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Fillon et la santé: enfin une réforme de bon sens!

Article écrit pour le Figaro Vox.

François Fillon avance, sur la santé, des propositions encore mal comprises par les Français. Et c’est bien dommage, car le mouvement en avant qu’il propose constitue une vraie réforme équitable. Les quelques lignes qui suivent tentent de la rendre plus claire, en dehors des simplifications inquiétantes (car immobilistes) d’Alain Juppé qui explique de façon suicidaire (car c’est une promesse impossible à tenir dans les années futures) qu’il ne touchera pas aux taux de remboursement de la sécurité sociale.

Les cancéreux, grandes victimes de la sécurité sociale

Régulièrement, la presse se fait l’écho des scandaleux restes à charge en cas de cancer. En moyenne, une victime du cancer doit débourser de sa poche 750 euros par an pour être soignée. Ce seul fait prouve que notre sécurité sociale, élevée au pinacle par tant de bien-pensants, dont Alain Juppé lui-même, n’est qu’une forme très dégradée de protection sociale. S’il existe en effet des maladies où la médecine devrait être gratuite et généreuse, ce sont ces maladies longues et graves qui constituent le vrai risque santé en France. 

Pourtant, nous avons fait le choix inverse. La stratégie de remboursement des frais de santé en France consiste en effet à ne pas prioriser le risque. La sécurité sociale se sent obligée de rembourser n’importe quel soin, et de ne surtout pas sacrifier les soins « visibles » (les grippes, les bronchites, la presbytie, la visite chez le dentiste), parce que ce sont ceux qui rapportent le plus d’électeurs. Certes, les maladies « ordinaires » sont moins généreusement remboursées que les affections de longue durée. Mais la généralisation des complémentaires santé fait que, dans la pratique, un patient est mieux couvert lorsqu’il a la grippe que lorsqu’il a un cancer.

Notre absurde stratégie de dépense en santé

Pour mémoire, l’assurance maladie en France assume environ 250 milliards d’euros de dépenses annuelles, dont un petit 80 milliards pour les maladies graves.

Si la sécurité sociale constituait une protection sociale performante, elle allouerait à la prise en charge de ces maladies graves (le cancer, le SIDA, l’hépatite, le diabète, etc.) une somme d’au moins 100 milliards. Seule cette augmentation de dépense permettrait d’éviter tout reste à charge du patient.

Pour le coup, ce geste serait tout à fait mérité dans la mesure où le renoncement au soin pour ces maladies constitue une véritable prise de risque. Le sens de l’assurance maladie se situe là.

L’amélioration de la prise en charge du cancer est impossible en France du fait des arbitrages macro-économiques. Comme la sécurité sociale met absurdement (et pour des raisons électoralistes) dans la même enveloppe budgétaire les remboursements de maladies graves et ceux de maladies anecdotiques, il faut bien équilibrer les efforts. Pour que Madame Michu, qui se rend chaque semaine chez son médecin pour s’occuper et avoir une prescription, continue à être prise en charge à 70% par la sécurité sociale, on explique à la femme victime d’une mastectomie que la chirurgie réparatrice qui lui permettra de ne plus ressembler à une Amazone est à sa charge. Et ça coûte cher.

Au passage, on ne dit pas assez que la solidarité invoquée à tout bout de champ dans le domaine social fait toujours des victimes, et généralement ce sont les plus faibles. En l’espèce, on sacrifie volontiers la jeune maman frappée par le cancer pour s’occuper des plus âgés, généralement détenteurs d’un patrimoine, et très décomplexés sur la dépense en santé.

La question emblématique des lunettes

Dans cet inventaire à la Prévert de maladies, de médicaments et de dépenses en tous genres, la sécurité sociale fait très fort au nom d’un égalitarisme à trois francs six sous. Elle veut se mêler de tout, comme si toutes les maladies relevaient du même risque et de la même logique de remboursement, sans songer que ce sont chaque fois les maladies graves qui sont sacrifiées.

Les frais d’optique constituent sans doute l’exemple le plus emblématique de cette gabegie organisée au nom de l’égalité et de la fantasque universalité de la sécurité sociale. La sécurité sociale se sent obligée de rembourser toutes les lunettes et tous les verres prescrits par un ophtalmologue. Mais les montants de remboursements sont si ridicules qu’ils pourraient être supprimés sans qu’aucun assuré ne s’en aperçoive.

Au demeurant, le légitimité d’une intervention de la sécurité sociale dans les remboursements de lunettes est sujette à caution. La baisse de la vue est en effet un risque certain chez les humains. On n’est pas sûr d’avoir un cancer, mais on est toujours sûr de devenir presbyte. Alors pourquoi rembourser ce risque certain comme s’il était aléatoire?

En réalité, la prise en charge des lunettes relève de l’épargne et non de l’assurance.

Fillon propose une nouvelle logique du risque

Dans le projet de François Fillon tel qu’il est avancé aujourd’hui, l’idée sous-jacente est donc de revenir au sens original de l’assurance maladie: ne plus rembourser les risques certains, et concentrer les moyens sur les risques aléatoires. Laisser, au fond, chaque citoyen prendre ses responsabilités avec les petites maladies du quotidien comme la grippe ou la bronchite, la presbytie et même la rage de dents. En revanche, la collectivité pourra renforcer la prise en charge des maladies graves, chroniques, de longue durée, et retrouver des soins de très haute qualité pour ces profils à risque.

Entendons-nous sur ce que signifie « laisser chaque citoyen prendre ses responsabilités ». La France est dotée aujourd’hui d’un marché extrêmement mature de complémentaires santé. L’offre est pléthorique, concurrentielle, efficace. Pour les frais d’optique, pour les prothèses dentaires, il est acquis que l’externalisation du risque auprès de ces acteurs complémentaires permettra à la fois de diminuer les coûts et d’améliorer la qualité des soins.

En particulier, la bonne maîtrise des données de santé et le recours systématique à des réseaux de soins constitue une évolution importante dans la révolution sanitaire que nous pouvons engager, dans la mesure où elle permet de salarier les médecins qui le veulent et de garantir les meilleurs prix aux assurés et aux patients.

Combien ça coûte?

La question que se posent les Français, bien entendu, est de savoir si ce système rendrait la santé plus chère ou non.

Contrairement aux préjugés largement répandus, la réforme de François Fillon permettra de diminuer le coût de la santé pour les particuliers. En effet, ils troqueront des dépenses mal gérées par la sécurité sociale et les hôpitaux publics, contre une dépense soumise à la concurrence du marché et donc mieux gérée par des acteurs qui risqueront de perdre leur portefeuille en cas d’insatisfaction de l’assuré.

Pour arriver à ce système, l’assurance maladie perdra une partie de son périmètre d’intervention et pourra donc sensiblement baisser ses cotisations (ce qui libérera de la compétitivité pour les entreprises). Ces sommes libérées ne seront que partiellement compensées par la hausse des tarifs des complémentaires santé. L’assuré sera donc finalement gagnant.

La question de la sélection du risque

Certains ne manqueront pas d’opposer à ce raisonnement imparable la manie des assureurs de sélectionner le risque. Les prix baisseront, diront-ils, pour les jeunes en bonne santé, et augmenteront pour les vieux malades.

Ce point doit être traité sur le fond, car il est aujourd’hui perverti par l’égalitarisme apparent de la sécurité sociale, qui matraque les jeunes avec des cotisations élevées pour mal prendre en charge les plus âgés (on ne compte pas ici le nombre d’anecdotes sur les seniors qui passent des heures sur un brancard dans les couloirs des hôpitaux sans voir un médecin).

En réalité, la France n’a pas encore assumé la révolution du 4è âge qui devrait résoudre un grand nombre de ses problèmes. Le coût de la santé pour les seniors est en effet très lié aux derniers mois de vie, et même aux dernières semaines. Le moment vient sans doute de régler ce sujet en prévoyant d’autres modes de financement des soins pour ces sujets spécifiques, spécialement en faisant jouer les actifs successoraux.

Ces choix techniques indispensables permettront de rétablir une parfaite équité dans le système de santé proposé par François Fillon.

Juppé se remettra-t-il de ses clashs avec Fillon?

Article écrit pour RT FRance.

Alain Juppé peut-il encore gagner le suffrage de dimanche, après une première partie de semaine où ses attaques frontales contre François Fillon ont probablement laissé des traces? Alors qu’il s’est employé, lors du débat d’hier soir, à corriger cette terrible image d’une primaire tournant au pugilat et aux coups sous la ceinture, l’opinion devrait retenir une « déprésidentialisation » du maire de Bordeaux qui pourrait lui coûter cher.

Alain Juppé à front renversé

Pour Alain Juppé, le virage était difficile à négocier. Après avoir mené la course en tête, les deux épaules au-dessus du marigot où Nicolas Sarkozy attirait toutes les attentions et toutes les haines, le maire de Bordeaux s’est sans s’y attendre retrouvé pris en tenaille.

D’une part, la très nette longueur d’avance prise par Fillon l’a obligé à se « mouiller ». Brutalement, Juppé comprenait que la campagne menée depuis plusieurs mois sur les réseaux sociaux, le qualifiant notamment d’Ali Juppé, n’avait laissé aucun marqueur dans les sondages, mais avait profondément nui à sa crédibilité. Il était temps de sortir du bois et de montrer qu’il n’était pas le candidat de l’immobilisme que tout le monde décrivait.

D’autre part, Juppé a surpris les électeurs défavorablement en cassant son image « ronde » par ses attaques subites contre son rival. Pour le Français moyen, ce qu’il entendait dire de Juppé (cassant, méprisant, peu à l’écoute) et que Juppé s’était employé à cacher depuis longtemps, prenait soudain tout son sens.

L’effet sera probablement dévastateur dans l’opinion.

Un risque d’implosion de la droite

De fait, malgré les nombreuses promesses d’un débat digne, Juppé a semblé déraper par un discours musclé et agressif contre Fillon. Les attaques ont été maladroites pour plusieurs raisons.

D’abord, elles ont porté sur des sujets relativement inattendus et extérieurs au programme du candidat Fillon. En particulier, les attaques sur l’avortement ou sur le sexisme ont pris des allures de coups de poignard dans le dos inspirant une sympathie très relative aux témoins de la scène. Le fait que Nathalie Kosciusko-Morizet se répande sur le refus que Fillon lui aurait opposé de la nommer ministre du fait de sa grossesse a probablement constitué une sorte de comble qui a mis tout le monde mal à l’aise. Ainsi, après avoir déchiqueté Sarkozy, les « modérés » étaient prêts à réserver le même sort à Fillon?

Ensuite, Juppé, arrivé deuxième du premier tour, a pris des allures hautaines pour interpeller Fillon. En semblant lui demander des comptes à la manière d’un instituteur face à l’élève, Juppé a confirmé le pressentiment des électeurs sur l’arrogance tout énarchique de l’impétrant. En terme de positionnement, l’effet est redoutable.

Enfin, Juppé a commis une erreur de bleu, que n’importe quel commercial évite soigneusement: il a passé plus de temps à casser le programme de son adversaire (lui faisant ainsi une publicité inattendue) qu’à parler de son propre programme. Fillon n’en demandait pas tant.

Pour toutes ces raisons, la campagne de dénigrement de Juppé a constitué, pour la droite française, un choc probablement plus grand que toutes les polémiques qui se donnent libre cours depuis six mois.

La préférence des Français pour le prestige présidentiel

De fait, si la primaire de la droite a permis d’imprimer une leçon, c’est celle de la préférence populaire pour le prestige présidentiel. Drapé dans sa dignité de candidat au-dessus des polémiques partisanes, François Fillon a donné de lui une image rassurante d’homme de caractère qui se maîtrise et il a projeté sur la fonction à laquelle il aspire un prestige, une dignité, une hauteur, que les Français adorent.

Au fond, les Français ne veulent à l’Elysée ni d’un hyperactif, ni d’un bavard, ni d’un colonel de hussards. Ils veulent une personnalité distante, froide, à la limite de l’austérité, qui incarne plus la fonction par ses silences que par ses prises de parole.

L’habileté de Fillon a consisté à incarner ce modèle, jusqu’à donner le sentiment qu’il lui était naturel. C’est toute l’astuce du personnage. Certains ont bien esquissé la théorie du « faux dur », mais cette carte a été mal utilisée par Juppé, qui l’a transformée en outil de barnum (sur le mode du « moi, je suis un vrai dur », qui était grotesque) là où il fallait la jouer fine.

Reste que pour Fillon, l’opération de présidentialisation est une réussite.

La primaire laissera-t-elle des traces?

Pour la droite, la primaire risque en tout cas de ne pas être un jeu à somme nulle. Elle a constitué un moment fort, et substantiellement destructeur.

On ne parlera pas ici seulement de l’élimination de Nicolas Sarkozy, qui a ressemblé à une explosion en plein vol après un tir de missile. On parlera aussi et surtout des petites trahisons entre amis qui vont continuer à produire leurs effets dans le temps.

Ces effets devraient pénaliser longuement Valérie Pécresse, désormais unanimement surnommée Valérie Traîtresse, et Nathalie Kosciusko-Morizet, qui n’a pas brillé par des résultats détonnants, et qui devrait voir sa légitimité fortement contestée à Paris (où les fillonistes sont puissants). À n’en pas douter, la droite parisienne, qui s’est beaucoup dispersée durant cette primaire, risque de connaître quelques secousses dans les mois ou années à venir.

Quelques destins masculins resteront aussi, sans doute, en suspens. Bruno Le Maire en a pris un sacré coup en terminant cinquième, avec un score très faible d’une primaire qu’il comptait terminer sur le podium. Jean-François Copé est désormais perdu pour la science, et son score pathétique prend des allures d’hommage funèbre.

Mais, les urnes ont parlé.

Chômage: le livre noir de François Hollande

Article écrit pour le Figaro vox, sur le livre noir du chômage.

Encore une cérémonie du chômage et de ses chiffres, ce soir! L’homélie rituelle peut recommencer, avec la tension qu’on lui connaît, puisque François Hollande avait subordonné sa candidature à une amélioration des courbes. Si l’on en croit les rumeurs qui enflent dans Paris, les chiffres sont bons, puisque Hollande annoncerait sa candidature le 1er décembre et tiendrait son premier meeting de campagne le 10, à Paris, dans le 18è arrondissement.

Un vrai livre noir du chômage

Hollande pourra, de toute façon, tordre les statistiques dans tous les sens, et détourner l’attention avec toutes les confidences du monde auprès de tous les journalistes de la presse francophone qu’il voudra, le seul livre qu’il est légitime à écrire est le livre noir du chômage sous son quinquennat.

Rappelons que lorsqu’il arrive au pouvoir, la France compte un peu moins de 3,2 millions de demandeurs d’emploi en catégorie A. Elle en compte aujourd’hui près de 3,8 millions. Les cinq ans du quinquennat Hollande ont constitué un choc de 600.000 demandeurs d’emploi en plus. L’inversion de la courbe ne suffira jamais à faire oublier ce cataclysme.

Parlons, si l’on préfère, des chômeurs indemnisés. Durant le temps du quinquennat, ils sont passés de 2,3 millions à 2,8 millions. 500.000 personnes indemnisées en plus, alors que le nombre de mises en stage explose, dont le principal objet est de cacher le chômeur sous le tapis statistique.

Hollande, l’homme qui ne comprenait rien au chômage

Personne ne sera au demeurant surpris par la déroute française en matière de chômage. Pendant que tous nos voisins du Nord faisaient régresser le fléau dans leur pays, la France élisait un ancien haut fonctionnaire devenu professionnel de la politique à sa tête, un homme pour qui le chômage est un chapitre dans un manuel d’économie ingurgité avant le grand oral de l’ENA, entre le chapitre « politique monétaire » et le chapitre « politique énergétique ».

Quand on est dirigé par quelqu’un qui n’a jamais de sa vie recruté la moindre personne, sauf des fonctionnaires financés par l’impôt, on ne se surprend à contempler le désastre dans sa politique en matière d’emploi. Hollande fait en effet partie de cette caste d’énarques qui croient que ce sont les politiques publiques qui créent l’emploi, et qui peuvent tout en général.

Or, pour lutter contre le chômage, il faut un Président qui comprenne que les principaux acteurs de la bataille de l’emploi, ce sont les chefs d’entreprise qui recrutent, et non Pole Emploi ou les acteurs de la formation professionnelle.

Hollande ou le malthusianisme en matière d’emplois

De façon assez curieuse, et pour ainsi dire suicidaire, Hollande a donc, en 2013 lié son destin à une courbe du chômage qu’il a savamment fait monter par une série de tortures chinoises extrêmement raffinées.

Par exemple, François Hollande a concédé à la CFDT de multiples dispositifs bureaucratiques qui sont autant de tue-l’emploi et de trappes à chômage. Le compte pénibilité en est une superbe illustration. Il faudrait lui demander de le remplir chaque jour pour les collaborateurs de l’Elysée (coiffeur à 10.000 euros par mois compris) pour qu’il comprenne que cette invention est impraticable et participe des bonnes raisons que peut avoir une entreprise de quitter la France.

Par exemple, François Hollande n’a toujours pas réformé le mode du financement de notre sacro-sainte sécurité sociale, dont plus du tiers des ressources est apporté par les cotisations patronales. Nous sommes le seul pays industrialisé à pratiquer des charges patronales aussi élevées. Le message qui est envoyé de cette manière est simple: recruter, c’est une faute qu’il faut expier en payant une amende mensuelle massive.

On pourra faire toutes les baisses de charges, tous les crédits d’impôt que l’on voudra, le seul symbole demeure: qui recrute est en faute.

Bref, Hollande a, durant son quinquennat mis en place une doctrine malthusienne de l’emploi: moins on recrute, mieux on se porte. Et on s’étonne, dans ces conditions, que le pire survienne…

L’immobilisme en matière éducative est une bombe à retardement

Hollande ne s’est d’ailleurs pas contenté de sinistres son mandat. Il a organisé la défenestration économique de son successeur. Depuis 5 ans, en effet, Hollande pratique une politique totalement immobiliste en matière éducative, laissant éventuellement sa jeune ministre à la mine tirée à quatre épingles casser au collège ce qui pouvait encore marcher.

Les résultats à long terme de cette absence de politique se feront méchamment sentir: l’implosion éducative à laquelle nous assistons se traduit par une baisse cataclysmique du niveau des étudiants, qui complique singulièrement leur employabilité. Ce phénomène, bien sûr, échappe au statistiques, et c’est pour ça qu’il est très dangereux: il faudra des années pour l’enrayer. Et les jeunes peu formés qui sortent de l’université mettront toute une vie à rattraper leur retard.

Quelle classe sociale porte la révolution libérale conservatrice en France?

Comme le disait ce bon vieux Marx, nulle action politique sans une classe sociale pour la porter.

Si l’on veut comprendre quelque chose au score fleuve de Fillon dimanche dernier, il faut forcément chercher quelle(s) classe(s) sociale(s) l’a soutenu, sans quoi on est condamné à absorber l’intoxication ordinaire de BFM Business (le media de Patrick Drahi qui mise sur Juppé et Macron) selon laquelle les électeurs auraient majoritairement voté pour Fillon par hasard, et sans lire son programme. Car c’est bien connu, l’électeur est une brelle, tout juste un cerveau disponible pour les publicités de SFR et les achats conditionnés. Donc, si Juppé gagne, ce sera le triomphe d’électeurs enfin éclairés sur le vrai projet repoussoir de Fillon. Si Fillon gagne, ce sera la preuve de l’immaturité de l’électeur français, et un argument de plus pour ne plus solliciter son avis.

Une classe sociale révélée par Hollande

Paradoxalement, la classe sociale qui soutient Fillon est à la fois ancienne et nouvelle.

Ancienne, parce qu’elle regroupe l’aile la plus traditionnelle de l’électorat français, cette bourgeoise industrieuse, assez peu fonctionnaire, discrètement mais viscéralement attachée à des valeurs traditionnelles et à une identité somme toute assez claire.

Nouvelle, parce que son affirmation politique, sa conscientisation comme on disait au temps du marxisme triomphant, est indissociable du naufrage Hollande. Depuis 2012, cette classe sociale se reconnaît au matraquage fiscal dont elle a fait l’objet au nom du « redressement dans la justice » cher à Ayrault. Elle se reconnaît aussi aux mesures « anti-familles » qui ont été prises durant le quinquennat, et qui excèdent largement la question fiscale et le mariage gay. Elle est catastrophée par l’école publique et son implosion, et par la bienveillance vis-à-vis de l’Islam dont témoigne une grande partie de la gauche.

Ceux-là ont ingurgité un breuvage saumâtre depuis plus de quatre ans, et, moyennant quelques arrondis sur tel ou tel point du programme, ils ont tacitement décidé de se liguer pour mettre en place une autre politique.

Une classe sociale conscientisée

Contrairement aux affirmations répétées partout par ceux qui n’avaient anticipé ni le Brexit ni la victoire de Trump, et par ces étranges esprits qui se convainquent que rien ne bougera jamais, que l’ornière dans laquelle nous sommes est si confortable qu’elle est un horizon indépassable, ceux qui ont voté Fillon ont voté pour qu’il y ait « du sport ». L’erreur consiste à croire le contraire.

De ce point de vue, la répétition à l’envi par Alain Juppé des risques liés à un projet « brutal » constitue probablement un cadeau inespéré pour Fillon lui-même. Quel candidat ne rêverait pas d’être attaqué par un adversaire sur le mode du « Attention, il va réellement mettre son programme en oeuvre, et ça va faire bizarre! »? C’est pourtant ce cadeau-là que Juppé offre à son adversaire, en le campant dans le rôle de celui qui agira, et en suggérant à ses électeurs que lui-même ne fera rien.

Si l’on admet l’hypothèse que Fillon est le candidat du ras-le-bol fiscal, Juppé ne pouvait mieux le servir que par ses attaques sur la brutalité de la casse à laquelle il se prépare. C’est précisément ce que veulent les électeurs.

Les effets de la crise, de la mondialisation et de la numérisation

Au-delà de la révolte contre un impôt vécu comme injuste, François Fillon bénéficie d’un autre effet structurant dans la classe sociale qui le soutient: il récolte les fruits de la mondialisation et de son impact après la crise de 2008. Dans les urnes, en effet, ont voté Fillon ceux qui tous les jours doivent lutter à armes inégales contre des concurrents étrangers. De ce point de vue, le vote Fillon n’est pas éloigné du vote Trump.

Comment lutter dans un univers auto-proclamé de libre-échange, où la concurrence est accélérée, intensifiée par la numérisation, alors qu’on avance pieds et poings liés. Entre la prolifération réglementaire, l’absence de croissance et l’engourdissement progressif d’une société sclérosée par une administration pléthorique, il se trouve un nombre grandissant de Français convaincus que leur salut passer forcément par une saignée dans la société. C’est particulièrement vrai pour tous ceux qui parviennent à dégager des marges ou des profits, mais qui constatent que chaque pas en avant qu’ils font est un suivi d’un pas en arrière imposé par la technostructure.

Une tension forte avec l’aristocratie au pouvoir

Les relations entre cette bourgeoisie industrieuse et l’aristocratie au pouvoir sont au coeur du vote Fillon. L’intéressé l’a rétrospectivement compris en reprenant à son service le discours trumpien de l’anti-système. Je dis que cette récupération est rétrospective, car le rejet des élites ne constitue pas le fonds de commerce de l’ancien Premier Ministre. D’ailleurs, il s’est doté d’une discrète équipe de campagne directement issue de la technostructure. C’est à l’usage seulement qu’il a découvert que beaucoup de ses électeurs attendaient de lui une véritable révolution conservatrice.

Et c’est bien ce qui se jouera, somme toute, en 2017. Fillon n’a de chance de gagner ce dimanche, et en mai 2017, que si et seulement si il parvient à endosser l’étendard de cette révolution, qui, au sens propre, aspire à un changement de régime. Dans celui-ci, on jette pêle-mêle les medias subventionnés qui maintiennent une chape de plomb sur le débat public, l’omnipotence des hauts fonctionnaires, l’inflation des élus en tous genres et la religion de l’impôt.

En quelque sorte, Fillon doit constituer une synthèse crédible entre la droite modérée et le Front National. Les jours qui viennent nous diront s’il est prêt à le faire.

Fillon face à la réaction nobiliaire

La réaction nobiliaire se crispe. Pour Fillon, c’est brutalement Orages d’Acier qui se joue. Le tir de barrage est violent, et le candidat est sommé de prouver sa moralité sur les points qui font les marqueurs nobiliaires: l’avortement est-il ou non un droit fondamental? Russie ou pas Russie? colonialisme ou pas colonialisme? La police de la pensée vérifie ses papiers pour être sûr qu’il n’est pas un indésirable.

Quelle aristocratie impose la réaction nobiliaire?

L’exercice n’est pas sans intérêt. Il fait tomber les masques et montre qu’il existe une plus grande proximité entre une certaine gauche et une certaine droite, qu’entre les composantes de la droite elle-même. Ceux qui, après l’élection de Trump, rejetaient le procès fait aux élites (indiquant qu’elles n’existaient même pas, ou alors qu’on avait besoin d’elles) sont aussi les premiers à agiter les angoisses qu’un Fillon peut susciter.

Ce gars-là serait passé en quelques années d’un gaullisme social à une sorte de prélude au fascisme. Il nierait le droit des femmes. Il condamnerait l’avortement. Il ferait partie d’une conspiration tentaculaire ourdie par l’extrême droite catholique, etc. Tous les bien-pensants prompts à dénoncer le complotisme chez les autres s’en donnent à coeur joie à leur petit complotisme à eux.

Qui sont-ils? on retrouve dans les rangs de ces honnêtes gens toute la classe sociale dirigeante, protéiforme et parfois dissonante, qui tire profit de la vague étatiste depuis 30 ans: ceux qui ont prospéré avec Mitterrand, et ont applaudi lorsque Chirac, puis Sarkozy, renonçaient à réformer la rente. Ceux qui se savent menacés par la révolution numérique parce qu’elle rebat les cartes du pouvoir et qu’elle compromet l’ordre qui les légitime.

Les bien-pensants craignent que Fillon mette son programme en oeuvre

Ceux-là ont une idée en tête que l’on comprend en creux.

Avec un Juppé, les règles étaient simples: Marine Le Pen ferait un bon score, et Juppé victorieux avec les voix de la gauche mettrait de l’eau dans sa bière pour supprimer toute forme d’alcool. On en reprendrait pour cinq années d’immobilisme et d’arbitrages à la petite semaine, un coup à droite un coup à gauche et que je navigue à vue pour éviter les secousses.

La méthode est bien connue. Elle est celle qui plaît à l’aristocratie française depuis qu’elle se sait en sursis, qu’elle se cramponne à la paroi en espérant mourir de mort naturelle avant que le naufrage définitif ne se produise. « Encore un instant Monsieur le bourreau ».

Avec Fillon, les règles changent. Le bonhomme ne doit pas son bon score à des émissions de complaisance, de copinage, où un magnat de la presse lui rend un service en échange d’une bienveillance une fois au pouvoir. Il doit son succès à une campagne menée en marge des médias subventionnés. Donc… on ne le tient pas. Si cela se trouve, son programme, il va réellement le mettre en oeuvre.

La peur de voir une longue lignée d’immobilistes interrompue par un fou qui mettrait ses promesses en oeuvre, voilà ce qui parcourt la bien-pensance aujourd’hui.

Qui soutient Fillon aujourd’hui?

Et soudain c’est une autre France qui se dévoile dans les rangs discrets de ceux qui ont voté Fillon. On y trouve un étrange et peut-être éphémère conglomérat de bourgeois catholiques Cyrillus, de chefs d’entreprise au bord du burn-out, de cadres dirigeants, d’insiders, qui savent que la machine est grippée et qu’elle roule sur la jante depuis 2012.

Tous ceux-là sont au fond la bourgeoisie qui a fait 1789: ceux qui absorbent chaque jour le choc de la révolution numérique, avec aux pieds les boulets d’une réglementation française foisonnante et obsolète. Ceux-là savent que la condition de survie dans un monde métamorphosé consiste bien à tailler dans le dur des normes qui figent le pays, à changer de peau. Ceux-là parient, à tort ou à raison, que Fillon est une sorte de dernière chance avant le naufrage.

Comme en 1789, la réaction nobiliaire

Entre l’aristocratie qui vit des prébendes, du « système », du capitalisme d’Etat, et la bourgeoisie fatiguée qui tente de se frayer un chemin dans une concurrence mondialisée, le choc est déjà rude, et il le sera plus encore demain.

L’affrontement entre l’ancien inspecteur général des finances, le septuagénaire Juppé, qui parle de modernité, et l’avocat Fillon, le moins diplômé des candidats de la droite avec Nicolas Sarkozy, est tout un symbole. D’un côté, une caste convaincue par le diplôme de détenir les clés du système. De l’autre, le groupe des hussards impatients (mais le feront-ils vraiment?) de donner un coup de pied dans la fourmilière. Réaction nobiliaire face à la survie par la révolution.

Lorsque Juppé évoque la reconstitution de l’équipe de 2007, c’est évidemment ce conflit social-là, qu’il ressuscite, ce mépris discret, implicite, qu’il attise pour défendre son bout de gras. Il n’est pas sûr que cette stratégie soit gagnante…

Juppé jette le masque

Au passage, on se délectera de l’espèce de bonhomie avec laquelle Juppé, dans ses attaques contre Fillon, trahit ses véritables intentions immobilistes, lorsqu’il dénonce notamment la « brutalité » du programme de son adversaire.

Enfin le maire de Bordeaux a attaqué « la brutalité » du programme économique « mal étudié » et qui n’a « pas de sens » de son adversaire, notamment les suppressions de 500 000 postes de fonctionnaires.

Ne pas être brutal… un refrain bien connu en France depuis 30 ans, qui signifie: dilapidons le patrimoine des anciens, au lieu de nous serrer la ceinture pour nous changer. Et c’est bien cette espèce de mollesse, avec son cortège d’amortisseurs sociaux, qui constitue le grand principe de gouvernance de l’aristocratie française. Pour rester au pouvoir, il faut caresser le peuple dans le sens du poil et l’endormir aussi longtemps que possible.

Populisme et réaction nobiliaire sont inséparables.

Supprimer 500.000 fonctionnaires: qui n’y croit pas?

Supprimer 500.000 fonctionnaires au lieu de 300.000, est-ce ou non possible? Le débat va enfler dans les jours qui viennent avec la candidature de François Fillon. Qu’il me soit permis d’y ajouter une contribution personnelle, parce que, une fois de plus, les débats vont nous délecter.

Une brève histoire de la fonction publique en France

Curieusement, l’INSEE, comme la direction générale de la Fonction Publique, évitent de faire trop de publicité aux séries longues sur l’emploi dans la fonction publique. Il faut fouiller dans le projet de loi de finances pour retrouver un tableau qui fait sens:

fonctionnaires

C’est à peine lisible! Mais avec une loupe, on comprend que la France comptait 5 millions de fonctionnaires en 2002. Elle en compte 5,5 millions aujourd’hui. Elle en comptait 4,6 millions en 1996. En vingt ans, la France a créé 1 million d’emplois de fonctionnaires. Pendant ce temps, la dette publique a explosé, l’éducation publique s’est effondrée, l’université aussi, et les rues de nos villes n’ont jamais été aussi dangereuses.

Preuve est faite que nous étions mieux administrés avec 1 million de fonctionnaires en moins.

Les fonctionnaires travaillent-ils?

Au passage, personne n’a jugé utile de demander des comptes aux fonctionnaires sur leur temps de travail. Un rapport publié cette année l’a bien rappelé, mais il soulignait la difficulté de suivre le temps de travail effectif dans la fonction publique.

En réalité, très peu de fonctionnaires doivent « badger » et, quand ils badgent, les méthodes de calcul sont fantaisistes.

Comment je supprimais des emplois dans la fonction publique

Moi qui fus fonctionnaire, je me souviens encore de la méthode infaillible que j’utilisais pour convaincre un fonctionnaire de quitter son poste. Je regardais son salaire. Comme j’étais chargé des paies, j’avais réalisé un classement global des salaires, en incluant les primes. Je savais donc que les fonctionnaires les mieux payés étaient généralement les plus pistonnés, mais certainement pas les plus travailleurs.

Donc… je recevais le fonctionnaire qui me semblait inefficace et lui expliquait que, au vu de son salaire, il me paraissait indispensable d’augmenter sa charge de travail. Certains, dans les services que je dirigeais, travaillaient moins de vingt heures par semaine, même si officiellement ils en prestaient 35. Ils n’avaient tout simplement pas assez de travail pour s’occuper si longtemps.

Alors, face à la menace de devoir travailler plus, ils demandaient une mutation en urgence et partaient se planquer ailleurs.

J’ai, encore vivant en mémoire, l’exemple de la maîtresse d’un ancien directeur du conseil régional d’Ile-de-France qui s’était trouvé un poste en quinze jours après notre entretien. Il me semble qu’elle ne travaillait pas plus de 10 heures par semaine, pour un salaire (il y a dix ans!) de plus de 4.000 euros nets par mois…

Mais bien sûr, on ne peut pas supprimer 500.000 postes en France.

Fillon, Trump: le retour de la Russie au centre du jeu

La victoire de François Fillon dimanche soir a surpris. Elle s’intègre pourtant dans un mouvement global qui traverse le monde occidental et souligne que la France n’est pas « en retard » sur ses voisins, au moins dans ses aspirations. À de nombreux égards, en effet, le programme de François Fillon appartient à une sorte d’ensemble qui émerge en Occident, et dont la victoire de Trump constitue l’illustration la plus flagrante.

Trump et Fillon, et leurs parentés idéologiques

Tiens! quand on les lit du même côté, les programmes de Trump et de Fillon en matière de commerce extérieur et de patriotisme économique ne sont pas complètement éloignés. C’est vrai que Fillon a fait campagne, en son temps, contre le traité de Maastricht.

Voici ce que Fillon propose sur la construction européenne:

La France doit reprendre la première place et sensibiliser les autres pays européens sur l’urgence de créer une Europe respectée par nos principaux partenaires et notamment les Etats-Unis et la Chine. Pour cela, la France a tous les atouts structurels pour engager les pays européens sur le chemin de réforme. Sa démographie, la productivité de sa main d’œuvre, la qualité de ses équipements publics, de ses infrastructures, de ses services publics, ses paysages, sa culture, la force de ses entreprises mondiales ainsi que notre armée, la seule opérationnelle sur le continent européen font que nous sommes le seul pays à pouvoir engager l’Europe vers un nouveau chemin.

Reconstruire l’Europe autour de la France. Sur le fond, François Fillon est proche d’une affirmation nationale qui n’est pas étrangère à celle de Trump.

Le retour de la Russie

Mais le point majeur à souligner est évidemment celui de la relation avec la Russie, qui marque autant le programme de Trump que celui de Fillon (encore que ce dernier n’ait pas clairement mentionné la Russie dans son texte). On le sait, Fillon est favorable à un renversement d’alliance en Syrie. Il propose un dialogue renouvelé avec la Russie.

Il rejoint ici la ligne de Trump aux Etats-Unis, lui aussi favorable à une modification en profondeur des relations bilatérales russo-américaines. Nul ne sait s’il parviendra effectivement à imposer cette nouvelle ligne à la grande machine administrative et militaro-industrielle américaine. Mais l’intention affichée est celle-là et elle rejoint la vision fillonesque.

Vers un nouvel ordre mondial?

L’émergence de Fillon en France, celle de Trump aux USA, pourraient modifier en profondeur l’ordre mondial fondé aujourd’hui sur un leadership solitaire et chaotique de la puissance américaine. Après l’effondrement soviétique des années 90, la Russie est en train de reprendre doucement sa place dans cet ensemble.

Cette évolution est porteuse de multiples conséquences: fin du multilatéralisme économique, retour à un bilatéralisme diplomatique, rééquilibrage des relations avec l’Europe orientale au détriment de l’Allemagne et au bénéfice de la Russie.

L’Allemagne mise en difficulté

Dans ce rééquilibrage, la position de l’Allemagne devrait être fragilisée. Grande vainqueur de l’ouverture de l’Union à l’Est (grâce à laquelle elle a récupéré le Lebensraum perdu en 1945), l’Allemagne devrait marquer le coup et se trouver en délicatesse avec sa stratégie d’influence sur les cendres de la Russie soviétique. Ce changement dans le rapport de force devrait être rapidement visible en Ukraine, où le gouvernement indépendantiste sera probablement la première victime du repositionnement euro-américain.

Mais c’est surtout en Turquie que la situation devrait changer. On voit mal sur quel allié (en dehors de Merkel) Erdogan pourrait encore compter pour reconstruire sa dictature locale.

Une réorientation de l’Union Européenne

Tout laisse à penser que, parallèlement, l’Union Européenne connaîtra un repositionnement en profondeur. Dans l’hypothèse d’une élection de François Fillon à l’Elysée, ce repositionnement est inévitable. Le couple franco-allemand devrait en prendre un coup, au bénéfice d’un rapprochement avec la Russie. Fillon, adversaire du traité de Maastricht, ne devrait pas être le meilleur allié de Merkel pour défendre une politique de l’euro fort et une stratégie multilatérale désincarnée.

Fillon crée la surprise, Hollande en route vers la primaire

Fillon devrait créer une belle surprise ce dimanche à la primaire des Républicains. Pendant ce temps, plus personne, dans le camp de Hollande, n’a le moindre doute sur l’intention du Président de descendre dans l’arène pour la primaire.

Fillon porté par une vague de dernière minute

Ce matin, j’ai reçu dans ma boîte mail un appel un peu inattendu à voter Fillon. L’appel vient d’un partenaire qui n’a pas coutume de « mouiller » sa chemise de cette façon. Ce genre de petit incident constitue un signal faible précieux sur la tectonique des plaques à l’oeuvre à droite, loin du regard des caméras et des médias subventionnés.

Paradoxalement, d’ailleurs, l’indifférence de ces medias pour Fillon a probablement aidé à la survenue de ce mouvement. Fillon n’apparaît pas comme un fake imposé par l’élite parisienne. Il n’est pas une coqueluche que l’on sert au fin fond des campagnes à coup de publicité grossière, d’interviews complaisantes qui n’ont pas plus de contenu que des sports publicitaires.

Si Fillon devait se qualifier pour le second tour, la leçon mériterait d’être retenue par tous les autres candidats: si vous voulez être populaires, abstenez-vous des médias subventionnés. Ils ne portent pas chance!

Le nouvelle ne serait en tout cas pas très bonne pour Macron.

Fillon sur une ligne libérale

L’autre avantage, pour Fillon, de ne pas avoir eu besoin des medias pour créer ce sursaut tient à la virginité de son programme, qui comporte la plus forte dose de libéralisme dans le scrutin. Sa légitimité à la défendre sera forte, car il pourra se revendiquer d’un soutien populaire, d’une vague venue du sol, et non d’un caprice imposé par les élites.

Parmi ceux qui me disent aller voter Fillon, je suis par ailleurs étonné de lire le nom d’un certain nombre de gaullistes sociaux qui ne se sont pas retrouvés dans le programme de Juppé, ni dans celui de Sarkozy. Cela signifie donc qu’une prise de conscience s’est faite, même chez les plus étatistes, sur l’excès d’Etat qui existe en France.

Par-delà les idéologies, il existe une sorte de sentier historique des peuples. La France n’abandonnera jamais sa sphère publique. Elle aime trop l’Etat et ses bienfaits. Mais elle aime quand même avec mesure. Lorsque les dépenses publiques franchissent la barre des 50% du PIB, la respiration du pays se fait plus difficile et la vitesse ralentit. Le vote Fillon correspondra bien à cette réaction contre la suffocation lente qui nous étouffe depuis 2008.

Mais qui Fillon est-il en train de sortir?

Reste à savoir quel candidat souffrira le plus de ce « moment Fillon ».

Est-ce Juppé, qui a vécu la malchance de faire la course en tête des sondages? Du coup, il est apparu comme le favori du gouvernement profond et les rumeurs à droite, sur son cas, sont allées bon train. Certains soutenaient même que la candidature Juppé était très soutenue par les Américains. À force de se présidentialiser, en tout cas, Juppé a donné le sentiment d’une aspiration à l’immobilisme avant même d’avoir été élu. Ses références à Chirac n’ont pas aidé à le sortir de cette ornière.

Est-ce Sarkozy, qui a reçu des coups terribles pendant la campagne? Le livre de Buisson l’a littéralement assassiné en tapant sur une blessure ouverte. Depuis plusieurs mois, beaucoup à droite répétaient que le bilan de Sarkozy ne plaidait pas en sa faveur, et certains avaient le pressentiment que le personnage était capable de mentir comme un arracheur de dents. À tous ceux-là, Buisson a apporté une confirmation qui pèse lourd, aujourd’hui, dans les arbitrages de dernière minute.

Rendez-vous dimanche soir pour savoir le résultat des courses.

Hollande va se présenter

La campagne s’achève à droite, et devrait commencer à gauche. Dans les allées du pouvoir, tout le monde en est convaincu: Hollande annoncera sa candidature début décembre. Vous avez détesté la primaire de la droite? Vous abhorrez plus fort la primaire de la gauche.

Bref, Hollande tiendra, comme prévu, un meeting début décembre dans le 18è arrondissement pour déclarer sa candidature. Qui la fera avec lui? On s’en amuse déjà. Personne, à gauche, ne croit à la victoire, et même pas au passage au second tour. Tous contemplent avec stupéfaction le suicide en bon ordre de leur leader, qui entend bien, façon Sardanapale, être enterré avec ses esclaves et ses favorites (et même avec ses chevaux).

En avant donc, pour une guerre fratricide à gauche à propos de laquelle les mauvais esprits pronostiquent une victoire finale de Mélenchon, au premier tour de la présidentielle.

Les primaires tuent-elles la démocratie?

Les primaires devaient – et c’était une bonne idée – participer à la démocratie en rendant plus transparent le fonctionnement des partis politiques. Leur déroulement pourrait très bien aboutir au contraire: à force d’allonger la campagne électorale, et d’enchaîner débats confus pour ceux qui cherchent une investiture, et discours vides pour ceux qui font cavaliers seuls, les primaires forgent progressivement une lassitude pour le formalisme démocratique sans véritablement atteindre le fond des problèmes.

Un calendrier infernal

Avec les primaires, la campagne électorale dure un an. Les législatives s’achèveront en juin 2017, et c’est en juin 2016 que les rivalités pour les primaires ont commencé. En poussant le bouchon, on pourrait même identifier le début de la campagne à droite vers le mois d’avril ou mai 2016.

Avec plus de douze mois de préemption du débat public par les discours de campagne, le citoyen a le vertige: la démocratie, n’est-ce que préparer des élections? Le calendrier des primaires produit une sorte d’excès de débat, d’hyperactivité oratoire qui discrédite l’exercice.

On notera qu’aux Etats-Unis, les primaires démocrates et républicaines sont conduites en même temps.

Les débats se suivent et se ressemblent

Dans la lassitude qui gagne, la succession de débats répétitifs ajoute un ennui à tant d’autres. Le débat qui avait lieu hier soir entre candidats républicains l’a encore montré. Qui écoute encore sept personnalités dont les désaccords sont connus échanger de façon mécanique leurs divergences de vue sur les mêmes dossiers?

On pourrait s’en amuser si l’effet induit par cette sorte de rituel n’était pas à l’exact opposé des intentions affichées. Dans la pratique, on peine à croire que la famille républicaine puisse avoir encore des débats sereins dans les années à venir, notamment en présence de Nicolas Sarkozy. Sur le fond, il est quand même compliqué de comprendre que des gens qui appartiennent au même parti et se fréquentent depuis tant d’années aient encore besoin de débats aussi longs pour convaincre.

Les Républicains ne vendront pas de rêve

Une chose est sûre à l’issue du débat: le candidat républicain, s’il est élu à l’Elysée, ne rasera pas complètement gratis. Dans tous les cas, il promet une curée dans les effectifs de la fonction publique. Même Juppé supprimerait 300.000 fonctionnaires.

Nul ne sait si ces promesses seront tenues, mais un fait marque les esprits. Les Républicains n’ont pas vendu de rêve et ont eu à coeur de chiffrer leur programme. Certains ont même pondu des encyclopédies sur le sujet, comme Bruno Lemaire, devrait se prendre une veste. Tout ça pour ça! dommage pour ceux qui ont passé des nuits à tenir la plume.

On verra en mai si la tactique de la vérité (partielle, forcément, dans ce genre d’exercice) est payante.

Macron se différencie en vendant du rêve

Quelques heures avant le débat des Républicains, BFM TV retransmettait en direct le meeting de Macron à Marseille. Façon caucus américaine, Macron a prononcé un discours plein de promesses, aux antipodes de la technique en vigueur chez les Républicains. Ici, on vend du rêve et de l’optimisme, pas du sang, de la sueur et des larmes. La tactique sera-t-elle payante?

Macron a quand même quelques épées de Damoclès au-dessus de la tête, notamment sur ses relations avec les milieux d’affaires qui font sa campagne. Pour l’instant, il joue l’homme libre révolté contre le système. Combien de temps durera cette imposture?

Celui qu’il faudra sans doute pour l’obliger à chiffrer son programme et à dire clairement qui paiera pour qui, sans effet de manche inutile.

La démocratie fatiguée

Reste que la démocratie sortira sans doute très fatiguée de cet exercice où le citoyen se transforme en spectateur hyperactif d’un déluge rhétorique où tout et son contraire lui sont promis. On aurait voulu non pas banaliser, mais rendre insignifiante la parole politique, qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

Réflexion faite, à l’issue de ce premier cycle de primaire généralisée, on comprend mieux pourquoi les Américains votent peu le jour du scrutin.

L’étrange destin de Jean-François Copé

Article écrit pour Atlantico.

L’aventure de Jean-François Copé dans la primaire des Républicains constitue probablement l’un des moments les plus étranges de ce scrutin. On le regrettera, sur le fond, car le bonhomme était prometteur et avait devant lui un destin utile au pays.

L’incontestable compétence au pouvoir

Du parcours de Jean-François Copé, on préfère retenir le passage au ministère du Budget, où le bonhomme a laissé le souvenir d’une personnalité compétente, connaissant ses dossiers et gérant bien les affaires de l’Etat. Tel était Copé dans sa version initiale, lorsqu’il n’était pas enivré par le fric facile des années 2000. Ses amis de Bygmalion n’avaient pas encore construit leur fortune sur des « coups » obtenus grâce à de l’entregent.

En suivant son bonhomme de chemin, Copé se serait probablement imposé comme le meilleur de sa génération.

Copé a-t-il voulu aller trop vite?

Puis il y eut ce qu’on connaît: l’empoignade avec Fillon en 2012, qui suit, mais l’opinion ne le sait pas encore, les affaires avec Bygmalion. Comment un destin aussi brillant peut-il brutalement basculer dans ce grand n’importe quoi ? Entretemps, l’opinion publique a vu les photos de Copé autour de la piscine de l’inévitable Takieddine, qu’on retrouve aujourd’hui dans les affaires de financement libyen. L’homme a viré dans un autre monde, sans foi ni loi. Et soudain, Copé fait oublier ses compétences et n’existe plus que par les affaires: celles d’un homme qui semble ne reculer devant rien pour réussir.

Est-ce une ambition démesurée, mal calibrée, mal maîtrisée? Le mal est fait.

Monsieur 1%

Son retour dans la primaire des Républicains est inespéré mais, d’emblée, ressemble comme deux gouttes d’eau au retour de Monte-Cristo. Le propos de Copé n’est pas inintéressant d’ailleurs. Il propose des mesures utiles, comme la fin du paritarisme. Mais tout se passe comme si son discours était un prétexte à une réhabilitation vengeresse. Au fond, le programme est un écran de fumée qui peine à dissimuler l’immense rancoeur qui habite l’homme.

L’opinion publique s’en rend compte, qui n’accorde pas plus de 1% d’intentions de vote à l’ancien président du parti.

Le rejet de Fillon et de Sarkozy

Du même coup, Copé a des comptes à régler. Avec Fillon, bien sûr, qui a contesté sa courte victoire en 2012. Les plaies ne sont pas fermées. Avec Sarkozy, bien sûr, qui a reporté sur lui la responsabilité de l’affaire Bygmalion. Entre ces trois-là, les cadavres sont nombreux et les haines vivaces. Et Copé la joue un tantinet Caliméro en jugeant que les Français sont plus exigeants avec lui qu’avec Sarkozy.

L’improbable rapprochement avec Juppé

Certaines portes étant impossibles à ouvrir, Copé revient aux stratégies de repli. Il a souligné aujourd’hui sa proximité avec Alain Juppé. Voilà qui sent le ralliement de dernière minute, sur des bases idéologiques qui semblent très complexes à saisir.

Si les deux candidats se rejoignent sur le recours (très autoritaire et étatiste) aux ordonnances, ils se divisent sur le reste. En particulier, Copé propose la fin de la sécurité de l’emploi pour les fonctionnaires. On voit mal Juppé se rallier à cette idée. Comme le dit très bien Copé, son alliance éventuelle avec Juppé reposera d’abord sur des filiations personnelles. Pas sur une unité idéologique.

Et si l’on importait les pratiques américaines?

Le spectacle offert par cette campagne désole. Au moment où Emmanuel Macron menace les Républicains sur leur flanc gauche, les plus droitiers feraient bien de se rassembler.

Les primaires américaines donnent quelques astuces pour éviter ces situations extrêmes. Par exemple, lorsqu’un candidat n’a plus aucune chance, il abandonne plutôt que de pousser son échec jusqu’au bout. La manoeuvre évite une désintégration complète du débat. Voilà une idée qui mériterait d’être creusée.