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Journal de guerre: des complots comme s’il en pleuvait

L’odeur de la poudre règne encore dans les rues de Saint-Denis et déjà les complots y pleuvent sans fin et sans limite d’imagination. Ils laissent présager un virage profondément antisémite dans les « quartiers ».

Les complots français

Ce matin, un internaute a déposé sur ce blog un commentaire que je n’ai pas publié, citant un article (d’un site spécialisé dans ce genre d’informations) selon lequel les attentats du 13 novembre étaient un coup monté des services secrets français pour justifier un Patriot Act. La tentation était grande, évidemment, de confondre la cause et la conséquence. Cette confusion est le propre de la démarche complotiste, qui explique le début de l’histoire qu’on ne connaît pas encore par la fin qu’on lui connaît déjà.

Au fond, le complotisme renverse la chaîne d’explication: on ne passe pas une loi sécuritaire pour répondre au terrorisme, on crée le terrorisme pour faire une loi sécuritaire.

Encore faut-il le prouver. La théorie que j’ai lue est piquante: les services secrets voulaient faire peur sans tuer. Ils ont manipulé de pauvres âmes de banlieue, leur ont fait croire qu’ils portaient des ceintures d’explosifs, mais avaient dissimulé de micro-charges explosives dans leurs gilets, actionnées à distance. Les fusillades de Paris? une vengeance commise par les amis de ces victimes innocentes.

Il fallait oser.

Saint-Denis et les complots français

Cette après-midi, je rencontre pour affaires un employé de banques, jeune et sympathique, qui m’avoue avoir grandi à Saint-Denis. Il me certifie que la presse a dissimulé des rafales de Kalachnikov à Saint-Denis après les explosions du Stade de France, et me soutient que personne à Saint-Denis ne croit à la thèse officielle sur les attentats. Non, ceux-ci n’ont pas été commis par des musulmans. Les vrais auteurs sont… les services secrets français. Cette fois, il ne s’agit pas de justifier un Patriot Act, mais de permettre des frappes en Syrie.

Nous avons tout de même un sérieux problème sur le consensus républicain: comment le bâtir quand le constat sur les faits n’est même plus possible? Car, en supposant qu’il existe des inspirateurs qui ne soient pas l’Etat Islamique, les attentats ont quand même bien été exécutés par des musulmans qui criaient « Dieu est grand » au moment de tuer ou de mourir. Mais ce point-là est nié en bloc.

Le complot juif

Une autre piste volontiers suggérée ou évoquée est celle du complot juif. Les attentats de vendredi dernier donnent lieu à une sorte de résurrection du protocole des Sages de Sion, sous une forme modernisée et actualisée. Les services secrets israéliens auraient diffusé dès le matin l’annonce des attentats qui allaient être perpétrés le soir. Démonstration est donc faite qu’ils sont à l’origine du carnage.

Cette idée me rappelle les propos, entendus au parc où j’emmenais ma fille, dans la bouche d’adolescents arabo-musulmans qui buvaient bruyamment de l’alcool au milieu des enfants: « Vous, les Français, vous êtes contrôlés par les Juifs et vous ne le savez pas. Vous êtes tous des pédophiles. Nous, les musulmans, nous avons fait la France. »

Les complots et la transparence

L’idée d’un complot juif devrait cristalliser les passions dans les semaines à venir. La meilleure façon de lutter contre elle reste le dévoilement des faits. On voit bien que ces suicides aux abords du stade, loin de tout, ne peuvent rester sans une explication crédible, sauf à susciter des fantasmes. Mais qui pourra la donner?

L’assaut à Saint-Denis, ce matin, devraient lui aussi nourrir des théories lunaires. Les terroristes étaient retranchés dans un immeuble lépreux présenté comme un squatt. Mais la porte de l’appartement présentait un blindage suffisant pour ne pas céder sous la charge que les policiers spécialisés ont posée. Ils disposaient également d’une sorte de sarcophage blindé à l’intérieur de l’appartement. Ce n’était donc pas de la petite bière. L’assaut, dans cet appartement de petite surface, a duré plusieurs heures et a donné lieu à des tirs continus.

Il est indispensable d’expliquer comment, dans un appartement loué pour quelques jours, semble-t-il, les terroristes ont eu le temps d’ajouter à la porte blindée une sorte de bouclier lui aussi blindé, et de réunir un arsenal de plusieurs milliers de cartouches.

Les complots et la diplomatie

L’équipement des assiégés de Saint-Denis pose vraiment question. Quel groupe terroriste peut disposer d’une telle réserve de munitions et d’un tel équipement de protection sans éveiller l’attention? Sans un puissant appui étranger, on voit mal comment les terroristes auraient pu accéder à ce degré de professionnalisme. Nous ne sommes plus seulement face à de petits délinquants devenus des monstres. Ces gens-là ont bénéficié d’une expertise et surtout d’un financement évident, très loin des loups solitaires régulièrement décrits jusqu’ici.

L’Etat Islamique les a équipés certes. Mais l’Etat Islamique a-t-il agi seul ou d’autres services, mieux structurés en Europe, ont-ils prêté main forte à ces réseaux?

La France et la Russie se retrouvent

Après des mois de disputes, la France et la Russie décident de faire la paix et d’agir militairement ensemble en Syrie. C’est la conséquence directe de ces attentats, qui a prouvé à François Hollande qu’il avait plus à partager avec Poutine qu’il ne le croyait jusqu’ici. La vieille alliance entre les deux puissances revient à l’honneur, comme si l’équilibre des forces en Europe était une réalité tenace, profonde, qu’aucune puissance terrestre ne peut facilement remettre en cause.

Pour Hollande, c’est un camouflet. Après avoir mené une politique de toréador en Ukraine contre Poutine, après avoir fait le bras de fer sur l’avenir d’Assad, la France plie. Que de temps perdu…

Turquie, Israël, et autres convives

Mais qui d’autre aurait pu prêter son concours aux terroristes de l’Etat Islamique?

La Turquie vient d’expulser huit Marocains pour des liens suspects avec l’Etat Islamique. Mais Erdoggan ne s’est pas toujours montré aussi pointilleux avec cet Etat. Lorsqu’une bombe a ravagé le cortège d’un parti kurde, en septembre, beaucoup ont pensé que les services turcs avaient plus ou moins aidé à la réalisation de l’attentat. Toutefois, il semblerait que les services turcs aient averti plusieurs les services français de l’arrivée de terroristes, sans grande réaction française.

Les attentats bénéficient-ils à Israël? Dans la pratique, l’Etat Islamique, mis en difficulté par les Russes, sert plutôt la cause israélienne qu’il ne la dessert. Les Israéliens ont un intérêt objectif à l’affaiblissement de la Syrie, pas à sa remise en ordre. Et l’intervention possible d’une coalition contre Daesh ne sert pas la cause de la faiblesse.

Il faudrait ici examiner la stratégie des Etats du Golfe, de l’Egypte, du Maroc, pour comprendre comment s’entremêle géopolitique et terrorisme.

Dans tous les cas, les événements du 13 novembre profitent au « régime syrien », qui a pu surseoir de quelques mois à son imminente disparition.

 

Journal de guerre: déjà le bruit des bottes

Aux aurores, la police, soutenue par l’armée, a investi le centre de Saint-Denis pour déloger des suspects. L’assaut ne s’est terminé qu’en fin de matinée. Visiblement, les explosifs posés en catimini avant cinq heures du matin sur la porte blindée de l’appartement n’ont pas suffi à la défoncer et les occupants ont pu organiser leur défense. Ils semblaient préparer un attentat à Nanterre, aux Quatre Temps et sur la dalle. Ils étaient lourdement armés et manifestement préparés à des assauts de ce genre.

Le bruit des bottes dans les rues

Sans que nous ne nous en rendions compte, le bruit des bottes devient une habitude. Il se répète et choque de moins en moins les oreilles. Plusieurs milliers de coups de feu ont été tirés à Saint-Denis durant la matinée. Les images de ces fusillades, qui commencent à avoir tout de la scène de guérilla à la libanaise, ont circulé sur les réseaux sociaux.

Dans les rues de Paris, même dans l’est parisien, l’atmosphère était pourtant calme, quasi-indifférente. Avec une rapidité étonnante, cette guerre est entrée dans la vie quotidienne comme l’élément hideux d’un paysage auquel on s’accoutume même s’il fait horreur. Personne ne la souhaite, mais tout le monde au fond se disait qu’elle arriverait tôt ou tard.

Scène presque cocasse dans le métro: deux indiens se sont quasiment battus à coup de bouteilles, l’un soutenant, si j’ai bien compris, le terrorisme de Daesh, l’autre le vomissant. Les Parisiens ont vécu l’incident avec une sorte d’indulgence que je ne leur connaissais pas jusqu’ici.

Le bruit des bottes au Parlement

Après la séance de questions, hier, où l’opposition a ferraillé sous les caméras contre le gouvernement, le peuple français a hurlé. Certes, François Hollande ne paraît pas le meilleur jockey pour conduire la jument France à la victoire, mais de là à laver son linge sale sous les yeux du monde! Ces bons vieux Français toujours, quoiqu’ils disent, attachés au protocole et aux usages, n’ont pas aimé et l’ont fait savoir à ces députés remuants.

Ceux-ci reviennent donc à l’entente cordiale et donnent désormais le spectacle faux et hypocrite d’un soutien au gouvernement. Si certains avaient imaginé ou espéré que les événements profitassent à la droite, le doute n’est plus permis. La seule certitude que les Français acquièrent est celle d’une indispensable purge politique pour régénérer la démocratie.

Certains députés l’ont bien compris. Popelin, socialiste de Livry-Gargan, a proposé d’ajouter à l’état d’urgence la possibilité de censurer la presse qui ne relate pas les événements sous l’angle que le gouvernement souhaite. La tentation autoritaire prend forme.

Le bruit des bottes demain

L’amendement Popelin n’est pas passé et l’état d’urgence se limite à des assignations à résidence et des fouilles d’ordinateur en cas de perquisition. Mais on a bien senti l’envie qui pointait, au sein de notre classe politique corrompue et dépassée par les événements, d’utiliser le terrorisme pour faire taire l’opinion publique. Le gouvernement s’y oppose aujourd’hui, mais les premières répétitions de la pièce qui se jouera demain ont eu lieu.

L’anecdote est amusante. Je me suis souvent demandé comment la Révolution de 1789 avait pu dégénérer en un bain de sang. Sous nos yeux, le même film commence. Des députés proposent isolément des mesures dont, implicitement, on sent bien que l’objectif est de conserver le pouvoir en remettant tout le monde au pas, et spécialement ces Français éduqués à qui il ne faut plus en conter. Peu à peu émergera l’idée que cette remise au pas est l’étape indispensable pour conserver les privilèges acquis au bénéfice de la décadence républicaine.

Entre l’aspiration populaire à une autre culture politique et une autre gouvernance, d’un côté, la détermination des élus à conserver leur siège et leur régime coûte-que-coûte, de l’autre, le frottement est inévitable. Nous en voyons les prémisses. Nul ne sait qui gagnera.

Bruit des bottes et bruit des fêtes

Une autre particularité m’a toujours étonné dans la Révolution Française. Il est connu que la vie à Paris, au plus fort de la Terreur, était restée festive et insouciante. En dehors de quelques journées d’émeute, la Révolution n’a concerné qu’un dixième des Parisiens. Le reste était occupé à survivre et à faire la fête.

La même fracture apparaît aujourd’hui. Partout fleurissent des appels à résister en buvant des verres aux terrasses des cafés ou en allant au théâtre. La mort rode et la joie est dans les coeurs. Plus la tragédie gronde, plus les esprits sont légers.

Le bruit des bottes cache l’orage

Les Parisiens ont bien raison de boire des canons tant qu’ils le peuvent. Comme l’actualité est monopolisée par les attentats, le pire ne leur est pas dit. Ainsi, le G20 s’est terminé dimanche sur le constat d’un ralentissement économique général. Aujourd’hui, et contre les conclusions du G20, la Réserve fédérale a quasiment annoncé le relèvement de ses taux en décembre. La nouvelle ne pouvait pas plus mal tomber. Dans un monde en crise, inquiété par le terrorisme, le fait que les Etats-Unis se remettent à rémunérer l’épargne va créer un appel d’air. Les liquidités qui circulent dans le monde vont être magnétiquement attirées vers New-York et Los Angeles.

La décision de la Réserve fédérale devrait assécher les économies mondiales, en tout cas toutes celles qui ont structurellement besoin des capitaux américains pour se développer. Pour l’Europe le coup sera rude à encaisser: les pays qui vivent d’un endettement à bas prix, comme la France, vont passer un sale quart d’heure. Mécaniquement, les taux d’emprunt devraient remonter et le gouvernement se trouvera dans la même position que Louis XVI finançant le corps expéditionnaires en Amérique: des caisses vides, un immense besoin d’argent et personne pour le dépanner.

Je ne parle pas ici de l’industrie financière qui peinera à suivre le mouvement. L’ère des risques systémiques approche.

Le bruit de Diesel

Mais ces nuages sont loin. Plusieurs attentats peuvent être commis d’ici là. Les Français sont pour l’instant occupés par l’immédiat. Ils se sont passionnés aujourd’hui pour la mort du berger malinois Diesel, tué par les terroristes alors qu’il cherchait la présence d’explosifs dans l’immeuble assiégé. Que de probables habitants de Molenbeek tuent un chien de Malines à quelques encablures de la demeure des rois de France, voilà qui ne manque pas de piquant.

La RATP face au fait religieux en entreprise

Article publié sur Décider & entreprendre.

La RATP est l’entreprise française qui compte, parmi ses rangs, le plus grand nombre de « fichés S », c’est-à-dire de musulmans radicalisés. L’un d’eux, employé pendant 15 mois jusqu’en 2012, Samy Amimour, faisait partie des kamikazes qui ont commis le pire le soir du 13 novembre. Comme beaucoup d’entreprises, la RATP semble désarmée face au fait religieux.

Une montée en puissance du phénomène

C’est Le Parisien qui a consacré hier un article sur le sujet. Plusieurs observateurs soutiennent que le fait religieux devient un problème à la RATP. Ce constat est notamment dressé par des délégués CFDT, dont nous citons ici quelques propos:

« Cela a commencé il y a cinq à six ans, se souvient cette employée qui souhaite garder l’anonymat. Quelques-uns à qui je faisais la bise ont refusé de m’embrasser, puis de me saluer. Et pourtant, je suis musulmane. D’autres refusaient de conduire un bus qui avait été précédemment conduit par une femme. »

Selon le délégué CGT:

« Oui, il y a des problèmes, mais ça reste un épiphénomène, insiste Jacques Eliez, son secrétaire général. Il n’y a pas plus ou pas moins de radicalisation qu’ailleurs. La RATP n’est pas imperméable à ce qui se passe dans la société. »

De fait, beaucoup d’entreprises en France, et singulièrement celles qui emploient des salarié peu qualifiés, sont touchées par la montée des revendications religieuses en entreprise. Celles-ci portent notamment sur les menus à la cantine, sur le droit de prier dans les locaux ou sur l’aménagement des horaires ou des congés pour des raisons confessionnelles.

La tentation du déni

Pour la direction de l’entreprise, il est souvent tentant de réagir dans un premier temps en opposant un déni à la réalité. C’est le cas de la direction de la RATP, où l’ampleur du phénomène fait l’objet d’un démenti plus ou moins vigoureux.

Ainsi, la présidente de la RATP, Elisabeth Borne, ancienne directrice de cabinet de Ségolène Royal, qui assure qu’aucun écart de conduite ne lui a été signalé depuis son arrivée à la tête de l’entreprise en mai 2015. A l’en croire, tout va bien dans l’entreprise et le problème n’existe pas.

Son directeur de cabinet a toutefois tenu des propos un peu différents au Parisien:

« Des personnels ont été sanctionnés pour des faits religieux, reconnaît Jérôme Harnois, directeur de cabinet d’Elisabeth Borne, PDG de la RATP. Nous avons mis en place une charte de la laïcité en 2013. Sur les fiches S, nous n’avons aucune information. Mais dès que les autorités nous informent, nous prenons les décisions qui s’imposent. »

Cette cacophonie illustre bien la difficulté, pour les entreprises, de prendre un compte un problème sociétal qui dépasse très largement le cadre normal du dialogue social et de la gestion des ressources humaines. Face à la sensibilité du sujet, la tentation première consiste forcément à amoindrir l’enjeu et à le nier autant que possible.

Insuffisante jurisprudence Baby-Loup

A la décharge des comités de direction, les entreprises sont encore bien seules pour traiter le problème dans sa complexité. A ce stade, seule la jurisprudence Baby-Loup de la Cour de Cassation donne un éclairage sur les limites juridiques applicables au traitement du fait religieux en entreprise. Contrairement aux affirmations péremptoires sur le sujet, cette jurisprudence place les entreprises dans une situation inconfortable.

En effet, si elle affirme d’une part:

ayant relevé que le règlement intérieur de l’association Baby Loup, tel qu’amendé en 2003, disposait que « le principe de la liberté de conscience et de religion de chacun des membres du personnel ne peut faire obstacle au respect des principes de laïcité et de neutralité qui s’appliquent dans l’exercice de l’ensemble des activités développées, tant dans les locaux de la crèche ou ses annexes qu’en accompagnement extérieur des enfants confiés à la crèche », la cour d’appel a pu en déduire, appréciant de manière concrète les conditions de fonctionnement d’une association de dimension réduite, employant seulement dix huit salariés, qui étaient ou pouvaient être en relation directe avec les enfants et leurs parents, que la restriction à la liberté de manifester sa religion édictée par le règlement intérieur ne présentait pas un caractère général, mais était suffisamment précise, justifiée par la nature des tâches accomplies par les salariés de l’association et proportionnée au but recherché

La Cour de Cassation a donc validé le licenciement d’une employée au motif que le règlement intérieur qui fondait cette décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à la liberté religieuse. La Cour a en particulier relevé que cette les restrictions imposées ne présentaient pas un caractère général et absolu qui aurait été illégal.

Dans le même temps, la Cour a considéré:

le règlement intérieur fût ce dans une entreprise dite de tendance ou de conviction ne peut contenir des dispositions apportant aux droits des personnes et aux libertés individuelles des restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir, ne répondraient pas à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et ne seraient pas proportionnées au but recherché

Il existe donc un très vaste champ d’appréciation qui ne peut que laisser les entreprises perplexes sur leur droit à restreindre ou non les libertés religieuses des salariés.

Les cas concrets qui posent question

Concrètement, les entreprises peinent aujourd’hui à répondre aux questions soulevées par l’orthopraxie musulmane. Celles-ci se concentrent autour de deux sujets essentiels.

Premièrement, un salarié peut-il interrompre son travail pour prier dans les locaux de l’entreprise? Cette question simple ne devrait pas tarder à devenir un enjeu réel pour le juge français. Dans certaines entreprises de transport public, il se murmure par exemple que les machinistes mettent leur véhicule à l’arrêt pour pouvoir prier. Dans certaines usines, des salariés interrompent la chaîne pour les mêmes raisons. Comment l’entreprise peut-elle réagir, dans la mesure où elle doit prouver que l’atteinte à la liberté religieuse qu’elle pourrait décider ne doit pas être disproportionnée et doit répondre à une « exigence professionnelle essentielle ».

Deuxièmement, un salarié peut-il exiger que l’entreprise endosse son orthopraxie? Les demandes peuvent ici être variables: horaires aménagés durant le Ramadan, acceptation du voile, repas de substitution à la cantine, etc. Là encore, le sujet est délicat et la jurisprudence de la Cour de Cassation prohibe les interdictions générales et absolues. Le juge est supposé, en cas de contentieux, vérifier l’adéquation des mesures avec les missions de l’entreprise.

Légiférer ou négocier?

Ces sujets de société posent de vrais problèmes dont on voit mal comment ils pourraient être simplement abandonnés au dialogue social interne. Si leur règlement suppose souvent une négociation dans les entreprises avec les partenaires sociaux concernés, la nature du débat relève du législateur qui ne peut ici se défausser de ses responsabilités.

Le bon sens consisterait donc à proposer à échéance un texte de loi fixant les droits et les devoirs des entreprises dans le traitement du fait religieux.

Journal de guerre: le procès du déni commence

Les attentats de vendredi sont-ils la conséquence directe d’un long déni collectif sur la question de la radicalisation qui touche une partie de la communauté musulmane en Europe? La question fait son chemin dans les esprits, et les langues se délient.

Le déni à la RATP

Il y a quelques mois, en prenant le bus 96 avec ma fille, j’avais été frappé par une scène étonnante. Le bus était bondé et j’avais demandé à un quinquagénaire de me céder sa place pour éviter que ma fille ne tombe. Il se trouve que ce quinquagénaire avait un physique maghrébin. Il refusa catégoriquement de se lever en m’indiquant que les places pour handicapés, c’était plus loin dans le bus. Comme le bus était bondé je ne pouvais y accéder. Le ton est monté. Le chauffeur de bus, lui aussi maghrébin, a arrêté l’autobus pour m’interpeller en m’indiquant que le passager n’avait pas à me céder sa place.

Je découvre aujourd’hui que la RATP est l’entreprise de France qui emploie le plus grand nombre de « fiches S », selon l’expression désormais consacrée. Elle affecte ces profils aux quartiers difficiles, dont le mien. Je ne suis pas étonné…

Il semblerait que les signalements sur ce genre de cas aient fortement augmenté ces derniers mois. Mais la présidente de la RATP, Elisabeth Borne, ne voit rien, n’a rien vu, ne comprend pas où est le problème. Peut-être devrait-elle de temps à autre utiliser les transports publics à Paris.

La technostructure et le déni

Le déni d’Elisabeth Borne me paraît emblématique du mal français. Issue des grandes écoles d’ingénieurs, elle a été directrice de cabinet de Ségolène Royal au ministère de l’Ecologie. Elle appartient à cette caste de bourgeois de gauche qui vivent dans les beaux quartiers, tous ces petits marquis qui donnent des leçons de mixité sociale à tout va mais se gardent bien de les mettre en pratique. Cette caste fonctionne sur un schéma économique simple: ne jamais s’avouer à soi-même que l’on vit à rebours des principes que l’on défend. Le déni est le maître mot de l’existence.

Lorsqu’un membre de la caste rencontre quelqu’un qui lui parle de la vraie vie des quartiers, il répond forcément: c’est du populisme, vous faites le jeu du Front National, etc. Cette dialectique bien rodée, imperméable à la raison, a coûté des centaines de vie cette semaine.

La SNCF et le déni

Il n’y a pas qu’à la RATP où le déni triomphe. La SNCF, pour des raisons encore plus coupables, n’échappe pas à ce scandale. Ce matin, j’ai pris le TGV pour me rendre à Grenoble. Ensuite, je l’ai pris au retour de Lyon à Paris. Je l’ai vu: la SNCF s’offre le luxe de n’organiser aucun contrôle des voyageurs avant le départ, alors qu’une tentative de massacre a eu lieu dans le Thalys il y a quelques mois. Pour des raisons budgétaires et de paix sociale (surtout ne pas mettre les contrôleurs au travail), Guillaume Pépy, le PDG de la SNCF, a décidé que ces contrôles ne se feraient pas.

Qui peut affronter Guillaume Pépy dans l’appareil d’Etat? Le bonhomme mériterait cent fois son départ de l’entreprise, dans des conditions plus ou moins bonnes. Entre le déraillement d’un TGV d’essai rempli d’enfants du personnel ce week-end, les catastrophes ferroviaires jamais expliquées, les déficits de l’entreprise, son manque de rentabilité, il est évident que ce grand commis empêche la modernisation du rail français.

Mais il est au Siècle, il fait partie des puissants réseaux homosexuels, il est influent à gauche, il dispose d’un trésor de guerre pour assurer sa promotion personnelle. La France est malade de ces combinazioni où les influences passent avant la compétence, où une élite avaricieuse vit dans un entre-soi dont elle tire un profit égoïste, dans l’oubli total de l’intérêt général.

Puissions-nous gagner le droit de le dire et de le faire entendre avant que d’autres morts n’en soient victimes!

Molenbeek et le déni

La France n’est pas la seule à souffrir de ce déni imposé par les puissants. En Belgique, le fils du ministre Charles Moureaux, Philippe Moureaux, fut bourgmestre de Molenbeek, désormais surnommé Molenbeekistan, tout en enchaînant des postes de ministres comme la Belgique peut en avoir le secret. Pendant 20 ans, il va s’employer, pour des raisons électoralistes, à transformer sa commune en ghetto arabo-musulman, finançant au passage des associations qui ont fait le jeu de la radicalisation.

Aucun des terroristes qui a frappé en France depuis plusieurs années n’a échappé à un petit stage préalable à Molenbeek. Mais aborder le sujet était interdit, sauf à être taxé de racisme ou d’islamophobie.

Là encore, le déni a tué, en nourrissant une hydre dont nous n’arrivons pas à couper toutes les têtes.

Zemmour et le déni

Assez absurdement, Eric Zemmour a suggéré de bombarder Molenbeek. Le trait d’humour vaut ce qu’il vaut et il suscite une polémique. Au-delà de la boutade, Zemmour ne semble pas avoir compris que le problème n’est pas la présence de musulmans à Molenbeek, mais l’absence de Molenbeek à la France. La Belgique est une imposture. Son territoire est un élément indispensable à la sécurité nationale française. Les coalisés le savaient en 1815: c’est pour cette raison qu’ils ont imposé la partition belgo-hollandaise à la France.

La France ne retrouvera sa pleine sécurité qu’en réparant cette usurpation historique et en reprenant ses droits sur ses fiefs fondateurs, et singulièrement sur la Flandre, à laquelle Molenbeek appartient géographiquement.

Démonstration est faite, en tout cas, que les Belges, et tout spécialement les Flamands, ne sont pas capables d’être indépendants.

Le parti socialiste et le déni

Ce que le sénateur Destexhe reproche à Philippe Moureaux est simple: avoir préparé sa réélection par une paupérisation de sa commune sous égide musulmane. Les socialistes bruxellois ont préféré encourager une immigration de masse qui leur assurait leur réélection plutôt que de défendre l’intérêt général au péril de leur carrière politique individuelle.

Voici une description qui pourrait s’appliquer à bien des élus français. On pourrait interroger, par exemple, Claude Bartolone, sur son action en Seine-Saint-Denis. On n’y trouverait pas un autre carburant que celui-là. Et au-delà, la politique fiscale de Manuel Valls participe de la même logique: encourager les pauvres à rester pauvres, pour conserver les meilleures chances de se maintenir au pouvoir.

Dans ce système, le déni est essentiel: toujours parler de solidarité mais n’y jamais penser, toujours penser à sa réélection mais n’en jamais parler.

Le déni et les fiches S

Le blabla politique est revenu et Laurent Wauquiez préconise d’interner ceux qui sont « fichés S ». Sa détermination m’étonne. J’entends la question posée depuis plusieurs mois. Pour être exact, lors d’un déjeuner avec JB, début août, le sujet est venu sur le tapis. Il m’était présenté comme une question posée dans une loge du Grand Orient composée de policiers. Manifestement, dans la police, le principe de l’internement est acquis. Il est amusant de voir Laurent Wauquiez agiter une idée qui vient de la gauche mais que la gauche n’a pas officiellement développée.

Pour l’instant, le déni règne sur ce sujet. Mais il est manifeste que la décision d’interner les suspects est déjà prise. Tout ne sera que question de temps et de méthode pour y arriver.

Le déni et la démocratie

La démocratie française fonctionne aujourd’hui sur le déni. Il ne faut jamais parler des problèmes, et il faut les régler sans le dire, ou les laisser péricliter en affirmant qu’on les règle.

Cette méthode du déni s’appelle le mal governo et la saine réaction populaire à l’issue des attentats consistent à refuser l’hypocrisie généralisée. Pourvu que le peuple français tienne bon et parvienne à restaurer la transparence politique, dans les discours et dans les actes, dont nous avons besoin.

 

 

Journal de guerre: la défaite des munichois?

Quatre-vingts ans plus tard, l’esprit munichois ressurgit chez certains, avec son joli lot de prétextes et d’excuses pour ne pas prendre les armes. Un fossé est apparu, au retour du week-end, entre eux et les bellicistes, qui ne cachent plus leur appel à des mesures expéditives. Nul ne sait où cette scission s’arrêtera. Elle constitue peut-être le nouveau grand clivage entre les Français.

Les munichois s’expriment

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que l’appel à la paix fasse entendre sa voix. Dès samedi, on lisait un peu partout cette théorie étrange selon laquelle la France serait la première responsable des attentats qui l’ont frappée. Parce que nous avons attaqué la Syrie, nous avons récolté les fruits de notre action.

Ce matin, F.D., proche de Lutte Ouvrière, m’envoie ses amitiés en me reprochant mes articles « qui y vont trop fort », notamment parce que je propose de rompre avec la bienveillance vis-à-vis des Etats du Golfe. Selon lui, la bourgeoisie occidentale n’acceptera jamais ce « lâchage » des Etats qui financent ou soutiennent Daesh. Ce n’est pas faux. Je lui soutiens que, dans six mois, mes propositions paraîtront à l’eau de rose quand l’opinion sera excédée par les attentats qui viennent. Il ne le conteste pas.

C’est la grande défaite des Munichois: ils savent déjà l’inutilité de leur cause. La majorité des Français ne veut plus de ce laxisme moralisateur, culpabilisant, qui insinue que nous sommes responsables de tout, même de nos propres souffrances.

Les munichois perdus dans la foule

A midi, je suis place de l’Etoile et j’y participe à la minute de silence. Des caméras de télévision parsèment la petite foule qui s’est rassemblée sous la surveillance des compagnies de sécurité. La tombe du Soldat Inconnu est ceinte d’un cordon de badauds sous le grand souffle guerrier qui avait parcouru la France en 1914.

Une fois la minute achevée, un jeune Allemand s’adresse à la foule en anglais pour dire tout le mal qu’il pense de la logique guerrière de la France. Il est chassé par la foule. Le discours de la paix n’a plus sa place en temps de guerre.

Les munichois et Maurras

Près de l’avenue Carnot, je croise par hasard J-L F, éminence grise du monde social. Il est favorable à une ligne guerrière. Pour lui, l’indulgence de la France vis-à-vis des excès commis par la communauté musulmane tient d’abord au discours lénifiant de réécriture historique sur l’Algérie Française. Les Benjamin Stora et autres ont fabriqué a posteriori un récit où la France ne tient pas la part belle. C’était la première préparation au pire.

Il considère que je ne suis pas assez chrétien. Nous parlons de Maurras qui pratiquait sans croire, parce que la religion était affaire de raison et non de révélation.

Les munichois et le Grand Orient

A midi, je déjeune avec des frères du Grand Orient. Ils ne mâchent pas leurs mots sur leurs désirs de revoir l’Etat laïque prendre la main. Les lignes sont radicales, à l’unisson d’un message reçu le matin d’une soeur bien connue qui appelle au combat. Le procès des dirigeants socialistes vient rapidement sur le tapis: ils sont accusés de tergiverser avec la communauté musulmane.

Je sens en eux une profonde détermination, sans état d’âme, à revenir aux fondamentaux de la lutte contre l’obscurantisme. En l’espèce de l’obscurantisme musulman.

Mine de rien, les soutiens à la logique munichoise s’amenuisent. Dans le pays, une majorité belliciste se dessine.

Les munichois face au sursaut national

Le sursaut national a bien eu lieu, et c’est peut-être le principal étonnement que nous ayons aujourd’hui, en particulier au sein de la jeunesse. Nos enfants aiment la France. Ils chantent la Marseillaise pour dire qu’ils sont forts, et qu’ils ne molliront pas.

A mesure que les heures passent, c’est bien ce sentiment d’unité dans la volonté de combattre qui domine. On ne retrouve point le sentiment de janvier 2015, un tantinet bêlant, d’un amour universel qui domine tout. L’idée de la guerre a pénétré les esprits et beaucoup commencent à trouver de bonnes raisons de la gagner.

Les munichois et l’ordre

Une autre bonne surprise arrive: la police a réinvesti les quartiers qu’elle avait abandonné de longue date. Dimanche, une première descente aurait lieu rue de Belleville pour contrôler des gamins qui stagnaient dans les rues. Ce lundi, ils ne sont pas tous partis, mais leur nombre a diminué. L’Etat semble décider à faire respecter l’ordre.

Des dizaines de perquisitions et d’arrestations auraient eu lieu en France.

Les munichois et la fiche S

Face à cette montée de l’ordre, les munichois ont un sujet d’inquiétude: il faut protéger les suspects de terrorisme renseignés par la « fiche S » et surtout ne pas violer leurs libertés. La polémique enfle. Nicolas Sarkozy et Laurent Wauquiez proposent des mesures d’assignation à résidence ou d’internement. Le débat n’est pas mûr. Il durera et rebondira.

Nous avons tous le pressentiment que, tôt ou tard, des mesures radicales seront prises, et seront justes.

Hollande et les munichois

Au Congrès de Versailles, François Hollande n’a pas pris de position sur le sujet. Il a annoncé des renforcements des mesures de police, un changement de la constitution, une prorogation de l’état d’urgence et une déchéance de la nationalité pour les terroristes. Il veut une grande coalition internationale contre les 20.000 soldats de l’Etat islamique.

Mais de mesures intérieures pour faciliter l’intégration des immigrés, point. Une vision durable? non plus. Une position sur les fiches « S »? encore moins.

Hollande et le pacte de sécurité

Hollande est-il le bon cheval pour mener cette politique? Personne n’en est convaincu, mais il est trop tôt pour répondre à la question. En attendant, on fait « comme si » et on enregistre que l’effort de diminution des dépenses publiques est désormais bien compromis par la nécessité de recruter cinq mille policiers supplémentaires.

La guerre emporte avec elle un torrent d’engagements européens que nous ne croyons plus et auxquels nous ne demandions qu’à nous soustraire. Voici bien une raison supplémentaire pour la mener.

Journal de guerre: l’absurde tentation de la dictature

La guerre! Depuis plusieurs années, beaucoup s’attendaient à une implosion de la société française. Ce lent déclin, ce blocage systématique face à l’histoire, ne pouvait pas durer. Qui pouvait imaginer que le basculement viendrait à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, de l’Etat Islamique au Moyen-Orient et d’actions terroristes sur notre sol?

La Révolution qu’il nous faut n’avait probablement pas ce visage hideux dans l’esprit de ceux qui la souhaitaient ou la craignaient.

La guerre après l’angoisse du Grand Soir

Le Grand Soir n’est pas venu.

Il y avait ceux qui le voulaient. Le Front de Gauche, à coup sur, même si on ne sait plus trop si le Parti Communiste partageait encore cette espérance. Les mouvements révolutionnaires d’extrême gauche.

Il y avait ceux qui le craignaient. Le gouvernement par exemple, obsédé par la transformation de la pétaudière française en champ de foire incontrôlable.

Finalement, les prolétaires français n’ont pas bougé. Ce sont les prolétaires issus de l’immigration, fixés dans les banlieues, qui passent à l’action. Le drapeau vert a vaincu le drapeau rouge.

La guerre et ses grandes peurs

Paris est à cran. Le moindre coup de pétard est comme une ombre projetée sur un mur lointain: il se transforme en canonnade immense, et la foule s’enfuit. On l’a vu place de la République aujourd’hui. La ville bruissait de fantasmes qu’on croyait impossibles de nos jours. La RATP elle-même a fait courir la rumeur de tirs dans le métro.

L’émotion est partout. L’émotion a pris le pouvoir. Tout est désormais possible, même le pire.

La guerre face à une France hébétée

La guerre est dans nos rues, mais personne n’a d’idée claire sur la façon de la gagner. François Hollande décrète l’état d’urgence mais pour quoi faire? Il laisse les policiers agir. Et après?

La France reste sur son absurde politique arabe, qui consiste, depuis plusieurs années, à remplacer les régimes laïques par des régimes musulmans sunnites. Nous avons commis cette folie en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Syrie. Nous en payons le prix fort aujourd’hui. Non seulement aucun bilan critique n’est dressé, mais l’inversion complète de logique qu’il faudrait désormais n’est pas prête d’arriver.

La guerre et la dictature

Demain, François Hollande devrait annoncer devant le Congrès son intention de proroger pendant trois mois l’état d’urgence. Il aurait l’intention de changer la loi de 1955 qui lui donne pourtant beaucoup de pouvoir. La tentation autoritaire triomphe, sans aucune idée claire sur la politique à mener.

Il ne vient à l’esprit que de peu de personnes de constater le naufrage de la politique menée depuis les attentats de janvier: la surveillance généralisée des communications n’a servi à rien. Et comme le soulignait le commissaire Marion sur une radio publique, l’enquête avance vite grâce aux méthodes policières traditionnelles. Comme disait les Shadoks: plus on rate, plus on a de chance de réussir.

La guerre contre la majorité

Une fois de plus, la réaction de François Hollande touche la majorité: l’état d’urgence remet en cause les libertés de tous les Français. En revanche, il ne semble pas vouloir s’intéresser aux groupes spécifiques qui servent de terreau au terrorisme. Rien sur la montée de l’islamisme. Rien sur le rappel aux règles dans les quartiers où la haine du pays se transforme en doctrine officielle. Rien sur cette France des faubourgs qui remue aujourd’hui.

Le souci de François Hollande est-il de contrôler le pays, gens honnêtes compris, ou de gagner la guerre qui s’engage?

La guerre aux fiches « S »

La question du sort à réserver aux radicaux musulmans marqués du « S » de la surveillance tarde à être discuté. Que faire de ces 3.000 ennemis de l’intérieur qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu dans la crainte d’un nouvel attentat?

Nicolas Sarkozy propose de leur passer un bracelet électronique et de les assigner chez eux. C’est un début. Tôt ou tard, l’internement, ou la déportation comme pour les communards en 1871, viendra sur le tapis. L’urgence est de nous forger une doctrine du respect des libertés en temps de guerre.

La guerre en Syrie, mais pour quoi?

Faute d’idée, faute de vision, la France entre dans la guerre en Syrie à reculons et avec un esprit de défaite. Il nous faudrait une idée du Moyen-Orient de demain, une cible à atteindre. En dehors de chasser le dictateur Bachar El-Assad et de mener des frappes aériennes, François Hollande n’en a aucune, semble-t-il.

L’intervention au sol est pourtant inévitable. Rien ne serait pire que de la déclencher avec aussi peu de certitudes sur la conduite à tenir. Il y a quarante ans, la main de la France tremblait moins: nous savions les bienfaits (et les inconvénients) du Baas et des mouvements laïcs en Syrie, en Irak, ou en Egypte. L’excès d’atlantisme nous a égaré sur une mauvaise pente.

La guerre et ses petits secrets

Les attentats de Paris ont eu une vertu: ils ont accéléré l’alliance russo-américaine pour intervenir en Syrie. Tout n’est pas encore réglé, en particulier le sort immédiat de Bachar El-Assad. Mais le reste devrait suivre: il y a aura bien cause commune pour écraser l’Etat Islamique.

La guerre et la Belgique

Plusieurs terroristes vivaient à Molenbeek, ou avaient des liens avec cette commune de la banlieue bruxelloise. La communauté musulman y est importante, et relativement coupée du monde. Les services de renseignement belge ne la contrôlent. Le grand désordre belge y est à l’oeuvre. Jusqu’à quand la France pourra-t-elle abandonner cet espace sécuritaire naturel à un Etat incompétent et lymphatique?

Les mois à venir montreront l’imbrication grandissante entre les Musulmans de Belgique et la sécurité de la France. Il faudra bien réagir tôt ou tard.

Revenir à la vie normale

Dans ce déluge de mauvaises nouvelles, qui rappellent que nous avons mangé notre pain blanc, qui laissent augurer des années noires après soixante-dix ans d’insouciance, il faut essayer de reprendre une vie normale et vaincre la peur de laisser derrière soi les siens qu’on ne reverra peut-être pas le soir venu.