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Gaulois réfractaires contre mondialisés soumis?

La
sortie d’Emmanuel Macron au Danemark critiquant les « Gaulois
réfractaires au changement » n’est pas passée inaperçue. Au-delà des
polémiques partisanes inévitables avec ce genre de provocation, c’est la
vision profonde de la France que nourrit Emmanuel Macron qui se dévoile
par petites touches. Et c’est une déception: car Emmanuel Macron ne
véhicule rien d’autre que les images basiques des élites parisiennes sur
le reste du pays.

Je
n’aime pas les discours d’Emmanuel Macron que je trouve pompeux,
fastidieux, terriblement classiques, et sans grande hauteur de vue.
Emmanuel Macron a reçu une formation à l’ancienne: la rhétorique avant
tout, le soin apporté à la forme, au style, et peu d’importance accordée
aux idées.

Au demeurant, les idées d’Emmanuel Macron sont les préjugés de la
caste à laquelle il appartient: toujours plus d’Europe, parce que
l’Europe c’est la paix et la civilisation, l’identité d’un peuple est
nationaliste, donc méchante, donc à combattre. Et toujours plus d’État
par ailleurs, parce que l’État, c’est l’intérêt général sans limite et
sans réticence, c’est la raison en action contre le désordre de la
concurrence.

Je le trouve bien meilleur dans ses saillies
caustiques, comme celle d’hier où il a stigmatisé au Danemark les
« Gaulois réfractaires », en qui il voit quand même des « Européens »
comme les Scandinaves. C’est dans ces moments-là qu’il est le plus
« signifiant », c’est-à-dire qu’il délivre le mieux le fond de sa
doctrine personnelle.

Le Gaulois ne vaut-il que parce qu’il est européen?

On pourrait méditer longtemps sur le sens ambigu, complexe, polymorphe, de cette phrase. 

Immédiatement,
on en déduit que notre Président n’aime les Gaulois que dans le mesure
où ils sont Européens. C’est déjà un aveu: Emmanuel Macron appartient à
cette caste où l’on ne se sent pas vraiment français, mais continental.
Ces gens-là trouvent la France trop « gauloise » pour eux, c’est-à-dire
vulgaire, comme on parle de « gauloiseries » pour désigner l’humour de
corps de garde. Dans l’univers de Macron, la France fréquentable est
celle des officiers, des nobles. Mais celle des soldats qui plaisantent
sur les « gueuses » est une abomination. 

On retrouvera d’ailleurs
dans ses discours de nombreuses allusions à sa France à lui, qui se
réduit à ses élites, les seules dignes d’être considérées. Les autres
méritent  à peine d’exister.

L’étrange écho de l’Europe raciale chez Macron

Mais
il y a un autre sens dans la remarque de Macron, sens involontaire,
qu’il dénierait sûrement, et c’est en cela que sa phrase intéressante:
par ce qu’elle dit de la pensée macronienne profonde, comme un acte
manqué le dévoilerait. 

Lorsque Macron explique que les
Scandinaves comme les Gaulois partagent en comment l’Europe, il fait
écho à une « couche basse » de la conscience européenne: l’existence
d’un grand peuple indo-européen antérieur aux nations actuelles, et que
la construction communautaire permettrait, d’une façon ou d’une autre,
de reconstruire. Macron n’a pas osé dire « Gaulois et Vikings ». Mais il
n’en était pas loin. 

L’Europe que nous projette le Président est
bien celle d’un grand tout auxquels les « Gaulois » appartiennent. Sur
ce point, il retrouve de façon étrange le substrat idéologique des
mouvements païens qui appellent de leurs voeux à une Europe des nations
blanches. On peut ici remercier Emmanuel Macron d’avoir osé glisser sur
une pente qu’il stigmatise régulièrement par ailleurs.

Le mythe du Gaulois réfractaire au changement

Pour
le reste, en assimilant le Gaulois à la résistance au changement,
Macron avoue son adhésion à cette culture élitiste où l’histoire du
vaincu Vercingétorix fut écrite par le vainqueur Jules César. C’est le
mythe du barbare quasi-sauvage gaulois face au génie rationaliste romain
qui nous est resservi par le bien né Emmanuel Macron, baigné durant
toute sa jeunesse dans l’admiration de ce qui gagne, et dans la honte de
ce qui échoue. 

L’histoire rendra un jour raison de cette
forgerie historique. On n’enseigne pas assez dans les écoles en France
que, 400 ans avant la conquête de la Gaule par Rome, la Gaule dominait
l’Europe. Le roi gaulois Brenn s’était même offert le luxe de mettre
Rome à sac avant de partir à la conquête de la Grèce. On peut en vouloir
à Emmanuel Macron de ne pas être fier de ces moments où la Gaule fut
grande, mais il est vrai qu’un homme qui admire les premiers de cordée
préférera toujours le récit d’un César à la mémoire d’un Gergovie. 

Il
évitera aussi toujours de valoriser les apports des Gaulois à la
prospérité romaine. On peut d’ailleurs se demander si l’empire romain
d’Occident aurait pu croître et durer sans l’inclusion de la Gaule dans
un espace unique impérial. 

En tout cas, les références
historiques du Président de la République en disent long sur ce qu’il
place sous l’adjectif « française » qui orne sa carte de visite. Pour
lui, l’identité gauloise, ce sont les braillards obscurantistes qui
affrontent les légions du progrès. La République française ne serait
donc grande que par les apports extérieurs qui lui donneraient des
lumières. La France n’est estimable que si elle s’ampute de ce qui fait
son héritage le plus profond, puisque cet héritage est populaire,
réfractaire, hostile au changement et au reste du monde. 

L’étrange fascination de Macron pour la soumission mondialisée

En
creux, ce que nous dit Emmanuel Macron, c’est que, à rebours du Gaulois
réfractaire, il existe un Européen qui ne l’est pas, et celui-là est le
modèle à suivre. L’Européen, c’est cet homme détaché de ses racines
populaires, tout entier pénétré d’une culture internationale,
cosmopolite, forcément supérieure, élégante, délicate, sélective. On
retrouve là encore la fascination très française pour l’esprit
platonicien, consacré au bien, à l’intelligence, qui a fait taire en lui
tout ce qui le rattache à la barbarie. 

Là où la logique
macronienne est révélatrice, c’est dans sa façon de qualifier moralement
l’esprit de résistance. Au pays de Jean Moulin et du général De Gaulle,
on pourrait s’attendre à ce que le Président de la République traite
avec égard la capacité à dire non, spécialement à dire non à ce qui
vient de l’extérieur et qui n’est pas choisi. Pour Macron, la France de
Jean Moulin est « réfractaire ». Il préfère la vision européenne non
réfractaire.

En grattant un peu, on ne devrait pas traîner à
trouver, dans les discours des technocrates qui prirent le pouvoir avec
le maréchal Pétain, des phrases analogues sur les vertus de l’homme
européen prôné par l’Allemagne. 

Macron, héros d’une Europe amnésique

Le
même jour, Emmanuel Macron répondait à l’axe Salvini-Orban qui se
dessine pour durcir le ton contre les migrations en Europe. Assez
curieusement, Macron semble endosser avec joie la tête de la croisade inverse. Il a notamment déclaré:

Je
ne céderai rien aux nationalistes et à ceux qui prônent ce discours de
haine. S’ils ont voulu voir en ma personne leur opposant principal, ils
ont raison 

Devons-nous en déduire que, dans
la vision macronienne de la réalité, il faut peu à peu remplacer les
Gaulois par un peuple doté d’une culture européenne qui ouvrirait
largement ses portes aux petits Africains tout en jugeant les dolmens et
les menhirs comme une honte qu’il faut oublier? 

Macron et sa caste toujours fâchés avec la contradiction

Dans
tous les cas, si l’Europe de Macron, c’est celle de l’obéissance qui
étouffe en elle toute capacité à résister, je préfère être un Gaulois
réfractaire. Je n’ai jamais aimé le culte de la soumission, ni de la
passivité. M’expliquer que l’indépendance d’esprit, la liberté de choix,
c’est obscurantiste, réfractaire, passé de mode, nationaliste,
vulgaire, barbare, ne changera rien à l’affaire. Je préfère être un
barbare libre plutôt qu’un soumis branché et fréquentable. 

Dans cette vision des choses, Macron rejoint tous ceux qui,
lors du referendum sur le Brexit, avaient stigmatisé les Britanniques
au nom de la culture face au repli nationaliste. Manifestement, le
mépris élitiste ne fait guère avancer les choses. 

Macron et ses amis devraient longuement méditer cette leçon infligée par l’histoire il y a deux ans à peine. 

Réforme du RSI ou improvisation à découvert aux limites de la légalité?

Le gouvernement se targue d’une réforme du RSI tout à fait radicale, puisque ce régime devrait disparaître corps et âmes dans le grand bain acide du régime général. Mais en lisant le texte proposé par le gouvernement, les premières questions se posent sur la solidité juridique de cet édifice.

Officiellement, le gouvernement met un terme à l’existence juridique du RSI le 1er janvier 2018. Dans la pratique, la situation risque d’être un peu plus compliquée. D’abord, parce que l’absorption du régime devrait suivre des étapes progressives (avec un rythme différent pour la maladie et la retraite). Ensuite et surtout parce que le texte inscrit dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale semble pour le mieux bâclé, pour le pire juridiquement suicidaire. Il ne devrait donc pas, bien au contraire, décourager les militants de la « libération » vis-à-vis de la sécurité sociale.

Une obligation d’affiliation qui soulève des questions

D&E a relevé l’étonnant amendement du rapporteur général du PLFSS, Olivier Véran, qui instaure une obligation d’affiliation au régime de sécurité sociale pour les travailleurs indépendants. Le fait que cette disposition n’ait pas été intégrée dès le départ dans le texte du PLFSS montre quelles en sont les incertitudes. Dans la pratique, les pouvoirs publics (et singulièrement la direction de la sécurité sociale) ont concentré leur attention sur le processus technique d’absorption. La conformité juridique, peut-être tenue pour acquise dès le départ, paraît moins aboutie…

Il faudra un peu de recul pour mesurer les dégâts d’une rédaction mal assurée. Mais beaucoup de libérés devraient y trouver de quoi nourrir leurs espoirs d’évasion loin du régime obligatoire. Encore faudra-t-il être un peu patient pour disposer d’une vue d’ensemble à froid, et un peu rigoureux dans les analyses produits devant les juges pour ne pas tomber dans tous les panneaux habituels.

La réforme du RSI par un texte flou

Les amateurs de lectures juridiques se plongeront avec perplexité dans la rédaction de l’article 11 de la prochaine loi de financement de la sécurité sociale. Il s’agit d’un très long article à tiroirs sur la validité duquel quelques parlementaires saugrenus feraient bien de s’interroger: ne fallait-il pas une loi spécifique pour opérer ce transfert vers le régime général?

La clarté de la loi y aurait sans doute gagné.

Toujours est-il que l’article 11 commence par modifier les dispositions du code de la sécurité sociale applicables aux travailleurs salariés. Il leur ajoute sans explication précise les travailleurs indépendants, quelquefois appelés « travailleurs non-salariés ».

D’ailleurs, le livre VI de la sécurité sociale devient désormais le livre applicable aux « travailleurs non-salariés ». Il contient les dispositions applicables au nouveau Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants.

Ce flou entre « indépendants » et « non-salariés » vaudra peut-être au gouvernement quelques retombées futures désagréables. Il illustre en tout cas l’impréparation manifeste des équipes techniques qui ont rédigé le texte, et qui ne semblent pas maîtriser les soubassements sémantiques de leur projet.

L’imbroglio des dates d’entrée en vigueur

Le summum de la complexité et de la confusion est atteint avec les dispositions légales qui fixent le calendrier de mise en oeuvre de la réforme. Entre ce qui commence le 1er janvier 2018, le 1er avril 2018, le 1er janvier 2019, le 1er juillet 2019, le 1er janvier 2020 (le calendrier comporte des échéances jusqu’en 2023), on s’y perd.

Nous avons la faiblesse de penser que nous ne serons pas les seuls. Nous donnons ci-contre l’illustration de ces rédactions alambiquées où plusieurs rédacteurs se sont vraisemblablement donné le mot pour rédiger…

Que cette réforme soit complexe, chacun peut le comprendre. Simplement, la dissection des opérations sur plusieurs dates différentes multiplie les risques d’illégalité dans les décisions prises « sur le terrain ». Le moindre retard dans les opérations transforme la réforme en imbroglio où plus personne ne comprend rien.

Bref, tout ceci donne le sentiment de ne pas être sous contrôle, dans la mesure où le flottement entre travailleurs non-salariés et travailleurs indépendants se double d’un montage « architectonique » d’une complexité périlleuse. Tout se passe comme si les pouvoirs publics avaient agrégé plusieurs points de vue techniques sans intelligence clairvoyante unique pour en faire une synthèse opérationnelle.

Mais de quel transfert s’agit-il?

Au demeurant, l’adossement du RSI ravira juridiquement les « libérés » puisque son contenu, son substrat assurantiel en quelque sorte, n’est pas précisé par la loi.

Si le texte dit bien que les travailleurs indépendants (ou non-salariés, selon l’humour du jour) sont désormais traités comme des salariés, si le texte dit bien que, « à compter du 1er janvier 2018, la caisse nationale du régime social des indépendants et les caisses de base du régime social des indépendants prennent la dénomination, respectivement, de caisse nationale déléguée pour la sécurité sociale des travailleurs indépendants et de caisses locales déléguées pour la sécurité sociale des travailleurs indépendants », il reste une fois de plus muet sur la vie d’ensemble du régime.

Dans la pratique, le texte n’accorde pas de personnalité juridique ou morale à cette caisse nationale déléguée nouvelle. On peut comprendre la gêne du législateur sur ce point. On voit mal comment on pourrait dans le même temps intégrer les travailleurs indépendants au régime général en supprimant le RSI et confier leur gestion à une entité indépendante. La caisse déléguée ne peut être autonome.

La loi crée donc un article L 612-2 du Code de la sécurité sociale qui dispose ceci:

Art. L. 612-2. – Le conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants est un organisme de droit privé doté de la personnalité morale.

Là encore, les amateurs de « libération » ne manqueront pas de gloser sur cette rédaction. L’ancien article L 611-3 créant le RSI avait en effet précisé que celui-ci était un organisme de droit privé chargé « d’une mission de service public ». Cette mention disparaît dans la nouvelle rédaction.

Au regard de la jurisprudence européenne sur les services sociaux d’intérêt général, qui permettent à un régime de sécurité sociale d’échapper à la fameuse directive assurance de 1992, la rédaction soumise à l’Assemblée n’est pas à l’équerre.

Bref, le législateur vient de remplacer un régime en bonne et due forme, avec une personnalité juridique, un champ de compétences et un métier assurantiel, par un animal bicéphale. D’un côté, un organe faitier doté de la personnalité juridique, mais sans troupes pour faire la guerre. De l’autre, une troupe de mercenaires appelés caisses primaires de sécurité sociale, distinctes de l’organisme faitier.

Les puristes y retrouveront le même montage qu’entre l’UNEDIC et Pôle Emploi. À cette différence près que Pôle Emploi (jusqu’à la réforme Macron) n’inscrivait pas dans un budget encadré par la loi les sommes dont l’UNEDIC ordonnait la collecte.

Une articulation incompréhensible, un statut douteux

Résumons.

Les compétences du RSI seront en partie dévolues à un conseil de la protection sociale, organisme de droit privé sans mission de service public. Mais le régime lui-même est intégré légalement à la sécurité sociale, dont les caisses nationales sont des établissement public à caractère administratif.

Il est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur des dégâts et des difficultés juridiques que ce montage baroque va créer. Mais, à coup sûr, les contentieux devraient fleurir avec d’autant plus de prospérité qu’aucune disposition du texte n’explique clairement que les travailleurs indépendants relèvent désormais du régime général.

Le texte explique certes que le régime général est compétent pour les travailleurs, qu’ils soient salariés ou non. Il explique aussi que le 1er janvier 2020 sonnera le glas des organismes de gestion du régime. Ne subsistera ce jour-là que le régime général et le conseil de protection social faitier qui définira les règles du jeu.

Mais alors cela signifie que le régime général est gestionnaire délégué d’un régime spécifique? Sur ce point, la loi maintient le doute, l’ambiguïté, et c’est sur ce point qu’il faut appesantir la réflexion.

La réforme du RSI au risque de la réglementation européenne

Tout l’enjeu est en effet de savoir si cet embrouillamini français flou et compliqué tient la route face aux règles européennes. Soyons francs: on a un gros doute. Et même un très gros.

Rappelons que l’Union laisse les États-membres libres d’organiser des systèmes obligatoires de protection sociale en interne. Elle a simplement mis en place un règlement de coordination entre ces systèmes pour les rendre compatibles avec la libre circulation des personnes en son sein.

Le règlement de coordination prévoit explicitement qu’un système de sécurité sociale peut être mis en place pour les travailleurs indépendants. C’est sur ce point que butent régulièrement les « libérés ».

Toute la question qui va se poser désormais est de savoir si un État peut prévoir une intégration obligatoire dans un régime unique et donc solidaire entre des travailleurs salariés, qui bénéficient de cotisations de leur employeur, et les indépendants qui ne bénéficient pas de ces mêmes cotisations. Dans le cas français, cette intégration se fait de façon complexe, avec des règles de cotisations et de prestations différentes, avec un « conseil » spécifique doté d’une personnalité juridique, mais un gestionnaire commun.

On voit ici les prises que ce système offrira à la contestation. Comment parler de solidarité et d’égalité de traitement dans un univers aussi mouvant? De quel droit un État oblige-t-il des travailleurs indépendants à participer à un système aussi obscur? Ces indépendants seront en effet obligés de partager le fardeau du régime général sans que ce partage n’ait de justification technique: cotisations différentes, prestations différentes, décideurs différents.

Sauf à considérer que le législateur français a maquillé derrière une fausse solidarité une délégation de gestion qui aurait dû passer par un appel d’offres.

Prendre le temps du recul

Répétons-le: il est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur des dégâts. Un recul de quelques mois sera nécessaire pour reprendre le dossier à froid. Toujours est-il qu’une certitude émerge: l’Union accepte d’ordinaire les systèmes obligatoires et monopolistiques de sécurité sociale à condition qu’ils soient solidaires. Et, dans le cas du nouveau système des indépendants, cette solidarité a un bien étrange visage qui est loin, très loin, d’avoir clos tous les commentaires.

À compter du 1er janvier 2019 et jusqu’à la dissolution des caisses mentionnées au 2° du présent article, dans l’hypothèse où le mandat des membres de leurs conseils d’administration arriverait à échéance, les membres siégeant au sein de l’assemblée générale du conseil de la protection sociale des indépendants ou de ses instances régionales exercent respectivement, de façon simultanée, le mandat de membre du conseil de la caisse nationale mentionnée au même 2° et des caisses locales mentionnées audit 2° situées dans le ressort géographique de chaque instance régionale.

Jusqu’au 31 décembre 2018, pour l’application des dispositions qui font référence au conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants et à ses instances régionales, sont visés, respectivement, la caisse nationale et les caisses locales déléguées pour la sécurité sociale des travailleurs indépendants ;

4° Sont transférés de plein droit :

a) Au 1er janvier 2018, aux organismes nationaux et locaux du régime général selon leurs périmètres de responsabilité respectifs, les disponibilités, capitaux propres, créances et dettes représentatives des droits et obligations directement afférents à la mise en œuvre de l’assurance maladie, maternité et de l’assurance vieillesse de base des travailleurs indépendants ainsi que les engagements qui en découlent. Ces dispositions s’appliquent sans préjudice de l’exercice des activités mentionnées au deuxième alinéa du 2° et du suivi, en 2018 et en 2019, dans les comptes des caisses déléguées pour la sécurité sociale des travailleurs indépendants, des opérations afférentes aux éléments mentionnés ci-dessus. Ces opérations peuvent être directement combinées par les caisses nationales chargées de la gestion des différentes branches du régime général ;

b) Au 1er janvier 2020, au conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants, les disponibilités, capitaux propres, créances et dettes représentatives des droits et obligations directement afférents à la mise en œuvre de l’assurance vieillesse complémentaire et d’invalidité-décès dont bénéficient les travailleurs indépendants mentionnés à l’article L. 631-1 du code de la sécurité sociale ainsi que les engagements qui en découlent ;

c) Au 1er janvier 2020, aux organismes nationaux et locaux du régime général tous les autres droits et obligations, à l’exclusion des contrats de travail, afférents à la gestion administrative de chaque caisse déléguée pour la sécurité sociale des travailleurs indépendants. Sauf si l’ensemble des caisses concernées en conviennent différemment, les droits et obligations de chaque caisse déléguée pour la sécurité sociale des travailleurs indépendants sont transférés à l’organisme du régime général dans lequel sont transférés la majorité de ses salariés.

Et si En Marche avait remplacé le presque rien par du pas grand chose

En Marche devait renouveler la vie politique française. On n’est pas déçu du résultat! Quelques semaines après plusieurs scrutins, la crise idéologique française atteint des profondeurs inattendues, incarnée par le vide idéologique du parti majoritaire lui-même.

Le séminaire de « team building » pour les députés d’En Marche a illustré avec force la vacuité dans laquelle le parti majoritaire a placé la vie politique française. On a eu droit, pour 250.000€ selon Marianne, à une série de gimmick et d’exercices stéréotypés injustement attribués aux start-up. Et non! les start-up n’ont pas les moyens de consacrer des sommes aussi extravagantes à des choses aussi superficielles. Comme si quelques mises en situation caricaturales allaient tenir lieu de culture d’entreprise.

De même qu’une entreprise ne construit pas son destin sur deux ou trois opérations de communication, il est bien illusoire de croire qu’En Marche pourra se contenter de ce vernis pour cacher sa misère intellectuelle. Quel député En Marche a l’amplitude nécessaire pour donner du corps à une victoire électorale de circonstance? L’avenir le dira, mais on sent chez certains poindre l’impatience face au quasi-néant du groupe à l’Assemblée. On citera ici Brigitte Bourguignon qui a exprimé auprès de l‘Opinion ses attentes vis-à-vis d’un sursaut politique.

Les semaines à venir seront celles de la vérité. Le débat budgétaire permettra de mesurer la potentiel corticatif des marcheurs. Dans l’hypothèse où la platitude de l’été se confirmerait, on ne donne pas cher de la légitimité du président.

Emmanuel Macron démontrerait en effet, dans ce cas de figure, qu’il a poussé l’hyper-présidence jusqu’à l’annihilation de toute pensée politique.

Les Insoumis eux aussi en crise

Face à ce désastre majoritaire en préparation à la manière des ouragans, on aurait pu croire que les Insoumis étaient en capacité d’opposer un front idéologique consistant. La Fête de l’Humanité a prouvé que non. Manifestement, les vitupérations de Jean-Luc Mélenchon et de ses acolytes ne suscitent pas d’enthousiasme général à la gauche de la gauche.

Et l’on découvre que certains communistes pourraient préférer une alliance avec d’anciens socialistes à une mise en coupe réglée sous le bagout mélenchonien. Les Insoumis ne sont donc probablement pas au bout de leurs mauvaises surprises.

Ils le sont d’autant moins que la cohérence idéologique du projet a du mal à prendre corps. Au-delà des effets de manche à l’Assemblée, des clins d’oeil faciles au marxisme-léninisme et à la dictature du prolétariat, le projet insoumis peut-il faire illusion longtemps?

Le Front National n’en finit pas d’imploser

Du côté du Front National, la situation est pire. Entre Marine Le Pen et les souverainistes philippotiens, la guerre ouverte ne présage rien de bon pour celle qui s’est tout de même élevée à la deuxième marche du podium aux présidentielles.

Supposons que Marine Le Pen assume la scission avec Philippot. Quel sera son projet idéologique de rechange? On la sent mal équipée pour remplir utilement le vide ainsi créé, et on voit peu vers quels horizons crédibles elle pourrait se dégager.

De ce point de vue, sa position paraît encore plus chancelante que celle de Mélenchon chez les Insoumis. Pour son électorat, les lendemains déchanteront à coup sûr.

La droite encore plus auto-centrée qu’auparavant

La décomposition n’épargne pas la droite traditionnelle. La course à la présidence des Républicains devrait sourire à Laurent Wauquiez. Mais le personnage risque de payer le prix de ses points de faiblesse. Il n’est en tout cas pas épargné par ses incohérences.

Ce pur produit de la méritocratie parisienne joue un jeu dangereux en tentant d’incarner artificiellement le personnage populeux qu’il n’est pas. On peut même penser que les Français sont devenus définitivement allergiques à ces contrefaçons où la surabondance de la forme cache la vacuité du fond.

Il suffit de lire les commentaires de la presse, y compris conservatrice, sur les changements de pieds wauquiéziens en matière de mariage gay, pour comprendre que l’absence de cortication ne sera pas pardonnée aux Républicains dans les mois à venir. C’est une vraie difficulté pour Laurent Wauquiez, qui risque de faire fuir quelques cerveaux certes mous du genou, mais quand même plus utiles que des alliés totalement vides.

Le triomphe de l’insignifiance

Les Français ont pourtant aujourd’hui des inquiétudes qui méritent d’être adressées. Sur l’emploi, sur les impôts, sur le niveau de vie et le pouvoir d’achat, sur l’éducation, sur la santé, sur les retraites, on sent tous de façon plus ou moins claire que la société française est au bout d’un modèle. Mais elle peine à se réinventer, et jour après jour, une évidence s’impose: on nous a vendu du renouvellement, on a acheté de l’insignifiance.

Sous François Hollande, le débat public était déjà surréaliste car il tournait avec rigueur le dos aux réalités qui intéressaient les Français. On pouvait penser que Macron romprait avec cette pratique.

Mais notre Président, sur le sujet des ordonnances qui intéresse les actifs, préfère vilipender plutôt que convaincre (stratégie dont il assumera l’entière responsabilité, sans fusible possible). Et il recourt, comme Hollande, à la diversion en ouvrant le débat stérile et artificiel sur la PMA. La ficelle est vieille comme le monde. Pas sûr qu’elle soit encore efficace.

À quoi sert le mythe des inégalités d’accès aux soins?

Il y aurait, en France, des inégalités d’accès aux soins qui seraient insupportables. Ce mythe savamment cultivé par la bien-pensance permet de justifier une soviétisation progressive de la santé, fondée sur une étatisation galopante et sur une uniformisation vers le bas des pratiques médicales. Au risque de produire l’effet contraire aux intentions.

Dans les mythes fabriqués de toutes pièces pour justifier des choix idéologiques douteux, l’inégalité d’accès aux soins a la vie dure. Cette fake news n’est en effet pas perdue pour tout le monde.

Le mythe de la vie plus longue des cadres

Reprenons d’abord l’un des récits mensongers qui nous est tartiné à longueur de médias subventionnés: les ouvriers perdraient en moyenne sept ans d’espérance de vie à cause de leurs conditions de travail. Qui n’a pas déjà entendu cette sornette qui vous arracherait des larmes?

Or, s’il est un fait que les cadres hommes vivent plus longtemps que les ouvriers hommes, il est tout aussi vrai que les mêmes cadres hommes vivent moins longtemps que les ouvriers femmes. Si les conditions de travail étaient déterminantes dans ce phénomène, on voit donc mal pourquoi l’appartenance d’un ouvrier au genre féminin dispenserait de mourir plus jeune qu’un cadre.

Les bien-pensants ont coutume de répondre que les ouvrières boivent moins que les hommes cadres, etc. Et là, nous sommes bien d’accord: l’espérance de vie est influencée par les comportements individuels et par l’hygiène de vie avant d’être influencée par le métier exercé. Dans tous les cas, on n’entend jamais personne plaindre les cadres hommes qui meurent avant les femmes ouvrières…

Le mythe du renoncement aux soins

Un autre mythe tenace voudrait qu’une quantité colossale de Français renoncent aux soins pour des raisons financières. Cette situation dramatique justifierait des mesures de soviétisation autoritaire: tiers payant, tarifs imposés, étatisation en tous sens. Il s’agit là de l’un des plus beaux mensonges fabriqués de toutes pièces dans la société française. Aucun chiffre ne permet d’appuyer cette description apocalyptique.

Dans la pratique, ce sont les chiffres de l’OCDE, tirés des Panoramas annuels de la Santé, qui permettent de replacer le grand fantasme français dans sa vérité.

Premier point, le renoncement avéré aux soins (mais personne ne dit quels soins) est inférieur en France à la moyenne de l’OCDE sur l’ensemble de la population (voir les chiffres ci-contre). Il est vrai qu’il est de deux dixièmes de points supérieur à la moyenne pour les 20% les plus pauvres. Mais le volume global de renoncement ne touche que 6,6% des « pauvres » qui ont renoncé à un soin dans l’année écoulée. Certes, ce chiffre n’est pas satisfaisant, mais il est très loin d’une urgence sanitaire absolue, dans la mesure où 93,4% de cette population ont vu la totalité de leurs besoins sanitaires satisfaits alors même qu’ils perçoivent peu de revenus et que, dans cette évaluation, sont pris en compte autant les soins vitaux que la bobologie.

Encore faut-il préciser pour quelle raison les Français, qu’ils soient pauvres ou pas, renoncent aux soins. Une étude officielle, publiée dans Économie et statistique en 2014, montre que les raisons financières n’expliquent de 40% des cas. Le manque de temps, la peur des soins ou l’attente d’une amélioration expliquent, pour l’essentiel, le solde. Là encore, donc, nous sommes très loin des urgences sociales sur le terrain desquelles la technostructure médicale tente de nous attirer.

Enfin, et surtout, il faut savoir à quels soins les Français renoncent. Un rapport de la Cour des Comptes a souligné que la moitié des renoncements porte sur les soins dentaires. Lorsque l’explication de ces renoncements est financière, elle se justifie par le coût des implants et des prothèses. On est donc très loin des soins vitaux. D’ailleurs l’OCDE a rappelé récemment que la France était le pays où le nombre de décès évitable faute d’un accès aux soins était le plus faible du monde industrialisé.

Dans tous les cas, le nombre de cas où un Français renonce à une visite utile chez un généraliste ou un spécialiste est infinitésimal. Là encore, il ne s’agit pas de s’en satisfaire, mais il est incorrect d’extrapoler à partir de ces cas résiduels des visions apocalyptiques sur notre système de santé en général.

À quoi sert le mythe de l’inégalité sociale dans l’accès aux soins?

La prétendue urgence à régler un problème d’accès aux soins ne vise évidemment pas à aider les plus pauvres. Ceux-ci en effet disposent déjà de la couverture maladie universelle, et d’une aide à la complémentaire santé pour supprimer tout reste à charge. En outre, ils n’hésitent pas à surcharger les urgences pour avoir immédiatement accès aux soins de leur choix.

Qui plus est, toutes les mesures prises par le gouvernement pour aller plus loin dans l’accès aux soins ont plutôt cherché à limiter la prise en charge au lieu de l’améliorer. C’est le cas de la réforme du contrat responsable par Marisol Touraine, qui a plafonné les remboursements optiques et médicaux (notamment pour les gynécologues) et donc dégradé les remboursements auxquels les assurés pouvaient prétendre.

Précisément, l’exemple des contrats responsables montre l’utilité de la mise en scène autour des inégalités d’accès aux soins. Celle-ci justifie une étatisation croissante de la santé, au nom du présupposé principe selon lequel l’État serait le meilleur garant de l’égalité en France. L’orchestration de prétendus insupportables renoncements aux soins sert une seule cause: celle du renforcement d’une technostructure sanitaire bien décidée à étendre sa patte orwellienne sur la société française. Comme si nous étions des enfants. Comme s’ils étaient des adultes.


L’inquiétante proposition de Bruno Le Maire sur la taxation des GAFA

Bruno Le Maire a rallié plusieurs pays européens à sa proposition de taxation des GAFA sur les chiffres d’affaires qu’ils réalisent dans chaque pays. Cette proposition dangereuse risque de percuter le projet ACCIS de l’Union Européenne.

La France a besoin d’argent et Bruno Le Maire ne ménage ni son temps ni sa peine pour en trouver. La proposition qu’il pousse pour le sommet de Talinn du 4 décembre 2017, risque quand même de nuire durablement aux intérêts des entreprises européennes exportatrices.

Une taxation des GAFA taillée sur mesure

Premier point, Bruno Le Maire propose la mise en place d’une taxation des GAFA au titre de leur activité numérique. L’idée laisse perplexe de la part d’un ministre qui a annoncé 10 milliards d’investissements publics pour l’innovation et qui, durant sa campagne, voulait numériser l’administration. Une taxe spéciale sur l’activité des start-up, voilà la vision de Bruno Le Maire. Une vision d’avenir donc, qui fait, comme il se doit en France, rimer nouveauté et fiscalité.

Une confrontation avec le projet ACCIS

L’idée lemairienne de soumettre le digital à un impôt spécial n’est pas seulement l’acte manqué d’un homme qui comprend mal le numérique. C’est aussi un conflit déclaré avec le projet européen ACCIS d’harmonisation de l’assiette de l’impôt sur les sociétés. Selon là encore la tradition française de l’instabilité fiscale, Bruno Le Maire propose pour des raisons de circonstance de modifier la philosophie d’un projet pas encore abouti.

À n’en pas douter, si l’harmonisation fiscale en Europe consiste à contaminer le continent avec notre manie de changer les règles au gré des caprices ministériels, les Européens vont adorer.

Une dangereuse taxation du chiffre d’affaires

Sur le fond, la proposition française pose un problème majeur. Elle se fonde sur une taxation non pas des bénéfices mais du chiffre d’affaires. Et là, tous les entrepreneurs ont intérêt à se coaliser pour éviter ce dangereux précédent.

Le projet délétère de Bruno Le Maire concernera en effet toutes les entreprises du numérique, dont évidemment les start-up. Soumettre de façon dérogatoire celles-ci à l’impôt non pas sur les bénéfices qu’elles réalisent mais sur le montant des achats qu’elles encaissent est une dangereuse folie, puisque cette technique ne tient pas compte de leur capacité contributive, mais de leur activité brute.

Sur ce point, on écartera le prévisible argument du gouvernement qui devrait souligner que cette taxation n’interviendra qu’à partir de certaines sommes perçues, supposées produire du résultat net. Ce raisonnement ignore en effet les investissements parfois très lourds concédé dans le pays d’origine pour développer des outils sociaux rentables.

Bref, la meilleure façon de récupérer les valeurs colossales engrangées par les GAFA n’est certainement pas de les taxer de façon exorbitante, mais de les soumettre à une concurrence européenne. C’est l’existence de concurrents qui permettra de diminuer leurs marges excessives.

Schiappa et Pénicaud quitteraient le gouvernement fin septembre

Selon la Lettre A, le gouvernement pourrait faire l’objet d’un remaniement fin septembre, dans la foulée de la convocation de Muriel Pénicaud par les juges d’instruction. Son éventuelle mise en examen obligerait à la sortir du gouvernement et lancerait un jeu de chaises musicales.

Muriel Pénicaud, désormais bien connue ministre du Travail, devrait rencontrer ses juges d’instruction le 21 septembre. Dans l’hypothèse où elle serait mise en examen, Emmanuel Macron connaîtrait un nouveau moment difficile après avoir moralisé la vie politique. Rappelons que cette mise en examen le concerne directement, puisqu’il est reproché à la ministre d’avoir organisé une réunion de mise en selle du candidat Macron aux frais du contribuable et sans passer par des marchés publics.

Schiappa également concernée

Selon la Lettre A, une mise en examen de la ministre déclencherait un jeu de chaises musicales. Muriel Pénicaud est en effet talonnée par l’ex-aubryste (une de plus) Catherine Barbaroux, actuellement à la tête du mouvement En Marche. L’intéressée se verrait bien gravir les marches du pouvoir.

Son éventuelle nomination au gouvernement laisserait la place libre, à la tête du mouvement En Marche, à Benjamin Griveaux, auteur de la délicieuse réflexion sur les névrosés qui protestent contre les réformes macroniennes.

Marlène Schiappa ferait partie de la charrette. La secrétaire d’État vient de s’illustrer par une opération de shaming contre deux entreprises réputées peu enclines à féminiser leurs instances de direction. Celles-là au moins ne regretteront pas le départ du trublion du gouvernement.

Schiappa s’en prend à Maurel & Prom

Marlène Schiappa a épinglé publiquement l’entreprise Maurel & Prom, spécialisée dans les hydrocarbures. Depuis février, cette entreprise est devenue une filiale d’un opérateur indonésien. On ne doute pas un seul instant que Schiappa expliquera à la maison mère qu’il faut respecter l’égalité hommes-femmes.

JO à Paris en 2024: comment perdre 6 milliards€ publics pour enrichir les majors du sport

Paris accueillera les JO en 2024 et la presse subventionnée salue l’exploit. On peut le comprendre: c’est autant d’audience en plus (en perspective) pour tous ceux qui diffusent de l’information. Mais pour le contribuable, l’opération risque de se révéler extrêmement coûteuse.

Cocorico! On aura les JO! en 2024, après un arrangement subtil avec Los Angeles. C’est donc une dépense publique de plus de 6 milliards € qui devrait être ordonnée pour organiser ce moment médiatique de premier ordre. Au-delà des apparences, la question est évidemment de savoir quelle transparence la Ville de Paris donnera à une opération qui tombe très mal pour ses finances…

Les JO: complexité financière garantie

Selon une tradition bien ancrée en France, le circuit de financement des JO promet d’être extrêmement complexe et de perdre tous ceux qui chercheront à s’y retrouver. Bien évidemment, à ce stade, on nous promet des partenariats public-privé qui ne coûteront aux contribuables. M’enfin, le coût du seul village olympique devrait atteindre 1,3 milliard€, soit le double des crédits gelés dans le budget de l’armée cette année. Une bagatelle donc!

Quant au budget de fonctionnement des Jeux, il devrait tout devrait tout de même ponctionner près de 1,5 milliard€ à la Ville de Paris, soit l’équivalent de 1.000€ par habitant. Sans compter, bien entendu, les suppléments par l’intermédiaire de la région financée aussi par les Parisiens.

Ces chiffres sont bien sûr des estimations… dont l’histoire montre qu’elles ont toujours été inférieures à la réalité.

Une ruine pour une ville déjà ruinée

Grosso modo, le budget global officiel des JO équivaut à une année de dépense de la Ville de Paris. Cet effort colossal intervient dans un contexte budgétaire tendu où la gestion pratiquée depuis l’élection de Bertrand Delanoë a mis la Ville à genoux.

Pour le comprendre, il suffit de se reporter au rapport de la Chambre régionale des Comptes d’Ile-de-France, en date de 2016, qui détaille de façon précise la situation financière de la capitale. Quels que soient les dénis d’Anne Hidalgo, la situation financière de la Ville s’est effectivement dégradée ces dernières années, au point que Standard & Poor’s considère qu’il faudrait 22 ans pour que la Ville se désendette. Or le seuil d’alerte des finances territoriales est franchi à 12 ans de durée de désendettement.

La situation de la Ville est donc beaucoup plus alarmante que la cigale Hidalgo ne veut bien le dire. Il est d’ores et déjà acquis que l’organisation des JO n’arrangera rien à la situation, bien au contraire.

Mais, bien entendu, toutes ces réalités simples sont impossibles à aborder dans un univers déraisonnable où le dogme a supplanté le débat public.

Qui gagne de l’argent avec les JO?

Bref, le contribuable parisien, malgré les dénis officiels, devrait se faire plumer en beauté dans cette opération qui se traduira par encore plus de touristes dans les rues, encore plus d’embouteillages et encore moins d’air pour respirer au jour le jour. Qui gagne de l’argent dans cette opération?

Pour le comprendre, il faut faire la somme des recettes publicitaires que les grandes chaînes de télévision engrangent à l’occasion de la diffusion des Jeux. L’exemple de Rio ou de Londres permet d’illustrer le propos. Dans la pratique, NBC a perçu un milliard $ de recettes publicitaires supplémentaires grâce aux jeux de Rio.

Autrement dit, le contribuable finance un événement qui profite à des acteurs privés, essentiellement des médias d’ailleurs. La dette publique ne sera pas perdue pour tout le monde.

« En 2015, la capacité de désendettement de la Ville devait correspondre à 13 ans d’épargne brute pour passer à 18 ans en 2017 avant de redescendre à 15 ans en 2018. L’agence Standard & Poor’s, tout en conservant à la Ville son appréciation positive, a évalué quant à elle à 22 ans en 2017 sa capacité de désendettement, très au-dessus du seuil d’alerte traditionnel estimé à 12 ans, par référence à une durée moyenne de remboursement des emprunts.

La Ville de Paris récuse la notion de seuil d’alerte traditionnel en invoquant, sans la documenter davantage en l’état, l’évolution profonde du rapport à la dette que l’on constate dans d’autres grandes métropoles mondiales. Elle souligne également la prudence traditionnelle de ses prévisions budgétaires (cf. l’exécution du budget 2014) et l’importance de son patrimoine susceptible d’être mobilisé. S’appuyant elle aussi sur les ratios réglementaires, elle rappelle, outre la modération de son endettement par habitant (1 646 €), que, même si la dette parisienne, rapportée aux recettes de fonctionnement (51 % en 2014) atteignait 75 % en 2018, elle serait encore inférieure à la moyenne constatée (85 %) dans des plus grandes villes françaises. Mais la force de ces arguments ne peut faire oublier que la capacité de désendettement et le taux d’épargne brut, par le maintien d’un bon niveau d’épargne brute, sont deux indicateurs reconnus comme significatifs pour l’appréciation de la soutenabilité d’une stratégie financière. »

Chambre Régionale des Comptes d’Ile-de-France

Ordonnances: guerre d’images dans l’État apparent

Les manifestations contre les ordonnances ont rassemblé entre 230.000 et 400.000 personnes dans l’ensemble du pays. Si on ne peut parler de succès de la CGT, qui appelait à la manifestation, on ne peut non plus parler d’échec. Pendant ce temps, le Président visitait les victimes de l’ouragan Irma. Une guerre d’images qui met symboliquement en scène un rapport de force entre le pouvoir et la rue.

En apparence, la comédie se joue sous le regard des Français. D’un côté, des manifestants rebaptisés « fainéants » battent le pavé, avec une participation des Insoumis et une présence importante de fonctionnaires non concernés par le sujet. De l’autre, le Président de la République visite ses pauvres et ses victimes dans les îles.

Le contraste fait office de slogans politiques. La lutte collective contre la protection de l’État qui s’étalent dans les journaux télévisés. Les Français seront-ils dupes de cette mise en scène où chacun joue un jeu cousu de fil blanc?

Macron sous-estime les risques qu’il prend?

Beaucoup de commentateurs ont dressé un parallèle entre la loi El-Khomri et ses adversaires, et les ordonnances. Le parallèle est biaisé pour une raison simple: dans la protestation contre la loi El-Khomri, c’était Manuel Valls, le Premier Ministre, qui incarnait l’épouvantail. Dans les ordonnances, l’épouvantail s’appelle Emmanuel Macron et il est Président.

Sur tous les fronts, l’hyper-présidence expose, plus encore que sous Nicolas Sarkozy, la personne présidentielle. Le fusible de Matignon n’existe plus.

Emmanuel Macron devrait prendre la mesure du porte-à-faux dans lequel il se trouve.

Les syndicats veulent-ils vraiment bloquer les ordonnances?

Pour l’instant, Emmanuel Macron peut surfer sur une vague où les organisations syndicales n’ont pas encore décidé de « casser la baraque ». Mailly a fait ce qu’il fallait pour limiter la mobilisation de ses troupes. La CFDT et la CGC, qui disent du mal des ordonnances, se gardent bien d’appeler à rejoindre la CGT. Martinez lui-même ne brille pas par une extrême détermination.

Derrière les apparences, le rapport de force n’est donc pas aussi clair que les états-majors ne cherchent à le faire croire. Beaucoup se disent qu’ils peuvent obtenir des modulations favorables dans les textes d’application. Et puis ils n’avouent pas qu’ils ont obtenu l’essentiel: la préservation de leurs circuits de financement, notamment dans le domaine de la formation.

Voilà qui mérite bien une petite indulgence vis-à-vis du gouvernement.

Macron ou la tentation de l’hégémonie aristocratique

Après une séquence réussie sur le dévoilement des ordonnances, Macron a cédé aux vieux démons de l’énarchie: considérer que toute divergence d’opinion est un combat de l’erreur populaire contre la vérité technocratique. Les bourdes s’enchaînent sur ce sujet. Jusqu’à contaminer le principe des ordonnances lui-même?

.@BGriveaux revient sur la polémique : « Vous savez très bien que « fainéants » ne s’adressaient pas aux Français » pic.twitter.com/Am65xNehm1

— France Inter (@franceinter) 11 septembre 2017

Ce sera, très probablement, le sujet majeur du quinquennat Macron, qui éclipsera tous les autres: le Président (et ses affidés comme Benjamin Griveaux, ministre aux fonctions exactes inconnues à ce jour) accepte-t-il les divergences d’opinion? Ou veut-il imposer sans contradiction possible les vues d’une caste dominante qui ne cache pas son mépris pour le reste du monde?

Le précédent Villiers

Tout le monde a gardé en mémoire le moment estival Villiers, où le Président a expliqué froidement aux généraux qu’il était leur chef. Dans la foulée, il s’est senti obliger de rabrouer publiquement le chef d’état-major qui avait fait son devoir en s’exprimant à huis clos devant la commission de la Défense à l’Assemblée Nationale. L’affaire avait donné lieu à un manifeste raidissement du Président et à la démission du général.

C’était un premier indice de la gestion de la divergence d’opinion par Emmanuel Macron.

Le précédent polonais

Lors de sa tournée auprès des pays du groupe de Visegrad, Macron a encore fait plus fort. Il s’en est pris à la Pologne qui refuse sa proposition d’évolution sur le travail détaché. Et voilà comment notre grand européen découvre les joies du multilatéralisme…

Là encore, la gestion de la divergence d’opinion s’est rapidement transformée en conflit des volontés.

Le moment « fainéants » et « névrosés »

Assez curieusement, Emmanuel Macron persiste et signe dans cette technique toxique de crispation en cas de divergence d’opinion. Alors qu’il peut se targuer d’avoir évité le pire sur les ordonnances, et de bénéficier d’une forme d’indulgence syndicale, il en veut plus. Tout se passe comme si le mouvement de contestation d’aujourd’hui, annoncé depuis trois mois et qui apparaît à de nombreux égards comme un minimum syndical, constituait une offense à son autorité aristocratique.

D’où le recours à des mots blessants qui coupent court à tout débat. Ceux qui manifestent sont des fainéants, ou des névrosés selon Benjamin Griveaux. On ne peut pas mieux montrer que, pour le pouvoir en place, l’opposition est forcément une dissidence.

Vers une hégémonie aristocratique

En creux, on perçoit l’ambition d’Emmanuel Macron, dont la nature orwellienne est de plus en plus évidente. L’objet du Président n’est pas seulement de réformer, il est aussi d’établir une domination de caste. Nous l’avions évoqué il y a quelques mois: Macron procède à une révolution jeune-turc, ou, en tout cas, en affiche-t-il la volonté.

Dans sa vision du monde, la modernisation du pays passe par sa reprise en main au bénéfice d’une technostructure créditée d’une plus grande efficacité que la classe des élus traditionnels. Pour relever la France, il ne faut pas de débat démocratique, mais plutôt le déploiement d’une doctrine portée par la technostructure. Il ne faut pas de représentant du peuple, mais des experts, des techniciens, qui vont prendre les bonnes mesures.

Ce faisant, l’exercice du pouvoir n’est plus un espace de persuasion, ou de conviction, mais un espace de domination hégémonique du corps social par une technostructure sûre d’elle-même.

Reste à savoir si, à long terme, ce pari peut-être gagnant.

L’ouragan Irma va-t-il souffler Macron?

La polémique enfle sur la gestion de l’ouragan Iram. De façon inattendue, Emmanuel Macron pourrait être mis en sérieuse difficulté sur un sujet régalien qui touche à l’empathie pour les victimes et à sa capacité à protéger les Français en cas de crise.

La polémique est un peu inattendue, mais elle enfle et, à l’image de l’ouragan qui lui en donne l’occasion, elle semble dotée d’un effet de souffle difficile à évaluer, mais manifestement très puissant. Elle porte sur la capacité du gouvernement à gérer une crise climatique et sanitaire.

Irma vue d’Athènes

Premier petit problème: pendant qu’Irma dévastait nos possessions caribéennes, le chef de l’État pérorait sur la Pnyx à Athènes. Inlassablement, le Président s’y est adonné à un exercice de prédilection: le discours grandiloquent qui le replace dans l’Histoire.

Le même discours rédigé dans un style sobre et moins poseur lui aurait probablement valu une moindre volée de bois vert. Mais les préoccupations égotistes de M. Macron au moment où ses compatriotes souffraient de l’autre côté de l’océan ont consolidé la perception diffuse des Français, celle d’un Président autocentré et sans empathie pour ses concitoyens.

La catastrophe des fainéants

Avec la jubilation d’un enfant, Macron en a rajouté une couche le lendemain devant les Français expatriés à Athènes. Il a glissé l’idée que les opposants aux ordonnances et plus généralement à ses réformes étaient des fainéants. Un tel mot dit un vendredi depuis l’étranger (alors qu’il s’était engagé à ne pas évoquer la situation française hors du territoire) laissait libre cours à la langueur du week-end pour faire écho.

À quatre jours de la première manifestation contre les ordonnances, la sortie paraît maladroite. Le Président prend-i la mesure des capacités de réaction de l’opinion? Ou s’est-il laissé endormir par les courtisans dont il s’entoure, et qui lui expliquent que tout cela va passer comme une lettre à la poste?

Une guerre de rumeurs sur Irma

Dans ce contexte dégradé, le week-end a donné lieu à une véritable bagarre de rumeurs. En boucle, sur les réseaux sociaux, des messages présentés comme provenant d’habitants de Saint-Martin ou de Saint-Barthélémy certifiaient que l’ouragan avait fait plus de 1.000 morts et que les rues des villes s’y étaient transformées en zones de violence absolue.

Aucun de ces messages n’était vérifiable facilement. Ils ont néanmoins fait leur oeuvre, relayée par les opposants à Macron. Le fait que Mélenchon lui-même demande la création d’une commission parlementaire sur la gestion de la crise dans les Caraïbes nourrit la conviction intime que, derrière la propagande officielle, se cache un désastre complet.

Macron peut-il protéger les Français?

En réalité, nul ne connaît la situation exacte dans ces îles. La presse subventionnée commence à peine à aborder le sujet des pillages sur place. Le gouvernement en reconnaît tardivement l’existence et l’ampleur, à coup de petites déclarations qui donnent le sentiment que des faits gênants l’embarrassent.

Tout ceci nourrit une défiance qui risque fort d’ancrer un peu plus dans l’esprit des Français le sentiment qui se répand d’un Président au service des puissants, et sans attention pour les plus faibles. Cette image-là risque de jouer de bien vilains tours à Emmanuel Macron.

L’Europe des cénacles adulée par Macron

À Athènes, Emmanuel Macron a vanté l’Europe des cénacles:

« Nous ne nous battrons jamais assez pour que les Européens prennent conscience au plus vif d’eux-mêmes de ce socle commun qui depuis des siècles trouve à s’exprimer de mille manières, l’Europe des cénacles, des revues, des voyageurs, des bibliothèques et des idées, l’Europe des capitales lumineuses et des marges fascinantes, cette Europe qui a existé par tant et tant de voies qui ne nous disait même pas parfois son nom, qui n’a pas attendu nos institutions, nos traités, nos refondations, nos controverses. »

Une façon très aristocratique de décrire l’Europe, qui confirme la rupture entre le Président et son peuple.