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Duflot victime d’une élection truquée par le PS?

La cinglante défaite de Cécile Duflot à la primaire des écologistes pose quelques sévères questions sur la façon dont le scrutin s’est déroulé. Rien n’est prouvé, mais l’amateurisme avec lequel le vote était organisé a ouvert de sérieuses brèches dans sa fiabilité. Jusqu’à nourrir un soupçon de trucage par un PS désireux de lui faire manger la poussière? Les Verts gagneraient à examiner la situation avec attention, même si l’arrogance avec laquelle Cécile Duflot a abordé le scrutin n’a pas joué en sa faveur.

Une participation plus forte que prévu

Forcément, quelque chose étonne de prime abord dans cette primaire écologiste: le parti compte un maximum de 7.000 adhérents et a peiné à leur envoyer le matériel électoral. Les sondages créditent le candidat écologiste de 2% d’intentions de vote aux présidentielles, soit une popularité quasi-confidentielle. Et hop! 17.000 personnes se sont inscrites et 12.000 ont voté.

Les amateurs de mathématique électorale ont noté qu’il a manqué 6 points à Cécile Duflot pour atteindre le second tour (puisqu’elle a recueilli 24% des voix, alors que Michèle Rivasi, deuxième du scrutin, en a recueilli 30%). Sa défaite s’est donc jouée à moins d’un millier de voix, mais avec des électeurs non connus du parti.

Une organisation bancale

De l‘aveu même de David Cormand, secrétaire général du parti, 10% environ des 17.000 inscrits présentaient un risque de fraude. Sur ce point, la machine écolo a semblé extrêmement dilettante, revendiquant de ne pas vérifier les identités des électeurs. Pour Cécile Duflot, cette légèreté se révèle brutalement douloureuse.

Si l’on ajoute à ces manquements les faiblesses globales de l’organisation, raillées par l’histoire de Gaston Lecat, qui aurait pu voter semble-t-il, alors qu’il est un chat, on s’interrogera donc sur les 750 voix environ qui ont manqué à Cécile Duflot pour être deuxième, et sur les 1.000 voix qui lui ont manquées pour être en tête.

Quand Hollande parlait du suicide politique de Duflot

Difficile ici de ne pas se souvenir des paroles prophétiques tenues par François Hollande à propos de Cécile Duflot en 2015:

« Cécile Duflot est intelligente, elle comprendra », même si elle « fait une fixation sur Valls ». « On peut empêcher quelqu’un de se suicider trois fois, quatre fois, mais la cinquième peut-on encore le retenir ? »

Entre le combat que Duflot a mené contre Valls et celui qu’elle a mené contre Hollande (en sortant un livre pour dire tout le mal qu’elle pensait de sa politique), le pouvoir en place ne manquait de raison de profiter discrètement des failles dans l’organisation du scrutin pour mettre l’ex-ministre à terre.

Une confiance étonnante de la candidate

Le plus étonnant (et qui démontre que Duflot n’est absolument pas prête pour un scrutin présidentiel) tient à la naïveté avec laquelle elle a abordé la primaire.

Quelques jours avant le vote, les proches de la passionaria des Verts espéraient qu’elle allait l’emporter dès le premier tour.

On peut se demander dans quelle mesure cette confiance ne constituait pas une forme d’arrogance vis-à-vis des enjeux du scrutin.

Duflot et les lieux communs de la boboïtude

Dans le même ordre d’idées, on se délectera des certitudes péremptoires de la non moins péremptoire Caroline de Haas, sa directrice de campagne, convaincue de détenir la vérité universelle en toutes choses. Ses annonces d’avant scrutin sur sa campagne 2.0 ultra-moderne rappellent combien il est maladroit de vendre trop tôt la peau de l’ours:

Caroline de Haas explique avoir utilisé la technique de « la chaîne de SMS » pour la campagne de Cécile Duflot. « Ces SMS ont été envoyés par une centaine de militants et de militantes à une centaine de contacts. » Les deux femmes ont également envoyé plusieurs centaines de mails pendant toute la campagne, jusqu’à la clôture des inscriptions.

La conviction des deux femmes était alors que Duflot serait élue dès le premier tour. Ou comment, à force de vivre en vase clos, on se persuade de l’existence de ses propres croyances.

Le rejet du bling-bling par les électeurs?

Reste que, influence extérieure sur le vote ou pas, Cécile Duflot a probablement cru que sa posture d’ancienne ministre chouchoute des médias suffirait à la qualifier face à ses petits camarades. Et c’est probablement la leçon à retirer de cette gamelle magistrale: l’époque n’est plus aux victoires électorales sur la notoriété ou sur la légitimité du pouvoir. Elle est aux victoires sur la compétence technique.

Vers un second tour Le Pen-Mélenchon?

Et si le second tour n’opposait pas un candidat de la droite à Marine Le Pen, mais ce joker de gauche qui commence à se profiler: Jean-Luc Mélenchon? Il est assez drolatique d’imaginer à quoi pourrait ressembler le conflit des programmes dans ce cas de figure, et l’abime de perplexité dans lequel l’opinion « modérée » sera plongée.

Une position acquise pour Marine Le Pen?

Premier point, l’opinion est préparée depuis plusieurs mois à une présence quasi-certaine de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Les résultats des régionales suffisent à expliquer le problème. Au premier tour, le Front National est devenu le premier parti politique de France, avec 6 millions de voix, soit 250.000 de plus que les Républicains, et un million de plus que le Parti Socialiste.

Dans ces conditions, on peut imaginer que Marine Le Pen se qualifie pour le second tour, sachant qu’en 2012, elle avait déjà réuni 6,5 millions de voix sur son nom.

Là encore, rappelons que Jean-Marie Le Pen, en 2002, s’était qualifié avec 4,8 millions de voix (1,2 millions de moins que le FN en 2015), et que Jacques Chirac, arrivé en tête, n’avait recueilli que 5,6 millions de voix. Bref, il est plausible que, face à l’éparpillement des candidats au premier tour, Marine Le Pen se trouve en ballotage favorable…

La surprise Mélenchon?

Reste à savoir qui l’affrontera au second tour si elle se trouve qualifiée. Sur ce point, Mélenchon pourrait créer une surprise à gauche, surtout si Alain Juppé est le candidat de la droite et qu’il mord fortement au centre, voire parmi les déçus du parti socialiste. Dans cette hypothèse, on peut penser qu’un certain nombre de supporters de Sarkozy bouderont leur parti pour reporter leur voix sur le Front National, et que Juppé se trouvera au coude-à-coude avec un candidat de gauche qui risque de le dépasser.

Or, Mélenchon a réuni sur son nom, au premier tour de la présidentielle de 2012, près de 4 millions de voix, soit environ 600.000 de moins que Jospin au soir du fatal premier tour de 2002. En 2012, Hollande avait réuni 10 millions de suffrages sur son nom au premier tour.

Un déport des électeurs socialistes vers Mélenchon pourrait donc créer un séisme puissant. Il suffirait que la moitié des électeurs socialistes du premier tour de 2012 vote Mélenchon en 2017 pour que l’intéressé soit assuré de flirter avec les 8 ou 9 millions de voix.

Les ennemis de la finance et Mélenchon

Pour les Républicains, cette hypothèse constitue un vrai risque. Le discours de Juppé se place en effet sur un positionnement « entre deux » qui risque de lui jouer un tour à la présidentielle, même s’il lui permet d’espérer gagner la primaire.

Tactiquement, en effet, Juppé promet une baisse des dépenses publiques qui peut séduire l’aile droite du PS, mais qui ne mobilisera pas ceux qui avaient voté parce qu’il se présentait comme « l’ennemi de la finance ». Ceux-là trouveront plus d’atomes crochus avec Mélenchon et préféreront voter pour lui dès le premier tour.

Pour Juppé, la situation sera d’autant plus délicate qu’une candidature Valls en remplacement de Hollande mordra sur ses terres et ne comblera pas le vide à la gauche du PS. Il est très probable que, là encore, Mélenchon apparaisse comme un recours satisfaisant, pendant que Valls privera Juppé d’une base centriste.

Bref, le jeu des vases communicants est extraordinairement favorable à Mélenchon, et les conditions se réunissent pour qu’une surprise se produise.

Un second tour risqué pour l’équilibre politique du pays

Si, donc, se réalisait cette hypothèse plausible d’un second tour Mélenchon-Le Pen, la situation politique du pays deviendrait extrêmement compliquée. Les électeurs auraient en effet le choix entre deux programmes de rupture forte avec la situation actuelle, et les ruptures proposées seraient loin de représenter la complexité de l’opinion.

Disons même qu’entre le FN et la France Insoumise, les points communs sont nombreux et les différences limitées. Ces points communs se concentrent tout particulièrement autour du rôle de l’Etat et de son intervention dans la vie économique, options à rebours des attentes fortes exprimées par les forces vives du pays.

Mélenchon, le candidat de la pression fiscale

Sans surprise, Mélenchon déploiera un projet fondé essentiellement sur la vertu de l’impôt et de la pression fiscale. Aucun entrepreneur ne nourrit la moindre illusion sur la sauce piquante à laquelle il sera mangé par ce programme qui suinte la haine de la liberté et prépare une soviétisation en bonne et due forme de l’économie française.

Sur le fond, on ne fera pas le reproche à l’intéressé d’avoir caché ses intentions sur ce sujet, ni même son attachement à un changement de régime, et encore moins son admiration pour des révolutions socialistes qui bouleversent l’ordre connu jusqu’ici des économies libérales.

Le FN et l’interventionnisme étatique

Du côté du Front National, les désagréments ne devraient pas être moins grands. Marine Le Pen ne cache pas son hostilité au libéralisme et ses mesures risquent d’en défriser plus d’un.

Elle ne fait par exemple pas mystère de son intention d’instaurer une préférence nationale dans les entreprises. Les employeurs ont haï jusqu’ici l’hyperinflation réglementaire du Code du Travail. Ils risquent de comprendre rapidement que le Front National, loin d’inverser la tendance, va l’accroître, et de façon ubuesque.

En particulier, l’intention affichée du Front National de réglementer le marché du travail devrait produire des résultats analogues à ceux du programme mélenchonien. On imagine d’ici l’angoisse de l’employeur obligé de sacrifier de bons salariés étrangers au bénéfice de salariés français moins motivés. La catastrophe se prépare!

Le drame politique français

On imagine, ce faisant, l’impact d’une présidentielle dont la configuration serait celle-là. La rupture qui se préparerait produirait des clivages profonds dont on voit mal comment le pays se relèverait. Et démonstration sera faite qu’un étatisme de gauche n’a rien à envier à un étatisme de droite, et inversement…

La France en plein naufrage démocratique

C’est le naufrage démocratique dans toute son horreur, et peut-être même jusqu’à plus soif, jusqu’à convaincre les Français que l’obsession du pouvoir chez les uns et chez les autres, qui s’exprime à l’occasion des procédures électorales, est contraire à l’intérêt général.

Le naufrage démocratique avec Hollande

Dans ce domaine, François Hollande fait très fort, avec la sortie d’un énième livre de confidences à des journalistes qui constitue une nouvelle torpille contre la coque du bateau républicain. Hollande voudrait donner le sentiment que son désastreux bilan est d’abord dû à un manque d’intérêt pour les problèmes du pays, et à une forme de paresse, il ne s’y serait pas pris autrement.

Mais, à force de parler à tous les journalistes de France, à longueur de journées, pour raconter la brillante place qu’il occupe dans l’histoire, où Hollande trouve-t-il le temps de travailler? Encore un, en tout cas, qui croit qu’il pourra donner du sens à sa politique (si tant est qu’elle en ait) en papotant à tout va.

Reste que, pour le citoyen ordinaire, ce spectacle désolant est une sorte de plaidoyer pour l’arrivée au pouvoir d’une personnalité forte qui ne sera pas obsédée par sa réélection (puisque le livre de confidences aux journalistes du Monde vise bien à préparer celle-ci), et qui agira en se plongeant dans les dossiers, au lieu de recevoir le gotha médiatique parisien à longueur de journées.

Le naufrage démocratique avec les Républicains

Face à ces forfanteries, le débat chez les Républicains prend une mauvaise tournure. Les candidats ont-ils des projets différents? Se dessine aujourd’hui une tendance « molle » autour de Juppé qui refera du Chirac, et une tendance « dure » autour de Sarkozy dont on ne sait s’il fera mieux. Au total, les Républicains donnent le sentiment de rejeter la ligne identitaire de Sarkozy, et de se balancer des horreurs quotidiennes à la figure.

Pour les Français, le spectacle n’est pas forcément plus réjouissant que les rodomontades hollandiennes. L’étripaillage qui devrait avoir lieu ce soir nourrira une fois de plus l’idée que les élus s’intéressent plus au pouvoir qu’au pays. Qui plus est, les Républicains cachent mal leur conviction que le vainqueur de la primaire sera automatiquement président de la République. A moyen terme, cette suffisance se révélera désastreuse pour l’opinion, car elle va accroître le sentiment que la voix du peuple est marginalisée par l’appareil des partis politiques.

Les soutiens que Juppé engrange font ici mauvais genre: tout se passe comme si les notables allaient décider de la primaire des Républicains à la place des électeurs, et qu’en bout de course ce jeu de parrainage allait remplacer le vote de mai 2017.

Les présidentielles bloquent désormais l’action publique pendant plus d’un an

Petit à petit, la mécanique des primaires dévoile son effet pervers: elle accroît la longueur de la campagne électorale jusqu’à la faire durer plus d’un an. Les premiers candidats se sont déclarés… au mois de mars 2016, pour une campagne qui se finira en juin 2017, avec les législatives.

Cette dérive ne manquera pas, là encore, d’agacer et d’inquiéter les électeurs au chômage, en difficulté, ou plongés dans l’inquiétude. Pendant que les citoyens ordinaires rament pour survivre, les politiciens sont obnubilés par le poste qu’ils occuperont un plus tard.

Et que ressort-il au juste de cette interminable confrontation? On cherche désespérément le projet que tous ces candidats partagent effectivement avec le peuple français.

Sécurité: la droite prépare-t-elle la revanche de la technostructure?

Dans le débat sur la sécurité, thème favori des présidentielles, opportunément relancé par l’opération de guérilla menée à Viry-Chatillon, la droite a commencé à dévoiler ses intentions véritables pour 2017: la revanche de la part de technostructure écartée du pouvoir en 2012. Certains imaginaient qu’une petite cure d’opposition avait permis aux esprits de prendre du recul et de réinventer des paradigmes obsolètes. Pas du tout! le logiciel de 2007 (celui présenté avec mordant par Buisson comme une vaste arnaque) est resté intact et ne demande qu’à reprendre du service.

Péchenard, meilleur exemple de la revanche?

Dans cette espèce de grand remake auquel les Républicains nous préparent, Frédéric Péchenard, bras droit de Sarkozy et ancien directeur général de la Police Nationale, se propose de jouer le rôle principal. Son numéro sur BFM TV hier a laissé pantois:

On a bien compris: les problèmes de délinquance, en France, sont dus aux défauts de la justice, au manque d’arsenal répressif pour les policiers. Mais en aucun cas, les problèmes d’organisation interne de la police ne sont en cause, et en aucun cas le management de la police ne doit être passé au crible. On dirait du Cazeneuve sans Cazeneuve! circulez y a rien à voir!

Et pourtant, la police a des problèmes à régler

Dans l’affaire de Viry-Chatillon, il est pourtant évident que les problèmes structurels de la police nationale sont aussi en cause. La cité de la Grande Borne est parfaitement connue comme une zone de non-droit (n’en déplaise à Péchenard et à sa langue de bois, ces zones existent, et le seul fait d’en nier l’existence en dit long sur le déni revanchard dont les Républicains sont porteurs), et ça ne date pas d’hier. S’agissant de la caméra protégée par les policiers brutalement attaqués dimanche, depuis plusieurs semaines des opérations à la voiture bélier avaient eu lieu sur place.

Pourquoi a-t-on envoyé des effectifs mal préparés et mal protégés en faction, donc comme cibles faciles, en plein état d’urgence, dans un coupe-gorge aussi dangereux, comme attachés à un poteau au milieu d’un désert survolé par les vautours? La question mérite d’être posée à la hiérarchie locale.

La police et ses choix d’organisation sous Péchenard

Tout ceci oblige à revenir à l’état dans lequel Péchenard et le gouvernement Fillon ont laissé la police en 2012. Un bref rappel s’impose, manifestement: les impétrants avaient taillé dans le vif des effectifs sur le terrain, spécialement sur les terrains les plus criminogènes, tout en affirmant que la sécurité était leur priorité. Pendant ce temps, l’administration centrale de l’Intérieur se gavait.

Certes, la gauche a non seulement continué cette politique mais l’a même aggravée, portant à 7.000 fonctionnaires les effectifs de la place Beauvau proprement dite (soit plus d’effectifs que l’administration centrale de l’Education Nationale pour dix fois moins de fonctionnaires).

Il n’en reste pas moins que Péchenard a été l’homme d’une gestion aristocratique, imposant une cure d’austérité au tiers état pour mieux engraisser les courtisans qui l’entouraient. En l’écoutant hier, on a compris que, pour lui, 2017 était l’année d’une continuité assumée dans un parisianocentrisme que le pays rejette.

Les Républicains tous en coeur pour continuer la réaction nobiliaire

Dans le petit débat improvisé entre candidats à la primaire que BFM a organisé hier sur son plateau, il ne s’est d’ailleurs trouvé personne pour mettre à plat le sujet. Unis comme un seul homme, tous ont expliqué, en regardant le bout de leurs chaussures, qu’il n’y avait pas de problème d’effectifs policiers sur le terrain. Il suffit pourtant de passer une heure dans un quartier difficile et une heure dans un beau quartier de Paris pour le vérifier soi-même: n’importe quel Français peut observer qu’on voit dix fois moins de policiers là où les délits sont commis que là où ils sont rares.

Mais qu’à cela ne tienne! personne, chez les Républicains, n’a envie de se livrer à son droit d’inventaire sur la politique de Sarkozy, et il vaut mieux nier les évidences, comme la gauche l’a fait depuis 5 ans, en assénant que tout fonctionnait parfaitement dans la police nationale.

La droite a déjà vendu la peau de l’ours

La campagne pour la primaire devrait confirmer l’horreur du spectacle auquel nous avons assisté hier sur BFM. Les Républicains sont des fainéants repus. Ils sont tous convaincus que le vainqueur de la primaire sera le vainqueur facile et naturel de la présidentielle. Cette grave erreur d’analyse dispense donc de tout effort de remise à plat, en particulier de réflexion approfondie sur la réforme de l’Etat.

Or, on voit mal comment les promesses sur la diminution des dépenses publiques pourront être tenues sans un réexamen en profondeur de l’Etat et de son fonctionnement. Mais, beaucoup à droite ont sans doute l’illusion qu’en échange d’une baisse d’impôts les Français accepteront sans broncher une réduction des services publics, et qu’il ne faut pas chercher plus loin…

Macron a-t-il déjà fait pschitt?

Emmanuel Macron peut-il encore apparaître comme une candidature crédible, ou a-t-il déjà fait « pschitt », pour reprendre l’expression de Jacques Chirac à propos de l’une de ses affaires judiciaires? La semaine qui s’est écoulée laisse à penser que le champignon Macron, poussé brutalement après la pluie gouvernementale, a fini sa croissance et qu’il pourrait bien entamer une pente de déclin.

Macron n’a pas atteint ses objectifs

En lançant son mouvement En Marche, le jeune Macron avait annoncé des objectifs de production et de diagnostic dignes de l’Armée Rouge. En particulier, il promettait 100.000 questionnaires aux Français pour comprendre les sujets qui les intéressent. Dans la pratique, il aura recueilli 25.000 réponses, affichant de nombreuses autres « conversations ».

Ce chiffre fait un peu mauvais genre, dans la mesure où il laisse entendre que la mayonnaise Macron n’a pas vraiment pris sur le terrain.

Une méthode digne d’un consultant du BCG

Pour mener à bien son opération de candidature, Macron a développé une sorte de matrice piochée dans les diaporamas des cabinets de conseil: un diagnostic partagé, une restitution, un programme. La méthode en elle-même interroge, dans la mesure où le candidat donne le sentiment de ne pas avoir de vision, et de chercher simplement à dire ce que les Français ont envie d’entendre.

Pour l’instant, Macron en est à la phase de diagnostic. On croirait une adaptation fidèle d’une démarche RGPP.

Tout ça pour ça?

Au final, Macron a produit, lors de son discours de Strasbourg, un diagnostic extrêmement décevant sur l’état de la France et de ses envies, au point qu’on se demande pourquoi il a mobilisé autant d’énergie pour redire ce que tout le monde sait depuis longtemps. Le pire est que tout cela est formulé dans un sabir fastidieux:

Des propositions obsolètes

Comble de malheur, non seulement Macron a retiré des énergies qu’il a mobilisées un diagnostic pauvre, mais il n’a formulé aucune proposition novatrice. Pour répondre à la méfiance profonde des Français vis-à-vis de la politique, il a simplement milité en faveur d’une introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives, et d’une commission citoyenne tirée au sort telle que l’avait proposée Ségolène Royal en 2007.

C’est bien court, jeune homme, au vu des attentes que vous aviez soulevées!

La catastrophe de la laïcité revancharde

Autre sujet de discorde (il fallait bien qu’il vînt tôt ou tard): la laïcité. Dans une interview tonitruante à Marianne, Macron a commencé à s’aventurer sur des terres glissantes où sa légitimité est moins spontanée. Voici un résumé des formules qui fâchent, qu’il a pu utiliser:

Même chose sur le voile à l’université. Je suis contre l’interdiction. (…) Au titre d’une laïcité revancharde, on en vient à sortir des citoyens des lieux de la République et à les confiner à l’écart, sans enrayer la montée du fondamentalisme, ni conforter la laïcité. (…)

La laïcité n’a pas vocation à promouvoir une religion républicaine. La République est ce lieu magique et unique qui permet à des gens de vivre dans l’intensité de leur religion. C’est pour ça que je dénonce les considérations qui demandent à des citoyens d’être «discrets», parce que les précédents historiques où l’on a demandé la discrétion en matière de religion ne sont pas à l’honneur de la République. Et qu’on demande à des gens d’être des musulmans modérés ! Demanderait-on à des catholiques d’être modérés ? Non !

Macron est donc entré dans le vif des débats, et a commencé à décevoir non seulement par la timidité de ses propositions, mais par leur conformisme « bobo ». Alors qu’il touche largement à un électorat « orléaniste » de gauche, attaché à la modération religieuse, sa sortie sur la « laïcité revancharde » et sur l’intensité religieuse risque de lui coûter cher (surtout auprès des catholiques appelés depuis des décennies à la modération).

L’orléanisme français à bout de souffle?

La plausible faillite de l’opération médiatique Macron risque de soulever quand même quelques questions de fond sur la capacité de l’orléanisme français à se réinventer. Consumé comme un fétu de paille, Macron ne laissera derrière lui qu’Alain Juppé, qui n’incarne pas la modernité à proprement parler, et apparaît même comme un spectre venu d’un autre siècle.

Cela signifie-t-il qu’à un tournant du régime frappé par une profonde crise nobiliaire, l’aristocratie française n’a plus les forces internes pour se renouveler et pour affronter l’avenir? Probablement, oui.

Karine Le Marchand, cette grande prêtresse de la subversion

Article écrit pour Atlantico.

J’ai découvert l’existence de Karine Le Marchand à l’occasion des polémiques qui sévissent autour de son émission Ambition Intime, qui a tout de même réuni près de 14% de parts de marché, soit mieux que l’Emission politique de France 2. Elle s’est immédiatement attiré les foudres pleines de mépris social de ses collègues forcément beaucoup plus intelligents qu’elle:


7/9 intime – Le Billet de Sophia Aram par franceinter

Peopolisation de la politique…

Comme tous les bons gros snobs parisiens, j’ai, en regardant des extraits de cette émission, commencé par mobiliser toute la doxa inculquée par les meilleurs lycées de la capitale sur la majesté de l’art politique. Bien sûr, il ne faut pas transformer la politique en théâtre, ni en spectacle. Bien sûr, l’homme politique n’existe pas pour ce qu’il est mais pour les idées qu’il porte. Etc.

On connaît tous cette petite musique qui court les beaux quartiers, et qui soutient que la politique est forcément une chose très sérieuse et surtout pas une affaire de people où l’on met sa vie privée ou son surmoi profond en scène.

… ou tiers-étatisation de l’aristocratie?

Mais pourquoi les Français préfèrent-ils regarder leurs politicien(ne)s parler de leur chat que de leur programme ou de leurs idées? Certains souligneront que le spectacle des idées qui habitent nos élus peut donner le vertige, tant il expose au vide. Et ce n’est pas complètement faux.

Mais le problème n’est probablement pas là. L’intérêt de l’émission de Karine Le Marchand se révèle, à l’usage des Français, majeur par des temps de réaction nobiliaire. La présentatrice a eu la bonne idée de briser les étiquettes protocolaires et de rendre humains les élus désincarnés, déshumanisés, que la mise en scène médiatique a l’habitude de magnifier, de placer dans une sorte de constellation supérieure qui semble inaccessible aux Français.

Avec Karine Le Marchand, tous nos aristocrates de la République paraissent subitement conformes à leurs origines: ils ne sont guère que des roturiers, avec leurs petits malheurs et leurs petits bonheurs quotidiens. C’est cette humanisation-là que les Français veulent voir.

L’émission très française de Karine Le Marchand

D’ailleurs, il n’y a qu’en France (et dans quelques pays anglo-saxons) que l’émission de Karine Le Marchand peut avoir du succès. Pour que le concept fonctionne et fasse de l’audience, il faut en effet que les téléspectateurs aient l’impression d’une distance infranchissable entre eux et leurs élus (propre d’un système qui n’est pas démocratique).

Dans un pays germanique ou nordique, la proximité entre les élus et la population viderait l’émission de tout son intérêt. Là où les élus vivent au milieu de la population, prennent les transports en commun, boivent un verre à la terrasse des cafés populaires, n’ont pas de garde du corps et ne se sentent pas obligés de vivre entre eux, les téléspectateurs n’ont pas besoin d’allumer leur poste de télévision pour savoir quelle vie vivent leurs élus.

Les chiens de garde de l’establishment sont en colère

Sans surprise, la matinale de France Inter a donc tiré à boulets rouges sur ce concept qui remet en cause l’éloignement des élus, l’aristocratisation de la République, dont ils sont les grands admirateurs et les plus grands bénéficiaires. Comment ce repère de chiens de garde en bonne et due forme de l’establishment pourrait-il survivre à une constitution vraiment démocratique en France? Telle est la question majeure qui explique pourquoi France Inter, comme d’autres médias publics ou subventionnés, doivent forcément saper cette émission à rebours du style habituel.

Dès lors que la politique n’est plus une mise en scène rassemblant quelques grands de la Cour occupés à se disputer le pouvoir, dès lors que l’élu est descendu de son piédestal pour apparaître humain (trop humain?), ceux dont la profession se résume à une glose sur l’élite sont en danger.

Karine Le Marchand, prêtresse de la subversion

Avec ses airs de chatte sortie d’un film de Disney, Karine Le Marchand a au fond fait beaucoup plus pour la démocratie et l’implosion de la réaction nobiliaire que n’importe quel autre journaliste avant elle. Elle a prouvé aux Français que, même dans l’élite, on met ses pieds sur la table basse du salon et on se raconte des babioles insignifiantes, comme dans n’importe quelle famille. Les Français en ont assez des élus « anormaux »: Karine Le Marchand leur a fait toucher du doigt l’extrême normalité des personnages pour qui ils sont appelés à voter.

Et si l’animal Sarkozy assumait vraiment son populisme?

Article écrit pour Atlantico.

Sarkozy n’est jamais aussi percutant, déterminé, charismatique que dans les moments difficiles où tout le monde pronostique son effondrement. Il en a donné une nouvelle preuve au journal de 20 heures de France 2, hier, où il a renversé l’ordre du débat en proposant deux referendums dès les élections législatives de juin 2017 sur la rétention administrative des fichés S et sur le regroupement familial. Qu’on aime ou pas, qu’on le veuille ou pas, l’animal Sarkozy a senti la situation et bousculé ses adversaires par une proposition tonitruante dont tout le monde parle, et qui oblige ses adversaires à prendre position.

Pourra-t-il s’arrêter au milieu de cette voie dans laquelle il vient de s’engouffrer ? Ou a-t-il intérêt à faire son coming-out bonapartiste complet ? La question est ouverte.

Sarkozy bousculé par Buisson

Une ombre planait sur le plateau de France 2 hier: celle du Raspoutine alopécique Patrick Buisson, qui a ouvertement accusé Sarkozy de mentir cyniquement à ses électeurs, en formulant des propositions qu’il n’a aucune intention de réaliser. On a bien senti que l’interview était tout entière organisée autour de ce tabou qu’on ne pouvait violer mais qu’on avait tous en tête.

D’où la proposition de Sarkozy d’organiser un referendum le jour même des législatives, histoire de laisser les Français le sanctionner s’il ne tenait pas parole.

L’influence orbanienne?

Le présentateur a, au passage, glissé une allusion à Viktor Orban, dont nous révélions hier que Nicolas Sarkozy avait recruté un conseiller, Arpad Habony. De fait, face à Juppé dopé par ses tisanes qui lui permettent de conserver le maillot jaune dans les étapes de montagne, Sarkozy pratique la fuite non pas en avant mais vers la droite, en multipliant les propositions qui pourraient convaincre les électeurs du FN de venir le soutenir.

On parlera désormais de la tentation orbanienne de Sarkozy.

Un pari gagnant face au confusionnisme de Juppé?

Chacun appréciera l’orientation. Certains l’appelleront même une dérive. Elle cache en réalité une course à l’élargissement du socle électoral qui plombe la primaire des Républicains. Juppé a d’ailleurs ouvert le premier la boîte de Pandore en proposant aux électeurs de gauche de venir voter. Un candidat de droite désigné avec des voix de gauche? Ce confusionnisme-là appelait la réaction de Sarkozy vers le vote FN.

Reste à savoir si les Républicains survivront à la tension imposée par cette épreuve de tir à la corde écossaise. La distance entre les électeurs centristes et le camp d’en face risque en tout cas de bien s’agrandir à l’issue de la confrontation.

Sarkozy à mi-chemin de son populisme

Sarkozy apparaît toutefois encore à mi-chemin de son populisme, comme s’il voulait bien s’en servir sans l’assumer vraiment. Car, au point où il en est dans sa désignation des élites face au parler vrai du peuple français, il manque une brique essentielle. Comment peut-on critiquer un régime dominé les élites sans proposer de changer le régime lui-même?

L’organisation d’un referendum sur l’internement des fichés S lui en donnera pourtant l’occasion. L’article 11 de la Constitution compliquera en effet l’organisation de ce referendum… disons même que Sarkozy aura besoin de réformer la Constitution pour le permettre, ce qui exclut le respect de la date du 18 juin pour tenir le scrutin.

Au lieu d’être le candidat orbaniste du referendum, Sarkozy ne gagnerait-il pas à devenir le candidat de la rupture en proposant de changer le régime tout entier? Le peuple l’attend, et le populisme a (souvent) du bon lorsqu’il est parfaitement assumé.

Splendeur et misère de la primaire des Républicains

Au fond, l’absence de base électorale claire pour cette primaire a du bon. Elle crée une virulente mais saine concurrence entre deux lutteurs qui sont capables du pire comme du meilleur. On se félicite donc que les Républicains n’aient pas posé comme principe simple d’interdire aux électeurs de la primaire de participer aux primaires de la gauche. Cette idée simple et facile à mettre en oeuvre nous aurait évidemment ces débordements.

Vive le manque d’imagination des crânes d’oeuf qui ont préparé ce scrutin! Et chapeau à l’animal électoral Sarkozy, qui pourrait bien bousculer le système sans s’en rendre compte, comme un chien aveuglé par la piste qu’il suit.

 

Pourquoi la primaire du PS a lieu en janvier?

La primaire citoyenne du Parti Socialiste auront lieu les 22 et 29 janvier 2017, soit deux mois après celles des Républicains, et quatre mois seulement avant l’élection présidentielle. Ce délai extrêmement court a suscité de nombreuses interrogations. La question du financement de la campagne éclaire largement le choix de cette date tardive.

La primaire programmée pour Hollande

Certes, politiquement, François Hollande a un besoin structurel d’une primaire tardive. Ce choix s’explique par deux raisons simples.

La première est que la campagne pour la primaire à laquelle il est susceptible de participer sera difficilement compatible avec la dignité de la fonction présidentielle. Il est donc vital de ne pas laisser trop de temps à la primaire pour faire des dégâts supplémentaires dans l’exercice du pouvoir, étant entendu qu’une campagne trop longue dont il sortirait victorieux risquerait de lui nuire dès le premier tour. Les Français pourraient lui reprocher d’abandonner sa fonction pour s’occuper de sa réélection.

Une deuxième raison tient à l’étrange situation dans laquelle il se trouvera s’il perd la primaire: sa légitimité, déjà très faible, sera définitivement battue en brèche et ruinée, au point que cette situation inconfortable nuira sans doute à l’image de la France.

La raison cachée de cet étonnant calendrier

Mais une raison moins avouable explique que le Président repousse la primaire à un calendrier tardif. Elle tient à un calcul curieux lié au financement de la campagne électorale. Comme on le sait, celui-ci est plafonné à 16,5 millions d’euros pour le premier tour. Mais, dans un avis de 2013, le Conseil d’Etat a validé le principe d’une soustraction pour les dépenses liées à la campagne de la primaire:

« … Il a été jugé, dans le cadre d’une élection primaire organisée par un parti politique en vue de l’investiture de son ou ses candidats, que les dépenses d’un candidat ayant eu pour but de promouvoir et de favoriser auprès des adhérents de son parti politique sa candidature à l’investiture de ce parti ne sont pas engagées ou effectuées en vue de l’obtention des suffrages des électeurs ; par conséquent, elles n’ont pas à figurer au compte de campagne que ce candidat doit tenir en application de l’article L. 52-12 du code électoral (Elections municipales d’Argenteuil, 23 juillet 2009, n° 322425). Il résulte de ce qui précède que les dépenses faites par un candidat, lors d’une campagne en vue d’une élection primaire avant son investiture par un parti politique, ne peuvent s’ajouter, pour l’application de l’article L. 52-12 du code électoral, aux dépenses de la campagne postérieure à cette investiture que pour autant que les premières dépenses puissent être regardées comme engagées ou effectuées en vue de l’obtention des suffrages des électeurs lors de l’élection, et non de l’obtention des suffrages des seuls adhérents du parti politique auquel appartient le candidat en vue de son investiture. Tel est le cas des dépenses faites par un candidat à l’occasion d’une élection primaire ouverte à l’ensemble des électeurs de la circonscription de l’élection. Par conséquent, les dépenses engagées ou effectuées à l’occasion d’une élection primaire ouverte à l’ensemble des électeurs doivent être regardées comme engagées en vue de l’élection. Tel est, d’ailleurs, le sens de la position prise par le Conseil constitutionnel sur le guide établi par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques en vue de l’élection présidentielle de 2012. »

Pour pouvoir gonfler l’addition de la campagne officielle, retarder la primaire permet donc de faire passer sur le budget de celle-ci une part substantielle des dépenses contractées pour le scrutin officiel.

Astucieux!

La « B(r)anque du Temps », l’invention baroque de la CFDT

La Banque du Temps, ça sonne comme un poème écrit un dimanche pluvieux par un directeur d’agence du Crédit Agricole, ou par un délégué syndical qui termine son sandwich merguez après un meeting de Laurent Berger. Cette invention baroque, cette espèce d’oxymore comme auraient dit les Grecs, est pourtant une proposition tout à fait formalisée, concertée, poussée par la CFDT pour empoisonner la vie des petites entreprises. Après le compte pénibilité, pour lequel la confédération réformiste s’est engagée avec beaucoup de détermination (et une parfaite conscience d’apporter une importante distorsion de concurrence en faveur des grandes entreprises où elle domine la CGT et au détriment des petites entreprises où la CGT la domine), Laurent Berger récidive donc, bien décidé à cirer les pompes des grands groupes et de leurs confortables clubs de direction où l’on se rince à l’oeil en bonne compagnie, et à vitrifier la concurrence émiettée des petits acteurs qui cassent les prix et jouent la mouche du coche dans le capitalisme de connivence.

Mais c’est quoi la banque du temps

L’expression est apparue à l’occasion du rapport parlementaire sur la refondation du paritarisme. Ce texte venu d’un autre âge, et rédigé notamment par l’étatiste Jean-Marc Germain, qui n’a jamais caché son hostilité à la libre concurrence, constitue en lui-même une sorte d’ode à l’Ancien Régime et à ses corporations, une page obsolète arrachée au livre du déclin français. Les mauvaises langues murmurent que, dans ce pamphlet de mauvais goût, toutes les pages ont été écrites par les fonctionnaires de l’Assemblée dédiés à la mission, sauf les pages évoquant la « banque du temps », qui seraient arrivées toutes cuites de la CFDT par porteur cycliste. Les députés n’auraient eu qu’à les intégrer dans leur texte sans modifier une ligne.

Voici comment la « banque du temps » se définit officiellement:

La gestion du temps est précisément l’objet de la Banque interprofessionnelle du temps. Quel que soit le nom retenu, le dispositif a vocation à n’être qu’une étape. Si l’on n’introduit pas aujourd’hui la notion de temps dans le compte personnel d’activité (CPA), c’est parce que la question de sa transférabilité n’est pas réglée. J’ai donc voulu traiter ce sujet de façon spécifique. Nous avons réglé le problème de la transférabilité des droits à formation via le compte personnel de formation. Reste à décider comment transférer des jours d’une entreprise à une autre et à décider qui les paie.

La banque du temps, c’est la transférabilité des jours de formation non consommés dans une entreprise.

Le problème de la transférabilité du compte formation

De longue date (et au moins depuis 2008), la CFDT lutte pour la transférabilité des droits à formation tout au long de la vie. Concrètement, cela signifie qu’un salarié qui quitte une entreprise pour une autre devrait conserver dans sa nouvelle entreprise les droits à formation acquis dans son précédent emploi.

Techniquement, cette mesure en apparence simple est extrêmement complexe car elle oblige l’entreprise précédente à inscrire dans son passif social les droits à formation ainsi transférés. Pour une grande entreprise, l’enjeu est coûteux mais gérable. Pour une petite entreprise, cela signifie qu’elle doit provisionner pendant de nombreuses années des coûts sociaux afférents aux salariés qui la quittent.

Ce problème (qui se chiffre à plusieurs milliards pour l’ensemble des entreprises) a toujours empêché toute avancée sur cette idée.

La solution baroque de la banque du temps

La proposition de la CFDT vise donc à monétiser sous forme d’épargne les engagements sociaux des entreprises correspondant aux droits à formation des salariés qui la quittent. Assez logiquement (même si le rapport n’est pas explicite là-dessus), les entreprises devraient donc, chaque fois qu’elles se séparent, pour une raison ou pour une autre, d’un salarié, verser une somme à cette banque correspondant aux droits acquis (notamment les salaires à verser pour les jours de formation) par le salarié. Celui-ci pourrait utiliser ces fonds pour des formations dans sa nouvelle entreprise.

Il y a beaucoup à dire sur l’évolution conceptuelle de cette idée. En attendant, les entreprises seront heureuses d’apprendre qu’un salarié qui démissionne du jour au lendemain leur coûtera en plus cher qu’aujourd’hui…

Une solution pilotée par la Caisse des Dépôts?

Qui tirera profit de cette invention baroque? La Caisse des Dépôts, dont le rôle est expliqué par Arnaud Richard, l’autre rapporteur de la mission:

Dans mon esprit, l’idée est lorsque vous transférez des jours, ils soient payés par l’entreprise à cette banque du temps – qui serait naturellement la Caisse des dépôts et consignations, compte tenu des choix qui ont été faits pour le CPA. Lorsque le salarié prendrait des jours de congé acquis dans les entreprises où il a travaillé antérieurement, ces jours seraient donc payés par celles-ci. Il faut néanmoins que les entreprises apprennent à remplacer les salariés qui prendront un « congé CPA » tout comme elles remplacent les femmes qui prennent un congé maternité. Bref, la création d’une banque du temps permettra de régler la question du financement – celui-ci étant aujourd’hui incomplet en raison de certains plafonnements et de règles de fiscalisation qui limitent la possibilité de transférer des jours. Reste effectivement à traiter la façon de concilier cette liberté avec un bon fonctionnement de l’entreprise, question dont, à nos yeux, les partenaires sociaux doivent se saisir.

Mais, je rêve ou bien… Arnaud Richard fut, en 2009, salarié de la Caisse des Dépôts? Il y était responsable des relations institutionnelles, c’est-à-dire lobbyiste en chef. Manifestement, il n’a pas perdu la main.

Un projet de loi en janvier 2017

Précisons aux entrepreneurs que cette affaire devrait se régler en janvier 2017, par une loi sur le paritarisme portée par Myriam El-Khomri. Ce texte sera l’occasion pour le gouvernement d’accorder un dernier cadeau à la CFDT en échange de son sympathique soutien pour les présidentielles. Celui-ci passera sans doute par quelques déclarations fracassantes de Laurent Berger dénonçant le populisme de tous ceux qui dénoncent les arrangements entre amis sur le dos des forces vives du pays.

On connaît ta musique, Laurent!

Juppé, le libéral qui veut un Etat fort

Et si Juppé remportait la primaire? Cette possibilité ne manque pas de piquant, puisqu’elle ramènerait la présidentielle à une sorte de tournoi du vingtième siècle, alors que la France a plus que jamais besoin d’un renouveau. Pour les partisans d’une libération des forces économiques, cette annonce sonne comme une mauvaise plaisanterie.

Les postures de Juppé sur l’entreprise

Alain Juppé, inspecteur général des finances qui a une connaissance théorique et livresque de l’entreprise, prend des positions tout à fait inquiétantes sur les entreprises. Dans son discours tenu à Lyon hier soir, il a notamment dit ceci:

«L’État est trop absent lorsqu’il devrait être présent et trop présent lorsqu’il devrait être modeste», a estimé l’ancien premier ministre. Ajoutant: «Il est omniprésent là où nos compatriotes n’aspirent qu’à la liberté, avec un interventionnisme économique brouillon, des procédures tatillonnes, une bureaucratie d’un autre âge, une fiscalité confiscatoire.» «Je veux un État discret et modeste, là où d’autres sont plus efficaces que lui, au service de l’économie et de l’emploi», a-t-il complété. Pour lui, il n’est pas admissible qu’une «défiance» se soit installée «envers l’État». Notamment «quand ses administrations traitent tout entrepreneur comme un délinquant en puissance».

Voici une petite rengaine qui fait peur. Elle annonce une floppée de notes, de circulaires, demandant aux fonctionnaires d’être gentils, quelques baisses d’impôts savamment distillées, et pour le reste, tout recommencera comme avant. Car on en a connu des pourfendeurs de la bureaucratie et des procédures, qui simplifient d’une main ce qu’ils compliquent de l’autre.

Bref, Juppé n’est pas un libéral, et il aime l’Etat.

La déclaration d’amour de Juppé à l’Etat

D’ailleurs, il ne s’en cache pas. Dans le même discours de Lyon, il a ajouté:

s’il fait l’éloge d’un État «modeste» sur l’économie, il le veut «fort» pour le régalien. «Puissant, a-t-il même dit, là où lui seul peut agir, et nous en avons plus que jamais besoin face à la montée des périls.»

La messe est donc dite: Juppé nous fera du Chirac pur sucre. Il ne réformera rien, se contentera de ravaler quelques façades, et pour le reste reprendra le chemin des créations de postes chez les fonctionnaires et de maintien de la dépense publique à des niveaux record.

Juppé, le candidat du déclin

On comprend donc bien la logique juppéiste qui se prépare. Là où la France a besoin d’hommes et de femmes en accord avec leur temps, le pays pourrait très bien faire le choix de se rassurer en recourant à des personnalités qui fleurent bon la nostalgie d’avant. Celle de l’époque où l’on ne parlait pas de crise, d’Internet, d’immigration. Le bon temps quoi.

Reste à savoir si ce choix rapproche ou éloigne de l’effondrement final, celui où le pays aura asséché ses forces vives, désespéré sa jeunesse, et mis en place toutes les conditions d’une implosion globale créatrice de rupture. Dans l’attente de cet effondrement, on comprend déjà que les discours de Juppé sur les prisons, la police, l’autorité (mais avec un public qui siffle le principe d’une abrogation de la loi sur le mariage gay), conduira rapidement à une sorte de statu quo, mais heureux sans doute, avec la situation actuelle.

Vraiment, ça donne envie.