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Les Républicains sont-ils trop sûrs de gagner?

L’université d’été de La Baule, qui réunit les Républicains agités par leur primaire, donne un spectacle étrange: celui d’une tribu en guerre si sûre de gagner qu’elle passe plus de temps à choisir son chef qu’à se battre contre ses adversaires.

Gagner la primaire ou la présidentielle?

Les Républicains semblent avoir une idée sotte en tête: celle qui veut que le vainqueur de la primaire sera automatiquement le vainqueur de la présidentielle. Comme si le suffrage universel était une étape symbolique, ou une formalité de second ordre.

On comprend bien le calcul sous-jacent à cet état d’esprit. Il part du principe que le candidat des Républicains aura gagné une sorte de ticket automatique pour le second tour. Et, à ce moment-là, de deux choses l’une: soit les Républicains sont face au Front National, et, avec l’appui des voix de la gauche, ils ne feront de Marine Le Pen qu’une bouchée. Soit les Républicains sont face à François Hollande, et, avec les réserves des voix de droit, ils n’en feront qu’une bouchée. Donc, dans tous les cas, l’élection est une partie de plaisir.

L’effet pervers de l’excès de confiance

Pour les Républicains, l’enjeu ne se situe donc pas au mois de mai 2017, mais bien en novembre 2016. Celui qui gagnera ce jour-là aura tout gagné. La véritable bataille n’est pas contre le camp adverse, mais bien contre son propre camp. D’où cette espèce de tombereaux de petites phrases qui visent les hommes et non les idées, et ce sentiment de déchirement permanent entre des personnalités qui se détestent entre elle et qui, par-dessus tout, détestent Nicolas Sarkozy.

C’est le propre de l’excès de confiance: puisque l’élection est gagnée, il faut y être à tout prix.

L’incertitude sondagière

À une époque pas si lointaine, les militants des Républicains s’accordaient pour dire que l’élection à la primaire serait intimement liée à l’état des sondages. Serait élu celui qui, dans les sondages, aurait le plus de chances d’être élu président de la République. Malheureusement, les sondages sont incertains, et les Français donnent autant de chances à Juppé qu’à Sarkozy. Les Républicains n’éviteront donc pas les mauvais coups entre eux, et ils ne pourront compter sur les sondages pour leur éviter un combat des chefs.

Les arguments sous et sur la ceinture de François Fillon

D’où les arguments sous la ceinture de François Fillon, qui a épinglé les justiciables candidats à la Présidence. Ce va-tout vise autant Nicolas Sarkozy qu’Alain Juppé. La manoeuvre est un peu rustique, mais elle pourrait produire son effet. Toujours est-il que Fillon a refait une partie de son retard, et présente aujourd’hui le programme économique le plus libéral de tous les candidats. Rien n’exclut donc qu’il ne parvienne à surprendre, au moins en partie, ses adversaires.

Sarkozy plus que jamais bonapartisé

Reste que Sarkozy inquiète le plus ses rivaux et concentre le feu de leurs critiques. Cette convergence est suprêmement contre-productive. Il y a, dans Sarkozy, un profond relent de bonapartisme que cette solitude met en exergue. Les Républicains voudraient forger une légende, ils voudraient donner l’impression d’un destin unique, d’une réussite seul contre tous, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Et Sarkozy leur devra sans doute une fière chandelle, car l’intensité des petites phrases, des allusions, des critiques dont il est l’objet font d’eux ses meilleurs ennemis et ses plus fidèles alliés.

Ce n’est pas tant que Sarkozy ait besoin de Juppé et compagnie pour gagner. En revanche, il a besoin d’eux pour reprendre les habits de l’hyper-présidence, avant même d’être élu. Il a besoin de ce feu nourri pour donner la pleine dimension de sa bestialité électorale.

De là à penser que le vainqueur de la primaire sera automatiquement élu, il y a un gouffre que les Républicains franchiront seuls.

« Merci Macron! », le nouveau safari movie électoral

Emmanuel Macron s’est fendu d’un sidérant passage à Châlons-en-Champagne, la ville de Benoist Apparu. À écouter ses malheureux propos sur place, on comprend quelle image il va dévoiler de lui durant cette année électorale: celle d’un banquier parisien méprisant visitant ses pauvres et ses paysans dans une calèche de luxe!

De « Merci patron! » à « Merci Macron! »

On se souvient du film de François Ruffin, le gauchiste des beaux quartiers, ami de Frédéric Lordon et de toute la clique des âmes bienpensantes qui aiment les pauvres, « Merci patron! », qui a régalé tant de bobos dans feue la Nuit Debout. Ce film, sous couvert de dénoncer le capitalisme, s’offrait un safari chez les pauvres Ch’tis, avec le voyeurisme digne d’un directeur commercial de province qui a gagné le voyage annuel en Namibie offert au meilleur vendeur de la boîte.

Avec Emmanuel Macron, ce n’est pas un safari social qui commence, mais un safari électoral: je m’en vais voir les Français dans leurs parcs naturels pour me divertir et leur dire de bonnes paroles qui me rapporteront des voix et de la popularité.

Macron veut voir de vraies gens

Le banquier de chez Rothschild a donc décrypté pour la presse le sens de son escapade à Châlons-en-Champagne (1h30 de Paris…):

 

On n’aurait pas dit mieux: je viens voir comment les Français vivent. Il ne lui manquait que le chapeau colonial et le fusil à bouchon pour faire plus vrai que nature.

Le mépris social: un art qui se cultive

On remarquera quand même le talent avec lequel Macron parvient à camper son personnage d’aristocrate en visite sur ses terres. Car, en une phrase et une image, il parvient à composer une sorte de fragrance parfaite où se retrouvent toutes les essences du mépris social français depuis plusieurs siècles.

On écoute Macron et c’est à la fois le châtelain qui vit à Passy et se rend au castel pour les vacances, debout sur son carrosse, le haut-de-forme sur la tête, arrivant à la messe devant des paysans qui baissent la tête, mais aussi le Tartarin de Tarascon qui veut voir la mer de glace pour la raconter à ses invités de retour chez lui, c’est le président Duvalier traversant les faubourgs de Port-au-Prince dans une limousine regorgeant de billets qui s’éparpillent dans les rues, c’est Giscard jouant de l’accordéon devant un éboueur africain, c’est la bête de foire transformée en enjeu électoral, sans que l’on ne sache plus qui joue le rôle de la bête.

Tout cela en un seul homme aussi jeune, pardi… un talent n’est pas donné à tout le monde.

Macron est-il son meilleur ennemi?

La campagne électorale est décidément un exercice redoutable. Elle oblige les candidats à s’exprimer malgré eux. Elle ne se limite pas à des discours, bien au contraire. Elle donne à voir, elle dévoile l’homme (ou la femme), elle le montre plus qu’elle ne le laisse dire. Elle n’est pas affaire d’intelligence, mais de présence.

Encore une ou deux apparitions de cet acabit pour Emmanuel Macron, et il suscitera chez les Français la haine viscérale qu’ils nourrissent de façon grandissante pour l’élite incompétente qui les dirige et les a ruinés. Peut-être même Macron parviendra-t-il à en incarner le substrat.

Le créateur du RSI soutient Macron

Macron est à peine sorti de Bercy et n’est pas encore candidat à l’Elysée que, déjà, les thuriféraires se précipitent pour monter dans un train qu’ils espèrent prometteur! C’est le supermercato de la présidentielle qui veut cela: partir assez tôt pour ne pas paraître un résistant de la 25è heure, mais ne pas partir trop tôt quand même, car il ne faudrait pas se griller pour rien.

Dutreil soutient Macron

Dans cette course au minutage complexe, les entrepreneurs apprécieront une première incongruité à sa juste valeur: Macron a d’ores et déjà recueilli le soutien de l’ancien ministre raffarinien Renaud Dutreil, créateur, avec son ami Philippe Bas, lui aussi ministre de cette époque reculée, du RSI. Les deux compères, accessoirement conseillers d’Etat, sont des adeptes du « jardin à la française« , dont la logique profonde consiste à supprimer la concurrence « émiettée » au profit de quelques grands acteurs.

Dutreil, un soutien embarrassant?

Pour Emmanuel Macron, ce ralliement de droite déjà acté depuis juillet constituera rapidement un handicap. Dutreil, admirateur du jardin à la française, a oeuvré un temps à New York pour LVMH. Si certains cherchent des arguments pour étayer l’idée que Macron est le candidat des riches, Dutreil les leur sert sur un plateau. On ajoutera que l’épouse de Renaud Dutreil a attaqué les Wendel en 2012 après avoir contourné l’impôt dans un plan d’intéressement de 324 millions d’euros. Elle n’était pas seule à en profiter… mais là encore, les faits, qui sont têtus, risquent de ne pas profiter à Macron dans une hypothétique course à l’Elysée.

Bientôt le soutien d’Henri de Castries?

Macron devrait prochainement bénéficier d’un autre soutien officiel: celui d’Henri de Castries, ancien président d’Axa, dont il se murmure depuis plusieurs mois qu’il a démissionné pour soutenir son poulain. Pour mémoire, Henri de Castries est un ancien de la promotion Voltaire, et personne ne peut soutenir avoir entendu dans sa bouche des propos flatteurs pour François Hollande. En outre, Axa est le grand financeur de l’Institut Montaigne, le think tank dont l’épouse du directeur Laurent Bigorgne fut la première à héberger le mouvement de Macron…

Macron soutenu par Gérard Collomb

Pour l’heure, le soutien le plus actif de Macron n’est autre que le maire de Lyon, Gérard Collomb. Âgé de 70 ans, celui-ci fut pendant quelques années enseignant en lettres avant d’entamer une carrière politique qu’il n’a plus quittée. Là encore, Macron devra s’appuyer sur cet embarrassant soutien qui n’incarne ni une autre façon de faire de la politique, ni un renouvellement des générations, et qui peinera à combler l’image très élitiste qui lui colle à la peau.

Macron et le gouvernement profond

Macron pourra donc compter sur le soutien actif du gouvernement profond pour faire campagne. Grâce à ces petits artifices, il devrait obtenir une bonne couverture médiatique et bien occuper l’aile droite de François Hollande. En revanche, cette facilité pourrait lui coûter cher en termes d’images: elle constituera un pain béni pour tous ceux qui voudront voir un lui un candidat fabriqué de toutes pièces (ou presque) pour maintenir debout un système à l’agonie, moyennant un peu de chirurgie esthétique.

Burkini: le gouvernement au pied du mur

Une fois de plus, une polémique - cette fois celle du burkini - prend un mauvais tour pour le gouvernement, avec un Manuel Valls très allant sur l'interdiction, en contradiction avec certains de ses ministres, et un Président de la République beaucoup moins sûr de son fait.

L'intervention du Conseil d'Etat, saisi en tant que juge des référés, aujourd'hui, contre certains arrêtés municipaux proscrivant la burkini sur les plages, n'a pas dissipé les flous et a même ajouté de la confusion au débat. Il appartient désormais au gouvernement de définir sa ligne sur ce sujet sensible.

Une décision du Conseil d'Etat sans grande surprise

En réalité, le "dossier" était plié avant même d'avoir commencé. On sait tous, en effet, qu'un maire ne peut utiliser son pouvoir de police administrative en prononçant des interdictions générales et absolues qui restreignent les libertés, surtout lorsqu'aucune menace ne pèse sur l'ordre public. Et, dans le cas du burkini, il fallait se montrer très imaginatif pour justifier l'existence d'une telle menace. Donc... le juge ne pouvait pas ne pas annuler ces arrêtes sans s'exposer à un ridicule international que la Cour de Luxembourg ou de Strasbourg aurait sanctionné.

Des rédactions cataclysmiques

La tâche du Conseil d'Etat était d'autant plus incontournable que les maires incriminés avaient manifestement confié la rédaction des arrêtés litigieux à des fonctionnaires dont le droit n'est pas le métier. En particulier, les phrases qui suivent:

« Sur l’ensemble des secteurs de plage de la commune, l’accès à la baignade est interdit, du 15 juin au 15 septembre inclus, à toute personne ne disposant pas d’une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et du principe de laïcité, et respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime. Le port de vêtements, pendant la baignade, ayant une connotation contraire aux principes mentionnés ci-avant est strictement interdit sur les plages de la commune »

condamnaient par principe la cause de tous les opposants à la burkini. On voit mal comment un juge démocratique pourrait valider l'interdiction de la burkini au nom des bonnes moeurs, de l'hygiène, de la sécurité, et autres idées fantaisistes qui trouveraient à s'appliquer tout autant aux plages naturistes et autres vêtements minimalistes.

En outre, l'invocation du principe de laïcité sur l'espace public était vouée à insupporter les juges, puisqu'on imaginait mal que le voile soit autorisé dans la rue, mais la burkini interdite à la plage. Au passage, l'arrête municipal interdit la burkini à la plage, mais pas dans les rues...

Bref, tout cela était très mal ficelé et ne laissait pas le choix aux juges du Palais-Royal.

Une jurisprudence conforme à la tradition

Les attendus du Conseil d'Etat sont donc tous extrêmement classiques:

Dans ces conditions, le maire ne pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle.

En lui-même, ce texte se passe de tout commentaire. Il répète de façon tout à fait prévisible des doctrines enracinées depuis de nombreuses années dans la jurisprudence du Conseil

La balle dans le camp du gouvernement

Bref, un arrêté municipal n'est pas la riposte adaptée à la question de la burkini. Contrairement aux idées reçues ou qui ne tarderont pas à l'être, le Conseil d'Etat ne légitime pas le port de la burkini sur les plages. Il indique juste qu'il n'appartient pas au maire de régler ce problème par le truchement de la police administrative. Une interdiction de la burkini suppose que ce ne soit pas les maires, mais bien le législateur qui prenne position.

Incidemment, le Conseil d'Etat suggère donc au gouvernement de prendre ses responsabilités en saisissant l'Assemblée Nationale d'un projet de loi en bonne et due forme.

Un cadeau empoisonné pour Hollande

Pour le Président de la République, le dilemme est grand. Soit le gouvernement propose un texte sur le sujet, et il est à peu près sûr que, à quelques mois des présidentielles, cette perspective est suicidaire puisqu'une majorité de la gauche n'en voudra pas. Soit il ne fait rien (choix instinctif de François Hollande) et les ennuis commencent face à un Nicolas Sarkozy tonitruant.

Donc, il est urgent de réfléchir...

La décision du Conseil d'Etat

Considérant ce qui suit :

1. En vertu de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu’est constituée une situation d’urgence particulière, justifiant qu’il se prononce dans de brefs délais, le juge des référés peut ordonner toute mesure nécessaire à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale.

2. Des arrêtés du maire de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) du 20 juin 2014 puis du 18 juillet 2016 ont réglementé l’usage des plages concédées à la commune par l’Etat. Ces arrêtés ont été abrogés et remplacés par un nouvel arrêté du 5 août 2016 qui comporte un nouvel article 4.3 aux termes duquel : « Sur l’ensemble des secteurs de plage de la commune, l’accès à la baignade est interdit, du 15 juin au 15 septembre inclus, à toute personne ne disposant pas d’une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et du principe de laïcité, et respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime. Le port de vêtements, pendant la baignade, ayant une connotation contraire aux principes mentionnés ci-avant est strictement interdit sur les plages de la commune ». Ainsi que l’ont confirmé les débats qui ont eu lieu au cours de l’audience publique, ces dispositions ont entendu interdire le port de tenues qui manifestent de manière ostensible une appartenance religieuse lors de la baignade et, en conséquence, sur les plages qui donnent accès à celle-ci.

3. Deux requêtes ont été présentées devant le juge des référés du tribunal administratif de Nice pour demander, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de ces dispositions de l’article 4.3 de l’arrêté du maire de Villeneuve-Loubet. La première de ces requêtes a été introduite par la Ligue des droits de l’homme, M. Hervé Lavisse et M. Henri Rossi, la seconde par l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France. Par une ordonnance du 22 août 2016, le juge des référés du tribunal administratif de Nice, statuant en formation collégiale de trois juges des référés, a rejeté ces deux requêtes. La Ligue des droits de l’homme, M. Hervé Lavisse et M. Henri Rossi, d’une part, l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France, d’autre part, font appel de cette ordonnance par deux requêtes qui présentent à juger les mêmes questions et qu’il y a lieu de joindre.

4. En vertu de l’article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales, le maire est chargé, sous le contrôle administratif du préfet, de la police municipale qui, selon l’article L. 2212-2 de ce code, « a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques ». L’article L. 2213-23 dispose en outre que : « Le maire exerce la police des baignades et des activités nautiques pratiquées à partir du rivage avec des engins de plage et des engins non immatriculés…Le maire réglemente l’utilisation des aménagements réalisés pour la pratique de ces activités. Il pourvoit d’urgence à toutes les mesures d’assistance et de secours. Le maire délimite une ou plusieurs zones surveillées dans les parties du littoral présentant une garantie suffisante pour la sécurité des baignades et des activités mentionnées ci-dessus. Il détermine des périodes de surveillance… ».

5. Si le maire est chargé par les dispositions citées au point 4 du maintien de l’ordre dans la commune, il doit concilier l’accomplissement de sa mission avec le respect des libertés garanties par les lois. Il en résulte que les mesures de police que le maire d’une commune du littoral édicte en vue de réglementer l’accès à la plage et la pratique de la baignade doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées au regard des seules nécessités de l’ordre public, telles qu’elles découlent des circonstances de temps et de lieu, et compte tenu des exigences qu’impliquent le bon accès au rivage, la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence sur la plage. Il n’appartient pas au maire de se fonder sur d’autres considérations et les restrictions qu’il apporte aux libertés doivent être justifiées par des risques avérés d’atteinte à l’ordre public.

6. Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. S’il a été fait état au cours de l’audience publique du port sur les plages de la commune de tenues de la nature de celles que l’article 4.3 de l’arrêté litigieux entend prohiber, aucun élément produit devant le juge des référés ne permet de retenir que de tels risques en auraient résulté. En l’absence de tels risques, l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée. Dans ces conditions, le maire ne pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. Les conséquences de l’application de telles dispositions sont en l’espèce constitutives d’une situation d’urgence qui justifie que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu’il tient de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d’annuler l’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nice du 22 août 2016 et d’ordonner la suspension de l’exécution de l’article 4.3 de l’arrêté du maire de Villeneuve-Loubet en date du 5 août 2016.

7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge de la Ligue des droits de l’homme, de M. Lavisse, de M. Rossi et de l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France. Il n’y pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-Loubet, en application de ces dispositions, les sommes que demandent, d’une part, la Ligue des droits de l’homme, M. Lavisse et M. Rossi, d’autre part l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France.

O R D O N N E :

Article 1er : L’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nice en date du 22 août 2016 est annulée.
Article 2 : L’exécution de l’article 4.3 de l’arrêté du maire de Villeneuve-Loubet en date du 5 août 2016 est suspendue.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Villeneuve-Loubet et celles de la Ligue des droits de l’homme, de M. Lavisse, de M. Rossi, et de l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4. La présente ordonnance sera notifiée à la Ligue des droits de l’homme, à M. Lavisse, à M. Rossi, à l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France, à la commune de Villeneuve-Loubet et au ministre de l’intérieur.

Hollande, le Ronaldo de la politique française?

On se souvient qu'à l'Euro 2016, Ronaldo a réussi, avec l'équipe du Portugal, l'exploit d'arriver en finale sans gagner un seul match, et même de quitter la finale avant la fin du match pour blessure, tout en brandissant la coupe devant le public du Stade de France. Hollande s'apprête-t-il à réussir le même exploit en 2017? Plus que jamais, la question est posée.

Le candidat de la douce illusion

En lisant les vraies-fausses confidences publiées dans l'ouvrage Conversations privées avec le président paru chez Albin Michel, le citoyen ordinaire pensera être victime d'hallucinations. La description de l'état d'esprit moyen que François Hollande prête à ses potentiels électeurs montre sa profonde rupture avec la réalité du pays. On retiendra entre autres sa conviction d'être à la tête d'une "belle France": «je suis regardé comme le président d'une belle France». Manifestement, son isolement dans le Triangle d'Or parisien le déconnecte magistralement de l'angoisse ordinaire des Français face à l'avenir collectif. 

Comme Ronaldo, sur les starting-blocks

Dans ce curieux monde imaginaire où il évolue, François Hollande ne pense qu'à sa réélection. C'est le principal sujet de préoccupation d'un homme qui a consacré sa vie à la politique. La parution d'un ouvrage de confidences, supposé le rendre plus proche des Français et le remettre dans sa dimension normale, constitue une étude évidente dans ce cheminement. Le fait que l'ouvrage paraisse durant la trêve estivale répond bien à une minutieuse stratégie de reconquête électorale. Dans la torpeur de l'été, le livre a fait le buzz et se prêtait tout à fait à la lecture sur les plages. Plus que jamais, le candidat est donc en marche.

Handicapé par son immense impopularité

Sur sa route, François Hollande se heurtera très vite à un problème qu'il connaît mais qu'il semble mésestimer: son impopularité, qui est immense et intrinsèquement liée à sa personnalité. Hollande s'est présenté comme un candidat normal, et cette normalité est devenue son principal point de faiblesse. Les premiers mois de son quinquennat, et notamment les polémiques lancées par Valérie Trierweiler, ont en effet démontré que la différence, en politique, entre normalité et médiocrité est parfois difficile à cerner. Les ratés de sa politique économique et les innombrables couacs de communication n'ont pas aidé à renverser la tendance.

Aidé par ses ennemis de gauche

Cela signifie-t-il que la bataille soit perdue pour Hollande en 2017?

Je ne le crois pas, et rien ne démontre aujourd'hui que les éléments soulignés il y a quelques semaines, soient diamétralement différents. En dehors de lui-même, Hollande compte en effet peu d'ennemis dont il doive se méfier. Il peut même se féliciter de l'aide inattendue apportée par tous ceux, de droite comme de gauche, qui veulent le détrôner. C'est particulièrement vrai à gauche, où le grand nombre de candidats qui se bousculent au portillon fera forcément le jeu du sortant. Qui est de taille, aujourd'hui, à prétendre pouvoir rassembler sur son nom autant que François Hollande ne l'a fait en 2012?

L'inconnue Mélenchon

Au sein du Parti Socialiste, il est à peu près acquis aujourd'hui que l'abondance de candidats (Montebourg, Hamon, Lienemann, Filoche, et la liste n'est certainement pas close) devrait conforter par avance la position de Hollande. Les candidatures annexes de Benhamias et de Rugy rajouteront un peu de confusion et ruineront définitivement la carrière de Cécile Duflot, elle-même candidate à la primaire écologiste. 

La seule candidature susceptible de gêner Hollande est celle de Jean-Luc Mélenchon, dont on peine aujourd'hui à mesurer l'impact sur l'opinion. Il n'est pas impossible que ce flou dure longtemps, et que Mélenchon crée une surprise dans un sens (un score élevé au premier tour) comme dans un autre (une raclée à gauche par peur du Front National). 

Hollande face au second tour

Après le processus des différentes primaires de gauche, Hollande a donc toutes chances d'être investi par le principal parti de gouvernement, le Parti Socialiste. Il trouvera probablement à ses côtés une Cécile Duflot promise à un score groupusculaire au premier tour, et Mélenchon qui pourrait constituer un non-événement. Dans l'hypothèse, invérifiable aujourd'hui tant le temps est changeant à mesure que l'on se rapproche du rivage électoral, d'une arrivée de Hollande au second tour, il devra affronter dans un face-à-face probablement très tendu soit Marine Le Pen, soit le candidat des Républicains. 

En l'état actuel de l'opinion, Hollande peut estimer qu'il aura de bonnes chances de gagner. 

Hollande face à Marine Le Pen

Cette configuration est celle qui peut rassurer le plus fortement François Hollande, dans la mesure où Marine Le Pen ne pourra s'appuyer sur toutes les voix des Républicains et des Centristes au second tour. Certains électeurs du centre et de la droite préfèreront Hollande au Front National. Cette inclination se vérifiera d'autant mieux que le programme économique du Front National n'est pas connu, mais risque d'incommoder la frange libérale de l'électorat. Sur ce point, les orientations étatistes défendues par un Florian Philippot risquent de fortement désavantager la candidate dans un duel avec Hollande. Ce dernier ne sera en effet pas gêné pour faire de la surenchère "sociale" auprès de l'électorat populaire.

Hollande face à Sarkozy

Dans l'hypothèse d'un duel Hollande-Sarkozy au second tour, la situation sera plus tendue, mais les handicaps de Hollande pourraient ne pas être insurmontables, surtout si François Bayrou se déclare candidat et appelle une nouvelle fois à voter Hollande au second tour. Avec un Front National renforcé depuis cinq ans, Nicolas Sarkozy ne pourra compter que sur une base ténue. Il en a parfaitement conscience, puisqu'il mène campagne sur les terres du Front National, dans la perspective d'un débordement à sa gauche par le Modem. Il l'ignore pas que Marine Le Pen a capté sa réserve de voix. 

Hollande face à Juppé

Dans l'autre hypothèse, celle d'un duel Hollande-Juppé au second tour, on peine à imaginer une victoire des Républicains. Juppé suscite en effet un fort rejet de la part du Front National. S'il peut compter sans véritable réserve sur l'appoint des centristes, il devra en revanche renoncer à attirer à lui les voix de Marine Le Pen, qui pourrait appeler à l'abstention, voire à faire battre un candidat jugé trop complaisant avec les boucs-émissaires du Front National. De ce point de vue, Juppé a commis de lourdes erreurs de communication ces derniers mois, notamment dans la foulée de l'attentat de Nice où il a brillé par son absence.

Pour toutes ces raisons, la candidature Juppé paraît aujourd'hui avoir mangé son pain blanc et risque bien de ne plus faire long feu.

Comme Ronaldo, une victoire par défaut

Aujourd'hui, rien n'exclut donc que Hollande ne remporte une victoire à la prochaine présidentielle, qui serait une victoire par défaut. Au fond, comme en 2012, Hollande construira son discours en creux par rapport à celui de Sarkozy. Ce dernier apparaîtra comme le candidat douloureux qui en appelle à l'énergie des Français pour redresser la barre, et Hollande se targuera d'un bilan en proposant de s'en satisfaire et de ne plus réformer. 

Comme on le sait, ce discours-là fait toujours des émules. Cela ne signifie pas que la victoire de Hollande soit assurée. En revanche, le candidat Hollande a de bonnes raisons de l'envisager. 

«Le drame, c'est quand vous laissez la place et que vos traces sur le sable s'effacent d'elles-mêmes» «Moi j'ai réglé cette question: le Mali, la réponse aux attentats de janvier, le mariage pour tous, la loi Macron... Une fois qu'on a réglé cette question, on peut tout faire pour poursuivre»

«J'ai fait cette annonce de l'inversion de la courbe du chômage parce que je croyais encore que la croissance serait de 0,7/0,8. Elle sera finalement de 0,1 ou 0,2. Puis j'ai répété cet engagement lors des vœux le 31 décembre 2012. J'ai eu tort»

«Il n'y a pas eu de communication à l'égard des Français, il y a eu une communication d'une partie de la gauche contre une autre partie de la gauche. Pour résumer: Manuel Valls contre Martine Aubry. Ça ne permet pas d'éclairer ce que l'on fait»

Les 3 dossiers chauds de la rentrée

Les vacances approchent et à peine ont-elles commencé qu’en arrière-fond, déjà, les rumeurs de ce qui fera la rentrée nous parviennent. Voici donc, en guise de petite préparation au retour, un point sur les dossiers chauds que vous retrouverez en septembre.

Le terrorisme, encore et toujours

Croisons les doigts pour qu’aucun attentat meurtrier ne survienne sur nos plages (dans le genre petit commando qui fait irruption sur les plages des Kalachnikovs à la maison et y provoque un terrible carnage) durant le mois d’août. Le pire malheureusement, même s’il n’est jamais sûr, n’est pas à exclure.

Quoi qu’il arrive, le terrorisme constitue un méchant choc exogène pour la population française. Personne ne sait encore jusqu’où ira le mal. Pour l’instant, le phénomène de représailles ethniques ne s’est pas produit, mais on peut se demander combien de temps continuera l’apparente paix civile qui règne en France.

Sur le champ proprement politique, la capacité du gouvernement à mobiliser les services publics restera sans doute l’une des principales interrogations qui secouent l’opinion et le débat public. C’est probablement sur ce terrain-là que se jouera une partie importante de la phase précédent les primaires à gauche et à droite.

L’avenir du multiculturalisme

Fortement lié au terrorisme, le multiculturalisme devrait continuer sa traversée du désert en France, entamée l’an dernier avec les attentats contre Charlie Hebdo. Le pays peut-il encore endosser une stratégie ethnique qui correspond peu à sa tradition et mène, partout dans le monde, à des échecs patents. Les violences aux États-Unis ont montré le naufrage de la discrimination positive et du patchwork ethnique. Les attentats en France soulignent les risques auxquels nous nous exposons en renonçant à une puissante politique éducative capable d’assimiler les nouveaux venus.

On peut imaginer que, dès la rentrée, la question des politiques éducatives soit posée avec d’autant plus de vigueur que la ministre alibi Vallaud-Belkacem affiche un bilan complètement nul sur le sujet.

Chômage, croissance, crise

Les derniers chiffres du chômage et de la croissance ont montré que le « ça va mieux » de François Hollande confirmait tout ce que l’on savait déjà de la profonde ignorance en économie dont cet ancien magistrat de la Cour des Comptes est porteur. En plus de 4 ans de mandat, toutes les prédictions et annonces économiques du Président ont été systématiquement désavouées par les faits. Le « ça va mieux » du 14 juillet, les promesses sur l’emploi et la croissance viennent, ces derniers jours, d’en reprendre un vilain coup sur le museau.

Le pire serait évidemment que ce ralentissement annoncé sur ce blog il y a quelques semaines ne se joigne à une déroute des marchés financiers à la rentrée. Pour le coup, la situation globale deviendrait extrêmement mauvaise.

Surveiller le pré-2017

Comme toujours à l’automne, les débats budgétaires seront à suivre. Cette année, les projets gouvernementaux mériteront un suivi à la loupe, dans la mesure où François Hollande devrait avoir la tentation de dilapider largement les fonds publics pour assurer sa réélection. Pour être à nouveau candidat, le Président aura besoin d’alliés. Voilà autant d’occasions de faire des cadeaux à des amis qui se sont parfois sentis maltraités par Manuel Valls.

Ce blog suivra avec une attention toute particulière ces évolutions et consacrera plusieurs articles à ces questions, notamment sous le prisme de la transparence du financement syndical, dont je parie qu’il sera un sujet privilégié.

D’ici là, bonnes vacances à tous.

L’attentat de Nice en passe de devenir une affaire d’Etat

Après l’attentat de Nice, ça craint méchamment du boudin pour Bernard Cazeneuve, lampiste officiel de François Hollande et de Manuel Valls. Même les petits cire-pompes du régime comme Slate, le site de Jacques Attali, sont en train de le lâcher en plein vol et sans parachute. L’atterrissage risque d’être douloureux!

Mais que s’est-il passé après l’attentat de Nice?

Petit à petit, c’est un imbroglio officiel qui se dessine – un de plus diront les mauvaises langues! pour une majorité parlementaire dont la cacophonie est une marque de fabrique. Il devient d’ailleurs de plus en plus difficile de comprendre ce qui s’est passé dans les heures qui ont suivi l’attentat.

Ce qui est acquis, à ce stade, est que les caméras de vidéosurveillance ont bien fonctionné à Nice, et qu’elles regorgent d’images de l’attentat. Le spectacle est si convainquant que François Hollande s’en est fait personnellement envoyer une copie du best-of le samedi qui a suivi la tragédie. Dès le week-end suivant le drame, l’Elysée pouvait donc constater l’épaisse différence entre les propos soutenus par son ministre de l’Intérieur (qui a toute sa confiance) et la réalité.

Dans la foulée, la Sous-Direction de l’Anti-Terrorisme (SDAT) a envoyé deux policiers auprès de Sandra Bertin, chef du centre de supervision urbain de la ville de Nice, pour regarder les images. La SDAT, sous le contrôle du Parquet (donc de François Molins), a demandé à Sandra Bertin de rédiger un rapport sur le dispositif présent ce soir-là, puis a demandé la destruction des images.

Les accusations de Sandra Bertin

Selon Sandra Bertin, cette opération a essentiellement visé à dissimuler la vérité sur les carences de la police nationale au moment de l’attentat, et à empêcher de les démontrer. Elle soutient que le cabinet du ministre lui-même a fait pression pour maquiller les faits. Voici ses propos:

« Le lendemain des attentats, le cabinet du ministre de l’Intérieur a envoyé un commissaire au CSU (centre de supervision urbain) qui m’a mise en ligne avec la Place Beauvau », raconte Sandra Bertin (…).

La chef du CSU dit avoir « eu affaire à une personne pressée qui m’a demandé un compte-rendu signalant des points de présence de la police municipale, les barrières, et de bien préciser que l’on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité ». (…)

« Je lui ai répondu que je n’écrirais que ce que j’avais vu. Or la police nationale était peut-être là, mais elle ne m’est pas apparue sur les vidéos. Cette personne m’a alors demandé d’envoyer par e-mail une version modifiable du rapport, pour +ne pas tout retaper+. J’ai été harcelée pendant une heure, on m’a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n’ai pas vues à l’écran. A tel point que j’ai dû physiquement renvoyer du CSU l’émissaire du ministère! », poursuit Mme Bertin.

« J’ai finalement envoyé par e-mail une version PDF non modifiable et une autre modifiable. Puis, quelques jours plus tard, la sous-direction antiterroriste m’a demandé d’effacer les bandes des six caméras que j’ai mentionnées dans mon rapport, celles qui ont filmé la tuerie. On nous a demandé, pour les besoins de l’enquête, d’extraire huit jours de bande sur 180 caméras. Et maintenant il faudrait en effacer certaines pour empêcher leur diffusion au public », ajoute-t-elle.

Voilà qui commence à faire sérieusement tache. Entre les demandes de trucage des positions et l’ordre de détruire les images en possession de la ville de Nice, on dirait que le Parquet n’est pas très loin de l’affaire d’Etat.

À ce stade, on notera que François Molins prend sur lui la responsabilité de ces demandes. Son insistance montre bien dans quel pétrin se trouve l’Elysée, et comment François Hollande multiplie les pare-feux pour éviter la contagion de l’incendie jusqu’au Château.

Cazeneuve patauge dans la salade niçoise

Pour Bernard Cazeneuve, à qui la clique socialiste a redit sa confiance et son amitié, comme un avant-goût de discours mortuaire, la situation va vite devenir intenable. Toujours psychorigide, notre brillant ministre de l’Intérieur a organisé son propre piège: il a déposé plainte pour diffamation contre la fameuse Sandra Bertin. Voilà ce qui s’appelle se tirer une balle dans le pied.

En effet… c’est donc un magistrat du siège qui va devoir jugé si oui ou non les accusations de la policière municipale contre le Parquet sont justifiées. Et le plaignant n’est autre que le ministre de l’Intérieur lui-même. Dans le remake de David contre Goliath, du gentil pot de terre face au méchant pot de fer, cette affaire devrait trouver une place digne d’Hollywood.

On s’amuse par avance des polémiques que la mairie de Nice pourra lancer à foison contre l’alliance des puissants qui veut étouffer une vérité qui la dérange. Personne ne sait quel peut-être l’abruti qui a proposé à Cazeneuve d’apporter une réponse judiciaire à l’attaque, mais il mérite en tout cas une médaille de premier ordre.

Ajoutons que dans le bourbier niçois où Cazeneuve saute à pieds joints, Sandra Bertin est aussi déléguée syndicale. Tous les ingrédients sont donc réunis pour un enlisement du ministre dans les sables mouvants. Même un bleu n’aurait pas agi de la sorte.

L’imposture Cazeneuve démasquée

Si Cazeneuve fait propre sur lui et se montre docile aux intérêts du gouvernement profond, son imposture apparaît de façon grandissante.

On se souvient ici de ses dénis sur l’affaire de Sivens, de sa façon de manquer d’empathie pour les victimes, de cette froide hostilité pour tous ces gêneurs qui demandent une police au service du citoyen. Mais, à l’époque, Cazeneuve faisait peur aux medias qui se sentaient obligés de lui cirer les pompes. L’exercice est de plus en plus difficile à mener.

Tant que les attentats du 13 novembre n’étaient pas survenus, on pouvait encore ranger dans la catégorie paranoïaque de « complotistes » tous ceux qui pointaient les circonstances troublantes de l’attentat contre Charlie Hebdo ou contre l’Hyper Casher. Depuis le 13 novembre, à mesure que les mois passent, cette disqualification des esprits critiques est de plus en plus difficile à justifier.

Cazeneuve ne l’a pas compris, et a continué à sortir ses salades comme si de rien n’était après l’attentat de Nice.

Le 16 juillet, Cazeneuve annonçait ainsi à la presse que l’auteur de l’attentat de Nice s’était radicalisé rapidement. Le Parquet (indépendant du pouvoir, bien entendu) était en charge de l’affaire, mais c’est le ministre de l’Intérieur qui commente le dossier. Pour dire une bêtise puisque, dès les premières heures, les enquêteurs comprenaient que le terroriste préméditait son acte depuis plusieurs mois.

Le 21 juillet, Cazeneuve accusait Libération de « complotisme », après des révélations sur les failles de la police. Le voilà, l’argument! tous ceux qui demandent des comptes à la police sont des complotistes.

Cette fois-ci, Cazeneuve devrait avoir droit au repas qu’il mérite: il mangera son chapeau. Et, souhaitons-le pour tous ceux qui en ont assez de cette caste au pouvoir pleine de morgue, il démissionnera.

Comment Hollande carbonise Cazeneuve

On adore! C’est du travail de pro! Hollande, qui n’a jamais exercé la moindre responsabilité en France avec une réussite simplement minimal, excelle dans un et un seul art: celui de carboniser les lampistes pour garder les mains propres. Un art qui demande des pré-dispositions certaines, qu’il a parfaites à l’ENA puis au Parti Socialiste!

Hollande a mesuré la catastrophe de Nice

Pour Hollande, l’attentat de Nice constitue une bien méchante épine dans le pied. Pendant que son second couteau Cazeneuve expliquait avec la constance du professeur de catéchisme: « Il n’y a pas de faille dans notre dispositif, seuls les complotistes disent le contraire », François le bien coiffé était pris d’un doute. Et si les flics qui broutent la moquette de Cazeneuve avaient menti? Et si Estrosi avait raison? si les policiers nationaux avaient vraiment tiré au flanc à Nice ce soir-là?

Comme le révèle le Figaro, Hollande s’est fait envoyer dès samedi les images de la vidéosurveillance sur la Promenade des Anglais. Il sait, donc, ce qui s’est passé ce soir-là. En tout cas, il est l’un des mieux informés en France sur le sujet.

Hollande a-t-il demandé la destruction des images?

Comme l’indique encore le Figaro, la sous-direction anti-terroriste (SDAT) a demandé, dans la foulée de cette transmission, la destruction des épreuves. Une réquisition officielle a exigé des services de la ville de Nice une destruction des images tournées le 13 juillet par les caméras municipales.

Détruire des preuves? Il est très probable que la SDAT n’ait pas formulé cette demande sans une instruction écrite en très très haut lieu. Un scandale d’Etat commence.

Cazeneuve et Valls étaient-ils au courant de cette demande? Tout laisse à penser que non, car on voit mal pourquoi ils auraient maintenu un tir de barrage face à l’opposition avec aussi peu de munitions dans leur besace. Le plus vraisemblable est que Hollande, dès dimanche, ait compris que sa seule chance de survie face à l’ignoble incompétence de la préfectorale et de la police, était d’attirer les foudres de l’opinion sur Cazeneuve et Valls.

En douce, il a donc décidé de les laisser se débattre dans leurs sables mouvants.

Hollande fera-t-il payer les lampistes?

En tout cas, une explication est enfin donnée. On se demandait pourquoi un Cazeneuve, qui n’est pas énarque, pouvait afficher autant de morgue pour un bilan aussi nul. Et surtout, cette espèce de balai qu’il s’enfonce toujours bien droit avant de parler à la télévision, rien que pour égrener d’un ton docte des banalités affligeantes. Pourquoi avoir supporté tout cela pendant autant de temps?

Parce que, nous le savons maintenant, il était l’invité permanent du dîner de cons organisé par François Hollande.

Bernard Cazeneuve a désormais une mission officielle, la suprême, celle qui lui va d’ailleurs comme un gant: jouer le rôle de paratonnerre à fèces pour son Président adoré. C’est si bon, mon doux et bon maître!

Hollande: la coiffure adoucit les moeurs

L’interview de François Hollande ce 14 juillet n’a pas démérité: elle a sonné tellement creux et a procédé d’un esprit tellement lisse, qu’on peinerait à y voir un cheveu dépasser. Il faut dire que le scandale du coiffeur à 10.000 euros par mois a placé le débat au juste niveau où le Président l’a situé depuis 4 ans, c’est-à-dire entre Closer et Femme Actuelle.

Un coiffeur vous manque et tout est dépeuplé

Il faut lire le Canard Enchaîné (1,2€) pour comprendre le fin mot de l’affaire sur cette histoire de coiffeur. L’existence du gaillard (mais sans mention de son salaire) est révélée au printemps dans le livre L’Elysée offLe coiffeur, manifestement plus doué des mains que du cerveau, attaque l’ouvrage en diffamation à Nanterre. Pour prouver ses dires (dans une procédure qui a lieu le 7 juillet), il fournit l’arrêté de nomination à l’Elysée qui fixe sa rémunération mensuelle brute.

C’est malin, non? Il n’a pas fallu une semaine pour que ce document subtilement produit en justice se retrouve dans la presse. Non seulement Hollande ne tient pas Macron, mais il ne tient même pas son coiffeur, pourtant disponible pour lui en permanence.

Les petits secrets de 2012 se dévoilent

Personne n’a pris la peine de relever que le salaire du coiffeur est à peine inférieur à celui d’un ministre. Les mauvaises langues s’étaient pourtant offusquées au retour de la gauche en 2012: ceux qui arrivaient dans les cabinets, à cette époque, en conspuant les dérives sarkoziennes, pensaient qu’ils pourraient se goinfrer comme avant 2002. Leur surprise fut grande, parait-il, en découvrant que l’ignoble Sarkozy avait moralisé les rémunérations des cabinets en interdisant que les conseillers soient plus payés que leur ministre.

Le coiffeur de Hollande doit donc à Sarkozy de ne pas être payé plus cher qu’un ministre. D’où peut-être sa fureur et ses actions en justice quatre ans plus tard. Il est vrai qu’un coiffeur sert à quelque chose, alors qu’un ministre, on se pose parfois la question.

Après un coiffeur, Hollande recrute-t-il une femme de ménage?

Le spectacle consternant d’une interview vide de toute perspective et de toute vision d’avenir ne doit pas masquer l’essentiel: François Hollande a téléphoné hier à Theresa May. On peut se demander toutefois si notre Président maîtrise bien tous les usages:

Le Président a rappelé son souhait que les négociations pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne soient engagées le plus rapidement possible.

Appeler son hôte pour la congédier, voilà qui n’est pas très fair-play. Peut-être Hollande est-il pressé de la voir se libérer pour venir faire le ménage en France.

La coiffure adoucit les moeurs

Au chapitre Emmanuel Macron, Hollande, sans surprise, n’a pas pris de décision. Il a essayé de prendre une grosse voix, comme au temps de Valérie Trierweiler… et avec le même succès. Il a menacé l’intéressé d’un renvoi, façon dispute de racailles à Saint-Denis devant un marchand de kebab: « Retenez-moi ou je le frappe ». Mais le Macron est toujours ministre!

Dans la pratique, Macron a mis Hollande échec et pat: le roi n’est pas directement menacé, mais il ne peut plus bouger. Macron est le maître du calendrier présidentiel.

La laque lui est montée à la tête

Pour le reste, manifestement trompé par un nuage de laque, François Hollande a fait l’éloge de sa politique et de ses réussites.

«Nous aurons une baisse du chômage à la fin de l’année». François Hollande prend l’engagement d’une amélioration sur le front de l’emploi, mais elle ne sera pas encore suffisante. «J’ai fait les bons choix», affirme-t-il. «Ça veut dire que la politique que j’ai engagée, il va falloir la poursuivre», ajoute-t-il.

Le pastis au petit déjeuner quand on a une interview télévisée après un défilé militaire, c’est dangereux: ça brouille la raison.

Attali soutient Macron

Pendant ce temps, l’autre bien coiffé du gouvernement, Emmanuel Macron, installe sa campagne en fanfare. Aujourd’hui, c’est la feuille de propagande du gouvernement profond, Slate, qui s’est fendu d’un article totalement cire-pompe sur le génie d’Emmanuel Macron:

Depuis le départ, le jeune ministre réunit derrière lui les entrepreneurs, les entreprises, tous ceux, nombreux en France, qui ont une énergie pour avancer et qui voient l’avenir sans aucune peur, au contraire.

Le reste est à l’avenant. L’article est signé Eric Le Boucher, qui détient une carte de presse… Le canard laqué ferait mieux de descendre de son crochet: il est prêt à passer à la casserole.

Que cache la chiraquisation de François Hollande?

François Hollande est en pleine chiraquisation. Son inauguration du musée « Jacques Chirac » en lieu et place du musée du quai Branly, en a donné une nouvelle manifestation. Le prononcé du discours mérite d’être relevé, parce qu’il dévoile en un quart d’heure les multiples raisons de cette adhésion à une vision très caractéristique de la fonction présidentielle et de la doctrine républicaine.

Discours lors de l’inauguration de l’exposition… par elysee

Pourquoi François Hollande se chiraquise

On notera tout d’abord les bonnes raisons que François Hollande peut trouver de multiplier les références à Jacques Chirac et, plus généralement, aux héritiers plus ou moins proches du gaullisme. Après son passage à Colombey-les-Deux-Eglises, la référence à son anté-prédécesseur tient presque du parcours touristico-religieux.

La manoeuvre est limpide, et même grossière en phase pré-électorale: François Hollande drague les électeurs républicains désorientés par le durcissement du discours à droite, notamment parmi les émules d’Alain Juppé. S’afficher comme compatible avec le gaullisme à l’approche d’une campagne où la diminution du nombre de fonctionnaires devrait être un thème de clivage majeur peut être un bon calcul, après tout.

Chirac ou l’effet miroir

Au-delà du calcul tactique dont personne n’est dupe, François Hollande a d’autres bonnes raisons d’enjamber les scissions politiques pour retrouver la figure chiraquienne.

Tous les deux sont des énarques élus en Corrèze, dans des bastions ruraux où ils ont pu donner libre cours à une sorte de radical-socialisme fondé sur l’immobilisme et la culture du notable. L’un et l’autre appartiennent à cette France (des débuts) de la IIIè République, dont la vie, en état végétatif, est artificiellement prolongée à coups de subventions, de dotations grotesques de l’Etat (l’aéroport de Brive en est la preuve), de surfonctionnarisation et de facilités en tous genres.

Peut-être même trouvera-t-on chez François Hollande un pincement pour cette époque où il présidait le conseil général de Corrèze (qu’il a mis en quasi-faillite), à l’abri de la pression présidentielle – le temps béni où il pouvait caresser le cul des vaches et serrer la pogne des paysans en se jetant des canons. Quelle était simple, cette France des années 90, où l’endettement public protégeait sans limite la professionnalisation d’une classe politique sans envergure, hyper-professionnalisée et nourrie au sirop de l’immobilisme facile.

L’espérance fétichiste de la réélection

La ressemblance ne s’arrête pas là! Comme Chirac, Hollande a aimé jouer la carte du bon gars qui ne se prend pas trop au sérieux, qui reste sympathique, bon vivant, dans l’adversité. Comme Chirac, il a mené une politique erratique, opportuniste, avec des revirements, des mesurettes, de l’esbroufe, des postures de communication sans envergure et sans vision à long terme.

L’invocation des esprits chiraquiens aujourd’hui répond manifestement à la croyance magique qu’une bonne transe sous hypnose en invoquant les dieux corréziens lui permettra le même tour de force que Chirac en 2002: celui d’une réélection inattendue avec un deuxième tour face au Front National. C’est le côté superstitieux de François Hollande.

L’invocation de l’antiracisme comme doctrine politique

Comme par hasard, c’est sur la doctrine floue et variable de l’antiracisme que Hollande a choisi de célébrer Jacques Chirac, le fondateur du musée du quai Branly. Ah! les arts premiers, symbole de l’égalité de toutes les cultures, de leur relativité au fond.

Incidemment, une doctrine républicaine nouvelle se diffuse à travers la célébration de ces arts premiers: la France n’est plus universelle, comme par le passé, parce qu’elle montre la voie de la civilisation. Elle est universelle parce qu’elle sait que toutes les cultures se valent et qu’elle leur fait, à chacune, une place égale sur son sol. Là où la France existait en donnant l’exemple, elle devient le réceptacle de l’exemple donné par les autres. Autrefois, la France tenait le flambeau. Aujourd’hui, elle tient un miroir.

Tiens! le délire terranovien du grand melting-pot métissant français a commencé.

L’ahurissante récupération diplomatique

Avec François Hollande, l’invocation de Chirac sert aussi à une récupération sans scrupule du topique « multiculturaliste » à des fins diplomatico-militaires. Il paraît que nous faisons la guerre à Bachar El-Assad parce que nous aimons les arts premiers et l’égalité entre toutes les civilisations. C’est pourquoi nous faisons la guerre aux dictateurs. Il fallait l’oser celle-là! Du Chirac dans le texte.

Dans le même temps, Hollande ne parle pas des autres dictateurs à qui il rend visite, notamment aux émirs saoudiens. Il fait en revanche l’éloge de l’antenne du Louvre qui doit ouvrir à Abu Dabi prochainement, comme preuve de l’attachement de la France à l’égalité de toutes les cultures et à l’amour de l’Humanité tout entière. Que des opposants soient régulièrement emprisonnés dans cet émirat islamiste ne pose toutefois pas problème à notre Président défenseur des Droits de l’Homme, que le chantier du Louvre ait été réalisé par des quasi-esclaves non plus. Sans parler de la censure morale qui reste très loin de notre mode de vie « universel ».

Immobilisme et opportunisme sont les deux mamelles du chiraquisme

Bref, François Hollande ne se gêne plus pour courtiser l’aile gauche des Républicains et se chercher une nouvelle vertu en invoquant tous les démons du chiraquisme, en particulier une capacité à tout justifier par n’importe quoi, et une résistance structurelle au changement.

L’avantage avec Hollande, c’est qu’une fois réélu on saura par avance dans quel état se trouvera le pays à la fin de son second quinquennat.