Accueil » Journal des présidentielles

Catégorie : Journal des présidentielles

Predicto (big data): Mélenchon à 26%, Le Pen à 17% et Macron à 16%

Le Predicto, qui n’est pas un sondage mais un produit Big Data, affiche, à 12 heures ce samedi 22 avril 2017, une prédiction de résultats de Mélenchon à 26%, Le Pen à 17% et Macron à 16%.

Predicto: Big Data contre sondages d’opinion

Rappelons que le Predicto n’est pas une enquête statistique au sens de la loi du 19 juillet 1977 modifiée par la loi du 25 avril 2016. Il procède simplement du Big Data, en l’espèce de l’analyse des flux sur les réseaux sociaux et de leur évaluation sémantique.

De fait, l’ensemble de la campagne électorale aura montré la difficulté de concilier les analyses d’opinion (dont la diffusion est désormais couverte par le secret de la journée pré-électorale) et les analyses issues du Big Data. Dans la pratique, tous les sondages ont donné Emmanuel Macron gagnant, alors que, dans les analyses Big Data, il est systématiquement écarté du deuxième tour.

Reste à comprendre pourquoi…

Les campagnes du futur prennent forme sous nos yeux

L’intérêt de ces divergences est de disséquer les processus d’élaboration future de la prédiction électorale. Les campagnes du Brexit et de la présidentielle américaine ont illustré avec brio les limites des techniques traditionnelles. Les primaires républicaines et socialistes en France les ont confirmées.

Nous savons tous que les sondages sont, tôt ou tard, appelés à absorber le choc de la révolution numérique. Reste à construire les outils qui les remplaceront.

En l’état, nous avons tous le pressentiment que le Big Data permettra d’améliorer la prévision en utilisant des méthodes infiniment plus modernes que l’enquête déclarative actuelle. Toutefois, les modèles statistiques capables de modérer et de fiabiliser les résultats ne sont pas encore établis.

Il sera donc intéressant d’assister en direct à leur élaboration… Le fonctionnement même de la démocratie en sera modifié en profondeur, et peut-être même la notion de scrutin et de mandat électif en seront-t-elles profondément rénovées. Le Big Data éclairera en effet les déterminants de l’opinion et les nuances de son expression.

Cette fête que le Front National prépare dimanche soir

Selon nos informations, l’équipe de campagne du Front National prépare une fête dimanche soir dans un restaurant des Champs-Elysées tenu secret pour des raisons de sécurité, mais qui n’est donc pas sans rappeler les petites manies de Nicolas Sarkozy. Si la candidate n’est pas annoncée ce soir-là sur place, on relèvera néanmoins la geste présidentielle qui s’est installée dans un parti donné avec constance au second tour depuis plus d’un an. Si un enseignement peut être tiré de cette étrange présidentielle, c’est bien celui d’une sédimentation du rapport de force idéologique autour des thématiques du Front National, qui apparaîtra quoi qu’il arrive comme le vainqueur durable du scrutin.

Voici quelques motifs de réjouissance pour les militants du Front National.

Soixante-dix ans après, la boucle Front National est bouclée

Pour beaucoup d’adversaires du Front National, ce parti catalyse en lui-même toutes les haines qui agitent la France depuis la Libération.

Une autre lecture mériterait toutefois d’être tentée, à partir de l’Oeuvre Française lancée en son temps par Pierre Sidos. Si l’on admet l’hypothèse que le Front National ne fut qu’une infusion circonstancielle, cristallisée dans les années 70 pour des raisons anecdotiques que Sidos explique très bien, de la pensée nationale d’après-guerre, alors on peut dire que, rétrospectivement, le score du Front National boucle le long combat d’un homme et d’une idéologie venus des profondeurs de notre histoire.

En soi, la permanence du Front National en tête des sondages illustre bien la vivacité de cette tendance légitimiste, méfiante vis-à-vis des Lumières, de la Révolution, qui a su se métamorphoser pour échapper aux stigmates de l’époque et rejoindre les attentes du pays. De ce point de vue, on aurait tort de sous-estimer la portée du phénomène: il marque un changement de chapitre dans l’histoire de France, qui trouve son écho et son miroir dans le vacillement de l’idée européenne.

L’effet retard de l’après-1945 en France

Au fond, la domination de la vie politique française par le Front National manifeste le retard avec lequel la France tourne la page de l’après-1945. C’est en 1991 que l’Allemagne a connu ce phénomène, en choisissant Berlin comme capitale unique d’un pays « réunifié ». Politiquement, l’Allemagne retrouvait l’espace politique qui fut le sien entre 1870 et 1945, après une parenthèse de plus de 40 ans. En accordant une sorte de préférence au Front National, l’électorat français fait sa réunification à lui. Il retrouve l’inspiration légitimiste, passionnelle, qui fut durablement disqualifiée à la Libération.

Les ingrédients sont désormais réunis, dans le débat public, pour que soient remises sur pied les vieilles logiques nationales en Europe.

Dédiabolisation ou catharsis?

On attribue volontiers la domination du débat public par le Front National à l’effort de « dédiabolisation » porté par Marine Le Pen, avec des souverainistes bon teint comme Florian Philippot. Il est vrai que le soin pris à la direction actuelle du Parti à éviter les écarts a contribué à diminuer la quantité de soufre qui recouvrait le parti. Mais au-delà de ce simple effort marketing, c’est aussi une pulsion plus profonde de la société française qui s’est exprimée à cette occasion.

Durablement, la France a trouvé la forme acceptable dans le monde contemporain pour l’expression d’une tradition politique déclarée interdite depuis Vichy. De même que la sémantique pétainiste était fondée sur la protection, retrouvant d’ailleurs la tradition monarchique du toucher aux écrouelles, le Front National a renouvelé en profondeur et avec succès la thématique de la protection identitaire et sociale.

La promesse Marion Le Pen

Au-delà de cette circumnavigation historique dont Marine Le Pen peut revendiquer la maternité, la prochaine étape de la métamorphose « natio » en France est connue. Elle s’appelle Marion Maréchal-Le Pen dont Emmanuel Macron vient de prouver que la jeunesse peut ne pas être un obstacle.

Dans l’échelle du légitimisme politique, on peut déjà parier que Marion, polie par l’ombre dans laquelle sa tante la projette, franchira quelques degrés supplémentaires. Et c’est aussi cette certitude d’un parcours à venir que certaines élites du Front célébreront dimanche soir.

Comment Internet a imposé aux élites françaises une vraie campagne électorale

Article écrit pour Atlantico.

Tiens! la campagne électorale (celle du premier tour, en tout cas) touche à sa fin. Beaucoup ont prétendu qu’elle était hors norme. Rétrospectivement, et en regardant l’improbable émission « 15 minutes pour convaincre », on serait mieux fondé à se féliciter que, malgré tout, la France ait montré la voie en réussissant la première vraie campagne électorale du XXIè siècle sur le continent européen.

La révolution des primaires a purgé le bébé avec l’eau du bain

Souvenons-nous de la France de janvier 2016. On aurait parié cher sur un autre duel Hollande-Sarkozy, à peine perturbé par Marine Le Pen. Quinze mois plus tard, le recours à la primaire, autant à droite qu’à gauche, a permis d’offrir une vraie alternative à cette seringue qui nous était promise. Les électeurs de droite ont écarté Sarkozy sans ménagement, et les électeurs de gauche menaçaient de faire subir à Hollande le même sort – ce qui a justifié, in fine, son renoncement au combat.

On pourra reprocher beaucoup de choses à nos processus politiques. Mais force est de constater qu’ils ont su se rénover en profondeur sans trop de dommages.

Internet comme véhicule central du discours politique avant la campagne

Durant toute cette période, les Français ont pu mesurer le divorce profond entre les candidats officiels du régime et la réalité de l’opinion publique qui s’est exprimée en utilisant Internet et les innombrables possibilités qu’il offre.

À droite, le « système » (cette étrange combinaison de sondages, de répétition en boucle des mêmes antiennes dans les médias subventionnés et de professions de foi dans les élites) avait choisi un duel Juppé-Sarkozy, qui s’est transformé en un triomphe de François Fillon. À gauche, le même système avait installé Manuel Valls et Arnaud Montebourg dans ce même duel forcé, qui ne s’est finalement pas produit.

Si les militants avaient dû se contenter des véhicules traditionnels de communication et d’expression, ils auraient probablement été frustrés, dépossédés, de leur vrai choix. Et soudain l’on comprend que la vie politique française repose historiquement sur une construction en carton-pâte que des moyens disruptifs d’expression font voler en éclat.

Les vieux médias ont tenté de torpiller une campagne qu’ils n’avaient pas choisie

De façon très révélatrice, c’est l’organe de presse le plus réticent à Internet qui a le mieux torpillé une campagne opposant des candidats imposés par les militants contre l’avis et les pronostics fourbis par les traditionnels faiseurs d’opinion. C’est en effet par un scoop du Canard Enchaîné que le malheur est arrivé: les Français apprenaient, stupéfaits, que François Fillon, qui avait attaqué Nicolas Sarkozy sur sa perte de crédibilité liée à ses « affaires », n’était lui-même pas un parfait exemple de vertu.

Pendant plusieurs semaines, la campagne qu’Internet avait permis de positionner sur des sujets de fond s’est alors résumée, du fait même de ces médias subventionnés, à une simple énumération d’affaires et de boules puantes. Il a fallu attendre le début du mois d’avril pour que d’autres sujets que ces affaires puissent être abordés.

Quel magnifique spectacle, que celui d’un bouleversement dans la douleur où l’ancien monde des médias payés par le régime pour maintenir l’opinion dans un état d’asservissement et de panurgisme a dû céder la place à un nouveau monde où les candidats ont été sommés de répondre au contenu même de leur projet pour le pays! quelle formidable leçon de démocratie donnée par ces populistes de la populosphère honnis par nos élites!

La présence des « petits candidats » imposée par la populosphère

Depuis plusieurs mois, tout avait été mis en place pour que le débat soit, comme chaque fois, verrouillé par quelques favoris occupant l’essentiel du temps de parole. Une loi avait même été adoptée pour que ce temps de parole tienne compte du poids de chacun déterminé par les sondages. Et patatras! les médias subventionnés n’ont pas tardé à comprendre que cette règle ne tiendrait pas. Lorsque Nicolas Dupont-Aignan quitte le plateau de TF1 pour protester contre son absence au débat organisé par la chaîne avec les cinq favoris, il explose les compteurs de vue sur Internet.

Jusque-là, les « petits candidats » avaient été systématiquement ridiculisés par les médias subventionnés. Poutou avait été raillé sur un plateau. Dupont-Aignan était, de longue date, ringardisé et carbonisé. Asselineau était boycotté sous prétexte de complotisme, comme Cheminade d’ailleurs.

Et finalement, ceux qui raillaient, qui ironisaient, qui moquaient, comprennent qu’ils ne sont plus en position de force. Internet impose un débat à 11. La populosphère a gagné.

Même pendant les attentats, le débat continue

Durant l’émission « 15 minutes pour convaincre », les réseaux sociaux ont ironisé sur le décalage entre l’urgence dans les rues, imposée par un attentat sur les Champs Elysées, et la patience du débat. Nous pouvons nous féliciter de ce décalage. Elle prouve la vitalité de l’esprit démocratique en France. L’odeur de la poudre remplissait nos rues, mais l’échange d’idées s’est poursuivi dans un esprit de calme et de sérénité.

Là encore, on peut imaginer que, sans la pression que l’opinion publique a exercée pendant plusieurs mois par le biais d’Internet, le débat se serait passé autrement. L’urgence imposée par les questions de sécurité aurait probablement eu raison de ces raisonnements démocratiques, et aurait justifié des mesures expéditives.

Les élites françaises bousculées par la populosphère

Donc, les populistes de la populosphère ont gagné. Ceux qui contestent depuis plusieurs années le huis clos imposé par les médias subventionnés. Ceux qui dénoncent les logiques sans alternative imposées par une élite peu imaginative et emplie de certitudes sur des solutions qui n’en sont plus depuis longtemps. Ceux qui ne résument pas les choix républicains à une adhésion sans esprit critique à l’Union Européenne, cet avatar désenchanté de l’idéal européen tel qu’il fut formulé il y a soixante ans. Tous ceux-là ont finalement obtenu que les règles du jeu changent. C’est en ce sens que cette campagne est hors norme: elle s’est nourrie d’une immense bouffée d’oxygène apportée par une opinion publique consciencieusement censurée jusqu’ici.

On peut être sûr aujourd’hui que ce changement est irréversible. Plus jamais, nous ne connaîtrons de campagne électorale organisée par des instituts de sondage qui encadrent une longue suite de commentaires plats produits jusqu’à satiété par des médias chiens de garde.

En revanche, cette évolution, aussi rapide qu’elle soit, ne sera pas linéaire. Il y aura des soubresauts. Il y aura des Raffarin, des Cambadélis, qui plaideront pour des mondes sans primaire, pour des Internets censurés et pour une restriction au nombre de candidatures. Bien entendu, il y aura tout cela.

En attendant, savourons cet esprit nouveau qui nous prouve que la France peut montrer la voie.

L’inquiétant penchant de Nathalie Arthaud et de LO pour la violence politique

La révolution prolétarienne proposée par Nathalie Arthaud et Lutte Ouvrière (LO) est-elle un moment sympathique de solidarité et de libération des travailleurs, ou bien le prétexte inquiétant à la légitimation d’une violence politique exercée par quelques figures autoproclamées représentantes des prolétaires, au nom d’une dictature sombre? L’impressionnante sortie de Nathalie Arthaud sur les menaces physiques dont François Fillon fait l’objet de la part des djihadistes en dit long sur la conception de la justice et de l’Etat de droit en vigueur à Lutte Ouvrière.

Nathalie Arthaud doute de l’existence de la menace terroriste

On regardera donc avec intérêt cette séquence hallucinante où la candidate de LO semble douter de l’existence de la menace terroriste qui pèserait sur certains candidats:

Donc, on résume: s’agissant d’une question de sécurité dans l’organisation du scrutin, la candidate de LO argumente par allusions, phrases commencées mais pas finies, par insinuations sur la réalité de la menace. « Apparemment », il y aurait une menace. Voilà qui laisse quand même perplexe. On attendrait d’une candidate à une élection présidentielle qu’elle tienne un discours clair sur la nécessaire sérénité du scrutin. Manifestement, l’existence de la menace ne lui paraît pas fondée (peut-être nous expliquera-t-elle bientôt que les morts de Charlie Hebdo ou du Bataclan sont des inventions bourgeoises pour nuire aux prolétaires musulmans).

Pour le reste, elle ne se sent manifestement pas solidaires des candidats menacés. Sa solidarité à elle va aux travailleurs, et elle n’a manifestement aucune compassion pour les « bourgeois », lorsque leur vie est mise en péril pour des motifs politiques. Voilà qui va mieux en le disant. Pour qu’on en finisse avec le mythe des gentils gauchistes démocrates face aux méchants fascistes qui veulent la dictature.

Comment la résistance à l’ère néo-libérale cache un immobilisme aristocratique

Il faudra un jour disséquer l’étrange mythe d’une révolution néo-libérale qui, depuis 30 ans (une révolution qui dure, donc!), dévasterait la société française. Il s’agit probablement de la plus belle et de la mieux aboutie des légendes urbaines que les politiciens étatistes n’ont même plus à faire effort pour expliquer. Il suffit, partout, à chaque instant, de piocher dans le registre sémantique de la résistance (par exemple: il faut terrasser l’hydre néo-libérale, ou encore: résistons à l’ordre néo-libéral) pour emporter avec soi l’adhésion du public, tant celui-ci est préparé pour l’admettre sans barguigner.

On relèvera autant chez Mélenchon (et accessoirement chez Hamon) que chez Marine Le Pen ce vocabulaire de l’anti-libéralisme dans la diatribe politicienne. Ce vaste échantillonnage montre la profondeur du travail que les étatistes ont mené depuis 30 ans pour convaincre l’opinion d’un état de fait relevant de la pure fantasmagorie.

La révolution néo-libérale? Cette invention pure…

Que la révolution néo-libérale paraît-il en vigueur depuis 30 ans soit une pure invention, il suffit d’un tableau statistique pour le prouver. Celui-ci est tiré du Rapport SUR LA DÉPENSE PUBLIQUE ET SON ÉVOLUTION de 2013, produit par le ministère des Finances:

On le voit, en 1960, les dépenses publiques représentaient un gros 35% du PIB. Leur volume global a dépassé les 40% de PIB en 1968. Dans les années 80, ce volume a franchi allègrement le cap des 50% de PIB. Nulle part les chiffres ne permettent de pointer l’existence d’une quelconque rupture néo-libérale, ne serait-ce même que le début d’une inversion de cycle. Depuis la crise de 2008, la part des dépenses publiques dans le PIB a même régulièrement franchi le seuil des 55%.

Si l’on décompose cette dépense, on constate que ni l’investissement ni les dépenses de fonctionnement des administrations n’ont diminué sur l’ensemble de cette période. Parallèlement, les dépenses de protection sociale ont fortement augmenté. Elles représentaient 10 points de PIB en 1960. Elles en représentent aujourd’hui plus de 20 points.

Comment, dans un univers où les dépenses publiques ne diminuent pas depuis plus de cinquante ans, dans un pays où la dépense sociale a plus que doublé durant cette période, peut-on raisonnablement soutenir que le néo-libéralisme triomphe? Il doit bien y avoir une raison cachée à la permanence obstinée de cette révision négationniste de l’histoire contemporaine.

Lutte contre le libéralisme et espérance de l’immobilisme

Le tableau suivant (tiré du rapport 2016 sur les finances publiques) permet en outre de mesurer qu’au-delà des dépenses réelles, la France s’est livrée à une orgie de dépenses publiques retardées appelées dette publique:

De façon constante depuis 2001, la France s’endette dans des proportions de plus en plus élevées pour financer ses dépenses publiques. On notera juste que deux années ont permis de restreindre partiellement ce volume: 2006 et 2007. Pour le reste, l’endettement des Français pour financer leurs administrations progresse sans discontinuer. Là encore, on cherchera la trace d’une quelconque révolution néo-libérale.

En revanche, on mesure bien l’enjeu que représente cet endettement aujourd’hui: sans des réformes de structure profondes, celui-ci augmentera jusqu’à ne plus être soutenable. On connaît ici les arguments politiques qui plaident contre cet endettement continu. C’est d’abord un argument de souveraineté. La dépendance dans laquelle la dette plonge l’Etat vis-à-vis de ses créanciers entrave singulièrement son indépendance.

Ici s’éclaire le débat sur la « résistance au néo-libéralisme ». Il se résume en réalité à la question de l’acceptation ou du refus des sacrifices nécessaires pour assainir la situation des comptes publics, préalable indispensable à la restauration de notre indépendance nationale.

Dans ce jeu de faux semblants, combattre le néo-libéralisme, c’est réclamer un sursis à l’effort, c’est le « encore un instant Monsieur le Bourreau » du condamné à l’échafaud, et qui revendique le droit à la procrastination dans la réalisation de ses diligences. L’immobilisme de la dette, plutôt que le mouvement du retour à l’équilibre.

Lutte contre le néo-libéralisme, ou résignation à la servitude?

Personne ne le conteste: l’endettement public excessif de la France se traduit d’abord par une créance exagérée d’intérêts privés sur les politiques de l’Etat. Les déséquilibres budgétaires auxquels nous avons consentis pour financer les dépenses courantes de l’Etat, au sens large, ont mis ce même Etat à genoux devant les banques et tous les autres créanciers, majoritairement étrangers d’ailleurs. On notera au passage que la liste des créanciers finaux est gardée secrète, de telle sorte que les Français dépendent, au jour le jour, de services publics dont le financement est totalement opaque.

Pouvons-nous durablement nous satisfaire de cette situation? Non bien sûr, sauf à renoncer consciemment au libre choix de nos politiques intérieures et extérieures.

Ce point mériterait d’être rappelé plus souvent. Tous les Mélenchon et Le Pen qui dénoncent abondamment les méfaits du néo-libéralisme imposé par Bruxelles et se drapent dans des drapeaux bleus, blancs et rouges sont en réalité les premiers ennemis de la souveraineté du peuple français. Dénoncer le retour à l’équilibre budgétaire n’est en effet rien d’autre qu’un consentement, par confort, à l’asservissement de la Nation vis-à-vis des intérêts privés.

Le plus agaçant tient évidemment au fait que cet asservissement est consenti pour des raisons de confort: plutôt que de mener des réformes impopulaires et exigeantes, il vaut mieux caresser dans le sens du poil tous ceux qui ont tiré une rente (même minuscule) de la dépense publique financée par des créances accordées à des capitalistes internationaux. On joue donc aux révolutionnaires, mais on réclame de pouvoir profiter encore et encore de ces dizaines de milliards apportées chaque année à la France par l’épargne mondiale, ce symbole d’un néo-libéralisme monstrueux dans la main duquel on se régale sans limite.

Quelle convergence d’intérêt avec la caste dominante?

En ce sens, Mélenchon comme Marine Le Pen réussissent un tour de force. Leur discours anti-libéral cache une immense imposture.

Réclamer la relance des dépenses publiques répond en effet à deux logiques politiques profondes.

La première consiste à apporter encore et toujours de la dette française à l’épargne capitaliste mondiale. En ce sens, les plus grands ennemis déclarés du libéralisme sont aussi les meilleurs amis du grand capital.

La seconde consiste à servir la soupe de la technostructure qui se gave de dépenses publiques depuis plus de 30 ans, sans être capable de gérer correctement l’Etat, de le moderniser et d’en améliorer les performances. Prenons le cas de l’éducation: la performance éducative française est inversement proportionnelle à la hausse des dépenses publiques. En réclamant une relance des dépenses publiques, Mélenchon et Le Pen réclament tout simplement une continuation fidèle de ce naufrage.

En ce sens, on peut d’ores et déjà pronostiquer le nom de ceux qui seront les véritables vainqueurs de la présidentielle. Ceux qui vivent de l’expansion permanente de la dépense publique.

Pour le Predicto, Mélenchon et Le Pen virent en tête à quatre jours du scrutin

À quatre jours du scrutin, le Predicto de Décider & Entreprendre annonce que Mélenchon et Le Pen sont en tête des intentions de vote, suivis à ce stade par Benoît Hamon, qui devance François Fillon et Emmanuel Macron.

La méthode du Predicto

Le Predicto se fonde sur une analyse sémantique des tweets reçus sur les comptes officiels des candidats. Il évalue algorithmiquement l’engagement de chaque auteur et en déduit une moyenne générale applicable au candidat. Le score global des candidats, affiché sur l’outil correspond donc à une estimation pondérée de l’adhésion de la communauté virtuelle à chaque personnalité.

L’outil permet un suivi de ces scores en temps réel, jour après jour, et il permet aussi d’agréger les résultats sur une période donnée.

En l’espèce, les résultats présentés ici correspondent à une agrégation des scores depuis samedi à 17h45. Ils évaluent donc la performance globale des candidats sur la dernière semaine avant le scrutin proprement dit.

L’avance Mélenchon et Le Pen

Comme indiqué plusieurs fois dans nos colonnes, dans la durée comme depuis samedi dernier, les deux candidats qui se détachent sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. La faveur dont ces deux candidats bénéficient depuis plusieurs semaines ne se dément pas à l’approche du scrutin, et laisse à penser que leur avance devrait être nette à l’issue du premier tour.

On notera au passage que ni Marine Le Pen ni Jean-Luc Mélenchon ne sont les candidats qui suscitent le plus de tweets. Ils sont devancés par Emmanuel Macron et François Fillon en termes de volumes d’échanges:

Benoît Hamon est le candidat qui génère le moins de flux.

Mélenchon et Le Pen réalisent une différence dans le contenu des messages, qui sont beaucoup plus engagés et favorables que pour leurs rivaux.

La sous-estimation de Benoît Hamon par les sondages

On notera par ailleurs la sous-estimation de Benoît Hamon par les sondages en comparaison de la mesure, sur Twitter, de l’adhésion qu’il suscite. Si les méthodes de retraitement sémantique ne sont pas encore connues, tout laisse à penser que le score du candidat socialiste devrait être plus élevé que ne le laissent paraître les sondages aujourd’hui.

Une mesure en constante évolution

La mesure de l’adhésion sémantique sur Twitter est toutefois constante et ne se limite pas à une période déterminée. Elle continue donc à « tourner » jusqu’au second tour du scrutin, en temps réel.

Rien n’exclut une modification de l’ordre actuel des candidatures d’ici à dimanche.

Quels séismes syndicaux sont à prévoir à l’automne 2017?

Article écrit pour Atlantico.

Si les résultats de la présidentielle sont hypothétiques, leur impact sur les rapports sociaux à moyen terme dans le pays le sont plus encore. Pourtant, tout laisse à penser que la rentrée sociale sera chaude pour le prochain président de la République. Voici quelques scénarios plausibles laissant penser que le mois d’octobre 2017 (centième anniversaire de la Révolution russe, qui plus est) ne manquera pas de piquant.

Les conflits syndicaux au coeur des rapports sociaux en 2017

Après le grand satisfecit accordé à la CFDT devenue premier syndicat du secteur privé, devant la CGT, par le gouvernement, la rentrée promet d’être agitée. Philippe Martinez dispose désormais de quatre années pour reprendre sa place de leader devant sa rivale. Ainsi le veut la loi de 2008 sur la représentativité, qui prévoit une mesure quadriennale de l’audience syndicale auprès des salariés.

Tout laisse à penser que la CGT sera tentée par sa logique contestataire, qu’elle déploie par opposition à la CFDT.

Dans la pratique, les deux syndicats devraient s’engager dans une course de conquête ou de reconquête qui modèlera probablement la vie sociale en France.

L’hypothèse d’une victoire Mélenchon

Dans le cas où Jean-Luc Mélenchon remporterait la victoire finale, tout laisse à penser qu’il existerait une forme de proximité entre la CGT et le nouveau pouvoir, qui pousserait la CFDT dans ses retranchements. Laurent Berger a d’ailleurs déjà dénoncé les pulsions autoritaires de Mélenchon. Cette sortie en dit long sur l’état d’esprit qui pourrait régner après mai 2017. De fait, la CFDT sera probablement très allergique aux élucubrations de notre Chavez national, qui propose par exemple la réintégration d’office dans les entreprises de tous les salariés dont le licenciement est annulé pour des motifs sans cause réelle et sérieuse.

Mais attention aux confusions simplistes. Si Mélenchon apprécie certains syndicalistes de la CGT (comme Mehdi Kemoune, de la CGT Air France, qui sera candidat insoumis à Paris), ses relations avec Philippe Martinez sont moins simples, voire complexes. On se gardera donc de croire à une alliance sacrée entre les deux.

L’hypothèse d’une victoire Le Pen

Dans le cas d’une victoire de Marine Le Pen, le scénario sera évidemment très différent, puisque la CGT et la CFDT se retrouveront dans une opposition frontale au nouveau pouvoir. Les deux centrales syndicales rivaliseront d’activisme pour satisfaire une base en colère. Pour le gouvernement, la situation sera donc extrêmement tendue. On imagine sans mal que les affaires sociales ne seront pas du gâteau et donneront sans doute lieu à d’importants mouvements de contestation.

Selon toute vraisemblance, et nonobstant les grandes déclarations de Marine Le Pen sur les défauts de la loi El-Khomri, cette contestation n’attendra pas le mois de septembre pour s’exprimer. Paradoxalement, le rapprochement sera plus facile avec la CGT qu’avec la CFDT, puisque cette dernière est celle qui a, sur le droit du travail, les positions les plus éloignées de celles du Front National.

Rappelons que Marine Le Pen est hostile à la loi El-Khomri, position qu’elle partage avec la CGT.

L’hypothèse d’une victoire Macron

Dans l’hypothèse d’une victoire d’Emmanuel Macron, le rejet syndical ne sera pas forcément moins viscéral qu’avec Marine Le Pen. Macron a en effet annoncé son intention de réformer le dialogue social par ordonnances dès l’été. Cette procédure autoritaire n’est pas du goût de Laurent Berger, qui l’a qualifiée de divagation. Au demeurant, les points de friction entre la CFDT et Macron sont nombreux, dans la mesure où le candidat à la présidentielle a promis des réformes fiscales qui auront un impact sur le paritarisme et son influence.

Contrairement aux apparences, la coexistence entre Macron et la CFDT ne devrait donc pas être plus pacifique qu’avec la CGT, pour qui Macron est volontiers le candidat de la finance. Dans ces conditions, on peut s’attendre à une rentrée agitée pour un gouvernement choisi par l’ancienne secrétaire général adjoint de l’Elysée.

L’hypothèse d’une victoire Fillon

Paradoxalement, c’est donc l’hypothèse d’une victoire de François Fillon qui paraît la plus rassérénante aujourd’hui pour le climat social français, même si la curée annoncée par l’éventuel Président risque de ne pas passer comme une lettre à la poste. Dans la pratique, François Fillon a conservé autour de lui les conseillers qui pratiquaient le dialogue social au jour le jour lorsqu’il était à Matignon. Si Philippe Martinez n’étaient pas aux manettes à l’époque, Laurent Berger les a en revanche bien connus. Tout ce petit monde pourrait donc reconstituer les ligues dissoutes et retrouver des pratiques de co-gestion chères à la CFDT.

Toutefois, la cohabitation avec la CGT risque d’être plus délicate. Le syndicat contestataire aura un intérêt vital à mener une bataille violente contre la nouvelle politique mise en oeuvre par le gouvernement. La CGT reste en effet le premier syndicat français grâce à son implantation dans la fonction publique. La casse annoncée par François Fillon donnera lieu à une empoignade historique.

Des scénarios conflictuels dans tous les cas

Dans ces conditions, on voit mal comment le prochain président ne se heurterait pas à au moins une résistance syndicale majeure. Dans le cas de la CGT, cette résistance sera forte dans tous les cas, sauf avec une victoire de Mélenchon. Dans le cas de la CFDT, la résistance sera moins forte avec François Fillon. Il n’en reste pas moins que la rivalité entre les deux centrales devrait agiter les esprits. Et les rues.

Comment le programme de Mélenchon veut bâillonner la liberté de la presse

Tout le monde se souvient des beaux jours de la Pravda, incarnation de la liberté de la presse réduite au rang d’idéal bourgeois et qui se faisait l’écho fidèle du gouvernement soviétique. Certains thuriféraires (entendus sur Radio France notamment) maintiennent l’illusion que Mélenchon est un démocrate, amoureux de la liberté d’opinion et d’expression. Ce copier-coller de son programme sur toutes les mesures concernant la presse et l’audiovisuel permettra de nuancer quelque peu ce mensonge et de mettre au grand jour l’étrange ressemblance entre la vision que Mélenchon peut avoir de la presse et celle qui était en vigueur sous Brejnev.

Faire élire les présidents de France Télévisions et Radio France par le Parlement

Au moins, comme ça, c’est clair: l’audiovisuel public sera l’expression de la majorité parlementaire…

Adopter une loi anti-concentration des médias, protégeant le secteur des intérêts financiers, favorisant la transformation des médias en coopératives de salariés et de lecteurs/auditeurs/téléspectateurs et attribuer des fréquences aux médias locaux et associatifs

Hum! Anti-concentration, que de crimes on connaît en ton nom. Au lieu d’un journal créé par un preneur de risques, on multipliera les groupes auto-gérés entièrement dépendants du financement public. On adore! Quant aux autres, ils seront expropriés au nom de la lutte contre les concentrations.

Créer un Conseil national des médias à la place du Conseil supérieur de l’audiovisuel pour en faire un véritable contre-pouvoir citoyen garantissant le pluralisme des opinions et des supports, ainsi que la qualité de tous les médias

Ah! Garantir la qualité de TOUS les médias par un Conseil National des Médias! le bon retour au ministère de la Propagande! Et le contre-pouvoir citoyen… on connaît la musique. Quelques commissaires politiques bien sentis pour garantir le « pluralisme » de leurs idées.

Refonder les aides publiques à la presse pour les réserver aux médias d’information et mutualiser les outils de production (imprimeries, serveurs, distribution, etc.)

Mais bien sûr! seuls les medias d’information (c’est-à-dire les organes de propagande désignés comme tels par des commissaires politiques) auront droit aux subventions publiques. Pour les autres, il faudra passer par les imprimeries ou les serveurs « mutualisés », c’est-à-dire contrôlés par l’Etat. Histoire que rien n’échappe à la police politique.

Protéger les sources et l’indépendance des rédactions à l’égard des pouvoirs économiques et politiques par le renforcement du statut juridique des rédactions et une charte déontologique dans la convention collective

Belle mesure démagogique. Les journalistes pourront désormais fonctionner en soviet permanent du parti, considérant qu’ils ont le droit d’écrire ce qu’ils veulent sans contrôle de personne… et relayer ainsi en toute impunité les intérêts de leur propre corporation. Le propriétaire d’un journal, s’il en reste (on a vu plus haut que le programme de Mélenchon vise à les exproprier), sera donc juste là pour allonger des fonds et ne pourra en aucun cas orienter la ligne éditoriale de son journal.

Créer une chaîne de télévision méditerranéenne émettant en plusieurs langues et diffusée sur les deux rives de la Méditerranée et sur internet, sur le modèle de la chaîne franco-allemande Arte

Là encore! belle innovation… Une nouvelle chaîne publique d’information à destination de la Méditerranée. On y mesure par avance tout le pluralisme dont elle fera preuve.

Renforcer les médias audiovisuels francophones (RFI, France 24 et TV5 Monde) et les mettre en partage avec la communauté francophone

Là encore, Mélenchon aime la presse… surtout quand elle est publique, et qu’elle relaie la parole officielle.

La création d’un service public nouveau de l’internet et d’une médiathèque publique en ligne, avec une plate-forme publique d’offre légale en ligne de musique, films et contenus culturels

On y vient! l’Etat n’est pas présent sur Internet (en tant que producteur de contenu d’information). Il faut bien que cette absence cesse… et que la propagande officielle ait son site et sa propre diffusion culturelle.

Garantir l’égalité entre le sport féminin et masculin, y compris en matière de diffusion à la télévision

Ah! enfin! l’Etat va réglementer les contenus télévisuels, y compris dans le domaine sportif. Les chaînes que l’Etat ne détiendra pas devront quand même diffuser autant de sport féminin que de sport masculin! vive la liberté de la presse!

Interdire la publicité dans les programmes de télévision destinés aux enfants et la mise en scène d’enfants dans les publicités

Et la reprise en main des contenus audiovisuels continue…

Faire reculer l’affichage publicitaire, en commençant par les abords des villes et des bourgs aujourd’hui défigurés, interdire les écrans publicitaires numériques dans les lieux publics, ouvrir des espaces d’affichage pour l’expression citoyenne et culturelle

Comment retrouver la grisaille des rues soviétiques dans nos villes. Pas d’écrans publicitaires numériques, mais des espaces d’affichage citoyens et culturels, comme au bon vieux temps de la Chine maoïste.

Bref, tous les sites d’information devront utiliser les serveurs du gouvernement pour publier des informations « pluralistes » surveillées par un Conseil National de l’Information. Et les quelques propriétaires de journaux encore vivants

La Pravda, mère de toutes les vertus…

Clémentine Autain, l’hautaine (et frivole) bobo de Mélenchon, est-elle une démocrate?

Tout le monde a assisté à cette instructive et effarante interview de Clémentine Autain, porte-parole de Mélenchon, qui découvre en direct le programme de son candidat:


Clémentine Autain découvre un point du… par Lopinionfr

On appréciera la remarque sur la « philosophie générale du programme », qui fleure bon la caution habituelle donnée par la gauche bobo aux excès totalitaires des marxistes-léninistes: c’est vrai que le goulag, c’est pas bien, mais c’est la philosophie générale qui compte, pas les détails de sa mise en oeuvre. Et la philosophie générale, c’est la solidarité, le progrès de l’humanité, et les bisous partout qui font qu’il est infiniment moins grave de mourir sous les balles de la Guépéou ou de Pol Pot qu’à Auschwitz.

Mais que Clémentine Autain soit la porte-parole d’un programme qu’elle ne connaît que dans les grandes lignes serait un péché véniel si l’approximation ne dissimulait pas une supercherie politique beaucoup plus inquiétante. Celle du mélenchonisme.

Mélenchon l’anti-élite et sa porte-parole si people

Mélenchon et consors adorent la jouer populo. Eux, c’est le mouvement social contre le capitalisme. Eux, ce sont les petites gens contre le mur de l’argent. Eux, c’est le peuple contre l’élite. Mais quand on gratte, on découvre le mensonge de cette posture dont Clémentine Autain constitue une illustration magistrale. On ira par exemple fouiller dans le magazine Marie-Claire ce portrait croisé de Clémentine Autain et de son père. On ne résiste pas au plaisir d’en produire les meilleurs extraits:

Fille unique de saltimbanques, Clémentine bluffe son père par son professionnalisme (« Première manif en 1997 ­ j’y étais ­, élue à 27 ans, à l’aise à la télé… »). (…)

Clémentine Autain : Je suis fière d’être fille d’artiste. J’adore le voir sur scène, alors que je n’aimais pas voir ma mère (Dominique Laffin, ndlr) au cinéma, à part dans « La femme qui pleure » de Doillon. (…)

Votre meilleur souvenir ensemble ?

Elle : J’avais 3 ans, je me suis endormie derrière le rideau de scène pendant qu’il chantait.

Là, on est loin de l’OS de chez Renault, du smicard qui trime en banlieue. Clémentine, c’est le milieu bobo paillette parisien, dont le « professionnalisme » inventé par Marie-Claire éclate aujourd’hui l’écran. Ces origines sociales lui valent d’ailleurs une première carrière, enfant, dans le monde de la variété. Michel Drucker l’accueille, à 10 ans, sur son plateau. Voilà qui n’a probablement rien à voir avec les entrées que son milieu familial peut lui procurer.

Et c’est quand même la marque de fabrique de la porte-parole choisie par Jean-Luc Mélenchon: on a beau être pour la révolution prolétarienne et contre le grand capital, les relations familiales, ça a du bon.

Une carrière politique avec une petite cuillère d’argent dans la bouche

La famille Autain n’est pas seulement une famille de saltimbanques. C’est aussi une famille engagée. Les parents de Clémentine fricotent avec le parti communiste et la LCR. L’oncle de Clémentine, François Autain, est député, puis sénateur socialiste. Il fut secrétaire d’Etat sous François Mitterrand. Mine de rien, ce petit réseau va devenir une jolie machine de guerre au service d’une ambition qui s’embarrasse peu de scrupules.

Ainsi, en 1990, Clémentine s’engage à l’Union des Étudiants Communistes. Mais l’exigence militante n’est pas son fort. Elle entame donc un périple comme seule une fille à papa protégée par le milieu peut le mener, cabotant des Verts (elle fut candidate aux législatives sous cette étiquette en 1997 contre Christine Boutin) au PS (où elle milite furtivement dans la section… de Bertrand Delanoé), puis du PS à la galaxie PCF (elle devient collaboratrice de Cécile Silhouette, conseillère de Paris). Entretemps, elle fut collaboratrice parlementaire du sénateur socialiste Georges Mazars (son oncle siège dans le même groupe au Sénat…).

Peu importe l’étiquette, pourvu qu’on ait le poste!

En 2001, le Parti Communiste la récupère et la propulse tête de liste dans le 17è arrondissement parisien aux élections municipales. Faut-il, là encore imaginer perfidement que François Autain a glissé quelques mots bien sentis dans l’oreille d’un autre sénateur, Bertrand Delanoé, qui conduit les socialistes à Paris? Et voici Clémentine bombardée adjointe au maire de Paris, à 28 ans. Elle est pas belle, la vie des porte-parole de Mélenchon le prolétaire?

Clémentine, la radicale docile de Bertrand Delanoé

Clémentine Autain fait aujourd’hui profession de radicalité. Elle adore donner de hautaines leçons de morale à la terre entière. Les mauvaises langues ont toutefois noté que, dans l’exercice du pouvoir, Clémentine savait en rabattre pour garder son poste. Lorsqu’elle est aux affaires avec Delanoé, elle se montre en effet extrêmement docile et beaucoup moins portée à la lutte révolutionnaire que ses propos ne le laisseraient croire aujourd’hui.

On reprendra là encore quelques souvenirs rapportés en son temps par Le Monde:

« C’est une élue qui se coltine les contraintes de la gestion municipale. Sa facette actuelle de candidate de la gauche radicale, je ne la vois jamais dans son travail à l’Hôtel de Ville », s’amuse Christophe Caresche (PS), premier adjoint. Cette fidélité, qui frise la docilité, fait grincer des dents chez ses amis de la gauche antilibérale. « C’est une jeune femme pressée qui ne s’oppose pas aux choix du PS à Paris », remarque Francine Bavay, vice-présidente du conseil régional. « On ne peut pas dire qu’elle se soit démarquée », renchérit un proche de José Bové.

On s’en amusera. On en tirera aussi quelques conséquences sur la crédibilité politique de l’intéressée. On sait depuis son passage à la mairie de Paris qu’elle n’est pas du genre à dire ce qu’elle fait, et encore moins à faire ce qu’elle a dit. Pour tous ceux qui auraient des illusions sur la capacité de Mélenchon à mettre en oeuvre son programme, son entourage parle d’expérience…

Les indignations révisionnistes de Clémentine Autain

Ce qui gêne dans le parcours de Clémentine Autain, ce n’est pas qu’elle soit une arriviste opportuniste (même si elle excelle dans ce genre): elle n’est ni la première ni la dernière dans cette tribu, y compris dans une extrême gauche qui lui a fermé toutes ses portes après son mandat à la mairie de Paris. Ce qui gêne, c’est le mode totalitaire de son fonctionnement, en décalage complet avec l’extrême inconsistance de ses convictions.

Par exemple, le viol.

Clémentine Autain explique qu’elle a été violée lorsqu’elle avait 23 ans (c’est-à-dire en 1992, selon Le Nouvel Obs, on n’épiloguera pas ici sur la cohérence des dates, Clémentine Autain étant née en 1973). Elle en a fait l’aveu public dans une biographie parue en novembre 2006. Quelques semaines plus tôt, elle s’était déclarée disponible pour être candidate d’extrême gauche à l’élection présidentielle de 2007. Le 20 octobre 2011, elle publie un livre où elle raconte le même viol. Quelques semaines plus tard, rebelote: campagne électorale. Cette coïncidence constante entre la publicité donnée à son viol et son calendrier électoral est curieuse.

Mais supposons… entre deux livres où elle parle de l’agression qu’elle a subie, Clémentine Autain ne chôme pas. En mai 2011, elle écrit, à propos de l’affaire DSK:

La décence, c’est aussi de ne pas oublier la femme de chambre, qui traverse aussi une épreuve et a une famille qui doit vivre un sale moment. Dans tout ce que j’entends, je perçois à la fois une lecture de classe, qui invisibilise la femme de chambre et prends soin du dirigeant du FMI, et une lecture peu féministe de l’événement.

On y vient… d’un côté, la prolétaire violée, de l’autre le bourgeois violeur. Bouh! Pas bien!

En revanche, quand ce sont des Allemandes ordinaires qui se font violer par des passants probablement étrangers en Allemagne, le discours de Clémentine Autain est très différent, avec ce tweet devenu légendaire:

« Entre avril et septembre 1945, deux millions d’Allemandes violées par des soldats. La faute à l’Islam ? ».

Et voilà! dans la logique totalitaire de Clémentine Autain, les vérités sont relatives et complètement liée à l’idéologie. Quand une blonde aux yeux bleus est agressée sexuellement par un homme seul de type bourgeois, on crie au viol. Quand la même blonde aux yeux bleus est agressée par un prolétaire immigré, on passe sous silence. Et celle à qui hier s’entendait reprocher de se taire se fait tancer aujourd’hui pour avoir parlé.

Il est vrai qu’entretemps Clémentine Autain s’est implantée dans une circonscription de Seine-Saint-Denis où les Musulmans sont très présents. Il ne s’agirait quand même pas de sacrifier sa carrière à quelques convictions…

L’équipe Mélenchon, papesse de l’hypocrisie?

Certains Français ont donc l’illusion que Mélenchon, élu depuis 1986 sans discontinuer (notamment dans un Parlement européen qu’il vomit), est un candidat de rupture qui fera de la politique autrement. Ouvrez les yeux, mes amis, et regardez quels jeunes il met en avant…

Santé: le danger Mélenchon prend forme

On a bien tort de sous-estimer l’impact systémique qu’une victoire de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles aurait sur l’ensemble de l’économie française. En particulier, son projet de sécurité sociale intégrale, incluant les remboursements complémentaires, est porteur de risques évidents qu’il faut récapituler pour comprendre à quoi chacun s’engage ou se destine à y apportant son suffrage.

L’étatisation complète de la santé, une idée des élites dominantes

Le projet d’un remboursement total des soins par une sécurité sociale globale revient à étatiser complètement la santé. Dans la pratique, cette ambition, qui est aussi défendue par la technocratie française (on se souvient ici de l’appel de Martin Hirsch et de Didier Tabuteau en ce sens), et incidemment par l’industrie pharmaceutique, revient à confier la totalité de la santé de chaque Français à un pouvoir politique dont personne ne peut connaître les évolutions, ni les tentations futures.

Dans tous les cas, l’idée de Mélenchon n’est certainement pas, comme il le soutient, une idée qui rompt avec le projet des élites dominantes. Elle est au contraire la réalisation de l’une de leurs ambitions.

Un projet social ou un projet politique?

Il faut réexpliquer pourquoi les élites françaises dont Mélenchon fait partie adorent la nationalisation de la santé. Cette extension du domaine de l’Etat est en effet la plus sûre façon de placer les citoyens dans une posture de dépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. Que l’Etat contrôle la totalité des amortisseurs sociaux est en effet la meilleure garantie dont il dispose pour garder le contrôle de la société.

En ce sens, l’étatisation de la santé ne concourt absolument pas d’une logique de « démocratie participative », ce petit hochet que Mélenchon agite pour occulter la dimension profondément autoritaire de son projet. En réalité, la santé deviendra un levier de pouvoir et de domination définitive dont la « punchline » est déjà connue: pourquoi vous révolter contre un ordre liberticide puisqu’il vous assure un confort tout à fait agréable.

Dans la fable du Chien et du Loup, Mélenchon fait l’éloge du chien.

Une dégradation assurée de la qualité des soins en France

Au demeurant, le confort que l’Etat apportera aux assurés sera de courte durée. Le projet de Mélenchon conduira immanquablement à accélérer la bureaucratisation de la santé à laquelle on assiste depuis plusieurs années. Partout, la concentration des pouvoirs entre les mains d’une caste de gestionnaires débouchera sur une dégradation très rapide des soins et de la prise en charge des patients, comme on le constate dans de nombreux endroits.

Les recrutements massifs annoncés par Mélenchon dans le secteur de la santé, loin de soulager la souffrance des personnels, dilueront indéfiniment les prises de responsabilité dans un système qui produit déjà énormément de souffrance.

La mort de la prospérité est assurée par l’explosion du coût du travail

Pour le reste, la suppression complète des restes à charge encouragera une consommation effrénée des soins par les assurés, sans qu’aucune des stratégies de mitigation du risque actuellement déployées par les assureurs privés ne puisse la juguler. Le coût de la santé augmentera de façon rapide et la situation sera, en quelques mois, insoutenables financièrement.

Parallèlement, l’absorption des complémentaires santé par le régime général conduira à une forte augmentation des cotisations sociales qui produiront très rapidement un chômage encore plus élevé.

Bref, ce projet destructeur, souhaité pour des raisons politiques par les élites technocratiques françaises, ne tardera pas à mettre le pays à genoux.