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Macron avait promis un chiffrage… il montre son alliance

Le ralliement de Bayrou à Macron intervient le jour même où ce dernier avait promis le chiffrage de son programme.   les juges referment le bracelet des menottes sur le Front National. La conjonction astrale de ces deux éléments portera-t-elle chance au chouchou des médias?

Comment Macron a fait oublier son (non)-chiffrage

On dira bravo à l’artiste! il n’a toujours pas de programme, mais Bayrou (qui n’en a pas plus) se rallie à lui. Il avait promis un chiffrage pour le 22 février. Visiblement… le chiffrage n’est pas prêt. Mais personne ne s’en est rendu compte puisque, astucieusement, l’attention des observateurs a été monopolisée par l’opération Bayrou, très téléphonée. Bayrou a teasé les medias sur sa (non) candidature pour finalement faire une offre de services à Macron, qui était trop heureux d’amuser la galerie avec ce nouveau coup de théâtre.

Du coup, on ne sait toujours pas combien coûte le non-programme de Macron. Lui-même ne doit pas plus le savoir. Mais on s’en fout, après tout: l’enjeu est bien d’arriver au pouvoir, pas de dire comment on l’exercera. Sur ce dernier point, il suffira de suivre le mode d’emploi envoyé par Bruxelles.

Pour l’instant, le revirement de Bayrou est efficace

Le coup de théâtre, hier, suscité par François Bayrou, a en tout cas permis à Emmanuel Macron de booster sa popularité dans les réseaux sociaux. Sur Twitter, notre Predicto indique un net rebond:

Macron a renversé le rapport de popularité avec Fillon et se rapproche désormais de Benoît Hamon. Désormais, la somme des indices favorables à Hamon et Macron est supérieure à celle de Marine Le Pen. On y verra l’effet positif direct de l’élargissement progressive de l’assiette des deux candidats à gauche pour Hamon et à droite pour Macron, qui marginalise de fait Jean-Luc Mélenchon et François Fillon.

Toute la question est de savoir quelle sera la durée de vie de cette embellie. Il est probable que, tôt ou tard, Macron cherche à sortir de l’ambiguïté sur ses idées. Comme on le sait, ces sorties se font toujours au détriment de celui qui en prend l’initiative. Dans le cas du duo Macron-Bayrou, on imagine déjà les tiraillements internes qui interviendront sur pas mal de sujets.

Tiens! au hasard! l’autonomie des établissements dans l’éducation. On s’en amuse par avance. L’avantage, pour Macron, est qu’il a choisi un partenaire qui n’a pas d’idée fixe. L’inconvénient est qu’il n’a pas non plus de scrupule.

Le gouvernement des juges servira-t-il Marine Le Pen?

Parallèlement, la justice française fait du zèle et convainc une fois de plus les candidats qu’il ne faudrait surtout pas s’aviser de lui donner plus de moyens que ceux dont elle dispose.

De façon hallucinante, après avoir choisi de mettre une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Fillon (qui, naïf, s’est précipité dans le piège au mois de janvier), la voici toute occupée à déstabiliser Marine Le Pen. Ou à chercher à le faire. La cheffe de cabinet de la candidate, Catherine Griset, vient donc d’être mise en examen pour recel d’abus de confiance, à deux mois de la présidentielle.

Est-ce bien raisonnable? On en pense ce qu’on en voudra, mais tout est parti d’une enquête de l’Office européen de lutte anti-fraude ouverte en 2014. L’enquête s’est terminée très opportunément en juillet 2016. C’est le 26 juillet 2016 que l’OLAF a transmis ses éléments à la justice française. Pourquoi cette justice s’empare-t-elle du dossier quelques semaines avant les élections alors qu’elle dispose de ces éléments depuis pus de six mois? Dans tous les cas, les enquêteurs ne pourront nier qu’ils ignoraient l’approche du scrutin présidentiel.

Cette affaire est quand même extrêmement maladroite et montre comment les enquêteurs prennent (au mieux) d’importants risques vis-à-vis de l’opinion, et manifestent (au pire) leur parfaite incompréhension des ressorts qui portent le Front National au pouvoir. Le fond de commerce de Marine Le Pen repose sur la dénonciation d’une Europe technocratique qui écrase la volonté populaire. L’apparente partialité de la justice (même si elle est imaginaire, ce n’est pas le problème ici), qui agit à la suite d’une procédure européenne, ne peut que nourrir les convictions de ceux qui ne demandaient plus qu’à être convaincus.

Et que reproche-t-on, sur le fond, à Marine Le Pen? d’avoir utilisé des fonds européens pour faire travailler des Français en France?

On peut douter que l’accusation n’érode la popularité de la candidate. Bien au contraire. En revanche, elle risque de discréditer en profondeur notre justice, qui paraît mue par des ressentiments partisans. Cette opération risque fort d’être perdant de bout en bout. Et même si elle parvenait à « torpiller » la candidate du Front National, elle nourrirait le sentiment, chez ses partisans fidèles,  d’une manoeuvre déloyale pour les écarter du pouvoir.

Mais jusqu’où cette présidentielle ouvrira-t-elle des portes vers l’aventure?

Hamon est-il sous-estimé par les sondages d’opinion?

Benoît Hamon est-il sous-estimé aujourd’hui par les sondages d’opinion (comme il l’avait été durant la campagne des primaires, d’ailleurs)? En comparant les résultats récents annoncés par la presse et les scores affichés par notre Predicto, la question mérite d’être posée.

Hamon bénéficie d’un capital de sympathie plus élevé que Fillon et Macron

Certes, Benoît Hamon suscite deux fois moins de réactions sur Twitter que François Fillon. Mais la sympathie qu’il suscite est de façon constante supérieure à celle de ces deux rivaux annoncés avec un meilleur score que lui au premier tour. Ce hiatus surprend dans la mesure où les sondages indiquent volontiers que Benoît Hamon plafonne à 5 points sous Macron et près de 10 points sous Fillon.

Une chose est sûre, en tout cas: la perte de popularité ou d’intention de vote que Benoît Hamon accuserait dans l’opinion ne se traduit pas à ce stade dans l’expression favorable dont il bénéficie sur les réseaux sociaux. Il est bien entendu difficile d’en tirer une conclusion dans un sens ou dans un autre: l’analyse sémantique des réseaux sociaux en est à ses débuts et nous ne disposons pas d’outils suffisamment étayés scientifiquement pour tirer des conclusions claires de ces éléments contradictoires.

Reste que, du point de vue de la simple observation, on peut noter que des éléments sérieux laissent à penser que Benoît Hamon pourrait créer la surprise et qu’il existe probablement un biais dans les sondages sur sa candidature.

Le renversement en cours concernant Mélenchon

Inversement, s’agissant de Jean-Luc Mélenchon, la quotation des expressions sur Twitter laisse à penser que le dévoilement de son programme a suscité des opinions négatives et devrait produire un recul du candidat dans les intentions de vote. Il est d’ailleurs le seul aujourd’hui à totaliser des expressions négatives supérieures aux expressions positives. On notera aussi qu’il suscite globalement moins de réactions que les autres candidats.

Il sera intéressant de suivre, dans les prochains jours, l’éventuelle confirmation qui sera donnée à cette tendance globale par les sondages eux-mêmes.

Pour notre part, nous sommes assez convaincus que la mesure des expressions sur les réseaux sociaux permet d’approcher de façon plus rapide et plus précise la réalité de l’opinion que ne peuvent le faire les sondages eux-mêmes, même si, répétons-le, nous sommes encore loin de maîtriser toutes les arcanes de ces variations.

Santé: la perspective d’une réforme systémique s’éloigne

Après la sortie de Fillon sur la distinction, dans le domaine de la santé, entre grand risque et petit risque, tout espoir de réforme en profondeur de notre système est probablement mort. Les candidats ont retenu la leçon: il ne faut toucher à rien, sauf à l’aide médicale d’Etat destinée aux étrangers. Lors de l’exercice auquel ils se sont livrés ce mardi à la Mutualité, cet immobilisme n’a plus fait de doute pour personne.

Hamon est-il désormais le plus libéral en santé?

Paradoxalement, c’est peut-être Benoît Hamon qui défend désormais la vision la plus libérale de la santé, ce qui est un comble. Il est en effet celui qui propose le moins de hausse des remboursements, et celui qui veut le moins développer le champ d’action de la sécurité sociale. Cette posture, qui rejoint l’idée que le revenu universel est la protection sociale de demain, tranche avec les promesses de hausses de remboursement faites par les autres candidats.

On ajoutera que Hamon propose des actions concentrées sur les maladies chroniques et une lutte générale contre les addictions.

Marine Le Pen veut développer la sécurité sociale…

À l’inverse, Marine Le Pen veut créer une cinquième branche de la sécurité sociale, consacrée à la dépendance. Elle propose en outre trois mesures qui sont tout sauf des réformes: la suppression de l’aide médicale pour les étrangers et une lutte accrue contre la fraude, une baisse autoritaire du prix des médicaments et une augmentation du nombre de médecins formés chaque année.

Bref, le Front National préconise une gestion de l’existant, sans véritable stratégie financière.

Fillon revenu sur le chemin de la dépense

Si François Fillon reprend les idées de Marine Le Pen sur l’aide médicale et la lutte contre la fraude, il propose 20 milliards d’économies sur les dépenses. Parallèlement, il se place à rebours de ses propositions initiales en suggérant différents relèvements de dépenses. En particulier, il prévoit des lunettes remboursées à 100% pour les enfants, et une approche des 100% pour les prothèses audio ou dentaires.

Surtout, François Fillon propose d’encadrer les remboursements des mutuelles par une « Agence de garantie de la couverture solidaire ». La liberté des prix devrait donc disparaître…

Macron plus économe que Fillon

À front renversé, Macron s’est finalement montré plus économe que François Fillon. S’il ne propose que 15 milliards d’économies, il annonce, comme François Fillon, un relèvement des remboursements à 100% pour les lunettes et les prothèses. Il annonce également des investissements dans l’innovation médicale et une remise en cause du tiers payant généralisé.

Pour le reste, Macron propose diverses mesures qui n’emporte pas de réforme fondamentale du système sanitaire ni de l’assurance maladie.

La fin des ambitions réformatrices

Structurellement, les candidats à la présidentielle ont donc abandonné les grandes ambitions réformatrices. Selon toute vraisemblance, le prochain quinquennat sera dédié à la gestion du système et à son amélioration (éventuelle) à la marge, sans remise en cause fondamentale des règles du jeu.

Exclusif: notre Predicto montre comment Hamon met Mélenchon au tapis

Décider & Entreprendre lance le Predicto, un outil de mesure sémantique sur Twitter, qui permet d’évaluer les courbes d’adhésion à chaque candidat à la présidentielle. Predicto tournera jusqu’à la présidentielle en temps réel pour dévoiler les grandes tendances électorales. Lancé hier à 18h, il montre que Marine Le Pen continue sa campagne en tête, et que la stratégie de Mélenchon est aujourd’hui en situation délicate par rapport à Benoît Hamon.

Predicto mesure l’efficacité de la stratégie de Benoît Hamon

Très tôt, Décider & Entreprendre avait dessiné les contours de la victoire que Benoît Hamon remporterait à la primaire. Avec Predicto, nous pouvons aujourd’hui mesurer l’efficacité politique de sa stratégie vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon. Alors que ce dernier a révélé un programme hallucinant, fondé sur une quasi-étatisation de l’économie française, la riposte de Benoît Hamon convainc l’opinion et lui attire beaucoup plus de sympathie. Disons même que Hamon a mis Mélenchon au tapis.

Dans ce rapport de force qui s’installe entre les deux candidats, on relèvera deux points.

Premier point, Mélenchon a probablement déçu beaucoup (les commentaires sur ce site le montrent d’ailleurs), avec un programme excessif dont beaucoup d’électeurs prennent conscience qu’il constitue un danger profond pour les grands équilibres de notre société. On peut désormais penser que la stratégie extrême de Mélenchon le coupe de tous ceux qui n’appartiennent pas au fond « soviétique » de l’opinion publique. On ajoutera que les prestations audiovisuelles de ses soutiens (dont Clémentine Autain sur France Inter, qui a peiné à expliquer ce programme) n’améliorent pas la crédibilité de sa démarche. Il est très probable que les déçus du mélenchonisme se replient aujourd’hui sur Hamon.

Deuxième point, la capacité de Benoît Hamon à résister à la pression de son rival d’extrême gauche joue en sa faveur. Les électeurs attendent d’un candidat à la présidentielle qu’il ne vire pas au vent, mais qu’il sache défendre une ligne. La prise de parole de Benoît Hamon face à Mélenchon a, de ce point de vue, porté, même si elle n’exclut pas qu’en sous-main les seconds couteaux qui l’entourent tentent de raisonner l’insoumis.

Fillon passe devant Macron

Autre enseignement du Predicto: François Fillon est désormais devant Emmanuel Macron. En attendant de nouvelles révélations gênantes (annoncées pour le mois de mars), François Fillon a repris du poil de la bête et doublé Emmanuel Macron sur son couloir.

Là aussi, on y verra la conjonction de deux phénomènes.

Premièrement, François Fillon s’est remis à faire campagne et cette stratégie est payante. Le fait que le candidat ne soit plus seulement sur la défensive, mais qu’il reprenne l’initiative sur le terrain des idées lui profite.

Deuxièmement, le voyage d’Emmanuel Macron en Algérie laisse des traces. Sa sortie sur la colonisation comme crime contre l’humanité, suivie de palinodies, a montré la fragilité d’une candidature marketing, sans programme fixe, et dédiée à des circonvolutions opportunistes.

Marine Le Pen en tête

Enfin, le Predicto montre clairement comment Marine Le Pen fait, de façon stable, la course en tête, contre vents et marées. Il faudra suivre, dans la durée, l’ampleur de son avance…

Qu’est-ce que le Predicto?

Le Predicto est un outil de mesure sémantique de Twitter, dont les droits appartiennent à Tripalio©.

Cet outil fait la moyenne en temps réel de la popularité de chaque candidat aux présidentielles sur Twitter.

Il est « lancé » depuis le 20 février à 18 heures.

Vous aussi, repérez-vous sur le radar de la gauche

Le radar de la gauche qui nous sert à comparer les candidats de la primaire repose sur une méthodologie par items clivants. Nous dressons ici la liste de ces items et les scores obtenus par chaque candidat. Vous pouvez, à votre tour, répondre aux questions et vous situez par rapport aux candidats de la primaire.

L’axe Europe du radar

Pour comparer les candidats sur leurs propositions en matière européenne, le radar note cinq critères.

  1. le candidat veut-il un budget européen intégré avec un gouvernement économique?
  2. le candidat propose-t-il une Europe à plusieurs vitesses, avec des « noyaux durs » de quelques pays?
  3. le candidat souhaite-t-il que l’Europe harmonise des normes sociales élevées?
  4. le candidat propose-t-il une politique migratoire ouverte dans l’Union?
  5. le candidat veut-il une Europe de la défense?

L’axe finances publiques

Sur cet axe, les questions sont les suivantes:

  1. le candidat veut-il sortir du 3% des traités européens?
  2. le candidat propose-t-il une baisse partielle ou globale de la pression fiscale sur les particuliers?
  3. le candidat veut-il une CSG progressive?
  4. le candidat propose-t-il un revenu universel?
  5. le candidat revendique-t-il une annulation complète ou partielle de la dette publique?

L’axe souveraineté

Les questions sont les suivantes:

  1. la souveraineté joue-t-elle un rôle dans le programme du candidat?
  2. le candidat défend-il le « made in france »?
  3. le candidat exprime-t-il une préférence pour le protectionnisme?
  4. le candidat se préoccupe-t-il d’identité nationale?
  5. le candidat veut-il accroître l’effort de défense?

L’axe des réformes institutionnelles

Les questions posées ici sont les suivantes:

  1. le candidat veut-il réformer le parlement?
  2. le candidat veut-il associer les citoyens à l’élaboration des lois?
  3. le candidat propose-t-il un non-cumul intégral des mandats?
  4. le candidat veut-il instaurer un scrutin proportionnel aux législatives?
  5. le candidat propose-t-il le septennat unique?

L’axe de la laïcité

Voici les questions:

  1. la laïcité occupe-t-elle une place importante dans le programme du candidat?
  2. le candidat a-t-il un point de vue sur le rôle de l’Islam?
  3. le candidat propose-t-il un plus large accueil des migrants?
  4. le candidat accepte-t-il le droit de vote aux étrangers?
  5. le candidat prône-t-il la PMA (au moins pour les couples lesbiens)?

L’axe social

Enfin, et de façon presqu’anecdotique, le radar compare les propositions sociales des candidats, à travers les questions qui suivent:

  1. le candidat propose-t-il de « figer » la sécurité sociale?
  2. le candidat propose-t-il une réforme des retraites?
  3. le candidat propose-t-il une sécurité sociale professionnelle?
  4. le candidat propose-t-il une réforme du RSI?
  5. le candidat veut-il abroger la loi Travail?

Bon amusement à tous!

Exclu primaire de la gauche: suivez notre radar des idées

Le premier débat de la primaire de la gauche a lieu ce soir, avec 7 candidats dont certains sont relativement confidentiels. Pour vous aider à suivre les arguments et les programmes, nous avons mis en place un radar de la gauche qui permet de repérer facilement les positions de chacun sur les marqueurs qui clivent l’opinion, spécialement à gauche.

Les marqueurs de gauche aujourd’hui

Au fil des débats, plusieurs marqueurs se dégagent à gauche, qui peuvent se regrouper en plusieurs blocs.

Un bloc assez large regroupe les thématiques européennes, de souveraineté et de finances publiques, qui sont connexes mais ne se réduisent pas les unes aux autres. Faut-il maîtriser les déficits ou laissez filer la dépense publique pour financer de nouvelles politiques? Laisser filer la dépense publique, c’est affronter l’Europe et sa règle du 3%, donc revendiquer une forme de souverainisme.

Un autre bloc regroupe les questions de politique intérieure, notamment de protection sociale, de travail et, en partie, de laïcité entendue comme art français de vivre ensemble. Ces marqueurs-là sont l’espèce d’épine dorsale de la gauche, celle par laquelle elle s’est structurée au siècle dernier. Entre revendications ouvrières, aspirations à de nouveaux droits et lutte contre le pouvoir de l’Eglise, la gauche retrouve son « triangle d’or » revendicatif. Il est intéressant de voir quel profil il revêt aujourd’hui.

Un troisième bloc, atypique, est celui de la réforme institutionnelle. Il est identifié en tant que tel dans notre radar.

Sur chacun de ces items, nous avons classé le degré d’engagement des candidats.

Quelle méthode de classement?

Pour établir notre radar des programmes à la primaire, nous avons distingué sur chaque axe de clivage cinq propositions structurantes qui distingue les candidats (voir l’article consacré à ce classement). De façon schématique mais fidèle, le radar affecte 1 point lorsque le candidat fait une proposition correspondant à l’item, et affecte 0 lorsque le candidat ne propose rien sur le sujet.

La somme des points recueillis axe par axe permet d’établir la « toile d’araignée » qui se trouve ci-dessous.

Source: www.entreprise.news

Les grandes surprises de la primaire de la gauche

Le radar proposé ci-dessus réserve quelques grandes surprises.

Dans le domaine de la protection sociale et du travail, c’est curieusement Manuel Valls qui présente les propositions les plus « à gauche »: pas de réforme de la sécurité sociale, préservation du système actuel de retraite, mise en place d’une sécurité sociale professionnelle, alignement du RSI sur le régime général. L’ex-Premier Ministre a pris soin de corriger son image de libéral.

Sans le dire, ses challengers se montrent beaucoup plus réformateurs sur des sujets critiques.

Pour le reste, les candidats paraissent relativement peu ambitieux sur leurs propositions, et l’absence de superficie sur la toile de leurs propositions témoigne d’une difficulté à faire bouger les lignes. Et c’est probablement là que les candidats à la primaire commettent une erreur stratégique qui laissent une place « aux autres ».

Emmanuel Macron sur la route de la collaboration avec l’Allemagne

Macron en Allemagne. Même à froid, même avec le recul donné par deux jours de réflexion, le discours qu’il a prononcé à Berlin résonne encore dans nos esprits comme une faute politique qui a tout du franchissement spontané de la ligne rouge.

Les deux Europe que la France a face à elle

Il y a bien deux Europe face à nous.

L’une est celle dont nous rêvons, où la construction communautaire se confondrait avec l’esprit des peuples et la volonté des nations, où chaque Européen pèserait de son poids pour construire un continent harmonieux, un espace politique durable et démocratique. On oublie souvent le sens exact de ce mot. Dans la démocratie, le peuple décide, et le gouvernement se fait pour le peuple.

S’agissant de l’Europe, c’est une gageure, puisqu’il n’y a pas un peuple mais des peuples européens. Et le Brexit a montré comment certains d’entre eux pouvaient ne pas retrouver dans la construction communautaire l’esprit démocratique auquel ils aspirent.

L’autre Europe n’est pas celle de nos rêves, mais celle de la réalité. Elle est dominée par l’Allemagne qui n’hésite pas à y imposer des décisions unilatérales qui ne sont pas démocratiques et qui déstabilisent le fonctionnement de l’ensemble du continent. C’est le cas de l’ouverture unilatérale des frontières aux « réfugiés » par Angela Merkel, décision qui n’en finit pas de fragiliser l’Europe (comme tant d’autres dont les Grecs, par exemple, pourraient longtemps nous entretenir).

Le destin européen de la France

Contrairement aux idées propagées par certains milieux europhiles ou eurolatres en France, critiquer la construction communautaire ne signifie pas un repli sur soi, bien au contraire.

Personne ne conteste que la France ait un destin européen, quelle que soit sa volonté d’ailleurs, ou ses envies. Avant même que l’Europe ne soit l’Europe, c’est-à-dire à l’époque où l’Europe se croyait seule au monde, les peuplades qui habitaient l’espace actuel de la France entretenaient déjà des relations organisées avec le reste du continent. On a parfois l’illusion que l’histoire de l’Europe a commencé en 1945, ou en 1957 avec le traité de Rome. En réalité, l’histoire politique qui a commencé cette année-là n’est qu’une virgule, ou une apostrophe, dans un chapitre beaucoup plus long où la France a toujours tenu une place éminente.

Reste à savoir si le destin européen de la France trouve son content dans l’adhésion à un ordre continental où elle ne décide pas, mais où elle obéit, où elle ne domine pas mais où elle est soumise. La grande force des eurolatres est d’avoir retourné le sens des mots en imposant une synonymie entre amour de l’Europe et soumission à l’Allemagne.

C’est évidemment une imposture que les vrais esprits démocratiques ne peuvent accepter durablement.

Macron a prêté allégeance à l’Allemagne

Dans ce grand retournement des mots qui est au coeur du programme politique d’Emmanuel Macron, le discours de Berlin demeurera comme un moment de vérité, une sorte de parole malheureuse qui échappe à son auteur.

Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron, pourtant très entouré de 400 experts, pourtant inspecteur général des Finances, pourtant ancien ministre de l’Economie, tardait à dévoiler son programme économique. En particulier, depuis plusieurs mois, il se dérobait à la question de sa stratégie en matière de finances publiques. C’est pourtant le marqueur essentiel d’un programme présidentiel: plus ou moins de dépenses publiques, plus ou moins de dettes, d’impôts, de déficit. Ce silence ne l’a pas empêché de multiplier les promesses coûteuses.

Sans doute, nous les Français ne sommes nous pas capables de comprendre la stratégie du candidat, puisque l’intéressé a choisi Berlin pour dévoiler son approche du sujet. Et c’est en anglais qu’il y a expliqué le cap qu’il entend faire suivre à la France s’il était élu.

« Nous, Français, devons restaurer la confiance avec les Allemands en faisant des réformes sérieuses », a-t-il déclaré. Ce n’est pas l’entrevue de Montoire, où Pétain avait assumé son allégeance à l’Allemagne de 1940, mais nous n’en sommes quand même pas très loin.

En tout cas, nous savons maintenant l’essentiel: Macron veut plaire à l’Allemagne, Macron veut pédaler sur le tandem franco-allemand à la même vitesse qu’Angela Merkel, et Macron opposera à toute réforme française l’horizon bouché des aspirations allemandes.

De la vraie nature du couple franco-allemand

Car il ne faut pas se tromper sur la véritable nature de cette fameuse relation franco-allemande présentée comme un objectif en soi de politique étrangère, et même de politique intérieure.

Imagine-t-on un esprit raisonnable expliquer à Pepsi-Cola que son avenir passe par une relation amicale avec Coca-Cola? Imagine-t-on un esprit raisonnable expliquer à Samsung qu’il doit travailler en bonne intelligence avec Apple? Qui demanderait à Carlos Ghosn de restructurer Renault en demandant l’avis de Volkswagen? Nous avons fait le choix du capitalisme en Europe, et dans le monde capitaliste, le principe général qui domine est celui de la concurrence.

Lorsqu’un responsable politique français, envers et contre toute logique, « oublie » ce détail et préconise d’accorder un droit de regard à l’Allemagne sur nos réformes intérieures, comme le propose Emmanuel Macron, c’est bien à notre principal concurrent que nous proposons de donner les clés de la maison France.

Il s’agit, bien entendu, d’une faute politique et historique majeure.

Renverser les termes de l’échange

Emmanuel Macron appartient à cette élite française convaincue que la France ne peut plus peser seule, et qu’elle doit accepter une subordination à l’Allemagne pour assurer son avenir. Il ne s’en est d’ailleurs pas caché, puisqu’il a déclaré à Berlin: « On peut faire un Google européen, un Google français n’existera jamais. »

Conformément au mode de pensée de l’élite française, les évidences les plus simples sont systématiquement écartées au profit de l’idéologie. Alors qu’il n’existe aucun champion européen du Net, mais qu’il existe des champions nationaux, notamment français (comme Blablacar), il est de bon ton de continuer fidèlement le grand retournement du sens. Au nom du sérieux et de la vérité scientifique proclamée la main sur le coeur, l’élite nous enjoint de soutenir des contre-vérités flagrantes comme celle d’une minoration définitive de la France dans la croissance économique mondiale.

Il existe pourtant une autre possibilité. Il nous est toujours loisible de nous affranchir de l’étiquette aristocratique qui nous interdit de dire les choses et nous ordonne de les regarder à l’envers. Nous sommes toujours libres d’ouvrir les yeux et de comprendre que si la France est minorée, ce n’est pas parce qu’elle est faible, mais parce qu’elle (et singulièrement sa classe dirigeante) ne croit plus en elle.

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Quand on veut tuer la France, on la soumet sans coup férir à sa principale concurrente: l’Allemagne. Merci, M. Macron, de nous l’avoir rappelé.

Les parlementaires sont-ils trop peu payés?

Les parlementaires sont de pauvres gens, scandaleusement sous-payés et injustement incompris. Le petit défilé de lamentations auquel nous avons assisté sur le sujet cette semaine souligne une fois de plus l’ahurissante rupture entre les petits marquis indécents qui prétendent régenter la République et les Français ordinaires qui doivent se résigner à une indigestion de couleuvres.

Les provocations d’Henri Guaino

Henri Guaino, auto-proclamé gaulliste social, a osé déclarer devant des caméras de télévision qu’avec 5.100€ par mois de rémunération comme député, il ne pouvait rien « mettre de côté ».

« Moi, j’ai commencé ma carrière d’élu à 50 ans passés. Donc à 50 ans passés, vous avez des charges, j’habite à Paris. On peut me dire : ‘Vous pouvez déménager’. Bien sûr, je vais dire à ma famille : ‘On s’en va’. Je ne suis pas élu dans la Creuse ou en Corrèze, [à Paris] les loyers sont beaucoup plus élevés. Le train de vie que j’ai, même en le réduisant, il pèse plus lourd. »

Ses électeurs qui vivent au même endroit avec beaucoup moins auront apprécié le geste et la phrase.

Les pleurnicheries de Gérard Collomb

Hier, c’était Gérard Collomb qui reprenait le crachoir pour pleurer sur son sort. Étranglé par le cumul des mandats, le maire de Lyon (qui s’investit beaucoup dans la campagne d’Emmanuel Macron) est peu assidu au Sénat. On ne peut pas tout faire dans la vie. Du coup, il est dans le viseur de nouvelles dispositions qui frappent les absentéistes au porte-feuilles: sa rémunération est tombée à 4.000 euros.

« Il est impossible de prévoir quels jours on doit être à Paris, car on ne sait pas d’une semaine sur l’autre quand se feront les votes solennels. Impossible dans ces conditions d’organiser un agenda », se justifie l’élu, pour qui la mesure de Gérard Larcher serait même contre-productive. « Dans ces conditions, on n’aura plus comme sénateurs que des mauvais, des apparatchiks de partis et des retraités »

Pénaliser financièrement les élus absents? Cette mesure, qui paraît de bon sens lorsqu’elle frappe les salariés ordinaires, est visiblement vécue comme une plaie par les élus de gauche qui la subissent.

Les syllogismes très peu républicains de Gérard Collomb

On s’amusera de relever, en creux, la pensée profonde de Gérard Collomb. Selon lui, « mal payer » les parlementaires obligera à « avoir des mauvais », « des apparatchiks de partis et des retraités ». Ah bon? parce que ce n’est pas le cas aujourd’hui?

Il a raison, Collomb, de poser la question de la représentativité sociale des chambres parlementaires. On sait aujourd’hui qu’elles sont essentiellement composées de fonctionnaires. C’était d’ailleurs son cas, puisque, avant d’être élu, il était enseignant dans des lycées publics. Jusqu’à preuve du contraire, un enseignant n’est pas payé 5.000 euros. Pas même 4.000 euros. En devenant député, Collomb a probablement doublé son salaire. Est-ce pour cela qu’il était mauvais?

Car, sans le dire, Collomb nous explique qu’un bon parlementaire, c’est un parlementaire qui doit avoir un métier aussi bien payé que celui de député ou de sénateur. Sa petite phrase illustre à merveille le glissement insidieux de la République vers un système censitaire qui ne dit pas son nom.

Seuls les plus riches doivent pouvoir être élus.

La variante de « l’enracinement » local

Parallèlement, on apprend que des députés républicains vont faire pression sur François Fillon pour que soit remise en cause la loi sur le non-cumul des mandats.

L’argument le plus généralement utilisé pour justifier cette situation anormale où un maire est aussi le député du coin repose sur l’idée que le cumul permet de mieux connaître les problèmes locaux, ce qui éviterait ainsi une « déconnection » entre Paris et la province. Ah! ah! superbe syllogisme…

Rappelons d’abord qu’un élu à l’Assemblée Nationale est… l’élu de la Nation. Il ne représente donc pas sa circonscription, mais le peuple français tout entier. Le fait que cette idée soit complètement « passée de mode » et qu’officiellement aujourd’hui les parlementaires se considèrent comme de simples lobbyistes d’une circonscription, ou d’une région, ou d’une collectivité, en dit long sur le déclin de l’esprit républicain parmi nos élus, et sur la dégradation de la démocratie en France.

Selon la Constitution, seul le Sénat représente les collectivités locales, ce qui explique d’ailleurs que les sénateurs ne soient pas élus au suffrage universel direct.

Ce que les cumulards aiment expliquer sans l’assumer, c’est que la République est morte, et qu’elle se réduit désormais à un concert de parcours individuels où chaque élu fait feu de tout bois pour tirer la couverture à lui… en arrosant sa circonscription de bienfaits ou d’avantages extorqués à l’intérêt général.

C’est précisément cette dérive institutionnelle qu’il faut combattre en changeant de régime. Mais… merci aux parlementaires de tomber ainsi le masque sur la réaction nobiliaire qu’ils pratiquent au jour le jour.

Mais si, Marisol Touraine a bien déremboursé des médicaments!

Marisol Touraine a ouvert une polémique assez curieuse, dénonçant la « droite mytho » qui l’accuse d’avoir déremboursé des médicaments.

Selon Marisol Touraine:

C’est FAUX ! Archi- faux : pas un seul déremboursement de médicament pour raison financière, pas une seule nouvelle franchise et la baisse des dépassements d’honoraires. Nos économies viennent de réorganisation de fond, elles n’ont pas été faites sur le dos des Français. Au contraire, nous avons fait progresser les remboursements.

L’affirmation, péremptoire, ne manque pas de divertir tous ceux qui suivent un minimum les affaires de sécurité sociale et d’assurance maladie, puisque Marisol Touraine s’est bien gardée de pratiquer la moindre réorganisation de fond dont elle s’habitue pourtant la paternité.

Comment Marisol Touraine a déremboursé des médicaments

Toute la réponse à la question est contenue dans la phrase de Marisol Touraine sur les « dépassements d’honoraires » qu’elle aurait baissés. Bien entendu, Marisol Touraine n’apporte aucun élément documenté et vérifiable pour étayer ses jolis mensonges sur la baisse des dépassements d’honoraires.

En revanche, Marisol Touraine semble avoir oublié le décret n° 2014-1374 du 18 novembre 2014 relatif au contenu des contrats d’assurance maladie complémentaire bénéficiant d’aides fiscales et sociales dont elle est pourtant la signataire. Ce décret fixe des plafonds de remboursement pour les contrats de complémentaire santé « responsables », c’est-à-dire défiscalisés. Ces plafonds visaient notamment les consultations de spécialistes et les lunettes.

Dans la pratique, Marisol Touraine a donc bel et bien instauré une pénalité fiscale forte sur les remboursements intégraux des honoraires en dépassement… ainsi que sur les lunettes.

Les femmes, premières victimes de cette politique de déremboursement

Rappelons, au passage, que cette politique de déremboursement a méchamment frappé les classes moyennes. C’est notamment le cas dans les zones urbaines, où le remboursement des visites chez les gynécologues est désormais plafonné.

Il n’était pas inutile de le redire…

Pourquoi Fillon doit organiser un referendum sur la sécurité sociale

Impossible d’échapper à la « polémique » sur la sécurité sociale autour du programme de François Fillon. Et impossible désormais pour François Fillon de mettre le nez dans les médias sans être harponné sur le recentrage de la sécurité sociale sur le grand risque. Tout le monde a bien compris la manoeuvre: elle vise à neutraliser toute réforme systémique de la protection sociale en éludant le débat par l’invocation totalement démagogique et populiste des grandes peurs. Votez Fillon, et vous votez pour le déremboursement de la maladie.

Pour le candidat et son équipe de campagne, cette situation constitue un joli cas d’école (de communication). Comment se sortir d’un bourbier pareil en imposant ses thèmes dans l’opinion sans cliver? L’exercice est loin d’être simple, mais il mérite d’être mené jusqu’au bout.

La tentation suicidaire de faire machine arrière

On a bien vu que, dans un premier temps, les immobilistes étatistes dominants chez les Républicains (Woerth, Raffarin, entre autres) ont fait pression sur Fillon pour une désertion en bonne et due forme et en rase campagne. Il suffit de dire qu’on renonce, qu’on ne touchera à rien, que tout ça c’est pour amuser la galerie, mais qu’en réalité on fera comme les autres, ou juste qu’on bougera quelques réglages mais pas le moteur, et le tour est joué.

Pour Fillon, cette tentation est évidemment suicidaire. Il a capté les voix de la primaire grâce à une promesse de changement radical. Il s’est inscrit dans une aspiration libérale. Faire comprendre dès maintenant qu’il a grugé sa base et qu’il revient aux fondamentaux de l’élite républicaine que les électeurs ont sanctionnée à la primaire, c’est creuser sa tombe.

L’impossibilité de livrer combat en terrain défavorable

En même temps, on comprend tous que l’affaire est désormais mal embouchée. Les adversaires de François Fillon ont en effet, de longue date et pour des raisons structurelles, blindé et fortifié le sujet de la sécurité sociale, de telle sorte que la défaite sur ce sujet est à peu près certaine.

Rappelons que, depuis des années, une propagande inlassable est menée par plusieurs segments de la société française (et par la sécurité sociale elle-même) pour travailler l’opinion publique sur le fond. Alors que, au sortir de la guerre, la société française a résiste de façon virulente à la mise en place de la sécurité sociale, les forces se sont organisées à partir des années 80 pour présenter la sécurité sociale comme le TINA (there is no alternative) de la protection sociale.

Le moindre doute émis sur la performance de la sécurité sociale promet donc immédiatement à une jolie (et longue) dissidence dont Fillon fait les frais aujourd’hui. C’est qu’il ne manque pas de forces organisées pour actionner les leviers populistes sur le sujet.

Conscientiser les raisons de cette hyper-sensibilité à la question

Pour sortir du mauvais pas dans lequel il se trouve (et quelle que soit son opinion profonde sur le sujet), François Fillon n’a en réalité qu’une possibilité: il doit assumer son programme, mais en reprenant la main sur le choix du terrain où il livrera bataille, après avoir dû, en décembre, concéder un recul tactique. Il faut remobiliser les troupes et les mettre en ordre de victoire sur un champ plus favorable.

Pour ce faire, une première étape me semble indispensable: comprendre ce que cache ces hyper-réactions du landerneau médiatique à la question de la sécurité sociale.

Or la sécurité sociale est au coeur d’un grand système de contrepartie dominant la France contemporaine. Avec la « Sécu », l’élite française (qui ne relève pas elle-même de la Sécu, rappelons-le) propose aux Français de troquer une société de l’égalité des chances comportant des risques, contre une société immobile mais avec le confort de la sécurité sociale. Au lieu d’être dans une société de la concurrence où ceux qui travaillent s’enrichissent et ceux qui ne veulent pas travailler sont exposés à la précarité, la France de la sécurité sociale propose l’inverse: ceux qui s’enrichissent sont matraqués fiscalement pour financer les revenus de remplacement de ceux qui ne travaillent pas.

Sécurité sociale et réaction nobiliaire

Les partisans de ce système ont l’avantage tactique de pouvoir expliquer les bienfaits statistiques de cette orchestration. Bien sûr, des millions de gens savent, en France, que le coût marginal du travail est très élevé. Autrement dit, entre vivre chez moi avec des allocations complétées par quelques travaux « au black » qui me prennent dix ou douze heures par semaine, et entrer dans le système carcéral de l’entreprise où une discipline m’est imposée pendant trente-cinq heures par semaine, l’arbitrage n’est pas simple. Les allocations ne permettent pas de vivre richement, mais elles garantissent une forme de liberté personnelle et une vraie flexibilité qui valent cher, surtout quand on a des enfants – au moins aussi cher qu’un CDI avec un petit salaire.

Au final, la sécurité sociale et les protections qui l’entourent permettent d’acquérir un train de vie modeste, mais équivalent à celui qu’on détient quand on travaille à temps plein dans un emploi peu qualifié.

Ce système d’indifférenciation entre le travail et l’assistance est financé par un coin socio-fiscal qui pèse de façon écrasante sur les classes moyennes. Autrement dit, ceux qui font le choix de se sortir de leur condition et de « courir » après un petit quelque chose sont spoliés pour financer les avantages qui profitent à ceux qui se satisfont de leur condition.

En ce sens, la sécurité sociale est vitale pour la réaction nobiliaire: elle permet d’étouffer toute contestation d’un ordre injuste, elle rend inutile la revendication d’une nouvelle donne. Au fond, pourquoi faire la révolution, quand on peut vivre de façon supportable dans le système?

C’est parce que la France est dominée par la réaction nobiliaire (largement le fait d’une technostructure fragilisée par les bouleversements technologiques) que tous ceux qui proposent un autre paradigme (notamment fondé sur le principe simple du « à chacun selon son travail ») sont diabolisés.

Comment Fillon doit se sortir de ce bourbier

Sur ce sujet, Fillon doit se garder de commettre une erreur stratégique dont on voit pourtant qu’il a la tentation de la commettre: celle-ci consisterait à chercher « dans le système » un soutien à une démarche programmant sa disparition.

Le débat est aujourd’hui biaisé par les forces qui le minent sous couvert de l’encadrer. En réalité, Fillon propose un changement de paradigme radical. Il valide l’idée que l’ordre social puisse être remis en cause en France par une reconnaissance des mérites. Il remet en cause le pouvoir d’une élite assise sur un système de corruption de la nation par l’assistance.

Croire que l’élite qui tire profit de ce système puisse accepter une remise en cause de celui-ci est une erreur majeure d’appréciation.

La seule légitimité que François Fillon puisse obtenir pour assumer son programme lui viendra du peuple français. C’est à lui qu’il doit s’adresser et c’est à lui qu’il doit poser la question d’une réforme possible de la protection sociale par la remise en cause du monopole de la sécurité sociale (puisque c’est bien de cela qu’il s’agit).

Mais ce referendum touche une question complexe dont la « documentation » est travaillée de longue date par une classe sociale qui en fait un usage très intéressé. Pour se donner une chance de saper les fondements de la réaction nobiliaire, Fillon doit donc programmer très en amont ce referendum, en l’accompagnant d’un grand débat national où les différents points de vue seront exposés à égalité.

Peu de Français en effet ont pu profiter d’une explication de fond sur le fait que leur protection sociale serait plus efficace si elle était repensée et désidéologisée. La seule chance pour Fillon de ne pas subir une cuisante défaite sur ce sujet est de proposer aux Français de se donner le temps de le comprendre. En garantissant au peuple français qu’il pourra choisir librement et par referendum le modèle qu’il souhaite pour lui et ses enfants…