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Libérer et protéger, est-ce libéral?

Emmanuel Macron a inventé un nouveau slogan: libérer et protéger. Cette théorisation illustre la double préoccupation classique de la flexi-sécurité à la danoise: moins de réglementation mais plus de protection. Cette pensée relève-t-elle vraiment du libéralisme économique?

Emmanuel Macron a répété à l’envi, durant son interview sur TF1, qu’il voulait « libérer » et « protéger ». L’expression fera sans doute date car elle concentre assez bien la philosophie politique qui émerge au fil des années, et dont le président Macron n’a certainement pas le monopole.

L’éloge de la flexi-sécurité

Dans « libérer » et « protéger », chacun entend évidemment l’allusion à la flexi-sécurité, leit-motiv qui domine les politiques du travail depuis une vingtaine d’années, avec leur sempiternelle référence aux expériences danoises. Le contour de ce projet est trop connu pour qu’on y revienne en détail: moins de réglementation dans le cadre du contrat de travail, mais plus de protection tout au long de la carrière.

Toute la question est de savoir si légitimement ce gimmick de politique de l’emploi peut devenir l’expression d’une vision politique d’ensemble, et si oui, à quelle philosophie se rattache-t-il?

Une résurgence du « en même temps »

Et dans ce « libérer, protéger », il y a bien une expression paradoxale, bien connue dans le répétitif « en même temps » d’Emmanuel Macron.

D’un côté, on parle « liberté » comme par référence au modèle libéral. Et de celui-ci, on connaît les références sémantiques dont la « start-up Nation » d’Emmanuel Macron raffole. Entre « libérer les énergies » et « libérer l’innovation », les formules ne manquent pas pour suggérer que le sens de la politique réside bien dans une plus grande initiative laissée aux acteurs individuels de l’économie. Les vieux briscards prennent évidemment à garde à ne pas confondre la foi et les actes: combien de va-t’en-guerre du libéralisme politique et économique auto-proclamés n’ont-ils pas multiplié les couches toxiques de réglementation pour mieux libérer les énergies?

Il suffit de lire le projet de loi de finances concocté par l’ineffable Bruno Le Maire pour comprendre que la « libération » appelle tôt ou tard des dizaines de pages de réglementation obscure. Mais supposons…

Tout est dans le « protéger » prononcé en même temps que le « libérer ». On retrouve ici la préoccupation du « care ». Il faut être bienveillant, multiplier les dispositifs qui limitent le risque.

On connaît d’ores et déjà la traduction macronienne de cette préoccupation, qui est d’ailleurs inévitable: sa loi sur le terrorisme inscrit « dans le dur » des principes liberticides comme les perquisitions administratives. Ses projets en matière de chômage consistent à étatiser ce qui ne l’est pas encore.

Ce dernier exemple met le doigt sur le sujet de fond: il existe en France une synonymie illusoire entre « protéger » et « étatiser », puisque, dans notre doctrine, l’État est le meilleur protecteur des citoyens.

En même temps, donc, il s’agit de libérer et d’étatiser. On retrouve ici les convictions jeunes-turcs de la garde macronienne.

L’erreur de Macron quand il parle de « protéger »

Dans l’esprit d’Emmanuel Macron, la protection est assurée par la loi et par l’État, face aux risques « privés », notamment économiques. Le Président ne sort pas ici du credo basique, pour ainsi dire instinctif, de l’énarque moyen.

Et c’est probablement ici le point faible essentiel de la vision macronienne, disons même la raison pour laquelle Macron, contrairement à ce qu’il croit, est un homme de l’ancien monde et non du nouveau. Dans son esprit, la protection est une fonction régalienne monopolistique qui oblige à légiférer en même temps qu’on déréglemente.

Si Macron voulait être du monde du nouveau, il entendrait que le risque et sa « couverture » sont bien mieux assurés, dans la plupart des cas, par un contrat privé que par une réglementation publique. Il ne viendrait par exemple à l’esprit de personne de penser qu’une assurance automobile doive céder la place à un système réglementé avec des indemnisations décidées par l’État. Pour une raison simple: l’État réglemente, les assureurs couvrent le risque.

Lorsque le Président fait passer la fonction protectrice du côté de l’État, c’est pourtant ce qu’il affirme. Sur le fond, on n’y verra pas autre chose que le énième avatar d’un monde où la technostructure ne manque aucune occasion pour étendre son champ d’intervention.

Macron l’illibéral

Dans tous les cas, donc, on se gardera de l’idée selon laquelle Emmanuel Macron serait libéral. Du libéralisme, il a conservé une fraction du vocabulaire. Mais de la technostructure étatiste, il a conservé le reste: le discours intrusif, et cette aspiration au Big Mother qui étrangle les forces vives de ce pays.

Macron ouvre le cycle des réformes dans la gouvernance des entreprises

Emmanuel Macron veut réformer la gouvernance des entreprises et tout laisse à penser que cette réforme sera douloureuse et compliquée. C’est ce qui ressort de son incertaine interview à TF1 ce soir.

Les commentaires à l’issue de l’incertaine interview d’Emmanuel Macron sur TF1 se consacrent beaucoup au pronostic sur la force de conviction qui a animé le président. Dans la pratique, l’exercice a surtout consisté à s’adresser directement aux Français pour expliquer les réformes en cours. Peu de choses nouvelles étaient donc à attendre de ce moment.

Pourtant, au-delà de l’exercice pédagogique, Emmanuel Macron s’est risqué à faire une annonce majeure: il réformera dans les prochains mois la gouvernance des entreprises, et tout particulièrement l’intéressement et la participation. Les entrepreneurs ont tout intérêt à suivre ce dossier de près.

Quelle réforme de l’intéressement et de la participation?

Selon les propos du Président, les entreprises doivent apprendre à mieux intéresser les salariés « lorsque ça va mieux ». Le projet est assez bien connu: le gouvernement, en accord avec la CFDT d’ailleurs, devrait compenser l’effet « droitiste » des ordonnances par des mesures « gauchières » sur la participation des salariés à la vie de l’entreprise.

Par une étrange erreur d’interprétation, beaucoup de commentateurs pensent que cette réforme se limitera à améliorer l’intéressement des salariés aux résultats de l’entreprise. Il est très probable qu’effectivement le gouvernement ait l’intention de généraliser le principe de l’accord d’intéressement à toutes les entreprises.

Mais… la réforme macronienne devrait avoir une ambition bien plus large. Certains évoquent l’idée d’une participation obligatoire des salariés au capital dans les entreprises de plus de 50 salariés. Ils évoquent également la représentation obligatoire des salariés dans les conseils d’administration ou les directoires de ces entreprises. Il s’agirait là d’une onde de choc majeure pour la vie des entreprises françaises.

Vers une victoire des managers dans la gouvernance des entreprises?

La philosophie générale de ces réformes est aussi bien connue. Elle consiste à renforcer la place des managers dans la direction du capitalisme français, au détriment des entrepreneurs. On retrouve ici la filiation sociale d’Emmanuel Macron, haut fonctionnaire très éloigné de la création d’entreprises.

Dans la pratique, ses idées devraient conduire à une évolution en profondeur de la conduite des entreprises françaises. Si l’on se souvient que le gouvernement procède cette année à l’abrogation des allègements fiscaux en raison des durée de détention des actions (ce qui frappe lourdement les salariés bénéficiaires de détention d’actions gratuites), on peut craindre le pire.

Un cadeau à la CFDT?

Dans ce dossier, on comprend qu’Emmanuel Macron cherche à renouer le lien avec la précieuse CFDT. Laurent Berger avait trouvé les ordonnances décevantes. Il devrait se « rattraper » sur les mesures à venir.

Celles-ci seront probablement négociées avec les partenaires sociaux. Pour les entrepreneurs, cette opération va se révéler très risquée…

 « La difficulté c’est que le gouvernement ne va pas jusqu’au bout de la démarche, qui exige d’organiser une vraie culture du dialogue social. Ne pas rééquilibrer les moyens de négocier et renforcer la participation des salariés aux décisions de l’entreprise est un signe d’immaturité. Ces ordonnances étaient l’occasion de faire évoluer le syndicalisme, mais le gouvernement est resté trop méfiant, trop lutte des classes »

Laurent Berger, in Actuel CE

Syndicats: une retraite dans le désordre face à Macron

Avec habileté, le Président Macron fait avaler aux syndicats un nombre impressionnant de couleuvres. Face à lui, ce sont des confédérations en pleine déconfiture qui entament des retraites en ordre dispersé.

Sur le fond, le Président Macron peut être satisfait d’avoir réussi sa clé de bras aux syndicats. Après les ordonnances qu’ils ont jugées au mieux « décevantes », ceux-ci sont en train d’avaler de douloureuses réformes sur la formation professionnelle ou le chômage qui les priveront de leurs joujous paritaires historiques. On voit mal ce qui pourrait aujourd’hui arrêter les projets macroniens.

La discrète défaite des syndicats

À la fin de l’été, les syndicats avaient écrit au président Macron pour que la réforme de la formation professionnelle et de l’assurance chômage donne lieu à une rencontre multilatérale. Finalement… Emmanuel Macron reprend sa méthode de rencontres bilatérales à la chaîne avec les leaders syndicaux. En dehors de Philippe Martinez, de la CGT, personne ne semble revenu à la demande initiale de discussion collective.

L’anecdote est piquante. Elle souligne l’affaiblissement majeur des organisations syndicales face à un exécutif qui impose les thèmes et la méthode.

Qui a encore une vision dans la salle?

Fort de son bras de fer réussi sur la question des ordonnances, Emmanuel Macron égrène consciencieusement ses idées. Pour l’instant, son approche de la formation professionnelle reste floue et théorique. Sa vision de l’assurance chômage est plus aboutie.

Officiellement, il s’agit de donner de nouvelles protections aux salariés et d’entamer un acte « social » qui réparera l’effet droitiste des ordonnances. Dans la pratique, Macron va surtout empiéter sur les prérogatives des partenaires sociaux et procéder à quelques étatisations majeures.

Face à lui, le front syndical est disloqué, et l’on peine à trouver une idée alternative aux siennes.

L’étatisation cataclysmique de l’assurance chômage

Reste que l’étatisation de l’assurance chômage, préparée par l’exécutif, produira une déflagration majeure dans le paysage social. Assurer est un métier pour lequel l’État n’est pas équipé. La polémique qui a commencé à sévir sur le coût réel de l’extension annoncée aux entrepreneurs et aux démissionnaires de l’indemnisation illustre bien le propos. Les partenaires sociaux peuvent être accusés de laisser filer un déficit extravagant de l’assurance chômage. Tout laisse à penser que l’État fera pire.

Macron baissera-t-il les allocations chômage?

Tout laisse à penser, en l’état actuel des réflexions, que l’extension de l’indemnisation à de nouvelles populations s’accompagnera d’une baisse des allocations versées aux assurés. Le bon sens voudrait par ailleurs que les nouveaux bénéficiaires deviennent aussi des payeurs, lorsqu’ils sont en situation d’emploi.

Le régime fiscal des entrepreneurs devrait donc se durcir.

Baisse des allocations, élargissement de l’assiette des cotisants: les syndicats se montrent bien peu réactifs sur ce sujet. Mais peut-être que leur première préoccupation sera, dans ce dossier, de protéger les financements que l’UNEDIC leur apporte aujourd’hui. Le confort vaut bien un discret lâchage des salariés.

Mais où sont les pauvres qui contestent le président des riches?

Macron est devenu le président des riches, appellation qui devrait justifier son rejet massif par l’opinion. Mais le mouvement d’opposition aux ordonnances qui se déroule jour après jour montre la difficulté à structure une opposition durable sur ce thème. Le président a-t-il imposé ses thèmes à l’opinion?

L’étiquette de « président des riches » collée par Jean-Luc-Mélenchon sur le dos d’Emmanuel Macron devrait faire des ravages dans l’opinion. Rien n’est plus destructeur que l’idée de l’injustice dans la conduite des affaires. Dans la détestation viscérale que l’on prête d’ordinaire aux Français pour l’argent, la situation devrait être bouillonnante.

Pourtant, de semaine en semaine, la mobilisation tant espérée par la CGT (encore que la détermination de la confédération de Montreuil pourrait faire débat) et par la France Insoumise se fait attendre. Hier, par exemple, la manifestation des fonctionnaires n’a pas rassemblé 30.000 personnes.

Elle avait pourtant tout pour réussir. Les fonctionnaires font plus facilement grève que les salariés du privé. Leurs motifs de mécontentement, notamment sur la CSG, sont bien installés dans les esprits, et les médias avaient balisé le chemin en annonçant une forte mobilisation.

Et puis rien, ou pas grand chose!

Les Français détestent-ils vraiment les riches?

Une première explication de ce silence ou de cette apathie des Français tient probablement à leur accord avec le président de la République. Après tout… les riches ne sont pas si détestables que cela, et les Français savent que le quinquennat Hollande est allé trop loin dans la pression fiscale exercée sur eux pour qu’un retour en arrière ne soit pas nécessaire.

À l’injonction très pikettyenne d’appauvrir les riches pour enrichir les pauvres, les Français préfèrent la modération d’une grande politique d’équilibre. Celle-ci répond aussi au sursaut profond du pays en faveur de l’espoir d’enrichissement. Obscurément, les Français se souviennent qu’un pays qui n’offre plus la possibilité de s’enrichir quand on est pauvre est un pays de désespoir.

Pourquoi les Français rejettent viscéralement les idées de Piketty

Dans sa tribune au Monde, Piketty s’est insurgé contre la suppression de l’ISF. On connaît la structure binaire de la doxa pikettyenne, sur les vertus de l’impôt comme solution universelle aux problèmes politiques et sociaux. Pour l’économiste français, c’est par la pression fiscale qu’on peut rebattre les cartes de la société.

Tout laisse à penser que les Français ont perçu pour ainsi dire instinctivement l’obsolescence spontanée de cette idée. Outre-Atlantique, en effet, l’innovation technologique a permis, en moins de 30 ans, de rebattre les cartes de la richesse et de forger un hyper-capital dont les détenteurs étaient inconnus il y a encore quinze ans.

D’une certaine façon, Zuckerberg est le meilleur antidote aux divagations pikettyenne: l’un des hommes les plus riches du monde n’avait ni nom, ni fortune, ni patrimoine, au tournant du XXIè siècle dont Piketty s’est voulu l’analyste. Si les idées de Piketty avaient été appliquées aux États-Unis, Zuckerberg aurait sans doute émigré aux îles Caïman pour échapper à l’impôt punition que l’économiste français idéalise.

Pendant que Piketty parle du capital au XXIè siècle en France, les Américains le constituent.

Et si l’on pratiquait la pensée au XXIè siècle

Au lieu du capital au XXIè siècle, c’est-à-dire de l’éloge de l’impôt pour raboter les succès entrepreneuriaux, les Français attendent la pensée au XXIè siècle, qui redonnera un cap vers la grandeur désormais révolue de leur pays. On sent bien, partout, que les vieux schémas de pensée, même restaurés au stuc par des intellectuels éphémères, sont épuisés. Il faut désormais fixer un nouveau cadre qui permette d’accueillir et de domestiquer ces grandes disruptions qui ont propulsé les États-Unis et leur économie à de nombreuses années-lumière de ce que nous sommes.

Pour développer des géants capables de rivaliser avec leurs concurrents américains, les Français ont compris que la guerre aux riches, la pression fiscale à tout-va, était tout sauf une solution. Au mieux, elle permet de couvrir des gabegies publiques pendant quelques années, avant la paupérisation définitive du pays.

Pour la France, nous pouvons avoir une autre ambition, encore vierge d’expression et de diffusion. Celle qui consisterait à réunir les conditions globales pour permettre l’émergence des blockbusters industriels de demain: modifier les cadres réglementaires, préparer le terrain capitalistique, simplifier les univers socio-fiscaux. Même s’ils n’aiment pas leur Président, les Français comprennent qu’il apportera peut-être sa pierre à cet édifice.

Macron, fin du début, ou début de la fin?

De ce point de vue, le manque de popularité du Président dans l’opinion montre bien l’ambivalence profonde du pays vis-à-vis de lui.

D’un côté, les Français sont sans véritable illusion sur les vérités dont il est porteur. D’un autre côté, ils s’en servent avec résignation pour dynamiter le cadre ancien d’une société française à bout de souffle. Ils savent que le début d’autre chose n’a pas commencé. Que tout reste à construire. Que de nouveaux codes viendront.

Dans ce cheminement, Macron est la fin d’une ère à laquelle appartient Piketty. Reste à favoriser l’avènement d’un nouveau monde, et là, le travail n’a pas commencé.

Les quatre mythes qui justifient la grève de la fonction publique

La fonction publique est en grève aujourd’hui pour dénoncer les « attaques » dont elle serait l’objet de la part du gouvernement. Aucun des motifs invoqués ne tient la route. On regrette que personne au gouvernement ne l’explique clairement.

On ne compte plus les prétextes que les fonctionnaires ont mis en avant pour justifier leur grève d’aujourd’hui: solidarité avec les salariés du privé victimes des ordonnances, mise en place d’un jour de carence dans les indemnités journalières de la fonction publique, gel du point d’indice, et autres. Point par point, aucun de ces motifs ne tient.

Le mythe du jour de carence

Par exemple, les fonctionnaires soutiennent que le jour de carence n’existe pas ou plus dans le secteur privé. Voilà un raccourci malhonnête. Le jour de carence existe dans le code du travail, mais il est effectivement le plus souvent comblé aux frais de l’employeur par des contrats de prévoyance souscrits auprès d’un assureur privé.

Rien n’empêche les employeurs publics de souscrire à des contrats de ce type. Mais il est vrai que cette opération suppose un arbitrage budgétaire, comme dans nos entreprises. Il faut  trouver l’argent quelque part pour financer cette protection. Les fonctionnaires préfèrent une formule sans jour de carence, c’est-à-dire avec une carence directement financée par le contribuable.

Au passage, aucun fonctionnaire ne se demande comment font les entreprises, réputées d’horribles lieux d’exploitation, pour supporter des charges que la fonction publique ne parvient pas à financer. Aujourd’hui, c’est le contribuable qui paie de fait et, au nom de la solidarité, les fonctionnaires entendent bien continuer à prélever cet impôt déguisé.

Le mythe du point d’indice gelé

Autre mythe colporté par les fonctionnaires: les rémunérations seraient bloquées à cause du gel du point d’indice. Oh! le vilain mensonge!

Les fonctionnaires oublient ici de dire que leur rémunération augmente en moyenne tous les trois ans et de façon totalement automatique du fait des grilles indiciaires. C’est le miracle de la fonction publique. Sans rien faire, le salaire augmente régulièrement.

Cette machine infernale produit le fameux « glissement vieillesse-technicité » qui dérape d’ailleurs de 300 millions cette année. Encore n’évoque-t-on pas ici les fréquentes augmentations de prime qui coûtent très cher aux contribuables et qui se déroulent dans une opacité totale.

Le mythe de la CSG mal compensée

Autre mythe extrêmement agaçant: la question de la CSG dont l’augmentation ne serait pas compensée. Là encore, les fonctionnaires ne manquent pas une occasion de comptabiliser toute opération qui leur serait défavorable, mais ils oublient soigneusement de rappeler les avantages extravagants dont ils bénéficient.

Dans le domaine de la protection sociale, tout fonctionnaire n’a pas assez des dix doigts de ses mains pour compter les cas de promotion en fin de carrière pour donner un coup de pouce à la retraite d’un collègue. Comme la pension est calculée sur les six derniers mois de carrière (alors que, dans le privé, elle est calculée sur les vingt-cinq meilleures années), la tradition veut qu’on récompense les partants par une promotion de dernière minute que le contribuable finance.

Car les retraites des fonctionnaires ont besoin de 38 milliards annuels d’impôts pour trouver leur équilibre. Dans ces 38 milliards, il serait intéressant de savoir quelle part est directement due aux promotions de complaisance. On se rendrait donc que, chaque année, les fonctionnaires empochent bien plus que la compensation de la CSG et on ne les voit jamais descendre dans la rue pour protester contre ce privilège.

Le mythe des suppressions d’emplois

Les fonctionnaires s’inquiètent aussi des suppressions d’emplois dont ils seraient victimes. Mais… ils oublient de parler des légions d’emplois aidés dont ils bénéficient depuis des années, et dont ils ont un besoin crucial pour agir au jour le jour. Il serait intéressant d’interroger l’un de ces emplois aidés sur ses conditions de travail: le dernier qui m’en a parlé m’a expliqué qu’il faisait toutes les tâches que les fonctionnaires titulaires n’avaient pas envie d’assumer. C’est beau la solidarité…

Les fonctionnaires oublient aussi de préciser qu’en loi de finances 2018 seront créés 16.000 emplois nouveaux pour régulariser la situation de ces petites mains, souvent traitées comme des subalternes. On est très loin des suppressions d’emplois connues sous Sarkozy.

Les fonctionnaires au service de la nation, ou la nation au service des fonctionnaires?

Reste une question majeure: les fonctionnaires sont-ils au service de la Nation, ou est-ce l’inverse? Il revient au gouvernement de rappeler clairement et fermement la réponse à cette question.

60 millions€ d’amendes routières en plus en 2018, et autres petits secrets du budget

Que dit exactement le budget 2018? La profusion d’actualités n’a donné le temps à personne d’en éplucher les documents pour 2018 et d’en donner une compréhension suffisante. On essaie aujourd’hui de réparer ce manque.

Le premier budget d’Emmanuel Macron est ambitieux. Elle prétend donner une image de ce qui se passera jusqu’en 2020. Il faut le lire entre les lignes, car il répond en fait à la question: comment Emmanuel Macron imagine-t-il la France l’année où il se représentera à l’élection présidentielle?

2020, l’année où Macron fera des cadeaux aux électeurs

Le budget se lance dans des explications complexes sur la baisse des dépenses en volume. Celles-ci sont regroupées dans une nouvelle catégorie budgétaire: l’objectif de dépenses totales de l’État (ODETE). En lisant les tableaux qui en présentent l’évolution, on peine à comprendre la notion de « baisse en volume », puisque la loi de finances annonce leur augmentation méthodique chaque année.

Simplement, la hausse sera modérée en 2018 et 2019. Macron a prévu un cadeau de 5 milliards aux électeurs en 2020. Tiens! c’est l’année des élections municipales. Un pur hasard, bien entendu.

Les taux d’intérêt à la hausse

Au passage, le gouvernement anticipe une hausse des taux d’intérêts cette année-là. 2020, année du début d’un nouveau cataclysme économique?

En tout cas, la charge de la dette est prévue à près de 45 milliards € en 2020. On mesure dont l’exposition au « risque de taux » dû à notre endettement colossal. La somme va dépasser le coût des retraites des fonctionnaires (43 milliards). C’est dire!

Les prélèvements au profit de l’Union Européenne devraient augmenter d’autant cette année-là et dépasser les 24 milliards…

La baisse mal vendue des cotisations salariales

Le gouvernement baisse progressivement les cotisations salariales. La première vague équivaut à un cadeau de 7 milliards€. Ce petit geste est totalement occulté par la hausse de la CSG, devenue un point obsédant, voire obsessionnel.

La communication politique: plus on en fait, moins elle marche. Macron se serait contenté de prendre la parole le 14 juillet pour expliquer en termes simples ce qui allait se passer, il n’en serait pas là.

Dans la foulée, le gouvernement revalorise la prime d’activité et l’allocation adulte handicapé. On n’en entend pratiquement pas parler.

La fausse baisse du nombre de fonctionnaires

Partout, la presse subventionnée a répété à l’envi que 1.600 suppressions d’emplois étaient prévues dans la fonction publique. En réalité, le gouvernement crée plus de 16.000 emplois! C’est la tactique du « en même temps », une fois de plus, qui sévit. On dit qu’on baisse, mais en fait on augmente fortement.

L’Éducation Nationale se prend 10.000 emplois nouveaux. Et personne n’a rien vu.

Du coup, la masse salariale de l’État augmente de 2,4% en 2018. Mais chut! c’est un secret.

On a indexé le barème de l’impôt sur le revenu

L’article 2 de la loi instaure l’indexation du barème de l’impôt sur le revenu sur l’inflation. Ce mécanisme favorable aux assujettis avait coûté cher à Ayrault, qui n’avait pas vu venir que l’absence d’indexation augmentait mécaniquement la somme due par chacun.

1,1 milliard de cadeaux dont personne n’a entendu parler.

Prélèvement forfaitaire unique: 12 pages de règles pour simplifier!

Le gouvernement met en place un prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital. Ceux-ci seront taxés à 30%, correspondant à la CSG et à l’impôt sur le revenu (à hauteur de 12,8%). Il présente la mesure de la façon suivante:

Le présent article procède à une refonte globale du régime d’imposition des revenus de l’épargne dans une logique de simplification des dispositifs existants

L’ensemble de l’article fait 12 pages. Pas mal, pour une « logique de simplification », non?

Création de l’impôt sur la fortune immobilière: 11 pages

On notera quand même que la création de l’IFI, le successeur de l’Impôt sur la Fortune, occupe 11 pages de textes. Les conseillers fiscaux et en patrimoine se réjouiront: les affaires vont reprendre!

Appliquer ce texte ne sera vraiment pas de la tarte.

60 millions d’amendes routières en plus

Tiens! le gouvernement prévoit 100 radars de plus et relève le plafond des recettes tirées de ces gentils amis de l’automobiliste. 60 millions de prunes supplémentaires devraient tomber dans l’escarcelle de l’État l’an prochain, soit une hausse de 25%.

Sympa l’ambiance sur les routes en 2018…

Bientôt 2 millions de fonctionnaires

Avec toutes ces décisions, on en arrive au plafond d’emplois. En 2018, l’État comptera officiellement 1,960 million de fonctionnaires. Encore un effort, et on atteindra les 2 millions. Plus de la moitié de cette somme astronomique est employée par l’Éducation Nationale.

Une débauche de moyens…

Et on ne parle pas ici des 400.000 fonctionnaires d’État cachés dans ses opérateurs, comme les universités, les organismes publics de recherche, Pôle Emploi, etc.

Des efforts insuffisants

La loi de finances 2018 prévoit-elle des efforts suffisants? On a vu qu’elle se fondait une augmentation des dépenses et des emplois publics. Parallèlement, le gouvernement n’engage pas de vraie réforme structurelle.

On sait d’ores et déjà que le budget français est mis sous surveillance par Bruxelles. Pour la Commission, la trajectoire de finances publiques dégagée par la France la mettra systématiquement, même si elle est respectée, en position de « risk of non-compliance ». Autrement dit, le moindre dérapage budgétaire (pourtant une tradition française) mettra la France hors-jeu.

« Le schéma d’emplois prévu pour 2018 contribue à hauteur de – 682 équivalents temps plein travaillés (ETPT) à l’évolution des plafonds annuels d’autorisations d’emplois des ministères. Toutefois, ceux-ci augmentent de 16 008 ETPT par rapport aux plafonds autorisés par la loi de finances initiale pour 2017, car ils intègrent également les éléments suivants :

– des mesures de transfert et de périmètre, à hauteur de 6 347 ETPT, correspondant pour l’essentiel à la poursuite du plan de déprécarisation des contrats aidés du ministère de l’éducation nationale. La transformation de ces contrats en contrats d’accompagnement d’élèves en situation de handicap (AESH) à hauteur de 6 400 ETPT, ainsi que leur prise en charge directe dans la masse salariale de l’État conduisent, en effet, à leur intégration sous le plafond d’emplois ministériel. Hors opérations de transfert et de périmètre, la hausse des emplois autorisés s’élève donc à 9 661 ETPT ;

– l’effet en année pleine des hausses d’effectifs intervenues en 2017 (+ 10 392 ETPT). Cet effet report est particulièrement prononcé au ministère de l’éducation nationale (+ 7 774 ETPT), où les recrutements interviennent en septembre et pèsent pour les deux tiers sur l’année suivante. »

3 astuces pour détourner sans se faire prendre les fonds de la formation professionnelle

Voici quelques conseils tirés d’observations réels pour détourner de façon sereine les fonds de la formation professionnelle, qu’Emmanuel Macron veut consacrer aux chômeurs. On notera que ces conseils seront faciles à mettre en oeuvre dans le cadre de la prochaine réforme.

Pour bien détourner les fonds, il y a une astuce générale à retenir: il faut miser sur la différence de taille. Dans la pratique, depuis maintenant dix ans, les gouvernements successifs (l’affaire a commencé avec Sarkozy, et s’est poursuivie sous Hollande comme si de rien n’était) ont une obsession: regrouper dans d’énormes usines les organismes collecteurs des fonds de la formation professionnelle. Plus le temps, plus ces organismes deviennent donc des mastodontes aveugles, éloignés du terrain, qu’il est facile de gruger.

Voici les trois « best practices » pour détourner leurs fonds.

Astuce n°1: les formations bidon

Les organismes collecteurs, comme leur nom l’indique, servent à collecter les contributions des entreprises à la formation professionnelle, et à rembourser des formations « consommées » par ces entreprises. Les petits malins profiteront de ce grand bonneteau pour prendre leurs bénéfices au passage.

Ainsi, une entreprise de dix salariés peut décider d’envoyer tous ces salariés en congé pendant une semaine (par exemple au mois de mai). Dans le même temps, l’employeur déclare que ses salariés étaient tous pendant une semaine en formation. Il présente une facture à l’OPCA qui règle la somme prévue par l’accord de branche.

Cette formule suppose bien évidemment un complice dans l’organisme de formation qui émet une fausse facture que personne n’ira vérifier. L’organisme de formation et l’entreprise se partagent alors le chèque reçu.

Astuce n°2: la surfacturation

Beaucoup de branches remboursent mieux les formations dites « inter » (c’est-à-dire regroupant les salariés de plusieurs entreprises) qu' »intra » (regroupant les salariés d’une seule entreprise). L’organisme de formation qui veut surfacturer sa prestation (et parfois empocher un joli magot) a donc intérêt à déclarer que les salariés qu’il a formés appartenaient à plusieurs entreprises.

Là encore, il suffit que le formateur (souvent un expert du métier) soit de mèche avec un employeur pour monter la fraude.

Astuce n°3: la labellisation bidon

Ce système est particulièrement précieux dans les branches qui conditionnent (projet d’Emmanuel Macron) le remboursement des formations à la labellisation de celles-ci. Officiellement, il s’agit d’éviter les formations au macramé ou à la peinture sur soie au bénéfice de salariés qui ne savent pas allumer un ordinateur.

Les petits malins des branches ont trouvé l’astuce pour tirer profit de ce système. Ils labellisent des formations utiles, et rémunèrent discrètement sur celles-ci les organisations syndicales qui siègent dans les OPCA (puisque ceux-ci sont paritaires). Cette mécanique dont les syndicats (salariaux ou patronaux) raffolent permet de s’assurer un flux d’entrée régulier. Les commissions versées auxdits syndicats sont remboursées par une augmentation des tarifs.

Bordel: ne faites pas semblant de découvrir que Macron est le président des riches!

La polémique sur Macron, président des riches, et méprisant ceux qui « foutent le bordel » est si hypocrite qu’elle en devient surréaliste. Le fait que le président cherche à faire oublier cette étiquette montre que lui-même a perdu sa boussole.

Emmanuel Macron, fils de la bonne bourgeoisie amiénoise, qui a courbé l’échine devant tous les puissants de ce monde pour obtenir leur soutien dans sa carrière, banquier chez Rothschild, enrichi à 30 ans par une opération de fusion-acquisition, mais qui prétend avoir tout dépensé en trois ans (soit la bagatelle de 75 SMIC dépensés chaque mois pendant trois ans), sorti de l’anonymat par Jacques Attali, soutenu par les médias les plus puissants pendant sa campagne électorale, serait, paraît-il, le président des riches. Comment y croire? C’est totalement invraisemblable.

Les cadeaux fiscaux aux hyper-riches gros comme des palaces

Certains passeraient, paraît-il, des heures à éplucher les lois de finances et de financement pour vérifier si oui ou non Emmanuel Macron est le président des riches.

Entre la suppression de la taxe sur les franges les plus élevées de salaires dans l’assurance et la banque, la réduction de l’ISF à un impôt sur le patrimoine immobilier (que le Président n’a pas à titre personnel), la détaxation des yachts, on devrait pourtant trouver un peu de grain à moudre pour montrer que le sort des hyper-riches préoccupe notre Président bien plus que celui des gens qui peinent à acquitter leur taxe d’habitation galopante.

L’étonnement du débat, c’est quand même que certains puissent s’obstiner à nier des évidences connues par avance.

Dès la campagne électorale, on savait

Il faut être sacrément hypocrite pour faire croire qu’on ne savait pas, qu’on n’avait pas vu. Il suffisait de savoir combien Emmanuel Macron avait gagné d’argent chez Rothschild pour n’avoir aucun doute sur son enracinement. Il suffisait de regarder ses manières et d’entendre ses mots sur les « illettrés » pour comprendre qui il servirait en premier. Jouer les mijaurées aujourd’hui est évidemment une imposture qui pose question.

Comment ceux qui, pendant les mois de campagne, ont appelé à voter Macron au nom du progrès et des lumières, peuvent-ils aujourd’hui faire semblant de découvrir ce qui sautait alors aux yeux? Cette interminable trahison des clercs parisiens, qui mentent sans vergogne avec un sourire d’enfant candide aux lèvres, nous asphyxie.

Président des riches, et alors?

La vraie question n’est pas de savoir si Macron est ou non le président des riches, puisqu’on le sait depuis toujours. La vraie question est de savoir en quoi c’est gênant.

Pour y répondre, il faut évidemment prendre trois minutes pour reconnaître qu’aucun Président de la Vè République, depuis Pompidou, n’a été autre chose qu’un Président des riches. Certains, comme Chirac, ou Mitterrand ont cherché à le faire oublier, avec plus ou moins de succès. Reste que l’exercice du pouvoir est intimement lié à la proximité avec les plus riches, et Macron n’a certainement pas le monopole de celle-ci.

Nuit-elle à l’intérêt général? Chacun peut se forger une idée sur ce point. Mais penser que l’équation Macron diffère des équations précédentes est une imposture. Aucun riche ne s’en vante, mais l’histoire de la Vè République est aussi l’histoire d’aménagements discrets pour permettre à des Bergé, des Bettencourt, des Arnault, des Lagardère, des Mulliez, de rester en France.

Si ces grandes fortunes n’ont pas facialement émigré, il y a bien des raisons à cela, qui vont au-delà du simple patriotisme économique. Depuis des décennies, le pouvoir aménage l’enfer fiscal français pour ne pas subir un exode encore plus massif qu’aujourd’hui. Personne ne s’en vante, mais tout le monde le sait.

La fascination française pour la rente

Il y a quelques semaines, Bruno Le Maire a annoncé la fin des abattements fiscaux pour durée de détention des actions. Cette mesure profite à ceux qui sont déjà riches, et frappent en plein coeur ceux qui veulent s’enrichir. Elle montre qu’en France, il est plus facile de rester riche que de le devenir.

Il serait bien plus juste de reprocher à Emmanuel Macron de pénaliser l’enrichissement et de favoriser la richesse acquise, que de lui reprocher d’être le président des riches. Le problème français n’est pas de maltraiter les riches, mais de les maintenir entre eux, dans un huis clos inaccessible aux nouveaux venus. Les Français aiment les rentiers, ils détestent les parvenus.

Ah! si Macron devenait le Président des parvenus?

Aussi Emmanuel Macron entreprend-il de remplir le tonneau des Danaïdes lorsqu’il cherche à dissimuler sa qualité de président des riches. Quel sot projet de vouloir passer pour le contraire de ce qu’on est!

Si Macron voulait faire oeuvre utile, il ferait mieux de travailler son image de président des parvenus, qui est à sa portée. Car la France n’a pas trop de riches qui ne paient pas d’impôts. Elle a trop de pauvres qui ne parviennent pas à s’enrichir. Et faire sauter ce verrou-là, c’est bien l’enjeu de son quinquennat.

Puisse-t-il le comprendre?

Le Crédit Agricole, grand vainqueur de la vente de STX à Fincantieri

Le gouvernement a annoncé la semaine dernière un règlement dans l’affaire Fincantieri, cédant en apparence sur ses annonces initiales de ne pas céder les chantiers aux Italiens. Cette décision a surtout permis de débloquer un rachat de trois banques italiennes par le Crédit Agricole.

C’est l’effet induit par le règlement de la vente de STX à Fincantieri, repoussée avant l’été par le gouvernement français: le Crédit Agricole peut désormais développer sa présence sur le sol italien. La banque française vient en effet d’annoncer qu’elle avait trouvé un accord avec le Fonds interbancaire de garantie des dépôts italien pour l’acquisition des caisses d’épargne de Rimini, Cesena et San Miniato, pour une valeur globale de 130 millions.

Une opération repoussée par le gouvernement italien

Au printemps, le Crédit Agricole avait annoncé son intention de procéder au rachat de ces trois caisses d’épargne. Mais la banque française ne voulait pas s’embarrasser de leurs actifs toxiques. D’où la nécessaire intervention du Fonds interbancaire pour procéder à la « désolidarisation » de ces actifs avant le rachat. Autrement dit, ce sont les banques italiennes (donc les clients) qui doivent reprendre entre elles ces actifs pourris avant que le gouvernement italien n’autorise la cession. On parlait alors de 2,8 milliards de créances brutes douteuses… un montant bien supérieur aux 800 millions auxquels le Coréen STX avait racheté Saint-Nazaire.

Pas de chance pour le Crédit Agricole: sa marque d’intérêt est arrivée en même temps que le dossier Fincantieri. Et très vite, on a compris que ni le Fonds interbancaire ni le gouvernement italien ne s’empresseraient d’autoriser ce dossier si la France ne lâchait pas du lest sur l’opération STX.

L’opération miraculeusement débloquée cette semaine

Comme un fait exprès, le Crédit Agricole a annoncé vendredi avoir trouvé un accord avec le Fonds interbancaire italien pour la cession de ces caisses d’épargne. L’opération se règle de façon plutôt (très) avantageuse pour la banque française. Celle-ci devrait apporter 130 millions par sa filiale italienne Cariparma (achetée en 2007) aux trois caisses d’épargne. Dans le même temps, les banques italiennes prennent à leur charge près de 3 milliards de créances douteuses.

Voilà qui valait la peine d’attendre!

Sur le fond, on n’est donc pas sûr que la « nationalisation temporaire » de STX cet été par l’ineffable Bruno Le Maire ait vraiment servi les intérêts de l’entreprise. En revanche, le retour de fait au compromis négocié par son prédécesseur Sirugue fait les affaires du Crédit Agricole.

Vivendi en profite pour recoller les morceaux

On notera que la Tribune a rappelé que, de son côté, Vivendi avait fait les frais de la stratégie française tonitruante dans le dossier STX. Les stratégies de prises de participation de Vivendi ont en effet donné lieu à de vives réactions de la part des autorités italiennes.

Encore une entreprise française qui ne doit ménager ni son temps ni sa peine pour convaincre Bruno Le Maire de mettre de l’eau dans son vin.

Des discussions fructueuses ont été menées dans un esprit constructif, de respect et d’engagement mutuel durant tout l’été avec le Schema Volontario et les banques avec le soutien actif des autorités impliquées. Elles ont permis de réunir les conditions nécessaires à la conclusion de cet accord qui définit la structure et le périmètre de la transaction, en particulier le niveau des augmentations de capital de chacune des trois banques et les conditions de la déconsolidation de l’essentiel de leurs créances douteuses résultant, entre autres, en une amélioration du profil de risque du groupe en Italie.

Le Schema Volontario procédera au renforcement du capital des banques cibles préalablement à la date de finalisation de la transaction, de manière à aligner leur ratio CET1 sur les critères du Groupe Crédit Agricole ; des portefeuilles de créances douteuses totalisant environ 3 Mds€ de valeur brute seront titrisés avec l’appui du fonds Atlante II ou cédés à des investisseurs privés. Crédit Agricole Cariparma versera au Schema Volontario la somme de 130 m€ pour l’acquisition de participations supérieures à 95% dans les trois banques cibles.

La transaction sera soumise à l’approbation des autorités de supervision et de la concurrence compétentes. La finalisation de la transaction est prévue pour la fin de l’année 2017.

Quand les libéraux allemands persiflent déjà le passager clandestin Macron

Le vice-président des libéraux allemands Wolfgang Kubicki n’a pas hésité à se moquer d’Emmanuel Macron et de ses projets européens. Le ton employé laisse présager un avenir très incertain aux propositions françaises de gouvernement économique de l’Union.

Wolfgang Kubicki a eu la phrase qui tue: « En tant que Président français, je propose que l’Allemagne paye pour tout le monde ». Ce résumé cinglant du discours d’Emmanuel Macron a posé clairement le cadre des discussions d’Angela Merkel va devoir ouvrir avec ses partenaires libéraux. Sauf à ce que ceux-ci se récusent au profit, dans quelques semaines, des sociaux-démocrates, ils bloqueront donc toute forme de proposition favorable à un approfondissement de l’Union.

C’est mal parti pour Emmanuel Macron.

Le discours de Macron intéresse surtout les Français

On notera au passage que le discours d’Emmanuel Macron a fait grand bruit… en France, mais que les Européens ne s’y sont guère intéressés. Il n’a pas occupé les discussions à Talinn, où le sommet traitait d’affaires numériques. Et les contacts avec Angela Merkel sur le sujet se sont limités à un tête-à-tête de 30 minutes où la question du budget européen n’a pas été traitée.

Selon Emmanuel Macron lui-même, le dîner informel qui a précédé le sommet a permis de vérifier que ses partenaires européens étaient globalement prêts à refonder l’Europe. Le problème est que personne n’a véritablement confirmé cette doctrine. Et, en dehors de la presse française, on saisit mal qui soutient le Président.

Certes, le président du Conseil Italien Gentiloni a dit jeudi son enthousiasme pour le sujet. Et Merkel a expliqué qu’elle voulait discuter avec son partenaire français. Mais, pour l’instant, personne n’est allé au-delà.

La position allemande difficile à connaître

Dans la pratique, c’est évidemment la position allemande qui sera déterminante. Sans soutien de l’Allemagne, on sait par avance qu’aucune refondation n’est possible. Et c’est un sacré problème, puisque l’Allemagne fonde désormais sa prospérité sur une organisation continentale du travail où la réglementation communautaire joue un rôle essentiel.

Tout l’enjeu consiste donc à convaincre les Allemands qu’ils ont plus à perdre à continuer un système qui leur profite mais qui appauvrit progressivement leurs voisins, qu’à le continuer jusqu’à ce que la corde casse. L’exercice est audacieux. Il est plausible, gagnable, mais il est complexe.

Les Allemands pourraient en effet se laisser convaincre, à condition qu’une de leurs réticences soit vaincue: qu’il ne s’agisse pas de chercher un chèque en blanc qui exonère de tout effort. Du point de vue allemand, en effet, les pays qui revendiquent une mutualisation plus grande en Europe cherchent surtout à éviter les réformes structurelles que l’Allemagne a acceptées il y a une quinzaine d’années pour rétablir sa situation.

La France des petits faiseus

C’est évidemment ici que le bât blesse du côté français. Emmanuel Macron est un beau parleur (ceux qui connaissent l’Allemagne savent comment on y prend ce compliment). Mais appartient-il à cette catégorie tant adulée au sud de la Loire et tant exécrée au-delà du Rhin des « grands diseus mais petits faiseus »?  Toute la difficulté du débat se situe là.

Les Allemands ont suivi et suivent chaque jour la vie politique française. Ils savent qu’Emmanuel Macron fait le bon élève en adoptant des ordonnances qui sont sur la bonne voie, mais ils regardent aussi son budget.

Ce qu’ils y voient est très loin de l’ordo-libéralisme qu’ils souhaitent voir régner en Europe, et ils ne peuvent qu’en être horrifiés. Entre les dépenses record à 425 milliards€, et l’augmentation du déficit annoncée en 2019, ils savent que la France n’entame aucune des réformes de l’État qui sont cruciales pour l’assainissement de ses comptes.

Macron ne servira pourtant sa cause qu’en s’attaquant à ces sujets qui suscitent des poussées épidermiques en Allemagne. Entre le nombre galopant de fonctionnaires et un système de retraite publique qui ponctionne 40 milliards chaque année sur la richesse nationale, les idées de réforme ne manquent pas. Elles supposent que le Président ne soit pas un petit faiseu, et sur ce sujet, les Allemands attendent des preuves.

La théorie du choc, clé de la crédibilité française

Reste que le budget proposé par Macron procède toujours de la logique de l’ajustement et manifeste, comme Édouard Philippe l’a montré lors de son émission politique, l’aversion des élites françaises pour les chocs fiscaux, sociaux et politiques. On voit bien l’intérêt de cette modération: elle évite les conflits sociaux et les grands désordres.

En se rendant à Berlin, on en mesure les inconvénients: à force de ne jamais réformer, de ne jamais prendre le taureau par les cornes, la France s’enfonce dans un lent déclin et perd sa crédibilité internationale. Elle est un lion qui s’endort.

En réalité, pour convaincre l’Allemagne de sa sincérité dans la refondation européenne, la France doit prouver qu’elle ne cherche pas à s’abriter derrière le parapluie budgétaire et monétaire allemand. Et sur ce point, la France détient seule les clés de sa réussite. Tant qu’elle ne modifiera pas en profondeur les termes de l’ordre injuste sur lequel elle se fonde, avec des rentiers qui profitent et des entrepreneurs de moins en moins nombreux qui trinquent, la France prêchera dans le désert.