Accueil » Chiffre du jour

Catégorie : Chiffre du jour

Et pendant ce temps, le chômage montait, montait

Le nombre de chômeurs A, B et C vient d’atteindre un record historique. Avec près de 6 millions de demandeurs d’emplois inscrits, la France n’a jamais connu une telle situation. Cette dégradation inquiétante, qui tranche avec l’amélioration constatée chez nos voisins, tient largement à l’explosion massive du chômage chez les plus de 50 ans. Pour Emmanuel Macron, ces chiffres sont d’autant plus inquiétants que le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la sécurité sociale ne portent aucune mesure de nature à rompre durablement avec le marasme économique.

La nouvelle n’est évidemment pas excellente pour le Président de la République, dont les tourments sont désormais bien connus des Français. Après une réforme à la hussarde du code du travail, qui avait laissé les partenaires sociaux sans voix majeure, un an plus tard, ça ne va pas vraiment mieux sur le terrain de l’emploi. Bien au contraire! des records sont atteints avec 5,66 millions de demandeurs d’emploi en catégories A, B, et C, chiffres jamais connus dans l’histoire de ce pays. Ils étaient 100.000 de moins au lendemain du second tour de la présidentielle.

En l’état, l’exécutif ne peut donc se targuer d’une brillante réussite dans ce domaine. S’il peut montrer qu’il a globalement adopté les réformes préconisées par Bruxelles, il n’obtiendra aucun satisfecit dans l’opinion publique pour son action en faveur de l’emploi.

De bonnes nouvelles sur le terrain du chômage des jeunes

Il serait injuste de dramatiser globalement la situation. Les partisans de la start-up nation se féliciteront de constater une véritable décrue sur le terrain du chômage des jeunes. Ils étaient environ 750.000 en août 2018, corrigés des variations saisonnières, à être déclarés demandeurs d’emploi. C’est un bon chiffre (équivalent à une classe d’âge annuelle, toutefois) à peu près identique à celui connu au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron. Le Président peut se vnter de ne pas avoir dégradé la situation, qui était bien sous Jean-Marc Ayrault.

Rappelons qu’en 2015, ils avaient franchi la barre des 800.000…

La catastrophe des plus de 50 ans…

Pour Emmanuel Macron, la catastrophe touche plutôt les plus de 50 ans. Il a fallu attendre 2013 pour que le nombre de ceux-ci passe la barre du million. A l’élection de François Hollande, ils étaient moins de 900.000. Leur nombre atteint désormais les 1,4 millions, soit un doublement depuis 2010. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, leur nombre a augmenté de 60.000…

On aurait tort, évidemment, d’imputer à la politique économique du Président la responsabilité unique de cette situation. L’accélération de la révolution numérique, qui permet de forts gains de productivité (ou est supposée le permettre), y est pour beaucoup. Les entreprises tendent à ne plus s’entourer de compétences qu’elles jugent vieillissantes, et réputées difficiles à intégrer dans un monde dominé par de nouveaux outils.

Quel impact pour la négociation chômage?

On peut imaginer que ces mauvais chiffres n’aideront guère le gouvernement à susciter l’engouement des partenaires sociaux pour la lettre de cadrage envoyée récemment pour fixer le cap de la prochaine négociation de la convention d’assurance-chômage. Cette lette demande des économies supérieures à 1 milliard d’euros au régime chômage, sur une période de trois ans.

Alors que, manifestement, les ordonnances prises dès l’arrivée d’Emmanuel Macron tardent à prouver leur effet sur l’emploi, le ton sec de la lettre, qui enjoint aux partenaires sociaux, d’achever leur négociation avant février 2019 risque de mal passer. Et de susciter assez peu de vocations profondes.

Les salaires des Français ont augmenté de 20 milliards en 2017

Les salaires ont augmenté de plus de 19 milliards € en 2017. Cette cagnotte a surtout servi à éponger les déficits sociaux. Ce n’est pas le moindre paradoxe de voir le gouvernement se féliciter d’une baisse des déficits, alors qu’elle est essentiellement due au travail des Français, et à la pression fiscale sur leurs revenus.

Comme toujours quand les déficits baissent, le gouvernement tonitrue. Ce n’est pas le propre de la République En Marche. Et comme toujours, l’exécutif adore s’attribuer des mérites qui ne lui reviennent pas, République en Marche comprise. La communication sur la baisse des déficits sociaux en est un exemple de plus.

Une baisse effective des déficits sociaux…

Effectivement, les déficits sociaux de 2017 seront moins lourds que prévus. On se souvient qu’en 2016, Marisol Touraine avait annoncé qu’elle avait tout remis à l’équilibre. Deux ans après cette annonce, on est encore loin du compte: il ne reste plus, selon les derniers chiffres, que 5 milliards € à trouver pour revenir à la ligne de flottaison!

Pour le gouvernement, c’est une victoire. Si l’on se souvient de l’épisode Touraine, on mesure toutefois combien le temps est long pour rétablir l’équilibre des comptes sociaux en France. Surtout que le déficit de l’assurance maladie ne baisse toujours pas, malgré un effort sur l’objectif national de dépense.

Une amélioration entièrement due aux hausses de salaires et de contributions

Pour être parfaitement exact, il faut lire le détail de la communication officielle pour comprendre le coup qui s’est joué. De manière totalement indépendante du gouvernement, la masse salariale a eu la bonne idée de progresser de 3,5% l’an dernier, au lieu de 3,3% comme prévu. Selon les explications officielles, ce surcroît de 0,2 point a drainé plus de 1 milliard de cotisations dans les comptes sociaux.

Parallèlement, la CSG sur le capital a permis de faire du gras: son produit atténue le déficit du FSV, le Fonds de Solidarité Vieillesse qui finance les pensions les plus faibles. La hausse des dividendes a du bon pour les plus pauvres!

Mais que sont devenus les 19 milliards de salaires en plus?

Les salariés seront donc heureux d’apprendre à quoi ont servi les fruits de leur travail supplémentaire en 2017. 19 milliards d’augmentation de la masse salariale, c’est plutôt une bonne nouvelle, à mettre en rapport avec les créations d’emplois sur la même période.

Le problème tient évidemment à l’utilisation de cette manne. La sécurité sociale en a prélevé plus de 8 milliards, et les régimes complémentaires de retraite environ 1 milliard. Si l’on y ajoute les taxes et impôts divers qui s’en sont suivi… on mesure ce qui reste, en bout de course, pour améliorer son pouvoir d’achat.

Au vu de ses chiffres, on comprend mieux que le gouvernement préfère communiquer sur la réduction des déficits plutôt que sur la hausse de la masse salariale. Histoire que les salariés n’aient pas la mauvaise idée de demander des comptes sur la disparition de leur argent dans le triangle des déficits publics.

La France en pleine hécatombe industrielle

Eurostat vient de publier les chiffres de la production industrielle en février en Europe. Ils sont très mauvais, surtout pour la France.

Une baisse globale de la production industrielle…

En février 2017, l’Union affiche une baisse de 0,2% de la production industrielle en un mois dans l’UE 28, et de 0,3% dans la zone euro. Une fois de plus, les statistiques montrent l’effet dépressif de la monnaie unique sur l’activité économique.

Dans l’ensemble de la zone euro, la production industrielle en est pratiquement revenue à son indice de 2010, très inférieur aux indices d’avant-crise.

La France, zone sinistrée

Dans cet ensemble, on s’inquiètera tout particulièrement de la situation française.

Le tableau ci-dessous explique clairement pourquoi:

industrielle

Comme on le voit, certains pays subissent, en février, une baisse très forte de leur activité. C’est le cas de l’Irlande, qui perd près de 35 points d’indice en un mois (ce qui ressemble à un krach économique), des Pays-Bas (6 points), de la France, qui perd trois points.

Surtout, le tableau souligne les différences de situation industrielle par rapport à la situation de 2010, c’est-à-dire d’après-crise. La France fait partie des pays dont la situation, en 2017, est pire qu’en 2010. Au contraire, certains pays européens battent des records en matière de production industrielle. C’est le cas des Etats baltes, de l’Irlande, de la Hongrie ou de la République Tchèque.

Preuve est donc faite que la construction européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui contribue à rebattre les cartes économiques en instillant une nouvelle division internationale du travail, au profit des Etats membres au niveau salarial le plus faible.

Donc, non! ça ne va pas mieux!

Non, l’économie française ne crée pas d’emplois marchands! elle en perd…

On a pu lire ces derniers temps une opération de propagande téléguidée affirmant que l’économie française (re)créait des emplois marchands. C’est évidemment un fantasme. Il suffit de lire les statistiques de la DARES parues hier pour comprendre le phénomène de destruction en profonde de l’emploi marchand en France depuis une quinzaine d’années…

La baisse des emplois marchands depuis 10 ans en France

Ce tableau extrait du document de la DARES résume parfaitement la situation:

Depuis 2007, la France a officiellement gagné 41.500 emplois sur un total de plus de 18 millions, soit 0,2% en tout. Autant dire que l’emploi a stagné en France en 10 ans. Mais… ce qu’on ne dit pas clairement, c’est que ce chiffre n’inclut pas les pertes vertigineuses du secteur agricole. En incluant l’agriculture, la France a perdu des emplois, dans des proportions que les statistiques publiques dissimulent.

Examinons maintenant les chiffres officiels dits des « secteurs concurrentiels ». Ceux-ci incluent tout de même le « tertiaire non marchand », c’est-à-dire les associations.

Si l’on extrait les sommes qui vont bien, on s’aperçoit que, en 10 ans, la France a perdu 500.000 emplois industriels, et 200.000 emplois dans le bâtiment, intérim compris, soit un total de 700.000 emplois.

En contrepartie, elle a créé 474.000 emplois dans le tertiaire marchand.

Concrètement, la France a donc perdu 225.000 emplois marchands en dix ans… soit une baisse d’environ 1,5% de la masse d’emplois marchands depuis la crise de 2008.

C’est par le recours au tertiaire non marchand que l’équilibre, hors agriculture, que l’équilibre se fait.

Bref, la France a perdu une quantité importante d’emplois marchands depuis 10 ans.