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RSI, sécu: l’ambition orwellienne d’Emmanuel Macron

Édouard Philippe devrait annoncer aujourd’hui le plan du gouvernement pour adosser le RSI au régime général. Il s’agit d’un fragment parmi d’autres d’une ambition plus générale qu’Emmanuel Macron qualifie de beveridgienne pour la protection sociale. On préfère la qualifier d’orwellienne.

Il faut relire l’interview d’Emmanuel Macron au Point pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’un hasard. Les réformes d’Emmanuel Macron dans le domaine de la protection sociale, qu’il s’agisse de la CSG, du RSI ou des retraites, ne tombent pas comme un cheveu sur la soupe. Elles obéissent à une vision qui n’est pas clairement exposée.

Une ambition beveridgienne?

Officiellement, Emmanuel Macron explique qu’il porte une ambition beveridgienne, comme disent les spécialistes des questions de sécurité sociale. L’expression est technique et paraît neutre. En réalité, elle mérite au moins une discussion de fond.

En effet, l’expression de modèle « beveridgien » fait allusion à la fonction de solidarité des politiques sociales. Dans le plan Beveridge de 1942, l’impôt finance des couvertures minimales pour tous les Britanniques. Il s’oppose ici au modèle de sécurité sociale inventé par Bismarck à a fin du dix-neuvième siècle. Ce dernier avait posé le principe de la contribution: il faut cotiser pour avoir droit.

L’originalité de Beveridge est double: financer des prestations universelles non contributives (l’impôt paie là où il n’y a pas eu de cotisation) et plafonner ces prestations à un minimum en laissant le « marché » prendre en charge les fractions supérieures des assurances sociales.

L’apparence beveridgienne de la politique de Macron

En apparence, mais en apparence seulement, le programme d’Emmanuel Macron correspond bien à cette logique.

Lorsque le Président préconise la nationalisation de fait de l’assurance chômage, ou lorsqu’il propose de remplacer les cotisations salariales par une contribution sociale généralisée, il s’inscrit bien dans une dynamique de fiscalisation. S’il suffisait de fiscaliser la protection sociale pour la qualifier de beveridgienne, alors on pourrait dire qu’effectivement le projet macronien est beveridgien.

On dira de même de l’adossement du RSI. Créer une grande caisse publique de protection sociale, monopolistique, répond bien à une logique beveridgienne.

La fiscalisation et la compétitivité

On ira même plus loin en disant du bien de ce projet fiscal.

De fait, on ne voit plus pourquoi 36% du coût du travail sont plombés pour financer, notamment, la santé des Français de plus de 65 ans. Fiscaliser les recettes de l’assurance-maladie a du sens. C’est à la fois une mesure de justice fiscale et de relèvement de la compétitivité du pays, puisqu’elle débarrassera le travail des poids morts qu’il doit financer aujourd’hui.

D’un point de vue économique, les choix politiques d’Emmanuel Macron répondent bien à une rationalité économique.

Fiscalité n’est pas solidarité…

Simplement, la doctrine beveridgienne ne se limite pas à fiscaliser le financement de la protection sociale obligatoire. Il repose aussi sur un principe de solidarité: autrement dit, il vise à financer un minimum et non un maximum de prestations.

Or, dans le cas du projet macronien, on peine à trouver une trace de cette logique de minimale. Bien au contraire, l’ambition présidentielle vise à assurer une protection monopolistique maximale et, en cela, elle ne peut se revendiquer de Beveridge.

L’exemple du RSI

Les projets en matière de RSI en sont une bonne illustration. L’objectif d’Emmanuel Macron est de parachever l’intention de 1945 en absorbant les indépendants dans une caisse universelle, essentiellement peuplée de salariés. Dans ce dessein, les assurés devront continuer à apporter 47% de leurs revenus au financement d’un régime qu’ils n’ont pas choisi, et qui se veut monopolistique.

Or, à y regarder de près, ce régime ne fonctionne pas de façon beveridgienne. D’une part, il n’entend pas se limiter au minimum ou aux cas les moins aisés, puisqu’il couvre tous les risques de tous les assurés. D’autre part, il tend à exclure les moins aisés (et c’est son paradoxe) et multipliant les exclusions de garantie, souvent de façon discriminatoire.

La question du monopole

Autrement dit, le projet macronien serait beveridgien s’il contre-balançait son ambition universelle par une ouverture à la concurrence sur les garanties les plus élevées. Ainsi, il pourrait décider de ne plus rembourser les lunettes (à un montant symbolique) sauf pour les pathologies graves et laisser chacun s’assurer librement sur ce point. Il pourrait aussi plafonner fortement le montant des retraites et laisser chacun s’assurer là où il le souhaite pour les fractions supérieures à ce plafond.

Or, ce n’est ni ce qui existe, ni dans les projets du Président. Pour les retraites par exemple, le président Macron rêve d’un système universel par points qui couvrirait l’ensemble du salaire.

L’ambition orwellienne du président Macron

Le projet qui nous est présenté, et dont l’adossement du RSI sera un élément, est d’une autre nature. Il n’est pas beveridgien, il est orwellien. Son objectif est de concentrer dans les mains de l’État la totalité de l’assurance sociale.

Premier point orwellien: l’État ne cesse de développer sa mainmise tentaculaire sur la vie privée des Français. Dans aucune démocratie libérale au monde, il n’existe un système monopolistique comparable, qui attribue à l’État autant de connaissances sur les individus et autant de pouvoir d’intervention sur eux. De la naissance à la mort, la projet d’étatisation d’Emmanuel Macron vise bien à mettre l’individu entre les mains de l’État, de façon monopolistique et sans alternative possible.

Deuxième point orwellien: la totalité des individus est obligée de financer ce choix, en consacrant une part croissante de ses revenus à la constitution de revenus de remplacement dont le montant est uniformisée et non discuté.

Insistons sur le fait que cette big mother (à la différence de big brother, la sécurité sociale prétend protéger de façon quasi maternante) entend bien ne laisser aucune alternative à son règne. Elle écarte systématiquement tous les acteurs qui pourraient lui faire de l’ombre.

Le Point: Vous voulez passer du modèle d' »assurance » sociale dit « bismarckien », financé par des cotisations, au modèle de solidarité via l’impôt, dit « beveridgien »…

Emmanuel Macron: Exactement. Cela permet de répondre à notre problème de compétitivité du travail.

Ordonnances travail: bilan partiellement positif pour la liberté des entreprises

Le gouvernement a dévoilé hier ses projets « d’ordonnances travail ». S’agissant des accords d’entreprise et de leur liberté, le bilan est partiellement positif.

Les ordonnances travail ont probablement fait l’objet d’arbitrages ponctuels jusqu’à la dernière minute. Compte tenu de leur volume et des champs qu’elles couvrent, cette instabilité était inévitable. Elles se présentent sous la forme de quatre textes différents, dont le principal, consacré à la négociation collective, réserve des surprises globalement positives.

Un texte qui reste complexe et renforce les contraintes

On notera toutefois, en premier lieu, que le texte ne participe ni d’une simplification ni d’un allègement des contraintes, bien au contraire. À de nombreux égards, il renforce même les obligations qui pèsent sur les entreprises et sur les branches en matière de négociation collective.

Les accusations du libéralisme sont donc ici mal fondées, dans la mesure où le texte ne produit pas d’allègement de normes, et où il ne diminue pas le poids des branches professionnelles. Simplement, il déplace vers l’entreprise la faculté de négocier des thèmes sans forcément améliorer les accords de branche.

Un toilettage minutieux de la loi El-Khomri

Les spécialistes du sujet s’amuseront pendant longtemps encore à suivre les allers-retours entre les ordonnances et la loi El-Khomri, dont les rédacteurs sont en partie les mêmes. Une étude minutieuse du texte permettrait probablement d’identifier tous les moments où les ordonnances parachèvent l’ambition de la loi adoptée sous le quinquennat précédent en toilettant des rédactions qui avaient été biaisées par des arbitrages politiques.

Cette continuité entre la loi El-Khomri et les ordonnances expliquent la complexité et la lourdeur du texte. Macron ne produit pas de rupture, mais seulement un parachèvement. D’où l’aspect complexe du texte, que certains appelleront même un manque de clarté.

Le poids des branches globalement renforcé

Contrairement aux promesses initiales, la négociation de branche n’a pas été « vidée » au profit de la négociation d’entreprise. Les branches se voient même, au moins en affichage, confier de nouvelles compétences.

On notera en particulier que l’article 1er des ordonnances prévoit, pour les branches, la possibilité de s’emparer de 11 thèmes différents de négociation (voir ci-contre). Dans la réalité, il s’agit d’un affichage, puisque le texte présente comme nouveaux des thèmes anciens mais disparates (comme les conditions de renouvellement des périodes d’essai).

C’est toute l’habilité de ce texte, qui donne l’illusion d’une nouveauté là où, assez souvent, il s’agit simplement de reformuler ce qui existe déjà, ne serait-ce que par la coutume. Cet effort d’empaquetage permet aux organisations syndicales de prétendre qu’elles ont obtenu des contreparties.

De ce point de vue, la posture de « renouvellement » est utile.

Un statu quo sur les questions de protection sociale complémentaire

Dans la version qui avait circulé début juillet, le gouvernement avait donné le sentiment de vouloir élargir les compétences des branches en matière de protection sociale complémentaire. Celle-ci, on le sait, est grande pourvoyeuse de financement occulte des organisations syndicales dans les branches.

Finalement, le gouvernement fait machine arrière sur ce point, et maintien les dispositions contenues dans la loi El-Khomri. Les seules compétences nouvelles des branches (là encore en apparence, puisque le sujet est déjà traité) porteront sur la mutualisation du financement du paritarisme.

Les craintes de certains pourront être apaisées. Toutefois, le texte maintient en l’état les dispositifs complexes de « prestations non contributives » rendues possibles par le code de la sécurité sociale dans les branches. Ce mécanisme vise clairement à limiter la concurrence faite par les « assureurs privés » aux groupes paritaires de protection sociale qui se partagent le fromage des branches.

Une remise en forme des négociations d’entreprise

S’agissant des négociations d’entreprise, le texte s’évertue à les organiser et à les rationaliser sans les alléger. Le point vaut d’être noté là encore. Les ordonnances ne diminuent pas les obligations de négocier qui pèsent sur les entreprises. Elles les renforcent et formalisent certaines règles d’ordre public comme l’interdiction d’interrompre des négociations qui n’ont pas capoté en prenant une décision unilatérale.

Dans une certaine limite, le texte apporte ici des complexités nouvelles et des obligations fortes pour les entreprises, en confirmant systématiquement et de façon très formelle des sujets comme l’égalité hommes-femmes.

La fin du monopole syndical dans les TPE

S’il est une révolution majeure dans les ordonnances, dont il faut souligner l’importance capitale, c’est la fin du monopole syndical dans la négociation collective et la création d’un droit à la négociation collective dans les entreprises de moins de 11 salariés.

L’article L 2232-21 du Code du Travail crée la possibilité, dans celles-ci, de proposer des accords aux salariés sur l’ensemble des thèmes ouverts aux grandes entreprises. Les employeurs, et spécialement les start-upers apprécieront l’importance de cette évolution.

Pour les moins de 11 salariés, la négociation procède par ratification à la majorité des deux tiers des salariés. Le gouvernement, et il faut lui en savoir gré, a fait ici le choix courageux d’ouvrir aux très petites entreprises la possibilité de négocier des accords sans intermédiation syndicale.

C’est probablement le point le plus positif qu’on retiendra des ordonnances.

L’élargissement du mandatement dans les PME

Entre 11 et 50 salariés, les entreprises disposeront de la faculté de négocier des accords avec un accès facilité au mandatement. Là aussi, l’innovation vaut d’être relevée, dans la mesure où elle conforte un système dont il avait été dit qu’il serait menacé par le texte.

Là encore, on soulignera l’importance de ce choix qui permettra de débloquer la dynamique de négociation dans de nombreuses entreprises.

Des évolutions importantes

Au total, le gouvernement n’a donc pas pratiqué la rupture qu’on aurait pu espérer. En revanche, il « pousse » les acquis de la loi El-Khomri et on en appréciera les bienfaits.

On avait un moment craint le pire. Celui-ci n’est donc jamais sûr. Il faudra encore du temps pour bien prendre la mesure de la totalité du texte. D’ici là, on ne boudera pas son plaisir: il apporte de vraies avancées dans les TPE et les PME qu’on peut savourer sans modération.

« Article L. 2253-1 – La convention de branche définit les conditions d’emploi et de travail des salariés. Elle peut en particulier définir les garanties qui leur sont applicables dans les matières suivantes :

« 1° Les salaires minima hiérarchiques ;

« 2° Les classifications ;

« 3° La mutualisation des fonds de financement du paritarisme ;

« 4° La mutualisation des fonds de la formation professionnelle ;

« 5° Les garanties collectives complémentaires mentionnées à l’article L 912-1 du code de la sécurité sociale » ;

« 6° Les mesures relatives à la durée du travail, à la répartition et à l’aménagement des horaires énoncées aux articles L. 3121-14, L. 3122-16, au premier alinéa de l’article L. 3123- 19 et aux articles L. 3123-21 et L. 3123-22 du présent code ;

« 7° Les mesures relatives aux contrats de travail à durée déterminés et aux contrats de travail temporaire énoncées aux articles L.1242-8, L.1242-13, L.1244-3, L.1251-12, L.1251-35 et L.1251-36 du présent code ;

« 8° Les mesures relatives au contrat à durée indéterminée de chantier énoncées aux articles L.1223-8 du présent code ;

« 9° L’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ;

« 10° Les conditions et les durées de renouvellement de la période d’essai mentionnés à l’article L. 1221-21 du code du travail.

« 11° Les modalités selon lesquelles la poursuite des contrats de travail est organisée entre deux entreprises lorsque les conditions d’application de l’article L. 1224-1 ne sont pas réunies.

« Dans les matières énumérées au 1° à 11°, les stipulations de la convention de branche prévalent sur la convention d’entreprise conclue antérieurement ou postérieurement à la date d’entrée en vigueur de la convention de branche, sauf lorsque la convention d’entreprise assure des garanties au moins équivalentes ».

« Art. L. 2232-21 – Dans les entreprises dont l’effectif habituel est inférieur à onze salariés, l’employeur peut proposer un projet d’accord aux salariés, qui porte sur l’ensemble des 18 thèmes ouverts à la négociation collective prévus par le présent code, y compris dans les domaines faisant l’objet des dispositions contenues à l’article L. 2232-10-1.

« Art. L. 2232-22 – La validité de l’accord conclu en application de l’article L. 2232-21 est subordonnée à sa ratification à la majorité des deux tiers du personnel.

« Faute d’approbation l’accord est réputé non écrit. »

3 contre-vérités assénées par Macron dans son interview au Point

L’interview de Macron au Point est un exercice de communication qui montre combien le Président se gargarise de mots mais vit complètement coupé des réalités concrètes. On peut se demander s’il mesure la portée concrète des décisions qu’il prend…

Macron mesure-t-il réellement la portée des décisions qu’il prend? La lecture de son interview-fleuve au Point permet d’en douter. Voici trois exemples précis, et non des moindres, qui permettent de nourrir le doute.

Plus de libertés pour les entreprises? Vraiment?

Macron, dans son interview, explique (page 35), à propos des ordonnances:

« Cette réforme est ambitieuse pour aider nos PME-TPE à créer de l’emploi en leur donnant plus de libertés et de sécurité ».

Mais, immédiatement avant, il explique pourquoi il veut renforcer le pouvoir des branches:

« les branches sont indispensables parce que beaucoup d’entreprises, mal outillées ou trop petites, ne peuvent ou ne souhaitent pas négocier des accords complexes. Et puis n’oublions pas que la branche évite aussi une forme du dumping entre les entreprises. (…) On peut organiser la concurrence, mais en la régulant, sans faire du moins-disant permanent sur les standards sociaux ».

Donc, on « régule » la concurrence, on l’organise par des accords de branche. Ce qui signifie donner plus de libertés aux entreprises.

Plus de régulation, plus de règles: voilà la liberté selon Macron…

Une fiscalité qui encourage le financement des entreprises? Vraiment?

Autre contradiction flagrante dans l’interview d’Emmanuel Macron: le financement des entreprises. Le Président explique:

« Je veux une fiscalité qui incite à investir son argent dans les entreprises, dans l’économie réelle, celle qui crée de l’activité et des emplois, pour laquelle le financement par la dette n’est pas approprié car le niveau de risque est trop élevé. »

Mais alors pourquoi créer une flat tax de 30% sur les revenus du capital quand ceux-ci, placés en assurance-vie, sont taxés à 23% aujourd’hui?

Dans la pratique, Macron relève de 25% la taxation de l’épargne placée en actions… lorsqu’elle l’est sous forme d’assurance-vie (soit plusieurs centaines de milliards aujourd’hui). Mais il explique qu’il faut baisser la fiscalité sur le financement de l’entreprise…

La baisse de l’impôt sur les sociétés

Macron, comme Édouard Philippe, présentent leur politique en matière de baisse de l’impôt sur les sociétés comme très favorable aux entreprises.

« Nous baisserons l’impôt sur les sociétés, au cours du quinquennat, jusqu’à 25% »

Sauf que… cette mesure retarde les promesses faites par le gouvernement précédent. Rappelons ici que Michel Sapin, sous la pression du Parlement, s’était engagé à baisser cet impôt à 28% en 2020.

Dans la pratique, Emmanuel Macron ne tiendra pas ce calendrier et va retarder les baisses d’impôt actées par la loi de finances 2017.

Presse subventionnée: Macron donne un gros coup de pouce financier au Point

Macron vient de donner un très beau coup de pouce financier au Point, en accordant à cet hebdomadaire une interview exclusive à laquelle il est impossible d’échapper. Le Point perçoit par ailleurs près de 4 millions de subventions du gouvernement.

Il faut donc payer 4,5€ pour lire l’interview du président de la République. L’intéressé a refusé l’interview du 14 Juillet, dont le prix est inclus dans la redevance télévisuelle, et il préfère réserver ses propos en exclusivité à un hebdomadaire par ailleurs lourdement subventionné.

Deux petits constats malicieux.

Le Point coûte aussi cher que la baisse de l’APL

Cet été, la polémique a fait rage sur une baisse de 5 euros de l’APL. C’est à peu près le prix d’un numéro du Point. On sait donc désormais à quoi correspond le prix de la parole présidentielle.

Dans son interview, Macron souligne que les jeunes sont les grandes victimes de la société française. M’enfin, j’imagine que ceux qui vont voir leur APL sucrée de 5 euros manqueront d’appoint pour acheter le journal où le Président se fait leur porte-parole imaginaire.

En tout cas, imaginer que tous les Français ont dans la poche 4,5€ pour acheter un hebdomadaire où leur Président s’exprime témoigne d’une singulière méconnaissance de la réalité française. Le vecteur de cet interview est fondamentalement élitiste.

Aider Le Point après avoir recruté Bruno Roger-Petit: la subordination de la presse continue

On s’étonnera quand même du cadeau financier qu’Emmanuel Macron vient d’offrir à un hebdomadaire subventionné. Le bon sens eut été, au minimum, de choisir trois titres pour une interview groupée, mieux représentatifs de l’opinion.

Les propriétaires du Point ne se plaindront pas, au demeurant, de ce cadeau qui leur est fait. Selon les derniers chiffres, la diffusion de l’hebdomadaire a baissé de 25% depuis 2012, et cette tendance semble irrépressible.

Le Président vient d’offrir un coup de pouce et d’enrayer, pour une semaine au moins, le déclin du titre. Après le recrutement de Bruno Roger-Petit à l’Élysée, Macron ne ménage donc ni son temps ni sa peine pour sauver l’emploi dans la presse papier.

Mailly, cardinal protodiacre d’un pontificat jupitérien mort-né

Au Vatican, le cardinal protodiacre est chargé de prononcer la fameuse phrase « Habemus papam », lorsque le conclave s’accorde sur un nom pour la tiare pontificale. C’est un peu ce rôle que Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, vient de jouer en annonçant que sa confédération ne défilerait pas contre les ordonnances avant le dévoilement de celles-ci. Ce ralliement précoce à la cause du gouvernement est un mauvais signal pour les chefs d’entreprise.

Il faut, bien entendu, attendre le texte officiel, gardé secret jusqu’à la dernière minute. Sauf que Jean-Claude Mailly a indiqué aux Échos que son bureau confédéral s’était opposé à la présence de FO à la manifestation du 12 septembre contre la réforme.

Selon Mailly, le gouvernement a en effet joué le jeu de la concertation et a su lâcher, sur le pouvoir des branches professionnelles, les concessions nécessaires pour s’attirer les bonnes grâces de sa confédération. Cette remarque est en soi une indication majeure sur les risques encourus par les entreprises: loin des annonces initiales du gouvernement, un dosage plus favorable aux branches paraît avoir été lâché.

Mailly le protodiacre profite de l’impopularité de Macron

Il faut dire que les syndicats jouent sur du velours à l’occasion du dévoilement des ordonnances. L’impopularité grandissante d’Emmanuel Macron, alors même que son mandat débute à peine, place le gouvernement en position de faiblesse face aux corps intermédiaires susceptibles de le chahuter.

Macron a donc beau jeu de préserver les apparences du « maître des horloges », on sent poindre la panique à la tête de l’exécutif. Ce n’est en tout cas pas le moment de se mettre à dos la totalité des syndicats, quitte à prendre des mesures contre-productives sur le fond.

Le danger du renforcement des branches

En l’espèce, le renforcement du rôle des branches constitue un reniement en beauté des intentions mêmes qui avaient porté les ordonnances. Les branches, comme le rappelle Mailly, visent à raboter les éléments de compétitivité qui favorisent les entreprises les plus innovantes. Renforcer la branche, c’est récompenser les médiocres en engluant les meilleurs dans des règles complexes.

On comprend que les organisations syndicales adorent l’idée, surtout qu’elles tirent d’ordinaire des financements plus ou moins occultes des dispositifs paritaires dont les branches raffolent. En revanche, on comprend mal ce que le gouvernement va faire dans cette galère, en dehors, bien entendu, d’un apaisement des relations avec les syndicats.

Des calculs personnels de Mailly?

Les observateurs du monde syndical n’ignorent pas que le contexte personnel de Jean-Claude Mailly n’est pas sans influence sur les positions de FO. Le secrétaire général achèvera son mandat courant 2018. Selon ses propres aveux, il entend rester actif.

Certains lui prêtent l’intention de jouer un rôle à l’OIT. Pour lequel il a besoin du soutien du gouvernement.

Tout ceci ne fera pas les affaires des entreprises.

« Nous avons fait notre travail de syndicalistes pragmatiques qui est de discuter point par point, et nous nous positionnerons à la fin sur ce qui va, et ne va pas »

Bruno Roger-Petit, ou la presse subventionnée jusqu’à l’écoeurement

Bruno Roger-Petit, éditorialiste de Challenges, vient d’être nommé porte-parole de l’Élysée. Cette nomination constitue un aboutissement logique pour un journaliste épinglé par sa propre rédaction pour son soutien excessif à Emmanuel Macron durant la campagne électorale. Dans la France de Macron, la subordination de la presse au pouvoir atteint des sommets.

Durant la campagne électorale, tous ceux qui ont osé interroger ouvertement les relations de subordination malsaine entre Emmanuel Macron et la presse subventionnée ont fait l’expérience du bannissement. Pourtant, l’entourage de celui qui est devenu Président n’a pas ménagé les pressions outrancières vis-à-vis de tout ce qui ne se montrait pas complaisant à l’égard de leur candidat.

Il n’aura pas fallu trois mois pour que les pots aux roses apparaissent. L’un des éditorialistes les plus courtisans envers le candidat Macron vient d’être nommé porte-parole de l’Élysée.

Cette collusion était bien connue avant même l’élection du Président. Mais il était de fait impossible de l’aborder publiquement sauf à passer pour complotiste, ou fasciste, ou je ne sais quoi de peu enviable.

Étrange destin d’un pays où le déni des évidences atteint parfois des paroxysmes de fièvre paranoïaque.

Challenges, l’un des titres les plus subventionnés au numéro

On notera avec amusement que Bruno Roger-Petit est un habitué de la subvention publique. Dès aujourd’hui, il vit avec l’argent du contribuable pour défendre chaleureusement un Président qu’il avait qualifié, dans l’un de ses éditoriaux, d’intellectuel. Mais hier déjà, il était rémunéré par le contribuable… partiellement en tout cas.

Challenges est en effet l’un des titres les plus subventionnés de France. Au numéro en tout cas. On nous permettra de souligner que cette façon de subventionner la presse constitue quand même une vilaine manie qui instaure, qu’on le veuille ou non, un rapport de subordination de la presse envers les pouvoirs publics au sens large.

On vient d’en avoir une nouvelle preuve avec ce nouveau porte-parole de l’Élysée.

Des subventions pour faire taire la vraie presse?

La subvention à la presse est un cercle vicieux.

La presse subventionnée est ennuyeuse, convenue, courtisane, consensuelle. Elle se croit sérieuse. Mais elle est si rasoir que personne ne l’achète. Sans subvention, elle est condamnée à mourir.

Plus elle est subventionnée, moins elle fait d’efforts pour répondre aux attentes de ses lecteurs, et plus elle est rasoir.

Par un étrange retournement des valeurs, ceux qui ennuient leurs lecteurs et survivent grâce aux subventions du pouvoir se présentent volontiers comme les garants de l’indépendance et de l’objectivité face aux mécréants du Net qui seraient partisans et peu crédibles. Cette inversion des valeurs vient d’être mise en lumière avec férocité par la nomination de Bruno Roger-Petit.

En réalité, la prétendue impartialité de la presse subventionnée est désormais bien expliquée aux Français. Répétons-le: la presse « institutionnelle » est à la solde de ses financeurs, même si elle cherche à la faire oublier par des leçons quotidiennes de bien-pensance.

La collusion systémique entre la presse et le pouvoir

Sur le fond, Chomsky a parfaitement analysé le phénomène à l’un des avatars duquel nous assistons aujourd’hui.

Pour obtenir des « scoops », il faut être proche du pouvoir. C’est l’intérêt du secret en politique: il donne de la valeur à ceux qui détiennent l’information. Pour obtenir un scoop auprès d’une personne bien informée, il faut être complaisante avec elle, lui servir la soupe. François Hollande l’avait bien compris.

Donc, le journaliste qui veut des scoops cirent les pompes des puissants. Devenir leur porte-parole, en quelques sorte. On appellera ce phénomène, désormais, la loi Roger-Petit.

Bruno Roger-Petit et la fabrique du consentement

Bruno Roger-Petit donne un bel exemple de fabrique du consentement en démocratie libérale, telle que Noam Chomsky l’a astucieusement démontée. La campagne pour les présidentielles a permis de vérifier le rôle des médias dans la mise en place progressive d’un consensus autour d’une candidature jugée comme seule « démocratique » face à celle de Marine Le Pen parée de tous les oripeaux de l’extrême droite.

Le blog d’Olivier Berruyer donne une bonne analyse des théories de Chomsky sur le sujet.

Travail détaché: Macron pour un libre-échange protectionniste

La tournée d’Emmanuel Macron auprès des pays du groupe de Visegrad pour obtenir une réforme de la directive sur le travail détaché n’est pas aussi triomphale qu’il ne voudrait le faire croire. Elle donne lieu à une très belle invocation de l’esprit européen, le fantasme des élites françaises…

C’est l’histoire d’un pays qui participe à la fondation de la Communauté Européenne en 1957 et qui, 70 ans plus tard, a laissé filer tous ses comptes publics et ses comptes sociaux. Pour y travailler, il faut verser un euro de cotisation sociale chaque fois qu’on y verse un euro de salaire. Ce même pays vit dans la croyance extravagante selon laquelle il pourrait former un marché unique avec tous les pays européens, y compris les plus pauvres, leur ouvrir ses frontières, sans souffrir du coût de sa protection sociale.

Et le jour où il découvrirait qu’un travailleur roumain ou bulgare coûte moins cher qu’un travailleur français, il jouerait une comédie de boulevard où l’esprit européen de 1957 serait brutalement rendu cocu par les volages bulgares, roumains, polonais, hongrois et autres membres du groupe de Visegrad.

On n’est pas bien sûr que la pièce soit très drôle, mais les acteurs (en l’espèce Emmanuel Macron) donnent tout ce qu’ils peuvent pour la rendre crédible.

Quand les élites françaises vivent dans le fantasme de « l’esprit européen »

Il faudrait un bon divan de psychanalyste pour faire accoucher Emmanuel Macron de toutes les croyances naïves sur l’Europe qu’il porte encore, comme si, derrière son masque d’adulte, demeuraient des impressions d’enfance jamais digérées.

Par exemple, Emmanuel Macron croit que l’élargissement de l’Europe aux pays de l’ancien bloc communiste n’altère pas le sens originel du Traité de Rome. Appartenir à l’Europe, c’est toujours plus de protection pour les salariés. Et plus de protection pour les salariés, c’est forcément une augmentation constante du coût du travail et la mise en place d’un système public d’assurance sociale appelé sécurité sociale. Tous ceux qui ne tendent pas vers cet objectif n’ont pas l’esprit européen.

Voilà ce qu’on pourrait appeler une belle croyance naïve: imaginer qu’un Polonais ou un Bulgare entre dans l’Europe pour bénéficier, enfin, des lumières françaises et pour espérer, enfin, disposer d’une sécurité sociale comme la nôtre. Pas un instant, Emmanuel Macron n’a la lucidité suffisante pour comprendre que la France, la grande malade de l’Europe, et son modèle sociale qui crève sous ses charges et ses dépenses publiques, constituent de véritables repoussoirs pour les autres.

En réalité, la Pologne et la Roumanie rêvent peut-être d’Europe, mais ils ne rêvent plus de ressembler à la France. Ce rêve est mort depuis les années 90, voire avant. Ce que les élites françaises imaginent comme la définition de l’esprit européen n’est qu’un vieux fantasme coupé des réalités.

Le mensonge du dumping social expliqué aux élites

Dans leur conception obsolète de l’Europe, les élites françaises dénoncent donc le dumping social. Cette expression est évidemment hypocrite, parce qu’elle fait croire que les Roumains ou les Polonais casseraient illégalement le coût de la main-d’oeuvre lorsqu’ils envoient leurs travailleurs en France pour conduire des camions ou pour se livrer à des travaux ingrats qu’aucun Français n’accepte plus de faire.

C’est évidemment un mensonge que de prétendre que ce système est illégal. La Pologne comme la Roumanie ont décidé de ne pas se suicider économiquement en étouffant sous une protection sociale coûteuse et peu efficace. Ils en récoltent les fruits, parce qu’ils sont plus compétitifs que nous.

Sauf à imaginer que le monde entier fait du dumping, il faut bien un jour admettre que tous les pays du monde ne sont pas obligés de suivre le modèle français. Ou alors, on renonce à intégrer des espaces économiques communs avec ces pays, et on assume son protectionnisme.

Macron est-il l’homme du libre-échange protectionniste?

Dans sa tournée des pays orientaux, Macron livre sa stupéfiante vision de l’esprit européen. « En même temps », notre Président est pour le libre-échange ET pour le protectionnisme.

D’un côté, il nous explique qu’il faut être ouvert, internationaliste, et autres rengaines bien-pensantes qui soutiennent mordicus que le libre-échange, c’est la lumière, et que le protectionnisme, c’est les ténèbres. Cette soupe nous a été servie pendant plusieurs mois durant la campagne électorale.

D’un autre côté, notre président souhaite que l’ouverture des frontières ne remettent surtout pas en cause les choix politiques et sociaux français. Donc, le libre-échange oui, à condition qu’ils ne nous oblige pas à être compétitifs en réduisant le coût de notre travail ou en nous contraignant à des réformes systémiques.

C’est toute la difficulté d’élire des courtisans aristocrates à la tête d’un État: ils pensent que les discussions de salon suffisent à gouverner. Mais un jour les belles idées qu’on égrène dans les dîners mondains ont un impact sur la réalité, et il faut savoir l’assumer.

Donc le marché unique, présenté dans les salons parisiens comme l’alpha et l’oméga de l’humanité, comme une marque de culture et de civilisation qu’on ne peut critiquer sans être taxé d’obscurantisme fascisant, n’est pas seulement une idée de bisounours. C’est aussi l’ouverture à des pays où la main-d’oeuvre moins chère concurrence la nôtre, ce qui, invariablement, produit du chômage dans les milieux populaires (ceux qu’on bannit par principe des dîners où l’on se gargarise d’européisme béat).

Avec une naïveté confondante, Macron le découvre aujourd’hui.

L’esprit européen vu de Roumanie

Par une série de décisions suicidaires (mais incritiquables au nom du sacro-saint angélisme européen), la France a acquiescé à l’élargissement européen. Elle a donc imaginé qu’elle pourrait créer un espace économique commun avec des pays où le salaire minimum est trois ou quatre fois inférieur au nôtre, et où les dépenses sociales ne représentent pas la moitié des nôtres. Dans le même temps, elle a continué, sur son sol, à faire vivre le fantasme d’une protection sociale en expansion constante.

Pour les nouveaux venus, cette situation est une aubaine. Elle leur donne l’occasion inespérée d’accélérer leur développement ou leur rattrapage vis-à-vis des pays occidentaux en profitant au maximum de leurs avantages compétitifs et, au premier chef, de leur main-d’oeuvre pas chère.

Tout étudiant en première année d’économie le sait: l’avantage compétitif est la base du libre-échange. C’est aussi l’esprit européen depuis l’Acte Unique de 1986.

Imaginer que ces pays nouveaux entrants vont, du jour au lendemain, renoncer à leur avantage est soit naïf soit idiot.

Au passage, la proposition française de faire cotiser les Roumains détachés en France a une contrepartie: faire cotiser les 200.000 Français détachés dans les pays de l’Est de l’Europe aux régimes sociaux de ces pays. On s’en délecte par avance.

Benoît Mayrand, conseiller consulaire UDI cité par le Point

« Si la France obtient une révision de la directive détachement qui lui permettrait d’obliger les travailleurs étrangers détachés sur son territoire à cotiser à l’Urssaf, aux Assedic et aux caisses de retraite complémentaire, et à acquitter l’impôt sur le revenu, s’insurge Benoît Mayrand, il est bien évident que les pays d’origine de ces salariés appliqueront la même politique. Ils exigeront que les travailleurs détachés français cotisent auprès de leurs propres organismes sociaux et se soumettent à leurs fiscalités. Mais quel Français sera prêt demain à effectuer une mission à l’étranger s’il doit renoncer à sa couverture sociale, à ses droits au chômage et à la retraite ? La remise en cause de la directive détachement au sein de l’Union européenne affectera gravement près de 200 000 Français de l’étranger qui bénéficient de ce statut. »

Cédric Herrou, héros ou idiot utile des mafias migratoires?

Cédric Herrou est la vedette médiatique du moment. Cet agriculteur de la frontière franco-italienne accorde une aide active aux migrants qui entrent illégalement sur le territoire. Si la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence a maintenu sa condamnation à de la prison avec sursis, il bénéficie d’une popularité… tout à fait éclairante sur la capacité des mafias migratoires à utiliser la mauvaise conscience occidentale à leur profit.

L’impressionnant silence des médias français sur les relations malsaines entre les ONG qui « secourent » les migrants au large de la Libye empêche évidemment de comprendre le fin mot de l’histoire.

Officiellement, le récit qui est servi de ce côté-ci de la frontière est tout empreint d’émotions: de gentils migrants victimes du réchauffement climatique, du capitalisme, de la méchanceté de l’homme blanc, fuient leur pays et cherchent refuge chez d’horribles riches (devenus riches par l’exploitation de l’homme par l’homme, et spécialement du noir par le blanc) qui les maltraitent. Heureusement, quelques héros des temps modernes s’insurgent contre ce mauvais traitement. Après avoir combattu la démagogie du Front National, ces résistants éclairés sauvent l’honneur de l’Occident en aidant ces victimes d’un néo-colonialisme moderne qui ne dit pas son nom.

Cédric Herrou, ou le triomphe du bon sentiment

Cédric Herrou fait partie, bien entendu, de cette espèce-là. Son geste rachète les péchés, la culpabilité de l’Occident, et procède de ce bon sentiment qui devrait être notre guide en matière politique. Car c’est bien le projet qui nous est proposé par les médias bobos, dont les radios de service public, où Cédric Herrou bénéficie d’une exposition et d’une audience complaisante et, bien entendu, sans jamais de rappel sur l’activité mafieuse qui s’engraisse sur le dos des migrants. L’invitation est simple: abandonnez la rationalité et laissez-vous guider par vos émotions.

Tous ceux qui ont bavé, depuis de nombreuses années, sur ces horribles manipulateurs des esprits appelés populistes s’en donnent aujourd’hui à coeur joie pour nous sommer de ne plus penser mais de nous laisser submerger par des effusions philanthropiques. Il faudrait ne plus construire de politique collective et simplement accueillir ces pauvres hères qui déambulent sur le continent à la recherche d’on ne sait quoi.

Comme c’est beau! et que n’a-t-on envie nous aussi de prendre cette posture généreuse: aimons l’humanité, accueillons-les, et tout ira bien.

Les bons sentiments et leur incohérence raciste

Bien entendu, ces bons sentiments, impérieux, péremptoires, qui ne laissent aucune place ou presque à la divergence d’opinion (comme on va le voir), ne s’embarrassent ni d’honnêteté intellectuelle ni de cohérence. Par exemple, on trouve au mois de mars, ces phrases sur la page Facebook de Cédric Herrou:

Réveillé par un gosse de 6 ans et sa mere, tous deux arrivants à pieds, de nuit sous la pluie depuis l’Italie. Une part de peine de les voir une part de réconfort de les savoir à l’abri et une par d’ironie ; ces deux ont réussis a ridiculiser l’armée, la Paf, la gendarmerie et cet état d’urgence, ils ont passé la frontière à la barbe de ses hommes emplis de testostérone armés de Famas, lunette à visée nocturne, une seule pensée me vient « Pauvre cons»

Dans la vie de Cédric Herrou, il y a d’un côté les bons: la mère et son enfant de six ans qui traversent la frontière sous la pluie, de nuit. Et de l’autre, il y a les « pauvres cons », c’est-à-dire les forces de l’ordre et leur testostérone. Les gentils et les méchants.

Il serait pourtant intéressant de se demander par quelle urgence ces mères qui trimballent leurs enfants sur des milliers de kilomètres sont poussées. On se demande même quelle serait la tolérance d’un Cédric Herrou vis-à-vis d’une mère française qui emmènerait son enfant sur les routes en le mettant en danger pour échapper au chômage.

Par exemple, lorsqu’il s’agit de la Grèce ou du Portugal, ou de l’Espagne, il est de bon ton, chez les bobos, de dresser l’éloge de la résistance. Il faut rester dans son pays et lutter. En revanche, pour les Africains, le raisonnement ne vaut pas. Eux ont raison de ne pas résister et de quitter leur pays.

Bien sûr, va-t-on me dire, ce n’est pas comparable. Et c’est probablement le fin mot de la logique qui se met en place. Le Blanc n’est pas comparable au Noir. Le Blanc est fait pour mener un combat politique. Le Noir est fait pour fuir son pays.

Ici, nous retrouvons une fois de plus ce substrat anthropologique raciste qui gouverne la pensée bobo. Il faut aimer l’Africain et tout excuser, parce que l’Africain est inférieur au blanc. Il est une sorte de grand enfant incapable d’assumer des responsabilités au sens où nous l’entendons.

Une complicité objective avec les mafias

Donc, dans ce story-telling manichéen, on oublie de préciser que la maman et son enfant ne sont pas arrivés là par hasard.

Dès le village, la mafia, les mafias, ont organisé le voyage et fait miroiter les alouettes en nourrissant le mythe d’une vie simple en Occident, là où la vie en Afrique serait un enfer. Une cascade d’intermédiaires véreux ont fait croire à des pauvres gens naïfs qu’il existait un eldorado facile et heureux appelé l’Europe. Il suffisait d’y arriver et en quelques mois, hop! la fortune se trouve sous le sabot d’un cheval et tout le confort moderne vous ouvre les portes. En attendant, ruinez-vous pour payer le voyage et enrichissez vos passeurs.

Le plus ignoble tient évidemment à cette complicité ouverte entre les associations caritatives et les passeurs libyens. La mafia italienne, la justice le soupçonne fortement, est au coeur de ce système qui permet, sur le dos d’esprits naïfs, de récupérer des masses importantes de subventions européennes.

Il est de mauvais ton de rappeler cette réalité sordide. Il est tellement plus facile de croire aux mirages et aux belles histoires hugoliennes.

Pourtant, les bobos sauveurs de migrants devraient avoir le courage de regarder les choses en face: leur générosité ne fait pas d’eux des héros, mais seulement des rouages d’une immense machine à broyer des petites gens pour enrichir quelques voyous. On leur fera ici le crédit d’une sincérité relative dans la démarche, et d’un désintéressement qui les honore. Ils n’en demeurent pas moins des idiots utiles au service d’une cause qui jamais n’aidera l’Afrique à sortir de son ornière.

Car rappelons-le, le destin des peuples se construit dans l’ambition politique, pas dans la fuite individuelle.

Mailly rejoindra-t-il Thibault au BIT?

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, doit passer la main en avril 2018, au prochain congrès confédéral qui se tiendra à Lille. Il commence à se murmurer que Jean-Claude Mailly négocie avec le gouvernement son prochain poste: un passage à Bureau International du Travail où siège déjà Bernard Thibault, l’ancien patron de la CGT. Une manoeuvre qui expliquerait en partie l’étrange clémence de FO vis-à-vis des ordonnances…

C’est une pratique aussi habituelle à FO qu’à la CFDT: le recasage des ténors par le gouvernement. Ainsi, le gouvernement avait récupéré, sous Hollande, François Chérèque et Laurence Laigo de la CFDT. Il avait aussi fait un geste pour Thierry Le Paon de la CGT. Et encore un autre pour le moins connu Stéphane Lardy, négociateur de FO.

Le cas Stéphane Lardy

Ce dernier était devenu inspecteur général des affaires sociales au printemps 2016. Cette nomination lui permettait de sortir par le haut du « duel » qui l’avait opposé à Pascal Pavageau pour la succession de Mailly, dont la conclusion interviendra en avril prochain.

Avec pas mal d’astuce, Macron a d’ailleurs donné un nouveau coup de pouce à Lardy en le nommant directeur adjoint du cabinet de la ministre du Travail. Ce coup astucieux a dégoupillé pas mal d’incompréhensions entre FO, très actif contre la loi El-Khomri, et le gouvernement d’Édouard Philippe.

On pouvait même imaginer qu’une partie de l’indulgence actuelle de FO vis-à-vis des ordonnances Macron provenait de cette implantation d’une vigie confédérale au coeur même du dispositif gouvernemental. À n’en pas douter, cette présence a pesé sur certains aspects de la rédaction du texte, notamment sur le renforcement du rôle des branches professionnelles – sujet cher à FO dont une part du financement passe par de discrets dispositifs de branche.

Le cas Jean-Claude Mailly

Mais, selon nos informations, la mansuétude de FO vis-à-vis du gouvernement, au demeurant critiquée en interne, ne s’explique pas seulement par le rôle-clé joué par les anciens de la confédération. Les calculs personnels de Jean-Claude Mailly lui-même pèseraient fortement dans cette attitude.

Au mois d’avril 2018, le secrétaire général n’envisagerait pas de ranger les gants après son départ. Il lorgnerait fortement sur le conseil d’administration du Bureau International du Travail où la France dispose aujourd’hui de deux postes dans le collège des salariés. Ces deux postes sont occupés l’un par Bernard Thibault, comme titulaire, l’autre par un militant… FO (il est secrétaire confédéral)! ancien membre du Conseil Économique, Social et Environnemental, appelé Yves Veyrier.

À ce stade, deux obstacles majeurs se dressent sur la réalisation de cette opération.

Premier obstacle: le conseil d’administration en place est élu jusqu’en 2020. Il paraît donc difficile de modifier sa composition.

Deuxième obstacle: l’élection d’Yves Veyrier s’était faite « dans le dos » des syndicats français. Et la CFDT ne manquera probablement pas de réclamer sa part dans de futures attributions. La manoeuvre paraît donc extrêmement délicate et, dans tous les cas, difficile à réaliser sans de sérieux alliés.

Les militants FO devront donc attendre le printemps 2018 pour savoir si leurs dirigeants se sont servis d’eux pour retirer des bénéfices personnels.

Impôts et Macronie: la vérité sort de la bouche de Darmanin

Quand on veut comprendre le sens caché de la Macronie, il faut écouter Darmanin. La vérité sort de sa bouche comme de celle des enfants. Par exemple dans l’affaire Neymar, où le ministre de l’Action et des Comptes Publics a exprimé les vérités profondes de la politique au pouvoir.

revoir | @GDarmanin : « Il vaut mieux que ce joueur de football paie ses impôts en France qu’ailleurs » #Neymar pic.twitter.com/ArptGQNciO

— France Inter (@franceinter) 3 août 2017

L’avantage de Darmanin est de dire tout haut ce que les macroniens pensent tout bas. Il est l’enfant terrible du gouvernement. Terrible de naïveté s’entend.

On sait depuis un bout de temps que le Président fulmine comme la diffusion des informations concernant la baisse des APL, tout droit sortie de Bercy, ou contre l’interview de Darmanin où il avait annoncé des coupes sombres dans les budgets. Il est comme ça Darmanin: il ne refoule rien, il dit tout à la presse.

Son passage sur France Inter hier n’a pas échappé à la règle. Interrogé sur le transfert de Neymar, un footballeur manifestement très connu dont le rachat équivaut à 15 ans de rémunération de Carlos Ghosn, Darmanin a encore exprimé très librement la pensée macronienne. Pour Gérald, c’est « whaou! il va payer plein d’impôts! »

Darmanin et le veau d’or fiscal

Naïvement, on pouvait imaginer qu’un ministre de droite, intégré à une majorité qui veut renouveler le pays, avait une perception « dynamique » de l’économie française. Il pourrait par exemple souhaiter que le pays renoue avec la prospérité, parce que celle-ci sert l’intérêt général. Dans cette optique angélique, le ministre en question pourrait considérer que la fiscalité est un élément qui sert à financer des externalités positives utiles au développement collectif.

Bref, on pourrait attendre du ministre du Budget qu’il considère la fiscalité comme un moyen de développer l’économie nationale et non comme une fin en soi.

Eh bien pas du tout! pour Darmanin, le Français est une vache à lait: il est là pour payer des impôts. Et plus il y a de contribuables riches, mieux l’impôt rend.

Le suicide par l’impôt sur le revenu

Ce faisant, Darmanin a donné le fond du problème. Le même jour, les Échos révélaient que 2% des contribuables acquittaient 40% de l’impôt sur le revenu. On connaît les raisons de cette folie déséquilibrée: assiette étroite (on se souvient d’Ayrault soucieux d’en exonérer plein de nouveaux Français) et taux élevés font que peu de Français paient l’impôt, mais quand ils le payent, ils douillent.

Darmanin en a l’air très heureux. Manifestement, il n’a pas la moindre intention de toucher à cette règle du jeu effrayante où une minorité minuscule paie pour une majorité majuscule. Sous les quolibets de la foule d’ailleurs.

Tous ces contribuables seront heureux d’apprendre qu’ils sont des vaches à lait. Le ministre qui ordonne les prélèvements ne se soucie pas le moins du monde de l’utilité des impôts, ni de l’apport des contribuables à l’économie nationale. Il se réjouit seulement de voir l’argent rentrer.

On croyait relever la France, on finance juste la gabegie publique.