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Attentats de Paris et de Bruxelles: les infos qui vous manquent

Peu à peu, les petits secrets des attentats de Paris et de Bruxelles se dévoilent, autant en France qu’en Belgique et ailleurs. La masse des informations est trop importante pour être traitée en détails. Mais je souhaitais quand même apporter une sorte de recueil des nouveautés pour mieux comprendre le phénomène qui nous frappe et nous menace.

Les ratés français en matière de renseignement

La commission Fenech a eu le mérite de récapituler les grands loupés de la police française qui posent problème dans le déroulement des attentats. J’en livre ici un résumé avec les meilleurs moments du rapport.

Le cas des frères Kouachi

Les frères Kouachi avaient fait l’objet de surveillances assez poussées de la part des services de renseignement. Saïd Kouachi avait ainsi été placé, au même titre que Salim Benghalem, sous surveillance par la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) en 2011. Son directeur, M. René Bailly, a expliqué à la commission d’enquête que ces individus semblaient « intéressants » parce qu’ils fréquentaient des « mosquées ainsi que des noyaux d’individus pouvant présenter un jour une certaine dangerosité ».

L’un des frères Kouachi et Salim Benghalem se sont rendus en 2011 au sultanat d’Oman, ce qui leur a certainement permis de rejoindre le Yémen limitrophe par la suite. Si Salim Benghalem est resté dans la région, son compagnon est, pour sa part, revenu en France quelques semaines plus tard, où sa surveillance par la DRPP a repris, par le biais de nouvelles interceptions de sécurité, puis abandonnée une première fois, les écoutes n’étant pas concluantes.

La DRPP a de nouveau mis sur écoute Saïd Kouachi en 2014 avant d’abandonner encore sa surveillance lorsque ce dernier a quitté la région parisienne pour s’installer à Reims en juin 2014. La compétence territoriale de la DRPP se limitant à Paris et la petite couronne, elle transmet alors l’intégralité du dossier à la DGSI, au cours d’une réunion de travail qui se tient au début du mois de juillet, et celle-ci s’engage alors à prendre le relais.

Interrogé sur ce point par la commission d’enquête, son directeur général, M. Patrick Calvar a répondu que la surveillance fut finalement définitivement interrompue car « aucun élément ne permettait d’établir de la part des frères Kouachi une activité terroriste ». (…)

Le cas Coulibaly

Le cas d’Amedy Coulibaly est sensiblement différent puisqu’il n’avait jamais fait l’objet d’une surveillance particulière de la part des services de renseignement. M. René Bailly a ainsi expliqué à la commission d’enquête que son nom était parfois apparu dans le cadre de la surveillance d’autres individus, notamment en raison de sa fréquentation de mosquées sensibles. Mais il n’a pas attiré outre mesure l’attention des services car rien ne laissait soupçonner « qu’il était impliqué dans des projets d’attentats terroristes » selon le DGSI, M. Patrick Calvar.

Pour autant, entre 1999 et 2009, Amedy Coulibaly a été condamné six fois et a fréquenté plusieurs établissements différents : Melun, Fleury-Mérogis, Villejuif, Orléans-Saran. À Fleury-Mérogis, il fut le voisin de cellule de Djamel Beghal, et des écoutes téléphoniques réalisées en 2010 ont montré qu’il existait un lien fort entre les deux hommes. En outre, Coulibaly a été condamné pour avoir projeté l’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, l’un des auteurs des attentats de 1995, projet pour lequel Cherif Kouachi a également été mis en examen avant de bénéficier d’un non-lieu. Dès lors, son adhésion aux thèses de l’islam radical et violent ne faisait guère de doutes, après une telle condamnation.

Pourtant, à sa sortie de prison, Amedy Coulibaly est remis en liberté sans aucun suivi, sans aucune information des services de renseignement par l’administration pénitentiaire ou judiciaire, sans aucune alerte. Le ministre de la justice, lors de son audition par la commission, reconnaissait à ce sujet, avec courage et lucidité : « Le bureau du renseignement pénitentiaire ne dispose ni de document ni de retour d’expérience sur le parcours de Coulibaly. (…) Le parcours de Coulibaly ne démontre que des carences de notre part ; il nous faudra y remédier. »

Le cas Samy Amimour

Samy Amimour, membre d’un club de tir de la police nationale, a tout d’abord fait l’objet d’une surveillance de la part de la DRPP, ainsi que l’a confié son directeur, M. René Bailly, lors de son audition. Il a été auditionné par la DCRI en octobre 2012, dans le cadre d’un projet de départ en Syrie. Cette année-là, il est déféré, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.

Dans le cadre de ce contrôle, il est donc interdit de sortir du territoire et privé de papiers d’identité, mais il parvient néanmoins en septembre 2013, à se rendre en Syrie avec Ismaël Omar Mostefaï. Selon toute vraisemblance, il se serait fait refaire ses papiers d’identité par la préfecture, en arguant une prétendue perte. Alors que toute demande de nouveaux papiers d’identité déclenche normalement la consultation par la préfecture du fichier national des personnes recherchées (FPR), dans lequel sont portées les interdictions de sortie du territoire, il semblerait que cette consultation ne soit pas systématique, a regretté M. Marc Trévidic lors de son audition par la commission d’enquête. Alors juge d’instruction au pôle antiterroriste, celui-ci a expliqué à la commission d’enquête qu’il avait souhaité, à la lumière d’éléments nouveaux, entendre trois individus placés sous contrôle judiciaire, dont Samy Amimour. Il apprit à cette occasion « qu’aucun des trois ne pointait plus au commissariat depuis au moins quatre semaines sinon davantage, alors même qu’ils étaient tenus à un contrôle hebdomadaire. »

Cet épisode plus que malheureux met en relief deux problèmes majeurs et distincts. Premièrement, le contrôle judiciaire de Samy Amimour a manifestement échoué et n’a pas été suffisamment rigoureux. Deuxièmement, si la surveillance administrative dont il avait été l’objet a été abandonnée simultanément avec sa mise en examen, conformément aux principes du procès équitable et des droits de la défense, elle n’a manifestement été remplacée par aucune mise en œuvre par la justice des techniques de renseignement qui eussent permis de détecter les intentions de Samy Amimour. À cet égard, le directeur général de la sécurité intérieure, M. Patrick Calvar, a indiqué à la commission que cette mauvaise articulation entre la surveillance administrative et la surveillance judiciaire constituerait « un angle mort ». Votre rapporteur observe néanmoins que – contrairement à nombre de ses homologues étrangers – la DGSI dispose d’une compétence judiciaire mise en œuvre très régulièrement dans le cadre des cosaisines avec la SDAT dont elle fait l’objet de la part du parquet dans le cadre des enquêtes antiterroristes. C’est d’ailleurs en vertu de cette compétence que la DCRI auditionnait Samy Amimour en octobre 2012. Votre rapporteur estime donc que, autant qu’un problème de droit ou de moyens, c’est aussi une insuffisante prise en considération de la dangerosité et des projets de Samy Amimour qui a conduit à ne pas poursuivre sa surveillance après sa mise en examen et entraîné un contrôle judiciaire peu rigoureux.

Le cas Mostefaï

Son compagnon, du voyage en Syrie jusqu’au Bataclan, Ismaël Omar Mostefaï faisait quant à lui l’objet d’une fiche S pour radicalisation islamiste violente lorsqu’il parvient à rejoindre les rangs de Daech. Selon les témoignages recueillis par la commission lors de son déplacement à Ankara, le départ des deux hommes aurait d’ailleurs été signalé à la DGSI par les services de renseignement et de sécurité turcs. Il apparaîtrait comme logique que les Français signalés de la sorte soient ciblés prioritairement par les services français, de sécurité tant extérieure qu’intérieure. Lors des auditions, il a été confirmé à la commission, qu’Ismaël Omar Mostefaï n’avait fait l’objet d’aucune surveillance avant le 13 novembre 2015, bien qu’il faille garder à l’esprit que la surveillance des français en zone syro-irakienne est une manœuvre particulièrement complexe.

Le cas Abaaoud

Bien que n’ayant jamais résidé en France, celui qui semble être un acteur clé des attentats du 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud, était néanmoins connu des services de renseignement et de sécurité français, mais également au moins par leurs homologues belges, grecs et turcs.

Né en avril 1987, titulaire de la double nationalité belge et marocaine, Abdelhamid Abaaoud a été condamné et incarcéré à de multiples reprises en Belgique entre 2002 et 2012. En février 2013, il se rend en Syrie et fait l’objet d’une note de la sûreté belge. Un an plus tard, il acquiert une certaine notoriété par des vidéos diffusées sur internet et le montrant se livrant à des exactions en Syrie. En août 2014, il est frappé par un mandat d’arrêt belge et international.

Pour autant, Abdelhamid Abaaoud revient au sein de l’espace Schengen. Il est associé à, voire coordonne, une cellule djihadiste dormante en Belgique, dite cellule de Verviers, qui est démantelée par la Belgique avec le concours du GIGN en janvier 2015, peu après les attentats de Paris. Selon les informations recueillies auprès des services de renseignement et de sécurité grecs lors du déplacement de la commission à Athènes, le lien téléphonique entre la cellule de Verviers et Abdelhamid Abaaoud était établi avant le démantèlement de la première. Il était alors prévu une action concertée des services belges et grecs afin d’interpeller le djihadiste se trouvant à Athènes. Cependant la précipitation de l’intervention à Verviers n’a pas permis une telle arrestation.

Votre rapporteur a pu mesurer, à Athènes, toute la frustration encore vivace des services grecs, apparemment mal tenus informés de l’organisation du démantèlement en Belgique. Ces services ont dû organiser en urgence, dans le centre-ville de la capitale, une opération d’interpellation en masse, dans la rue, de très nombreux suspects potentiels dans la zone de bornage du téléphone, qui communiquait avec la cellule de Verviers. Abdelhamid Abaaoud échappe alors au coup de filet et se débarrasse dudit téléphone qui sera retrouvé quelques jours plus tard, mais l’enquête grecque met à jour deux appartements conspiratifs dont la fouille confirmera, d’une part, sa présence à Athènes et sa fuite très brusque, et, d’autre part, sa connexion avec les réseaux criminels de fabrication et de diffusion de faux-papiers.

Nonobstant ses antécédents, cette opération semble constituer le point de départ de l’intérêt des services français pour Abdelhamid Abaaoud. Le DGSE, M. Bernard Bajolet a ainsi expliqué : « Nous suivions en particulier, depuis le mois de janvier 2015, le réseau Abaaoud, en liaison avec un projet d’attentat du « groupe de Verviers ». Nous avons aidé nos homologues belges à déjouer cet attentat. »

Du côté de la sécurité intérieure, le sujet Abaaoud ne sera réellement pris en pleine considération qu’à partir de l’été suivant après l’enchaînement de l’attaque du Thalys et de l’arrestation de Reda Hame, lequel confiera en garde à vue avoir reçu des consignes d’attentat en France de la part du belgo-marocain. En effet, selon M. Patrick Calvar, la DGSI a établi « la dangerosité d’Abaaoud dès l’été 2015, en indiquant que cet individu était impliqué dans de nombreux projets avortés. C’était après l’attaque du Thalys. Nous savions pertinemment qu’Abaaoud avait joué un rôle dans plusieurs affaires, dont l’affaire Ghlam, et nous l’avons donc signalé. » Jusqu’à l’été 2015, a également précisé le DGSI, Abdelhamid Abaaoud était connu de ses services mais la connaissance qu’ils avaient de ses projets terroristes visant la France n’en faisaient pas une priorité. M. Patrick Calvar a justifié un tel ordre des priorités par le fait que l’intéressé n’était ni résident ni de nationalité française : « Nous avons suffisamment de ressortissants français qui, depuis la Syrie, veulent nous frapper, soit en projetant sur notre territoire des gens, soit en faisant appel à des amis qui vivent ici, pour ne pas nous être préoccupés directement des cellules en Belgique ou dans d’autres pays, dès lors que nous ne pouvions établir de connexions. (…) Qu’on m’explique comment bloquer Abaaoud quand il se trouve en Grèce, visé par une enquête – celle concernant les attentats déjoués de Verviers ? »

Tout au long de l’année 2015, malgré les moyens mis en œuvre, Abdelhamid Abaaoud ne sera donc jamais localisé par les services de renseignement français, ni par leurs homologues européens. S’ils ont su qu’il était rentré en Syrie, ils ne l’ont en revanche pas vu ressortir et n’ont découvert sa présence sur le sol français qu’après les attentats du 13 novembre.

Comment Abdeslam a pu quitter la France le 14 novembre

Cependant, compte tenu de la chronologie des attentats du 13 novembre (cf. supra), votre rapporteur est contraint de relativiser cette situation présentée comme idéale. En effet, tandis que le Président de la République lui-même décrète l’état d’urgence à minuit le 14 novembre et demande formellement la restauration des contrôles aux frontières, Salah Abdeslam sera contrôlé à 9h10 et s’exfiltrera vers la Belgique en dépit d’un hit positif de son passeport sur le SIS 2.

M.Jean-Jacques Colombi a fourni à la commission des précisions éclairantes sur les conditions de ce contrôle ainsi que sur les lourdeurs intrinsèque du fonctionnement actuel du SIS 2 : « La consultation du fichier des personnes recherchées en France par le peloton autoroutier fait apparaître que Salah Abdeslam fait l’objet d’un signalement dans le SIS et que la conduite à tenir est de « recueillir discrètement toutes informations utiles et contacter le bureau SIRENE « . L’un des gendarmes contacte donc le bureau pour obtenir davantage de précisions. Nous lui confirmons l’existence d’un signalement valide dans le SIS émis par la Belgique le 9 février 2015 au titre de l’article 36-2 de la décision 2007/533 du Conseil, lequel autorise le signalement «pour la répression d’infractions pénales et pour la prévention de menaces pour la sécurité publique », donc pour des infractions de droit commun, l’article 36-3 autorisant, lui, les signalements quand la sûreté de l’État est menacée.

Nous précisons au gendarme que les Belges demandant un contrôle discret, le peloton doit poursuivre le contrôle, rappeler pour nous donner une description du véhicule, sa plaque d’immatriculation, l’identité des occupants – si possible, une copie des documents d’identité –, la provenance et la destination des passagers et le motif de leur déplacement.

À 9 heures 40, l’un des gendarmes rappelle le bureau SIRENE et communique les informations demandées, à l’exception des copies des pièces d’identité qui ne nous parviendront que plus tard dans la matinée en raison de difficultés liées à la transmission des images par voie électronique.

À 9heures44, l’opérateur du bureau SIRENE de Paris transmet au bureau SIRENE de Belgique le formulaire habituel de découverte, dit  » formule G « , accompagné d’une demande de précision quant au motif du signalement, en précisant que les copies des documents d’identité seraient transmises dès réception.

Vers 10 heures 45, le bureau SIRENE de Belgique rappelle le bureau SIRENE de France et l’informe que Salah Abdeslam était d’après leurs services un individu radicalisé, candidat au djihad en Syrie ».

M.Alexandre Pichon, adjoint au chef de la division des relations internationales a également les raisons pour lesquelles le SIS 2 ne pouvait fournir d’information sur le risque terroriste, qui eût permis aux gendarmes de mieux cerner Salah Abdeslam lors de son contrôle : « L’article 36-2 ne couvre pas spécifiquement les infractions de droit commun. Les articles 36-2 et 36-3 peuvent concerner des faits relevant du terrorisme comme des faits n’en relevant pas. Ce qui distingue les deux articles, c’est la nature de l’autorité qui procède au signalement. Les signalements effectués dans le cadre de l’article 36-2 étant liés à la répression des infractions pénales, ils sont généralement issus des services d’enquête criminelle, donc de la police judiciaire. Ceux qui sont effectués dans le cadre de l’article 36-3, en cas de menace de la sûreté de l’État sont généralement issus des services de renseignement, de la DGSI par exemple ».

In fine, il est apparu que les Belges ont renseigné le SIS 2 dans le cadre de l’article 36-2 et non pas de l’article 36-3 alors même que les services de ce pays étaient informés de la radicalisation de M. Salah Abdeslam. Les Français n’ont su que quelques heures après le contrôle que ce dernier était surveillé au titre de sa radicalisation violente. Votre rapporteur en conclut que le SIS 2, au lendemain du pire attentat terroriste connu par la France au cours de son histoire et en dépit des ordres présidentiels, était impuissant à bien renseigner la gendarmerie française, contrainte dès lors de laisser libre le djihadiste.

La Commission parlementaire belge sous pression de la police

Depuis l’affaire Dutroux, les Belges ont mis en place un organe parlementaire de contrôle de la police: le comité P. Cet organe prépare un rapport particulièrement sanglant sur les dysfonctionnements du renseignement belge. On trouvera ci-dessous un résumé, emprunté à la Dernière Heure, des batailles qui se livrent en ce moment en Belgique sur la transparence en matière de lutte anti-terroriste:

1. Dénonciation. Début mars. Avant même que se produisent les attaques de Zaventem et de Maelbeek, le Comité P (la police des polices en Belgique) enquête sur une information de juillet 2014 concernant une possible radicalisation des frères Salah et Brahim Abdeslam, deux des auteurs des attentats de Paris, information qui aurait été négligée par la police antiterroriste.

Il le fait à la suite de la dénonciation d’une “agente” de la police judiciaire qui aurait reçu un appel d’un informateur proche de la famille Abdeslam lui parlant de la préparation d’une attaque par les frères Abdeslam, sous la coupe d’Abdelhamid Abaaoud, tué le 18 novembre 2015, à Saint-Denis. La policière, en délicatesse avec sa hiérarchie et en “congé maladie”, dit avoir transmis le soir même l’information à ses collègues de la section antiterroriste de la police judiciaire (DR3) qui n’auraient donné aucune suite.

2.Répliques du parquet fédéral et de la police judiciaire. A cette époque, le parquet fédéral minimise l’importance de ces informations, qui ne faisaient, dit-il, aucune référence à un quelconque projet d’attentat et ne mentionnait pas le nom des Abdeslam. Le parquet souligne que la première mention d’un départ possible des frères en Syrie date de janvier 2015 et qu’elle a fait l’objet de vérifications à l’issue desquelles aucune infraction liée au terrorisme n’avait pu être mise en évidence.

Le directeur général de la police judiciaire fédérale, Claude Fontaine, en rajoute une couche: “Il est de mon devoir de défendre mon équipe contre certains éléments mensongers qui se basent sur des informations de source douteuse ayant parfois uniquement pour but de discréditer notre organisation” écrit-il. Une enquête pour violation du secret professionnel sera ensuite ouverte par le parquet de Bruxelles.

3. Première salve du Comité P. Mais le 7 mi-mars, devant la commission parlementaire spéciale “terrorisme”, le Comité P dresse un tableau très sombre de la façon de fonctionner des services de renseignement. Il pointe du doigt les faiblesses structurelles dans l’échange d’informations entre les unités chargées de surveiller les djihadistes présumés; il révèle qu’un scanner censé lire les documents concernant les suspects est…en panne depuis 2014 et que 20.000 documents potentiellement intéressants n’ont pu être traités; il indique aussi que les restrictions budgétaires ont privé les services policiers de personnes qualifiées pour gérer et analyser les informations recueillies.

4.Deuxième mise en cause du même Comité P. L’épisode suivant intervient fin avril. Dans un rapport intermédiaire relatif à l’enquête sur les attentats de Paris, le Comité P affirme que le dossier de surveillance des frères Abdeslam a été classé sans suite, en avril 2015, en raison d’un manque d’effectifs. Il relève plusieurs manquements ayant permis au duo d’échapper à la surveillance dont ils aurait dû faire l’objet.

5.Des parlementaires fâchés. Ce rapport est toutefois mal accueilli par les membres de la commission parlementaire de suivi des organes de contrôle des services de police et du renseignement. Ils le jugent “trop à charge” et dépourvu de contexte et décident de permettre aux services incriminés de répondre point par point. Ce n’est qu’en possession de leurs répliques que les députés analyseront le rapport sur le fond.

6.Le Comité P se justifie. Dans la foulée, Yves Keppens, le président du Comité P, défend le rapport contesté, concédant sa sévérité mais justifiant son contenu.

7.Police et parquet contre-attaquent. Le feuilleton n’est toutefois pas terminé. Le 2 mai, la commissaire générale de la police fédérale, le directeur de la police judiciaire, le procureur fédéral et le procureur général de Bruxelles écrivent à la commission parlementaire de suivi du comité P pour dénoncer la surcharge de travail qu’ils doivent supporter depuis le début de l’enquête de ce dernier. Dans leur courrier, Mme De Bolle et MM. Fontaine, De Leeuw et Delmulle rappellent la charge de travail considérable que leurs services supportent pour lutter contre la menace terroriste. L’enquête du comité P n’arrange pas les choses, scandent-ils.

8.Le malaise est profond. Depuis, d’autres intervenants sont sortis du bois. Le SLFP Police a dénoncé une pénurie de personnel au sein de la cellule anti-terroriste. Surtout, De Morgen a révélé qu’au moins 20 spécialistes souhaitent quitter au plus vite la DR3. Ils en auraient assez des critiques incessantes dont ils font l’objet. Avec ses 142 employés, le service est pourtant déjà en sous-effectifs. Malaise, vous avez dit malaise.

La police belge a-t-elle protégé les frères Abdeslam?

Je reviens sur l’information du point n°1 ci-dessus: la police belge avait-elle eu vent des projets d’Abdeslam en France? Il est évidemment toujours tendancieux de réécrire l’histoire après coup. Il n’en reste pas moins que…

Selon la RTBF, on découvre cette information hallucinante:

C’est l’un des points cruciaux que devra trancher la commission d’enquête parlementaire : les policiers ont-ils fait preuve de négligence dans l’enquête sur les frères Abdeslam ? Jusqu’à présent la version présentée par la DR3, unité chargée de l’anti-terrorisme était la suivante : oui, elle avait bien reçu via un informateur des éléments faisant état de la radicalisation des frères Abdeslam. Mais, non, ces informations ne permettaient pas d’établir que les deux frères appartenaient à une mouvance terroriste et encore moins qu’ils étaient susceptibles de passer à l’acte.

L’enquête du Comité P (police des polices) contredit désormais ouvertement cette version. Selon ce document classé confidentiel mais auquel la rédaction de la RTBF a pu avoir accès, les informations étaient en réalité beaucoup plus précises que ce qui a été dit jusqu’à présent, et elles laissaient peu de doutes sur la dangerosité des deux frères.

Tout commence le 15 janvier, jour de l’assaut contre la planque de Verviers. Ce jour là les policiers tuent deux terroristes dans la fusillade, capturent le troisième et lancent une vaste enquête pour mettre la main sur leurs complices à travers le pays. En Grèce, l’organisateur présumé de la cellule, Abdelhamid Abaaoud parvient à échapper aux policiers.

Un informateur, quatre éléments

Dans les jours qui suivent, un informateur livre à la police locale de Molenbeek les noms des deux frères Salah et Brahim Abdeslam.

Quatre éléments d’information (qui finiront par remonter vers les fédéraux) apparaissent :

  • Il est question de départ en Syrie pour « aider les frères »
  • Des sacs seraient prêts pour le départ
  • Brahim a téléphoné à son frère de la frontière turco-syrienne au moment où il s’apprêtait à franchir la frontière vers la Syrie (le 28/01)
  • Et, surtout, l’informateur fait état de plusieurs échanges directs entre Abdelhamid Abaaoud et Salah Abdeslam dans les jours qui ont précédé l’opération de Verviers

L’informateur donne même le numéro de GSM qu’utilise Salah Abdeslam dans ce contexte.

Abaaoud ? Une vague connaissance du passé

Immédiatement, la police locale lance un avis de recherche des deux hommes. Des convocations leur sont adressées, sans résultat immédiat.

Le 16 février, un motard de la police de Molenbeek interpelle Brahim Abdeslam au volant d’une voiture pétaradante. Il est en possession de stupéfiants.

Les policiers découvrent qu’il est aussi recherché pour « radicalisme ». Ils se rendent chez lui et emportent des ordinateurs et des clés USB.

Salah Abdeslam se rend, sur conseil d’un proche, au commissariat le 28 février, mais affirme qu’Abaaoud n’est qu’une vague connaissance du passé, dont il n’a plus de nouvelles depuis trois ans. C’est faux, mais ça passe.

La DR3 saturée de travail

Entretemps, le parquet fédéral compétent en matière de « terrorisme » reprend la main et la police locale de Molenbeek n’est officiellement plus en charge du suivi. Mais la police fédérale anti-terroriste bruxelloise, la DR3, qui reçoit les devoirs d’enquête est saturée de travail. Plus de 110 dossiers à gérer, 420 suspects à suivre pour 85 hommes, cadres compris…

La DR3 réalise alors partiellement un premier devoir, le réquisitoire téléphonique (relevé des communications) sur le numéro de Salah Abdeslam entre le 1 mars 2014 et le 19 février 2015, puis décide de « geler » les informations, car elle ne dispose pas des forces nécessaires pour réaliser l’enquête de téléphonie.

Le parquet fédéral est dès lors informé que le groupe de la DR3 compétente en matière « d’islamisme » n’est plus en mesure d’effectuer les devoirs d’enquête demandés par le magistrat titulaire, notamment l’examen des pièces saisies chez les Abdeslam.

Des pistes de réorientation des deux dossiers sont alors recherchées au sein de la police judiciaire puis suggérées au magistrat titulaire du dossier.

Quatre mois « en attente » d’une réaffectation, puis classés « sans suite »

Un rapport de « contextualisation » indispensable pour pouvoir transférer le dossier vers une autre unité de la PJF est rédigé et transféré vers le magistrat du parquet fédéral.

Il ne s’agit pas d’une synthèse de l’enquête, mais des seules observations effectuées au départ de la documentation de la DR3.

Rien ne figure donc dans ce rapport sur les premiers éléments rapportés par l’informateur à la police locale qui faisait état de connexions récentes avec Abaaoud qui est pourtant activement recherché par les services.

Durant quatre mois, les deux dossiers resteront « en attente » d’une réaffectation, mais, en juin 2015, le magistrat titulaire décidera sans attendre les résultats des devoirs qu’il a prescrit de classer les deux dossiers « sans suite ». Il demandera de poursuivre « une surveillance discrète » des frères, mais plus aucun service de police ou de renseignements ne considérera cette mission comme « prioritaire »… jusqu’aux attentats du 13 novembre.

Voilà comment Salah Abdeslam, l’homme dont on aurait du savoir qu’il était en contact direct avec Abaaoud, a disparu des radars.

Les armes du Bataclan proviennent-elles d’un camp de DAESH à la frontière mexicaine

Enfin, pour couronner ce tour d’horizon impressionnant, je rappelle cette information issue du site américain Judicial Watchl’une des armes du Bataclan proviendrait de Phoenix, aux Etats-Unis, où elle aurait été achetée avec le consentement tacite des autorités dans le cadre de l’opération Fast and Furious.

On notera par ailleurs les liens étranges entre Abrini, réputé être le cerveau des attentats, et la Grande-Bretagne. Abrini avait fait un voyage à Birmingham l’an dernier. Il est aujourd’hui un informateur des services secrets britanniques.

Attentats de Paris: le rapport parlementaire à lire dès aujourd’hui

La commission Fenech a rendu son rapport sur les défaillances policières à l’occasion des attentats de Paris. En cherchant à le lire ce matin, je me suis aperçu qu’il ne serait pas mis en ligne avant mardi. Dieu soit loué, la RTBF a eu la bonne idée de le diffuser en priorité sur son site.

Je me suis donc permis de le reproduire sur mon site et de le publier…

La lecture est à recommander, puisqu’on y lit des phrases chocs sous la plume des responsables policiers.

Le patron de la DGSE écrit:

« Le rôle de mon service est de détecter et d’entraver les menaces situées à l’étranger et visant le territoire national, soit nos intérêts à l’extérieur (…) Des attentats comme ceux du 13 novembre marquent bien un échec du Renseignement extérieur : ils ont été planifiés à l’extérieur de nos frontières et organisés en Belgique, c’est-à-dire dans l’aire de compétence de la DGSE« .

Le patron de la DGSI écrit:

« Tout attentat est un échec puisque nous n’avons pas pu l’empêcher.(…) Certains, certes, posent les vraies questions et il est normal que, dans une démocratie, on rende compte et qu’on essaie de progresser. Les attentats de 2015 représentent un échec global du renseignement.« 

Reste à savoir si la police française est capable de tirer les leçons de ses échecs et de repenser son fonctionnement, ses logiques et ses méthodes. Ou bien si elle préfère rester dans le confort de son train-train et de ses certitudes acquises.

Beaucoup ont déjà un (mauvais) pressentiment sur les réponses…

Ma fille de 3 ans victime d’une agression à Paris, et la police ne bronche pas

L’agression à Paris, y compris face ou contre les enfants de 3 ans, est devenu un mode normal de fonctionnement qui ne suscite plus aucune réaction normative de la police, ni de la ville de Paris, bien entendu.

L’agression à Paris, un mode de vie à la mode

En cette fin d’après-midi, j’étais content de pouvoir emmener ma fille de 3 ans au parc. Ce n’est pas tous les jours que je peux m’offrir ce petit luxe. Et ce n’est pas tous les jours que ma fille peut profiter de son papa dans son parc habituel, rue du Télégraphe, dans le 20è arrondissement de Paris.

Mais ce soir… pas de chance, une bande d’adolescents africains et maghrébins traîne ses savates dans le parc réservé aux enfants de moins de six ans, et deux adolescents belliqueux commencent à se battre à quelques dizaines de centimètres de ma fille de trois ans…

Non! non! et non! je n’accepte pas cela et je leur demande d’arrêter. J’ai immédiatement droit aux sarcasmes, aux insultes, aux accusations de racisme (demander à des adolescents issus de l’immigration de respecter des règles de bon sens, c’est forcément aussi raciste que de ne pas sélectionner Benzéma en équipe de France), aux menaces. Le ton monte.

Ma fille de 3 ans se réfugie derrière moi et je suis entouré par une bande de quinze adolescents et jeunes adultes menaçants

Je ne me laisse pas faire, et les gamins s’impatientent. Je ne quitte pas le parc comme ils le souhaiteraient. Ma fille se réfugie derrière moi et je me retrouve donc face à cette scène surréaliste où un petit caïd de quartier commence à me bousculer:

 

Comme je tiens tête et que j’explique à ma fille qu’il ne faut jamais abandonner la partie, même face à la loi du nombre, les agresseurs utilisent une autre arme. Ils envoient un enfant de dix ans se jeter sur ma fille avec sa trottinette. Se dire victime et agresser. Dénoncer le racisme et haïr les blonds aux yeux bleus.

Voilà le résultat:

 

La police reste inerte

Au bout d’interminables minutes, le parc (dans le quartier où les Kouachi se sont radicalisés rappelons-le, et dans la circonscription de Jean-Christophe Cambadélis) qui n’est pas gardé par un agent de la ville de Paris (trop occupés dans les beaux quartiers sans doute) est finalement atteint par une patrouille de police qui renvoie tout le monde dos à dos.

Les policiers partis, j’ai droit aux pires insultes de la part des jeunes mamans maghrébines qui étaient là.

Il est vrai qu’une bande d’adolescents africains qui s’attaquent à une famille française, ce n’est ni de la violence, ni du racisme, c’est une juste réparation de nos torts coloniaux.

La Hongrie remet un coup de pioche dans la tête de l’Union

Le président de la Hongrie (Janos Ader, si, si, il existe) a décidé de donner un coup de pioche dans l’édifice communautaire, où le gouvernement profond se remettait à peine d’un Brexit qu’il s’emploie à neutraliser. Ce fameux Ader a annoncé la tenue d’un referendum, dans son pays, sur les politiques migratoires européennes.

La Hongrie achèvera-t-elle l’Union?

La question qui sera posée aux Hongrois devrait amener un large triomphe du « non »:

« Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois ? »

En principe, et au vu de la formulation, le gouvernement hongrois ne devrait pas avoir besoin de truquer le scrutin pour obtenir une large approbation de ses positions bien connues sur le sujet. Depuis plusieurs mois, la Hongrie, l’une des principales étapes sur la route des « réfugiés », s’oppose à l’objectif allemand d’imposer des relocalisations dans l’Union.

On le voit, la crise des réfugiés, ouverte par Angela Merkel unilatéralement l’an dernier, n’est pas prête de se terminer. On peut même craindre qu’elle n’en soit qu’à ses débuts, si l’on en juge par les effets qu’elle a produit en Grande-Bretagne, et sur les effets qu’elle va produire dans la partie orientale de l’Europe.

Angela peut être fière d’elle. Elle aura fait plus, en quelques mois, pour abattre l’Europe, que la Wehrmacht en son temps. En tout cas, on peut se demander qui sera le prochain à suivre la voie référendaire.

La cécité du gouvernement profond tuera l’Europe

En attendant, on ne peut que regarder, médusés, l’étonnante capacité au déni et à la cécité qui domine les élites européennes. Alors que la conviction d’un échec du Brexit domine, malgré le vote populaire, on entend d’ici les vociférations à venir sur le populisme de Viktor Orban, dont la seule évocation suffit à invalider par avance les résultats.

Combien de temps l’Union pourra-t-elle subsister pacifiquement avec un tel divorce entre ses décideurs qui se cramponnent coûte-que-coûte à leur bureaucratie présentée comme moderne et preuve de civilisation, d’un côté, et les opinions publiques qui peu à peu explicitent leur rejet des aberrations communautaires?

Le pire est sans doute encore à venir.

Le Brexit débouche sur un durcissement de l’étatisme

L’étatisme, à ce stade, sort grand vainqueur de l’entartage européen par les Anglais à l’occasion du Brexit. Le paradoxe de cette victoire est qu’elle est célébrée par tous les camps, comme si la boussole de l’Europe, une fois les Britanniques partis, montrait le grand froid d’une reprise de la réglementation et d’une nouvelle expansion bureaucratique.

Le Figaro dénonce l’Europe libérale et prône l’étatisme

Vingt « intellectuels » ont lancé hier, dans le Figaro, un appel pour refonder l’Europe autour d’un nouveau traité, où l’on trouve, entre autres, cette phrase:

Ensuite, rendre à l’économie européenne les clés de la prospérité en revoyant profondément les règles actuelles en matière de politique économique et monétaire. Le paradigme néolibéral – la croyance en l’efficience des marchés – ne peut se substituer à la définition de politiques industrielles et d’un cadrage social.

Donc, l’Union Européenne, cette énorme machine à tout réglementer, à tout normer, serait un « paradigme néolibéral » fondé sur l’efficience des marchés… Tous les entrepreneurs qui ont ouvert un appel d’offres européen et ont eu une indigestion immédiate, tous ceux qui ont dû renoncer à leur activité parce qu’il leur était impossible de se conformer aux normes communautaires, se tiendront les côtes en poussant un rire homérique.

Il fallait vraiment des intellectuels (et des gens totalement ignorants de la réalité de ce qu’on appelle le « marché ») pour faire vivre cette fiction selon laquelle l’immense entreprise réglementaire dont le siège est à Bruxelles serait une création du libéralisme. Et il faut une bonne dose d’humour pour prétendre que les Anglais ont voulu la quitter parce qu’elle était trop libérale.

Hollande aussi fait vivre le mythe de l’Europe libérale

Le même jour, François Hollande donnait raison aux intellectuels du Figaro en soutenant, dans son interview des Echos des contre-vérités confondantes. À propos du régime des travailleurs détachés dans l’Union, il n’a pas hésité à dire:

Mais qui a négocié cette directive ? Les libéraux et en premier lieu les Britanniques ! Qui voulait de la main d’oeuvre bon marché venant de l’Est de l’Europe ? La droite européenne et au premier chef les conservateurs anglais. Ils en paient le prix aujourd’hui. La France ne demande pas de remettre en cause la libre circulation des personnes mais de supprimer les abus par un encadrement strict des « détachements » et une sanction des employeurs indélicats. C’est une discussion difficile car les pays de l’Est sont hostiles. Nous devons y parvenir. Sinon les dérives sur le travail détaché vont ronger l’Europe.

On appréciera les contorsions sophistiques de notre Présimou, capable de nous expliquer, en creux, dans une même phrase que:

  • la libre circulation des personnes (notamment des « réfugiés »), c’est bien,
  • mais elle doit être réglementée pour lutter contre les « employeurs indélicats », et même sévèrement limitée,
  • d’ailleurs elle était voulue par les méchants conservateurs de droite,
  • et finalement ce sont les libéraux qui voulaient recruter pas cher des étrangers sur un marché où les nationaux sont trop chers.

J’adore ces enfumages systématiques! Alors que les « conservateurs » luttent contre l’immigration face à une gauche mondialiste, François Hollande explique aujourd’hui tout le mal qu’il pense de la libre circulation des personnes, dont il attribue la paternité à ses ennemis politiques. Voilà un superbe sophisme! qui lui permet d’occulter qu’il dénonce aujourd’hui ce qu’il soutenait la veille dans le sillage d’Angela Merkel.

Ajoutons que la mention des « libéraux » est totalement bouffonne, puisque le principe idéologique du libéralisme repose sur la concurrence parfaite. Or, on voit mal comment la venue de travailleurs détachés, soumis à une réglementation différente de celle qui prévaut dans le pays où ils travaillent, serait conforme à ce principe.

Bref, la directive Bolkenstein, qui a créé ce système, était tout sauf libérale, mais le libéralisme a si bon dos!

La plongée de l’Europe dans le bain autoritaire

Parallèlement à ces délires sur un libéralisme supposé, qui justifient, à droite comme à gauche, un recours accru à la réglementation, Jean-Claude Juncker a annoncé que la ratification du traité de libre-échange avec le Canada ne serait pas soumise aux Parlements nationaux. Voilà une marque supplémentaire de libéralisme! On signe des traités, on adopte de nouvelles règles, sans consulter les populations. Ce système n’a rien à voir avec de l’autoritarisme, ni avec de l’étatisme. C’est tout simplement le triomphe d’un libéralisme échevelé.

Rappelons-le, les bien connus étatistes anglais ont décidé de quitter la très libérale Europe parce qu’ils considéraient qu’elle ne réglementait pas assez et qu’elle prenait trop en compte la voix des citoyens!

Brexit: mon interview à la radio russe

Je republie ici l’interview que j’ai donnée à la radio russe sur le Brexit.

RT France : La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon s’est entretenue avec Jean-Claude Juncker. Que cela signifie-t-il ?

Eric Verhaeghe (E. V.) : On a franchi une étape très claire dans la dislocation européenne, dans son intrusion puisque des régions qui réfléchissent depuis longtemps à leur indépendance, sont en train de profiter du Brexit pour réclamer cette indépendance. On sait que l’Ecosse a finalement tranché en faveur d’un maintien dans le Royaume-Uni, mais à l’époque on pensait que le Royaume-Uni ne sortirait pas de l’Union européenne. Maintenant que l’Angleterre a décidé d’en sortir, les revendications nationalistes en Ecosse se ravivent, sont beaucoup plus marquées et l’Ecosse profite de cette occasion pour revendiquer son indépendance. Ce qui est important c’est que l’Ecosse n’est qu’un premier maillon du filet qui va suivre puisque d’autres régions ont la tentation de faire sécession de l’Etat membre auquel ils appartiennent pour demander leur indépendance et appartenir à l’Union européenne. C’est le cas notamment de la Catalogne, où une majorité d’indépendantistes et d’autonomistes qui s’est dégagée aux dernières élections et les Catalans vont regarder ce que fait l’Ecosse avec beaucoup d’attention puisque la Catalogne espère faire la même chose. C’est aussi le cas de la Flandre en Belgique où un mouvement nationaliste, la Nieuw-Vlaamse Alliantie est en train de dire que l’Ecosse pourrait faire un précédent et que la Flandre pourrait faire sécession de la Belgique et demander son adhésion directe à l’Union européenne. Le Brexit a donc permis de mettre le doigt dans un engrenage qui est celui de l’implosion de l’Union et de la revendication régionale de l’adhésion directe à l’Union par-dessus les Etats-nations.

RT France : A l’issue de la rencontre avec la Première ministre écossaise, Jean-Claude Juncker a déclaré que l’Ecosse avait gagné le droit de se faire entendre à Bruxelles mais que l’Union européenne n’avait pas l’intention d’intervenir dans le processus britannique. Cette réunion est-elle une tentative d’intimidation pour que la Grande-Bretagne ne quitte pas l’Union européenne ?

E. V. : Le but est très clairement punitif. L’objectif de  l’Union européenne aujourd’hui est de punir la Grande-Bretagne et surtout de déstabiliser sa classe dirigeante. Aujourd’hui, il y a une stratégie de l’Union européenne qui consiste à dire qu’il faut punir et chasser les dirigeants anglais qui ont mis le Royaume-Uni hors de l’Union européenne et il faut mettre en place une espèce de confusion politique en Grande-Bretagne qui va finalement pousser le pays à préférer rester dans l’Union européenne. Il y a aujourd’hui une stratégie de prise de contrôle, de reprise en main du processus par les décideurs européens. Jean-Claude Juncker le fait en parfait accord avec Angela Merkel et François Hollande et leur objectif aujourd’hui est de mettre les dirigeants britanniques qui ont d’une façon ou d’une autre piloté le Brexit dans la situation la plus difficile possible et de rendre le plus coûteux possible le départ de l’Angleterre hors de l’Union européenne.

RT France : La Première ministre écossaise a déclaré qu’elle était «déterminée à préserver la relation et la place de l’Ecosse dans l’Union européenne». Cela va-t-il provoquer un second référendum pour la sortie de l’Ecosse de la Grande-Bretagne ?

E. V. : Il y a une période de trois mois extrêmement compliquée qui s’ouvre, pour les Anglais, pour les Ecossais, pour les Irlandais, pour les Européens eux-mêmes. Pendant cette période de trois mois, l’Union européenne dans son ensemble va tout faire pour que le Royaume-Uni sorte de l’Union dans les conditions les moins favorables possibles pour rendre le jeu encore plus compliqué. Les Ecossais ont très clairement intérêt à profiter de la situation pour annoncer très vite s’ils veulent un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse dès le mois de septembre. En revanche, ils n’auront droit qu’à un référendum, il ne faut pas qu’ils échouent. Si leur objectif est l’indépendance, il faut qu’ils programment dès maintenant un référendum et qu’ils mettent en chantier le départ de l’Ecosse du Royaume-Uni et son adhésion directe à l’Union européenne.

RT France : John Kerry a déclaré aujourd’hui que «la Grande-Bretagne pourrait rester dans l’Union européenne puisque Londres n’a aucune idée du processus de sortie de l’Union européenne». Est-ce envisageable ?

E. V. : Aujourd’hui il y a une guerre psychologique, un matraquage psychologique qui est très fort dans ce que j’appelle le gouvernement profond, c’est-à-dire cette espèce de nomenklatura, cette classe dirigeante qui n’est pas forcément aux manettes directement mais qui agit dans l’ombre pour prendre les décisions. Le gouvernement profond ne veut pas que la City quitte l’Union européenne. Il ne veut pas non plus que l’Union européenne se disloque et donc il est en train de faire tout ce qui est en son pouvoir pour dissuader les Anglais d’aller jusqu’au bout du Brexit. Dans cette stratégie il y a très clairement une intoxication et une manipulation des esprits sur le thème «ils ne savent pas où ils vont et il est impossible de sortir», c’est-à-dire qu’ils ont fait un coup de colère, un coup de gueule mais une fois ce coup de gueule passé ils n’ont pas vraiment envie de sortir, ils le regrettent déjà. D’ailleurs il y a une pétition pour rester dans l’Union européenne et ils n’ont pas vraiment de plan de sortie. Sortir de l’Union européenne c’est reconstruire 40 années de droit, 40 années de réglementation, 40 années de vie d’un certain nombre de fonctions notamment dans le domaine du droit de la concurrence. Cela ne peut donc pas s’improviser. En réalité les Anglais font face à une situation aussi inédite que les autres Européens. Personne n’a de mode d’emploi pour expliquer comment on fait pour sortir de l’Union européenne. Cette espèce de flou, de période d’attente ou de latence, est interprétée avec de malice, avec de mauvaises intentions par le gouvernement profond pour dire «vous voyez ils ne savent pas où ils vont et donc il ne faut pas qu’ils partent». Ceux qui doivent partir ce sont les classes dirigeantes, ce ne sont pas les Anglais. C’est un jeu extrêmement dangereux parce qu’on est en train de continuer le dénie. Le gouvernement profond ne veut pas admettre que les citoyens de l’Union européenne ne veulent plus de la construction communautaire, de la construction de l’union européenne telle qu’elle est conçue depuis 20 ans. On invente donc des stratégies pour expliquer qu’en réalité ils ne veulent pas vraiment partir et que si rien ne changeait ce serait beaucoup mieux. Mais c’est un jeu extrêmement dangereux parce qu’à force de ne pas tenir compte de l’avis des citoyens, on va d’abord acter que nous ne sommes plus en démocratie ou que la démocratie n’existe plus et deuxièmement on va se trouver face à des situations socialement extrêmement compliquées.

Brexit: nos vieilles nations sont plus belles que votre bureaucratie

Dans les tombereaux de haine contre le vote britannique que le Brexit a soulevés, il est une critique particulièrement révélatrice du substrat idéologique qui fonde le gouvernement profond: le rejet de l’Etat-nation. Pour beaucoup de zélateurs des puissances à la manoeuvre dans l’Union Européenne, l’Etat-nation est l’incarnation du mal, d’un cancer qui a terrassé le Royaume-Uni, et qui doit être traité chimiquement avec que les métastases n’aient raison de l’Union tout entière.

L’exemple de Gaspar Koenig

De cette haine, on trouvera une expression assez pure chez l’auto-proclamé libéral Gaspar Koenig, ancienne plume de Christine Lagarde, et président d’un think tank financé par de grandes entreprises (dont on connaît l’absence de connivence avec le capitalisme d’Etat).

Dans un coup de gueule publié par le Figaro, il écrivait par exemple:

Je hais les nations, épiphénomène sanglant de l’histoire humaine, et méprise les nationalistes. La «souveraineté nationale», c’est un os à ronger lorsqu’on a perdu la seule souveraineté qui compte: celle de soi-même. (…)

On va recommencer à trier les humains en fonction de leurs livrets de famille et à les parquer derrière les barbelés des frontières. Le nativisme bat son plein. Et il ne rate pas sa cible: l’Europe avec tous ses défauts reste un projet libéral, kantien, visant à construire l’état de droit et le marché par-delà les différences culturelles. Oui à la démocratie, non au «peuple», fiction de romancier.

On retrouve ici, de façon à peine voilée, l’idée que voter en faveur du Brexit est une preuve d’une bêtise ou le signe d’un dérangement de l’esprit. Ce texte en dit long sur le mépris sectaire des intellectuels européens pour le suffrage universel. Ici, on s’amusera de voir le projet communautaire imaginé à la sauce kantienne, avec ce fantasme étrange selon lequel l’Union Européenne aurait « construit le marché par-delà les différences culturelles ».

Il ne serait pas ininteréssant que Gaspar Koenig nous explique comment il peut d’un côté assimiler les différences culturelles à des barbelés et prétendre d’un autre côté tenir un discours libéral, c’est-à-dire respectueux de la liberté de chacun à adhérer aux choix qui lui conviennent. Ce rejet larvé de la culture laisse songeur. Elle montre bien la subversion totale de la notion de démocratie dans la doxa du gouvernement profond, construite de façon kantienne contre le « peuple », présenté comme fictif.

Dans une tribune publiée dans les Echos, Koenig en rajoute une couche tout aussi toxique en soutenant:

Brexit

Ceux qui ont voté contre le Brexit, ce sont des gens ouverts, qui invitent leurs voisins chez eux le soir, qui sont pour la diversité et la complexité. Ceux qui ont voté pour le Brexit sont au contraire des gens fermés, passéistes, simplistes, antipathiques, pétris de mythes nationalistes et autoritaires.

On retrouve ici l’argument manichéen utilisé par Bernard-Henri Lévy pour disqualifier ceux qui ne pensent pas comme lui. Cet arsenal sophistique est bien connu: il n’y a pas de divergence d’opinion, il n’y a que des gens qui sont dans l’erreur et la bêtise s’ils ne pensent pas comme moi. Ce type d’argumentation, qui n’est qu’une façon à peine voilée d’interdire le débat et d’instituer une pensée unique, est une pratique désormais obligatoire dans les milieux europhiles.

Sa terminaison logique consiste à supprimer le droit de vote et à interdire le suffrage universel: il ne sert de toute façon à rien de demander l’avis des « gens », puisque le choix individuel est déterminé par l’adhésion à la vérité ou à l’erreur, l’intelligence ou la bêtise. La démocratie se porterait mieux si elle cédait la place à un règne d’experts qui décident au nom de leur savoir supérieur.

Le plus amusant, bien entendu, est de voir que ces vieilles lunes sophistiques connues depuis Platon nous soient ressorties par des gens qui se prétendent intelligents, supérieurement intelligents au point de nous interdire de choisir librement notre destin.

Gaspar Koenig et la bureaucratie bruxelloise

Sans étonnement, ces europhiles autoritaires ne voient pas ce qui cloche dans le projet européen tel qu’il est incarné par l’Union Européenne. D’une certaine façon, ce projet constitue la réalisation la plus parfaite de leur idéal politique. Il repose en effet sur une série de choix justifiés par des arguments techniques, opérés par des experts, sans tenir compte de la volonté populaire.

Le libéralisme dont Gaspar Koenig se revendique n’est rien d’autre qu’une fascination pour la bureaucratie instituée en régime politique. De même que Koenig s’auto-proclame libéral, son Union Européenne s’auto-proclame démocratique, alors qu’elle fondée sur l’horreur que lui inspire le suffrage universel.

La référence koenigienne au libéralisme ne manque pas de faire sourire d’ailleurs. Personne n’a manifestement rappelé qu’il existe un régime politique qui a utilisé les mêmes arguments que lui. Un régime qui haïssait le nationalisme, assimilé à une arme qui place les gens derrière les barbelés. Un régime qui appelait aux dépassements des Etats-nations. Ce régime s’appelait le socialisme démocratique et, partout où il est passé, il a fait pousser les barbelés, l’oppression, le totalitarisme.

Gaspar Koenig devrait se souvenir que son discours, il y a soixante-dix ans, était précisément celui de l’Internationale Socialiste.

Eloge de nos vieilles nations

Face à cet amour immodéré pour la bureaucratie et ses prouesses intellectuelles, je me sens obligé de faire l’éloge de nos vieux Etats nation.

Oui, je suis heureux d’avoir grandi à Liège, ville où, dès le plus jeune âge, on m’a appris qu’en 1468 les habitants avaient résisté au duc de Bourgogne et avaient combattu pour préserver leurs libertés. Je suis heureux d’avoir grandi dans un quartier où l’on se sentait liégeois bien avant d’être belge, et où, au nom des libertés locales, les habitants ont caché des Juifs pendant la guerre, souvent au péril de leur vie. Je suis heureux d’avoir chaque année visité l’enclos des fusillés où des résistants sont morts pour défendre leur clocher.

Oui, je suis heureux et fier d’être France, d’avoir un passeport de cette vieille France bleu, blanc, rouge, qui a toujours aimé la liberté, qui produit de si bons vins et une si bonne nourriture.

Oui, j’aime inviter mes voisins (et même Gaspar Koenig) à partager une bonne table ou une bonne bouteille. Cela ne m’empêche pas d’aimer les frontières.

Non, je n’aime pas ses décisions prises dans l’ombre des bureaux de la Commission Européenne où personne ne sait qui est responsable de quoi, et où personne n’endosse jamais les erreurs qu’il commet.

Bref, j’aime l’Europe, mais j’aime la France, j’aime mon pays, j’aime ma vieille et belle nation, j’aime ce que je suis. Et mon identité, loin de m’enfermer dans une prison, m’a appris à respecter les autres.

Brexit: le gouvernement profond tente de reprendre le contrôle de la situation

Après avoir fulminé de rage, le gouvernement profond et ses zélateurs cherchent par tous les moyens à reprendre le contrôle de la situation en Europe. Enterrer le Brexit et déstabiliser ses partisans partout où ils se trouvent sont les mots d’ordre du jour. Une sorte de grande machine médiatique s’ébranle qui procède à un divertissant bourrage de crâne tout droit sorti des écoles de communication.

Comment enterrer le Brexit en cinq leçons

L’urgence du gouvernement profond est de tuer dans l’oeuf le « story-telling » qui s’est déroulé en direct devant les écrans du monde entier: le vote à 52% en faveur de la rupture avec l’Union Européenne. Pour y parvenir, il faut inventer un « story-telling » alternatif, qui prend forme tous les jours dans la presse subventionnée. En fait, les Britanniques étaient sous l’emprise de l’alcool ou de l’ignorance lorsqu’ils sont allés voter. C’est seulement maintenant qu’ils se réveillent et qu’il faut les écouter. Or, c’est le moment où ils disent qu’ils veulent rester.

Pour faire admettre cette rodomontade, les spécialistes de la communication mobilisent tous les trucs appris dans les écoles qui vont bien.

Leçon n°1: mettre en scène le remords avec une pétition de masse qui demande un nouveau vote. L’opération totalement téléphonée a nourri le fantasme des regrets britanniques pendant quelques jours, le temps d’amorcer la pompe et de recueillir 3 millions de signatures. Qui plus est, l’homme qui a lancé la pétition était partisan du Brexit: le schéma était idéal pour « vendre » le scénario.

L’inconvénient de cette grosse ficelle est qu’elle a fini par se voir. Même Marion Maréchal-Le Pen a pu voter sous un faux nom en faveur d’un nouveau vote. Du coup, une nouvelle pétition apparaît, demandant l’indépendance de Londres: elle aurait recueilli 175.000 signatures et même 3.000 livres sterling en quelques heures. On tremble!

Leçon n°2: fabriquer du visuel pour illustrer le propos. On a donc inventé de toutes pièces une farce rocambolesque: une manifestation massive sur Trafalgar Square pour dénoncer le Brexit. Voici comment (assorti de mes commentaires, en rouge) est présenté le récit de cette opération sur les sites officiels:

Mardi, un grand rassemblement anti-Brexit devait aussi se tenir sur Trafalgar Square. La page Facebook de l’événement rassemblait plusieurs dizaines de milliers d’inscrits, mais la révolution n’aura pas lieu. La page a été supprimée, selon The Independent (en anglais). <C’est bien connu, quand une page Facebook marche trop bien, on la supprime, surtout quand il s’agit de lancer une manifestation contre un vote referendaire> L’organisatrice, Jessica Rodgers, explique qu’elle pensait seulement réunir une vingtaine de copains <moi aussi, quand je veux réunir une vingtaine de copains, je lance une page Facebook au lieu d’envoyer des mails, de passer des coups de téléphone ou de tout simplement les inviter sur Facebook même> et n’était pas préparée à voir « plus de 50 000 personnes se lever pour Londres », sur une place qui peut en accueillir 10 000. <On connaît ça en France, la comptabilité selon la police et celle selon les manifestants> « Nous avons fait notre possible, mais il nous était impossible d’assurer la sécurité dans ces conditions », explique-t-elle. <Si la manifestation n’a pas eu lieu pour éviter la révolution, alors… Londres doit être proche de l’explosion>.

La propagande a donc pu inventer un bobard taillé sur mesure: la manifestation menaçait d’être si nombreuse qu’elle a été interdite. Malgré tout, une foule en colère s’est rassemblée sur Trafalgar Square, dont voici une capture d’image:

Brexit

Cette photo, dont le cadrage donne l’illusion d’une foule rassemblée, appartient à Getty Images, une agence de presse détenue par Carlysle, un fonds d’investissement notoirement proche de la CIA (et dont le frère de Nicolas Sarkozy est l’un des responsables).

En réalité, les images non cadrées de la manifestation permettent de voir qu’elle n’a réuni presque personne…

Leçon n°3: minorer les vainqueurs en les attaquant sur le terrain des valeurs. En l’espèce, l’attaque en règle se situe sur le terrain de la jeunesse. Il paraît que les jeunes britanniques sont furieux de voir leurs aînés choisir le « Leave » au lieu du « Remain ».

Sur ce terrain, les médias subventionnés n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Une dépêche de l’AFP a d’ailleurs largement nourri les imaginaires sur ce point. On notera la première phrase du texte, ciselée pour faire mouche:

Les «vieux» ont pris la décision qui engage leur avenir: les jeunes Britanniques, très majoritairement favorables au maintien dans l’UE, sont particulièrement frustrés par les résultats du référendum et furieux envers leurs aînés.

Le story-telling est, là encore, bien écrit. Le Brexit, ce sont les vieux contre les jeunes. Les journaux britanniques s’en sont donnés à coeur joie sur le sujet. Le Guardian a par exemple soutenu que 75% des jeunes avaient voté contre le Brexit.

En fait, ils sont seulement 64% à avoir voté contre. Et seuls 36% des jeunes se sont déplacés pour aller voter… Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Sur le plan des valeurs, il est illégitime et immoral d’écouter les vieux sur un sujet qui touche à l’avenir de a Grande-Bretagne. Seuls les jeunes doivent avoir le droit de voter.

Leçon n°4: le catastrophisme. Il faut jouer sur les peurs et convaincre tous les candidats potentiels à une sortie de l’Union qu’une nuée de sauterelles s’abattra sur leur pays, avant une épidémie de peste suivi d’une sécheresse historique s’ils s’avisent de vouloir imiter leurs petits copains anglais.

Sur ce point, les paniques boursières ont bien joué leur rôle. Mais elles sont entourées de toutes les précautions d’usage: des milliers d’emplois vont disparaître, des milliers d’Anglais veulent partir et demandent un passeport irlandais, la City va se vider, la Grande-Bretagne va perdre des dizaines de points de PIB, l’Irlande et l’Ecosse vont la quitter, etc.

Le catastrophisme joue ici un rôle essentiel: il paralyse les esprits et les pousse à agir vite. Or l’urgence est précisément la stratégie que les Européens utilisent pour déstabiliser le gouvernement anglais.

L’objectif de ce plan de communication consiste, bien entendu, à neutraliser les effets du Brexit en démontrant à tout le monde qu’il ne peut pas prendre réellement forme et que les Anglais eux-mêmes n’en veulent plus.

Leçon n°5: contenir l’ennemi et l’isoler.

Dans cet ordre d’idée, on a vu fleurir aujourd’hui le premier sondage en France sur un referendum et sur une sortie de l’Union. De façon hallucinante, les grands titres subventionnés ont affirmé que les « Français ne veulent pas sortir de l’Union ». Renseignement pris, ils sont seulement 45% à vouloir rester, et 55% sont favorables à plus d’autonomie des Etats-membres. Seule une minorité soutient une intégration accrue.

Mais comme ces chiffres ne correspondent pas aux souhaits du gouvernement profond, on les passe sous silence…

Déstabiliser le gouvernement britannique

Pour « cornériser » les Britanniques, les Européens utilisent une technique vieille comme le divorce: tu pars tout de suite en prenant tes affaires et tu me laisses les enfants. Aucune discussion n’est possible.

On comprend bien les motivations de cette urgence: acculer les Britanniques à une sortie non négociée, totalement impossible, qui les oblige à avouer leur impréparation devant leurs concitoyens. « Tu as voulu partir? Tu en assumes le prix! »

Là encore, l’arsenal de la culpabilité et de la morale est mobilisé pour justifier une rigidité extravagante. L’Europe, qui a mis des mois à se mettre d’accord sur l’accueil des réfugiés, qui a mis des mois à traiter la crise grecque, et avant elle la crise de l’euro, l’Europe qui ne parvient pas à se mettre d’accord sur des politiques structurelles, exige soudain une décision immédiate sur un sujet complexe et sensible de la part de l’un de ses membres.

Dans cette opération, la visée politique du gouvernement profond est claire: il faut savonner au maximum la planche des décideurs anglais, pour les empêcher de négocier un bon traité de sortie et pour rendre la sortie intenable. En bout de course, le calcul qui est fait est bien celui d’une reddition avec très peu de conditions, voire pas du tout.

Les mois à venir montreront si cette stratégie est gagnante pour l’un ou l’autre camp. Mais, une fois de plus, il est bien probable que les Bruxellois et leurs adorateurs n’aient pas mesuré la puissance du patriotisme dans les grandes et vieilles nations de l’Union. Ceci vaut pour la Grande-Bretagne, comme pour la France.

La déclaration commune Merkel-Hollande-Renzi

Je publie ici la déclaration commune de ce soir sur l’avenir de l’Europe, par Angela Merkel, Matteo Renzi et François Hollande.
BERLIN, 27 juin (Reuters) - La France, l'Allemagne et 
l'Italie estiment qu'il "n'y a pas de temps à perdre" pour 
répondre à la décision du Royaume-Uni de quitter l'Union 
européenne, dans une déclaration commune diffusé à l'issue d'un 
sommet à trois à Berlin.  
    Voici ce texte : 
    "Le 23 juin 2016, la majorité du peuple britannique a 
exprimé le souhait de quitter l'Union européenne. La France, 
l'Allemagne et l'Italie respectent cette décision. Nous 
regrettons que le Royaume-Uni ne sera plus notre partenaire au 
sein de l'Union européenne. 
    "Nous avons pleinement confiance dans le fait que l'Union 
européenne est assez forte pour apporter aujourd'hui les bonnes 
réponses. Il n'y a pas de temps à perdre. 
    "Aujourd'hui, nous exprimons notre ferme engagement pour 
l'unité de l'Europe. Nous sommes fermement convaincus que 
l'Union européenne est essentielle pour rendre nos pays plus 
forts en agissant ensemble, avec nos institutions communes, afin 
de garantir le progrès économique et social de nos peuples et 
d'affirmer le rôle de l'Europe dans le monde. 
    "Depuis près de soixante ans, l'Union européenne constitue 
une communauté unique de droits, de libertés et de valeurs 
communes. Elle nous permet de sauvegarder notre modèle social 
européen, qui associe à la réussite économique et la protection 
sociale. Elle nous permet de préserver la diversité culturelle. 
    "Le marché unique, nos politiques communes et l'euro n'ont 
pas d'équivalent dans le monde. Ces réalisations sont le 
fondement de notre prospérité.  
    "Ensemble nous défendons nos intérêts et des échanges libres 
et équitables dans le monde. Ensemble nous progressons dans 
notre politique énergétique et ensemble nous contribuons à la 
protection du climat au niveau mondial. Ensemble nous 
contribuons à la stabilité et au développement dans le monde et 
nous promouvons la liberté. 
    "Nous sommes tout aussi fermement convaincus que l'Union 
européenne ne peut à nouveau aller de l'avant que si elle 
continue à s'appuyer sur le soutien de ses citoyens. 
    "Pour cela, l'Union européenne doit répondre aux 
préoccupations exprimées par les peuples en clarifiant ses 
objectifs et son fonctionnement.  
    "Elle devrait être plus forte sur les priorités 
essentielles, là où les Européens doivent unir leurs forces, et 
moins présente là où les États membres sont mieux placés pour 
agir. Elle doit rester placée sous le contrôle démocratique de 
ses citoyens et doit être plus intelligible. Elle doit agir plus 
rapidement, en particulier pour mettre en œuvre des programmes 
et des projets qui apportent des bénéfices directs aux citoyens. 
    "Dans un monde qui change, l'Union européenne devrait 
préserver ses acquis essentiels et se concentrer sur les défis 
auxquels les Européens sont aujourd'hui confrontés, comme les 
migrations à l'échelle mondiale et les nouvelles menaces, en 
particulier le terrorisme international, qu'aucun État membre ne 
peut faire face efficacement seul.  
    "Elle doit également renforcer la capacité des Européens à 
répondre à une concurrence internationale qui s'accroit tout en 
renforçant l'économie sociale de marché européenne. 
    "En conséquence, nous proposons trois priorités essentielles 
pour une action renforcée et approfondie fondée sur des 
objectifs concrets : 
     
    "* La sécurité intérieure et extérieure : l'Europe est 
confrontée à des défis immenses ; ils  requièrent un 
renforcement de ses moyens communs afin de protéger ses 
frontières extérieures et de contribuer à la paix et à la 
stabilité dans son voisinage, en particulier en Méditerranée, en 
Afrique et au Moyen-Orient.  
    "Nous ne gagnerons la lutte contre le terrorisme en Europe 
que si nous agissons en étant unis. Le terrorisme ne sera vaincu 
que si nous montrons que nous sommes capables de reconstruire un 
esprit de communauté ; d'investir dans nos villes, contre la 
marginalisation sociale. 
    "Nous nous montrerons à la hauteur de nos responsabilités si 
nous développons notre défense européenne et prenons les 
engagements nécessaires pour nos opérations conjointes, ainsi 
que pour nos capacités et notre industrie militaires. Le 
potentiel d'une véritable politique étrangère, de sécurité et de 
défense commune n'a pas encore été pleinement exploité. 
     
    "* Une économie forte et une cohésion sociale forte : 
l'Europe doit tenir sa promesse de prospérité pour ses citoyens 
; il nous faut davantage de croissance pour lutter contre le 
chômage et créer des emplois, en particulier pour les jeunes, et 
davantage d'investissements pour assurer la force de nos 
économies dans la concurrence mondiale. 
    "Le succès du modèle économique et social européen, qui 
combine force économique et protection sociale, nécessite de 
définir le cadre de régulation approprié ; de meilleures 
politiques pour l'entrepreneuriat et la participation de tous à 
la vie active ; de renforcer la recherche, l'innovation et la 
formation, qui jouent un rôle clef car la richesse de l'Europe 
repose en premier lieu sur les connaissances et les capacités de 
ses citoyens ; de développer l'économie numérique en Europe pour 
de meilleurs services, une industrie modernisée et des emplois ; 
d'exploiter pleinement le potentiel des politiques énergétiques 
et climatiques qui protègent l'environnement. 
    "Pour les pays qui ont l'euro en commun, de nouvelles étapes 
seront nécessaires, pour renforcer la croissance, la 
compétitivité, l'emploi et la convergence, y compris dans les 
domaines social et fiscal. 
     
    "Des programmes ambitieux pour la jeunesse : l'Europe ne 
réussira que si elle donne espoir à ses jeunes. Nous devons 
renforcer les initiatives européennes pour la formation, 
l'entrepreneuriat et l'accès à l'emploi dans toute l'Europe, 
tels que l'Initiative pour l'emploi des jeunes ou le programme 
Erasmus pour les étudiants, les apprentis et les jeunes 
professionnels. 
     
    "L'Union européenne représente nos valeurs communes : nous 
défendons la paix et la liberté, la démocratie et la primauté du 
droit, le respect mutuel et la responsabilité, la tolérance et 
la participation, la justice et la solidarité. Il est temps 
aujourd'hui de réaffirmer ces valeurs. 
    "Nous proposerons demain aux Chefs d'État et de gouvernement 
et aux Institutions européennes de lancer un processus, selon un 
calendrier strict et un ensemble précis d'engagements,  afin de 
répondre aux défis présentés par le résultat du référendum 
britannique et de développer des solutions concrètes pour un bon 
avenir aux Européens au sein de l'Union européenne. 
    "Une rencontre spéciale des dirigeants en septembre sera 
consacrée aux défis communs auxquels les 27 États membres sont 
confrontés et aux priorités essentielles sur lesquelles ils 
devront décider. Ils devraient aussi se mettre d'accord sur des 
projets concrets à réaliser en Europe dans les six prochains 
mois pour la croissance et la sécurité.  
    "Les travaux devraient débuter immédiatement afin de 
développer les initiatives nécessaires. Des contributions de 
personnalités internationales pourraient nourrir les discussions 
sur les perspectives de l'Europe dans un contexte global. 
    "Les réunions du Conseil européen d'octobre 2016 et de 
décembre 2016 devraient évaluer les progrès accomplis dans cette 
perspective et donner les directives nécessaires. 
    "Le  soixantième anniversaire du Traité de Rome le 25 mars 
2017 sera un moment important pour réaffirmer l'unité de 
l'Europe et notre engagement commun dans le projet européen."

Le cerveau des attentats de Paris est un espion des Anglais

Passée inaperçue à la faveur du Brexit, cette révélation du Times sur les attentats de Paris: Mohammed Abrini, soupçonné d’être le cerveau des massacres du 13 novembre, est un informateur des services secrets britanniques. Il aurait d’ailleurs pu s’expatrier en Grande-Bretagne et y changer d’identité.

Je livre ici la dépêche publiée par la presse belge:

L’information parue hier dans le «Sunday Times», l’édition dominicale du très sérieux «Times» attire l’attention. «First Isis supergrass helps UK terror police» est-il titré. «La première taupe de l’État islamique aide la police antiterroriste britannique». Selon le journal, l’homme au chapeau de Zaventem a aidé les officiers britanniques à recueillir des renseignements sur les complots terroristes présumés et les sympathisants djihadistes au Royaume-Uni.

Il aurait ainsi retourné sa veste. «Après des négociations secrètes entre l’Angleterre et la Belgique, les enquêteurs à Bruxelles ont posé des questions fournies par les autorités britanniques», peut-on ainsi lire.

Une information reprise notamment par l’édition électronique du «Daily Mail». On y précise qu’un «Supergrass», dans le jargon britannique, est un informateur, une taupe qui, en échange d’informations importantes impliquant un grand nombre de personnes, peut espérer une immunité au niveau des poursuites, voire une peine plus clémente ou, mieux encore, une nouvelle identité.

Ici, dans le cas qui nous occupe, il n’est bien sûr pas question d’accorder ces faveurs au Belgo-Marocain. L’homme a participé à l’attentat à l’aéroport de Bruxelles-National, le 22 mars avec Najim Lachraoui et Ibrahim El Bakraoui. Il n’avait pas pu, «voulu» dit-il, faire détonner ses explosifs.

Il avait été interpellé le 8 avril à Anderlecht. On se souvient des incroyables images des caméras vidéo diffusées par la police fédérale. On le voyait quitter l’aéroport et marcher jusqu’à Bruxelles où il s’était évanoui pendant deux semaines. Aujourd’hui, Abrini est en détention préventive à la prison de Bruges.

No comment, comme disent les Anglais.