] avec les membres habilités à en connaître, et non celle désordonnée et porteuse d’incertitudes de la « fuite » d’informations. En outre, s’agissant, en particulier, des agents publics, doivent être observées les règles de discrétion qui s’appliquent, de manière large, à « tous les faits, informations ou documents dont ils ont connaissance dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions »[32]. En dehors des cas prévus par la réglementation, les agents publics ne peuvent être déliés de cette obligation que par une « décision expresse » de l’autorité dont ils dépendent[33], ce qui renforce la priorité à donner, en cas de signalement, aux canaux internes de diffusion. Enfin, l’alerte professionnelle ne saurait être utilisée au service de convictions personnelles, pour dénoncer, non des dysfonctionnements, mais des choix d’opportunité, servant alors d’alibi à un contournement des règles de réserve[34]qui encadrent, dans l’intérêt du service public, l’usage par ses agents de leur liberté d’expression.

Autrement dit, un fonctionnaire ne peut lancer d’alerte « protégée » que dans l’hypothèse où cette alerte ne porte pas atteinte au secret professionnel, de la correspondance ou de la défense nationale, où elle ne prend pas la forme d’une fuite d’informations dans la presse, ne viole pas l’obligation de discrétion qui englobe tous les documents dont un fonctionnaire a connaissance dans le cadre de ses fonctions, et où elle est autorisée par la hiérarchie. Dans le cas de figure chimérique et hautement improbable où ces conditions seraient remplies, le lanceur d’alerte ne bénéficierait toutefois d’aucune protection si l’alerte qu’il lance est utilisée « au service de convictions personnelles ».

Bref, en dehors de la délation fiscale, le droit français ne devrait pas protéger le lanceur d’alerte.

Deltour serait-il condamné en France?

Dans ce contexte, il serait donc très probable qu’Antoine Deltour, le lanceur d’alertes qui a révélé l’affaire Luxleaks (des arrangements fiscaux dont Jean-Claude Juncker fut l’auteur en tant que Premier ministre du Luxembourg), serait, en France traduit devant un tribunal. Si les fuites qu’il a organisées correspondent au périmètre fiscal choyé par Michel Sapin, il devrait en effet démontrer sa bienveillance, et son respect de procédures internes préalables à une « fuite » d’informations.

Pas la peine de se donner d’abusives lettres de noblesse: la France ne ferait et ne fera pas mieux que le Luxembourg dans la protection des lanceurs d’alerte. Ceux-ci comptent dans la République de sérieux ennemis bien décidés à ne pas les laisser agir.

La Turquie va-t-elle relancer la crise des réfugiés?

Le ton monte entre l’Europe et la Turquie. Depuis la validation de « l’accord« , l’Europe n’a assumé aucun de ses engagements: les visas sont toujours en vigueur pour les citoyens turcs, les négociations pour l’adhésion de la Turquie n’ont pas repris et l’Europe n’a pas versé les 6 milliards qu’elle avait promis. De plus, elle n’a accueilli que 103 réfugiés quand 325 d’entre eux ont été rapatriés de Grèce vers la Turquie.

La Turquie menace d’annuler l’accord

Du point de vue turc, l’Europe est mauvaise partenaire (idée qui n’est pas sans fondement). Les Turcs tiennent pourtant tout particulièrement à obtenir la suppression des visas pour leurs ressortissants. Pour parvenir à leurs fins, ils haussent le ton et menacent d’annuler l’accord, c’est-à-dire de relancer la vague d’émigration vers l’Europe.

La menace rappelle une fois de plus que l’arrivée massive de migrants n’a rien à avoir avec un phénomène spontané. Elle repose essentiellement sur le bon vouloir des Turcs dont la police coopère avec les passeurs.

L’Europe devrait céder

Au vu de la menace, l’Europe devrait céder et accepter les conditions de la Turquie. Selon toute vraisemblance, la Commission Européenne obtiendra lors du Conseil du 4 mai, la suppression des visas de la part des Etats membres très réticents vis-à-vis de cette mesure. Pour la forme, l’Europe maintient ses exigences de respect des critères d’adhésion, mais personne n’est dupe: face à la menace d’une nouvelle vague de réfugiés durant l’été, l’Union Européenne devrait accepter de renoncer à sa position historique vis-à-vis des Turcs.

La Turquie prépare son Grand Remplacement

Pour le gouvernement turc, le pari semble donc plus démographique que politique. L’enjeu d’Erdogan ne porte pas sur un rapprochement politique avec l’Union: celui-ci suppose un partage des valeurs et un respect de critères (notamment sur la démocratie et les Droits de l’Homme), qui ne sont pas sa tasse de thé. L’objectif des islamistes turcs consiste plutôt à obtenir une ouverture de l’Union à une immigration turque massive qui permet de jeter des bases de coopération à plus long terme.

D’une certaine manière, la position turque vise à un Grand Remplacement interne: favoriser une émigration turque en Europe en assurant le remplacement des migrants par des Syriens (qui sont plus de 2 millions aujourd’hui). L’idée implicite est de garder les Syriens en Turquie en échange d’un accueil massif de Turcs en Europe.

La France laisse Merkel négocier seule

Les grands manoeuvres ont donc cours en coulisse en ce moment et, une fois de plus, il est frappant de voir que la France n’y est pas associée. Ainsi, Merkel vient de s’offrir un petit voyage en Turquie, en compagnie de Donald Tusk, le président du Conseil, et de Frans Timmermans, le vice-président de la Commission. Elle y a visité un camp de réfugiés. Manifestement, personne en France ne s’offusque de voir la chancelière allemande, largement responsable de l’appel d’air de l’an dernier, mener les opérations européennes avec les représentants officiels de l’Union à ses côtés.

Il ne faudra pas s’étonner si nous nous retrouvons, d’ici à fin juin, avec l’obligation d’accueillir des milliers de migrants au nom de la solidarité européenne.

Travail de préparation pour l’accueil de migrants en France

Au demeurant, les traditionnels défenseurs d’un accueil sans nuances des migrants ont repris du poil de la bête pour préparer le terrain. Après un voyage de parlementaires en Grèce qui n’avait pas reçu l’écho escompté en mars, nos députés en ont remis une louche. Ils ont cette fois envoyé Jean-Marc Germain, Monsieur Hidalgo à la ville, pour alerter sur la dangereuse situation des migrants en Grèce.

« J’ai pu visiter le hotspot qui avait été organisé dans la précipitation juste avant la signature de l’accord, mais évidemment, ne fonctionne plus depuis. Dans l’île, où je suis allé mercredi matin, 18 migrants étaient arrivés la veille et 80 deux jours auparavant », rappelle le député des Hauts-de-Seine qui a pu s’entretenir avec des détenus exaspérés. « Un Malien et un Soudanais m’ont confié leur désarroi, explique-t-il. Tous deux ont vraiment l’impression de subir une double peine. Ils sont arrivés là après bien des péripéties, vont non seulement être renvoyés en Turquie mais en plus vont se retrouver tout en bas de la liste des relocalisés. Face à ce traitement d’hommes et de femmes, je partage tout à fait la décision de l’OFPRA de ne pas venir dans les îles grecques travailler à la mise en œuvre de cet accord », rappelle le député frondeur.

Un Malien et un Soudanais… On imagine bien entendu que, dans quelques semaines, les médias subventionnés parleront des « réfugiés » victimes de la guerre en Syrie.

En attendant, et en suivant les pensées « en creux » de Jean-Marc Germain, on comprend qu’il préconise de dénoncer l’accord existant avec la Turquie pour ouvrir plus grandes encore les portes du continent.

Situation sanitaire dangereuse en Grèce

Il existe en tout cas une certitude: la Grèce est aujourd’hui incapable d’accueillir les « réfugiés » dans de bonnes conditions. Les pires craintes apparaissent à Athènes, où un camp de 4.000 personnes est installé sur les installations de l’ancien aéroport d’Hellinikon. Les maires des communes adjacentes ont déjà prévenu que ce camp présentait d’importants risques de santé publique: le camp ne dispose que de 40 toilettes chimiques, et une réfugiée afghane de 17 ans y est morte. Les épidémies sont à craindre.

Au camp d’Idomeni, dans le nord de la Grèce, où s’entassent près de 20.000 réfugiés, la situation est pire. Si la vie quotidienne semble s’y organiser vaille-que-vaille, les tensions y sont fortes. Les réfugiés ont d’ailleurs bloqué l’unique voie de chemin de fer qui permet de passer en Macédoine, imposant une sorte de blocus économique à la Grèce.

L’Europe prête à accueillir une vague d’immigration turque?

Tous ces éléments plaident pour une ouverture des frontières… aux immigrés turcs, l’objectif majeur d’Erdogan aujourd’hui. Il est évidemment très regrettable que les citoyens européens soient privés d’un débat clair sur le sujet. L’alternative est simple: soit nous acceptons les conditions turques pour éviter un afflux massif de migrants, et nous nous résignons à augmenter de plusieurs millions les communautés turques très fermées qui peuplent déjà beaucoup de nos grandes villes, soit nous refusons les conditions turques et nous devons affronter la crise des migrants « en direct ».

Il existe évidemment un troisième terme à cette alternative, qui est politiquement très incorrect celui-là: admettre que la guerre en Syrie était une erreur, aider Bachar Al-Assad à mater Daesh et rompre les relations diplomatiques avec la Turquie en attendant que le régime islamiste tombe.

 

Pourquoi les employeurs ont besoin du mandatement

La loi Travail doit être présentée demain au Conseil des Ministres. Elle suscite des protestations dans la camp patronal, notamment depuis sa réécriture partielle pour en arrondir les angles. En particulier, sur le sujet des forfaits-jours, l’abandon de la décision unilatérale et le repli sur le mandatement, à la demande de la CFDT, est perçu comme une reculade pénalisante pour la flexibilité dans les TPE-PME. Pourtant, la formule du mandatement mérite d’être regardée de près, car elle est beaucoup plus flexible qu’on ne le croit.

Une forme encore mal connue

Le mandatement est une forme en devenir. Pour l’instant, il est défini par l’article L2143-23 du Code du Travail, qui prévoit qu’un délégué du personnel peut être mandaté par une organisation syndicale pour négocier un accord faute de délégué syndical désigné. Cette condition est encore restrictive, puisqu’elle réserve la possibilité de négocier des accords à des PME disposant d’un délégué élu. Qui plus est, le mandatement suppose l’existence d’une section syndicale.

Cette étroite imbrication du mandatement avec l’action syndicale formelle contribue à sa mauvaise réputation. Certains employeurs lui préfèrent une formule où le délégué serait élu et pourrait négocier sans référence à une étiquette syndicale. En soi, cette réticence explique la difficulté du mandatement, puisque celui-ci vise précisément les délégués élus qu’il faut mandater faute de délégué syndical. Tout l’enjeu pour beaucoup d’employeurs est de savoir pourquoi le passage par une validation même très souple d’une organisation syndicale est nécessaire.

La question des TPE

L’un des enjeux de la loi Travail et du débat parlementaire consistera à savoir quelle forme nouvelle le mandatement pourra prendre pour répondre à la question du forfait-jour dans les TPE. Pour les employeurs, la solution la plus simple consisterait à lever deux verrous pour évoluer vers la possibilité d’un accord négocié avec un salarié de l’entreprise mandaté de façon très souple par une organisation syndicale.

Le premier verrou à faire sauter tient à l’existence d’une section syndicale. L’intérêt des entreprises serait de permettre le mandatement sans section syndicale dans l’entreprise. Cette formule présenterait l’avantage de permettre le mandatement dans toutes les TPE, quelle que soit leur taille.

Le second verrou tient à la formalisation de l’engagement syndical du salarié. La formule la plus simple, là encore, consisterait à confier un mandatement ponctuel pour une négociation.

Une formule magique?

L’évolution en ce sens du mandatement permettrait à toutes les TPE de négocier un accord avec l’un des salariés de l’entreprise, sans section syndicale, mais avec une protection renforcée pour le salarié qui négocie. Ces précisions supposent un travail d’amendement du texte qui permettrait de concilier les contradictoires. Incontestablement, cette formule d’avenir devra faire débat, mais elle offre de vraies possibilités pour le développement de la démocratie sociale.

Journal de guerre: des tireurs blancs en Mercedes noire?

Ce texte est la traduction d’un témoignage publié par le Daily Mirror sur la fusillade de la rue de Charonne, au bar La Belle Equipe. Il pourrait confirmer la thèse d’une quatrième équipe de tireurs.

Le Daily Mirror publie le témoignage de Mahoud Admo, 26 ans, qui logeait à l’Armée du Salut le soir où l’attentat a été commis. Voici son verbatim:

“J’étais juste dans ma chambre et j’avais la fenêtre ouverte sur la rue en bas.

Je pouvais voir toute une foule assise à l’extérieur du bar, en train de dîner ou de prendre un verre. La place était bondée de gens qui s’amusaient.

Vers 21h30 un Mercedes noire neuve a remonté la rue avec des fenêtres teintées à l’arrière, et les fenêtres du passager et du conducteur baissées. J’ai pu distinctement voir le visage du passager parce qu’il ne portait ni chapeau ni masque.

Dès que la voiture s’est arrêtée il a calmement ouvert la porte et il est sorti juste en face du restaurant.

C’est à ce moment que je l’ai vu tenir une arme automatique qui reposait sur sa hanche. Je n’arrivais pas à croire ce que je voyais.

Les gens en terrasse ont repéré le tireur qui s’approchait avec son arme et ils ont essayé de se réfugier à l’intérieur mais il les a abattus sur le pas de la porte.

Alors les gens à l’intérieur se sont avancés pour voir ce qui se passait et il les a aspergés de munitions. J’ai essayé d’attraper mon téléphone pour filmer mais le tireur a vu la lumière de mon téléphone et j’ai dû me baisser derrière le mur quand il a tiré sur l’hôtel. Le tireur a rechargé son arme calmement à plusieurs reprises. Il a alors tiré sur les fenêtres dans la rue pour être sûr que personne ne puisse filmer ou prendre des photos. Cela a duré plus de six minutes.

Il a tiré énormément de munitions. Il était blanc, rasé de près et avait des cheveux noirs bien coiffés. Il était habillé tout en noir avec une écharpe rouge.

Le tireur avait environ 35 ans et un corps extrêmement musclé, ce qui se voyait à la taille de ses bras. Il ressemblait à un haltérophile.

Il ne portait pas de gants et son visage était impassible quand il marchait en direction du bar.

Le conducteur a ouvert sa porte un peu avant que la fusillade ne commence et il s’est levé, le bras et une arme automatique posés sur le toit de la voiture. Il est resté comme ça, un pied dans la porte comme s’il faisait le guet.

Je le décrirais comme grand, avec des cheveux sombres et aussi très musclé.

On aurait dit des soldats ou des mercenaires et ils semblaient tout faire comme dans une opération militaire. C’était évident qu’ils étaient tous les deux très lourdement armés et que le tireur portait plusieurs chargeurs sur lui.

Ils se sont ensuite calmement assis dans la voiture et ont démarré en trombe en direction du théâtre du Bataclan.

Au bout de cinq minutes la police et les ambulances sont arrivées. Il y avait environ 20 corps gisant sur le sol à l’extérieur du bar et toutes les fenêtres autour étaient criblées de balles. C’était terrible. On pouvait voir où les gens avaient été blessés.

Vers 5 heures du matin, les cadavres étaient couchés dans la rue sous des couvertures jaunes jusqu’à ce que des ambulances les emmène. »

On le voit, ce témoignage donne une version très différente de la fusillade, l’attribuant notamment à un tireur blanc, en Mercedes. La fusillade aurait duré plus longtemps que dans la version officielle. En revanche, le témoin donne une arrivée assez rapide des secours…

Rappelons ici que seule une confrontation des témoignages permet de garantir une compréhension approchée de ce qui s’est réellement passé ce soir-là.

 

Masse salariale: la Cour des Comptes sait-elle encore compter?

En lisant le rapport de la Cour des Comptes sur l’application de la loi de financement de la sécurité sociale, un petit doute m’est venu quant aux calculs utilisés dans le chapitre sur la part des cotisations sociales dans le financement de la sécurité sociale. Je sais que c’est un point tout à fait mineur, mais j’aime bien de temps en temps faire part de mes étonnements microscopiques quand je lis des textes officiels.

La Cour des Comptes et ses pourcentages

Dans l’introduction de son chapitre, la Cour des Comptes écrit ceci (c’est moi qui surligne les passages sensibles):

Les cotisations sociales finançant les régimes obligatoires de base de sécurité sociale et les régimes complémentaires à ces derniers ont atteint 322 Md€ en 2013, soit 60 % de leurs recettes totales. Elles restent la première source de financement de ces régimes devant la contribution sociale généralisée – CSG – (13,5 %) et les impôts et taxes affectés (8,5 %), malgré la croissance de la part de ces dernières ressources depuis les années 1990.

Assises à 99 % sur les revenus d’activité salariés et non-salariés, elles sont majoritairement supportées par les employeurs en sus des salaires bruts, à hauteur de près de 220 Md€ en 2013, soit 68,3 % du total. Pour les entreprises, cette part patronale des cotisations sociales représentait en 2013 plus de 13 % de leur valeur ajoutée. Les cotisations sociales supportées par les ménages constituaient quant à elles un prélèvement de près de 11 % sur leurs revenus professionnels.

Mon trouble vient des proportions affichées par la Cour et je voudrais expliquer pourquoi.

La Cour des Comptes et la valeur ajoutée

Premier point qui m’intrigue: les 220 milliards d’euros égaux à 13% de la valeur ajoutée en France. Une simple règle de trois amène à considérer que la valeur ajoutée équivaudrait donc, selon la Cour, à environ 1.700 milliards annuels. Ce chiffre me laisse un peu perplexe, parce que je ne vois pas trop d’où il sort. Je ne prétends absolument pas avoir raison, mais enfin je souhaiterais comprendre ce que désigne cette notion de valeur ajoutée.

Quand j’étais petit, on m’expliquait volontiers que la somme des valeurs ajoutées par les entreprises s’appelait le Produit Intérieur Brut. Il s’élève, en France, à plus de 2.000 milliards d’euros: 2.134 milliards, selon les estimations, fin 2014. Dans ce cas, les cotisations supportées par les employeurs équivalent à 10% environ de la valeur ajoutée. C’est en soi un volume important, mais on est au-dessous des chiffres de la Cour des Comptes.

En consultant le tableau des agrégats économiques de l’INSEE, je tombe bien sur une somme avoisinant les 1.700 milliards€ qui pourrait justifier le chiffre de la Cour: les dépenses de consommation finale en 2014 ont flirté avec ce montant. Voici comment l’INSEE définit ce poste de dépense:

Les dépenses de consommation finale des ménages comprennent les dépenses effectivement réalisées par les ménages résidents pour acquérir des biens et des services destinés à la satisfaction de leurs besoins.

La notion ne correspond donc pas exactement à la valeur ajoutée créée…

Bref, je ne dis pas que le chiffre de la Cour des Comptes est faux, je dis juste que je comprends mal à quoi il correspond… et, sauf à le comprendre, je le crois légèrement surestimé.

La Cour des Comptes et la masse salariale

La même interrogation surgit quand on lit le même paragraphe et que la Cour étale une série de chiffres que je recolle ici: les employeurs supportent 220 milliards de cotisations, soit 68,3% du total. Le total des cotisations fait bien, comme annoncé, 322 milliards d’euros. Assez logiquement, les « ménages » prennent à leur charge ce que les employeurs ne financent pas, soit la différence entre 322 milliards et 220 milliards. Pour la commodité de l’exercice, j’arrondis à 100 milliards d’euros les cotisations sociales payées par les « ménages » (soit, en passant, environ deux fois l’impôt sur le revenu…).

La Cour indique que ce montant est égal à 11% des « revenus professionnels des ménages ». Là encore, une règle de trois amène à considérer que les revenus professionnels des ménages valent donc environ 900 milliards €. Nouvel étonnement! D’abord, je ne comprends pas ce concept de « revenus professionnels des ménages »: s’agit-il de la masse salariale? de la masse salariale et des revenus des indépendants assujettis au RSI? Cette dernière idée aurait du sens, et je soupçonne la Cour d’avoir cherché à agréger ces données.

Le problème est évidemment de les recoller, car, on a beau tourner les pages, on voit mal d’où elles viennent.

En lisant les chiffres de l’ACOSS, je tombe sur des estimations beaucoup moins heureuses: la masse salariale trimestrielle plafonné à 133 milliards, soit un petit 550 milliards annuels. Et oui, messieurs et mesdames, la somme des salaires versés chaque année en France représente un quart du PIB seulement! à comparer avec le budget de l’Etat (377 milliards de dépenses en 2014) ou avec les recettes de sécurité sociale (aux alentours de 550 milliards également). Il est intéressant de voir que la sécurité sociale brasse 100% des salaires du secteur privé!

Une autre notion qui pourrait servir de référence à la Cour est celle de compte de revenu des ménages calculé par l’INSEE. Celui-ci indique un revenu disponible brut de 330 milliards par trimestre, soit 1300 milliards annuels environ. Là encore, on est loin des chiffres de la Cour.

Clarifier les comptes

Bref, tout ceci plaide pour une clarification de la méthode de calcul utilisée par la Cour. Il n’est en effet pas neutre de savoir que, pour un euro perçu par le salarié, un autre euro est donné à la sécurité sociale. Ces ordres de grandeur, masqués d’ordinaire par des références au PIB, donneraient aux Français une toute autre conscience sur la réalité des chiffres et des dépenses de protection sociale.

Migrants: Sarkozy est aussi responsable de la « fuite d’eau »

Les arrivées massives de migrants qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie souligne l’incohérence de la politique étrangère menée par Nicolas Sarkozy et les risques d’une Europe germanocentrée qui tourne le dos à la Méditerranée.

Les migrants, victimes d’une Europe germanocentrée

Si l’Europe apparaît aujourd’hui comme débordée par les flux migratoires venus de Méditerranée, elle ne le doit qu’à elle-même! Depuis le traité de Maastricht, son seul pôle d’intérêt est l’élargissement à l’Est. Au mépris du bon sens, l’Union a intégré une multitude d’États dont la seule utilité était d’apporter, grâce à la politique de Schengen, une main-d’oeuvre bon marché et indo-européenne à l’Allemagne, tout en offrant de nouveaux débouchés aux produits allemands.

Grâce à cette politique, l’Allemagne a boosté sa croissance: les réformes Harz ont permis de maintenir la main-d’oeuvre slave ou prussienne qui a inondé son marché du travail à des tarifs lui permettant de revendre pas cher aux pays d’origine les produits que les émigrés sont venus fabriquer en Allemagne. Volkswagen, par exemple, a abondamment profité de ce système qui a permis à l’Allemagne de gagner facilement, en reconstituant son Lebensraum, une guerre économique qui a contribué à désindustrialiser la France.

Pendant ce temps, l’Allemagne torpillait, avec la complicité des gouvernements naïvement europhiles en France, le partenariat euro-méditerranéen, qui aurait pu compenser l’expansion à l’Est. On en mesure les conséquences aujourd’hui: alors que la France aurait dû imposer la Méditerranée comme sphère de co-prospérité à l’Europe, l’Allemagne a imposé une relation privilégiée avec son glacis oriental et ce sont ces pays qui ont profité de la manne européenne.

Conséquence: la Méditerranée est devenue un cloaque rongé par la misère.

L’aberrante politique méditerranéenne de Nicolas Sarkozy

Dans cet abandon vieux de vingt ans de nos intérêts stratégiques, Nicolas Sarkozy, quoiqu’il en dise, occupera une place à part par l’intensité de son action.

C’est lui qui a activement mis la main à la pâte d’une destruction en règle du régime de Khadafi en Libye. L’histoire nous dira un jour quelle turpitude cet activisme cachait. Il n’en reste pas moins qu’il est assez étonnant d’entendre l’un des principaux responsables et acteurs de cette stratégie déplorer aujourd’hui les vagues migratoires qui quittent les côtes libyennes. Ce n’est pourtant pas un hasard si la Libye est devenue une zone de non-droits dont les passeurs de tous bords tirent des profits scélérats.

Nicolas Sarkozy s’est aussi illustré par ses amours avec le Qatar et les pétromonarchies du Golfe, qui continuent à lui payer des conférences à prix d’or. Ces mêmes pétromonarchies ont largement financé l’Armée Syrienne de Libération (ASL) qui, en 2011, a tenté de renverser le régime syrien, allié historique de la France, par la force. L’Arabie Saoudite, avant cette époque, a soutenu financièrement l’État islamique en Irak, dont les faits d’arme sont aujourd’hui bien connus.

Les conséquences de ces choix funestes sont évidentes. Plus de 3 millions de Syriens (plus de 10% de la population) ont fui leur pays et beaucoup cherchent refuge en Europe, notamment en France, en raison des liens historiques tissés entre la Syrie et la France. Cette fuite massive n’est pas venue du ciel: elle résulte d’une politique en rupture avec la politique arabe historique de la France, menée par Nicolas Sarkozy.

Reconstruire un espace de co-prospérité autour de la Méditerranée

Les politiques européens, Sarkozy en tête, mentent effrontément quand ils font croire que la solution au problème des flux migratoires qui commencent à submerger l’Europe repose sur un isolationnisme. Ce n’est pas parce qu’on se met les mains devant les yeux que les problèmes disparaissent. Nicolas Sarkozy le sait très bien.

Le déséquilibre migratoire auquel nous assistons tient d’abord à la rupture introduite dans la politique méditerranéenne de la France après le traité de Maastricht. L’obsession du couple franco-allemand et le suivisme français vis-à-vis de l’impérialisme prussien ont semé les germes des fruits amers que nous goûtons aujourd’hui: les plombiers polonais ont remplacé les plombiers tunisiens, les fonds de développement ont profité aux Tchèques, aux Baltes, aux Hongrois, au lieu de permettre un développement harmonieux dans les pays balayés depuis lors par des révolutions.

De façon très symptomatique, les pays méditerranéens qui ont échappé à ces révolutions sont des pays avec lesquels la France a conservé des relations privilégiées: l’Algérie, le Maroc, le Liban.

L’Europe ne règlera le problème migratoire venu de Méditerranée qu’en ayant une politique assumée de co-prospérité avec les pays dont elle a voulu l’affaiblissement politique. Le vide que nous y laissons y a fait le jeu des islamismes de tous poils (j’y inclus la folie saoudienne ou la folie qatarie), dont nous payons désormais le prix fort.

Nicolas Sarkozy, dont Carla Bruni disait, dans sa chanson rappelée un peu plus haut,  » qu’il vient d’ailleurs » et qu’il est « un Juif hongrois de Salonique », le sait très bien: la France paie son cher son isolationnisme méditerranéen.

Euro: le beau spectacle d’une union monétaire en déroute…

La prévisible débandade de l’euro dans les jours à venir devrait contribuer de manière majeure à la théorie des zones monétaires optimales dégagées dans les années 60 par l’économiste Mundell. L’euro valide en effet l’idée selon laquelle une zone monétaire ne peut fonctionner sans convergence des politiques économiques: le laxisme grec est difficilement compatible avec la rigueur allemande… Mais ce sont surtout les conditions de sortie d’une zone monétaire qui vont être éclairées.

Euro: même Moscovici n’y croit plus!

Depuis plusieurs mois, ce blog raconte, semaine après semaine, comment la ligne de flottaison de l’euro prend l’eau. L’un de mes papiers d’octobre qui annonçait les difficultés de la monnaie unique m’avait d’ailleurs valu quelques sarcasmes dans les couloirs du pouvoir: les Diafoirus qui nous dirigent trouvaient grotesque l’idée que l’euro puisse avoir une fin proche, et n’avaient pas mots assez méprisants pour tous ceux qui affirmaient cette idée.

On se consolera facilement: les mêmes qui, en octobre, jugeaient ridicule l’annonce d’une fin de l’euro trouvaient parfaitement minable et populiste, il y a trois ans, la revendication d’une dévaluation de l’euro. Depuis que l’euro s’est déprécié de 30% en quelques jours, ces petits marquis ne manquent pas une occasion de se louer de cette évolution. C’est tout le problème de la classe dirigeante française: elle se croit supérieurement intelligente, mais elle se contente de s’incliner devant ce qui existe sans avoir la moindre idée sur les bonnes décisions à prendre. En s’attribuant toujours la paternité des bonnes décisions qu’elle combattait la veille.

Le parangon de ces petits marquis n’est autre que le duc Moscovici, grand idéologue de l’euro, qui déclare désormais:

« Un retrait de la Grèce de la zone Euro aura des conséquences négatives, pour ses membres »

On notera que Moscovici n’est désormais plus cité que sur les médias iraniens. Soit plus personne ne l’écoute en Europe, soit l’annonce qu’il vient de faire paraît tellement incroyable aux médias européens qu’aucun d’entre eux n’a voulu l’écouter.

En tout cas, une chose est désormais acquise dans les couloirs du pouvoir européen (le seul, le vrai, pas celui des postures creuses de l’Elysée): la Grèce va sortir de la zone euro.

L’euro, victime du mythe de la supériorité germanique

La Grèce n’est évidemment pas la seule cause d’une disparition programmée de l’euro, elle en est seulement l’occasion ou le catalyseur. Disons-le, d’ailleurs: l’euro mettra plusieurs années avant de finir son agonie. Mais Tsipras pourra facilement revendiquer la paternité de son plongeon dans un coma irréversible qui la réduira au rang de fiction végétative.

Tsipras procède-t-il sciemment à cette mise en état de mort cérébrale? Beaucoup, dans les rangs de l’extrême gauche et de l’extrême droite françaises le croient, selon une tendance complotiste discrète qui veut que l’histoire soit forcément le fruit d’une volonté. Personnellement, je pense que Tsipras est un apprenti sorcier qui procède plus par forfanterie et par incompétence, aidé par son disciple Varoufakis, que par volonté délibérée.

Tsipras imagine sincèrement que l’Europe, et singulièrement l’Allemagne, vont céder à sa menace de pousser sur le bouton nucléaire de la faillite si 7 milliards d’euros ne tombent pas dans son escarcelle sans contrepartie sincère et crédible. Il suppose que ses partenaires font des choix intelligents. C’est son défaut: il croit, sans se l’avouer au mythe de l’Allemagne rigoureuse, capable d’anticiper, de faire des bons choix. Au fond, Tsipras a intégré cette absurde invention de la supériorité de la race aryenne.

Les semaines qui viennent vont nous prouver que la race germanique est en réalité un agrégat de gros rustauds barbaresques, incapables de comprendre le monde tel qu’il fonctionne, et incapables de penser plus loin que des poissons rouges. Les Allemands sont en effet convaincus qu’ils seront gagnants en attendant patiemment la faillite de la Grèce et en la mettant ce jour-là hors de la zone euro avec force de coups de pieds aux fesses, un peu comme ils dégageraient en haute mer des passagers clandestins africains trouvés par hasard à fond de cale.

Grave erreur!

Tsipras continue à fanfaronner

Pourtant, la situation de la Grèce est simple: elle doit, le 9 avril, rembourser 458 millions d’euros au FMI. C’est à peu près tout ce qui lui reste en caisse. Le 14 avril, elle doit payer ses fonctionnaires et ses retraités. De deux choses l’une: soit elle rembourse le FMI et elle ne paie pas ses fonctionnaires, soit elle paie ses fonctionnaires et fait défaut devant ses créanciers, comme je l’indiquais déjà la semaine dernière.

Tout ceci se passe durant la semaine sainte grecque: tout un symbole! la Grèce sur la voie de la crucifixion et de la résurrection…

Fidèle à son habitude: Tsipras a donc multiplié les déclarations et les attitudes contradictoires. Personne ne sait aujourd’hui quel est l’état exact des réserves grecques, ce qui constitue en soi une première mort de la construction européenne. Le gouvernement grec a annulé plusieurs réunions techniques avec les représentants de ses créanciers, ce qui complique singulièrement les discussions, puisque Tsipras empêche toute transparence sur la situation grecque. Malgré tout, il se disait confiant sur l’issue des discussions en principe relancées le week-dernier par l’envoi de ses propositions de réformes.

A Athènes au contraire, le Premier ministre Alexis Tsipras s’est dit dimanche confiant dans «une fin heureuse» des négociations, tandis que lundi, une source gouvernementale a indiqué à l’AFP avoir «toujours l’espoir» d’une solution d’ici mercredi, au moins sur le plan technique.

Elle a estimé au contraire que la partie grecque était «bien préparée», et avait fourni «des documents solides, comprenant tous les détails» nécessaires.

«Si on continue à vouloir nous asphyxier, il finira par y avoir des conséquences», s’exaspérait-elle, tout en remarquant néanmoins «qu’après avoir payé l’euro de son sang, la Grèce serait la dernière à en partir».

Cette confiance ne manque évidemment pas de surprendre après une dégradation de la note de la Grèce par Fitch, désormais classée en « CCC ».

Alors que le ministre grec de l’Intérieur Nikos Voutsis, affirmait au Spiegel que la Grèce ne passerait pas le cap du 9 avril, le porte-parole du gouvernement grec affirmait pourtant:

« Il n’y a aucun risque que la Grèce n’honore pas ses obligations envers le FMI le 9 avril »

Voilà une phrase qu’un gouvernement au bord de la faillite adore prononcer! Après tout, la Grèce a fait des propositions de réforme qui devraient la sauver…

La Grèce se tourne vers l’Orient

Les propositions « très précises » du gouvernement grec n’ont pourtant pas convaincu les Européens. Elles intègrent en effet un certain nombre d’idées souhaitées avant l’arrivée de Tsipras au pouvoir:

A en croire un article publié notamment par le site spécialisé Macropolis, et non démenti par le gouvernement, les projets de réformes semblent bel et bien chiffrés: par exemple, 350 millions d’euros pour la lutte contre la fraude à la TVA, ou 250 millions pour la lutte contre la contrebande de tabac et de cigarettes.

Mais il semble bien que les pierres d’achoppement portent sur les grands principes, comme de nouveaux licenciements de fonctionnaires, les retraites ou l’accélération des privatisations.

Concernant les deux premiers points, «il y a des lignes rouges que nous ne franchirons pas», a répété lundi sur plusieurs télévisions le secrétaire d’Etat aux Finances Dimitris Mardas. Sur les privatisations, il a déclaré qu’Athènes «ne vendrait plus ses biens à prix humiliants».

De façon très révélatrice, Tsipras a notamment annoncé que la privatisation du port du Pirée (racheté par les Chinois) se ferait bel et bien. Il est difficile ici de ne pas voir un important geste des Grecs en direction des Chinois, mécontents lorsque Tsipras avant annoncé le blocage de l’opération.

Quel deal entre la Grèce et la Russie?

Alors que Tsipras doit rencontrer Poutine mercredi à Moscou (veille du jour où la Grèce doit ou non rembourser un prêt du FMI), il a adressé un autre geste important envers la Russie: le ministre grec de l’Energie, Panaiotis Lafazanis, a rencontré son homologue russe à Moscou cette semaine. Les supputations sont allées bon train sur le contenu exact des discussions, dans le contexte plus général de l’Union de l’énergie qui devrait centraliser à Bruxelles les négociations tarifaires avec la Russie sur le gaz.

Pour un certain nombre d’observateurs, la Russie serait en train d’acheter un veto grec à de nouvelles sanctions dans l’affaire ukrainienne. Tsipras aurait déjà fait des déclarations dans ce sens. Rien ne permet, à ce jour, d’accréditer cette thèse… mais la Grèce joue un jeu bien dangereux qui, là encore, devrait déboucher sur une méchante remise en cause de la coopération communautaire.

Officiellement, la visite ministérielle se limitait, en tout cas, à une simple négociation pour obtenir un rabais sur le prix du gaz russe.

L’Allemagne souhaite tant un Grexident

Ces gesticulations de Tsipras risquent bien de tomber à plat. L’Allemagne multiplie en effet les signaux de rigidité vis-à-vis de la Grèce, et semble en réalité bien résolue à vendre très très cher un éventuel prolongement de l’aide financière à Tsipras. On nous dirait aujourd’hui qu’il existe une préférence allemande pour le Grexident que nous n’en serions pas surpris.

Dès lundi, le porte-parole du ministère allemand de l’économie déclarait:

« Il nous faut attendre que la partie grecque nous présente une liste globale de réformes qui servirait de base de discussion convenable avec les institutions puis avec l’Eurogroupe », a-t-il déclaré.

« La balle est dans le camp de la Grèce », a-t-il ajouté, tout en soulignant qu’il s’agissait de négociations « compliquées » et « très techniques » qui demandaient forcement du temps.

« Tout dépend de la qualité de la liste grecque et dans quelle mesure ils couvrent les éléments qui ont déjà été mentionnés dans le protocole d’accord, » a-t-il dit. « Il ne s’agit pas seulement de mettre en place une procédure à Bruxelles mais des mesures devront aussi être votées au parlement à Athènes. »

Mercredi, les « experts » annonçaient qu’ils interrompaient les négociations avec Athènes. Dans la foulée, les Allemands justifiaient cette décision en expliquant que les propositions grecques n’étaient que:

«De vagues promesses de rentrées fiscales sans annonce sérieuse d’économies budgétaires»

Aucun Eurogroupe n’a été calé dans la foulée. Peut-être les Allemands ont-ils en tête que la Grèce n’a pas besoin de 7 milliards, mais de 19, selon un échéancier très précis,… pour passer en 2016. Une addition qui ne s’arrête jamais de gonfler…

Malgré ces annonces « noires », Donald Tusk, président du Conseil, déclarait:

«Je pense qu’aujourd’hui nous pouvons dire que la situation de la Grèce est sous contrôle», a déclaré M. Tusk en marge d’une tournée le menant à Malte en Espagne et en Tunisie. «J’espère que nous pourrons parvenir à un accord d’ici à fin avril, cela me paraît possible».

 

Les autruches ont pris le pouvoir…

La Grèce prépare la nationalisation de ses banques

Dans la pratique, la Grèce est d’ores et déjà en situation de faillite. Sans le relèvement hebdomadaire du plafond de financement d’urgence des banques grecques, principale source de financement de l’Etat grec aujourd’hui, la Grèce aurait bel et bien disparu.

On voit mal quel exercice d’équilibriste permettrait aujourd’hui d’éviter ce que certains appellent le pire et d’autre le meilleur: le Grexit en bonne et due forme. Selon le Daily Telegraph, la Grèce prépare donc la nationalisation de ses banques et la mise en circulation d’une nouvelle monnaie. La sortie de l’euro se ferait donc par l’adoption d’une nouvelle monnaie locale.

On suivra attentivement l’évolution de la semaine: si elle se réalise, l’expérience promet d’être passionnante.

Pendant ce temps, Juncker fait de mauvais calculs

Quelque chose est tout de même sidérant dans cette situation où l’euro s’approche du cap Horn monétaire: le président de la Commission européenne, qui avaot promis qu’il serait beaucoup plus politique de son prédécesseur, a totalement disparu des écrans radar. Il a même annulé un voyage en Ukraine pour soigner ses calculs… rénaux.

Aucun autre commissaire n’apparaît d’ailleurs dans la crise grecque. Jamais les institutions communautaires n’auront semblé aussi faibles dans un moment aussi critique.

Libéralisation discrète de la production agricole

La Commission ne se consacre plus guère qu’à des mesures techniques qui ne sont cependant pas sans impact sur la réalité. Alors que la production agricole diminue, le commissaire (irlandais) chargé de l’agriculteur a annoncé la suppression des quotas laitiers, en vigueur depuis 30 ans et destinés à éviter une surproduction qui fait baisser les prix et favorise les grandes exploitations au détriment des plus petites.

Les Français ont mal mesuré l’inspiration prussienne de cette mesure: elle permettra aux grandes exploitations du Nord de l’Europe de submerger le marché avec des fromages et des produits laitiers low cost mais sans goût. Ce mauvais coup adressé aux agriculteurs qui font de la qualité, en France notamment, nous coûtera très cher…

La BCE sur la sellette

Reste la BCE, dernière institution européenne à disposer de leviers d’action et d’une vision politique. L’assouplissement monétaire qu’elle a lancé début mars a tellement d’effets que les analystes parient déjà sur sa mise en suspens. Même si la BCE s’en défend, la question devrait rapidement lui être posée. Le marché des dettes souveraines est pratiquement monopolisé par la BCE aujourd’hui en Europe, et les investisseurs n’ont plus guère de possibilités autres que d’acquérir des titres risqués à très haut prix.

Ce qu’on appelle une bulle spéculative…