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Que cache l’écran de fumée appelé « Loi Travail »?

Depuis plusieurs semaines, la loi Travail occupe l’actualité, les esprits, les débats publics, et c’est tout juste si l’Euro 2016 arrive à interrompre cette espèce de logorrhée. Personne n’a d’ailleurs manqué les déclarations pessimistes ou anxieuses du gouvernement, en coulisse, sur la catastrophe que constituerait un retrait de la loi. Cette sorte d’obsession qu’est devenue un texte somme toute secondaire depuis que le gouvernement l’a amendé cache-t-elle un calcul machiavélique désagréable?

À la lecture de la loi dite Sapin 2, on peut en tout cas se demander dans quelle mesure le gouvernement n’a pas intérêt à « fixer » l’opinion sur la loi Travail pour éviter des polémiques sur des manoeuvres discrètes qui sont bien plus impactantes.

Sapin 2, une loi qui foisonne…

Le premier point agaçant dans la loi Sapin 2, c’est son extrême foisonnement qui mélange, dans le même texte, des dispositions de bric et de broc, les unes sur la lutte contre la corruption dans les entreprises, les autres sur les déclarations de comptes de campagne, et une infinité d’autres sur des sujets extrêmement variés et microscopiques.

Même les citoyens les mieux intentionnés ne peuvent s’y retrouver.

Sapin 2 pire que le 49-3

On retiendra surtout de la loi Sapin 2 qu’elle annonce de nombreuses réformes législatives touchant à la finance, qui seront toutes menées… par ordonnances. L’ordonnance, on le sait, c’est la technique de Bercy pour rédiger les lois à la place du législateur, et pour lui donner de les entériner ensuite sans émettre la moindre remarque.

On s’étonnera ici du silence des députés frondeurs, qui ont hurlé comme des putois contre le recours au 49-3 dans la loi travail, et qui ne trouvent rien à dire sur leur dépossession massive en matière de réglementation financière. En réalité, la loi Sapin 2 est une loi d’habilitation qui ne dit pas son nom et la manoeuvre est bien plus tyrannique que tous les 49-3 du monde.

Pour le remarquer, il faudrait sans doute que la France redevienne une République démocratique, et non une République bananière (du Nord – la banane septentrionale étant beaucoup plus acide et encore moins digeste que la banane africaine).

Sapin 2 et le gouvernement profond

Lisez la loi Sapin 2! vous comprendrez comment, sous couvert de protéger les libertés, le gouvernement annonce les persécutions en règle contre les lanceurs d’alerte. Vous mesurerez aussi l’étendue de la subordination des décisions publiques aux intérêts privés.

Le ministre Sapin n’a reculé devant rien pour aider ses amis, ou les récompenser de leurs prochaines bonnes oeuvres en matière électorale. Il laisse les banques et la finance décidément du traitement des lanceurs d’alerte, par exemple, il limite autant que possible la concurrence des start-up financières contre les banques, il autorise les mutuelles à exercer de multiples métiers, etc.

On ne compte plus les cadeaux du pouvoir à une caste obscure – cadeaux dissimulés par un écran de fumée, là encore, sur les « lobbyistes » qui concurrencent décidément trop les élus de la République.

Cerise sur le gâteau: il a prévu que les financements russes du FN deviennent publics.

Sapin 2, ou la norme publique au service des intérêts privés

Redisons-le, la norme législative, la norme juridique publique, n’est pas plus vertueuse, n’échappe pas plus que la norme privée à l’asservissement et à la subordination aux intérêts particuliers. Quand l’État se pique de réglementer, la loi Sapin 2 nous le rappelle, ce n’est certainement pas pour servir l’intérêt général ou l’impartialité. C’est sur l’injonction plus ou moins directe d’un gouvernement profond qui a besoin, à un moment donné, dans des circonstances données, d’un corpus juridique pour protéger ses intérêts. Le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, deviennent alors ses prête-noms, ses fétus de paille, ses chapeaux à plumes qui nourrissent l’illusion d’un processus démocratique transparence, quand il s’agit simplement de remplir une commande.

Peut-on y échapper? me demanderez-vous. À long terme, tout système politique stabilisé tombe dans l’enchevêtrement d’intérêts privés qui, coalisés, constituent un gouvernement profond. Face à ce destin, trois règles sont nécessaires:

  • la transparence des décisions et des données publiques,
  • la limitation drastique du rôle de l’État dans les décisions,
  • l’instabilité politique régulière, pour rebattre les cartes.

On remarquera que notre régime à bout de souffle contredit chacune de ces règles.

La loi Sapin 2 ou le gouvernement profond en action

La loi portée par Michel Sapin, surnommée Sapin 2, mais réellement intitulée loi relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, constitue un nouveau monument d’anthologie dans le combat que le gouvernement profond entreprend pour garder le contrôle de la situation. Le texte foisonne et méritait bien un petit résumé assorti de commentaires.

Sapin 2 crée un nouveau comité théodule

L’article 1 prévoit:

L’Agence française anticorruption est un service à compétence nationale, placé auprès du ministre de la justice et du ministre chargé du budget, ayant pour missions de prévenir les faits de corruption, de trafic d’influence, de concussion, de prise illégale d’intérêt, de détournement de fonds publics et de favoritisme et d’aider à leur détection par les autorités compétentes et les personnes qui y sont confrontées.

Chic, un nouveau fromage pour placer des copains à l’aube d’une probable déculottée électorale. La ficelle permet de recaser un (ou plusieurs) protégés à l’approche de l’alternance.

L’article 2 prévoit d’ailleurs que l’agence soit « dirigée par un magistrat hors hiérarchie de l’ordre judiciaire nommé par décret du Président de la République pour une durée de six ans non renouvelable. Il ne peut être mis fin à ses fonctions que sur sa demande ou en cas d’empêchement. » Le gars nommé en 2016 est assuré d’être encore là en 2022!

Sapin 2 tue les lanceurs d’alerte

L’article 6 du texte attaque les choses sérieuses et entreprend de clouer le bec, une bonne fois pour toutes, à ces fichus lanceurs d’alerte qui risquent de mettre en échec des projets illégaux. Bien entendu, ces restrictions sont posées au nom de la protection des impétrants. La définition du lanceur d’alerte montre bien l’étendue des dégâts:

Un lanceur d’alerte est une personne qui révèle, dans l’intérêt général et de bonne foi, un crime ou un délit, un manquement grave à la loi ou au règlement, ou des faits présentant des risques ou des préjudices graves pour l’environnement ou pour la santé ou la sécurité publiques, ou témoigne de tels agissements. Il exerce son droit d’alerte sans espoir d’avantage propre ni volonté de nuire à autrui. L’alerte ne saurait révéler quelque élément que ce soit relevant du secret de la défense nationale, du secret médical ou du secret des relations entre un avocat et son client.

Traduction: le lancement d’alerte sera limité aux questions d’environnement, de santé et de sécurité publique, à l’exclusion de tous les autres sujets. En particulier, les sujets de défense nationale seront proscrits. En outre, le lanceur d’alerte devra prouver son absence de volonté de nuire à autrui. 

Voilà qui en va en calmer plus d’un. En tout cas, tous ceux qui voudront révéler des secrets sur l’évasion fiscale par les banques en seront pour leur grade…

Bravo Michel, tu as bien fait le boulot!

Sapin 2 protège les petits secrets des banques

Pour les questions de lancement d’alertes dans la banque et la finance, la loi Sapin 2 prévoit un dispositif spécial qui fait rire tout le monde (article 7):

L’Autorité des marchés financiers et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution mettent en place des procédures permettant que leur soit signalé tout manquement

Rappelons juste que l’Autorité des Marchés Financiers est présidée par l’énarque Gérard Rameix, ancien de la banque d’affaires Hottinguer, et ancien gérant de fonds. L’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution est présidée par le gouverneur de la banque de France, François Villeroy de Galhau, ancien directeur général délégué de la BNP.

On se doute que tout ce petit monde concoctera des « procédures » particulièrement agréables et protectrices pour les lanceurs d’alerte.

Sapin 2 à reculons sur la lutte contre la corruption

On trouvera le même entrain juridique pour lutter contre la corruption. Le passage qui y est consacré dans la loi est très long, très technique, et très verbeux. Il repose sur cette seule phrase fondamentale:

Les présidents, les directeurs généraux et les gérants d’une société employant au moins cinq cents salariés, ou appartenant à un groupe de sociétés dont l’effectif comprend au moins cinq cents salariés, et dont le chiffre d’affaires ou le chiffre d’affaires consolidé est supérieur à 100 millions d’euros sont tenus de prendre les mesures destinées à prévenir et à détecter la commission, en France ou à l’étranger, de faits de corruption ou de trafic d’influence selon les modalités prévues au II.

Si ce sont les dirigeants de société qui doivent lutter contre la corruption dont leur société pourrait être l’auteur… Tout est dit!

Sapin 2 et la comédie du lobbying

On s’amuse par avance de l’intention affichée (sur laquelle je reviendrai dans de futurs articles) par la loi Sapin 2 de moraliser le métier de lobbyiste. Comme si le plus grand lobbyiste de France n’était pas François Hollande lui-même (et Michel Sapin en second), qui multiplie les réglementations favorables à ses intérêts et à ceux de ses amis. Bref, tous ceux dont le métier est d’influencer la décision publique pour le compte de tiers devront maintenant respecter des règles contraignantes, soumise à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

Le texte a explicitement listé les gens qui ne pouvaient être considérés comme lobbyistes:

« Ne sont pas des représentants d’intérêts au sens du présent article :

« a) Les élus, dans le strict exercice de leur mandat ;

« b) Les partis et groupements politiques, dans le cadre de leur mission prévue à l’article 4 de la Constitution ;

« c) Les organisations syndicales de salariés et les organisations professionnelles d’employeurs en tant qu’acteurs du dialogue social, au sens de l’article L. 1 du code du travail ;

« d) Les associations à objet cultuel, dans leurs relations avec le ministre et les services ministériels chargés des cultes.

On notera que les élus peuvent être considérés comme lobbyistes pour des faits qui ne seraient pas liés au « strict exercice de leur mandat ».

Et quand Serge Dassault appelle un ministre ou le Président pour parler politique et vente de Rafale, c’est du lobbying ou pas?

Tartufferie! tartufferie! mais j’y reviendrai.

Sapin 2 veut saper le Front National

Sapin prépare activement 2017, et la suite. Il fait ajouter une disposition sur la publication des comptes de campagne (article 14 bis A du texte):

« Les partis ou groupements transmettent également, dans les annexes de ces comptes, les montants et les conditions d’octroi des emprunts souscrits ou consentis par eux, ainsi que l’identité des prêteurs, les flux financiers entre partis et entre les partis et les candidats soumis aux exigences prévues à l’article L. 52-12 du code électoral. Lors de la publication des comptes, la commission indique les montants consolidés des emprunts souscrits ventilés par catégories de prêteurs, types de prêts et par pays d’origine des prêteurs, ainsi que l’identité des différents prêteurs personnes morales, les flux financiers nets entre partis et entre les partis et les candidats. »

Même les emprunts russes?

Sapin 2 et le lobbying financier

Alors que le texte s’appesantit lourdement sur un durcissement du code des marchés publics, il renvoie (article 17)… aux ordonnances (donc aux fonctionnaires de Bercy qui rêvent d’être recrutés par les banques qu’ils encadrent juridiquement) le soin de transposer les directives européennes en matière d’abus de marché, c’est-à-dire de corruption financière. N’est-ce pas amusant? Mais, bien entendu, les élus ne sont pas des lobbyistes…

Sapin 2 met sous surveillance les concurrents des banques

Sous couvert de protéger le consommateur, notre bon Michel place les traders sur Internet sous une surveillance étroite. On a bien compris l’enjeu: il s’agit, ni plus ni moins, d’empêcher les concurrents des banques de prospérer sur le marché de l’investissement et du trading. L’article 19 élargit donc les pouvoirs de l’autorité des marchés financiers:

« Elle veille à la régularité des offres au public de parts sociales mentionnées au quatrième alinéa de l’article L. 512-1 du présent code ou des offres au public de certificats mutualistes mentionnées au premier alinéa du II de l’article L. 322-26-8 du code des assurances. »

Sapin 2, ou dix-huit mois pour respecter les décisions du Conseil Constitutionnel

L’article 21 de la loi intègre aux règles applicables à l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution une décision rendue, dans le cadre d’une question prioritaire de constitutionnalité, par le Conseil Constitutionnel sur l’indemnisation des détenteurs de portefeuilles transférés d’office.

Cette mesure technique n’est pas inintéressante, puisqu’elle limite le pouvoir arbitraire de l’ACPR… et elle est prise à reculons.

Sapin 2, le lobbyiste de la mutualité

Evidemment, le ministre Sapin n’a rien à voir avec le lobbying. C’est pourquoi il n’hésite pas à présenter plusieurs mesures extravagantes en faveur des mutuelles, qui seront, comme il se doit, prises par ordonnances:

Dans les conditions prévues par l’article 38 de la Constitution, le Gouvernement est autorisé à prendre par ordonnance, dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, toute mesure relevant du domaine de la loi: (…)

Complétant le régime juridique des mutuelles et unions relevant du livre III du code de la mutualité en permettant :

a) D’élargir leur champ d’activité à des activités sportives et de pompes funèbres ;

b) De modifier la composition des unions mentionnées à l’article L. 111-4-3 du code de la mutualité pour y inclure les sociétés commerciales mentionnées au 2° du II de l’article 1er de la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire ;

C’est bien connu, une mutuelle, c’est la même chose qu’un club de football, et ça peut même enterrer les morts. Mais bien entendu, cette innovation législative n’a rien à voir avec du lobbying…

Sapin 2, le lobbyiste de Groupama

Après avoir servi les mutuelles (par des ordonnances), la loi Sapin 2 s’occupe aussi de Groupama, qui devient (article 22 bis) un « organe central du réseau composé par les sociétés ou caisses d’assurances et de réassurances mutuelles agricoles est une caisse de réassurances mutuelle agricole à compétence nationale. » Cette transformation met le doigt dans une prise de distance avec les principes mutualistes:

Par dérogation à l’article L. 322-26-2, le conseil d’administration de l’organe central mentionné au premier alinéa du présent article comprend, outre les administrateurs représentant les caisses d’assurances et de réassurances mutuelles agricoles adhérentes et ceux élus par le personnel salarié, des administrateurs élus par l’assemblée générale, sur proposition du conseil d’administration.

Le conseil d’administration de Groupama pourra donc choisir des administrateurs (élus en assemblée générale) hors du monde mutualiste…

Sapin 2 et le lobby bancaire sur l’assurance emprunteur

Autre coup fumant préparé par Sapin 2: le lobby bancaire a obtenu le recours (encore une fois!) aux ordonnances sur le crédit immobilier. Cette nouvelle intervention du législateur sur un sujet très juteux pour les banques devrait cette fois concerner la vente liée d’un crédit immobilier et de l’ouverture d’un compte dans la banque prêteuse. En principe, subordonner l’un à l’autre est interdit, mais la loi formule ainsi l’objet de l’ordonnance:

le Gouvernement est habilité à prendre par ordonnance, dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, toute mesure relevant du domaine de la loi permettant d’encadrer, dans le respect de l’article L. 312-1-2 du code monétaire et financier, les conditions dans lesquelles la souscription d’un contrat de crédit immobilier par un consommateur ainsi que le niveau de son taux d’intérêt peuvent être associés à l’ouverture d’un compte de dépôt et à la domiciliation de ses revenus quelle que soit leur nature ou leur origine, pendant la durée du crédit.

Voilà qui est clair: le gouvernement préservera une pratique bancaire abusive…

Sapin 2 et la mode de l’économie sociale et solidaire

Autre cadeau fait aux banques par Michel Sapin (qui n’est toujours pas un lobbyiste, selon la définition de sa propre loi): la possibilité pour ceux qui distribuent des livrets durables et solidaires d’ouvrir un compartiment de financement en faveur de l’économie sociale et solidaire. Dans la pratique, les clients pourront donner une partie de leurs avoirs à ces entreprises.

Dans l’absolu, rappelons que le Crédit Agricole pourrait ainsi bénéficier de dons gratuits de la part de ses clients. On rêve!

Sapin 2 et les fonds de pension à la française

Parallèlement, Sapin décide d’élargir, avec son article 33, les formes de retraite supplémentaire (nom pudique de la retraite chapeau) en agissant là encore par ordonnance. Ces fonds, qui bénéficieront d’un régime prudentiel allégé par rapport à la directive Solvabilité 2, seront nourris par le transfert de portefeuilles soumis aujourd’hui à Solvabilité 2. Le cadeau est important puisque la mesure permet de diminuer sensiblement le niveau de fonds propres exigible des assureurs.

On notera que Sapin fait un autre cadeau discret à ses amis: il encadre fortement (article 33 bis) les possibilités de rachat de comptes de d’épargne retraite populaire (PERP) qui menacent ruine depuis la baisse des taux. Pour l’information du public, il n’est pas inutile de rappeler que le plus gros opérateur d’épargne retraite aujourd’hui n’est autre qu’une filiale commune entre AG2R (dirigée par un ancien du cabinet Beregovoy) et la Caisse des Dépôts et Consignations.

Mais Michel Sapin n’est toujours pas un lobbyiste…

Sapin 2 et l’artisanat

Contrairement à ce qui a été largement répété dans les médias, l’article 43 réduit la déréglementation de certains métiers à la portion congrue. Il vaut donc mieux parler ici de mesures protectrices plutôt que l’inverse.

Au demeurant, l’article 54 octies « re-réglemente » une profession: celle de courtier en vin… Allez comprendre!

Sapin 2 fait un autre cadeau aux assureurs

L’article 50 de la loi prévoit une… ordonnance sur la réforme du Fonds de Garanties des Assurances obligatoires. Cette réforme devrait probablement supprimer la contribution des compagnies d’assurance aux Fonds…

Sapin 2 limite les dégâts sur la rémunération des patrons

La loi Sapin, dans son article 54 bis, prend une mesure très modérée sur la rémunération des mandataires sociaux dans les entreprises cotées sur les marchés réglementés (ce qui représente une part très limitée des entreprises, rappelons-le): elle oblige le conseil d’administration à obtenir l’approbation de l’assemblée générale sur les éléments de rémunération.

Cette position est sans surprise.

Une loi démocratique?

Précisons que cette loi touffue, multiforme, hétéroclite, qui renvoie directement aux ordonnances est tout sauf compréhensible par les citoyens.

Une bien étrange conception de la démocratie… où les décisions apparentes obéissent à des motifs profonds qui ne sont exposés nulle part. Un triomphe du lobbying exercé par le gouvernement profond, en quelque sorte.

Climat social: sommes-nous à l’aube de l’été français?

Officiellement, l’Euro 2016, cet opium du peuple, devrait déboucher le climat social et endormir toutes les consciences dans l’euphorie des victoires footballistiques à venir. Mais le scénario concocté par Iznogoud Hollande (d’un retour au calme forcé pour le déroulement pacifique des matches de football) ne se passe pas exactement comme prévu: une série de micro-mouvements pullule, profitant tous de l’opportunité offerte par l’événement sportif pour se faire connaître du monde entier et attirer l’attention des voisins européens sur la dure condition des prolétaires français.

Peu à peu, la question s’impose: sommes-nous face aux prémisses d’un été français?

Bien suivre la rencontre de Martinez avec El-Khomri

Deux théories coexistent aujourd’hui.

L’une sous-entend que le leader de la CGT Philippe Martinez est un grand Manitou qui a tout prévu et qui contrôle la situation. Ce faisant, il rencontrera prochainement la ministre El-Khomri, obtiendra toutes les concessions qu’il demande en cachette depuis des semaines, et annoncera la fin de la grève – décision à effet immédiat.

Quelque chose cloche dans cette théorie: l’Euro commence vendredi et l’invitation lancée par Myriam El-Khomri à Martinez date de mercredi. Le calendrier est donc probablement beaucoup moins machiavélique qu’on a envie de le croire (il est tellement rassurant de se dire que la démocratie est gouvernée par des gens rationnels), ce qui plaide pour la deuxième théorie: rien n’est concerté, le bordel règne, et personne ne contrôle les sections syndicales qui se mettent en grève. Le gouvernement commence à paniquer et se trouve réduit à croiser les doigts pour que tout marche comme il le faudrait.

Il faudra dans tous les cas suivre la rencontre entre le leader de la CGT et la ministre pour savoir si oui ou non il existe une forme de coordination responsable entre les mouvements qui prennent de l’ampleur.

L’inquiétante génération spontanée de mouvements corporatistes

Les mouvements qui se développent présentent deux particularités majeures.

La première tient à leur nature: les appels à la grève se développent dans le secteur public, pas dans le secteur privé. Encore une fois, démonstration est faite que la conflictualité sociale est beaucoup moins forte chez les horribles capitalistes exploiteurs que chez les gentils responsables publics qui défendent l’intérêt général. Ce point est d’autant plus marquant que, pour le secteur public, la loi Travail est une préoccupation romantique et pas professionnelle, puisqu’elle ne s’appliquera pas au secteur public.

La deuxième particularité tient au caractère microscopique ou morcelé des mouvements, qui instrumentalisent tous la loi Travail pour défendre des revendications autres.

Le foisonnement de ces mouvements ne manque pas de poser question et d’inquiéter. La réalité est qu’il existe un fond de contestation qui se durcit. Tout le monde a la conviction qu’il se terminera, tôt ou tard, par un big bang, un rejet global des institutions. La vision gauchiste aime bien croire à un Grand Soir. Rien n’exclut que se produise plutôt une succession de petites soirées dont l’agrégation conduise à un big bang sociétal.

Rien n’exclut que nous n’assistions aux premiers actes de ce phénomène.

Le rejet global du système par les Français

Toutes ces petites secousses sismiques surviennent dans un pays usé, dominé par un régime politique auquel ne croient plus guère que les élus qui en tirent bénéfice. Quel Français croit encore à la capacité des élus, des responsables politiques au sens large, à sortir le pays du marasme moral où il se trouve?

Beaucoup de Français se disent que les grèves qui fleurissent peuvent être l’occasion de faire le « boulot » de nettoyage qu’ils aspirent de leurs voeux. Cela ne signifie pas qu’ils partagent le combat de la CGT. En revanche, ils y voient à la fois un signal et une possibilité de changement politique majeur.

Dans tous les cas, l’utilisation de l’Euro 2016 comme levier pour forcer les grévistes à terminer leur mouvement relève d’un choix politique hasardeux, qui peut très bien conduire à une issue inattendue pour le gouvernement: à force d’avoir tiré sur la corde des manipulations et des postures de communication en tous genres, le retour de manivelle pourrait se révéler brutal.

Pariez sur la réélection de François Hollande en 2017

Beaucoup donnent Hollande comme complètement grillé pour 2017 et, dans son propre camp, certains ne donnent pas cher de sa peau. Pourtant, ses capacités de résilience font de lui le candidat le plus crédible pour des présidentielles qui risquent de donner lieu au spectacle le plus affligeant vécu en France depuis la Quatrième République.

Le moins pire candidat de gauche pour une réélection

La plus grande chance de François Hollande tient d’abord au désert qu’il laisse derrière lui à gauche.

Hors du Parti Socialiste, il a habilement neutralisé toutes les candidatures, sauf celle de Jean-Luc Mélenchon. Finie, Cécile Duflot, héroïne d’un parti écologiste lessivé. Finie, Christiane Taubira, mise sur la touche après son passage au ministère de la Justice. Reste à savoir quel engagement le parti communiste accordera à Mélenchon, dans la perspective d’une lutte fratricide aux législatives: le PC sait qu’il perdra tous ses élus si le PS aligne des candidats face aux siens.

Bref, sauf à voir Mélenchon le devancer au premier tour, François Hollande devrait arriver en tête de la gauche au premier tour des présidentielles, et rassembler sur son nom les voix de la gauche de la gauche au second tour.

L’hypothèque Mélenchon

Il faudrait un séisme majeur pour que Mélenchon devance Hollande au premier tour 2017. Statistiquement, le phénomène n’est pas impossible, mais il est très peu probable.

Une première raison l’explique: Mélenchon ne pourra s’appuyer sur un parti aussi stable et structuré que François Hollande. La loyauté du Parti Communiste vis-à-vis de lui est loin d’être acquise et sera de toute façon monnayée cher. En bout de course, le jeu des appareils devrait faire la différence.

Une deuxième raison tient au programme de rupture du candidat. Historiquement, la possibilité de dégager une majorité sur ce genre de programme clivant relève de la gageure.

La droite, meilleure chance de Hollande

Une autre opportunité pour François Hollande au premier tour devrait tenir à la faiblesse des Républicains. En l’état, les deux favoris du parti, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, peinent à faire entendre leur discours sur les grands sujets d’actualité. Par exemple, aucun d’entre eux n’a été audible sur les contestations contre la loi Travail.

L’un des deux candidats émergera à l’issue des primaires. Dans l’hypothèse d’une nomination de Sarkozy, la réédition en 2017 du duel de 2012 risque de prouver l’incapacité de la droite à se renouveler. Dans l’hypothèse d’une nomination de Juppé, Hollande ne manquera pas d’arguments pour enfoncer ses clous: droite à bout de souffle, programme trop « libéral », mauvaise expérience de 1995, rigidité, manque d’empathie, etc.

Sur le fond, le programme d’Alain Juppé apparaît déjà comme maladroit et mal ajusté.

Contrairement aux prévisions, rien n’exclut donc que François Hollande ne devance les candidats républicains au premier tour l’an prochain.

L’inconnue Front National

Reste l’inconnue du Front National qui risque de changer la donne jusqu’à la dernière minute. Le positionnement politique de Marine Le Pen est encore incertain, notamment sur la question de l’euro, sur laquelle il est trop tôt pour y voir clair. Les résultats du Brexit devraient éclaircir quelques questions sur la capacité des peuples à faire le choix d’une rupture vis-à-vis de l’Union.

En l’état, en tout cas, le silence relatif du Front National et les fractures autour de la question de l’euro soulignent toute la difficulté pour Marine Le Pen et sa formation de dépasser le plafond de verre majoritaire.

La chance économique de François Hollande

Pour François Hollande, un facteur essentiel pourrait modifier radicalement la donne: le semblant d’éclaircie économique, qui pourrait donner aux Français le sentiment artificiel d’un retour à la croissance dû à la politique économique du Président. Cet effet-là pourrait être redoutable et bien plus fort que toutes les postures politiques.

Les insupportables pleurnicheries des maires de France

L’ouverture du congrès annuel des maires de France, dont l’association est présidée par le chiraquien François Baroin, a donné lieu à un concert de pleurniches insupportables, digne d’un enterrement sicilien ou mauresque et qui vous ferait passer la mort de Sardanapale pour un spectacle de Disney. En coeur, tous ces maires regrettent la baisse des dotations de l’Etat et accusent l’Union Européenne d’être responsable de cet appauvrissement. On a cru rêver en lisant la longue énumération des plaintes jaculatoires qui ont occupé la journée.

Un petit redressement des réalités s’imposait.

Des recrutements en veux-tu en voilà!

Les maires de France évitent bien entendu d’expliquer le revers de la médaille: leurs recrutements colossaux et mal gérés qui conduisent, depuis plusieurs années, à augmenter sans fin la part de la masse salariale dans les dépenses totales des collectivités. En 2009, les salaires des fonctionnaires représentaient 29% des dépenses. En 2015, cette part est passée à 33%: soit une hausse de près de 15% en six ans (de 67 à 80 milliards d’euros).

Une productivité du fonctionnaire laissée en jachère

À quoi servent ces recrutements incessants? Les maires adorent affirmer qu’ils sont dus aux transferts de charge imposés par l’Etat. Toutefois, le rapport Laurent a récemment souligné l’absence de mesure du temps de travail réel dans la fonction publique. En réalité, les maires sont incapables de dire combien de temps travaillent exactement les fonctionnaires qu’ils recrutent.

Le rapport Laurent évoque notamment le cas d’une employée d’une petite commune qui travaille environ deux semaines de moins que la durée annuelle réglementaire:

Source: rapport Laurent
Source: rapport Laurent

Il ne serait peut-être pas inutile que les maires commencent par manager leurs services et exigent de leurs fonctionnaires qu’ils travaillent au moins autant que la durée légale ne le prévoit… La baisse des dotations deviendrait sans doute un peu moins douloureuse.

Dans le cas cité ci-dessus, elle permettrait de baisser la masse salariale d’environ 5%, soit 4 milliards d’euros si l’on extrapole à l’ensemble de la fonction publique territoriale.

Une profusion d’intercommunalités

Si les maires ont beaucoup recruté ces dernières années, ils ont eu une bonne raison pour le faire: ils ont multiplié les strates d’administration dans leurs territoires, créant autant de nouvelles instances où des fonctionnaires sont indispensables pour rédiger des milliers de papiers, de formulaires, de notes, de réglementations absconses.

Au 1er janvier 2014, la France ne comptait pas seulement 36.000 communes. Elle s’était aussi dotée de 12.159 établissements publics de coopération intercommunale, tous plus complexes les uns que les autres (certains avec une fiscalité propre, d’autres non). Autrement dit, pour trois communes, la France compte une intercommunalité qui les chapeaute. Cette folie est la première explication de l’explosion des dépenses communales en France.

Le refus obstiné de la fusion a un prix

Le bon sens consisterait bien entendu à aligner la France sur les pratiques de ses grands voisins industrialisés, qui ont tous fortement diminué le nombre de leurs communes (400 en Grande-Bretagne, par exemple). Mais cette solution de bon sens, qui permet de diminuer fortement les coûts en mutualisant les services, revient à une dépossession des élus. Comment? moins d’élus en France? quelle horreur!

La résistance farouche des élus à cette option de bon sens s’explique par la sempiternelle résistance des élites françaises au changement et à la perte de leurs privilèges.

Macron a-t-il raison de douter de ses chances?

Article écrit pour Atlantico.

L’annulation « surprise » de la marche de Macron à Marseille est-elle vraiment due à un excès de succès ou à des raisons de sécurité, comme son équipe l’a affirmé? Sans polémique inutile, on y verra aussi la manifestation de deux difficultés majeures: l’une porte sur le calendrier de sa campagne, l’autre sur les probabilités de réussite de son mouvement.

Macron dans un calendrier compliqué

La difficulté du calendrier d’Emmanuel Macron est bien connue.

D’un côté, il ne doit surtout pas trop tarder de se déclarer pour avoir le temps de faire campagne auprès d’un électorat qui le connaît encore assez mal. S’il bénéficie d’un effet de mode auprès des classes supérieures de la société, il reste encore un parfait inconnu, ou un montre très froid pour les milieux moins aisés. Il lui faut donc du temps pour s’expliquer et se faire connaître.

D’un autre côté, l’indécision de François Hollande le brime. Comment se déclarer à la candidature quand votre mentor est susceptible de se présenter à sa propre succession? Une candidature trop précoce de Macron, qui entrerait en compétition avec le sortant, changerait forcément la donne et la physionomie utile de sa campagne.

Macron en proie au doute politique

Au-delà de ces points circonstanciels, Emmanuel Macron doit faire face à un autre dilemme, bien plus profond et bien plus délicat: le courant politique qu’il incarne a-t-il un avenir en France, et spécialement à gauche?

Par son discours et son positionnement, Macron se rattache clairement au courant orléaniste représenté à droite par Alain Juppé. Ce courant repose sur une fiction de plus en plus contestable selon laquelle la modernité procède d’une synthèse entre deux postures: l’une défend farouchement l’élite sociale, économique et politique au nom de la bonne gouvernance de la société. L’autre revendique le progrès social. Cet ensemble, assez bien exprimé en son temps par le philosophe américain John Rawls, peut se résumer ainsi: laissons agir les forts, et les faibles s’en porteront mieux.

Ce cercle vertueux a-t-il encore un avenir en politique? Macron lui-même semble avoir un doute.

Splendeur et misère de l’orléanisme

Cette ultime hésitation n’est pas sans raison. La tradition orléaniste en France a toujours connu des hauts et des bas qui la rend relativement incertaine.

Les scores élevés d’Alain Juppé à droite laissent penser, mais en trompe-l’oeil, que l’orléanisme, de gauche comme de droite, peut avoir une chance. En réalité, la popularité actuelle de Juppé tient à la méconnaissance relative de son programme par l’opinion, qui permet de « gommer » ses aspérités, et à l’absence de campagne marquante menée par Nicolas Sarkozy. Alain Juppé, et Macron le sait, ne peut guère se revendiquer d’une affection populaire durable pour sa personne.

Macron n’ignore pas que l’exposition à ce risque est puissante pour lui. Il n’a jamais affronté l’élection, il n’a jamais pris racine dans un territoire, et il est difficile aujourd’hui, dans sa popularité apparente, de faire la distinction entre ce qui relève de la simple mode, et ce qui relève de l’adhésion durable. Et, aujourd’hui, on manque de certitudes, de repères, pour mesurer l’envie qui existerait dans la société française de tenter une aventure élitiste « encadrée », c’est-à-dire avec des objectifs sociaux ou de redistribution.

Ce manque de certitudes est forcément une source de désarroi pour la ministre de l’Economie.

Le bonapartisme n’est pas mort

La presse adore affirmer que Macron est une sorte de clone, mais populaire, de Manuel Valls. En y regardant de plus près, Valls ne semble pourtant pas procéder de la même tradition que Macron, et pourrait même lui planter de douloureuses banderilles dans le dos.

Manuel Valls se rattache en effet plus volontiers à la tradition bonapartiste qu’à la tradition orléaniste. Dans la Révolution Française, Valls n’eût pas été l’homme qui votait la mort du Roi pour pouvoir lui succéder: il l’eût votée pour remplacer la monarchie par la République. Macron, lui, aurait préféré le passage à une monarchie constitutionnelle éclairée. Valls n’eût pas hésité à donner du canon sur la foule pour rétablir l’ordre, Macron si. Valls n’eût pas proposé un milliard d’indemnités aux émigrés, Macron si. Deux apparences proches, mais deux pensées montées très différemment.

Si Manuel Valls souffre d’un impopularité structurelle à gauche, sauf lorsque celle-ci voit en lui une figure de la modernité qui lui manque, Macron lui emboîte les mêmes pas. Si Manuel Valls souffre d’une impopularité temporaire dans l’opinion, due à l’usure de Matignon où il ne brille pas spécialement, Macron pourrait, pour le coup, subir un sort très différent. Macron est superficiellement aimé par l’opinion le temps que sa jeunesse fasse effet sur les esprits. Mais à long terme, il a beaucoup d’atouts pour déplaire, car il incarne cette tradition orléaniste avec laquelle les Français se fâchent souvent. Il est énarque, il fut banquier, il est plutôt riche, il n’est pas élu et il est élitiste.

Structurellement, Valls a plus de potentiel: il est plus « caractériel » sans doute, mais il est jacobin, globalement étatiste, et somme toute moins élitiste, en apparence en tout cas.

L’orléanisme de Macron est adapté aux temps de paix où les Français s’ennuient. Les mouvements de menton de Valls sont plus providentiels dans les phases de crise. Tel est bien le risque auquel s’expose Macron: se laisser abuser par une popularité éphémère, et ne pas voir que sa base politique n’est pas durable. Et il le sait.

Black M et la soumission de la gauche

L’affaire Black M montre comment la gauche de gouvernement ne cherche même plus à cacher son goût pour le communautarisme. Subrepticement, c’est bien à un remplacement des valeurs républicaines par les valeurs communautaires que le Parti Socialiste procède. Ce remplacement procède de la lente soumission annoncée par Michel Houellebecq.

La fête communautaire à la place de la commémoration patriotique

Dans le silence absolu de la droite, trop occupée à préparer ses primaires, la mairie de Verdun a eu la curieuse idée d’inviter le rappeur Black M à commémorer la bataille qui fut une hécatombe en 1916. Ce choix, validé en comité interministériel, ne pouvait résonner que comme une provocation et prêtait forcément le flanc à une critique sans concession.

Il suffisait de lire ses propos en réponse à ses détracteurs avant l’annonce du concert:

« Qu’ils aiment ou pas ma musique : on va s’amuser », avait-il lancé.

Manifestement, Black M ne sait pas ce que fut la bataille de Verdun. Ou, s’il le sait, il n’y a vraiment aucun scrupule à avoir d’annuler son concert. Comment imaginer que l’on puisse rendre honneur à nos morts en présentant la commémoration de Verdun comme une fête?

Black M et le communautarisme

Avoir voulu transformer la commémoration de Verdun en une fête communautaire constitue un signal faible émis par la gauche sur sa soumission progressive aux valeurs des minorités qui n’aiment pas la République.

Black M s’est en effet illustré par des paroles de chanson qui se passent de tout commentaire.

Dans la chanson « Dans ma rue », reprise de Doc Gyneco, il lançait : « Les youpins s’éclatent et font les magasins ». C’est du direct.  Pas besoin de faire un dessin. Dans « Désolé », tube du groupe Sexion d’Assaut, hymne d’une francophobie décomplexée, on l’entend balancer tout de go : « Je me sens coupable quand je vois ce que vous a fait ce pays de kouffars ». Les « kouffars », en arabe, ce sont des mécréants. On voit le genre. Dans « On t’a humilié », un autre membre du groupe, Maître Gims, chante : « Je crois qu’il est grand temps que les pédés périssent. Coupe-leur le pénis, laisse-les morts, retrouvés sur le périphérique ». Question poésie, on est plus proche de Daech que de Rimbaud.

Ce rappeur a manifestement beaucoup d’audience dans les « quartiers ». Il est curieux que ce chantre de l’intolérance soit choisi pour célébrer la bataille de Verdun. On ne l’a en effet jamais entendu, jusqu’ici, regretter publiquement des paroles qui sont l’apologie d’un salafisme rampant dont les dégâts sont aujourd’hui bien connus des Français.

La soumission subreptice de la gauche

Il fallait entendre ou lire les réactions du gouvernement à la polémique pour comprendre l’étendue de la soumission dans laquelle la gauche est entrée.

Premier point: aucun ministre n’a pris la peine de rappeler qu’un comité interministériel avait validé la programmation des célébrations. Courageux mais pas téméraire, le gouvernement a évité d’assumer ses responsabilités, et préfère se réfugier dans une critique de la « fachosphère » à l’origine de la polémique. Mais il lui appartenait de maintenir le concert s’il jugeait l’annulation inopportune.

Deuxième point: le sous-ministre des Anciens Combattants, élu lorrain au demeurant, Jean-Marc Todeschini, a allègrement franchi un point Godwin en déclarant:

« C’est vraiment le fascisme qui nous attend »

Bien sûr: considérer qu’une commémoration patriotique ne doit pas servir à la légitimation officielle du communautarisme islamiste, c’est forcément du fascisme.

Troisième point: les propos de la ministre de la Culture Azoulay sur « l’ordre moral nauséabond ». On s’étonne là encore de voir un membre du gouvernement légitimer des chansons contraires à la République en stigmatisant ceux qui s’en indignent.

Comment fonctionne la soumission?

Ce qui est particulièrement intéressant dans cette affaire, c’est l’anatomie grandeur nature à laquelle nous pouvons nous livrer sur le phénomène de la soumission au communautarisme salafiste. On lira ici avec intérêt l’article de blog rédigé par la secrétaire nationale du MRC à l’éducation:

Doit-on confier le souvenir français aussi ancien et mythique à un homme validant les thèses indigénistes de la culpabilité coloniale? Je me surprends moi-même à répondre: Oh que oui. Après tout, nous avons voté les lois mémorielles rappelant les fautes de la France.

Tout est dit sur le fonctionnement de la soumission: la France est coupable de toute éternité et l’a reconnu. Il est donc normal, juste, que son organisation sociale soit aujourd’hui dominée par les indigènes de la République à qui elle a fait tant de mal.

Contester cette soumission aux indigènes, c’est le fascisme et l’ordre moral nauséabond.

Quel rapport de force aujourd’hui?

Dans toute cette affaire, la gauche explicitement et la droite implicitement abandonnent à la « fachosphère » le soin de lutter contre la soumission. C’est un choix lourd de sens par ce qu’il annonce.

D’une part, gauche et droite de gouvernement accordent toujours plus de champ d’action au Front National et aux « dissidents » de la fachosphère en faisant d’eux les porte-paroles officiels d’une conscience qui concernent de plus en plus de Français. Les partis de gouvernement souhaiteraient légitimer le rôle de la fachosphère en conscience républicaine qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

D’autre part, la fachosphère a marqué un point essentiel cette semaine en obtenant l’annulation du concert. La décision prise par la mairie de Verdun en dit long sur la recomposition politique qu’Internet permet. Si la mécanique des partis empêche toujours les « dissidents » d’arriver au pouvoir, en revanche Internet leur donne la puissance de faire barrage aux mauvaises décisions publiques.

Voilà qui en dit long sur les alliances tactiques à nouer demain pour redresser le pays.

Juppé et Lemaire, candidats du gouvernement profond

Alain Juppé et Bruno Lemaire ont dévoilé leurs programmes pour la primaire des Républicains. L’un et l’autre se situent dans le même sillage: celui des positions fondatrices qui inspirent le gouvernement profond en France. Avec eux, pas d’inquiétude donc: la République restera sur les rails qu’elle suit depuis des décennies, et qui favorisent son déclin.

Europe, ma belle Europe

Sans surprise, Bruno Lemaire comme Alain Juppé partagent les mêmes refrains sur l’Europe.

Pour Alain Juppé:

Pour retrouver son rôle historique et ne pas laisser à l’Allemagne seule l’initiative, Alain Juppé indique pour notre pays un certain nombre de pistes, à commencer par ce qui constitue aujourd’hui le « noyau dur » de l’Europe : la zone euro. « Sa consolidation exige une harmonisation fiscale progressive et la mise en cohérence de nos systèmes de protection sociale »

L’harmonisation fiscale et sociale fait partie de cette espèce de musique de fond sur l’Europe qu’on entend depuis les tréfonds du gouvernement profond. Les mêmes mots se trouvent dans la bouche de François Hollande, comme dans ceux de Bruno Lemaire:

Sur la monnaie commune comme sur Schengen, nous faisons le plus facile et nous laissons sans réponse les questions les plus difficiles : la coordination économique de la zone euro ou le contrôle des frontières extérieures.

La coordination économique de la zone euro: un autre gimmick que François Hollande adore prononcer. On voit bien que Juppé, comme Lemaire, comme Hollande, ne se sont pas guéris de l’euro-angélisme contracté à l’ENA. Quand l’Europe pose problème, ce n’est évidemment pas parce qu’elle est trop présente, mais parce qu’elle ne l’est pas assez! Vous faites une indigestion européenne? Reprenez-en une rasade, ça ira mieux!

La même frilosité sur la protection sociale

Juppé et Lemaire portent au demeurant le même conformisme sur les questions de protection sociale. On peut comprendre qu’Alain Juppé se montre réticent sur le sujet. Mais il est divertissant de constater qu’au-delà du traumatisme de 1995, il « verrouille » la conception oligarchique d’un système de protection sociale permettant d’asservir l’opinion publique par le versement de prestations de solidarité financées par les classes moyennes.

En évoquant l’idée d’une harmonisation des systèmes de protection sociale en Europe, Alain Juppé considère implicitement que la solution au déficit de la sécurité sociale passe par plus de sécurité sociale et non par sa réinvention.

Sur la protection sociale, « je ne veux pas casser la baraque », a souligné Alain Juppé en allusion à François Fillon.

Surtout, ne touchons pas au joujou qui permet de tenir les Français. Le même ton est présent chez Bruno Lemaire, qui s’est fendu d’une laborieuse proposition de loi pour améliorer le fonctionnement du RSI. Alors que tout le monde sait que le problème du RSI est de vouloir faire entrer au chausse-pied les indépendants dans un système conçu pour les salariés, Lemaire va jusqu’à proposer:

Afin d’améliorer le calcul et le recouvrement des cotisations sociales, l’article 7 étend la possibilité pour le RSI de passer des conventions avec les Urssaf afin que celles-ci se chargent de cette mission, comme elles le font déjà aujourd’hui avec les autoentrepreneurs.

De même que Juppé dit: quand la sécu est en déficit, il faut plus de sécu, Lemaire dit: quand la sécu ne sait pas faire avec les indépendants, il faut plus de sécu.

Sur ce point, les deux énarques ont bien la même approche. La sphère publique doit être en expansion permanente, et tous les prétextes sont bons pour le justifier, même les plus absurdes.

On notera, qui plus est, que les deux candidats proposent de fixer la retraite à 65 ans.

Quelques mesures spéciales pour l’élite

Guidés par le même paradigme, Juppé et Lemaire proposent accessoirement des mesures qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

Par exemple, Alain Juppé propose une suppression de l’ISF:

Alain Juppé s’est engagé à la suppression de solidarité sur la fortune (ISF) en 2018. Une loi de programmation fiscale serait votée à l’automne 2017 qui détaillerait les mesures fiscales sur cinq ans.

Bruno Lemaire propose lui aussi la même mesure.

Sur le capital, Alain Juppé propose la réduction du taux d’imposition à 25%.

En matière fiscale, il envisage une imposition forfaitaire des plus-values dégressive en fonction de la durée de détention et qui descendra jusqu’à 25% (prélèvements sociaux inclus) au bout de six ans.

Bruno Lemaire propose une baisse de la fiscalité sur le capital à 25%.

Une même vision du code du Travail

En poussant l’analyse jusqu’au bout, d’autres similitudes apparaissent, notamment sur le code du Travail.

Alain Juppé s’attaque par exemple aux 35 heures, en affirmant:

Les entreprises auront deux ans pour négocier, en fonction de leurs besoins, la durée de travail à 36, 37, 38 ou 39 heures « en augmentant proportionnellement les salaires ». En l’absence d’accord, la durée de référence de 39 heures s’appliquera.

Bruno Lemaire propose là encore une mesure jumelle, qui est de:

Laisser à chaque entreprise la liberté de négocier le temps de travail et le déclenchement des heures supplémentaires.

Ces quelques rapprochements ne sont pas exhaustifs. Mais ils montrent comment, sur des points-clés, les deux candidats des Républicains issus de l’énarchie, loin de renouveler le genre, garantissent une immense continuité des politiques publiques par rapport à celles qui sont menées depuis plus de trente ans…

Un libéralisme sérieux ?

Selon ses propres termes, Alain Juppé développe un « libéralisme sérieux », sous-entendant que les autres ne le sont pas. Chacun en pense ce qu’il en veut, mais, factuellement, il est évidemment très difficile de soutenir que le programme des Dupont et Dupond Républicains soit complètement libéral. L’un et l’autre ont l’ambition d’imposer des normes européennes dans des domaines où elles n’existent pas encore, et ils prennent bien soin de ne pas inverser la courbe d’expansion des politiques publiques, notamment dans le domaine social.

Ce point est intéressant car il montre comment il existe une confusion dans l’opinion publique entre des logiques libérales et un système de domination propagé par le gouvernement profond. Les premières sont, à de nombreux égards, hostiles au second, dans la même proportion que ce qui oppose le sérieux ou bouffon.

Sauf, bien entendu, que nous ne plaçons pas le sérieux dans le même camp qu’Alain Juppé.

Baupin: qui a vraiment les mains sales?

Le comportement de Denis Baupin est évidemment immonde. Il illustre les dérives que l’hyper-professionnalisation de la politique permet. Beaucoup de nos dirigeants se considèrent comme au-dessus des lois et protégés par une impunité pénale à presque toute épreuve. Leur sédimentation dans le microcosme politico-médiatique les coupe de notre réalité ordinaire, dont le premier principe est celui de la responsabilité à assumer dans les actes délictueux.

Baupin victime d’un règlement de comptes

Dans l’affaire Baupin, il est évident que le bonhomme est plus sanctionné pour avoir imaginé que sa misérable petite personne, devenue vice-présidente de l’Assemblée Nationale, pouvait exister et prospérer en dehors du système particratique qui l’a fabriquée, que pour ses agissements sexuels proprement dits. Tant qu’il restait dans la coquille protectrice du parti sous la bannière duquel il a fait carrière et dont il retirait des émoluments confortables, rien ne pouvait lui arriver. Il a suffi que sa femme devienne ministre en quittant son poste, au prix d’un superbe reniement, et que lui quitte les rangs de son parti, pour que tous ses anciens amis s’en donnent à coeur joie sur les horreurs qu’on lui prête, sans plus aucun bénéfice de la présomption d’innocence:

Le message est clair: tant que tu sers le système qui t’a fait élire (même chez les Verts, c’est comme ça!), tu es protégé. Dès que tu t’en affranchis, tu plonges!

Baupin et le rêve d’émasculation de la politique

On s’amusera particulièrement de voir qui, aujourd’hui, se précipite sur les plateaux de télévision, pour jeter la pierre à Denis. Les traditionnelles harpies de la politicaillerie française ont enfin trouvé une proie idéale à dépecer façon « Empire des Sens ». Personne n’est dupe: le prétexte moral ne peut pas dissimuler un instant le geste quasi-primitif d’émasculation, de moralisation dans ce qu’elle a de plus rigide, de plus frustrant, de plus castrateur, qui anime ces saintes nitouches cathodiques. C’est une véritable fête féministe qui se livre sous nos yeux, avec un sacrifice testiculaire en guise de moment expiatoire.

Les grandes prêtresses de cette célébration festive sont sans surprise: Clémentine Autain, Caroline de Haas, Esther Benbassa. Les unes et les autres jubilent de pouvoir prendre la main dans le sac, ou au panier, l’un de ces horribles délinquants sexuels coupable d’utiliser le pouvoir que la République lui donne pour affirmer le pouvoir libidinal que la nature lui a donné.

Et vas-y que je commence la longue litanie des antiennes où la culpabilité principielle de l’espèce masculine appelle d’interminables gémissements.

La morale des connivents plutôt que la justice

Au passage, aucune de ces dénonciatrices du mal absolu sur terre ne se souvient qu’elle savait, mais qu’elle n’a pas eu le cran de saisir la justice. Toutes ces pleureuses qui inondent nos écrans ont beau jeu de se livrer aux imprécations aujourd’hui. Lorsque Baupin était protégé par son parti, pas une ne s’est levée pour dénoncer les scandales et informer un procureur sur les agissements du vice-président de l’Assemblée Nationale.

Les raisons de ce silence sont bien connues: la peur de déplaire et de laisser des plumes. La peur de perdre son poste. La peur d’affronter la loi du système qui assure l’impunité des puissants et rejette à ses marges tous ceux qui contestent l’ordre aristocratique français. Clémentine Autain répète à qui veut l’entendre: « Tout le monde savait ». Et elle prend bien soin d’ajouter qu’elle est une femme tellement importante qu’elle tenait ses informations des confidences même de la députée Attard. Mais qu’a-t-elle fait lorsqu’elle l’a appris?

Comme les autres, pour ne pas apparaître comme la vilaine petite cane qui refuse les règles du jeu, elle s’est tue. Et dès que l’embuscade a commencé, sans qu’elle n’y soit d’ailleurs pour rien, elle a joué aux résistants de la vingt-cinquième heure en venant asséner, protégée par la foule, des coups de poing dans le dos d’un homme cloué au pilori.

Rien n’est plus écoeurant que cette violence en meute, qui emporte avec elle toute dignité et frappe aveuglément non seulement le (présumé, mais on l’a oublié) coupable, mais aussi sa femme et ses enfants.

Que cachent les indignations sélectives des pleureuses?

La même Clémentine Autain, qui ne trouve pas de mots assez durs pour dénoncer les agissements d’un élu blanc qui met sa main sur les fesses et les seins de ses collègues ou collaboratrices, avait toutefois une indignation un peu moins forte pour les femmes qui, au Nouvel An, se sont retrouvées ceinturées par dix ou quinze hommes, dans les rues allemandes, avant de subir des outrages qui n’ont rien à envier à ceux que les proches de Baupin semblent avoir subi.

C’est à la lumière de cette différence de traitement que s’éclaire le mieux le sens profond de cette fête de Walkyries à laquelle nous assistons. Lorsque l’agression sexuelle est commise par un prolétaire immigré, priorité est donnée aux imprécations contre le capitalisme qui réduit ces pauvres agresseurs à la misère. Et tant pis pour les femmes qui ont été violentées et humiliées ce soir-là. Elles sont elles aussi victimes du capitalisme, et personne n’y est pour rien.

Que l’agression soit moins grave, moins violente, en elle-même, mais commise par un membre de la majorité blanche d’obédience chrétienne incarnant le pouvoir phallique exécré par les féministes, et là les choses sérieuses commencent. On assied le suspect sur une chaise et l’interrogatoire débute avec une lampe dans la figure pour qu’il se mette plus vite à table.

Ce qui est en jeu n’est évidemment pas un combat pour les femmes, pour leurs droits ou leur dignité. Ce qui est en jeu se réduit à une stratégie de pouvoir où tout est bon pour justifier un poste, un mandat, une candidature à quelque chose. L’objet n’est jamais de défendre les femmes pour les femmes, mais seulement de se donner un peu de publicité, un peu de notoriété, pour grimper encore un peu plus dans le « système ».

L’objet en cause, contrairement à ce qui est dit, n’est certainement pas « d’améliorer le système » en défendant l’égalité des sexes. Il est plutôt de justifier la substitution d’une caste de dominantes à une caste de dominants, sans jamais changer les finalités du jeu. Et pour y parvenir, aucune leçon de morale ne suffira jamais pour honnir les puissants du jour et leur ravir leur joujou.

A l’approche des présidentielles, quelle aubaine!

Denis Baupin ou la vengeance du serpent (vert) à plumes

La mise en cause de Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée Nationale et député anciennement Vert, dans des affaires de harcèlement sexuel ne manque pas de piquant. Elle est emblématique du naufrage français, jusque dans le prétendu renouvellement de la vie politique.

Une vengeance des Verts?

Rappelons d’abord méthodiquement quelques coïncidences malheureuses. Le 18 avril 2016, Denis Baupin quitte le parti Ecologiste-Les Verts. Quelques jours avant, le 8 mars, il s’était associé au mouvement symbolique des députés hommes qui (voir la photo en une) avaient posé avec du rouge à lèvres pour dénoncer les violences faites aux femmes. C’est ce jour-là que l’une de celles qui affirment avoir été victimes de ses agissements aurait décidé de le balancer à des journalistes de France Inter et de Mediapart.

Il se trouve que (c’est de notoriété publique) Baupin a épousé en 2015 celle qui est devenue le 11 février 2016 la nouvelle ministre du Logement: Emmanuelle Cosse, jusque-là secrétaire générale des Verts. Tout le monde le sait, le départ d’Emmanuelle Cosse fut vécu par de nombreux militants écologistes comme une trahison vis-à-vis du parti.

Yves Contassot, député des Verts, soutient qu’Emmanuelle Cosse étouffait récemment encore les accusations qui circulaient en interne contre son mari, en interdisant que le parti en discute officiellement.

Au minimum donc, il est acquis que le départ d’Emmanuelle Cosse a donné libre cours aux esprits qui en voulaient à Baupin. Au pire, on peut assez facilement penser que le ralliement de Cosse au gouvernement Valls et le départ de Baupin ont nourri le ressentiment de ceux qui rêvaient de mettre Baupin hors course.

Belle ambiance, chez les Verts, en tout cas!

Le renouvellement politique? un naufrage

Le naufrage des Verts n’est pas un scoop. Qu’il se niche dans des règlements de compte de ce type est en revanche assez inattendu. Le plus tragique dans cette affaire tient probablement au fait que si Baupin était sagement resté chez les Verts et si Emmanuelle Cosse n’avait pas trahi les siens, les langues ne se seraient pas déliées.

Une fois de plus, en tout cas, c’est le mythe du « renouvellement de la vie politique » qui en prend un coup. Les Verts ont longtemps occupé ce créneau, avec un parti jeune, qui se prétendait non affairiste, amateur de transparence, de valeurs humanistes et autres bisounourseries dont les bobos raffolent. Démonstration est faite que les « grands diseux » sont d’ordinaires « petits faiseux », et qu’il ne suffit pas de revendiquer la morale pour la pratiquer. Parions même que ce genre d’affaires nourrit toujours plus la méfiance de plus en plus grande que les Français entretiennent pour ceux qui affichent des postures et démontrent trop souvent leur hypocrisie dès qu’il s’agit de délivrer les promesses.

Tel est le drame du « renouvellement », c’est-à-dire de la réforme au sein d’un régime vieillissant. Que le renouvellement prétende s’opérer par de nouveaux partis politiques (cas des Verts) ou par de nouveaux élus ou de nouvelles figures, les Français ne tardent jamais à s’apercevoir que les initiatives déçoivent. Les forces nouvelles incorporent si vite les tares du régime qu’elles apparaissent toujours comme perdantes, incapables de donner le coup de pied qu’il faut dans la fourmilière.

Bref, le régime ne se réformera pas de l’intérieur. Ce ne sont ni les gens, ni les partis qu’il faut changer. Ce sont les institutions elles-mêmes.

Le bla-bla bobo encore une fois épinglé

Au passage, on aura noté que Denis Baupin, dans tous ses combats politiques, s’est montré exemplaire sur la question du droit des femmes. Il avait voté la loi contre le harcèlement. Il a porté du rouge à lèvres. Il était élu d’un parti qui faisait de ces questions des enjeux majeurs, incluant le mariage gay et tutti quanti.

On ne se lassera jamais de répéter que les donneurs de leçon ont souvent quelque chose à cacher. Le seul enseignement à tirer de cette histoire se situe sans doute là: dans l’absurdité qu’il y a à fonder une politique sur des valeurs morales. La morale est une chose, la politique en est une autre.