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Les médias subventionnés vont-ils faire perdre Macron à force de le soutenir?

Les médias subventionnés sont engagés, dans le cadre d’un flash totalitaire comme nous commençons à en connaître trop souvent en France, dans une course folle pour soutenir Emmanuel Macron, dont les faiblesses et les insuffisances crèvent désormais l’écran, contre Marine Le Pen. Les ficelles utilisées sont désormais si grosses qu’on peut se demander dans quelle mesure elles ne risquent pas de jouer un mauvais tour au candidat.

Retour sur la lamentable affaire Whirlpool

Faisons d’abord un petit retour sur image.

Hier, Emmanuel annonce qu’il doit rencontrer l’intersyndicale de l’usine Whirlpool dans les locaux de la CCI d’Amiens. On comprend bien pourquoi ce choix: cela fait trois mois que les ouvriers menacés de fermeture appellent Macron à l’aide, trois mois qu’il fait la sourde oreille, alors qu’il est lui-même amiénois. Dans tous les cas, il veut éviter la redoutable image d’un candidat chahuté, contraint de monter sur un camion, comme Hollande l’avait fait à Florange, pour promettre que l’usine ne fermerait jamais, et être rattrapé par le dossier durant son mandat.

On comprend bien les préoccupations du candidat et de ses communicants. Reste que Macron fait le choix de la tour d’ivoire: au lieu de voir les ouvriers sur place, il rencontre une délégation dans un espace protégé. Que Marine Le Pen soit venue dans l’usine pendant ce temps-là ne change rien à l’affaire: Macron aurait de toute façon fait l’objet d’attaques pour son manque d’empathie vis-à-vis des ouvriers en lutte.

Parce que Marine Le Pen lui a tordu le bras, Emmanuel Macron s’est senti obligé de bouleverser son plan de communication et de se rendre sur place. Il y a été très mal accueilli, et s’est démené comme un beau diable pour limiter au maximum les dégâts. Il n’en reste pas moins que de longues minutes de direct ont permis de montrer comment le candidat sorti premier au premier tour s’est retrouvé en difficulté dans un mouvement populaire qui bafouait son prestige.

Le roman pro-Macron raconté par les médias subventionnés

Immédiatement après ces images désastreuses, BFM a repris la situation en main en produisant des commentaires qui disaient exactement le contraire de la réalité qui venait de s’étaler aux yeux des Français. S’est alors construit un roman grotesque où Marine Le Pen serait venue 15 minutes sur place pour faire des selfies avec des militants du Front National, quand Emmanuel Macron aurait courageusement affronté la tempête et ramené le calme auprès d’ouvriers déboussolés par la mondialisation.

Le plus ahurissant fut d’entendre ce matin les commentaires et chroniques sur France Inter (première matinale de France, rappelons-le) où une opération de propagande à la Potemkine fut clairement menée. Tout le monde connaît la proximité entre Emmanuel Macron et le directeur général de Radio France. Mais trop, c’est trop. Il n’y a pas de raison pour que les Français soient obligés de financer une radio aussi partisane et qui pratique autant de compromission avec la déontologie de la presse.

On aurait tellement adoré que Radio-France rappelle les faits comme ils se sont passés, au besoin en soutenant que le candidat Macron ne s’en pas si mal sorti (si les journalistes le croient, cela ne gêne personne). Mais il est bien évident que Macron n’avait nulle intention initiale de rencontrer les vraies gens de Whirlpool, et que lui en prêter l’intention rétrospectivement relève de la farce et de la désinformation.

Les médias subventionnés défendent leur chiffre d’affaires

Dans ce dossier, ce qui gêne, bien entendu, c’est que les médias soient juges et parties. Ils savent tous que si Marine Le Pen gagnait l’élection (et ils en ont la crainte manifeste, aujourd’hui), le système de subventions qui leur permet de survivre en produisant avec une arrogance hallucinante de la grosse daube que personne n’achète (ou trop peu de gens pour équilibrer les comptes) disparaîtrait. Et hop! chez Pôle Emploi!

Il est tellement plus simple de profiter des rentes en dénonçant, au nom du sérieux et de la responsabilité, toute cette presse Internet qui fonctionne malgré les barrières à l’entrée posées par les insiders…

Bruits de botte dans les couloirs de France Inter

C’est dommage, France Inter n’a mis en ligne aujourd’hui ni la chronique partisane de Thomas Legrand, ni celle de Nicole Ferroni où elle aurait dénoncé les pressions exercées pour combattre le Front National à l’antenne. Cette discrétion est regrettable puisque, le même jour, un chronique de France Inter démissionne parce qu’on lui a refusé le droit de défendre l’abstention au second tour dans l’émission de Nagui.

Messieurs de France Inter, non seulement vous adorez donner des leçons de morale à tout le monde, mais vous jouez aujourd’hui aux parangons de démocratie, tout cela pour soutenir un candidat que vous avez désigné comme fréquentable, et pour discréditer une candidate que vous voulez bannir.

Je n’ai que deux choses à dire cela.

La première est que vos méthodes puent la dictature.

La seconde est que, à force de prôner la vertu et de violer la plus élémentaire déontologie de la presse, vous allez méchamment savonner la planche de votre chouchou aux élections.

Mais qui est cette ministre socialiste qui trouve la loi sur les déclarations de patrimoine mal rédigée?

Une ministre socialiste, Yamina X. (mais qui cela peut-il bien être?) vient de déposer une question prioritaire de constitutionnalité sur le manque d’intelligibilité de la loi… sur la déclaration de patrimoine des membres du gouvernement. Amusant, non?

La question posée par la ministre socialiste

Demandeur : Mme Yamina X…, épouse Y…


Attendu que la disposition législative contestée est applicable à la procédure et n’a pas été déjà déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel ;

Attendu que l’article 5-1, § I, de la loi n°88-227 du 11 mars 1988 incriminait le fait, notamment pour un membre du gouvernement, d’omettre sciemment de déclarer une part substantielle de son patrimoine ou d’en fournir une évaluation mensongère qui porte atteinte à la sincérité de sa déclaration et à la possibilité pour la Commission pour la transparence financière de la vie politique d’exercer sa mission ; que cet article sanctionnait la méconnaissance des dispositions de l’article LO 135-1 du code électoral, tel qu’issu de la loi organique n°2011-410 du 14 avril 2011, qui, définissant la nature des obligations déclaratives, disposait que soit déposée une déclaration certifiée sur l’honneur exacte et sincère de la situation patrimoniale concernant notamment la totalité de ses biens propres ainsi que, éventuellement, ceux de la communauté ou les biens réputés indivis en application de l’article 1538 du code civil ;

Attendu que la question posée présente un caractère sérieux en ce que la combinaison d’une absence de précision des obligations déclaratives, par l’article LO 135-1 du code électoral, tel qu’issu de la loi organique n°2011-410 du 14 avril 2011, et de l’incrimination, par l’article 5-1, § I, de la loi n°88-227 du 11 mars 1988, de l’omission volontaire de remplir lesdites obligations en renvoyant au caractère substantiel de la part du patrimoine omise, pourrait ne pas satisfaire à l’exigence constitutionnelle de clarté et de prévisibilité de la loi pénale ;

D’où il suit qu’il y a lieu de la renvoyer au Conseil constitutionnel ;

Par ces motifs :

RENVOIE au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité ;

Le jour où la barbie Macron a perdu la présidentielle

Sommes-nous destinés à passer d’un capitaine de pédalo à une poupée barbie, très douée pour répéter les dernières opinions qui circulent dans les dîners parisiens (et les réunions clandestines de Jacques Attali) mais incapable de dessiner une vision pour la France? La journée Whirlpool, comme nous devrons désormais l’appeler, va définitivement ouvrir la question. Il faudra attendre le 7 mai pour avoir la réponse, mais on la pressent déjà.

La barbie Macron ou la nouvelle trahison des clercs

À la base, il y a quand même un candidat porté par le gouvernement profond, mais né à Amiens, qui prévoit de rencontrer l’intersyndicale d’une usine d’Amiens, en cours de fermeture… dans les locaux de la CCI d’Amiens. Mais enfin, quel abruti a pu conseiller à un « pays » de ne pas aller rencontrer les ouvriers à l’usine? quel énarque de troisième zone, bouffi d’orgueil par son titre en trompe-l’oeil, a pu souffler à l’oreille du candidat sorti premier au premier tour de l’élection présidentielle de la troisième puissance militaire mondiale, de ne pas rencontrer les petites gens là où ils vivent?

Dans tous les cas, il fallait la jugeote d’une poupée barbie pour accepter de raser les murs dans sa ville de naissance, qui lui a donné 28% des voix lors du scrutin. Macron aurait voulu se camper dans le rôle du candidat bling-bling, esquissé après son dîner du Dôme, il ne s’y serait pas pris autrement.

Après un scrutin qui a montré tout le malaise des ouvriers face au monde contemporain, cette logique du bunker ne pouvait être vécue que comme une terrible provocation, et un manque total d’empathie.

La redoutable blitzkrieg de Marine Le Pen

Profitant de cette grossière erreur tactique, Marine Le Pen s’est glissée sur le site de l’usine en grève, livrant le spectacle tragique d’un candidat bling-bling enfermé avec une intersyndicale dans l’étonnante solitude d’un bureau sans âme, face à une candidat nationaliste accueillie à bras ouverts par des ouvriers qui attendait la protection d’une déesse nourricière. Cette première image était déjà terrible.

Non content de se faire damer le pion, Emmanuel Macron n’avait manifestement pas son content de souffrance. Le même abruti qui lui avait conseillé de ne pas montrer le bout de son nez auprès des ouvriers en grève lui a conseillé de finalement y aller sous le feu de l’ennemi. Et voilà le candidat qui arrive, le héros du premier tour, au milieu d’un concert de huées, d’une bousculade où il doit quémander un micro, un gueulophone, le droit de monter sur un camion auprès de ses officiers de sécurité.

Terrible contraste de l’omnipotence audiovisuelle où un favori enfermé dans son tour d’ivoire, protégé par l’étiquette de la Cour, devient le soumis d’une dominatrice sans atour…

L’erreur magistrale d’Attali, le soutien de Macron

Le matin même, Jacques Attali, indécrottable soutien des puissants depuis un quarantaine d’années, avait commis une superbe bourde en déclarant sur LCI:

« Je ne voudrais pas que cette campagne se réduise à des anecdotes […]. C’est en effet une anecdote dans un contexte plus large, si on ne se présente pas dans le contexte plus large. C’est une anecdote, non pas au sens péjoratif du mot, ça s’inscrit dans un contexte plus large, c’est-à-dire dans le contexte de la mondialisation ou la fermeture », a déclaré l’essayiste Jacques Attali soutien d’Emmanuel Macron. « Le cas de 300 personnes n’est pas du ressort du président de la République », a-t-il renchéri.

L’affaire Whirlpool, une anecdote? Succès garanti quand, le matin même, Marine Le Pen est venue poser en star…

Macron hollandisé avant d’être élu

On sait une chose maintenant: le prestige de la fonction présidentielle a vécu. On peut gagner un premier tour et se faire huer comme un voyou par une horde en colère deux jours plus tard. Macron est hollandisé, déjà.

Le second tour ou l’affrontement de deux France irréconciliables

D’un côté, la France des dividendes, de l’autre, la France des prolétaires. D’un côté, la France à l’abri des bureaux ouatés, de l’autre la France des ateliers. D’un côté, la France qui gagne la mondialisation, de l’autre celle qui la perd. D’un côté, la France des corps intermédiaires, de l’autre, la France du peuple. D’un côté, la France qui gagne la mondialisation, de l’autre celle qui la perd.

Tel est le sens du scrutin du 7 mai.

RSI: le match Le Pen – Macron, par Eric Verhaeghe

Les ressortissants du RSI examineront avec attention les propositions de chaque candidat sur l’avenir de leur protection sociale. Voici un petit guide destiné à éclairer leur lanterne.

Les propositions de Macron: en même temps pour, en même temps contre

L’équipe Macron a fait preuve d’un amateurisme suffisant pour écrire ces quelques lignes ahurissantes:

Nous supprimerons la caisse qui gère le Régime Social des Indépendants (RSI) pour l’adosser au régime général, afin que tous bénéficient de la même qualité de service et des mêmes droits. Nous réduirons nettement les charges qui pèsent sur les indépendants (professions libérales, commerçants, artisans, agriculteurs…)

Récapitulons le raisonnement contenu dans ces quelques lignes:

Macron propose un adossement du RSI au régime général

Cette proposition, traditionnelle et ancienne chez le candidat, vise à parachever l’oeuvre d’un régime général unique prônée par les conseillers d’Etat avant 1940. Cette entreprise idéologique a des racines assez logiques: Renaud Dutreil, par exemple, ancien ministre, conseiller d’Etat et inventeur du RSI fait partie des soutiens d’Emmanuel Macron. À l’époque déjà, Dutreil s’était vanté de vouloir achever l’oeuvre de 1945, que les travailleurs indépendants avaient bloqué en 1946 en descendant dans la rue pour dénoncer leur incorporation de force dans la sécurité sociale.

D’une certaine façon, le programme de Macron tire parti des graves dysfonctionnements du RSI pour justifier la réalisation ultime du projet porté depuis près de cent ans par la technostructure: celui d’une protection sociale unique et étatisée pour tous les acteurs du privé (étant entendu que les fonctionnaires continueront à y échapper).

Macron propose l’alignement des prestations…

La proposition suivante du programme laisse perplexe, puisqu’elle suggère que les indépendants bénéficieront des mêmes prestations que les salariés du privé, reformulées sous l’expression des « mêmes droits ». On le sait, aujourd’hui, les indépendants (et spécialement les indépendantes) bénéficient d’une couverture beaucoup moins favorable que les salariés.

… avec des baisses de cotisation

Là où le programme d’Emmanuel Macron plonge dans la démagogie, c’est évidemment dans le coût de ces mesures. Le candidat soutient en effet qu’il pratiquera de « nettes baisses de charge ». Oui mais alors, on verse les indépendants, qui cotisent aujourd’hui à 47% de leurs revenus pour leur protection sociale, dans un régime de salariés où la cotisation s’élève à environ 80%, on améliore les prestations servies aux indépendants, et on réduit quand même leurs cotisations?

Allons, allons, Monsieur Macron, si ceci est sérieux, expliquez-nous comment vous faites et combien ça coûte. Détaillez-nous les opérations. Mais nous, on pense que tout cela est un vilain mensonge.

Les propositions de Le Pen: l’auto-déclaration trimestrielle et la mise en concurrence

Du côté de Marine Le Pen, et c’est une différence qui troublera peut-être le macronien moyen, les propositions semblent plus construites. Voici ce que propose le programme de la candidate:

57. Créer un bouclier social pour les indépendants en leur proposant le choix de s’affilier au régime général ou de conserver la spécificité de leur régime après une refonte totale du RSI qui fonctionnera sur la base de l’auto-déclaration trimestrielle des revenus.

Là encore, un petit décodage s’impose.

Le flou du bouclier social

Sauf erreur de notre part, nous n’avons trouvé nulle explication sur la notion de bouclier social pour les indépendants, régulièrement répétée par la candidate. Intuitivement, l’expression laisse à penser que le taux global de cotisation serait plafonné, ce qui pourrait s’expliquer dans l’hypothèse où les indépendants choisiraient de s’affilier au régime général. Mais la pertinence de ce dispositif est douteuse dans la mesure où, comme dans le programme d’Emmanuel Macron, l’affiliation des indépendants au régime général avec des droits égaux mais des cotisations minorées paraît difficile à soutenir.

On propose donc à Marine Le Pen d’expliquer ce qu’elle entend par ce concept. D’ici là, on ne lui accordera guère de crédit.

La mise en concurrence du RSI avec le régime général

Les adversaires du monopole accordé au RSI noteront avec satisfaction que Marine Le Pen fait un premier (timide) pas dans leur direction en proposant la liberté de choix des indépendants… entre le régime général et le RSI. C’est évidemment une proposition insuffisante, mais elle comporte une idée qui mérite d’être étudiée: la mise en concurrence des caisses primaires entre elles, comme cela existe en Allemagne. Du coup, les Libérés de la Sécu pourraient de droit appliquer la fameuse jurisprudence BKK de la CJUE.

Pour les non-initiés, on notera que cette proposition permet de dynamiter, par ricochet, les fondements juridiques du monopole du RSI. Elle permet aussi d’affaiblir fortement la pertinence des contentieux en cours contre les Libérés. C’est un argument de poids en faveur de la candidate du FN…

La refonte totale du RSI

Ce point du programme de la candidate ne mange évidemment pas de pain, et apparaît comme une vaine promesse qui n’engage à rien. La sérénade du régime refondu est en effet régulièrement servie depuis des années, sans que rien ne prenne jamais forme.

L’auto-déclaration trimestrielle des revenus

Cette proposition comporte en revanche un effet révolutionnaire qui pourrait séduire pas mal d’entrepreneurs, sous réserve qu’elle soit mieux détaillée. Elle paraît en effet pertinente pour la retraite: l’entrepreneur choisira lui-même le montant de la rente qu’il peut espérer en fixant le montant de ses cotisations. De cette façon, il peut choisir de réserver une partie de ses revenus à des dépenses d’une autre nature que la protection sociale.

En revanche, pour l’assurance-maladie, il est peu probable que ce système prospère, dans la mesure où les prestations ne sont pas proportionnelles à la cotisation.

Une situation embarrassante pour les entrepreneurs

Dans la pratique, le programme de Marine Le Pen est donc beaucoup plus favorable aux entrepreneurs que celui d’Emmanuel Macron du point de vue de la protection sociale.

Cette situation est embarrassante, dans la mesure où Marine Le Pen formule des propositions anti-économiques par ailleurs, comme la taxation des salariés étrangers. En outre, la stigmatisation politique dont elle est l’objet rend ce débat extrêmement délicat. Mais un fait est acquis: Emmanuel Macron n’est pas le candidat de la protection sociale des entrepreneurs, et les flous ou les incohérences de son programme suscitent une certaine perplexité.

Pourquoi Cambadélis protège Macron et charge Mélenchon

Cambadélis, ex-trotskyste (né à Neuilly) élu à l’Assemblée Nationale sous l’étiquette socialiste sans discontinuer depuis 1988, protège beaucoup Emmanuel Macron et ne manque pas une occasion de taper sur un autre trotskyste: Jean-Luc Mélenchon. Officiellement, cette stratégie partiale répond à l’appétence assez large des socialistes pour Emmanuel Macron, et à leurs réticences vis-à-vis de Benoît Hamon et de la gauche de la gauche. Mais un calcul un peu plus sordide se cache derrière ces postures tactiques.

La paresse de Cambadélis commence à se voir

Si Cambadélis est député du 19è arrondissement depuis 1988, fonction qu’il cumule aujourd’hui avec celle de Premier Secrétaire du bel et vivace Parti Socialiste, on peine en revanche à dresser le bilan de son activité législative. Camba brille en effet par son désintérêt pour ses fonctions de parlementaire et par son manque d’implication dans la vie de la Nation (sauf lorsqu’il s’agit de jouer aux chefs de parti).

En bon professionnel de la politique, Cambadélis a par ailleurs ajouté à son arc quelques flèches judiciaires qui respirent la politique d’antan. Mêlé aux affaires de la MNEF, proche de DSK, condamné pour avoir occupé un emploi fictif dans une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés dirigée par un ancien cadre du Front national (le fameux parti qu’il appelle à combattre aujourd’hui). Voilà ce qu’on appelle couramment un homme d’affaires…

La fille de Gérard Filoche en embuscade

Dans ce contexte empreint d’intérêt général, la situation de Cambadélis est précarisée par les appétits et les ambitions de Léa Filoche, la fille du fameux Gérard, et accessoirement adhérente à la même faction que son père. Celle-ci convoite l’investiture de son parti dans la circonscription du Premier Secrétaire et réclame l’organisation d’une primaire.

Cette contestation interne montre bien comment Camba lui-même est fragilisé par la crise profonde que connaît le Parti Socialiste. L’intéressé a pourtant mis en place quelques pare-feux. Il a par exemple recruté la première adjointe de la mairie, proche de Bertrand Delanoé, Halima Jemni, comme collaboratrice parlementaire. Ce mélange des genres, qui permet de tenir une mairie traversée par des luttes d’influence, ne suffit peut-être plus pour rester en place…

L’arithmétique électorale compliquée de Cambadélis

Mais… à quelque chose, malheur est bon. Après tout, l’investiture du Parti Socialiste dans le 19è arrondissement n’est peut-être pas la panacée. Dans le 19è arrondissement (qui correspond en partie à la circonscription de Cambadélis), Hamon a recueilli 10.000 voix à peine contre 24.500 à Mélenchon, et 23.500 à Macron. Si Cambadélis veut avoir une chance de garder son siège aux prochaines législatives, il est donc obligé de nouer une alliance avec… les macronistes, tout en conservant avec lui la moitié du Parti Socialiste qui ne se voit pas chez Mélenchon.

Ce sera juste, mais c’est jouable…

Ceci suppose bien entendu qu’il existe un accord électoral entre le parti socialiste et En Marche. On aurait bien tort de ne pas examiner les discussions qui vont se nouer dans les prochains jours sous cet angle-là: comment Cambadélis va-t-il instrumentaliser le parti socialiste pour défendre ses propres intérêts.

On s’en délecte par avance: plus un régime se décompose, plus les plaisirs qu’il offre sont savoureux et décadents.

Marine Le Pen veut-elle vraiment gagner l’élection présidentielle?

L’image était frappante hier soir. Le discours de Marine Le Pen commentant les résultats avait quelque chose de glacé, de triste, de mécanique dans lequel on ne percevait pas l’envie d’être présidente. Quelques minutes plus tard, Emmanuel Macron prononçait des mots triomphalistes, posait ses mots: « Je souhaite devenir votre Président ». D’un côté, la défense, de l’autre, l’attaque.

Faut-il en déduire que l’envie se trouve dans un camp et pas dans l’autre?

La campagne en demi-teinte de Marine Le Pen

Rétrospectivement, certains ne manqueront pas de souligner le faible enthousiasme de la campagne menée par Marine Le Pen. L’obsession de la dédiabolisation a été portée jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à nier le projet de sortir de l’euro, et jusqu’à arrondir beaucoup d’angles sur les questions identitaires. Dans la pratique, l’essentiel de la posture nationaliste a consisté à dénoncer l’européisme et le mondialisme des autres candidats, sans véritablement porter le fer.

Faute de propositions concrètes qui marquent l’opinion, la campagne de Marine Le Pen a donc essentiellement consisté à surfer sur une victoire promise, dont les résultats finaux montrent les limites: non seulement le Front National est loin des 30% annoncés, mais la candidate du Front ne termine qu’en seconde position. Certes, elle a réuni plus de 7,6 millions de voix, mais… avec une campagne plus « nerveuse », elle aurait sans doute pu faire bien mieux.

Le front républicain, certes, mais l’envie…

En écoutant Marine Le Pen, hier soir, on entendait déjà le discours dénonçant le front républicain qui devrait théoriquement faire perdre Marine Le Pen au second tour. Le Front National annonce sa défaite, ou l’intériorise avant qu’elle n’ait lieu. La question est de savoir si, sans front républicain, Marine Le Pen remporterait l’élection.

Rien n’est en réalité moins sûr. Pour gagner au second tour, il ne suffit pas d’une arithmétique complexe. Il faut aussi une envie, et une rencontre avec le peuple français. Marine Le Pen n’a ni clairement exprimé la première, ni connu la seconde. Elle dispose désormais de quinze jours pour tenter cette alchimie dont elle aurait besoin même si la totalité des forces politiques ne cherchait pas à la faire perdre.

Qui a une vision claire de la société proposée par le Front National

Sur le fond, le Front National a probablement réussi une part de sa dédiabolisation, mais il n’a pas encore expliqué quelle société il voulait. En dehors d’une rupture (floutée par Marine Le Pen) avec l’Union Européenne, et de quelques mesures ponctuelles, en dehors d’un durcissement des règles en matière d’immigration et de nationalité, on peine à saisir « l’identité » du projet frontiste. Paradoxalement, la grande faiblesse du programme du Front National est de ne pas être enracinée dans la société française.

C’est le travail qui reste à mener, d’une certaine façon: celui de l’enracinement d’un programme dans l’opinion publique.

Macron – Le Pen : vers une France ingouvernable

Article écrit pour Atlantico

Au lendemain du second tour Macron – Le Pen, la France sera ingouvernable. Il suffit, pour s’en convaincre, de reprendre la mathématique électorale qui se déploiera aux législatives pour s’en convaincre.

Macron – Le Pen : improbable et impossible victoire de Marine

Commençons par l’hypothèse la moins probable: une victoire de Marine Le Pen au second tour. Celle-ci supposerait que la candidate nationaliste bénéficie d’un report de voix assez varié. Il faudrait qu’elle récupère les voix de Dupont-Aignan, et une importante partie des voix de Mélenchon et de Fillon, malgré les consignes de vote données par les chefs de file. Ce sera compliqué, mais cela n’est pas impossible, surtout si l’abstention progresse.

Dans ce cas de figure, Marine Le Pen aurait besoin d’une majorité parlementaire. En l’état, le Front National projette 25 sièges, ce qui est très loin des 290 sièges nécessaires pour gouverner. Sa seule espérance de gouverner sans cohabitation repose donc sur la constitution d’une coalition de droite, qui l’obligera, dans tous les cas, à composer. Il paraît aujourd’hui difficile d’imaginer que cette coalition se noue avant les élections. L’exécutif devrait alors chercher une majorité au cas par cas.

Autrement dit, en cas de victoire de Marine Le Pen, nous savons déjà que les législatives lui imposeront de mettre de l’eau dans son vin et la placeront au mieux dans une situation politique instable.

Même en imaginant une vague frontiste (dont le premier tour ne donne pas l’indice), la future majorité sera donc multicolore. C’est pourquoi, la victoire de Marine Le Pen est non seulement improbable au second tour, mais elle est impossible après les législatives.

Comment Macron va devoir sortir de l’ambiguïté à son détriment

Vis-à-vis de ces 290 sièges à remplir à l’Assemblée Nationale, la position d’Emmanuel Macron n’est pas forcément plus simple. Disons même qu’elle se révèle extrêmement complexe. S’il est très probable qu’Emmanuel Macron réussisse l’exploit d’être élu à moins de 40 ans et au terme de sa première candidature à la présidentielle (ce qui mérite d’être salué), il lui reste à constituer une majorité parlementaire suffisante pour gouverner sans cohabiter, ou sans être victime d’une fronde systématique qui rendra la mise en oeuvre de son programme particulièrement pénible.

Sur ce point, Macron peut déjà compter sur des forces constituées qui sont bien décidées à ne pas lui faire de cadeau. Les propos tenus sur les plateaux de télévision, ce soir, par les mélenchonistes, l’ont très bien illustré. Les adversaires de toute collaboration avec un exécutif chapeauté par Macron risquent bien de se faire un plaisir de bloquer son action.

Macron va-t-il faire son coming out de droite?

Dans ce contexte, on voit mal comment Macron pourrait continuer son « ni-ni » à l’approche des législatives, sans compromettre gravement ses chances de succès pour les cinq années à venir. Une hypothèse possible consisterait à nouer un accord électoral avec les Républicains. François Baroin a déjà, ce soir, posé ses conditions: l’alliance doit être « de droite et de centre-droit ». Si Emmanuel Macron faisait le choix de suivre cette voie, il encaisserait immédiatement le choc de la déception, notamment parmi ses soutiens venus de la gauche.

Ce serait pourtant le risque à prendre pour constituer (mais sans garantie de succès) une majorité homogène décidée à soutenir ses réformes de structure.

Dans ce cas, il se heurterait à la résistance des mélenchoniens et probablement d’une part importante des socialistes, sans oublier celle du Front National, qui pèsera peu à l’Assemblée, mais lourd dans l’opinion. Cette difficulté sera accrue par la campagne des législatives, qui dénoncera la trahison du Président nouvellement élu. En revanche, il rassemblerait de Bayrou à Borloo, pour le centre, jusqu’à la lisière de Sens Commun (mais il faudra le dire vite), en donnant un pouvoir étendu au Premier Ministre qui sera le vrai garant de sa majorité.

Macron peut-il se resserrer sur sa gauche?

Une autre piste pour Macron consisterait à mener des listes de gauches aux législatives, de cette gauche libérale, moderne, qui court de Barbara Pompili à Nicolas Hulot, et de Manuel Valls à Pierre Bergé. Le problème serait ici symétrique à celui d’une alliance avec la droite. En faisant ce choix, Macron repousserait la droite dans l’opposition sans forcément s’attacher le soutien de la gauche de la gauche, hamoniens compris.

Macron retrouverait alors la posture improbable de François Hollande pendant cinq ans, systématiquement combattu par la droite, et régulièrement affaibli par la gauche. Cette situation serait dégradée par la forte montée des Insoumis qui décrocheront probablement un nombre substantiel de circonscriptions.

Rappelons ici que les communistes existent encore à l’Assemblée Nationale grâce au soutien du Parti Socialiste. Macron n’étant pas issu de ses rangs, un accord électoral avec celui-ci sera plus compliqué à faire respecter…

Macron a-t-il une chance de monter une coalition multicolore?

Reste la troisième hypothèse, celle d’une coalition montée de toutes pièces après le second tour, réunissant des personnalités comme Manuel Valls pour la gauche, Jean-Louis Borloo pour le centre, et Christian Estrosi pour la droite.

On voit bien, pour un Estrosi menacé par le Front National, l’intérêt d’une formule de ce genre, qui peut séduire certains juppéistes et peut-être certains sarkozystes. Cette coalition se construirait en dehors des appareils de parti traditionnels, et parierait sur de bons scores aux législatives. Ceux-ci permettraient-ils de construire une majorité?

La réponse appelle quand même quelques tempéraments. D’une part, la victoire supposerait de persuader les Français que cette coalition vise à autre chose qu’à protéger des carrières ou des postes menacées par l’alternance, et c’est loin d’être gagné. D’autre part, même en cas de victoire, rien ne garantirait la durée de vie de cette coalition. On peinerait en effet à imaginer, dans la durée, des ennemis politiques historiques rester unis dans une situation budgétaire et internationale complexes.

Cette formule présenterait en tout cas le risque de nourrir l’idée que la classe politique est une caste de connivents sans scrupule. Personne ne mesure le prix à payer à long terme pour ce genre de confusionnisme

Macron, président confusionniste d’une nouvelle IVè République?

Le plus vraisemblable est donc que, de façon claire et rapide, Emmanuel Macron soit un président contraint à cohabiter avec une majorité homogène qui ne le soutient pas politiquement et qui gouverne à sa place. Compte tenu de son manque d’expérience, cette situation ne manquera pas de le mettre en difficulté et d’affaiblir durablement la fonction présidentielle.

Même si ce retour à l’esprit de la IVè République n’est pas formalisé immédiatement, il ne tardera pas à apparaître comme tel aux yeux des Français. Ainsi disparaissent les régimes qui croient pouvoir se réformer par les hommes et non par les institutions.

Predicto (big data): Mélenchon à 26%, Le Pen à 17% et Macron à 16%

Le Predicto, qui n’est pas un sondage mais un produit Big Data, affiche, à 12 heures ce samedi 22 avril 2017, une prédiction de résultats de Mélenchon à 26%, Le Pen à 17% et Macron à 16%.

Predicto: Big Data contre sondages d’opinion

Rappelons que le Predicto n’est pas une enquête statistique au sens de la loi du 19 juillet 1977 modifiée par la loi du 25 avril 2016. Il procède simplement du Big Data, en l’espèce de l’analyse des flux sur les réseaux sociaux et de leur évaluation sémantique.

De fait, l’ensemble de la campagne électorale aura montré la difficulté de concilier les analyses d’opinion (dont la diffusion est désormais couverte par le secret de la journée pré-électorale) et les analyses issues du Big Data. Dans la pratique, tous les sondages ont donné Emmanuel Macron gagnant, alors que, dans les analyses Big Data, il est systématiquement écarté du deuxième tour.

Reste à comprendre pourquoi…

Les campagnes du futur prennent forme sous nos yeux

L’intérêt de ces divergences est de disséquer les processus d’élaboration future de la prédiction électorale. Les campagnes du Brexit et de la présidentielle américaine ont illustré avec brio les limites des techniques traditionnelles. Les primaires républicaines et socialistes en France les ont confirmées.

Nous savons tous que les sondages sont, tôt ou tard, appelés à absorber le choc de la révolution numérique. Reste à construire les outils qui les remplaceront.

En l’état, nous avons tous le pressentiment que le Big Data permettra d’améliorer la prévision en utilisant des méthodes infiniment plus modernes que l’enquête déclarative actuelle. Toutefois, les modèles statistiques capables de modérer et de fiabiliser les résultats ne sont pas encore établis.

Il sera donc intéressant d’assister en direct à leur élaboration… Le fonctionnement même de la démocratie en sera modifié en profondeur, et peut-être même la notion de scrutin et de mandat électif en seront-t-elles profondément rénovées. Le Big Data éclairera en effet les déterminants de l’opinion et les nuances de son expression.

Cette fête que le Front National prépare dimanche soir

Selon nos informations, l’équipe de campagne du Front National prépare une fête dimanche soir dans un restaurant des Champs-Elysées tenu secret pour des raisons de sécurité, mais qui n’est donc pas sans rappeler les petites manies de Nicolas Sarkozy. Si la candidate n’est pas annoncée ce soir-là sur place, on relèvera néanmoins la geste présidentielle qui s’est installée dans un parti donné avec constance au second tour depuis plus d’un an. Si un enseignement peut être tiré de cette étrange présidentielle, c’est bien celui d’une sédimentation du rapport de force idéologique autour des thématiques du Front National, qui apparaîtra quoi qu’il arrive comme le vainqueur durable du scrutin.

Voici quelques motifs de réjouissance pour les militants du Front National.

Soixante-dix ans après, la boucle Front National est bouclée

Pour beaucoup d’adversaires du Front National, ce parti catalyse en lui-même toutes les haines qui agitent la France depuis la Libération.

Une autre lecture mériterait toutefois d’être tentée, à partir de l’Oeuvre Française lancée en son temps par Pierre Sidos. Si l’on admet l’hypothèse que le Front National ne fut qu’une infusion circonstancielle, cristallisée dans les années 70 pour des raisons anecdotiques que Sidos explique très bien, de la pensée nationale d’après-guerre, alors on peut dire que, rétrospectivement, le score du Front National boucle le long combat d’un homme et d’une idéologie venus des profondeurs de notre histoire.

En soi, la permanence du Front National en tête des sondages illustre bien la vivacité de cette tendance légitimiste, méfiante vis-à-vis des Lumières, de la Révolution, qui a su se métamorphoser pour échapper aux stigmates de l’époque et rejoindre les attentes du pays. De ce point de vue, on aurait tort de sous-estimer la portée du phénomène: il marque un changement de chapitre dans l’histoire de France, qui trouve son écho et son miroir dans le vacillement de l’idée européenne.

L’effet retard de l’après-1945 en France

Au fond, la domination de la vie politique française par le Front National manifeste le retard avec lequel la France tourne la page de l’après-1945. C’est en 1991 que l’Allemagne a connu ce phénomène, en choisissant Berlin comme capitale unique d’un pays « réunifié ». Politiquement, l’Allemagne retrouvait l’espace politique qui fut le sien entre 1870 et 1945, après une parenthèse de plus de 40 ans. En accordant une sorte de préférence au Front National, l’électorat français fait sa réunification à lui. Il retrouve l’inspiration légitimiste, passionnelle, qui fut durablement disqualifiée à la Libération.

Les ingrédients sont désormais réunis, dans le débat public, pour que soient remises sur pied les vieilles logiques nationales en Europe.

Dédiabolisation ou catharsis?

On attribue volontiers la domination du débat public par le Front National à l’effort de « dédiabolisation » porté par Marine Le Pen, avec des souverainistes bon teint comme Florian Philippot. Il est vrai que le soin pris à la direction actuelle du Parti à éviter les écarts a contribué à diminuer la quantité de soufre qui recouvrait le parti. Mais au-delà de ce simple effort marketing, c’est aussi une pulsion plus profonde de la société française qui s’est exprimée à cette occasion.

Durablement, la France a trouvé la forme acceptable dans le monde contemporain pour l’expression d’une tradition politique déclarée interdite depuis Vichy. De même que la sémantique pétainiste était fondée sur la protection, retrouvant d’ailleurs la tradition monarchique du toucher aux écrouelles, le Front National a renouvelé en profondeur et avec succès la thématique de la protection identitaire et sociale.

La promesse Marion Le Pen

Au-delà de cette circumnavigation historique dont Marine Le Pen peut revendiquer la maternité, la prochaine étape de la métamorphose « natio » en France est connue. Elle s’appelle Marion Maréchal-Le Pen dont Emmanuel Macron vient de prouver que la jeunesse peut ne pas être un obstacle.

Dans l’échelle du légitimisme politique, on peut déjà parier que Marion, polie par l’ombre dans laquelle sa tante la projette, franchira quelques degrés supplémentaires. Et c’est aussi cette certitude d’un parcours à venir que certaines élites du Front célébreront dimanche soir.

Comment Internet a imposé aux élites françaises une vraie campagne électorale

Article écrit pour Atlantico.

Tiens! la campagne électorale (celle du premier tour, en tout cas) touche à sa fin. Beaucoup ont prétendu qu’elle était hors norme. Rétrospectivement, et en regardant l’improbable émission « 15 minutes pour convaincre », on serait mieux fondé à se féliciter que, malgré tout, la France ait montré la voie en réussissant la première vraie campagne électorale du XXIè siècle sur le continent européen.

La révolution des primaires a purgé le bébé avec l’eau du bain

Souvenons-nous de la France de janvier 2016. On aurait parié cher sur un autre duel Hollande-Sarkozy, à peine perturbé par Marine Le Pen. Quinze mois plus tard, le recours à la primaire, autant à droite qu’à gauche, a permis d’offrir une vraie alternative à cette seringue qui nous était promise. Les électeurs de droite ont écarté Sarkozy sans ménagement, et les électeurs de gauche menaçaient de faire subir à Hollande le même sort – ce qui a justifié, in fine, son renoncement au combat.

On pourra reprocher beaucoup de choses à nos processus politiques. Mais force est de constater qu’ils ont su se rénover en profondeur sans trop de dommages.

Internet comme véhicule central du discours politique avant la campagne

Durant toute cette période, les Français ont pu mesurer le divorce profond entre les candidats officiels du régime et la réalité de l’opinion publique qui s’est exprimée en utilisant Internet et les innombrables possibilités qu’il offre.

À droite, le « système » (cette étrange combinaison de sondages, de répétition en boucle des mêmes antiennes dans les médias subventionnés et de professions de foi dans les élites) avait choisi un duel Juppé-Sarkozy, qui s’est transformé en un triomphe de François Fillon. À gauche, le même système avait installé Manuel Valls et Arnaud Montebourg dans ce même duel forcé, qui ne s’est finalement pas produit.

Si les militants avaient dû se contenter des véhicules traditionnels de communication et d’expression, ils auraient probablement été frustrés, dépossédés, de leur vrai choix. Et soudain l’on comprend que la vie politique française repose historiquement sur une construction en carton-pâte que des moyens disruptifs d’expression font voler en éclat.

Les vieux médias ont tenté de torpiller une campagne qu’ils n’avaient pas choisie

De façon très révélatrice, c’est l’organe de presse le plus réticent à Internet qui a le mieux torpillé une campagne opposant des candidats imposés par les militants contre l’avis et les pronostics fourbis par les traditionnels faiseurs d’opinion. C’est en effet par un scoop du Canard Enchaîné que le malheur est arrivé: les Français apprenaient, stupéfaits, que François Fillon, qui avait attaqué Nicolas Sarkozy sur sa perte de crédibilité liée à ses « affaires », n’était lui-même pas un parfait exemple de vertu.

Pendant plusieurs semaines, la campagne qu’Internet avait permis de positionner sur des sujets de fond s’est alors résumée, du fait même de ces médias subventionnés, à une simple énumération d’affaires et de boules puantes. Il a fallu attendre le début du mois d’avril pour que d’autres sujets que ces affaires puissent être abordés.

Quel magnifique spectacle, que celui d’un bouleversement dans la douleur où l’ancien monde des médias payés par le régime pour maintenir l’opinion dans un état d’asservissement et de panurgisme a dû céder la place à un nouveau monde où les candidats ont été sommés de répondre au contenu même de leur projet pour le pays! quelle formidable leçon de démocratie donnée par ces populistes de la populosphère honnis par nos élites!

La présence des « petits candidats » imposée par la populosphère

Depuis plusieurs mois, tout avait été mis en place pour que le débat soit, comme chaque fois, verrouillé par quelques favoris occupant l’essentiel du temps de parole. Une loi avait même été adoptée pour que ce temps de parole tienne compte du poids de chacun déterminé par les sondages. Et patatras! les médias subventionnés n’ont pas tardé à comprendre que cette règle ne tiendrait pas. Lorsque Nicolas Dupont-Aignan quitte le plateau de TF1 pour protester contre son absence au débat organisé par la chaîne avec les cinq favoris, il explose les compteurs de vue sur Internet.

Jusque-là, les « petits candidats » avaient été systématiquement ridiculisés par les médias subventionnés. Poutou avait été raillé sur un plateau. Dupont-Aignan était, de longue date, ringardisé et carbonisé. Asselineau était boycotté sous prétexte de complotisme, comme Cheminade d’ailleurs.

Et finalement, ceux qui raillaient, qui ironisaient, qui moquaient, comprennent qu’ils ne sont plus en position de force. Internet impose un débat à 11. La populosphère a gagné.

Même pendant les attentats, le débat continue

Durant l’émission « 15 minutes pour convaincre », les réseaux sociaux ont ironisé sur le décalage entre l’urgence dans les rues, imposée par un attentat sur les Champs Elysées, et la patience du débat. Nous pouvons nous féliciter de ce décalage. Elle prouve la vitalité de l’esprit démocratique en France. L’odeur de la poudre remplissait nos rues, mais l’échange d’idées s’est poursuivi dans un esprit de calme et de sérénité.

Là encore, on peut imaginer que, sans la pression que l’opinion publique a exercée pendant plusieurs mois par le biais d’Internet, le débat se serait passé autrement. L’urgence imposée par les questions de sécurité aurait probablement eu raison de ces raisonnements démocratiques, et aurait justifié des mesures expéditives.

Les élites françaises bousculées par la populosphère

Donc, les populistes de la populosphère ont gagné. Ceux qui contestent depuis plusieurs années le huis clos imposé par les médias subventionnés. Ceux qui dénoncent les logiques sans alternative imposées par une élite peu imaginative et emplie de certitudes sur des solutions qui n’en sont plus depuis longtemps. Ceux qui ne résument pas les choix républicains à une adhésion sans esprit critique à l’Union Européenne, cet avatar désenchanté de l’idéal européen tel qu’il fut formulé il y a soixante ans. Tous ceux-là ont finalement obtenu que les règles du jeu changent. C’est en ce sens que cette campagne est hors norme: elle s’est nourrie d’une immense bouffée d’oxygène apportée par une opinion publique consciencieusement censurée jusqu’ici.

On peut être sûr aujourd’hui que ce changement est irréversible. Plus jamais, nous ne connaîtrons de campagne électorale organisée par des instituts de sondage qui encadrent une longue suite de commentaires plats produits jusqu’à satiété par des médias chiens de garde.

En revanche, cette évolution, aussi rapide qu’elle soit, ne sera pas linéaire. Il y aura des soubresauts. Il y aura des Raffarin, des Cambadélis, qui plaideront pour des mondes sans primaire, pour des Internets censurés et pour une restriction au nombre de candidatures. Bien entendu, il y aura tout cela.

En attendant, savourons cet esprit nouveau qui nous prouve que la France peut montrer la voie.