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Et si En Marche avait remplacé le presque rien par du pas grand chose

En Marche devait renouveler la vie politique française. On n’est pas déçu du résultat! Quelques semaines après plusieurs scrutins, la crise idéologique française atteint des profondeurs inattendues, incarnée par le vide idéologique du parti majoritaire lui-même.

Le séminaire de « team building » pour les députés d’En Marche a illustré avec force la vacuité dans laquelle le parti majoritaire a placé la vie politique française. On a eu droit, pour 250.000€ selon Marianne, à une série de gimmick et d’exercices stéréotypés injustement attribués aux start-up. Et non! les start-up n’ont pas les moyens de consacrer des sommes aussi extravagantes à des choses aussi superficielles. Comme si quelques mises en situation caricaturales allaient tenir lieu de culture d’entreprise.

De même qu’une entreprise ne construit pas son destin sur deux ou trois opérations de communication, il est bien illusoire de croire qu’En Marche pourra se contenter de ce vernis pour cacher sa misère intellectuelle. Quel député En Marche a l’amplitude nécessaire pour donner du corps à une victoire électorale de circonstance? L’avenir le dira, mais on sent chez certains poindre l’impatience face au quasi-néant du groupe à l’Assemblée. On citera ici Brigitte Bourguignon qui a exprimé auprès de l‘Opinion ses attentes vis-à-vis d’un sursaut politique.

Les semaines à venir seront celles de la vérité. Le débat budgétaire permettra de mesurer la potentiel corticatif des marcheurs. Dans l’hypothèse où la platitude de l’été se confirmerait, on ne donne pas cher de la légitimité du président.

Emmanuel Macron démontrerait en effet, dans ce cas de figure, qu’il a poussé l’hyper-présidence jusqu’à l’annihilation de toute pensée politique.

Les Insoumis eux aussi en crise

Face à ce désastre majoritaire en préparation à la manière des ouragans, on aurait pu croire que les Insoumis étaient en capacité d’opposer un front idéologique consistant. La Fête de l’Humanité a prouvé que non. Manifestement, les vitupérations de Jean-Luc Mélenchon et de ses acolytes ne suscitent pas d’enthousiasme général à la gauche de la gauche.

Et l’on découvre que certains communistes pourraient préférer une alliance avec d’anciens socialistes à une mise en coupe réglée sous le bagout mélenchonien. Les Insoumis ne sont donc probablement pas au bout de leurs mauvaises surprises.

Ils le sont d’autant moins que la cohérence idéologique du projet a du mal à prendre corps. Au-delà des effets de manche à l’Assemblée, des clins d’oeil faciles au marxisme-léninisme et à la dictature du prolétariat, le projet insoumis peut-il faire illusion longtemps?

Le Front National n’en finit pas d’imploser

Du côté du Front National, la situation est pire. Entre Marine Le Pen et les souverainistes philippotiens, la guerre ouverte ne présage rien de bon pour celle qui s’est tout de même élevée à la deuxième marche du podium aux présidentielles.

Supposons que Marine Le Pen assume la scission avec Philippot. Quel sera son projet idéologique de rechange? On la sent mal équipée pour remplir utilement le vide ainsi créé, et on voit peu vers quels horizons crédibles elle pourrait se dégager.

De ce point de vue, sa position paraît encore plus chancelante que celle de Mélenchon chez les Insoumis. Pour son électorat, les lendemains déchanteront à coup sûr.

La droite encore plus auto-centrée qu’auparavant

La décomposition n’épargne pas la droite traditionnelle. La course à la présidence des Républicains devrait sourire à Laurent Wauquiez. Mais le personnage risque de payer le prix de ses points de faiblesse. Il n’est en tout cas pas épargné par ses incohérences.

Ce pur produit de la méritocratie parisienne joue un jeu dangereux en tentant d’incarner artificiellement le personnage populeux qu’il n’est pas. On peut même penser que les Français sont devenus définitivement allergiques à ces contrefaçons où la surabondance de la forme cache la vacuité du fond.

Il suffit de lire les commentaires de la presse, y compris conservatrice, sur les changements de pieds wauquiéziens en matière de mariage gay, pour comprendre que l’absence de cortication ne sera pas pardonnée aux Républicains dans les mois à venir. C’est une vraie difficulté pour Laurent Wauquiez, qui risque de faire fuir quelques cerveaux certes mous du genou, mais quand même plus utiles que des alliés totalement vides.

Le triomphe de l’insignifiance

Les Français ont pourtant aujourd’hui des inquiétudes qui méritent d’être adressées. Sur l’emploi, sur les impôts, sur le niveau de vie et le pouvoir d’achat, sur l’éducation, sur la santé, sur les retraites, on sent tous de façon plus ou moins claire que la société française est au bout d’un modèle. Mais elle peine à se réinventer, et jour après jour, une évidence s’impose: on nous a vendu du renouvellement, on a acheté de l’insignifiance.

Sous François Hollande, le débat public était déjà surréaliste car il tournait avec rigueur le dos aux réalités qui intéressaient les Français. On pouvait penser que Macron romprait avec cette pratique.

Mais notre Président, sur le sujet des ordonnances qui intéresse les actifs, préfère vilipender plutôt que convaincre (stratégie dont il assumera l’entière responsabilité, sans fusible possible). Et il recourt, comme Hollande, à la diversion en ouvrant le débat stérile et artificiel sur la PMA. La ficelle est vieille comme le monde. Pas sûr qu’elle soit encore efficace.

À quoi sert le mythe des inégalités d’accès aux soins?

Il y aurait, en France, des inégalités d’accès aux soins qui seraient insupportables. Ce mythe savamment cultivé par la bien-pensance permet de justifier une soviétisation progressive de la santé, fondée sur une étatisation galopante et sur une uniformisation vers le bas des pratiques médicales. Au risque de produire l’effet contraire aux intentions.

Dans les mythes fabriqués de toutes pièces pour justifier des choix idéologiques douteux, l’inégalité d’accès aux soins a la vie dure. Cette fake news n’est en effet pas perdue pour tout le monde.

Le mythe de la vie plus longue des cadres

Reprenons d’abord l’un des récits mensongers qui nous est tartiné à longueur de médias subventionnés: les ouvriers perdraient en moyenne sept ans d’espérance de vie à cause de leurs conditions de travail. Qui n’a pas déjà entendu cette sornette qui vous arracherait des larmes?

Or, s’il est un fait que les cadres hommes vivent plus longtemps que les ouvriers hommes, il est tout aussi vrai que les mêmes cadres hommes vivent moins longtemps que les ouvriers femmes. Si les conditions de travail étaient déterminantes dans ce phénomène, on voit donc mal pourquoi l’appartenance d’un ouvrier au genre féminin dispenserait de mourir plus jeune qu’un cadre.

Les bien-pensants ont coutume de répondre que les ouvrières boivent moins que les hommes cadres, etc. Et là, nous sommes bien d’accord: l’espérance de vie est influencée par les comportements individuels et par l’hygiène de vie avant d’être influencée par le métier exercé. Dans tous les cas, on n’entend jamais personne plaindre les cadres hommes qui meurent avant les femmes ouvrières…

Le mythe du renoncement aux soins

Un autre mythe tenace voudrait qu’une quantité colossale de Français renoncent aux soins pour des raisons financières. Cette situation dramatique justifierait des mesures de soviétisation autoritaire: tiers payant, tarifs imposés, étatisation en tous sens. Il s’agit là de l’un des plus beaux mensonges fabriqués de toutes pièces dans la société française. Aucun chiffre ne permet d’appuyer cette description apocalyptique.

Dans la pratique, ce sont les chiffres de l’OCDE, tirés des Panoramas annuels de la Santé, qui permettent de replacer le grand fantasme français dans sa vérité.

Premier point, le renoncement avéré aux soins (mais personne ne dit quels soins) est inférieur en France à la moyenne de l’OCDE sur l’ensemble de la population (voir les chiffres ci-contre). Il est vrai qu’il est de deux dixièmes de points supérieur à la moyenne pour les 20% les plus pauvres. Mais le volume global de renoncement ne touche que 6,6% des « pauvres » qui ont renoncé à un soin dans l’année écoulée. Certes, ce chiffre n’est pas satisfaisant, mais il est très loin d’une urgence sanitaire absolue, dans la mesure où 93,4% de cette population ont vu la totalité de leurs besoins sanitaires satisfaits alors même qu’ils perçoivent peu de revenus et que, dans cette évaluation, sont pris en compte autant les soins vitaux que la bobologie.

Encore faut-il préciser pour quelle raison les Français, qu’ils soient pauvres ou pas, renoncent aux soins. Une étude officielle, publiée dans Économie et statistique en 2014, montre que les raisons financières n’expliquent de 40% des cas. Le manque de temps, la peur des soins ou l’attente d’une amélioration expliquent, pour l’essentiel, le solde. Là encore, donc, nous sommes très loin des urgences sociales sur le terrain desquelles la technostructure médicale tente de nous attirer.

Enfin, et surtout, il faut savoir à quels soins les Français renoncent. Un rapport de la Cour des Comptes a souligné que la moitié des renoncements porte sur les soins dentaires. Lorsque l’explication de ces renoncements est financière, elle se justifie par le coût des implants et des prothèses. On est donc très loin des soins vitaux. D’ailleurs l’OCDE a rappelé récemment que la France était le pays où le nombre de décès évitable faute d’un accès aux soins était le plus faible du monde industrialisé.

Dans tous les cas, le nombre de cas où un Français renonce à une visite utile chez un généraliste ou un spécialiste est infinitésimal. Là encore, il ne s’agit pas de s’en satisfaire, mais il est incorrect d’extrapoler à partir de ces cas résiduels des visions apocalyptiques sur notre système de santé en général.

À quoi sert le mythe de l’inégalité sociale dans l’accès aux soins?

La prétendue urgence à régler un problème d’accès aux soins ne vise évidemment pas à aider les plus pauvres. Ceux-ci en effet disposent déjà de la couverture maladie universelle, et d’une aide à la complémentaire santé pour supprimer tout reste à charge. En outre, ils n’hésitent pas à surcharger les urgences pour avoir immédiatement accès aux soins de leur choix.

Qui plus est, toutes les mesures prises par le gouvernement pour aller plus loin dans l’accès aux soins ont plutôt cherché à limiter la prise en charge au lieu de l’améliorer. C’est le cas de la réforme du contrat responsable par Marisol Touraine, qui a plafonné les remboursements optiques et médicaux (notamment pour les gynécologues) et donc dégradé les remboursements auxquels les assurés pouvaient prétendre.

Précisément, l’exemple des contrats responsables montre l’utilité de la mise en scène autour des inégalités d’accès aux soins. Celle-ci justifie une étatisation croissante de la santé, au nom du présupposé principe selon lequel l’État serait le meilleur garant de l’égalité en France. L’orchestration de prétendus insupportables renoncements aux soins sert une seule cause: celle du renforcement d’une technostructure sanitaire bien décidée à étendre sa patte orwellienne sur la société française. Comme si nous étions des enfants. Comme s’ils étaient des adultes.


L’inquiétante proposition de Bruno Le Maire sur la taxation des GAFA

Bruno Le Maire a rallié plusieurs pays européens à sa proposition de taxation des GAFA sur les chiffres d’affaires qu’ils réalisent dans chaque pays. Cette proposition dangereuse risque de percuter le projet ACCIS de l’Union Européenne.

La France a besoin d’argent et Bruno Le Maire ne ménage ni son temps ni sa peine pour en trouver. La proposition qu’il pousse pour le sommet de Talinn du 4 décembre 2017, risque quand même de nuire durablement aux intérêts des entreprises européennes exportatrices.

Une taxation des GAFA taillée sur mesure

Premier point, Bruno Le Maire propose la mise en place d’une taxation des GAFA au titre de leur activité numérique. L’idée laisse perplexe de la part d’un ministre qui a annoncé 10 milliards d’investissements publics pour l’innovation et qui, durant sa campagne, voulait numériser l’administration. Une taxe spéciale sur l’activité des start-up, voilà la vision de Bruno Le Maire. Une vision d’avenir donc, qui fait, comme il se doit en France, rimer nouveauté et fiscalité.

Une confrontation avec le projet ACCIS

L’idée lemairienne de soumettre le digital à un impôt spécial n’est pas seulement l’acte manqué d’un homme qui comprend mal le numérique. C’est aussi un conflit déclaré avec le projet européen ACCIS d’harmonisation de l’assiette de l’impôt sur les sociétés. Selon là encore la tradition française de l’instabilité fiscale, Bruno Le Maire propose pour des raisons de circonstance de modifier la philosophie d’un projet pas encore abouti.

À n’en pas douter, si l’harmonisation fiscale en Europe consiste à contaminer le continent avec notre manie de changer les règles au gré des caprices ministériels, les Européens vont adorer.

Une dangereuse taxation du chiffre d’affaires

Sur le fond, la proposition française pose un problème majeur. Elle se fonde sur une taxation non pas des bénéfices mais du chiffre d’affaires. Et là, tous les entrepreneurs ont intérêt à se coaliser pour éviter ce dangereux précédent.

Le projet délétère de Bruno Le Maire concernera en effet toutes les entreprises du numérique, dont évidemment les start-up. Soumettre de façon dérogatoire celles-ci à l’impôt non pas sur les bénéfices qu’elles réalisent mais sur le montant des achats qu’elles encaissent est une dangereuse folie, puisque cette technique ne tient pas compte de leur capacité contributive, mais de leur activité brute.

Sur ce point, on écartera le prévisible argument du gouvernement qui devrait souligner que cette taxation n’interviendra qu’à partir de certaines sommes perçues, supposées produire du résultat net. Ce raisonnement ignore en effet les investissements parfois très lourds concédé dans le pays d’origine pour développer des outils sociaux rentables.

Bref, la meilleure façon de récupérer les valeurs colossales engrangées par les GAFA n’est certainement pas de les taxer de façon exorbitante, mais de les soumettre à une concurrence européenne. C’est l’existence de concurrents qui permettra de diminuer leurs marges excessives.

Schiappa et Pénicaud quitteraient le gouvernement fin septembre

Selon la Lettre A, le gouvernement pourrait faire l’objet d’un remaniement fin septembre, dans la foulée de la convocation de Muriel Pénicaud par les juges d’instruction. Son éventuelle mise en examen obligerait à la sortir du gouvernement et lancerait un jeu de chaises musicales.

Muriel Pénicaud, désormais bien connue ministre du Travail, devrait rencontrer ses juges d’instruction le 21 septembre. Dans l’hypothèse où elle serait mise en examen, Emmanuel Macron connaîtrait un nouveau moment difficile après avoir moralisé la vie politique. Rappelons que cette mise en examen le concerne directement, puisqu’il est reproché à la ministre d’avoir organisé une réunion de mise en selle du candidat Macron aux frais du contribuable et sans passer par des marchés publics.

Schiappa également concernée

Selon la Lettre A, une mise en examen de la ministre déclencherait un jeu de chaises musicales. Muriel Pénicaud est en effet talonnée par l’ex-aubryste (une de plus) Catherine Barbaroux, actuellement à la tête du mouvement En Marche. L’intéressée se verrait bien gravir les marches du pouvoir.

Son éventuelle nomination au gouvernement laisserait la place libre, à la tête du mouvement En Marche, à Benjamin Griveaux, auteur de la délicieuse réflexion sur les névrosés qui protestent contre les réformes macroniennes.

Marlène Schiappa ferait partie de la charrette. La secrétaire d’État vient de s’illustrer par une opération de shaming contre deux entreprises réputées peu enclines à féminiser leurs instances de direction. Celles-là au moins ne regretteront pas le départ du trublion du gouvernement.

Schiappa s’en prend à Maurel & Prom

Marlène Schiappa a épinglé publiquement l’entreprise Maurel & Prom, spécialisée dans les hydrocarbures. Depuis février, cette entreprise est devenue une filiale d’un opérateur indonésien. On ne doute pas un seul instant que Schiappa expliquera à la maison mère qu’il faut respecter l’égalité hommes-femmes.

JO à Paris en 2024: comment perdre 6 milliards€ publics pour enrichir les majors du sport

Paris accueillera les JO en 2024 et la presse subventionnée salue l’exploit. On peut le comprendre: c’est autant d’audience en plus (en perspective) pour tous ceux qui diffusent de l’information. Mais pour le contribuable, l’opération risque de se révéler extrêmement coûteuse.

Cocorico! On aura les JO! en 2024, après un arrangement subtil avec Los Angeles. C’est donc une dépense publique de plus de 6 milliards € qui devrait être ordonnée pour organiser ce moment médiatique de premier ordre. Au-delà des apparences, la question est évidemment de savoir quelle transparence la Ville de Paris donnera à une opération qui tombe très mal pour ses finances…

Les JO: complexité financière garantie

Selon une tradition bien ancrée en France, le circuit de financement des JO promet d’être extrêmement complexe et de perdre tous ceux qui chercheront à s’y retrouver. Bien évidemment, à ce stade, on nous promet des partenariats public-privé qui ne coûteront aux contribuables. M’enfin, le coût du seul village olympique devrait atteindre 1,3 milliard€, soit le double des crédits gelés dans le budget de l’armée cette année. Une bagatelle donc!

Quant au budget de fonctionnement des Jeux, il devrait tout devrait tout de même ponctionner près de 1,5 milliard€ à la Ville de Paris, soit l’équivalent de 1.000€ par habitant. Sans compter, bien entendu, les suppléments par l’intermédiaire de la région financée aussi par les Parisiens.

Ces chiffres sont bien sûr des estimations… dont l’histoire montre qu’elles ont toujours été inférieures à la réalité.

Une ruine pour une ville déjà ruinée

Grosso modo, le budget global officiel des JO équivaut à une année de dépense de la Ville de Paris. Cet effort colossal intervient dans un contexte budgétaire tendu où la gestion pratiquée depuis l’élection de Bertrand Delanoë a mis la Ville à genoux.

Pour le comprendre, il suffit de se reporter au rapport de la Chambre régionale des Comptes d’Ile-de-France, en date de 2016, qui détaille de façon précise la situation financière de la capitale. Quels que soient les dénis d’Anne Hidalgo, la situation financière de la Ville s’est effectivement dégradée ces dernières années, au point que Standard & Poor’s considère qu’il faudrait 22 ans pour que la Ville se désendette. Or le seuil d’alerte des finances territoriales est franchi à 12 ans de durée de désendettement.

La situation de la Ville est donc beaucoup plus alarmante que la cigale Hidalgo ne veut bien le dire. Il est d’ores et déjà acquis que l’organisation des JO n’arrangera rien à la situation, bien au contraire.

Mais, bien entendu, toutes ces réalités simples sont impossibles à aborder dans un univers déraisonnable où le dogme a supplanté le débat public.

Qui gagne de l’argent avec les JO?

Bref, le contribuable parisien, malgré les dénis officiels, devrait se faire plumer en beauté dans cette opération qui se traduira par encore plus de touristes dans les rues, encore plus d’embouteillages et encore moins d’air pour respirer au jour le jour. Qui gagne de l’argent dans cette opération?

Pour le comprendre, il faut faire la somme des recettes publicitaires que les grandes chaînes de télévision engrangent à l’occasion de la diffusion des Jeux. L’exemple de Rio ou de Londres permet d’illustrer le propos. Dans la pratique, NBC a perçu un milliard $ de recettes publicitaires supplémentaires grâce aux jeux de Rio.

Autrement dit, le contribuable finance un événement qui profite à des acteurs privés, essentiellement des médias d’ailleurs. La dette publique ne sera pas perdue pour tout le monde.

« En 2015, la capacité de désendettement de la Ville devait correspondre à 13 ans d’épargne brute pour passer à 18 ans en 2017 avant de redescendre à 15 ans en 2018. L’agence Standard & Poor’s, tout en conservant à la Ville son appréciation positive, a évalué quant à elle à 22 ans en 2017 sa capacité de désendettement, très au-dessus du seuil d’alerte traditionnel estimé à 12 ans, par référence à une durée moyenne de remboursement des emprunts.

La Ville de Paris récuse la notion de seuil d’alerte traditionnel en invoquant, sans la documenter davantage en l’état, l’évolution profonde du rapport à la dette que l’on constate dans d’autres grandes métropoles mondiales. Elle souligne également la prudence traditionnelle de ses prévisions budgétaires (cf. l’exécution du budget 2014) et l’importance de son patrimoine susceptible d’être mobilisé. S’appuyant elle aussi sur les ratios réglementaires, elle rappelle, outre la modération de son endettement par habitant (1 646 €), que, même si la dette parisienne, rapportée aux recettes de fonctionnement (51 % en 2014) atteignait 75 % en 2018, elle serait encore inférieure à la moyenne constatée (85 %) dans des plus grandes villes françaises. Mais la force de ces arguments ne peut faire oublier que la capacité de désendettement et le taux d’épargne brut, par le maintien d’un bon niveau d’épargne brute, sont deux indicateurs reconnus comme significatifs pour l’appréciation de la soutenabilité d’une stratégie financière. »

Chambre Régionale des Comptes d’Ile-de-France

Ordonnances: guerre d’images dans l’État apparent

Les manifestations contre les ordonnances ont rassemblé entre 230.000 et 400.000 personnes dans l’ensemble du pays. Si on ne peut parler de succès de la CGT, qui appelait à la manifestation, on ne peut non plus parler d’échec. Pendant ce temps, le Président visitait les victimes de l’ouragan Irma. Une guerre d’images qui met symboliquement en scène un rapport de force entre le pouvoir et la rue.

En apparence, la comédie se joue sous le regard des Français. D’un côté, des manifestants rebaptisés « fainéants » battent le pavé, avec une participation des Insoumis et une présence importante de fonctionnaires non concernés par le sujet. De l’autre, le Président de la République visite ses pauvres et ses victimes dans les îles.

Le contraste fait office de slogans politiques. La lutte collective contre la protection de l’État qui s’étalent dans les journaux télévisés. Les Français seront-ils dupes de cette mise en scène où chacun joue un jeu cousu de fil blanc?

Macron sous-estime les risques qu’il prend?

Beaucoup de commentateurs ont dressé un parallèle entre la loi El-Khomri et ses adversaires, et les ordonnances. Le parallèle est biaisé pour une raison simple: dans la protestation contre la loi El-Khomri, c’était Manuel Valls, le Premier Ministre, qui incarnait l’épouvantail. Dans les ordonnances, l’épouvantail s’appelle Emmanuel Macron et il est Président.

Sur tous les fronts, l’hyper-présidence expose, plus encore que sous Nicolas Sarkozy, la personne présidentielle. Le fusible de Matignon n’existe plus.

Emmanuel Macron devrait prendre la mesure du porte-à-faux dans lequel il se trouve.

Les syndicats veulent-ils vraiment bloquer les ordonnances?

Pour l’instant, Emmanuel Macron peut surfer sur une vague où les organisations syndicales n’ont pas encore décidé de « casser la baraque ». Mailly a fait ce qu’il fallait pour limiter la mobilisation de ses troupes. La CFDT et la CGC, qui disent du mal des ordonnances, se gardent bien d’appeler à rejoindre la CGT. Martinez lui-même ne brille pas par une extrême détermination.

Derrière les apparences, le rapport de force n’est donc pas aussi clair que les états-majors ne cherchent à le faire croire. Beaucoup se disent qu’ils peuvent obtenir des modulations favorables dans les textes d’application. Et puis ils n’avouent pas qu’ils ont obtenu l’essentiel: la préservation de leurs circuits de financement, notamment dans le domaine de la formation.

Voilà qui mérite bien une petite indulgence vis-à-vis du gouvernement.

Macron ou la tentation de l’hégémonie aristocratique

Après une séquence réussie sur le dévoilement des ordonnances, Macron a cédé aux vieux démons de l’énarchie: considérer que toute divergence d’opinion est un combat de l’erreur populaire contre la vérité technocratique. Les bourdes s’enchaînent sur ce sujet. Jusqu’à contaminer le principe des ordonnances lui-même?

.@BGriveaux revient sur la polémique : « Vous savez très bien que « fainéants » ne s’adressaient pas aux Français » pic.twitter.com/Am65xNehm1

— France Inter (@franceinter) 11 septembre 2017

Ce sera, très probablement, le sujet majeur du quinquennat Macron, qui éclipsera tous les autres: le Président (et ses affidés comme Benjamin Griveaux, ministre aux fonctions exactes inconnues à ce jour) accepte-t-il les divergences d’opinion? Ou veut-il imposer sans contradiction possible les vues d’une caste dominante qui ne cache pas son mépris pour le reste du monde?

Le précédent Villiers

Tout le monde a gardé en mémoire le moment estival Villiers, où le Président a expliqué froidement aux généraux qu’il était leur chef. Dans la foulée, il s’est senti obliger de rabrouer publiquement le chef d’état-major qui avait fait son devoir en s’exprimant à huis clos devant la commission de la Défense à l’Assemblée Nationale. L’affaire avait donné lieu à un manifeste raidissement du Président et à la démission du général.

C’était un premier indice de la gestion de la divergence d’opinion par Emmanuel Macron.

Le précédent polonais

Lors de sa tournée auprès des pays du groupe de Visegrad, Macron a encore fait plus fort. Il s’en est pris à la Pologne qui refuse sa proposition d’évolution sur le travail détaché. Et voilà comment notre grand européen découvre les joies du multilatéralisme…

Là encore, la gestion de la divergence d’opinion s’est rapidement transformée en conflit des volontés.

Le moment « fainéants » et « névrosés »

Assez curieusement, Emmanuel Macron persiste et signe dans cette technique toxique de crispation en cas de divergence d’opinion. Alors qu’il peut se targuer d’avoir évité le pire sur les ordonnances, et de bénéficier d’une forme d’indulgence syndicale, il en veut plus. Tout se passe comme si le mouvement de contestation d’aujourd’hui, annoncé depuis trois mois et qui apparaît à de nombreux égards comme un minimum syndical, constituait une offense à son autorité aristocratique.

D’où le recours à des mots blessants qui coupent court à tout débat. Ceux qui manifestent sont des fainéants, ou des névrosés selon Benjamin Griveaux. On ne peut pas mieux montrer que, pour le pouvoir en place, l’opposition est forcément une dissidence.

Vers une hégémonie aristocratique

En creux, on perçoit l’ambition d’Emmanuel Macron, dont la nature orwellienne est de plus en plus évidente. L’objet du Président n’est pas seulement de réformer, il est aussi d’établir une domination de caste. Nous l’avions évoqué il y a quelques mois: Macron procède à une révolution jeune-turc, ou, en tout cas, en affiche-t-il la volonté.

Dans sa vision du monde, la modernisation du pays passe par sa reprise en main au bénéfice d’une technostructure créditée d’une plus grande efficacité que la classe des élus traditionnels. Pour relever la France, il ne faut pas de débat démocratique, mais plutôt le déploiement d’une doctrine portée par la technostructure. Il ne faut pas de représentant du peuple, mais des experts, des techniciens, qui vont prendre les bonnes mesures.

Ce faisant, l’exercice du pouvoir n’est plus un espace de persuasion, ou de conviction, mais un espace de domination hégémonique du corps social par une technostructure sûre d’elle-même.

Reste à savoir si, à long terme, ce pari peut-être gagnant.

L’ouragan Irma va-t-il souffler Macron?

La polémique enfle sur la gestion de l’ouragan Iram. De façon inattendue, Emmanuel Macron pourrait être mis en sérieuse difficulté sur un sujet régalien qui touche à l’empathie pour les victimes et à sa capacité à protéger les Français en cas de crise.

La polémique est un peu inattendue, mais elle enfle et, à l’image de l’ouragan qui lui en donne l’occasion, elle semble dotée d’un effet de souffle difficile à évaluer, mais manifestement très puissant. Elle porte sur la capacité du gouvernement à gérer une crise climatique et sanitaire.

Irma vue d’Athènes

Premier petit problème: pendant qu’Irma dévastait nos possessions caribéennes, le chef de l’État pérorait sur la Pnyx à Athènes. Inlassablement, le Président s’y est adonné à un exercice de prédilection: le discours grandiloquent qui le replace dans l’Histoire.

Le même discours rédigé dans un style sobre et moins poseur lui aurait probablement valu une moindre volée de bois vert. Mais les préoccupations égotistes de M. Macron au moment où ses compatriotes souffraient de l’autre côté de l’océan ont consolidé la perception diffuse des Français, celle d’un Président autocentré et sans empathie pour ses concitoyens.

La catastrophe des fainéants

Avec la jubilation d’un enfant, Macron en a rajouté une couche le lendemain devant les Français expatriés à Athènes. Il a glissé l’idée que les opposants aux ordonnances et plus généralement à ses réformes étaient des fainéants. Un tel mot dit un vendredi depuis l’étranger (alors qu’il s’était engagé à ne pas évoquer la situation française hors du territoire) laissait libre cours à la langueur du week-end pour faire écho.

À quatre jours de la première manifestation contre les ordonnances, la sortie paraît maladroite. Le Président prend-i la mesure des capacités de réaction de l’opinion? Ou s’est-il laissé endormir par les courtisans dont il s’entoure, et qui lui expliquent que tout cela va passer comme une lettre à la poste?

Une guerre de rumeurs sur Irma

Dans ce contexte dégradé, le week-end a donné lieu à une véritable bagarre de rumeurs. En boucle, sur les réseaux sociaux, des messages présentés comme provenant d’habitants de Saint-Martin ou de Saint-Barthélémy certifiaient que l’ouragan avait fait plus de 1.000 morts et que les rues des villes s’y étaient transformées en zones de violence absolue.

Aucun de ces messages n’était vérifiable facilement. Ils ont néanmoins fait leur oeuvre, relayée par les opposants à Macron. Le fait que Mélenchon lui-même demande la création d’une commission parlementaire sur la gestion de la crise dans les Caraïbes nourrit la conviction intime que, derrière la propagande officielle, se cache un désastre complet.

Macron peut-il protéger les Français?

En réalité, nul ne connaît la situation exacte dans ces îles. La presse subventionnée commence à peine à aborder le sujet des pillages sur place. Le gouvernement en reconnaît tardivement l’existence et l’ampleur, à coup de petites déclarations qui donnent le sentiment que des faits gênants l’embarrassent.

Tout ceci nourrit une défiance qui risque fort d’ancrer un peu plus dans l’esprit des Français le sentiment qui se répand d’un Président au service des puissants, et sans attention pour les plus faibles. Cette image-là risque de jouer de bien vilains tours à Emmanuel Macron.

L’Europe des cénacles adulée par Macron

À Athènes, Emmanuel Macron a vanté l’Europe des cénacles:

« Nous ne nous battrons jamais assez pour que les Européens prennent conscience au plus vif d’eux-mêmes de ce socle commun qui depuis des siècles trouve à s’exprimer de mille manières, l’Europe des cénacles, des revues, des voyageurs, des bibliothèques et des idées, l’Europe des capitales lumineuses et des marges fascinantes, cette Europe qui a existé par tant et tant de voies qui ne nous disait même pas parfois son nom, qui n’a pas attendu nos institutions, nos traités, nos refondations, nos controverses. »

Une façon très aristocratique de décrire l’Europe, qui confirme la rupture entre le Président et son peuple.

Macron s’expose dangereusement sur les ordonnances dans une semaine cruciale

La sortie d’Emmanuel Macron sur les « fainéants » dans son discours devant la communauté française à Athènes risque de lui jouer un mauvais tour. Alors qu’il avait jusqu’ici plutôt habilement évité de se retrouver en première ligne sur le sujet, il devient subitement exposé à la veille d’une journée de manifestations dont le succès pourrait se confirmer.

Pour Emmanuel Macron, la semaine pourrait se révéler extrêmement délicate à passer. Sa sortie malheureuse sur les « fainéants » devant la communauté française d’Athènes s’est en effet imposée comme le symbole clivant d’un pouvoir peu empathique et méprisant qui impose des réformes « de classe ». À la veille des premières manifestations, l’opération est maladroite…

Trois mois d’efforts ruinés en un discours

Depuis le début du mois de juillet, l’Élysée a, avec un certain succès, décliné une méthode annoncée début juin sur les ordonnances, qui s’est révélée plutôt habile. L’élaboration du texte est restée cantonnée à une dimension technique. Le Président avait évité de s’exposer personnellement.

Cette stratégie de dépolitisation d’un texte à haut risque, c’est Emmanuel Macron lui-même qui l’a balayée d’un seul coup. Sa sortie sur les « fainéants », les « cyniques » et les « extrêmes », vendredi à Athènes, le met brutalement au coeur même d’un clivage symbolique.

Et voici le Président brutalement debout sur la faille sismique, sans aucun fusible à faire sauter en cas de dérapage de l’opinion sur le texte.

Même Berger lâche le Président

La phrase est vraiment malheureuse. Elle a couvé comme un feu de brousse pendant tout le week-end. Même Laurent Berger y est allé de son couplet, ce qui n’est pas bon signe pour le Président.

Jusqu’ici, la CFDT a laissé pas mal de plumes dans les arbitrages présidentiels. Les observateurs ont été surpris par cet écart, dans la mesure où les « technos » qui ont préparé le texte sont réputés proches de la confédération. En particulier, le gouvernement n’a pas retenu la demande exprimée de longue date par la CFDT de développer la présence syndicale dans les petites et moyennes entreprises.

Emmanuel Macron devrait donc se méfier du malaise de Laurent Berger, qui pourrait tôt ou tard décider de le lâcher définitivement en se joignant à la grogne des autres organisations.

Quel succès pour la manifestation du 12 septembre?

Dans ce contexte, Emmanuel Macron s’est peut-être laissé endormir par les apparences sauves de la concertation cet été. En apparence, les eaux syndicales sont calmes. Mais le Président a-t-il mesuré les risques de rupture entre la bureaucratie avec laquelle il a négocié et la base?

Les réactions au sein de FO montrent l’ampleur de cette rupture qui pourrait jouer un vilain tour au gouvernement. Alors que Jean-Claude Mailly a éveillé les soupçons en soutenant contre vents et marées le gouvernement sur un projet de texte plus brutal que la loi El-Khomri qu’il avait combattue, les militants de FO désobéissent en masse.

Selon le Parisien, sept fédérations et la moitié des unions départementales ont appelé à rejoindre le mouvement du 12 septembre. Le chiffre devrait inquiéter le gouvernement, car il traduit une incontestable perte de légitimité du secrétaire général du syndicat.

Dans l’hypothèse où la manifestation remporterait un certain succès, Macron se trouverait alors dangereusement exposé.

Mais tout cela nous a rappelé une chose : la démocratie ici inventée est fragile ; la paix que nous avons inventée en Europe après guerre est fragile ; l’esprit de culture que nous avons défendu et porté ici est fragile ; cette volonté d’universel qui vous fait là est fragile.

Alors c’est parce que c’est fragile que je veux vous dire, pour terminer, deux choses. Je serai d’une détermination absolue et je ne cèderai rien ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d’avoir, chaque jour, la même détermination. Ne cédez rien ni aux égoïstes, ni aux pessimistes, ni aux extrêmes.

(Emmanuel Macron, le 8 septembre 2017 à Athènes).

SNCF: mais qui osera leur dire que le bon temps, c’est fini?

Selon Le Monde, Emmanuel Macron, qui voyageait avec des cheminots de la SNCF au début de l’été, leur aurait évoqué un deal qui fera date: l’État reprendrait la dette de la SNCF, mais le régime de retraite dispendieux des cheminots (financé largement par le contribuable) disparaîtrait au profit d’un grand régime universel. Manifestement, les cheminots n’ont pas bien compris que les années de veau d’or s’achevaient.

Toute la presse en a fait ses gorges chaudes: Emmanuel Macron voudrait s’attaquer au régime de retraite des cheminots. L’information vaut d’être relevée puisque, en quelque sorte, la SNCF servirait de laboratoire expérimental au projet de réforme systémique des retraites que la ministre Buzyn a annoncé pour le prochain quinquennat du Président.

Les cheminots CGT, principaux ennemis de la sécurité sociale

Tout cela est évidemment l’occasion de rappeler quelques anomalies que la bien-pensance et la presse subventionnée évitent de relever.

En premier lieu, il faut rappeler que s’il existe un régime spécial de retraites pour les agents de la SNCF, c’est bien parce que ceux-ci n’ont pas voulu, en 1945, intégrer le régime général. Tous ceux qui nous vantent aujourd’hui les bienfaits du Conseil National de la Résistance et de la « Sociale » feraient bien de se souvenir que les premiers ennemis de la sécurité sociale furent les cheminots CGT eux-mêmes.

Les militants CGT de la SNCF avaient une bonne raison de lutter contre leur absorption par la sécurité sociale. Celle-ci reposait essentiellement sur la branche retraites gérée par la CNAV, créée en 1941 par Vichy, dont les paramètres étaient beaucoup moins favorables que ceux de la loi sur les assurances sociales de 1910 puis de 1930. En 1945, le fameux CNR, réputé social, reprend pourtant le système vichyste intégralement en maintenant l’âge de la retraite à 65 ans.

On ne dira jamais assez que c’était une profonde régression sociale par rapport au système existant avant 1940, qui avait placé l’âge de la retraite à taux plein à 60 ans. Les adversaires d’une sécurité sociale ouverte à la concurrence omettent toujours de le rappeler. Mais la sécurité sociale offrait des prestations tellement faibles par rapport à l’existant nationalisé par Vichy que personne ne voulait du régime général.

Bref, depuis 1945, la France a toujours vécu, contrairement à la propagande de la bien-pensance, une résistance quasi-instinctive à la sécurité sociale et à ses ambitions orwelliennes. On peut d’ailleurs savoir gré aux cheminots CGT d’avoir mené la lutte mieux que beaucoup de libéraux.

Comment le contribuable finance les grévistes de la SNCF

Les cheminots avaient une autre bonne raison de rester hors les murs de la sécurité sociale. Cette astuce leur a permis, depuis 1945, de faire financer l’essentiel de leur entreprise et de leur protection sociale par le contribuable.

Pendant des décennies, en effet, la SNCF a vécu d’une subvention de compensation de ses déficits par l’État, qui a permis aux personnels de vivre dans une parfaite allégresse. Sur le fond, il n’était pas anormal que le contribuable apporte sa participation à une entreprise qui décongestionne les routes et permet de se déplacer sans pollution excessive. Sur la forme, le choix fait au moins jusqu’en 1974 de financer « à guichet ouvert » tous les débordements de la SNCF a largement nourri une culture de la victimisation et du relâchement parmi les cheminots.

On en paie le prix aujourd’hui: plus de soixante-dix ans après la Libération, le gouvernement est parvenu à intégrer les travailleurs indépendants dans la sécurité sociale (ce que ceux-ci avaient refusé en 1946). Mais il n’est toujours pas venu à bout du régime de la SNCF.

Il faut dire que, pour équilibrer le régime de retraite des cheminots, le contribuable verse chaque année près de 3,5 milliards €, soit 10% du prix des billets de la SNCF. Un tel magot ne se refuse pas!

Macron propose-t-il une vraie solution?

Pour la SNCF, la situation est évidemment intenable. À compter du 1er janvier 2019, le transport de voyageurs en ligne grande vitesse sera ouvert à la concurrence. Les nouveaux entrants ne tarderont pas à contester les largesses dont l’opérateur historique bénéficie de la part du contribuable. Il devient donc urgent de régler une situation dont seuls les cheminots pensent qu’elle peut durer éternellement.

L’intégration des cheminots de moins de 52 ans dans un régime de retraite unique et universel, telle qu’elle est proposée par le Président, mérite d’être regardée attentivement. Elle participe de cette volonté de réforme systémique qu’il avait évoquée pendant la campagne électorale.

Si elle va dans le bon sens, elle pose d’ores et déjà deux difficultés que le cas SNCF permettra de vérifier.

Premier point: dans le système Macron, le montant des retraites reste fixé d’avance. Or, on devra bien un jour admettre qu’on peut difficilement s’engager dans la durée sur ce genre de paramètre. Cela ne signifie pas, bien entendu, que le montant des pensions doit changer tous les mois. Mais il est illusoire de croire que l’on peut fixer 30 ans à l’avance les montants qui seront versés indépendamment de la conjoncture économique.

Deuxième point: Macron a prévu que les employeurs garderaient la faculté d’abonder plus fortement s’ils le souhaitent les cotisations de leurs salariés. Cette disposition, s’agissant de la SNCF, vise évidemment à préserver la possibilité de demander au contribuable de cotiser pour les retraites des cheminots.

Ce point-là, s’il était confirmé, interférerait donc avec la logique universelle initiale.

Tourner la page de 1945

Or, ce qu’il faut aujourd’hui, c’est le courage politique de tourner la page de 1945. Cette année-là, les cheminots ont réalisé un hold-up sur la Libération en accréditant la thèse qu’ils auraient fourni un effort décisif dans la Résistance, et donc que le pays avait une dette vis-à-vis d’eux. Le procès de la SNCF sur sa responsabilité dans l’Holocauste a permis de démolir cette thèse, mais l’hégémonie culturelle de la bien-pensance continue à la maintenir vivante malgré tout.

On mesure les bénéfices induits de cette imposture: les chats exclus, les souris ont dansé sur le dos de l’intérêt général. Maintenant, c’est assez. Même à la SNCF, il faut appliquer des règles utiles à la collectivité.