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Affaire Kerviel: et si on essayait un autre récit?

Dans l’affaire Kerviel, les esprits sont forcément partagés. D’un côté, on peine d’autant plus à croire que la Société Générale était innocente qu’un faisceau d’indices laisse penser le contraire, notamment les témoignages (autorisés) de-ci de-là sur les pressions extrêmes subies par les enquêteurs. De l’autre, Kerviel n’a jamais nié avoir agi en toute connaissance de cause lorsqu’il dépassait les bornes de la légalité.

En réduisant sa peine de 4,9 milliards € de dommages et intérêts à 1 million seulement, la Cour d’Appel de Versailles nourrit d’ailleurs le doute et l’incertitude: faut-il en déduire que la banque est plus responsable que Kerviel, ou bien la justice a-t-elle voulu le condamner à une somme réaliste pour être sûre qu’il paie?

L’hypothèse d’une instrumentalisation de Kerviel par la Société Générale

À ce stade, une seule chose est acquise: Kerviel savait qu’il prenait des risques illégaux dans sa stratégie de placement. Toute la question est de savoir si la Société Générale l’a laissé faire par ignorance, ou en toute connaissance de cause, à un degré de la hiérarchie qui reste à déterminer.

Aujourd’hui, Kerviel ne prétend pas que le président de la banque, Daniel Bouton, savait. Il faut ici dissiper le fantasme d’une organisation globale qui se serait mise à l’abri derrière un seul homme, Jérôme Kerviel, pour jouer en bourse.

Selon les propos de Jérôme Kerviel lui-même, toute la difficulté est de savoir jusqu’à quel niveau de la hiérarchie l’information sur les agissements du trader était diffusée.

Une hypothèse plausible est que la hiérarchie « supérieure » a délibérément fermé les yeux et n’a jamais cherché à savoir en interne qui réalisait des opérations risquées qui pouvaient rapporter gros, et par quel biais il les menait. Seule la hiérarchie immédiate de Kerviel pouvait pressentir le désastre. Face à cette cécité volontaire, Kerviel a pu évaluer le niveau de risque qu’il prenait lui-même, et ses supérieurs directs ont accepté de jouer avec le feu avec une relative complicité des dirigeants de la banque.

Le nécessaire tabou à faire respecter

Pour la Société Générale, dont le niveau de fonds propres fait ricaner les marchés mondiaux, maintenir la légende du loup solitaire est devenu un enjeu systémique. Rien ne serait pire pour les places financières qu’un aveu sur les prises de risque inconsidérées peu ou prou admises par le management de la banque.

Dès la révélation des pertes dues à Kerviel, la banque a donc fait un tir de barrage, notamment auprès des politiques, pour éviter toute remise en cause de la confiance envers les dirigeants, et la banque a également obtenu qu’un cordon sanitaire soit tiré autour de Kerviel. L’intéressé a tout de même fait l’objet d’une incarcération préventive de plus d’un mois dans une cellule individuelle, et la presse a été tenue à l’écart du trader autant que faire se peut.

Selon les magistrats de la cour d’appel, « le contrôle judiciaire ne comportait pas de garanties suffisantes » pour s’assurer que le jeune financier ne soit pas un obstacle à l’enquête. Reprenant quasiment intégralement les argumentaires développés par le parquet général, les magistrats considèrent que la détention est justifiée par les investigations encore à effectuer et la nécessité d’empêcher « toute concertation avec les éventuels complices ou coauteurs ».

Pendant ce temps, les politiques, dont Rachida Dati, garde des Sceaux, montaient imprudemment au créneau pour écarter l’hypothèse d’une responsabilité du management de la banque.

Des pressions fortes sur la justice?

La Société Générale a-t-elle exercé d’importantes pressions, par tous les moyens possibles et imaginables, sur la justice, pour obtenir une condamnation exemplaire de Kerviel et une mise hors de cause du management? La Société Générale a-t-elle manipulé la justice? La policière chargée de l’enquête le soutient, et produit à l’appui de sa thèse un enregistrement illégal de l’ancienne vice-procureur de Paris.

L’inconvénient de ces témoignages reste qu’ils sont incertains: la policière avait bel et bien conclu à la culpabilité de Kerviel et la vice-procureure a démenti ses propos.

Comment interpréter la condamnation de Kerviel à 5 milliards € de dommages et intérêts?

À la lumière de ces témoignages et de ces insinuations, on peut toutefois se demander dans quelle mesure la condamnation de Kerviel en 2010, à cinq ans de prison, dont seulement un avec sursis, et à près de 5 milliards€ de dommages et intérêts, par sa disproportion, ne renvoie pas la Société Générale dans ses buts. Comment imaginer qu’un homme seul, mis au ban de la société, puisse s’acquitter d’une somme aussi colossale?

La décision paraît ici une forme de réponse du berger judiciaire à la bergère bancaire.

Kerviel est-il Robin des Bois?

Un des points de vue déformés de cette affaire tient à l’identification tentante entre Kerviel et Robin des Bois. Au fond, le trader serait la victime d’une machination bancaire, visant à lui faire porter un chapeau alors qu’il est innocent. Le parallèle est pourtant difficile à établir, dans la mesure où Kerviel a bel et bien pris des risques illégaux, qui visaient à l’enrichir. Il ne s’est jamais agi ici d’autre chose que d’un enrichissement des protagonistes du dossier.

Kerviel est-il une victime innocente?

Là encore, les illusions de certains ne valent pas réalité. Dans la pratique, la culpabilité de Kerviel ne fait aucun doute et Kerviel ne nie pas ses fautes. Le faire passer pour innocent constitue donc une grave erreur. En revanche, la Société Générale mène contre lui une sorte de guerre totale, dont le déséquilibre est criant. La banque a par exemple attaqué Kerviel pour diffamation lorsque celui-ci a soutenu que la Société Générale participait à l’évasion fiscale. Les dirigeants de la banque ont ouvertement méprisé la représentation nationale en témoignant sous serment du contraire. L’affaire des « Panama Papers » a prouvé qu’ils avaient menti.

Jusqu’où ira Kerviel?

Par son espèce de volonté de destruction à l’encontre de Kerviel, la Société Générale a mal joué. Non seulement, elle nourrit une sorte d’empathie pour la victime au sein de l’opinion, mais elle pousse la victime à un combat désespéré. Si Kerviel n’est pas épuisé, tout laisse à penser que le temps jouera en sa faveur et qu’à long terme, la stratégie de la banque risque de se révéler extrêmement négative pour la marque Société Générale.

Quand le patronat s’assied sur le Conseil Constitutionnel

Le patronat se considère-t-il au-dessus des lois et se permet-il de fouler aux pieds les décisions du Conseil Constitutionnel? La réponse est oui! L’Union Professionnelle Artisanale (UPA) et son président Jean-Pierre Crouzet (accessoirement membre du Conseil Economique, Social et Environnemental) viennent d’en donner un exemple impressionnant, voire écoeurant, tant leur goût pour les conflits d’intérêts semble si addictif qu’il leur fait perdre toute capacité à se contrôler.

Le président de l’UPA viole la loi

Le 1er juin 2016, les partenaires sociaux de la boulangerie, dont Jean-Pierre Crouzet, président de l’UPA, est le leader patronal, ont signé un accord de branche renouvelant la désignation d’AG2R comme assureur santé de la branche. Le Conseil Constitutionnel est pourtant très clair sur ce sujet: une branche ne peut pas imposer aux entreprises qu’elle couvre un contrat qu’elles n’ont pas directement négocier. Cette pratique est jugée contraire à la liberté de l’entreprise.

patronat

Le Conseil Constitutionnel avait proscrit cette pratique

Par de décision du 13 juin 2013, le Conseil Constitutionnel avait rappelé que ces pratiques n’étaient pas conformes au droit de la concurrence. Il avait donc interdit pour l’avenir de nouvelles « désignations » au titre de l’article L 912-1 du code de la sécurité sociale. Rappelons que les marchés de désignations peuvent porter sur plusieurs centaines de millions d’euros.

Le Conseil d’Etat l’a répété cet été

Au terme d’une interminable bataille juridique, le Conseil d’Etat dû se prononcer cet été sur cette question. Fort de la décision du Conseil Constitutionnel et d’une décision préjudicielle de la Cour de Luxembourg, le Conseil d’Etat a confirmé qu’une désignation n’était pas conforme au droit communautaire si elle n’avait pas été précédée d’une publicité adéquate et que, compte tenu des montants en jeu, seul le marché pouvait faire son oeuvre.

Les scandaleux conflits d’intérêt du président de l’UPA

Malgré ce constant désaveu par le juge, le président de l’UPA fait le choix de passer outre et de préserver un système entièrement fondé sur un conflit d’intérêts. Le président de l’UPA, par ailleurs président de la Confédération nationale de la boulangerie pâtisserie, s’est en effet senti autorisé à négocier et signer un accord de branche, en 2006, attribuant sans véritable mise en concurrence et sans publicité digne de ce nom un marché de plusieurs centaines de millions d’euros à AG2R… dont il était administrateur et vice-président.

Cette pratique est, depuis lors, interdite. Mais Jean-Pierre Crouzet semble ne pas en démordre.

Un accord combattu par les boulangers eux-mêmes

On ne redira jamais assez qu’en 2006, cette désignation avait suscité de nombreuses polémiques internes à la confédération de la boulangerie. Beaucoup avaient dénoncé un contrat coûteux et peu protecteur pour les salariés, et avaient fait le choix de signer des contrats plus favorables avec la concurrence. AG2R avait alors sévi en assignant en justice tous les récalcitrants, les mettant parfois au bord de la faillite. L’assignation demandait en effet le paiement de toutes les cotisations dues depuis la signature de l’accord de branche…

Le pipotage de la solidarité

Officiellement, ces décisions illégales sont prises au nom de la solidarité. Dans la vulgate patronale qui justifie les conflits d’intérêt, les accords de branche protègent les « petits » contre les « gros ». Bien entendu, c’est globalement le contraire qui se produit, puisque seuls les plus aisés des patrons ont le temps et les moyens de se consacrer aux accords de branche et de les négocier en leur faveur. Et on peut leur faire confiance pour ne pas faire de cadeaux à leurs petits concurrents trop occupés à assurer le compte d’exploitation de leur entreprise. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’accord de 2006 avait suscité un tollé.

Des fonds paritaires en veux-tu? en voilà

On rappellera au passage que l’une des décisions les plus ordinaires dans les branches consiste à monter des fonds paritaires qui rémunèrent les organisations syndicales pour les bons et loyaux services. Régulièrement, les accords en matière de santé prévoient qu’une part des cotisations est versée aux syndicats pour les indemniser de leur effort de négociation. Dans certaines branches (comme la restauration), cette part peut aller jusqu’à 5%.

Dans le cas de la boulangerie, AG2R renvoie l’ascenseur en achetant des espaces publicitaires à la confédération nationale. Rien n’est gratuit dans la vie.

Les branches, entre opacité et illégalité

Tout ceci pose évidemment le problème du grand désordre qui règne dans les branches professionnelles, organes défaillants sur lesquels la loi Travail a quand même entendu s’appuyer pour promouvoir la flexibilité à la française. L’affaire de la boulangerie prouve une fois de plus, s’il en était besoin, que la branche est tout sauf un espace démocratique pour l’élaboration du droit. Elle se définit d’abord par ses innombrables arrangements avec le ciel et le droit, par le conflit d’intérêts et la combinazione à la petite semaine.

Jean-Pierre Crouzet peut-il rester membre du CESE?

Face à ces défis lancés à la légalité républicaine, on comprendrait difficilement que Jean-Pierre Crouzet reste membre du Conseil Economique, Social et Environnemental. Ce corps constitué ne peut en effet laisser sa réputation entachée par des membres qui défient le Conseil Constitutionnel et l’autorité de la chose jugée dans le cadre des fonctions qui ont justifié leur nomination.

Il est temps que les institutions de la République se montrent exemplaires et qu’elles excluent de leurs rangs ceux qui font, jour après jour, le jeu du populisme par leur sentiment d’impunité vis-à-vis des lois. Il en va de la survie de notre régime démocratique.

La SNCF étouffera-t-elle l’affaire du TGV Est?

On se souvient que, le 14 novembre 2015, une rame d’essai du TGV Est a déraillé, causant la mort de onze personnes. Depuis cette date, les informations tardent à venir et, conformément à une tradition bien ancrée, la SNCF maintient une chape d’opacité sur les événements pour dissimuler sa véritable responsabilité. Une fois encore, la machine à dissimulation s’est mise en marche dans un dossier pourtant accablant.

Le grand désordre de la SNCF

Les lecteurs de ce blog savent que je dénonce régulièrement le grand relâchement de la SNCF, largement dû à la volonté de ménager les forteresses syndicales pour préserver la paix sociale sur le dos des clients et au détriment de la qualité de service. Le rapport du cabinet Technologia, à la demande du CHSCT de Systra, la filiale de la SNCF en cause, sur le drame du TGV Est en donne une nouvelle confirmation.

Technologia pointe notamment du doigt le non-respect des règlements par les agents de la SNCF, réalité bien connue des usagers de la SNCF et régulièrement évoquée dans nos colonnes. Ainsi, les essais sont officiellement réservés aux personnels techniques. Mais le relâchement interne fait qu’il en va tout autrement: les essais sont des événements qui donnent même lieu à un service de repas et de boissons. Une récréation mondaine, en quelque sorte.

Autre point: la cabine de pilotage ne peut en théorie accueillir plus de 4 personnes. Il étaient 7 le jour du drame…

Encore de l’opacité

Technologia souligne toutefois que Systra, conformément à un usage en vigueur dans la maison mère, n’a pas communiqué tous les documents utiles à sa mission. On ne s’en étonnera pas: la SNCF déteste la transparence.

Mais peut-être le gouvernement pourrait-il se décider à virer l’inoxydable (mais pas inébranlable, selon la rumeur) Guillaume Pépy, de son poste. Mois après mois, son bilan ne cesse de s’alourdir.

Burkini: la gauche et son effondrement narcissique

L’affaire de la burkini constitue d’ores et déjà un marqueur passionnant de la société française, dont nous ne sommes pas prêts de faire le tour. Les esprits les plus caustiques s’amuseront d’ailleurs de voir que le fer est principalement porté aujourd’hui par la Ligue des Droits de l’Homme (j’y reviendrai dans un prochain billet) qui fut longtemps le repère des « bouffeurs de curé », et qui devient aujourd’hui le lobby officiel de la cause islamiste. Il faudra bien se demander pourquoi ceux qui ont dénoncé le catholicisme au nom de la liberté d’opinion font aujourd’hui l’apologie de l’Islam au nom de cette même liberté…

La question est piquante: pourquoi ceux qui détestent l’Eglise catholique se montrent-ils si conciliants pour une autre religion monothéiste, bien plus autoritaire et intolérante? Il faut se détester au plus haut point pour préférer à une religion qui a façonné le paysage européen une religion rivale qui réserve aux Chrétiens le statut de « dhimmi ». Et il faut se détester encore plus, quand on se prétend défenseur des Droits de l’Homme, pour faire le lit d’une doctrine politique dont le premier geste consistera à bannir ces mêmes droits.

L’occasion était trop belle pour ne pas décrypter ici ce qui me semble être le signe le plus évident de l’effondrement narcissique qui frappe la gauche.

La Burkini, une affaire d’amour propre

Reprenons d’abord au calme l’affaire de la burkini dans sa signification collective. Une part minoritaire (mais de plus en plus importante) des musulmans de France considère qu’elle doit manifester son appartenance religieuse par le port de tenues vestimentaires spécifiques. Elle manifeste ainsi, comme certains membres de la communauté juive d’ailleurs, son ambiguïté vis-à-vis de la société française, en réclamant son intégration mais en revendiquant en même temps la reconnaissance d’une place spécifique, « à part » d’un certain nombre de nos valeurs.

À la différence de certaines sensibilités de la communauté juive, le port de la burkini émane d’une fraction musulmane dont le projet religieux est aussi un projet politique global où la démocratie se plie à des principes contraires à l’esprit républicain: fin de la mixité, infériorisation de la femme, homophobie, interdits religieux non compatibles avec la laïcité.

En elle-même, la burkini est un signal faible et même secondaire de ce phénomène, mais c’est, somme toute, un symbole bien choisi par les amis de la République. Depuis l’invention du tourisme balnéaire, la tenue vestimentaire pour l’accès à la plage constitue un enjeu sociétal doté d’une histoire symbolique.

photographie de presse de l'agence Meurisse, source Gallica / Bibliothèque Nationale de France
photographie de presse de l’agence Meurisse, source Gallica / Bibliothèque Nationale de France

Entre l’invention du bikini et ses différentes variantes jusqu’à la pratique du naturisme, l’histoire de la plage est aussi l’histoire de la libération de la femme et du corps. Ce que nous propose la burkini, c’est un retour en arrière dans cette histoire, une validation implicite d’un modèle de société où la femme ne peut montrer son corps quand l’homme le peut, c’est-à-dire un modèle fondé sur une inégalité des sexes bien plus violente que celle que nous connaissions avant les années 70.

La question que nous pose la burkini peut donc se résumer à une seule formulation: acceptons-nous aujourd’hui de reconnaître comme membres à part entière de notre cité ceux qui contestent ouvertement les combats qui ont fait la place de la femme et du corps dans notre société? Incidemment, la burkini nous demande de nous prononcer sur l’importance que nous accordons à la contestation de cette part de nous-mêmes. En ce sens, elle interroge notre amour-propre, c’est-à-dire la fierté que nous avons de notre identité collective.

Le « vivre ensemble » et la haine de soi

Une part importante de la gauche considère qu’au nom du « vivre ensemble » il faut accorder à la burkini le même statut qu’à n’importe quelle autre tenue de plage.

Les raisons pour lesquelles la gauche préconise cette tolérance sont parfois contradictoires. Pour les uns, la burkini est une sorte de modernité dans l’Islam qu’il faut encourager. Pour d’autres, elle est intolérable mais son interdiction est pire que son autorisation. Pour d’autres encore, elle existe à peine et importe si peu qu’elle n’est pas un problème. Toute la galerie des bonnes raisons de ne pas interdire existe donc, avec des raisonnements qui peuvent s’exclure ou se contredire.

Toutefois, les adeptes du « vivre ensemble » ont un point commun qui sublime leurs contradictions: ils n’aiment pas dire non à l’autre. Que l’autre (c’est-à-dire celui qui, radicalement, n’est pas « nous », peu ou prou assimilable à un chrétien d’origine européenne) explique que la burkini n’est pas une tenue qui infériorise la femme et tout va bien: au nom du « vivre ensemble », il faut gober sans mot dire cette imposture, ce mensonge éhonté, et faire place à la burkini.

Et c’est ici que l’adepte du « vivre ensemble » dévoile la haine de sa propre identité. Car dans le même temps où il est de bon ton de caresser dans le sens du poil (si l’on me permet ce mauvais jeu de mots) les islamistes qui expliquent que la meilleure promotion de l’égalité entre les sexes, c’est l’interdiction de la mixité et l’infériorisation de la femme, il ne faut jamais manquer une occasion contraire de vilipender l’affirmation de nos valeurs sous l’accusation générique « d’extrême droite ».

Ainsi, dire que nous sommes heureux d’avoir de belles femmes en bikini sur nos plages, c’est évidemment machiste, sexiste, à la limite de l’appel au viol. C’est la France rancie qui parle, celles des vieux fachos libidineux. Et le « vivre ensemble » ne trouvera jamais de mots assez durs pour dénoncer cette affirmation réactionnaire de ce que nous sommes. En revanche, qu’une poignée de barbus intervienne dans les médias pour expliquer que le fascisme et le colonialisme règnent en France parce que la femme y a des droits, et le « Vivre ensemble » se lève comme un seul homme pour applaudir à cette résurgence de la lutte pour l’émancipation des peuples.

C’est en ce sens que le « vivre ensemble » est une émanation de la haine de soi. Il repose sur une économie interne très bien structurée: tout ce que fait l’autre est bien (même inférioriser la femme), parce que tout ce que je fais (même assurer l’égalité aux femmes) est mal. Je n’aime l’autre que parce que je me déteste moi-même. Et dès que j’entends, en moi, une petite voix me dire qu’il faut que je défende mes valeurs, je m’interdis de l’écouter parce qu’elle est sans doute la voix du fascisme en moi, de cette affirmation de mes valeurs qui n’est qu’une résurgence du colonialisme, du racisme, de la méchanceté naturelle du blanc.

Un exemple de la haine de soi: Pouria Amirshahi

Un bel exemple de cette économie systémique de la haine de soi est fourni par le discours de Pouria Amirshahi, député socialiste des Français de l’étranger, ancien leader du syndicalisme étudiant élu avec moins de 15% des voix dans sa circonscription. Cet imposteur de la démocratie, qui est tout de même bien content de percevoir de confortables émoluments grâce à des fonctions où l’investiture de son parti a beaucoup plus compté que le choix des électeurs, a prononcé un vibrant discours en juin 2016 que voici que voilà:


Intervention P.Amirshahi DG Loi egalite… par PouriaAmirshahi

On retiendra quelques passages qui illustrent bien la notion de haine de soi:

le débat public est désormais pourri par l’obsession de l’identité nationale, brandie comme une pureté abstraite – autrefois talisman de l’extrême droite que les apprentis sorciers de droite ont cultivé ces quinze dernières années et que l’exécutif actuel avait relayé avec son projet heureusement empêché de déchéance de nationalité.

Quand on fait de l’identité la clé de voûte de son programme politique, l’histoire a montré que ça finit toujours très mal. J’entends d’ailleurs déjà ceux qui sont passés à la deuxième étape, à Béziers ou ailleurs, parlant désormais de guerre civile. Permettez-moi de dire que nous sommes nombreux à militer pour des idées plus nobles.

Quelques formulations sont ici très précieuses et très riches d’enseignement: l’identité nationale, c’est un « talisman », et ses défenseurs des « apprentis sorciers » qui prônent « la guerre civile ». L’identité nationale ne fait pas partie des « idées nobles ».

En creux, nous entendons ici un discours bien connu: affirmer son identité, c’est un acte de guerre, populiste, un appel à la violence, alors que les gens animés par des idées nobles sont ouverts à l’autre et sont des gens de paix. Daladier et Chamberlain ne disaient pas autre chose à la sortie de l’entrevue de Munich en 1938. Leur lâcheté ne nous a évidemment pas évité la guerre.

Mais je voudrais souligner ici comment les partisans du « vivre ensemble » assimilent systématiquement l’affirmation identitaire ordinaire à une acte de violence qui déstructure leur fonctionnement psychique.

L’historien de gauche bien-pensant Michel Wievorka, dans un article publié par Slate, le site de Jacques Attali ne dit pas autre chose: la lutte contre la burkini relèverait, selon lui, de la panique morale et de l’hystérie qui débouche sur la violence. Chacun appréciera à sa manière le volume de séances psychanalytiques dont Michel Wievorka a besoin pour comprendre l’étrange assimilation qu’il fait entre l’affirmation de soi et l’état de panique, mais elle constitue une bonne introduction à mon propos suivant: le « vivre ensemble » n’est que l’expression d’un effondrement narcissique.

Panique et affirmation identitaire

Pour comprendre l’idée du « vivre ensemble » comme conséquence de notre effondrement narcissique collectif, je voudrais rebondir ici les propos de Michel Wievorka et sur sa croyance selon laquelle l’affirmation identitaire relève de la panique. Il me semble utile de décoder son message, qui signifie en réalité que, dans son esprit, affirmer son identité et sa volonté, dire à l’autre ce qu’on accepte de lui et ce qu’on refuse, ouvre forcément la voie à un état de panique. Disons même que, dans son esprit, celui qui affirme ce qu’il est vit forcément un état de panique, car il n’y a rien de plus angoissant (disons même qu’il s’agit de l’angoisse suprême) que d’être soi.

Le « vivre ensemble » et son corpus de non-dits nous renvoient donc systématiquement à une étrange posture que le psychanalyste et philosophe Jacques Lacan aurait présenté comme la peur panique de la castration: porter son identité, c’est assumer un « objet phallique« . Cela suppose de ne pas être castré, de se vivre soi-même comme autorisé à être ce que l’on est.

Les lecteurs peu férus de psychanalyse me pardonneront cette incursion dans un champ relativement étranger à la politique, mais il faut comprendre ici que le débat sur la burkini, qui est aussi un débat (même s’il ne dit pas son nom) sur le rapport au corps et au désir de l’autre, n’est pas compréhensible s’il ne s’intéresse pas à cette question fondamentale de savoir pourquoi on put se détester soi-même au moins d’accepter de l’autre tout ce que nous nous sommes interdits à nous-mêmes.

Le « vivre ensemble », conséquence de l’effondrement narcissique

Chez un très grand nombre d’intellectuels bien-pensants, l’éducation a fait son oeuvre. L’angoisse de la castration a structuré une doctrine politique qui domine de fait la société française. Elle est fondée sur la grande peur de l’affirmation identitaire que nous connaissons sous toutes ses formes. Pour être admis dans les cercles de la bien-pensance, il faut aimer l’Europe et aimer le « vivre ensemble ». Toute vision contraire est assimilée à un populisme violent et ramène toujours à cet état de panique dans laquelle entrent tous ceux qui se détestent lorsqu’ils doivent dire qu’ils s’aiment tels qu’ils sont.

Ceux-là ont la croyance naïve selon laquelle, pour reprendre les propos d’Amirshahi, l’identité nationale est un talisman qui mène à la violence, c’est-à-dire un objet magique qui donne suffisamment de force pour détruire les autres. Je laisse aux psychanalystes le soin d’approfondir cette question à sa juste mesure. Je note juste que, dans l’esprit d’Amirshahi, l’identité nationale est bien un objet magique qui change la personnalité et produit l’angoisse de ne plus pouvoir contrôler sa force.

On retiendra seulement les éléments de fait qui expliquent ce qu’est notre effondrement narcissique: affirmer notre identité procède de la violence fasciste. Cette idée générique regroupe tout le mal que l’Occident, et singulièrement la France, ont pu commettre par le passé au nom de leur fierté nationale: le colonialisme, la guerre, l’antisémitisme, etc.

Bien entendu, un examen sérieux de l’histoire nationale montre que cette corrélation ne tient pas, et les adeptes du Vivre Ensemble devraient se souvenir qu’un grand nombre de forfaitures commises à ces époques ne sont pas le fait des « identitaires » mais plutôt de courants de pensée dont la gauche est issue. Il n’en reste pas moins que le meilleur argument du Vivre Ensemble repose sur la conviction superstitieuse selon laquelle le talisman de l’amour de soi débouche toujours sur la violence exercée sur les autres.

S’affirmer, c’est donc l’angoisse. Se détester, c’est la sécurité.

La douce illusion du vivre ensemble

Dans cet effondrement narcissique qui laisse croire que la meilleure façon de ne plus être angoissé par soi-même est de se haïr, de se détester au point de vouloir tout ce que l’autre veut et d’abdiquer tout ce que l’on croit, il existe une immense illusion qui nous jouera des tours et que j’appelle la nouvelle trahison des clercs. Car c’est une illusion de croire que les islamistes qui détestent la démocratie libérale et ses valeurs de liberté et d’égalité manifesteront la moindre reconnaissance vis-à-vis de tous les petits lèche-culs qui tortillent du popotin en leur disant aujourd’hui: « Mais oui, bons maîtres, vous avez raison et nous sommes coupables ».

L’ordre politique qui sous-tend la burkini et les autres signaux faibles envoyés par le monde islamique est déjà défini. Il a été pratiqué dans l’El-Andalous, c’est-à-dire dans l’Espagne musulmane, il y a six siècles. Les principes en étaient clairs: les chrétiens (catégorie incluant les athées ou les agnostiques d’aujourd’hui) étaient des « dhimmi », c’est-à-dire une minorité dépourvue de droits politiques et autorisée à pratiquer sa religion en échange d’un impôt spécial. Les Wievorka, Amirshahi, et autres admirateurs de la force chez l’autre pourront donc courber l’échine tant qu’ils voudront devant leurs futurs maîtres, ils ne les empêcheront pas de balayer notre démocratie pour établir un ordre où nos femmes auront le droit de ne pas porter le voile à condition de payer un impôt plus élevé que les autres.

Car la grande croyance de celui qui a peur est d’imaginer que la peur lui évite le danger.

Merkel plante Erdogan et récolte un carnage

Erdogan est-il le grand Manitou du terrorisme qui a frappé la France, et qui frappe maintenant l’Europe Occidentale? Il y a quelques mois, j’avais déjà évoqué cette hypothèse. L’attentat en cours à Munich permet une fois de plus de soulever la question.

Terrorisme: au tour de l’Allemagne

En quelques jours, l’Allemagne, qui a longtemps fait des mamours à Erdogan, se retrouve avec des attentats sur les bras.

Au lendemain de la tentative de coup d’Etat en Turquie, c’est un Afghan de 17 ans qui s’est attaqué à des passagers, dans un train, avec une hache (opération revendiquée par Daesh). Aujourd’hui, c’est la ville de Munich qui est transformée en champ de tir. Épargnée (curieusement) jusqu’ici par les attentats, l’Allemagne semble maintenant être une cible de premier ordre.

La veille, Merkel plante Erdogan

On ne nous en voudra pas de faire un parallèle avec une information incidente, mais qui corrobore une hypothèse tentante. Ce jeudi, Angela Merkel a plaidé pour une interruption des pourparlers d’adhésion de la Turquie dans l’Union.

Dans cet ordre d’idée, c’est le leader de la CSU, Horst Seehofer, qui s’est montré le plus virulent. La CSU est la branche bavaroise de la CDU, le parti de Merkel. Et la fusillade éclate en Bavière…

Des enchaînements troublants

En reprenant le cours totalement fou de l’histoire européenne depuis une semaine, c’est-à-dire depuis son extravagante accélération, les esprits raisonnables ne peuvent évidemment manquer de se poser quelques questions sur des « suites » étonnantes.

Le 13 juillet au matin, la consule de France à Istanbul annonçait la suppression des festivités du 14 juillet pour des « raisons de sécurité ».

Dans la foulée, les missions françaises en Turquie – ambassade de France à Ankara et consulat général – ont été fermées mercredi pour des raisons de sécurité, a annoncé l’ambassade de France.

L’annulation de la célébration de la fête nationale française dans les trois plus grandes villes de Turquie constitue une première, selon une source consulaire.

Le 13 juillet au soir, un attentat, dont on sait maintenant qu’il était prémédité de longue date, frappait Nice.

Le 14 juillet, une tentative de coup d’Etat avait lieu en Turquie. Erdogan n’a pas tardé à accuser des pays étrangers d’avoir fomenté cette opération. La France avait-elle fermé son ambassade en prévision de ce coup d’Etat? Erdogan était-il prévenu de sa préparation? Nul ne le sait encore.

Le 16 juillet, Jean-Marc Ayrault (qui est notre ministre des Affaires Étrangères) affirmait ouvertement ses doutes sur le soutien que la Turquie apportait à Daesh.

Erdogan a-t-il favorisé des arrivées massives de terroristes?

Rappelons en outre que, quelques jours avant ces événements funestes, une réunion a eu lieu à Moscou, notamment avec le Mossad, sur des infiltrations massives de terroristes armés par la frontière azérie et géorgienne. Une carte de la région montre que ces mouvements peuvent difficilement s’opérer sans que la Turquie ou l’Iran ne les soutiennent.

Erdogan

Il est évidemment trop tôt pour porter des affirmations implacables. Mais des indices concordants laissent en tout cas penser que le terrorisme que nous connaissons en Europe n’est non seulement pas étranger à la situation politique intérieure turque, mais même qu’il en constitue une forme d’exportation.

Comment Hollande achète les grâces de Martine Aubry

François Hollande a besoin d’acheter la gauche pour avoir une chance d’être réélu. Au point d’impopularité qu’il a atteint, en effet, rien ne prouve qu’il parviendra à s’imposer naturellement comme l’homme de la situation au Parti Socialiste. Le grand rasage gratis commence donc, dont personne ne sait où il s’arrêtera, notamment à l’approche des lois de finances.

Hollande achète la paix avec Martine Aubry

Selon les rumeurs, François Hollande cherche à s’attirer les bonnes grâces de Martine Aubry à l’approche d’une année difficile. Le problème est que l’amère du Nord est gourmande et peu fiable. Elle est contestée sur ses terres par la vieille garde locale, conduite par Bernard Roman, député de la première circonscription, et Patrick Kanner, recruté comme ministre par Manuel Valls.

Martine Aubry aimerait bien que son (im)probable dauphin, François Lamy, devienne député… au hasard: de la première circonscription tenue par Bernard Roman, son ennemi personnel. Pour mémoire, Bernard Roman fut, pendant un temps, pressenti pour prendre la relève de Pierre Mauroy avant que Martine n’actionne son parachute au-dessus des terres lilloises.

Bref, Martine Aubry déteste Bernard Roman au point de vouloir le remplacer par son successeur. Et François Hollande a décidé de donner le coup de pouce qui va bien.

Roman nommé à l’ARAFER

L’Élysée vient donc d’annoncer la probable nomination de Bernard Roman à la tête de l’Autorité de Régulation des Activités Ferroviaires (ARAFER), créée en 2014 pour mettre la SNCF sous surveillance. Bernard Roman n’a aucune compétence particulière qui justifierait cette nomination. En revanche, l’intéressé sera soumis à la charte déontologique de l’autorité qui prévoit notamment:

Les fonctions de membres du collège sont incompatibles avec tout mandat électif départemental, régional, national ou européen (…).

C’est ballot: l’intéressé, une fois nommé à la présidence de son bidule, devra démissionner de son mandat de député et laisser la place à… François Lamy.

Alors, Martine, on dit merci à qui, pour cette jolie distribution de fromage?

Derrière la manifestation, l’ombre du financement syndical

Officiellement, la manifestation d’aujourd’hui témoigne d’une division syndicale intense. Les uns sont réformistes et ne défilent pas, les autres sont contestataires et battent le pavé. Les uns ne veulent pas entendre parler d’inversion de la hiérarchie des normes, les autres la soutiennent. Mais derrière ces paravents de la discorde, se cache une entente plus profonde, une coalition d’intérêts où la division syndicale n’a plus sa place et qui tient en un mot: le financement des syndicats.

Une intersyndicale en pleine division

Il faut lire, dans les colonnes de la Tribune, la publication d’une lettre à Marisol Touraine signée par les cinq syndicats représentatifs au niveau interprofessionnel, pour comprendre quelle unité les organisations syndicales sont capables de trouver dès qu’il s’agit d’assurer leur financement. La lettre porte bien la signature de Philippe Martinez, de Laurent Berger, de Jean-Claude Mailly, de Philippe Louis et du tout nouvel élu de la CGC François Hommeril. On rêve? Non, c’est bien vrai! alors que les centrales se déchirent sur la loi Travail, elles font, dans l’ombre, leur unité sur une question énigmatique pour le grand public: l’application de la loi du 11 février 1950 sur les pratiques conventionnelles en matière de protection sociale complémentaire.

Qu’en termes élégants et pudiques ces choses-là sont dites!

Un étrange amour pour les très petites entreprises

Dans leur courrier, les organisations syndicales jouent un étrange rôle de composition: elles parlent au nom des très petites entreprises. C’est bien connu! les syndicats de salariés, en France, sont là pour défendre les patrons et les employeurs, rôle qui ne revient pas du tout aux organisations patronales.

Donc, dans l’intérêt des très petites entreprises, ces petites choses en sucre qui ont besoin de la CGT et de la CFDT pour exprimer leurs revendications, la bande des 5 demande à la ministre de préserver les désignations en prévoyance, c’est-à-dire l’interdiction faite aux très petites entreprises de choisir elle-même l’assureur qui couvrent les risques de leurs salariés. Dans l’intérêt des très petites entreprises, il faut que le choix de l’assureur revienne aux négociateurs de branche et non aux entrepreneurs eux-mêmes.

La question du financement occulte des syndicats au coeur du sujet

Bien sûr, ce sujet (qui pèse 30 milliards environ dans l’économie française) est présenté dans l’intérêt des entreprises. Et, comme toujours quand on entend un syndicat de salariés parler au nom des entreprises, il cache une affaire de gros sous.

Car les syndicats ne précisent pas que les accords de branche que leurs représentants négocient en prévoyance complémentaire profitent à peu près systématiquement à un cartel de groupes de protection sociale… gouvernés par les syndicats eux-mêmes et qui sont pour ceux-ci de superbes pompes à phynances. Autrement dit, les syndicats viennent de demander à Marisol Touraine de préserver un système (dénoncé par l’Autorité de la Concurrence comme attentatoire à la libre concurrence) censuré par le Conseil Constitutionnel parce que contraire à la liberté d’entreprendre, aux seules fins de garantir la continuité de leur financement.

L’exemple de la CGC

Prenons au hasard l’exemple de la CGC.

Que trouve-t-on sur le site de la confédération? Par exemple ce bandeau publicitaire:

manifestation

On voit y apparaître le logo de Réunica, filiale d’AG2R, qui finance les syndicats et assure la prévoyance du travail temporaire. Au passage, Réunica compte un concurrent qui s’appelle la MACIF, dont les dirigeants pourraient être étonnés de voir que la CGC utilise son influence pour favoriser un tel ou un tel sur le marché.

Sur le site de la Fédération de la Chimie, dont François Hommeril, président de la CGC est issu, on trouve ce bandeau publicitaire:

manifestation

Là encore, AG2R, Humanis et Klesia, sont autant de groupes de protection sociale qui profitent ordinairement des accords de branche pour ramasser la mise, en reversant des sommes substantielles aux organisations syndicales qui les désignent comme acteurs dans leur secteur.

Une fois de plus, les Français, et singulièrement les salariés français, sont pris pour des idiots par leurs chers syndicats. Officiellement, ceux-ci se déchirent sur la loi Travail. En coulisses, ils se retrouvent pour défendre un système qui les fait vivre. Au nom des petites entreprises, bien entendu.

Pourquoi il n’y a pas eu de Podemos français

Pourquoi n’y a-t-il pas de Podemos français? c’est-à-dire de parti politique émanant plus ou moins spontanément de la société civile. Cette question qui revient régulièrement dans l’actualité trouve bien entendu des réponses dans des éléments de contexte « macro »: l’existence d’une offre « plébéienne » (Front National, Front de Gauche) concurrente en constitue l’une des explications.

Mais certains éléments plus « micro » doivent aussi être pris en compte. J’en propose une illustration ici avec le récit d’une tentative à Bayonne de montage de la Nuit Debout remarquablement mise en échec par des techniques éprouvées que j’avais déjà pu voir à l’oeuvre au Parti Pirate.

Comment noyauter une initiative

Je reprends ici les meilleurs moments du récit de Sophie Hautenauve:

Donc, pour en revenir à Nuitdebout, comme j’ai des compétences en marketing internet, à une sortie de réunion où « ils » avaient encore une fois dit que ça ne marcherai jamais à Bayonne, on va boire un pot à 5 et je dis « bon ben comme d’habitude les syndicats et les politiques nous ont trahis, chiche on fait une nuitdebout sans eux, et voilà qu’on commence à faire un rétroplanning pour une opération de com qui nous mène au 13 avril et je rajoute deux jours pour être sûre (en plus le 15 ça tombait un vendredi je trouvais ça mieux) et allons-y alonzo, on décide de lancer un événement Facebook…

J’ai créé la page entre 2 et 4 heures du matin et le temps que je mette quelques images et paramètre quelques trucs il y avait déjà 12 personnes (de moi inconnues) qui s’étaient inscrites à l’événement, parce que, comme je l’avais pressenti, les gens ici avaient vraiment envie de s’exprimer… (…)

On a du faire beaucoup de papiers aussi, avec je ne sais quel organisme de la sécurité intérieure et la préfecture qui demandait quelqu’un qui se porte garant sur ses biens en cas de dégradation et la police qui nous avait interdit la sono ce qui fait qu’on s’était équipé en mégaphones etc, ce qui nous est revenu quand même un peu cher, pour des pauvres. (…)

À quelques jours de l’événement on se sentait un peu dépassé par l’événement, avec des messages arrivant de toute part et des interviews partout, y compris sur les chaînes espagnoles et les radios basques locales.
Bing certains journalistes m’informent qu’il y a un mec qui repasse derrière moi dans les rédactions et qui dit que je ne suis pas habilitée à parler, que c’est lui le porte parole de notre événement, qu’il s’appelle Joseph Boussion (mais il a d’autres pseudos), que c’est un parisien qui a une maison de vacances dans le coin. Effectivement quelqu’un de ce nom m’avait contactée pour me dire que si je le laissais gérer la page Facebook il m’ajouterait sur la Google map (^^) de Nuitdebout.fr – de toutes façons on avait plein de gens qui voulaient participer et que je laissais rentrer dans la page Fbook ou dans le Twitter et qui pétaient les plombs de voir que je les mettais que « admin » et pas « superadmin », mais j’ai vu tant de censure dans tant de causes je m’étais promis de rien lâcher, donc ce type, je n’y ai pas trop prêté attention, ça m’irritait juste.
Ma copine s’est renseignée, c’est un politicard professionnel, il était porte parole de Nouvelle Donne pour les européennes, puis il a démissionné pour être aux régionales sous l’étiquette « la vague citoyenne » et autre chose pour les départementales (et là il vient de monter un autre parti mardi dernier « construisons notre avenir » pour être candidat aux législatives, ‪#‎lasoupeestbonne‬)…

Comme j’avais peur des débordements (il me semblait qu’on allait quand même être nombreux) j’avais écrit à toutes les orgas et associations pour demander un coup de main mais soit on ne me répondait pas, soit on me disait que personne n’était disponible ce jour-là, on verra dans la suite du récit que ce n’était pas vrai… (…)

Donc le 15, notre grand soir, le 46 mars, on arrive sur la place à une demi douzaine avec nos trois mégaphones autorisés par la police et des tableaux et des feutres et des prospectus à distribuer en basque et en Français, avec l’odj et les gestes à connaître en assemblée…
On arrive donc avec une heure d’avance , et oh, divine surprise, il y avait une sono qui crachait du reggae à fond la caisse, sono qui appartenait (on l’a photographiée) à un syndicat qui nous avait refusé un coup de main, et un service d’ordre, en la présence du groupe (qui lui aussi officiellement n’était pas disponible ce jour là) soit-disant anarchiste « Indar Beltza » représenté par Monsieur Alain Thirion, un retraité de l’armée qui fume des cigares à 30 euros pièces et bien sûr monsieur Joseph Boussion aux commandes…. (…)

En plus personne n’y comprenait rien, des amis me disaient « ah, finalement tu as eu l’autorisation pour une sono, c’est bien » moi j’étais perdue, pour parler il fallait s’inscrire à une liste, et ils n’autorisaient pas tout le monde, la première prise de parole c’était le syndicat CGT cheminot, j’ai poussé une gueulante en disant que c’était un mouvement qui venait d’internet mais bon, que pouvais-je faire ? Il y avait vraiment beaucoup de monde et des gens qui ne viennent jamais dans les manifs (la presse a dit 200 personnes mais mon ex a compté plus de 300) j’ai immédiatement essayé de joindre le TCHAT nuitdebout qui m’a dit de me démerder… Les gens qui avaient le contrôle de leur sono faisaient passer qui ils voulaient à condition (on a enregistré l’audio) une même personne (un homme bien sûr) est passé 4 fois au nom de 4 causes différentes mais toutes représentées par des associations subventionnées (par contre le porte parole du Dal nouvellement créé n’a pas eu le droit de parler, ni les lgbt) bref… À 18h30 monsieur Boussion a annoncé que les prises de paroles c’était fini pour aujourd’hui et que si l’on voulait encore parler il faudrait venir le lendemain à la gare où les cheminots en lutte avaient besoin de notre soutien.

Mais qui a peur d’un Podemos français?

Chacun pense, bien évidemment, ce qu’il veut d’un Podemos français. Simplement, à la question: pourquoi n’a-t-il pas « poussé » en France, il me semble que le récit de Sophie Hautenauve apporte des réponses simples et factuelles.

Premièrement: la préfecture refuse à certains le droit de se réunir avec de la sono, mais en autorise d’autres. On le prendra comme on voudra, mais il existe une partialité et une préférence de l’Etat, et singulièrement de la police, pour des mouvements structurés et contrôlés.

Deuxièmement: ces mouvements structurés sont farcis de gens qui présentent ce que j’appelais au Parti Pirate des « anomalies statistiques ». Dans le cas cité par Sophie Hautenauve, l’anomalie statistique s’appelle Boussion ou Thirion. Tous ces gens ont des parcours personnels étonnants, et cumulent généralement des contraires, comme être ancien militaire reconverti dans un mouvement anarchiste et menant un train qui surprend ses interlocuteurs.

Troisièmement: ces poissons pilotes d’on ne sait qui, qui bénéficient de la part de la police d’une véritable bienveillance, sont toujours aidés par les mêmes. A Bayonne, c’est la CGT Cheminots qui vient prêter main forte aux noyauteurs pour verrouiller la prise de parole. A Paris, j’ai suffisamment évoqué le rôle du Front de Gauche et de proches du Parti Socialiste.

Quatrièmement: les noyauteurs commencent leur métier par coeur. Il y a un poste stratégique à tenir en réunion, celui de secrétaire de séance, qui distribue la parole.

Ces quelques indices mettent sur la piste des vieilles techniques qui expliquent concrètement pourquoi les Podemos qui auraient pu apparaître en France sont tous morts dans l’oeuf.

Exclusif: la CGT négocie-t-elle des contreparties financières?

Sans la Nuit Debout, sans intersyndicale, la CGT aura finalement plutôt réussi son coup: celui d’imposer à Manuel Valls un arrangement de sortie de crise dont personne ne sait encore ce qu’il contiendra. Selon nos informations, il pourrait être assorti de « clauses secrètes » dont une partie devrait desserrer l’étau qui pèse sur le financement du syndicat.

La question de l’article 2 de la loi

Forcément, Manuel Valls devra lâcher du lest sur l’article 2 de la loi: c’est la condition pour que les esprits reprennent leur calme. Il est même vraisemblable que le gouvernement invente l’encadrement des accords d’entreprise par des commissions paritaires de branche qui n’avaient jusqu’ici que très peu de pouvoirs.

Au passage, la décision du 13 juin 2013 du Conseil Constitutionnel avait déclaré inconstitutionnels, car contraire à la liberté d’entreprendre, des mécanismes de branche (en protection sociale complémentaire) contraignants pour les entreprises (les fameuses clauses de désignation). Les Sages accepteront-ils cette fois ce qu’ils ont interdit il y a trois ans?

Incontestablement, l’affaire sera à suivre de près.

Des contreparties à la SNCF et dans la culture

Parallèlement, on sait que la CGT a obtenu un autre cadeau, mais par la CFDT interposée: la modification du projet de convention collective pour le rail, dont le maintien d’un système de repos très favorable. Cette décision imposée « d’en haut » par le gouvernement à la direction de la SNCF, a permis de briser l’intersyndicale de la SNCF et de dissuader les conducteurs de train CFDT de rejoindre le mouvement.

Bien évidemment, les cheminots CGT sont aussi bénéficiaires de l’opération, qui ont montré que la négociation se déroulait désormais au niveau politique.

De leur côté, les intermittents du spectacle ont obtenu la garantie de l’Etat sur le financement de leur système d’indemnisation.

Quelles autres contreparties?

Toute l’inconnue consiste à savoir quelles sont les autres contreparties négociées par la CGT en échange d’un renoncement au mouvement. Les spéculations vont bon train et beaucoup commencent à soupçonner que la CGT a glissé un « cheval de Troie » inattendu dans ses revendications: un assouplissement des règles applicables aux appels d’offres pour la protection sociale complémentaire dans les branches.

La Direction de la Sécurité Sociale a en effet concocté, en décembre 2015, un projet de décret durcissant les règles de transparence dans les branches. Voici ce projet de décret:

Ces dispositions modifieraient… un décret de janvier 2015 sur le même sujet! Entretemps, la Cour de Justice de l’Union Européenne a rendu un arrêt de principe qui oblige, dès lors qu’un accord de branche est étendu, de respecter des règles de publicité minimale dans les appels d’offre.
Pour les organisations syndicales, cette pression sur la transparence n’est pas sans inconvénient. Elle complique singulièrement des pratiques que la Cour de Cassation vient de confirmer du bout des lèvres, mais dont tout le monde sait qu’elles sont dangereuses et risquées. Les accords de branche en protection sociale complémentaire sont une importante source de financement plus ou moins légal, plus ou moins occulte, pour les organisations syndicales. Une trop grande transparence risque de finir de mettre ce système en danger.
Plusieurs fédérations CGT seraient probablement désireuses d’éviter un séisme financier à un moment où le nombre d’adhérents diminue.
Dans certaines branches, la proximité des fédérations avec les organismes paritaires de prévoyance est forte et bien ancrée. C’est le cas dans le transport, dont la fédération dirigée par le très contesté Jérôme Vérité a obtenu des mesures favorables du gouvernement pour arrêter son mouvement, il y a quinze jours. La fédération CGT des Transports pourrait faire partie de celles qui ont intérêt à bloquer le projet de décret de la direction de la sécurité sociale.

Un retour à la normale bien orchestré

Pour Philippe Martinez, la séquence à venir devrait donc être assez simple à jouer. Comme il est très compliqué pour son syndicat de bloquer l’Euro 2016 de football, il prépare, magnanime, son virage à 360°, en appelant à la reprise du travail compte tenu des concessions obtenues du gouvernement. L’opération sera un point important marqué par la CGT, et pleine de petits trésors cachés.

LCP et son étrange présentation de l’Eglise

Le 6 mai, LCP (la Chaîne Parlementaire) s’est livré à un curieux exercice sur l’Eglise avec son émission Droit de suite. Celle-ci portait un titre qui aurait mérité, en soi, une intervention rigoureuse des responsables ecclésiastiques:

Communautés catholiques : gare aux sectes ?

On imagine, en tout cas, quelle qu’eût été la réaction si le titre avait été: « Communautés juives: gare aux sectes? » ou encore « Communautés musulmanes: gare aux sectes? ». Quand on connait l’extrême prudence qui est requise dans la bien-pensance pour toute expression relative aux religions minoritaires en France, on s’étonne de la légèreté avec laquelle des amalgames peuvent être suggérées concernant le groupe religieux dominant.

Une étrange programmation

Le propos de l’émission était essentiellement consacré à la Communauté des Béatitudes, largement accusée, tout au long d’un documentaire, d’être une secte en bonne et due forme: elle aurait accumulé un patrimoine colossal, dépouillé ses membres, et se livrerait à des séances de guérison miraculeuse et, bien entendu, à toutes les formes de pédophilie.

Que la Chaîne Parlementaire s’intéresse à ce sujet n’éveillerait pas l’attention, s’il n’était présenté de façon tapageuse et provocatrice comme un sujet sur l’ensemble des communautés catholiques, alors qu’une seule d’entre elles était examinée. Qui plus est, on ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur le documentaire diffusé à l’appui de cette charge en règle. Réalisé en 2011 par Sophie, sa projection 5 ans après sa réalisation ne pouvait qu’intriguer.

Une charge déguisée contre Barbarin?

Quel élément d’actualité justifiait cette diffusion si éloignée de la réalisation? L’émission ne l’expliquait pas et renvoyait le spectateur à son interrogation. Difficile de ne pas en conclure que les accusations de protection de la pédophilie proférées contre le cardinal Barbarin étaient le principal motif d’actualité pour déterrer cette enquête ancienne.

Et soudain on comprend que la chaîne parlementaire fait entendre sa petite voix pour laisser croire que l’institution religieuse dans son ensemble est une plaie participant à une vaste entreprise pédophilique. C’est la contribution du service public à une opération de déstabilisation d’un cardinal.

Les circonstances du débat qui suit le documentaire renforcent ce sentiment. Aucun membre de la communauté attaquée n’est présent pour faire entendre sa voix. Cette curieuse conception du journalisme s’accommode en revanche d’une forte présence de détracteurs de l’Eglise: celle de la réalisatrice bien entendu (qui, elle, peut s’exprimer), mais aussi d’Eric Vinson, défenseur officiel de la laïcité, et de Georges Fenech, ancien président de la mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), auteur d’un rapport à charge contre les Béatitudes.

Les « accusés » ne disposaient que d’un représentant: Antoine de Romanet, curé à Auteuil qui n’avait aucune connaissance particulière du dossier.

Le déséquilibre du débat, là encore, étonne et suscite un malaise. Que cherchait la Chaîne en prenant autant de libertés avec la déontologie du journaliste?

Le rôle particulier des Lyonnais dans ce dossier

Georges Fenech, présent au débat, n’est pas seulement l’ancien président de la MIVILUDES, il est aussi député Les Républicains du Rhône, là où Barbarin est mis en cause. Cette coïncidence intrigue. Dans la thématique générale: l’Eglise de France couvre des faits délictueux, la partition que joue Fenech ce soir-là ressemble curieusement à un billard à plusieurs bandes.

En outre, on remarquera aussi que les travaux de Sophie Bonnet sur la pédophilie dans l’Eglise ont suscité l’intérêt d’une autre entité lyonnaise: la communauté Golias, qui avait repercuté, en 2011, une enquête menée par cette journaliste pour le compte des Inrockuptibles.

Il ne s’agit bien entendu que de coïncidences, mais tellement étonnantes au moment où sévit l’affaire Barbarin…

Sur le fond du dossier

Il se trouve que j’ai par hasard voyagé il y a quelques semaines avec un prêtre de la communauté des Béatitudes. Je ne suis pas croyant, je n’ai jamais caché mes options personnelles déistes, et je n’ai aucune forme d’implication personnelle dans la vie de l’Eglise. En discutant avec ce prêtre, j’avais toutefois été frappé par une forme de rigorisme moral au fondement de la théologie des Béatitudes.

Le reportage diffusé sur LCP m’a à la fois surpris et choqué dans la mesure où la dimension spirituelle de cette communauté était totalement passée sous silence. Je reste encore estomaqué par la capacité du service public à diffuser une information qui est manifestement malveillante et ne cherche nullement à informer.

Cela ne signifie bien entendu pas qu’il n’y a pas eu d’actes délictueux commis au sein de cette communauté. S’ils l’ont été, ils doivent être sanctionnés et il ne s’agit pas ici de justifier des choses qui ne peuvent l’être. En revanche, il m’a semblé normal de donner la parole aux Béatitudes pour rétablir certaines vérités nécessaires à l’information du public.