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Valls se prépare à une campagne en creux

Le discours de candidature de Manuel Valls a apporté deux certitudes ce soir.

La première est que la gauche devrait se trouver dans la position peu confortable de la force qui défend un bilan et une continuité. Dans le cas du Premier Ministre, ce jeu constituera une véritable prouesse, dans la mesure où l’on peine à discerner l’inspiration générale, la cohérence du quinquennat Hollande.

La deuxième est que Valls bâtira sa campagne en creux. Il devrait même se contenter de dire tout ce qu’il ne fera pas plutôt que d’annoncer ce qu’il fera: non, il diminuera pas le nombre de fonctionnaires, non, il ne les fera pas travailler 39 heures, non, il ne réformera pas la sécurité sociale, non, il ne remettra pas en cause le vivre ensemble, etc.

D’une certaine façon, Valls va naviguer nez au vent en prenant le contrepied des propositions de Fillon, sauf sur un point: lui aussi annonce une baisse d’impôts pour les « classes moyennes », en prenant bien garde d’expliquer comment elle sera financée. Là où Fillon a fixé une ambition impériale, Valls se réfugie dans une ligne immobiliste.

Il n’est pas sûr qu’il ait beaucoup le choix, mais il n’est pas sûr non plus que cette ligne soit gagnante.

Valls obligé d’improviser une campagne

Même s’il a pu psychiquement se préparer à l’échéance, Valls doit malgré tout aujourd’hui improviser une campagne avec les moyens du bord. Plombé par son bilan, il devrait peiner à faire émerger un projet cohérent et novateur. Le temps lui manquera en tout cas pour le formaliser. En outre, une campagne, c’est tout de même une mobilisation, des militants, des gens qui y croient. Là encore, le Premier Ministre part de loin (même s’il part de moins loin que Hollande s’il s’était présenté).

Le défi est colossal.

Valls attendu au tournant par ses petits copains

À peine sorti du bois, Valls s’est essuyé de puissants tirs d’artillerie de la part de tous ses amis. Depuis Mélenchon et son entourage jusqu’à Macron, en passant par Montebourg et Aurélie Filipetti, Valls a reçu la curée, notamment à la suite de son appel à l’unité à gauche. Selon toute vraisemblance, sa campagne pour la primaire, si elle a lieu, sera extrêmement dur.

Gérard Filoche n’a par exemple pas hésité à déclarer que le discours de candidature de Valls était « à gerber ». Le ton est donné…

Ira-t-il à la primaire?

On peut même s’interroger sur l’intérêt, pour Valls, de concourir à la primaire, alors que ses principaux challengers, Macron et Mélenchon, ont refusé de s’y soumettre. Dans ces conditions, le bon sens pour Valls serait d’au moins griller immédiatement la politesse à Montebourg en squizzant l’étape primaire et en torpillant ainsi toute candidature socialiste adverse.

Restera ensuite à convaincre les écologistes et les radicaux de gauche de rentrer dans le rang, et à croiser les doigts pour que le candidat Macron s’effondre en cours de route. S’agissant de Macron, on peut même penser que Valls lui a réservé quelques boules puantes qui devraient l’affaiblir.

La campagne anti-idées

Pour le reste, le Premier Ministre devrait mener une campagne essentiellement tactique. Jouant à la fois sur la fonction d’épouvantail de Fillon et de Le Pen, il devrait tenter de rassembler en tenant les propos les moins risqués et les moins clivants possibles. Pas question de proposer des idées, mais plutôt éviter les coups et rassembler tous ceux qui espèrent encore un moment d’oxygène et d’hallucination avec les réformes douloureuses.

Bref, une campagne sous contrainte, une campagne obligée, une campagne tactique, loin du rêve que ses adversaires se promettent de vendre…

Italie: l’Europe s’offre une nouvelle crise

En Italie, la démission de Matteo Renzi après l’échec de son referendum sur ses réformes constitutionnelles ouvre une nouvelle crise interne et une nouvelle période d’incertitude. Et si l’Italie se rebellait contre la politique de maîtrise budgétaire imposée par l’Union? Et si l’Italie donnait le pouvoir au mouvement Cinque Stelle qui veut un referendum sur la sortie de la zone euro?

Qu’il est difficile de réformer une Constitution…

Matteo Renzi voulait supprimer le bicaméralisme en Italie, en réduisant le Sénat à un rôle secondaire et en limitant sa composition à 100 membres. Son projet de réforme est puissamment rejeté. Voilà qui en refroidira plus d’un qui voudrait réaliser une opération de ce genre en France.

On le regrettera, évidemment. Il ne suffit pas de proposer une diminution du nombre d’élus pour remporter un triomphe aux élections. Curieusement, aucun commentateur français n’a relevé le « populisme » de la réforme de Renzi et son échec.

Le chômage plus élevé en Italie qu’en France

Quand Renzi est arrivé au pouvoir, en février 2014, le taux de chômage selon Eurostat avait atteint les 12,7%. Près de trois ans plus tard, il est toujours à 12,4%. Le déficit public est toujours sous les 3%. Entretemps, Matteo Renzi a baissé les impôts. Il a aussi mis en place un plan de relance, dont il demandait (en vain) l’amplification au niveau européen.

Il peut, au passage, remercier François Hollande qui l’a lâché dans toutes les négociations avec Angela Merkel.

Les banques italiennes, grandes perdantes du referendum

Au-delà de Renzi, ce sont les banques italiennes qui perdent le plus dans ce referendum. Ce sont elles qui détiennent les deux tiers des créances douteuses de la zone euro. Autrement dit, elles sont assises sur un baril de poudre, qui pourrait faire exploser l’économie mondiale. Que les Italiens choisissent Cinque Stelle pour succéder à Renzi, qu’un referendum soit organisé sur la sortie de l’Italie hors de la zone euro, voire hors de l’Union Européenne, et plus personne ne pariera un kopek sur la survie de l’économie italienne loin du filet de sécurité apporté par la Banque Centrale Européenne.

La chute des sociaux-démocrates européens

Longtemps, François Hollande s’est appuyé sur les sociaux-démocrates européens, et singulièrement sur l’Italie, pour essayer de contrecarrer les visées politiques d’Angela Merkel. Avec le départ de Renzi et sa propre débâcle électorale, Hollande a non seulement creusé la tombe du socialisme français, mais aussi celle du socialisme européen. En Italie comme en France, ce socialisme réaliste qui ménage la chèvre budgétaire et le chou social subit une cuisante défaite.

L’Europe de crise en crise

Après le Brexit, rien n’exclut donc que l’Europe ne connaisse une crise de grande ampleur, liée à une rupture avec l’Italie. Les dégâts seraient beaucoup plus fâcheux cette fois, puisque l’Italie fait partie des pays fondateurs de l’Union. Même si cette éventualité est loin de se réaliser, on constatera que la réforme institutionnelle de Renzi rejetée par referendum visait à limiter l’instabilité gouvernementale. C’est manifestement raté…

Une année en plein roulis pour l’Union

Le départ de Renzi lance officiellement le départ d’une année très compliquée pour l’Union (encore plus compliquée que les années précédentes). Aujourd’hui, Manuel Valls démissionne et cède la place à un gouvernement de transition. En janvier, l’arrivée de Trump à la Maison Blanche risque de provoquer quelques importants remous. En mars, la Grande-Bretagne lancera officiellement le Brexit. En mai, les élections en France apporteront leur lot d’incertitudes, suivies de législatives qui pourraient ne pas être calmes. En septembre, Angela Merkel sera confrontée aux urnes.

Plus que jamais, l’incertitude domine le monde.

L’angoisse de l’entrepreneur face à la survie du RSI sous Fillon

Qu’il faille supprimer le monopole du RSI, à défaut de supprimer le RSI lui-même, ne fait aucun doute pour n’importe quel entrepreneur… La question est de savoir si un Fillon devenu président de la République (hypothèse non encore vérifiée) oserait ou non envoyer ce signal essentiel aux travailleurs indépendants. Car, en matière de « libéralisme », il y a souvent loin de la coupe aux lèvres, surtout en France.

Le RSI, une arme d’asservissement de la société…

Le RSI a pris forme en 2005, sous l’impulsion des conseillers d’Etat Bas et Dutreil, alors ministres d’un gouvernement de « droite ». La création de ce bastringue concluait un processus historique long. En 1945, les dangereux maniaques (conseillers d’Etat) qui inventent le régime universel de sécurité sociale projettent d’y absorber les indépendants. Mais, en 1947, face à la mobilisation de ceux-ci, le gouvernement renonce.

Mais l’objectif tacite reste, pour le gouvernement profond, d’asservir la totalité de la société en la fondant dans un régime unique de dépendance (dont seuls les fonctionnaires seront exonérés) où des revenus aléatoires donnent quand même lieu à des cotisations fixes. Dans cette vision globale du monde, portée par quelques hauts fonctionnaires qui ne seront jamais travailleurs indépendants et qui en méprisent les problématiques, la société française doit être organisée autour d’un statut unique, celui d’assuré social.

… qui continue l’oeuvre de javellisation des indépendants

Entre les complications réglementaires et la normalisation à outrance des activités, la création du RSI ajoute une source supplémentaire de précarisation du travail indépendant en France. La précipitation avec laquelle le régime fut créé en constitue un indice: tout a été fait pour rendre la vie des indépendants impossible.

Le graphique suivant, publié par l’INSEE, montre utilement l’inquiétante évolution de la situation:

entrepreneur

La France comptait 4,5 millions d’indépendants en France en 1970. Elle en compte 2,5 millions aujourd’hui. Parmi ceux-ci, il faut intégrer les 500.000 auto-entrepreneurs dont le statut est récent. En réalité, la France ne compte plus que 2 millions d’indépendants, hors les auto-entrepreneurs. L’invention du RSI a donc consolidé une tendance existante.

Le petit tableau suivant résume très bien la dernière situation démographique connue dans ce domaine.

entrepreneur

Parmi les très exactement 1,924 million d’indépendants, le revenu mensuel moyen se situe à 2600€. Ces chiffres moyens incluent les professions médicales. Mais… dès que l’on retire cette catégorie, on trouve des revenus très inférieurs.

Par exemple, dans la construction, le revenu mensuel moyen des indépendants est de 2300€. Dans les services aux particuliers, il tombe à moins de 1500€. Ces chiffres témoignent de la grande misère patronale qui sévit en France.

L’entrepreneur face à la précarité

L’INSEE a le bon goût de donner des éléments précis sur les dégâts infligés par la crise dans le monde des entrepreneurs. Le petit tableau ci-dessous:

entrepreneur

Ce graphique permet de repérer facilement les groupes de population qui ont vu leurs revenus baisser entre 2006 et 2011. C’est notamment le cas de tous les artisans et des commerçants artisanaux comme les coiffeurs. Pour tous ces gens, l’arrivée du RSI a sonné le glas: non seulement ils ont dû faire face à une sévère baisse d’activité due à la crise de 2008, mais la mise en place d’un régime unique de sécurité sociale a accru leurs difficultés par un système de cotisations cycliques qui a fait couler un grand nombre d’entre eux.

Le RSI, épouvantail de l’entrepreneur

Ce qui devait arriver arriva: le RSI est devenu le repoussoir absolu pour l’entrepreneur, le symbole de la mesure technocratique absurde, aveugle, intrusive, et qui empoisonne la vie de ceux qui la subissent.


Le RSI : le cauchemar des petits patrons

Désormais, l’obsession de tous ceux qui ont une activité indépendante consiste à sortir du RSI. Là, ce sont les acteurs de l’économie collaborative qui tremblent dans leurs braies à l’idée d’y être soumis. Ici, c’est un artisan qui se bat pendant des années pour annuler un redressement du régime. Là encore, c’est une grande marche à travers la France. Pour l’entrepreneur, c’est tout sauf le RSI!

Supprimer le monopole du RSI

Une mesure salutaire, indispensable, pour limiter la pénalisation de la prise de risque par les indépendants en France est de supprimer le monopole du RSI. Il ne s’agit pas de supprimer le RSI en tant que tel. Il s’agit seulement d’offrir à ses adhérents la possibilité de s’assurer ailleurs. Simple, efficace, rapide.

Fillon osera-t-il prendre cette mesure?

Pour l’instant, Fillon propose, sur le RSI, un gloubi-boulga très loin du compte:

le RSI est un échec  et nous allons le réformer de fond en comble. Cette réforme passera par la création de la Caisse de Protection des Indépendants.

Mais non Monsieur Fillon, il ne faut pas perdre de temps à réformer le RSI de fond en comble. C’est une machine trop lourde, trop complexe, pour être réformée. Il faut la laisser mourir de sa belle mort en permettant à tous ceux qui veulent la quitter de s’assurer ailleurs. Et pour ce faire, il suffit d’une loi comportant un seul article:

Article premier: nul n’est contraint de cotiser au régime social des indépendants.

Et le tour est joué.

François Fillon osera-t-il enjamber les technocrates rétrogrades qui l’entourent pour adopter cette mesure simple? Les entrepreneurs peuvent peser en ce sens, en s’organisant bien…

Le faux débat sur les 500.000 fonctionnaires à supprimer

Article écrit pour Atlantico.

Le candidat Fillon a-t-il en partie gagné la primaire sur sa promesse de supprimer 500.000 emplois de fonctionnaires? Ce chiffre emblématique nourrit en tout cas d’ores et déjà une polémique, à laquelle participe le Président de la République, qui constitue une sorte de tarte à la crème des programmes électoraux. Et comme d’habitude, revient cette agaçante polarisation sur la question du nombre, et ce silence sur la performance des fonctionnaires. Celle-ci est pourtant au coeur du débat.

La gauche et son impasse sur la réforme de l’Etat

Depuis plusieurs dizaines d’années, la gauche porte une certitude: la question de l’Etat et de la fonction publique se limite à une question de moyens et de nombre. Mais le sujet essentiel de la performance du service public, de la productivité des fonctionnaires et du pilotage de la réforme de l’Etat ne se pose pas. Ces gros mots-là ne se prononcent pas en public.

On rappellera ici que la question de la productivité a fait l’objet d’une savante censure lorsque la question du salaire s’est posée.

Les fonctionnaires sont-ils fainéants ou mal organisés?

Très longtemps, la gauche a d’ailleurs combattu l’idée de diminuer le nombre de fonctionnaires en la présentant comme populiste. Elle sous-tendrait que les fonctionnaires sont des fainéants, ou des paresseux, et elle serait donc clivante. Dans la foulée, on trouve une masse de témoignages de fonctionnaires qui expliquent qu’ils travaillent beaucoup et qu’ils sont toujours débordés. Donc, vous voyez bien que c’est populiste de dire qu’il y en a trop!

Mais à quoi servent vraiment les missions des fonctionnaires débordés? Et peut-on mieux les organiser? Ces questions élémentaires ne sont évidemment jamais posées.

Une qualité de service cataclysmique

Pourtant, les évidences sont là. La France compte aujourd’hui 5 millions de fonctionnaires et la qualité du service public diminue chaque jour. Je prends ici quelques exemples glanés au hasard des jours et des publications.

Progressivement, les préfectures se mettent à admettre les prises de rendez-vous… par Internet. Ce retard dans le basculement numérique est ahurissant, puisque, dans le même temps, la préfectorale ferme ses guichets d’accueil du public dans les sous-préfectures. Voilà un bel exemple d’une mesure de réorganisation pensée sans prendre en compte l’intérêt du citoyen, c’est-à-dire le service rendu au « client ». Qu’ils attendent deux ou trois heures s’il le faut! Ils n’ont sans doute que cela à faire.

On ne dira jamais ici la productivité perdue dans les entreprises du fait de la désorganisation extrême des services pour étrangers dans ces mêmes préfectures. Combien de salariés étrangers doivent s’absenter pendant de longues journées pour quémander des papiers?

Mais tout cela n’est rien, bien entendu, en comparaison de la situation affolante de notre école publique, où la violence quotidienne fait rage.

Le service public prend l’eau et tout cela n’est certainement pas dû à un manque de moyens. Il faudrait juste que les hauts fonctionnaires pilotent leurs services en mettant la qualité de service au coeur de leurs préoccupations.

Le management, ce dernier zeste de citron purgé par la gauche

L’hôpital et la police ont donné les exemples les plus aboutis de la disparition totale de toute culture managériale dans le service public.

Du côté de la police, le collectif qui a défilé dans les rues au mois d’octobre a montré comment la « base » se sent abandonnée et incomprise par sa hiérarchie. L’incompétence et la surdité du management, toujours prêt à stigmatiser ceux qui disent ce qu’il n’a pas envie d’entendre, et toujours à côté des vrais problèmes: ce fléau pourrit aujourd’hui le service public et fait croire que tout peut se résoudre par une augmentation des moyens. Augmentez les impôts et ne nous demandez pas d’encadrer nos services!

Le même constat pourrait être dressé à l’hôpital, où le maintien des 35 heures permet aux personnels d’égrener de longues plaintes contre une impossible organisation du travail, en évitant savamment d’aborder la question des volumes colossaux de congés attribués aux personnels.

Les insiders savent pourtant qu’une grande partie du naufrage administratif s’explique par l’inexistence savamment construite du management administratif.

La productivité des fonctionnaires, le sujet de demain

Face à toutes ces situations d’urgence, l’illusion consiste à croire que l’immobilisme et la bienveillance vis-à-vis des dysfonctionnements constituent des solutions d’avenir. On voit bien la tentation à gauche, qui est de ménager des fonctionnaires pour sauver son patrimoine électoral en répétant: « Pourvu que ça dure ». Mais les dysfonctionnements du service public, dus à un excès de recrutements médiocres et à un encadrement défaillants, sont autant de handicaps pour le pays tout entier.

Songeons à la mise en place prochaine du prélèvement à la source, un sinistre annoncé pour toutes les entreprises, qui repose sur un principe simple: allégeons les tâches des agents du fisc pour préserver la paix sociale… en chargeant la barque des entrepreneurs.

Préserver les fonctionnaires, c’est sacrifier le pays.

François Hollande a sous-estimé son bilan

Dans sa déclaration de non-candidature (une belle innovation dans la Vè République, une de plus de la part de ce Président!), François Hollande a dressé un bilan sommaire de son quinquennat: remise en marche du pays, rétablissement des comptes publics, baisse du chômage, élargissement des libertés (avec le mariage pour tous). En l’écoutant, on se demandait pourquoi il était impopulaire.

En fait, cette impopularité s’explique parce qu’il n’a pas assez vanté toutes ses réalisations. Je me propose donc de les rappeler, histoire que François Hollande ne se dise pas que tous les Français ont été ingrats avec lui.

Des comptes publics brillamment tenus…

François Hollande a vanté le rétablissement des comptes publics sous son quinquennat. Mais il n’a pas mis en valeur la subtile technique qu’il a utilisée pour y parvenir.

C’est vrai que François Hollande a diminué le déficit public d’environ 20 milliards, soit 1 point de PIB. Rappelons que l’engagement de la France était une diminution de plus de 2 points. Mais supposons. Pour parvenir à ces 20 milliards d’économies annuelles, Hollande a agi tout en finesse: les dépenses de l’Etat sont passées de 365 milliards fin 2011 à près de 372 milliards fin 2015. Elles étaient de 377 milliards fin 2014. Hollande n’a donc pas baissé la dépense publique! En revanche, les recettes de l’Etat sont passées de 275 milliards en 2011 à à près de 300 milliards fin 2015.

Autrement dit, et pour le seul budget de l’Etat, Hollande a augmenté les impôts de près de 10% pour réduire le déficit, sans toucher à la dépense. 25 milliards de plus ponctionnés sur l’économie française, soit plus de 1 point de PIB, elle est pas belle la vie? Un beau bilan en effet…

Des obligations réglementaires à foison

Quant aux comptes sociaux, Hollande les a, paraît-il, ramenés à l’équilibre. Mais il n’explique pas clairement, là encore, la voie suivie pour y arriver.

Ainsi, pour ce qui concerne les retraites, il a réussi la prouesse d’allonger la durée de cotisations dans la foulée de ce que Sarkozy avait fait, en lâchant, en contrepartie, le fameux compte pénibilité que tous les chefs d’entreprise adorent. Grâce à cette concession, tous les salariés de France font l’objet d’une paperasse supplémentaire qui dégoûte définitivement de recruter. Sans compter que le compte pénibilité encourage les salariés à choisir des postes pénibles, au lieu de les en prévenir.

Dans le domaine de la maladie, Marisol Touraine a suivi une méthode encore plus subtile pour diminuer le déficit: elle a gelé le montant des consultations et écrêté partout où elle le pouvait les remboursements. La situation est telle que, pour des soins complexes (notamment des greffes de main), les Français vont se soigner aux Etats-Unis. Dans le même temps, elle a asséché les comptes des laboratoires pharmaceutiques.

Bref, elle a réduit les déficits en diminuant autoritairement les tarifs, sans bouger le petit doigt sur l’ouverture des données de santé ou sur l’organisation désastreuse de l’hôpital.

L’implosion scolaire et universitaire française

Dans son discours, François Hollande a aussi vanté les mérites de sa politique en matière scolaire.

Une très belle réussite en effet: le quinquennat Hollande s’est limité à créer des postes (60.000, officiellement) pour occuper les élèves. Il n’a pas jugé nécessaire de préciser que le niveau du recrutement a atteint des planchers effrayants, qui expliquent la faillite absolue de l’école publique en France, soulignée à chaque classement de l’OCDE.

Il faut dire que Hollande a soigneusement évité de toucher aux sujets qui fâchent: la gestion des enseignants, déléguée au syndicat communiste FSU qui fait régner la terreur dans les établissements et sabote toute amélioration du système scolaire, l’autonomie des établissements, sujet maudit par excellence, qui est bloquée et permet à des enseignants toxiques d’échapper au contrôle citoyen.

Sur le plan universitaire, rappelons aussi que la France en est arrivée à tirer au sort les étudiants en médecine, ce qui, en soi, constitue une sorte de quintessence incarnée de notre naufrage.

Le quinquennat le plus liberticide de tous les temps

Parallèlement, le quinquennat de François Hollande restera comme le plus liberticide de tous les temps. La prorogation interminable de l’état d’urgence, la loi renseignement, les interventions du CSA, ont considérablement réduit le champ des libertés dans la société française. Dans la pratique, François Hollande a ouvert la voie à un fichage généralise de la population française, ponctué par le fameux TES, le fichier centralisé qui permet à l’Administration de tout savoir sur les Français sans le moindre effort, et sans véritable contrôle.

Sur ce point, Hollande a fait très fort, en nommant des personnalités comme Cazeneuve à des postes où l’oeuvre d’étranglement a permis de régler son sort à tout ce qui pouvait échapper au contrôle de la police.

Et on n’évoquera pas ici les interventions probables de Christiane Taubira dans les procédures judiciaires.

Les cadeaux faits aux puissants

François Hollande a aussi évoqué son intervention bienfaisante dans la réglementation financière. Là encore, on se gausse. La loi de séparation des activités bancaires a en effet consisté à cantonner moins de 5% des activités risquées dans des véhicules sans commune mesure avec une séparation effective entre activité d’investissement et activité de dépôt.

Incidemment, Hollande a laissé Bercy mener toutes les opérations les plus ahurissantes dont les puissants pouvaient rêver. Cela va, bien entendu, de l’autorisation donnée par Macron à Patrick Drahi pour le rachat de SFR, jusqu’à une multitude de mesures techniques inconnues du grand public, mais qui sont autant de cadeaux à la finance dont il s’était déclaré l’ennemi.

Par exemple, Bercy a systématiquement surinterprété les directives communautaires dans un sens favorable aux grands acteurs financiers. Mais on pourrait évoquer aussi les mesures discrètes de la loi Sapin 2, ou le rétablissement des désignations, poussé par Jean-Marc Germain avec la complicité du gouvernement, qui constitue un véritable crime contre la libre concurrence et un cadeau royal aux assureurs capitalistes.

Le naufrage diplomatique français

Enfin, terminons par le plus beau des piliers qui illustrent ce bilan: l’action diplomatique.

Sur le plan européen, Hollande a réussi l’exploit de ne rien obtenir pour la France, sauf une sorte d’indulgence vis-à-vis de notre paresse à réformer. Pour le reste, la France s’est montrée incapable de peser face à l’Allemagne et, plus que jamais, la France est absente de Bruxelles. Cet abandon explique largement pour quelle raison l’Allemagne a décidé seule d’ouvrir les frontières de l’Union aux migrants, et pour quelle raison le français n’est plus une langue de travail sur le continent.

Sur le plan international, la France a par ailleurs perdu toutes les batailles qu’elle a engagées, en dehors de la COP 21. Elle a par exemple choisi de faire la guerre à Bachar el-Assad, affaiblissant ainsi le premier rempart dressé contre l’islamisme.

Rétrospectivement, François Hollande peut donc se targuer de superbes réalisations… Dommage qu’il soit si modeste.

Encore un effort, François, et tu auras ta crise de régime

Cher François! On t’avait bien dit, l’an dernier, que l’organisation d’une primaire à gauche rendait difficile la préservation du prestige présidentiel.

Ce n’était pas nouveau, et c’était tout à fait prévisible: le matin, tu es président à l’Elysée, tu reçois des chefs d’Etat, Merkel t’appelle pour te remonter les bretelles, tu appelles Trump pour lui mettre un bonnet d’âme. L’après-midi, tu fais des réunions où tu décides de faire la guerre dans des endroits ou des déserts dont on n’a jamais entendu parler. Et le soir, tu te retrouves à un débat télévisé avec Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche où tu te fais traîner dans la boue parce que tu ne donnes pas assez d’argent aux pauvres. Et le lendemain, Angela te rappelle pour te demander si tu as bien dormi et si tu ne regrettes pas d’être allé tirer ton coup rue du Cirque avec un ridicule casque de Vespa sur la tête, un de ces casques que même les Napolitains ne portent plus. Parce qu’avec la déculottée que tu t’es prise la veille au soir devant plusieurs millions de Français sur tes frasques, les autres chefs d’Etat (et même les dirigeants d’autres planètes, ceux qui à Jean-Claude Juncker parle) commencent à te prendre encore moins au sérieux qu’avant.

Tout cela, on le savait. Tu le savais, il y a quelques mois, quand tu as donné ta bénédiction à l’organisation d’une primaire à gauche.

Mais il est vrai qu’à ce moment-là, tu as été pris d’une quinte de ta toux régressive habituelle: tu as confondu gouverner la France avec diriger le Parti Socialiste. Et tu t’es lancé dans un calcul à la con comme seul un premier secrétaire de la rue de Solférino peut en bâtir. Et vas-y que je disserte pendant des heures des avantages et des inconvénients du choix, et qu’au terme d’un labyrinthe de déductions improbables, tu as renversé la table en te convainquant qu’une primaire, c’était mieux qu’une absence de primaire. Mais oui! tu allais la gagner haut la min, cette primaire, entouré d’une dizaine de candidats à trois balles qui parlent sans cesse de solidarité, adorent dénigrer la capitalisme et son horrible cortège d’individualisme, et le dénoncent d’autant plus souvent (suivez mon regard) qu’ils se prennent pour le nombril du monde et ne pensent qu’à leur gloriole personnelle.

Tous les gens malins savaient que tu te trompais en acceptant la primaire. Mais, toujours dans ta phase d’apprentissage, tu as oublié que, sur certains sujets, un Président ne peut pas revenir en arrière. Une parole d’Etat est une parole d’Etat. Ou alors, ce n’est plus l’Etat, et ce n’est plus un fauteuil de Président que tu occupes. C’est la différence entre l’Elysée et la rue de Solférino: dans l’un, le mensonge est roi, dans l’autre, il est exécré. Demande à Sarkozy, il a quelques souvenirs là-dessus.

Entretemps, tu as décidé de suicider ouvertement ta candidature. Tu as laissé des journalistes révéler la vérité profonde de ton quinquennat: pendant quatre ans, tu as gouverné seul, tu as méprisé tout le monde, et tu n’as pas eu un seul projet pour la France. Je veux dire un seul projet conçu pour le destin de ce pays trop grand pour toi, avec un peuple trop digne pour toi, un seul projet qui ne visait pas à préparer ta réélection.

On sait tous, aujourd’hui, que tu appartiens à cette caste détestable de gens qui ne comprennent pas ce qu’est la France et qui n’ont aucune ambition pour elle. Tout juste peut-elle leur servir de marchepied pour réaliser des ambitions personnelles. Plus aucun Français n’a la moindre illusion sur ce que tu es, sur qui tu es, pour une raison simple: avec une naïveté confondante, tu as fait le choix de le leur dire par confidences à des journalistes interposées. Le roi est nu, et c’est le roi qui l’a dit.

Dans ce grand désordre que tu as toi-même organisé, instillé, instauré, mon cher François, tu pousses le déni jusqu’au bout (nous prouvant une fois de plus que ceux qui prennent les autres pour des idiots absolus gagneraient à s’acheter un miroir) et tu convoites de te présenter à la prochaine présidentielle. Et comme tu comprends que tu vas subir le même sort que Sarkozy, avec la dignité en moins, tu proposes de ne plus faire la primaire que tu as acceptée il y a quelques mois en pensant qu’elle te servirait.

Je te suggère de tenter cette manoeuvre de dernière minute. Elle prouvera ton attachement profond à l’Etat de droit, et à la dignité de ta fonction. Elle sera comme le bouchon poussé, cette fois, définitivement trop loin.

Je me réjouis par avance de cette très belle crise de régime que tu nous prépares!

Hollande peut-il démissionner Valls?

Avec la polémique lancée sur la déclaration (ou non) de candidature de Manuel Valls à la présidence de la République, une question constitutionnelle se pose: un Président de la République peut-il mettre fin aux fonctions d’un Premier Ministre? Contrairement à ce qu’on imagine, la réponse à cette question ne coule pas de source…

Valls et sa démission face à la Constitution

Constitutionnellement, la fin de fonction du Premier Ministre est bornée par l’article 8 de la Constitution:

Le Président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement.

Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.

Littéralement, donc, le texte prévoit l’enchaînement de séquences logiques suivant:

  1. le Président nomme les ministres sur proposition du Premier Ministre
  2. le Président met fin aux fonctions des ministres sur proposition du Premier Ministre
  3. le Président nomme le Premier Ministre
  4. … le Président reçoit la démission du Gouvernement, ce qui met fin au mandat du Premier Ministre.

La Constitution n’a donc pas prévu qu’un Premier Ministre soit « changé » dans démission du gouvernement. Elle n’a pas non plus prévu une cessation de fonction du Premier Ministre sur décision simple du Président. Il faut que le gouvernement démissionne pour que le Premier Ministre perde son poste.

Une amusante situation institutionnelle

Dans l’hypothèse où Manuel Valls déciderait d’affronter François Hollande à la primaire, la France connaîtrait donc une situation institutionnelle tout à fait originale. Jusqu’ici, les cas de collision frontale entre un Premier Ministre et un Président s’étaient limités aux situations de cohabitation, notamment en 1986, puis en 1993, puis en 1997.

L’une des situations les plus drolatiques fut d’ailleurs celle de 1996, où Jacques Chirac Premier Ministre de droite affrontait François Mitterrand, président sortant de gauche. La situation que Manuel Valls pourrait créer ressemblerait à une sorte de cohabitation « de l’intérieur », propre au même camp politique. L’affaire ne manque pas de piment.

Dans la pratique, elle obligerait François Hollande à composer. Constitutionnellement, il n’aurait en effet pas les moyens de « casser » la nomination de Manuel Valls à Matignon. Il en serait donc réduit à faire contre mauvaise fortune bon coeur, comme Mitterrand le fit avec Chirac en 1986.

Le risque d’une crise de régime

François Hollande serait-il assez irresponsable pour exiger la démission du Premier Ministre, lequel aurait les moyens constitutionnels de refuser de la présenter et de s’accrocher à son poste? Cette tournure extrême des événements serait peu probable, mais François Hollande, avec sa logique de normalité, nous a habitués à la réalisation des improbabilités statistiques.

D’une certaine façon, une telle crise à la tête de l’Etat constituerait le dénouement logique, presqu’attendu, d’un quinquennat cataclysmique où tous les cas inimaginables jusqu’ici se sont vus: maîtresse furieuse lavant son linge sale dans les librairies, danseuse nourrie à l’Elysée, coiffeur à 10.000 euros par mois à demeure, journalistes présents à tous les étages, conseillers en communication s’attribuant officiellement le beau rôle dans le fonctionnement de l’Etat par documentaire télévisé interposé, ministre du budget fraudeur au fisc, on en passe et des meilleures.

Tous ceux qui avaient imaginé que la France était tombée au plus bas avec Nicolas Sarkozy ont découvert qu’avec François Hollande, on pouvait faire pire en creusant le plancher. Dans ces conditions, pourquoi ne pas terminer en beauté par une sorte de gel de la décision exécutive?

La Constitution n’est plus adaptée à nos moeurs politiques

On voit bien que, derrière ces considérations techniques, le problème majeur de la Constitution de la Vè République est de ne plus correspondre à nos moeurs politiques. François Hollande lui-même en avait eu l’intuition en évoquant la suppression du poste de Premier Ministre.

Nul ne sait si ce point-là répond en l’état aux attentes de notre temps. En revanche, il est probable qu’un rééquilibrage de la fonction exécutive en France soit inévitable. Le quinquennat qui vient de s’écouler a en tout cas prouvé avec force que Premier Ministre et Président peuvent se marcher sur les pieds et vivre une véritable concurrence dans l’exercice du pouvoir. Dans le même temps, le gouvernement n’aura jamais été aussi impuissant, ni autant privé de véritable influence sur la société.

Qu’on le veuille ou non, la vie de la Vè République touche à sa fin, pour des raisons qui lui sont intrinsèques: les règles de la Constitution concourent à empêcher le renouvellement des élites. Et l’excès de consanguinité chez celles-ci produit de la débilité profonde, et même létale.

Fillon, un programme pré-impérial

L’intérêt de la victoire large de François Fillon est d’offrir, enfin! un espace politique clair et légitime à un programme pré-impérial, frappé d’un bonapartisme ambitieux. On l’attendait depuis longtemps, et enfin il arrive.

Un programme pré-impérial parce que souverainiste

François Fillon a fait campagne, en son temps, contre le traité de Maastricht. Le discours qu’il a prononcé vendredi dernier se situe dans la droite ligne de ce combat: faire de la France, dans les 10 ans, le première puissance européenne. Redevenir la cinquième puissance mondiale (derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon, mais qui sera le quatrième?). Ces idées simples, mobilisatrices sont la base d’une puissance française renouvelée.

Quelque chose n’est pas dit, dans ce programme: la relation avec l’Allemagne. Fillon a la prudence de ne pas en parler, de ne pas abattre ses cartes tout de suite. Cette prudence tient aussi à une logique diplomatique: il s’agit, ici, de laisser l’Allemagne sortir du bois avant de prendre une option.

Mais il ne faudra pas gratter longtemps pour comprendre que, dans l’esprit de Fillon, le relèvement du pays est antagoniste au développement de l’Allemagne. Cette affaire existait déjà il y a deux mille ans. La France ne retrouvera sa grandeur qu’en assumant sa souveraineté.

Une autre vision de l’Europe

L’Europe, Fillon fait avec. Mais il porte un puissant projet de rééquilibrage face à l’Allemagne, par une alliance discrète avec la Russie. Là encore, le bon sens triomphe. Depuis 40 ans, la France s’abaisse. Depuis 40 ans, les élites françaises n’ont qu’un mot à la bouche: le couple franco-allemand comme seule planche de salut.

Quelle erreur dramatique! quelle catastrophe pour notre pays! Car le prix de l’alliance avec une Allemagne rattachée à la Prusse depuis 1991 est extrêmement élevé. L’Allemagne a instrumentalisé le marché unique pour javelliser la concurrence industrielle de ses voisins et pour devenir la seule puissance exportatrice de l’Union. Subrepticement, l’Union Européenne s’est transformée en Lebensraum germanocentré. Tous les pays de l’Union se sont transformés, sans qu’on ne s’en aperçoive clairement, en d’immenses ruches où les abeilles butinent pour le compte d’une seule reine: l’Allemagne.

Un retour à la politique gaulliste de rééquilibrages des relations internationales par une relation privilégiée avec la Russie, mais aussi avec nos alliés arabes historiques, est salutaire.

La France, horizon indépassable d’un projet européen humaniste

En filigrane de ce projet, c’est évidemment la conception même de l’Europe qui est en jeu.

Par une bizarrerie des préjugés, l’élite parisienne oppose la souveraineté française et la construction européenne. C’est absurde! Le seul projet européen viable qui ait existé dans l’histoire, est celui d’une inclusion plus ou moins directe de l’Europe dans la souveraineté française.

La relance de l’Europe ne peut passer que par un épisode narcissique français. Nous devons nous aimer et assumer notre rayonnement sur le continent. Nous devons retrouver nos territoires naturels historiques. Rappelons que l’extension naturelle de la Gaule, c’est le Rhin, sur tout son parcours, ce qui inclut une bonne part de l’Allemagne, le Luxembourg, la Belgique, et une bonne part de la Hollande.

Ce sont nos frontières de 1814 que nous devons retrouver plus ou moins directement.

Projet impérial ou pré-impérial?

Reste à savoir jusqu’où François Fillon peut aller dans le déploiement de ce projet continental.

En l’état, malgré sa large victoire, François Fillon n’a pas tranché un certain nombre d’ambiguïtés. Il n’a par exemple pas pris position sur la zone euro, sur la stratégie monétaire européenne, ou alors ses prises de position sont restées incertaines. En ce sens, François Fillon devra composer avec des soutiens qui sont probablement moins avancés que lui sur ces questions, ou qui se montreront plus incertains.

Pour passer les caps nécessaires, François Fillon aura besoin de renouveler en profondeur les élites de gouvernement, pour favoriser l’avénement de décideurs plus enclins à formuler un autre projet continental.

La campagne constituera un bon test

À quelle vitesse François Fillon parviendra-t-il à recomposer les élites? La campagne des présidentielles sera un bon test. Soit François Fillon reste avec ses équipes actuelles, et on peut se faire du souci. Soit il décide de recomposer son entourage, et le meilleur est imaginable.

Ce que les entrepreneurs attendent d’un candidat de droite

Un candidat de droite est-il forcément soutenu par les entrepreneurs? C’est ce que beaucoup croient, mais la réalité est beaucoup plus nuancée et complexe que les apparences ne le suggèrent. La campagne qui s’ouvre à droite devrait le montrer une fois de plus.

Un candidat de droite n’est pas un candidat de l’entreprise

Combien de « grands élus » de la droite ont-ils déjà mis les pieds dans une entreprise? Il suffit de regarder le casting de la primaire (les sept candidats initiaux, en l’occurrence), pour comprendre que la droite pratique à peine plus que la gauche le recrutement de ses notables dans le secteur privé.

La primaire de la droite comptait quatre hauts fonctionnaires dans ses rangs: Alain Juppé, bien sûr, qui fut inspecteur général des finances… Bruno Le Maire était diplomate. Jean-François Copé était administrateur de la Caisse des Dépôts et Nathalie Kosciusko-Morizet a intégré le ministère des Finances à sa sortie de l’Ecole Polytechnique.

Contrairement aux légendes urbaines, on ne dira pas forcément beaucoup mieux de François Fillon et de Nicolas Sarkozy. Tous deux ont commencé leur carrière politique dès la fin de leurs études, et la politique a constitué l’essentiel de leur occupation. Aucun des deux ne peut se revendiquer d’une expérience concrète de chef d’entreprise, d’employeur, qui affronte les URSSAF pour ses salariés et doit mettre en oeuvre l’épaisse couche de réglementation concoctée année après année par le Parlement et l’administration.

Seul Jean-Frédéric Poisson a tâté de la vie de directeur des ressources humaines (dans la métallurgie), ce qui ne suffit d’ailleurs pas à faire comprendre ce qu’est réellement une entreprise.

Autrement dit, la droite ne peut se revendiquer d’une proximité naturelle avec le monde de l’entreprise. Cela ne signifie pas que les candidats de droite n’entendent pas les problématiques des entrepreneurs et des employeurs. Mais elles leur sont beaucoup moins familières que les problématiques publiques, beaucoup moins vécues…

Le candidat de droite face au RSI

Un bel exemple de cet éloignement de la droite face aux problématiques des chefs d’entreprise est celui du régime social des indépendants (RSI). Le RSI constitue une torture épouvantable pour les entrepreneurs et même, en soi, un plaidoyer contre l’entreprise. Même si les médias subventionnés n’en parlent pas beaucoup, la contre-performance de ce régime unique imposé aux entrepreneurs est un scandale absolu:


Des entrepreneurs marchent contre le régime… par francetvinfo

Sur le RSI, pourtant, aucun candidat ne fait le choix de rompre avec la logique d’un régime unique, prêt à être rattaché au régime général, telle que les conseillers d’Etat Bas et Dutreil (soutien de Macron aujourd’hui) alors ministres de la droite l’avaient conçu.

Eh oui! faut-il rappeler que la torture quotidienne infligée aux entrepreneurs dans ce pays vient de la droite et non de la gauche? D’une droite élitiste, technocratique, qui se considère comme la dépositaire naturelle du pouvoir?

Le RSI et les programmes

Ni Alain Juppé ni François Fillon ne formulent d’ailleurs des propositions satisfaisantes sur le RSI.

Alain Juppé a, c’est vrai, le programme le plus délirant sur le sujet:

Mettre fin aux dysfonctionnements inadmissibles du RSI. (…)

Accompagner l’essor du travail indépendant en laissant notamment le choix entre l’affiliation au RSI ou au régime général aux assurés au fur et à mesure de leur parcours professionnel.

Mais, ce que nous voulons, Alain, ce n’est pas choisir entre le pire et le plus pire. Ce qu’on veut, c’est la libre concurrence entre le RSI et les régimes privés. Nuance!

François Fillon a mieux pris en compte la question, puisqu’il propose un régime socle commun, avec des possibilités de supplément au-delà. C’est un début, mais comme j’ai eu l’occasion de le dire à son équipe de campagne, il faut aller au-delà en supprimant le monopole du RSI. Malheureusement, cette proposition a beaucoup de mal à émerger…

Pourquoi les vrais problèmes des entrepreneurs sont bloqués

Dans le cas de Fillon et des entrepreneurs, le blocage des problématiques s’expliquent assez simplement. Si Fillon est accessible au problème, il est entouré par un certaines de technocrates qui sont bien décidés à ne pas « casser l’outil ». Je me suis diverti, d’ailleurs, en écoutant les récits de son entourage: avant même toute élection, les entrepreneurs qui entourent Fillon (et il y en a…) ont appris à contourner ces quelques « technos » persuadés de tout savoir de la vie et bien décidés à freiner les espérances de réforme.

Si Fillon est élu, ce qui est probable, son défi, pour rencontrer les entrepreneurs et libérer l’entreprise en France, sera bien de ne pas se laisser embobiner par ces faiseurs de l’aristocratie, qui considèrent que le peuple est à leur service, et non l’inverse. Je ne résiste pas ici à l’envie de rappeler comment Patrice Leconte, dans le film Ridicule, a très bien décrit l’état d’esprit dominant dans la haute fonction publique contemporaine et ses essaimages auprès des candidats:

Le candidat ne fait pas tout… son entourage compte aussi

Il existe donc une terrible réalité dans la démocratie! le candidat peut être le plus valeureux du monde, s’il est mal entouré, son programme est réduit à néant et ses espérances de réforme sont nulles ou presque. Toute la difficulté du pouvoir est bien là. La machine à décider est complexe. Les gens capables de la faire fonctionner son généralement faits du même bois: ce sont des hauts fonctionnaires pétris d’étatisme et naturellement éloignés de la prise de risque.

Pour un Président de la République, toute la difficulté est contenue ici.

Pour les entrepreneurs, cette difficulté est un véritable pic himalayen, dont il n’est pas sûr qu’il puisse encore être franchi…

Fillon et la santé: enfin une réforme de bon sens!

Article écrit pour le Figaro Vox.

François Fillon avance, sur la santé, des propositions encore mal comprises par les Français. Et c’est bien dommage, car le mouvement en avant qu’il propose constitue une vraie réforme équitable. Les quelques lignes qui suivent tentent de la rendre plus claire, en dehors des simplifications inquiétantes (car immobilistes) d’Alain Juppé qui explique de façon suicidaire (car c’est une promesse impossible à tenir dans les années futures) qu’il ne touchera pas aux taux de remboursement de la sécurité sociale.

Les cancéreux, grandes victimes de la sécurité sociale

Régulièrement, la presse se fait l’écho des scandaleux restes à charge en cas de cancer. En moyenne, une victime du cancer doit débourser de sa poche 750 euros par an pour être soignée. Ce seul fait prouve que notre sécurité sociale, élevée au pinacle par tant de bien-pensants, dont Alain Juppé lui-même, n’est qu’une forme très dégradée de protection sociale. S’il existe en effet des maladies où la médecine devrait être gratuite et généreuse, ce sont ces maladies longues et graves qui constituent le vrai risque santé en France. 

Pourtant, nous avons fait le choix inverse. La stratégie de remboursement des frais de santé en France consiste en effet à ne pas prioriser le risque. La sécurité sociale se sent obligée de rembourser n’importe quel soin, et de ne surtout pas sacrifier les soins « visibles » (les grippes, les bronchites, la presbytie, la visite chez le dentiste), parce que ce sont ceux qui rapportent le plus d’électeurs. Certes, les maladies « ordinaires » sont moins généreusement remboursées que les affections de longue durée. Mais la généralisation des complémentaires santé fait que, dans la pratique, un patient est mieux couvert lorsqu’il a la grippe que lorsqu’il a un cancer.

Notre absurde stratégie de dépense en santé

Pour mémoire, l’assurance maladie en France assume environ 250 milliards d’euros de dépenses annuelles, dont un petit 80 milliards pour les maladies graves.

Si la sécurité sociale constituait une protection sociale performante, elle allouerait à la prise en charge de ces maladies graves (le cancer, le SIDA, l’hépatite, le diabète, etc.) une somme d’au moins 100 milliards. Seule cette augmentation de dépense permettrait d’éviter tout reste à charge du patient.

Pour le coup, ce geste serait tout à fait mérité dans la mesure où le renoncement au soin pour ces maladies constitue une véritable prise de risque. Le sens de l’assurance maladie se situe là.

L’amélioration de la prise en charge du cancer est impossible en France du fait des arbitrages macro-économiques. Comme la sécurité sociale met absurdement (et pour des raisons électoralistes) dans la même enveloppe budgétaire les remboursements de maladies graves et ceux de maladies anecdotiques, il faut bien équilibrer les efforts. Pour que Madame Michu, qui se rend chaque semaine chez son médecin pour s’occuper et avoir une prescription, continue à être prise en charge à 70% par la sécurité sociale, on explique à la femme victime d’une mastectomie que la chirurgie réparatrice qui lui permettra de ne plus ressembler à une Amazone est à sa charge. Et ça coûte cher.

Au passage, on ne dit pas assez que la solidarité invoquée à tout bout de champ dans le domaine social fait toujours des victimes, et généralement ce sont les plus faibles. En l’espèce, on sacrifie volontiers la jeune maman frappée par le cancer pour s’occuper des plus âgés, généralement détenteurs d’un patrimoine, et très décomplexés sur la dépense en santé.

La question emblématique des lunettes

Dans cet inventaire à la Prévert de maladies, de médicaments et de dépenses en tous genres, la sécurité sociale fait très fort au nom d’un égalitarisme à trois francs six sous. Elle veut se mêler de tout, comme si toutes les maladies relevaient du même risque et de la même logique de remboursement, sans songer que ce sont chaque fois les maladies graves qui sont sacrifiées.

Les frais d’optique constituent sans doute l’exemple le plus emblématique de cette gabegie organisée au nom de l’égalité et de la fantasque universalité de la sécurité sociale. La sécurité sociale se sent obligée de rembourser toutes les lunettes et tous les verres prescrits par un ophtalmologue. Mais les montants de remboursements sont si ridicules qu’ils pourraient être supprimés sans qu’aucun assuré ne s’en aperçoive.

Au demeurant, le légitimité d’une intervention de la sécurité sociale dans les remboursements de lunettes est sujette à caution. La baisse de la vue est en effet un risque certain chez les humains. On n’est pas sûr d’avoir un cancer, mais on est toujours sûr de devenir presbyte. Alors pourquoi rembourser ce risque certain comme s’il était aléatoire?

En réalité, la prise en charge des lunettes relève de l’épargne et non de l’assurance.

Fillon propose une nouvelle logique du risque

Dans le projet de François Fillon tel qu’il est avancé aujourd’hui, l’idée sous-jacente est donc de revenir au sens original de l’assurance maladie: ne plus rembourser les risques certains, et concentrer les moyens sur les risques aléatoires. Laisser, au fond, chaque citoyen prendre ses responsabilités avec les petites maladies du quotidien comme la grippe ou la bronchite, la presbytie et même la rage de dents. En revanche, la collectivité pourra renforcer la prise en charge des maladies graves, chroniques, de longue durée, et retrouver des soins de très haute qualité pour ces profils à risque.

Entendons-nous sur ce que signifie « laisser chaque citoyen prendre ses responsabilités ». La France est dotée aujourd’hui d’un marché extrêmement mature de complémentaires santé. L’offre est pléthorique, concurrentielle, efficace. Pour les frais d’optique, pour les prothèses dentaires, il est acquis que l’externalisation du risque auprès de ces acteurs complémentaires permettra à la fois de diminuer les coûts et d’améliorer la qualité des soins.

En particulier, la bonne maîtrise des données de santé et le recours systématique à des réseaux de soins constitue une évolution importante dans la révolution sanitaire que nous pouvons engager, dans la mesure où elle permet de salarier les médecins qui le veulent et de garantir les meilleurs prix aux assurés et aux patients.

Combien ça coûte?

La question que se posent les Français, bien entendu, est de savoir si ce système rendrait la santé plus chère ou non.

Contrairement aux préjugés largement répandus, la réforme de François Fillon permettra de diminuer le coût de la santé pour les particuliers. En effet, ils troqueront des dépenses mal gérées par la sécurité sociale et les hôpitaux publics, contre une dépense soumise à la concurrence du marché et donc mieux gérée par des acteurs qui risqueront de perdre leur portefeuille en cas d’insatisfaction de l’assuré.

Pour arriver à ce système, l’assurance maladie perdra une partie de son périmètre d’intervention et pourra donc sensiblement baisser ses cotisations (ce qui libérera de la compétitivité pour les entreprises). Ces sommes libérées ne seront que partiellement compensées par la hausse des tarifs des complémentaires santé. L’assuré sera donc finalement gagnant.

La question de la sélection du risque

Certains ne manqueront pas d’opposer à ce raisonnement imparable la manie des assureurs de sélectionner le risque. Les prix baisseront, diront-ils, pour les jeunes en bonne santé, et augmenteront pour les vieux malades.

Ce point doit être traité sur le fond, car il est aujourd’hui perverti par l’égalitarisme apparent de la sécurité sociale, qui matraque les jeunes avec des cotisations élevées pour mal prendre en charge les plus âgés (on ne compte pas ici le nombre d’anecdotes sur les seniors qui passent des heures sur un brancard dans les couloirs des hôpitaux sans voir un médecin).

En réalité, la France n’a pas encore assumé la révolution du 4è âge qui devrait résoudre un grand nombre de ses problèmes. Le coût de la santé pour les seniors est en effet très lié aux derniers mois de vie, et même aux dernières semaines. Le moment vient sans doute de régler ce sujet en prévoyant d’autres modes de financement des soins pour ces sujets spécifiques, spécialement en faisant jouer les actifs successoraux.

Ces choix techniques indispensables permettront de rétablir une parfaite équité dans le système de santé proposé par François Fillon.