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Marine Le Pen renoncera-t-elle à sortir de l’euro pour être élue?

Il suffisait de voir le discours de Marine Le Pen à Lille ce dimanche pour flairer le danger qu’elle représente pour les autres candidats. Avec évidence, elle « est dans » l’exercice et se positionne déjà dans la prise de pouvoir. Sa rhétorique est victorieuse et s’adresse habilement à tous les courants de l’opinion qu’elle est susceptible de mobiliser. Entre les messages envoyés aux indépendants, les ovations réservées à nos soldats et les appels à la grandeur retrouvée de la France, la présidente du Front National continue son travail de présence quasi-psychique auprès de toutes les zones refoulées d’un narcissisme français meurtri depuis plusieurs décennies par un discours européiste.

La perspective grandissante d’une victoire du Front National

Si, à Paris, la résistance à Marine Le Pen reste forte, l’adhésion n’en est que plus forte dans le reste de la France. Beaucoup de Français interprètent en effet la réaction nobiliaire que nous vivons comme une réaction parisienne à la décentralisation. Plus les Parisiens résistent au Front National, plus les provinciaux ont la conviction que Marine Le Pen claquera le beignet des aristocrates qui les oppriment.

C’est d’ailleurs ici que se trouve le tour de force de la présidente du Front National. Cette Parisienne de naissance, héritière et représentante des banlieues les plus chics est parvenue à incarner la France abandonnée. Elle peut chaleureusement dire merci à tous ceux qui la diabolisent, elle et sa famille, depuis des années. Sans ce rejet constant, son rôle de composition aurait été beaucoup plus difficile à jouer…

Il n’en reste pas moins qu’on la sent bien monter, cette vague de deuxième tour qui emportera sur son passage les ultimes réticences à une stratégie de rupture.

Qui Marine Le Pen peut-elle fédérer?

Dans la pratique, Marine Le Pen est en effet susceptible de fédérer trois types de population dont la conjonction a toutes les chances de la mettre en tête du premier tour.

Un premier groupe rassemble les frontistes convaincus, les « éternels », déjà fidèles à son père. Ceux-là sont les nationalistes ordinaires, globalement hostiles à l’immigration et partisans d’un retour à un ordre moral traditionnel. Très souvent, ils sont rejoints par les laissés-pour-compte de la révolution numérique et de la « mondialisation », ce monstre à plusieurs têtes que personne n’a véritablement vu, mais qui nourrit tous les relents nostalgiques.

Un deuxième groupe ne se reconnaît pas dans cette révolution morale, mais appelle de ses voeux à une stratégie de rupture politique profonde. Ceux-là pensent, pour des raisons circonstancielles, qu’il faut sortir de l’euro, voire de l’Europe, et qu’il faut un bon coup de dégagisme pour remettre le pays en ordre.

Un troisième groupe est plus hypothétique. Il rassemble, pour aller vite, tous ceux qui parient sur un épuisement de la Vè République, qui appellent de leurs voeux à un renouveau, mais qui sont indécis vis-à-vis des propositions économiques de Marine Le Pen. Pour cette frange de l’opinion, les recettes du Front National sont loin d’être une tasse de thé, mais l’exaspération vis-à-vis des institutions est telle que le vote Front National peut paraître le vote utile.

En revanche, pour une part importante de ces derniers, Marine Le Pen continue à proposer des solutions qui sont de véritables épouvantails.

Quelle stratégie pour Marine Le Pen au premier tour?

Pour Marine Le Pen, ce rassemblement de voix est une gageure. Il suppose de ne pas se tromper dans l’ordre des opérations.

Au premier chef, la présidente du Front National a besoin de rassembler son noyau dur. De ce point de vue, ses propositions sur l’Europe, d’ailleurs postées en numéro un dans le programme, sont essentielles et emblématiques. C’est avec elles que Marine Le Pen compte bien acquérir son ticket pour le deuxième tour. Le pari qui est fait ici est de fédérer l’euroscepticisme comme d’autres l’ont réussi en Europe, notamment UKIP en Grande-Bretagne.

Pour y parvenir, Marine Le Pen a structurellement besoin d’ossifier son discours anti-communautaire. On notera toutefois que, dans ses engagements présidentiels, elle demeure relativement évasive:

Retrouver notre liberté et la maîtrise de notre destin en restituant au peuple français sa souveraineté (monétaire, législative, territoriale, économique). Pour cela, une négociation sera engagée avec nos partenaires européens suivie d’un référendum sur notre appartenance à l’Union européenne. L’objectif est de parvenir à un projet européen respectueux de l’indépendance de la France, des souverainetés nationales et qui serve les intérêts des peuples.

On notera que la proposition est celle d’une négociation précédant un referendum qui pourrait déboucher sur un Frexit. Voilà qui donne de beaux gages à ses troupes historiques, sans insulter une inflexion future.

Quelle stratégie au second tour?

Dans l’hypothèse (probable) où Marine Le Pen obtiendrait son ticket pour le deuxième tour, commenceraient pour elle deux semaines folles où elle aurait à rassembler au-delà de son camp sans fâcher (complètement) son camp. Dans la pratique, elle devra rassembler les voix portées sur les candidats « divers droite » (Dupont-Aignan, Asselineau), soit un probable 5 ou 6%, peut-être un peu plus si un premier report s’effectue de Fillon vers Dupont-Aignan.

Si Marine Le Pen obtient 25% au premier tour, elle peut donc espérer flirter autour des 32% au second tour sans effort. Si Mélenchon n’est pas qualifié, elle pourra là encore bénéficier d’un report de quelques points venant de son camp. Bref, dans une fourchette haute (mais réaliste), Marine Le Pen pourrait alors compter sur un réservoir « naturel » d’environ 38% des voix.

Il lui resterait alors à viser une fourchette de 12 à 16 points venant des Républicains, soit une part importante de ceux-ci. L’enjeu consistera alors à opérer une inflexion du discours et des propositions en direction de l’électorat coeur de François Fillon.

Les obstacles à cette stratégie

Pour Marine Le Pen, la situation sera délicate, dans la mesure où elle devra opérer un retournement idéologique en tendant la main à un électorat massivement libéral et bien décidé à diminuer les dépenses publiques. Surtout, ce segment d’électeurs n’est pas forcément animé de sentiments très heureux vis-à-vis de l’Allemagne ou du capitalisme à l’anglo-saxonne, mais il est attaché aux réformes de structure et ne tient pas particulièrement à sortir de l’Union Européenne. Pour ceux-là, le discours anti-euro de Marine Le Pen risque d’être une pierre d’achoppement.

Dans ces conditions, la présidente du Front National n’aura guère le choix: elle devra tendre la main pour les faire venir à elle. Le bon sens consistera alors à annoncer une alliance de gouvernement avec les Républicains, à partir d’une plate-forme programmatique incluant le renoncement à la sortie de l’euro. Ce virage à 180° sera la condition de la prise de pouvoir, avec, probablement, des zakouskis monétaires destinés à rassurer ses propres troupes.

Le programme de Marine Le Pen prêt pour ce retournement

De façon astucieuse, la façon dont les engagements présidentiels de Marine Le Pen permettent de façon assez subtile d’imaginer un retournement de ce genre. Sur la question européenne, Marine Le Pen ne s’est fixé aucune obligation de réussite. Le moment venu, rien ne l’empêchera donc de proposer un maintien lâche dans l’Union et la zone euro, sous réserve que les contraintes budgétaires soient assouplies.

Mais tout cela, évidemment, n’a de sens que si et seulement si Marine Le Pen atteint le second tour et ne d’oppose pas à un candidat républicain.

Le cabinet noir seul auteur des fuites contre Fillon?

Article écrit pour Atlantico.

Les cris d’orfraie poussés par la gauche à l’évocation d’un cabinet noir piloté par l’Elysée ne manquent pas de piquant. La police politique est une vieille tradition française, et, sous la Vè République, ils sont rares, les présidents qui n’y ont pas eu recours. On peut même dire que, sous Hollande, c’est une stratégie industrielle low-cost qui s’est déployée.

Reste à savoir si, dans le cas Fillon, c’est un cabinet noir ou l’un des « cercles » de la police française qui a agi.

Une tradition de Polichinelle

On ne peut taxer Hollande d’avoir inventé la police politique. Elle fut pratiquée bien avant lui. Tout le monde sait, par exemple, que Mitterrand disposait non seulement d’une cellule d’écoute très semblable à ce fameux cabinet noir reproché à Hollande, mais même qu’une entité spécifique au sein des Renseignements Généraux était chargée de vider les poubelles des autres services pour y collecter tout ce qui pouvait servir à l’exercice du pouvoir: les histoires de fesse, les rumeurs les plus sordides, les truanderies en tous genres dont la simple évocation suffisait à faire trembler celui qui en était le prétendu auteur. Le chantage et la violation de la vie privée ont toujours été au coeur de la raison d’Etat.

Encore pouvons-nous nous estimer heureux si ces pratiques malsaines se sont limitées aux seuls cabinets noirs. En réalité, l’ensemble de la police française est animé de ce virus qui fait confondre la traque aux délinquants et la mise sous contrôle des politiques et des décideurs. Il suffit d’avoir assisté à une réunion de police dans une préfecture pour comprendre que la direction de nos services policiers sur l’ensemble du territoire est friande de ragots et s’abreuve quotidiennement aux sources même de la fange.

L’industrialisation de la rumeur sous Hollande

Je me souviens, en 2002, d’avoir assisté à une réunion de ce genre, dans une préfecture. Les responsables de la police régionale avaient déjà compris le potentiel de violation de la vie privée offert par Internet. L’essentiel de la réunion était d’ailleurs occupé par le portage et le colportage de ragots sur les décideurs locaux, dont la vie privée était passée au crible par une multitude d’informateurs.

Grâce à la loi sur le renseignement, sortie très vite après l’attentat contre Charlie Hebdo (et dont la suite a montré l’inutilité), la police politique française s’est dotée d’un outil qui facilite grandement ce travail d’invasion de la vie privée. Ce n’est pas faute, à l’époque, d’en avoir souligné les risques: rien n’y a fait, le parti qui a élu Fillon candidat de la droite et du centre, a voté cette loi scélérate comme un seul homme. Il était pourtant évident qu’il s’agissait alors de creuser la tombe de la démocratie et des libertés. Cela s’appelle un retour de boomerang.

Pour comprendre l’ampleur des dégâts, il faut lire l’énumération des moyens techniques désormais mis en oeuvre dans la deuxième partie du rapport de la commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), notamment à compter de la page 37:

Entre les captations de paroles, les captations d’images, les captations de données informatiques, les IMSY Catchers et les algorithmes divers et variés, la vie privée des citoyens a disparu.
Bien entendu, tout ceci est supposé être contrôlé…

Les trous dans le contrôle: 1.700 personnalités écoutées en France

Justement, s’agissant du contrôle, le rapport de la fameuse commission cité ci-dessus a le bon goût d’en indiquer lui-même, en toute transparence, les limites, avec ce petit graphique qui détaille assez clairement la mécanique

Bon an mal an, on le voit, ce sont 20% des écoutes qui sont déclenchées sur des motifs ne relevant ni terrorisme ni la délinquance ou de la criminalité. Quand on sait que, en 2015, plus de 8.500 écoutes ont été réalisées (7.700 l’année précédente), on obtient alors ce chiffre: 1.700 écoutes réalisées pour des « autres motifs », c’est-à-dire concrètement des personnalités écoutées pour être mises sous asservissement par la police et par le pouvoir en place.

François Fillon découvre, avec une dose de naïveté feinte, qu’il fait partie de ceux-là.

Même les socialistes se méfient des écoutes

La généralisation des écoutes est à ce point devenue un fléau que la plupart des candidats, Benoît Hamon compris, se servent désormais de l’application russe cryptée Telegram pour communiquer entre eux. On lira par exemple ce passage d’un article de presse avec délice:

À gauche du PS, où l’on s’arme contre François Hollande en vue de 2017, on trouve également de fervents adeptes de Telegram. Au moins deux candidats déclarés à la primaire auraient rejoint l’application, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, de même qu’Aquilino Morelle, l’ancien conseiller spécial du président de la République et désormais l’un des soutiens du chantre du made in France. Chez les autres opposants de gauche au gouvernement, Jean-Luc Mélenchon et l’ensemble de ses proches communiqueraient également de manière cryptée.

Amusant, non? L’information en elle-même permet de mesurer la méfiance des décideurs parisiens vis-à-vis des dérapages de la police politique.

Le cabinet noir et le second cercle

Reste à savoir si François Fillon est victime de ce cabinet noir ou de ce que la Commission des Techniques de Renseignement appelle le « second cercle », c’est-à-dire les innombrables officines publiques chargées de collecter des informations sur les citoyens et qui se transforment le moment venu en autant de cellules de dénonciations anonymes dont le pouvoir peut tirer profit pour régler leur compte à ses adversaires.

Voici comment cette commission digne du tribunal des 10 dans la République de Venise décrit le « second cercle »:

Les services du « second cercle » sont :

 sous l’autorité du directeur général de la police nationale :

• l’unité de coordination de la lutte antiterroriste ;

• à la direction centrale de la police judiciaire : le service central des courses et jeux, la sous-direction de la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière, la sous-direction antiterroriste, la sous-direction de la lutte contre la cybercriminalité, les directions interrégionales et régionales de police judiciaire, les services régionaux de police judiciaire et les antennes de police judiciaire ;

• à la direction centrale de la police aux frontières : les unités chargées de la police judiciaire au sein des directions déconcentrées de la police aux frontières et des directions de la police aux frontières d’Orly et de Roissy, les brigades mobiles de recherche zonales, l’office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre de la direction centrale de la police aux frontières, l’unité judiciaire du service national de la police ferroviaire ;

• à la direction centrale de la sécurité publique : les services du renseignement territorial, les sûretés départementales ;

 sous l’autorité du directeur général de la gendarmerie nationale :

• à la direction des opérations et de l’emploi : la sous-direction de l’anticipation opérationnelle, la sous-direction de la police judiciaire ;

• les sections de recherches de la gendarmerie nationale ;

 sous l’autorité du préfet de police de Paris :

• à la direction du renseignement : la sous-direction de la sécurité intérieure, la sous-direction du renseignement territorial ;

• à la direction régionale de la police judiciaire de Paris : la sous-direction des brigades centrales, la sous-direction des affaires économiques et financières, la sous-direction des services territoriaux ;

• à la direction de la sécurité de proximité de l’agglomération de Paris : les sûretés territoriales ;

 sous l’autorité d’emploi du ministère de la défense :

• les sections de recherches de la gendarmerie maritime, de la gendarmerie de l’air et de la gendarmerie de l’armement.

En voilà, du monde, pour épauler le cabinet noir qui suit toutes les affaires pour le compte de l’Elysée.

On notera en particulier la présence dans cette nombreuse liste des services de renseignement territorial (anciennement appelés les « RG »), la police judiciaire, y compris les services chargés des affaires économiques, le service des courses et des jeux ou encore les services de lutte contre la délinquance financière.

Tracfin, la boîte magique

Dans cette énumération, il ne faut surtout pas oublier « Tracfin », la cellule de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dépendant du ministère des Finances. On retrouvera la liste de ses missions ici:

Tracfin est un service administratif de traitement du renseignement financier. Il dispose d’une autonomie opérationnelle pour mener à bien ses missions : lutter contre les circuits financiers clandestins, le blanchiment de l’argent et le financement du terrorisme. Pour ce faire, Tracfin recueille, analyse, enrichit et exploite tout renseignement propre à établir l’origine ou la destination délictueuse d’une opération financière à partir des déclarations effectuées par les professionnels assujettis ou d’informations reçues par les administrations partenaires et les cellules de renseignements financiers étrangères.

Pour ceux qui ne l’ont pas compris, précisons que Tracfin est informée par les banquiers, les assureurs, les avocats et autres qui sont pénalement tenus de dénoncer les faits de blanchiment. Bref, de violer la vie privée de leurs clients, sous couvert de lutter contre la délinquance. Cette obligation de déclaration et de signalement à Tracfin est présentée comme ceci par le site de la cellule:

Que déclarer ?

– Les déclarations de soupçon : les professions assujetties sont tenues de déclarer les sommes inscrites dans leurs livres, les opérations ou tentatives d’opérations portant sur des sommes dont elles savent, soupçonnent ou ont de bonnes raisons de soupçonner qu’elles proviennent d’une infraction passible d’une peine privative de liberté supérieure à un an ou participent au financement du terrorisme ou d’une fraude fiscale.

– Communications systématiques d’informations (COSI) « Transmission de fonds ». Pour les établissements de crédit, de paiement, et de monnaie électronique, les opérations de transmission de fonds effectués à partir d’un versement d’espèces ou au moyen de monnaie électronique. Les seuils à partir desquels les informations sont requises : 1 000 € par opération et 2 000 € cumulés par client sur un mois calendaire.

– Communications systématiques d’informations « Retraits et dépôts d’espèces ». Pour les établissements de crédit, de paiement et de monnaie électronique, sont concernés les versements et retraits en espèces, effectués sur un compte de dépôt ou de paiement, dont les montants cumulés sur un mois calendaire dépassent 10 000 € (en euros et/ou en devises).

Autrement dit, dès lors qu’une personne reçoit plus de 2.000 euros en espèces, elle est supposée être signalée à Tracfin par sa banque. Que fait alors Tracfin? Là encore, le site de la cellule est clair:

Tracfin peut être amené à conduire un travail d’enquête documentaire au moyen « d’actes d’investigations ». Celle-ci a pour objectif de mieux contextualiser le soupçon déclaré et/ou de l’enrichir afin d’évaluer sa pertinence. Parmi ces actes d’investigation, le Service peut être amené à envoyer des droits de communication à toute personne assujettie au dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme et susceptible de détenir des informations intéressant un dossier en cours. Les informations obtenues dans le cadre de l’exercice d’un droit de communication bénéficient des mêmes règles de confidentialité que celles transmises dans les déclarations de soupçon.

Alors, Monsieur Fillon, le cabinet noir est-il le seul à la manoeuvre?

Macron ou le rêve éveillé, par Vincent Fromentin

Article paru sur la Lettre de Galilée.

Comment pouvait-il en être autrement ? À l’issue du Grand Débat organisé par TF1 et LCI avec les 5 « grands » candidats à la Présidentielle, c’est Macron qui a été jugé le plus convaincant avec 29% des intentions, selon un sondage Elabe rapporté par Europe1. Mélenchon, Le Pen et Fillon dans un mouchoir de poche, recueilleraient respectivement 20%, 19% et 19%. Benoît Hamon ne serait plébiscité que par 11 % des sondés.

La Lettre de Galilée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais comment pouvait-il en être autrement quand on voit l’affiche de l’annonce de ce débat historique sous la Vème république ? Emmanuel Macron est le seul à avoir le buste tourné à l’opposé de tous les autres candidats qui ont tous grise mine (à part lui qui semble bénéficier d’un traitement de faveur coloré et adouci…)

Le beau parleur qui siphonne le parti socialiste en ralliant les soutiens sait séduire. « Je vous aime farouchement mes amis » lançait-il à ses militants à Lyon. Et pourtant les affaires sont là :

  • Jean-Jacques Mourad, cardiologue, spécialiste de l’hypertension et conseiller santé d’Emmanuel Macron, a empoché plus de 80 000€ pour des interventions payées par Servier entre 2013 et 2016. Et Emmanuel Macron, dans son programme santé, souhaite le « rétablissement de la prise en charge à 100% des formes sévères de l’hypertension artérielle« , spécialité du laboratoire Servier. Il a fallu un tweet du Formindep pour faire tomber le bonhomme. Quelques heures après les révélations, le conseiller a quitté l’équipe de campagne. Pour autant, son frère, Bernard Mourad, ancien banquier conseiller de Patrick Drahi, patron de SFR, Libération, BFM TV ou L’Express, entre autres, reste toujours aux manettes comme conseiller spécial de Macron.
  • Anne Jouan, dans Le Figaro, pousse le bouchon peut-être un peu loin en relevant qu’il reste auprès de Macron un conseiller Santé, le Pr Jérôme Salomon. « L’homme n’est pas un inconnu : c’est un «Kouchner boy», et un proche de Didier Tabuteau, l’ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner au ministère de la Santé et premier directeur de l’Agence du médicament de 1993 à 1997… à des dates clés du Mediator. La boucle est bouclée.« 
  • surnommé « le vrai patron de Macron » (Le Point), Jean-Marc Borello est le monsieur social de Macron, potentiellement ministrable. Il est à la tête du Groupe SOS, 15 000 salariés et 800M€ de CA. Accessoirement, il fut gérant d’une boîte de nuit parisienne, le Palace, et condamné à ce titre à 6 mois de prison avec sursis en 1999 pour avoir « facilité le trafic et l’usage de stupéfiant« . « Un comble pour cet ennemi de l’addiction » qui fut nommé chargé de mission à la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) en 1982 titrait Libé en 2013. Mais certainement une épine dans le pied de Macron qui vient tout juste de présenter son « plan de moralisation de la vie politique » impliquant l’impossibilité pour un élu de posséder un casier judiciaire.

Le « candidat du Siècle« , au programme attrape-tout et encore flou, n’est pas exempt de conflit d’intérêts. Pourtant les affaires retombent comme des soufflets. Au cours du débat télévisé, Benoît Hamon ne s’est d’ailleurs pas privé de piquer le candidat au sujet de ses accointances avec les lobbies : « Pouvez-vous prendre l’engagement ici, parmi ces personnes qui ont fait des dons, n’y a-t-il pas plusieurs cadres de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie chimique ? » a-t-il lancé.

Le débat d’hier soir a confirmé son art consommé de la rhétorique mais révélé par certains aspects son manque d’épaisseur et d’expérience que beaucoup d’adversaires lui reprochent. « Plutôt à l’aise dans la riposte, il l’a moins été dans l’explication de son projet. Emmanuel Macron semble avoir été prisonnier de son positionnement, ni à droite ni à gauche, distribuant les bons points aux uns et aux autres selon les sujets. Une volonté d’apparaitre pragmatique qui lui a fait prendre le risque d’être flou. » analysait Vanessa Schneider pour Le Monde.

Ah oui. J’oubliais. Rassurez-vous. Le débat n’a pas évoqué -ou survolé de très haut- les questions de santé et de sécurité sociale. Comment pouvait-il en être autrement ?

Le Roux: le népotisme, ce cancer de la Vè République dont on a longtemps tu le nom

Le népotisme (les faveurs accordées aux membres de sa famille, officielle ou non) est devenu un principe de gouvernement dans la Vè République, qu’une certaine police de la pensée a longtemps interdit d’évoquer (sous l’accusation immédiate de jalousie ou de mesquinerie). À force de nier les évidences et de persécuter tous ceux qui disaient « le roi est nu », l’élite dirigeante a créé une impressionnante cocotte minute, avec, d’un côté, des puissants qui ont abusé d’un système, et des assujettis qui rejettent celui-ci d’autant plus violemment qu’ils ont dû le subir sans mot dire.

Fillon, Le Roux: les faces émergées d’un iceberg global

Les affaires Fillon, comme Le Roux, ne sont guère que l’aboutissement d’un processus de décomposition politique entamé depuis plusieurs décennies. Peu à peu, le principe de la dynastie a remplacé l’égalité des chances républicaines. Avec de moins en moins de gêne, l’élite française a assumé la préférence accordée aux fils ou aux filles « de », et les droits dérivés que la filiation procurait.

Faut-il citer les innombrables dynasties qui se sont imposées un peu partout? Dans les medias, par exemple? avec les Drucker, par exemple. Dans l’intelligentsia? avec les Todd et maintenant les Glucksmann. Au cinéma? Avec les Lellouche, les Gainsbourg, les Bohringer. Partout, la Vè République a accepté comme normal un fonctionnement où l’on fait croire qu’il existe une parfaite égalité entre ceux qui doivent se faire un nom et ceux qui doivent se faire un prénom.

De glissements en dérapages, plus personne ne trouve donc choquant d’utiliser sa situation sociale pour favoriser ou enrichir ses enfants.

Le silence longtemps imposé sur ces pratiques

Par peur de déplaire et d’être taxé des pires bassesses par ceux qui ont tiré profit du système, le silence s’est imposé. Il a longtemps été de bon ton d’expliquer qu’un enfant bien né ne réussissait pas de façon déloyale, mais seulement par son talent. La fiction d’une égalité des chances, d’un fonctionnement normal du système, est devenue le récit obligatoire et mensonger d’une société atteinte par ce cancer létal.

Les initiés du système le savent. Tiens… je me souviens, lorsque j’étais à l’ENA, d’un Préfet (militant PS) qui fut mon maître de stage et qui avait connu Martine Aubry lorsqu’elle faisait sa scolarité dans cette école. Il se plaisait à raconter combien le caractère de l’intéressée était épouvantable et moyennement porté sur l’effort. Il concluait toujours: « Vous savez, Eric, être l’enfant de quelqu’un, dans la République, ça aide… »

Bien entendu, que la Vè République a lentement dérivé vers un système aristocratique de reproduction des élites particulièrement grossier, et d’autant plus grossier qu’il était interdit d’en parler. Le silence a permis la généralisation des métastases, tout comme il a dissimulé un rejet virulent de son fonctionnement.

Une maladie de droite comme de gauche

L’erreur serait de croire qu’un « camp » politique pratiquerait plus le népotisme que l’autre. L’affaire Fillon, comme l’affaire Le Roux, le montrent. Les partis de gouvernement souffrent tous, autant qu’ils sont, de ce mal insidieux. Par exemple, l’occultation jusqu’à ces dernières semaines, des collaborateurs parlementaires, a permis la généralisation de pratiques qui choquent profondément des Français précarisés par la crise.

Pendant que beaucoup cherchent des emplois, ils s’aperçoivent que leur député peut recruter ni vu ni connu sa femme ou ses enfants, et leur assurer des salaires confortables aux frais du contribuable, sans aucun effort et sans rendre aucun compte. Tous les Français ont entendu des politiciens professionnels arrogants comme Claude Bartolone leur expliquer que la transparence sur toutes ces affaires n’était rien d’autre que du populisme et de la démagogie.

Ah! les belles leçons de morale sur le front républicain contre le populisme! on les comprend mieux maintenant! République, que d’emplois fictifs on recrute en ton nom…

La fausse illusion du Front National

Ceux qui se tournent vers le Front National pour secouer le cocotier sont évidemment prisonniers d’une illusion, nécessaire à certains égards mais tragique. Nécessaire partiellement parce qu’on peut comprendre que, face aux résistances d’une caste dirigeante en pleine réaction nobiliaire, l’opinion publique parie sur un parti vierge de tout passé gouvernemental pour changer la donne. Mais si l’on se souvient que le Front National fait pratiquement partie intégrante du patrimoine familial de la dynastie Le Pen, on mesure immédiatement l’illusion qu’il y a à croire que ce parti remettra en cause la tradition du népotisme.

Ceux qui ont tenté, d’ailleurs, de faire du FN un parti non patrimonial ont vécu le pire. Faut-il citer les Mégret, les Gollnisch, et autres, qui ont un temps imaginé à leur détriment pouvoir prétendre à une vie démocratique? Redisons-le ici, Florian Philippot, qui donne le sentiment d’une ouverture du parti à autre chose que la famille subira rapidement les foudres de ses « amis » une fois le pouvoir conquis.

Le népotisme s’ajoute aux connivences coupables

Si le népotisme était la seule tumeur qui attaque nos élites, nous pourrions imaginer qu’un traitement médical, chirurgical, serait possible. Mais ce népotisme s’ajoute aux autres maux que les lecteurs de ce blog retrouvent souvent dénoncés dans ces colonnes. La République n’est pas seulement mal en point parce qu’on y préfère un fils ou une fille médiocre à un inconnu, un « parvenu » compétent. Elle est aussi en plein déclin parce qu’on y préfère un médiocre qui compose avec les tares du système à une personnalité compétente qui veut remettre de l’ordre raisonnable dans les choses.

Prenons l’exemple de Bruno Le Roux qui a recruté ses filles encore mineures comme collaboratrices parlementaires (on entend d’ici ses ricanements devant bobonne en évoquant le « bon coup » qu’il jouait au système et en balayant d’un revers de la main les objections qu’elle pouvait faire par la phrase toute faite: « avec tous les efforts qu’on fait, avec tout le temps qu’on donne, on a bien droit à ça »). L’impétrant fut, à la fin des années 90, vice-président de la MNEF, où il a croisé des tas de gens sérieux comme Dominique Strauss-Khan ou Manuel Valls.

Ce petit monde de la MNEF présente aujourd’hui une impressionnante galerie de portraits qui se tiennent par la barbichette, jusque dans des affaires crapuleuses dont on ne finira pas de raconter les détails dans cent ans encore…

L’inévitable curée des élites due à la réaction nobiliaire

En réalité, la France connaît un cycle historique régulier. De loin en loin, ses élites se forment, se figent, se reproduisent entre elles jusqu’à la dégénérescence des tarés, se crispent sur leurs privilèges, puis subissent une vaste purge avant de recommencer. Ce processus a lieu sous nos yeux. La démission d’un Le Roux n’est qu’un épiphénomène et un cap dans un processus de désintégration dont on espère qu’il ira jusqu’au bout.

La France a besoin de renouveler ses élites pour retrouver sa grandeur. Et comme ses élites incompétentes actuelles s’accrochent au régime comme une moule à son rocher… il faudra bien les déloger d’une façon ou d’une autre.

Premier débat de marquage à la culotte présidentielle

Le premier débat entre les cinq candidats favoris de la présidentielle ne devrait fondamentalement pas bouleverser la donne dans la course à l’Elysée. Il est plus marqué par une série de marquages à la culotte entre chacun des participants, sans qu’il soit possible de dire si l’un ou l’autre aurait pris de l’avance sur les autres.

Un débat d’observation

En soi, la nouvelle n’a rien d’étonnant. La forme même de ce type de débat contraint de fait à limiter les confrontations individuelles et tend à figer chacun sur des positions balisées à l’avance. La présence de cinq orateurs oblige à des approches transversales et collégiales, où chaque thème est abordé après le suivant dans le respect global d’un temps de parole où aucun candidat n’a intérêt à gaspiller de précieuses secondes en harponnant ses contradicteurs.

C’est donc à peine si l’on a entendu Jean-Luc Mélenchon interpeler Marine Le Pen ou François Fillon, et si l’on a entendu Marine Le Pen interpeler Emmanuel Macron. L’exercice se prête peu à ces dérapages.

On ajoutera qu’il peut exister un véritable danger à jouer la carte de la polémique dans ces émissions. La présidentialisation d’un candidat ne passe pas forcément par une entrée dans la mêlée.

Marine Le Pen et Fillon évitent le pire

Les amateurs de saignée resteront donc sur leur faim. En particulier, les affaires ont été peu évoquées. Marine Le Pen et François Fillon s’en tirent à bon compte.

À de nombreux égards, François Fillon peut sortir satisfait de cette séquence audio-visuelle où il a pu parler économie et projet sans être renvoyé à ses scandales personnels. Beaucoup de Français auront vu un candidat déterminé, doté d’une vision économique et convaincu de la nécessité de la mettre en place sans état d’âme. Cette vision s’est détachée notamment sur la question de la sécurité où l’ancien Premier Ministre a répété de façon assez courageuse que la création de postes supplémentaires ne pouvait être la seule façon de répondre à la montée du terrorisme.

De son côté, Marine Le Pen a au moins pu savourer sa participation à un débat qui marquait la fin de sa diabolisation. Il y a quelques mois encore, la perspective d’occuper le même plateau de télévision que ses adversaires ne coulait pas de source. Son discours a-t-il convaincu les indécis? Rien ne le prouve, mais elle a en tout cas montré qu’elle n’avait pas commis de faux pas.

Attention à la présidentialisation de Hamon

Certains commentateurs ont pointé la relative discrétion de Benoît Hamon. Celle-ci peut l’avoir servi. Hamon, sans rien perdre de sa pugnacité, a en effet montré qu’il pouvait se situer au-dessus de la mêlée et modérer ses propositions pour éviter de diviser. Auteur de piques contre Marine Le Pen, il a assumé avec une certaine audace une ligne plutôt islamophile sur la laïcité, affirmant qu’il fallait protéger le droit des femmes à porter le voile.

Il n’est pas sûr que cette sortie le réconcilie avec les féministes, mais elle a marqué une vraie différence du candidat socialiste sur la question identitaire.

Macron et les spéculations de la presse

La performance d’Emmanuel Macron est probablement celle qui donnera lieu aux appréciations les plus divergentes. Certains organes de presse ont d’ores et déjà clamé qu’il avait été le plus convaincant. Dans la pratique, le candidat d’En Marche a donné peu d’idées ou annoncé peu de mesures concrètes. À plusieurs reprises, il s’est même livré à des passes d’armes avec Marine Le Pen et à quelques pics contre François Fillon ou Benoît Hamon, dont il n’est pas sûr qu’elles aient contribué à sa présidentialisation durable.

Il faudra voir dans la durée si ce type de stratégie est porteur.

Mélenchon tel qu’en lui-même

Reste la prestation de Jean-Louis Mélenchon, qui n’aura surpris personne. Moqueur, parfois drôle, rôdé au débat, Jean-Luc Mélenchon a occupé la scène, déversant sans relâche ses idées post-prolétariennes sur l’opinion. Là encore, de là à penser qu’il a convaincu, il existe une marge. La saturation du temps de parole et les points remportés dans les duels ne sont pas forcément garants de popularité.

Le beau cadeau de Hollande à un député copain-coquin

Nommer un député haut fonctionnaire à la fin de son mandat! Hollande a offert plusieurs cadeaux à ses amis politiques avant de quitter l’Elysée. Celui qu’il a offert la semaine dernière méritait d’être signalé. Il s’agit de la nomination de Pascal Terrasse, député socialiste de l’Ardèche et spécialiste des questions de dépendance (et de santé) comme inspecteur général de l’administration du développement durable.

Le député Terrasse et ses petits arrangements

On s’amusera, au passage, de lire les propos successifs de Pascal Terrasse, soutien initial d’Emmanuel Macron.

Ainsi, en octobre, l’intéressé déclarait:

Je garde une vraie amitié pour Emmanuel Macron. Qu’il ait démissionné du gouvernement, c’est bien… si c’est pour porter des idées. Mais il commet une erreur de stratégie en envisageant de se présenter à l’élection présidentielle. Je le soutiens donc tant qu’il n’est pas candidat. Le jour où il est candidat, ma position pourrait bien changer.

L’expérience montre qu’un député socialiste qui annonce un revirement est généralement un député socialiste qui attend un cadeau.

En janvier, le même Terrasse déclarait:

Le député socialiste de l’Ardèche ne soutiendra pas Benoît Hamon s’il remporte la primaire de la gauche dimanche prochain. Si Manuel Valls était battu, l’Ardéchois rejoindrait Emmanuel Macron. Il l’a annoncé ce lundi matin sur France Bleu Drôme Ardèche.

Nommez-moi inspecteur général, ou je soutiens Macron!

Finalement, Pascal Terrasse a eu le bon goût d‘annoncer, le 6 mars, son retrait de la course politique sans mentionner de soutien à quiconque. On ne sait jamais, pour la suite, vaut mieux ne pas insulter l’avenir. Mais, le 6 mars, il n’a rien dit sur sa brutale reconversion professionnelle…

Retraites, paritarisme: Macron pas encore élu mais déjà fâché avec FO et la CFDT

S’il existe une bonne raison de voter pour Emmanuel Macron, elle tient principalement au rejet dont il fait déjà l’objet de la part des organisations syndicales. On pourrait presque dire: c’est bon signe, et ça rend presque le bonhomme sympathique.

La réforme des retraites de Macron ne passe pas à FO

Comme nous l’avions indiqué, la réforme systémique des retraites proposée par Emmanuel Macron a un mérite: elle démasque l’hypocrisie des organisations syndicales, très attachées, au nom de l’égalité et de la solidarité, aux privilèges de certains. Tous ces grands défenseurs de la sécurité sociale, qui ne manquent pas un Premier Mai pour répéter tout l’amour qu’ils vouent à ce système inférieur de protection sociale, sont aussi les premiers à défendre l’existence de régimes spéciaux ou de systèmes privilégiés qui profitent à leurs adhérents.

La sécurité sociale, c’est vachement bien, mais surtout pour les autres.

Cette fois, c’est Philippe Pihet, le monsieur retraite de FO, qui s’est collé au morceau de bravoure dans une tribune dont on reproduit ici les meilleurs moments:

FO a déjà exprimé sa revendication sur le maintien des régimes, d’autant plus que tous convergent vers les mêmes règles sur l’âge légal et la durée.

Pour ce qui est des comptes notionnels, il semble bon de rappeler leur fonctionnement et surtout de combattre la fausse idée qui veut que, quelle que soit la personne, un euro cotisé donne les mêmes droits.

Là, Philippe, on aimerait que tu nous donnes des explications sur ce qui te permet de dire que « un euro cotisé donne les mêmes droits » est une « fausse idée ». Moi, ça me paraît une idée très juste, très claire, très égalitaire, et tout à fait défendable. En tout cas, on a bien noté la remarque: « FO a déjà exprimé sa revendication sur le maintien des régimes », qui peut se traduire par « FO est pour un régime universel qui ne s’applique pas à tout le monde ». On attend avec impatience que Philippe Pihet fonde la chaire de logique et casuistique jésuite: il fera un très grand professeur.

FO et sa soupe des comptes notionnels

Continuons:

Ce compte notionnel est basé sur un « pari », celui de la table de mortalité d’une génération. En d’autres termes, pour une année de naissance donnée, l’espérance de vie (à 62 ans par exemple !) servira de base pour diviser le « capital virtuel » acquis au cours de la carrière, à travers son report au compte. Le résultat de cette division constituera le montant annuel de la pension. (…)

On le voit bien, un euro cotisé ne donnera donc pas les mêmes droits, sauf à subdiviser à l’intérieur d’une même génération, entre profession et sexe. Ce qui reviendrait à individualiser à l’extrême la répartition… pour finir certainement par « l’évidence » de la nécessité d’un complément en capitalisation.

Philippe, as-tu fumé un bout de ta moquette avant de rédiger ta tribune? Ce principe de lier la retraite à l’espérance de vie n’est pas une invention macronienne, mais un mécanisme qui s’impose quoi qu’il arrive, et qui est déjà contenu dans la loi Fillon de 2003. La réforme Macron est supposée apporter les mêmes droits, dans la mesure où le montant de la retraite dépendra du nombre de points accumulés. C’est bien aujourd’hui où le système est inégalitaire, dans la mesure où le montant d’une retraite n’est pas calculé de la même façon pour tous.

Philippe Pihet et l’éloge des inégalités de traitement qui profitent à son syndicat

En fait, ce que veut FO, c’est continuer un système inégalitaire où les syndicats peuvent se battre pour augmenter les inégalités de traitement. On le comprend mieux dans la lecture de la phrase suivante:

Le rôle d’un syndicat est d’améliorer les dispositifs de solidarité qui existent dans les régimes par répartition, je pense particulièrement aux dispositifs de réversion ou de majoration, de pensions comme de trimestres.

Toi, tu croyais naïvement que le rôle d’un syndicat était de se battre pour l’intérêt des salariés. En fait non, il est de se battre pour les « majorations de pensions comme de trimestres », c’est-à-dire des traitements de faveur réservés aux copains, en écartant toute réforme rationnelle. Et c’est évidemment un hasard si FO détient aujourd’hui la présidence de la CNAV (la caisse nationale d’assurance vieillesse) et bénéficie d’une forte représentation dans le service public.

Parce que, bien évidemment, la réforme Macron exclurait à coup à peu près sûr la forme paritaire de la sécurité sociale. Les syndicats français devraient donc renoncer à leurs fromages et à leurs mandats. Et ça, c’est contraire à la solidarité. La même réforme obligerait sans doute à sacrifier les fonctionnaires pour mettre en place un régime universel, et cette lutte contre les privilèges de la fonction publique, chez FO, ça s’appelle un affront fait à la solidarité.

Macron et le paritarisme: début de l’affrontement

Macron a promis à la CFDT une autre très belle idée: celle de ne plus recourir à la négociation interprofessionnelle pour faire évoluer le droit du travail. On se rappelle ici que c’est l’ineffable pas encore président du Sénat, le ci-devant Larcher, qui avait commis en 2004 ce qui est devenu l’article 1 du Code du Travail: l’obligation d’une négociation interprofessionnelle avant toute modification législative du Code du Travail.

C’est le propre de la droite « gaulliste » de toujours ajouter des usines à gaz pour faire fonctionner le système. La France est le seul pays industrialisé à croire que des syndicalistes généralement issus de la fonction publique sont les plus compétents et les plus « proches du terrain » pour négocier des règles en chambre mais applicables uniformément à toutes les entreprises du pays. On saura gré à Emmanuel Macron de combattre cette imposture et de réclamer des négociations dans les entreprises et dans les branches.

Cette idée n’a pas du tout plu à la CFDT.

« En bref Macron nous dit : « L’intérêt général c’est l’Etat, c’est moi le futur président, et vous, syndicats, rentrez dans votre niche ». Mais le social, cela ne fonctionne pas comme cela ! Il n’y pas d’un côté, les représentants des salariés dans les entreprises, et les réflexions au niveau interprofessionnel. Tous nos travaux sont intriqués »,commente-t-on, écoeuré de tant d’ingratitude alors que la CFDT s’attache, depuis des décennies, à penser les changements de la société.

Là encore, Macron touche aux cordes sensibles de l’imposture syndicale. Bien entendu, que les syndicats sont coupés de leur base, en France. Bien entendu qu’ils luttent pour le pouvoir sans s’occuper d’intérêt général. Bien entendu que cette réforme du paritarisme les inquiète, puisqu’ils devront troquer les innombrables mandats inutiles qui leur sont confiés en attendant des médailles en chocolat contre des actions concrètes en faveur des salariés. Et ça, ils n’aiment pas.

Bref, Macron aura droit à une rentrée chaude s’il est élu. Et s’il décide de mettre en oeuvre son « programme », ce qui n’est évidemment pas sûr.

Mélenchon, bientôt dernier poursuivant d’Octobre Rouge

Article écrit pour Atlantico

Certains peuvent se laisser abuser par le projet en apparence simplement révolutionnaire de Jean-Luc Mélenchon. Mais le bonhomme dissimule, sous son mauvais caractère et sa verve mordante, un projet d’une ambition soviétique qui n’a rien à envier à celui de Lutte Ouvrière. Il en assure la promotion politique en le rattachant à la tradition révolutionnaire française. Mais c’est une vision beaucoup plus « orientale » qui le porte.

La presque sympathique VIè République

Le programme de Mélenchon met en avant le thème de la VIè République. En lui-même, il peut fédérer beaucoup de monde, tant la décomposition atteint notre régime, et tant nous sommes nombreux à penser que la France n’a pas besoin de tourner une page, mais bien de clore un chapitre de son histoire, y compris institutionnelle.

Toute la difficulté est de savoir quel mandat on donne à l’Assemblée constituante supposée se réunir pour préparer cette nouvelle étape constitutionnelle. Dans l’esprit de beaucoup, il s’agit de corriger les tares de notre système actuel et de limiter les pouvoirs d’une aristocratie décadente, voire de la renouveler.

Quand on lit le programme de Jean-Luc Mélenchon, on s’aperçoit qu’il s’agit plutôt d’annoncer l’avénement d’un régime chavézien, mais en pire. Quelque chose qui ressemblerait plutôt à l’Union Soviétique.

La nationalisation de pans entiers de l’économie

On lira par exemple cette phrase qui obligera beaucoup à se frotter les yeux pour être sûrs de l’avoir comprise:

Protéger les biens communs : l’air, l’eau, l’alimentation, le vivant, la santé, l’énergie, la monnaie ne sont pas des marchandises. Ils doivent être gérés démocratiquement : le droit de propriété doit être soumis à l’intérêt général, la propriété commune protégée et les services publics développés

Le droit de propriété (privée s’entend) n’irait donc plus de soi dans le domaine de l’air (dont on aimerait connaître les contours exacts), de l’eau (ça veut dire qu’on mettre Evian et Vittel sous contrôle de l’Etat?), de la santé (le fameux mythe de la santé gratuite défendu par tous les thuriféraires de l’industrie), de l’énergie (y compris pétrolière on imagine), du vivant (ce qui inclut la recherche biologique).

Mais on aimerait, dans cette énumération, comprendre ce que signifie la gestion démocratique de l’alimentation. Faute de détails, on comprend qu’elle vise une nationalisation de fait de l’agriculture et de l’industrie alimentaire. Cette idée géniale a causé des millions de morts par la famine en Union Soviétique dès les années 20.

Et là, tu te dis: mais combien de Français vont-ils oser pour cette dangereuse ânerie?

Un droit effectif au travail?

On lira avec intérêt une autre élucubration mélenchonienne dont on comprend les risques de soviétisation qu’elle comporte:

Le peuple français se reconnaît-il à sa langue?

C’est une bien curieuse tribune sur le peuple français qu’Emmanuel Macron a publiée dans le Figaro. On y lit des phrases qui interrogent sur cette fameuse identité française dont tout le monde parle, que chacun sent, mais qui se dérobe à nos doigts chaque fois que nous cherchons à la saisir. L’occasion était trop belle pour ne pas entamer un rapide voyage dans la vision macronienne du sujet.

Peuple, République ou nation, faut-il choisir?

Macron a étrangement commis une synonymie qui intriguera tous les observateurs de ce sujet. Il écrit notamment:

D’autres tentent au contraire de renier et de dissoudre la Nation française. Ils croient à des particularismes indépassables et imaginent que leur religion, leur communauté et les lois qu’ils se donnent sont supérieures à la République (…) Si les Français forment un peuple, ce n’est pas parce qu’ils partagent une identité figée et rabougrie. Le fondement de la culture française, c’est une ouverture sans pareil. <Voilà une phrase qui ne mange pas de pain! On en a lu des milliers du même ordre au moment du Brexit. Elle n’apporte rien sur le fond, mais permet de distinguer les torchons du nationalisme populiste et les serviettes du patriotisme parisien>. (…)

C’est ça le plaisir dans la pensée macronienne, que cela soit dit: elle procède d’abord par empilement de mots-clés tous susceptibles de vouloir dire la même chose. On parle dans le même mouvement de la Nation française, de la République, du peuple français. Foin des pinaillages: nation, peuple, république, tout cela, c’est la même chose.

En soi, cette confusion des idées donne déjà une indication sur l’orientation idéologique du candidat. Il n’est pas l’homme d’une pensée cortiquée sur la France éternelle. Au fond, cette question est secondaire. Elle est surtout prétexte à dire que notre identité ne peut être ni « figée » ni « rabougrie ». Être français, au fond, c’est n’avoir pas de racine fixe, ni vraiment définie. C’est être « ouvert ».

La tarte à la crème de l’universalité

Sur ce point, on lira aussi avec attention les phrases de Macron sur la tarte à la crème des cours de philosophie au baccalauréat: l’universel.

Le fondement de la culture française, c’est de prétendre à l’universel. Si les Français forment un peuple, ce n’est pas non plus parce qu’ils coexistent passivement. Le fondement de la culture française, c’est de prétendre à l’universel. Aller vers Hugo, Gide, Duras, Glissant ou Yourcenar, c’est l’inestimable opportunité donnée à chacun de vivre la vie des autres, de dépasser sa condition. C’est la raison pour laquelle la France est plus qu’une somme de communautés. Elle est cette idée commune, ce projet partagé, dans lesquels chacun, d’où qu’il vienne, devrait pouvoir s’inscrire.

Alors là, tout y passe. On reformule: l’universel, c’est ne pas coexister passivement, c’est vivre la vie des autres, dépasser sa condition, être plus qu’une somme de communautés, avoir un projet partagé. On se demande presque si cette tribune n’a pas été écrite avec un générateur automatique de texte en open source sur Google.

Car l’universel, c’est évidemment de savoir si la France a sa place en Afrique, au Québec, au Conseil de sécurité de l’ONU dans la catégorie « membre permanent ». L’universel, c’est la France au-delà de ses frontières. Et là, on nous sert une soupe incompréhensible sur la vie des autres, l’idée commune, la coexistence active dans le cadre de nos frontières.

L’aporie de la langue française

Dans cet écheveau d’expressions empilées les unes après les autres dont on perçoit mal l’unité, on retiendra quand même une phrase prononcée très opportunément au moment de la semaine de la francophonie:

Ce que nous avons en commun, d’abord, c’est la langue française. C’est elle, notre territoire. Savoir lire et écrire, ce n’est pas seulement augmenter ses chances de trouver un emploi. C’est d’abord s’enraciner en France, dans notre Nation.

La langue comme ciment de l’unité nationale! on adore ce mythe tiré du lycée de la Troisième République.

Car reprenons ce qu’il nous dit: ceux qui parlent français appartiennent à la Nation française. Voilà une affirmation qui pose deux problèmes majeurs.

Le premier est le moindre. Il sous-tend (comme la clause Molière) l’idée qu’il faut accorder une priorité aux francophones. Bonne idée! donc, les Sénégalais, les Congolais, les Viêtnamiens, les Algériens (et que dire des Wallons?), font partie, comme au bon vieux temps des colonies, de la Nation française. Personnellement, ce principe ne me gêne pas, mais il risque de paraître un tout petit peu court dans les grands débats contemporains.

On aurait aimé, sur ce point, que Macron dissipe les équivoques, s’explique, détaille. Mais peut-être n’était-ce pas l’objet de la tribune. Peut-être que balayer d’un revers de la main ces détails mineurs suffit-il à construire une pensée.

La délicate question des langues régionales

Le deuxième problème est un tout petit peu plus compliqué. Si être Français, c’est parler Français, alors que fait-on de ces régions où le Français est encore aujourd’hui vécu comme une verrue jacobine imposée contre les appartenances locales? une langue étrangère qui a supplanté la langue régionale par la force? Ce sentiment est particulièrement vécu en Alsace ou en Corse. Mais en grattant un peu, on ne tarderait pas à voir les Bretons, les Flamands, les Niçois, les Occitans grossir les rangs de ceux qui considèrent que, au vu de la définition macronienne, leur appartenance au peuple français est éminemment contestable.

Car si l’on dépasse la mythologie habituelle, on sait bien que la Nation française, comme dit Macron, s’est fondée sur une expansion militaire continue de la tribu franque et de ses héritiers. Cette expansion tumultueuse a duré des siècles. Elle a fluctué. Il fut une époque où elle courait jusqu’au Rhin. Il fut d’autres époques où elle se réduisait à un domaine royal quasi-confidentiel. On peut dire qu’en 2017, la France vit un étiage plutôt haut de sa superficie historique.

Mais en aucun cas cette unité ne s’est constituée par la langue. Si le Breton se sent français, c’est d’abord par l’adhésion à un projet politique républicain, certainement pas à un projet culturel ou linguistique. Disons même que, pour les Bretons, les Alsaciens, les Corses, la langue française est un obstacle à l’identité française beaucoup plus qu’un soutien.

Les racines aristocratiques de la Nation selon Macron

Lorsque Macron dit que la langue est au fondement de notre sentiment national, il exprime en revanche une vérité profonde: celle d’une caste technocratique, héritière de l’aristocratie d’Ancien Régime, qui règne par la langue et croit à la toute-puissance de celle-ci. Macron, comme beaucoup de ses semblables, se sent français par la langue et non par la volonté, comme un aristocrate russe trouvait normal de parler le français quand le russe était la langue des manants. Et c’est bien cela, la nation française selon Macron: un héritage aristocratique où le partage d’un projet politique n’a pas sa place.

Il faut n’avoir rien compris aux réalités régionales françaises pour croire que le ferment de la nation française est culturel. Combien de régions non francophones sont-elles devenues françaises par l’adhésion consentie plus ou moins spontanément à un projet politique commun? une majorité bien sûr. Et souvent, il leur a fallu accepter la mort dans l’âme l’éradication brutale de leur langue régionale par l’école publique, pour adhérer à ce projet.

Fillon, Le Pen, Macron: la justice protège-t-elle le gouvernement profond?

Pour la première fois de l’histoire de la Cinquième République, les trois candidats favoris (selon les sondages) de l’élection présidentielle « bénéficient » d’une mise en examen quelques semaines avant le scrutin. Mais chacun sous des formes différentes qui posent une vraie question sur la séparation des pouvoirs, garante de nos libertés fondamentales.

Les torpilles de la justice contre Marine Le Pen

Depuis plusieurs mois, Marine Le Pen est présentée, dans l’opinion publique, comme candidate assurée d’accéder au second tour. Très longtemps, un gimmick a occupé la scène parisienne: jamais elle ne pourrait gagner. Les semaines passent, et ce gimmick laisse la place à des interrogations, et même à des doutes. Et si elle gagnait?

Curieusement, les soupçons d’emploi fictif au Parlement Européen, connus depuis deux ans (la saisine de l’OLAF date de 2015, tout de même), donnent lieu à une mise en examen… le 22 février, s’agissant de sa cheffe de cabinet, et à une convocation de la candidate à la présidentielle le 10 mars en vue d’une mise en examen. Soit six semaines avant le premier tour.

Bien entendu, il faut être complotiste pour imaginer que cet enchaînement de dates illustre une dérive politique de la justice.

Les torpilles contre François Fillon

Le 25 janvier, soit trois mois avant le scrutin, la presse révèle les sales manies de François Fillon avec l’argent de l’Assemblée Nationale. Dans les heures qui suivent, le Parquet National Financier se saisit du dossier. Avec une naïveté confondante, le candidat républicain se précipite dans la gueule du loup, en déclamant qu’il a confiance dans la justice de son pays, et en réclamant d’être jugé vite.

C’est dire le malentendu qui se noue alors. L’un est convaincu d’être parfaitement innocent. Les autres entament un tour d’engrenage qui débouche (c’était cousu de fil blanc) sur une mise en examen un mois avant le scrutin. Mais vous n’aviez rien vu venir les mecs?

Ce faisant, on découvre qu’un François Fillon a pu être Premier Ministre pendant cinq ans (et ministre éminent à plusieurs reprises) sans soupçonner que la justice puisse être partiale ou instrumentalisée. On conclurait presque à la virginité de Sarkozy en matière d’intervention dans les affaires du Parquet. Ou alors François Fillon a été tenu très loin des dossiers sensibles pendant cette période.

Depuis le 25 janvier, la justice apparaît en tout cas comme un panier percé. François Fillon et ses proches ne peuvent pas dire un mot aux enquêteurs sans que le compte-rendu de leurs auditions ne se retrouvent dans la presse. Si la justice voulait vraiment « dépolitiser » son dossier, elle éviterait soigneusement ces fuites. Le fait que celles-ci soient immédiates et systématiques dissipe toute ambiguïté sur la vraie nature de l’enquête: il s’agit bien de charger un candidat donné favori il y a encore trois mois (et, à l’époque, sûr de gagner).

Les deux favoris déstabilisés

Curieusement, les deux candidats qui sont chargés dans cette barque sont ceux qui mettent le plus en danger les intérêts du gouvernement profond, c’est-à-dire tous ces capitalistes de connivence qui vivent peu ou prou grâce à l’intervention ou à la garantie de l’Etat, et qui voient avec terreur arriver en tête des sondages des candidatures qui promettent (sincèrement ou non) de rompre avec l’immobilisme de notre Titanic.

Marine Le Pen est, de longue date, leur épouvantail. Avec elle, il est acquis que l’appareil d’Etat changera de main. La candidate du Front National a suffisamment subi les avanies de ce système pour ne pas vouloir le frapper très fort, en son coeur. Son enracinement idéologique est à rebours de leurs croyances et de leurs valeurs. Même si, en façade, elle maintient un visage respectable sur les questions d’homophobie et autres, on voit bien que la divergence ne tardera pas à apparaître entre le fond traditionaliste incarné par sa nièce et les amuseurs publics comme Philippot dont une partie grandissante du parti demande la tête.

Le même soupçon de traditionalisme pèse d’ailleurs sur François Fillon. Ses liens avec la Manif pour tous sont régulièrement rappelés, comme une explication entre les lignes des malheurs qui lui arrivent. L’accusation est d’ailleurs injuste, puisque François Fillon est entouré par une clique de technocrates qui rédigent ses notes et ne manquent jamais une occasion d’affadir son programme, chaque fois qu’ils le peuvent. Son intention de procéder à une baisse réelle des dépenses publiques inquiète forcément tous ceux qui se gavent aujourd’hui avec force subventions et « aides à la presse ».

Deux hypothèses sur les affaires et la justice

Il y a donc deux hypothèses, deux lectures possibles de l’attitude de la justice.

L’une, angélique, béate, explique que la justice est indépendante et qu’elle fait simplement son travail. On ne peut voir malice dans ces enchaînements troublants de circonstance sans être complotiste ou pré-fasciste, voire nostalgique de Vichy et de Nuremberg réunis.

L’autre interroge. Elle s’étonne que l’autorité judiciaire intervienne avec une telle célérité et une telle nervosité dans le débat de la présidentielle. Elle est encore plus troublée au vu des fuites constantes de la justice, alors que l’enquête est réputée secrète. Tout ceci apparaît comme une opération téléguidée qui utilise la justice pour orienter le débat politique.

L’étonnant positionnement de la justice vis-à-vis d’Emmanuel Macron

Comme nous l’avions annoncé (avec une marge d’erreur d’une journée), la justice a bien ouvert une enquête préliminaire visant Emmanuel Macron le 14 mars. Mais… surprise, ce n’est pas sur son patrimoine, qui pose quand même de sacrés problèmes. C’est sur une affaire mineure d’événements à trois francs six sous organisé sans appel d’offres lorsqu’il était ministre. Cette fameuse French Tech Night avait d’ailleurs fait l’objet d’une interpellation de la part de l’association Anticor… créée par le juge Halphen, soutien affiché d’Emmanuel Macron, et par Séverine Tessier, ancien collaboratrice parlementaire socialiste.

Et le patrimoine d’Emmanuel Macron alors? Anticor ne juge pas utile que le parquet financier s’en saisisse. Pour cette association dont Christiane Taubira fut parraine, le dossier relève seulement de la Haute Autorité de la Transparence de la Vie Publique, dont l’inefficacité est désormais bien connue.

Deux poids deux mesures? oui, bien sûr. Anticor joue ici le rôle d’écran de fumée. On fait croire qu’Emmanuel Macron aussi est passé au crible. Mais le jeu est pipé et tout est fait pour qu’il soit blanchi.

On peut d’ailleurs dire le résultat des courses dès aujourd’hui: dans trois semaines, la Haute Autorité rendra son verdict sur le patrimoine de Macron et dira que tout va bien. Et, selon les sondages, le parquet classera l’affaire de la French Night Tech avant le premier tour si Macron est en difficulté, entre les deux tours s’il est donné en position confortable.

Y a-t-il un flash totalitaire en France?

Bien entendu, la France n’est pas une République bananière. 99% des décisions judiciaires sont prises de façon indépendante. Ce qui gêne, c’est le 1% manquant. Ce 1% là encore n’est pas systématiquement biaisé. En revanche, la raison d’Etat se réserve le droit de modifier le cours des décisions concernant ce résidu pour orienter l’opinion sur la courbe qu’elle lui souhaite voir prendre.

C’est ce qu’on appelle un flash totalitaire. L’opinion publique ne supporterait pas de vivre plusieurs mois sous ce régime. En revanche, comme une pasteurisation, le gouvernement profond n’hésite pas à produire des flashs totalitaires où, de façon « chirurgicale » comme on disait lors de la guerre en Irak, l’Etat de droit est violé pendant quelques heures pour remettre l’âne en marche.

Que ces flashs totalitaires se répètent aussi fréquemment depuis quelques semaines en dit long sur la déliquescence du régime.