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Pour qui Macron est-il la dernière sortie avant la tempête?

Macron fait campagne et engrange les soutiens. Mais qui sont-ils, tous ces gens qui misent sur ce jeune homme sans mandat électif? et pourquoi le soutiennent-ils? Qu’il nous soit permis, ici, de rédiger un billet « d’insider » sur ce qui se dit dans les couloirs fleuris par les partisans de Macron, sur cette candidature de derrière les fagots.

Macron, une candidature très élitiste

Comme l’a montré le Sommet des réformistes européens, Macron est d’abord un candidat soutenu par une certaine élite française. Entre Gérard Collomb et son réseau très social-libéral, l’institut Montaigne fondé par Bébéar et piloté aujourd’hui par Henri de Castries (de la Voltaire, comme Hollande), et les Gracques, qui rassemblent un bon nombre de rocardiens aux ambitions souvent frustrées (par François Hollande lui-même, d’ailleurs), Macron n’a rien d’un candidat spontané. Il est soutenu par de puissants réseaux qui comptent faire ce qu’il faut pour lui assurer la visibilité et les soutiens nécessaires à une candidature présidentielle.

Macron, l’espoir des réformistes

Le ciment global de ces soutiens dont on voit bien qu’ils émanent autant de la droite que de la gauche, pourvu qu’ils émanent de l’élite, tient à un seul mot: la réforme. Une grande partie de la technostructure française considère que l’absence de réforme depuis plusieurs décennies, et que nos partenaires européens nous reprochent, met le pays et son destin en danger.

Ils considèrent tous que Macron constitue un bon joker pour gérer la chienlit et éviter une implosion de la société française qui conduirait à jeter le bébé des lourdeurs héritées du passé avec l’eau d’un bain dans lequel ils jugent vital de continuer à se baigner, comme la construction communautaire par exemple.

Macron a la chance de tomber là où il tombe

Macron eut-il été leur premier choix si une offre politique différente se présentait? incontestablement, le jeune homme a un pouvoir de séduction et un charisme qui les étreint, mais il est probable qu’un certain nombre de soutiens de Macron eussent préféré spontanément miser sur des personnalités plus expérimentées.

François Fillon fait partie de deux-là. L’homme présente un programme qui peut séduire la technostructure et le gouvernement profond dont elle garantit les intérêts. L’inconvénient de Fillon est d’être très marqué à droite, et surtout d’avoir peu de chances de remporter la primaire des Républicains.

À gauche, Valls aurait pu jouer ce rôle. Mais sa fidélité envers François Hollande, en partie dictée par la conviction qu’une candidature hors parti n’a aucune chance d’aboutir, l’a empêché de réaliser cette alchimie.

Macron, représentant du gouvernement profond

Une fois désigné comme le jockey de l’élite dans une course très hasardeuse, Macron doit donc endosser les dossards qu’on lui apporte sur un plateau. Les axes idéologiques de ce programme sont évidents.

Premièrement, il doit porter un discours sur l’Europe, garante de la paix, de la liberté, de la prospérité. Il n’est pas impossible que Macron soit profondément et sincèrement convaincu de ces sornettes dont la principale conséquence connue depuis 30 ans s’appelle la désindustrialisation du pays. En tout cas, la ligne qu’il doit incarner est celle d’un sauvetage in extremis du Titanic européen, avec des éléments de langage simple: c’est vrai que l’Europe s’est pris les pieds dans le tapis ces dernières années, mais c’est quand même un truc cool qu’on devrait garder, hein les amis?

Deuxièmement, Macron catalyse tous les espoirs de réforme dont la technostructure est convaincue d’avoir besoin pour préserver son rôle dominant dans la société de demain. Il s’agit ici d’abattre plein de pans du corporatisme traditionnel (notamment les fameuses rigidités du marché du travail) sans toucher à l’essentiel, en particulier sans toucher aux mécanismes actuels de reproduction des élites et aux intérêts des grandes entreprises avec lesquelles elles vivent en parfaite connivence.

Au fond, Macron est un architecte d’intérieur: il a pour mission de changer l’aspect des pièces, d’abattre quelques cloisons, mais de ne pas toucher aux murs porteurs.

La grande peur de l’implosion finale

La stratégie de soutien transpartisane à Macron s’explique par un fait générateur dominant: la grande peur qui s’empare des élites françaises face à la béance du volcan dont elle a conscience de se rapprocher chaque jour un peu plus. Le fond de l’analyse est ici assez simple.

Premier point: les élites sont contestées et la stigmatisation des « populismes » et de la « démagogie » ne suffit plus à tenir la société. L’hypothèse d’une rupture par la voie démocratique, notamment avec une victoire du Front National aux élections (complète ou simplement partielle), voire l’hypothèse d’une implosion brutale, est de plus en plus prise au sérieux et même crainte. Il faut donc un sauveur.

Deuxième point: cette hypothèse est d’autant plus crédible que la France n’a pratiqué aucune des réformes nécessaires pour sa modernisation. Le résultat est évident: elle se situe sur un sentier de croissance très bas, avec un chômage élevé, là où ses voisins ont amélioré leur performance macro-économique.

Troisième point: malgré un assouplissement monétaire massif avec des taux bas qui épuisent le rendement du capital, les fondamentaux économiques ne repartent pas durablement. Une explosion systémique rend de plus en plus urgente une réaction forte.

Un Orléans en attendant un Bonaparte

Face à ces périls imminents, la technostructure cherche un libéral contrôlable et docile pour sauver les meubles en nourrissant l’illusion d’une refonte du système. C’est la carte du Philippe Egalité de 1789, de l’orléanisme bon teint, que la France expérimente tous les cinquante ans.

A-t-elle une chance de réussir?

Nous verrons bien, mais je parie plus, à titre personnel, sur un échec faute d’accepter de toucher aux fondamentaux d’un système dégénéré, et sur l’émergence future d’un Bonaparte qui pratiquera les vraies réformes…

Pourquoi une vraie réforme fiscale est urgente

L’absence d’une vraie réforme fiscale sous François Hollande constitue l’une des taches majeures qui souille le quinquennat, même si certains se réjouiront de n’avoir pas vu la gauche s’occuper de ce sujet hautement sensible.

La réforme fiscale préemptée par Piketty

Il y avait en effet fort à craindre de la réforme fiscale que Thomas Piketty avait entendu inspirer ou influencer au moment où la gauche a préparé son programme, en 2011. Rappelons en effet que, dans l’esprit d’un Piketty, l’impôt est le seul moyen de lutte contre les inégalités et que la doctrine fiscale doit être dominée par une préoccupation de redistribution.

Les économistes ne soulignent pas assez que la première utilité de l’impôt n’est certainement pas de redistribuer les richesses, mais bien de financer les dépenses publiques. Dans cette visée, l’impôt doit être simple, juste et efficace. Et c’est bien aujourd’hui le principal vice de notre système fiscal que de ne pas parvenir à financer de façon satisfaisante et acceptable les dépenses du secteur public. Le déficit public le prouve.

Pour un impôt efficace

Là encore, rappelons des évidences et enfonçons des portes ouvertes. L’impôt, en France, est un mille-feuilles absolument inefficace, dont le coût de collecte est élevé (le budget de la DGFIP approche les 10 milliards€), avec des bizarreries qui en montrent l’absurdité. L’impôt sur le revenu n’est acquitté que par 45% des foyers fiscaux. Quant aux entreprises, elles sont assujetties à 233 impôts différents!

Mais l’affaire Apple a montré que, malgré cette variété d’impôts, les trous dans la raquette sont nombreux, et certaines activités très lucratives ne sont tout simplement pas taxées…

14% des recettes de TVA ne sont pas collectées

Ajoutons enfin qu’un rapport de la Commission européenne permet de savoir que, chaque année, en Europe, ce sont 160 milliards € de TVA qui ne sont pas collectés, dont plusieurs milliards en France. Autrement dit, la fraude fiscale, même dans le domaine de la TVA, est un élément important, chiffré, pour cette taxe en France, à 14% du potentiel fiscal (ce qui est dans la moyenne européenne). Preuve est donc faite que même la TVA n’atteint pas pleinement son objectif ni sa capacité à financer les dépenses publiques.

Pour un impôt simple

L’exemple de l’impôt sur les sociétés (qui est un impôt sur les bénéfices) rappelle la grande caractéristique de la débile fiscalité française: des taux élevés mais des assiettes restreintes. Manuel Valls a annoncé cet été une baisse de l’IS pour les PME qui devrait se traduire par la création d’un troisième taux d’imposition (en plus des 30% pour les grandes entreprises et des 15% pour les petites). Voici comment une réforme positive dans son esprit se transforme en un cauchemar pour les entreprises, dans la mesure où le patron craint autant la complexité que la taxation.

La simplicité fiscale est un objectif en soi, qui mériterait d’être foncièrement mis en exergue.

La mort du consentement à l’impôt

Faute d’une fiscalité simple qui finance efficacement les dépenses publiques, le consentement à l’impôt est désormais fortement vicié. Le baromètre Fiducial l’a montré, en soulignant la perception extrêmement négative que les patrons peuvent avoir de la fiscalité en France aujourd’hui. 68% des patrons jugent la fiscalité totalement confiscatoire.

Pour la démocratie, la mort du consentement à l’impôt constitue un véritable danger.

Pour une réforme urgente

Tout ceci plaide donc pour qu’une réforme vertueuse voit le jour rapidement. Cette réforme ne doit pas être obsédée par la question de la redistribution des richesses, mais plutôt par la question du financement des dépenses publiques. Son objectif doit être l’efficacité et la simplicité. Il faut donner à l’administration les moyens d’agir à travers un système de taxation que tous les Français comprennent et acceptent.

Les règles de cette réforme sont connues d’avance: il faut un moins grand nombre d’impôts mais qu’ils soient plus généraux. Il faut des taux moins élevés mais des assiettes plus larges.

Malheureusement, ce débat salutaire et cette vision d’avenir, nous savons tous qu’ils ne seront pas le fait de 2017.

Hollande entame la distribution de champignons hallucinogènes

François Hollande a prononcé son premier discours de campagne aujourd’hui depuis la salle Wagram, qui fut en son temps un lieu de bals mondains. Il faut avoir entendu François Hollande expliquer que la France était sur la voie du redressement économique pour comprendre la maldonne de ce discours: bien entendu, il ne s’agit pas (une fois de plus!) de parler de la France et de son destin réel, mais de prononcer quelques formules magiques supposées maintenir les Français dans un état de transe extatique…

Hollande et le redressement économique

Il paraît (selon François Hollande) que la France est sur la voie du redressement économique et qu’elle fait briller dans les yeux du monde entier de petites lueurs d’envie. Nous avons même eu droit à un délire impressionnant sur la notion d’identité, qui n’existerait pas vraiment, et sur l’amour universel que nous inspirerions, avec toutes nos grandes réussites mondiales, notamment notre démographie galopante qui nous permet de figurer parmi les puissances d’avenir et les vertus de la construction européenne.

On avait l’impression de dîner dans les beaux quartiers parisiens, et d’entendre les considérations mondaines les plus plates sur ce qui se passe au-delà du périphérique. Et une fois de plus les Français ont compris que François Hollande ne savait pas vraiment ce qui s’y passait.

Le mythe tenace du redressement économique

Bien évidemment que non! il n’y a pas de redressement économique en France. Il suffit, là encore, de lire les résultats du baromètre Fiducial et Ifop pour comprendre que, non seulement la grogne chez les chefs d’entreprise est ancrée, mais qu’elle comporte une forte dose de totale désillusion. 83% des chefs d’entreprise ne croient pas un seul instant que le prochain gouvernement baissera les impôts, et une écrasante majorité d’entre eux considère que la fiscalité est confiscatoire.

Dans un paysage aussi dévasté, où la rupture est consommée entre les chefs d’entreprise et le pouvoir, comment François Hollande peut-il vanter le « redressement économique »?

La catastrophe familiale française

S’agissant de la démographie, on ne rappellera pas ici le leurre que les chiffres officiels constituent. Si beaucoup d’enfants naissent en France, ce sont majoritairement des enfants d’étrangers reconnus Français par le droit du sol. La situation de la France n’est donc pas meilleure que celle de l’Allemagne.

Qui plus est, dès son accession au pouvoir, François Hollande a abondamment tapé sur les familles moyennes, jusqu’à y réduire la natalité. Les avantages fiscaux que les classes moyennes pouvaient avoir en faisant des enfants ont disparu les uns après les autres. Vanter les mérites de notre démographie après les avoir combattus aussi vaillamment relève donc de la parfaite imposture.

Encore un couplet sur l’Europe

Le discours de Hollande a permis par ailleurs d’en remettre une couche sur le catéchisme eurolatre qui semble une fois de plus déconnecté de la réalité. Faut-il rappeler que nous sortons d’un Brexit et que nous découvrons que le premier bienfait de l’Union consiste à organiser la défiscalisation en bonne et due forme des entreprises les plus riches du monde?

C’est pourtant le moment que François Hollande choisit pour réciter ses antiennes à rebours de la réalité. Et pour tordre le cou aux rumeurs, ce n’est pas l’Union Européenne qui a garanti la paix en Europe depuis 1945, mais la confrontation entre le bloc soviétique et le bloc capitaliste, sous les auspices d’une bombe atomique qui a calmé les ardeurs de tout le monde.

Les élites coupées des réalités

Plus que jamais, le discours de François Hollande est donc tombé à plat pour tous ceux qui l’ont écouté avec une oreille critique. Il parlait d’une France qui n’existe plus et qui se résume à un empilement de clichés dépassés depuis une dizaine d’années. C’est à peu près le rythme auquel ceux qui lui ont écrit son discours franchissent le périphérique.

L’abus de champignons hallucinogènes est mauvais pour la santé.

Bygmalion: la subjective mais apparente partialité du Parquet

Dans l’affaire Bygmalion, il fallait oser demander le renvoi en correctionnelle de Nicolas Sarkozy le jour où s’ouvrait le procès Cahuzac et le lendemain du discours de candidature de l’impétrant à l’université d’été de son parti. Sans examiner le bien-fondé de la position du Parquet, il faut ici rappeler aux eurolatres du Parti Socialiste les quelques principes en vigueur dans le droit européen en matière d’impartialité de la justice.

La partialité subjective de la justice

Beaucoup, en France, pensent que le principe d’impartialité de la justice est objectif. On met en place quelques procédures (ce qui n’est pas prouvé concernant le Parquet français) pour garantir l’indépendance des magistrats par rapport au pouvoir exécutif, et le tour est joué. Malheureusement, c’est un peu plus compliqué que cela.

La Cour Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme a en effet développé une théorie de l’impartialité subjective qui précise que, pour être conformes aux Droits de l’Homme, la justice doit être impartiale objectivement, mais aussi subjectivement. Autrement dit, un justiciable qui peut étayer l’idée que ses juges ont l’apparence subjective de la partialité peut obtenir l’annulation de sa condamnation.

Le cas de la Russie

Par exemple, en février 2016, c’est sur ce fondement que la Cour Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme a reconnu comme arbitraires deux condamnations d’opposants politiques à Vladimir Poutine. Dans l’affaire, les deux opposants reprochaient à la justice russe d’avoir instruit un procès à charge pour justifier leur mise à l’écart de la vie politique russe à un moment où ils gênaient le pouvoir en place.

Toute ressemblance avec des faits se déroulant en France serait évidemment fortuite.

Pour la Cour, la justice doit, aux yeux des justiciables, apparaître subjectivement impartiale et, dans le cas d’espèce, la Cour a considéré que les conditions d’une apparence subjective d’impartialité n’avaient pas été respectées.

Le cas Sarkozy et ses précédents

Dans le cas de Nicolas Sarkozy, les soupçons sur l’apparence subjective de partialité sot incontestables.

Rappelons qu’en mars 2014, déjà, Christiane Taubira avait commis un suicide politique en brandissant devant la presse des documents qui prouvaient qu’elle intervenait dans l’enquête concernant l’ancien Président de la République.

Sur les photos de ces documents, le contenu des lettres est facilement lisible, même si certains passages sont cachés par la main de MmeTaubira.

Il en ressort que la ministre de la justice était tenue « régulièrement » au courant des détails des évolutions de l’enquête liée au financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

L’intervention de l’exécutif dans le dossier Sarkozy est donc prouvée et ne fait aucun doute.

Le choix de la date laisse pantois

Face au caractère très politique du dossier, il est impressionnant de voir que le Parquet a choisi la date d’entrée quasi-officielle en campagne de Nicolas Sarkozy pour lui savonner la planche. Compte tenu des précédents évoqués ci-dessus, on imagine mal que le Parquet puisse paraître crédible un seul instant. Aucun magistrat censé ne pouvait ignorer que cette décision paraîtrait, à tort ou à raison, comme une manoeuvre politique.

Elle rappelle au passage un autre antécédent du dossier.

En 2014, Jean-Pierre Jouyet avait confié à deux journalistes que François Fillon avait demandé à l’Elysée d’intervenir pour faire tomber Sarkozy dans des affaires judiciaires. L’anecdote avait fait scandale… néanmoins, François Fillon a bien dénoncé les problèmes judiciaires de Nicolas Sarkozy la semaine dernière… et la réquisition du Parquet est tombée à point nommé.

Pour cette seule circonstance troublante, Nicolas Sarkozy pourra invoquer l’apparente partialité de la justice.

Une campagne faite de boules puantes

Au rythme où nous allons, nous mesurons déjà la toxicité de cette campagne électorale pour le destin français. François Hollande veut être réélu, et il fera tout pour rouler Nicolas Sarkozy dans la fange, en pensant qu’il est son seul adversaire dangereux. Jusqu’où ira cette curée?

Elle a en tout cas mis à mal, en une seule journée, l’indépendance du Parquet, déjà bien atteinte par la sortie de François Molins contre les candidats d’opposition.

Les Républicains sont-ils trop sûrs de gagner?

L’université d’été de La Baule, qui réunit les Républicains agités par leur primaire, donne un spectacle étrange: celui d’une tribu en guerre si sûre de gagner qu’elle passe plus de temps à choisir son chef qu’à se battre contre ses adversaires.

Gagner la primaire ou la présidentielle?

Les Républicains semblent avoir une idée sotte en tête: celle qui veut que le vainqueur de la primaire sera automatiquement le vainqueur de la présidentielle. Comme si le suffrage universel était une étape symbolique, ou une formalité de second ordre.

On comprend bien le calcul sous-jacent à cet état d’esprit. Il part du principe que le candidat des Républicains aura gagné une sorte de ticket automatique pour le second tour. Et, à ce moment-là, de deux choses l’une: soit les Républicains sont face au Front National, et, avec l’appui des voix de la gauche, ils ne feront de Marine Le Pen qu’une bouchée. Soit les Républicains sont face à François Hollande, et, avec les réserves des voix de droit, ils n’en feront qu’une bouchée. Donc, dans tous les cas, l’élection est une partie de plaisir.

L’effet pervers de l’excès de confiance

Pour les Républicains, l’enjeu ne se situe donc pas au mois de mai 2017, mais bien en novembre 2016. Celui qui gagnera ce jour-là aura tout gagné. La véritable bataille n’est pas contre le camp adverse, mais bien contre son propre camp. D’où cette espèce de tombereaux de petites phrases qui visent les hommes et non les idées, et ce sentiment de déchirement permanent entre des personnalités qui se détestent entre elle et qui, par-dessus tout, détestent Nicolas Sarkozy.

C’est le propre de l’excès de confiance: puisque l’élection est gagnée, il faut y être à tout prix.

L’incertitude sondagière

À une époque pas si lointaine, les militants des Républicains s’accordaient pour dire que l’élection à la primaire serait intimement liée à l’état des sondages. Serait élu celui qui, dans les sondages, aurait le plus de chances d’être élu président de la République. Malheureusement, les sondages sont incertains, et les Français donnent autant de chances à Juppé qu’à Sarkozy. Les Républicains n’éviteront donc pas les mauvais coups entre eux, et ils ne pourront compter sur les sondages pour leur éviter un combat des chefs.

Les arguments sous et sur la ceinture de François Fillon

D’où les arguments sous la ceinture de François Fillon, qui a épinglé les justiciables candidats à la Présidence. Ce va-tout vise autant Nicolas Sarkozy qu’Alain Juppé. La manoeuvre est un peu rustique, mais elle pourrait produire son effet. Toujours est-il que Fillon a refait une partie de son retard, et présente aujourd’hui le programme économique le plus libéral de tous les candidats. Rien n’exclut donc qu’il ne parvienne à surprendre, au moins en partie, ses adversaires.

Sarkozy plus que jamais bonapartisé

Reste que Sarkozy inquiète le plus ses rivaux et concentre le feu de leurs critiques. Cette convergence est suprêmement contre-productive. Il y a, dans Sarkozy, un profond relent de bonapartisme que cette solitude met en exergue. Les Républicains voudraient forger une légende, ils voudraient donner l’impression d’un destin unique, d’une réussite seul contre tous, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Et Sarkozy leur devra sans doute une fière chandelle, car l’intensité des petites phrases, des allusions, des critiques dont il est l’objet font d’eux ses meilleurs ennemis et ses plus fidèles alliés.

Ce n’est pas tant que Sarkozy ait besoin de Juppé et compagnie pour gagner. En revanche, il a besoin d’eux pour reprendre les habits de l’hyper-présidence, avant même d’être élu. Il a besoin de ce feu nourri pour donner la pleine dimension de sa bestialité électorale.

De là à penser que le vainqueur de la primaire sera automatiquement élu, il y a un gouffre que les Républicains franchiront seuls.

« Merci Macron! », le nouveau safari movie électoral

Emmanuel Macron s’est fendu d’un sidérant passage à Châlons-en-Champagne, la ville de Benoist Apparu. À écouter ses malheureux propos sur place, on comprend quelle image il va dévoiler de lui durant cette année électorale: celle d’un banquier parisien méprisant visitant ses pauvres et ses paysans dans une calèche de luxe!

De « Merci patron! » à « Merci Macron! »

On se souvient du film de François Ruffin, le gauchiste des beaux quartiers, ami de Frédéric Lordon et de toute la clique des âmes bienpensantes qui aiment les pauvres, « Merci patron! », qui a régalé tant de bobos dans feue la Nuit Debout. Ce film, sous couvert de dénoncer le capitalisme, s’offrait un safari chez les pauvres Ch’tis, avec le voyeurisme digne d’un directeur commercial de province qui a gagné le voyage annuel en Namibie offert au meilleur vendeur de la boîte.

Avec Emmanuel Macron, ce n’est pas un safari social qui commence, mais un safari électoral: je m’en vais voir les Français dans leurs parcs naturels pour me divertir et leur dire de bonnes paroles qui me rapporteront des voix et de la popularité.

Macron veut voir de vraies gens

Le banquier de chez Rothschild a donc décrypté pour la presse le sens de son escapade à Châlons-en-Champagne (1h30 de Paris…):

 

On n’aurait pas dit mieux: je viens voir comment les Français vivent. Il ne lui manquait que le chapeau colonial et le fusil à bouchon pour faire plus vrai que nature.

Le mépris social: un art qui se cultive

On remarquera quand même le talent avec lequel Macron parvient à camper son personnage d’aristocrate en visite sur ses terres. Car, en une phrase et une image, il parvient à composer une sorte de fragrance parfaite où se retrouvent toutes les essences du mépris social français depuis plusieurs siècles.

On écoute Macron et c’est à la fois le châtelain qui vit à Passy et se rend au castel pour les vacances, debout sur son carrosse, le haut-de-forme sur la tête, arrivant à la messe devant des paysans qui baissent la tête, mais aussi le Tartarin de Tarascon qui veut voir la mer de glace pour la raconter à ses invités de retour chez lui, c’est le président Duvalier traversant les faubourgs de Port-au-Prince dans une limousine regorgeant de billets qui s’éparpillent dans les rues, c’est Giscard jouant de l’accordéon devant un éboueur africain, c’est la bête de foire transformée en enjeu électoral, sans que l’on ne sache plus qui joue le rôle de la bête.

Tout cela en un seul homme aussi jeune, pardi… un talent n’est pas donné à tout le monde.

Macron est-il son meilleur ennemi?

La campagne électorale est décidément un exercice redoutable. Elle oblige les candidats à s’exprimer malgré eux. Elle ne se limite pas à des discours, bien au contraire. Elle donne à voir, elle dévoile l’homme (ou la femme), elle le montre plus qu’elle ne le laisse dire. Elle n’est pas affaire d’intelligence, mais de présence.

Encore une ou deux apparitions de cet acabit pour Emmanuel Macron, et il suscitera chez les Français la haine viscérale qu’ils nourrissent de façon grandissante pour l’élite incompétente qui les dirige et les a ruinés. Peut-être même Macron parviendra-t-il à en incarner le substrat.

Le créateur du RSI soutient Macron

Macron est à peine sorti de Bercy et n’est pas encore candidat à l’Elysée que, déjà, les thuriféraires se précipitent pour monter dans un train qu’ils espèrent prometteur! C’est le supermercato de la présidentielle qui veut cela: partir assez tôt pour ne pas paraître un résistant de la 25è heure, mais ne pas partir trop tôt quand même, car il ne faudrait pas se griller pour rien.

Dutreil soutient Macron

Dans cette course au minutage complexe, les entrepreneurs apprécieront une première incongruité à sa juste valeur: Macron a d’ores et déjà recueilli le soutien de l’ancien ministre raffarinien Renaud Dutreil, créateur, avec son ami Philippe Bas, lui aussi ministre de cette époque reculée, du RSI. Les deux compères, accessoirement conseillers d’Etat, sont des adeptes du « jardin à la française« , dont la logique profonde consiste à supprimer la concurrence « émiettée » au profit de quelques grands acteurs.

Dutreil, un soutien embarrassant?

Pour Emmanuel Macron, ce ralliement de droite déjà acté depuis juillet constituera rapidement un handicap. Dutreil, admirateur du jardin à la française, a oeuvré un temps à New York pour LVMH. Si certains cherchent des arguments pour étayer l’idée que Macron est le candidat des riches, Dutreil les leur sert sur un plateau. On ajoutera que l’épouse de Renaud Dutreil a attaqué les Wendel en 2012 après avoir contourné l’impôt dans un plan d’intéressement de 324 millions d’euros. Elle n’était pas seule à en profiter… mais là encore, les faits, qui sont têtus, risquent de ne pas profiter à Macron dans une hypothétique course à l’Elysée.

Bientôt le soutien d’Henri de Castries?

Macron devrait prochainement bénéficier d’un autre soutien officiel: celui d’Henri de Castries, ancien président d’Axa, dont il se murmure depuis plusieurs mois qu’il a démissionné pour soutenir son poulain. Pour mémoire, Henri de Castries est un ancien de la promotion Voltaire, et personne ne peut soutenir avoir entendu dans sa bouche des propos flatteurs pour François Hollande. En outre, Axa est le grand financeur de l’Institut Montaigne, le think tank dont l’épouse du directeur Laurent Bigorgne fut la première à héberger le mouvement de Macron…

Macron soutenu par Gérard Collomb

Pour l’heure, le soutien le plus actif de Macron n’est autre que le maire de Lyon, Gérard Collomb. Âgé de 70 ans, celui-ci fut pendant quelques années enseignant en lettres avant d’entamer une carrière politique qu’il n’a plus quittée. Là encore, Macron devra s’appuyer sur cet embarrassant soutien qui n’incarne ni une autre façon de faire de la politique, ni un renouvellement des générations, et qui peinera à combler l’image très élitiste qui lui colle à la peau.

Macron et le gouvernement profond

Macron pourra donc compter sur le soutien actif du gouvernement profond pour faire campagne. Grâce à ces petits artifices, il devrait obtenir une bonne couverture médiatique et bien occuper l’aile droite de François Hollande. En revanche, cette facilité pourrait lui coûter cher en termes d’images: elle constituera un pain béni pour tous ceux qui voudront voir un lui un candidat fabriqué de toutes pièces (ou presque) pour maintenir debout un système à l’agonie, moyennant un peu de chirurgie esthétique.

Burkini: le gouvernement au pied du mur

Une fois de plus, une polémique - cette fois celle du burkini - prend un mauvais tour pour le gouvernement, avec un Manuel Valls très allant sur l'interdiction, en contradiction avec certains de ses ministres, et un Président de la République beaucoup moins sûr de son fait.

L'intervention du Conseil d'Etat, saisi en tant que juge des référés, aujourd'hui, contre certains arrêtés municipaux proscrivant la burkini sur les plages, n'a pas dissipé les flous et a même ajouté de la confusion au débat. Il appartient désormais au gouvernement de définir sa ligne sur ce sujet sensible.

Une décision du Conseil d'Etat sans grande surprise

En réalité, le "dossier" était plié avant même d'avoir commencé. On sait tous, en effet, qu'un maire ne peut utiliser son pouvoir de police administrative en prononçant des interdictions générales et absolues qui restreignent les libertés, surtout lorsqu'aucune menace ne pèse sur l'ordre public. Et, dans le cas du burkini, il fallait se montrer très imaginatif pour justifier l'existence d'une telle menace. Donc... le juge ne pouvait pas ne pas annuler ces arrêtes sans s'exposer à un ridicule international que la Cour de Luxembourg ou de Strasbourg aurait sanctionné.

Des rédactions cataclysmiques

La tâche du Conseil d'Etat était d'autant plus incontournable que les maires incriminés avaient manifestement confié la rédaction des arrêtés litigieux à des fonctionnaires dont le droit n'est pas le métier. En particulier, les phrases qui suivent:

« Sur l’ensemble des secteurs de plage de la commune, l’accès à la baignade est interdit, du 15 juin au 15 septembre inclus, à toute personne ne disposant pas d’une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et du principe de laïcité, et respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime. Le port de vêtements, pendant la baignade, ayant une connotation contraire aux principes mentionnés ci-avant est strictement interdit sur les plages de la commune »

condamnaient par principe la cause de tous les opposants à la burkini. On voit mal comment un juge démocratique pourrait valider l'interdiction de la burkini au nom des bonnes moeurs, de l'hygiène, de la sécurité, et autres idées fantaisistes qui trouveraient à s'appliquer tout autant aux plages naturistes et autres vêtements minimalistes.

En outre, l'invocation du principe de laïcité sur l'espace public était vouée à insupporter les juges, puisqu'on imaginait mal que le voile soit autorisé dans la rue, mais la burkini interdite à la plage. Au passage, l'arrête municipal interdit la burkini à la plage, mais pas dans les rues...

Bref, tout cela était très mal ficelé et ne laissait pas le choix aux juges du Palais-Royal.

Une jurisprudence conforme à la tradition

Les attendus du Conseil d'Etat sont donc tous extrêmement classiques:

Dans ces conditions, le maire ne pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle.

En lui-même, ce texte se passe de tout commentaire. Il répète de façon tout à fait prévisible des doctrines enracinées depuis de nombreuses années dans la jurisprudence du Conseil

La balle dans le camp du gouvernement

Bref, un arrêté municipal n'est pas la riposte adaptée à la question de la burkini. Contrairement aux idées reçues ou qui ne tarderont pas à l'être, le Conseil d'Etat ne légitime pas le port de la burkini sur les plages. Il indique juste qu'il n'appartient pas au maire de régler ce problème par le truchement de la police administrative. Une interdiction de la burkini suppose que ce ne soit pas les maires, mais bien le législateur qui prenne position.

Incidemment, le Conseil d'Etat suggère donc au gouvernement de prendre ses responsabilités en saisissant l'Assemblée Nationale d'un projet de loi en bonne et due forme.

Un cadeau empoisonné pour Hollande

Pour le Président de la République, le dilemme est grand. Soit le gouvernement propose un texte sur le sujet, et il est à peu près sûr que, à quelques mois des présidentielles, cette perspective est suicidaire puisqu'une majorité de la gauche n'en voudra pas. Soit il ne fait rien (choix instinctif de François Hollande) et les ennuis commencent face à un Nicolas Sarkozy tonitruant.

Donc, il est urgent de réfléchir...

La décision du Conseil d'Etat

Considérant ce qui suit :

1. En vertu de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu’est constituée une situation d’urgence particulière, justifiant qu’il se prononce dans de brefs délais, le juge des référés peut ordonner toute mesure nécessaire à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale.

2. Des arrêtés du maire de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) du 20 juin 2014 puis du 18 juillet 2016 ont réglementé l’usage des plages concédées à la commune par l’Etat. Ces arrêtés ont été abrogés et remplacés par un nouvel arrêté du 5 août 2016 qui comporte un nouvel article 4.3 aux termes duquel : « Sur l’ensemble des secteurs de plage de la commune, l’accès à la baignade est interdit, du 15 juin au 15 septembre inclus, à toute personne ne disposant pas d’une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et du principe de laïcité, et respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime. Le port de vêtements, pendant la baignade, ayant une connotation contraire aux principes mentionnés ci-avant est strictement interdit sur les plages de la commune ». Ainsi que l’ont confirmé les débats qui ont eu lieu au cours de l’audience publique, ces dispositions ont entendu interdire le port de tenues qui manifestent de manière ostensible une appartenance religieuse lors de la baignade et, en conséquence, sur les plages qui donnent accès à celle-ci.

3. Deux requêtes ont été présentées devant le juge des référés du tribunal administratif de Nice pour demander, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de ces dispositions de l’article 4.3 de l’arrêté du maire de Villeneuve-Loubet. La première de ces requêtes a été introduite par la Ligue des droits de l’homme, M. Hervé Lavisse et M. Henri Rossi, la seconde par l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France. Par une ordonnance du 22 août 2016, le juge des référés du tribunal administratif de Nice, statuant en formation collégiale de trois juges des référés, a rejeté ces deux requêtes. La Ligue des droits de l’homme, M. Hervé Lavisse et M. Henri Rossi, d’une part, l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France, d’autre part, font appel de cette ordonnance par deux requêtes qui présentent à juger les mêmes questions et qu’il y a lieu de joindre.

4. En vertu de l’article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales, le maire est chargé, sous le contrôle administratif du préfet, de la police municipale qui, selon l’article L. 2212-2 de ce code, « a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques ». L’article L. 2213-23 dispose en outre que : « Le maire exerce la police des baignades et des activités nautiques pratiquées à partir du rivage avec des engins de plage et des engins non immatriculés…Le maire réglemente l’utilisation des aménagements réalisés pour la pratique de ces activités. Il pourvoit d’urgence à toutes les mesures d’assistance et de secours. Le maire délimite une ou plusieurs zones surveillées dans les parties du littoral présentant une garantie suffisante pour la sécurité des baignades et des activités mentionnées ci-dessus. Il détermine des périodes de surveillance… ».

5. Si le maire est chargé par les dispositions citées au point 4 du maintien de l’ordre dans la commune, il doit concilier l’accomplissement de sa mission avec le respect des libertés garanties par les lois. Il en résulte que les mesures de police que le maire d’une commune du littoral édicte en vue de réglementer l’accès à la plage et la pratique de la baignade doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées au regard des seules nécessités de l’ordre public, telles qu’elles découlent des circonstances de temps et de lieu, et compte tenu des exigences qu’impliquent le bon accès au rivage, la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence sur la plage. Il n’appartient pas au maire de se fonder sur d’autres considérations et les restrictions qu’il apporte aux libertés doivent être justifiées par des risques avérés d’atteinte à l’ordre public.

6. Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. S’il a été fait état au cours de l’audience publique du port sur les plages de la commune de tenues de la nature de celles que l’article 4.3 de l’arrêté litigieux entend prohiber, aucun élément produit devant le juge des référés ne permet de retenir que de tels risques en auraient résulté. En l’absence de tels risques, l’émotion et les inquiétudes résultant des attentats terroristes, et notamment de celui commis à Nice le 14 juillet dernier, ne sauraient suffire à justifier légalement la mesure d’interdiction contestée. Dans ces conditions, le maire ne pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la plage et la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de troubles à l’ordre public ni, par ailleurs, sur des motifs d’hygiène ou de décence. L’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. Les conséquences de l’application de telles dispositions sont en l’espèce constitutives d’une situation d’urgence qui justifie que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu’il tient de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d’annuler l’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nice du 22 août 2016 et d’ordonner la suspension de l’exécution de l’article 4.3 de l’arrêté du maire de Villeneuve-Loubet en date du 5 août 2016.

7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge de la Ligue des droits de l’homme, de M. Lavisse, de M. Rossi et de l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France. Il n’y pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-Loubet, en application de ces dispositions, les sommes que demandent, d’une part, la Ligue des droits de l’homme, M. Lavisse et M. Rossi, d’autre part l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France.

O R D O N N E :

Article 1er : L’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nice en date du 22 août 2016 est annulée.
Article 2 : L’exécution de l’article 4.3 de l’arrêté du maire de Villeneuve-Loubet en date du 5 août 2016 est suspendue.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Villeneuve-Loubet et celles de la Ligue des droits de l’homme, de M. Lavisse, de M. Rossi, et de l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4. La présente ordonnance sera notifiée à la Ligue des droits de l’homme, à M. Lavisse, à M. Rossi, à l’Association de défense des droits de l’homme Collectif contre l’islamophobie en France, à la commune de Villeneuve-Loubet et au ministre de l’intérieur.

Hollande, le Ronaldo de la politique française?

On se souvient qu'à l'Euro 2016, Ronaldo a réussi, avec l'équipe du Portugal, l'exploit d'arriver en finale sans gagner un seul match, et même de quitter la finale avant la fin du match pour blessure, tout en brandissant la coupe devant le public du Stade de France. Hollande s'apprête-t-il à réussir le même exploit en 2017? Plus que jamais, la question est posée.

Le candidat de la douce illusion

En lisant les vraies-fausses confidences publiées dans l'ouvrage Conversations privées avec le président paru chez Albin Michel, le citoyen ordinaire pensera être victime d'hallucinations. La description de l'état d'esprit moyen que François Hollande prête à ses potentiels électeurs montre sa profonde rupture avec la réalité du pays. On retiendra entre autres sa conviction d'être à la tête d'une "belle France": «je suis regardé comme le président d'une belle France». Manifestement, son isolement dans le Triangle d'Or parisien le déconnecte magistralement de l'angoisse ordinaire des Français face à l'avenir collectif. 

Comme Ronaldo, sur les starting-blocks

Dans ce curieux monde imaginaire où il évolue, François Hollande ne pense qu'à sa réélection. C'est le principal sujet de préoccupation d'un homme qui a consacré sa vie à la politique. La parution d'un ouvrage de confidences, supposé le rendre plus proche des Français et le remettre dans sa dimension normale, constitue une étude évidente dans ce cheminement. Le fait que l'ouvrage paraisse durant la trêve estivale répond bien à une minutieuse stratégie de reconquête électorale. Dans la torpeur de l'été, le livre a fait le buzz et se prêtait tout à fait à la lecture sur les plages. Plus que jamais, le candidat est donc en marche.

Handicapé par son immense impopularité

Sur sa route, François Hollande se heurtera très vite à un problème qu'il connaît mais qu'il semble mésestimer: son impopularité, qui est immense et intrinsèquement liée à sa personnalité. Hollande s'est présenté comme un candidat normal, et cette normalité est devenue son principal point de faiblesse. Les premiers mois de son quinquennat, et notamment les polémiques lancées par Valérie Trierweiler, ont en effet démontré que la différence, en politique, entre normalité et médiocrité est parfois difficile à cerner. Les ratés de sa politique économique et les innombrables couacs de communication n'ont pas aidé à renverser la tendance.

Aidé par ses ennemis de gauche

Cela signifie-t-il que la bataille soit perdue pour Hollande en 2017?

Je ne le crois pas, et rien ne démontre aujourd'hui que les éléments soulignés il y a quelques semaines, soient diamétralement différents. En dehors de lui-même, Hollande compte en effet peu d'ennemis dont il doive se méfier. Il peut même se féliciter de l'aide inattendue apportée par tous ceux, de droite comme de gauche, qui veulent le détrôner. C'est particulièrement vrai à gauche, où le grand nombre de candidats qui se bousculent au portillon fera forcément le jeu du sortant. Qui est de taille, aujourd'hui, à prétendre pouvoir rassembler sur son nom autant que François Hollande ne l'a fait en 2012?

L'inconnue Mélenchon

Au sein du Parti Socialiste, il est à peu près acquis aujourd'hui que l'abondance de candidats (Montebourg, Hamon, Lienemann, Filoche, et la liste n'est certainement pas close) devrait conforter par avance la position de Hollande. Les candidatures annexes de Benhamias et de Rugy rajouteront un peu de confusion et ruineront définitivement la carrière de Cécile Duflot, elle-même candidate à la primaire écologiste. 

La seule candidature susceptible de gêner Hollande est celle de Jean-Luc Mélenchon, dont on peine aujourd'hui à mesurer l'impact sur l'opinion. Il n'est pas impossible que ce flou dure longtemps, et que Mélenchon crée une surprise dans un sens (un score élevé au premier tour) comme dans un autre (une raclée à gauche par peur du Front National). 

Hollande face au second tour

Après le processus des différentes primaires de gauche, Hollande a donc toutes chances d'être investi par le principal parti de gouvernement, le Parti Socialiste. Il trouvera probablement à ses côtés une Cécile Duflot promise à un score groupusculaire au premier tour, et Mélenchon qui pourrait constituer un non-événement. Dans l'hypothèse, invérifiable aujourd'hui tant le temps est changeant à mesure que l'on se rapproche du rivage électoral, d'une arrivée de Hollande au second tour, il devra affronter dans un face-à-face probablement très tendu soit Marine Le Pen, soit le candidat des Républicains. 

En l'état actuel de l'opinion, Hollande peut estimer qu'il aura de bonnes chances de gagner. 

Hollande face à Marine Le Pen

Cette configuration est celle qui peut rassurer le plus fortement François Hollande, dans la mesure où Marine Le Pen ne pourra s'appuyer sur toutes les voix des Républicains et des Centristes au second tour. Certains électeurs du centre et de la droite préfèreront Hollande au Front National. Cette inclination se vérifiera d'autant mieux que le programme économique du Front National n'est pas connu, mais risque d'incommoder la frange libérale de l'électorat. Sur ce point, les orientations étatistes défendues par un Florian Philippot risquent de fortement désavantager la candidate dans un duel avec Hollande. Ce dernier ne sera en effet pas gêné pour faire de la surenchère "sociale" auprès de l'électorat populaire.

Hollande face à Sarkozy

Dans l'hypothèse d'un duel Hollande-Sarkozy au second tour, la situation sera plus tendue, mais les handicaps de Hollande pourraient ne pas être insurmontables, surtout si François Bayrou se déclare candidat et appelle une nouvelle fois à voter Hollande au second tour. Avec un Front National renforcé depuis cinq ans, Nicolas Sarkozy ne pourra compter que sur une base ténue. Il en a parfaitement conscience, puisqu'il mène campagne sur les terres du Front National, dans la perspective d'un débordement à sa gauche par le Modem. Il l'ignore pas que Marine Le Pen a capté sa réserve de voix. 

Hollande face à Juppé

Dans l'autre hypothèse, celle d'un duel Hollande-Juppé au second tour, on peine à imaginer une victoire des Républicains. Juppé suscite en effet un fort rejet de la part du Front National. S'il peut compter sans véritable réserve sur l'appoint des centristes, il devra en revanche renoncer à attirer à lui les voix de Marine Le Pen, qui pourrait appeler à l'abstention, voire à faire battre un candidat jugé trop complaisant avec les boucs-émissaires du Front National. De ce point de vue, Juppé a commis de lourdes erreurs de communication ces derniers mois, notamment dans la foulée de l'attentat de Nice où il a brillé par son absence.

Pour toutes ces raisons, la candidature Juppé paraît aujourd'hui avoir mangé son pain blanc et risque bien de ne plus faire long feu.

Comme Ronaldo, une victoire par défaut

Aujourd'hui, rien n'exclut donc que Hollande ne remporte une victoire à la prochaine présidentielle, qui serait une victoire par défaut. Au fond, comme en 2012, Hollande construira son discours en creux par rapport à celui de Sarkozy. Ce dernier apparaîtra comme le candidat douloureux qui en appelle à l'énergie des Français pour redresser la barre, et Hollande se targuera d'un bilan en proposant de s'en satisfaire et de ne plus réformer. 

Comme on le sait, ce discours-là fait toujours des émules. Cela ne signifie pas que la victoire de Hollande soit assurée. En revanche, le candidat Hollande a de bonnes raisons de l'envisager. 

«Le drame, c'est quand vous laissez la place et que vos traces sur le sable s'effacent d'elles-mêmes» «Moi j'ai réglé cette question: le Mali, la réponse aux attentats de janvier, le mariage pour tous, la loi Macron... Une fois qu'on a réglé cette question, on peut tout faire pour poursuivre»

«J'ai fait cette annonce de l'inversion de la courbe du chômage parce que je croyais encore que la croissance serait de 0,7/0,8. Elle sera finalement de 0,1 ou 0,2. Puis j'ai répété cet engagement lors des vœux le 31 décembre 2012. J'ai eu tort»

«Il n'y a pas eu de communication à l'égard des Français, il y a eu une communication d'une partie de la gauche contre une autre partie de la gauche. Pour résumer: Manuel Valls contre Martine Aubry. Ça ne permet pas d'éclairer ce que l'on fait»

Les 3 dossiers chauds de la rentrée

Les vacances approchent et à peine ont-elles commencé qu’en arrière-fond, déjà, les rumeurs de ce qui fera la rentrée nous parviennent. Voici donc, en guise de petite préparation au retour, un point sur les dossiers chauds que vous retrouverez en septembre.

Le terrorisme, encore et toujours

Croisons les doigts pour qu’aucun attentat meurtrier ne survienne sur nos plages (dans le genre petit commando qui fait irruption sur les plages des Kalachnikovs à la maison et y provoque un terrible carnage) durant le mois d’août. Le pire malheureusement, même s’il n’est jamais sûr, n’est pas à exclure.

Quoi qu’il arrive, le terrorisme constitue un méchant choc exogène pour la population française. Personne ne sait encore jusqu’où ira le mal. Pour l’instant, le phénomène de représailles ethniques ne s’est pas produit, mais on peut se demander combien de temps continuera l’apparente paix civile qui règne en France.

Sur le champ proprement politique, la capacité du gouvernement à mobiliser les services publics restera sans doute l’une des principales interrogations qui secouent l’opinion et le débat public. C’est probablement sur ce terrain-là que se jouera une partie importante de la phase précédent les primaires à gauche et à droite.

L’avenir du multiculturalisme

Fortement lié au terrorisme, le multiculturalisme devrait continuer sa traversée du désert en France, entamée l’an dernier avec les attentats contre Charlie Hebdo. Le pays peut-il encore endosser une stratégie ethnique qui correspond peu à sa tradition et mène, partout dans le monde, à des échecs patents. Les violences aux États-Unis ont montré le naufrage de la discrimination positive et du patchwork ethnique. Les attentats en France soulignent les risques auxquels nous nous exposons en renonçant à une puissante politique éducative capable d’assimiler les nouveaux venus.

On peut imaginer que, dès la rentrée, la question des politiques éducatives soit posée avec d’autant plus de vigueur que la ministre alibi Vallaud-Belkacem affiche un bilan complètement nul sur le sujet.

Chômage, croissance, crise

Les derniers chiffres du chômage et de la croissance ont montré que le « ça va mieux » de François Hollande confirmait tout ce que l’on savait déjà de la profonde ignorance en économie dont cet ancien magistrat de la Cour des Comptes est porteur. En plus de 4 ans de mandat, toutes les prédictions et annonces économiques du Président ont été systématiquement désavouées par les faits. Le « ça va mieux » du 14 juillet, les promesses sur l’emploi et la croissance viennent, ces derniers jours, d’en reprendre un vilain coup sur le museau.

Le pire serait évidemment que ce ralentissement annoncé sur ce blog il y a quelques semaines ne se joigne à une déroute des marchés financiers à la rentrée. Pour le coup, la situation globale deviendrait extrêmement mauvaise.

Surveiller le pré-2017

Comme toujours à l’automne, les débats budgétaires seront à suivre. Cette année, les projets gouvernementaux mériteront un suivi à la loupe, dans la mesure où François Hollande devrait avoir la tentation de dilapider largement les fonds publics pour assurer sa réélection. Pour être à nouveau candidat, le Président aura besoin d’alliés. Voilà autant d’occasions de faire des cadeaux à des amis qui se sont parfois sentis maltraités par Manuel Valls.

Ce blog suivra avec une attention toute particulière ces évolutions et consacrera plusieurs articles à ces questions, notamment sous le prisme de la transparence du financement syndical, dont je parie qu’il sera un sujet privilégié.

D’ici là, bonnes vacances à tous.