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Catégorie : Entreprises

Le président de Michelin prononce son discours d’investiture à la présidence du MEDEF

Hier, à l’université d’été du MEDEF, Jean-Dominique Sénard, président de Michelin, a prononcé ce qui ressemble à un discours d’investiture à la présidence du MEDEF. Il a dessiné plusieurs lignes de réformes fortes qui devraient faire réagir ses concurrents (s’ils maintiennent leur candidature) et les dirigeants syndicaux de salariés.

Depuis plusieurs semaines court avec une insistance grandissante la rumeur d’une candidature de Jean-Dominique Sénard, président du géant mondial Michelin, à la présidence du MEDEF. L’idée serait notamment portée par le puissant Henri de Castries, assureur bien connu. Elle serait aussi portée par Emmanuel Macron qui souhaite disposer d’une personnalité nouvelle à la tête du MEDEF, capable d’initier un second tour social après la réforme du Code du Travail.

Le discours du président de Michelin avait en tout cas les allures d’un discours d’investiture. Celui qui sera probablement président de la confédération patronale l’an prochain a proposé plusieurs réformes fortes. En particulier, il prône une simplification du paritarisme de gestion, serpent de mer patronal qui a semblé laisser sceptiques ses challengers Roux de Bézieux et Saubot, présents dans la salle.

Pour mémoire, une partie importante du financement du MEDEF dépend de ce paritarisme.

En outre, Sénard a prôné un capitalisme empreint d’humanité, autre formule dont on attend la déclinaison concrète. C’est probablement cette déclinaison qui intéresse Emmanuel Macron et qui explique le soutien de l’Elysée au candidat.

La situation devrait désormais se dénouer rapidement. Sénard a recueilli un chaleureux soutien de la part de l’assistance.

Ce sont les fédérations qui élisent le président du MEDEF, pas les patrons

L’élection à la présidence du MEDEF ne se fait pas au scrutin direct. Ce ne sont pas les patrons qui votent individuellement en faveur du président, mais les fédérations auxquelles ils adhèrent. Si Sénard obtient le soutien des trois fédérations majeures (métallurgie, banque, assurance), son élection est acquise. Sinon…

Travail détaché: comment Macron va dynamiter la sécurité sociale

Le travail détaché prononce-t-il l’arrêt de mort de notre coûteuse et inefficiente sécurité sociale? La hâtive proposition française de faire cotiser les travailleurs détachés aux régimes de protection sociale obligatoires des pays où ils sont détachés est une bénédiction pour tous ceux qui attendent cette annonce avec impatience. Et il n’est pas sûr que les pouvoirs publics français l’aient compris.

La ministre des Affaires Européennes, Nathalie Loiseau, qui est une pure fonctionnaire, n’a probablement pas compris la portée de la proposition qu’elle porte, dans l’ombre du président Macron, sur le travail détaché. Celle-ci consiste à forcer les dits travailleurs à cotiser au régime de protection sociale obligatoire du pays qui les accueille temporairement. Implicitement, cette proposition suppose donc que les travailleurs en question ne cotisent plus, pendant ce temps, dans le régime obligatoire de leur pays d’origine. Sauf, évidemment, à ce que la France invente le principe de la double cotisation obligatoire aux régimes de sécurité sociale: après tout, Nathalie Loiseau, qui a dirigé l’ENA, n’en serait pas à une invention baroque près.

Une proposition sur la sécurité sociale qui paraît séduisante…

En apparence, cette proposition est séduisante et répond à un bon sens économique à courte vue. Puisque les pays à faible coût du travail exporte mieux leurs travailleurs que les pays à coût élevé, yaka rééquilibrer les termes de la concurrence en imposant aux travailleurs détachés le même coût que les travailleurs indigènes. Certes, l’idée va à rebours de l’idée européenne de libre-échange, puisqu’elle consiste à imposer à tous les pays européens le régime social français dès lors que lesdits Européens travaillent en France, mais pourquoi pas…

… mais qui cache beaucoup de surprises

La première petite particularité, qui est aussi une bombe à retardement, de cette idée tellement simpliste qu’elle en devient populiste, c’est qu’elle va coûter très cher aux comptes sociaux. En échange de leurs cotisations à la sécurité sociale française, les travailleurs détachés recevront en effet les prestations pour lesquelles ils cotisent.

Et hop! voilà le chauffeur routier roumain qui, le temps de sa présence en France, réclamera les prestations familiales auxquels il a droit pour sa tribu d’enfants, et ne manquera de les conduire dans nos hôpitaux pour y recevoir tous les soins auxquels ils auront droit. À n’en pas douter, d’ailleurs, les Roumains et les Polonais ne tarderont pas à se battre pour être détachés en France compte tenu des nombreuses opportunités qu’elle offrira.

On peut même parier que l’attractivité de la France ira croissante: tous ceux qui, dans leur propre pays, n’ont pas accès aux soins dentaires ou à une hospitalisation digne de ce nom ne tarderont pas à solliciter le détachement qui va bien le temps de recevoir les soins nécessaires.

Comment la France attirera le mauvais risque

Les assureurs connaissent bien cette formule: les pays de forte protection sociale attireront rapidement le mauvais risque. Autrement dit, l’effet d’aubaine que la proposition française entend créer en Europe attirera sous forme de travail détaché les salariés les plus malades des pays peu protégés socialement. Cette mécanique évidente va créer deux effets pervers.

Premier effet: le nombre de travailleurs détachés augmentera au lieu de diminuer. Beaucoup d’employeurs polonais ou roumains crouleront en effet rapidement sous les candidatures volontaires pour le détachement dès lors que les filières de soins seront en place, que ce soit vers la France ou l’Allemagne, ou l’Autriche, ou les pays du Nord dotés de régimes sociaux généreux.

Deuxième effet pervers: le mauvais risque ne tardera pas à plomber les comptes sociaux de ces pays. Les travailleurs détachés se révéleront en effet des consommateurs assidus compte tenu de l’effet d’aubaine créé par le nouveau système: obligés à cotiser à un dispositif plus coûteux que celui de leur pays d’origine, leur intérêt rationnel sera d’optimiser la dépense, en obtenant le maximum de contreparties…

Un système mal compris de concurrence entre régimes de protection sociale

En réalité, la France n’a pas compris (parce qu’elle est gouvernée par des fonctionnaires qui ne comprennent goutte à cet univers) qu’elle faisait entrer le loup de la concurrence dans la bergerie des régimes de sécurité sociale. Certes, cette entrée n’est pas fracassante. Mais, dans la pratique, la France propose de permettre à un travailleur européen de pratiquer une sorte de cabotage entre régimes de sécurité sociale.

Ainsi, le chauffeur routier roumain pourra, en plus de son régime national, être affilié au régime français, allemand, belge, italien, hollandais, et d’autres encore, selon les missions qu’il accomplit. On s’amuse par avance des efforts qu’il faudra déployer pour coordonner l’usine à gaz…

Justement, la coordination entre les systèmes de sécurité sociale (et notamment de retraite) va très vite poser un problème insoluble que le fameux « esprit européen » tant vanté par Emmanuel Macron obligera à trancher. Si cet « esprit européen » est fondé sur la libre circulation des travailleurs, il imposera très rapidement, et compte tenu du nombre de travailleurs détachés dans l’Union, à reconnaître un droit à la concurrence.

La fin du monopole de la sécurité sociale

Pour le comprendre, il faut « retourner la feuille » et la lire à l’envers. Plus de 200.000 salariés français seraient aujourd’hui détachés dans des pays à faible sécurité sociale. Pour ceux-là, il est évident que la proposition française en matière de travail détaché va poser un problème concret: accepteront-ils de rester détachés s’ils sont contraints de renoncer à leurs droits en France pour cotiser à une retraite roumaine ou à une protection sanitaire locale?

Bien sûr que non, ce qui ouvrira deux hypothèses.

Soit la proposition française est sans alternative, et la France bloquera le processus de détachement des pays « riches » vers les plus pauvres. Elle introduira de fait un mécanisme empêchant le détachement des Français ou des Allemands vers l’Est de l’Europe.

Soit la France concède à ce qui existe déjà en Allemagne: le libre choix du travailleur en faveur d’un régime de sécurité sociale. Le travailleur détaché pourra librement opter pour le régime de sécurité sociale de son choix, à condition d’en payer le prix.

Et voilà comment l’exigence dominante dans la gauche française d’une sécurité sociale suffocatoire et en expansion permanente sera à l’origine de sa propre disparition. Car, à n’en pas douter, l’Allemagne épaulera la proposition française à condition que celle-ci accepte le modèle allemande de concurrence entre les caisses primaires de sécurité sociale.

C’est d’ailleurs la solution réaliste pour la question du travail détaché.

Le modèle allemand de concurrence entre caisses de sécurité sociale

Comme la France, l’Allemagne dispose d’un système de sécurité sociale privée, mais obligatoire. En grande partie, le système français a hérité du système allemand, « importé » lors de l’annexion de l’Alsace-Moselle de 1918.

Il existe toutefois trois différences majeures entre ces systèmes de sécurité sociale.

La première différence tient au faible financement patronal du système allemand. Alors qu’en France, la protection sociale des salariés est financée à plus de 35% par les employeurs, ce taux avoisine les 20% en Allemagne. La stratégie allemande a permis de combattre le chômage de masse.

La deuxième différence tient à l’équilibre des comptes sociaux en Allemagne. Alors que la sécurité sociale française est déficitaire, la sécurité sociale allemande est excédentaire, pour un coût moindre par rapport au PIB.

La troisième différence tient à la concurrence: en France, le système de caisse primaire territorialisée empêche un cotisant de choisir sa caisse d’affiliation. En Allemagne, la sécurité sociale a gardé sa nature professionnelle et les salariés peuvent librement choisir leur caisse d’affiliation.

Emplois aidés: la droite flasque de Fasquelle

Daniel Fasquelle, député du Touquet, a regretté l’arrêt trop rapide des emplois subventionnés annoncé par Muriel Pénicaud. Et l’on se surprend à entendre le fondateur du mouvement « Sauvons la droite » se faire l’avocat de l’étatisme… Une déroute intellectuelle définitive pour les Républicains qui sont décidément fâchés avec le libéralisme et modernité politique.

La plus grande chance de l’étatiste Macron, c’est sans doute d’être face à une droite idéologiquement à bout de souffle, incapable de penser le destin collectif en dehors du papa État qui protège et rend inutile la prise de responsabilité individuelle. Daniel Fasquelle, qui a entrepris, par une imposture dont seuls les notables républicains ont le secret, de « sauver la droite », vient d’en apporter une nouvelle jolie preuve.

Fasquelle et l’éloge du conservatisme étatiste

Ils n’ont décidément rien compris! Après la victoire surprise de François Fillon à la primaire de la droite sur la base d’un programme proposant une révolution libérale, on aurait pu imaginer que les ténors républicains en retiennent quelques leçons politiques.

On ne leur demandait pas de devenir des thatchériens, non! on ne leur demandait pas non plus de proposer des reaganomics. Mais au moins, on imagine sans être particulièrement exigeant que les Républicains, au lieu d’un gloubi-boulga sur des valeurs mal partagées, proposent une réduction sérieuse des dépenses publiques dans le PIB. Rappelons que celles-ci dépassent les 55% en France, chiffre que les Grecs n’atteignent même plus, et qui place la France en tête des pays industrialisés qui mutualisent le plus la richesse privée.

S’il existe bien une voie, et une seule, pour sauver la droite française, c’est celle-là: non pas préparer une révolution libérale, mais simplement envisager un retour à la situation française d’avant 2008 en matière de dépenses publiques. L’Allemagne de la conservatrice Merkel a fait cet effort de remise en ordre. La Grèce du gauchiste Tsipras aussi. Mais la droite de Fasquelle ne l’imagine pas.

La mascarade des emplois aidés

Au lieu de cortiquer une vision alternative de la société française, Fasquelle préfère défendre la France flasque d’une droite sclérosée qui persévère dans l’erreurs de ses vieux réflexes. Le gouvernement propose de réduire les emplois aidés pour assainir les comptes publics? On explique forcément que c’est une mauvaise idée, en reprenant tous les présupposés les plus absurdes.

L’argument de Fasquelle est celui d’un député qui relaie le lobbying de l’économie sociale et solidaire et des élus locaux (toujours utiles quand on veut prendre la présidence d’un parti): la suppression des subventions va compliquer la vie des collectivités locales et des associations. Ce faisant, Fasquelle ne défend certainement pas l’intérêt général. Il se fait juste le primus inter pares de quelques intérêts privés, au mépris de la cohérence idéologique de son parti.

Cette insupportable façon de réduire la politique à une série de plaidoyers pro domo n’est pas seulement le poison qui tue la droite française. Elle est aussi ce dont les Français ne veulent plus, mais les messages passés dans les urnes en mai et en juin n’ont manifestement pas convaincus le maire du Touquet.

Au passage, le même maire s’est fait, dans un rapport parlementaire consacré à l’économie sociale, l’apôtre de la gouvernance démocratique et participative et de la lucrativité limitée. Outre qu’il reste à prouver que ce secteur économique soit réellement d’une lucrativité limitée (en tout cas par choix), on appréciera de voir que celui qui s’imagine en sauveur de la droite française est aussi un ennemi discret, mais bien ancré, de l’économie lucrative.

On en viendrait presque à souhaiter la victoire d’Emmanuel Macron.

« La suppression brutale des emplois aidés va déstabiliser les collectivités et les associations » @DFasquelle #BourdinDirect pic.twitter.com/sJrSEbj6aq

— Raphaëlle Duchemin (@DucheminRapha) 10 août 2017

Emplois aidés: la droite flasque de Fasquelle

Daniel Fasquelle, député du Touquet, a regretté l’arrêt trop rapide des emplois subventionnés annoncé par Muriel Pénicaud. Et l’on se surprend à entendre le fondateur du mouvement « Sauvons la droite » se faire l’avocat de l’étatisme… Une déroute intellectuelle définitive pour les Républicains qui sont décidément fâchés avec le libéralisme et modernité politique.

La plus grande chance de l’étatiste Macron, c’est sans doute d’être face à une droite idéologiquement à bout de souffle, incapable de penser le destin collectif en dehors du papa État qui protège et rend inutile la prise de responsabilité individuelle. Daniel Fasquelle, qui a entrepris, par une imposture dont seuls les notables républicains ont le secret, de « sauver la droite », vient d’en apporter une nouvelle jolie preuve.

Fasquelle et l’éloge du conservatisme étatiste

Ils n’ont décidément rien compris! Après la victoire surprise de François Fillon à la primaire de la droite sur la base d’un programme proposant une révolution libérale, on aurait pu imaginer que les ténors républicains en retiennent quelques leçons politiques.

On ne leur demandait pas de devenir des thatchériens, non! on ne leur demandait pas non plus de proposer des reaganomics. Mais au moins, on imagine sans être particulièrement exigeant que les Républicains, au lieu d’un gloubi-boulga sur des valeurs mal partagées, proposent une réduction sérieuse des dépenses publiques dans le PIB. Rappelons que celles-ci dépassent les 55% en France, chiffre que les Grecs n’atteignent même plus, et qui place la France en tête des pays industrialisés qui mutualisent le plus la richesse privée.

S’il existe bien une voie, et une seule, pour sauver la droite française, c’est celle-là: non pas préparer une révolution libérale, mais simplement envisager un retour à la situation française d’avant 2008 en matière de dépenses publiques. L’Allemagne de la conservatrice Merkel a fait cet effort de remise en ordre. La Grèce du gauchiste Tsipras aussi. Mais la droite de Fasquelle ne l’imagine pas.

La mascarade des emplois aidés

Au lieu de cortiquer une vision alternative de la société française, Fasquelle préfère défendre la France flasque d’une droite sclérosée qui persévère dans l’erreurs de ses vieux réflexes. Le gouvernement propose de réduire les emplois aidés pour assainir les comptes publics? On explique forcément que c’est une mauvaise idée, en reprenant tous les présupposés les plus absurdes.

L’argument de Fasquelle est celui d’un député qui relaie le lobbying de l’économie sociale et solidaire et des élus locaux (toujours utiles quand on veut prendre la présidence d’un parti): la suppression des subventions va compliquer la vie des collectivités locales et des associations. Ce faisant, Fasquelle ne défend certainement pas l’intérêt général. Il se fait juste le primus inter pares de quelques intérêts privés, au mépris de la cohérence idéologique de son parti.

Cette insupportable façon de réduire la politique à une série de plaidoyers pro domo n’est pas seulement le poison qui tue la droite française. Elle est aussi ce dont les Français ne veulent plus, mais les messages passés dans les urnes en mai et en juin n’ont manifestement pas convaincus le maire du Touquet.

Au passage, le même maire s’est fait, dans un rapport parlementaire consacré à l’économie sociale, l’apôtre de la gouvernance démocratique et participative et de la lucrativité limitée. Outre qu’il reste à prouver que ce secteur économique soit réellement d’une lucrativité limitée (en tout cas par choix), on appréciera de voir que celui qui s’imagine en sauveur de la droite française est aussi un ennemi discret, mais bien ancré, de l’économie lucrative.

On en viendrait presque à souhaiter la victoire d’Emmanuel Macron.

« La suppression brutale des emplois aidés va déstabiliser les collectivités et les associations » @DFasquelle #BourdinDirect pic.twitter.com/sJrSEbj6aq

— Raphaëlle Duchemin (@DucheminRapha) 10 août 2017

Quand la France Insoumise défend les magouilles syndicales

La France Insoumise vient de donner l’exemple de son approche ahurissante des dossiers sociaux (avec ses postures post-marxistes déconnectées de la réalité). Le débat à l’Assemblée Nationale sur l’article 2 de la loi d’habilitation a ainsi donné lieu à une sortie mal avisée d’Alexis Corbière sur le chèque syndical, où l’on mesure toute la propension des mélenchonistes pour les magouilles syndicales.

Les ordonnances sur le code du travail ont un mérite: elles abordent des sujets maintenus tabou jusqu’ici, comme le chèque syndical. Cette invention de Claude Bébéar, alors président d’Axa, visait à structurer le dialogue social en abondant le salaire par un montant équivalent à une cotisation syndicale. Libre au salarié de choisir le syndicat qu’il souhaite ainsi soutenir.

Dans l’esprit d’un Bébéar, il s’agissait d’encourager l’engagement syndical et de favoriser l’adhésion aux organisations. Les enjeux étaient bien connus: plutôt que d’avoir des syndicats croupions financés par des détournements de fonds ou des pratiques régulièrement contestées (notamment dans des comités d’entreprise comme Air France, EDF ou  la SNCF), mieux valaient des syndicats financés de façon transparente et au service d’une cause commune.

La France Insoumise et les magouilles syndicales

Selon un contresens complet dont seule la France Insoumise à le secret, Alexis Corbière, député mélenchoniste du 93 (par ailleurs attaqué sur sa domiciliation dans un logement social de la Ville de Paris), a produit de superbes post-vérités en expliquant que le chèque syndical… expliquait l’affaire UIMM.

Or, si le chèque syndical a vu le jour, c’est bien pour rendre inopérantes des pratiques comme celles de l’UIMM à l’époque. Si les employeurs versaient des sommes en liquide aux organisations syndicales, c’était en effet pour combler un déficit de financement par ailleurs. Pendant de nombreuses années, les patrons se sont engouffrés dans cette brèche pour mettre en balance la signature d’accords avec le financement des organisations.

Le chèque syndical permet précisément de sortir de ces pressions. Il assure aux organisations syndicales des financements décidés par les salariés sans intervention des employeurs.

Manifestement, sous couvert de lutter pour l’indépendance syndicale, la France Insoumise tient à préserver un système de magouilles où les employeurs peuvent faire pression sur les syndicats de salariés.

Le gouvernement pas fringant sur la voie des ordonnances

Le gouvernement s’est engagé sur la voie des ordonnances avec de vrais points de faiblesse auxquels il faudra accorder une vigilance particulière. En particulier, la capacité politique de la ministre du Travail à tenir le débat paraît discutable face à une France Insoumise particulièrement en forme.

La première journée de débat dans l’hémicycle sur les ordonnances de la loi Travail n’a pas manqué d’inquiéter les observateurs avisés. C’est une ministre mal assurée, très rivée à ses notes, très centrée sur des positions techniques, qui est apparue. Pour un peu, on aurait dit un directeur des relations sociales d’une grande entreprise en pleine négociation d’un accord sur la durée du travail avec des syndicalistes turbulents.

Face à elle, Muriel Pénicaud voit se dresser un groupe France Insoumise qui avance en ordre structuré, avec des orateurs qui ont préparé leurs interventions et qui ne cèdent pas un pouce de terrain. Leur stratégie d’obstruction consiste à demander d’amender chaque article du texte en le truffant de mentions contraires à l’intention politique du gouvernement. Face à eux, il est évident que le gouvernement manque d’un répondant politique à la hauteur.

Le gouvernement doit-il s’apprêter à une victoire parlementaire mais à une défaite politique?

Pour Emmanuel Macron, ce manque d’envergure politique d’une ministre par ailleurs affaiblie par les affaires constitue un risque majeur. Muriel Pénicaud laisse aujourd’hui le champ politique libre à une contestation sur le fond même de la réforme, et c’est un risque majeur.

En effet, les sondages d’opinion montrent que les Français n’ont pas forcément compris la réforme qui se prépare. En choisissant la voie de l’ordonnance, le gouvernement saute l’étape de l’explication politique. Il est donc vital à long terme que le gouvernement explique clairement ses intentions et ses ambitions lors du débat parlementaire.

Or qu’avons-nous à la place de ce processus salutaire? une ministre qui ramène tout à des considérations techniques et qui pense donc le processus démocratique comme un processus d’entreprise. Là où il faudrait une vision, on a des explications.

Le risque est évidemment de confier la vision à l’opposition, en l’espèce à la France Insoumise, qui martèle des idées simples à comprendre. Celles-ci percoleront tôt ou tard dans l’opinion: la réforme est voulue par le MEDEF et ne sert que lui.

Macron a tort de mépriser le fait parlementaire

On comprend pourquoi le gouvernement se met dans cette situation. Emmanuel Macron, en bon inspecteur général des finances, méprise la démocratie parlementaire et la représentation nationale. Formaté par l’ENA, il la rend responsable de tous les maux et de toutes les faillites françaises.

Fort de ce mépris, il a donc sous-estimé les forces nécessaires à mettre dans la bataille à mener à l’Assemblée Nationale. Pourtant, même pour une loi d’habilitation, il faut convaincre.

Cet oubli risque de lui coûter cher.


Ordonnances travail: les derniers rebondissements

Peu à peu, le contenu des ordonnances se précise. Voici un rapide tour d’horizon des précisions données par le gouvernement.

L’Assemblée Nationale entame aujourd’hui les premiers débats sur les ordonnances après une série d’auditions jugées trop courtes par les intéressés. Certains, comme FO, en ont profité pour redire leur volonté de renforcer les branches au détriment des entreprises. Au final, dans certains domaines, rien n’exclut que le résultat soit celui-là, mis à part quelques domaines du contrat de travail qui serait défini en entreprise par accord collectif.

Durant les mêmes auditions, les organisations patronales ont pour leur part demandé une réforme rapide et souhaitent donc que le gouvernement respecte son calendrier.

L’instance unique prend forme

Dans cet ensemble, le gouvernement a d’ores et déjà rassuré les organisations syndicales en faisant savoir que l’instance unique qui remplacera les institutions représentatives du personnel aura la personnalité juridique et la capacité d’agir en justice. Même s’il ne s’agissait pas d’un « vrai sujet », cela va mieux en le disant.

Compte pénibilité: le gouvernement arrondit les angles

Du côté du compte pénibilité, le gouvernement a écrit ce week-end aux organisations syndicales pour leur faire savoir quel serait le contenu de la réforme.

Dans la pratique, le gouvernement entend modifier quatre critères: le port de charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les risques chimiques ne donneront plus lieu à une comptabilité individuelle. En revanche, en cas de maladie professionnelle et d’incapacité à au moins 10%, les intéressés pourront faire valoir l’exposition à la pénibilité pour liquider leur droit à la retraite anticipée.

Dans le même temps, le gouvernement supprime deux contributions patronales mises en place pour financer le dispositif. Celui-ci devrait être assumé par la branche accidents du travail, qui est excédentaire.

Les organisations patronales se sont félicitées de ces mesures de simplification. La CFDT a regretté la disparition des taxes et la CGT a protesté, notamment sur les conditions d’annonce des mesures. Il a en outre revendiqué la reconnaissance du burn out comme facteur de pénibilité, ce qui permettrait d’intégrer toutes les entreprises dans le dispositif.

La barémisation des indemnités devrait tendre l’ambiance

Pour le reste, les organisations syndicales restent sur leur garde, dans la mesure où la concertation n’est pas terminée. Restent en particulier les séances consacrées à la « sécurisation », c’est-à-dire au licenciement, qui auront lieu dans les quinze jours qui viennent.

Sur ces points, notamment sur la barémisation des indemnités de licenciement, des tensions fortes pourraient apparaître entre le gouvernement et les organisations syndicales.

Didier Porte, FO

La négociation collective ne doit pas être mise au niveau de la loi, le juge doit garder des marges de manœuvres pour voir si l’accord d’entreprise doit ou non être validé

Philippe Martinez, CGT

« Il y a des suicides dans des entreprises dont on dit que le métier n’est pas pénible. Il faut une vraie réflexion sur le travail. Il faut un vrai débat national sur le travail »

Ordonnances Macron: le grand bond contre la liberté d’entreprendre

Les ordonnances amoindriront donc la liberté d’entreprendre au lieu de l’accroître. On attendait une révolution libérale. On obtient une réaction étatiste et corporatiste. Macron n’aura donc pas tardé à nous sommer de dévoiler l’imposture qui l’a porté au pouvoir.

Les ordonnances seront donc à la liberté d’entreprendre ce que Bayrou fut et est au libéralisme: une trahison permanente, une imposture et une menace quotidienne et même peut-être, sans doute, une farce. Tout entières dévouées au service des grandes entreprises, elles organisent en masse la prolétarisation des entrepreneurs et leur mise aux pas par les donneuses d’ordres.

Et le plus agaçant, sans doute, est d’entendre la bien-pensance nourrir le mythe de textes en rupture avec l’ordre qui se construit patiemment depuis Martine Aubry.

Le mythe de la branche régulatrice inventé par Hollande…

La loi El-Khomri avait apporté une invention socialiste baroque, en prétendant (et c’était une innovation en rupture avec la liberté d’entreprendre) que les branches professionnelles avaient un rôle sorti du chapeau: réguler la concurrence entre les entreprises.

Mais d’où venait cette idée selon laquelle la concurrence entre les acteurs d’une branche doit être « régulée » par la « branche »?

L’origine, on la connaît bien. Elle est par exemple présente à l’état pur dans la branche du bâtiment où les acteurs installés fixent des barrières à l’entrée pour les nouveaux, en déterminant des « tarifs », c’est-à-dire des niveaux de rémunération élevés (mais aussi des niveaux de qualification et autres réglementations en opportunité). C’est, pour eux, la meilleure façon de se protéger contre la concurrence.

Et probablement faut-il retenir ici une idée générale, simple à comprendre: quand on dit que la branche « régule » la concurrence, il faut en réalité comprendre qu’elle protège les « insiders » contre la concurrence des outsiders.

Autrement dit, l’essence même de la branche est de limiter la liberté d’entreprendre pour protéger les acteurs établis. D’une certaine façon, la branche est par nature un outil inventé pour lutter contre l’innovation des nouveaux entrants. Bref, tout ce qu’il faut éviter pour relever le pays de son déclin.

… renforcé par Macron!

Contre toute attente, Macron qui avait promis de moderniser le marché du travail, entend bien renforcer le rôle de la branche au lieu de le diminuer. Autrement dit, les ordonnances ouvriront sans doute des perspectives nouvelles pour les grandes entreprises installées, mais elles durciront la réglementation pour les nouveaux entrants. En ce sens, Macron ne fait rien d’autre que continuer et aggraver la politique entamée sous Hollande.

Selon le texte proposé par le gouvernement, en effet, les branches verront leur rôle renforcé dans trois domaines: la formation professionnelle, le financement syndical et la protection sociale complémentaire.

Pour beaucoup de salariés, ces sujets sont invisibles. Ils ne le sont toutefois pas pour les entreprises qui se voient mises à l’amende par des accords de branche farfelus sur lesquels elles n’ont d’ordinaire pas le pouvoir de peser. Ils le sont encore moins pour les fédérations syndicales qui vivent des contributions qu’elles imposent de façon opaque aux entreprises qu’elles chapeautent.

En Marche vers la bureaucratisation de l’économie française

On comprend bien la logique sous-jacente au projet macronien: le banquier d’affaires ne connaît pas le tissu des petites et moyennes entreprises qui font l’économie française, ils les trouvent désordonnées, et son projet est de les structurer autour d’une logique pyramidale. Pour ce faire, il a besoin de constituer des branches fortes, capables d’édicter des réglementations comme le ferait une administration.

Si Emmanuel Macron n’a pas cette idée lui-même, la technostructure qu’il a nommée pour tenir les cabinets ministériels l’a conçue pour lui. On pense ici au directeur de cabinet de Muriel Pénicaud, proche de la CFDT, au directeur adjoint de cabinet d’Édouard Philippe, Thomas Fatôme, qui dirigeait la sécurité sociale, ou au conseiller social de l’Élysée, qui a rédigé la loi El-Khomri. Cette bande organisée est bien décidée à transformer la libre concurrence en secteur administré.

Forcément, l’enracinement du corporatisme qui se prépare à travers ce renforcement des branches est une catastrophe sans nom, un immense retour en arrière, l’image même de la réaction nobiliaire dont l’économie française ne peut que souffrir gravement.

Incontestablement, ces ordonnances seront une rupture profonde, dont il faudra peut-être du temps pour mesurer l’ampleur. Mais, pour les petites entreprises, ces ordonnances rimeront durablement avec renforcement d’un ordre favorable aux grandes entreprises.

Article L2232-5-1 Créé par la loi du 8 août 2016 – art. 24 (V)

La branche a pour missions :
1° De définir, par la négociation, les garanties applicables aux salariés employés par les entreprises relevant de son champ d’application, notamment en matière de salaires minima, de classifications, de garanties collectives complémentaires mentionnées à l’article L. 912-1 du code de la sécurité sociale, de mutualisation des fonds de la formation professionnelle, de prévention de la pénibilité prévue au titre VI du livre Ier de la quatrième partie du présent code et d’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes mentionnée à l’article L. 2241-3 ;
2° De définir, par la négociation, les thèmes sur lesquels les conventions et accords d’entreprise ne peuvent être moins favorables que les conventions et accords conclus au niveau de la branche, à l’exclusion des thèmes pour lesquels la loi prévoit la primauté de la convention ou de l’accord d’entreprise ;
3° De réguler la concurrence entre les entreprises relevant de son champ d’application.

Pourquoi les patrons ne veulent pas restreindre le travail détaché

Il existe un tabou sur le travail détaché en France. Alors que le gouvernement bande les muscles sur le sujet, les patrons freinent des quatre fers. Face aux perspectives de reprise, ils savent que la pénurie de main-d’oeuvre employable les contraindra à recourir massivement au détachement. Surtout dans les métiers les plus durs… L’exemple vient d’être donné par Jacques Chanut, président de la Fédération Française du Bâtiment.

Le travail détaché sauvera-t-il la reprise en France? En écoutant Jacques Chanut, président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB), on le comprend rapidement. L’intéressé donnait sa conférence de presse annuelle ce matin, et les faits qu’ils présentent sont implacables.

Le travail détaché, solution incontournable de l’équation de l’emploi

Les chiffres sont simples. Entre 2008 et 2017, le bâtiment a perdu 200.000 emplois du fait de la crise, soit environ 20% de ses effectifs. Depuis le premier trimestre 2017, le secteur enregistre sa première croissance d’effectifs: environ 16.000 emplois. Mais… ça hurle déjà dans les entreprises, du fait des difficultés de recrutement que nous avons déjà largement évoquées.

Donc, face à la perte globale d’employabilité, le recours au travail détaché est incontournable. Voilà qui éclaire le manque d’empressement du gouvernement à élever le sujet du travail détaché au dernier sommet européen. Peu de patrons se battent aujourd’hui auprès du gouvernement pour obtenir des restrictions à la formule.

Comme l’indique très bien le président Chanut, l’enjeu patronal consiste aujourd’hui à lutter contre les fraudes, pour ne surtout pas perdre la formule elle-même, la seule qui permette d’acheminer intelligemment de la main d’oeuvre prête à l’emploi sur les chantiers français…

Et pendant ce temps, on ferme! le point sur les plans sociaux en France

Une multitude de plans sociaux agite l’actualité française du moment, qui illustre notamment la constante désindustrialisation du pays. Voici une synthèse des opérations en cours.

5.000 départs chez SFR

Patrick Drahi entreprend un plan de suppression d’emplois fondé sur des départs volontaires, à partir de juillet 2017, qui devrait concerner un tiers des effectifs de SFR. Le plan devrait durer trois ans.

Tati, bientôt racheté par GIFI?

Avec 60 millions€ de pertes opérationnelles en 2016, l’enseigne TATI rachetée par le groupe ERAM au fondateur Ouaki, a été placée en redressement judiciaire en mai 2017.

7 offres de reprise ont été déposées, dont celle de GIFI, qui prévoit la reprise de 1.300 salariés et d’une centaine de magasins.

Le tribunal de commerce doit trancher ce lundi.

GM&S lâché par le gouvernement?

L’équipementier automobile GM&S est toujours dans la panade. Une seule offre de reprise, qui prévoit le maintien de 110 salariés à La Souterraine, a été déposée.

Les organisations syndicales se plaignent d’un lâchage en règle par le gouvernement (et spécialement Bruno Le Maire), qui n’a pas obtenu une augmentation des commandes de Peugeot et de Renault à la hauteur des promesses.

Un sous-traitant de Whirlpool, à Amiens, en plein dégraissage

Dans l’hypothèse d’une fermeture de Whirlpool en 2018, à Amiens, son sous-traitant Prima France a négocié un plan de sauvegarde de l’emploi. 56 salariés seront licenciés dans des conditions identiques à celles de Whirlpool.

Où l’on reparle du volailler Doux

En Bretagne, le groupe d’élevage de volaille Doux aurait accumulé de nouvelles pertes phénoménales en 2016. Les organisations syndicales craignent le pire et ont sonné l’alarme.

450 salariés menacés à la Halle aux Chaussures

Les syndicats critiquent un plan de sauvegarde à la Halle aux Chaussures, qui prévoit près de 450 suppressions d’emplois. L’enseigne appartient au groupe Vivarte, qui ne cesse de supprimer des emplois depuis quelques années, après avoir revendu plusieurs marques, comme Kookaï.

80 emplois supprimés chez Primagaz

Cette filiale d’un groupe néerlandais d’énergie qui compte 750 salariés entend supprimer 82 emplois et fermer cinq centres en France.

Les syndicats sont vent debout contre ce projet.

60 emplois supprimés chez 3M en Bourgogne

À Longvic, 3M, fabricant de scotch, devrait fermer son site et ne conserver que 20 des 80 salariés. 30 postes seraient supprimés.

Les salariés sont en grève pour obtenir une indemnité supra-légale supérieure aux propositions de l’entreprise.

Nouveau plan social chez Philips

L’entreprise néerlandaise Philips annonce un plan social de 77 postes, qui s’ajoutent aux 230 suppressions négociées fin 2016 (avec la fermeture des usines de Lamotte-Beuvron et Miribel). Cette fois-ci, ce sont les activités de Recherche et Développement qui sont touchées.

Philips délocalise ses activités en Hongrie et en Chine.

La Matt en grève à Montcornet contre sa disparition

Dans l’Aisne, près des Ardennes, l’entreprise textile Matt, installée à Chaourse, est en grève complète. Les personnels craignent une fermeture du site.

200 suppressions d’emplois chez Tim dans le Nord

À Quaëdypre, près de Bergues, dans le Nord, l’entreprise TIM n’a pas trouvé de repreneur. 200 emplois sont menacés directement.

Bref, la désindustrialisation continue.

Source: Trésor

Source: Trésor