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A quoi ressemblerait une autre société

Fillon, un programme pré-impérial

L’intérêt de la victoire large de François Fillon est d’offrir, enfin! un espace politique clair et légitime à un programme pré-impérial, frappé d’un bonapartisme ambitieux. On l’attendait depuis longtemps, et enfin il arrive.

Un programme pré-impérial parce que souverainiste

François Fillon a fait campagne, en son temps, contre le traité de Maastricht. Le discours qu’il a prononcé vendredi dernier se situe dans la droite ligne de ce combat: faire de la France, dans les 10 ans, le première puissance européenne. Redevenir la cinquième puissance mondiale (derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon, mais qui sera le quatrième?). Ces idées simples, mobilisatrices sont la base d’une puissance française renouvelée.

Quelque chose n’est pas dit, dans ce programme: la relation avec l’Allemagne. Fillon a la prudence de ne pas en parler, de ne pas abattre ses cartes tout de suite. Cette prudence tient aussi à une logique diplomatique: il s’agit, ici, de laisser l’Allemagne sortir du bois avant de prendre une option.

Mais il ne faudra pas gratter longtemps pour comprendre que, dans l’esprit de Fillon, le relèvement du pays est antagoniste au développement de l’Allemagne. Cette affaire existait déjà il y a deux mille ans. La France ne retrouvera sa grandeur qu’en assumant sa souveraineté.

Une autre vision de l’Europe

L’Europe, Fillon fait avec. Mais il porte un puissant projet de rééquilibrage face à l’Allemagne, par une alliance discrète avec la Russie. Là encore, le bon sens triomphe. Depuis 40 ans, la France s’abaisse. Depuis 40 ans, les élites françaises n’ont qu’un mot à la bouche: le couple franco-allemand comme seule planche de salut.

Quelle erreur dramatique! quelle catastrophe pour notre pays! Car le prix de l’alliance avec une Allemagne rattachée à la Prusse depuis 1991 est extrêmement élevé. L’Allemagne a instrumentalisé le marché unique pour javelliser la concurrence industrielle de ses voisins et pour devenir la seule puissance exportatrice de l’Union. Subrepticement, l’Union Européenne s’est transformée en Lebensraum germanocentré. Tous les pays de l’Union se sont transformés, sans qu’on ne s’en aperçoive clairement, en d’immenses ruches où les abeilles butinent pour le compte d’une seule reine: l’Allemagne.

Un retour à la politique gaulliste de rééquilibrages des relations internationales par une relation privilégiée avec la Russie, mais aussi avec nos alliés arabes historiques, est salutaire.

La France, horizon indépassable d’un projet européen humaniste

En filigrane de ce projet, c’est évidemment la conception même de l’Europe qui est en jeu.

Par une bizarrerie des préjugés, l’élite parisienne oppose la souveraineté française et la construction européenne. C’est absurde! Le seul projet européen viable qui ait existé dans l’histoire, est celui d’une inclusion plus ou moins directe de l’Europe dans la souveraineté française.

La relance de l’Europe ne peut passer que par un épisode narcissique français. Nous devons nous aimer et assumer notre rayonnement sur le continent. Nous devons retrouver nos territoires naturels historiques. Rappelons que l’extension naturelle de la Gaule, c’est le Rhin, sur tout son parcours, ce qui inclut une bonne part de l’Allemagne, le Luxembourg, la Belgique, et une bonne part de la Hollande.

Ce sont nos frontières de 1814 que nous devons retrouver plus ou moins directement.

Projet impérial ou pré-impérial?

Reste à savoir jusqu’où François Fillon peut aller dans le déploiement de ce projet continental.

En l’état, malgré sa large victoire, François Fillon n’a pas tranché un certain nombre d’ambiguïtés. Il n’a par exemple pas pris position sur la zone euro, sur la stratégie monétaire européenne, ou alors ses prises de position sont restées incertaines. En ce sens, François Fillon devra composer avec des soutiens qui sont probablement moins avancés que lui sur ces questions, ou qui se montreront plus incertains.

Pour passer les caps nécessaires, François Fillon aura besoin de renouveler en profondeur les élites de gouvernement, pour favoriser l’avénement de décideurs plus enclins à formuler un autre projet continental.

La campagne constituera un bon test

À quelle vitesse François Fillon parviendra-t-il à recomposer les élites? La campagne des présidentielles sera un bon test. Soit François Fillon reste avec ses équipes actuelles, et on peut se faire du souci. Soit il décide de recomposer son entourage, et le meilleur est imaginable.

Fillon et la santé: enfin une réforme de bon sens!

Article écrit pour le Figaro Vox.

François Fillon avance, sur la santé, des propositions encore mal comprises par les Français. Et c’est bien dommage, car le mouvement en avant qu’il propose constitue une vraie réforme équitable. Les quelques lignes qui suivent tentent de la rendre plus claire, en dehors des simplifications inquiétantes (car immobilistes) d’Alain Juppé qui explique de façon suicidaire (car c’est une promesse impossible à tenir dans les années futures) qu’il ne touchera pas aux taux de remboursement de la sécurité sociale.

Les cancéreux, grandes victimes de la sécurité sociale

Régulièrement, la presse se fait l’écho des scandaleux restes à charge en cas de cancer. En moyenne, une victime du cancer doit débourser de sa poche 750 euros par an pour être soignée. Ce seul fait prouve que notre sécurité sociale, élevée au pinacle par tant de bien-pensants, dont Alain Juppé lui-même, n’est qu’une forme très dégradée de protection sociale. S’il existe en effet des maladies où la médecine devrait être gratuite et généreuse, ce sont ces maladies longues et graves qui constituent le vrai risque santé en France. 

Pourtant, nous avons fait le choix inverse. La stratégie de remboursement des frais de santé en France consiste en effet à ne pas prioriser le risque. La sécurité sociale se sent obligée de rembourser n’importe quel soin, et de ne surtout pas sacrifier les soins « visibles » (les grippes, les bronchites, la presbytie, la visite chez le dentiste), parce que ce sont ceux qui rapportent le plus d’électeurs. Certes, les maladies « ordinaires » sont moins généreusement remboursées que les affections de longue durée. Mais la généralisation des complémentaires santé fait que, dans la pratique, un patient est mieux couvert lorsqu’il a la grippe que lorsqu’il a un cancer.

Notre absurde stratégie de dépense en santé

Pour mémoire, l’assurance maladie en France assume environ 250 milliards d’euros de dépenses annuelles, dont un petit 80 milliards pour les maladies graves.

Si la sécurité sociale constituait une protection sociale performante, elle allouerait à la prise en charge de ces maladies graves (le cancer, le SIDA, l’hépatite, le diabète, etc.) une somme d’au moins 100 milliards. Seule cette augmentation de dépense permettrait d’éviter tout reste à charge du patient.

Pour le coup, ce geste serait tout à fait mérité dans la mesure où le renoncement au soin pour ces maladies constitue une véritable prise de risque. Le sens de l’assurance maladie se situe là.

L’amélioration de la prise en charge du cancer est impossible en France du fait des arbitrages macro-économiques. Comme la sécurité sociale met absurdement (et pour des raisons électoralistes) dans la même enveloppe budgétaire les remboursements de maladies graves et ceux de maladies anecdotiques, il faut bien équilibrer les efforts. Pour que Madame Michu, qui se rend chaque semaine chez son médecin pour s’occuper et avoir une prescription, continue à être prise en charge à 70% par la sécurité sociale, on explique à la femme victime d’une mastectomie que la chirurgie réparatrice qui lui permettra de ne plus ressembler à une Amazone est à sa charge. Et ça coûte cher.

Au passage, on ne dit pas assez que la solidarité invoquée à tout bout de champ dans le domaine social fait toujours des victimes, et généralement ce sont les plus faibles. En l’espèce, on sacrifie volontiers la jeune maman frappée par le cancer pour s’occuper des plus âgés, généralement détenteurs d’un patrimoine, et très décomplexés sur la dépense en santé.

La question emblématique des lunettes

Dans cet inventaire à la Prévert de maladies, de médicaments et de dépenses en tous genres, la sécurité sociale fait très fort au nom d’un égalitarisme à trois francs six sous. Elle veut se mêler de tout, comme si toutes les maladies relevaient du même risque et de la même logique de remboursement, sans songer que ce sont chaque fois les maladies graves qui sont sacrifiées.

Les frais d’optique constituent sans doute l’exemple le plus emblématique de cette gabegie organisée au nom de l’égalité et de la fantasque universalité de la sécurité sociale. La sécurité sociale se sent obligée de rembourser toutes les lunettes et tous les verres prescrits par un ophtalmologue. Mais les montants de remboursements sont si ridicules qu’ils pourraient être supprimés sans qu’aucun assuré ne s’en aperçoive.

Au demeurant, le légitimité d’une intervention de la sécurité sociale dans les remboursements de lunettes est sujette à caution. La baisse de la vue est en effet un risque certain chez les humains. On n’est pas sûr d’avoir un cancer, mais on est toujours sûr de devenir presbyte. Alors pourquoi rembourser ce risque certain comme s’il était aléatoire?

En réalité, la prise en charge des lunettes relève de l’épargne et non de l’assurance.

Fillon propose une nouvelle logique du risque

Dans le projet de François Fillon tel qu’il est avancé aujourd’hui, l’idée sous-jacente est donc de revenir au sens original de l’assurance maladie: ne plus rembourser les risques certains, et concentrer les moyens sur les risques aléatoires. Laisser, au fond, chaque citoyen prendre ses responsabilités avec les petites maladies du quotidien comme la grippe ou la bronchite, la presbytie et même la rage de dents. En revanche, la collectivité pourra renforcer la prise en charge des maladies graves, chroniques, de longue durée, et retrouver des soins de très haute qualité pour ces profils à risque.

Entendons-nous sur ce que signifie « laisser chaque citoyen prendre ses responsabilités ». La France est dotée aujourd’hui d’un marché extrêmement mature de complémentaires santé. L’offre est pléthorique, concurrentielle, efficace. Pour les frais d’optique, pour les prothèses dentaires, il est acquis que l’externalisation du risque auprès de ces acteurs complémentaires permettra à la fois de diminuer les coûts et d’améliorer la qualité des soins.

En particulier, la bonne maîtrise des données de santé et le recours systématique à des réseaux de soins constitue une évolution importante dans la révolution sanitaire que nous pouvons engager, dans la mesure où elle permet de salarier les médecins qui le veulent et de garantir les meilleurs prix aux assurés et aux patients.

Combien ça coûte?

La question que se posent les Français, bien entendu, est de savoir si ce système rendrait la santé plus chère ou non.

Contrairement aux préjugés largement répandus, la réforme de François Fillon permettra de diminuer le coût de la santé pour les particuliers. En effet, ils troqueront des dépenses mal gérées par la sécurité sociale et les hôpitaux publics, contre une dépense soumise à la concurrence du marché et donc mieux gérée par des acteurs qui risqueront de perdre leur portefeuille en cas d’insatisfaction de l’assuré.

Pour arriver à ce système, l’assurance maladie perdra une partie de son périmètre d’intervention et pourra donc sensiblement baisser ses cotisations (ce qui libérera de la compétitivité pour les entreprises). Ces sommes libérées ne seront que partiellement compensées par la hausse des tarifs des complémentaires santé. L’assuré sera donc finalement gagnant.

La question de la sélection du risque

Certains ne manqueront pas d’opposer à ce raisonnement imparable la manie des assureurs de sélectionner le risque. Les prix baisseront, diront-ils, pour les jeunes en bonne santé, et augmenteront pour les vieux malades.

Ce point doit être traité sur le fond, car il est aujourd’hui perverti par l’égalitarisme apparent de la sécurité sociale, qui matraque les jeunes avec des cotisations élevées pour mal prendre en charge les plus âgés (on ne compte pas ici le nombre d’anecdotes sur les seniors qui passent des heures sur un brancard dans les couloirs des hôpitaux sans voir un médecin).

En réalité, la France n’a pas encore assumé la révolution du 4è âge qui devrait résoudre un grand nombre de ses problèmes. Le coût de la santé pour les seniors est en effet très lié aux derniers mois de vie, et même aux dernières semaines. Le moment vient sans doute de régler ce sujet en prévoyant d’autres modes de financement des soins pour ces sujets spécifiques, spécialement en faisant jouer les actifs successoraux.

Ces choix techniques indispensables permettront de rétablir une parfaite équité dans le système de santé proposé par François Fillon.

Les entrepreneurs, grands orphelins de la présidentielle

Article écrit pour Atlantico.

Pour les entrepreneurs, l’élection présidentielle va constituer un dilemme coriace. Pour qui voter, alors qu’aucun candidat ne semble avoir compris les préoccupations des 2,5 millions de Français qui dirigent une entreprise?

Quelles sont les préoccupations majeures des entrepreneurs?

Contrairement à d’autres groupes sociaux où les attentes sont plus diffuses, les entrepreneurs ont globalement une conscience assez homogène de leur vision politique. Le dernier baromètre Fiducial l’a montré. Les entrepreneurs considèrent à 81% que la fiscalité est inéquitable, et à plus de 90% que les prélèvements sociaux sont trop élevés.

Les « indépendants », comme on dit, sont donc unis par une vision structurée de la situation politique. Ils plaident globalement pour une réforme fiscale profonde, et à une très écrasante majorité pour une remise à plat radicale du financement de la protection sociale. Ce point mérite d’être marqué, car il prouve que l’attente des entrepreneurs est grande sur les questions liées au bien-être commun et pas seulement sur les problèmes patronaux immédiats.

Un point exclu des programmes politiques

Sur la question du financement de la protection sociale, qui est la plus importante et la plus unanime pour les entrepreneurs, la déception vis-à-vis des programmes politiques avancés jusqu’ici est immense. En particulier, du côté des Républicains, aucun candidat ne semble décidé à prendre le taureau par les cornes. Tout se passe comme si la droite française, face au fameux « modèle social » français, était prise des mêmes tremblements que la poule face au couteau.

Cet immobilisme ou ce manque d’imagination sont d’autant plus consternants que la sécurité sociale apporte de moins en moins de services pour un coût de plus en plus élevé. Après les absurdes réformes portées par Marisol Touraine, qui ont beaucoup dégradé des bienfaits déjà contestables du système, on aurait pu s’attendre à plus d’audace.

Le dommageable silence sur le RSI

Dans ces questions de protection sociale, on ne peut évidemment ignorer qu’un point fondamental porte sur l’avenir du RSI. Pour tous les entrepreneurs, le RSI est devenu le synonyme du désamour que la France leur porte et de cette insane obsession de faire entrer un monde rond – celui de l’économie française – dans le carré étroit d’un système de protection sociale complètement dépassé. Par un populisme imbécile, Jean-Pierre Raffarin, aidé de deux funestes accolytes: Jean-Pierre Bas et Renaud Dutreil, avait décidé de créer une caisse unique là où existait une diversité approximative. Cette opération s’est traduite par un désastre financier (plusieurs centaines de millions d’euros engloutis dans des erreurs administratives) et sociétal (des dizaines de milliers d’entrepreneurs déclarés « libérés de la Sécu » après de folles tracasseries administratives). Que propose la droite, aujourd’hui, pour réparer le mal commis à cette époque?

Rien.

Rompre avec la déresponsabilisation française

Tous les entrepreneurs français le savent: la société se déresponsabilise chaque jour un peu plus. Là encore, la protection sociale exprime très bien cette perte de repères qui domine la France contemporaine. La sécurité sociale est synonyme de « rasage gratis ». Je suis immatriculé à ma naissance, donc j’ai droit, sans payer. L’accroissement, année après année, du « trou » de la sécurité sociale prouve que les gouvernements qui se succèdent préfèrent recourir aux expédients pour préserver la paix sociale, plutôt que de révéler la vérité des prix. En principe, tout déficit de la sécurité sociale devrait entraîner une augmentation de la Contribution au Remboursement de la Dette Sociale. Aucun gouvernement n’ose mettre en branle ce mécanisme, et préfère maintenir la fiction selon laquelle la France peut continuer à « s’assurer » sans augmenter ses tarifs.

Là encore, aucun candidat de droite ne propose de véritable solution pour instaurer un mécanisme automatique d’affichage des prix réels de la sécurité sociale.

Se souvenir de la résistance française à la Sécu

S’agissant des entrepreneurs, il ne serait pourtant pas absurde que la droite manifeste un minimum d’attention vis-à-vis de leur problématique. Souvenons-nous qu’en 1946, le gouvernement avait prévu d’étendre le régime général aux entrepreneurs. Face à leur bronca, il avait reculé, et les indépendants avaient conservé leur régime spécial. Il a fallu un gouvernement de droite, truffé de conseillers d’Etat, pour qu’en 2005 le régime général répare la reculade de 1947. Il ne faut jamais oublier que, pendant soixante ans, les indépendants ont obstinément refusé une sécurité sociale pourtant présentée comme idéale.

Pourquoi ne pas mettre un terme à l’expérimentation hasardeuse tentée en 2005?

Une méthode simple à suivre

Les candidats républicains marqueraient des points importants auprès des entrepreneurs s’ils adoptaient deux mesures simples sur un sujet sensible.

Première mesure: il faut supprimer le monopole du RSI sur la protection sociale des indépendants. Ceux-ci doivent pouvoir s’assurer là où ils le souhaitent, pourvu qu’ils s’assurent. L’obligation d’assurance n’exclut pas la liberté de choix de l’assureur. Pour les 2,5 millions d’entrepreneurs de France, cette mesure ouvrirait une importante voie: celle de l’échappée loin des tracasseries du RSI.

Deuxième mesure: accorder une amnistie pour tous ceux qui sont d’ores et déjà sortis du RSI. Les dizaines de milliers d’émules de la « libération » sociale sont en effet exposés aujourd’hui à des poursuites. Il faut les sécuriser juridiquement.

Ouvrir le débat de la fiscalisation de la sécurité sociale

Ces deux mesures ci-dessus constituent un préalable, une sorte de « fondamental ». Idéalement, un candidat marquerait des points s’il les complétait par une réforme du financement de la sécurité sociale, fondée sur un principe simple: moins de cotisations et plus d’impôts. La sécurité sociale française a en effet l’ambition d’être « solidaire ». Or la solidarité est une prérogative de l’Etat, et donc de l’impôt. Elle ne peut s’appuyer sur des cotisations qui pénalisent le travail.

Cette cohérence dans le financement est d’autant plus nécessaire qu’avec plus de 3 millions de chômeurs, la France ne peut éternellement s’offrir le luxe de faire peser sur le travail (et sur les employeurs) le poids de la solidarité pour tous, alors que plus aucun de ses voisins ne pratique de la sorte. Il faut choisir: ou l’on veut relancer l’emploi, ou on le pénalise. Mais on ne peut mener de front les deux ambitions.

La solution à cette situation s’appelle la fiscalisation de la sécurité sociale. On aimerait en trouver les germes dans les programmes des républicains.

Après le Brexit, le Franxit?

Brexit! Les Anglais ont osé! ils ont eu les attributs masculins qu’il fallait pour dire: « on s’en va » ! Pendant plusieurs semaines, les « intellectuels », les « experts », les gens qui savent mieux que nous se sont pourtant relayés pour leur promettre les sept plaies d’Égypte s’ils allaient jusqu’au bout. Et malgré ces pressions, malgré les menaces, malgré les ultimatums, ils ont dit « We leave ». Pour tous ceux qui sont épouvantés par ce peuple nourri de panse de brebis à la menthe, ce seul acte de courage résonne comme un moment de réconciliation éternelle. Les Anglais ont montré la voie.

Les Anglais quittent le Lebensraum prussien

En posant un magistral « Leave », ce n’est pas l’Europe que les Anglais quittent, mais sa pâle imitation, son fantôme germanisé, cette mascarade où une Commission de pacotille brasse de l’air à Bruxelles quand les vraies décisions sont prises à Berlin.

Et c’est tout le sujet de ce referendum: que voulait dire rester? quel était le sens du « Remain »? Certainement pas marquer un attachement à l’Europe, mais bien plutôt se soumettre, accepter une règle du jeu qui ne profite qu’à l’Allemagne et qui entrave tous les autres. Et accessoirement, accepter une conception du continent berlinocentrée qui nous mène à notre perte et à des guerres en série.

Rappelons-le. Qui a déstabilisé le continent en ouvrant brutalement ses portes à des flots de migrants abusivement présentés comme les réfugiés d’une guerre que nous avons nous-mêmes provoqué ? L’Allemagne. Qui exaspère nos relations avec notre alliée russe traditionnel ? L’Allemagne. Qui pousse à signer coûte-que-coûte un traité transatlantique qui clive ? L’Allemagne. Qui exige des politiques budgétaires qui épuisent l’esprit européen ? L’Allemagne.

C’est bien le Lebensraum allemand que les Anglais quittent.

Après le Brexit, le moment de préparer un Franxit

Depuis une trentaine d’années, le gouvernement profond et ses thuriféraires vante les mérites de l’Europe comme source de prospérité. Tout argument contraire donne lieu à un réflexe pavlovien: si les recettes européennes ne marchent pas, c’est parce qu’il faut encore plus d’Europe.

L’euro est la caricature de ce mystère selon lequel quand il y a trop d’Europe, il en faut toujours plus. L’euro devait apporter la prospérité. Quinze ans après son lancement, tous les pays qui en sont dotés, sauf l’Allemagne (bizarre, comme c’est bizarre!) sous-performent et souffrent d’une croissance atone. Malgré tout, le gouvernement profond nous soutient qu’il faut encore plus d’intégration européenne pour assainir la situation.

Face à cette situation, les Français doivent suivre l’exemple anglais. Ils doivent comprendre que l’Europe est une notion trop grande, trop vaste, pour être réduite à cet instrument de domination prussienne qu’on appelle faussement Union Européenne. Le moment est venu de dénoncer cette imposture.

Que doit dire Hollande à Merkel?

Lorsque François Hollande, qui a absurdement accepté qu’un sommet des Etats fondateurs se tienne à Berlin, ville qui n’appartenait pas à l’Europe en 1956, au moment du traité de Rome, il avait en tête un renforcement de l’intégration européenne. Il faut que les Français lui fassent savoir qu’il doit inverser la courbe de ses erreurs et de son incompétence en expliquant à Merkel que nous exigeons un changement immédiat des règles du jeu, sans quoi, nous passeront au Franxit.

Ce changement, quel est-il?

Premièrement, il faut immédiatement entamer une profonde réforme de la Banque Centrale Européenne, qui doit être dotée d’un mandat incluant la recherche du plein emploi, et plus seulement le maintien d’une inflation à 2%. La BCE doit quitter Francfort et s’installer au Luxembourg.

Deuxièmement, il faut poser un principe de parité de voix entre la France et l’Allemagne au sein du Conseil Européen. La réunification allemande a donné un poids trop important à la Prusse.

Troisièmement, le poids des pays fondateurs doit être renforcé dans les votes au Conseil Européen par la mise en place d’un mécanisme de veto qui leur soit spécifique dans les décisions.

Quatrièmement, la France doit annoncer la mise en place d’une coopération spécifique avec la Belgique et le Luxembourg, qui mette le premier doigt dans l’engrenage d’un rapprochement territorial.

Cinquièmement, la France doit obtenir de ses partenaires une contribution spécifique à son effort de défense.

Sixièmement, la France doit exiger un plan d’investissement public effectif d’au moins 500 milliards d’euros pour contrer les effets dépressifs du Brexit.

Septièmement, la France doit interrompre les sanctions contre la Russie et doit chercher avec celle-ci une issue intelligente au conflit en Syrie. Elle doit préparer avec la Russie une intervention directe en Libye pour rétablir l’ordre.

Huitièmement, la France doit entamer une réflexion sur la transformation de l’euro en monnaie-or et la réintroduction de monnaies locales pour desserrer l’étau de la pression monétaire.

Moyennant ces ajustements qui sont un prémice de l’empire français, nous pouvons envisager de rester dans l’Union.

Néandertal

Sommes-nous les héritiers de Neandertal?

Article publié sur Neandertalis.ORG.

L’homme de Néandertal a la cote! Depuis plusieurs années, et de manière grandissante, il suscite une passion et fait l’objet d’une sorte de révisionnisme historique. Non, il n’est pas le sous-homme qu’il avait la réputation d’être! non, il n’était pas si « primitif » qu’on a voulu nous le faire croire! peut-être même était-il supérieur à l’Homo Sapiens dont nous sommes issus.

Il se trouve qu’en Europe, l’homme moderne a fait l’objet d’un important métissage avec le Néandertal… au point qu’on trouve presqu’autant de traces du Néandertal dans l’homme européen contemporain que de traces arabes dans les habitants du Maroc aujourd’hui. La question est bien entendu de savoir quelle originalité cette survivance apporte.

Pourquoi Néandertal s’appelle Néandertal…

Historiquement, l’homme de Néandertal fut découvert en 1830 en Belgique à Engis (près de Liège), assez loin de la vallée de Néandertal, qui se trouve en Allemagne. Située près de Düsseldorf, celle-ci n’a commencé à révéler ses secrets qu’en 1856, avec les découvertes de l’archéologue Fuhlrott, qui avait d’ailleurs précédé Darwin de quelques années dans le pressentiment que les espèces évoluaient. Entre-temps, en 1848, un autre crâne de Néandertal avait été découvert à Gibraltar.

Le nom du Néandertal fait donc référence au site rhénan où son premier specimen fut identifié et analysé comme tel, et non au premier endroit où des fossiles furent trouvés. Son nom lui fut attribué par l’archéologue anglais William King en 1864.

Où se trouvent les traces de Néandertal?

Si le site de Néandertal a révélé de nombreux ossements, l’implantation de Néandertal est beaucoup plus large que la vallée rhéno-mosane. On a déjà cité des découvertes à Engis, près de Liège, et à Gibraltar. En 1886, deux squelettes bien conservés furent découverts à Spy, en Belgique. En 1899, des ossements furent excavés en Croatie, à Krapina. En 1925, le français Turville découvrit l’homme de Galilée, en Palestine. En 1926, c’est un nouveau crâne à Gibraltar qui est découvert, surnommé Gibraltar 2. On considère aujourd’hui que les ossements de Gibraltar attestent du dernier peuplement Néandertal dans le monde.

Source: Wikipedia
Source: Wikipedia

Avec les années 30, s’ouvre une assez longue période où les découvertes sont plus rares.

Dans les années 50, neuf squelettes sont découverts au Kurdistan, à Shanidar, au nord de l’actuelle Irak (un dixième squelette sera découvert en 2006). Ils datent probablement des derniers millénaires avant la disparition de l’espèce. En 1981, des ossements sont découverts au Pays de Galles. Ils datent probablement de l’an 230.000 avant Jésus-Christ.

Il faut attendre les années 90 pour que les grandes découvertes reprennent.

En 1993, l’université de Liège découvre sur le site archéologique de Scladina, près d’Andenne, les ossements, dont un crâne, d’un enfant d’espèce Néandertal datant de – 100.000 à – 130.000 avant Jésus-Christ. En 1994, 12 squelettes sont découverts en Espagne, dans la grotte de Sidron, au nord-ouest de l’Espagne. Ces découvertes permettent, pour la première fois, de séquencer le chromosome Y et le gène de la parole chez l’homme de Néandertal. En 1998, à Abrigo au Portugal, des restes humains d’un enfant présentant des signes de possible métissage entre le Néandertal et l’homme moderne sont mis au jour. Ils sont estimés à 25.000 ans avant JC. Enfin, en 2000, un archéologue russe isole l’ADN d’un enfant Néandertal dans le Caucase. Ces ossements dateraient de l’an – 30.000 et appartiendraient donc à l’un des derniers représentants de l’espèce.

Autrement dit, le champ d’expansion du Néandertal connu à ce jour court de Gibraltar au Caucase, et du Pays de Galles au Moyen-Orient, jusqu’à la frontière nord de l’Irak.

Qu’est-ce que la Neandertal genome project?

En 2006, le Max Planck Institut en Allemagne et la start-up 454 Life Sciences du Connecticut lancent un grand programme de décryptage de l’ADN du Néandertal. En tout, ce sont 4 milliards d’échantillons qui sont analysés jusqu’en 2010. Le programme est conduit par Svante Pääbo.

Le projet conclut à une divergence entre le Sapiens et le Néandertal située dans une époque entre – 500.000 et – 370.000. En outre, les chercheurs, établissent que 99,7% de l’ADN de Neandertal sont identiques à l’ADN moderne.

Surtout, la grande découverte du projet consiste à montrer qu’entre 1 et 4% du génome des hommes contemporains proviennent de Néandertal, sauf en Afrique où l’ADN de Néandertal est absent. C’est en Europe que l’on trouve le taux d’ADN de Néandertal le plus élevé, signe que la concentration des Néandertal était plus forte en Europe qu’en ailleurs, même si, en Extrême-Orient, certaines populations ont conservé un patrimoine génétique élevé.

Quels gènes du Néandertal sont différents?

Les travaux de Pääbo et de ses équipes ont permis d’identifier les gènes de Néandertal et les gènes de Sapiens qui diffèrent.

L’un d’eux, le RPTN, encode la protéine qui protège la peau. Son absence chez Néandertal peut expliquer sa moindre grande résistance aux maladies. Le Néandertal disposait également d’un système thyroïdien différent. En outre, le Néandertal disposait d’un gène FOXP2, auquel est attribué le langage, différent du gène contemporain, mais néanmoins opératoire. Néandertal savait donc parler…

Les découvertes récentes sur Néandertal

Après la batterie de décryptage du Neandertal genome project, les chercheurs ont enrichi leurs hypothèses et leurs théories sur l’hybridation entre l’homme contemporain et son ancêtre.

En particulier, en 2015, des généticiens (Vernot et Akey, de l’université de Washington) ont commencé à soutenir l’hypothèse selon laquelle le Néandertal d’Europe et le Néandertal d’Asie n’appartiendraient pas à la même souche ou auraient subi des phénomènes démographiques différents. Ils n’écartent pas l’hypothèse d’un métissage des Européens avec une population encore mal identifiée. Cette thèse est corroborée la même année par Kim et Lohmueller, de l’université de Los Angeles.

Peu à peu, c’est la théorie de multiples foyers de peuplement qui prend forme, avec une remarque importante formulée en avril 2016 sur la différence du chromosome Y entre Néandertal et Sapiens, qui pourrait expliquer en partie l’extinction de la population. Les mères porteuses du chromosome donnaient probablement naissance à des hybrides stériles.

Quand et pourquoi Néandertal a-t-il disparu?

La date exacte de la disparition de Néandertal est incertaine. Toutefois, les scientifiques admettent communément que la population a été décimée vers l’an – 40.000, et qu’elle a survécu au plus tard jusqu’en – 25.000.

Les théories sur la disparition de Néandertal sont nombreuses et restent incertaines. Deux grands groupes de théories coexistent aujourd’hui, d’ailleurs non exclusives les unes des autres.

Les théories de la catastrophe brutale (notamment celle du changement climatique) soutiennent qu’en l’espace de quelques milliers d’années, l’homme de Néandertal a disparu corps et âme. Ces théories rendent toutefois mal compte des phénomènes de métissage et d’hybridation décrits plus haut.

Les théories du métissage privilégient au contraire l’idée d’une absorption progressive de la population néandertalienne par d’autres groupes humains, comme l’homme de Cro-Magnon. Il est en tout cas très probable que Cro-Magnon, qui venait d’Asie Centrale, ait coexisté pendant au moins 15.000 ans avec Néandertal.

La civilisation néandertalienne était-elle supérieure?

Le plus étonnant tient aux découvertes archéologiques témoignant d’une culture néandertalienne probablement supérieure à la culture du Sapiens. Ces découvertes concernent un vaste espace de sites archéologiques, à certains égards plus large que les sites identifiés avec des ossements:

Source:Wikipédia
Source:Wikipédia

La civilisation néandertalienne est habituellement qualifiée de « moustérienne », du nom d’un abri en Dordogne (le Moustier). Le Moustérien se reconnaît aux objets bifaces et à diverses techniques comme celle de Levallois.

Surtout, le site de Moustier témoigne de l’existence de pratiques religieuses datant de l’an -100.000. L’homme de Néandertal serait donc le prototype de la créature spirituelle, hantée par la peur de la mort et convaincue d’une existence spirituelle au-delà des apparences terrestres.

Cette antériorité du fait religieux chez l’homme de Néandertal est loin d’avoir livré tous ses secrets.

Revenu universel: les Belges ont tout compris!

Le revenu universel est une formidable opportunité pour réformer en profondeur une sécurité sociale qui nous étouffe. Pendant que les pseudo-libéraux français continuent à imaginer des usines à gaz toujours plus coûteuses, plus étatistes et plus liberticides, les Belges (moins atteints que par la pensée unique, moins soumis que nous aux injonctions du gouvernement profond) se rangent au bon sens. Je reproduis ici une interview donnée par un chercheur au Bruxelles Bondy Blog sur le sujet.

Longtemps confinée au seul espace des théories philosophiques, l’allocation universelle agite de plus en plus de pays et de citoyens européens. Si l’idée ne contente pas tout le monde, jamais elle n’a fait autant parler d’elle qu’aujourd’hui. Et c’est tant mieux, selon Yannick Vanderborght, professeur et chercheur en sciences politiques à l’Université de Saint-Louis (Bruxelles).

Pourquoi défendez-vous l’allocation universelle ?

Elle est à mes yeux l’une des voies de réforme importantes de la protection sociale. S’il est efficace à certains égards en matière de santé et de retraite, notre système actuel présente des défauts, particulièrement en matière de sécurité du revenu. Une défaillance majeure concerne le revenu minimum (revenu d’intégration sociale), qui, pour diverses raisons, n’est pas octroyé à toutes les personnes qui y ont droit.

Par ailleurs, il me semble que notre système de protection sociale pose un autre problème, en pénalisant l’activité. Lorsqu’un bénéficiaire du revenu minimum accède à un emploi, cette aide financière lui est retirée. Une personne en situation de précarité réfléchit donc à deux fois avant de se lancer dans une activité. Elle n’osera prendre de risques. Il y a là frein à l’emploi, comme le démontrent les enquêtes sociologiques. C’est un défaut majeur de l’État social. Sortir de cette trappe d’inactivité passe à mon avis par l’allocation universelle.

L’allocation universelle est-elle une mesure de droite ?  

Elle est clairement une mesure de philosophie libérale, au sens où elle vise à garantir un minimum de liberté à chacun. Les politiques sociales actuelles sont très bureaucratiques, impliquant de nombreux contrôles sur les moins nantis. Au contraire, une allocation universelle veillerait à préserver la liberté des personnes sans emploi ou issue de familles moins aisées.

L’idée n’en est pas pour autant néolibérale. Elle serait alors une mesure massivement favorable aux intérêts des capitalistes et des employeurs. C’est faux, puisque pour la première fois dans l’histoire du capitalisme, il y aurait un revenu totalement déconnecté du travail. Il n’y aurait plus la nécessité de vendre sa force de travail aux détenteurs des moyens de production. Cette mesure n’est donc pas néolibérale. Cependant, il existe des versions néolibérales de l’allocation universelle, inspirées des propositions de Milton Friedman, théoricien américain du néolibéralisme du 20ème siècle. Elles visent l’affaiblissement de l’État social et la suppression des programmes sociaux actuels, en vue de les remplacer par un petit revenu universel. Personne ne défend sérieusement cette idée en Europe. Et ce n’est pas la vision à laquelle je tiens.

À quelle vision tenez-vous ?

Mon sentiment est que l’État social contient des embryons d’allocation universelle – et c’est très heureux. Par exemple, les allocations familiales, qui  bénéficient à toutes les familles. Ou encore le système de santé, universel en Belgique : le droit aux prestations de santé vaut pour tous, y compris pour ceux qui ne paient pas les cotisations.  C’est exactement cette logique-là que l’allocation universelle pousse à son terme : ceux qui n’ont jamais cotisé ont droit à un revenu modeste, qui permet un minimum de sécurité économique. Je ne dis pas qu’il faille donner 1000 ou 1500 euros à tout le monde, mais bien un revenu qui permet un minimum de sécurité économique.

Certains penseurs de gauche, comme Mateo Alaluf, sociologue et professeur à l’Université libre de Bruxelles, voient dans l’allocation universelle la déliquescence de l’État social. D’autres, comme le syndicaliste socialiste Marc Goblet, lui reprochent d’être inutile : autant renforcer le système de protection sociale actuel. Qu’en dites-vous ?

Introduire un revenu de base, c’est justement renforcer la sécurité sociale. Prenons un exemple concret d’un défaut auquel il pourrait remédier. En Belgique, nombreuses sont les femmes qui ont des difficultés à accéder à une bonne retraite. Elles ont des carrières irrégulières, très courtes. Elles s’occupent de leurs enfants et travaillent donc à temps partiel ou ne travaillent pas du tout. N’ayant pas payé (autant) de cotisations que les hommes, elles obtiennent de petites retraites et pourraient basculer dans la pauvreté, une fois parvenues à l’âge de les toucher. Pour y remédier, les Pays-Bas et le Danemark ont instauré une pension de base universelle – un revenu de base pour les plus de 65 ans. Voilà une réforme renforçant la protection sociale, inspirée de l’allocation universelle. Dans l’idéal, ce système serait étendu à tout le monde, pour garantir la sécurité économique et sociale à chacun. Plutôt que son démantèlement, il s’agirait du point culminant de la protection sociale.

Comment expliquez-vous ces réticences de la gauche ?

En sciences politiques, on parle d’inertie institutionnelle. Une fois les institutions en place, elles sont extrêmement difficiles à réformer. La sécurité sociale encore plus, de part sa longue histoire et des moyens financiers considérables qu’elle implique – quasiment un tiers de la richesse nationale. La réformer, c’est s’attaquer à des intérêts bien établis. Il en va malheureusement de même pour certains syndicats, qui ont du mal à réfléchir à des réformes. Ils y voient toujours une menace, les empêchant d’être innovants.

La gauche traditionnelle est fortement sur la défensive. Et c’est très dommage parce que toutes les propositions de réforme viennent donc de la droite : coupe dans les budgets, réduction des allocations, sanction des chômeurs, etc. À mon sens, à part les revendications minoritaires d’une allocation universelle, de gauche ne vient aucune contre-proposition.

Cependant, il y a un clivage générationnel sur la question de l’allocation universelle. Le conservatisme est moins présent chez les plus jeunes des partis politiques – de gauche comme de droite. Ils voient dans le revenu de base l’opportunité d’avoir plus d’autonomie dans le choix des activités. Ces activités, ce ne sont pas uniquement les emplois salariés, avec patron et horaire fixe. Elles sont aussi des projets autonomes et personnels, dont on fixe soi-même les objectifs. On peut se contenter d’un revenu beaucoup plus modeste lorsqu’on est au moins libre dans ses activités.

Comment mettre en place ce revenu de base concrètement ?

Je suis de ceux qui prônent une mise en place progressive. Il est insensé de verser un revenu de base de 1000 euros à tout le monde, du jour au lendemain. Nous n’avons aucune idée des conséquences sur l’économie et le marché du travail. Il faut commencer en douceur, par l’introduction de sommes plus modestes, puis par ajustement. C’est ainsi que le système de sécurité sociale a commencé. Concrètement, nous pourrions commencer par étendre le droit aux allocations familiales à tous les jeunes (et non pas uniquement ceux qui sont aux études), et au-delà de 25 ans.

Le financer est-il possible ?

Je n’ai personnellement pas entamé de travaux à ce sujet, mais des économistes l’ont fait, en France et en Belgique notamment. Des lauréats du prix Nobel d’économie ont défendu ou défendent la mise en place de l’allocation universelle. Sans vouloir en faire un argument d’autorité, c’est qu’il doit être possible de le financer. Évidemment, des changements importants sont attendus, d’autant plus importants que le montant du revenu sera élevé.

Une partie du financement viendra d’un autofinancement, en supprimant certaines prestations existantes. Il ne s’agit pas d’éliminer l’assurance santé ou les retraites, contrairement à ce que laissent penser certains. Aujourd’hui, une personne seule au revenu d’intégration sociale (RIS) reçoit 800 euros. Imaginons une allocation universelle de 500 euros. Elle serait en partie financée par la soustraction de 500 euros au RIS. Une personne recevra donc 300 euros au titre du RIS, en plus de 500 euros au titre de l’allocation universelle. Le total est toujours de 800 euros : sa situation ne va pas se détériorer. On pourrait se dire que ça ne change donc rien. Au contraire, le changement est énorme. Recevoir ce montant de 500 euros est un droit inconditionnel. Ces 500 euros seront conservés, quoi qu’il arrive, que l’on se lance dans un emploi à temps partiel ou dans une activité indépendante.

Et à côté de l’autofinancement ? 

C’est sûr, il y aura une partie de surcoût : des personnes sans revenus aujourd’hui, comme les femmes au foyer et les étudiants, recevraient tout à coup une allocation universelle. Pour la financer, les modèles les plus sérieux passent notamment par la suppression de l’exonération d’impôts et des déductions fiscales. Ces cadeaux fiscaux, qui permettent de réduire l’impôt dû, sont contraires à la logique de redistribution, puisqu’ils bénéficient davantage à ceux qui ont les moyens d’opérer ces dépenses déductibles. L’abandon de ces avantages fiscaux pourrait combler une partie du budget.

Il n’empêche qu’il pourra toujours rester un surcoût. Une question fondamentale se pose : nos sociétés sont-elles prêtes à mettre en œuvre son financement, au vu des effets bénéfiques qu’une allocation universelle peut avoir sur l’économie ? Verrait-on des personnes se qualifier davantage ou se lancer dans des activités indépendantes, créant de l’activité économique ? Si le revenu de base sert d’accélérateur économique, alors il n’engendrera pas de surcoût, mais bien de la richesse. On utilise souvent l’argument du financement pour dire que l’allocation universelle est impossible. Accordons-nous d’abord sur le fait qu’elle est désirable sur le plan des principes, et étudions ensuite les modalités de sa mise en place. Si au 19e siècle, on avait jugé les premières assurances sociales infinançables, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Heureusement, des personnes courageuses se sont lancées dans ces réformes certes coûteuses au départ, mais qui ont démontré à terme qu’il est rentable de garantir la santé à chacun. Il en sera de même pour l’allocation universelle.

Le revenu universel ou comment les vraies idées libérales progressent

Je participe à un débat ce jeudi à Versailles sur le revenu universel.

La façon dont le débat sur le revenu universel se tient désormais en France illustre de façon tout à fait intéressante l’extraordinaire transformation des idées et du débat public à laquelle nous assistons depuis la Grande Dépression de 2008. Il était trop tentant d’en prendre note avec ironie.

Le revenu universel selon la Fondation Jean-Jaurès

On lira bien entendu avec fascination la note récente de la Fondation Jean-Jaurès consacrée au revenu universel. Celle-ci distingue trois conceptions du revenu universel:

L’approche libertarienne conçoit le revenu de base comme un transfert du pouvoir de décision depuis l’Etat vers les individus (…)

Les approches marxistes et écologistes conçoivent le revenu de base comme un instrument de sortie du capitalisme productiviste, voire du salariat, découplant les revenus du travail salarié et financé par la réappropriation, au moyen de l’impôt, des gains de productivité issus de la robotisation. (…)

Enfin, l’approche social-démocrate, encore peu développée, pourrait concevoir le revenu de base comme une adaptation de la protection sociale, héritée des Trente Glorieuses, aux nouvelles formes de travail et notamment au développement de la pauvreté laborieuse.

On comprend pourquoi cette dernière conception baptisée sociale-démocrate est « encore peu développée »: elle vient juste de naître avec la note de la Fondation Jean-Jaurès, qui récupère ici des thèses jugées comme affreusement libérales et réactionnaires il y a encore quelques mois. Cette récupération consiste notamment à proposer:

Son schéma de financement s’appuie sur un recyclage de tout ou partie des dépenses actuelles de protection sociale, sur des économies en gestion afférentes à cette simplification, ainsi que sur des hausses ciblées de prélèvements obligatoires de façon à ce que la mise en œuvre du revenu de base ne génère pas d’endettement supplémentaire.

Autrement dit, la fondation Jean-Jaurès nous propose, ni plus ni moins, de mettre le doigt dans un engrenage où le revenu universel remplacerait cette forme médiocre de protection sociale que la France appelle sécurité sociale.

Conception sociale-démocrate ou ultra-libérale?

Je me suis évidemment beaucoup amusé en lisant cette proposition, puisqu’elle reprend l’hypothèse que j’ai publiée l’an dernier. Lorsque j’ai osé prétendre que le revenu universel constituait l’avenir de la sécurité sociale, j’ai à l’époque fait l’objet d’une qualification peu enviée en France: celle d’ultra-libéral.

Contrairement à ce que certains libéraux proposent ( lire l’article «  le revenu universel, avenir de la sécurité sociale  » d’ Eric Verhaeghe), l’allocation d’un revenu de base à tous  inconditionnellement ne doit pas se substituer aux prérogatives de l’assurance maladie ni à celles d’un système de retraite par répartition et réduire ainsi la solidarité nationale à son minimum.

Encore plus amusant, cette idée de remplacer la protection sociale, en tout ou partie, par le revenu universel, est combattue par le think tank auto-proclamé libéral « Générations libres », qui écrivait en janvier 2016!

Le logement, le chômage et les retraites sont difficilement solubles dans la nouvelle prestation, et l’assurance-maladie encore moins.

Il est donc tout à fait fascinant de voir comment la fondation Jean-Jaurès, entité proche du Parti Socialiste, peut ranger dans la sociale-démocratie une conception du revenu universel jugée comme trop… libérale, par Gaspar Koenig, gourou de « Générations Libres » et ancienne plume de Christine Lagarde. Cette récupération ni vu ni connu d’une thèse que je me targue d’avoir défendue en m’exposant à de vives critiques, au-delà du sourire qu’elle fait naître, pose une vraie question sur la propagation des idées aujourd’hui.

8 mois pour faire percoler les idées

Il aura fallu huit mois pour qu’un thème ultra-libéral (remplacer la protection sociale par un revenu universel) s’impose assez naturellement comme une idée sociale-démocrate. Ce type de glissement en dit long sur la perméabilité de la social-démocratie aux idées venues d’ailleurs, surtout lorsqu’elles sont pleines de bon sens.

On pourrait dire la même chose de l’ensemble des thématiques économiques. Par exemple, soutenir que l’euro fort est une faute stratégique exposait il y a dix-huit mois aux critiques méprisantes de la technostructure. Assez rapidement, la même technostructure a jugé indispensable de reprendre à son compte cette idée qu’elle combattait avec vigueur jusque-là.

Ces fluctuations de pensée ont une explication simple: le débat public est préempté par une caste de pseudo-intellectuels peu cortiqués, dont la connivence est la seule légitimité. Mon idée est bonne et juste parce que je l’ai entendue dans un dîner ou un cocktail hier soir. Je ne sais pas pourquoi elle circule dans les milieux autorisés, mais si elle circule, elle doit bien reposer sur quelque chose.

L’expérience montre qu’il faut, dans la France contemporaine, entre huit et dix-huit mois pour qu’une idée dissidente mais intelligente soit récupérée par la nomenklatura, après une phase de rejet, de filtrage et d’ingurgitation. Autrement dit, il faut rarement plus d’un an pour qu’une idée juste passe du statut d’invention répugnante de la fachosphère au statut de vérité incontestable véhiculée par « l’élite » de ce pays.

A quoi servent les think tank libéraux?

Dans le cas du revenu universel, il est fascinant de voir que le Parti Socialiste en donne une interprétation beaucoup plus libérale que les think tanks auto-proclamés libéraux. Qu’il me soit permis, les concernant, de leur adresser un amical coup de griffe.

La réalité des think tank libéraux est qu’ils participent au bruit de fond d’une pensée unique largement dictée par les intérêts immédiats d’un gouvernement profond qui financent avec eux l’acquisition d’un substrat idéologique peu épais, peu consistant, et… très peu libéral. Contrairement aux illusions dont beaucoup aiment se goberger, le gouvernement profond n’est pas libéral. Il aime l’Etat parce que celui-ci est son meilleur instrument de domination sur la société.

Croire que les think tank financés à coups de millions par le gouvernement profond puissent être libéraux relève donc de la pure naïveté. En réalité, ils sont des machines d’influence qui fonctionnent sur un modèle unique: une figure qui incarne dans les médias une pensée supposée libérale, et une influence fondée sur des notes en papier mâché pour des journalistes dociles et paresseux qui s’épargnent la peine de s’informer de façon indépendante sur des problématiques qui les ennuient.

En soi, le think tank libéral n’est pas condamnable: il remplit une utilité sociale, celle de concourir à une bataille idéologique livrée par des intérêts puissants contre une réalité rebelle. Mais la fondation Jean-Jaurès vient de montrer avec brio que cet exercice d’influence n’a rien à voir ni avec la pensée, ni avec le libéralisme.

La maltraitance RSI par l’exemple

Les actifs qui ne sont pas soumis au RSI perçoivent rarement l’angoisse et le stress que ce régime créé de toutes pièces par des conseillers d’Etat pour satisfaire le fantasme d’une protection sociale transformée en jardin à la française peuvent procurer aux travailleurs indépendants. Cette incompréhension s’explique d’abord par l’extrême technicité du sujet, et elle se nourrit volontiers du soupçon qui pèse sur les indépendants, souvent perçus comme fraudeurs ou exploiteurs, ou les deux selon les cas.

Rien ne vaut donc une illustration par l’exemple pour que chacun mesure la toxicité d’un système imposé par une dangereuse idéologie et qui se traduit, pour beaucoup d’entrepreneurs, par une immense perte de temps, de productivité et de motivation.

Le RSI et le ratage ordinaire

C’est donc l’histoire d’un salarié qui quitte une entreprise pour créer la sienne, fin 2009 – appelons-le M. X. Bon petit soldat, le salarié en question demande à bénéficier des prestations du RSI. Mais… sa demande demeure sans réponse. Pendant trois ans! Entretemps, l’assuré putatif n’a compté ni son temps ni sa peine pour régulariser sa situation. Début 2012, par exemple, il envoie trois courriers recommandés (un chaque mois!) pour faire part de son inquiétude sur sa situation et exiger d’être prélevé.

Ce n’est que le 28 août 2013 que le RSI prend conscience de l’existence de cet assuré et envoie un courrier hallucinant:

RSI

On imagine la réaction du salarié moyen s’il devait attendre près de 4 ans avant d’être informé de son affiliation par son organisme de sécurité sociale, après plusieurs courriers recommandés restés sans réponse. On en entendrait autrement parler. Ce ratage-là est malheureusement ordinaire au RSI.

Cette année-là, M. X eut le plaisir d’échanger par téléphone avec pas moins de 6 conseillers différents en cinq mois!

Le RSI et les règles cachées de l’affiliation

Face à ces dysfonctionnements scandaleusement courants du RSI, celui-ci a mis en place un régime d’exception qui n’est écrit nulle part: l’affiliation sans cotisation. Protestant contre l’attitude du RSI, notre entrepreneur X. reçoit en effet ce courrier datant de la fin 2013 qui nous en fait tomber les bras:

RSI

Eh oui! même si l’appel de cotisations n’a pas lieu pendant plusieurs années, l’assuré peut bénéficier des prestations proposées par la sécurité sociale. À condition, bien sûr, que le RSI n’ait pas perdu dans ses labyrinthes administratifs les courriers envoyés par les assurés.

Ou comment organiser le désordre…

Les additions salées du RSI

Entretemps, M. X a eu la mauvaise surprise de recevoir des mises en demeure de payer. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le montant des mises en demeure a très vite atteint le summum de l’absurde.

Le 14 septembre 2013 (soit quelques jours après avoir informé l’impétrant qu’il était enfin affilié avec une rétroactivité de près de 4 ans, le RSI envoie une mise en demeure hallucinante:

RSI114.000 euros à payer dans le mois! dont 70.000 euros de rappel pour la seule année 2012, faute d’avoir pris en compte les revenus réels de l’assuré. N’est-ce pas amusant?

Le plus fort est évidemment que la folie du RSI ne s’arrête pas là. Le 12 novembre 2013, soit deux mois après une première mise en demeure d’un montant de 114.000 euros, le RSI envoie une nouvelle mise en demeure…

RSILe montant est cette fois passé à plus de 11.000 euros, pour la seule année 2011.

Le drame du harcèlement ordinaire

Ces quelques exemples ont un mérite. Ils rappellent la profonde imposture que constitue le régime de sécurité sociale des indépendants. Officiellement, celui-ci est conçu pour « protéger » (comme son nom l’indique) ses bénéficiaires. Dans la pratique, il se comporte avec une sorte de sentiment impérial où les assurés deviennent ses obligés et ses contribuables sans ménagement.

Il serait intéressant de comprendre la finalité de ce régime, en dehors d’un pourrissement global de la vie des entrepreneurs.

Le sujet principal du RSI reste, quoiqu’en en dise, la difficulté d’inscrire le régime des indépendants dans un système de sécurité sociale inventé pour des salariés disposant de revenus fixés à l’avance. Cette absurde quadrature du cercle posera systématiquement problème.

Le bon sens est de libérer les entrepreneurs en leur accordant la liberté d’affiliation.

Pour un vrai revenu universel

Article écrit pour le Figarovox.

Après la remise du rapport Sirugue, hier, au Premier Ministre, l’idée d’un revenu universel a fait l’objet d’un regrettable recul qui risque d’en tuer dans l’oeuf toute la philosophie et tous les bienfaits. Cet épisode est dommageable, dans la mesure où le revenu universel pourrait contribuer à débloquer la société française et à responsabiliser des citoyens de plus en plus anesthésiés par un Etat étouffant et castrateur.

Le recul du rapport Sirugue

Du revenu universel, le député Sirugue a malheureusement retenu une caricature qui le transforme en pire: le versement sans contrepartie d’une allocation à des jeunes désoeuvrés en âge de faire des études ou de travailler. Bien entendu, ce n’est pas cela le revenu universel, et c’en est même le contraire. Jamais il ne s’est agi de mettre en oeuvre de puissants mécanismes de désincitation au travail, au nom d’une solidarité totalement fantasmée.

Pourquoi cette solidarité est-elle fantasmée et même malhonnête? Parce que la représentation d’une collectivité qui ne ferait rien pour ses jeunes ne correspond pas à la réalité française. Rappelons ici que la France est le pays de l’OCDE qui consacre le plus de moyens par élèves dans l’enseignement secondaire supérieur: près de 10.000 euros par an. Cette somme est maintenue à l’université.

Autrement dit, un jeune de 18 ans qui sort du lycée a, pendant son seul cycle « lycée », perçu une somme de 30.000 euros d’aide de l’Etat, sans compter les divers avantages fiscaux (rares il est vrai) dont ses parents ont pu bénéficier. Notons que le jeune qui bénéficie de cette aide ne paie aucun droit d’entrée au lycée, et un droit totalement symbolique à l’université, qui ressemble fortement à de la gratuité.

Si le jeune décroche et ne travaille plus, on peut invoquer beaucoup de motifs pour l’expliquer, notamment une incapacité des enseignants de l’Education Nationale à diffuser un rapport rationnel avec la société. À force de dénoncer les méfaits imaginaires d’un capitalisme forcené et de défendre une sorte d’anarchisme de droite où tout ordre collectif est maudit, ces enseignants déconstruisent patiemment le lien que la plupart des familles tentent de tisser entre leurs enfants et le corps social. Cette déconstruction est devenue un véritable problème collectif.

Mais soutenir que ces jeunes ne sont pas aidés, n’ont pas été aidés par la collectivité est aussi mensonger que de soutenir que la France, qui apporte l’aide médicale gratuite aux étrangers, est mauvaise hôtesse, ou que de soutenir que le libéralisme triomphe dans notre pays quand les dépenses publiques représentent beaucoup plus que la moitié de la richesse nationale. Une fois de plus, le coût du service public, l’effort qu’il représente pour la Nation, est passé sous silence.

C’est sur ce lamentable oubli qu’est construite l’idée purement électoraliste de verser un revenu aux jeunes « sous condition de ressources du ménage », dès 18 ans, qui constitue une sorte d’appel à ne pas travailler pour tous ceux qui hésiteraient entre se lever le matin pour préparer un diplôme et revenir tard de la Nuit Debout après avoir pleurniché sur la méchanceté du monde capitaliste.

Le revenu universel sera-t-il un instrument de domination pour l’Etat?

On comprend évidemment les logiques électoralistes qui ont présidé au rapport Sirugue à l’approche d’une année cruciale. L’idée de « réformer les minima sociaux » est habile. Elle permet de surfer sur la sympathie que le revenu universel inspire dans les mouvements de jeunes, tout en ciblant la mesure sur les participants habituels aux protestations fomentées par l’UNEF. On y trouve pêle-mêle les armées d’étudiants en psychologie promis au chômage, les fêtards, les redoublants, tous ceux qui ont compris que leur diplôme ne les mènera pas bien loin et que toute leur vie sera broyée par les lauréats des grandes écoles qui seront les rois du système.

Pour tous ceux-là, la promesse d’un revenu mensuel si leurs parents n’ont pas les moyens de les entretenir sonne comme un appel au calme. La mécanique est bien connue: la gauche au pouvoir ne veut plus changer le « système », elle veut juste le rendre supportable. Pour y parvenir, elle se contente de prélever sur les classes moyennes (ces délinquants qui paient l’impôt sur le revenu) la somme nécessaire à la paix sociale dans les quartiers difficiles.

Bien entendu, que ce confort low cost apporté dans les zones difficiles donne raison aux profiteurs et décourage l’élite des quartiers importe peu. Mettons les pieds dans le plat: la beurette qui veut réussir aujourd’hui est déjà obligée de porter le voile pour ne pas être insultée ou traitée des pires noms d’oiseaux par les fainéants qui campent à l’entrée de l’immeuble HLM. En suivant la logique de Christophe Sirugue, le fainéant n’aura même plus besoin de jouer les guetteurs pour le trafiquant de drogue local: l’Etat, selon une « créance non quérable », lui versera chaque mois sans effort ce que le dealer lui donne aujourd’hui en contrepartie d’un minimum de présence. La seule victime de ce système est la beurette voilée dont la démarche paraîtra encore plus absurde et téméraire.

Le grand bénéficiaire du dispositif n’est autre que l’Etat. Certes, il ne sera pas plus capable qu’aujourd’hui de former les jeunes au monde du travail, de corriger les inégalités de naissance, de transmettre les valeurs démocratiques. Mais il aura acheté à grand prix le calme dans les quartiers pour que l’élite de ce pays continue à se gaver sans sortir de sa prison dorée.

Je le confirme, le revenu universel n’a rien à voir avec cet achat de voix collectif.

Le revenu universel doit reposer sur des contreparties

Expliquons maintenant ce que doit être un véritable revenu universel.

C’est d’abord la redistribution de la part de richesse nationale qui revient de droit aux citoyens. Il suffit de regarder la publicité que Coca-Cola viralise partout en ce moment: elle repose sur l’affichage des couleurs bleu-blanc-rouge. Est-il normal que des actionnaires américains s’enrichissent en utilisant la notoriété du drapeau français? Dans ce cas de figure, il est évident qu’une part des bénéfices de Coca-Cola doit revenir à tous les Français qui sont à l’origine de cette création de valeur. Le principe et la justification économique du revenu universel sont bien là.

Beaucoup de Français ont peur de ce revenu parce qu’ils craignent qu’il ne désincite au travail. La question est sérieuse et mérite d’être traitée sur le fond. Elle appelle deux arguments.

Le premier consiste évidemment à répéter que le revenu universel doit procéder d’une véritable solidarité en profitant à tout le monde et pas seulement aux passagers clandestins. Il doit donc être versé à tous les Français, quel que soit leur niveau de revenu, et pas seulement à ceux qui répondent aux « conditions de ressources », c’est-à-dire aux plus pauvres. C’est en le versant à tout le monde que ses effets de désincitation disparaîtront.

Evidemment, il est toujours possible de discuter d’une modulation de son montant selon la situation des bénéficiaires au regard de l’emploi. Mais cette modulation doit être marginale par rapport à son objet essentiel et principal.

L’autre argument porte sur les contreparties. La meilleure réponse qui puisse être apportée à la question est de préciser que le revenu universel doit être versé à pression fiscale constante. Autrement dit, le revenu universel ne peut venir en complément ou supplément des autres allocations, mais en remplacement.

Au coeur de cette question se pose évidemment le problème de la protection sociale. Le revenu universel ne doit venir en plus de la rémunération différée versée par la sécurité sociale, mais en remplacement de celle-ci. Sur ce point, la mécanique pourrait être très simple: le revenu universel remplacerait les cotisations sociales et permettrait à chaque Français de s’assurer au niveau de son choix auprès d’un opérateur qui lui apporterait les garanties dont il a besoin.

Autrement dit, l’obligation de s’assurer socialement demeurerait, mais le revenu universel viendrait en remplacement du monopole de la sécurité sociale. Une mécanique de versement direct du revenu à des organismes assureurs peut même être retenue pour éviter l’insolvabilité des assurés.

Il s’agit donc bien de responsabiliser chaque Français en les transformant en acteur de leur propre protection sociale. La mise en place du revenu universel se ferait donc à niveau fiscal inchangé, mais instaurerait une véritable solidarité.

 

Trump pour des mesures protectionnistes aux USA

Donald Trump déteste le libre-échange et fait campagne pour le protectionnisme! Les adversaires européens, et tout particulièrement français, du traité transatlantique gagneraient à graver ce point dans leurs tablettes.

La campagne de Trump contre le libre-échange

Dans un discours prononcé ce week-end, à l’approche du Super-Tuesday du grand New-York, où les pronostics le créditent de 95 délégués supplémentaires, Trump a violemment attaqué les accords de libre-échange qui ouvrent les frontières des Etats-Unis. Il a en particulier chargé l’accord Transpacifique. Selon Trump, le libre-échange, spécialement avec la Chine et le Mexique, cause la désindustrialisation des Etats-Unis.

Trump a fait part de son intention de modifier les accords existants de libre-échange.

Le Parti Républicain divisé sur la question

Les prises de position favorables au protectionnisme ne suscitent guère d’engouement au sein du Parti Républicain, où Trump est très isolé. Les rivaux de Trump ont toutefois dû prendre position sur le sujet.

Ted Cruz, le principal challenger de Trump, a affirmé qu’il ne soutiendrait pas l’accord Transpacifique si celui-ci comportait des dispositions obligeant à accueillir des immigrés. Il a néanmoins rappelé que les barrières protectionnistes constituaient de nouvelles taxes pour les Américains.

John Kasich, le troisième candidat encore en lisse, a pour sa part clairement pris position en faveur du libre-échange. Il a notamment pointé du doigt la dépendance économique des Américains vis-à-vis des exportations: celles-ci concerneraient un cinquième des emplois.

Le retour de l’isolationnisme américain?

Les positions de Trump devraient lui donner un avantage lors des prochaines primaires. Reste à savoir si sa position protectionniste est pure affaire de circonstance ou si elle incarne une ligne politique durable que l’homme d’affaires serait prêt à tenir au cas où il serait élu. Dans cette dernière hypothèse, les relations transatlantiques ne manqueraient pas d’être épicées.

On comprend mieux l’empressement d’Angela Merkel à signer le traité avant l’élection. Une victoire de Trump risquerait bien de compromettre lourdement l’accord…