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Denis Baupin ou la vengeance du serpent (vert) à plumes

La mise en cause de Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée Nationale et député anciennement Vert, dans des affaires de harcèlement sexuel ne manque pas de piquant. Elle est emblématique du naufrage français, jusque dans le prétendu renouvellement de la vie politique.

Une vengeance des Verts?

Rappelons d’abord méthodiquement quelques coïncidences malheureuses. Le 18 avril 2016, Denis Baupin quitte le parti Ecologiste-Les Verts. Quelques jours avant, le 8 mars, il s’était associé au mouvement symbolique des députés hommes qui (voir la photo en une) avaient posé avec du rouge à lèvres pour dénoncer les violences faites aux femmes. C’est ce jour-là que l’une de celles qui affirment avoir été victimes de ses agissements aurait décidé de le balancer à des journalistes de France Inter et de Mediapart.

Il se trouve que (c’est de notoriété publique) Baupin a épousé en 2015 celle qui est devenue le 11 février 2016 la nouvelle ministre du Logement: Emmanuelle Cosse, jusque-là secrétaire générale des Verts. Tout le monde le sait, le départ d’Emmanuelle Cosse fut vécu par de nombreux militants écologistes comme une trahison vis-à-vis du parti.

Yves Contassot, député des Verts, soutient qu’Emmanuelle Cosse étouffait récemment encore les accusations qui circulaient en interne contre son mari, en interdisant que le parti en discute officiellement.

Au minimum donc, il est acquis que le départ d’Emmanuelle Cosse a donné libre cours aux esprits qui en voulaient à Baupin. Au pire, on peut assez facilement penser que le ralliement de Cosse au gouvernement Valls et le départ de Baupin ont nourri le ressentiment de ceux qui rêvaient de mettre Baupin hors course.

Belle ambiance, chez les Verts, en tout cas!

Le renouvellement politique? un naufrage

Le naufrage des Verts n’est pas un scoop. Qu’il se niche dans des règlements de compte de ce type est en revanche assez inattendu. Le plus tragique dans cette affaire tient probablement au fait que si Baupin était sagement resté chez les Verts et si Emmanuelle Cosse n’avait pas trahi les siens, les langues ne se seraient pas déliées.

Une fois de plus, en tout cas, c’est le mythe du « renouvellement de la vie politique » qui en prend un coup. Les Verts ont longtemps occupé ce créneau, avec un parti jeune, qui se prétendait non affairiste, amateur de transparence, de valeurs humanistes et autres bisounourseries dont les bobos raffolent. Démonstration est faite que les « grands diseux » sont d’ordinaires « petits faiseux », et qu’il ne suffit pas de revendiquer la morale pour la pratiquer. Parions même que ce genre d’affaires nourrit toujours plus la méfiance de plus en plus grande que les Français entretiennent pour ceux qui affichent des postures et démontrent trop souvent leur hypocrisie dès qu’il s’agit de délivrer les promesses.

Tel est le drame du « renouvellement », c’est-à-dire de la réforme au sein d’un régime vieillissant. Que le renouvellement prétende s’opérer par de nouveaux partis politiques (cas des Verts) ou par de nouveaux élus ou de nouvelles figures, les Français ne tardent jamais à s’apercevoir que les initiatives déçoivent. Les forces nouvelles incorporent si vite les tares du régime qu’elles apparaissent toujours comme perdantes, incapables de donner le coup de pied qu’il faut dans la fourmilière.

Bref, le régime ne se réformera pas de l’intérieur. Ce ne sont ni les gens, ni les partis qu’il faut changer. Ce sont les institutions elles-mêmes.

Le bla-bla bobo encore une fois épinglé

Au passage, on aura noté que Denis Baupin, dans tous ses combats politiques, s’est montré exemplaire sur la question du droit des femmes. Il avait voté la loi contre le harcèlement. Il a porté du rouge à lèvres. Il était élu d’un parti qui faisait de ces questions des enjeux majeurs, incluant le mariage gay et tutti quanti.

On ne se lassera jamais de répéter que les donneurs de leçon ont souvent quelque chose à cacher. Le seul enseignement à tirer de cette histoire se situe sans doute là: dans l’absurdité qu’il y a à fonder une politique sur des valeurs morales. La morale est une chose, la politique en est une autre.

 

Loi Travail: Républicains et Socialistes unis contre la concurrence

Mais pourquoi les Républicains, amis affichés du libéralisme et du marché, détestent-ils tant la concurrence? Et pourquoi s’unissent-ils aux socialistes dans leur combat contre la liberté d’entreprendre? La question mérite d’être posée au vu de trois amendements (qui sont autant de « cavaliers » sociaux) déposés notamment par la droite et la gauche dans le cadre du débat parlementaire sur la loi Travail.

La vieille histoire des désignations

Rappelons d’abord la vieille histoire qui avait agité le landerneau social en 2013, lorsque la loi sur la modernisation du travail avait prévu, dans son article 1, de généraliser la complémentaire santé à tous les salariés par la voie des désignations. La manoeuvre, portée à l’époque par la CFDT et quelques autres, visaient à améliorer les protections dont les salariés devaient bénéficier en servant, au passage, quelques copains. C’est pourquoi la loi prévoyait d’imposer des contrats d’assurance de branche et non d’entreprise. Les contrats de branche sont en effet généralement assurés par quelques acteurs paritaires qui financent le syndicalisme: les institutions de prévoyance et quelques mutuelles.

Certains syndicalistes sont même devenus des spécialistes de ce toxique mélange des genres, et de ce scandaleux conflit d’intérêt qui consiste à se sucrer sur le dos des salariés au nom de la solidarité. L’opération est simple: elle consiste à se faire recruter, à l’issue d’un mandat syndical, dans un groupe mutuelle ou de prévoyance, pour convaincre les copains négociateurs de branche de souscrire un contrat dans la boîte qui vous emploie.

Dès le mois de mars 2013, l’Autorité de la Concurrence avait rendu un avis indiquant que le système de désignation d’un seul assureur obligatoire par branches n’était pas conforme au droit de la concurrence. L’autorité avait même pointé du doigt le fait qu’un acteur (AG2R) avait commencé à truster le marché des branches par des pratiques dont la légalité est contestable et contestée.

Dans sa décision du 13 juin 2013, le Conseil Constitutionnel avait confirmé l’avis de l’autorité de la concurrence en interdisant, à l’avenir, les désignations de branche, et en considérant que les entreprises devaient rester libres de souscrire leurs propres contrats.

Une menace économique pour les organismes paritaires

Pour l’ensemble des institutions paritaires qui avaient l’habitude de négocier des accords de branche à l’abri des regards, avec force petits cadeaux adressés aux organisations syndicales (les rumeurs ont toujours prétendu qu’un contrat de branche s’achetait entre 100.000 et 200.000 euros par organisation syndicale signataire), la décision du 13 juin s’est transformée en désastre.

D’un côté, celles-ci ont perdu des marchés certains et confortables. Lorsque le contrat est souscrit par une branche qui oblige toutes les entreprises à y adhérer, le service rendu au client devient très vite évanescent. Nul n’est besoin de s’organiser pour satisfaire le salarié qui cotise, et les marges sont larges. Tout le monde sait que celles-ci avoisinent les 30%. L’obligation brutale d’affronter la concurrence pour ces organismes qui n’avaient souvent pas de réseau de distribution de leurs produits s’est révélée un véritable cataclysme.

D’un autre côté, la mise en place de la directive Solvabilité 2 dans ces organismes assurantiels les a obligés à renforcer leurs fonds propres au moment où ils devaient investir pour affronter la concurrence. Malgré de nombreux cadeaux des gouvernements qui se sont succédés depuis 2013, et sur lesquels je reviendrai dans les semaines à venir, l’exigence de solvabilité se fait durement sentir.

Rien d’étonnant donc, à voir ces groupes se livrer à un lobbying copieux pour lutter contre une concurrence qui profite aux salariés mais pénalise leurs petits arrangements.

Trois amendements frères

En réponse à ce défi, les groupes paritaires et les groupes mutualistes concernés ont donc profité de la loi Travail pour revenir à la charge sur un sujet qui n’a pourtant rien à voir avec la choucroute. On lira avec amusement les trois amendements déposés par les groupes parlementaires de droite comme de gauche.

Ceux de la droit d’abord. Les amendements 779 et 781 ont été déposés le 27 avril par M. Abad, M. Dassault, M. Luca, M. Philippe Armand Martin, Mme Louwagie, M. Hetzel, M. Perrut, M. Solère, M. Morel-A-L’ Huissier, M. Fromion, M. Ledoux, M. Straumann, Mme Dalloz, M. Salen, M. Taugourdeau, M. Vannson, M. Vitel, M.Woerth, M.Mathis, M. Brochand et M. Poisson. L’amendement propose de modifier l’article de la Sécurité sociale L 912-1 (bien connu des assureurs collectifs, puisque c’est celui qui permet la souscription de contrats santé collectifs en entreprise) en y ajoutant deux dispositions:

 » 1° En recommandant un ou plusieurs organismes mentionnés à l’article 1er de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989 renforçant les garanties offertes aux personnes assurées contre certains risques ou une ou plusieurs institutions mentionnées à l’article L. 370-1 du code des assurances, auxquels les entreprises entrant dans le champ d’application de l’accord ont la faculté d’adhérer, et proposant un contrat de référence pour le remboursement ou l’indemnisation des frais occasionnés par une maladie, une maternité ou un accident ;

2° En codésignant plusieurs organismes mentionnés à l’article 1er de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989 renforçant les garanties offertes aux personnes assurées contre certains risques ou institutions mentionnées à l’article L. 370-1 du code des assurances, auxquels les entreprises entrant dans le champ d’application de l’accord ont l’obligation d’adhérer à l’exception de celles qui ont conclu un accord collectif antérieur de même objet, et proposant un ou plusieurs contrats de référence permettant d’assurer une mutualisation des risques décès, incapacité, invalidité ou inaptitude. »

Autrement dit, la droite parlementaire ne propose ni plus ni moins que de mettre en place des « co-désignations » en prévoyance.

Comble d’amusement, le même amendement prévoit l’impossibilité de baisser les prix en cas de recommandation:

« les accords peuvent définir des garanties s’appliquant à un coût identique pour l’ensemble des entreprises entrant dans leur champ d’application et l’ensemble des salariés concernés, sous réserve du respect des conditions définies au II du présent article, et organiser la couverture des risques »

Autrement dit, la décision du Conseil Constitutionnel du 13 juin interdisant les désignations de branche serait contournée au profit d’un tarif minimal obligatoire, alors que le tarif d’aujourd’hui est maximal.

Le 30 avril, c’est un député socialiste qui s’est fendu d’un amendement (le 4910) étrangement rédigé de la même façon:

les accords peuvent définir des garanties s’appliquant à un coût identique pour l’ensemble des entreprises entrant dans leur champ d’application et l’ensemble des salariés concernés et, sous réserve du respect des conditions définies au II du présent article, organiser la couverture des risques :

« 1° En recommandant un ou plusieurs organismes mentionnés à l’article 1er de la loi n° 89‑1009 du 31 décembre 1989 renforçant les garanties offertes aux personnes assurées contre certains risques ou une ou plusieurs institutions mentionnées à l’article L. 370‑1 du code des assurances, auxquels les entreprises entrant dans le champ d’application de l’accord ont la faculté d’adhérer, et proposant un contrat de référence pour le remboursement ou l’indemnisation des frais occasionnés par une maladie, une maternité ou un accident ;

« 2° En codésignant plusieurs organismes mentionnés à l’article 1er de la loi n° 89‑1009 du 31 décembre 1989 renforçant les garanties offertes aux personnes assurées contre certains risques ou institutions mentionnées à l’article L. 370‑1 du code des assurances, auxquels les entreprises entrant dans le champ d’application de l’accord ont l’obligation d’adhérer à l’exception de celles qui ont conclu un accord collectif antérieur de même objet, et proposant un ou plusieurs contrats de référence permettant d’assurer une mutualisation des risques décès, incapacité, invalidité ou inaptitude. »

L’avantage de cette méthode, qui consiste à faire porter par la droite et par la gauche les mêmes amendements, est évidemment d’épargner aux députés des travaux inutiles.

Faut-il signaler que le député socialiste porteur de ce projet n’est autre que Denys Robiliard, avocat de son état, et lointain successeur de Jack Lang à Blois.

Le lobbying contre l’intérêt des salariés

Si ce cavalier social devait passer, il marquerait la victoire tardive des adversaires des désignations au détriment des salariés et de leurs intérêts. Il est en effet établi que la concurrence mise en place en juin 2013 a permis, dans la durée, de stabiliser les prix applicables dans les branches professionnelles. La remise en cause du dispositif se traduira très vite par une inflation des tarifs, destinée à améliorer les fonds propres des groupes paritaires mis en difficulté par la Solvabilité 2.

L’idée d’imposer un tarif minimal pour une prestation obligatoire dans les entreprises relève donc du hold-up dont le seul but est de sauver le modèle économique des institutions de prévoyance en rançonnant les salariés. Il est hallucinant de voir des députés socialistes réclamer un prix minimum pour l’accès à la santé des salariés, et il est tout aussi hallucinant de voir des députés prétendument libéraux réclamer un musèlement de la liberté des entreprises au profit des groupes commandés par des conflits d’intérêt.

Pour beaucoup, cette disposition équivaudrait à supprimer du pouvoir d’achat au détriment de la liberté d’entreprendre.

Il est extravagant que la droite et la gauche se mettent d’accord sur une mesure aussi contraire à l’intérêt général, et aussi favorable aux intérêts de quelques-uns.

Présidentielles: la chasse aux candidats est ouverte

Les élections présidentielles suscitent des vocations. À un an du scrutin, les candidatures pleuvent de façon de plus en plus impressionnante. Entre les candidatures annoncées, les candidatures possibles et les candidats en embuscade, le scrutin le plus important de la vie politique française se transforme en une sorte de corrida où le seul fait de se montrer en habit de lumière devient un enjeu en soi.

Ceux qui veulent et qui y vont

Dans la sphère des candidats, il y a d’abord ceux qui en rêvent et qui ont d’ores et déjà décidés d’y aller. À droite, on compte notamment Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. À gauche, Jean-Luc Mélenchon s’est lui aussi déclaré. Cécile Duflot devrait ne pas tarder à en faire de même.

Tous ces braves gens ont bien compris qu’il valait mieux poser ses jalons avec que des esprits malins ne proposent d’organiser des primaires qui risqueraient de les bloquer.

Ceux que la primaire stimule

Pour les Républicains comme pour les Socialistes, se dresse l’obstacle de la primaire, qui est aussi un stimulant puissant. Plus de 10 candidats chez les Républicains se disputent le bout de gras derrière un trio officiel de tête: Juppé, Lemaire, Fillon. Le Parti Socialiste se déchire sur le même sujet.

Au passage, la droite porte avec elle un boulet majeur. Les candidats à la primaire sont en effet convaincus que le vainqueur de cet exercice interne, qui aura lieu en décembre, sera automatiquement le vainqueur de la présidentielle elle-même. Le calcul repose sur l’idée que François Hollande est carbonisé dans l’opinion, qu’il ne dispose d’aucun rival crédible à gauche, et que le scénario du 21 avril 2002 se reproduira: un second tour disputé entre Marine Le Pen et le candidat des Républicains, et un report automatique de voix de la gauche sur ce dernier.

Bref, cette perspective stimule les ambitions.

Ceux qui se tâtent encore

L’idée d’une carbonisation de François Hollande ne domine pas seulement la droite. Beaucoup de gens à gauche pensent la même chose et se verraient bien en candidat alternatif. C’est discrètement le cas de Manuel Valls, et de moins en moins discrètement d’Emmanuel Macron. Ira, ira pas? Ah! le plaisir des interminables supputations statistiques pour estimer ses chances de gagner ou de perdre…

Les mêmes calculs occupent les Montebourg, Hamon et autres seconds couteaux qui ouvrent quotidiennement des poulets pour connaître les intentions du destin.

Le triomphe de la politique spectacle

Le drame français réside probablement dans cette perception opportuniste du pouvoir. L’instauration du quinquennat a profondément renforcé le phénomène. Une candidature aux présidentielles ne répond pas à un appel vital de l’intérêt général. Elle est une étape dans un cursus, un moment de notoriété, d’affirmation politique où un parti, une personnalité, signale ses ambitions et espère glaner quelques sièges aux législatives qui suivent.

La Vè République a glissé dans une logique définitive de posture et de « communication ». Il ne faut pas s’intéresser à la nation, mais faire carrière en marquant sa présence.

Bref, là où la France a besoin de renouveau, elle ne trouve que de la régression.

Loi Travail: les Frondeurs présentent l’addition

A l’occasion du débat à l’Assemblée Nationale sur la loi Travail, les frondeurs ont officiellement présenté la facture de leur ralliement tardif. Ils ont, pour ce faire, utilisé la voix de Jean-Marc Germain, l’époux d’Anne Hidalgo et ancien directeur de cabinet de Martine Aubry.

Les conditions d’un ralliement

Dans une sortie tonitruante, le député de la banlieue sud de Paris a énuméré les points qui bloquaient dans la loi:

«D’abord, l’inversion des normes qui font prévaloir les accords d’entreprises sur les accords de branches et la loi sur les accords d’entreprise. Ensuite la réforme du licenciement, la rémunération des heures supplémentaires, les accords de ‘développement de l’emploi’ et enfin la question du référendum interne aux entreprises».

Jean-Marc Germain serait allé plus vite en expliquant que les frondeurs voteraient la loi si elle se limitait à renforcer le compte personnel d’activité, et si elle était vidée de son contenu de « flexibilité ».

Le marché est donc clair: les frondeurs voteront la loi et Valls n’aura pas besoin du 49-3 s’il se rend aux conditions présentées par les 40 députés qui menacent de faire capoter le projet. Et voici comment la majorité parlementaire se réduit aujourd’hui à la volonté de 40 idéologues sectaires.

Pourquoi Hollande devrait accepter ce marché

Pour François Hollande, qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise autrement que pour la visiter en touriste, ce ralliement de dernière minute est tentant. Jean-Marc Germain a en effet mis un poids important dans la balance: celui d’un ralliement global des frondeurs à une candidature Hollande aux présidentielles.

La stratégie des frondeurs serait la suivante: Hollande doit se présenter à une primaire où ils auront l’occasion de lui déballer leur sac et d’exiger un retour à des principes « socialistes » pour le second mandat du président. Vainqueur de la primaire, Hollande sortirait renforcé et « relégitimé » à gauche pour la campagne.

On comprend ce qui sous-tend cette main tendue à Hollande par les frondeurs. Premier point: aucune figure ne se détache à gauche pour faire bonne figure à la place de Hollande aux présidentielles. Deuxième point: malgré tout le mal qu’ils peuvent penser de leur candidat, les frondeurs ont une peur bleue de la déroute en juin 2017, aux législatives, qui les dépouillerait de leur siège à l’Assemblée Nationale.

L’heure des comptes et de la Realpolitik arrive donc. Après avoir pourri le mandat de François Hollande, un ralliement serait le bienvenu pour sauver les meubles. Pour François Hollande, l’opération peut difficilement de se refuser. Quitte à faire payer les pots cassés aux entreprises.

L’Elysée vaut bien quelques faillites.

Les afters chahutés de la Nuit Debout

Article écrit pour Atlantico.

Le noyautage de la Nuit Debout par les mouvements gauchistes, à l’approche du 1er mai, a-t-il signé la fin d’une première phase pour les happenings de la République, et le gouvernement s’apprête-t-il à reprendre le contrôle des opérations? Les évolutions des dernières heures le laissent penser.

La Nuit Debout noyautée en bonne et due forme

Depuis plusieurs semaines, la Nuit Debout se perd en palabres interminables dont les débouchés politiques sont nuls. Cette vacuité correspond d’ailleurs au désir d’une majorité: les participants considèrent que leur mobilisation doit d’abord produire du sens plutôt que de l’action.

Cet attentisme exaspère tous ceux qui rêvent d’un mouvement social à la mode marxiste-léniniste, annonciateur d’un Grand Soir, de la grève générale accompagnée d’une expropriation de la propriété privée des moyens de production. Des orateurs comme Frédéric Lordon n’ont jamais caché que leur objectif était celui-là.

Depuis plusieurs jours, François Ruffin, réalisateur de Merci patron!, multiplie les manoeuvres grossières pour attirer la foule des Nuits Debout dans le piège de la « convergence des luttes ». Cette formule alambiquée ne cache rien d’autre que la récupération du mouvement par les marxistes-léninistes orthodoxes. Les ficelles qu’il a utilisées étaient tellement burlesques qu’elles ont été contre-productives.

Jeudi soir, toutefois, il a convaincu plusieurs syndicalistes de prendre la parole sur la place, dont Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, qui a appelé à la grève générale. Voilà ce qui s’appelle du noyautage en bonne et due forme, bien loin des décisions collégiales prises en assemblée délibérante.

Comment Martinez instrumentalise la Nuit Debout

Pour Philippe Martinez, ce rapprochement tardif avec la Nuit Debout ressemble beaucoup à une manoeuvre de la dernière chance. Le secrétaire général sort d’un congrès, à Marseille, où son bilan a fait l’objet d’un vrai désaveu de la part de la base. La radicalisation de Philippe Martinez vise à maintenir son appareil sous pression, mais elle est minoritaire. Le congrès a donné lieu à de nombreux appels totalement téléguidés à un Grand Soir de conserve avec la Nuit Debout.

Son intervention place de la République, sur le principe de laquelle le flou a été maintenu durant toute la journée de jeudi, constitue une évidente fuite en avant. Après avoir défendu, à Marseille, une ligne appelant à la grève reconductible, Philippe Martinez est acculé: la mobilisation contre la loi Travail s’essouffle parmi les salariés du secteur privé, et il ne peut plus guère compter que sur les bobos de la Nuit Debout pour tenir.

Les violences compliquent le jeu

Dans ce contexte d’évidente dérive du mouvement Nuit Debout, la multiplication des séquences violentes n’est peut-être pas un hasard. Elles contribuent à entamer le capital de sympathie que le mouvement pouvait inspirer aux Français. Elles mettent en exergue la frange la plus radicale du mouvement et légitiment peu à peu une interdiction des occupations.

Ces violences constituent donc une aubaine pour le gouvernement. Si Manuel Valls devait craindre un défilé unitaire le 1er mai, rassemblant les Noctambules et les syndicalistes contestataires, les affrontements réguliers avec la police lui donnent l’occasion d’intervenir officiellement pour déloger la place de la République. Cette stratégie, au moins durant les premiers jours de mai, pourrait lui permettre d’épuiser le mouvement jusqu’au bout tout en apparaissant comme un garant de l’ordre républicain.

Hallali ou début d’autre chose?

Reste à savoir si la conjugaison des forces, entre une Nuit Debout qui tourne en rond, et les gauchistes contestataires du POI sur lesquels Philippe Martinez s’appuie pour tenir la CGT, est une opportunité politique ou un hallali. Il est encore trop tôt pour le dire, et la dextérité avec laquelle Manuel Valls gèrera le maintien d’ordre pèsera beaucoup dans la survenue ou non d’une réaction « chimique » entre les manifestants et l’opinion publique.

Selon toute vraisemblance, le ralliement d’un Martinez affaiblit devrait ajouter de l’évanescence à l’évanescence et achever le mouvement.

Toutefois, il suffirait d’un dérapage policier malheureux, d’un débat à l’Assemblée Nationale sur la loi Travail qui tourne mal, pour que la donne change et que le mouvement reporte sur le constat d’une menace nouvelle ou d’un martyr symbolique. Ainsi en va-t-il du destin des « mouvements sociaux »: leur naissance est toujours aléatoire, et leur intensité dans le temps ne tient qu’à un fil.

Pour Manuel Valls, comme pour Philippe Martinez, le week-end sera critique.

Hollande et le grand capital: un coup d’Etat permanent

Hollande est-il le meilleur ami du grand capital, dans des proportions qui eussent fait honte à n’importe quel président de droite, et dont peu de gens de gauche ont pris la mesure? Les débats sur la représentativité patronale, dont je me suis fait écho la semaine dernière, et la façon dont ils sont verrouillés par l’exécutif, Myriam El-Khomri comprise, autorisent de poser la question dans toutes ses dimensions, qui vont jusqu’au poids du gouvernement profond dans les décisions politiques quotidiennes.

Le rideau de fumée de la loi Travail

Bien sûr, il y a les mesures qui font polémique et grâce auxquelles des ludions à la recherche d’un poste dans le prochain exécutif (celui de 2017) ou la prochaine opposition peuvent dresser des écrans de fumée. C’est le cas de tous les agitateurs qui se focalisent sur le plafonnement des indemnités prudhommales ou sur les motifs de licenciement économique – tous sujets qui ne concernent qu’une part marginale des situations professionnelles.

Sur tous ces points, la loi Travail n’est pas sans intérêt, mais il est fascinant de voir qu’aucun des révolutionnaires en action ne relève les questions qui fâchent véritablement dans la loi. Celles-ci portent sur le rôle qu’un gouvernement de gauche entend faire jouer au MEDEF sans qu’aucune justification ne puisse y être trouvée.

Le retour de la présomption irréfragable de représentativité

Personne (et c’est agaçant) ne prend soin de rappeler qu’en 2008 les partenaires sociaux et le Président en place (Nicolas Sarkozy) avaient permis un grand progrès de la démocratie sociale.

De 1966 à 2008, en effet, pour contourner la CGT, les exécutifs successifs avaient accordé une présomption irréfragable de représentativité à la CFTC, à la CGC, à FO et à la CFDT. Cette tactique du « diviser pour mieux régner » était simple: il fallait, coûte-que-coûte, d’autres interlocuteurs dans les entreprises et les branches professionnelles que la CGT, dussent-ils ne représenter que quelques pourcents de salariés.

Le mérite de Nicolas Sarkozy a consisté à supprimer cette présomption irréfragable en fondant dorénavant la représentativité sur la mesure de l’audience de chaque syndicat. Pour mettre tout le monde d’accord, les résultats aux élections en entreprise furent l’indicateur retenu pour mesurer cette audience. Il n’y avait pas plus démocratique.

Très longtemps, Laurence Parisot s’est opposée à la transposition du même exercice pour la représentativité patronale. Cette résistance avait une raison profonde: le MEDEF compte très peu d’adhérents directs, et la mesure de la représentativité par l’audience risquait d’affaiblir fortement ses positions.

Depuis le début de son mandat, il est fascinant de voir que Hollande et ses équipes ne ménagent aucun effort pour donner au MEDEF ce que Laurence Parisot n’avait pas osé rêver pour lui: une présomption irréfragable de représentativité sans mesure de son audience réelle. Il s’agit bel et bien d’un coup d’Etat permanent qui se prépare.

François Hollande, le Laurent Blanc de la représentativité patronale

Si François Hollande se contentait de dire (et d’écrire dans une loi) que le MEDEF resterait représentatif, donc capable de négocier des accords et d’être l’interlocuteur du gouvernement, même dans l’hypothèse où il perdrait tous ses adhérents, au fond, la situation différerait peu de l’état actuel des choses. Mais le choix de Hollande va beaucoup plus loin que ce cadeau pourtant très important qu’il pourrait se contenter de faire. Ce que propose l’équipe Hollande consiste à passer du 5-3-2 au 6-3-1 ou au 6-2-2. Que veut dire ce charabia?

Non, il ne s’agit pas de tactique fouteballistique concoctée par Laurent Blanc avant un match contre une équipe anglaise, mais de pondération des voix dans les conseils d’administration des organismes paritaires.

Aujourd’hui, le MEDEF détient 50% des voix dans le monde patronal, la CGPME en détient 30% et l’UPA 20%. C’est le 5-3-2.

François Hollande s’est mis en tête de gonfler le nombre de voix accordées au MEDEF, en lui en accordant 60% du collège patronal au lieu de 50%. Il faut donc priver l’une des deux autres organisations patronales d’une voix pour mieux servir le MEDEF. Cette arithmétique en apparence anodine peut s’exprimer de façon plus intelligible: pour accorder plus de poids au grand capital, faut-il taper dans les sièges accordés aux entreprises de taille moyenne ou dans les sièges accordés aux artisans?

Bref, faut-il faire un 6-3-1 (formule négociée aujourd’hui entre le MEDEF et la CGPME dans le dos de l’UPA) ou un 6-2-2 (formule voulue par l’UPA)?

Le gouvernement profond et le grand capital

Cet immense cadeau fait au MEDEF en dehors de toute rationalité pose évidemment la question des ressorts à l’oeuvre au sein du gouvernement sous la présidence de Hollande. Dans la pratique, ce cadeau va bien au-delà de l’attribution de postes supplémentaires dans les conseils d’administration. Il se traduit au jour le jour par des réunions de concertation où ne siège plus que le MEDEF comme s’il incarnait à lui seul tout le monde patronal et qu’en dehors de lui plus personne n’existait.

Autrement dit, et pour être clair, c’est un gouvernement socialiste qui pratique la subordination la plus complète et la mieux consentie aux intérêts du grand capital. Cet asservissement volontaire est d’autant plus étonnant que le MEDEF ne l’a jamais demandé et qu’il suscite de fortes oppositions dans les milieux patronaux. Simplement, avec le zèle des nouveaux convertis, les hiérarques socialistes, et singulièrement les énarques qui entourent François Hollande, se sentent obligés de prôner une mise du dialogue social sous la tutelle (pourtant déjà excessive) des grandes entreprises.

La question est de savoir pourquoi (et pour quoi, d’ailleurs). La réponse demandera des décennies de débats entre historiens.

À ce stade, l’explication qui me parait la plus plausible tient d’abord à la détestation de la démocratie et à l’autoritarisme éclairé dont la réaction nobiliaire à laquelle nous assistons en France depuis plusieurs années est porteuse, et dont la gauche hollandaise est un fer de lance beaucoup plus efficace et assumé que la droite sarkozyenne. Le pouvoir de Hollande a largement consisté à renforcer l’emprise d’un gouvernement profond exercé par une technostructure qui ne supporte pas le pluralisme sur la société française à transformer en un jardin à la française – un tout ordonné autour d’une géométrie simple, et aucune tête qui dépasse.

La formulation de cette doctrine se trouve dans la bouche d’un énarque proche de François Hollande: « dans toute démocratie, il faut un référent social unique ». Il aurait pu ajouter, pour aller jusqu’au bout de sa pensée: « la démocratie, c’est le parti unique ». La technostructure française, on ne le dit pas assez, est le gouvernement profond le plus hostile au monde au pluralisme, et le plus nostalgique de l’efficacité soviétique.

Les intermittents et leur solidarité à passer une Nuit Debout

Article écrit pour le Figarovox.

Tiens! c’est le retour des intermittents du spectacle, ces grands défenseurs de la solidarité dont on entend parler lorsque leurs intérêts sont mis en cause. Et la période est propice à l’agitation, puisque les professionnels du secteur doivent boucler leur négociation sur la réforme de leur système de chômage.

Le chômage, marronnier des intermittents

C’est devenu une tradition: à chaque négociation, les intermittents font des coups d’éclat, boycottent les festivals, occupent des salles de spectacle ou des plateaux de télévision pour protester contre les économies que les partenaires sociaux leur demandent de réaliser sur leur indemnisation. Jusqu’à une époque récente, les économies étaient directement décidées par les partenaires dans la négociation globale sur la convention d’assurance chômage. Manuel Valls, en arrivant à Matignon, a changé les règles du jeu en demandant aux partenaires sociaux de cadrer la négociation de la profession, tout en laissant les détails aux soins des intéressés (patrons de la culture et syndicats d’intermittents).

Cette petite nouveauté ne change rien au fond du dossier: les partenaires interprofessionnels trouvent que les intermittents coûtent trop cher. On parle cette année d’un quart du déficit de l’UNEDIC dû aux seuls 110.000 cotisants. Comme à chaque fois, les intermittents contestent ces chiffres en expliquant que le système est « gagnant » grâce aux règles actuelles.

En proposant des économies de 185 millions d’euros, dont 80 financés par l’Etat, le MEDEF et la CFDT n’ont pas failli à la loi du marronnier. Même volonté de réduire les pertes chez les uns, mêmes réactions corporatistes au nom de la solidarité et de l’exception française chez les autres.

Les intermittents bien servis par Valls

Une chose est sûre: Manuel Valls a imposé en 2015, à l’occasion de la loi Rebsamen, l’existence permanente d’un régime spécifique pour les intermittents, qui relevait jusqu’ici de la simple convention entre les partenaires sociaux. Ce choix, justifié en partie par le poids que les actrices et les danseuses détiennent dans les couloirs du pouvoir depuis 2012, et plus encore depuis 2014, constitue déjà une petite révolution contraire à la démocratie sociale préconisée par François Hollande.

Jusqu’ici, aucun des acteurs de cette démocratie n’avait jugé utile de rendre officiel le kyste « intermittents du spectacle » dans la solidarité interprofessionnelle. Philosophiquement, ce système ne se justifie pas forcément: pourquoi le smicard de chez Renault doit-il cotiser pour financer un régime très favorable dont il ne tire aucun bénéfice?

Les adeptes du système dit contributif ne manqueront pas de constater que le régime des intermittents n’est pas conforme à la définition de la solidarité. Dans celle-ci, pour recevoir, il faut être capable de donner. La rupture d’égalité imposée par le régime des intermittents montre bien que la solidarité dont il s’agit ici se fait sur le dos des salariés qui n’ont globalement pas accès à la culture: ils doivent payer pour le régime des autres, plus favorable, sans aucune contrepartie.

Les intermittents peuvent remercier chaleureusement Manuel Valls.

L’Etat entre dans la danse

En réalité, le régime des intermittents n’est qu’en apparence un système d’indemnisation du chômage. Il ressemble plus à une politique publique consistant à subventionner la culture, et singulièrement le spectacle vivant (c’est-à-dire le théâtre, le cinéma, l’audiovisuel) par l’intermédiaire des cotisations patronales. Dans une récente interview à Libération, la ministre de la Culture ne s’en est pas caché:  le régime des intermittents sert d’abord à financer les politiques décidées par l’Etat.

La ministre de la Culture sait donc qu’une harmonisation des règles entre intermittents et salariés de droit commun se solderait par une perte sèche pour l’Etat, appelé à la rescousse pour éviter les troubles. Les partenaires sociaux en ont joué en fixant un cadrage à 180 millions d’économies qui pérennise l’intervention de l’Etat décidée par Valls pour ramener le calme dans les festivals estivaux.

Les intermittents du spectacle jouent donc sur du velours en lançant des mouvements de protestation. Ils comptent dans leurs rangs un allié de poids: l’Etat, bien décidé à faire payer par les entreprises des politiques qu’il ne veut pas payer lui-même.

La Nuit Debout, cette tartufferie de l’intermittence

Comme les intermittents n’ont guère l’honnêteté de reconnaître le caractère purement corporatiste de leur combat, ils ajoutent une nouveauté cette année: leur mouvement s’inscrit sous la bannière beaucoup plus noble et exaltante de la Nuit Debout et de la « convergence des luttes ». Si les intermittents descendent dans la rue ou envahissent le théâtre de l’Odéon, ce n’est évidemment pas pour conserver un système qui leur permet d’être indemnisés une journée pleine pour moins de 3 heures travaillées. L’affaire est ailleurs: dans la préparation de la Révolution, du Grand Soir, qui apportera le bonheur au prolétariat tout entier.

On peut donc s’attendre à quelques moments drolatiques où ces bobos à l’esprit torturé prendront les habits du « mouvement social » pour défendre becs et ongles leur bout de gras, avec force déclamation contre les exploiteurs du peuple et les salauds de patron. Bien entendu, ils ne préciseront pas qu’ils mènent ce combat avec le parfait soutien d’Anne Gravouin, l’épouse du « libéral » Valls, et de Julie Gayet, la favorite d’un président « de droite ».

L’occupation du théâtre de l’Odéon en a donné un premier aperçu. Le week-end même où la Nuit Debout à Marseille s’échouait lamentablement dans des Quartiers Nord très hostiles, quelques jours après avoir refusé de rejoindre le cortège des ouvriers le 1er mai, les bobos de la Nuit Debout se la jouent barricade pour l’intermittence du spectacle.

Charité bien ordonnée commence par soi-même comme on disait à la sortie de la messe. Les intermittents continuent leur oeuvre de faux-monnayeurs.

Mais qui prépare la candidature de Valls en 2017?

J’indiquais hier dans un papier sur François Hollande que Manuels Valls était le seul à n’avoir pas encore trahi la cause présidentielle. Un lecteur bien intentionné m’envoie un lien tout à fait intéressant qui suscite quand même quelques questions sur les visées profondes de notre Premier Ministre. Il semblerait en effet que dès 2011 des esprits malins aient songé à préparer la candidature de Valls… en 2017.

Voici notamment ce que donne l’enregistrement des noms de domaine sur la base Whois:

Valls

Comme la capture d’écran l’indique, l’adresse est toujours active. Elle fut créée le 22 octobre 2012, soit quelques semaines après l’arrivée de François Hollande à l’Elysée. Une bonne âme l’a opportunément renouvelée le 15 octobre 2015, pour un an.

Plus amusant encore, l’adresse Valls2017.com fut enregistrée dès l’annonce de la victoire de François Hollande… à la primaire du Parti Socialiste.

Valls

Le nom de domaine expire le 15 septembre 2016… D’ici là, il est prêt à servir. Les mauvais esprits remarqueront qu’il fut renouvelé en même temps que le nom de domaine Valls2017.fr.

Trois explications sont possibles.

Soit l’adresse fut créée à l’insu de Manuel Valls par un esprit pervers bien décidé à se faire de l’argent dans l’hypothèse où l’actuel Premier Ministre serait candidat. La cession du nom est en effet possible, aux conditions imposées par le détenteur du domaine.

Soit l’adresse fut créée dès le lendemain de la primaire par François Hollande, qui voulait ainsi juguler celui qu’il considérait comme un rival possible. Mais on conviendra que cette hypothèse est douteuse, surtout qu’en 2011 Manuel Valls n’était pas le premier rival possible de celui qui est devenu Président par la suite.

Soit l’adresse fut créée par Manuel Valls ou par son entourage, dans la foulée d’une primaire où tout le monde, au Parti Socialiste, se disait que François Hollande était la pire chose qui pouvait arriver à la gauche. Certains l’ont oublié, mais, à l’époque, il ne fallait même pas tendre l’oreille dans les allées du Parti pour entendre pis-que-pendre du leader de la gauche. Certains étaient déjà convaincus que, dans l’hypothèse malheureuse (pour le pays, pas pour eux), d’une élection de Hollande à l’Elysée, l’impétrant laisserait le pays dans un état au moins égal à celui des chiottes de la rue de Solferino lorsqu’il y avait cédé la place à Martine Aubry.

Hollande, le Président le plus sado-masochiste de la Vè République

Dans le mandat de François Hollande, une énigme restera longtemps, qui relève de la psychanalyse: son goût pour les humiliations et son apparente recherche de la souffrance. De façon ininterrompue, en effet, et singulièrement depuis 2012, François Hollande se montre ingrat avec ceux qui le soutiennent, et se complaît dans l’amour de ceux qui le trahissent et lui envoient des coups de poignard dans le dos.

François Hollande et Valérie Trierweiler

Le plus caricatural de cette position réside probablement dans l’apparente fascination de François Hollande pour les femmes castratrices qui lui infligent des humiliations publiques.

L’affaire Trierweiler restera dans les annales républicaines comme l’un des moments les plus aboutis de cette pulsion qui consiste à s’acoquiner avec une féline pour mieux en recevoir les coups de griffe. L’étalage de vie privée auquel Merci pour ce moment a donné lieu a des allures sublimes pour celui qui aime la souffrance. Il est la trahison parfaite, en même temps que l’acte castrateur, la torture politique portée au plus haut. Des années de vie privée sous les lambris de la République soudain dévoilés dans leurs plus infimes détails. Jamais une maîtresse n’avait infligé d’humiliation publique plus grande à un amant.

François Hollande et Angela Merkel

On remarquera, toutes proportions gardées, une similitude politique dans ses relations avec Angela Merkel. Tout le monde se souvient des déclarations de fier-à-bras de François Hollande sur le changement des règles en Europe, et notamment sur le lancement d’un grand plan d’investissement public à plusieurs centaines de milliards d’euros dans l’Union. Plusieurs fois, notre bon Président est allé à la charge de la chancelière pour qu’elle ouvre son portefeuille. Il n’a jamais rien obtenu, pas le moindre fifrelin. Et, en prime, tout le monde garde en mémoire les images de ce protocole mal huilé où Merkel retient François Hollande par le bras et où elle lui dit où aller.

Vis-à-vis de Merkel, François Hollande affectionne volontiers la posture du soumis qui présente les humiliations qu’elle lui inflige comme émanant de sa propre volontiers. C’est par exemple le cas sur la politique migratoire, qui lui a valu une réplique désormais légendaire de la part d’une autre dominatrice, Léa Salamé:

Le « c’est une plaisanterie !? » de Léa Salamé à… par LeLab_E1

Pour justifier sa passivité devant la journaliste, François Hollande a d’ailleurs indiqué qu’il n’avait pas voulu être « l’ogre qui dévore la princesse ». Tout est dit…

François Hollande et Cécile Duflot

Dans l’ordre des trahisons et des humiliations infligées par des femmes à François Hollande, l’affaire Cécile Duflot constitue une autre illustration de ce goût étrange de notre Président pour ces femmes dominatrices qui tirent profit de lui avant de le fouler aux pieds. Après avoir quitté le gouvernement, Cécile Duflot a en effet exprimé toute sa tendresse pour pour son ancien mentor, qui lui a permis d’être Président de la République (et qui avait ratifié, on s’en souvient, un accord électoral très avantageux pour les Verts négocié par Martine Aubry…).

Dans un livre publié après son départ, elle avait notamment eu cette phrase:

À force d’avoir voulu être le président de tous, il n’a su être le président de personne.

François Hollande et les rivaux de la présidentielle

Assez curieusement d’ailleurs, s’il devait se présenter à une primaire de gauche, François Hollande se trouverait confronté à un grand nombre de ses anciens ministres: Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, peut-être Christiane Taubira et Cécile Duflot. C’est fou de voir le nombre de seconds couteaux qui ont dopé leur parcours politique grâce à François Hollande et qui rêvent de l’affronter dans l’arène. Là encore, on y verra cet étrange rapport de François Hollande à ceux qu’il a aidés: une relation empreinte de trahison, d’acide, de coups fourrés.

L’affaire Macron

Au Panthéon de la trahison, on accordera une mention particulière aux flèches particulièrement venimeuses d’Emmanuel Macron, décochées avec le sourire angélique de celui qui trahit en prenant sa victime pour une idiote. Rappelons que Macron est devenu ministre après avoir été secrétaire général adjoint de l’Elysée, un poste de fonctionnaire à la main de François Hollande.

Les puristes du sado-masochisme apprécieront donc à sa juste ampleur la petite phrase du même Macron selon laquelle il ne serait pas « l’obligé du Président de la République. » Là encore, les mots ont un sens: dans la relation Macron-Hollande, l’obligation n’est pas du côté du ministre.

Jusqu’au bout, donc, Hollande aura déroulé un mandat à base de trahisons et de petites phrases assassines prononcées par ceux qu’il a aidés. Au fond, il n’y a plus guère que Valls qui n’ait pas encore trahi…

On comparera avec amusement l’art de la trahison à gauche et le même art à droite. Les anciens ministres de Sarkozy avaient suffisamment peur de leur mentor pour attendre qu’il ait quitté l’Elysée avant de lui envoyer des coups de poignard dans le dos.

Combien de Français ne seront pas candidats aux présidentielles?

Les présidentielles compteront bientôt plusieurs millions de candidats. On peut même se demander combien de Français feront le choix de ne pas se présenter. Il est bien loin le temps où la solennité de la fonction limitait les appétits.

Même Rama Yade y va

L’annonce la plus divertissante est tombée hier: Rama Yade sera candidate à la présidence de la République. Aucun observateur n’a été dupe: elle n’a aucun espoir de gagner, ni aucun espoir de quoi que ce soit d’autre. Se présenter à la présidentielle est simplement une façon d’exister, après avoir perdu tous ses mandats et tout soutien politique.

La candidature comme mode d’existence. Voilà qui en dit long sur l’estime que les candidats à la présidentielle porte à cette élection.

Macron ira-t-il?

Dans cet ordre d’idée, la candidature de Macron est la prochaine qui suscite le plus de débats. L’intéressé a d’ailleurs commencé à poser ses jalons: non, il n’est redevable de rien à François Hollande. Il est vrai que François Hollande l’a simplement propulsé comme secrétaire général adjoint de l’Elysée, puis comme ministre de l’Économie. Ces coups de pouce anecdotiques ne méritent même pas d’être relevés.

Le plus amusant dans une candidature Macron reste quand même qu’elle grillerait le tour que Valls attend patiemment.

Hollande déjà enterré?

Évidemment, cet afflux de candidatures s’explique d’abord par le peu de chances qui est laissé à François Hollande dans le scrutin. Dans le genre, Le Monde en a remis une couche en publiant une interview où l’élimination du sortant dès le premier tour est au coeur du propos. François Hollande n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Il est le premier à avoir crié au loup et avoir avancé l’argument selon lequel un éparpillement des candidatures à gauche risquerait de le pénaliser pour accéder au second tour.

Marine Le Pen sur le segment anti-libéral

Le passage de François Hollande au laminoir à froid fera peut-être le jeu de Mélenchon. Si celui-ci était candidat, il trouverait sur son chemin une autre candidature anti-libérale de poids: celle de Marine Le Pen, annoncée au second tour, et héroïne de la lutte contre l’Europe qui déréglemente. Elle s’est fendue hier d’une déclaration hostile au marché unique du rail, qui obligera la France à renoncer au monopole de la SNCF.

« Imperturbablement, en dépit de ses échecs répétés et au mépris des oppositions démocratiques, l’Union européenne poursuit son travail de destruction de nos services publics« , écrit Mme Le Pen.

Pour elle, l’ouverture à la concurrence du rail domestique « va inévitablement priver la SNCF de parts de marché sur ses lignes les plus rentables, affaiblir sa santé financière et donc mettre en péril ses autres activités. C’est toute la logique du service public qui est ici cassée » d’après l’eurodéputée.

Marine Le Pen au secours de Guillaume Pépy et de la CGT: nous vivons décidément une époque étonnante.

Trop de candidatures pour qu’il y ait moins de candidats

Face à cette constellation de candidatures dont le seul objectif est de s’assurer une exposition médiatique durant le temps de la campagne, le Conseil Constitutionnel vient de valider les contre-feux allumés par les partis de gouvernement, et singulièrement par le Parti Socialiste et les Républicains. Dans sa décision relative à la loi organique de modernisation des règles applicables à l’élection présidentielle, le Conseil a approuvé le remplacement du principe d’égalité de traitement des candidats avant le début officiel de la campagne par le principe d’équité, tenant compte de la représentativité de chaque candidat:

le troisième alinéa précise que le critère de la représentativité des candidats s’apprécie « en particulier, en fonction des résultats obtenus aux plus récentes élections par les candidats ou par les partis et groupements politiques qui les soutiennent et en fonction des indications de sondages d’opinion » (…)

le législateur organique a, d’une part, entendu favoriser, dans l’intérêt des citoyens, la clarté du débat électoral (…)

Favoriser l’expression des candidats ayant obtenu de gros scores aux précédentes élections, ou ceux qui ont la meilleure opinion dans les sondages: voilà une règle qui va permettre de renouveler la vie politique française au moment où elle en a le plus besoin.

Tout le monde a bien compris la stratégie des partis de gouvernement face à l’atomisation de la vie politique: pousser celle-ci à son maximum, et se réserver la part de gâteau dans les médias pour laminer plus facilement les « petits candidats ».

Bref, tout se met en place pour que la présidentielle ne soit plus un moment de la démocratie, mais une simple formalité médiatique avec des figurants et deux ou trois acteurs principaux qui joueront leur rôle juste pendant le temps de la campagne électorale.