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Supprimer le travail détaché? la bonne grosse blague

La dernière grosse blague à la mode est d’affirmer (le débat télévisé d’hier soir l’a montré à nouveau) qu’il faut supprimer le système du travail détaché qui permet, depuis 1996, de faire travailler des travailleurs polonais en France, pour une durée limitée, avec un salaire français mais des cotisations sociales polonaises (on me pardonnera ce raccourci in concreto du sujet). On a tous bien compris les arguments: il faut protéger les salariés français (qui rêvent tous, c’est bien connu, de faire le boulot qu’on confie aux Polonais) contre cette invasion dangereuse fondée sur un dumping social.

Présenté de cette façon, le débat est comprimé dans une seringue du même ordre que l’ubérisation et ses méfaits: alors vous avez le choix entre une société qui protège, qui prévoit, qui équilibre, qui partage, et, de l’autre côté, un repaire de vautours profiteurs qui mettent en danger des siècles d’acquis, de construction collective, de bien-être. Que préférez-vous? Que les coupables lèvent le doigt.

Supprimer le travail détaché, une bombe à retardement

Maintenant, si on retourne le problème, chacun va comprendre les petits mensonges par omission véhiculés par les candidats qui s’empressent de réclamer la fin du travail détaché (et les raisons pour lesquelles il faut par avance ranger cette annonce de campagne dans les volumineuses archives des promesses non tenues).

Je ne relèverai même pas, ici, qu’aucun président de la République n’a le pouvoir de s’opposer à l’application d’une directive européenne sur son sol sans remettre en cause l’Etat de droit. La seule véritable option qui existe est d’annoncer une renégociation de la directive, ce qui prendra le temps que ça doit prendre, sauf à expliquer aux Français que nous programmons un Frexit.

Mais supposons… imaginons que, dans un délai miraculeux, le candidat qui triomphe en mai 2017 obtienne tout de suite une remise en cause de la directive. Le voilà donc en train d’expliquer à ses partenaires européens qu’un travailleur d’un Etat-membre doit être soumis aux cotisations sociales de l’Etat qui l’accueille pour une mission de courte durée. Cela signifie quoi? qu’il va ouvrir des droits sociaux dans cet Etat d’accueil? qu’il va devenir l’un des allocataires de son système de sécurité sociale? qu’il perd temporairement ses droits sociaux dans son pays d’origine?

Oui, bien sûr, supprimer le travail détaché au sens où les candidats à la présidentielle l’entendent signifie effectivement rattacher le travailleur en question au système de protection sociale du pays d’accueil. De cette façon, on harmonise les cotisations sociales et on évite le dumping.

L’effet caché sur les comptes sociaux

On poursuit le raisonnement. Donc, un maçon polonais ou slovène ou bulgare, lorsqu’il vient sur un chantier en France, va consommer de la protection sociale en France. Il aura droit à nos remboursements maladie très généreux, à nos hôpitaux dont les personnels passent leur temps à pleurnicher sur le manque de moyens (en oubliant toujours de parler de leurs jours de congé pléthoriques) mais qui font rêver n’importe quel ouvrier d’Europe de l’Est. Et comme la connerie de la lutte contre le travail détaché sera poussée jusqu’au bout, il aura même droit au régime invalidité de sa convention collective en France.

Bref, pour le dire de façon cynique, ceux qui pensent que les cotisations sociales non payées par les travailleurs détachés en France sont une charge sans contrepartie ne tarderont pas à faire la triste expérience de leur incompétence, puisqu’ils sont en train de promouvoir l’ouverture de notre système de protection sociale au mauvais risque.

Qui sont en effet les travailleurs détachés? Ceux qui, chassés par la misère de leur propre pays, acceptent des emplois ingrats, pénibles, épuisants, et mal payés en France. Et brutalement, on va leur dire: finalement, vous aurez les mêmes droits que les travailleurs français quand vous viendrez travailler chez nous, même pour six mois ou un an. Ah! ah! mais c’est sûr que le gars, il fera tout pour ne pas retourner se faire soigner les yeux ou les dents en Pologne, en Bulgarie ou en Grèce. Il va en profiter pour se récupérer la totale aux frais des cotisants français. Et pour un euro de cotisation versée par le travailleur détaché, on aura droit à deux euros de dépense de notre sécurité sociale déjà exsangue du fait de sa mauvaise gestion.

Un petit oubli sur les « allègements de charges »

On s’amuse par avance de cette pelote que nous déroulons sans hâte. L’histoire du dumping sur les emplois à faible qualification (ceux très majoritairement concernés par le travail détaché) est en effet une sorte de serpent de mer en France. Quand j’étais à l’ENA (il y a quinze ans), j’avais des cours où l’on nous présentait des tableaux très bien faits sur le coût d’un pêcheur à Saint-Pierre-et-Miquelon (sous sécurité sociale française) et sur le coût de son homologue nord-américain. On comprenait tout de suite pourquoi l’activité de pêche à Saint-Pierre n’avait aucune chance de se développer.

C’est pour cette raison qu’on a inventé les allègements de charges sous 1,6 SMIC. Mes petits camarades de l’ENA me soutiennent encore aujourd’hui mordicus que le manque de compétitivité français, dû au coin « socio-fiscal », ne porte que sur les bas salaires.

Continuons sur le travail détaché: donc, l’alignement des travailleurs détachés sur les cotisations sociales françaises, vu qu’il concernera des emplois majoritairement rémunérés au SMIC… ne rapportera rien à la sécurité sociale. Mais il causera des dépenses, et des compensations de droit financées par l’impôt. Et voilà comment une mesure destinée à protéger les salariés français sera en réalité financées par les contribuables français.

Redisons-le, les milliards « d’allègements de charges » concédés aux entreprises sont compensés par l’Etat, c’est-à-dire par le contribuable, et essentiellement par des taxes sur les salaires. Donc, ce sont les employeurs de France qui paieront les cotisations des travailleurs détachés, officiellement alignés sur les cotisations françaises.

Les vraies raisons du travail détaché

Supposons que tout ceci advienne. Le travail détaché disparaitra-t-il pour autant? Ce sera le moment de vérité. Entre un maçon français et un maçon polonais, à coût égal, qui l’employeur français choisira-t-il?

Tous les employeurs connaissent déjà la réponse. Le maçon polonais qui, sachant qu’il a droit à la sécurité sociale française en travaillant en France, se précipitera pour venir, avec sa motivation, son ardeur à la tâche, son envie de faire. C’est le grand tabou français. Mais ceux qui recrutent sont bien placés pour savoir que la « protection » dont les salariés français bénéficient du fait des innombrables inventions légales, réglementaires, conventionnelles, les disqualifie dès lors qu’ils sont mis en concurrence avec des salariés étrangers non contaminés par cet état d’esprit délétère.

Mais, laissons les syndicalistes français nourris à la langue de bois tirer ce constat par eux-mêmes: l’alignement des travailleurs détachés sur les conditions sociales françaises n’empêcheront pas le travail détaché. Bien au contraire. Et il faudra avoir l’honnêteté de s’interroger sur l’employabilité de nos ressortissants baignés dans une atmosphère de « luttes », d’acquis sociaux et de protection toujours plus importante.

Comment la France prépare son propre suicide

Reste à expliquer comment se passera la renégociation de la directive sur le travail détaché. Outre les contreparties que tous les pays qui font une utilisation intelligente de cette directive (comme l’Allemagne, qui fait baisser les coûts de ses filières les plus concurrentielles, notamment agro-alimentaires, de cette façon) demanderont, certains se frotteront les mains. Ils feront écrire noir sur blanc au nouveau Président français qu’un salarié français détaché en Pologne ou en Bulgarie relève désormais de la sécurité sociale polonaise ou bulgare.

Quelle chance pour les employeurs français qui veulent délocaliser. Ils pourront désormais négocier les opérations de détachement à bas prix, sur le mode du: « où tu vas faire ce job en Bulgarie pendant six mois, pour un salaire bulgare, protection sociale comprise, ou tu pars ».

On s’en délecte par avance.

Comment la présidentielle réalise le scénario dont on ne voulait surtout pas

Après cinq ans de déclin hollandiste, on avait rêvé un scénario de sursaut. Face à l’érosion française qu’on constate sur tous les fronts (sociaux, économiques, culturels, scolaires), face à ce lent déclin du pays comme un vieux rafiot qui s’enfonce dans les eaux sans qu’on n’y prenne garde (et un jour on a les pieds mouillés, on se demande pourquoi), on attendait un débat, un affrontement idéologique, une controverse sur les moyens d’en sortir. Et patatras… rien de tout cela, mais un déluge d’immondices et de promesses gratuites faites au petit bonheur la chance dans l’espoir de séduire qui les agriculteurs, qui les entrepreneurs, qui les enseignants.

Bref! tout ce qu’on ne voulait pas!

Comment en sommes-nous arrivés là? De la réaction nobiliaire et de ses petits secrets

Après la primaire des républicains, on aurait pu imaginer le meilleur. Le débat d’idées était lancé. On pouvait contester le fond, certes, mais on s’apprêtait à entendre des arguments. La primaire socialiste elle-même n’a pas déçu. Benoît Hamon portait un projet qui avait sa cohérence, et qui laissait espérer une délibération collective sur des projets de société.

Puis sont venues les affaires, dont le rythme de divulgation et de reprise par les médias a confirmé ce qu’on pressentait: dans l’ombre, des « indics » avaient décidé de balancer des dossiers pour changer la donne. Et, progressivement, les affaires ont saturé le débat jusqu’à rendre impossible toute ouverture sur les sujets d’intérêt général.

Ici se met en place une mécanique infernale où l’on mesure les inconvénients d’un ordre médiatique subventionné par l’Etat et détenu par quelques grandes fortunes. Là où les propriétaires des journaux auraient pu imposer un code de bonne conduite et recentrer le débat, chacun y est allé de sa contribution à l’immondice (au nom, bien entendu, de la lutte contre la démagogie et le populisme). Avec un objectif tacite: éviter de donner à un candidat la légitimité nécessaire pour réformer la société.

L’absence de débat de fond a mécaniquement profité à celui qui n’avait pas de programme

Il y a évidemment deux lectures possibles de cet engouement médiatique pour la fange et de cette aversion pour le débat démocratique. L’une est de dire qu’on n’y pouvait rien et qu’il fallait laisser faire. L’autre est d’admettre que l’absence de débat sur les programmes a fait le jeu de celui qui n’avait pas de programme. Et que, l’un dans l’autre, on a continué à faire de la politique comme avant: pour soutenir le copain dont la seule ambition est de rester copain avec tout le monde, la meilleure façon était d’amuser la galerie avec des affaires crapuleuses et d’occulter ainsi le vide de sa vision.

Et ça a marché! Macron a réussi l’exploit d’occuper le devant de la scène médiatique sans faire une proposition concrète au petit peuple. Il a produit une sorte de document programmatique, mais si vague qu’il veut tout et rien dire. Et il s’abstient savamment de l’évoquer lorsqu’il est en public. Jamais on a vu une telle duperie avec la complicité d’autant de bien-pensants.

L’usurpation de démocratie à laquelle nous assistons est une bombe à retardement

Donc, imaginons qu’un jour les élections auront lieu et qu’un candidat sera élu. On peut en parler au conditionnel, puisque le Canard Enchaîné d’hier évoquait les voix de droite comme de gauche qui s’apprêtaient à plaider pour un report de l’élection (en s’appuyant notamment sur l’état de santé de François Fillon, réputé « empêchable »). Ce jour-là, il faudra bien prendre des mesures, des décisions, organiser une politique concrète. Or, quel Français peut aujourd’hui considérer qu’il a bénéficié d’une information suffisante et suffisamment éclairante sur les programmes des candidats?

En dehors des mises en examen et des soupçons généralisés qui pèsent sur chacun d’eux, la connaissance des idées est devenue chose accessoire.

Et voilà une bombe à retardement. Soyons honnêtes: en dehors du programme de François Fillon, qui a annoncé des baisses drastiques de fonctionnaires, et de celui de Marine Le Pen, qui a annoncé l’inverse mais entend bien s’en prendre aux immigrés, et partiellement de celui de Mélenchon, qui annonce des augmentations de dépenses et des mesures économiques brutales pour les entreprises, le débat n’a guère permis d’en savoir plus.

Le jour J, donc, en particulier celui des augmentations d’impôt pour financer les promesses, le réveil citoyen risque d’être très douloureux.

Un pas de plus vers une aventure inattendue

Alors que la présidentielle de 2017 devait permettre un sursaut, elle confirme donc que la France s’englue plus que jamais dans un immobilisme opaque, où les décisions sont prises sans qu’on les comprenne. Et sans qu’on ne voit leur rapport avec l’intérêt général.

Les électeurs de Fillon voteront-ils ou non Marine Le Pen au second tour?

Quel choix les électeurs de Fillon feront-ils si leur candidat n’est pas présent au second tour et si leur choix doit ou non se porter sur Marine Le Pen? Cet article offre une sorte de micro-trottoir sur le sujet, qui conclut à une forte indécision…

Petit souvenir d’Alsace

Après ma soirée en Alsace, j’ai interrogé deux personnes qui avaient assisté à ma conférence. Ces deux quidam avaient eu des fonctions de chefs d’entreprise dans la région, mais étaient désormais retraités. Tous les deux ont manifesté la même gêne vis-à-vis du candidat républicain, en assurant immédiatement que les affaires n’auraient pas d’impact sur leur vote. Unanimement, l’ambition économique et réformatrice du programme de Fillon a justifié à leurs yeux une absolution, ou en tout cas une indulgence vis-à-vis des faits évoqués dans la presse.

En grattant un peu, on pouvait quand même comprendre que l’idée de recevoir des costumes gratuits offerts par Robert Bourgi en plein Pénelopegate les a désarçonnés. Paradoxalement, on peut penser que cette affaire des costumes les a plus perturbés que les affaires de Pénélope.

Sur le fond, ces électeur « naturels » et convaincus donnaient peu de chance à leur candidat de passer le cap du premier tour. Je les ai sentis réservés sur la possibilité ou non de voter Marine Le Pen au second tour.

La vraie impopularité de Marine Le Pen dans l’électorat gaulliste traditionnel

Une discussion au fil de l’eau avec une nonagénaire bon pied bon oeil, bourgeoise parisienne lectrice du Figaro Magazine m’a révélé une dimension plutôt inattendue: l’impopularité profonde de Marine Le Pen dans l’univers gaulliste traditionnel. La présidente du Front National est jugée trop « carnassière ». Le mot dit bien toute la profondeur du ressenti gaullien face à la famille nationaliste, et toute la difficulté de la dédiabolisation du Front National.

Selon toute vraisemblance, une absence de François Fillon au second tour conduira cet électorat à l’abstention… À bon entendeur…

Les milieux économiques profondément divisés

Dans les milieux économiques, le doute est beaucoup plus profond, et d’autant plus compliqué à dissiper que l’aveu d’un vote Le Pen reste encore très souvent un tabou.

Dans cet univers, quatre groupes se distinguent.

Il y a d’abord ceux que l’affaire du Penelopegate a immédiatement écoeurés. Ceux-là ont rejoint, avec armes et bagages et depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron. Ce dernier les rassure en partie par sa proximité avec le grand capital, et son style « nouveau » séduit.

Parmi ceux qui sont restés fidèles à Fillon, la perspective d’un second tour Macron-Le Pen divise.

Certains se sentent plutôt proches d’Emmanuel Macron même si les flous programmatiques du candidat et les ralliements massifs du Parti Socialiste les gênent. Ils voient bien qu’il y a du hollandisme en Macron, mais l’aspect « moderne » du personnage tempère leur réticence. C’est au fond l’homme du moindre mal et, là encore, sa proximité avec les milieux d’affaires rassure.

D’autres seraient prêts à voter Marine Le Pen, même si ce choix reste encore dissimulé par souci des convenances. Cette inclination est surtout marquée dans l’aile catholique traditionnelle, de goût plutôt royaliste et méfiante vis-à-vis de la tradition gaullienne. Mais on y trouve un certain nombre de décideurs exaspérés par l’étranglement fiscal en cours et convaincus que le Front National constituera un électrochoc salutaire.

Un dernier lot dont les proportions sont encore mal connues se réfugiera probablement dans une abstention résignée, pour ainsi dire mélancolique. Mais leur rejet du Front National est aussi fort que leur rejet du macronisme.

Une masse variable de votes Le Pen selon les hypothèses du deuxième tour

Pour l’instant, le recours à l’abstention est surtout évalué selon l’hypothèse d’un deuxième tour Macron-Le Pen, largement « fabriqué » par les medias. Une approche du pays réel laisse plus dubitatif sur l’ampleur réel du vote Macron, et rien n’exclut que Fillon soit au second tour. Pour l’instant, toutefois, ses soutiens peuvent lui faire le reproche de trop répondre au dénigrement dont il est l’objet et de ne pas porter assez clairement les réformes qu’il propose.

Dans les autres hypothèses – celle où ni Macron, ni Fillon, ne passeraient le cap du premier tour, le poids de l’abstention ou du vote Le Pen seraient probablement à réévaluer. Ainsi, dans le cas de figure d’un second tour Hamon-Le Pen ou Mélenchon-Le Pen, il est probable que le poids de l’abstention grossirait du fait de l’absence de Macron, et que le report de voix en faveur de Marine Le Pen serait parallèlement plus net.

Pour le Front National, l’hypothèse d’un second tour avec Mélenchon constituerait donc une aubaine…

La France insoumise survivra-t-elle à Mélenchon?

Mon interview par Atlantico sur la situation de Mélenchon.

Si Jean Luc Mélenchon n’emportait pas cette élection présidentielle, et dans le cas où il ne se représenterait pas en 2022, quel avenir peut-on imaginer pour le capital accumulé par le candidat de la France Insoumise ?

Vous posez l’éternel problème des courants de pensée sans parti politique, ce qui correspond au choix initial de Mélenchon de se couper à la fois du parti communiste et du parti socialiste. C’est une forme de césarisme de gauche qui s’organise autour de ce tribun hors pair, mais qui a toujours maltraité les appareils politiques à force de vouloir en tirer le meilleur parti. N’oublions pas qu’à une époque Mélenchon fut le leader de la gauche socialiste, au sein du Parti Socialiste, aux côtés de Dray. Ce dernier a su s’assagir et se rattraper aux branches du hollandisme. Mélenchon a fait, pour sa part, le choix de la rupture après une allégeance à Mitterrand dans les années 80. Les deux hommes ont donc, à certains égards, des parcours inversés. Et c’est bien le paradoxe Mélenchon qui est à l’oeuvre. Le bonhomme adore parler d’action collective, de construction révolutionnaire, de mouvement social, mais il est le plus bonapartiste de tout le paysage français, en ce sens qu’en dehors de lui son mouvement n’existe pas. Sur ce point, il a perdu l’an dernier son âme damnée François Delapierre, décédé prématurément et qui était le seul, parce qu’il « pensait Mélenchon » avec lucidité, à pouvoir donner vie au mouvement après le départ du chef. Ceux qui suivent, les Corbière, les Coquerel, les Autain, e sont pas calibrés pour lui succéder et sont de toute façon trop opportunistes pour faire vivre un mouvement durable. On ne tardera pas à la voir. On assistera donc progressivement à la dilapidation des acquis mélenchoniens.

N’y a–t-il pas un risque qu’il se passe à terme la même chose que pour François Bayrou en 2007 ? A savoir une forte baisse dans son électorat ?

​Exactement! C’est toute la difficulté, redisons-le, d’un mouvement politique taillé autour des hommes et des femmes et non autour des idées. Les personnalités expriment à un moment, avec leur charisme personnel, une sorte de veine naturelle dans l’opinion publique. De même qu’il existe une sensibilité démocrate chrétienne en France que Bayrou a su exprimer un moment, il existe une veine révolutionnaire plutôt jacobine en France que Mélenchon incarne aujourd’hui mais qu’il n’incarnera plus demain car son moment sera passé. C’est en ce sens que les partis politiques participent de la démocratie. Par leur existence, par leur structuration, ils pérennisent des expressions politiques en dehors des gens qui les forment, et leur durée de vie est bien le signe que les idées survivent aux gens qui les portent. Ce n’est pas pour cette raison que les partis sont éternels. L’opinion publique évolue et elle rebat régulièrement les cartes, ce qui oblige à repenser les partis en question. Il n’en reste pas moins que, au-delà de leurs responsables, les partis subsistent, même si on peut noter la difficulté pour eux d’exister durablement en dehors des clivages historiques. Le Front National est le seul parti qui puisse aujourd’hui se targuer d’avoir bousculer le jeu du PS et des Républicains pendant plusieurs décennies.

Pourrait-il y avoir une porte ouverte au Parti Socialiste pour occuper cet espace plus à gauche ?

​N’oublions pas que Mélenchon est issu du PS. Il y dirigeait la gauche socialiste avec Julien Dray et quelques autres, dont la majorité s’est raccrochée opportunément aux branches du hollandisme. Il y côtoyait Gérard Filoche, qui est resté au PS, trop conscient des risques que présentait une aventure à la Mélenchon. Certains se souviendront même qu’au tournant des années 2000, Emmanuelli et Mélenchon avaient songé quitter le pays pour créer un nouveau parti ou un nouveau mouvement. Finalement, seul Mélenchon a choisi, plusieurs années après, de tester cette aventure. Il ne serait donc pas absurde que certains des « insoumis » actuels reviennent au bercail une fois le gourou parti. Certains y pensent probablement et ont très vraisemblablement commencé à poser quelques fondamentaux en ce sens. La question se posera en effet très vite après les élections: comment continuer un mouvement après Mélenchon si Mélenchon perd. La question sera posé avec d’autant plus d’acuité si Mélenchon fait un score décevant. En revanche, s’il crée la surprise au premier tour (ce qui n’est pas exclu), les données du problème seront très différentes et une dynamique nouvelle risque bien de submerger le parti socialiste.

Patrimoine: mais où sont passés les millions de Macron?

Décidément, et contrairement à ce qu’en dit la Haute Autorité de Transparence de la Vie Publique, le patrimoine d’Emmanuel Macron n’en a pas fini de semer le doute. Pour tous ceux que les affaires usent et agacent, un petit retour aux faits s’impose.

Macron redressé fiscalement en 2016

Si Emmanuel Macron n’avait pas été redressé fiscalement l’an dernier, les choses seraient sans doute beaucoup plus claires. Or, voici ce que le grand journal complotiste Le Monde avait publié à l’époque:

le patrimoine de M. Macron a dépassé le seuil auquel un foyer fiscal est assujetti à l’ISF, soit 1,3 million d’euros. Le ministre restant dans la première tranche du barème de l’ISF, il devra payer 1 % du montant de son patrimoine supérieur à 1,3 million d’euros.

L’affaire avait alors été révélée par Mediapart: l’épouse d’Emmanuel Macron, la désormais célèbre Brigitte, possède une maison au Touquet d’une valeur d’1,3 million €. De son coté, le ministre alors en exercice avait acquis un appartement d’une valeur proche de 900.000€ à Paris, mais avec des emprunts déductibles du patrimoine assujetti. Tout ceci est évidemment légal, mais montrait que le couple Macron disposait d’un patrimoine très supérieur à 1 million d’euros.

Un patrimoine devenu inexistant en 2017

Ce qui frappe, c’est que, un an plus tard, le candidat Macron fait une déclaration sans aucun patrimoine immobilier.

Si cette situation peut se comprendre par le fait que la maison du Touquet appartient à sa femme et n’a donc pas à figurer sur sa déclaration personnelle, et par le fait que le ministre a vendu son appartement personnel à Paris, la facilité déconcertante avec laquelle la HATVP a considéré que tout cela était normal soulève quand même quelques questions.

Initialement, Macron a en effet affirmé avoir financé, en 2007, l’achat de son appartement à Paris uniquement par de l’endettement auprès de son futur témoin de mariage Henri Hermand. Emmanuel Macron a eu la malchance de perdre cet ami et de ne pas devoir rembourser totalement la somme due. Selon des calculs approximatifs, on peut estimer qu’il restait 200.000 euros à rembourser au moment du décès.

Selon Le Monde, le futur ministre contracte ensuite deux prêts: l’un de 600.000€ pour refinancer l’achat de sa résidence principale, en 2012, et l’autre de 350.000 euros, en 2011, pour des travaux de résidence secondaire.

En 2016, Macron vend son appartement parisien acheté entièrement à crédit. L’appartement vaut plus de 900.000 euros. Que fait-il de cette somme? Il rembourse ses prêts? Pas complétement, puisqu’il est toujours débiteur d’environ 250.000€ auprès du Crédit Mutuel (prêt contracté pour les travaux dans la résidence secondaire de sa femme, dont il a remboursé 90.000€).

Il semblerait donc qu’Emmanuel Macron ait liquidé le prêt de 600.000 € contracté en 2012. Reste une différence d’au moins 300.000€ avec la valeur marchande du bien dont on pourrait imaginer que la HATVP s’empare. Mais, manifestement, c’est trop petit pour intéresser cette instance. En tout cas, elle ne figure pas dans les comptes.

En outre, Emmanuel Macron n’a pas non plus remboursé sa pantoufle de plus de 50.000€.

Les jolies avances sur droits d’auteur d’Emmanuel Macron

En plus de ces petits avantages, on remarquera quand même qu’Emmanuel Macron a annoncé une créance de près de 300.000 euros sur les droits d’auteur de son ouvrage Révolution.

On est content pour lui. Mais tout cela montre que, pour un futur Président de la République, l’épargne et le patrimoine ne sont pas des données brutes de l’existence. Le candidat affiche en effet une épargne liquide d’environ 300.000€. Globalement, donc, on peut penser que l’ancien ministre des Finances est un grand dépensier. Mais on aurait quand même jugé utile d’avoir quelques renseignements complémentaires.

Anticor a bien protégé Macron

Comme nous l’indiquions, donc, Anticor, l’association pleine d’accointances avec la gauche, a utilement protégé Macron en saisissant la HATVP sur sa déclaration de patrimoine pour mieux dégonfler la baudruche. Elle a permis, en tendant une perche monumentale, de légitimer sans question des opérations financières qui ont permis au candidat Macron de passer de l’ISF en 2016 à un patrimoine immobilier nul en 2017, après avoir gagné quelques millions d’euros en très peu de temps.

Voilà une habileté dont Fillon aurait pu faire preuve: faire porter par ses amis des requêtes en apparence hostile, mais qui permettent d’éviter aux abcès de s’infecter. Bien joué!

Marine Le Pen renoncera-t-elle à sortir de l’euro pour être élue?

Il suffisait de voir le discours de Marine Le Pen à Lille ce dimanche pour flairer le danger qu’elle représente pour les autres candidats. Avec évidence, elle « est dans » l’exercice et se positionne déjà dans la prise de pouvoir. Sa rhétorique est victorieuse et s’adresse habilement à tous les courants de l’opinion qu’elle est susceptible de mobiliser. Entre les messages envoyés aux indépendants, les ovations réservées à nos soldats et les appels à la grandeur retrouvée de la France, la présidente du Front National continue son travail de présence quasi-psychique auprès de toutes les zones refoulées d’un narcissisme français meurtri depuis plusieurs décennies par un discours européiste.

La perspective grandissante d’une victoire du Front National

Si, à Paris, la résistance à Marine Le Pen reste forte, l’adhésion n’en est que plus forte dans le reste de la France. Beaucoup de Français interprètent en effet la réaction nobiliaire que nous vivons comme une réaction parisienne à la décentralisation. Plus les Parisiens résistent au Front National, plus les provinciaux ont la conviction que Marine Le Pen claquera le beignet des aristocrates qui les oppriment.

C’est d’ailleurs ici que se trouve le tour de force de la présidente du Front National. Cette Parisienne de naissance, héritière et représentante des banlieues les plus chics est parvenue à incarner la France abandonnée. Elle peut chaleureusement dire merci à tous ceux qui la diabolisent, elle et sa famille, depuis des années. Sans ce rejet constant, son rôle de composition aurait été beaucoup plus difficile à jouer…

Il n’en reste pas moins qu’on la sent bien monter, cette vague de deuxième tour qui emportera sur son passage les ultimes réticences à une stratégie de rupture.

Qui Marine Le Pen peut-elle fédérer?

Dans la pratique, Marine Le Pen est en effet susceptible de fédérer trois types de population dont la conjonction a toutes les chances de la mettre en tête du premier tour.

Un premier groupe rassemble les frontistes convaincus, les « éternels », déjà fidèles à son père. Ceux-là sont les nationalistes ordinaires, globalement hostiles à l’immigration et partisans d’un retour à un ordre moral traditionnel. Très souvent, ils sont rejoints par les laissés-pour-compte de la révolution numérique et de la « mondialisation », ce monstre à plusieurs têtes que personne n’a véritablement vu, mais qui nourrit tous les relents nostalgiques.

Un deuxième groupe ne se reconnaît pas dans cette révolution morale, mais appelle de ses voeux à une stratégie de rupture politique profonde. Ceux-là pensent, pour des raisons circonstancielles, qu’il faut sortir de l’euro, voire de l’Europe, et qu’il faut un bon coup de dégagisme pour remettre le pays en ordre.

Un troisième groupe est plus hypothétique. Il rassemble, pour aller vite, tous ceux qui parient sur un épuisement de la Vè République, qui appellent de leurs voeux à un renouveau, mais qui sont indécis vis-à-vis des propositions économiques de Marine Le Pen. Pour cette frange de l’opinion, les recettes du Front National sont loin d’être une tasse de thé, mais l’exaspération vis-à-vis des institutions est telle que le vote Front National peut paraître le vote utile.

En revanche, pour une part importante de ces derniers, Marine Le Pen continue à proposer des solutions qui sont de véritables épouvantails.

Quelle stratégie pour Marine Le Pen au premier tour?

Pour Marine Le Pen, ce rassemblement de voix est une gageure. Il suppose de ne pas se tromper dans l’ordre des opérations.

Au premier chef, la présidente du Front National a besoin de rassembler son noyau dur. De ce point de vue, ses propositions sur l’Europe, d’ailleurs postées en numéro un dans le programme, sont essentielles et emblématiques. C’est avec elles que Marine Le Pen compte bien acquérir son ticket pour le deuxième tour. Le pari qui est fait ici est de fédérer l’euroscepticisme comme d’autres l’ont réussi en Europe, notamment UKIP en Grande-Bretagne.

Pour y parvenir, Marine Le Pen a structurellement besoin d’ossifier son discours anti-communautaire. On notera toutefois que, dans ses engagements présidentiels, elle demeure relativement évasive:

Retrouver notre liberté et la maîtrise de notre destin en restituant au peuple français sa souveraineté (monétaire, législative, territoriale, économique). Pour cela, une négociation sera engagée avec nos partenaires européens suivie d’un référendum sur notre appartenance à l’Union européenne. L’objectif est de parvenir à un projet européen respectueux de l’indépendance de la France, des souverainetés nationales et qui serve les intérêts des peuples.

On notera que la proposition est celle d’une négociation précédant un referendum qui pourrait déboucher sur un Frexit. Voilà qui donne de beaux gages à ses troupes historiques, sans insulter une inflexion future.

Quelle stratégie au second tour?

Dans l’hypothèse (probable) où Marine Le Pen obtiendrait son ticket pour le deuxième tour, commenceraient pour elle deux semaines folles où elle aurait à rassembler au-delà de son camp sans fâcher (complètement) son camp. Dans la pratique, elle devra rassembler les voix portées sur les candidats « divers droite » (Dupont-Aignan, Asselineau), soit un probable 5 ou 6%, peut-être un peu plus si un premier report s’effectue de Fillon vers Dupont-Aignan.

Si Marine Le Pen obtient 25% au premier tour, elle peut donc espérer flirter autour des 32% au second tour sans effort. Si Mélenchon n’est pas qualifié, elle pourra là encore bénéficier d’un report de quelques points venant de son camp. Bref, dans une fourchette haute (mais réaliste), Marine Le Pen pourrait alors compter sur un réservoir « naturel » d’environ 38% des voix.

Il lui resterait alors à viser une fourchette de 12 à 16 points venant des Républicains, soit une part importante de ceux-ci. L’enjeu consistera alors à opérer une inflexion du discours et des propositions en direction de l’électorat coeur de François Fillon.

Les obstacles à cette stratégie

Pour Marine Le Pen, la situation sera délicate, dans la mesure où elle devra opérer un retournement idéologique en tendant la main à un électorat massivement libéral et bien décidé à diminuer les dépenses publiques. Surtout, ce segment d’électeurs n’est pas forcément animé de sentiments très heureux vis-à-vis de l’Allemagne ou du capitalisme à l’anglo-saxonne, mais il est attaché aux réformes de structure et ne tient pas particulièrement à sortir de l’Union Européenne. Pour ceux-là, le discours anti-euro de Marine Le Pen risque d’être une pierre d’achoppement.

Dans ces conditions, la présidente du Front National n’aura guère le choix: elle devra tendre la main pour les faire venir à elle. Le bon sens consistera alors à annoncer une alliance de gouvernement avec les Républicains, à partir d’une plate-forme programmatique incluant le renoncement à la sortie de l’euro. Ce virage à 180° sera la condition de la prise de pouvoir, avec, probablement, des zakouskis monétaires destinés à rassurer ses propres troupes.

Le programme de Marine Le Pen prêt pour ce retournement

De façon astucieuse, la façon dont les engagements présidentiels de Marine Le Pen permettent de façon assez subtile d’imaginer un retournement de ce genre. Sur la question européenne, Marine Le Pen ne s’est fixé aucune obligation de réussite. Le moment venu, rien ne l’empêchera donc de proposer un maintien lâche dans l’Union et la zone euro, sous réserve que les contraintes budgétaires soient assouplies.

Mais tout cela, évidemment, n’a de sens que si et seulement si Marine Le Pen atteint le second tour et ne d’oppose pas à un candidat républicain.

Le cabinet noir seul auteur des fuites contre Fillon?

Article écrit pour Atlantico.

Les cris d’orfraie poussés par la gauche à l’évocation d’un cabinet noir piloté par l’Elysée ne manquent pas de piquant. La police politique est une vieille tradition française, et, sous la Vè République, ils sont rares, les présidents qui n’y ont pas eu recours. On peut même dire que, sous Hollande, c’est une stratégie industrielle low-cost qui s’est déployée.

Reste à savoir si, dans le cas Fillon, c’est un cabinet noir ou l’un des « cercles » de la police française qui a agi.

Une tradition de Polichinelle

On ne peut taxer Hollande d’avoir inventé la police politique. Elle fut pratiquée bien avant lui. Tout le monde sait, par exemple, que Mitterrand disposait non seulement d’une cellule d’écoute très semblable à ce fameux cabinet noir reproché à Hollande, mais même qu’une entité spécifique au sein des Renseignements Généraux était chargée de vider les poubelles des autres services pour y collecter tout ce qui pouvait servir à l’exercice du pouvoir: les histoires de fesse, les rumeurs les plus sordides, les truanderies en tous genres dont la simple évocation suffisait à faire trembler celui qui en était le prétendu auteur. Le chantage et la violation de la vie privée ont toujours été au coeur de la raison d’Etat.

Encore pouvons-nous nous estimer heureux si ces pratiques malsaines se sont limitées aux seuls cabinets noirs. En réalité, l’ensemble de la police française est animé de ce virus qui fait confondre la traque aux délinquants et la mise sous contrôle des politiques et des décideurs. Il suffit d’avoir assisté à une réunion de police dans une préfecture pour comprendre que la direction de nos services policiers sur l’ensemble du territoire est friande de ragots et s’abreuve quotidiennement aux sources même de la fange.

L’industrialisation de la rumeur sous Hollande

Je me souviens, en 2002, d’avoir assisté à une réunion de ce genre, dans une préfecture. Les responsables de la police régionale avaient déjà compris le potentiel de violation de la vie privée offert par Internet. L’essentiel de la réunion était d’ailleurs occupé par le portage et le colportage de ragots sur les décideurs locaux, dont la vie privée était passée au crible par une multitude d’informateurs.

Grâce à la loi sur le renseignement, sortie très vite après l’attentat contre Charlie Hebdo (et dont la suite a montré l’inutilité), la police politique française s’est dotée d’un outil qui facilite grandement ce travail d’invasion de la vie privée. Ce n’est pas faute, à l’époque, d’en avoir souligné les risques: rien n’y a fait, le parti qui a élu Fillon candidat de la droite et du centre, a voté cette loi scélérate comme un seul homme. Il était pourtant évident qu’il s’agissait alors de creuser la tombe de la démocratie et des libertés. Cela s’appelle un retour de boomerang.

Pour comprendre l’ampleur des dégâts, il faut lire l’énumération des moyens techniques désormais mis en oeuvre dans la deuxième partie du rapport de la commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), notamment à compter de la page 37:

Entre les captations de paroles, les captations d’images, les captations de données informatiques, les IMSY Catchers et les algorithmes divers et variés, la vie privée des citoyens a disparu.
Bien entendu, tout ceci est supposé être contrôlé…

Les trous dans le contrôle: 1.700 personnalités écoutées en France

Justement, s’agissant du contrôle, le rapport de la fameuse commission cité ci-dessus a le bon goût d’en indiquer lui-même, en toute transparence, les limites, avec ce petit graphique qui détaille assez clairement la mécanique

Bon an mal an, on le voit, ce sont 20% des écoutes qui sont déclenchées sur des motifs ne relevant ni terrorisme ni la délinquance ou de la criminalité. Quand on sait que, en 2015, plus de 8.500 écoutes ont été réalisées (7.700 l’année précédente), on obtient alors ce chiffre: 1.700 écoutes réalisées pour des « autres motifs », c’est-à-dire concrètement des personnalités écoutées pour être mises sous asservissement par la police et par le pouvoir en place.

François Fillon découvre, avec une dose de naïveté feinte, qu’il fait partie de ceux-là.

Même les socialistes se méfient des écoutes

La généralisation des écoutes est à ce point devenue un fléau que la plupart des candidats, Benoît Hamon compris, se servent désormais de l’application russe cryptée Telegram pour communiquer entre eux. On lira par exemple ce passage d’un article de presse avec délice:

À gauche du PS, où l’on s’arme contre François Hollande en vue de 2017, on trouve également de fervents adeptes de Telegram. Au moins deux candidats déclarés à la primaire auraient rejoint l’application, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, de même qu’Aquilino Morelle, l’ancien conseiller spécial du président de la République et désormais l’un des soutiens du chantre du made in France. Chez les autres opposants de gauche au gouvernement, Jean-Luc Mélenchon et l’ensemble de ses proches communiqueraient également de manière cryptée.

Amusant, non? L’information en elle-même permet de mesurer la méfiance des décideurs parisiens vis-à-vis des dérapages de la police politique.

Le cabinet noir et le second cercle

Reste à savoir si François Fillon est victime de ce cabinet noir ou de ce que la Commission des Techniques de Renseignement appelle le « second cercle », c’est-à-dire les innombrables officines publiques chargées de collecter des informations sur les citoyens et qui se transforment le moment venu en autant de cellules de dénonciations anonymes dont le pouvoir peut tirer profit pour régler leur compte à ses adversaires.

Voici comment cette commission digne du tribunal des 10 dans la République de Venise décrit le « second cercle »:

Les services du « second cercle » sont :

 sous l’autorité du directeur général de la police nationale :

• l’unité de coordination de la lutte antiterroriste ;

• à la direction centrale de la police judiciaire : le service central des courses et jeux, la sous-direction de la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière, la sous-direction antiterroriste, la sous-direction de la lutte contre la cybercriminalité, les directions interrégionales et régionales de police judiciaire, les services régionaux de police judiciaire et les antennes de police judiciaire ;

• à la direction centrale de la police aux frontières : les unités chargées de la police judiciaire au sein des directions déconcentrées de la police aux frontières et des directions de la police aux frontières d’Orly et de Roissy, les brigades mobiles de recherche zonales, l’office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre de la direction centrale de la police aux frontières, l’unité judiciaire du service national de la police ferroviaire ;

• à la direction centrale de la sécurité publique : les services du renseignement territorial, les sûretés départementales ;

 sous l’autorité du directeur général de la gendarmerie nationale :

• à la direction des opérations et de l’emploi : la sous-direction de l’anticipation opérationnelle, la sous-direction de la police judiciaire ;

• les sections de recherches de la gendarmerie nationale ;

 sous l’autorité du préfet de police de Paris :

• à la direction du renseignement : la sous-direction de la sécurité intérieure, la sous-direction du renseignement territorial ;

• à la direction régionale de la police judiciaire de Paris : la sous-direction des brigades centrales, la sous-direction des affaires économiques et financières, la sous-direction des services territoriaux ;

• à la direction de la sécurité de proximité de l’agglomération de Paris : les sûretés territoriales ;

 sous l’autorité d’emploi du ministère de la défense :

• les sections de recherches de la gendarmerie maritime, de la gendarmerie de l’air et de la gendarmerie de l’armement.

En voilà, du monde, pour épauler le cabinet noir qui suit toutes les affaires pour le compte de l’Elysée.

On notera en particulier la présence dans cette nombreuse liste des services de renseignement territorial (anciennement appelés les « RG »), la police judiciaire, y compris les services chargés des affaires économiques, le service des courses et des jeux ou encore les services de lutte contre la délinquance financière.

Tracfin, la boîte magique

Dans cette énumération, il ne faut surtout pas oublier « Tracfin », la cellule de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dépendant du ministère des Finances. On retrouvera la liste de ses missions ici:

Tracfin est un service administratif de traitement du renseignement financier. Il dispose d’une autonomie opérationnelle pour mener à bien ses missions : lutter contre les circuits financiers clandestins, le blanchiment de l’argent et le financement du terrorisme. Pour ce faire, Tracfin recueille, analyse, enrichit et exploite tout renseignement propre à établir l’origine ou la destination délictueuse d’une opération financière à partir des déclarations effectuées par les professionnels assujettis ou d’informations reçues par les administrations partenaires et les cellules de renseignements financiers étrangères.

Pour ceux qui ne l’ont pas compris, précisons que Tracfin est informée par les banquiers, les assureurs, les avocats et autres qui sont pénalement tenus de dénoncer les faits de blanchiment. Bref, de violer la vie privée de leurs clients, sous couvert de lutter contre la délinquance. Cette obligation de déclaration et de signalement à Tracfin est présentée comme ceci par le site de la cellule:

Que déclarer ?

– Les déclarations de soupçon : les professions assujetties sont tenues de déclarer les sommes inscrites dans leurs livres, les opérations ou tentatives d’opérations portant sur des sommes dont elles savent, soupçonnent ou ont de bonnes raisons de soupçonner qu’elles proviennent d’une infraction passible d’une peine privative de liberté supérieure à un an ou participent au financement du terrorisme ou d’une fraude fiscale.

– Communications systématiques d’informations (COSI) « Transmission de fonds ». Pour les établissements de crédit, de paiement, et de monnaie électronique, les opérations de transmission de fonds effectués à partir d’un versement d’espèces ou au moyen de monnaie électronique. Les seuils à partir desquels les informations sont requises : 1 000 € par opération et 2 000 € cumulés par client sur un mois calendaire.

– Communications systématiques d’informations « Retraits et dépôts d’espèces ». Pour les établissements de crédit, de paiement et de monnaie électronique, sont concernés les versements et retraits en espèces, effectués sur un compte de dépôt ou de paiement, dont les montants cumulés sur un mois calendaire dépassent 10 000 € (en euros et/ou en devises).

Autrement dit, dès lors qu’une personne reçoit plus de 2.000 euros en espèces, elle est supposée être signalée à Tracfin par sa banque. Que fait alors Tracfin? Là encore, le site de la cellule est clair:

Tracfin peut être amené à conduire un travail d’enquête documentaire au moyen « d’actes d’investigations ». Celle-ci a pour objectif de mieux contextualiser le soupçon déclaré et/ou de l’enrichir afin d’évaluer sa pertinence. Parmi ces actes d’investigation, le Service peut être amené à envoyer des droits de communication à toute personne assujettie au dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme et susceptible de détenir des informations intéressant un dossier en cours. Les informations obtenues dans le cadre de l’exercice d’un droit de communication bénéficient des mêmes règles de confidentialité que celles transmises dans les déclarations de soupçon.

Alors, Monsieur Fillon, le cabinet noir est-il le seul à la manoeuvre?

Macron ou le rêve éveillé, par Vincent Fromentin

Article paru sur la Lettre de Galilée.

Comment pouvait-il en être autrement ? À l’issue du Grand Débat organisé par TF1 et LCI avec les 5 « grands » candidats à la Présidentielle, c’est Macron qui a été jugé le plus convaincant avec 29% des intentions, selon un sondage Elabe rapporté par Europe1. Mélenchon, Le Pen et Fillon dans un mouchoir de poche, recueilleraient respectivement 20%, 19% et 19%. Benoît Hamon ne serait plébiscité que par 11 % des sondés.

La Lettre de Galilée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais comment pouvait-il en être autrement quand on voit l’affiche de l’annonce de ce débat historique sous la Vème république ? Emmanuel Macron est le seul à avoir le buste tourné à l’opposé de tous les autres candidats qui ont tous grise mine (à part lui qui semble bénéficier d’un traitement de faveur coloré et adouci…)

Le beau parleur qui siphonne le parti socialiste en ralliant les soutiens sait séduire. « Je vous aime farouchement mes amis » lançait-il à ses militants à Lyon. Et pourtant les affaires sont là :

  • Jean-Jacques Mourad, cardiologue, spécialiste de l’hypertension et conseiller santé d’Emmanuel Macron, a empoché plus de 80 000€ pour des interventions payées par Servier entre 2013 et 2016. Et Emmanuel Macron, dans son programme santé, souhaite le « rétablissement de la prise en charge à 100% des formes sévères de l’hypertension artérielle« , spécialité du laboratoire Servier. Il a fallu un tweet du Formindep pour faire tomber le bonhomme. Quelques heures après les révélations, le conseiller a quitté l’équipe de campagne. Pour autant, son frère, Bernard Mourad, ancien banquier conseiller de Patrick Drahi, patron de SFR, Libération, BFM TV ou L’Express, entre autres, reste toujours aux manettes comme conseiller spécial de Macron.
  • Anne Jouan, dans Le Figaro, pousse le bouchon peut-être un peu loin en relevant qu’il reste auprès de Macron un conseiller Santé, le Pr Jérôme Salomon. « L’homme n’est pas un inconnu : c’est un «Kouchner boy», et un proche de Didier Tabuteau, l’ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner au ministère de la Santé et premier directeur de l’Agence du médicament de 1993 à 1997… à des dates clés du Mediator. La boucle est bouclée.« 
  • surnommé « le vrai patron de Macron » (Le Point), Jean-Marc Borello est le monsieur social de Macron, potentiellement ministrable. Il est à la tête du Groupe SOS, 15 000 salariés et 800M€ de CA. Accessoirement, il fut gérant d’une boîte de nuit parisienne, le Palace, et condamné à ce titre à 6 mois de prison avec sursis en 1999 pour avoir « facilité le trafic et l’usage de stupéfiant« . « Un comble pour cet ennemi de l’addiction » qui fut nommé chargé de mission à la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) en 1982 titrait Libé en 2013. Mais certainement une épine dans le pied de Macron qui vient tout juste de présenter son « plan de moralisation de la vie politique » impliquant l’impossibilité pour un élu de posséder un casier judiciaire.

Le « candidat du Siècle« , au programme attrape-tout et encore flou, n’est pas exempt de conflit d’intérêts. Pourtant les affaires retombent comme des soufflets. Au cours du débat télévisé, Benoît Hamon ne s’est d’ailleurs pas privé de piquer le candidat au sujet de ses accointances avec les lobbies : « Pouvez-vous prendre l’engagement ici, parmi ces personnes qui ont fait des dons, n’y a-t-il pas plusieurs cadres de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie chimique ? » a-t-il lancé.

Le débat d’hier soir a confirmé son art consommé de la rhétorique mais révélé par certains aspects son manque d’épaisseur et d’expérience que beaucoup d’adversaires lui reprochent. « Plutôt à l’aise dans la riposte, il l’a moins été dans l’explication de son projet. Emmanuel Macron semble avoir été prisonnier de son positionnement, ni à droite ni à gauche, distribuant les bons points aux uns et aux autres selon les sujets. Une volonté d’apparaitre pragmatique qui lui a fait prendre le risque d’être flou. » analysait Vanessa Schneider pour Le Monde.

Ah oui. J’oubliais. Rassurez-vous. Le débat n’a pas évoqué -ou survolé de très haut- les questions de santé et de sécurité sociale. Comment pouvait-il en être autrement ?

Le Roux: le népotisme, ce cancer de la Vè République dont on a longtemps tu le nom

Le népotisme (les faveurs accordées aux membres de sa famille, officielle ou non) est devenu un principe de gouvernement dans la Vè République, qu’une certaine police de la pensée a longtemps interdit d’évoquer (sous l’accusation immédiate de jalousie ou de mesquinerie). À force de nier les évidences et de persécuter tous ceux qui disaient « le roi est nu », l’élite dirigeante a créé une impressionnante cocotte minute, avec, d’un côté, des puissants qui ont abusé d’un système, et des assujettis qui rejettent celui-ci d’autant plus violemment qu’ils ont dû le subir sans mot dire.

Fillon, Le Roux: les faces émergées d’un iceberg global

Les affaires Fillon, comme Le Roux, ne sont guère que l’aboutissement d’un processus de décomposition politique entamé depuis plusieurs décennies. Peu à peu, le principe de la dynastie a remplacé l’égalité des chances républicaines. Avec de moins en moins de gêne, l’élite française a assumé la préférence accordée aux fils ou aux filles « de », et les droits dérivés que la filiation procurait.

Faut-il citer les innombrables dynasties qui se sont imposées un peu partout? Dans les medias, par exemple? avec les Drucker, par exemple. Dans l’intelligentsia? avec les Todd et maintenant les Glucksmann. Au cinéma? Avec les Lellouche, les Gainsbourg, les Bohringer. Partout, la Vè République a accepté comme normal un fonctionnement où l’on fait croire qu’il existe une parfaite égalité entre ceux qui doivent se faire un nom et ceux qui doivent se faire un prénom.

De glissements en dérapages, plus personne ne trouve donc choquant d’utiliser sa situation sociale pour favoriser ou enrichir ses enfants.

Le silence longtemps imposé sur ces pratiques

Par peur de déplaire et d’être taxé des pires bassesses par ceux qui ont tiré profit du système, le silence s’est imposé. Il a longtemps été de bon ton d’expliquer qu’un enfant bien né ne réussissait pas de façon déloyale, mais seulement par son talent. La fiction d’une égalité des chances, d’un fonctionnement normal du système, est devenue le récit obligatoire et mensonger d’une société atteinte par ce cancer létal.

Les initiés du système le savent. Tiens… je me souviens, lorsque j’étais à l’ENA, d’un Préfet (militant PS) qui fut mon maître de stage et qui avait connu Martine Aubry lorsqu’elle faisait sa scolarité dans cette école. Il se plaisait à raconter combien le caractère de l’intéressée était épouvantable et moyennement porté sur l’effort. Il concluait toujours: « Vous savez, Eric, être l’enfant de quelqu’un, dans la République, ça aide… »

Bien entendu, que la Vè République a lentement dérivé vers un système aristocratique de reproduction des élites particulièrement grossier, et d’autant plus grossier qu’il était interdit d’en parler. Le silence a permis la généralisation des métastases, tout comme il a dissimulé un rejet virulent de son fonctionnement.

Une maladie de droite comme de gauche

L’erreur serait de croire qu’un « camp » politique pratiquerait plus le népotisme que l’autre. L’affaire Fillon, comme l’affaire Le Roux, le montrent. Les partis de gouvernement souffrent tous, autant qu’ils sont, de ce mal insidieux. Par exemple, l’occultation jusqu’à ces dernières semaines, des collaborateurs parlementaires, a permis la généralisation de pratiques qui choquent profondément des Français précarisés par la crise.

Pendant que beaucoup cherchent des emplois, ils s’aperçoivent que leur député peut recruter ni vu ni connu sa femme ou ses enfants, et leur assurer des salaires confortables aux frais du contribuable, sans aucun effort et sans rendre aucun compte. Tous les Français ont entendu des politiciens professionnels arrogants comme Claude Bartolone leur expliquer que la transparence sur toutes ces affaires n’était rien d’autre que du populisme et de la démagogie.

Ah! les belles leçons de morale sur le front républicain contre le populisme! on les comprend mieux maintenant! République, que d’emplois fictifs on recrute en ton nom…

La fausse illusion du Front National

Ceux qui se tournent vers le Front National pour secouer le cocotier sont évidemment prisonniers d’une illusion, nécessaire à certains égards mais tragique. Nécessaire partiellement parce qu’on peut comprendre que, face aux résistances d’une caste dirigeante en pleine réaction nobiliaire, l’opinion publique parie sur un parti vierge de tout passé gouvernemental pour changer la donne. Mais si l’on se souvient que le Front National fait pratiquement partie intégrante du patrimoine familial de la dynastie Le Pen, on mesure immédiatement l’illusion qu’il y a à croire que ce parti remettra en cause la tradition du népotisme.

Ceux qui ont tenté, d’ailleurs, de faire du FN un parti non patrimonial ont vécu le pire. Faut-il citer les Mégret, les Gollnisch, et autres, qui ont un temps imaginé à leur détriment pouvoir prétendre à une vie démocratique? Redisons-le ici, Florian Philippot, qui donne le sentiment d’une ouverture du parti à autre chose que la famille subira rapidement les foudres de ses « amis » une fois le pouvoir conquis.

Le népotisme s’ajoute aux connivences coupables

Si le népotisme était la seule tumeur qui attaque nos élites, nous pourrions imaginer qu’un traitement médical, chirurgical, serait possible. Mais ce népotisme s’ajoute aux autres maux que les lecteurs de ce blog retrouvent souvent dénoncés dans ces colonnes. La République n’est pas seulement mal en point parce qu’on y préfère un fils ou une fille médiocre à un inconnu, un « parvenu » compétent. Elle est aussi en plein déclin parce qu’on y préfère un médiocre qui compose avec les tares du système à une personnalité compétente qui veut remettre de l’ordre raisonnable dans les choses.

Prenons l’exemple de Bruno Le Roux qui a recruté ses filles encore mineures comme collaboratrices parlementaires (on entend d’ici ses ricanements devant bobonne en évoquant le « bon coup » qu’il jouait au système et en balayant d’un revers de la main les objections qu’elle pouvait faire par la phrase toute faite: « avec tous les efforts qu’on fait, avec tout le temps qu’on donne, on a bien droit à ça »). L’impétrant fut, à la fin des années 90, vice-président de la MNEF, où il a croisé des tas de gens sérieux comme Dominique Strauss-Khan ou Manuel Valls.

Ce petit monde de la MNEF présente aujourd’hui une impressionnante galerie de portraits qui se tiennent par la barbichette, jusque dans des affaires crapuleuses dont on ne finira pas de raconter les détails dans cent ans encore…

L’inévitable curée des élites due à la réaction nobiliaire

En réalité, la France connaît un cycle historique régulier. De loin en loin, ses élites se forment, se figent, se reproduisent entre elles jusqu’à la dégénérescence des tarés, se crispent sur leurs privilèges, puis subissent une vaste purge avant de recommencer. Ce processus a lieu sous nos yeux. La démission d’un Le Roux n’est qu’un épiphénomène et un cap dans un processus de désintégration dont on espère qu’il ira jusqu’au bout.

La France a besoin de renouveler ses élites pour retrouver sa grandeur. Et comme ses élites incompétentes actuelles s’accrochent au régime comme une moule à son rocher… il faudra bien les déloger d’une façon ou d’une autre.

Premier débat de marquage à la culotte présidentielle

Le premier débat entre les cinq candidats favoris de la présidentielle ne devrait fondamentalement pas bouleverser la donne dans la course à l’Elysée. Il est plus marqué par une série de marquages à la culotte entre chacun des participants, sans qu’il soit possible de dire si l’un ou l’autre aurait pris de l’avance sur les autres.

Un débat d’observation

En soi, la nouvelle n’a rien d’étonnant. La forme même de ce type de débat contraint de fait à limiter les confrontations individuelles et tend à figer chacun sur des positions balisées à l’avance. La présence de cinq orateurs oblige à des approches transversales et collégiales, où chaque thème est abordé après le suivant dans le respect global d’un temps de parole où aucun candidat n’a intérêt à gaspiller de précieuses secondes en harponnant ses contradicteurs.

C’est donc à peine si l’on a entendu Jean-Luc Mélenchon interpeler Marine Le Pen ou François Fillon, et si l’on a entendu Marine Le Pen interpeler Emmanuel Macron. L’exercice se prête peu à ces dérapages.

On ajoutera qu’il peut exister un véritable danger à jouer la carte de la polémique dans ces émissions. La présidentialisation d’un candidat ne passe pas forcément par une entrée dans la mêlée.

Marine Le Pen et Fillon évitent le pire

Les amateurs de saignée resteront donc sur leur faim. En particulier, les affaires ont été peu évoquées. Marine Le Pen et François Fillon s’en tirent à bon compte.

À de nombreux égards, François Fillon peut sortir satisfait de cette séquence audio-visuelle où il a pu parler économie et projet sans être renvoyé à ses scandales personnels. Beaucoup de Français auront vu un candidat déterminé, doté d’une vision économique et convaincu de la nécessité de la mettre en place sans état d’âme. Cette vision s’est détachée notamment sur la question de la sécurité où l’ancien Premier Ministre a répété de façon assez courageuse que la création de postes supplémentaires ne pouvait être la seule façon de répondre à la montée du terrorisme.

De son côté, Marine Le Pen a au moins pu savourer sa participation à un débat qui marquait la fin de sa diabolisation. Il y a quelques mois encore, la perspective d’occuper le même plateau de télévision que ses adversaires ne coulait pas de source. Son discours a-t-il convaincu les indécis? Rien ne le prouve, mais elle a en tout cas montré qu’elle n’avait pas commis de faux pas.

Attention à la présidentialisation de Hamon

Certains commentateurs ont pointé la relative discrétion de Benoît Hamon. Celle-ci peut l’avoir servi. Hamon, sans rien perdre de sa pugnacité, a en effet montré qu’il pouvait se situer au-dessus de la mêlée et modérer ses propositions pour éviter de diviser. Auteur de piques contre Marine Le Pen, il a assumé avec une certaine audace une ligne plutôt islamophile sur la laïcité, affirmant qu’il fallait protéger le droit des femmes à porter le voile.

Il n’est pas sûr que cette sortie le réconcilie avec les féministes, mais elle a marqué une vraie différence du candidat socialiste sur la question identitaire.

Macron et les spéculations de la presse

La performance d’Emmanuel Macron est probablement celle qui donnera lieu aux appréciations les plus divergentes. Certains organes de presse ont d’ores et déjà clamé qu’il avait été le plus convaincant. Dans la pratique, le candidat d’En Marche a donné peu d’idées ou annoncé peu de mesures concrètes. À plusieurs reprises, il s’est même livré à des passes d’armes avec Marine Le Pen et à quelques pics contre François Fillon ou Benoît Hamon, dont il n’est pas sûr qu’elles aient contribué à sa présidentialisation durable.

Il faudra voir dans la durée si ce type de stratégie est porteur.

Mélenchon tel qu’en lui-même

Reste la prestation de Jean-Louis Mélenchon, qui n’aura surpris personne. Moqueur, parfois drôle, rôdé au débat, Jean-Luc Mélenchon a occupé la scène, déversant sans relâche ses idées post-prolétariennes sur l’opinion. Là encore, de là à penser qu’il a convaincu, il existe une marge. La saturation du temps de parole et les points remportés dans les duels ne sont pas forcément garants de popularité.