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Fillon crée la surprise, Hollande en route vers la primaire

Fillon devrait créer une belle surprise ce dimanche à la primaire des Républicains. Pendant ce temps, plus personne, dans le camp de Hollande, n’a le moindre doute sur l’intention du Président de descendre dans l’arène pour la primaire.

Fillon porté par une vague de dernière minute

Ce matin, j’ai reçu dans ma boîte mail un appel un peu inattendu à voter Fillon. L’appel vient d’un partenaire qui n’a pas coutume de « mouiller » sa chemise de cette façon. Ce genre de petit incident constitue un signal faible précieux sur la tectonique des plaques à l’oeuvre à droite, loin du regard des caméras et des médias subventionnés.

Paradoxalement, d’ailleurs, l’indifférence de ces medias pour Fillon a probablement aidé à la survenue de ce mouvement. Fillon n’apparaît pas comme un fake imposé par l’élite parisienne. Il n’est pas une coqueluche que l’on sert au fin fond des campagnes à coup de publicité grossière, d’interviews complaisantes qui n’ont pas plus de contenu que des sports publicitaires.

Si Fillon devait se qualifier pour le second tour, la leçon mériterait d’être retenue par tous les autres candidats: si vous voulez être populaires, abstenez-vous des médias subventionnés. Ils ne portent pas chance!

Le nouvelle ne serait en tout cas pas très bonne pour Macron.

Fillon sur une ligne libérale

L’autre avantage, pour Fillon, de ne pas avoir eu besoin des medias pour créer ce sursaut tient à la virginité de son programme, qui comporte la plus forte dose de libéralisme dans le scrutin. Sa légitimité à la défendre sera forte, car il pourra se revendiquer d’un soutien populaire, d’une vague venue du sol, et non d’un caprice imposé par les élites.

Parmi ceux qui me disent aller voter Fillon, je suis par ailleurs étonné de lire le nom d’un certain nombre de gaullistes sociaux qui ne se sont pas retrouvés dans le programme de Juppé, ni dans celui de Sarkozy. Cela signifie donc qu’une prise de conscience s’est faite, même chez les plus étatistes, sur l’excès d’Etat qui existe en France.

Par-delà les idéologies, il existe une sorte de sentier historique des peuples. La France n’abandonnera jamais sa sphère publique. Elle aime trop l’Etat et ses bienfaits. Mais elle aime quand même avec mesure. Lorsque les dépenses publiques franchissent la barre des 50% du PIB, la respiration du pays se fait plus difficile et la vitesse ralentit. Le vote Fillon correspondra bien à cette réaction contre la suffocation lente qui nous étouffe depuis 2008.

Mais qui Fillon est-il en train de sortir?

Reste à savoir quel candidat souffrira le plus de ce « moment Fillon ».

Est-ce Juppé, qui a vécu la malchance de faire la course en tête des sondages? Du coup, il est apparu comme le favori du gouvernement profond et les rumeurs à droite, sur son cas, sont allées bon train. Certains soutenaient même que la candidature Juppé était très soutenue par les Américains. À force de se présidentialiser, en tout cas, Juppé a donné le sentiment d’une aspiration à l’immobilisme avant même d’avoir été élu. Ses références à Chirac n’ont pas aidé à le sortir de cette ornière.

Est-ce Sarkozy, qui a reçu des coups terribles pendant la campagne? Le livre de Buisson l’a littéralement assassiné en tapant sur une blessure ouverte. Depuis plusieurs mois, beaucoup à droite répétaient que le bilan de Sarkozy ne plaidait pas en sa faveur, et certains avaient le pressentiment que le personnage était capable de mentir comme un arracheur de dents. À tous ceux-là, Buisson a apporté une confirmation qui pèse lourd, aujourd’hui, dans les arbitrages de dernière minute.

Rendez-vous dimanche soir pour savoir le résultat des courses.

Hollande va se présenter

La campagne s’achève à droite, et devrait commencer à gauche. Dans les allées du pouvoir, tout le monde en est convaincu: Hollande annoncera sa candidature début décembre. Vous avez détesté la primaire de la droite? Vous abhorrez plus fort la primaire de la gauche.

Bref, Hollande tiendra, comme prévu, un meeting début décembre dans le 18è arrondissement pour déclarer sa candidature. Qui la fera avec lui? On s’en amuse déjà. Personne, à gauche, ne croit à la victoire, et même pas au passage au second tour. Tous contemplent avec stupéfaction le suicide en bon ordre de leur leader, qui entend bien, façon Sardanapale, être enterré avec ses esclaves et ses favorites (et même avec ses chevaux).

En avant donc, pour une guerre fratricide à gauche à propos de laquelle les mauvais esprits pronostiquent une victoire finale de Mélenchon, au premier tour de la présidentielle.

Les primaires tuent-elles la démocratie?

Les primaires devaient – et c’était une bonne idée – participer à la démocratie en rendant plus transparent le fonctionnement des partis politiques. Leur déroulement pourrait très bien aboutir au contraire: à force d’allonger la campagne électorale, et d’enchaîner débats confus pour ceux qui cherchent une investiture, et discours vides pour ceux qui font cavaliers seuls, les primaires forgent progressivement une lassitude pour le formalisme démocratique sans véritablement atteindre le fond des problèmes.

Un calendrier infernal

Avec les primaires, la campagne électorale dure un an. Les législatives s’achèveront en juin 2017, et c’est en juin 2016 que les rivalités pour les primaires ont commencé. En poussant le bouchon, on pourrait même identifier le début de la campagne à droite vers le mois d’avril ou mai 2016.

Avec plus de douze mois de préemption du débat public par les discours de campagne, le citoyen a le vertige: la démocratie, n’est-ce que préparer des élections? Le calendrier des primaires produit une sorte d’excès de débat, d’hyperactivité oratoire qui discrédite l’exercice.

On notera qu’aux Etats-Unis, les primaires démocrates et républicaines sont conduites en même temps.

Les débats se suivent et se ressemblent

Dans la lassitude qui gagne, la succession de débats répétitifs ajoute un ennui à tant d’autres. Le débat qui avait lieu hier soir entre candidats républicains l’a encore montré. Qui écoute encore sept personnalités dont les désaccords sont connus échanger de façon mécanique leurs divergences de vue sur les mêmes dossiers?

On pourrait s’en amuser si l’effet induit par cette sorte de rituel n’était pas à l’exact opposé des intentions affichées. Dans la pratique, on peine à croire que la famille républicaine puisse avoir encore des débats sereins dans les années à venir, notamment en présence de Nicolas Sarkozy. Sur le fond, il est quand même compliqué de comprendre que des gens qui appartiennent au même parti et se fréquentent depuis tant d’années aient encore besoin de débats aussi longs pour convaincre.

Les Républicains ne vendront pas de rêve

Une chose est sûre à l’issue du débat: le candidat républicain, s’il est élu à l’Elysée, ne rasera pas complètement gratis. Dans tous les cas, il promet une curée dans les effectifs de la fonction publique. Même Juppé supprimerait 300.000 fonctionnaires.

Nul ne sait si ces promesses seront tenues, mais un fait marque les esprits. Les Républicains n’ont pas vendu de rêve et ont eu à coeur de chiffrer leur programme. Certains ont même pondu des encyclopédies sur le sujet, comme Bruno Lemaire, devrait se prendre une veste. Tout ça pour ça! dommage pour ceux qui ont passé des nuits à tenir la plume.

On verra en mai si la tactique de la vérité (partielle, forcément, dans ce genre d’exercice) est payante.

Macron se différencie en vendant du rêve

Quelques heures avant le débat des Républicains, BFM TV retransmettait en direct le meeting de Macron à Marseille. Façon caucus américaine, Macron a prononcé un discours plein de promesses, aux antipodes de la technique en vigueur chez les Républicains. Ici, on vend du rêve et de l’optimisme, pas du sang, de la sueur et des larmes. La tactique sera-t-elle payante?

Macron a quand même quelques épées de Damoclès au-dessus de la tête, notamment sur ses relations avec les milieux d’affaires qui font sa campagne. Pour l’instant, il joue l’homme libre révolté contre le système. Combien de temps durera cette imposture?

Celui qu’il faudra sans doute pour l’obliger à chiffrer son programme et à dire clairement qui paiera pour qui, sans effet de manche inutile.

La démocratie fatiguée

Reste que la démocratie sortira sans doute très fatiguée de cet exercice où le citoyen se transforme en spectateur hyperactif d’un déluge rhétorique où tout et son contraire lui sont promis. On aurait voulu non pas banaliser, mais rendre insignifiante la parole politique, qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

Réflexion faite, à l’issue de ce premier cycle de primaire généralisée, on comprend mieux pourquoi les Américains votent peu le jour du scrutin.

L’étrange destin de Jean-François Copé

Article écrit pour Atlantico.

L’aventure de Jean-François Copé dans la primaire des Républicains constitue probablement l’un des moments les plus étranges de ce scrutin. On le regrettera, sur le fond, car le bonhomme était prometteur et avait devant lui un destin utile au pays.

L’incontestable compétence au pouvoir

Du parcours de Jean-François Copé, on préfère retenir le passage au ministère du Budget, où le bonhomme a laissé le souvenir d’une personnalité compétente, connaissant ses dossiers et gérant bien les affaires de l’Etat. Tel était Copé dans sa version initiale, lorsqu’il n’était pas enivré par le fric facile des années 2000. Ses amis de Bygmalion n’avaient pas encore construit leur fortune sur des « coups » obtenus grâce à de l’entregent.

En suivant son bonhomme de chemin, Copé se serait probablement imposé comme le meilleur de sa génération.

Copé a-t-il voulu aller trop vite?

Puis il y eut ce qu’on connaît: l’empoignade avec Fillon en 2012, qui suit, mais l’opinion ne le sait pas encore, les affaires avec Bygmalion. Comment un destin aussi brillant peut-il brutalement basculer dans ce grand n’importe quoi ? Entretemps, l’opinion publique a vu les photos de Copé autour de la piscine de l’inévitable Takieddine, qu’on retrouve aujourd’hui dans les affaires de financement libyen. L’homme a viré dans un autre monde, sans foi ni loi. Et soudain, Copé fait oublier ses compétences et n’existe plus que par les affaires: celles d’un homme qui semble ne reculer devant rien pour réussir.

Est-ce une ambition démesurée, mal calibrée, mal maîtrisée? Le mal est fait.

Monsieur 1%

Son retour dans la primaire des Républicains est inespéré mais, d’emblée, ressemble comme deux gouttes d’eau au retour de Monte-Cristo. Le propos de Copé n’est pas inintéressant d’ailleurs. Il propose des mesures utiles, comme la fin du paritarisme. Mais tout se passe comme si son discours était un prétexte à une réhabilitation vengeresse. Au fond, le programme est un écran de fumée qui peine à dissimuler l’immense rancoeur qui habite l’homme.

L’opinion publique s’en rend compte, qui n’accorde pas plus de 1% d’intentions de vote à l’ancien président du parti.

Le rejet de Fillon et de Sarkozy

Du même coup, Copé a des comptes à régler. Avec Fillon, bien sûr, qui a contesté sa courte victoire en 2012. Les plaies ne sont pas fermées. Avec Sarkozy, bien sûr, qui a reporté sur lui la responsabilité de l’affaire Bygmalion. Entre ces trois-là, les cadavres sont nombreux et les haines vivaces. Et Copé la joue un tantinet Caliméro en jugeant que les Français sont plus exigeants avec lui qu’avec Sarkozy.

L’improbable rapprochement avec Juppé

Certaines portes étant impossibles à ouvrir, Copé revient aux stratégies de repli. Il a souligné aujourd’hui sa proximité avec Alain Juppé. Voilà qui sent le ralliement de dernière minute, sur des bases idéologiques qui semblent très complexes à saisir.

Si les deux candidats se rejoignent sur le recours (très autoritaire et étatiste) aux ordonnances, ils se divisent sur le reste. En particulier, Copé propose la fin de la sécurité de l’emploi pour les fonctionnaires. On voit mal Juppé se rallier à cette idée. Comme le dit très bien Copé, son alliance éventuelle avec Juppé reposera d’abord sur des filiations personnelles. Pas sur une unité idéologique.

Et si l’on importait les pratiques américaines?

Le spectacle offert par cette campagne désole. Au moment où Emmanuel Macron menace les Républicains sur leur flanc gauche, les plus droitiers feraient bien de se rassembler.

Les primaires américaines donnent quelques astuces pour éviter ces situations extrêmes. Par exemple, lorsqu’un candidat n’a plus aucune chance, il abandonne plutôt que de pousser son échec jusqu’au bout. La manoeuvre évite une désintégration complète du débat. Voilà une idée qui mériterait d’être creusée.

Mais pourquoi Macron est-il si soutenu par BFM TV?

Pas mal, le soutien massif de BFM TV à Emmanuel Macron. On a l’habitude de voir les mêmes informations passer en boucle sur cette chaîne, donc on n’est pas complètement surpris. Mais à ce point tout de même… La chaîne n’en a pas démordu de toute la journée, comme si plus rien d’autre ne se passait en France que la déclaration de candidature de l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée.

Quand on y regarde de près, on se pose quand même quelques questions sur la machine médiatique qui a décidé (avec maladresse) d’installer le jeune Macron dans le fauteuil du sauveur de la République.

Drahi, Macron et Bernard Mourad

Les amateurs d’entrefilets à signaux faibles ont évidemment noté cette information passée inaperçue début octobre: Patrick Drahi, homme d’affaires sulfureux, surendetté et très influent pèse de tout son poids dans la campagne du jeune Macron. Il lui a même délégué l’un de ses meilleurs colonels: Bernard Mourad.

Bernard Mourad, le patron d’Altice Media Group va abandonner ses fonctions dans les prochains jours pour rejoindre l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron comme conseiller spécial. (…) Ce proche de Patrick Drahi a choisi de démissionner pour éviter tout conflit d’intérêt dans ses nouvelles missions auprès de l’ex ministre de l’Economie, un ami de plus de 15 ans.

Son arrivée structure le mouvement « En Marche!», lancé en avril dernier par Emmanuel Macron, pour le transformer en véritable parti politique. Bernard Mourad sera plus spécifiquement en charge des questions et relations avec les sphères économiques. Cet ancien banquier d’affaires devrait également apporter une aide précieuse, grâce à ses réseaux, dans la recherche de financements pour la campagne présidentielle. (…)

Auparavant directeur général de Morgan Stanley à Paris, Bernard Mourad s’est fait connaître pour avoir épaulé Patrick Drahi sur ses deals dans les télécoms, notamment le rachat de SFR, en 2014. Durant sa carrière de banquier d’affaires, il s’était également construit une solide réputation dans le secteur des médias en conseillant l’américain Hearst dans le rachat des magazine internationaux de Lagardère. Il avait aussi conseillé Mondadori dans l’acquisition d’Emap France et accompagné des fonds d’investissement pour la reprise d’une partie de Vivendi Publishing.

Tiens! tiens! on en apprend des choses. En tout cas, Macron est bien placé pour expliquer qu’il est « contre le système » et qu’il veut rompre avec lui.

Drahi et BFM TV

À propos, je ne sais pas si vous vous souvenez que, après avoir racheté SFR en 2014, Drahi a racheté NextRadio, propriétaire de… BFM TV, en 2015. L’ensemble, appelé Altice Media, est fusionné par Mourad avec SFR en 2016. Il comporte d’autres titres bien connus comme l’Express qui, lui non plus, ne ménage ni son temps ni sa peine pour donner une bonne image de Macron.

Amusant non? un patron de presse qui soutient massivement un candidat à la présidentielle jusqu’à lui faire occuper la une de tous ses titres en disant du bien de lui…

Quand Macron faisait un gros cadeau à Drahi

Oui, mais… en 2014, l’histoire du rachat de SFR par Drahi mérite qu’on s’y arrête de près.

Lorsque Drahi présente sa candidature au rachat, il entre en concurrence avec Bouygues. Montebourg est alors ministre de l’Economie et s’oppose à la candidature de Drahi:

«Numericable a une holding au Luxembourg, son entreprise est cotée à la Bourse d’Amsterdam, sa participation personnelle est à Guernesey dans un paradis fiscal de Sa Majesté la reine d’Angleterre, et lui-même est résident suisse! Il va falloir que M. Drahi rapatrie l’ensemble de ses possessions, biens, à Paris, en France. Nous avons des questions fiscales à lui poser!»

disait à l’époque Montebourg. Nous sommes alors en mars 2014.

Et puis Montebourg, à la rentrée 2014, est viré du gouvernement. Et puis Macron lui succède. Et puis BFM TV nous apprend un jour que Macron vient d’autoriser discrètement le rachat de SFR par Drahi.

Le 28 octobre, le ministre de l’Economie a discrètement donné son feu vert à l’opération.

Ce feu vert était nécessaire suite au décret sur les investissements étrangers, signé le 14 mai dernier par Arnaud Montebourg justement. Ce décret soumet à l’approbation de Bercy tout rachat dans les télécoms.

Oh! le joli cadeau… dont Le Monde a décrit les bienfaits financiers pour Drahi lui-même.

Macron attendu au tournant?

Ces petites histoires, évidemment, tout le monde les connaît, et elles ne devraient pas tarder à jouer un vilain tour à Macron. Celui-ci va très vite devenir un puissant gêneur. Donc…

Dans le cas des soutiens très voyants accordés à Macron par les titres de Drahi, il ne s’agit plus seulement de maladresse. Il s’agit d’une véritable provocation, que ses adversaires ne tarderont pas à torpiller. Macron a beaucoup fricoté avec les milieux d’affaires… Jouer, aujourd’hui, aux parangons de la rupture va constituer un exercice véritablement difficile à mener.

Macron tue-t-il définitivement toute candidature de gauche?

La candidature d’Emmanuel Macron annoncée aujourd’hui diminue-t-elle de façon irrémédiable les chances que la gauche pourrait avoir de gagner? S’il est encore beaucoup trop tôt pour imaginer à quoi pourraient ressembler les résultats du premier tour des présidentielles, certains, à gauche, peuvent légitimement redouter que la candidature de Macron ne produise les mêmes résultats que celle de Christiane Taubira en 2002…

Macron chouchou des sondages pour la gauche

Certes, la campagne n’a pas encore commencé à gauche. Le paysage politique est donc loin d’y être fixé. De façon constante, néanmoins, Macron y est décrit comme favori par plusieurs sondages. Il devance largement à la fois Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon.

Redisons-le, ni Montebourg ni Mélenchon n’ont réellement donné le plein de leur campagne. Toutefois, l’un et l’autre ne pourront complètement ignorer le candidat Macron, dont les propositions sont encore largement inconnues. Ce dernier reçoit toutefois le soutien des partisans d’une gauche libérale modernisée dont le poids électoral exact est encore méconnu. Mais il est très probable que Macron représente plusieurs points de scrutin le jour de la présidentielle, soit au moins un million de voix. Peut-être plus…

La terrible mathématique des présidentielles

Un, deux, trois millions de voix (soit environ 6% au premier tour): ces chiffres mettent la gauche en risque manifeste. À la louche, 37 millions de Français devraient voter au premier tour en 2017. Pour obtenir 25% des voix, il faut donc décrocher entre 9 et 10 millions de voix.

Au premier tour de 2012, Hollande avait obtenu 10,2 millions de voix et Sarkozy 9,7 millions de voix. Marine Le Pen, donnée en tête du premier tour l’an prochain, avait récupéré 6,4 millions de voix. Ces chiffres donnent des bornes hautes significatives: pour se qualifier au second tour, il faut décrocher entre 6 et 10 millions de voix.

L’expérience de 2002 est encore plus parlante. L’abstention avait atteint 30% au premier tour et moins de 30 millions de Français avaient voté. Jacques Chirac avait viré en tête avec 5,6 millions de voix, et Jean-Marie Le Pen en avait obtenu 4,8 millions. Jospin avait été éliminé avec 4,6 millions. Il s’agit là de bornes basses: avec moins de 5 millions de voix, le candidat est en risque d’élimination.

La physionomie de 2017

En l’état, la présidentielle de 2017 pourrait donner lieu à un scénario intermédiaire entre 2002, avec beaucoup de candidats au coude-à-coude autour de 5 millions de voix, et 2012, où deux candidats s’étaient détachés autour de 10 millions de voix dès le premier tour.

Une projection simple laisse à penser qu’avec près de 7 millions de voix, Marine Le Pen pourrait être qualifiée au second tour. Si elle « virait » en tête, cela signifierait donc que son challenge se situerait autour de 6 millions de voix. Mathématiquement, ce calcul laisse la place à deux candidatures majeures à droite: l’une issue de la primaire, et l’autre contestant les résultats de cette primaire.

Dans cet ensemble, un candidat de gauche pourra-t-il rivaliser avec un duo Le Pen-Les Républicains? Toute la question est là: la gauche doit se trouver un candidat capable de dépasser les 6 millions de voix au premier tour.

Macron peut-il être le meilleur candidat de la gauche en 2017?

Face à ces chiffres, Macron, crédité (sur des échantillons non significatifs de 1.000 personnes) de 34%, peut en l’état créer une surprise. Cela suppose toutefois que ces bons scores durent par-delà la campagne de la gauche qui va commencer, et se traduisent dans les urnes.

On peut penser que la primaire de la gauche modifiera fortement la physionomie de la campagne menée par Macron. Personne ne sait, en l’état, si Hollande ou Valls seront candidats. Personne ne sait quel sera le score de Montebourg. Toutes ces inconnues pèsent fortement sur la recomposition des espérances de vote. Une primaire avec Hollande battant Montebourg ne donnerait absolument pas les mêmes chances de succès à Macron, qu’une primaire sans Hollande avec une forte victoire de Montebourg.

Dans tous les cas, un Macron obtenant 5% des voix au premier tour enlèverait à la gauche environ 2 millions de voix à son camp, ce qui est énorme.

Le fait Mélenchon incontournable

Dans ce paysage complexe, rappelons encore qu’en 2012, Mélenchon avait totalisé près de 4 millions de voix. Tout laisse à penser que son score de 2017 ne devrait pas se situer au-dessous de cette ligne de flottaison. Ses chances seront accrues si les militants communistes lui accordent leur confiance.

Une hypothèse d’un Mélenchon situé probablement entre 4 et 5 millions de voix rend particulièrement sensible la candidature Macron. Le couple Macron-Mélenchon pourrait constituer une sorte de trou noir d’au moins 7 millions de voix pour la gauche… soit près du quart du corps électoral qui se déplacera probablement aux urnes en mai 2017.

On le voit, la situation devient très compliquée pour le candidat de gauche restant. Le maintien d’une candidature écologiste, et de candidatures anti-capitalistes, n’aidera pas à passer le cap du premier tour au vu de la portion congrue qui reste.

Macron dans la durée…

L’inconnue majeure qui reste est de savoir quelle peut être la durée de vie d’un Macron. Pour l’instant, l’intéressé n’a pas dévoilé son programme et peut surfer sur le mythe de l’homme nouveau qui « rompt » avec le système. On peut parier que cet effet s’amoindrira, voire disparaîtra, à mesure qu’il sortira de ses ambiguïtés. On peut même compter sur ses amis de gauche pour ne lui faire aucun cadeau sur ce sujet.

Ce qui se jouera dans les prochaines semaines porte sur le manteau de voix que Macron devrait recueillir. Soit Macron parviendra à maintenir l’illusion (drolatique) qu’il n’est pas issu du système (lui, l’inspecteur général des finances enrichi dans la banque d’affaires), et il peut espérer s’approcher du second tour. Dans ce cas, il fossoiera définitivement l’ensemble de la gauche.  Soit la baudruche Macron se dégonfle, et la gauche retrouve une chance de passer au deuxième tour. Plus la baudruche se dégonflera, plus grande sera cette chance.

Macron, principal ennemi de la gauche

Pour le candidat issu de la primaire à gauche, il y aura donc une urgence: tailler des croupières à Emmanuel Macron. Une certitude est acquise aujourd’hui et une seule. La campagne de la gauche sera sanglante dans ses propres rangs, et produira l’effet probable d’une implosion atomique.

Macron assumera-t-il son bonapartisme?

Article écrit pour Atlantico.

Tiens! Emmanuel Macron déclare sa candidature, avec une interrogation majeure sur son angle d’attaque: assumera-t-il ou non le bonapartisme intrinsèque de son geste? Macron ne s’appuie en effet sur aucun parti ni sur aucun mandat pour partir à l’assaut de l’Elysée. Sa décision ne manque pas de panache. Elle se heurte toutefois à une difficulté historique de la politique française.

La tentation bonapartiste

Dans la candidature de Macron, il y a bien une sorte de relation historique entre les électeurs et lui. L’homme s’adresse directement au peuple, à l’opinion publique, en suivant une démarche qui n’a rien à envier à une mission de consultant dans une entreprise: phase de diagnostic, travail collaboratif, restitutions en bonne et due forme. Macron est concentré sur sa campagne comme un junior du Boston Consulting Group. Il en ressort quand même le sentiment d’une audace qui n’est pas déplaisante et qui attire plutôt la sympathie. Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur un candidat à la présidence qui défie les appareils officiels.

Cette relation singulière entre un homme et le corps électoral ressuscite bien le geste bonapartiste, et le projet ne manque pas de marquer les esprits.

Macron a-t-il les épaules d’un sauveur?

Reste à savoir si, au-delà des soutiens dont il bénéficie dans l’élite parisienne, Macron est taillé pour ce rôle de sauveur qu’il entend jouer. L’opinion publique française, on le sait, est exigeante. Elle aime que son président soit blanchi sous le harnais, qu’il fasse preuve d’endurance en subissant pendant plusieurs années l’épreuve électorale.

Jusqu’ici, Emmanuel Macron est passé à côté de cette loi du genre. Les sondages semblent lui conférer une réelle popularité à gauche, sans qu’il n’ait eu à user ses fonds de culotte sur les bancs des scrutins. Encore faut-il que sa candidature fasse long feu et qu’il survive au premier choc de la primaire à gauche. Ce sera son épreuve de vérité.

Le précédent de Ségolène Royal

Pour parvenir à ses fins, Macron use d’une technique dans laquelle certains verront un artifice: le programme collaboratif qui, décidément, devient une tarte à la crème de la politique française.

D’une manière générale, les programmes collaboratifs sont compliqué à faire vivre de façon sincère, dans la mesure où l’intelligence collective qu’il faut déployer pour réussir l’exercice est colossale. Les annonces de Macron méritent donc d’être prises avec un certain recul.

Ce recul est d’autant plus nécessaire que Macron s’affranchit du code implicite selon lequel seul un élu peut se présenter à l’élection présidentielle. Comme Ségolène et la « Ségosphère » de 2007, Macron devra donc réussir l’exploit de concilier une démarche bonapartiste très volontaire avec une logique de collaboration liquide. Ce mariage de la carpe et du lapin, de l’autorité et de l’écoute, de la verticalité et de l’horizontalité, est tout sauf simple à réussir.

Combien de temps la candidature Macron durera-t-elle? On suivra les sondages avec attention pour suivre l’évolution de ce parcours hors norme dont on a le sentiment qu’il se situe en permanence sur une ligne de crête. Mais c’est peut-être cela la politique: atteindre son objectif par un chemin escarpé, et sans trébucher.

Les entrepreneurs français face à Trump

Les entrepreneurs français ont subi une grande vague de désinformation sur le programme de Donald Trump depuis plusieurs mois. Pourtant, le personnage mérite qu’on s’y arrête et qu’on s’y intéressé par-delà les clichés et les lieux communs dont il a pu concentrer le feu.

Trump et le multilatéralisme appelé libre-échange

Pour les entrepreneurs français, le discours de Trump sur les grands accords commerciaux multilatéraux mérite un examen particulier. Beaucoup savent la difficulté de concurrencer sur notre marché intérieur des produits fabriqués dans des pays où la réglementation est plus souple et plus clémente. Trump est parti de cette difficulté pour bâtir son discours sur les accords commerciaux multilatéraux qui changent la donne intérieure aux Etats-Unis.

D’une manière générale, Trump a dénoncé la concurrence déloyale que ces accords permettaient sur le marché intérieur américain. Pour le nouveau président américain, le libre échange est l’une des causes de la désindustrialisation aux USA, dont les conséquences sociales sont lourdes. Peu d’entrepreneurs français prendront une position adverse.

Trump a osé porter le fer contre le libre-échange dans sa version contemporaine. La question mériterait d’être posée en France, y compris au vu de la concurrence à laquelle les pays de l’Europe Orientale se livrent.

Vers un New Deal assumé aux USA?

Dans son discours de remerciement après son élection, Trump a annoncé son intention de réinvestir dans les infrastructures publiques. Cette politique de dépenses publiques, proche d’un New Deal rooseveltien, serait menée en même temps qu’une baisse d’impôts importante.

Cette simultanéité entre baisse de la pression fiscale et activation des dépenses publiques retiendra là encore l’attention des entrepreneurs français, dans la mesure où elle répond à des préoccupations fortes.

En effet, si la France se distingue par un matraquage fiscal en bonne et due forme (spécialement sur les revenus personnels des entrepreneurs) qui devient intolérable et suscite une forte résistance l’impôt, elle peut aussi s’attrister devant la faible performance de ses services publics. Avec 5 millions de fonctionnaires et des légions de secteurs protégés de la concurrence (comme le rail), le produit de l’impôt et de la rente est en effet très faible.

La question mériterait d’être, là encore, posée en France.

Trump face au numérique

Peu relayé en France, le discours de Donald Trump sur la révolution numérique mériterait pourtant, et là encore, un examen attentif. Avec une certaine cohérence, Trump a manifesté sa méfiance vis-à-vis de l’univers numérique. Ce n’est guère surprenant, dans la mesure où il s’est plutôt fait l’avocat des perdants dans le grand basculement industriel auquel nous assistons. Voici donc un chef d’entreprise plus sensible à la cause industrielle qu’à l’enjeu Internet.

Après le piratage de données dont Sony avait été victime, il avait notamment déclaré, sur un ton libertarien:

« The internet and the whole computer age is really a mixed bag. It makes life easier in some ways, but in a lot of ways it makes it much more complex. »

<L’Internet et tout cet univers informatique est en réalité un fourre-tout. Il peut simplifier la vie à certains égards, et à beaucoup d’autres il la rend bien plus complexe>.

Cette méfiance et ce scepticisme expliquent la méfiance de la Silicon Valley pour le nouveau président. Etant entendu que tout ce petit monde a un besoin crucial de cerveaux immigrés pour travailler… et que le discours de Trump sur l’immigration ne les réjouit donc pas.

Les entrepreneurs français peuvent retenir quelques idées du discours de Trump

Au total, les entrepreneurs français feraient bien d’interroger quelques idées trumpiennes, par-delà, répétons-le, le prurit de la haine distillée par les médias officiels en France. Si l’on met à part les provocations déplacées du candidat, on retrouve en effet quelques thèmes qui méritent un débat sur le fond.

Le premier thème est incontestablement celui de la relance et de l’activation des dépenses publiques. L’Etat stratège ou régulateur qu’on nous vend, en France, depuis plusieurs années, est d’abord un Etat employeur et recruteur. L’efficacité des services qu’il propose est très contestable, de telle sorte que nous vivons cette situation paradoxale où moins l’Etat agit, plus il recrute.

Inverser cette tendance et mettre l’accent sur l’efficacité des dépenses publiques, jointe à une baisse de la pression fiscale, mérite sans doute une vraie réflexion et un débat transparent.

Le second thème est celui du libre-échange ou, en tout cas, de ce qui nous est présenté comme tel, à savoir une immense division mondiale du travail où certains pays se spécialisent dans la production pendant que d’autres se spécialisent dans la consommation à crédit. On voit bien que ce système atteint aujourd’hui ces limites et les réinterroger sereinement, mais en profondeur, n’est probablement pas une démarche inutile…

Le phénomène Trump changera la vie des entreprises européennes

Quoiqu’en en pense, et quelle que soit la façon dont le mandat de Trump se déploiera, les entreprises européennes, et singulièrement françaises, ne pourront vivre à l’abri de ce qui se passe aux Etats-Unis. Le mandat de Trump, qu’il soit actif ou pas, marquera un tournant idéologique majeur, sans compter la digue qu’il a d’ores et déjà fait sauter.

Trump démontre en effet qu’il ne sert à rien de stigmatiser les « populismes » pour les combattre. Ce message mériterait d’être étudié longuement par les politiques français.

Macron veut fluidifier le marché du travail – le cas de la démission

Article écrit pour Atlantico.

Emmanuel Macron, dans son interview au Nouvel Observateur (dont l’effet a souffert de l’élection de Trump aux Etats-Unis), dévoile une partie de son programme. Entre autres propositions techniques qui pourraient faire réagir, on notera cette idée d’autoriser le versement d’allocations chômage aux salariés qui démissionnent. L’idée correspond bien au personnage: débloquer de façon pragmatique des situations qui n’ont plus beaucoup de sens.

La démission et ses tabous historiques

Aujourd’hui, les salariés qui démissionnent n’ont pas droit à l’allocation chômage. Cette dernière est en effet versée aux salariés involontairement privés d’emplois. Or les salariés qui démissionnent n’entrent pas, à bon droit, dans cette catégorie. La démission est donc privatise d’allocation chômage.

En proposant de revenir sur ce mécanisme, beaucoup accuseront Macron de faire entrer un gros ver gourmand dans un fruit déjà pourri par les déficits. Le régime chômage (que Macron propose par ailleurs de nationaliser) cumule en effet une dette supérieure à une année de prestations, et il n’existe pas d’unanimité (parmi les partenaires sociaux) pour enrayer le phénomène. En proposant d’accroître les situations où les indemnités peuvent être versées, Macron élargit donc le déficit au lieu de le réduire.

Une dégradation de la valeur travail?

Contre cette mesure, on entend déjà les critiques existentielles. Comment peut-on indemniser un salarié pour une situation qu’il a choisie. L’indemnisation est en effet, en droit « vulgaire », la réparation d’un dommage subi. En démissionnant, le salarié ne subit rien. Au contraire, il agit.

La proposition de Macron apparaît donc bien comme un encouragement discret à quitter son emploi pour des raisons totalement intéressées. Les employeurs ont tous en tête l’exemple de ces salariés qui ont suffisamment d’ancienneté pour être indemnisés et qui cherchent la petite bête pour être licenciés: l’indemnisation qu’ils espèrent après leur licenciement est un élément de motivation… pour rompre le contrat de travail.

Cette attitude sera évidemment nourrie par la proposition du candidat Macron.

Des effets pervers non désirés

Mais il est vrai qu’en privant les démissionnaires de toute indemnité, la réglementation en vigueur produit de véritables effets pervers.

C’est le cas pour tous ceux qui s’ennuient au travail, ou qui ne s’y sentent pas bien, ou qui sont en conflit avec leur environnement. Leur appétence pour l’entreprise qui les emploie baisse au point que quitter son emploi devienne une obsession, un souhait profond.

On sait, en l’état du droit, comment se solde cette situation dans la plupart des cas: le salarié cherche des prétextes pour partir, essaie de pousser l’employeur à la faute, et la situation dégénère. Parfois les deux parties s’entendent sur une rupture conventionnelle, qui permet au salarié de partir en gardant le bénéfice de l’allocation chômage. L’absence d’allocation chômage pour les démissionnaires peut donc pousser à des comportements contentieux qui  déstabilisent la vie de l’entreprise.

Le pragmatisme Macron

En ce sens, la proposition de Macron peut éviter des moments désagréables au chef d’entreprise, et désengorger les prud’hommes. Rappelons que plus de la moitié des ruptures de contrats de travail s’explique par des démissions. C’est dire l’ampleur financière de la proposition de Macron (mal valorisée aujourd’hui) et l’impact qu’elle peut avoir sur la vie en entreprise.

Dans la pratique, on saluera son pragmatisme. Certes, intellectuellement, elle est choquante au premier abord, dans la mesure où elle « renverse » les valeurs. Mais elle aborde un sujet de préoccupation important pour les Français et elle pourrait modifier la face des relations de travail en entreprise. Au lieu de chercher la faute pour partir dans des conditions financières acceptables, le salarié malheureux pourra partir dans des conditions claires et des délais rapides.

On assiste ici au combat du pragmatisme contre la morale, et il est probable que Macron doive tôt ou tard clarifier sa position sur ce sujet.

De l’assurance contre le risque à la sécurité sociale professionnelle

En fait, Emmanuel Macron propose, sans le dire clairement, que le régime d’indemnisation du chômage perde son caractère assurantiel de protection contre le risque chômage, au profit d’une logique sensiblement différente qui tient en un mot simple: fluidifier les ruptures de contrat.

La proposition ne manque pas d’intérêt. Elle illustre une démarche pragmatique d’un « insider ».

Reste à savoir combien elle coûte pour un régime déjà exténué financièrement. Sur ce point, Macron ne dit rien, mais l’idée qu’il promeut de sécurité sociale professionnelle mise en place de façon somme toute volontaire, mais discrète, avec des droits attachés au contrat et non à la personne, a un inconvénient: elle n’est pas chiffrée budgétairement.

Comment la primaire de la droite tue le « politique autrement »

La primaire de la droite a une vertu et un résultat très efficace: ceux qui imaginaient une remise à zéro du logiciel de l’ex-UMP ont perdu aujourd’hui toute illusion. Ceux qui se présentent au suffrage en 2017 n’ont tiré aucune conséquence des échecs passés, et demeurent stables dans une étrange continuité des mêmes mauvaises pratiques.

La primaire de la droite et le cas accablant de NKM

La leader de la droite parisienne a fait l’objet d’une révélation tout à fait cocasse. Le Monde vient de révéler une conversation que l’élue parisienne avait eue avec Bernard Squarcini, ancien patron des services secrets reconverti dans la sécurité pour les grands de ce monde. On en reste bouche bée, puisque NKM, en pleine campagne pour les municipales parisiennes, déclare, en réponse à la sollicitation de « tuer Rachida Dati » à la demande de Squarcini:

« Je vais te dire, le meilleur moyen de la tuer, c’est d’éteindre. […] Et Fillon, c’est pareil, faut pas le tuer publiquement, faut l’éteindre. »

La veille au soir, NKM avait méchamment accroché Nicolas Sarkozy lors du deuxième débat télévisé de la primaire. Une réponse d’un berger à une bergère, sans doute. Mais NKM aura désormais beaucoup de mal à faire illusion sur sa capacité à sortir des règles politiques habituelles et des vieilles pratiques du RPR.

Le clan Sarkozy en pleine haine

Dans la même semaine, Davet et Lhomme révélaient que, dans le cadre des écoutes téléphoniques ordonnées pour faire la lumière sur le financement libyen de la campagne de Sarkozy, les enquêteurs avaient mis la main sur un SMS de Rachida Dati à Brice Hortefeux (datant de 2013) qui en dit long sur les coulisses de la Sarkozie:

je vais dénoncer l’argent liquide que tu as perçu pour organiser des rdv auprès de Sarko lorsqu’il était président, des relations tout aussi liquides que tu as eues avec Takieddine, l’emploi fictif de ton ex à la Caisse d’Epargne grâce à Gaubert, et l’emploi illégal de ta compagne actuelle au Parlement européen (…)

Donc, on en apprend de belles sur les petits avantages reçus ou tirés par Brice Hortefeux de sa carrière politique. Et ça, c’est mortel pour le Français moyen qui compte chaque sou à la fin du mois.

Juppé et l’identité bientôt désenchantée

De son côté, Alain Juppé parvient à se tenir (provisoirement) à l’écart des affaires de mauvais goût. Mais le ralliement de Valérie Pécresse accentue le sentiment de malaise laissé par sa candidature. L’intéressée soutient-elle Alain Juppé parce que celui-ci lui a promis Matignon en cas de victoire? La question agite tous les esprits, et les coulisses de la campagne devraient nourrir ce trouble ainsi que le sentiment diffus que les connivences opaques prennent le pas sur les choix idéologiques ou politiques.

Par exemple, lors de sa prestation de dimanche sur BFM, Valérie Pécresse était accompagnée, dans le public, par Geoffroy Didier, son ancien porte-parole de campagne, et accessoirement vice-président du Conseil Régional d’Ile-de-France. L’intéressé avait défrayé la chronique en 2013 pour avoir varié de position sur le mariage gay, et pour avoir soutenu Pierre-Yves Bournazel, porte-parole… d’Alain Juppé.

Le monde est petit…

La primaire de la droite tuera-t-elle la droite?

Ce climat d’ensemble est évidemment extrêmement lourd pour l’ensemble de la droite française. Les candidats avaient pourtant promis une campagne digne avant les vacances. Mais la concurrence fait rage et les boules puantes devraient s’intensifier jusqu’au scrutin final. Voire au-delà: personne ne peut garantir que la proclamation finale des résultats évitera à un candidat déçu de se présenter malgré tout au scrutin.

Pourquoi la gauche bannit Mélenchon

Mélenchon est le grand banni de la gauche. Ce week-end encore, la Conférence Nationale du Parti Communiste a refusé d’accorder son soutien au tribun de la France insoumise. Même si la décision n’a pas surpris le leader maximo, elle illustre bien la difficulté du bonhomme dans ses relations historiques avec son camp et témoigne de l’étrange bannissement dont il fait l’objet.

Les communistes travaillés au corps par le PS

Bien entendu, si l’appareil communiste, ou ce qu’il en reste, a rejeté Mélenchon samedi, des calculs très intéressés sont à l’oeuvre. Seuls votaient les cadres du parti, c’est-à-dire ceux qui ont un poste ou un mandat à défendre. Tous savent que leur avenir est précaire et compromis, et qu’ils ont besoin du parti socialiste pour survivre. Il suffit que le PS aligne un candidat aux législatives face à eux pour qu’ils soient balayés et que leur carrière politique s’arrête.

Avec Mélenchon, ils sont sûrs de récolter cette mesure de rétorsion dans de prochaines législatives. Le PS risque fort de ne pas leur y faire de cadeau au cas où Mélenchon ruinerait, au premier tour, la chance du candidat socialiste d’arriver au second. C’est pourquoi les cadres communistes préfèrent aujourd’hui une alliance très illusoire avec Montebourg, plutôt qu’un regroupement assez naturel avec Mélenchon.

Le calcul compliqué de Pierre Laurent

Pour Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, la situation est encore plus délicate à gérer. Depuis plusieurs mois, il refuse d’apporter son soutien à Mélenchon. Vendredi dernier, il s’est toutefois dévoilé en sa faveur, pour être démenti par ses cadres le lendemain. Ces palinodies cachent un calcul: ce sont les militants qui voteront fin novembre pour accorder ou non leur soutien à Mélenchon. Dans l’hypothèse où la base désavouerait (ce qui est plausible, voire probable) les cadres du parti, Pierre Laurent récolterait donc la mise, après avoir freiné des quatre fers la campagne du leader maximo.

Un cordon sanitaire autour de Mélenchon à gauche

Pour le reste, l’appareil politique de la gauche proroge donc le bannissement dont Mélenchon est victime depuis de très nombreuses années, probablement depuis l’invention de la gauche socialiste, au sein du Parti Socialiste, en 1988. On a oublié qu’à l’époque Mélenchon travaillait main dans la main avec Julien Dray, devenu depuis visiteur du soir à l’Elysée. Les deux compères ont suivi un chemin inverse. Dray s’est notabilisé, mu par une ambition exactement contraire à celle de Mélenchon, qui s’est radicalisé.

C’est cette radicalité qui explique sa sortie du Parti Socialiste et sa mise en quarantaine par ses anciens petits camarades.

Mélenchon, le dernier marxiste orthodoxe

Sur le fond, Mélenchon est le dernier « capé » de gauche à préserver l’héritage idéologique du marxisme. Alors que l’essentiel de l’offre politique à gauche s’est perdu dans un gloubi-boulga idéologique où la référence à une pensée unique (assez multiforme) tient lieu de substrat intellectuel, Mélenchon apparaît comme une page arrachée au livre 1 du Capital de Marx. Avec Lutte Ouvrière, il constitue donc une pièce unique.

Cette orthodoxie idéologique lui vaut sa mise à l’écart: Mélenchon a refusé de tremper dans l’espèce de combinazione idéologique qui domine la gauche. Et ce refus lui vaut de nombreuses inimitiés.

Mélenchon victime du mépris social de la gauche bobo?

Le marxisme sous-jacent de Mélenchon suffit-il à expliquer son bannissement? On trouvera dans le livre de Davet et Lhomme (Un Président ne devrait pas dire ça…) un indice qui éclaire la fâcherie entre la gauche et Mélenchon. Hollande y avoue avoir régulièrement méprisé publiquement Mélenchon et ne l’avoir jamais pris au sérieux. Pour avoir moi-même voulu un jour inviter officiellement Mélenchon, alors ministre, dans une ambassade tenue par un proche de Hollande, sous le règne de Jospin, je revois ici la moue silencieuse mais désapprobatrice de l’ambassadeur. Le refus ne tenait pas seulement du désaccord idéologique. Il tenait aussi du mépris ordinaire pour ce « petit chose » qu’était Mélenchon. Pour la gauche, et spécialement pour les hiérarques bien nés du Parti Socialiste, Mélenchon restera toujours le fils de prolo qui n’a pas voulu sacrifier au Dieu argent et à la fascination pour les puissants.

Et ça, c’est difficile à pardonner rue de Solférino.

Mélenchon porté par sa conscience de classe

Même si la référence (implicite) au marxisme ne doit pas, chez Mélenchon et dans son entourage, dissimuler une forme de ruse ou de coquetterie, il n’en reste pas moins que le personnage reste porté par sa conscience de classe et peut se prévaloir l’assumer haut et fort quand d’autres (comme Emmanuelli) ne l’évoquent plus que comme un lointain souvenir qui peut faire bien, mais qui ne constitue plus un moteur politique.

La gauche et le prolétariat

En ce sens, le bannissement de Mélenchon est symbolique de la distance qui s’est instaurée entre le prolétariat et la gauche de gouvernement. Les puissants de gauche se méfient de ces tribuns qui puisent leur légitimité dans une relation directe avec le « peuple de gauche », sans s’appuyer sur l’appareillage compliqué de la démocratie représentative.

Le combat de 2017 sera passionnant de ce point de vue: il permettra de mesurer la capacité dont l’appareil officiel dispose encore pour torpiller un mouvement qui ressemble furieusement à un mouvement issu de la société civile, avec une forte inspiration révolutionnaire.